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Les gardiens de la vérité contre la «désinformation»

Qui va vérifier les interventions des vérificateurs auto-proclamés de l'info?

Les gardiens de la vérité contre la «désinformation»
Pixabay

Des Etats-Unis à la Nouvelle Zélande, les autorités publiques prétendent nous protéger contre la «désinformation» en s’érigeant en gardiens de la vérité. Mais qui va contrôler ces contrôleurs de l’information?


Une récente enquête du journal indépendant The Intercept a révélé que le Département de la sécurité intérieure des États-Unis avait adopté une nouvelle stratégie pour contrer les discours jugés « dangereux » et contraires aux intérêts américains. 

En collaboration notamment avec Facebook, Washington chercherait à imposer un récit dominant sur la Covid-19, l’Ukraine et la diversité ethnoculturelle, entre autres thèmes, stratégie de propagande qui n’est pas en soi nouvelle dans l’histoire.

Un portail spécial aurait été créé sur Facebook pour permettre aux autorités d’être averties directement des discours « trompeurs » identifiés par les modérateurs, dont le penchant pour la censure – on le sait – n’est pas particulièrement modéré.

Fatwas numériques

Nous sommes entrés dans une ère marquée par une surabondance de l’information où de puissants acteurs cherchent à la contrôler pour favoriser leur agenda.

De nouveaux gardiens de la vérité émergent pour remplacer les curés, y allant de fatwas numériques et de sermons digitaux, la « désinformation » étant leur principale cible.

Des équipes de « décrypteurs » et de « fast checkers » sont mises sur pied pour débusquer la moindre fausse nouvelle, ne se contentant pas de corriger les faits, mais recadrant la toile et parfois leurs collègues en fonction de leur interprétation particulière des événements.

Il est vrai que de fausses informations sont régulièrement véhiculées sur les réseaux sociaux, mais l’opération de nettoyage va bien plus loin : on décrète faux et erronés des points de vue sur l’actualité qui ne confortent pas la bien-pensance.

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Le procédé est ancien, mais les moyens sont neufs : instaurer et faire respecter une orthodoxie de laquelle personne ne peut déroger par définition. L’information est filtrée selon de pédants critères de véridicité et de droiture scientifique – ce qui est contraire à la science fondée sur le doute et le choc des idées –, écartant les avis non conformes au canon en vigueur.

Pour votre bien et votre sécurité

Pour faire accepter leur autorité, les nouveaux clercs ont eu la brillante, mais terrible idée de tout aborder sous l’angle de la sécurité, tout point de vue non politiquement correct n’étant pas « sécuritaire » pour quelqu’un, un groupe ou l’environnement. Avez-vous remarqué ?

Ces deux dernières années, c’est ainsi que la moindre critique de la gestion de la pandémie par des États aseptiseurs a été présentée comme irresponsable et dangereuse. Grâce au confinement et aux autres mesures sanitaires, il s’agissait bien sûr de « sauver des vies ».

Bien avant la Covid-19, la critique du multiculturalisme était déjà présentée comme dangereuse, car pouvant alimenter des discours haineux. La logique est la suivante : critiquer le multiculturalisme, c’est psychologiquement (micro-agressions) et physiquement mettre en danger des gens dont le seul crime est ne pas descendre directement des Gaulois.

Depuis quelques années, poser un regard critique sur l’écologisme radical ou modéré n’est pas moins dangereux, le fait de ne pas vouloir agir rapidement et radicalement pour le climat nous mettant tous en péril. En prime, notre inaction alimente « l’éco-anxiété » d’individus qui nous demanderont un jour de rembourser leurs calmants pour avoir menacé leur santé mentale.

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Il s’agit de moduler le discours en vue de l’établissement du safe space global, ce vaste espace capitonné où tous les humains pourront enfin vivre à l’abri de tout défi, de toute adversité. Nous pourrions étendre la logique à d’autres phénomènes comme le féminisme : on vous fera vite comprendre que critiquer la nouvelle ou l’ancienne branche de ce courant revient à alimenter une culture du viol forcément dangereuse pour les femmes.

Dans un tel climat, pas étonnant que la plupart des personnalités de droite assumée soient présentées comme des « dangers publics »…

La liberté comme « arme de guerre »

Preuve supplémentaire que cette dynamique est bien concrète, fin septembre dernier, c’est sous l’angle de la sécurité que la Première ministre de la Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern, a emmené le sujet de la liberté d’expression à l’ONU.

Lors du débat général de la 77e session de l’Assemblée générale, Mme Ardern a comparé la liberté d’expression à une « arme de guerre » qu’il fallait encadrer au moyen de nouveaux mécanismes pour la… sécurité de tous.

Après avoir livré un plaidoyer contre l’arme nucléaire dans un contexte de tensions entre l’Occident et la Russie, elle a mis en garde contre « la manipulation de communautés et de sociétés entières » au moyen de la « désinformation ».

« Ce n’est plus une hypothèse. Les armes de guerre ont changé, elles sont pointées vers nous et nécessitent le même niveau d’action et d’intervention que nous mettons dans les armes d’autrefois », a assuré la dirigeante progressiste devant l’ONU. Malgré ses intérêts économiques, l’arrivée d’Elon Musk à la tête de Twitter ne peut qu’être un vent d’air frais positif, alors que la liberté d’expression recule partout dans le monde sous le poids des contrôles numériques.

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Auteur et journaliste. Rédacteur en chef de Libre Média. Derniers livres parus: Un Québécois à Mexico (L'Harmattan, 2021) et La Face cachée du multiculturalisme (Éd. du Cerf, 2018).

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