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Mythe et mythes de la Guerre d’Espagne: les raisons d’une polémique

Le gouvernement espagnol prétend censurer et pénaliser les opinions trop éloignées de la doxa historique officielle.

Mythe et mythes de la Guerre d’Espagne: les raisons d’une polémique
Des manifestants brandissent des drapeaux de la République espagnole et soviétiques lors d'une marche pour commémorer les morts de la Guerre d'Espagne, Madrid le 14 avril 2021 Manu Fernandez/AP/SIPA AP22558188_000001

La publication en français d’un livre présentant une nouvelle approche de la Guerre d’Espagne vient de montrer que les questions d’historiographie se transforment trop souvent en questions de politique contemporaine. Le gouvernement espagnol et l’intelligentsia française de gauche ont dénoncé l’auteur de ce livre, Pío Moa, comme un dangereux révisionniste. Le spécialiste américain de la Guerre d’Espagne, Stanley Payne, vient de publier un article un article qui répond à ces critiques. Le texte est ici traduit en français et présenté par Arnaud Imatz.


La publication d’un long entretien avec Pío Moa, auteur de Les mythes de la Guerre d’Espagne, dans le Figaro Histoire de juillet 2022, et la mise en ligne d’une vidéo vue par plus d’1.300.000 internautes ont soulevé l’indignation de nombre de journalistes et universitaires admirateurs du Front populaire espagnol. Le 22 août, Le Figaro a publié la réponse virulente d’un proche du gouvernement socialiste, président de l’Association pour la récupération de la mémoire historique, Emilio Silva. Plus de cent historiens français se sont dit par ailleurs « consternés » et ont publié une lettre ouverte, à laquelle plusieurs médias complaisants envers la gauche radicale ont fait largement écho. Le 13 novembre dernier, le quotidien madrilène El País a consacré à son tour une page à la polémique française sur la traduction du livre de Moa. Le sujet semble d’autant plus sensible en Espagne que le gouvernement vient de faire adopter une « loi de mémoire démocratique » qui prétend censurer et pénaliser les opinions trop éloignées de la doxa officielle. Signe des temps, la Poste espagnole vient d’imprimer un timbre avec une faucille et un marteau aux couleurs de la République du Front populaire pour célébrer les cent ans de la fondation du PCE.  

Dans l’article qui suit, publié simultanément aux États-Unis, dans la revue culturelle Chronicles, l’historien Stanley Payne, l’un des plus prestigieux spécialistes mondiaux de la République et de la Guerre d’Espagne, reconnu pour son honnêteté, sa rigueur et sa pondération, auteur de plus de trente livres dont La guerre d’Espagne. L’histoire face à la confusion mémorielle (Le Cerf, 2010), répond aux censeurs de Moa et remet les pendules à l’heure.  


À la fin du vingtième siècle, tous les grands mythes politiques ou religions séculières étaient plus ou moins discrédités. Un seul allait néanmoins survivre en Europe sous sa forme classique et même connaitre un renouveau majeur. Le mythe de la République espagnole et de la Guerre civile, sous la vieille bannière du Front populaire de la «démocratie républicaine», a bel et bien été ressuscité par la dernière génération de la gauche espagnole. Au cours des dernières années, il est devenu le «nouveau» mythe fondateur de l’Espagne, dont l’objectif est de radicaliser l’actuelle monarchie constitutionnelle ou de la remplacer par une autre république extrémiste de style latino-américain.  

La révolution espagnole de 1936-1939 a été la seule révolution collectiviste de masse, violente, qui s’est déroulée dans un pays d’Europe occidentale au XXe siècle. Elle a échoué pour diverses raisons, mais essentiellement parce que les modérés et les conservateurs espagnols se sont rebellés de manière préventive avant que la domination des institutions par le processus révolutionnaire ne soit achevée. Les révolutionnaires se sont vus dès lors confrontés à un véritable dilemme : essayer de mener une révolution de masse violente tout en menant une guerre civile à grande échelle, ce qui s’est avéré au-dessus de leurs capacités.  

La révolution espagnole est également unique dans l’histoire européenne en ce qu’elle a été d’abord impulsée par des socialistes et des anarchistes, et que c’est seulement pendant la guerre civile que le communisme est passé au premier plan. Les dirigeants soviétiques ont compris, dès le début, qu’une nouvelle révolution en Europe occidentale devait être camouflée en «démocratie républicaine» pour être acceptable et acceptée par l’opinion publique internationale. Moins d’un an plus tôt, le Komintern avait modifié son approche révolutionnaire, qui avait conduit à des résultats si désastreux en Allemagne, en faveur d’une nouvelle alliance de type «Front populaire» qui puisse instrumentaliser la démocratie occidentale au nom de l’«antifascisme», nouveau motif-clé de la propagande. La présentation du conflit espagnol comme un combat entre «la démocratie et le fascisme» était un stratagème qui devait connaitre un succès considérable, notamment au sein de l’intelligentsia occidentale alors de plus en plus favorable à la lutte contre Hitler et Mussolini.  

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Pour diverses raisons complexes, l’histoire de l’Espagne a toujours été l’une des plus difficiles à comprendre de tous les pays occidentaux. Ses singularités marquées et ses courants et contre-courants apparents ont naturellement déconcerté les étrangers, ce qui a contribué à donner au modèle du Front populaire espagnol une forme mythique largement acceptée pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette forme a été ensuite modifiée pour présenter le conflit espagnol comme le «début» ou le «premier round» de la Seconde Guerre mondiale, un saut imaginatif tout aussi extrême.  

Lorsque j’ai commencé à étudier l’histoire de l’Espagne, dans les années 1950, j’ai réalisé que les aspects les plus extrêmes du mythe étaient exagérés, mais j’ai néanmoins accepté l’interprétation standard de la «République espagnole démocratique» et de sa gauche au moins semi-démocratique.  Il n’existait pas alors de littérature scientifique sérieuse prouvant le contraire. De plus, mes deux premiers livres sur les affaires espagnoles qui traitaient des forces-clés de la droite, la Phalange fasciste (1961), et l’armée (1967), avaient été accueillis avec enthousiasme par la critique, plus particulièrement par celle des auteurs de gauche.  

Je n’avais pas eu jusque-là l’idée d’enquêter sur les révolutionnaires et c’est Jack Greene, historien américaniste de l’Université Johns Hopkins, qui m’a suggéré de le faire. En plein «boom de l’histoire» des années 1960, il était chargé d’éditer une série de dix volumes sur «Les révolutions dans le monde moderne». Green m’a donc invité à rédiger l’étude sur l’Espagne et, après réflexion, j’ai accepté.  Les recherches que j’ai menées sur la gauche espagnole entre 1966 et 1968 ont constitué, je crois, «un avant et un après» dans la compréhension de l’histoire espagnole récente. J’ai été particulièrement surpris de constater que la gauche espagnole n’était pas nourrie de réformistes maladroits et bien intentionnés, telle qu’elle était censée l’zêtre selon le mythe, mais au contraire de personnes autoritaires, très déterminées, dont les sectateurs révolutionnaires s’étaient consacrés, avec une violence toujours plus grande, à l’attaque directe des institutions.  

Ces recherches ont finalement donné naissance à The Spanish Revolution (1970), une étude de la gauche révolutionnaire espagnole, de ses origines à sa défaite finale en 1939. Certaines interprétations ont dû être révisées depuis, après l’ouverture de nouvelles archives, en particulier celles de l’ancienne Union soviétique, mais ce livre reste à ce jour la seule étude publiée dans le monde en un seul volume sur l’ensemble du processus révolutionnaire en Espagne.  Le «Book World» du Washington Post le désigna comme l’un des cinquante livres les plus remarquables de l’année 1970 et, la censure espagnole s’étant relâchée, deux traductions espagnoles différentes furent publiées au cours de la décennie suivante. Les commentateurs de gauche, qui avaient salué mes deux premiers principaux livres sur l’Espagne, se montrèrent en revanche souvent cinglants à l’égard de The Spanish Revolution, ouvrage qui avait osé mettre à nu le mythe jusque-là bien établi.  

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Les années 1970 ont été une décennie de transformations spectaculaires en Espagne, le pays ayant pris alors une initiative tout à fait à contre-courant. Au plus fort de la phase finale de l’expansion communiste dans le cadre de la guerre froide, l’Espagne a procédé à un surprenant changement de régime en faveur de la démocratie libérale, initiant ainsi la dernière grande vague de démocratisation du XXe siècle. Celle-ci allait durer, non seulement en Espagne mais dans le monde, jusque dans les années 1990. La censure prit fin dans la Péninsule et il s’en suivit un intérêt décuplé pour l’histoire contemporaine. Le nouvel esprit semblait vouloir enterrer le passé, tout au moins en ce qui concerne la politique partisane, pour laisser l’histoire aux universitaires.  

C’était du moins ce qu’il semblait être.  Mais en réalité, à cette époque la génération «nouvelle gauche» des années soixante avait déjà commencé à investir les universités espagnoles. Elle l’avait même fait sous un régime franquiste de plus en plus tolérant, et elle allait rapidement étendre sa domination dans la majorité du système universitaire en pleine expansion.    

Par ailleurs, les milieux politiques modérés et conservateurs se montraient étonnamment peu intéressés par la culture et l’histoire récente, vivant dans la crainte perpétuelle d’être traités de «franquistes». La conséquence a été que dans les dernières années du XXe siècle, la domination de la gauche sur les médias, la culture et l’éducation est devenue encore plus complète en Espagne que dans beaucoup d’autres pays occidentaux. Plusieurs sujets et plusieurs thèmes sont devenus tabous, même si la liberté d’expression fondamentale a continué d’exister dans l’ensemble du pays, à l’exception partielle des universités.  

Il en est résulté un véritable dilemme, illustré notamment par la carrière de Javier Tusell, principal historien politique espagnol de la fin du vingtième siècle. Ce dernier a publié en trente-cinq ans une bonne vingtaine de livres, tous de grande qualité et la plupart basés sur des recherches d’archives originales, mais, soucieux de conserver sa liberté de pensée et d’interprétation critique tout en restant dans les bonnes grâces de ses collègues, il a préféré se consacrer essentiellement à des études sur la droite espagnole sans jamais entreprendre la moindre étude critique importante sur l’un des aspects de la gauche. À partir des années 1990, la conformité historiographique au mythe de la République et de la Guerre civile a été presque complète.  

C’est précisément dans cette situation de stagnation intellectuelle qu’est soudainement apparu, en 1999, l’ouvrage d’un auteur totalement inconnu, Pío Moa, Los orígenes de la Guerra Civil española. Il ne s’agissait pas d’un universitaire, mais d’un chercheur indépendant, le genre de personne beaucoup plus rare en Espagne que dans le monde anglophone. Moa était un marxiste repenti qui avait commencé sa vie d’adulte comme membre actif du FRAP, une organisation terroriste révolutionnaire des années 1970 qui avait combattu bec et ongles la démocratisation de l’Espagne. Puis, dans les années suivantes, il s’était consacré à une longue étude sur l’histoire de son pays. Au bout de deux décennies, Moa était parvenu à des conclusions qui allaient à l’encontre de ses premières convictions, mais aussi des mythes conventionnels sur la vie politique espagnole contemporaine.  

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Son premier livre s’attaquait directement non pas aux mythes de la guerre civile elle-même, mais aux idées reçues sur son contexte. Il exposait et analysait les «origines» du conflit en 1933-34, lorsque la gauche avait d’abord cherché à imposer un système exclusiviste puis, ayant échoué, s’était tournée vers de multiples insurrections révolutionnaires, dont le point culminant avait été le violent assaut de masse socialiste de 1934. Cet ouvrage le plus important et le plus original de l’historiographie espagnole récente, a été rapidement suivi de deux autres : Los personajes de la República vistos por ellos mismos (Les dirigeants de la République décrits par eux-mêmes) (2000), qui est un portrait révélateur des principaux dirigeants de gauche vus au travers des descriptions originales et acerbes qu’ils ont faites d’eux-mêmes, et El derrumbe de la Segunda República y la guerra civil (L’effondrement de la Seconde République et la guerre civile) (2001), qui traite en détail de l’apogée du processus révolutionnaire de la République et du début de la guerre. Les lecteurs espagnols ont réagi avec enthousiasme devant ces livres, d’autant plus que Moa a fait preuve non seulement d’audace et d’originalité analytiques, mais aussi d’un talent littéraire inhabituel, qui tranche avec l’expression lourde et maladroite de tant d’historiens espagnols.  

Le corps professoral de gauche s’est indigné, et son chœur de dénonciation, apparemment unanime, a intimidé quiconque aurait pu oser dire un mot en faveur de Moa. Ce qui est remarquable dans le déluge d’injures qu’il a reçu, c’est qu’il n’y a pratiquement pas eu de débat ou de critique sérieuse sur les interprétations et les réalités factuelles soulignées par l’auteur. Bien au contraire, la critique s’est concentrée, dans un style typiquement espagnol, sur des attaques ad hominem. Ces critiques outrancières ont mis surtout l’accent sur le manque de titres universitaires de Moa, insistant le plus souvent sur le fait que seul un «professeur» pouvait produire un travail historique valable. Un argument d’autant plus absurde que la plupart des professeurs d’histoire espagnols ne sont guère que des bureaucrates opportunistes qui ne produisent que de maigres publications historiques, et souvent même aucune.  

Le point culminant des premiers travaux de Moa a été atteint en 2003, lorsqu’une grande maison d’édition, La Esfera de los Libros, a publié son livre Los mitos de la Guerra Civil (récemment publié en France par les Éditions de l’Artilleur sous le titre Les mythes de la Guerre d’Espagne). Dans la Péninsule, ce livre a été la sensation éditoriale de l’année dans le domaine de la non-fiction, se vendant à plus de 150 000 exemplaires (et même finalement à 300 000). Ce succès indiquait une soif des lecteurs espagnols pour une histoire critique désireuse de briser le tabou mythique. Comme les médias et les publications universitaires de l’establishment l’ont généralement ignoré, Álvaro Delgado-Gal, l’astucieux rédacteur en chef de Revista de Libros, principale revue de critique de livres du pays, a décidé de rompre le boycott du silence en demandant à un historien non espagnol de critiquer le livre. Il m’a invité à entreprendre cette tâche et j’ai répondu avec empressement. Mon compte rendu a mis en évidence les questions-clés sur lesquelles Moa a proposé des analyses tranchantes et de nouvelles interprétations significatives fondées sur des données convaincantes. Si plusieurs d’entre elles pouvaient être remises en question, la responsabilité des universitaires sérieux était de débattre et/ou de réfuter les points litigieux plutôt que d’imposer une censure à priori. Ma conclusion était que le livre, même imparfait, était une contribution majeure au débat sur la guerre civile. On a alors demandé à Santos Juliá, parfois considéré comme le principal historien socialiste dans ce domaine, de répondre, mais il s’est contenté de répéter qu’il était inacceptable de parler de Moa et a même menacé de m’expulser de la confrérie des historiens professionnels pour avoir osé suggérer que le sujet méritait un débat honnête.  

Los mitos de la Guerra civil (Les mythes de la guerre d’Espagne) n’est pas une histoire générale de plus, mais une étude des personnalités et des questions-clés qui, selon l’interprétation gauchiste standard, ont été mythifiées, diabolisées ou simplement déformées. Ce livre consacre des chapitres entiers à dix des principales figures, et offre des discussions incisives qui s’écartent souvent des récits habituels. La partie principale traite de dix-sept questions ou aspects-clés, tels que l’effet de «l’armement des masses», la création du «premier pont aérien de l’histoire», «la plus grande persécution religieuse de l’histoire», plusieurs des plus grandes atrocités ou atrocités présumées, l’envoi de la réserve d’or nationale espagnole à Moscou, le caractère et le rôle des Brigades internationales, plusieurs des batailles les plus importantes, l’intervention et la non-intervention étrangères, et les politiques et rôles des deux leaders décisifs, Juan Negrín et Francisco Franco. L’ouvrage se termine par un examen de la place de la guerre civile dans l’histoire de l’Espagne et dans son historiographie.  

Cet ouvrage est unique en ce qu’il adopte une approche thématique et axée sur les principaux problèmes et qu’il remet en cause résolument les mythes dominants. En raison de sa force interprétative, l’effet a été inévitablement polémique, bien que chacune des analyses aient été soigneusement raisonnées et présentées dans la prose typiquement lucide et souvent éloquente de Moa. Il a dès lors occupé une position unique – celle de l’historien le plus lu de son pays – mais condamné à un ostracisme permanent par le système universitaire public et les médias de l’establishment. Dans d’autres pays, des historiens non universitaires atteignent parfois des positions vénérables, le plus souvent parce qu’ils produisent avant tout des œuvrettes conformistes sur le passé national. En revanche, Moa est devenu à lui seul une sorte de mouvement unipersonnel qui s’est dressé contre l’establishment espagnol de gauche pour offrir des explications et des interprétations indépendantes sur les principaux problèmes historiques. Et cela a conduit presque inévitablement à une approche de plus en plus polémique, à une entreprise solitaire nécessitant une endurance personnelle et un courage moral impressionnants. 

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Le progrès des connaissances historiques se fait principalement de deux manières : la première, qui est la voie habituelle, est celle de la nouvelle recherche primaire ; la seconde, moins fréquente, mais plus stimulante intellectuellement, est celle du réexamen et de la nouvelle analyse des travaux antérieurs. Seule une petite partie de la production de Moa est basée sur la recherche primaire, car la plus grande partie porte sur le réexamen de matériaux existants qui ont été soit ignorés, soit délibérément déformés dans les études et travaux précédents.  

Moa est un spécialiste et un écrivain prolifique qui, au cours des deux dernières décennies, a produit de nombreux ouvrages traitant de thèmes historiques plus larges, notamment son impressionnant La Reconquista y España (2018). Il est aussi l’auteur de deux romans et de plusieurs essais sur divers thèmes. Il est probablement exact de dire qu’il a joué un rôle plus important dans la vie culturelle et intellectuelle de son pays que n’importe quel autre universitaire indépendant d’Europe ou d’ailleurs, même s’il restera toujours un historien maudit pour l’establishment culturel aveugle de son pays. Cela dit, il reste encore une petite poignée de professeurs dans les universités espagnoles qui font un travail sérieux, indépendant et objectif, et qui apportent des contributions majeures, mais ils doivent faire très attention à éviter les approches les plus controversées.  

Dans mes propres travaux, j’ai abordé nombre de ces sujets à peu près au moment même où Moa commençait à publier. Mon objectif initial était d’utiliser les nouveaux documents provenant des archives soviétiques, afin de clarifier les politiques soviétique et communiste en Espagne, lesquelles avaient toujours suscité la controverse. Après six ans de recherche, j’ai publié The Spanish Civil Warthe Soviet Union and Communism (2003), à la suite de quoi j’ai suivi le précepte énoncé par José Ortega y Gasset, en 1938, selon lequel la chose la plus importante à savoir sur la guerre d’Espagne est «comment elle a commencé». Cela a débouché d’abord sur The Collapse of the Spanish Republic 1933-1936, que l’Université de Yale a publié en 2006. D’autres études sur divers aspects ont suivi, le point d’orgue étant The Spanish Civil War, conçu comme un résumé analytique pour les nouveaux lecteurs, qui a été publié en 2012 comme l’une des «Cambridge Essential Histories». Mon autre travail de conclusion dans ce domaine a été un effort pour replacer la révolution et la guerre civile espagnoles dans leur contexte historique approprié. Il ne s’agissait pas de la Seconde Guerre mondiale, dans laquelle l’Espagne n’était pas belligérante, mais plutôt des guerres civiles révolutionnaires européennes de l’époque. J’en ai donné un résumé dans Civil War in Europe 1905-1949 (2011).  

En ce début du XXIe siècle, la politisation de l’histoire a joué en Espagne un rôle plus grand que dans n’importe quel autre pays occidental. Nulle part ailleurs, du moins à l’exclusion de la Russie en 2022, le gouvernement n’a proposé des lois de censure nationale spécifiques régissant la discussion et l’interprétation de l’histoire récente. La première loi socialiste espagnole de 2006, la «Loi sur la mémoire historique», n’allait pas plus loin que des subventions d’État pour le prosélytisme de certaines versions approuvées ; mais la nouvelle loi de 2022, la «Loi de mémoire démocratique», de nature stalinienne (voire poutinienne) prévoit des peines d’emprisonnement et de fortes amendes. Une fois de plus, comme en tant d’autres occasions depuis 1821, la gauche espagnole cherche à prendre la tête de la radicalisation politique au sein des pays occidentaux.  

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