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France world et pain perdu

Notre République est parcourue de momies, squatteurs, révoltés en carton-pâte.

France world et pain perdu
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De la baguette à la coupe du monde, grandeur et décadence de notre nation qui sera bientôt privée de sa langue, de sa littérature et de son histoire.


L’Unesco vient d’inscrire la baguette de pain sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Dans le pétrin des affaires, le Boulanger en chef de la Start-up nation salue le miracle, la France qui gagne, le levain des Sadducéens et des Parisiens : « 250 grammes de magie et de perfection dans nos quotidiens […] Dans ces quelques centimètres de savoir-faire passés de main en main, il y a exactement l’esprit du savoir-faire français ». Baguette classique, de campagne, rustique, tradition ? Gare au virilisme réac ! Il y a quarante ans, Pierre Nora avait identifié des Lieux de mémoire ayant marqué l’inconscient collectif et le roman national. Ce séquençage génétique, jeu de l’oie de l’identité nationale est-il toujours recevable ? « Si on continue comme ça, la France sera un nouveau Disney World, ce sera France World, les gens porteront des bérets et des baguettes sous le bras » (Gérard Depardieu).

Pain perdu et jalousie

En 2013, Le Monde titrait sur «Les crispations alarmantes de la société française». « Mes idées ne sont pas bien représentées, 72%. Les politiques agissent principalement dans leur intérêt personnel, 82%. L’autorité est une valeur trop souvent critiquée, 86% ». Plus on s’angoisse, moins ça va mieux. Les quinquennats de François Macron et Emmanuel Hollande n’ont rien arrangé. Ça interroge… Les populistes veulent le gouvernement du peuple, pour le peuple, par le peuple : ils sont un danger pour la démocratie. Télérama et les enfermés de France Info contextualisent les chamailleries des sauvageons qui règlent leurs comptes à coup de marteaux et machettes, les séparatismes, la communauté réduite aux aguets. La faute à Thatcher, à Blanquer, au latin, la crise du logement, la fermeture d’une ludothèque à Tremblay-en-France… tous victimes de l’enfer néo-libéral, des méchants Native French, « souchiens », phallocrates, xénophobes.

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Les réseaux et raisons de la colère ne manquent pas : insécurité physique, économique, culturelle, politique du chat crevé au fil de l’eau. Le populo manque de brioche. Les carabistouilles, pénuries, l’inflation, exacerbent la fièvre jaune. Démagogie, lâchetés et corporatismes obèrent tout aggiornamento. Les politiques Lotophages se voilent la face sur les fléaux qui nous gangrènent : crétinisation numérique, analphabétisation, trafics de drogue au zénith, délires libéral-libertaire, métavers, post-trans-humanistes, discours hyèneux des réseaux sociaux. L’abeille de la Culture a été liquidée par les sociologues déconstructeurs de néant, décapitée par le frelon (vespa velutina) «culturel». Un crime contre les Humanités.

Dans une cacophonie ubuesque, un monde en voie de reféodalisation avancée (magistralement analysé par Pierre Legendre depuis 50 ans), chacun déclame ses indignations. Les rebelles antifas s’ébattent dans l’outrage et les bassines, badigeonnent la Joconde de Pom’Potes, boycottent le foot pour sauver la planète, les queers qataris, l’hijab des collégiennes balbyniennes. À l’ombre des Chief Happiness Officers de Wall street, des retraites de l’éducation nationale, à Yvetot, sur France Inter, les matamoresses, crieuses de vieux chapeaux, damnées de la chaire, Rokhaya Diallo, Assa Traoré, Laure Adler, prospèrent dans le business de l’invisible, du teeshirt woke, vantent la diversitéocratie, et donnent des conférences en tous genres pour venger leur race et les dominés. Touche pas à mon buzz, mes sponsors, ma rage, mon Nobel. Gloria victis ! Ce sont les bateaux vides qui font le plus de bruit. « On n’a jamais fait tant fortune que du jour où on s’est mis à s’occuper du peuple » (Anouilh).

Triangulées, la Droite et la Gauche sociale-démocrate peinent à sauver les bijoux de leurs petites couronnes électorales. Abraracourcix contre Moralélastix contre Faurix contre Ciottix, n’ont plus de potion magique. Au Rassemblement National, Bonemine attend son heure. Comme Godot ? Le comte de Chambord en 1871 ? Ou Charles de Gaulle en 1958 ? Dans son château, entouré d’une cour de nains agioteurs sans envergure, Emmanuel Macron, plus tactile que tactique, inquiet comme la Reine de Blanche-Neige, s’interroge, navigue à vue, à voile, à vapeur, dans l’hélium, la battologie, la naïveté, l’indécision, des cavillations dérisoires. Les miroirs aux alouettes, la langue avariée des gribouilles de cabinets ou d’amphis, miment la pensée, minent la confiance, et détruisent l’affectio societatis.

 La République nous appelle, sachons vaincre ou sachons périr

Le Chant du départ est entrainant. Mourir pour la patrie ? Pour des idées ? De mort lente ? Pour les droits de l’Homme, les RTT ? Ernst Kantorowicz a travaillé l’énigme. La patrie, – étymologiquement, le pays des pères -, n’existe plus, c’est un gros mot. Les bataillons, l’étendard, le jour de gloire, incommodent les jeunes consciences. Comment transformer la b.te (?) génération en Spartiates ? Pour le républicain, il faut du fer, du pain, renouer avec la pompe, l’école de Mars, honorer l’Être suprême, les mémoires de Joseph Bara et Joseph Viala, planter des arbres de la Liberté.

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Alas, triste façade désossée d’un immeuble haussmannien en rénovation, notre République est parcourue de momies, squatteurs, révoltés en carton-pâte, une cordelle de bâtardises idéologiques, crises de nerfs. En 1966, «Et moi et moi et moi», c’était une chansonnette ironique de Jacques Dutronc. En 2022, c’est la doxa des fossoyeurs de la nation. Des jacuzzis, l’agrégation, l’orgasme, les jumeaux pour tous.s.e.s ! Le droit à la paresse, le droit au tordu. Marianne partage un secret avec Maître Cornille. Finies les farandoles, elle a vendu sa croix d’or et travaille pour l’exportation. Les sacs de farine sont remplis de plâtre. Le Monde d’après, Teilhard de Chardin 2.0, le point Oméga, co(s)mique, c’est la nousosphère, l’encommun, le fairesociétalisme. La France sans sa langue, sa littérature, son histoire, ce n’est plus la France, ce n’est plus grand-chose.

Le salut le 18 décembre ?

Stade de Lusail, 18 décembre 2022, 20 heure, France 4 – Brésil 0 ! Les poteaux et la VAR avec nous ! Nous sommes les meilleurs parce que nous vaincrons ! Je dirais même plus… Plus que trois victoires à aligner. Pas impossible. Dans le calendrier républicain, le 18 décembre, c’est en Frimaire et officiellement le « jour de la truffe ». C’est aussi la Saint-Sébastien, la naissance de Staline, de Laurent Voulzy et Raimu.

Le Français, jovial, a des chouchous. Cette année, Jean-Jacques Goldman, Thomas Pesquet, Teddy Riner. Chez les féminines, l’or pour Sophie Marceau, talonnée par Mylène Farmer, Marion Cotillard, Alexandra Lamy. « Je suis rouge avec les rouges, blanc avec les blancs, bleu avec les bleus; c’est à dire tricolore. En d’autres termes, je suis pour le peuple, pour l’ordre et pour la liberté » (Victor Hugo, Choses vues).


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