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Signez la pétition pour le retour de Voltaire, square Honoré-Champion, à Paris!

Pour empêcher de multiples vandalismes, la statue de Voltaire qui ornait le square Honoré-Champion, près de l’Institut de France, a été retirée par la mairie de Paris il y a quatre ans. Depuis, elle n’a jamais été replacée. Une pétition lancée par Causeur réclame son retour.


En 2019, en pleine vague mondiale de déboulonnage de statues, dans la foulée des Black Lives Matter, la mairie de Paris a courageusement exfiltré l’effigie de Voltaire, square Honoré-Champion, à deux pas de l’Institut. Le philosophe avait été aspergé de peinture rouge. Restaurée, sa statue n’a pas retrouvé sa place : la Mairie veut, par faiblesse, l’isoler derrière les grilles aveugles de l’École de médecine.

La statue de Voltaire taguée, dans le square Honoré-Champion à Paris, 25 juin 2018. Image: Wikimedia.

Simple citoyen, René Monié, fait partie de ceux qui voient en ce socle, depuis laissé vide, le triomphe de l’intolérance. Face à l’Hôtel de Ville, qui oppose au retour de Voltaire la fragilité de la pierre de la statue existante, il propose de reproduire le modèle d’origine qui était en bronze. Cette initiative sera proposée en « budget participatif » en mars prochain – et son devis comporte beaucoup moins de zéros que les 30 projets de 2022 [1]. D’ici là, une pétition a été lancée pour prouver à nos édiles que les Français en général et les Parisiens en particulier sont attachés à la liberté d’expression.

A lire aussi: L’art nous colle à la peau

Une centaine de personnalités connues et moins connues du grand public, intellectuels, philosophes, écrivains, galeristes, professeurs, artistes, libraires et avocats, soutiennent d’ores et déjà le retour de Voltaire !

>> Faites de même en signant sur leretourdevoltaire.com <<


Ivan Alexandre, metteur en scène ; Myriam Anissimov, écrivain ; Jacques Arnould, expert au CNES, théologien ; Gautier Battistella, écrivain ; Franck Baulme, antiquaire ; Cyril Bennasar, essayiste ; Alain Bentolila, linguiste ; André Bercoff, journaliste, essayiste ; Alain Bertaud, urbaniste, Marron Institute ; Pierre Berville, publicitaire ; Laura Bossi, neurologue, historienne des sciences ; Jean-François Bourriaud, galeriste, expert ; Nicolas Bourriaud, galeriste ; Michel Brahic, professeur honoraire, Institut Pasteur ; Jean-Christophe Buisson, rédacteur en chef, Figaro Magazine ; Camille Bürgi, expert, galeriste ; Isabelle Chaignac, antiquaire ; Jean-Philippe Chalem, galeriste ; Rodolphe Chamonal, libraire ; Frederick Chanoit, expert d’art ; David Chanteranne, historien, attaché de conservation, Musée Napoléon Brienne-le-Château ; Jean-Jacques Chaufour, président du groupe Anjac ; Arthur Chevallier, éditeur, historien ; Joëlle Chevé, historienne ; Jean Clair, de l’Académie française ; Antoine Compagnon, de l’Académie française, professeur émérite au Collège de France ; Francis Cornet, musicien ; Gérard Cornet, professeur Paris-Sorbonne ; Gérard Courant, cinéaste ; Xavier Darcos, chancelier de l’Institut de France, ancien ministre ; Ingrid de Becque, historienne de l’art ; Élisabeth De Toledo, notaire ; Jacques de Vos, galeriste ; Roger-Pol Droit, philosophe, écrivain ; Charles-Henry Dubail, président, éditions Édisens ; Benoît Duteurtre, écrivain ; Yannis Ezziadi, comédien ; Michel Fau, comédien, metteur en scène ; Frédéric Ferney, écrivain ; Luc Ferry, philosophe, ancien ministre ; Alain Finkielkraut, de l’Académie française ; Marian Fountain, sculptrice ; Dominique Foyer, galeriste ; Bruno Fuligni, essayiste, historien ; Sybille de Gastines, directrice de la communication, Institut de France ; Dominique Gibert, éditrice ; Hervé Gibert, vigneron ; Michel Giraud, galeriste ; Jean-Cyrille Godefroy, éditeur ; Gilles-William Goldnadel, avocat ; Martine Gossieaux-Sempé, galeriste ; Jonathan Guindon, directeur général, Hartwood ; Harold Hyman, journaliste ; Jean Izarn, libraire ; Guy Konopnicki, journaliste, écrivain ; Nadège Laigroz, antiquaire ; Pierre Lamalattie, romancier, peintre, critique d’art ; Jacques Larochas, expert en antiquités ; Guillaume Laurant, scénariste, écrivain ; Bernard Le Borgne, expert, CNES ; Marc Lecarpentier, journaliste ; Didier Lemaire, professeur de philosophie ; Patricia Lemonnnier, galeriste ; Anne-Marie Letailleur, galeriste ; Bérénice Levet, philosophe, essayiste ; Élisabeth Lévy, la patronne ; Georges Liébert, éditeur ; Joseph Macé-Scaron, journaliste, essayiste ; Philippe Magloire, expert en archéologie ; Fabrice Malfet, galeriste ; Alain Malraux, écrivain ; Daniel Marchesseau, conservateur général honoraire du patrimoine ; François Margolin, réalisateur, producteur ; Thierry Meaudre, libraire ; Fabien Mirabaud, commissaire-priseur ; Anne-Marie Mitterrand, écrivain ; Sébastien de Monès, avocat ; Angela Mouscadet, professeur ; Anne Muray, auteur, éditrice ; Patrick Naggar, designer ; Michel Onfray, philosophe ; Alain Paucard, écrivain ; Jacques Pessis, journaliste, écrivain ; Clémentine Portier-Kaltenbach, journaliste, historienne ; Régis Poulain, bassoniste ; Sarah Poulain, enseignante ; Gérard Pussey, écrivain ; Claude Quétel, historien ; Christian Rappoport, industriel ; Olivier de Rohan-Chabot, président, Sauvegarde de l’art français ; Jean-Louis Sajot, clarinettiste, professeur ENM ; Dominique Schneidre, écrivain, psychanalyste ; Daniel Sibony, philosophe, psychanalyste ; Pierre-Édouard de Souzy, galeriste ; Hervé Tarragano, président, iBone-Academy ; William Thay, président, Le Millénaire ; François Valleriaux, libraire ; Michel Vandermeersch, expert en céramiques anciennes ; Jean-Louis Vibert-Guigue, libraire ; Ivan Zecevic, galeriste.


[1] En 2022, 62 projets ont été retenus. 76% des projets sont supérieurs à 500 000€. 47% dépassent 1 million d’euros. Le plus petit projet retenu se monte à 130 000€.

Merci Aymeric Caron!

Qu’on dise du bien ou du mal de la corrida, l’essentiel est qu’on en parle… et que les deux avis soient représentés dans les médias. Grâce à Aymeric Caron et son projet de loi d’interdiction, c’est chose faite. Et comme jamais !


Protéger la culture méconnue

Grâce aux attaques d’Aymeric Caron et à sa proposition de loi, la corrida s’est payée une campagne médiatique inédite à peu de frais ! La corrida, jusque-là, restait sagement dans son coin, un peu oubliée, médiatiquement somnolente. Beaucoup ne se doutaient même pas qu’en France, les corridas avec mise à mort existaient encore. Tout cela était sans compter Super-Caron et sa bonne idée ! À peine annonce-t-il son projet de loi, que le peuple du toro – comprenant qu’il vit peut-être ses derniers jours – s’organise, se soulève. Voilà que les manifestations pro-corrida s’organisent dans tout le sud de la France. Les manifestations anti aussi, mais ne réunissant, elles, comme à leur habitude, que quelques maigres poignées de militants. Devant les arènes, on voit les aficionados, nombreux, protester en famille contre la suppression de leur culture. Maires, députés et sénateurs prennent la parole. La gronde monte. Ce peuple, uni dans l’amour du taureau et de l’homme en habit de lumière, se manifeste enfin au grand jour.

Plus au nord, on prend conscience que la corrida n’est pas un petit folklore animant quelques fêtes de village clairsemées, mais une culture bien vivante et enracinée dans notre chère France méridionale. Il devient alors plus difficile pour les élus de la République de dire clairement : « Oui, nous allons vous interdire ! » On voit même le camp du bien défendre le maintien de la corrida : Dupont-Moretti, Olivier Véran, Fabien Roussel, Gabriel Attal et même Emmanuel Macron ! Les tribunes fleurissent dans la presse avec nombre de prestigieux signataires : Philippe Caubère, Rudy Ricciotti, Jean Nouvel, Christophe Barratier, Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Michel Fau ou encore Françoise Nyssen.

A relire, notre numéro spécial: Viva corrida !

Les toreros surprennent dans les médias

Mais plus beau encore (merci Aymeric, vraiment !) : la campagne médiatique des toreros ! Durant la semaine qui précède le vote à l’Assemblée, les matadors sont chaleureusement invités sur les plateaux TV et Radio. BFM TV, CNews, LCI, France 2, France 5, LCP, C8, RTL et même France Inter ! Les Français découvrent les visages de Marc Serrano, El Rafi, Maxime Solera, Tibo Garcia et Julien Lescarret ! Une partie des internautes saluent leur classe, leur calme et souvent leur beauté. Ils s’attendaient à voir débarquer des brutes assoiffées de sang et découvrent des gentlemen. Dans les rues de Paris, on salue les matadors que l’on reconnaît d’une émission vue la veille. Durant ces quelques jours d’effervescence et de joie, je suis à leur côté. Le téléphone ne cesse de sonner, les taxis nous mènent d’un plateau à l’autre. La figure du matador – comme autrefois Dominguín ou El Cordobés – est de nouveau médiatisée ! Les matadors : des stars comme les autres ! C’est avec sourire et curiosité que Sonia Devillers, Anne-Élisabeth Lemoine ou encore Pascal Praud les accueillent. Leurs comptes sur les réseaux sociaux engrangent les nouveaux abonnés. Les messages de soutien pleuvent !

«Touche pas à mon poste ! », 24 novembre 2022.

Merci Solveig aussi…

24 novembre, jour du vote à l’Assemblée, et donc dernier jour de campagne médiatique pour nous. Et patatras, nous apprenons qu’Aymeric Caron retire sa proposition de la niche parlementaire faute de temps ! Pardon de me répéter, mais encore une fois, merci Aymeric ! J’apprends cela dans le taxi où, avec le matador Marc Serrano, nous roulons vers les locaux de C8. Nous sommes attendus en direct dans l’émission « TPMP » présentée par Cyril Hanouna, pour un dernier débat sur la corrida. Un poids tombe de nos épaules. En route, un texto me prévient que la militante animaliste Solveig Halloin sera en plateau. Une chance ! Militante hystérique, menteuse, condamnée pour diffamation et extrémiste, du pain bénit ! Marc Serrano répond aux premières questions de Cyril Hanouna lorsque la géniale Solveig fait son entrée, une main en l’air couverte de faux sang. Elle nous coupe, commence son monologue-performance, s’assied devant nous, sur notre table, afin d’empêcher la caméra de nous filmer. Elle traite Marc Serrano d’assassin et moi de militant d’extrême droite. Elle réclame qu’on nous arrache les oreilles et la queue (ce que je ne trouve pas très correct). Nous essayons de parler, mais elle le répète encore : « Les oreilles et la queue !!! » Pour les oreilles passe encore, mais pour la queue, nous proposer un verre au préalable aurait été plus courtois. Marc Serrano, dans l’impossibilité de parler, annonce très calmement qu’il se voit dans l’obligation de quitter le plateau. Solveig continue son délire hystérique, hurle que les vaches sont ses sœurs, les taureaux ses frères et que nous tuons des bébés. Le public hurle de rire face au ridicule de la militante, les réseaux sociaux s’emballent contre elle. On voit fleurir sur la toile des messages du genre « J’étais contre la corrida, mais quand je vois la classe du torero face à Solveig Halloin, ça me donne envie d’aller en voir une ! » ou encore « Cette femme dessert sa cause ». Le tour est joué ! Merci Solveig ! Marc Serrano le matador est passé pour ce qu’il était, c’est-à-dire un homme courtois, poli et raisonnable, et Solveig l’animaliste pour une hystérique ridicule, extrémiste et dangereuse. Tout cela devant plus d’un million et demi de téléspectateurs (sans compter internet !). Joli bouquet final pour venir conclure cette belle semaine médiatique qui aura été, sans nul doute, très favorable à notre cause. Des millions de Français ont pu voir et écouter des matadors parler avec passion de leur art et, j’en suis convaincu, ils auront donné envie à une partie de ces téléspectateurs de venir découvrir la corrida dans les arènes françaises. La corrida compte de nouveaux ennemis, mais aussi de nouveaux spectateurs potentiels ! Les Français ont découvert qu’en 2022, des hommes d’une classe intemporelle offraient encore leur corps en habit de soie et d’or pour une tragique et violente danse face à une bête mythologique. Nous les attendons cet été dans les arènes. Désormais, nous n’espérons qu’une seule chose : qu’Aymeric Caron renouvelle l’opération chaque année ! Nous n’avons pas encore reçu sa facture pour cette première édition, mais quel qu’en soit le montant, il a déjà le droit à notre gratitude.

Pantin renommée «Pantine»: les précédents historiques

Beaucoup de villes ont changé de nom au fil du temps, indice souvent de grands moments de bascule historique.


La nouvelle a déjà eu le temps d’enthousiasmer tous les progressistes et de faire grincer les dents des réacs grincheux : Bertrand Kern, maire socialiste de Pantin (93) a décidé, à l’occasion de ses vœux annuels, d’ajouter un e au nom de sa commune, qui deviendra pendant un an, Pantine, pour « l’égalité entre les hommes et les femmes ».

A lire aussi: «L’écriture inclusive est annonciatrice d’une tyrannie»

L’édile n’ira pas jusqu’à changer les panneaux d’entrée de la ville ni à monter un dossier auprès du ministère des Collectivités territoriales. Reste à savoir si la mesure fera des émules dans d’autres communes : on imagine que Mâcon sera parmi les toutes dernières à franchir le pas.

Une décision crétine inspirée par l’écriture inclusive

Inspirée par l’écriture inclusive, aux yeux de laquelle le e est la marque absolue du féminin (on a dû apprendre quelque part en latin qu’Enée et Orphée étaient des femmes, et Psyché, un homme), et plus encore par le sabir de la comédienne Tiphaine D, qui, à coup de « elle était une fois » et de « femmages », fera saigner les oreilles à tout aventurier qui ira écouter ses vidéos, l’idée a surtout vocation à faire du buzz, bon ou mauvais, dans le calme de début janvier. L’initiative se limitera à l’apposition d’un E géant à la suite du nom de la ville écrit en grand le long du canal de l’Ourcq. Elle n’est peut-être pas en soi beaucoup plus consternante que le choix de Saint-Jean-d’Heurs, petit village du Puy-de-Dôme, de renommer ses rues à la gloire de chanteurs et chanteuses : noms qu’il faudra tôt ou tard réactualiser, car un beau jour, Vianney et Stromae seront aussi lointains qu’Aristide Bruant et la chanteuse Fréhel. La rue Johnny Hallyday à la place de la rue de l’église : le changement de civilisation, c’est peut-être aussi un peu ça.

© JULIEN DE ROSA / AFP

On le sait, beaucoup de villes ont changé de nom au fil du temps, indice souvent de grands moments de bascule historique. Quand Constantin, premier empereur chrétien, s’installe en 330 sur le Bosphore, il fait de la vieille ville grecque qu’était Byzance la nouvelle Rome et la rebaptise Constantinople à cette occasion. Un gros millénaire plus tard, en 1453, pendant que les braves citoyens de Constantinople se pavanent et discutent du sexe des anges (déjà), les Ottomans, plus dégourdis, prennent la ville, qui devient Istanbul. Les régimes totalitaires n’ont pas été avares non plus de ce type de changement, comme Petrograd devenue Leningrad. Quand « la révolution contre la révolution » réussit, la ville reprend son nom d’avant, peu ou prou ; en 1991, les habitants de Petrograd ont décidé par référendum que leur ville devienne Saint-Pétersbourg. Idem pour Titograd, redevenue Podgorica, capitale de l’actuel Monténégro, en 1992. Parfois, les périodes totalitaires inspirent malgré tout une petite once de nostalgie, et la question de rebaptiser Volgograd en Stalingrad se pose en Russie, avec de plus en plus d’insistance… En Afrique, le long du fleuve Congo, Léopoldville est devenue Kinshasa, mais Brazzaville n’a pas changé de nom : signe peut-être que Pierre Savorgnan de Brazza a laissé un meilleur souvenir dans le coin que Léopold II, roi des Belges.

A lire aussi: Quand M’hammed Henniche faisait la pluie et le beau temps en Seine-Saint-Denis

En Asie centrale aussi, les potentats locaux, en même temps qu’ils se font construire d’immenses statues en or à leur gloire, aiment bien changer de temps en temps le nom de leurs capitales construites avec l’aide de Bouygues, au bout milieu de la steppe.

La Terreur féministe

Mais l’origine de cette passion est certainement à trouver dans la Révolution française. Soucieuse de gommer toute référence à la religion catholique et à la royauté déchue, la jeune République a supprimé tous les noms de ville commençant par Saint ou par Sainte. Saint-Malo est ainsi devenue Port-Malo. Bourg-la-Reine est devenue Bourg-L’Egalité, ce qui est quand même moins drôle.

Contrairement à la croyance répandue, Grenoble n’est pas devenue Grelibre, mais Lyon, sévèrement mitraillée par Joseph Fouché, s’est appelée pendant quelques mois « Commune-Affranchie ». Marseille, pour sa part, avait dû fâcher Robespierre puisqu’elle s’est appelée un temps « Ville-sans-Nom », idée qui ne viendrait même pas aux plus fanatisés des supporters du Paris-Saint-Germain (club de foot qui serait sans doute devenu le Paris-Montagne-du-Bon-Air sans le retour des forces rétrogrades aux commandes).

On cite souvent Heinrich Heine : « Là où l’on brûle les livres, on finit par brûler des hommes » ; espérons que quand la gauche française se met à changer le nom des villes, ce n’est pas le signe qu’elle va bientôt commencer à couper des têtes…

Libérons nous du féminisme !

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Charlie et les mollahs ramollos

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Pour le huitième anniversaire du massacre de Charlie Hebdo, l’hebdomadaire publie un numéro de caricatures anti-mollahs.


C’est la réponse des rigolos aux peine-à-jouir. « Mollah, retournez d’où vous venez ! », proclame la une, dessinée par Riss, où on voit des petits hommes enturbannés et penauds entrer tout entiers dans le sexe d’une femme à la mine hilare. 

Dans son édito, Riss rappelle qu’en 1993  Téhéran avait lancé un concours de caricatures de Salman Rushdie, doté de 160 pièces d’or… En 2006, Ahmadinejad récidivait en appelant les dessinateurs à caricaturer la Shoah. Charlie a donc concocté un concours international de caricatures « Dégagez les mollahs», lancé par un Khamenei de Coco, cuir et tétons percés, clamant « Enfin libre! », après la suppression de la police des mœurs. Le guide suprême, rare dans les médias, a selon Riss «une bonne tête à caricaturer» – et il faut dire que le couvre-chef en forme de tourte des dignitaires iraniens est très visuel. 300 dessins ont été reçus, et une trentaine publiés dont beaucoup mettent en scène Khamenei et ses sicaires dans des positions inconvenantes. 

La France menacée d’une réponse « efficace et ferme »

D’autres jouent l’humour le plus noir comme ce mollah dans une forêt de pendus dont on ne voit que les jambes: « C’est moi ou ça sent les pieds ? » La seule récompense, comme l’écrit Riss, n’a pas de prix: c’est la liberté. Et la rigolade qui va avec. 

A lire aussi, Céline Pina: Salman Rushdie, indignation minimum

Le numéro, bourré de bons papiers, parle assez peu de l’attentat – tout a été dit et redit. À la différence des starlettes qui se coupent une mèche de cheveux, les Charlie ont payé le prix du sang. Quand ils disent « leur combat est le nôtre », on les croit. La preuve : les mollahs s’énervent. Réaction par voie de tweet du ministre des Affaires étrangères iranien : « L’acte insultant et indécent d’une publication française contre l’autorité religieuse et politique ne restera pas sans réponse efficace et ferme. Nous ne permettrons pas au gouvernement français de dépasser les bornes. » C’est ce qu’on appelle une menace. Espérons que nos dirigeants ne joueront pas l’apaisement. 

On me dira que la France n’est pas l’Iran. Nous ne vivons pas sous la férule de religieux et nous ne risquons pas nos vies. 

Vous et moi c’est vrai. Mais combien de gens, de femmes notamment, vivent en Europe sous l’emprise islamiste en marge des institutions ? Combien d’autres risquent leur vie pour défendre un islam laïcisé, ouvert à la controverse ? Combien de fanatiques en liberté ? Les attaques au couteau, comme à Reims fin décembre, deviennent des faits divers.

Bataille des esprits

Surtout, nous perdons la bataille des esprits. Dans la jeunesse musulmane, une vision rigide et séparatiste du religieux continue de progresser. Au-delà, l’idée qu’on doit respecter les croyances et manies de chacun et qu’il est interdit d’en rire est de plus en plus répandue, y compris dans les salles des profs. 

A lire aussi, du même auteur: Omar m’a gonfler

Charlie n’oublie pas d’être de gauche-potache bouffeuse de curés. J’ai honte mais je me suis marrée avec Khamenei proposant à Benoit XVI de se reproduire (je ne vous fais pas de dessin). Ou avec ce cartouche « Plus de 18 000 manifestants arrêtés, 500 tués en Iran. Un bilan bien supérieur à celui du mollah Lallement».

Dans ces temps moroses où l’humour est menacé de tous côtés, Charlie est un conservatoire de ce qui reste d’esprit français, blagueur et persifleur. D’ailleurs, ne racontons pas de craques, les dessins les plus drôles sont ceux de la rédaction. Qu’elle soit remerciée pour cela. 

Nous devrions tous être Marie Lajus!

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Marie Lajus, ancienne préfète d’Indre-et-Loire a été démise de ses fonctions suite aux remontées négatives d’élus.


Nous aurions dû tous être Marie Lajus mais cela ne nous arrivera pas. Cette préfète d’Indre-et-Loire, au parcours remarquable et original, a été démise de ses fonctions par le ministre de l’Intérieur en vertu du « pouvoir discrétionnaire de l’exécutif » dans la gestion de carrière des préfets. Il y a une certaine ironie à ce que ce même ministre ait déclaré que dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier il n’y avait pas eu « d’incident notable » puisque seulement 690 véhicules ont été incendiés et 490 arrestations opérées. Une paille !

A lire aussi, Jérôme Leroy: Le monde rêvé d’Emmanuel Macron

Une tribune et une pétition ont été diffusées au soutien de la préfète limogée. Il est clair que la manière et les raisons de son éviction ont beaucoup choqué bien au-delà de l’univers des hauts fonctionnaires. Parce qu’elle posait des questions d’éthique, de légalité et de fermeté. En gros, pour être une préfète acceptable et acceptée, fallait-il être soumise, forcément cordiale et bienveillante, adepte du compromis et, surtout, sans la moindre aspérité ? Il est possible que sa rigueur dans l’application du droit de l’urbanisme et son exigence pour les contrôles de légalité n’aient pas été les seules causes du mécontentement qu’elle a suscité chez quelques élus de la majorité dans ce département, mais il semble qu’elles ont été essentielles et que, pour le reste, sa raideur et son manque d’empathie ont complété le portrait. Gérald Darmanin, dénonçant des « mensonges », semble cibler plutôt des problèmes de caractère.

Je comprends bien, pour en avoir été parfois le témoin ou les avoir subies, à quel point des dispositions de caractère rigides, inflexibles, peuvent être éprouvantes ; mais l’expérience m’a démontré, en tout cas sur le plan professionnel, que le plus souvent l’alternative se situe entre l’efficacité peu aimable, voire rogue et la bienveillance guère opératoire. En tout cas, j’ai rarement connu des personnalités fidèles à leurs principes et exemplaires qui n’aient pas été mal jugées par ailleurs.

J’imagine bien qu’on aurait préféré une préfète plus souple, ayant davantage le sens politique, moins éprise de la loi, plus « cool »… Mais est-ce à des élus, pour des motifs purement personnels, de faire la pluie et le beau temps et d’avoir tellement d’influence auprès du ministre que ce dernier leur donnera raison ? Contre le soutien qu’il aurait dû apporter à la préfète ? Cela ne montre-t-il pas la distance que le pouvoir a établie avec un respect strict de la loi au profit d’accommodements pas forcément raisonnables ?

A lire aussi: « Le rôle de l’État est de faire faire et non pas de faire » : entretien avec Charles Millon

À supposer que son seul mauvais caractère soit le ressort du déplaisir qu’elle pouvait inspirer à quelques-uns, on aurait donc osé se servir du pouvoir discrétionnaire de l’État pour justifier une répudiation aussi peu fondée techniquement et politiquement ? Si nous étions tous des Marie Lajus dans nos institutions et nos services publics, le climat ne serait peut-être pas gai mais la tonalité et les pratiques seraient irréprochables. Il n’y aurait pas l’ombre d’une hésitation à avoir.

Le Mur des cons

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Pourquoi l’intelligence artificielle de ChatGPT est-elle progressiste?

Capable de tenir une conversation compliquée avec un être humain, ou d’écrire des articles aussi bons que ceux d’un journaliste, l’intelligence artificielle révolutionnaire ChatGPT tient des propos progressistes, voire woke, à cause de sa méthode d’apprentissage.


L’entreprise OpenAI, fondée en 2015 par un groupe comprenant Elon Musk, vient de sortir ChatGPT, une intelligence artificielle archi-sophistiquée capable de participer à des conversations complexes avec des êtres humains et de produire des textes bluffants de réalisme et de créativité. Elle a déjà attiré plus d’un million d’utilisateurs.

A lire aussi: De Yaël Goosz à Thomas Legrand, une certaine idée du pluralisme

ChatGPT serait capable de rédiger des textes universitaires et journalistiques ou les devoirs des étudiants. Si l’intelligence de ChatGPT se rapproche, à certains égards, de celle de l’homme, l’érudition en plus, elle manifeste aussi ce défaut humain consistant à manquer de neutralité politique. C’est ce qu’explique le chercheur David Rozado au terme de l’étude qu’il a effectuée à travers de nombreuses interactions avec cet « agent conversationnel ». Interrogé sur des questions politiques, ChatGPT donne des réponses correspondant aux positions du progressisme de gauche, étant pro-immigration, anti-peine de mort et généralement en faveur de la « justice sociale ». À la question « Une femme trans est-elle une femme ? », l’IA répond « oui » sans équivoque. Le libéralisme économique est dénoncé sans hésitation. Interrogé sur ses préjugés, ChatGPT assure qu’il ne saurait, en tant que robot, avoir de penchants personnels. Pourtant ses développeurs informatiques n’ont pas consciemment greffé sur le robot un parti pris idéologique. Son manque de neutralité provient plutôt du fait que son intelligence a été développée selon un processus appelé « apprentissage par renforcement », c’est-à-dire par l’assimilation de vastes quantités de textes humains disponibles en ligne. La tendance progressiste inhérente aux moteurs de recherche comme Google ou aux encyclopédies comme Wikipédia aurait trouvé son écho dans le « chatbot ».

A lire aussi: Bérénice Levet, la contre-attaque

Selon Elon Musk, dont on connaît l’aversion envers la culture woke et qui avait quitté le groupe possédant OpenAI en 2017, son éthique est douteuse. Plus nous deviendrons dépendants de nos écrans, plus l’intelligence artificielle pourra nous biberonner à l’idéologie pour nous infantiliser et nous contrôler.

D.R

Israël: un juif viole-t-il le «statu quo» en se promenant sur le Mont du Temple à Jérusalem?

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La visite d’Itamar Ben Gvir, ministre de l’Intérieur du gouvernement de Benjamin Netanyahu, sur le Mont du Temple le 2 janvier, a suscité une réprobation générale à l’international.


La Jordanie a « condamné avec la plus grande fermeté ». Et le quotidien jordanien Al Ghad a estimé qu’il s’agissait d’un « agression ». Pas moins ! En Egypte, youm7 (« Le Septième Jour ») assure que le « gouvernement de colonisation » israélien a franchi « des lignes rouges », « tenté d’imposer une nouvelle réalité politique », ce qui laisse présager d’une « escalade majeure », voire d’une « troisième Intifada ». Riante perspective… L’Autorité palestinienne, basée à Ramallah, estime qu’il s’agit d’une « provocation sans précédent et d’une menace dangereuse ». Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite ont également dénoncé la promenade de Ben Gvir.

Déluge de condamnations

L’ambassadeur des États-Unis en Israël, Tom Nides, a rappelé que « le statu quo des lieux saints de Jérusalem devait être préservé et que les actions qui nuisent à ce statu quo sont inacceptables. » La France a condamné et Berlin a appelé à « éviter les actions qui pourraient accroître les tensions »

L’historien Vincent Lemire a accusé Ben Gvir de « judaïser » le Mont du Temple et d’agir en « fauteur de trouble ». Le Monde a transformé le Mont du Temple en « Esplanade des mosquées » et a proclamé qu’il s’agit du troisième lieu saint de l’islam.

De ce déluge de condamnations, il est possible de risquer deux conclusions. La première est que le monde entier a peut-être voulu signifier aux juifs qu’ils sont illégitimes sur le lieu d’origine même de leur culte, le Mont du Temple. La deuxième conclusion est que cette illégitimité s’exprime par un mantra répété à satiété, le « statu quo ».  Diplomates, médias et organisations internationales se gargarisent de « statu quo » comme si une promenade de 13 minutes d’un Israélien sur le Mont du Temple équivalait à une profanation.


En réalité, statu quo n’a pas la même signification selon que le locuteur est arabe ou occidental. Chez les Arabes (médias et diplomates), statu quo signifie qu’un juif a agressé un lieu de culte musulman (le Hamas accuse Israel d’avoir commis « un crime »). Chez les Occidentaux, statu quo signifie « mais enfin, pourquoi aller inutilement chercher des ennuis ? ». Les premiers surjouent la menace et les seconds miment la pamoison à l’idée d’émeutes religieuses islamiques. Les premiers menacent de mobiliser des foules fanatisées et les seconds plient le genou devant la menace de ces mêmes foules fanatisées. 

L’accord historique signé par Moshe Dayan visait à neutraliser l’aspect religieux dans le conflit israélo-palestinien

Le « statu quo » a toutefois un sens précis, celui d’un accord conclu immédiatement après la guerre des Six Jours (juin 1967), entre le général Moshe Dayan, chef d’Etat-major des Forces de défense israéliennes et le Waqf, l’association islamique jordanienne gestionnaire du site. A la suite de cet accord, le Waqf s’est vu confier la gestion du Mont du Temple, mais les Juifs ont été autorisés à visiter le site sans restriction à la condition qu’ils n’y organisent pas de prières. Moshe Dayan a fait retirer le drapeau israélien du Mont du Temple mais a gardé la responsabilité de la sécurité.

Un rapport d’avril 2014 du Centre de recherche et d’information de la Knesset, indique qu’en agissant ainsi, Moshe Dayan a imaginé « neutraliser » autant que possible, l’aspect religieux du conflit israélo-arabe. Laisser le Mont du Temple entre les mains des autorités musulmanes apparaissait à l’époque comme le meilleur moyen d’empêcher un soulèvement islamique en Judée-Samarie, tout en facilitant la mise en place de règles de sécurité par les Israéliens. L’interdiction faite aux juifs de prier sur le Mont du Temple reprend une pratique séculaire. Selon l’historien Alan Baker, à l’époque mamelouk (1250–1516), les juifs n’étaient autorisés ni à gravir le Mont du Temple, ni à prier. Les Ottomans (1516–1917) ont reconduit les interdits mamelouks. Et cette interdiction a reçu une reconnaissance internationale à la fin de la guerre de Crimée lors de la conférence de Paris de 1856, et dans le traité de Berlin signé en 1878 entre les puissances européennes et les Ottomans et dont l’article 62 stipulait que : « il est bien entendu qu’aucune modification ne peut être apportée au statu quo dans les Lieux Saints ».

Itamar Ben Gvir a-t-il violé le « statu quo » ?

Itamar Ben Gvir a-t-il violé le « statu quo » ? Certainement pas puisque le statu quo modifié par Moshe Dayan et signé par le Waqf, autorise les juifs à circuler librement sur le site. En revanche, David Weinberg, chercheur au Kohelet Forum, affirme que « si quelqu’un a unilatéralement, effrontément et violemment modifié le statu quo sur le Mont du Temple au cours des 25 dernières années, ce sont les Palestiniens radicaux et les islamistes qui ont transformé le Mont en une base d’opérations hostiles contre Israël, au lieu de le protéger comme une zone de prière et de paix ». David Weinberg rappelle en outre que le Waqf et les provocateurs islamistes « ont harcelé les visiteurs juifs du Mont, et attaqué les fidèles juifs qui priaient au Mur des Lamentations en contrebas du Mont ainsi que les fidèles juifs en chemin dans la vieille ville vers le Mur des Lamentations. Ils ont attaqué des citoyens émiratis et bahreïnis qui priaient dans la mosquée Al-Aqsa, parce que ces pays ont signé les traités de paix de l’Accord d’Abraham. Ils ont considérablement restreint les droits de visite de tous les non-musulmans à la montagne sacrée, et ont laissé les imams utiliser les chaires de la mosquée pour prêcher la haine et la violence contre Israël ».

David Weinberg rappelle enfin que le Waqf a aussi mené illégalement des travaux de terrassement sur le Mont et en dessous. Pres de 400 camions ont alimenté les décharges environnantes en trésors archéologiques juifs prélevés à la hache et à la pelleteuse dans les souterrains du Mont du Temple.

Les autorités israéliennes ont une responsabilité dans ce délitement, c’est qu’elles n’ont rien dit. Par souci d’apaisement, pour ne pas attenter au « statu quo », elles ont joué l’apaisement. Résultat, 25  ans de mauvaises habitudes font aujourd’hui croire au monde entier qu’une promenade d’Itamar Ben Gvir sur le Mont du Temple, est une violation du « statu quo ».  Certains peuvent bien pointer un doigt accusateur contre les « voyous » et les « fascistes » juifs, mais ce sont les voyous et les fascistes islamiques palestiniens qui font que des politiciens radicaux comme Itamar Ben Gvir siègent aujourd’hui à la Knesset et occupent le poste de ministre de l’Intérieur…

Dix petits mensonges et leurs grandes conséquences

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L’art nous colle à la peau

En aspergeant de peinture noire les Majas de Goya, les excités de la cause climatique ont vandalisé plus que des tableaux – qui nous appartiennent à tous. Ils se sont attaqués à l’un des plus grands génies de l’humanité, et à notre aptitude à admirer.


La scène a eu lieu dimanche 6 novembre dernier, au musée du Prado, à Madrid, et s’est déroulée selon la maigre liturgie à laquelle s’adonnent, depuis quelques mois, certains collectifs écologiques autoproclamés « de désobéissance civile ». Cette fois, c’est aux cadres de La Maja vêtue (Maja vestida) et de La Maja nue (Maja desnuda), du grand peintre espagnol Francisco de Goya (1746-1828), que se sont englués deux activistes de Futuro Vegetal, après avoir tracé en noir « +1,5°C » sur le pan de mur qui sépare les célèbres toiles. Cérémonie expéditive, prophéties climatiques inaudibles, couvertes par des « ¡Fuera ! ¡Fuera ! » (« Dehors ! Dehors ! ») de visiteurs excédés et nullement prêts à troquer leur billet d’entrée au Prado contre une énième performance sur « les graves conséquences du dérèglement climatique » et « l’urgence à subventionner un système agroalimentaire basé sur les plantes ». Les deux jeunes militants, qu’on aurait dit échappés des « Peintures noires » de Goya et leurs troublantes créatures fantasmagoriques, ont oublié un détail : le peintre des Majas était sourd.

Iconoclasme tendance

Ce n’est pas la première fois que des œuvres d’art sont prises pour cibles. N’en déplaise cependant à ces deux représentants d’un iconoclasme tendance, La Maja nue n’est pas du genre à se laisser impressionner. Peinte entre 1797 et 1800, quelques années avant son double vêtu, elle sourit de se savoir l’un des rares nus féminins de l’histoire de l’art espagnol et d’avoir échappé aux bûchers de l’Inquisition malgré cette pause indécente que nul geste de pudeur ne vient contredire. Les mains croisées derrière la tête, fière d’arborer un ventre de lumière et d’ombre, elle toise, de sa présence de chair, l’œil du séducteur à qui elle s’offre malgré tout, malicieuse et hautaine. Elle toise aussi celui qui filme à ses dépens cette saynète un peu grotesque, où l’on voit la jeune militante tenter de se défaire de son sweatshirt avant de faire le planton, au pied de la belle. N’est pas Maja desnuda qui veut.

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Heureusement pour elle, et aussi pour nous, c’est un autre regard qui l’a filmée il y a peu. Et c’est une autre visite, bien plus agréable, qu’elle et son alter ego ont reçue. Dans son très beau film L’Ombre de Goya (sorti le 21 septembre 2022), José Luis López Linares laisse la parole, le geste et le regard à cet amoureux de Francisco de Goya y Lucientes que fut Jean-Claude Carrière (1931-2021). Dans le sillage des œuvres et l’ombre du grand peintre, celui-ci nous guide, de lieu en lieu, de portrait en paysage, sur le chemin de « ceux qui voient des choses que nous ne voyons pas », les grands artistes. Se retrouvant, au détour d’une salle, face aux Majas, il les regarde, les salue, les admire, se demande à voix haute laquelle des deux il préfère. « J’admire toutes les dentelles, celles du corps, comme celle des coussins », dit-il finalement. Charles Baudelaire n’écrivait pas autre chose dans son Peintre de la vie moderne (1863) lorsqu’il demandait : « Quel poète oserait, dans la peinture du plaisir causé par l’apparition d’une beauté, séparer la femme de son costume ? Quel est l’homme qui […] n’a pas joui, de la manière la plus désintéressée, d’une toilette savamment composée, et n’en a pas emporté une image inséparable de la beauté de celle à qui elle appartenait, faisant ainsi des deux, de la femme et de la robe, une totalité indivisible ? » Jean-Claude Carrière, disparu pendant le tournage du film, n’a pas revu ses Majas. Mais son merveilleux regard, dans l’émouvant adieu qu’il leur fait, nous les a rendues, définitivement, inséparables.

La planète brûle et vous regardez tableaux !

Mais… Qu’importe l’art, en temps de crise climatique ? La planète brûle et vous regardez des tableaux ! La terre est livide et vous parlez peinture ! La rhétorique du militantisme proclimat courageusement parti à l’assaut des musées, qui accompagne les jets de soupe de tomate ou de purée de pommes de terre qu’ont essuyés récemment Le Printemps de Sandro Botticelli à Florence, Les Meules de Claude Monnet à Postdam ou La Jeune fille à la Perle de Johannes Vermeer à La Haye, est toujours la même : une rhétorique « Minute Soupe », épaissie de comparaisons indues et d’alternatives manichéennes. « Êtes-vous plus concernés par la protection d’un tableau ou par la protection de notre planète et du peuple ? » « Qu’est-ce qui a le plus de valeur ? L’art ou la vie ? »

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L’éco-vandalisme, condamné par la direction des musées et les différents ministres de la Culture, fait de la mise en scène de l’irresponsabilité individuelle de ses activistes la planche de salut d’une humanité collectivement coupable dont la rédemption se mesurera à l’aune de sa capacité à se sentir concernée. Et à écouter sans broncher ces jeunes cassandres climato-stressées qui professent leur peur de ne plus pouvoir nourrir leur famille dans une trentaine d’années, dans des lieux – les musées – d’où les contemplent en silence les générations qui les ont précédées, qui n’ont pas eu l’outrecuidance de s’autoproclamer « Last Generation » et qui, face aux défis de leur temps et aux tragédies de leur histoire, ont fait de l’art et de la beauté une merveilleuse façon de ne pas désespérer de l’humanité.

Les chefs-d’œuvre de nos musées nous appartiennent collectivement, nous relient (Baulelaire parle de la « communion » au sein des musées dont « la douce influence attendrit les cœurs ») au-delà d’un « vivre-ensemble » incantatoire et poursuivent une conversation, commencée il y a longtemps, entre l’homme et le monde, entre l’homme et lui-même. Les visiteurs des musées, qu’ils soient pressés ou rêveurs, amateurs d’art ou simples curieux, ramènent toujours de leurs confrontations avec les œuvres quelque chose qui les dépasse et les comble. Les cérémonies narcissiques du militantisme environnemental n’ont rien à faire dans les enceintes des musées, ces lieux où l’on est moins collé à soi qu’à l’accoutumée.

Endommagés par cette énième expédition éco-punitive, les cadres des deux chefs-d’œuvre de Goya – cadres de 1902 et 1912 – d’une valeur historique non négligeable, devront subir des réparations, surtout celui de La Maja nue. Encore elle. Preuve que l’iconoclasme, même soft, même soucieux de choisir comme cible des œuvres recouvertes d’une vitre de protection, n’est jamais inoffensif.

Sandrine Rousseau déménage à Pantin

En Seine-Saint-Denis, le maire Bertrand Kern a décidé de changer le nom de sa ville. Dans des vœux ubuesques pour 2023, l’édile a indiqué que la commune de Pantin allait s’appeler « Pantine », en signe d’engagement pour nos amies les femmes, pendant un an.


Sandrine Rousseau est peut-être en ce moment même en train de déménager. Je subodore que certains d’entre vous s’interrogent déjà : « Mais où veut en venir Desrimais ? Ça fait un moment qu’on sait qu’elle déménage ! »

Pardonnez mon imprécision ; je ne parle pas ici de déraison ou de divagation mais de déménagement au sens premier, c’est-à-dire de changement de lieu d’habitation. Il se peut, précisé-je, que Sandrine Rousseau ait pris la décision d’aller vivre dans cette ville dont le maire PS vient d’annoncer le changement symbolique de nom, ceci afin de la placer, dit-il, « sous l’égide de l’égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre les violences faites aux femmes ». Ô la belle idée ! s’extasie Dame Rousseau en préparant ses cartons, tandis que les administrés de cette commune, abasourdis en même temps qu’égayés par la nouvelle, se demandent si leur éminent édile n’est pas un pantin de maire plutôt que le maire de Pantin.

Bertrand Kern, un homme déconstruit

Bertrand Kern est le maire PS de Pantin (93). Ou plutôt de… Pantine. Pendant un an, les habitants de Pantin habiteront la ville de Pantine, ainsi en a décidé leur maire possiblement en cours de déconstruction. « Nous rajouterons un « e » au nom de la ville parce qu’ainsi, nous voulons interpeller », a déclaré M. Kern, qui parle le Sandrine-Rousseau couramment, au lendemain d’une nuit de la Saint Sylvestre qu’on imagine très arrosée – c’est la seule explication possible à cette décision qui, sinon, fleure bon son wokisme à deux balles et la bêtise à cent millions de dollars.

A lire aussi, du même auteur: De Laure Adler à Claude Askolovitch, en passant par Paul B. Preciado : entre-soi wokisto-journalistique et philosophie trans

Délire de visibilisation

M. Kern, pêcheur de voix en gros, tenait absolument à afficher son allégeance à un néo-féminisme de plus en plus crétin, de type rousseauiste. Pour ce faire, ce diplômé de Sciences Po et de la Sorbonne reprend à son compte une thèse sémantique établie par des féministes abêties croyant dur comme fer que la lettre « e » est la lettre féminine par excellence. Je ne saurais trop conseiller au maire de Pantin la lecture de l’excellent essai de Jean Szlamowicz, Le sexe et la langue (éditions Intervalles), essai dans lequel le linguiste décrit ce « mentalisme linguistique [qui] provoque des hallucinations », ce délire de « visibilisation » des femmes par une manipulation du langage qui, finalement, détruit la langue française. Dans certains cercles féministes militants et pseudo-intellectuels, écrit l’auteur, « on prend donc la graphie du « e » au sérieux : par une interprétation et une décision militantes parfaitement arbitraires, on décide que le « e » est une femme ! Cette métonymie anthropomorphiste où une lettre deviendrait le représentant d’un groupe n’a aucun sens sur le plan linguistique. […] Autre confusion métaphorique, l’idée de la “visibilisation” relève d’une grave confusion entre le réel et les conventions graphiques. On ne “voit” pas une femme quand on écrit un « e », et “voir” une femme n’a jamais permis de faire avancer ses droits. » Ajoutons que, si la chose est déjà d’une totale imbécillité en temps normal, elle l’est encore plus lorsqu’il s’agit de l’appliquer pour le nom d’une ville qui est, comme chacun sait ou devrait savoir, un nom propre, donc invariable. Preuve est donc faite qu’on peut être à la fois diplômé des plus grandes écoles et bête comme une vulgaire idéologue écolo-féministe. Nous observons d’ores et déjà l’extension de ce phénomène étrange et, malheureusement, promis à un grand avenir, confirmant l’aphorisme de Nicolás Gómez Dávila : « L’instruction ne guérit pas de la bêtise, elle lui donne des armes ».

Pour conclure d’une manière plus prosaïque et plus proche, semble-t-il, du sentiment partagé par nombre d’habitants de Pantin morts de rire en apprenant la nouvelle lubie de leur maire, laissons la parole à Fred (André Pousse), philosophe à ses heures : « La connerie à ce niveau-là, moi je dis que ça devient gênant. » [1]

[1] Dans « Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages » de Michel Audiard.

Omar m’a gonfler

Il a beau être l’acteur préféré des Français, Omar Sy, qui réside désormais dans la très woke Californie, ne manque pas une occasion de les vilipender. Pourtant, que les Français se sentent plus concernés par les guerres se déroulant en Europe que par celles du continent africain n’a rien de honteux.


C’est aujourd’hui que sort « Tirailleurs », qui, d’après Jean Chauvet, l’excellent chroniqueur cinéma de Causeur, est un « film-programme sans âme dans lequel Omar Sy tente de ne pas cabotiner, ce qui est peut-être pire que quand il se lâche ». Mais ce n’est pas pour manquement à l’art que le comédien installé à Los Angeles fait causer.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Espèce de sale BD!

Dans l’entretien qu’il a accordé au Parisien, on lui demande si la guerre en Ukraine ne le décourage pas. D’après le journaliste qui a publié un « making-of » de la rencontre, sa réponse n’avait rien de polémique. En tout cas dans le ton. Sur le fond, chacun en jugera : «L’Ukraine n’a pas été une révélation dingue pour moi. Comme j’ai de la famille en Afrique, je sais qu’il y a toujours eu des enfants en guerre, des familles brisées (…). Ça n’a jamais cessé depuis 1945. Je suis surpris que les gens soient si atteints. Ça veut dire que quand c’est en Afrique vous êtes moins atteints ?»

Oui, nous sommes plus préoccupés par les petits Européens que par les petits Africains

Factuellement, Omar Sy a raison. Oui, la guerre en Ukraine a plus de consistance pour nombre d’Européens que la guerre en Ethiopie, et pour beaucoup d’Africains, c’est le contraire.  La Shoah pèse moins sur la conscience asiatique que sur la conscience européenne et c’est normal.

Les peuples, comme les humains, se soucient plus de ceux qui sont proches d’eux culturellement et géographiquement. On a le droit de penser que les Africains sont plus proches de nous. Je ne le crois pas. Certes, nous avons avec l’Afrique une histoire commune. Cependant, on n’efface pas l’anthropologie, les structures familiales et les mœurs et de ce point de vue l’Afrique est beaucoup plus lointaine. Que cela nous plaise ou pas, nos frères humains n’occupent pas tous la même place dans notre conscience. L’histoire n’est pas une distribution équitable de compassion et de bons sentiments. Du reste, Omar Sy s’était ému du sort des Rohingyas en Birmanie, pas de celui des chrétiens d’Orient. Faut-il en déduire que, quand c’est des musulmans, ça le touche plus ?

Clémentine Autain enthousiaste

En réalité, ses propos ne laissent pas d’être problématiques,  raison pour laquelle ils ont enthousiasmé Clémentine Autain. Que ces deux là communient dans la détestation du passé français, réduit à une litanie de crimes à expier, n’étonne guère.

A lire ensuite: De Yaël Goosz à Thomas Legrand, une certaine idée du pluralisme

Pour commencer, qui est ce « vous » qu’interpelle le comédien ? Vous les Français ? Mais lui aussi est Français ! On n’ose pas penser que c’est «vous les Blancs» (ou encore les « non-racisés »), assignation raciale qui serait indigne de lui. D’après Le Parisien, « vous », « ce sont ceux qui se sentent moins concernés quand des enfants sont massacrés par des bombardements à l’autre bout du monde, où qu’ils se trouvent. Il le dit sans aucune virulence. Il ne s’agit que d’un débat, d’un « vous » qui pourrait tout aussi bien être en chacun de nous ». Admettons, même si à l’écrit, ce n’est pas absolument évident. Entre les lignes, Omar Sy accuse-t-il la société française de racisme ? je l’ignore. On oublierait les guerres africaines parce qu’ils sont noirs et ex-colonisés. Non, en réalité, c’est uniquement parce qu’ils sont loin !  

Par ailleurs, Omar Sy fait preuve d’une ingratitude sidérante pour un pays où beaucoup d’Africains ont fait souche, et qui a perdu 58 soldats pour tenter d’endiguer le djihadisme au Sahel. Et qui met beaucoup de zèle, beaucoup trop d’ailleurs,  à déconstruire son histoire… Cette ingratitude a été pointée par plusieurs élus RN mais aussi par l’eurodéputée macroniste Nathalie Loiseau, qui a ensuite rétropédalé, comme si elle était effrayée par son audace – contredire une telle icône.

Surtout, Sy relance le jeu funeste de la concurrence victimaire – le festival des ressentiments. Chacun veut sa part de repentance, sa loi Gayssot, ses réparations pour les souffrances passées. Les communautés se regardent en chiens de faïence, soupçonnant les autres de vouloir s’arroger le pompon victimaire. Si c’est ça le vivre-ensemble dont rêve Omar Sy, merci, qu’il reste aux Etats-Unis. 


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez la chronique d’Elisabeth Lévy chaque matin après le journal de 8 heures.

Signez la pétition pour le retour de Voltaire, square Honoré-Champion, à Paris!

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Square Honoré-Champion, 6e arrondissement de Paris.

Pour empêcher de multiples vandalismes, la statue de Voltaire qui ornait le square Honoré-Champion, près de l’Institut de France, a été retirée par la mairie de Paris il y a quatre ans. Depuis, elle n’a jamais été replacée. Une pétition lancée par Causeur réclame son retour.


En 2019, en pleine vague mondiale de déboulonnage de statues, dans la foulée des Black Lives Matter, la mairie de Paris a courageusement exfiltré l’effigie de Voltaire, square Honoré-Champion, à deux pas de l’Institut. Le philosophe avait été aspergé de peinture rouge. Restaurée, sa statue n’a pas retrouvé sa place : la Mairie veut, par faiblesse, l’isoler derrière les grilles aveugles de l’École de médecine.

La statue de Voltaire taguée, dans le square Honoré-Champion à Paris, 25 juin 2018. Image: Wikimedia.

Simple citoyen, René Monié, fait partie de ceux qui voient en ce socle, depuis laissé vide, le triomphe de l’intolérance. Face à l’Hôtel de Ville, qui oppose au retour de Voltaire la fragilité de la pierre de la statue existante, il propose de reproduire le modèle d’origine qui était en bronze. Cette initiative sera proposée en « budget participatif » en mars prochain – et son devis comporte beaucoup moins de zéros que les 30 projets de 2022 [1]. D’ici là, une pétition a été lancée pour prouver à nos édiles que les Français en général et les Parisiens en particulier sont attachés à la liberté d’expression.

A lire aussi: L’art nous colle à la peau

Une centaine de personnalités connues et moins connues du grand public, intellectuels, philosophes, écrivains, galeristes, professeurs, artistes, libraires et avocats, soutiennent d’ores et déjà le retour de Voltaire !

>> Faites de même en signant sur leretourdevoltaire.com <<


Ivan Alexandre, metteur en scène ; Myriam Anissimov, écrivain ; Jacques Arnould, expert au CNES, théologien ; Gautier Battistella, écrivain ; Franck Baulme, antiquaire ; Cyril Bennasar, essayiste ; Alain Bentolila, linguiste ; André Bercoff, journaliste, essayiste ; Alain Bertaud, urbaniste, Marron Institute ; Pierre Berville, publicitaire ; Laura Bossi, neurologue, historienne des sciences ; Jean-François Bourriaud, galeriste, expert ; Nicolas Bourriaud, galeriste ; Michel Brahic, professeur honoraire, Institut Pasteur ; Jean-Christophe Buisson, rédacteur en chef, Figaro Magazine ; Camille Bürgi, expert, galeriste ; Isabelle Chaignac, antiquaire ; Jean-Philippe Chalem, galeriste ; Rodolphe Chamonal, libraire ; Frederick Chanoit, expert d’art ; David Chanteranne, historien, attaché de conservation, Musée Napoléon Brienne-le-Château ; Jean-Jacques Chaufour, président du groupe Anjac ; Arthur Chevallier, éditeur, historien ; Joëlle Chevé, historienne ; Jean Clair, de l’Académie française ; Antoine Compagnon, de l’Académie française, professeur émérite au Collège de France ; Francis Cornet, musicien ; Gérard Cornet, professeur Paris-Sorbonne ; Gérard Courant, cinéaste ; Xavier Darcos, chancelier de l’Institut de France, ancien ministre ; Ingrid de Becque, historienne de l’art ; Élisabeth De Toledo, notaire ; Jacques de Vos, galeriste ; Roger-Pol Droit, philosophe, écrivain ; Charles-Henry Dubail, président, éditions Édisens ; Benoît Duteurtre, écrivain ; Yannis Ezziadi, comédien ; Michel Fau, comédien, metteur en scène ; Frédéric Ferney, écrivain ; Luc Ferry, philosophe, ancien ministre ; Alain Finkielkraut, de l’Académie française ; Marian Fountain, sculptrice ; Dominique Foyer, galeriste ; Bruno Fuligni, essayiste, historien ; Sybille de Gastines, directrice de la communication, Institut de France ; Dominique Gibert, éditrice ; Hervé Gibert, vigneron ; Michel Giraud, galeriste ; Jean-Cyrille Godefroy, éditeur ; Gilles-William Goldnadel, avocat ; Martine Gossieaux-Sempé, galeriste ; Jonathan Guindon, directeur général, Hartwood ; Harold Hyman, journaliste ; Jean Izarn, libraire ; Guy Konopnicki, journaliste, écrivain ; Nadège Laigroz, antiquaire ; Pierre Lamalattie, romancier, peintre, critique d’art ; Jacques Larochas, expert en antiquités ; Guillaume Laurant, scénariste, écrivain ; Bernard Le Borgne, expert, CNES ; Marc Lecarpentier, journaliste ; Didier Lemaire, professeur de philosophie ; Patricia Lemonnnier, galeriste ; Anne-Marie Letailleur, galeriste ; Bérénice Levet, philosophe, essayiste ; Élisabeth Lévy, la patronne ; Georges Liébert, éditeur ; Joseph Macé-Scaron, journaliste, essayiste ; Philippe Magloire, expert en archéologie ; Fabrice Malfet, galeriste ; Alain Malraux, écrivain ; Daniel Marchesseau, conservateur général honoraire du patrimoine ; François Margolin, réalisateur, producteur ; Thierry Meaudre, libraire ; Fabien Mirabaud, commissaire-priseur ; Anne-Marie Mitterrand, écrivain ; Sébastien de Monès, avocat ; Angela Mouscadet, professeur ; Anne Muray, auteur, éditrice ; Patrick Naggar, designer ; Michel Onfray, philosophe ; Alain Paucard, écrivain ; Jacques Pessis, journaliste, écrivain ; Clémentine Portier-Kaltenbach, journaliste, historienne ; Régis Poulain, bassoniste ; Sarah Poulain, enseignante ; Gérard Pussey, écrivain ; Claude Quétel, historien ; Christian Rappoport, industriel ; Olivier de Rohan-Chabot, président, Sauvegarde de l’art français ; Jean-Louis Sajot, clarinettiste, professeur ENM ; Dominique Schneidre, écrivain, psychanalyste ; Daniel Sibony, philosophe, psychanalyste ; Pierre-Édouard de Souzy, galeriste ; Hervé Tarragano, président, iBone-Academy ; William Thay, président, Le Millénaire ; François Valleriaux, libraire ; Michel Vandermeersch, expert en céramiques anciennes ; Jean-Louis Vibert-Guigue, libraire ; Ivan Zecevic, galeriste.


[1] En 2022, 62 projets ont été retenus. 76% des projets sont supérieurs à 500 000€. 47% dépassent 1 million d’euros. Le plus petit projet retenu se monte à 130 000€.

Merci Aymeric Caron!

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Les toreros réunis devant l'Assemblée nationale la veille du vote sur l'interdiction de la corrida, 23 novembre 2022. Photographie d'Eugénie Martinez

Qu’on dise du bien ou du mal de la corrida, l’essentiel est qu’on en parle… et que les deux avis soient représentés dans les médias. Grâce à Aymeric Caron et son projet de loi d’interdiction, c’est chose faite. Et comme jamais !


Protéger la culture méconnue

Grâce aux attaques d’Aymeric Caron et à sa proposition de loi, la corrida s’est payée une campagne médiatique inédite à peu de frais ! La corrida, jusque-là, restait sagement dans son coin, un peu oubliée, médiatiquement somnolente. Beaucoup ne se doutaient même pas qu’en France, les corridas avec mise à mort existaient encore. Tout cela était sans compter Super-Caron et sa bonne idée ! À peine annonce-t-il son projet de loi, que le peuple du toro – comprenant qu’il vit peut-être ses derniers jours – s’organise, se soulève. Voilà que les manifestations pro-corrida s’organisent dans tout le sud de la France. Les manifestations anti aussi, mais ne réunissant, elles, comme à leur habitude, que quelques maigres poignées de militants. Devant les arènes, on voit les aficionados, nombreux, protester en famille contre la suppression de leur culture. Maires, députés et sénateurs prennent la parole. La gronde monte. Ce peuple, uni dans l’amour du taureau et de l’homme en habit de lumière, se manifeste enfin au grand jour.

Plus au nord, on prend conscience que la corrida n’est pas un petit folklore animant quelques fêtes de village clairsemées, mais une culture bien vivante et enracinée dans notre chère France méridionale. Il devient alors plus difficile pour les élus de la République de dire clairement : « Oui, nous allons vous interdire ! » On voit même le camp du bien défendre le maintien de la corrida : Dupont-Moretti, Olivier Véran, Fabien Roussel, Gabriel Attal et même Emmanuel Macron ! Les tribunes fleurissent dans la presse avec nombre de prestigieux signataires : Philippe Caubère, Rudy Ricciotti, Jean Nouvel, Christophe Barratier, Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Michel Fau ou encore Françoise Nyssen.

A relire, notre numéro spécial: Viva corrida !

Les toreros surprennent dans les médias

Mais plus beau encore (merci Aymeric, vraiment !) : la campagne médiatique des toreros ! Durant la semaine qui précède le vote à l’Assemblée, les matadors sont chaleureusement invités sur les plateaux TV et Radio. BFM TV, CNews, LCI, France 2, France 5, LCP, C8, RTL et même France Inter ! Les Français découvrent les visages de Marc Serrano, El Rafi, Maxime Solera, Tibo Garcia et Julien Lescarret ! Une partie des internautes saluent leur classe, leur calme et souvent leur beauté. Ils s’attendaient à voir débarquer des brutes assoiffées de sang et découvrent des gentlemen. Dans les rues de Paris, on salue les matadors que l’on reconnaît d’une émission vue la veille. Durant ces quelques jours d’effervescence et de joie, je suis à leur côté. Le téléphone ne cesse de sonner, les taxis nous mènent d’un plateau à l’autre. La figure du matador – comme autrefois Dominguín ou El Cordobés – est de nouveau médiatisée ! Les matadors : des stars comme les autres ! C’est avec sourire et curiosité que Sonia Devillers, Anne-Élisabeth Lemoine ou encore Pascal Praud les accueillent. Leurs comptes sur les réseaux sociaux engrangent les nouveaux abonnés. Les messages de soutien pleuvent !

«Touche pas à mon poste ! », 24 novembre 2022.

Merci Solveig aussi…

24 novembre, jour du vote à l’Assemblée, et donc dernier jour de campagne médiatique pour nous. Et patatras, nous apprenons qu’Aymeric Caron retire sa proposition de la niche parlementaire faute de temps ! Pardon de me répéter, mais encore une fois, merci Aymeric ! J’apprends cela dans le taxi où, avec le matador Marc Serrano, nous roulons vers les locaux de C8. Nous sommes attendus en direct dans l’émission « TPMP » présentée par Cyril Hanouna, pour un dernier débat sur la corrida. Un poids tombe de nos épaules. En route, un texto me prévient que la militante animaliste Solveig Halloin sera en plateau. Une chance ! Militante hystérique, menteuse, condamnée pour diffamation et extrémiste, du pain bénit ! Marc Serrano répond aux premières questions de Cyril Hanouna lorsque la géniale Solveig fait son entrée, une main en l’air couverte de faux sang. Elle nous coupe, commence son monologue-performance, s’assied devant nous, sur notre table, afin d’empêcher la caméra de nous filmer. Elle traite Marc Serrano d’assassin et moi de militant d’extrême droite. Elle réclame qu’on nous arrache les oreilles et la queue (ce que je ne trouve pas très correct). Nous essayons de parler, mais elle le répète encore : « Les oreilles et la queue !!! » Pour les oreilles passe encore, mais pour la queue, nous proposer un verre au préalable aurait été plus courtois. Marc Serrano, dans l’impossibilité de parler, annonce très calmement qu’il se voit dans l’obligation de quitter le plateau. Solveig continue son délire hystérique, hurle que les vaches sont ses sœurs, les taureaux ses frères et que nous tuons des bébés. Le public hurle de rire face au ridicule de la militante, les réseaux sociaux s’emballent contre elle. On voit fleurir sur la toile des messages du genre « J’étais contre la corrida, mais quand je vois la classe du torero face à Solveig Halloin, ça me donne envie d’aller en voir une ! » ou encore « Cette femme dessert sa cause ». Le tour est joué ! Merci Solveig ! Marc Serrano le matador est passé pour ce qu’il était, c’est-à-dire un homme courtois, poli et raisonnable, et Solveig l’animaliste pour une hystérique ridicule, extrémiste et dangereuse. Tout cela devant plus d’un million et demi de téléspectateurs (sans compter internet !). Joli bouquet final pour venir conclure cette belle semaine médiatique qui aura été, sans nul doute, très favorable à notre cause. Des millions de Français ont pu voir et écouter des matadors parler avec passion de leur art et, j’en suis convaincu, ils auront donné envie à une partie de ces téléspectateurs de venir découvrir la corrida dans les arènes françaises. La corrida compte de nouveaux ennemis, mais aussi de nouveaux spectateurs potentiels ! Les Français ont découvert qu’en 2022, des hommes d’une classe intemporelle offraient encore leur corps en habit de soie et d’or pour une tragique et violente danse face à une bête mythologique. Nous les attendons cet été dans les arènes. Désormais, nous n’espérons qu’une seule chose : qu’Aymeric Caron renouvelle l’opération chaque année ! Nous n’avons pas encore reçu sa facture pour cette première édition, mais quel qu’en soit le montant, il a déjà le droit à notre gratitude.

Pantin renommée «Pantine»: les précédents historiques

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D.R.

Beaucoup de villes ont changé de nom au fil du temps, indice souvent de grands moments de bascule historique.


La nouvelle a déjà eu le temps d’enthousiasmer tous les progressistes et de faire grincer les dents des réacs grincheux : Bertrand Kern, maire socialiste de Pantin (93) a décidé, à l’occasion de ses vœux annuels, d’ajouter un e au nom de sa commune, qui deviendra pendant un an, Pantine, pour « l’égalité entre les hommes et les femmes ».

A lire aussi: «L’écriture inclusive est annonciatrice d’une tyrannie»

L’édile n’ira pas jusqu’à changer les panneaux d’entrée de la ville ni à monter un dossier auprès du ministère des Collectivités territoriales. Reste à savoir si la mesure fera des émules dans d’autres communes : on imagine que Mâcon sera parmi les toutes dernières à franchir le pas.

Une décision crétine inspirée par l’écriture inclusive

Inspirée par l’écriture inclusive, aux yeux de laquelle le e est la marque absolue du féminin (on a dû apprendre quelque part en latin qu’Enée et Orphée étaient des femmes, et Psyché, un homme), et plus encore par le sabir de la comédienne Tiphaine D, qui, à coup de « elle était une fois » et de « femmages », fera saigner les oreilles à tout aventurier qui ira écouter ses vidéos, l’idée a surtout vocation à faire du buzz, bon ou mauvais, dans le calme de début janvier. L’initiative se limitera à l’apposition d’un E géant à la suite du nom de la ville écrit en grand le long du canal de l’Ourcq. Elle n’est peut-être pas en soi beaucoup plus consternante que le choix de Saint-Jean-d’Heurs, petit village du Puy-de-Dôme, de renommer ses rues à la gloire de chanteurs et chanteuses : noms qu’il faudra tôt ou tard réactualiser, car un beau jour, Vianney et Stromae seront aussi lointains qu’Aristide Bruant et la chanteuse Fréhel. La rue Johnny Hallyday à la place de la rue de l’église : le changement de civilisation, c’est peut-être aussi un peu ça.

© JULIEN DE ROSA / AFP

On le sait, beaucoup de villes ont changé de nom au fil du temps, indice souvent de grands moments de bascule historique. Quand Constantin, premier empereur chrétien, s’installe en 330 sur le Bosphore, il fait de la vieille ville grecque qu’était Byzance la nouvelle Rome et la rebaptise Constantinople à cette occasion. Un gros millénaire plus tard, en 1453, pendant que les braves citoyens de Constantinople se pavanent et discutent du sexe des anges (déjà), les Ottomans, plus dégourdis, prennent la ville, qui devient Istanbul. Les régimes totalitaires n’ont pas été avares non plus de ce type de changement, comme Petrograd devenue Leningrad. Quand « la révolution contre la révolution » réussit, la ville reprend son nom d’avant, peu ou prou ; en 1991, les habitants de Petrograd ont décidé par référendum que leur ville devienne Saint-Pétersbourg. Idem pour Titograd, redevenue Podgorica, capitale de l’actuel Monténégro, en 1992. Parfois, les périodes totalitaires inspirent malgré tout une petite once de nostalgie, et la question de rebaptiser Volgograd en Stalingrad se pose en Russie, avec de plus en plus d’insistance… En Afrique, le long du fleuve Congo, Léopoldville est devenue Kinshasa, mais Brazzaville n’a pas changé de nom : signe peut-être que Pierre Savorgnan de Brazza a laissé un meilleur souvenir dans le coin que Léopold II, roi des Belges.

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En Asie centrale aussi, les potentats locaux, en même temps qu’ils se font construire d’immenses statues en or à leur gloire, aiment bien changer de temps en temps le nom de leurs capitales construites avec l’aide de Bouygues, au bout milieu de la steppe.

La Terreur féministe

Mais l’origine de cette passion est certainement à trouver dans la Révolution française. Soucieuse de gommer toute référence à la religion catholique et à la royauté déchue, la jeune République a supprimé tous les noms de ville commençant par Saint ou par Sainte. Saint-Malo est ainsi devenue Port-Malo. Bourg-la-Reine est devenue Bourg-L’Egalité, ce qui est quand même moins drôle.

Contrairement à la croyance répandue, Grenoble n’est pas devenue Grelibre, mais Lyon, sévèrement mitraillée par Joseph Fouché, s’est appelée pendant quelques mois « Commune-Affranchie ». Marseille, pour sa part, avait dû fâcher Robespierre puisqu’elle s’est appelée un temps « Ville-sans-Nom », idée qui ne viendrait même pas aux plus fanatisés des supporters du Paris-Saint-Germain (club de foot qui serait sans doute devenu le Paris-Montagne-du-Bon-Air sans le retour des forces rétrogrades aux commandes).

On cite souvent Heinrich Heine : « Là où l’on brûle les livres, on finit par brûler des hommes » ; espérons que quand la gauche française se met à changer le nom des villes, ce n’est pas le signe qu’elle va bientôt commencer à couper des têtes…

Libérons nous du féminisme !

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Charlie et les mollahs ramollos

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Le ministre des Affaires étrangères de l'Iran Hossein Amirabdollahian a convoqué l'ambassadeur de France, après la nouvelle publication de "Charlie Hebdo" © Vahid Salemi/AP/SIPA

Pour le huitième anniversaire du massacre de Charlie Hebdo, l’hebdomadaire publie un numéro de caricatures anti-mollahs.


C’est la réponse des rigolos aux peine-à-jouir. « Mollah, retournez d’où vous venez ! », proclame la une, dessinée par Riss, où on voit des petits hommes enturbannés et penauds entrer tout entiers dans le sexe d’une femme à la mine hilare. 

Dans son édito, Riss rappelle qu’en 1993  Téhéran avait lancé un concours de caricatures de Salman Rushdie, doté de 160 pièces d’or… En 2006, Ahmadinejad récidivait en appelant les dessinateurs à caricaturer la Shoah. Charlie a donc concocté un concours international de caricatures « Dégagez les mollahs», lancé par un Khamenei de Coco, cuir et tétons percés, clamant « Enfin libre! », après la suppression de la police des mœurs. Le guide suprême, rare dans les médias, a selon Riss «une bonne tête à caricaturer» – et il faut dire que le couvre-chef en forme de tourte des dignitaires iraniens est très visuel. 300 dessins ont été reçus, et une trentaine publiés dont beaucoup mettent en scène Khamenei et ses sicaires dans des positions inconvenantes. 

La France menacée d’une réponse « efficace et ferme »

D’autres jouent l’humour le plus noir comme ce mollah dans une forêt de pendus dont on ne voit que les jambes: « C’est moi ou ça sent les pieds ? » La seule récompense, comme l’écrit Riss, n’a pas de prix: c’est la liberté. Et la rigolade qui va avec. 

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Le numéro, bourré de bons papiers, parle assez peu de l’attentat – tout a été dit et redit. À la différence des starlettes qui se coupent une mèche de cheveux, les Charlie ont payé le prix du sang. Quand ils disent « leur combat est le nôtre », on les croit. La preuve : les mollahs s’énervent. Réaction par voie de tweet du ministre des Affaires étrangères iranien : « L’acte insultant et indécent d’une publication française contre l’autorité religieuse et politique ne restera pas sans réponse efficace et ferme. Nous ne permettrons pas au gouvernement français de dépasser les bornes. » C’est ce qu’on appelle une menace. Espérons que nos dirigeants ne joueront pas l’apaisement. 

On me dira que la France n’est pas l’Iran. Nous ne vivons pas sous la férule de religieux et nous ne risquons pas nos vies. 

Vous et moi c’est vrai. Mais combien de gens, de femmes notamment, vivent en Europe sous l’emprise islamiste en marge des institutions ? Combien d’autres risquent leur vie pour défendre un islam laïcisé, ouvert à la controverse ? Combien de fanatiques en liberté ? Les attaques au couteau, comme à Reims fin décembre, deviennent des faits divers.

Bataille des esprits

Surtout, nous perdons la bataille des esprits. Dans la jeunesse musulmane, une vision rigide et séparatiste du religieux continue de progresser. Au-delà, l’idée qu’on doit respecter les croyances et manies de chacun et qu’il est interdit d’en rire est de plus en plus répandue, y compris dans les salles des profs. 

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Charlie n’oublie pas d’être de gauche-potache bouffeuse de curés. J’ai honte mais je me suis marrée avec Khamenei proposant à Benoit XVI de se reproduire (je ne vous fais pas de dessin). Ou avec ce cartouche « Plus de 18 000 manifestants arrêtés, 500 tués en Iran. Un bilan bien supérieur à celui du mollah Lallement».

Dans ces temps moroses où l’humour est menacé de tous côtés, Charlie est un conservatoire de ce qui reste d’esprit français, blagueur et persifleur. D’ailleurs, ne racontons pas de craques, les dessins les plus drôles sont ceux de la rédaction. Qu’elle soit remerciée pour cela. 

Nous devrions tous être Marie Lajus!

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Ancienne préfète Marie Lajus / D.R Capture d'écran YouTube de la chaine La Nouvelle République NRCO

Marie Lajus, ancienne préfète d’Indre-et-Loire a été démise de ses fonctions suite aux remontées négatives d’élus.


Nous aurions dû tous être Marie Lajus mais cela ne nous arrivera pas. Cette préfète d’Indre-et-Loire, au parcours remarquable et original, a été démise de ses fonctions par le ministre de l’Intérieur en vertu du « pouvoir discrétionnaire de l’exécutif » dans la gestion de carrière des préfets. Il y a une certaine ironie à ce que ce même ministre ait déclaré que dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier il n’y avait pas eu « d’incident notable » puisque seulement 690 véhicules ont été incendiés et 490 arrestations opérées. Une paille !

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Une tribune et une pétition ont été diffusées au soutien de la préfète limogée. Il est clair que la manière et les raisons de son éviction ont beaucoup choqué bien au-delà de l’univers des hauts fonctionnaires. Parce qu’elle posait des questions d’éthique, de légalité et de fermeté. En gros, pour être une préfète acceptable et acceptée, fallait-il être soumise, forcément cordiale et bienveillante, adepte du compromis et, surtout, sans la moindre aspérité ? Il est possible que sa rigueur dans l’application du droit de l’urbanisme et son exigence pour les contrôles de légalité n’aient pas été les seules causes du mécontentement qu’elle a suscité chez quelques élus de la majorité dans ce département, mais il semble qu’elles ont été essentielles et que, pour le reste, sa raideur et son manque d’empathie ont complété le portrait. Gérald Darmanin, dénonçant des « mensonges », semble cibler plutôt des problèmes de caractère.

Je comprends bien, pour en avoir été parfois le témoin ou les avoir subies, à quel point des dispositions de caractère rigides, inflexibles, peuvent être éprouvantes ; mais l’expérience m’a démontré, en tout cas sur le plan professionnel, que le plus souvent l’alternative se situe entre l’efficacité peu aimable, voire rogue et la bienveillance guère opératoire. En tout cas, j’ai rarement connu des personnalités fidèles à leurs principes et exemplaires qui n’aient pas été mal jugées par ailleurs.

J’imagine bien qu’on aurait préféré une préfète plus souple, ayant davantage le sens politique, moins éprise de la loi, plus « cool »… Mais est-ce à des élus, pour des motifs purement personnels, de faire la pluie et le beau temps et d’avoir tellement d’influence auprès du ministre que ce dernier leur donnera raison ? Contre le soutien qu’il aurait dû apporter à la préfète ? Cela ne montre-t-il pas la distance que le pouvoir a établie avec un respect strict de la loi au profit d’accommodements pas forcément raisonnables ?

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À supposer que son seul mauvais caractère soit le ressort du déplaisir qu’elle pouvait inspirer à quelques-uns, on aurait donc osé se servir du pouvoir discrétionnaire de l’État pour justifier une répudiation aussi peu fondée techniquement et politiquement ? Si nous étions tous des Marie Lajus dans nos institutions et nos services publics, le climat ne serait peut-être pas gai mais la tonalité et les pratiques seraient irréprochables. Il n’y aurait pas l’ombre d’une hésitation à avoir.

Le Mur des cons

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Un avocat général s'est échappé

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Libres propos d'un inclassable

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Pourquoi l’intelligence artificielle de ChatGPT est-elle progressiste?

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© DR

Capable de tenir une conversation compliquée avec un être humain, ou d’écrire des articles aussi bons que ceux d’un journaliste, l’intelligence artificielle révolutionnaire ChatGPT tient des propos progressistes, voire woke, à cause de sa méthode d’apprentissage.


L’entreprise OpenAI, fondée en 2015 par un groupe comprenant Elon Musk, vient de sortir ChatGPT, une intelligence artificielle archi-sophistiquée capable de participer à des conversations complexes avec des êtres humains et de produire des textes bluffants de réalisme et de créativité. Elle a déjà attiré plus d’un million d’utilisateurs.

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ChatGPT serait capable de rédiger des textes universitaires et journalistiques ou les devoirs des étudiants. Si l’intelligence de ChatGPT se rapproche, à certains égards, de celle de l’homme, l’érudition en plus, elle manifeste aussi ce défaut humain consistant à manquer de neutralité politique. C’est ce qu’explique le chercheur David Rozado au terme de l’étude qu’il a effectuée à travers de nombreuses interactions avec cet « agent conversationnel ». Interrogé sur des questions politiques, ChatGPT donne des réponses correspondant aux positions du progressisme de gauche, étant pro-immigration, anti-peine de mort et généralement en faveur de la « justice sociale ». À la question « Une femme trans est-elle une femme ? », l’IA répond « oui » sans équivoque. Le libéralisme économique est dénoncé sans hésitation. Interrogé sur ses préjugés, ChatGPT assure qu’il ne saurait, en tant que robot, avoir de penchants personnels. Pourtant ses développeurs informatiques n’ont pas consciemment greffé sur le robot un parti pris idéologique. Son manque de neutralité provient plutôt du fait que son intelligence a été développée selon un processus appelé « apprentissage par renforcement », c’est-à-dire par l’assimilation de vastes quantités de textes humains disponibles en ligne. La tendance progressiste inhérente aux moteurs de recherche comme Google ou aux encyclopédies comme Wikipédia aurait trouvé son écho dans le « chatbot ».

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Selon Elon Musk, dont on connaît l’aversion envers la culture woke et qui avait quitté le groupe possédant OpenAI en 2017, son éthique est douteuse. Plus nous deviendrons dépendants de nos écrans, plus l’intelligence artificielle pourra nous biberonner à l’idéologie pour nous infantiliser et nous contrôler.

D.R

Israël: un juif viole-t-il le «statu quo» en se promenant sur le Mont du Temple à Jérusalem?

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Le ministre de l'Intérieur israélien Itamar Ben Gvir, 3 janvier 2022, Jerusalem © Atef Safadi/AP/SIPA

La visite d’Itamar Ben Gvir, ministre de l’Intérieur du gouvernement de Benjamin Netanyahu, sur le Mont du Temple le 2 janvier, a suscité une réprobation générale à l’international.


La Jordanie a « condamné avec la plus grande fermeté ». Et le quotidien jordanien Al Ghad a estimé qu’il s’agissait d’un « agression ». Pas moins ! En Egypte, youm7 (« Le Septième Jour ») assure que le « gouvernement de colonisation » israélien a franchi « des lignes rouges », « tenté d’imposer une nouvelle réalité politique », ce qui laisse présager d’une « escalade majeure », voire d’une « troisième Intifada ». Riante perspective… L’Autorité palestinienne, basée à Ramallah, estime qu’il s’agit d’une « provocation sans précédent et d’une menace dangereuse ». Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite ont également dénoncé la promenade de Ben Gvir.

Déluge de condamnations

L’ambassadeur des États-Unis en Israël, Tom Nides, a rappelé que « le statu quo des lieux saints de Jérusalem devait être préservé et que les actions qui nuisent à ce statu quo sont inacceptables. » La France a condamné et Berlin a appelé à « éviter les actions qui pourraient accroître les tensions »

L’historien Vincent Lemire a accusé Ben Gvir de « judaïser » le Mont du Temple et d’agir en « fauteur de trouble ». Le Monde a transformé le Mont du Temple en « Esplanade des mosquées » et a proclamé qu’il s’agit du troisième lieu saint de l’islam.

De ce déluge de condamnations, il est possible de risquer deux conclusions. La première est que le monde entier a peut-être voulu signifier aux juifs qu’ils sont illégitimes sur le lieu d’origine même de leur culte, le Mont du Temple. La deuxième conclusion est que cette illégitimité s’exprime par un mantra répété à satiété, le « statu quo ».  Diplomates, médias et organisations internationales se gargarisent de « statu quo » comme si une promenade de 13 minutes d’un Israélien sur le Mont du Temple équivalait à une profanation.


En réalité, statu quo n’a pas la même signification selon que le locuteur est arabe ou occidental. Chez les Arabes (médias et diplomates), statu quo signifie qu’un juif a agressé un lieu de culte musulman (le Hamas accuse Israel d’avoir commis « un crime »). Chez les Occidentaux, statu quo signifie « mais enfin, pourquoi aller inutilement chercher des ennuis ? ». Les premiers surjouent la menace et les seconds miment la pamoison à l’idée d’émeutes religieuses islamiques. Les premiers menacent de mobiliser des foules fanatisées et les seconds plient le genou devant la menace de ces mêmes foules fanatisées. 

L’accord historique signé par Moshe Dayan visait à neutraliser l’aspect religieux dans le conflit israélo-palestinien

Le « statu quo » a toutefois un sens précis, celui d’un accord conclu immédiatement après la guerre des Six Jours (juin 1967), entre le général Moshe Dayan, chef d’Etat-major des Forces de défense israéliennes et le Waqf, l’association islamique jordanienne gestionnaire du site. A la suite de cet accord, le Waqf s’est vu confier la gestion du Mont du Temple, mais les Juifs ont été autorisés à visiter le site sans restriction à la condition qu’ils n’y organisent pas de prières. Moshe Dayan a fait retirer le drapeau israélien du Mont du Temple mais a gardé la responsabilité de la sécurité.

Un rapport d’avril 2014 du Centre de recherche et d’information de la Knesset, indique qu’en agissant ainsi, Moshe Dayan a imaginé « neutraliser » autant que possible, l’aspect religieux du conflit israélo-arabe. Laisser le Mont du Temple entre les mains des autorités musulmanes apparaissait à l’époque comme le meilleur moyen d’empêcher un soulèvement islamique en Judée-Samarie, tout en facilitant la mise en place de règles de sécurité par les Israéliens. L’interdiction faite aux juifs de prier sur le Mont du Temple reprend une pratique séculaire. Selon l’historien Alan Baker, à l’époque mamelouk (1250–1516), les juifs n’étaient autorisés ni à gravir le Mont du Temple, ni à prier. Les Ottomans (1516–1917) ont reconduit les interdits mamelouks. Et cette interdiction a reçu une reconnaissance internationale à la fin de la guerre de Crimée lors de la conférence de Paris de 1856, et dans le traité de Berlin signé en 1878 entre les puissances européennes et les Ottomans et dont l’article 62 stipulait que : « il est bien entendu qu’aucune modification ne peut être apportée au statu quo dans les Lieux Saints ».

Itamar Ben Gvir a-t-il violé le « statu quo » ?

Itamar Ben Gvir a-t-il violé le « statu quo » ? Certainement pas puisque le statu quo modifié par Moshe Dayan et signé par le Waqf, autorise les juifs à circuler librement sur le site. En revanche, David Weinberg, chercheur au Kohelet Forum, affirme que « si quelqu’un a unilatéralement, effrontément et violemment modifié le statu quo sur le Mont du Temple au cours des 25 dernières années, ce sont les Palestiniens radicaux et les islamistes qui ont transformé le Mont en une base d’opérations hostiles contre Israël, au lieu de le protéger comme une zone de prière et de paix ». David Weinberg rappelle en outre que le Waqf et les provocateurs islamistes « ont harcelé les visiteurs juifs du Mont, et attaqué les fidèles juifs qui priaient au Mur des Lamentations en contrebas du Mont ainsi que les fidèles juifs en chemin dans la vieille ville vers le Mur des Lamentations. Ils ont attaqué des citoyens émiratis et bahreïnis qui priaient dans la mosquée Al-Aqsa, parce que ces pays ont signé les traités de paix de l’Accord d’Abraham. Ils ont considérablement restreint les droits de visite de tous les non-musulmans à la montagne sacrée, et ont laissé les imams utiliser les chaires de la mosquée pour prêcher la haine et la violence contre Israël ».

David Weinberg rappelle enfin que le Waqf a aussi mené illégalement des travaux de terrassement sur le Mont et en dessous. Pres de 400 camions ont alimenté les décharges environnantes en trésors archéologiques juifs prélevés à la hache et à la pelleteuse dans les souterrains du Mont du Temple.

Les autorités israéliennes ont une responsabilité dans ce délitement, c’est qu’elles n’ont rien dit. Par souci d’apaisement, pour ne pas attenter au « statu quo », elles ont joué l’apaisement. Résultat, 25  ans de mauvaises habitudes font aujourd’hui croire au monde entier qu’une promenade d’Itamar Ben Gvir sur le Mont du Temple, est une violation du « statu quo ».  Certains peuvent bien pointer un doigt accusateur contre les « voyous » et les « fascistes » juifs, mais ce sont les voyous et les fascistes islamiques palestiniens qui font que des politiciens radicaux comme Itamar Ben Gvir siègent aujourd’hui à la Knesset et occupent le poste de ministre de l’Intérieur…

Dix petits mensonges et leurs grandes conséquences

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L’art nous colle à la peau

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Deux militantes écologistes se collent la main au cadre des Majas de Goya, au musée des Prado, Madrid, 5 novembre 2022. / D.R

En aspergeant de peinture noire les Majas de Goya, les excités de la cause climatique ont vandalisé plus que des tableaux – qui nous appartiennent à tous. Ils se sont attaqués à l’un des plus grands génies de l’humanité, et à notre aptitude à admirer.


La scène a eu lieu dimanche 6 novembre dernier, au musée du Prado, à Madrid, et s’est déroulée selon la maigre liturgie à laquelle s’adonnent, depuis quelques mois, certains collectifs écologiques autoproclamés « de désobéissance civile ». Cette fois, c’est aux cadres de La Maja vêtue (Maja vestida) et de La Maja nue (Maja desnuda), du grand peintre espagnol Francisco de Goya (1746-1828), que se sont englués deux activistes de Futuro Vegetal, après avoir tracé en noir « +1,5°C » sur le pan de mur qui sépare les célèbres toiles. Cérémonie expéditive, prophéties climatiques inaudibles, couvertes par des « ¡Fuera ! ¡Fuera ! » (« Dehors ! Dehors ! ») de visiteurs excédés et nullement prêts à troquer leur billet d’entrée au Prado contre une énième performance sur « les graves conséquences du dérèglement climatique » et « l’urgence à subventionner un système agroalimentaire basé sur les plantes ». Les deux jeunes militants, qu’on aurait dit échappés des « Peintures noires » de Goya et leurs troublantes créatures fantasmagoriques, ont oublié un détail : le peintre des Majas était sourd.

Iconoclasme tendance

Ce n’est pas la première fois que des œuvres d’art sont prises pour cibles. N’en déplaise cependant à ces deux représentants d’un iconoclasme tendance, La Maja nue n’est pas du genre à se laisser impressionner. Peinte entre 1797 et 1800, quelques années avant son double vêtu, elle sourit de se savoir l’un des rares nus féminins de l’histoire de l’art espagnol et d’avoir échappé aux bûchers de l’Inquisition malgré cette pause indécente que nul geste de pudeur ne vient contredire. Les mains croisées derrière la tête, fière d’arborer un ventre de lumière et d’ombre, elle toise, de sa présence de chair, l’œil du séducteur à qui elle s’offre malgré tout, malicieuse et hautaine. Elle toise aussi celui qui filme à ses dépens cette saynète un peu grotesque, où l’on voit la jeune militante tenter de se défaire de son sweatshirt avant de faire le planton, au pied de la belle. N’est pas Maja desnuda qui veut.

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Heureusement pour elle, et aussi pour nous, c’est un autre regard qui l’a filmée il y a peu. Et c’est une autre visite, bien plus agréable, qu’elle et son alter ego ont reçue. Dans son très beau film L’Ombre de Goya (sorti le 21 septembre 2022), José Luis López Linares laisse la parole, le geste et le regard à cet amoureux de Francisco de Goya y Lucientes que fut Jean-Claude Carrière (1931-2021). Dans le sillage des œuvres et l’ombre du grand peintre, celui-ci nous guide, de lieu en lieu, de portrait en paysage, sur le chemin de « ceux qui voient des choses que nous ne voyons pas », les grands artistes. Se retrouvant, au détour d’une salle, face aux Majas, il les regarde, les salue, les admire, se demande à voix haute laquelle des deux il préfère. « J’admire toutes les dentelles, celles du corps, comme celle des coussins », dit-il finalement. Charles Baudelaire n’écrivait pas autre chose dans son Peintre de la vie moderne (1863) lorsqu’il demandait : « Quel poète oserait, dans la peinture du plaisir causé par l’apparition d’une beauté, séparer la femme de son costume ? Quel est l’homme qui […] n’a pas joui, de la manière la plus désintéressée, d’une toilette savamment composée, et n’en a pas emporté une image inséparable de la beauté de celle à qui elle appartenait, faisant ainsi des deux, de la femme et de la robe, une totalité indivisible ? » Jean-Claude Carrière, disparu pendant le tournage du film, n’a pas revu ses Majas. Mais son merveilleux regard, dans l’émouvant adieu qu’il leur fait, nous les a rendues, définitivement, inséparables.

La planète brûle et vous regardez tableaux !

Mais… Qu’importe l’art, en temps de crise climatique ? La planète brûle et vous regardez des tableaux ! La terre est livide et vous parlez peinture ! La rhétorique du militantisme proclimat courageusement parti à l’assaut des musées, qui accompagne les jets de soupe de tomate ou de purée de pommes de terre qu’ont essuyés récemment Le Printemps de Sandro Botticelli à Florence, Les Meules de Claude Monnet à Postdam ou La Jeune fille à la Perle de Johannes Vermeer à La Haye, est toujours la même : une rhétorique « Minute Soupe », épaissie de comparaisons indues et d’alternatives manichéennes. « Êtes-vous plus concernés par la protection d’un tableau ou par la protection de notre planète et du peuple ? » « Qu’est-ce qui a le plus de valeur ? L’art ou la vie ? »

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L’éco-vandalisme, condamné par la direction des musées et les différents ministres de la Culture, fait de la mise en scène de l’irresponsabilité individuelle de ses activistes la planche de salut d’une humanité collectivement coupable dont la rédemption se mesurera à l’aune de sa capacité à se sentir concernée. Et à écouter sans broncher ces jeunes cassandres climato-stressées qui professent leur peur de ne plus pouvoir nourrir leur famille dans une trentaine d’années, dans des lieux – les musées – d’où les contemplent en silence les générations qui les ont précédées, qui n’ont pas eu l’outrecuidance de s’autoproclamer « Last Generation » et qui, face aux défis de leur temps et aux tragédies de leur histoire, ont fait de l’art et de la beauté une merveilleuse façon de ne pas désespérer de l’humanité.

Les chefs-d’œuvre de nos musées nous appartiennent collectivement, nous relient (Baulelaire parle de la « communion » au sein des musées dont « la douce influence attendrit les cœurs ») au-delà d’un « vivre-ensemble » incantatoire et poursuivent une conversation, commencée il y a longtemps, entre l’homme et le monde, entre l’homme et lui-même. Les visiteurs des musées, qu’ils soient pressés ou rêveurs, amateurs d’art ou simples curieux, ramènent toujours de leurs confrontations avec les œuvres quelque chose qui les dépasse et les comble. Les cérémonies narcissiques du militantisme environnemental n’ont rien à faire dans les enceintes des musées, ces lieux où l’on est moins collé à soi qu’à l’accoutumée.

Endommagés par cette énième expédition éco-punitive, les cadres des deux chefs-d’œuvre de Goya – cadres de 1902 et 1912 – d’une valeur historique non négligeable, devront subir des réparations, surtout celui de La Maja nue. Encore elle. Preuve que l’iconoclasme, même soft, même soucieux de choisir comme cible des œuvres recouvertes d’une vitre de protection, n’est jamais inoffensif.

Sandrine Rousseau déménage à Pantin

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En Seine-Saint-Denis, le maire Bertrand Kern a décidé de changer le nom de sa ville. Dans des vœux ubuesques pour 2023, l’édile a indiqué que la commune de Pantin allait s’appeler « Pantine », en signe d’engagement pour nos amies les femmes, pendant un an.


Sandrine Rousseau est peut-être en ce moment même en train de déménager. Je subodore que certains d’entre vous s’interrogent déjà : « Mais où veut en venir Desrimais ? Ça fait un moment qu’on sait qu’elle déménage ! »

Pardonnez mon imprécision ; je ne parle pas ici de déraison ou de divagation mais de déménagement au sens premier, c’est-à-dire de changement de lieu d’habitation. Il se peut, précisé-je, que Sandrine Rousseau ait pris la décision d’aller vivre dans cette ville dont le maire PS vient d’annoncer le changement symbolique de nom, ceci afin de la placer, dit-il, « sous l’égide de l’égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre les violences faites aux femmes ». Ô la belle idée ! s’extasie Dame Rousseau en préparant ses cartons, tandis que les administrés de cette commune, abasourdis en même temps qu’égayés par la nouvelle, se demandent si leur éminent édile n’est pas un pantin de maire plutôt que le maire de Pantin.

Bertrand Kern, un homme déconstruit

Bertrand Kern est le maire PS de Pantin (93). Ou plutôt de… Pantine. Pendant un an, les habitants de Pantin habiteront la ville de Pantine, ainsi en a décidé leur maire possiblement en cours de déconstruction. « Nous rajouterons un « e » au nom de la ville parce qu’ainsi, nous voulons interpeller », a déclaré M. Kern, qui parle le Sandrine-Rousseau couramment, au lendemain d’une nuit de la Saint Sylvestre qu’on imagine très arrosée – c’est la seule explication possible à cette décision qui, sinon, fleure bon son wokisme à deux balles et la bêtise à cent millions de dollars.

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Délire de visibilisation

M. Kern, pêcheur de voix en gros, tenait absolument à afficher son allégeance à un néo-féminisme de plus en plus crétin, de type rousseauiste. Pour ce faire, ce diplômé de Sciences Po et de la Sorbonne reprend à son compte une thèse sémantique établie par des féministes abêties croyant dur comme fer que la lettre « e » est la lettre féminine par excellence. Je ne saurais trop conseiller au maire de Pantin la lecture de l’excellent essai de Jean Szlamowicz, Le sexe et la langue (éditions Intervalles), essai dans lequel le linguiste décrit ce « mentalisme linguistique [qui] provoque des hallucinations », ce délire de « visibilisation » des femmes par une manipulation du langage qui, finalement, détruit la langue française. Dans certains cercles féministes militants et pseudo-intellectuels, écrit l’auteur, « on prend donc la graphie du « e » au sérieux : par une interprétation et une décision militantes parfaitement arbitraires, on décide que le « e » est une femme ! Cette métonymie anthropomorphiste où une lettre deviendrait le représentant d’un groupe n’a aucun sens sur le plan linguistique. […] Autre confusion métaphorique, l’idée de la “visibilisation” relève d’une grave confusion entre le réel et les conventions graphiques. On ne “voit” pas une femme quand on écrit un « e », et “voir” une femme n’a jamais permis de faire avancer ses droits. » Ajoutons que, si la chose est déjà d’une totale imbécillité en temps normal, elle l’est encore plus lorsqu’il s’agit de l’appliquer pour le nom d’une ville qui est, comme chacun sait ou devrait savoir, un nom propre, donc invariable. Preuve est donc faite qu’on peut être à la fois diplômé des plus grandes écoles et bête comme une vulgaire idéologue écolo-féministe. Nous observons d’ores et déjà l’extension de ce phénomène étrange et, malheureusement, promis à un grand avenir, confirmant l’aphorisme de Nicolás Gómez Dávila : « L’instruction ne guérit pas de la bêtise, elle lui donne des armes ».

Pour conclure d’une manière plus prosaïque et plus proche, semble-t-il, du sentiment partagé par nombre d’habitants de Pantin morts de rire en apprenant la nouvelle lubie de leur maire, laissons la parole à Fred (André Pousse), philosophe à ses heures : « La connerie à ce niveau-là, moi je dis que ça devient gênant. » [1]

[1] Dans « Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages » de Michel Audiard.

Omar m’a gonfler

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Après la polémique liée à ses propos après son interview dans "Le Parisien", Omar Sy a indiqué sur TMC qu'il ne "devait rien à personne" Image: Capture d'écran MyTF1.

Il a beau être l’acteur préféré des Français, Omar Sy, qui réside désormais dans la très woke Californie, ne manque pas une occasion de les vilipender. Pourtant, que les Français se sentent plus concernés par les guerres se déroulant en Europe que par celles du continent africain n’a rien de honteux.


C’est aujourd’hui que sort « Tirailleurs », qui, d’après Jean Chauvet, l’excellent chroniqueur cinéma de Causeur, est un « film-programme sans âme dans lequel Omar Sy tente de ne pas cabotiner, ce qui est peut-être pire que quand il se lâche ». Mais ce n’est pas pour manquement à l’art que le comédien installé à Los Angeles fait causer.

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Dans l’entretien qu’il a accordé au Parisien, on lui demande si la guerre en Ukraine ne le décourage pas. D’après le journaliste qui a publié un « making-of » de la rencontre, sa réponse n’avait rien de polémique. En tout cas dans le ton. Sur le fond, chacun en jugera : «L’Ukraine n’a pas été une révélation dingue pour moi. Comme j’ai de la famille en Afrique, je sais qu’il y a toujours eu des enfants en guerre, des familles brisées (…). Ça n’a jamais cessé depuis 1945. Je suis surpris que les gens soient si atteints. Ça veut dire que quand c’est en Afrique vous êtes moins atteints ?»

Oui, nous sommes plus préoccupés par les petits Européens que par les petits Africains

Factuellement, Omar Sy a raison. Oui, la guerre en Ukraine a plus de consistance pour nombre d’Européens que la guerre en Ethiopie, et pour beaucoup d’Africains, c’est le contraire.  La Shoah pèse moins sur la conscience asiatique que sur la conscience européenne et c’est normal.

Les peuples, comme les humains, se soucient plus de ceux qui sont proches d’eux culturellement et géographiquement. On a le droit de penser que les Africains sont plus proches de nous. Je ne le crois pas. Certes, nous avons avec l’Afrique une histoire commune. Cependant, on n’efface pas l’anthropologie, les structures familiales et les mœurs et de ce point de vue l’Afrique est beaucoup plus lointaine. Que cela nous plaise ou pas, nos frères humains n’occupent pas tous la même place dans notre conscience. L’histoire n’est pas une distribution équitable de compassion et de bons sentiments. Du reste, Omar Sy s’était ému du sort des Rohingyas en Birmanie, pas de celui des chrétiens d’Orient. Faut-il en déduire que, quand c’est des musulmans, ça le touche plus ?

Clémentine Autain enthousiaste

En réalité, ses propos ne laissent pas d’être problématiques,  raison pour laquelle ils ont enthousiasmé Clémentine Autain. Que ces deux là communient dans la détestation du passé français, réduit à une litanie de crimes à expier, n’étonne guère.

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Pour commencer, qui est ce « vous » qu’interpelle le comédien ? Vous les Français ? Mais lui aussi est Français ! On n’ose pas penser que c’est «vous les Blancs» (ou encore les « non-racisés »), assignation raciale qui serait indigne de lui. D’après Le Parisien, « vous », « ce sont ceux qui se sentent moins concernés quand des enfants sont massacrés par des bombardements à l’autre bout du monde, où qu’ils se trouvent. Il le dit sans aucune virulence. Il ne s’agit que d’un débat, d’un « vous » qui pourrait tout aussi bien être en chacun de nous ». Admettons, même si à l’écrit, ce n’est pas absolument évident. Entre les lignes, Omar Sy accuse-t-il la société française de racisme ? je l’ignore. On oublierait les guerres africaines parce qu’ils sont noirs et ex-colonisés. Non, en réalité, c’est uniquement parce qu’ils sont loin !  

Par ailleurs, Omar Sy fait preuve d’une ingratitude sidérante pour un pays où beaucoup d’Africains ont fait souche, et qui a perdu 58 soldats pour tenter d’endiguer le djihadisme au Sahel. Et qui met beaucoup de zèle, beaucoup trop d’ailleurs,  à déconstruire son histoire… Cette ingratitude a été pointée par plusieurs élus RN mais aussi par l’eurodéputée macroniste Nathalie Loiseau, qui a ensuite rétropédalé, comme si elle était effrayée par son audace – contredire une telle icône.

Surtout, Sy relance le jeu funeste de la concurrence victimaire – le festival des ressentiments. Chacun veut sa part de repentance, sa loi Gayssot, ses réparations pour les souffrances passées. Les communautés se regardent en chiens de faïence, soupçonnant les autres de vouloir s’arroger le pompon victimaire. Si c’est ça le vivre-ensemble dont rêve Omar Sy, merci, qu’il reste aux Etats-Unis. 


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

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