Accueil Site Page 768

Caravage et nous

1

Rien de plus indiqué, en pleine campagne de sobriété énergétique et son lancinant « je baisse, j’éteins, je décale », qu’un film et une exposition sur ce génie de l’éclairage et de la lumière que fut le peintre italien Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit le « Caravage » (1571-1610) !


L’exposition « Un coup de fouet », au musée des beaux-arts de Rouen (jusqu’au 27 février 2023), met en regard deux chefs-d’œuvre du grand maître lombard, tous deux peints vers 1607, Le Christ à la colonne, véritable joyau que le musée rouennais conserve depuis 1955 et La Flagellation du Christ prêtée temporairement par le musée napolitain Capodimonte. Les deux tableaux sont un manifeste de ce que l’on appelle, en peinture, le ténébrisme ou clair-obscur, technique dans laquelle Caravage a excellé et qui baignera l’art baroque – y compris la littérature – de ses contrastes tranchés d’ombre et de lumière. Rompant avec la tradition de l’arrière-plan perspectiviste, rompant aussi avec le sfumato (modelé vaporeux) de Léonard de Vinci, Caravage propose des fonds sombres, sans décor, et des personnages dont certains s’extraient de la nuit pour venir vivre, sous nos yeux, un drame qui hésite entre le gouffre et l’éclat. « Lumière qui déchire la noirceur » écrivait le poète fanco-espagnol Claude Esteban à propos de la technique caravagesque (L’ordre donné à la nuit, 2005) : c’est cette lumière si particulière, capturée par des apprêts de blanc de plomb, d’ocres, de poudre de pierre ponce et sable de rivière et par des glacis appliqués avant que la matière ne sèche, qui continue à donner au torse de ses Christ, au sein protecteur de sa Madone des Palefreniers, aux cuisses de son Saint Jean-Baptiste ou de son Amour victorieux, au bras décharné de son Saint-Jerôme écrivant, ou encore au cou généreusement tendu de sa Madone aux pèlerins, des accents de vérité et un relief inédit.

Cette « façon insolite de disposer les formes dans l’espace, les noyer dans l’ombre, les harceler d’éclat » (Claude Esteban) n’est malheureusement pas le choix esthétique retenu par Michele Placido, dont le film « Caravage » (L’ombra di Caravaggio de son titre original), sorti ce 28 décembre, s’intéresse davantage à la vie du peintre qu’à sa peinture. A l’exception notoire du tableau vivant recomposant La Mort de la Vierge (1605-1606), le réalisateur ne restitue pas la lumière caravagesque, mais fait alterner la pénombre des bas-fonds des villes où Caravage a séjourné avec la pénombre des palais où il a trouvé protection et appui, n’éclairant les visages et les corps de Riccardo Scamarcio, d’Isabelle Huppert ou de Louis Garrel que d’une lumière diffuse. Il faut dire que la vie de Michelangelo Merisi da Caravaggio, a de quoi fasciner et se prête d’autant mieux aux interprétations personnelles que les éléments et témoignages le concernant sont rares, comme le souligne non sans humour l’historien de l’art Claudio Strinati qui a eu l’occasion de rappeler que «  nous savons en fin de compte bien peu de choses de cette personnalité, aucun écrit, aucune lettre du maître, aucun témoignage permettant de mieux comprendre quelle était sa culture, comment il vivait l’amitié, quelles ont été ses vicissitudes sentimentales. » De même que l’on a attribué à Caravage « des tableaux d’une qualité et d’un intérêt contestables, mais également des croûtes abjectes qui ne sont même pas caravagesques », de même lui a-t-on prêté des vies assez différentes selon ses biographes, les uns penchant plutôt pour un individu « agressif, populacier, contempteur de religion, assassin impénitent et misérable proscrit », d’autres faisant à l’inverse de l’artiste « un intellectuel raffiné, profondément lié aux tendances de la Contre-Réforme, un esprit religieux (à sa façon) persécuté pour quelques méchants vers, mais généreux, avisé et décidément supérieur » (Claudio Strinati, Caravage, 2015). Le Caravage de Michele Placido est, quant à lui, un bretteur au grand cœur, un sanguin généreux, pas vraiment ivre de femmes, d’hommes ou de peinture, et qu’on voit moins intriguer pour obtenir l’appui des puissants ou se faire connaître d’une clientèle huppée, que caresser le dos flagellé des prostituées et revendiquer bruyamment le droit de faire des damnés de la terre les seuls modèles de ses toiles. On pensait qu’il était mort de malaria à Porto Ercole le 18 juillet 1610, alors qu’il s’apprêtait à regagner Rome d’où il avait fui après l’assassinat de Ranuccio Tomassoni, et où le Pape autorisait enfin son retour. Michele Placido le fait décapiter par le frère de Ranuccio et jeter à la mer sur fond de philosophie des univers infinis de Giordano Bruno. Pourquoi pas, après tout.

Caravage, La Flagellation du Christ à la colonne, Huile sur toile. © Musée des Beaux-Arts Rouen

Longtemps oublié puis réhabilité avec enthousiasme par un XXe siècle fasciné par la figure du peintre maudit passé en si peu de temps de egregius in urbe pictor à membrum pudridum et foetidum, Michelangelo Merisi da Caravaggio semble a priori bien peu accessible à notre XXIe siècle qui produit à la pelle des artistes sociétaux plus proches de chercheurs en Nature, Gender ou Decolonial Studies que de créateurs universels capables de tremper leurs pinceaux dans le cœur rouge sombre des hommes. Sa vie ombrageuse et dense peinerait à en faire l’icône néo-ascétique de sociétés occidentales décidées à mettre ce qui leur reste d’énergie collective à soulager le monde de leur empreinte carbone, mais aussi de leur empreinte historique et culturelle. La palette de ses émotions, tendresse, effroi, crainte, humilité, dépasse le binôme savoir-être/burn-out autour duquel se régulent les émotions contemporaines. Nourri de ses prédécesseurs, de Michel-Ange dont on retrouve le motif du doigt pointé en avant dans La Vocation de Saint Matthieu (1599-1600), de Léonard de Vinci auquel il reprend l’intérêt pour le sentiment, ou encore de Titien dont il poursuit la technique de la densité de la matière, il déçoit les inlassables théoriciens d’un art appelé, pour être valable, à proposer une  nouvelle lecture de ce que l’on ne cherche plus à connaître, à interroger toutes les formes de stéréotypes et à réactualiser machinalement l’iconographie en inversant les valeurs et les codes de représentation.

Et pourtant, Caravage intéresse et fascine toujours. On est davantage porté à lui attribuer de nouvelles œuvres (comme celle découverte en 2014 dans un grenier toulousain et vendue en 2019 pour un prix équivalent aux plus beaux Picasso, ce qui est rare pour une œuvre ancienne) qu’à pratiquer la culture de l’annulation en raison d’une conduite morale assez sujette à caution. L’intérêt qu’on lui porte vient sans doute de ce qu’il a ancré le catholicisme dans la banalité de la vie et le réalisme du quotidien, dans le contexte bien particulier de la Contre-Réforme qui, avec le Concile de Trente (1545-1563), proclame la légitimité des images religieuses (remises en question par le protestantisme) et leur vocation à sensibiliser le peuple au dogme de l’Église. Quant à la fascination, elle est peut-être à chercher du côté de la violence, celle de sa vie, celle de son œuvre surtout, dont on sent inconsciemment qu’elle nous parle du mal, de la lâcheté qui l’accompagne et de l’effroi qui le contemple. Biberonnés au « hastagpasdevague », nous nous retrouvons démunis face à toutes ces lames tranchantes, ces bourreaux, ces scènes de flagellation, d’égorgement et de décapitation, ces David et Goliath, ces Judith et Holopherne, ces Sainte Catherine d’Alexandrie qui continuent à nous parler de la nature humaine. Conditionnés par une réinterprétation politique du « clair-obscur » caravagesque qui, loin d’être le choc sans transition de l’ombre et la lumière est devenu, à l’aune des nouveaux discours politiques comme celui d’Emmanuel Macron sur un Napoléon dont « l’œuvre tout en clair-obscur » n’a pas livré encore « tous ses secrets » (5 mai 2021), une technique picturale d’un autre genre, une sorte de lavis politico-historique où effectivement, on baisse la lumière, il est temps de retourner voir les œuvres du grand maître lombard.

L'ordre donné à la nuit (0000)

Price: ---

0 used & new available from

Caravage

Price: ---

0 used & new available from

Des femmes, oui, mais en qualité…

0

Aujourd’hui, de fait, les femmes atteignent les hautes sphères d’elles-mêmes. L’obligation de parité dans les fonctions de pouvoir est absurde.


Initialement, je voulais choisir comme titre : « Des femmes en qualité, pas en quantité ! ». Mais j’ai préféré une accroche plus tranquille, moins percutante, plus consensuelle. Qui irait dénier le besoin d’avoir des femmes de qualité à des postes clés ? Il me semble que l’année 2022 en effet a vu « le sacre des femmes en politique » et que cela a été une avancée indéniable, quelle que soit mon appréciation contrastée sur les quatre qui sont généralement mises en évidence : la Première ministre Elisabeth Borne, Aurore Bergé, la présidente du groupe Renaissance, la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet et la présidente du groupe La France Insoumise Mathilde Panot.

Une parité frénétique n’est plus nécessaire

L’irruption de ces personnalités dans le paysage gouvernemental et parlementaire démontre qu’il n’est pas nécessaire de programmer frénétiquement une parité pour que naturellement des hasards, des ambitions, des nominations, des fidélités consacrent des femmes avec des compétences qui valent largement celles de leurs rivaux ou soutiens masculins. Il y a toujours un moment où le destin bascule et où on ne peut pas le retarder indéfiniment. Des femmes prennent le pouvoir ou on le leur donne, parce que des calculs politiques vous persuadent qu’elles sont indispensables là où on désire les promouvoir.

Il faut donc accepter que l’égalité des sexes, valeur non négociable aujourd’hui, se traduise concrètement moins par des coups de force législatifs ou des décrets impérieux que par des évolutions qui au fil du temps – et plus rapidement qu’on ne le pense – combleront l’écart entre les souhaits et la réalité.

À lire aussi: Bérénice Levet, la contre-attaque

Aussi tout débat sur les hommes et les femmes, leurs rôles respectifs dans la société, devra intégrer que certes la parité arithmétique sera défaillante mais qu’il n’empêche que l’intuition fait apparaître que les droits et le pouvoir des femmes ont considérablement augmenté. De plus en plus largement, sans qu’on les récuse bêtement, elles occupent un terrain qui ne leur était pas réservé. Ce qui signifie que l’idéologie est bien moins efficace que le pragmatisme et qu’il y aura donc bien aussi des femmes médiocres assumant des charges prestigieuses ou pour briguer des fonctions suprêmes !

Vous dites cela parce que je suis une femme?

Ce sera un grand progrès paradoxal quand le fait d’être femme ne vous mettra pas à l’abri de toute critique. Ou vous contraindra à répliquer autre chose, pour vous justifier, que le lassant « c’est parce que j’étais une femme et qu’on m’a mal accueillie » !

Outre que la parité dogmatique n’est plus en odeur de sainteté parce qu’elle a révélé son absurdité quantitative, ces avancées spontanées de la cause des femmes ont pour heureuse conséquence, brisant le piédestal viril, d’inciter les hommes en quelque sorte à se relativiser, à ne plus se croire seuls au monde politique ou dans tous les univers traditionnellement masculins ; mais à accepter non seulement une concurrence non faussée des femmes mais leur possible supériorité dans tel ou tel domaine.

Dans mes expériences professionnelles, directement ou indirectement, j’aurais pu témoigner que certaines femmes étaient bien meilleures que ceux qui les dirigeaient et qu’elles avaient ce superbe avantage de n’être pas attirées par la mousse du pouvoir mais par sa substance.

Alors, qu’elles ne soient pas surabondantes partout, tant mieux, mais qu’elles viennent tranquillement, sans arrogance ni fausse modestie, prendre possession des royaumes dont elles ont été privées et bousculer les hiérarchies, c’est bien…

Le Mur des cons

Price: ---

0 used & new available from

Un avocat général s'est échappé

Price: ---

0 used & new available from

Libres propos d'un inclassable

Price: ---

0 used & new available from

Israël: meurtre de la démocratie ou destitution du peuple?

La presse progressiste voit dans la nouvelle coalition de droite dirigée par Benjamin Netanyahu, aux responsabilités depuis la semaine dernière, une grave menace contre la démocratie. En réalité, dans le conflit global entre progressistes et souverainistes, les seconds ne manquent pas d’arguments, en Israël, dans leur volonté de réformer et maitriser le pouvoir judiciaire. Analyse.


Le gouvernement de Benjamin Netanyahu n’a pas commencé de gouverner que la presse de gauche en France, en Israël et aux États-Unis a entrepris de le vilipender, et à chaque fois dans les mêmes termes. Pour Courrier International, il s’agit d’une « alliance de voyous ». Dans Le Monde, Clothilde Mraffko a fulminé contre « la nouvelle coalition (qui) fait la part belle aux suprémacistes juifs et aux ultraorthodoxes [1] ». Dans Haaretz, Aluf Benn écrit que la coalition de Benjamin Netanyahu est « raciste, religieuse et autoritaire… (qu’elle) prêche la suprématie juive et considère sa petite minorité arabe comme une menace démographique et une communauté de criminels [2] ». Sur un ton moins violent, Isabel Kershner du New York Times a titré sur « la ligne dure » de la coalition de droite et a souligné dès le premier paragraphe que cette « administration de droite et religieusement conservatrice (représentait) un défi important pour le pays sur la scène mondiale ».

Perdre des élections n’est pas la fin de la démocratie

Dans son discours d’investiture à la Knesset, Benjamin Netanyahu a répondu par une remarque ironique. « J’entends l’opposition constamment se lamenter sur « la fin du pays » et « la fin de la démocratie ». Perdre les élections n’est pas la fin de la démocratie, c’est l’essence même de la démocratie » a-t-il plaisanté. Cette moquerie de Benjamin Netanyahu n’a pas fait rire à gauche. Les progressistes (et les médias progressistes) qui sont de mauvais perdants croient et pensent que Netanyahu et sa coalition sont par essence illégitimes. Peu importe qu’ils soient élus et majoritaires. 

Gayil Talshir, professeure à l’Université hébraïque de Jérusalem a ainsi accusé Netanyahu dans Le Monde de « politiser toutes les nominations des hauts responsables dans le secteur public » et de « démanteler les médias publics. Il veut les privatiser, (…) les faire fermer. Il va abîmer tous les garde-fous de la démocratie israélienne [3]. » Pour la gauche, la haute administration, les médias de service public et la justice sont les fondements du seul ordre démocratique possible, alors que pour la droite qui arrive au pouvoir, ces institutions ont toutes abusé de leurs pouvoirs. Quand l’establishment crie au meurtre de la démocratie, la droite hurle à la destitution du peuple par l’élite administrative et institutionnelle.

Le Wall Street Journal a bien compris qu’en Israël, un conflit oppose les élus au « deep state », c’est-à-dire aux non-élus. Le 27 décembre, le journal des affaires américain a tendu le micro [4] aux « hauts responsables israéliens » et à fait part de leurs craintes de voir soudain une réforme qui rendrait aux « élus une plus grande autorité sur l’application des lois ». Qui sont ces « hauts responsables » ? Des personnalités « non élues » précise le Journal comme « le procureur général et le chef de la police d’Israël ». Ce sont ces mêmes procureur et chef de la police qui ont favorisé la mise en examen de Benjamin Netanyahu pour corruption. 

Le pouvoir de la Cour suprême en question

Les projets de réforme de la Cour suprême sont un bon exemple de cette guerre qui oppose la gauche et la droite en Israël. De l’extérieur, la Cour suprême israélienne est perçue comme l’ « une des meilleurs du monde » selon l’expression d’Alan Dershowitz, professeur de droit à Harvard. Mais en réalité, cette institution est aujourd’hui largement discréditée. En 2020, une enquête de l’Israel Democracy Index [5], a révélé une perte de confiance de la population envers la Cour suprême. La désaffection a commencé à droite. En 2005, les électeurs de droite ont été écœurés de voir que la Cour suprême ne levait pas le petit doigt pour protéger les droits des colons juifs que l’armée israélienne avait évacué de force de la bande de Gaza. La désaffection à droite s’est accentuée ensuite sur le constat que les magistrats de la Cour suprême défendaient systématiquement les droits des minorités au détriment des intérêts de la nation. Mais entre juin et octobre 2020, la baisse de confiance a touché les électeurs de gauche (de l’ordre de 15 points). Ceux-ci n’ont pas supporté que la Cour suprême laisse passer la loi affirmant qu’Israël est l’État-Nation du peuple juif ni qu’elle laisse Netanyahu former un gouvernement après ses multiples mises en examen. 

En décembre 2022, une étude de l’Université hébraïque de Jérusalem publiée par Israel Hayom a révélé une baisse de la confiance de 30% dans la Cour suprême. Lorsque les chercheurs ont comparé les données israéliennes à celles des 40 autres pays enquêtés, ils ont découvert que la même crise de confiance existait ailleurs, mais qu’en Israël, elle était environ 10% plus accentuée que dans tous les autres pays. 

La droite récemment élue souhaite donc réformer la Cour suprême. Certains souhaitent que le Parlement ait le pouvoir d’outrepasser une décision de la Cour suprême. D’autres entendent limiter son champ de compétences. Comme le remarque Avi Bell, professeur de droit à Bar Ilan University, le problème est que la Cour suprême a pris l’habitude de s’ingérer dans la vie politique au quotidien. « Quand la Cour supprime la loi qui autorise une entreprise privée à construire une prison, quand elle exempte les yeshivas (écoles religieuses) de taxes, ou quand elle supprime l’accès des indigents aux aides sociales parce que ces indigents possèdent une voiture… ce sont des décisions politiques » explique-t-il. David Peter, avocat, membre d’un centre de recherche intitulé Kohelet, critique le rôle de la Cour suprême en matière d’immigration [6]. « Le président de la Cour suprême détermine quels juges instruiront les dossiers des demandeurs d’asile. À ce jour, 96% des recours administratifs ont été acheminés vers deux juges spécifiques. Cela crée un parti pris qui ne devrait pas être autorisé et est mené sans l’implication de la Knesset » écrit-il. La crise de confiance dans les institutions est au cœur de la crise des démocraties occidentales. Et on le voit: la réponse que les Israéliens apporteront à cette question intéresse tous les occidentaux.  


[1] « En Israël, Benyamin Nétanyahou présente un gouvernement qui installe l’extrême droite au pouvoir », Le Monde, le 29 décembre 2022

[2] « This Is Netanyahu’s Dream State: Racist, Religious and Authoritarian », Haaretz (in english), le 29 décembre 2022

[3] Cité in « En Israël, Benyamin Nétanyahou présente un gouvernement qui installe l’extrême droite au pouvoir », Le Monde, le 29 décembre 2022

[4] « Israeli Officials Condemn Netanyahu’s Coalition Deals With Far Right », The Wall Street Journal, le 27 décembre 2022

[5] https://en.idi.org.il/publications/33424

[6] https://en.kohelet.org.il/publication/new-policy-paper-israels-failing-immigration-policy

La droite gaulliste peut-elle disparaître ?

Humiliée par la défaite de Pécresse, abandonnée par Sarkozy, affaiblie par ses querelles internes et par trois échecs à l’élection présidentielle, la droite « gaulliste » incarnée par Les Républicains est-elle menacée d’effacement ?


Un chef, vite !… mais pour quoi faire ?

On doit à Robespierre un madrigal et à Bonaparte un conte [1] – la politique en France n’est plus ce qu’elle était ! Au point où on en est, on rêverait que nos hommes politiques soient des écrivains ratés comme Pompidou. Des aventuriers comme Chateaubriand. Des voyants comme Malraux. Des hommes qui savent la France et les Français. « Ce ne sont pas les empires qui durent, prédisait l’auteur des Antimémoires, ce sont les nations. »

Ça reste un sujet.

Comment limiter les effets d’une immigration incontrôlée et les dangers du multiculturalisme sans sombrer dans l’utopie d’un nationalisme intégral ? Et cela, sans se haïr, sans se déshonorer ! C’est la question que se posent les Français, et l’enjeu de la lutte qui sera encore plus sauvage demain. Macron n’en peut mais. La gauche s’en fiche. Le RN ne convainc que les faibles et les naïfs. Darmanin déçoit. Seule la droite peut répondre.

La France, sinon quoi ?

Dessin © Soleil

Dans une de ces allocutions télévisées où il se montrait souverain avec emphase et bonhomie, le général de Gaulle déclarait en 1965 : « La France, c’est tout à la fois, c’est tous les Français ! C’est pas la gauche, la France !… (sic) C’est pas la droite, la France !… (sic) Maintenant comme toujours, je ne suis pas d’un côté, je ne suis pas de l’autre, je suis pour la France. »

La France, c’était ce qui lui rendait le monde plus intelligible – ce par quoi tout devient vrai. Avec lui pesait sur nos têtes le joug de l’idéal ; dans sa rêverie, Marianne avait le visage d’une Madone. De Gaulle reliait par un pacte séculaire, et par une promiscuité douce, le peuple et la nation, la grandeur et la fierté, le faste et l’esbroufe. Il ne faisait pas que mentir. Il savait rassembler, élargir son camp – et parfois, astuce suprême, surprendre jusque dans son propre parti. Est-ce trop demander aux LR aujourd’hui ?

Avec cela, s’il était certes peu désireux de voir son cher et vieux village devenir « Colombey-les-Deux-Mosquées », cet ancien lecteur de Maurras n’était ni antisémite ni islamophobe. Réfractaire à l’ethnique, il ne s’exaltait pas des prestiges de la race et du sang. Rien de bas. Ni de droite ni de gauche, et encore moins au centre – juste plus haut. Se hisser, même vaincu, au-dessus des tentations louches, est-ce encore possible ?

Si j’étais gaulliste, je serais en colère.

Même parmi ses adversaires, on ne pouvait douter de sa probité – cette pointe de vertu qui réduisait ses opposants au silence. Aujourd’hui, quand Macron dit en gros la même chose, personne ne le croit, pas même ses amis. Il a beau hurler « Allez les Bleus ! » et appeler Mbappé « Cher Kylian », son agenda semble moins dicté par la dévotion que par l’opportunisme.

Nous en sommes là.

A lire aussi : Les Républicains veulent être de droite!

Puisque la gauche, et singulièrement le Parti socialiste, nous a quittés en épousant les postures aussi puériles que vindicatives de Mélenchon, parlons un peu de la droite. Va-t-elle à son tour se saborder et disparaître ? Peut-elle retrouver une audience ou va-t-elle se dissoudre entre deux rives – au choix, dans les eaux grises du macronisme ou dans les sables mouvants du lepénisme ? Peut-elle guérir de sa mélancolie ? C’est l’objet du futur congrès du parti Les Républicains où sera désigné début décembre un nouveau président.

Pour quoi faire ?

Qu’attendre, me direz-vous, de cette onction, de ce sacre infime qui a déjà l’allure d’un épilogue ? Car il ne s’agit pas de choisir un maître ni un guide, ni même un capitaine. Au mieux un guetteur de fumées. Il devra faire mieux que son prédécesseur, Christian Jacob, qui se contentait de bredouiller devant le cercueil : « Le parti n’est pas mort ! » Il devra moins régner que faire les comptes, ce qui n’est pas folichon. Beaucoup l’ont déjà compris, Édouard Philippe et Laurent Wauquiez après Macron l’avaient plus que subodoré : les partis sous la Ve République ne sont plus l’antichambre du pouvoir. Ce sont des canots de sauvetage, utiles par gros temps – mais où sont les bouées ?

En lice, donc : Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes, finaliste de la primaire en 2021, le favori des militants, enclin à pactiser en douce avec le RN ; Bruno Retailleau, sénateur de Vendée et président de son groupe au Sénat, qui veut changer la « marque LR », mais demeure un Fillonien, prêt à séduire les cathos énervés ; Aurélien Pradié, secrétaire général du parti et député du Lot, le jeune-turc, l’outsider, qui songe d’abord à tenir la boutique et rembourser les dettes. Un boulot à plein temps, selon lui.

Ce qui les sépare, hormis leur ego, semble anecdotique.

A lire aussi : LR: “D’un parti de droite, nous sommes devenus un parti centriste!” Entretien avec Éric Ciotti

Du gaullisme, que chaque candidat invoque, ne subsiste qu’une distraite allégeance, une ombre portée, et une faible rente. Ils sont au moins d’accord sur le constat : « Assez déconné ! » Pour le reste, si ces trois hommes sont très dissemblables, leurs programmes sont presque identiques. Ils savent qu’il leur est interdit de se traiter en public de gredins, mais dans une campagne âpre, forcément âpre, comment se distinguer sans se faire haïr de ses amis ? Lors de leur premier débat sur LCI, Aurélien Pradié a surpris ses deux compères : il a été maire et sapeur-pompier, il a un frère boulanger, pas eux ! Et toc ! Ciotti et Retailleau qui n’ont pas un passé d’homme-grenouille, d’apiculteur ou de brancardier n’ont pas su quoi répondre à cet impertinent.

Ciotti est soutenu par Wauquiez, Retailleau par Larcher et Bellamy, Pradié par Xavier Bertrand. Un peu comme la corde soutient le pendu. Fragilisés par trois échecs consécutifs à l’élection présidentielle, abandonnés par Sarkozy qui a été le fossoyeur de leur mouvement (comme Mitterrand l’a été du PS), les Républicains veulent se ressaisir. Comment ? Ce ne sera pas simple. Il leur faut rompre avec le regret de ce qu’ils furent (et le dégoût de ce qu’ils sont) en cessant de croire à une improbable Restauration, c’est-à-dire en apprenant à être minoritaires. Et dire que les Français, c’est un comble !, n’ont jamais autant penché à droite.

Dans ce pays, malgré les révolutions, on reste des conservateurs. Le Parti communiste français survit depuis un siècle – si Fabien Roussel est sympa, il leur donnera des conseils.


[1] Dans sa jeunesse, Bonaparte a écrit un conte romantique intitulé Clisson et Eugénie inspiré de sa liaison avec Désirée Clary (et dans la forme par Ossian). Et Robespierre a en effet écrit à ses heures perdues quelques poèmes.

Elle l’a rendu chèvre!

Nous apprenions en novembre, devant le tribunal correctionnel de Fontainebleau, l’existence d’un certain violeur de chèvre…


La nuit du 10 au 11 mai 2022 a été chaude, à Chaintreaux, en Seine-et-Marne. Et on ne l’a appris que fin novembre, avec le procès devant le tribunal correctionnel de Fontainebleau d’un jeune homme de 25 ans accusé… d’avoir violé une chèvre.

L’agresseur (présumé) a reconnu les faits, expliquant préférer « le faire » avec une biquette plutôt qu’avec une femme. Selon Stéphane Lamart, président de l’association du même nom qui milite pour les droits des animaux, cité par Le Figaro : « Alors qu’il commençait à se masturber – comme en attestent les caméras de vidéosurveillance – il s’est approché d’une chèvre âgée de trois ans avant de la pénétrer. L’animal s’est ensuite mis à le lécher. Pour l’individu, c’était un signe de consentement, il l’a alors violé pendant 30 minutes ». Mais ce n’est pas tout ! L’accusé aurait ensuite emmené la chèvre dans sa voiture afin de la proposer à un ami qui l’attendait à l’intérieur, mais celui-ci aurait catégoriquement refusé de se prêter à une tournante de cabri. L’animal a finalement été abandonné non loin, dans une forêt de Souppes-sur-Loing. Après avoir été retrouvée par sa propriétaire, la chèvre a été conduite chez le vétérinaire qui a effectué des prélèvements, constatant ainsi des lésions génitales. Cinq jours plus tard, la gendarmerie a mis la main sur le loup de Chaintreaux. Depuis, Blanquette et ses copines sont tranquilles.

Mais à quand un #MeToo des caprins ?

Mort du pape émérite Benoît XVI

Benoît XVI est décédé le 31 décembre. Il avait 95 ans. Retour sur un pontificat et une carrière ecclésiastique marqués par des crises, des polémiques et certains moments de grandeur dont l’histoire ne manquera pas finalement de le créditer. 


Il a d’abord été le cardinal Joseph Ratzinger. Un austère théologien allemand, expert concile de Vatican II devenu en même temps que préfet pour la congrégation de la doctrine de la foi une sorte de croquemitaine moitié Père Joseph, moitié Belphégor. Les plus progressistes en faisaient l’âme damnée de Jean-Paul II. Il l’aurait manipulé en occupant son trône tandis que le titulaire officiel de la tiare déclinait. Puis, il est devenu, par son élection de 2005, Benoît XVI. L’accueil poli de son arrivée par les catholiques de France dissimulait mal une certaine déception. Jean-Paul II avait été le pape de l’espérance ; celui qui lança un puissant « n’ayez pas peur » au bloc de l’Est au moment de son élection, inaugurant l’entrée de l’Église militante dans le troisième millénaire. Benoît XVI serait le pape de la foi, de la réaffirmation d’une doctrine claire et solide. On passait de la star mondiale polonaise à l’intellectuel allemand – réputé pour son influence, son austérité et son conservatisme.

Un Pape qui avait du mal à se faire comprendre

Les premières années, son pontificat sera celui des polémiques et des incompréhensions. En 2006, le discours de Ratisbonne est reçu comme une insulte aux musulmans après qu’une phrase – en réalité, une citation – sur la violence islamique en fut extraite. 2009 est l’annus horibilis de son pontificat. Il persiste d’abord dans son souhait de béatifier Pie XII, sur lequel pesait le soupçon de silence devant les crimes nazis. Puis, il lève l’excommunication de quatre évêques lefebvristes (la dissidence intégriste de l’Église) et on découvre que l’un d’eux, Richard Williamson, a tenu des déclarations négationnistes. On connaissait déjà ses sympathies traditionalistes : il avait par un motu proprio Summorum Pontificum facilité la célébration des sacrements selon le missel latin de Saint Pie V. Enfin, il réaffirme aussi son opposition au port du préservatif dans un voyage en Afrique alors qu’était évoqué le problème du SIDA. Sa manière d’exalter les usages, la liturgie, les interdits et même les habits ecclésiastiques du XIXe le plaçait sans doute en décalage complet avec le XXIe dont il n’arrivait pas à se faire comprendre. 

Plus rarement, le public a aussi perçu quelques échos de son intelligence spirituelle. L’incontestable réussite de son voyage en France de 2008 – qui avait mobilisé plusieurs dizaines de milliers de fidèles – devait beaucoup à son discours des Bernardins devant le monde de la culture. Il y assignait à la culture et aux arts de l’Occident – dont la France est mère – une place spéciale dans la révélation chrétienne : « la lecture de la parole est un acte corporel (…) Elle désigne une activité qui comme le chant et l’écriture, occupe tout le corps et tout l’esprit. » « La grande musique » occidentale est révélation de Dieu comme le sont les miracles et les écritures. Pour Benoît, l’épée des prophètes reste le verbe ; le verbe chanté, lu, écrit, parlé. La région chrétienne est de paroles, elle est aussi de pierre. Elle est spiritualité, croyance ; elle est aussi art, pensée, geste et histoire.  Ce faisant, le catholicisme, et ce que nous en révélait le Saint Père, valait bien mieux que sa caricature : celle d’une vague spiritualité ou quête de sens dont parlent les post-modernes qui le rapprochent du développement personnel ou celle du dogmatisme obtus et obsessionnel des puritains et des intégristes… 

Sa renonciation, marquante, un fait inédit depuis le Moyen Âge

Sa discrétion et son humilité entraient en écho avec la compréhension savante qu’il proposait du catholicisme. Benoit XVI a ainsi inspiré un grand respect avec la surprise de sa renonciation au pontificat. Le contraste avec l’acharnement de Jean-Paul II que le monde avait tant admiré, la volonté de fer que cet homme avait eu à donner jusqu’au dernier souffle un sens à sa vie, donnait au geste de Benoit un caractère de nouveauté et d’innovation qui semblait contraire à ce qu’il avait toujours prêché. Le dépouillement de tous ses insignes de pouvoir, l’annonce de l’évènement en latin à une curie peuplée d’intrigants sans doute incapables de comprendre le message et la surprise de tous ses détracteurs convaincus que leur adversaire partageait leur vice et aimait le pouvoir, alors qu’il accomplissait juste son devoir. Dans la discrétion d’une retraite méditative et pieuse, il continua comme pape émérite à construire une esthétique bien à lui. 

Que retiendra-t-on de Benoit XVI ? Il a commis des erreurs précisément parce que contrairement à la caricature que l’on a faite de lui, ce n’était ni un ambitieux ni un politique. Nous savons qu’il échoua à réformer ou même manœuvrer la curie. On lui reproche aussi des scandales étouffés. Mais, pour le monde et pour une génération de catholiques, le pontificat de Benoît XVI, ce fut aussi autre chose : la beauté de la liturgie, l’herméneutique de la continuité, un sens profond de l’Europe, beaucoup de bonté et d’érudition. Ce pape fut un grand mystère : longtemps caricaturé et honni, il a aussi inspiré le respect et la tendresse. Et les hommages qui saluent sa mémoire sont presque unanimes. 

Parmi les plus grands théologiens du XXe siècle, son collègue, Karl Rahner, avait proposé la thèse du chrétien anonyme. Pour la résumer : quiconque mène une vie droite et saine sera sauvé, qu’il appartienne ou non à l’Église. De nombreux chrétiens s’ignorent. Le « oui » le plus profond que l’homme pose en réponse à la proposition chrétienne est le plus souvent silencieux et inconscient. Le « oui » de Benoit XVI à l’Évangile, au Christ, à Dieu, à la culture, à la musique, à la pensée de l’Occident ainsi qu’à toutes les âmes du monde, fut de bout en bout discret et incompris. C’est une tendresse anonyme qui peine à se dire mais offrira pour l’histoire un authentique témoignage de sincérité. Meilleur communicant, son successeur se fait admirer du monde en affichant depuis le début de son pontificat de bonnes intentions avec la main sur le cœur. À chaque époque ses modèles. 

Jésus de Nazareth

Price: ---

0 used & new available from

Adieu donc 2022 et salut à toi 2023

Mes pensées de François Cevert à Jean-Pierre Montal, de Marie Dubois à Caroline Garcia, de Georges Conchon à Brigitte Lahaie.


Dans un pays qui criminalise la côte de bœuf persillée et bannit certains mots au Scrabble, il serait bien présomptueux d’afficher un optimisme béat et une foi immodérée dans l’avenir. Quant aux résolutions, depuis le tournant de la rigueur en 1983 et l’instauration des limitations de vitesse, nous ne croyons plus à un Occident éclairé, jouisseur et débridé, condensateur de promesses et d’ivresse. Nous sommes entrés dans l’ère des commentateurs et des instructeurs, des blouses blanches et des camisoles, des jaloux et des revanchards, des petits « moi je » aux grands lavages de cerveaux. Avec nos moyens modestes, rien que des mots, et malgré la camarilla des modérateurs, nous tenterons de résister aux gens sérieux et raisonnables, experts assermentés des plateaux, obturateurs du réel, critiques aveugles et sinistres rhéteurs. Ils n’auront pas notre liberté moqueuse et désespérée, ils n’atteindront pas notre dilettantisme souverain et notre nostalgie rêveuse. J’en fais le serment ici. C’est parce que nous refusons leurs leçons de rééducation que nous réussissons tant bien que mal à survivre dans cette société sous surveillance médiatique. Comptez sur moi encore cette année pour défendre les vertus du monokini, les abats à table, le beau jeu sur la terre ocre, les accélérations soyeuses en rase-campagne, les écrivains déclassés par l’Université, les acteurs morts, les mobylettes, les filles à lunettes, les « flight jacket », les trenchs froissés, la gaudriole et la gloriole salvatrices, toute ma quincaille désordonnée et puis cette fibre provinciale que l’on voudrait aujourd’hui assassiner. Cet esprit des recalés et des retardataires, des réactionnaires romantiques et des rigolos de bal musette, toute cette brocante désuète, j’en fais mon miel et ma langue. Mon sacerdoce, aussi.

A lire aussi: Courage ! Bientôt les lendemains de fêtes…

A tous les censeurs qui nous oppressent, je vous laisse à vos mégalopoles haineuses, votre télé ricaneuse, votre presse sous formol et votre volonté de détruire la moindre trace d’errance, de distance, de poésie bancale et d’humanité cabossée. Que voulez-vous, j’ai la mémoire des sous-préfectures pluvieuses et des œufs meurette de mon enfance, des klaxons italiens et des comices agricoles, des hommes politiques charpentés par l’Histoire, des comédiennes déchirantes qui ne quémandaient pas des like à la sortie de scène, d’une certaine ossature morale et du refus des conformismes. Mes idoles d’antan ne tombaient pas dans cette forme de démagogie égalitaire qui veut nous faire croire à la fin des différences et au talent équitablement réparti parmi la population. Mes stars avaient le respect du public, elles ne s’abaissaient pas à nous ressembler, à s’habiller comme nous, à vivre comme nous, elles acceptaient leur caractère supérieur, forcément inatteignable et sublime. Leur élévation nous portait plus loin. Au hasard des rencontres, nous avions parfois la chance de tomber face à l’une d’entre elles, nous perdions alors nos moyens. Le souffle coupé, les mains moites et la tête en fusion, nous osions les aborder, encore moins leur demander un autographe, nous nous estimions déjà assez chanceux d’avoir croisé leur chemin. Même si mon monde ne renaîtra jamais, si mes marottes sous naphtaline resteront au fond des greniers, j’émets quelques souhaits avant que nous basculions en 2023. Des vœux pieux, des désirs ardents, des témoignages d’estime, des anniversaires à célébrer, des espoirs également, des illusions peut-être. L’espoir, par exemple, que Caroline Garcia remporte un tournoi du grand chelem et que la Française imite, pourquoi pas, en juin prochain, l’exploit de Yannick Noah à Roland Garros, il y a quarante ans déjà. Elle a la confiance mentale, les coups déliés et la puissance physique pour y parvenir. Par ailleurs, je souhaiterais que la Cinémathèque organise une rétrospective Brigitte Lahaie avec des conférences d’Alban Ceray et de Richard Allan. Il faut absolument montrer aux générations montantes Parties fines de Gérard Kikoïne sorti en salles en septembre 1977 dont certaines scènes ont été tournées dans l’appartement de Jacques Séguéla, « au coin de l’avenue Paul-Doumer et du Trocadéro ». 2023 sera-t-elle enfin l’année où un documentariste inspiré s’emparera des inestimables carrières de la comédienne Marie Dubois et de l’écrivain Georges Conchon ? Nous ne parlons pas assez d’eux, cette injustice doit être réparée. Dans le même registre, il serait temps de primer ou de couronner de succès un roman de Jean-Pierre Montal, stéphanois écorché qui distille un détachement plein de larmes et d’allure. J’en profite, par ailleurs, pour souhaiter longue vie à l’émission du soir de Pascal Praud qui a (ré)inventé l’information-divertissement à mi-chemin entre « Benny Hill » et « Droit de réponse ». Et puis en 2023, nos pensées iront vers les cinquante ans de la disparition de Bruce Lee, Noël Roquevert, François Cevert et Jean-Pierre Melville sans oublier les cent ans de la naissance de Bettie Page, Jean-Marc Thibault et Roger Pierre. Chers lecteurs, bonne année !

S’oublier à Óbidos

Considérée comme l’une des « Sept Merveilles du Portugal », la ville d’Óbidos draine des milliers de touristes attirés par ces festivals et évènements culturels. Malgré ce folklore encombrant, il est possible de sentir l’essence de cette cité, bijou baroque serti par ses remparts médiévaux.


Le Portugal est à la mode. Preuve en est avec la Saison France-Portugal 2022 qui, sous l’égide de l’Institut français, a proposé jusqu’à la fin octobre une flopée de manifestations traversées des meilleures intentions pour « parler d’Europe et d’intégration, des valeurs d’inclusion, de parité et d’égalité, et bien sûr de culture et de patrimoine, sous l’angle des nouvelles technologies et des industries culturelles et créatives (sic)  ». Au-delà du lénifiant jargon propre à promouvoir cet œcuménisme de bon aloi où « les jeunes », « les femmes », « les océans », « la francophonie », etc., se voient immanquablement portés en étendard, on se prend à rêver de vielles pierres.


À une heure de Lisbonne, au cœur de l’Estrémadure, non loin de Leiria et de ses célèbres pinèdes, Óbidos, gros bourg proche de l’océan aux bâtisses chaulées de blanc, enchâssé dans une enceinte de remparts, paraît surgir d’un temps pétrifié. Certes, sur le pavé récuré de ses ruelles, le fracas mondialisé des Samsonite à roulettes a définitivement remplacé le roulis des charrettes, la frappe des sabots et le crottin des montures. Et le patelin de 3 000 âmes a, sans recours, sacrifié sa ruralité paysanne à la rente patrimoniale : élu l’une des « Sept Merveilles du Portugal », le village fortifié est également estampillé « Ville créative » par l’Unesco. Au pied de ses remparts, jouxtant la porte Est dominée par deux imposantes tours médiévales, une vaste librairie-bibliothèque ripolinée a annexé l’église gothique de Saint-Pierre, ainsi sécularisée à l’enseigne de la Culture. Chaque année, au mois d’octobre, un Festival international de littérature (FOLIO), associé à un projet de réhabilitation de maisons à l’abandon destiné à former un réseau de résidences d’artistes et de pépinières d’« entrepreneurs créatifs », réunit écrivains, éditeurs à Óbidos, et propose toute une batterie de programmes récréatifs…

A lire aussi : Le tourisme de masse endommage Versailles

En attendant, dans une Europe où les librairies disparaissent, la première surprise, dans cet îlot patrimonial, c’est leur nombre incroyable. Pour le reste, Óbidos donne dans le touristico-culturel : expositions d’art visuel au petit musée municipal – qui abrite les œuvres de l’artiste locale Josefa d’Óbidos (1630-1684) ; musique classique avec, la première quinzaine d’août, le Festival international de piano d’Óbidos (SIPO) ; un marché médiéval sur dix jours fin juillet (processions de pénitents, tournois, ménestrels et troubadours, ferme aux bestiaux) ; et même, au mois de mars, un…Festival international du chocolat [1] qui met à l’honneur la ginja, cette fameuse liqueur de cerise qu’on déguste dans des tasses… en chocolat. Bref, l’alibi culturel cautionne le tourisme de masse.

Óbidos,village global ?

Les vestiges archéologiques indiquent une présence humaine depuis le Paléolithique inférieur. Óbidos, qui ne domine plus le rivage maritime – sa lagune ayant été progressivement envasée au fil des siècles – a été un comptoir phénicien puis un oppidum (citadelle fortifiée) romain, avant de devenir une place forte arabe, jusqu’à la reconquête de la ville par Dom Afonso Henriques, au xiie siècle. Une fois les Maures boutés hors de la péninsule, les murailles ont été restaurées. Le château date de cette époque. En 1210, le roi Dom Dinis offre Óbidos en cadeau de noces à son épouse la reine Santa Isabel. Dès lors, le village est resté la « Casa das Rainhas » – la propriété des reines portugaises – jusqu’en 1834 ! Hantée par les figures de Dom João II, de Leonor de Lancastre et du malheureux Dom Sebastião – qui meurt à la bataille de Ksar-el-Kébir (Maroc) à 24 ans en 1578 –, la légende d’Óbidos coule dans la geste lusitanienne.

Du bourg médiéval, il ne reste pas grand-chose. Le fameux tremblement de terre de 1755 n’a pas seulement ravagé Lisbonne : la plupart des édifices et églises d’Óbidos se sont effondrés. Paradoxe, l’infrangible beauté de ce joyau baroque et manuélin doit tout à cette catastrophe, du tracé rectiligne de sa Rua Direita (rue principale) à ses façades immaculées, de ses toits de tuiles rutilants au dessin de ses églises ornées de fabuleux azulejos, de leurs autels surchargés de dorures à leurs plafonds somptueusement peints.

A lire aussi : Tourisme: le monde est à moi

Cet écrin du xviiie siècle serti dans une maçonnerie féodale peut se visiter en un jour, c’est ce que font la plupart des touristes. Malgré l’inexorable dégradation du paysage alentour – mitage périurbain dans le lointain, au milieu des vignobles, un aqueduc routier barre deux collines à l’horizon –, il est encore permis de rêver. Minuscule promontoire enclos dans son colossal appareil défensif, havre préservé du trafic automobile et même des trottinettes (mais jusqu’à quand ?), Óbidos, le soir venu, se recharge de poésie, lorsque, délestée de ses cargaisons de journaliers cosmopolites et de ses milliers de touristes, la bourgade silencieuse, aérée, limpide, s’octroie dans la lumière vespérale un regain de vacance qui la rend providentiellement à elle-même.

Infos pratiques

Y aller. De Lisbonne à Óbidos, compter une heure de route en voiture. On peut aussi y aller en bus avec la ligne Rapida Verde (directe depuis Campos Grande).

Se loger. Faire halte à Óbidos est un ravissement, à condition d’éviter les « temps forts » du loisir culturel. Les points de chute ne manquent pas. Le chic du chic, c’est de descendre au château, à grands frais, dans la Pousada Castelo Óbidos. Mais tout palais a ses dépendances et ses annexes. On recommande la luxueuse Pousada Villa Óbidos ou, mieux encore, l’impeccable Casa Lidador, agrémentée d’une petite piscine en contrebas du rempart. Tête de gondole sur le Net, la rustique pension Casa de S. Thiago do Castelo n’a pas les qualités présumées par sa photogénie. De la Casa das Senhoras Rainas (quatre étoiles) à l’Hostel Vila d’Óbidos, auberge de jeunesse qui lui fait face, les marchands de sommeil ne sont pas en reste. On se couche tôt à Óbidos : les restaurants ferment dès 22 heures ! Mais sur la rue principale, le Tasca Torta est une excellente table.


[1] www.festivalchocolate.cm-obidos.pt

Dimitri Casali, l’histoire comme un roman

0

100 dates de l’histoire de France qui ont fait le monde est un livre qui rappelle heureusement le rôle essentiel de notre pays.


Dimitri Casali s’est fait un nom en rappelant que, si l’histoire est celle des mouvements sociaux, elle est aussi celle de personnes et d’événements. Dans son dernier livre, l’historien dresse une liste – non exhaustive –  des visages et des dates qui ont marqué de l’empreinte française l’histoire du monde.

100 dates, c’est un rappel des faits

Cavalant à contre-courant de la repentance environnante, Dimitri Casali poursuit sa croisade en rendant cette-fois-ci hommage à un pays dont il préfère louer les mérites plutôt que d’en ressasser les fautes. De la construction de la basilique Saint-Denis à l’incendie de Notre-Dame, ces 100 dates nous rappellent que c’est à la France qu’on doit l’invention de l’art gothique, la création des villes de Détroit, de Saint-Louis ou de Brazzaville, le vaccin contre la rage ou l’origine de la peste. Des faits connus, pour bon nombre d’entre eux, mais dont le catalogue nous rappelle que la France n’est pas tout à fait un pays comme un autre. 


Souvenons-nous qu’à l’origine, le nom de Français provient de Franc, qui signifie « libre ». En 1315, Louis X proclame que « Nul n’est esclave en France et que tout esclave posant le pied sur le sol de France devient libre ». N’oublions pas non plus ce que l’égalité des sexes doit à Mme du Deffand, Mme Geoffrin ou Julie de Lespinasse dont les salons, éclairés par l’esprit des Lumières, furent les antichambres de la Révolution française. Signant la fin de l’ancien régime, la République prononcera l’abolition des privilèges le 4 août 1789, traçant les grandes lignes de ce qui deviendra la Déclaration universelle des droits de l’homme.

A lire aussi: Le musée d’Orsay, modèle de “décolonialisme”

Au cas où, on nous rappelle que Louis XIV, dépourvu de tout préjugé raciste, fut le parrain d’un prince africain, et que la France aura un rôle clé dans l’indépendance des Etats-Unis. Car la France est aussi un pays de pionniers, celui de Champlain et Jacques Cartier au Canada, du fameux La Pérouse, disparu mystérieusement dans le Pacifique, dont Louis XVI s’inquiétera une dernière fois au moment de monter à l’échafaud. C’est aussi à la France qu’on doit la découverte de l’Antarctique par Dumont d’Urville, au XIXᵉ siècle la création de l’Algérie, et, en 1848, l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises.

Une culture au cœur d’un message à vocation universelle

Le XIXème français, c’est aussi la publication mondiale des Misérables et, avec le génie de Victor Hugo, l’apparition dans la littérature de la question sociale ; Jules Verne qui magnifie le progrès scientifique avec Vingt-mille-lieues sous les mers et Le tour du monde en 80 jours ; Édouard Manet qui, avec Le Déjeuner sur l’herbe, signant la rupture avec la peinture classique, annonce la naissance de l’Impressionnisme, une révolution picturale.

C’est aussi Pasteur qui débarrasse le monde de la rage, Clément Ader qui, en 1890, fait décoller pour la première fois un engin motorisé plus lourd que l’air. Eole, muni d’un moteur à vapeur, parvient à quitter le sol sur une cinquantaine de mètres dans le parc du château d’Arminvilliers. Le premier avion est né. Un peu avant que le baron Pierre de Coubertin imagine les Jeux Olympiques modernes. Un an plus tard, à Lyon, Louis et Auguste Lumière inventeront le cinématographe.

De l’art de vivre à la française et de son déclin relatif

On n’oubliera pas Escoffier, grand chef et père de la gastronomie française, inaugurant en 1898 avec son associé César Ritz l’hôtel du même nom place Vendôme, dont les dîners éblouissent la haute société internationale. Son guide culinaire sera bientôt traduit en dix langues. « Lorsqu’il n’y aura plus de cuisine dans le monde, dit-il, il n’y aura plus de relations liantes, plus d’unité sociale. » Paris, capitale mondiale des arts et des lettres, toise alors le reste du monde du haut de sa Tour Eiffel… L’art de vivre à la française repose sur une forme de convivialité qui s’exprime aussi par la richesse de sa langue, qui – ce n’est pas un hasard – fut adoptée, de 1714 à 1919 (date du Traité de Versailles) comme celle de la diplomatie, tant pour son rayonnement international que pour sa singulière faculté à exprimer les nuances.

Dans ce livre, constitué d’articles brefs, souvent anecdotiques, et d’une élégante iconographie, Dimitri Casali continue de dire son amour pour la France et son histoire, jusqu’au désenchantement. Un ultime chapitre (1930-2019) est intitulé Le déclin français. Il y est question de la fin de la guerre d’Indochine, des accords d’Évian signant la fin de l’Empire colonial français, mais aussi du commandant Cousteau et de Claude Lévi-Strauss, du succès mondial d’Astérix et de la genèse de l’Union européenne avec Maurice Schumann.

Un déclin cependant relatif quand on sait que Molière reste l’auteur de théâtre le plus joué au monde, qu’une exécution du Boléro de Ravel commence toutes les dix minutes quelque part sur terre (il dure 17 minutes, il est donc joué constamment), et qu’une étude commandée par Spotify révèle qu’il est placé en troisième position des œuvres les plus écoutées pour accompagner les nuits d’amour, juste derrière la bande originale de Dirty dancing et Sexual Healing de Marvin Gaye. Le livre ne nous dit pas par qui ni quand fut inventé le french kiss. Mais on le referme en se disant tout de même : « Vive la France ! » Un livre à mettre en toutes les mains.

100 dates de l’histoire de France qui ont fait le monde de Dimitri Casali (Plon)

100 dates de l'Histoire de France qui ont fait le monde

Price: ---

0 used & new available from

Olivier Maulin, l’enchanteur picaresque

Le romancier est de retour avec un polar vosgien insolent et poétique.


Auteur d’une dizaine de romans picaresques, Olivier Maulin est, je l’ai dit naguère, un drôle de pistolet, qui doit beaucoup à la farce médiévale. Ses romans, pleins d’une truculente poésie, font songer aux livres d’Henri Vincenot et son style peut parfois se révéler célinien. 

Il y a chez lui, dans les œuvres comme dans sa manière d’être, un je-ne-sais-quoi de féodal et de déjanté qui suscite une immédiate sympathie. Maulin aime Léautaud, ce qui est toujours bon signe. Et, par-dessus le marché, il est devenu royaliste le jour où il a serré la main de Baudouin, le roi des Belges en visite officielle à Paris.

C’est dire ma joie quand j’ai reçu Le Temps des loups, son dernier roman que publie le Cherche-Midi dans sa nouvelle collection Borderline, qui allie (sous des couvertures kitsch) mauvais esprit et totale liberté de ton. 

D’emblée, Maulin tape fort pour éloigner les mauvais lecteurs, les lappeurs de soupe, les perroquets qui ânonnent les catéchismes des bulletins paroissiaux de l’actuelle bien-pensance : « vieilles biques, coureuses d’expositions, fieffées salopes culturelles responsables du désastre ». 

A lire aussi: Ô race ! Ô désespoir

Sa chanson de geste débute lors d’un salon du livre dans un bled des Vosges, où se retrouve l’habituel gibier littéraire : écrivains hyper-subventionnés vagabondant aux frais du contribuable d’ateliers pédagogiques en résidences d’auteur (et d’autrice),  romanciers alcooliques, polardeux humanitaires, pseudo-prodiges de moins de trente ans (« je suis une putain libérée, mais toujours soumise ») et, cerise sur le gâteau, Samantha Sun Lopez, illustre star américaine aux sept millions d’exemplaires vendus. C’est justement cette dinde que trois crétins hypersoniques du coin, les frères Grosdidier, veulent chloroformer et kidnapper pour toucher le gros lot. Heureusement pour nous, ils se trompent de proie et n’enlèvent que Blanche, la barmaid de la buvette. La suite dans ce désopilant roman.

L’un des écrivains de ce salon, Yvon Pottard, joue un rôle dans le déclenchement des opérations. Victime d’un commando de « féministes intersectionnelles », il prendra sa revanche en devenant l’historien officiel du royaume néo-médiéval et pagano-chrétien des Vosges qui surgira du chaos dans laquelle sombre la République, dont la devise pourrait être : « réhabiliter l’obscurantisme, revenir aux forêts hantées, aux prières collectives à la Vierge Marie et aux ballets des fées sur les landes embrumées ». Outre une sympathique société secrète de francs-bûcherons, le lecteur croisera un jeune chevelu aux mains trouées qui tente de rallier les loups à sa croisade – Jésus en personne, plutôt lucide sur son image contemporaine (« aujourd’hui, je passe pour un petit plaisantin amateur de table rase, apôtre du chaos et du déracinement qui ne sait que laver des pieds et tendre l’autre joue ») et un tantinet critique à l’égard de l’actuel pape : « grand dadais des pampas, mangeur de foin de la Patagonie, jésuite bipolaire ahuri à calotte, guanaco mitré aux dents de lapin qui vend l’Europe pour trente deniers »

Je ne résiste pas au plaisir coupable de citer cette charge contre l’abstraction : « Ce sont les morts qui nous gouvernent (…) On n’est pas des petits individus partis de rien, capables de tout. On appartient à une histoire qui nous dépasse, qui a fixé nos conduites dans ses grandes lignes sans qu’on le réalise, qui nous fait agir « naturellement » alors qu’on est pétris par les siècles ! ». 

Une fois de plus, Olivier Maulin réenchante le monde avec ses chevaliers et ses loups garous. 

Olivier Maulin, Le Temps des loups, Cherche-Midi, 322 pages.

Le temps des loups, prix des Hussards 2023

Price: ---

0 used & new available from

Caravage et nous

1
Riccardo Scamarcio dans le film "Caravage", actuellement au cinéma © Luisa Carcavale / Le Pacte

Rien de plus indiqué, en pleine campagne de sobriété énergétique et son lancinant « je baisse, j’éteins, je décale », qu’un film et une exposition sur ce génie de l’éclairage et de la lumière que fut le peintre italien Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit le « Caravage » (1571-1610) !


L’exposition « Un coup de fouet », au musée des beaux-arts de Rouen (jusqu’au 27 février 2023), met en regard deux chefs-d’œuvre du grand maître lombard, tous deux peints vers 1607, Le Christ à la colonne, véritable joyau que le musée rouennais conserve depuis 1955 et La Flagellation du Christ prêtée temporairement par le musée napolitain Capodimonte. Les deux tableaux sont un manifeste de ce que l’on appelle, en peinture, le ténébrisme ou clair-obscur, technique dans laquelle Caravage a excellé et qui baignera l’art baroque – y compris la littérature – de ses contrastes tranchés d’ombre et de lumière. Rompant avec la tradition de l’arrière-plan perspectiviste, rompant aussi avec le sfumato (modelé vaporeux) de Léonard de Vinci, Caravage propose des fonds sombres, sans décor, et des personnages dont certains s’extraient de la nuit pour venir vivre, sous nos yeux, un drame qui hésite entre le gouffre et l’éclat. « Lumière qui déchire la noirceur » écrivait le poète fanco-espagnol Claude Esteban à propos de la technique caravagesque (L’ordre donné à la nuit, 2005) : c’est cette lumière si particulière, capturée par des apprêts de blanc de plomb, d’ocres, de poudre de pierre ponce et sable de rivière et par des glacis appliqués avant que la matière ne sèche, qui continue à donner au torse de ses Christ, au sein protecteur de sa Madone des Palefreniers, aux cuisses de son Saint Jean-Baptiste ou de son Amour victorieux, au bras décharné de son Saint-Jerôme écrivant, ou encore au cou généreusement tendu de sa Madone aux pèlerins, des accents de vérité et un relief inédit.

Cette « façon insolite de disposer les formes dans l’espace, les noyer dans l’ombre, les harceler d’éclat » (Claude Esteban) n’est malheureusement pas le choix esthétique retenu par Michele Placido, dont le film « Caravage » (L’ombra di Caravaggio de son titre original), sorti ce 28 décembre, s’intéresse davantage à la vie du peintre qu’à sa peinture. A l’exception notoire du tableau vivant recomposant La Mort de la Vierge (1605-1606), le réalisateur ne restitue pas la lumière caravagesque, mais fait alterner la pénombre des bas-fonds des villes où Caravage a séjourné avec la pénombre des palais où il a trouvé protection et appui, n’éclairant les visages et les corps de Riccardo Scamarcio, d’Isabelle Huppert ou de Louis Garrel que d’une lumière diffuse. Il faut dire que la vie de Michelangelo Merisi da Caravaggio, a de quoi fasciner et se prête d’autant mieux aux interprétations personnelles que les éléments et témoignages le concernant sont rares, comme le souligne non sans humour l’historien de l’art Claudio Strinati qui a eu l’occasion de rappeler que «  nous savons en fin de compte bien peu de choses de cette personnalité, aucun écrit, aucune lettre du maître, aucun témoignage permettant de mieux comprendre quelle était sa culture, comment il vivait l’amitié, quelles ont été ses vicissitudes sentimentales. » De même que l’on a attribué à Caravage « des tableaux d’une qualité et d’un intérêt contestables, mais également des croûtes abjectes qui ne sont même pas caravagesques », de même lui a-t-on prêté des vies assez différentes selon ses biographes, les uns penchant plutôt pour un individu « agressif, populacier, contempteur de religion, assassin impénitent et misérable proscrit », d’autres faisant à l’inverse de l’artiste « un intellectuel raffiné, profondément lié aux tendances de la Contre-Réforme, un esprit religieux (à sa façon) persécuté pour quelques méchants vers, mais généreux, avisé et décidément supérieur » (Claudio Strinati, Caravage, 2015). Le Caravage de Michele Placido est, quant à lui, un bretteur au grand cœur, un sanguin généreux, pas vraiment ivre de femmes, d’hommes ou de peinture, et qu’on voit moins intriguer pour obtenir l’appui des puissants ou se faire connaître d’une clientèle huppée, que caresser le dos flagellé des prostituées et revendiquer bruyamment le droit de faire des damnés de la terre les seuls modèles de ses toiles. On pensait qu’il était mort de malaria à Porto Ercole le 18 juillet 1610, alors qu’il s’apprêtait à regagner Rome d’où il avait fui après l’assassinat de Ranuccio Tomassoni, et où le Pape autorisait enfin son retour. Michele Placido le fait décapiter par le frère de Ranuccio et jeter à la mer sur fond de philosophie des univers infinis de Giordano Bruno. Pourquoi pas, après tout.

Caravage, La Flagellation du Christ à la colonne, Huile sur toile. © Musée des Beaux-Arts Rouen

Longtemps oublié puis réhabilité avec enthousiasme par un XXe siècle fasciné par la figure du peintre maudit passé en si peu de temps de egregius in urbe pictor à membrum pudridum et foetidum, Michelangelo Merisi da Caravaggio semble a priori bien peu accessible à notre XXIe siècle qui produit à la pelle des artistes sociétaux plus proches de chercheurs en Nature, Gender ou Decolonial Studies que de créateurs universels capables de tremper leurs pinceaux dans le cœur rouge sombre des hommes. Sa vie ombrageuse et dense peinerait à en faire l’icône néo-ascétique de sociétés occidentales décidées à mettre ce qui leur reste d’énergie collective à soulager le monde de leur empreinte carbone, mais aussi de leur empreinte historique et culturelle. La palette de ses émotions, tendresse, effroi, crainte, humilité, dépasse le binôme savoir-être/burn-out autour duquel se régulent les émotions contemporaines. Nourri de ses prédécesseurs, de Michel-Ange dont on retrouve le motif du doigt pointé en avant dans La Vocation de Saint Matthieu (1599-1600), de Léonard de Vinci auquel il reprend l’intérêt pour le sentiment, ou encore de Titien dont il poursuit la technique de la densité de la matière, il déçoit les inlassables théoriciens d’un art appelé, pour être valable, à proposer une  nouvelle lecture de ce que l’on ne cherche plus à connaître, à interroger toutes les formes de stéréotypes et à réactualiser machinalement l’iconographie en inversant les valeurs et les codes de représentation.

Et pourtant, Caravage intéresse et fascine toujours. On est davantage porté à lui attribuer de nouvelles œuvres (comme celle découverte en 2014 dans un grenier toulousain et vendue en 2019 pour un prix équivalent aux plus beaux Picasso, ce qui est rare pour une œuvre ancienne) qu’à pratiquer la culture de l’annulation en raison d’une conduite morale assez sujette à caution. L’intérêt qu’on lui porte vient sans doute de ce qu’il a ancré le catholicisme dans la banalité de la vie et le réalisme du quotidien, dans le contexte bien particulier de la Contre-Réforme qui, avec le Concile de Trente (1545-1563), proclame la légitimité des images religieuses (remises en question par le protestantisme) et leur vocation à sensibiliser le peuple au dogme de l’Église. Quant à la fascination, elle est peut-être à chercher du côté de la violence, celle de sa vie, celle de son œuvre surtout, dont on sent inconsciemment qu’elle nous parle du mal, de la lâcheté qui l’accompagne et de l’effroi qui le contemple. Biberonnés au « hastagpasdevague », nous nous retrouvons démunis face à toutes ces lames tranchantes, ces bourreaux, ces scènes de flagellation, d’égorgement et de décapitation, ces David et Goliath, ces Judith et Holopherne, ces Sainte Catherine d’Alexandrie qui continuent à nous parler de la nature humaine. Conditionnés par une réinterprétation politique du « clair-obscur » caravagesque qui, loin d’être le choc sans transition de l’ombre et la lumière est devenu, à l’aune des nouveaux discours politiques comme celui d’Emmanuel Macron sur un Napoléon dont « l’œuvre tout en clair-obscur » n’a pas livré encore « tous ses secrets » (5 mai 2021), une technique picturale d’un autre genre, une sorte de lavis politico-historique où effectivement, on baisse la lumière, il est temps de retourner voir les œuvres du grand maître lombard.

L'ordre donné à la nuit (0000)

Price: ---

0 used & new available from

Caravage

Price: ---

0 used & new available from

Des femmes, oui, mais en qualité…

0
Elisabeth Borne à Paris, le 12/12/2022 © Jacques Witt/SIPA

Aujourd’hui, de fait, les femmes atteignent les hautes sphères d’elles-mêmes. L’obligation de parité dans les fonctions de pouvoir est absurde.


Initialement, je voulais choisir comme titre : « Des femmes en qualité, pas en quantité ! ». Mais j’ai préféré une accroche plus tranquille, moins percutante, plus consensuelle. Qui irait dénier le besoin d’avoir des femmes de qualité à des postes clés ? Il me semble que l’année 2022 en effet a vu « le sacre des femmes en politique » et que cela a été une avancée indéniable, quelle que soit mon appréciation contrastée sur les quatre qui sont généralement mises en évidence : la Première ministre Elisabeth Borne, Aurore Bergé, la présidente du groupe Renaissance, la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet et la présidente du groupe La France Insoumise Mathilde Panot.

Une parité frénétique n’est plus nécessaire

L’irruption de ces personnalités dans le paysage gouvernemental et parlementaire démontre qu’il n’est pas nécessaire de programmer frénétiquement une parité pour que naturellement des hasards, des ambitions, des nominations, des fidélités consacrent des femmes avec des compétences qui valent largement celles de leurs rivaux ou soutiens masculins. Il y a toujours un moment où le destin bascule et où on ne peut pas le retarder indéfiniment. Des femmes prennent le pouvoir ou on le leur donne, parce que des calculs politiques vous persuadent qu’elles sont indispensables là où on désire les promouvoir.

Il faut donc accepter que l’égalité des sexes, valeur non négociable aujourd’hui, se traduise concrètement moins par des coups de force législatifs ou des décrets impérieux que par des évolutions qui au fil du temps – et plus rapidement qu’on ne le pense – combleront l’écart entre les souhaits et la réalité.

À lire aussi: Bérénice Levet, la contre-attaque

Aussi tout débat sur les hommes et les femmes, leurs rôles respectifs dans la société, devra intégrer que certes la parité arithmétique sera défaillante mais qu’il n’empêche que l’intuition fait apparaître que les droits et le pouvoir des femmes ont considérablement augmenté. De plus en plus largement, sans qu’on les récuse bêtement, elles occupent un terrain qui ne leur était pas réservé. Ce qui signifie que l’idéologie est bien moins efficace que le pragmatisme et qu’il y aura donc bien aussi des femmes médiocres assumant des charges prestigieuses ou pour briguer des fonctions suprêmes !

Vous dites cela parce que je suis une femme?

Ce sera un grand progrès paradoxal quand le fait d’être femme ne vous mettra pas à l’abri de toute critique. Ou vous contraindra à répliquer autre chose, pour vous justifier, que le lassant « c’est parce que j’étais une femme et qu’on m’a mal accueillie » !

Outre que la parité dogmatique n’est plus en odeur de sainteté parce qu’elle a révélé son absurdité quantitative, ces avancées spontanées de la cause des femmes ont pour heureuse conséquence, brisant le piédestal viril, d’inciter les hommes en quelque sorte à se relativiser, à ne plus se croire seuls au monde politique ou dans tous les univers traditionnellement masculins ; mais à accepter non seulement une concurrence non faussée des femmes mais leur possible supériorité dans tel ou tel domaine.

Dans mes expériences professionnelles, directement ou indirectement, j’aurais pu témoigner que certaines femmes étaient bien meilleures que ceux qui les dirigeaient et qu’elles avaient ce superbe avantage de n’être pas attirées par la mousse du pouvoir mais par sa substance.

Alors, qu’elles ne soient pas surabondantes partout, tant mieux, mais qu’elles viennent tranquillement, sans arrogance ni fausse modestie, prendre possession des royaumes dont elles ont été privées et bousculer les hiérarchies, c’est bien…

Le Mur des cons

Price: ---

0 used & new available from

Un avocat général s'est échappé

Price: ---

0 used & new available from

Libres propos d'un inclassable

Price: ---

0 used & new available from

Israël: meurtre de la démocratie ou destitution du peuple?

0

La presse progressiste voit dans la nouvelle coalition de droite dirigée par Benjamin Netanyahu, aux responsabilités depuis la semaine dernière, une grave menace contre la démocratie. En réalité, dans le conflit global entre progressistes et souverainistes, les seconds ne manquent pas d’arguments, en Israël, dans leur volonté de réformer et maitriser le pouvoir judiciaire. Analyse.


Le gouvernement de Benjamin Netanyahu n’a pas commencé de gouverner que la presse de gauche en France, en Israël et aux États-Unis a entrepris de le vilipender, et à chaque fois dans les mêmes termes. Pour Courrier International, il s’agit d’une « alliance de voyous ». Dans Le Monde, Clothilde Mraffko a fulminé contre « la nouvelle coalition (qui) fait la part belle aux suprémacistes juifs et aux ultraorthodoxes [1] ». Dans Haaretz, Aluf Benn écrit que la coalition de Benjamin Netanyahu est « raciste, religieuse et autoritaire… (qu’elle) prêche la suprématie juive et considère sa petite minorité arabe comme une menace démographique et une communauté de criminels [2] ». Sur un ton moins violent, Isabel Kershner du New York Times a titré sur « la ligne dure » de la coalition de droite et a souligné dès le premier paragraphe que cette « administration de droite et religieusement conservatrice (représentait) un défi important pour le pays sur la scène mondiale ».

Perdre des élections n’est pas la fin de la démocratie

Dans son discours d’investiture à la Knesset, Benjamin Netanyahu a répondu par une remarque ironique. « J’entends l’opposition constamment se lamenter sur « la fin du pays » et « la fin de la démocratie ». Perdre les élections n’est pas la fin de la démocratie, c’est l’essence même de la démocratie » a-t-il plaisanté. Cette moquerie de Benjamin Netanyahu n’a pas fait rire à gauche. Les progressistes (et les médias progressistes) qui sont de mauvais perdants croient et pensent que Netanyahu et sa coalition sont par essence illégitimes. Peu importe qu’ils soient élus et majoritaires. 

Gayil Talshir, professeure à l’Université hébraïque de Jérusalem a ainsi accusé Netanyahu dans Le Monde de « politiser toutes les nominations des hauts responsables dans le secteur public » et de « démanteler les médias publics. Il veut les privatiser, (…) les faire fermer. Il va abîmer tous les garde-fous de la démocratie israélienne [3]. » Pour la gauche, la haute administration, les médias de service public et la justice sont les fondements du seul ordre démocratique possible, alors que pour la droite qui arrive au pouvoir, ces institutions ont toutes abusé de leurs pouvoirs. Quand l’establishment crie au meurtre de la démocratie, la droite hurle à la destitution du peuple par l’élite administrative et institutionnelle.

Le Wall Street Journal a bien compris qu’en Israël, un conflit oppose les élus au « deep state », c’est-à-dire aux non-élus. Le 27 décembre, le journal des affaires américain a tendu le micro [4] aux « hauts responsables israéliens » et à fait part de leurs craintes de voir soudain une réforme qui rendrait aux « élus une plus grande autorité sur l’application des lois ». Qui sont ces « hauts responsables » ? Des personnalités « non élues » précise le Journal comme « le procureur général et le chef de la police d’Israël ». Ce sont ces mêmes procureur et chef de la police qui ont favorisé la mise en examen de Benjamin Netanyahu pour corruption. 

Le pouvoir de la Cour suprême en question

Les projets de réforme de la Cour suprême sont un bon exemple de cette guerre qui oppose la gauche et la droite en Israël. De l’extérieur, la Cour suprême israélienne est perçue comme l’ « une des meilleurs du monde » selon l’expression d’Alan Dershowitz, professeur de droit à Harvard. Mais en réalité, cette institution est aujourd’hui largement discréditée. En 2020, une enquête de l’Israel Democracy Index [5], a révélé une perte de confiance de la population envers la Cour suprême. La désaffection a commencé à droite. En 2005, les électeurs de droite ont été écœurés de voir que la Cour suprême ne levait pas le petit doigt pour protéger les droits des colons juifs que l’armée israélienne avait évacué de force de la bande de Gaza. La désaffection à droite s’est accentuée ensuite sur le constat que les magistrats de la Cour suprême défendaient systématiquement les droits des minorités au détriment des intérêts de la nation. Mais entre juin et octobre 2020, la baisse de confiance a touché les électeurs de gauche (de l’ordre de 15 points). Ceux-ci n’ont pas supporté que la Cour suprême laisse passer la loi affirmant qu’Israël est l’État-Nation du peuple juif ni qu’elle laisse Netanyahu former un gouvernement après ses multiples mises en examen. 

En décembre 2022, une étude de l’Université hébraïque de Jérusalem publiée par Israel Hayom a révélé une baisse de la confiance de 30% dans la Cour suprême. Lorsque les chercheurs ont comparé les données israéliennes à celles des 40 autres pays enquêtés, ils ont découvert que la même crise de confiance existait ailleurs, mais qu’en Israël, elle était environ 10% plus accentuée que dans tous les autres pays. 

La droite récemment élue souhaite donc réformer la Cour suprême. Certains souhaitent que le Parlement ait le pouvoir d’outrepasser une décision de la Cour suprême. D’autres entendent limiter son champ de compétences. Comme le remarque Avi Bell, professeur de droit à Bar Ilan University, le problème est que la Cour suprême a pris l’habitude de s’ingérer dans la vie politique au quotidien. « Quand la Cour supprime la loi qui autorise une entreprise privée à construire une prison, quand elle exempte les yeshivas (écoles religieuses) de taxes, ou quand elle supprime l’accès des indigents aux aides sociales parce que ces indigents possèdent une voiture… ce sont des décisions politiques » explique-t-il. David Peter, avocat, membre d’un centre de recherche intitulé Kohelet, critique le rôle de la Cour suprême en matière d’immigration [6]. « Le président de la Cour suprême détermine quels juges instruiront les dossiers des demandeurs d’asile. À ce jour, 96% des recours administratifs ont été acheminés vers deux juges spécifiques. Cela crée un parti pris qui ne devrait pas être autorisé et est mené sans l’implication de la Knesset » écrit-il. La crise de confiance dans les institutions est au cœur de la crise des démocraties occidentales. Et on le voit: la réponse que les Israéliens apporteront à cette question intéresse tous les occidentaux.  


[1] « En Israël, Benyamin Nétanyahou présente un gouvernement qui installe l’extrême droite au pouvoir », Le Monde, le 29 décembre 2022

[2] « This Is Netanyahu’s Dream State: Racist, Religious and Authoritarian », Haaretz (in english), le 29 décembre 2022

[3] Cité in « En Israël, Benyamin Nétanyahou présente un gouvernement qui installe l’extrême droite au pouvoir », Le Monde, le 29 décembre 2022

[4] « Israeli Officials Condemn Netanyahu’s Coalition Deals With Far Right », The Wall Street Journal, le 27 décembre 2022

[5] https://en.idi.org.il/publications/33424

[6] https://en.kohelet.org.il/publication/new-policy-paper-israels-failing-immigration-policy

La droite gaulliste peut-elle disparaître ?

1
Eric Ciotti au siège des Républicains, lors de son élection à la tête du parti, 11 décembre 2022 © Jacques Witt/SIPA

Humiliée par la défaite de Pécresse, abandonnée par Sarkozy, affaiblie par ses querelles internes et par trois échecs à l’élection présidentielle, la droite « gaulliste » incarnée par Les Républicains est-elle menacée d’effacement ?


Un chef, vite !… mais pour quoi faire ?

On doit à Robespierre un madrigal et à Bonaparte un conte [1] – la politique en France n’est plus ce qu’elle était ! Au point où on en est, on rêverait que nos hommes politiques soient des écrivains ratés comme Pompidou. Des aventuriers comme Chateaubriand. Des voyants comme Malraux. Des hommes qui savent la France et les Français. « Ce ne sont pas les empires qui durent, prédisait l’auteur des Antimémoires, ce sont les nations. »

Ça reste un sujet.

Comment limiter les effets d’une immigration incontrôlée et les dangers du multiculturalisme sans sombrer dans l’utopie d’un nationalisme intégral ? Et cela, sans se haïr, sans se déshonorer ! C’est la question que se posent les Français, et l’enjeu de la lutte qui sera encore plus sauvage demain. Macron n’en peut mais. La gauche s’en fiche. Le RN ne convainc que les faibles et les naïfs. Darmanin déçoit. Seule la droite peut répondre.

La France, sinon quoi ?

Dessin © Soleil

Dans une de ces allocutions télévisées où il se montrait souverain avec emphase et bonhomie, le général de Gaulle déclarait en 1965 : « La France, c’est tout à la fois, c’est tous les Français ! C’est pas la gauche, la France !… (sic) C’est pas la droite, la France !… (sic) Maintenant comme toujours, je ne suis pas d’un côté, je ne suis pas de l’autre, je suis pour la France. »

La France, c’était ce qui lui rendait le monde plus intelligible – ce par quoi tout devient vrai. Avec lui pesait sur nos têtes le joug de l’idéal ; dans sa rêverie, Marianne avait le visage d’une Madone. De Gaulle reliait par un pacte séculaire, et par une promiscuité douce, le peuple et la nation, la grandeur et la fierté, le faste et l’esbroufe. Il ne faisait pas que mentir. Il savait rassembler, élargir son camp – et parfois, astuce suprême, surprendre jusque dans son propre parti. Est-ce trop demander aux LR aujourd’hui ?

Avec cela, s’il était certes peu désireux de voir son cher et vieux village devenir « Colombey-les-Deux-Mosquées », cet ancien lecteur de Maurras n’était ni antisémite ni islamophobe. Réfractaire à l’ethnique, il ne s’exaltait pas des prestiges de la race et du sang. Rien de bas. Ni de droite ni de gauche, et encore moins au centre – juste plus haut. Se hisser, même vaincu, au-dessus des tentations louches, est-ce encore possible ?

Si j’étais gaulliste, je serais en colère.

Même parmi ses adversaires, on ne pouvait douter de sa probité – cette pointe de vertu qui réduisait ses opposants au silence. Aujourd’hui, quand Macron dit en gros la même chose, personne ne le croit, pas même ses amis. Il a beau hurler « Allez les Bleus ! » et appeler Mbappé « Cher Kylian », son agenda semble moins dicté par la dévotion que par l’opportunisme.

Nous en sommes là.

A lire aussi : Les Républicains veulent être de droite!

Puisque la gauche, et singulièrement le Parti socialiste, nous a quittés en épousant les postures aussi puériles que vindicatives de Mélenchon, parlons un peu de la droite. Va-t-elle à son tour se saborder et disparaître ? Peut-elle retrouver une audience ou va-t-elle se dissoudre entre deux rives – au choix, dans les eaux grises du macronisme ou dans les sables mouvants du lepénisme ? Peut-elle guérir de sa mélancolie ? C’est l’objet du futur congrès du parti Les Républicains où sera désigné début décembre un nouveau président.

Pour quoi faire ?

Qu’attendre, me direz-vous, de cette onction, de ce sacre infime qui a déjà l’allure d’un épilogue ? Car il ne s’agit pas de choisir un maître ni un guide, ni même un capitaine. Au mieux un guetteur de fumées. Il devra faire mieux que son prédécesseur, Christian Jacob, qui se contentait de bredouiller devant le cercueil : « Le parti n’est pas mort ! » Il devra moins régner que faire les comptes, ce qui n’est pas folichon. Beaucoup l’ont déjà compris, Édouard Philippe et Laurent Wauquiez après Macron l’avaient plus que subodoré : les partis sous la Ve République ne sont plus l’antichambre du pouvoir. Ce sont des canots de sauvetage, utiles par gros temps – mais où sont les bouées ?

En lice, donc : Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes, finaliste de la primaire en 2021, le favori des militants, enclin à pactiser en douce avec le RN ; Bruno Retailleau, sénateur de Vendée et président de son groupe au Sénat, qui veut changer la « marque LR », mais demeure un Fillonien, prêt à séduire les cathos énervés ; Aurélien Pradié, secrétaire général du parti et député du Lot, le jeune-turc, l’outsider, qui songe d’abord à tenir la boutique et rembourser les dettes. Un boulot à plein temps, selon lui.

Ce qui les sépare, hormis leur ego, semble anecdotique.

A lire aussi : LR: “D’un parti de droite, nous sommes devenus un parti centriste!” Entretien avec Éric Ciotti

Du gaullisme, que chaque candidat invoque, ne subsiste qu’une distraite allégeance, une ombre portée, et une faible rente. Ils sont au moins d’accord sur le constat : « Assez déconné ! » Pour le reste, si ces trois hommes sont très dissemblables, leurs programmes sont presque identiques. Ils savent qu’il leur est interdit de se traiter en public de gredins, mais dans une campagne âpre, forcément âpre, comment se distinguer sans se faire haïr de ses amis ? Lors de leur premier débat sur LCI, Aurélien Pradié a surpris ses deux compères : il a été maire et sapeur-pompier, il a un frère boulanger, pas eux ! Et toc ! Ciotti et Retailleau qui n’ont pas un passé d’homme-grenouille, d’apiculteur ou de brancardier n’ont pas su quoi répondre à cet impertinent.

Ciotti est soutenu par Wauquiez, Retailleau par Larcher et Bellamy, Pradié par Xavier Bertrand. Un peu comme la corde soutient le pendu. Fragilisés par trois échecs consécutifs à l’élection présidentielle, abandonnés par Sarkozy qui a été le fossoyeur de leur mouvement (comme Mitterrand l’a été du PS), les Républicains veulent se ressaisir. Comment ? Ce ne sera pas simple. Il leur faut rompre avec le regret de ce qu’ils furent (et le dégoût de ce qu’ils sont) en cessant de croire à une improbable Restauration, c’est-à-dire en apprenant à être minoritaires. Et dire que les Français, c’est un comble !, n’ont jamais autant penché à droite.

Dans ce pays, malgré les révolutions, on reste des conservateurs. Le Parti communiste français survit depuis un siècle – si Fabien Roussel est sympa, il leur donnera des conseils.


[1] Dans sa jeunesse, Bonaparte a écrit un conte romantique intitulé Clisson et Eugénie inspiré de sa liaison avec Désirée Clary (et dans la forme par Ossian). Et Robespierre a en effet écrit à ses heures perdues quelques poèmes.

Elle l’a rendu chèvre!

0
D.R.

Nous apprenions en novembre, devant le tribunal correctionnel de Fontainebleau, l’existence d’un certain violeur de chèvre…


La nuit du 10 au 11 mai 2022 a été chaude, à Chaintreaux, en Seine-et-Marne. Et on ne l’a appris que fin novembre, avec le procès devant le tribunal correctionnel de Fontainebleau d’un jeune homme de 25 ans accusé… d’avoir violé une chèvre.

L’agresseur (présumé) a reconnu les faits, expliquant préférer « le faire » avec une biquette plutôt qu’avec une femme. Selon Stéphane Lamart, président de l’association du même nom qui milite pour les droits des animaux, cité par Le Figaro : « Alors qu’il commençait à se masturber – comme en attestent les caméras de vidéosurveillance – il s’est approché d’une chèvre âgée de trois ans avant de la pénétrer. L’animal s’est ensuite mis à le lécher. Pour l’individu, c’était un signe de consentement, il l’a alors violé pendant 30 minutes ». Mais ce n’est pas tout ! L’accusé aurait ensuite emmené la chèvre dans sa voiture afin de la proposer à un ami qui l’attendait à l’intérieur, mais celui-ci aurait catégoriquement refusé de se prêter à une tournante de cabri. L’animal a finalement été abandonné non loin, dans une forêt de Souppes-sur-Loing. Après avoir été retrouvée par sa propriétaire, la chèvre a été conduite chez le vétérinaire qui a effectué des prélèvements, constatant ainsi des lésions génitales. Cinq jours plus tard, la gendarmerie a mis la main sur le loup de Chaintreaux. Depuis, Blanquette et ses copines sont tranquilles.

Mais à quand un #MeToo des caprins ?

Mort du pape émérite Benoît XVI

0
Le pape François et le pape émérite Benoît XVI au Vatican, juin 2017 © L'Osservatore Romano/AP/SIPA

Benoît XVI est décédé le 31 décembre. Il avait 95 ans. Retour sur un pontificat et une carrière ecclésiastique marqués par des crises, des polémiques et certains moments de grandeur dont l’histoire ne manquera pas finalement de le créditer. 


Il a d’abord été le cardinal Joseph Ratzinger. Un austère théologien allemand, expert concile de Vatican II devenu en même temps que préfet pour la congrégation de la doctrine de la foi une sorte de croquemitaine moitié Père Joseph, moitié Belphégor. Les plus progressistes en faisaient l’âme damnée de Jean-Paul II. Il l’aurait manipulé en occupant son trône tandis que le titulaire officiel de la tiare déclinait. Puis, il est devenu, par son élection de 2005, Benoît XVI. L’accueil poli de son arrivée par les catholiques de France dissimulait mal une certaine déception. Jean-Paul II avait été le pape de l’espérance ; celui qui lança un puissant « n’ayez pas peur » au bloc de l’Est au moment de son élection, inaugurant l’entrée de l’Église militante dans le troisième millénaire. Benoît XVI serait le pape de la foi, de la réaffirmation d’une doctrine claire et solide. On passait de la star mondiale polonaise à l’intellectuel allemand – réputé pour son influence, son austérité et son conservatisme.

Un Pape qui avait du mal à se faire comprendre

Les premières années, son pontificat sera celui des polémiques et des incompréhensions. En 2006, le discours de Ratisbonne est reçu comme une insulte aux musulmans après qu’une phrase – en réalité, une citation – sur la violence islamique en fut extraite. 2009 est l’annus horibilis de son pontificat. Il persiste d’abord dans son souhait de béatifier Pie XII, sur lequel pesait le soupçon de silence devant les crimes nazis. Puis, il lève l’excommunication de quatre évêques lefebvristes (la dissidence intégriste de l’Église) et on découvre que l’un d’eux, Richard Williamson, a tenu des déclarations négationnistes. On connaissait déjà ses sympathies traditionalistes : il avait par un motu proprio Summorum Pontificum facilité la célébration des sacrements selon le missel latin de Saint Pie V. Enfin, il réaffirme aussi son opposition au port du préservatif dans un voyage en Afrique alors qu’était évoqué le problème du SIDA. Sa manière d’exalter les usages, la liturgie, les interdits et même les habits ecclésiastiques du XIXe le plaçait sans doute en décalage complet avec le XXIe dont il n’arrivait pas à se faire comprendre. 

Plus rarement, le public a aussi perçu quelques échos de son intelligence spirituelle. L’incontestable réussite de son voyage en France de 2008 – qui avait mobilisé plusieurs dizaines de milliers de fidèles – devait beaucoup à son discours des Bernardins devant le monde de la culture. Il y assignait à la culture et aux arts de l’Occident – dont la France est mère – une place spéciale dans la révélation chrétienne : « la lecture de la parole est un acte corporel (…) Elle désigne une activité qui comme le chant et l’écriture, occupe tout le corps et tout l’esprit. » « La grande musique » occidentale est révélation de Dieu comme le sont les miracles et les écritures. Pour Benoît, l’épée des prophètes reste le verbe ; le verbe chanté, lu, écrit, parlé. La région chrétienne est de paroles, elle est aussi de pierre. Elle est spiritualité, croyance ; elle est aussi art, pensée, geste et histoire.  Ce faisant, le catholicisme, et ce que nous en révélait le Saint Père, valait bien mieux que sa caricature : celle d’une vague spiritualité ou quête de sens dont parlent les post-modernes qui le rapprochent du développement personnel ou celle du dogmatisme obtus et obsessionnel des puritains et des intégristes… 

Sa renonciation, marquante, un fait inédit depuis le Moyen Âge

Sa discrétion et son humilité entraient en écho avec la compréhension savante qu’il proposait du catholicisme. Benoit XVI a ainsi inspiré un grand respect avec la surprise de sa renonciation au pontificat. Le contraste avec l’acharnement de Jean-Paul II que le monde avait tant admiré, la volonté de fer que cet homme avait eu à donner jusqu’au dernier souffle un sens à sa vie, donnait au geste de Benoit un caractère de nouveauté et d’innovation qui semblait contraire à ce qu’il avait toujours prêché. Le dépouillement de tous ses insignes de pouvoir, l’annonce de l’évènement en latin à une curie peuplée d’intrigants sans doute incapables de comprendre le message et la surprise de tous ses détracteurs convaincus que leur adversaire partageait leur vice et aimait le pouvoir, alors qu’il accomplissait juste son devoir. Dans la discrétion d’une retraite méditative et pieuse, il continua comme pape émérite à construire une esthétique bien à lui. 

Que retiendra-t-on de Benoit XVI ? Il a commis des erreurs précisément parce que contrairement à la caricature que l’on a faite de lui, ce n’était ni un ambitieux ni un politique. Nous savons qu’il échoua à réformer ou même manœuvrer la curie. On lui reproche aussi des scandales étouffés. Mais, pour le monde et pour une génération de catholiques, le pontificat de Benoît XVI, ce fut aussi autre chose : la beauté de la liturgie, l’herméneutique de la continuité, un sens profond de l’Europe, beaucoup de bonté et d’érudition. Ce pape fut un grand mystère : longtemps caricaturé et honni, il a aussi inspiré le respect et la tendresse. Et les hommages qui saluent sa mémoire sont presque unanimes. 

Parmi les plus grands théologiens du XXe siècle, son collègue, Karl Rahner, avait proposé la thèse du chrétien anonyme. Pour la résumer : quiconque mène une vie droite et saine sera sauvé, qu’il appartienne ou non à l’Église. De nombreux chrétiens s’ignorent. Le « oui » le plus profond que l’homme pose en réponse à la proposition chrétienne est le plus souvent silencieux et inconscient. Le « oui » de Benoit XVI à l’Évangile, au Christ, à Dieu, à la culture, à la musique, à la pensée de l’Occident ainsi qu’à toutes les âmes du monde, fut de bout en bout discret et incompris. C’est une tendresse anonyme qui peine à se dire mais offrira pour l’histoire un authentique témoignage de sincérité. Meilleur communicant, son successeur se fait admirer du monde en affichant depuis le début de son pontificat de bonnes intentions avec la main sur le cœur. À chaque époque ses modèles. 

Jésus de Nazareth

Price: ---

0 used & new available from

Adieu donc 2022 et salut à toi 2023

0
Image d'ilustration Unsplash

Mes pensées de François Cevert à Jean-Pierre Montal, de Marie Dubois à Caroline Garcia, de Georges Conchon à Brigitte Lahaie.


Dans un pays qui criminalise la côte de bœuf persillée et bannit certains mots au Scrabble, il serait bien présomptueux d’afficher un optimisme béat et une foi immodérée dans l’avenir. Quant aux résolutions, depuis le tournant de la rigueur en 1983 et l’instauration des limitations de vitesse, nous ne croyons plus à un Occident éclairé, jouisseur et débridé, condensateur de promesses et d’ivresse. Nous sommes entrés dans l’ère des commentateurs et des instructeurs, des blouses blanches et des camisoles, des jaloux et des revanchards, des petits « moi je » aux grands lavages de cerveaux. Avec nos moyens modestes, rien que des mots, et malgré la camarilla des modérateurs, nous tenterons de résister aux gens sérieux et raisonnables, experts assermentés des plateaux, obturateurs du réel, critiques aveugles et sinistres rhéteurs. Ils n’auront pas notre liberté moqueuse et désespérée, ils n’atteindront pas notre dilettantisme souverain et notre nostalgie rêveuse. J’en fais le serment ici. C’est parce que nous refusons leurs leçons de rééducation que nous réussissons tant bien que mal à survivre dans cette société sous surveillance médiatique. Comptez sur moi encore cette année pour défendre les vertus du monokini, les abats à table, le beau jeu sur la terre ocre, les accélérations soyeuses en rase-campagne, les écrivains déclassés par l’Université, les acteurs morts, les mobylettes, les filles à lunettes, les « flight jacket », les trenchs froissés, la gaudriole et la gloriole salvatrices, toute ma quincaille désordonnée et puis cette fibre provinciale que l’on voudrait aujourd’hui assassiner. Cet esprit des recalés et des retardataires, des réactionnaires romantiques et des rigolos de bal musette, toute cette brocante désuète, j’en fais mon miel et ma langue. Mon sacerdoce, aussi.

A lire aussi: Courage ! Bientôt les lendemains de fêtes…

A tous les censeurs qui nous oppressent, je vous laisse à vos mégalopoles haineuses, votre télé ricaneuse, votre presse sous formol et votre volonté de détruire la moindre trace d’errance, de distance, de poésie bancale et d’humanité cabossée. Que voulez-vous, j’ai la mémoire des sous-préfectures pluvieuses et des œufs meurette de mon enfance, des klaxons italiens et des comices agricoles, des hommes politiques charpentés par l’Histoire, des comédiennes déchirantes qui ne quémandaient pas des like à la sortie de scène, d’une certaine ossature morale et du refus des conformismes. Mes idoles d’antan ne tombaient pas dans cette forme de démagogie égalitaire qui veut nous faire croire à la fin des différences et au talent équitablement réparti parmi la population. Mes stars avaient le respect du public, elles ne s’abaissaient pas à nous ressembler, à s’habiller comme nous, à vivre comme nous, elles acceptaient leur caractère supérieur, forcément inatteignable et sublime. Leur élévation nous portait plus loin. Au hasard des rencontres, nous avions parfois la chance de tomber face à l’une d’entre elles, nous perdions alors nos moyens. Le souffle coupé, les mains moites et la tête en fusion, nous osions les aborder, encore moins leur demander un autographe, nous nous estimions déjà assez chanceux d’avoir croisé leur chemin. Même si mon monde ne renaîtra jamais, si mes marottes sous naphtaline resteront au fond des greniers, j’émets quelques souhaits avant que nous basculions en 2023. Des vœux pieux, des désirs ardents, des témoignages d’estime, des anniversaires à célébrer, des espoirs également, des illusions peut-être. L’espoir, par exemple, que Caroline Garcia remporte un tournoi du grand chelem et que la Française imite, pourquoi pas, en juin prochain, l’exploit de Yannick Noah à Roland Garros, il y a quarante ans déjà. Elle a la confiance mentale, les coups déliés et la puissance physique pour y parvenir. Par ailleurs, je souhaiterais que la Cinémathèque organise une rétrospective Brigitte Lahaie avec des conférences d’Alban Ceray et de Richard Allan. Il faut absolument montrer aux générations montantes Parties fines de Gérard Kikoïne sorti en salles en septembre 1977 dont certaines scènes ont été tournées dans l’appartement de Jacques Séguéla, « au coin de l’avenue Paul-Doumer et du Trocadéro ». 2023 sera-t-elle enfin l’année où un documentariste inspiré s’emparera des inestimables carrières de la comédienne Marie Dubois et de l’écrivain Georges Conchon ? Nous ne parlons pas assez d’eux, cette injustice doit être réparée. Dans le même registre, il serait temps de primer ou de couronner de succès un roman de Jean-Pierre Montal, stéphanois écorché qui distille un détachement plein de larmes et d’allure. J’en profite, par ailleurs, pour souhaiter longue vie à l’émission du soir de Pascal Praud qui a (ré)inventé l’information-divertissement à mi-chemin entre « Benny Hill » et « Droit de réponse ». Et puis en 2023, nos pensées iront vers les cinquante ans de la disparition de Bruce Lee, Noël Roquevert, François Cevert et Jean-Pierre Melville sans oublier les cent ans de la naissance de Bettie Page, Jean-Marc Thibault et Roger Pierre. Chers lecteurs, bonne année !

S’oublier à Óbidos

0
Óbidos, novembre 2022. Julien San Frax.

Considérée comme l’une des « Sept Merveilles du Portugal », la ville d’Óbidos draine des milliers de touristes attirés par ces festivals et évènements culturels. Malgré ce folklore encombrant, il est possible de sentir l’essence de cette cité, bijou baroque serti par ses remparts médiévaux.


Le Portugal est à la mode. Preuve en est avec la Saison France-Portugal 2022 qui, sous l’égide de l’Institut français, a proposé jusqu’à la fin octobre une flopée de manifestations traversées des meilleures intentions pour « parler d’Europe et d’intégration, des valeurs d’inclusion, de parité et d’égalité, et bien sûr de culture et de patrimoine, sous l’angle des nouvelles technologies et des industries culturelles et créatives (sic)  ». Au-delà du lénifiant jargon propre à promouvoir cet œcuménisme de bon aloi où « les jeunes », « les femmes », « les océans », « la francophonie », etc., se voient immanquablement portés en étendard, on se prend à rêver de vielles pierres.


À une heure de Lisbonne, au cœur de l’Estrémadure, non loin de Leiria et de ses célèbres pinèdes, Óbidos, gros bourg proche de l’océan aux bâtisses chaulées de blanc, enchâssé dans une enceinte de remparts, paraît surgir d’un temps pétrifié. Certes, sur le pavé récuré de ses ruelles, le fracas mondialisé des Samsonite à roulettes a définitivement remplacé le roulis des charrettes, la frappe des sabots et le crottin des montures. Et le patelin de 3 000 âmes a, sans recours, sacrifié sa ruralité paysanne à la rente patrimoniale : élu l’une des « Sept Merveilles du Portugal », le village fortifié est également estampillé « Ville créative » par l’Unesco. Au pied de ses remparts, jouxtant la porte Est dominée par deux imposantes tours médiévales, une vaste librairie-bibliothèque ripolinée a annexé l’église gothique de Saint-Pierre, ainsi sécularisée à l’enseigne de la Culture. Chaque année, au mois d’octobre, un Festival international de littérature (FOLIO), associé à un projet de réhabilitation de maisons à l’abandon destiné à former un réseau de résidences d’artistes et de pépinières d’« entrepreneurs créatifs », réunit écrivains, éditeurs à Óbidos, et propose toute une batterie de programmes récréatifs…

A lire aussi : Le tourisme de masse endommage Versailles

En attendant, dans une Europe où les librairies disparaissent, la première surprise, dans cet îlot patrimonial, c’est leur nombre incroyable. Pour le reste, Óbidos donne dans le touristico-culturel : expositions d’art visuel au petit musée municipal – qui abrite les œuvres de l’artiste locale Josefa d’Óbidos (1630-1684) ; musique classique avec, la première quinzaine d’août, le Festival international de piano d’Óbidos (SIPO) ; un marché médiéval sur dix jours fin juillet (processions de pénitents, tournois, ménestrels et troubadours, ferme aux bestiaux) ; et même, au mois de mars, un…Festival international du chocolat [1] qui met à l’honneur la ginja, cette fameuse liqueur de cerise qu’on déguste dans des tasses… en chocolat. Bref, l’alibi culturel cautionne le tourisme de masse.

Óbidos,village global ?

Les vestiges archéologiques indiquent une présence humaine depuis le Paléolithique inférieur. Óbidos, qui ne domine plus le rivage maritime – sa lagune ayant été progressivement envasée au fil des siècles – a été un comptoir phénicien puis un oppidum (citadelle fortifiée) romain, avant de devenir une place forte arabe, jusqu’à la reconquête de la ville par Dom Afonso Henriques, au xiie siècle. Une fois les Maures boutés hors de la péninsule, les murailles ont été restaurées. Le château date de cette époque. En 1210, le roi Dom Dinis offre Óbidos en cadeau de noces à son épouse la reine Santa Isabel. Dès lors, le village est resté la « Casa das Rainhas » – la propriété des reines portugaises – jusqu’en 1834 ! Hantée par les figures de Dom João II, de Leonor de Lancastre et du malheureux Dom Sebastião – qui meurt à la bataille de Ksar-el-Kébir (Maroc) à 24 ans en 1578 –, la légende d’Óbidos coule dans la geste lusitanienne.

Du bourg médiéval, il ne reste pas grand-chose. Le fameux tremblement de terre de 1755 n’a pas seulement ravagé Lisbonne : la plupart des édifices et églises d’Óbidos se sont effondrés. Paradoxe, l’infrangible beauté de ce joyau baroque et manuélin doit tout à cette catastrophe, du tracé rectiligne de sa Rua Direita (rue principale) à ses façades immaculées, de ses toits de tuiles rutilants au dessin de ses églises ornées de fabuleux azulejos, de leurs autels surchargés de dorures à leurs plafonds somptueusement peints.

A lire aussi : Tourisme: le monde est à moi

Cet écrin du xviiie siècle serti dans une maçonnerie féodale peut se visiter en un jour, c’est ce que font la plupart des touristes. Malgré l’inexorable dégradation du paysage alentour – mitage périurbain dans le lointain, au milieu des vignobles, un aqueduc routier barre deux collines à l’horizon –, il est encore permis de rêver. Minuscule promontoire enclos dans son colossal appareil défensif, havre préservé du trafic automobile et même des trottinettes (mais jusqu’à quand ?), Óbidos, le soir venu, se recharge de poésie, lorsque, délestée de ses cargaisons de journaliers cosmopolites et de ses milliers de touristes, la bourgade silencieuse, aérée, limpide, s’octroie dans la lumière vespérale un regain de vacance qui la rend providentiellement à elle-même.

Infos pratiques

Y aller. De Lisbonne à Óbidos, compter une heure de route en voiture. On peut aussi y aller en bus avec la ligne Rapida Verde (directe depuis Campos Grande).

Se loger. Faire halte à Óbidos est un ravissement, à condition d’éviter les « temps forts » du loisir culturel. Les points de chute ne manquent pas. Le chic du chic, c’est de descendre au château, à grands frais, dans la Pousada Castelo Óbidos. Mais tout palais a ses dépendances et ses annexes. On recommande la luxueuse Pousada Villa Óbidos ou, mieux encore, l’impeccable Casa Lidador, agrémentée d’une petite piscine en contrebas du rempart. Tête de gondole sur le Net, la rustique pension Casa de S. Thiago do Castelo n’a pas les qualités présumées par sa photogénie. De la Casa das Senhoras Rainas (quatre étoiles) à l’Hostel Vila d’Óbidos, auberge de jeunesse qui lui fait face, les marchands de sommeil ne sont pas en reste. On se couche tôt à Óbidos : les restaurants ferment dès 22 heures ! Mais sur la rue principale, le Tasca Torta est une excellente table.


[1] www.festivalchocolate.cm-obidos.pt

Dimitri Casali, l’histoire comme un roman

0
L'essayiste Dimitri Casali D.R.

100 dates de l’histoire de France qui ont fait le monde est un livre qui rappelle heureusement le rôle essentiel de notre pays.


Dimitri Casali s’est fait un nom en rappelant que, si l’histoire est celle des mouvements sociaux, elle est aussi celle de personnes et d’événements. Dans son dernier livre, l’historien dresse une liste – non exhaustive –  des visages et des dates qui ont marqué de l’empreinte française l’histoire du monde.

100 dates, c’est un rappel des faits

Cavalant à contre-courant de la repentance environnante, Dimitri Casali poursuit sa croisade en rendant cette-fois-ci hommage à un pays dont il préfère louer les mérites plutôt que d’en ressasser les fautes. De la construction de la basilique Saint-Denis à l’incendie de Notre-Dame, ces 100 dates nous rappellent que c’est à la France qu’on doit l’invention de l’art gothique, la création des villes de Détroit, de Saint-Louis ou de Brazzaville, le vaccin contre la rage ou l’origine de la peste. Des faits connus, pour bon nombre d’entre eux, mais dont le catalogue nous rappelle que la France n’est pas tout à fait un pays comme un autre. 


Souvenons-nous qu’à l’origine, le nom de Français provient de Franc, qui signifie « libre ». En 1315, Louis X proclame que « Nul n’est esclave en France et que tout esclave posant le pied sur le sol de France devient libre ». N’oublions pas non plus ce que l’égalité des sexes doit à Mme du Deffand, Mme Geoffrin ou Julie de Lespinasse dont les salons, éclairés par l’esprit des Lumières, furent les antichambres de la Révolution française. Signant la fin de l’ancien régime, la République prononcera l’abolition des privilèges le 4 août 1789, traçant les grandes lignes de ce qui deviendra la Déclaration universelle des droits de l’homme.

A lire aussi: Le musée d’Orsay, modèle de “décolonialisme”

Au cas où, on nous rappelle que Louis XIV, dépourvu de tout préjugé raciste, fut le parrain d’un prince africain, et que la France aura un rôle clé dans l’indépendance des Etats-Unis. Car la France est aussi un pays de pionniers, celui de Champlain et Jacques Cartier au Canada, du fameux La Pérouse, disparu mystérieusement dans le Pacifique, dont Louis XVI s’inquiétera une dernière fois au moment de monter à l’échafaud. C’est aussi à la France qu’on doit la découverte de l’Antarctique par Dumont d’Urville, au XIXᵉ siècle la création de l’Algérie, et, en 1848, l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises.

Une culture au cœur d’un message à vocation universelle

Le XIXème français, c’est aussi la publication mondiale des Misérables et, avec le génie de Victor Hugo, l’apparition dans la littérature de la question sociale ; Jules Verne qui magnifie le progrès scientifique avec Vingt-mille-lieues sous les mers et Le tour du monde en 80 jours ; Édouard Manet qui, avec Le Déjeuner sur l’herbe, signant la rupture avec la peinture classique, annonce la naissance de l’Impressionnisme, une révolution picturale.

C’est aussi Pasteur qui débarrasse le monde de la rage, Clément Ader qui, en 1890, fait décoller pour la première fois un engin motorisé plus lourd que l’air. Eole, muni d’un moteur à vapeur, parvient à quitter le sol sur une cinquantaine de mètres dans le parc du château d’Arminvilliers. Le premier avion est né. Un peu avant que le baron Pierre de Coubertin imagine les Jeux Olympiques modernes. Un an plus tard, à Lyon, Louis et Auguste Lumière inventeront le cinématographe.

De l’art de vivre à la française et de son déclin relatif

On n’oubliera pas Escoffier, grand chef et père de la gastronomie française, inaugurant en 1898 avec son associé César Ritz l’hôtel du même nom place Vendôme, dont les dîners éblouissent la haute société internationale. Son guide culinaire sera bientôt traduit en dix langues. « Lorsqu’il n’y aura plus de cuisine dans le monde, dit-il, il n’y aura plus de relations liantes, plus d’unité sociale. » Paris, capitale mondiale des arts et des lettres, toise alors le reste du monde du haut de sa Tour Eiffel… L’art de vivre à la française repose sur une forme de convivialité qui s’exprime aussi par la richesse de sa langue, qui – ce n’est pas un hasard – fut adoptée, de 1714 à 1919 (date du Traité de Versailles) comme celle de la diplomatie, tant pour son rayonnement international que pour sa singulière faculté à exprimer les nuances.

Dans ce livre, constitué d’articles brefs, souvent anecdotiques, et d’une élégante iconographie, Dimitri Casali continue de dire son amour pour la France et son histoire, jusqu’au désenchantement. Un ultime chapitre (1930-2019) est intitulé Le déclin français. Il y est question de la fin de la guerre d’Indochine, des accords d’Évian signant la fin de l’Empire colonial français, mais aussi du commandant Cousteau et de Claude Lévi-Strauss, du succès mondial d’Astérix et de la genèse de l’Union européenne avec Maurice Schumann.

Un déclin cependant relatif quand on sait que Molière reste l’auteur de théâtre le plus joué au monde, qu’une exécution du Boléro de Ravel commence toutes les dix minutes quelque part sur terre (il dure 17 minutes, il est donc joué constamment), et qu’une étude commandée par Spotify révèle qu’il est placé en troisième position des œuvres les plus écoutées pour accompagner les nuits d’amour, juste derrière la bande originale de Dirty dancing et Sexual Healing de Marvin Gaye. Le livre ne nous dit pas par qui ni quand fut inventé le french kiss. Mais on le referme en se disant tout de même : « Vive la France ! » Un livre à mettre en toutes les mains.

100 dates de l’histoire de France qui ont fait le monde de Dimitri Casali (Plon)

100 dates de l'Histoire de France qui ont fait le monde

Price: ---

0 used & new available from

Olivier Maulin, l’enchanteur picaresque

0
L'écrivain Olivier Maulin © Louise Maulin

Le romancier est de retour avec un polar vosgien insolent et poétique.


Auteur d’une dizaine de romans picaresques, Olivier Maulin est, je l’ai dit naguère, un drôle de pistolet, qui doit beaucoup à la farce médiévale. Ses romans, pleins d’une truculente poésie, font songer aux livres d’Henri Vincenot et son style peut parfois se révéler célinien. 

Il y a chez lui, dans les œuvres comme dans sa manière d’être, un je-ne-sais-quoi de féodal et de déjanté qui suscite une immédiate sympathie. Maulin aime Léautaud, ce qui est toujours bon signe. Et, par-dessus le marché, il est devenu royaliste le jour où il a serré la main de Baudouin, le roi des Belges en visite officielle à Paris.

C’est dire ma joie quand j’ai reçu Le Temps des loups, son dernier roman que publie le Cherche-Midi dans sa nouvelle collection Borderline, qui allie (sous des couvertures kitsch) mauvais esprit et totale liberté de ton. 

D’emblée, Maulin tape fort pour éloigner les mauvais lecteurs, les lappeurs de soupe, les perroquets qui ânonnent les catéchismes des bulletins paroissiaux de l’actuelle bien-pensance : « vieilles biques, coureuses d’expositions, fieffées salopes culturelles responsables du désastre ». 

A lire aussi: Ô race ! Ô désespoir

Sa chanson de geste débute lors d’un salon du livre dans un bled des Vosges, où se retrouve l’habituel gibier littéraire : écrivains hyper-subventionnés vagabondant aux frais du contribuable d’ateliers pédagogiques en résidences d’auteur (et d’autrice),  romanciers alcooliques, polardeux humanitaires, pseudo-prodiges de moins de trente ans (« je suis une putain libérée, mais toujours soumise ») et, cerise sur le gâteau, Samantha Sun Lopez, illustre star américaine aux sept millions d’exemplaires vendus. C’est justement cette dinde que trois crétins hypersoniques du coin, les frères Grosdidier, veulent chloroformer et kidnapper pour toucher le gros lot. Heureusement pour nous, ils se trompent de proie et n’enlèvent que Blanche, la barmaid de la buvette. La suite dans ce désopilant roman.

L’un des écrivains de ce salon, Yvon Pottard, joue un rôle dans le déclenchement des opérations. Victime d’un commando de « féministes intersectionnelles », il prendra sa revanche en devenant l’historien officiel du royaume néo-médiéval et pagano-chrétien des Vosges qui surgira du chaos dans laquelle sombre la République, dont la devise pourrait être : « réhabiliter l’obscurantisme, revenir aux forêts hantées, aux prières collectives à la Vierge Marie et aux ballets des fées sur les landes embrumées ». Outre une sympathique société secrète de francs-bûcherons, le lecteur croisera un jeune chevelu aux mains trouées qui tente de rallier les loups à sa croisade – Jésus en personne, plutôt lucide sur son image contemporaine (« aujourd’hui, je passe pour un petit plaisantin amateur de table rase, apôtre du chaos et du déracinement qui ne sait que laver des pieds et tendre l’autre joue ») et un tantinet critique à l’égard de l’actuel pape : « grand dadais des pampas, mangeur de foin de la Patagonie, jésuite bipolaire ahuri à calotte, guanaco mitré aux dents de lapin qui vend l’Europe pour trente deniers »

Je ne résiste pas au plaisir coupable de citer cette charge contre l’abstraction : « Ce sont les morts qui nous gouvernent (…) On n’est pas des petits individus partis de rien, capables de tout. On appartient à une histoire qui nous dépasse, qui a fixé nos conduites dans ses grandes lignes sans qu’on le réalise, qui nous fait agir « naturellement » alors qu’on est pétris par les siècles ! ». 

Une fois de plus, Olivier Maulin réenchante le monde avec ses chevaliers et ses loups garous. 

Olivier Maulin, Le Temps des loups, Cherche-Midi, 322 pages.

Le temps des loups, prix des Hussards 2023

Price: ---

0 used & new available from