Une mère japonaise impose une opération à sa fille de neuf ans pour la rendre plus jolie, la filme et poste la vidéo de l’opération en ligne.
La mode des interventions chirurgicales sur des enfants qui n’ont rien à voir avec leur santé physique ne cesse de progresser et les inquiétudes qu’elle suscite aussi. Nos confrères du média numérique Vice viennent de signaler le cas d’une petite Japonaise de 9 ans qui, à l’instigation de sa maman, a subi une première intervention chirurgicale pour corriger les paupières tombantes afin qu’elle soit « plus jolie » [1]. La blépharoplastie dans sa version dite « asiatique » consiste à ouvrir les yeux par la création d’une paupière supérieure munie d’un pli. Les yeux asiatiques, qu’on appelle « monolides », sont généralement à paupière unique. Le nombre de ces interventions explose : en 2020, 64 % de toutes les interventions chirurgicales au Japon étaient des blépharoplasties. La mère, qui s’est fait opérer à 18 ans déclare : « Je n’ai jamais trouvé jolie une fille avec des monolides ». La législation nippone n’interdisant pas aux mineurs de se faire opérer, sous condition d’un accord parental, la mère a pu convaincre sa fille de passer sous le bistouri pour être plus conforme à son idéal de beauté. Ce dernier relève moins d’une fascination pour les femmes occidentales que de l’esthétique kawaï, un terme désignant ce qui est « mignon » et « enfantin ». Le pire, c’est que la mère a posté sur sa chaîne YouTube une vidéo de l’intervention, au cours de laquelle on voit sa fille subir une crise de panique et pleurer car l’anesthésie locale n’a pas fait effet. La petite explique avec des airs de perroquet qui a bien appris sa leçon pourquoi elle a désiré se faire opérer, ayant recours à des arguments – sur la douleur nécessaire pour être belle – inimaginables pour une fillette. Si Dieu a créé l’homme à son image, trop de parents veulent recréer leurs enfants à la leur.
Il y a toujours eu beaucoup de préjugés à propos de la philosophie d’Épicure. Notre époque a cru y trouver une justification facile à ses penchants vulgaires. En réalité, l’épicurisme est une véritable sagesse, née en Grèce au IVe siècle avant J.-C. Dans un essai très abordable, Charles Senard met cette philosophie de la vie à la portée de tous.
Dans l’aphorisme n° 45 du Gai Savoir, Nietzsche en décrivait son approche de manière très personnelle, comme d’une pensée au-delà même de toute philosophie : « Oui, disait-il, je suis fier de sentir le caractère d’Épicure autrement que n’importe qui peut-être, et dans tout ce qu’il m’est donné d’entendre ou de lire, de jouir du bonheur vespéral de l’antiquité… » Et Nietzsche concluait avec ce jugement clé : « il n’y eut jamais auparavant pareille modestie de la volupté ».
Humilité retrouvée
Le récent ouvrage de Charles Senard a le grand mérite de bâtir sa réflexion sur l’épicurisme au fil de cette humilité retrouvée. L’auteur, docteur en études latines, nous parle bien sûr un peu d’Épicure, le fondateur de l’École, mais aussi et surtout de ses continuateurs latins, en particulier les poètes Horace et Lucrèce. Le titre qu’il donne à son essai, Carpe diem, est une expression célèbre que l’on doit à Horace. Carpe diem voudrait dire « cueille le jour » ; mais attention, nous précise Senard, ce « n’est pas une invitation à goûter les plaisirs de la vie ». Il explique en effet : « Il s’agit d’autre chose : du rapport avec le temps, de l’angoisse du futur… » C’est que, fondamentalement, les épicuriens essaient de détourner d’eux la peur de la finitude, tel Épicure lui-même qui, dans un passage fameux de sa Lettre à Ménécée, affirmait que la mort n’a aucun rapport avec la vie.
Charles Senard insiste bien sur la place privilégiée que tient la sobriété dans la philosophie épicurienne. Les mots «frugalité» et «prudence» sont aussi de mise, avec elle. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui font que cette pensée trouve aujourd’hui encore un écho particulier chez beaucoup d’esprits : « L’idéal épicurien, écrit Charles Senard, consistant à vivre simplement, dans la sobriété heureuse, chère à feu Pierre Rabhi, entre en résonance avec les aspirations de notre société, sinon avec ses pratiques ». Il y a là une défense et illustration de l’humilité, ou plus précisément de la « pauvreté », comme souverain bien. Senard cite ainsi le stoïcien Sénèque qui ne dédaignait pas certaines leçons apprises chez les épicuriens, et qui recommandait à Lucilius : « Commence à lier commerce avec la pauvreté ».
Épicure conseillait de vivre caché. Et Horace notait, dans ses Odes, qu’« on mène avec peu de choses une vie heureuse ». Horace vivait retiré à la campagne, et, lorsqu’il n’y recevait pas ses amis, s’adonnait au « docte loisir » (l’otium), c’est-à-dire à l’étude de la connaissance, « qui a, pour les épicuriens, une finalité éthique, écrit Senard : c’est elle qui permet, en particulier, de ne plus craindre la mort ». Horace était très attaché à ce retrait du monde. Lorsque l’empereur Auguste lui proposa le poste de secrétaire particulier, Horace refusa, « soucieux de sauvegarder sa liberté quotidienne et privée ».
Pour autant, les épicuriens ne sont pas renfermés sur eux-mêmes. La sociabilité joue pour eux un grand rôle ‒ déjà pour Épicure, qui recevait ses élèves dans un Jardin. Son biographe, Diogène Laërce, le précise : « D’une manière générale, son amour de l’humanité s’adressait à tous ». L’amitié, en particulier, tenait chez les épicuriens une place essentielle. Elle était pour eux un plaisir à la fois naturel et nécessaire. On connaît les liens étroits qui se nouèrent entre Horace et son protecteur Mécène, une belle amitié (amicitia en latin) dont Charles Senard analyse les tenants et aboutissants.
On comprend alors mieux peut-être ce que Nietzsche entendait par l’expression que j’ai rapportée au début : « il n’y eut jamais auparavant pareille modestie de la volupté ». Un Nietzsche qui écrivait également d’Épicure : « Pareil bonheur, seul quelqu’un qui souffre sans cesse a pu l’inventer… » Charles Senard, sans bien sûr vouloir être Nietzsche, parvient, grâce à son goût communicatif de l’érudition, à nous mettre sur la voie de ce bonheur, apparu en Europe il y a 2500 ans. Il sait, à travers les textes qu’il cite, nous en faire aimer la saveur primordiale et inoubliable, le mystère définitif.
Charles Senard, Carpe diem. Petite initiation à la sagesse épicurienne, Les Belles Lettres, 2022, 138 pages, 19 €.
Malgré ses 12 étoiles au Guide Michelin, la curiosité, l’audace et l’inventivité du chef Pierre Gagnaire restent intactes. Il continue d’explorer les possibilités que lui offrent les produits du monde entier sans jamais oublier ce qu’il considère comme la base de son métier : le plaisir de ses convives.
Pierre Gagnaire, c’est le chef-artiste, le chef-poète. Ses plats résultent de ses obsessions, de ses recherches obstinées, de ses innovations et de son audace. Mais ce travail acharné reste dans les coulisses. Pour celui qui est à table, n’existe plus que l’émotion, le plaisir des sens. Ce plaisir, Pierre Gagnaire ne l’oublie jamais. Avec ses quelques restaurants, le chef cumule douze étoiles au Guide Michelin. En 2015, il est élu « Plus Grand Chef étoilé du monde » par ses pairs. Contrairement à ce que certains pourraient parfois laisser penser, sa cuisine n’est pas intellectuelle, c’est une cuisine de pulsion, de désir. À sa table, nous redevenons des enfants curieux, et comme des enfants, éblouis, nous découvrons. Il y a l’excellence des produits, bien sûr, mais interprétés par un homme d’exception qui, tel un metteur en scène donnant sa vision d’une œuvre classique sans la dénaturer, nous livre sa version personnelle d’un produit tout en le respectant. Sa cuisine est à l’image de l’homme qu’il est : libre, bonne et généreuse. C’est au Balzac, son bijou de restaurant couronné par trois étoiles, qu’il nous reçoit.
Causeur. La cuisine est-elle une discipline ayant des points communs avec l’art ou est-elle un art à part entière ?
Pierre Gagnaire. C’est la première version qui est juste. La cuisine, c’est de l’artisanat. C’est de la répétition, de la transmission. Mais ce qui rapproche parfois la cuisine de l’art, c’est lorsque quelques personnes – dont je crois faire partie – s’emparent de la cuisine pour exprimer une part d’eux-mêmes. Il ne faut pas opposer art et artisanat. L’artisanat est une chose incroyable, c’est un geste particulier qui est peaufiné, qui est parfaitement construit par la répétition et qui crée le savoir-faire. L’artisanat, c’est la perfection. Mon truc à moi, c’est l’émotion plus que la perfection. Ma cuisine est donc plus art qu’artisanat. C’est mon terrain. Dans la vie, il faut connaître son terrain. Je me suis rapidement aperçu que j’avais une forme de créativité, et répéter une même recette toute une vie ne me convenait pas. J’aime chercher, créer indéfiniment, avec le risque d’erreur que cela induit. La plupart de mes plats, je ne les ai même pas goûtés. Je les ai dans la tête. J’ai des intuitions et goûte mes plats de manière parcellaire, je ne fais jamais de grandes réunions avec dix personnes pour goûter une assiette, la déguster, la découper, l’analyser… ce n’est pas mon truc ! Je préfère la pulsion à l’analyse froide. Et cette espèce de vibration de création, cette ébullition d’idées, les gens la ressentent dans la salle. Ils ressentent que nous, en cuisine, nous ne sommes pas « installés ».
Comment créez-vous un plat ?
L’idée vient souvent d’un produit. Une herbe ou une belle poutargue par exemple… je me dis : « Tiens, comment je peux la mettre en scène ? » Je prends mon cahier, mon crayon à papier et je commence à écrire. J’écris, j’efface, je réécris. Je cherche. J’imagine les autres produits que je vais ajouter dans l’assiette. Je suis mes intuitions, je me projette. Un produit en appelle un autre. Je tire la ficelle. Je tâtonne constamment. C’est du bricolage. Et au fur et à mesure, la recette s’écrit. Il y a quelques jours, j’ai rencontré un type qui fait une merveilleuse eau-de-vie de gentiane. Elle est d’une pureté incroyable. Je n’ai pas encore l’idée, mais je sais que je vais créer un dessert dans lequel elle sera mise en majesté. Voilà comment je fonctionne. C’est pour cela que j’ai besoin de concentration. Je cherche tout le temps. Avant le service, je mange toujours seul. Je veux être tranquille. Je suis toujours inquiet, même quand une recette est prête. La quantité astronomique de détails à gérer pour qu’un plat soit réussi crée de l’angoisse.
Lorsqu’on fait une cuisine de « recherche » comme la vôtre, lorsqu’on va toujours plus loin, comment ne pas perdre le client qui est dans la salle ? Se pose-t-on cette question ?
Non, jamais. Bon, je ne vais pas non plus chercher à faire un menu entier avec des choses dont les gens ne sont majoritairement pas friands, comme les abats par exemple. Il ne faut pas racoler à tout prix, mais on a quand même envie de faire plaisir à celui qui vient manger chez nous.
Les préoccupations liées aux problèmes climatiques sont de plus en plus fortes. Vous souciez-vous du bilan carbone des produits que vous utilisez ?
Je viens d’une ville modeste et d’une famille où l’on ne gâchait pas. J’ai gardé ça. J’achète juste et je sers juste. Beaucoup de cuisiniers gâchaient autrefois. C’est de moins en moins le cas. Par exemple, le turbot était souvent servi en carré. Un turbot n’est pas carré ! Si c’est le cas, ça veut dire que le cuisinier le découpe et jette le reste à la poubelle. Pour moi, c’est hors de question, je n’ai jamais fait ça. Chez moi, tout doit être utilisé. Dans mes restaurants, il y a une forme d’explosion, d’abondance, c’est vrai. Mais tout est utilisé, on ne jette rien. En revanche, je ne vais sûrement pas me priver d’un beau produit qui peut alimenter ma créativité parce qu’il vient d’Espagne ou d’Italie. Je suis sensible aux problèmes climatiques, et étant moi-même obsédé par le gâchis de l’eau, je comprends que les gens soient préoccupés par le bilan carbone. Mais pour être irréprochable, je mets tout mon cœur à travailler le produit qui vient de loin, à le sublimer. C’est-à-dire que si j’ai rendu hommage au produit, que celui qui mange le plat passe un moment de grand plaisir et que cela lui laisse un souvenir, cela aura alors valu la peine de le faire venir de loin. C’est mon engagement à moi. Faire en sorte que le produit ne soit pas venu pour rien.
Quelle est la part de tradition dans votre cuisine ?
Elle est très forte ! Ma cuisine est innovante, certes, mais elle se fonde sur un savoir-faire et une histoire français, sur des bases patrimoniales. La cuisine italienne est très bonne, mais il n’y a pas toutes les sauces que nous avons, ni les modes de cuisson. Notre pays a une culture gastronomique immense, avec des écoles et des traditions solides. Et puis le vocabulaire culinaire français… C’est d’ailleurs intraduisible ! Faire rissoler, pincer, sertir, singer. J’innove, je recherche bien sûr, mais en m’appuyant inconsciemment sur cette longue et riche histoire. D’ailleurs, je crois qu’il nous serait impossible de cuisiner en faisait fi de cette tradition. Que nous le voulions ou non, nous en sommes imprégnés.
Vous avez beaucoup de respect pour Paul Bocuse mais, ce n’est pas sa cuisine qui vous intéresse. Est-ce parce que, chez lui, il n’y a que la tradition et pas la recherche ?
Bocuse avait quelques plats qu’il réalisait parfaitement. C’était très bon, mais c’était toujours les mêmes. Gratin de queues d’écrevisses, loup en croûte, rougets en écailles, sole au champagne… autant de plats qu’il avait souvent appris dans le passé mais cette répétition perpétuelle n’était pas ce que je voulais faire. On en revient à ce que je disais sur l’artisanat. Cependant, j’aimais l’homme. C’était un personnage de roman qui fascinait le monde. Il avait un charisme incroyable. Et c’était un homme très généreux qui aimait profondément les gens, malgré sa mauvaise foi légendaire.
Selon vous, la cuisine doit-elle réconforter ou déranger ?
Un peu les deux ! Mais elle ne peut pas uniquement venir déranger. Il faut qu’il y ait du plaisir, de la tendresse. Ferran Adrià, par exemple, le chef espagnol maître de la cuisine moléculaire, n’a duré qu’un temps. C’était une expérience intéressante, mais on n’avait pas forcément envie d’y retourner alors qu’il était un génie. À l’époque, la presse américaine l’encensait et dézinguait la cuisine française. Nous, on passait pour des ringards. Mais finalement, ça s’est rééquilibré. La cuisine française garde une place d’exception et continue de rayonner dans le monde entier.
Dans vos restaurants, le rituel est-il important ?
Oui, évidemment. Mais ce rituel n’est pas austère. Il est lumineux, car il est teinté de courtoisie, de chaleur, de gentillesse. L’accueil et le plaisir de recevoir sont très importants. Aujourd’hui, c’est d’ailleurs souvent un problème. On perd un peu cela, parfois, dans les métiers de service. Ces métiers demandent de l’abnégation. Ils demandent de s’occuper de l’autre et de s’oublier un peu. C’est très important de s’oublier pour faire plaisir aux autres. Faire plaisir, c’est une des bases de notre métier, on ne doit jamais l’oublier.
La gastronomie, c’était mieux avant ou c’est mieux maintenant ?
On mange vraiment mieux aujourd’hui qu’il y a trente ans ! La cuisine est plus digeste, on utilise beaucoup plus de légumes. Elle est aussi plus variée, plus créative et plus belle. Les produits du monde entier ont enrichi notre cuisine. Les viandes, les légumes, les épices… c’est une richesse extraordinaire ! Et pour nous les cuisiniers, c’est beaucoup moins dur aujourd’hui. Les cuisines sont mieux éclairées, mieux ventilées, le matériel est moins lourd. Autrefois, il faisait plus de soixante degrés dans certaines cuisines. Techniquement, nous travaillons dans de meilleures conditions. La reconnaissance est plus grande aussi. Regardez, par exemple, il y a vingt ans, vous ne vous seriez jamais intéressé à un cuisinier. Aujourd’hui, on nous porte un réel intérêt. Et je trouve cela assez justifié. Ici, au Balzac, les gens passent souvent un moment dont ils se souviendront. Pendant trois heures, nous leur offrons une parenthèse avec des plats d’exception bien sûr, mais également avec une sélection très pointue de vins, de pains ou encore de cafés. Il y a la mise en scène de la table et le service, avec un rythme pensé pour le confort des convives, la vaisselle est aussi choisie avec la plus grande attention. Ce sont les arts de la table… Nous créons un moment d’ivresse dans lequel les convives vont pouvoir se perdre. Et des années après, ils se souviennent des émotions qu’ils ont éprouvées chez nous. Ce n’est pas rien, franchement, une telle parenthèse. Surtout si l’on en repart avec le souvenir ému.
Nous nous sommes rencontrés par l’intermédiaire de notre ami, l’architecte Rudy Ricciotti. Avec lui, vous produisez un vin. Pouvez-vous nous dire quelques mots de cette cuvée « Gary » ?
Un jour, à Marseille, j’ai visité le Mucem. Là, j’ai été bouleversé par ce bâtiment, cet édifice. À l’heure à laquelle j’y suis allé, dans la lumière qu’il faisait, c’était d’une beauté époustouflante. J’ai pleuré. J’ai absolument voulu rencontrer le type qui avait construit ça ! La rencontre s’est faite et nous nous sommes tout de suite entendus. Un jour, avec Rudy, j’ai bu un châteauneuf blanc magnifique. Il m’a dit que c’était le vin de son cousin et l’idée est vite venue d’en racheter une parcelle. Depuis ma faillite à Saint-Étienne, il y a trente ans, je ne suis plus propriétaire de rien, alors l’idée de posséder un petit lopin de vigne m’a beaucoup plu. On a gardé le vigneron, c’est lui qui fait notre vin. On n’a pas acheté une vigne, on a acheté une œuvre d’art : le châteauneuf-du-pape est un vin très typé, avec des notes de cerise et de cassis, il est à la fois très expressif et très délicat. Sincèrement, c’est une merveille.
Pierre Gagnaire. / Guillaume Brunet-Lentz
La question de David Belugou
Cher Pierre Gagnaire, pouvez-vous nous dire quelques mots du costume de cuisinier ?
Ah ! Ça, c’était mieux avant ! Autrefois, les vestes étaient faites en coton d’Égypte. Le touché était incroyable. Aujourd’hui, ce n’est plus la même qualité. Mais j’aime beaucoup nos vestes, elles ont quelque chose de solennel. Ce que je préfère dans mon costume, c’est le tour de cou. Ce petit foulard noué donne beaucoup d’allure, c’est très élégant. Et il nous protège du chaud et du froid. En revanche, il y aurait un effort à faire sur les pantalons et les chaussures, ils ne sont jamais très beaux. Une autre chose sur laquelle je suis très à cheval, c’est que le costume soit blanc, et pas noir comme on le voit de plus en plus souvent. Je préfère le blanc. C’est net, immaculé, pur. Avec le blanc on ne triche pas, c’est en accord avec ce que j’essaie de faire dans ma cuisine.
Entre les policiers qui doivent accompagner les enfants à l’école pour assurer leur sécurité, les services de pédiatrie aux abois et le bourrage de crâne LGBTQ+, il est grand temps que la France réagisse pour préserver ses enfants.
La France ne protège plus ses enfants. A Paris dans certains quartiers le danger est tel que la police doit les accompagner sur le chemin de l’école, qui est aussi le chemin du trafic et de la consommation de drogues dures. Le crack, entre autres, génère des zombies capables de violence, d’exhibition, de comportements barbares. Avec ces gardes du corps on évite le pire, peut-être, mais que se passe-t-il dans le cœur de ces enfants angoissés, et de ces parents désemparés ?
La France ne protège plus ses enfants. A Mayotte ils se font agresser à coups de machette dans les cars scolaires. Des écoles s’entourent de barbelés dans l’espoir de se protéger de la voyoucratie générale. Des suppliciés sont démembrés avant d’être tués. Dans la capitale même, la mort est mise en scène pour semer l’effroi. Les Français n’en peuvent plus et se sentent abandonnés face à une invasion migratoire incontrôlée, voire encouragée, puisque pour faire face à la pression sur les maternités (12000 naissances prévues en 2022) la construction d’un nouvel hôpital est programmée.
La France ne protège plus ses enfants. Elle se donne à quiconque frappe à sa porte. Elle se donne même à ceux qui forcent sa porte ou qui passent par la fenêtre, et qui se conduisent chez leur hôte comme s’ils étaient chez eux.
Et il faut, par exemple, supporter les supporters du Maroc, qui sous prétexte de victoire footballistique s’autorisent à envahir les rues, les boulevards et les avenues, comme si le pays où ils vivent n’existait pas. Cela avec le cortège de fusées, de mortiers, de rodéos, voire d’émeutes qui accompagnent toujours ce genre de joyeusetés.
La France ne protège plus ses enfants. Dès leur plus jeune âge, ils se voient convier, dans le cadre de manifestations très officielles à des «Lectures pour les petits (3-5 ans), les histoires choisies porteront sur les questions d’identité de genre, parce qu’il n’est jamais trop tôt pour lutter contre les stéréotypes et les violences sexistes et sexuelles» (Festival des fiertés des 12ème, 13ème et 14ème arrondissement de Paris).
Les écoles ne sont pas plus protégées contre les actions de propagande LGBTQ+ puisqu’on sait que nombre d’associations porteuses de cette bonne parole sont agréées par l’Education nationale. Il faut être d’une grande naïveté pour ne pas voir que, derrière le soi-disant message de respect de l’altérité, se cache une volonté de prosélytisme. Toute ces actions soi-disant éducatives visent à modeler l’esprit des enfants, à un âge où il est particulièrement malléable, ce qui peut se qualifier d’abus de faiblesse.
La France ne protège plus ses enfants. Les petits à l’hôpital doivent être triés pour savoir qui est en plus grand danger, et qui sera transféré à plus de 100 km pour pouvoir être soigné. Les pédiatres, depuis longtemps, supplient les pouvoirs publics d’agir vraiment mais, font-ils remarquer dans une lettre ouverte des 20 et 21 octobre (signée par 4148 soignants en pédiatrie) : « Monsieur le Président, la pédiatrie ne paraît plus être une priorité, pourtant ces enfants sont l’avenir. Les dirigeants actuels et passés ont fermé les yeux sur l’abandon de l’hôpital public et des services de pédiatrie. Ils sont désormais responsables des conséquences sur la santé des enfants ». A cette terrible crise le ministre Braun apporte une réponse qui, si ce n’était pas si tragique, devrait faire rire tant elle est l’archétype de ce que savent faire de mieux nos gouvernants, il annonce : « un travail de refondation en profondeur […] les Assises de la pédiatrie ». Avec les innombrables assises, conventions, commissions, missions « flash », rapports, plans, promesses et rodomontades de toutes sortes qui furent semées depuis quelques dizaines d’années, on se demande pourquoi notre belle terre de France reste toujours en friche.
La France ne protège plus ses enfants, ni ses vieux, ni ses soignants, ni ses policiers, ni ses professeurs, ni ses frontières, ni sa langue, ni sa culture. Elle se croit tellement bonne fille, n’est-elle pas la patrie autoproclamée des droits de l’Homme ? On aimerait qu’elle s’occupe un peu moins des droits de l’Homme en général, et qu’elle se penche un peu plus sur le sort des ses hommes, de ses femmes et de ses enfants en particulier. Les enfants de la Patrie attendent leur jour de gloire.
Dans un roman parfois éprouvant, Nanoucha Van Moerkerkenland nous parle d’une enfance saccagée.
Elle s’appelleNanoucha Van Moerkerkenland. Ce nom, qui est un pseudonyme, signifie « le pays des églises murées » en néerlandais. Ça correspond à son roman Amour mineur. En 2012, les Éditions du Rocher avait publié son premier roman, Un seul corps. C’était une histoire dérangeante qu’elle avait signée Stéphanie le Bail, son véritable nom. Mais il lui a fallu tuer ce patronyme pour « ne pas être la fille de ses parents ni la femme de son mari », comme elle me l’a confié. Parallèlement elle est devenue ghost writer pour des personnalités influentes. Sa plume est recherchée. Elle possède le sens de la formule et sait trouver des métaphores originales. Son roman le prouve.
Amour mineur est un livre perturbant, disons-le tout net. Mais la littérature n’est pas faite pour bercer le lecteur, renforcer son penchant naturel pour le déni, elle doit être insupportable, risquée, dangereuse – voyez Salman Rushdie – et c’est comme cela qu’elle est intéressante. À l’instant où il devient père, Léopold voit resurgir ses souvenirs d’enfance. Une enfance saccagée par un adulte, Marcus, un proche de la famille, qui lui a fait subir l’innommable en répugnante compagnie. Léopold délaisse alors sa femme sur le point d’accoucher et entraine le lecteur dans une série de pages à la limite du supportable. Le livre sort au moment où la France découvre le martyre de Lola, âgée de 12 ans, dont on ignore les causes et le déroulement exact. On plonge dans un Paris nocturne où « la caste partage ses lits et ses tables », écrit Nanoucha Van Moerkerkenland. Elle ajoute, sans retenir ses mots : « Vaste marelle incestueuse de la politique, de l’art, des médias et de l’industrie ». Léopold conduit des « clients » dans des appartements cossus où le plus abject de l’homme brise les digues du surmoi. Richard, « un parangon du vice », est de ceux-là. Le style de Nanoucha Van Moerkerkenland fait mouche : « Richard collectionne aussi les cris. Vous me direz que la sidération cloue le bec de l’éphèbe ? C’est vrai. On viole un enfant comme on arrache les ailes d’un papillon : en silence. Il faut des tout-petits pour que ça piaille ».
NVM n’invente hélas rien, sinon la construction éclatée du récit. Elle s’inspire de l’affaire des fichiers de Zandvoort contenant des milliers de scènes représentant des enfants, parfois des bébés, soumis à des crimes sadiques. Ce qu’on nomme encore les snuff movies. « Les jeunes femmes du répertoire de Jeffrey Epstein : peccadilles », écrit cyniquement Nanoucha Van Moerkerkenland. La métropole glauque et grise, en proie aux pires déviances sexuelles, existe. Comme existe le Darknet et ses innombrables consommateurs. La littérature doit servir à dénoncer l’occulte, en usant d’un style bien supérieur à celui déployé par un auteur primé en novembre. Et quand je demande à Nanoucha Van Moerkerkenland pourquoi elle a écrit ce roman, elle me répond : « Sur trois enfants abusés, un reproduira le crime dont il a été victime ». C’est une réalité dont il faut parler, dans un élan cathartique hérité de la tragédie grecque, parce que les esprits sont aussi murés.
Amour mineur, de Nanoucha Van Moerkerkenland, Métropolis, 2022, 160 p., 12€.
Suite à sa visite de l’exposition « Années 80 », Thomas Morales dresse un portrait un peu moins flatteur mais plus réaliste de cette décennie qui, comme celles des années 60 et 70, est désormais auréolée de nostalgie.
Décennie funeste où la laideur et la démagogie ont scellé un pacte diabolique. Les espoirs y ont été piétinés avec allégresse. Les faux-semblants y ont pullulé, un peu partout, dans les médias et les hémicycles, à la sortie des usines ou des boîtes de nuit. Halo de mort réhaussé d’une couleur fluo criarde, voilà ce qui restera dans les mémoires. Bien sûr que je suis injuste, les années 1970 poseuses et politiquement indécentes n’étaient guère plus clairvoyantes. Et les Sixties avec leur fausse libération et la naissance d’une jeunesse, consommatrice et individuelle, n’ont pas tellement brillé par la suite. Chaque époque est vouée à l’échec et au ressentiment. Je ne parle même pas ici de la mienne. Génération perdue qui s’abstint de tout engagement, réfractaire à l’action et au changement, cherchant désespérément le CDI et la voiture de fonction. Quelle infamie d’avoir eu vingt ans au milieu des années 1990.
Tous les objets sentaient le factice. Tout sonnait faux. Nous étions à l’ère du toc et du bourrage de crâne. Sous le coup de l’asservissement idéologique et de la loi du marché, nous étions pris en tenaille. Notre industrie se désagrégeait lentement pendant que notre nation se disloquait doucereusement. Nous avons écopé d’une double peine, d’une double catastrophe, l’hégémonie d’une Europe assimilatrice et de l’homofestivus. Si l’on y ajoute des monospaces dans les rues et l’autofiction dans les librairies, vous comprendrez l’état actuel de notre délabrement intellectuel. Alors, c’est remonté comme un pré-quinqua amer et vindicatif que je me suis rendu au Musée des Arts Décoratifs avec la ferme intention de saborder l’énergie des années 1980, d’y fustiger leur force tranquille et d’y pointer toutes les aberrations esthétiques. On connaît la chanson, elle sert de mémorandum : clip, fric, pub, dope et SIDA, musique urbaine et grands travaux, Mai 81 et tournant de la rigueur, Montand transfert du PCF à Vive la Crise ! GTI Turbo au volant et montre Swatch au poignet, lunettes Mikli et chaussures Éram, Clio Goldsmith et Maruschka Detmers en topless au ciné, Ticket chic et Gini, je t’aime, Starck aux affaires et Putman au musée, Pacadis au Palace et Paradis dans un taxi, Alaïa au corset et Saint Laurent à la Fête de l’Humanité, col mao à l’assemblée et denim signé Marithé et François Girbaud. Le triumvirat Goude, Mugler et Séguéla, tu ne dépasseras pas ! Bien sûr, on peut railler, la moquerie est salutaire, mais la tendresse nous rattrape. Nous sommes trop sentimentaux, trop attachés aux signaux faibles. Qu’on le veuille ou non, notre adolescence a été bercée par cette décennie-là, par ses excès de moraline et ses injonctions marchandes, par ce joyeux foutoir et cette forme de bordel permanent, par des images et des catafalques. Nous avons tant aimé les pubards croqués par Martin Veyron, leur morgue jubilatoire et leur absence d’interdits. Ils furent probablement les seuls à avoir vraiment tenu leurs promesses.
Le 4 septembre, Myriam avait effectivement enlevé le bas pour le groupe AVENIR. Grace Jones crachait une CX et Julien Clerc grimpait sur le toit d’une BX, Citroën était aux anges. Alice Sapritch vaporisait et se trouvait moins moche. Carole Bouquet conduisait une Ferrari pour Chanel sur du Nina Simone. Il faudrait être folles pour dépenser plus ! Les Roses de Dublin à la télé hypnotisaient les garçons ayant eu la permission de se coucher après 20 h 30 avec cette question toujours sans réponse : où es-tu Spring Kavanaugh ? Souad Amidou explosait l’écran dans « P’tit con » de Lauzier. Valérie Mairesse chantait « Bombe anatomique » avec cette accroche indépassable de poésie claudicante « delirium très, très mince ». Que restera-t-il de ces années-là ? Probablement le visage altier de Farida Khelfa et le « body » d’Elle Macpherson. Et puis des vers qui n’étaient pas d’Éluard mais s’imprimaient dans nos têtes : « Je fouille mes poches, je sais c’est moche » ; « Mais c’est la mort qui t’a assassiné Marcia » ; « Mais cette machine dans ma tête, machine sourde et tempête » ; « Elle s’en fout, elle balance son cul avec indolence » ; « J’vais pas t’laisser partir avec un légionnaire en perm » ; « Mais de vous à moi je vous avoue que je peux vivre sans vous », etc…
«Années 80: Mode, Design et Graphisme en France», exposition au Musée des Arts Décoratifs, jusqu’au 16 avril 2023.
Dans le cadre du «Budget participatif», de nombreux projets sont proposés aux Parisiens qui votent pour les meilleurs. Certains projets sont inévitablement au service d’idéologies diversitaires.
Cet automne, les Parisiens ont été invités à voter sur les 204 projets proposés dans le cadre du budget participatif 2022 : 82 millions d’euros ont été alloués par la Ville de Paris au financement des meilleurs projets, au niveau de la capitale ou des arrondissements, dans différents domaines allant de la transition écologique à « l’agriculture urbaine » en passant par la solidarité ou l’éducation. À côté d’actions tout à fait pertinentes, comme la rénovation de bâtiments scolaires, on trouve des propositions répondant aux préoccupations des bobos, comme la construction de parkings à trottinette ou la création d’« espaces de jeux inclusifs » destinés à encourager garçons et filles à partager les mêmes « pratiques ludiques ». Un comble a été atteint dans le 18e arrondissement avec un projet qui, pour la bagatelle de 30 000 euros, promettait de fournir les écoles et les lieux culturels en « kits de jouets » afin de sensibiliser les enfants au sort des SDF ! Autant dire que, dès le plus jeune âge, il convient de déprimer l’enfance en lui faisant porter le poids du monde. On se demande de quoi pourraient être constitués ces kits. De Légos, avec lesquels les petits pourront fabriquer des trottoirs, des matelas, des canettes de bière et – pourquoi pas ? – des mégots ? Ça doit être dur, mais plus facile pour des petits doigts. Avec des Playmobil en guise de SDF auxquels nos chers enfants enfileraient des manteaux de poupée Barbie pour que les malheureux n’aient pas froid l’hiver ? 30 000 euros pour tranquilliser la conscience des parents, une somme qu’on aurait pu affecter à un projet d’insertion de sans-abri.
Scandale dans le Landernau : une enseignante de Philosophie du lycée Watteau de Valenciennes avait prévu, le 2 décembre, une excursion avec l’une de ses classes aux abords d’un camp de migrant. « L’extrême-droite », comme disent en chœur Libé et Le Monde, s’en est émue — et a perdu une bonne occasion de s’attaquer aux vrais problèmes, estime notre chroniqueur.
Comme le raconte Libé, le projet pédagogique, intitulé « exil et frontières », était simple : « C’est dans le cadre du programme d’une classe préparatoire littéraire, qui se déroule entre septembre 2022 et juin 2023, et regroupant trois disciplines : théâtre, culture antique et philosophie. Les questions abordées sont celles de l’exil et de la citoyenneté », explique auprès de France 3 l’enseignante à l’origine de la sortie scolaire. Concrètement, le groupe d’élèves en classe préparatoire Hypokhâgne devait se rendre à Calais afin d’y rencontrer notamment une association de soutien aux exilés avec laquelle l’enseignante a, semble-t-il, des contacts privilégiés.
Du coup, dès le 28 novembre, le réseau de « parents vigilants », émanation de Reconquête, a sonné l’alarme. Le délégué local du micro-parti d’Eric Zemmour, Simon Flahaut, a dénoncé sur Twitter le « combat idéologique » de l’enseignante, immédiatement qualifiée de « pro-immigration », et, relayée par le député RN Sébastien Chenu, l’a soupçonnée d’instrumentaliser ses élèves (qui sont probablement majeurs, pour la plupart). Une accusation reprise par Patrick Jardin sur le site de Riposte laïque, et les commentateurs ont surenchéri.
Les réseaux sociaux étant ce que nous savons, c’est-à-dire un pilori moderne, la prof a été l’objet de menaces qui l’ont incitée à porter plainte, d’autant qu’elle a immédiatement bénéficié de la protection juridique des fonctionnaires — les militants du Z devraient se renseigner sur les procédures avant de porter le pet. Tout cela a donné du grain à moudre aux écologistes et au PS, dont le lider maximo, Olivier Faure, tout content de gagner en visibilité sans avoir à porter de talonnettes, a déclaré sur Twitter : « Cette histoire est édifiante. Le parti de Zemmour utilise les mêmes méthodes et intimidations que les islamistes radicaux pour faire pression sur les enseignants ». Et de faire un amalgame assez répugnant avec le cas de Samuel Paty il y a deux ans. On efface ainsi l’islamo-gauchisme sous l’image de l’islamo-fascisme.
Succès complet. Le Monde en a rajouté une couche, une pétition — inévitablement co-signée par le dernier Prix Nobel — a permis au « quotidien du soir », qui n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut du temps d’Hubert Beuve-Méry, de battre le rappel des derniers lecteurs. Et de détailler le « projet pédagogique » : « La journée à Calais devait « modestement » permettre une introduction aux méthodes de la recherche en sciences sociales», détaille Sophie Djigo, chercheuse et enseignante en philosophie, à l’origine du projet. Etait ensuite prévu «un volet conceptuel d’analyse et de documentation de la frontière», notamment en philosophie, avec des penseurs comme Hobbes et Montesquieu, ainsi qu’un retour sur l’œuvre d’Ovide, portant sur « l’exil dans le monde antique ».
Il n’est pas jusqu’au ministre qui ne se soit emparé de l’affaire, saisissant l’occasion d’affirmer que l’un des objectifs de l’enseignement est de se battre contre les idées néfastes du Front national. Pierre Cretin en a écrit sur Causeur ce qu’on pouvait en dire.
J’ai pris le temps de résumer l’affaire, parce qu’elle cumule tout ce que l’on ne doit pas faire, en termes de communication lorsqu’on prétend critiquer le système éducatif, y compris une attaque nominale sur une enseignante, ce qui prête le flanc à tous les dépôts de plainte imaginables, ce dont la dame ne s’est pas privée. Mais surtout, parce qu’elle témoigne de la méconnaissance totale par les zemmouriens des vrais problèmes de l’Education nationale.
Remarquons au passage ce glissement de la philosophie aux « sciences sociales », sciences molles, attrape-tout, véritable blob mental qui s’annexe aussi bien la philo, les Lettres, l’Histoire et la géographie. Les « Sciences Economiques et Sociales » oublient trop souvent l’étude de l’économie pour faire de l’impressionnisme sociologique propre à hameçonner l’innocent. Tous ces bâtards de Bourdieu et Passeron — sans avoir l’exigence de l’un ou de l’autre — ont envahi le champ scolaire, à commencer par la pédagogie elle-même, qui se gargarise de « sociologie » des élèves, afin de justifier leur enseignement de l’ignorance.
On aura noté le « projet pédagogique » (le « projet » est au cœur du dispositif pédagogiste, la bonne intention excuse de ne faire ni français, ni maths, ni histoire, ni rien). Etudier Hobbes, Montesquieu, Ovide, fort bien. Mais pourquoi perdre des heures à se déplacer dans un camp de réfugiés ? Les grands textes philosophiques ne se suffisent-ils plus ?
Le problème n’est même pas de savoir si c’est bien ou mal d’aller faire du tourisme misérabiliste dans des camps de réfugiés (prendront-ils des selfies ?), comme les touristes réels excursionnent à Haïti. Le problème, c’est la sortie scolaire en soi.
Rappelons qu’une sortie scolaire, qui occupe au minimum une demi-journée, empêche les élèves de suivre non seulement les cours de l’enseignant qui organise la virée hors les murs, mais ceux des collègues qui avaient cours juste avant ou après lui. Sans compter qu’il faut en théorie un acccompagnant pour 11 élèves, pour des questions de sécurité faciles à comprendre — et que les enseignants mobilisés pour encadrer une classe laissent en jachère les autres classes auxquelles ils étaient censés faire cours.
Dans la « première époque » de la Fabrique du crétin (2005), je fustigeais déjà la tendance irrépressible à faire l’école « hors des murs ». « C’est au nom de la même idéologie pédagogiste du « lieu de vie’’, écrivais-je, que la SORTIE SCOLAIRE est devenue le must, le sésame, le nec plus ultra, le schibboleth de l’éducation : centrale nucléaire, savonnerie, forum des métiers, musée, chocolaterie, plage mazoutée, salon de l’étudiant, parc naturel régional, Comédie-Française, marais salants, Futuroscope, raffinerie de pétrole, ciné-club, Schtroumpfland, élevage de ratons laveurs, tout est bon, même et surtout n’importe quoi, pourvu que l’on puisse extraire l’apprenant de son environnement scolaire, contraignant et restrictif, – forcément restrictif – tant il est vrai que pour le pédago, qui le méprise par principe, le monde des livres est limité […]. La sortie scolaire, avantage non négligeable, permet au professeur zélé non seulement de s’aérer mais aussi de prendre l’air… important, de faire de la mousse, d’être bien vu de l’inspection, apprécié des élèves, estimé des parents, surnoté par son chef, aimé de son concierge, – bref, de se rendre populaire à peu de frais. Du coup, ô perversité suprême, c’est l’enseignant lambda, modestement concentré sur ses cours et sa progression, qui apparaît ringard, le pelé, le galeux, le pauvre besogneux dépourvu du rayonnement nécessaire à la bonne marche du système, puisque, rappelons-le, l’essentiel, désormais, c’est de SORTIR. Ouvrir sur l’extérieur. Quel extérieur, peu importe, car tout se vaut, de Disneyland à l’Opéra Garnier. Ce qui compte, pour la nouvelle pédagogie, c’est de discréditer l’établissement comme lieu d’apprentissage culturel et d’inculquer l’idée, lentement mais sûrement, aux chères têtes blondes, que l’on peut s’instruire sans travailler».
On voudra bien me pardonner de me citer : rien n’a changé depuis 2005, sinon en pire. Les pauvres sont sans cesse en sortie, afin, me disent les collègues qui participent à ces mascarades pseudo-éducatives, de concurrencer un peu les riches, qui sortent, eux, avec leurs parents. À Marseille, cela consiste à emmener chaque matin des classes entières de Primaire sur l’archipel du Frioul, afin, sans doute, qu’ils apprennent l’orthographe et la grammaire en observant les goélands. Ou à traîner leurs aînés au théâtre ; et dans la cité phocéenne, assister aux spectacles de Macha Makeiev, cela consiste à descendre dans l’infra-monde. Encore une fois, ce sont les élèves les plus démunis, culturellement parlant, qui font les frais de ces bonnes intentions. Ils avaient besoin de savoirs solides, on leur inflige la société du spectacle.
Il faudrait décréter, d’urgence, que chaque classe n’aura droit, désormais, qu’à une sortie par an. Cela donnera aux enseignants l’occasion de réfléchir.
Ceux qui hurlent à l’intoxication idéologique à propos de cette sortie-là n’ont pas réfléchi trois secondes. L’idéologie scolaire dominante ne consiste pas à faire l’apologie des victimes ni à culpabiliser les élèves nantis. Ça, c’est de la mousse. La vraie idéologie qui mine l’Ecole consiste à ne rien faire, ou à en faire le moins possible. À ne rien apprendre, à ne rien transmettre. Tout est prétexte à autre chose qu’à l’étude. On part en balade, et on revient les mains vides.
Encore faudrait-il qu’il y ait dans ces groupuscules qui montent sur leurs grands chevaux à la moindre provocation des gens qui connaissent le système, et qui pensent. Mais depuis que l’on m’a expliqué qu’il y avait autour du Z de fringants jeunes gens tout à fait aptes à réfléchir, j’ai compris. Là encore l’incompétence a gagné.
La presse d’État fait honte. Elle est l’héritière de La Pravda qui s’était mise au service du parti communiste. Sous couvert de pureté morale, ses journalistes immaculés s’inscrivent dans cet assujettissement. Ils sont, dans leur docilité, des désinformateurs en puissance.
Ne prenez pas la main qu’ils vous tendent : leur prétention à l’honnêteté est suspecte. Depuis le 16 novembre, des journalistes de la radio-télévision d’État se proposent de choisir pour vous les bonnes informations et d’être des guides désintéressés. Vous avez pu apercevoir leur message publicitaire : 14 clercs médiatiques, vêtus d’un T-shirt blanc, rassemblés sous le slogan : « Info ou intox ? On vous aide à faire le tri ». Signé : France TV. Le groupe France Télévisions précise, pour s’en flatter, qu’il « s’implique au côté du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse et se mobilise dans un mouvement de lutte contre la désinformation ». George Orwell avait mis en scène Big Brother et son service du « contrôle de la réalité ». France TV se propose pareillement d’aider le pouvoir à imposer son narratif en traquant les fakes news, les propos haineux, les complotistes : des accusations habituellement lancées par la Macronie contre ceux qui doutent de la parole officielle.
Ces médias d’État (France 2, France Inter, France Culture, France Info, etc.) font honte. Ils sont les héritiers de La Pravda, qui s’était mise au service du parti communiste. Sous couvert de pureté morale, ces journalistes immaculés s’inscrivent dans cet assujettissement. Ils sont, dans leur docilité, des désinformateurs en puissance. Ils s’autoproclament gardiens de la vérité autorisée, mais ont renoncé à l’esprit critique. Ce clergé propose un journalisme de propagande, construit sur l’infantilisation du citoyen, la rééducation de la masse, la dénonciation du déviant. Dans La Mort est mon métier, Robert Merle fait dire à son personnage devenu gardien de camp nazi : « Notre devoir, notre seul devoir était d’obéir. » C’est vers ce monde enténébré que tend l’audiovisuel public quand il se met servilement du côté du manche et de la brosse à reluire. Kant avait institué le « Sapere aude » (« Ose penser par toi-même ») d’Horace comme symbole des Lumières. Dans son enrégimentement, la chute de France TV est vertigineuse.
Ces anges purificateurs voient les médias comme des outils de redressement. Ils méprisent la liberté d’expression, redoutent le pluralisme, triturent les faits. En plus de quarante ans de carrière, je n’ai jamais été convié dans l’univers aseptisé de France Inter. Lorsque Elon Musk a fait connaître début novembre son intention de racheter Twitter, cette radio a choisi de traiter l’information en soulignant qu’elle rendait « la fachosphère » et « l’extrême droite euphoriques ». Lorsque le député RN Grégoire de Fournas a été sanctionné pour avoir dit de l’Ocean Viking, ce navire humanitaire qui a débarqué ses 234 passagers désormais dans la nature, « qu’il retourne en Afrique ! », le même média public a expliqué que l’élu avait été « exclu 15 jours après ses propos à teneur raciste ». En réalité, Fournas a été sanctionné pour « tumulte », rien dans ses propos ne relevant du racisme. Le service public n’a pas ébruité le blanchiment en première instance du professeur Christian Perronne, poursuivi par le Conseil de l’ordre des médecins pour avoir critiqué la politique sanitaire du gouvernement. Et quand, le 10 août, France 2 a voulu dénoncer un bombardement attribué à la Russie sur la centrale nucléaire de Zaporijia, la chaîne a fait passer une cheminée bancale pour un missile planté sur un toit…
La pensée récurée, le contrôle social et l’embrigadement des esprits sont des poisons pour la démocratie. Quand le pluralisme des opinions devient suspect, y compris au cœur d’un journalisme inféodé au pouvoir, la dérive totalitaire se profile. Les blanchisseurs d’infos de France Télévisions sont des idéologues. Ils sont semblables aux maltraitants de la liberté d’expression. Ceux-ci rêvent d’étouffer les réseaux sociaux et de faire taire les dissidents. Il va de soi que des modérations s’imposent pour interdire les appels au meurtre, à la violence, au racisme, à l’antisémitisme, à la pédophilie, etc. Musk affole la basse-cour pour s’être présenté en « absolutiste de la liberté d’expression » et pour avoir rétabli le compte Twitter de Donald Trump. Mais Musk n’a jamais prétendu laisser Twitter ouvert au pire. Laetitia Avia, non contente d’avoir signé sa loi liberticide, assure, avec Rachel-Flore Pardo (Le Monde, 31 octobre) : « Bien sûr qu’il faut davantage réguler les géants de la communication publique que sont Facebook, Twitter, Google, TikTok et Instagram, mais on ne peut plus laisser Telegram [NDLR : messagerie privée] hors des radars ! » Cette frénésie de surveillance des pensées, y compris par l’Arcom (ex-CSA), révèle un pouvoir en sursis.
Tous ces gens-là doivent être nommés pour ce qu’ils sont : des dangers pour les libertés individuelles et les opinions intimes. Il aura fallu attendre que Jean-François Delfraissy quitte sa présidence du conseil scientifique, fin juillet 2022, pour qu’il reconnaisse, outre la médiocrité des vaccins, l’autoritarisme de l’État qui a négligé l’avis des citoyens et fait passer « la santé avant l’humanité ». Le service public de l’information n’aura jamais eu un mot pour alerter contre les dérives autoritaristes de l’hygiénisme d’État. Il n’aura jamais eu un mot pour mettre en garde, sinon après les Carabiniers, contre les assauts sectaires des nouvelles religions scientistes, écologistes, wokistes. Il aura radoté que l’islam est une religion de paix et de tolérance, que l’immigration est une chance, que le populisme est le danger. Des journalistes se sont dernièrement donné une « charte » pour être « à la hauteur de l’urgence climatique » et « pratiquer un journalisme bas carbone », en excluant d’entendre ceux qui doutent de l’entière responsabilité humaine dans le réchauffement.
Mais qui est encore dupe ? La lutte contre les « fake news », les « propos haineux » ou « complotistes » sont d’abord des prétextes pour nier des réalités dérangeantes. Il ne revient pas à un juge de dire si une information est bonne à dire, aimable à recevoir, admissible par le système. Il ne revient pas à un « fact-checkeur » autoproclamé de décider qui doit être dénoncé ou réduit au silence. Il est urgent de libérer France Télévisions de ses censeurs.
On assiste actuellement à une multiplication apparemment exponentielle de chèques et de primes offerts par le gouvernement. On ne sait pas de quel puits magique va sortir l’argent pour les financer. Et surtout, afin d’en bénéficier, on est obligé, dans beaucoup de cas, d’entamer des procédures de réclamation absconses et interminables.
Maintenant il faut un ordinateur et une connaissance approfondie de la navigation sur les sites administratifs (au téléphone il n’y a personne qui répond). C’est donc technique pour profiter des aides de l’État qui me sont attribuées juste « parce que je le vaux bien ». J’ai peur toutefois que les chèques soient sans provision et le bienfaiteur en chef très à découvert ! On finit par nous stresser avec cette méga dette, faut profiter pendant qu’il est encore temps.
On ne fait donc plus rien sans vérifier si ce peut être gratos ou subventionné.
Par exemple, je ne demande même plus d’aide à la gent masculine de la maison qui finissait par se revendiquer déconstruite pour ne pas changer l’ampoule ! Maintenant ils me brandissent « l’aide réparation », je n’ai qu’à chercher, disent-ils. Idem pour mon vélo: s’il déraille j’ai le chèque réparation vélo (je n’ai pas osé le proposer au voisin qui m’aidait).
La « prime Rénov » me fait rêver, qu’est-ce que je pourrais bien rénover ? Sachant que j’ai la prime « avance rénovation », ça me donne le temps de réfléchir et je suis en train de voir si je ne peux pas faire passer là-dessus un peu de déco.
Les enfants rechignent, eux, sur le « pass culture »; heureusement ils ont trouvé des activités à détourner hors musées, sachant déjà qu’avec « l’allocation de rentrée » ils ont économisé pour changer de portable (il parait que c’est obligatoire à l’école, le portable, pour faire des recherches…). Ils ont aussi adoré « l’allocation de rentrée sportive », encore très mystérieuse pour moi. Il parait que c’est pour acheter un skateboard parce qu’ils regardent trop la TV et leur ordi – faut qu’ils sortent.
On attend la « prime Noel 2022 ». Le plus petit demande si cela remplace la lettre au père Noel au cas où les postes seraient en grève et ne pourraient pas effectuer le tri et les prises de commandes. Comment leur dire que le père Noel n’existe pas sous forme de prime si le président de la République affirme que c’est lui ?
Pour l’énergie, alors là c’est une merveille, sauf que personne dans mon entourage n’a vu sa note baisser ! Pour l’essence, j’ai 100 euros à gratter avec déclaration sur l’honneur, j’ai eu un mal fou à expliquer aux enfants ce que c’est que l’honneur et pourquoi il fallait jurer pour avoir un chèque… C’est au cas où on n’y aurait pas droit, leur dis-je. Ils ne comprennent rien, pourtant il faut que ce soient eux qui s’en occupent sur internet, trop compliqué pour le reste de la famille: « T’inquiète ! m’ont-ils dit, on va les avoir tes 100 euros », en plus ça s’ajoute à la « Ristourne essence à la pompe ». Pas bien compris la ristourne !
Pour le chauffage, c’est simple, j’ai le bouclier tarifaire électricité + gaz, mais où trouve-t-on le bouclier ? On m’a dit de ne pas chercher, que je ne m’en apercevrai pas, c’est inclus dans la facture, le bouclier. Quant au « Chèque énergie », il parait que c’est comme le « Coup de pouce économie d’énergie ». Sans compter les aides pour les entreprises de « fourniture d’énergie », ça marche peut-être puisque j’ai une entreprise unipersonnelle. Le « Chèque pour se chauffer au fioul », ça j’ai compris: il faut se chauffer au fioul, forcément, sinon on n’y a pas droit, quoique ?
Franchement, c’est le moment de toucher ma « prime rénov sérénité » parce que je craque : c’est moi qu’il faut rénover ? Et ma sérénité en ce moment est très ébranlée. Remarquez, on finira par s’en tirer car il y a une « prime non expert » et c’est certainement pour tout le monde.
Maman est enchantée : « Sortir Plus », une aide pour les retraités Agirc-Arcco, destinée aux personnes isolées de plus de 80 ans (elle prétend qu’elle est isolée !), met à sa disposition un accompagnateur véhiculé pour faire ses courses, se rendre chez le coiffeur ou à la banque… Son rêve ! Sauf qu’elle proteste parce qu’elle ne savait pas qu’il y avait une aide « Sortir Plus » et elle nous accuse de ne pas la tenir au courant. Elle demande s’il y a un accompagnateur pour les formalités pour obtenir la prime ?
Chercher du boulot c’est tout bénef, jugez un peu : Aide financière à la recherche du premier emploi (on aurait pu y associer les préservatifs gratuits !), Allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), forcément il faut subventionner parce que c’est déprimant et en plus ça rapporte souvent moins que de ne rien faire. Et puis pour ceux qui ne savent vraiment rien faire et depuis toujours, en plus du chômage, ils ont une aide de 1 000 euros pour se former, à condition qu’ils soient chômeurs de longue durée. Le graal, c’est la prime d’activité pour compenser toutes les primes de non-activité.
Pour les jeunes, il y a aussi plein de choses: l’aide « mobili jeune » qui prend en charge une partie du loyer acquitté par ledit jeune. Ils ont aussi une aide à la mobilité internationale… Et pour avoir envie de revenir quand même : une aide pour les vacances en famille – ils n’ont pas l’air emballés par celle-ci, chez nous.
Arriver à bénéficier de tout cela, c’est une activité à plein temps: on attend une aide à l’obtention des aides!…
Une mère japonaise impose une opération à sa fille de neuf ans pour la rendre plus jolie, la filme et poste la vidéo de l’opération en ligne.
La mode des interventions chirurgicales sur des enfants qui n’ont rien à voir avec leur santé physique ne cesse de progresser et les inquiétudes qu’elle suscite aussi. Nos confrères du média numérique Vice viennent de signaler le cas d’une petite Japonaise de 9 ans qui, à l’instigation de sa maman, a subi une première intervention chirurgicale pour corriger les paupières tombantes afin qu’elle soit « plus jolie » [1]. La blépharoplastie dans sa version dite « asiatique » consiste à ouvrir les yeux par la création d’une paupière supérieure munie d’un pli. Les yeux asiatiques, qu’on appelle « monolides », sont généralement à paupière unique. Le nombre de ces interventions explose : en 2020, 64 % de toutes les interventions chirurgicales au Japon étaient des blépharoplasties. La mère, qui s’est fait opérer à 18 ans déclare : « Je n’ai jamais trouvé jolie une fille avec des monolides ». La législation nippone n’interdisant pas aux mineurs de se faire opérer, sous condition d’un accord parental, la mère a pu convaincre sa fille de passer sous le bistouri pour être plus conforme à son idéal de beauté. Ce dernier relève moins d’une fascination pour les femmes occidentales que de l’esthétique kawaï, un terme désignant ce qui est « mignon » et « enfantin ». Le pire, c’est que la mère a posté sur sa chaîne YouTube une vidéo de l’intervention, au cours de laquelle on voit sa fille subir une crise de panique et pleurer car l’anesthésie locale n’a pas fait effet. La petite explique avec des airs de perroquet qui a bien appris sa leçon pourquoi elle a désiré se faire opérer, ayant recours à des arguments – sur la douleur nécessaire pour être belle – inimaginables pour une fillette. Si Dieu a créé l’homme à son image, trop de parents veulent recréer leurs enfants à la leur.
Charles Senard / Capture d'écran YouTube d'une vidéo du 12/10/17 de la chaine Micheline Bourque club de lecture Affaires
Il y a toujours eu beaucoup de préjugés à propos de la philosophie d’Épicure. Notre époque a cru y trouver une justification facile à ses penchants vulgaires. En réalité, l’épicurisme est une véritable sagesse, née en Grèce au IVe siècle avant J.-C. Dans un essai très abordable, Charles Senard met cette philosophie de la vie à la portée de tous.
Dans l’aphorisme n° 45 du Gai Savoir, Nietzsche en décrivait son approche de manière très personnelle, comme d’une pensée au-delà même de toute philosophie : « Oui, disait-il, je suis fier de sentir le caractère d’Épicure autrement que n’importe qui peut-être, et dans tout ce qu’il m’est donné d’entendre ou de lire, de jouir du bonheur vespéral de l’antiquité… » Et Nietzsche concluait avec ce jugement clé : « il n’y eut jamais auparavant pareille modestie de la volupté ».
Humilité retrouvée
Le récent ouvrage de Charles Senard a le grand mérite de bâtir sa réflexion sur l’épicurisme au fil de cette humilité retrouvée. L’auteur, docteur en études latines, nous parle bien sûr un peu d’Épicure, le fondateur de l’École, mais aussi et surtout de ses continuateurs latins, en particulier les poètes Horace et Lucrèce. Le titre qu’il donne à son essai, Carpe diem, est une expression célèbre que l’on doit à Horace. Carpe diem voudrait dire « cueille le jour » ; mais attention, nous précise Senard, ce « n’est pas une invitation à goûter les plaisirs de la vie ». Il explique en effet : « Il s’agit d’autre chose : du rapport avec le temps, de l’angoisse du futur… » C’est que, fondamentalement, les épicuriens essaient de détourner d’eux la peur de la finitude, tel Épicure lui-même qui, dans un passage fameux de sa Lettre à Ménécée, affirmait que la mort n’a aucun rapport avec la vie.
Charles Senard insiste bien sur la place privilégiée que tient la sobriété dans la philosophie épicurienne. Les mots «frugalité» et «prudence» sont aussi de mise, avec elle. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui font que cette pensée trouve aujourd’hui encore un écho particulier chez beaucoup d’esprits : « L’idéal épicurien, écrit Charles Senard, consistant à vivre simplement, dans la sobriété heureuse, chère à feu Pierre Rabhi, entre en résonance avec les aspirations de notre société, sinon avec ses pratiques ». Il y a là une défense et illustration de l’humilité, ou plus précisément de la « pauvreté », comme souverain bien. Senard cite ainsi le stoïcien Sénèque qui ne dédaignait pas certaines leçons apprises chez les épicuriens, et qui recommandait à Lucilius : « Commence à lier commerce avec la pauvreté ».
Épicure conseillait de vivre caché. Et Horace notait, dans ses Odes, qu’« on mène avec peu de choses une vie heureuse ». Horace vivait retiré à la campagne, et, lorsqu’il n’y recevait pas ses amis, s’adonnait au « docte loisir » (l’otium), c’est-à-dire à l’étude de la connaissance, « qui a, pour les épicuriens, une finalité éthique, écrit Senard : c’est elle qui permet, en particulier, de ne plus craindre la mort ». Horace était très attaché à ce retrait du monde. Lorsque l’empereur Auguste lui proposa le poste de secrétaire particulier, Horace refusa, « soucieux de sauvegarder sa liberté quotidienne et privée ».
Pour autant, les épicuriens ne sont pas renfermés sur eux-mêmes. La sociabilité joue pour eux un grand rôle ‒ déjà pour Épicure, qui recevait ses élèves dans un Jardin. Son biographe, Diogène Laërce, le précise : « D’une manière générale, son amour de l’humanité s’adressait à tous ». L’amitié, en particulier, tenait chez les épicuriens une place essentielle. Elle était pour eux un plaisir à la fois naturel et nécessaire. On connaît les liens étroits qui se nouèrent entre Horace et son protecteur Mécène, une belle amitié (amicitia en latin) dont Charles Senard analyse les tenants et aboutissants.
On comprend alors mieux peut-être ce que Nietzsche entendait par l’expression que j’ai rapportée au début : « il n’y eut jamais auparavant pareille modestie de la volupté ». Un Nietzsche qui écrivait également d’Épicure : « Pareil bonheur, seul quelqu’un qui souffre sans cesse a pu l’inventer… » Charles Senard, sans bien sûr vouloir être Nietzsche, parvient, grâce à son goût communicatif de l’érudition, à nous mettre sur la voie de ce bonheur, apparu en Europe il y a 2500 ans. Il sait, à travers les textes qu’il cite, nous en faire aimer la saveur primordiale et inoubliable, le mystère définitif.
Charles Senard, Carpe diem. Petite initiation à la sagesse épicurienne, Les Belles Lettres, 2022, 138 pages, 19 €.
Malgré ses 12 étoiles au Guide Michelin, la curiosité, l’audace et l’inventivité du chef Pierre Gagnaire restent intactes. Il continue d’explorer les possibilités que lui offrent les produits du monde entier sans jamais oublier ce qu’il considère comme la base de son métier : le plaisir de ses convives.
Pierre Gagnaire, c’est le chef-artiste, le chef-poète. Ses plats résultent de ses obsessions, de ses recherches obstinées, de ses innovations et de son audace. Mais ce travail acharné reste dans les coulisses. Pour celui qui est à table, n’existe plus que l’émotion, le plaisir des sens. Ce plaisir, Pierre Gagnaire ne l’oublie jamais. Avec ses quelques restaurants, le chef cumule douze étoiles au Guide Michelin. En 2015, il est élu « Plus Grand Chef étoilé du monde » par ses pairs. Contrairement à ce que certains pourraient parfois laisser penser, sa cuisine n’est pas intellectuelle, c’est une cuisine de pulsion, de désir. À sa table, nous redevenons des enfants curieux, et comme des enfants, éblouis, nous découvrons. Il y a l’excellence des produits, bien sûr, mais interprétés par un homme d’exception qui, tel un metteur en scène donnant sa vision d’une œuvre classique sans la dénaturer, nous livre sa version personnelle d’un produit tout en le respectant. Sa cuisine est à l’image de l’homme qu’il est : libre, bonne et généreuse. C’est au Balzac, son bijou de restaurant couronné par trois étoiles, qu’il nous reçoit.
Causeur. La cuisine est-elle une discipline ayant des points communs avec l’art ou est-elle un art à part entière ?
Pierre Gagnaire. C’est la première version qui est juste. La cuisine, c’est de l’artisanat. C’est de la répétition, de la transmission. Mais ce qui rapproche parfois la cuisine de l’art, c’est lorsque quelques personnes – dont je crois faire partie – s’emparent de la cuisine pour exprimer une part d’eux-mêmes. Il ne faut pas opposer art et artisanat. L’artisanat est une chose incroyable, c’est un geste particulier qui est peaufiné, qui est parfaitement construit par la répétition et qui crée le savoir-faire. L’artisanat, c’est la perfection. Mon truc à moi, c’est l’émotion plus que la perfection. Ma cuisine est donc plus art qu’artisanat. C’est mon terrain. Dans la vie, il faut connaître son terrain. Je me suis rapidement aperçu que j’avais une forme de créativité, et répéter une même recette toute une vie ne me convenait pas. J’aime chercher, créer indéfiniment, avec le risque d’erreur que cela induit. La plupart de mes plats, je ne les ai même pas goûtés. Je les ai dans la tête. J’ai des intuitions et goûte mes plats de manière parcellaire, je ne fais jamais de grandes réunions avec dix personnes pour goûter une assiette, la déguster, la découper, l’analyser… ce n’est pas mon truc ! Je préfère la pulsion à l’analyse froide. Et cette espèce de vibration de création, cette ébullition d’idées, les gens la ressentent dans la salle. Ils ressentent que nous, en cuisine, nous ne sommes pas « installés ».
Comment créez-vous un plat ?
L’idée vient souvent d’un produit. Une herbe ou une belle poutargue par exemple… je me dis : « Tiens, comment je peux la mettre en scène ? » Je prends mon cahier, mon crayon à papier et je commence à écrire. J’écris, j’efface, je réécris. Je cherche. J’imagine les autres produits que je vais ajouter dans l’assiette. Je suis mes intuitions, je me projette. Un produit en appelle un autre. Je tire la ficelle. Je tâtonne constamment. C’est du bricolage. Et au fur et à mesure, la recette s’écrit. Il y a quelques jours, j’ai rencontré un type qui fait une merveilleuse eau-de-vie de gentiane. Elle est d’une pureté incroyable. Je n’ai pas encore l’idée, mais je sais que je vais créer un dessert dans lequel elle sera mise en majesté. Voilà comment je fonctionne. C’est pour cela que j’ai besoin de concentration. Je cherche tout le temps. Avant le service, je mange toujours seul. Je veux être tranquille. Je suis toujours inquiet, même quand une recette est prête. La quantité astronomique de détails à gérer pour qu’un plat soit réussi crée de l’angoisse.
Lorsqu’on fait une cuisine de « recherche » comme la vôtre, lorsqu’on va toujours plus loin, comment ne pas perdre le client qui est dans la salle ? Se pose-t-on cette question ?
Non, jamais. Bon, je ne vais pas non plus chercher à faire un menu entier avec des choses dont les gens ne sont majoritairement pas friands, comme les abats par exemple. Il ne faut pas racoler à tout prix, mais on a quand même envie de faire plaisir à celui qui vient manger chez nous.
Les préoccupations liées aux problèmes climatiques sont de plus en plus fortes. Vous souciez-vous du bilan carbone des produits que vous utilisez ?
Je viens d’une ville modeste et d’une famille où l’on ne gâchait pas. J’ai gardé ça. J’achète juste et je sers juste. Beaucoup de cuisiniers gâchaient autrefois. C’est de moins en moins le cas. Par exemple, le turbot était souvent servi en carré. Un turbot n’est pas carré ! Si c’est le cas, ça veut dire que le cuisinier le découpe et jette le reste à la poubelle. Pour moi, c’est hors de question, je n’ai jamais fait ça. Chez moi, tout doit être utilisé. Dans mes restaurants, il y a une forme d’explosion, d’abondance, c’est vrai. Mais tout est utilisé, on ne jette rien. En revanche, je ne vais sûrement pas me priver d’un beau produit qui peut alimenter ma créativité parce qu’il vient d’Espagne ou d’Italie. Je suis sensible aux problèmes climatiques, et étant moi-même obsédé par le gâchis de l’eau, je comprends que les gens soient préoccupés par le bilan carbone. Mais pour être irréprochable, je mets tout mon cœur à travailler le produit qui vient de loin, à le sublimer. C’est-à-dire que si j’ai rendu hommage au produit, que celui qui mange le plat passe un moment de grand plaisir et que cela lui laisse un souvenir, cela aura alors valu la peine de le faire venir de loin. C’est mon engagement à moi. Faire en sorte que le produit ne soit pas venu pour rien.
Quelle est la part de tradition dans votre cuisine ?
Elle est très forte ! Ma cuisine est innovante, certes, mais elle se fonde sur un savoir-faire et une histoire français, sur des bases patrimoniales. La cuisine italienne est très bonne, mais il n’y a pas toutes les sauces que nous avons, ni les modes de cuisson. Notre pays a une culture gastronomique immense, avec des écoles et des traditions solides. Et puis le vocabulaire culinaire français… C’est d’ailleurs intraduisible ! Faire rissoler, pincer, sertir, singer. J’innove, je recherche bien sûr, mais en m’appuyant inconsciemment sur cette longue et riche histoire. D’ailleurs, je crois qu’il nous serait impossible de cuisiner en faisait fi de cette tradition. Que nous le voulions ou non, nous en sommes imprégnés.
Vous avez beaucoup de respect pour Paul Bocuse mais, ce n’est pas sa cuisine qui vous intéresse. Est-ce parce que, chez lui, il n’y a que la tradition et pas la recherche ?
Bocuse avait quelques plats qu’il réalisait parfaitement. C’était très bon, mais c’était toujours les mêmes. Gratin de queues d’écrevisses, loup en croûte, rougets en écailles, sole au champagne… autant de plats qu’il avait souvent appris dans le passé mais cette répétition perpétuelle n’était pas ce que je voulais faire. On en revient à ce que je disais sur l’artisanat. Cependant, j’aimais l’homme. C’était un personnage de roman qui fascinait le monde. Il avait un charisme incroyable. Et c’était un homme très généreux qui aimait profondément les gens, malgré sa mauvaise foi légendaire.
Selon vous, la cuisine doit-elle réconforter ou déranger ?
Un peu les deux ! Mais elle ne peut pas uniquement venir déranger. Il faut qu’il y ait du plaisir, de la tendresse. Ferran Adrià, par exemple, le chef espagnol maître de la cuisine moléculaire, n’a duré qu’un temps. C’était une expérience intéressante, mais on n’avait pas forcément envie d’y retourner alors qu’il était un génie. À l’époque, la presse américaine l’encensait et dézinguait la cuisine française. Nous, on passait pour des ringards. Mais finalement, ça s’est rééquilibré. La cuisine française garde une place d’exception et continue de rayonner dans le monde entier.
Dans vos restaurants, le rituel est-il important ?
Oui, évidemment. Mais ce rituel n’est pas austère. Il est lumineux, car il est teinté de courtoisie, de chaleur, de gentillesse. L’accueil et le plaisir de recevoir sont très importants. Aujourd’hui, c’est d’ailleurs souvent un problème. On perd un peu cela, parfois, dans les métiers de service. Ces métiers demandent de l’abnégation. Ils demandent de s’occuper de l’autre et de s’oublier un peu. C’est très important de s’oublier pour faire plaisir aux autres. Faire plaisir, c’est une des bases de notre métier, on ne doit jamais l’oublier.
La gastronomie, c’était mieux avant ou c’est mieux maintenant ?
On mange vraiment mieux aujourd’hui qu’il y a trente ans ! La cuisine est plus digeste, on utilise beaucoup plus de légumes. Elle est aussi plus variée, plus créative et plus belle. Les produits du monde entier ont enrichi notre cuisine. Les viandes, les légumes, les épices… c’est une richesse extraordinaire ! Et pour nous les cuisiniers, c’est beaucoup moins dur aujourd’hui. Les cuisines sont mieux éclairées, mieux ventilées, le matériel est moins lourd. Autrefois, il faisait plus de soixante degrés dans certaines cuisines. Techniquement, nous travaillons dans de meilleures conditions. La reconnaissance est plus grande aussi. Regardez, par exemple, il y a vingt ans, vous ne vous seriez jamais intéressé à un cuisinier. Aujourd’hui, on nous porte un réel intérêt. Et je trouve cela assez justifié. Ici, au Balzac, les gens passent souvent un moment dont ils se souviendront. Pendant trois heures, nous leur offrons une parenthèse avec des plats d’exception bien sûr, mais également avec une sélection très pointue de vins, de pains ou encore de cafés. Il y a la mise en scène de la table et le service, avec un rythme pensé pour le confort des convives, la vaisselle est aussi choisie avec la plus grande attention. Ce sont les arts de la table… Nous créons un moment d’ivresse dans lequel les convives vont pouvoir se perdre. Et des années après, ils se souviennent des émotions qu’ils ont éprouvées chez nous. Ce n’est pas rien, franchement, une telle parenthèse. Surtout si l’on en repart avec le souvenir ému.
Nous nous sommes rencontrés par l’intermédiaire de notre ami, l’architecte Rudy Ricciotti. Avec lui, vous produisez un vin. Pouvez-vous nous dire quelques mots de cette cuvée « Gary » ?
Un jour, à Marseille, j’ai visité le Mucem. Là, j’ai été bouleversé par ce bâtiment, cet édifice. À l’heure à laquelle j’y suis allé, dans la lumière qu’il faisait, c’était d’une beauté époustouflante. J’ai pleuré. J’ai absolument voulu rencontrer le type qui avait construit ça ! La rencontre s’est faite et nous nous sommes tout de suite entendus. Un jour, avec Rudy, j’ai bu un châteauneuf blanc magnifique. Il m’a dit que c’était le vin de son cousin et l’idée est vite venue d’en racheter une parcelle. Depuis ma faillite à Saint-Étienne, il y a trente ans, je ne suis plus propriétaire de rien, alors l’idée de posséder un petit lopin de vigne m’a beaucoup plu. On a gardé le vigneron, c’est lui qui fait notre vin. On n’a pas acheté une vigne, on a acheté une œuvre d’art : le châteauneuf-du-pape est un vin très typé, avec des notes de cerise et de cassis, il est à la fois très expressif et très délicat. Sincèrement, c’est une merveille.
Pierre Gagnaire. / Guillaume Brunet-Lentz
La question de David Belugou
Cher Pierre Gagnaire, pouvez-vous nous dire quelques mots du costume de cuisinier ?
Ah ! Ça, c’était mieux avant ! Autrefois, les vestes étaient faites en coton d’Égypte. Le touché était incroyable. Aujourd’hui, ce n’est plus la même qualité. Mais j’aime beaucoup nos vestes, elles ont quelque chose de solennel. Ce que je préfère dans mon costume, c’est le tour de cou. Ce petit foulard noué donne beaucoup d’allure, c’est très élégant. Et il nous protège du chaud et du froid. En revanche, il y aurait un effort à faire sur les pantalons et les chaussures, ils ne sont jamais très beaux. Une autre chose sur laquelle je suis très à cheval, c’est que le costume soit blanc, et pas noir comme on le voit de plus en plus souvent. Je préfère le blanc. C’est net, immaculé, pur. Avec le blanc on ne triche pas, c’est en accord avec ce que j’essaie de faire dans ma cuisine.
Entre les policiers qui doivent accompagner les enfants à l’école pour assurer leur sécurité, les services de pédiatrie aux abois et le bourrage de crâne LGBTQ+, il est grand temps que la France réagisse pour préserver ses enfants.
La France ne protège plus ses enfants. A Paris dans certains quartiers le danger est tel que la police doit les accompagner sur le chemin de l’école, qui est aussi le chemin du trafic et de la consommation de drogues dures. Le crack, entre autres, génère des zombies capables de violence, d’exhibition, de comportements barbares. Avec ces gardes du corps on évite le pire, peut-être, mais que se passe-t-il dans le cœur de ces enfants angoissés, et de ces parents désemparés ?
La France ne protège plus ses enfants. A Mayotte ils se font agresser à coups de machette dans les cars scolaires. Des écoles s’entourent de barbelés dans l’espoir de se protéger de la voyoucratie générale. Des suppliciés sont démembrés avant d’être tués. Dans la capitale même, la mort est mise en scène pour semer l’effroi. Les Français n’en peuvent plus et se sentent abandonnés face à une invasion migratoire incontrôlée, voire encouragée, puisque pour faire face à la pression sur les maternités (12000 naissances prévues en 2022) la construction d’un nouvel hôpital est programmée.
La France ne protège plus ses enfants. Elle se donne à quiconque frappe à sa porte. Elle se donne même à ceux qui forcent sa porte ou qui passent par la fenêtre, et qui se conduisent chez leur hôte comme s’ils étaient chez eux.
Et il faut, par exemple, supporter les supporters du Maroc, qui sous prétexte de victoire footballistique s’autorisent à envahir les rues, les boulevards et les avenues, comme si le pays où ils vivent n’existait pas. Cela avec le cortège de fusées, de mortiers, de rodéos, voire d’émeutes qui accompagnent toujours ce genre de joyeusetés.
La France ne protège plus ses enfants. Dès leur plus jeune âge, ils se voient convier, dans le cadre de manifestations très officielles à des «Lectures pour les petits (3-5 ans), les histoires choisies porteront sur les questions d’identité de genre, parce qu’il n’est jamais trop tôt pour lutter contre les stéréotypes et les violences sexistes et sexuelles» (Festival des fiertés des 12ème, 13ème et 14ème arrondissement de Paris).
Les écoles ne sont pas plus protégées contre les actions de propagande LGBTQ+ puisqu’on sait que nombre d’associations porteuses de cette bonne parole sont agréées par l’Education nationale. Il faut être d’une grande naïveté pour ne pas voir que, derrière le soi-disant message de respect de l’altérité, se cache une volonté de prosélytisme. Toute ces actions soi-disant éducatives visent à modeler l’esprit des enfants, à un âge où il est particulièrement malléable, ce qui peut se qualifier d’abus de faiblesse.
La France ne protège plus ses enfants. Les petits à l’hôpital doivent être triés pour savoir qui est en plus grand danger, et qui sera transféré à plus de 100 km pour pouvoir être soigné. Les pédiatres, depuis longtemps, supplient les pouvoirs publics d’agir vraiment mais, font-ils remarquer dans une lettre ouverte des 20 et 21 octobre (signée par 4148 soignants en pédiatrie) : « Monsieur le Président, la pédiatrie ne paraît plus être une priorité, pourtant ces enfants sont l’avenir. Les dirigeants actuels et passés ont fermé les yeux sur l’abandon de l’hôpital public et des services de pédiatrie. Ils sont désormais responsables des conséquences sur la santé des enfants ». A cette terrible crise le ministre Braun apporte une réponse qui, si ce n’était pas si tragique, devrait faire rire tant elle est l’archétype de ce que savent faire de mieux nos gouvernants, il annonce : « un travail de refondation en profondeur […] les Assises de la pédiatrie ». Avec les innombrables assises, conventions, commissions, missions « flash », rapports, plans, promesses et rodomontades de toutes sortes qui furent semées depuis quelques dizaines d’années, on se demande pourquoi notre belle terre de France reste toujours en friche.
La France ne protège plus ses enfants, ni ses vieux, ni ses soignants, ni ses policiers, ni ses professeurs, ni ses frontières, ni sa langue, ni sa culture. Elle se croit tellement bonne fille, n’est-elle pas la patrie autoproclamée des droits de l’Homme ? On aimerait qu’elle s’occupe un peu moins des droits de l’Homme en général, et qu’elle se penche un peu plus sur le sort des ses hommes, de ses femmes et de ses enfants en particulier. Les enfants de la Patrie attendent leur jour de gloire.
Nanoucha Van Moerkerkenland / Capture d'écran YouTube d'une vidéo de La Grande Librairie du 27/04/2018
Dans un roman parfois éprouvant, Nanoucha Van Moerkerkenland nous parle d’une enfance saccagée.
Elle s’appelleNanoucha Van Moerkerkenland. Ce nom, qui est un pseudonyme, signifie « le pays des églises murées » en néerlandais. Ça correspond à son roman Amour mineur. En 2012, les Éditions du Rocher avait publié son premier roman, Un seul corps. C’était une histoire dérangeante qu’elle avait signée Stéphanie le Bail, son véritable nom. Mais il lui a fallu tuer ce patronyme pour « ne pas être la fille de ses parents ni la femme de son mari », comme elle me l’a confié. Parallèlement elle est devenue ghost writer pour des personnalités influentes. Sa plume est recherchée. Elle possède le sens de la formule et sait trouver des métaphores originales. Son roman le prouve.
Amour mineur est un livre perturbant, disons-le tout net. Mais la littérature n’est pas faite pour bercer le lecteur, renforcer son penchant naturel pour le déni, elle doit être insupportable, risquée, dangereuse – voyez Salman Rushdie – et c’est comme cela qu’elle est intéressante. À l’instant où il devient père, Léopold voit resurgir ses souvenirs d’enfance. Une enfance saccagée par un adulte, Marcus, un proche de la famille, qui lui a fait subir l’innommable en répugnante compagnie. Léopold délaisse alors sa femme sur le point d’accoucher et entraine le lecteur dans une série de pages à la limite du supportable. Le livre sort au moment où la France découvre le martyre de Lola, âgée de 12 ans, dont on ignore les causes et le déroulement exact. On plonge dans un Paris nocturne où « la caste partage ses lits et ses tables », écrit Nanoucha Van Moerkerkenland. Elle ajoute, sans retenir ses mots : « Vaste marelle incestueuse de la politique, de l’art, des médias et de l’industrie ». Léopold conduit des « clients » dans des appartements cossus où le plus abject de l’homme brise les digues du surmoi. Richard, « un parangon du vice », est de ceux-là. Le style de Nanoucha Van Moerkerkenland fait mouche : « Richard collectionne aussi les cris. Vous me direz que la sidération cloue le bec de l’éphèbe ? C’est vrai. On viole un enfant comme on arrache les ailes d’un papillon : en silence. Il faut des tout-petits pour que ça piaille ».
NVM n’invente hélas rien, sinon la construction éclatée du récit. Elle s’inspire de l’affaire des fichiers de Zandvoort contenant des milliers de scènes représentant des enfants, parfois des bébés, soumis à des crimes sadiques. Ce qu’on nomme encore les snuff movies. « Les jeunes femmes du répertoire de Jeffrey Epstein : peccadilles », écrit cyniquement Nanoucha Van Moerkerkenland. La métropole glauque et grise, en proie aux pires déviances sexuelles, existe. Comme existe le Darknet et ses innombrables consommateurs. La littérature doit servir à dénoncer l’occulte, en usant d’un style bien supérieur à celui déployé par un auteur primé en novembre. Et quand je demande à Nanoucha Van Moerkerkenland pourquoi elle a écrit ce roman, elle me répond : « Sur trois enfants abusés, un reproduira le crime dont il a été victime ». C’est une réalité dont il faut parler, dans un élan cathartique hérité de la tragédie grecque, parce que les esprits sont aussi murés.
Amour mineur, de Nanoucha Van Moerkerkenland, Métropolis, 2022, 160 p., 12€.
Jane Fonda pour Gym Tonic, années 80 / Capture d'écran Youtube d'une vidéo du 19/03/22 de la chaine Tonic
Suite à sa visite de l’exposition « Années 80 », Thomas Morales dresse un portrait un peu moins flatteur mais plus réaliste de cette décennie qui, comme celles des années 60 et 70, est désormais auréolée de nostalgie.
Décennie funeste où la laideur et la démagogie ont scellé un pacte diabolique. Les espoirs y ont été piétinés avec allégresse. Les faux-semblants y ont pullulé, un peu partout, dans les médias et les hémicycles, à la sortie des usines ou des boîtes de nuit. Halo de mort réhaussé d’une couleur fluo criarde, voilà ce qui restera dans les mémoires. Bien sûr que je suis injuste, les années 1970 poseuses et politiquement indécentes n’étaient guère plus clairvoyantes. Et les Sixties avec leur fausse libération et la naissance d’une jeunesse, consommatrice et individuelle, n’ont pas tellement brillé par la suite. Chaque époque est vouée à l’échec et au ressentiment. Je ne parle même pas ici de la mienne. Génération perdue qui s’abstint de tout engagement, réfractaire à l’action et au changement, cherchant désespérément le CDI et la voiture de fonction. Quelle infamie d’avoir eu vingt ans au milieu des années 1990.
Tous les objets sentaient le factice. Tout sonnait faux. Nous étions à l’ère du toc et du bourrage de crâne. Sous le coup de l’asservissement idéologique et de la loi du marché, nous étions pris en tenaille. Notre industrie se désagrégeait lentement pendant que notre nation se disloquait doucereusement. Nous avons écopé d’une double peine, d’une double catastrophe, l’hégémonie d’une Europe assimilatrice et de l’homofestivus. Si l’on y ajoute des monospaces dans les rues et l’autofiction dans les librairies, vous comprendrez l’état actuel de notre délabrement intellectuel. Alors, c’est remonté comme un pré-quinqua amer et vindicatif que je me suis rendu au Musée des Arts Décoratifs avec la ferme intention de saborder l’énergie des années 1980, d’y fustiger leur force tranquille et d’y pointer toutes les aberrations esthétiques. On connaît la chanson, elle sert de mémorandum : clip, fric, pub, dope et SIDA, musique urbaine et grands travaux, Mai 81 et tournant de la rigueur, Montand transfert du PCF à Vive la Crise ! GTI Turbo au volant et montre Swatch au poignet, lunettes Mikli et chaussures Éram, Clio Goldsmith et Maruschka Detmers en topless au ciné, Ticket chic et Gini, je t’aime, Starck aux affaires et Putman au musée, Pacadis au Palace et Paradis dans un taxi, Alaïa au corset et Saint Laurent à la Fête de l’Humanité, col mao à l’assemblée et denim signé Marithé et François Girbaud. Le triumvirat Goude, Mugler et Séguéla, tu ne dépasseras pas ! Bien sûr, on peut railler, la moquerie est salutaire, mais la tendresse nous rattrape. Nous sommes trop sentimentaux, trop attachés aux signaux faibles. Qu’on le veuille ou non, notre adolescence a été bercée par cette décennie-là, par ses excès de moraline et ses injonctions marchandes, par ce joyeux foutoir et cette forme de bordel permanent, par des images et des catafalques. Nous avons tant aimé les pubards croqués par Martin Veyron, leur morgue jubilatoire et leur absence d’interdits. Ils furent probablement les seuls à avoir vraiment tenu leurs promesses.
Le 4 septembre, Myriam avait effectivement enlevé le bas pour le groupe AVENIR. Grace Jones crachait une CX et Julien Clerc grimpait sur le toit d’une BX, Citroën était aux anges. Alice Sapritch vaporisait et se trouvait moins moche. Carole Bouquet conduisait une Ferrari pour Chanel sur du Nina Simone. Il faudrait être folles pour dépenser plus ! Les Roses de Dublin à la télé hypnotisaient les garçons ayant eu la permission de se coucher après 20 h 30 avec cette question toujours sans réponse : où es-tu Spring Kavanaugh ? Souad Amidou explosait l’écran dans « P’tit con » de Lauzier. Valérie Mairesse chantait « Bombe anatomique » avec cette accroche indépassable de poésie claudicante « delirium très, très mince ». Que restera-t-il de ces années-là ? Probablement le visage altier de Farida Khelfa et le « body » d’Elle Macpherson. Et puis des vers qui n’étaient pas d’Éluard mais s’imprimaient dans nos têtes : « Je fouille mes poches, je sais c’est moche » ; « Mais c’est la mort qui t’a assassiné Marcia » ; « Mais cette machine dans ma tête, machine sourde et tempête » ; « Elle s’en fout, elle balance son cul avec indolence » ; « J’vais pas t’laisser partir avec un légionnaire en perm » ; « Mais de vous à moi je vous avoue que je peux vivre sans vous », etc…
«Années 80: Mode, Design et Graphisme en France», exposition au Musée des Arts Décoratifs, jusqu’au 16 avril 2023.
Dans le cadre du «Budget participatif», de nombreux projets sont proposés aux Parisiens qui votent pour les meilleurs. Certains projets sont inévitablement au service d’idéologies diversitaires.
Cet automne, les Parisiens ont été invités à voter sur les 204 projets proposés dans le cadre du budget participatif 2022 : 82 millions d’euros ont été alloués par la Ville de Paris au financement des meilleurs projets, au niveau de la capitale ou des arrondissements, dans différents domaines allant de la transition écologique à « l’agriculture urbaine » en passant par la solidarité ou l’éducation. À côté d’actions tout à fait pertinentes, comme la rénovation de bâtiments scolaires, on trouve des propositions répondant aux préoccupations des bobos, comme la construction de parkings à trottinette ou la création d’« espaces de jeux inclusifs » destinés à encourager garçons et filles à partager les mêmes « pratiques ludiques ». Un comble a été atteint dans le 18e arrondissement avec un projet qui, pour la bagatelle de 30 000 euros, promettait de fournir les écoles et les lieux culturels en « kits de jouets » afin de sensibiliser les enfants au sort des SDF ! Autant dire que, dès le plus jeune âge, il convient de déprimer l’enfance en lui faisant porter le poids du monde. On se demande de quoi pourraient être constitués ces kits. De Légos, avec lesquels les petits pourront fabriquer des trottoirs, des matelas, des canettes de bière et – pourquoi pas ? – des mégots ? Ça doit être dur, mais plus facile pour des petits doigts. Avec des Playmobil en guise de SDF auxquels nos chers enfants enfileraient des manteaux de poupée Barbie pour que les malheureux n’aient pas froid l’hiver ? 30 000 euros pour tranquilliser la conscience des parents, une somme qu’on aurait pu affecter à un projet d’insertion de sans-abri.
Scandale dans le Landernau : une enseignante de Philosophie du lycée Watteau de Valenciennes avait prévu, le 2 décembre, une excursion avec l’une de ses classes aux abords d’un camp de migrant. « L’extrême-droite », comme disent en chœur Libé et Le Monde, s’en est émue — et a perdu une bonne occasion de s’attaquer aux vrais problèmes, estime notre chroniqueur.
Comme le raconte Libé, le projet pédagogique, intitulé « exil et frontières », était simple : « C’est dans le cadre du programme d’une classe préparatoire littéraire, qui se déroule entre septembre 2022 et juin 2023, et regroupant trois disciplines : théâtre, culture antique et philosophie. Les questions abordées sont celles de l’exil et de la citoyenneté », explique auprès de France 3 l’enseignante à l’origine de la sortie scolaire. Concrètement, le groupe d’élèves en classe préparatoire Hypokhâgne devait se rendre à Calais afin d’y rencontrer notamment une association de soutien aux exilés avec laquelle l’enseignante a, semble-t-il, des contacts privilégiés.
Du coup, dès le 28 novembre, le réseau de « parents vigilants », émanation de Reconquête, a sonné l’alarme. Le délégué local du micro-parti d’Eric Zemmour, Simon Flahaut, a dénoncé sur Twitter le « combat idéologique » de l’enseignante, immédiatement qualifiée de « pro-immigration », et, relayée par le député RN Sébastien Chenu, l’a soupçonnée d’instrumentaliser ses élèves (qui sont probablement majeurs, pour la plupart). Une accusation reprise par Patrick Jardin sur le site de Riposte laïque, et les commentateurs ont surenchéri.
Les réseaux sociaux étant ce que nous savons, c’est-à-dire un pilori moderne, la prof a été l’objet de menaces qui l’ont incitée à porter plainte, d’autant qu’elle a immédiatement bénéficié de la protection juridique des fonctionnaires — les militants du Z devraient se renseigner sur les procédures avant de porter le pet. Tout cela a donné du grain à moudre aux écologistes et au PS, dont le lider maximo, Olivier Faure, tout content de gagner en visibilité sans avoir à porter de talonnettes, a déclaré sur Twitter : « Cette histoire est édifiante. Le parti de Zemmour utilise les mêmes méthodes et intimidations que les islamistes radicaux pour faire pression sur les enseignants ». Et de faire un amalgame assez répugnant avec le cas de Samuel Paty il y a deux ans. On efface ainsi l’islamo-gauchisme sous l’image de l’islamo-fascisme.
Succès complet. Le Monde en a rajouté une couche, une pétition — inévitablement co-signée par le dernier Prix Nobel — a permis au « quotidien du soir », qui n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut du temps d’Hubert Beuve-Méry, de battre le rappel des derniers lecteurs. Et de détailler le « projet pédagogique » : « La journée à Calais devait « modestement » permettre une introduction aux méthodes de la recherche en sciences sociales», détaille Sophie Djigo, chercheuse et enseignante en philosophie, à l’origine du projet. Etait ensuite prévu «un volet conceptuel d’analyse et de documentation de la frontière», notamment en philosophie, avec des penseurs comme Hobbes et Montesquieu, ainsi qu’un retour sur l’œuvre d’Ovide, portant sur « l’exil dans le monde antique ».
Il n’est pas jusqu’au ministre qui ne se soit emparé de l’affaire, saisissant l’occasion d’affirmer que l’un des objectifs de l’enseignement est de se battre contre les idées néfastes du Front national. Pierre Cretin en a écrit sur Causeur ce qu’on pouvait en dire.
J’ai pris le temps de résumer l’affaire, parce qu’elle cumule tout ce que l’on ne doit pas faire, en termes de communication lorsqu’on prétend critiquer le système éducatif, y compris une attaque nominale sur une enseignante, ce qui prête le flanc à tous les dépôts de plainte imaginables, ce dont la dame ne s’est pas privée. Mais surtout, parce qu’elle témoigne de la méconnaissance totale par les zemmouriens des vrais problèmes de l’Education nationale.
Remarquons au passage ce glissement de la philosophie aux « sciences sociales », sciences molles, attrape-tout, véritable blob mental qui s’annexe aussi bien la philo, les Lettres, l’Histoire et la géographie. Les « Sciences Economiques et Sociales » oublient trop souvent l’étude de l’économie pour faire de l’impressionnisme sociologique propre à hameçonner l’innocent. Tous ces bâtards de Bourdieu et Passeron — sans avoir l’exigence de l’un ou de l’autre — ont envahi le champ scolaire, à commencer par la pédagogie elle-même, qui se gargarise de « sociologie » des élèves, afin de justifier leur enseignement de l’ignorance.
On aura noté le « projet pédagogique » (le « projet » est au cœur du dispositif pédagogiste, la bonne intention excuse de ne faire ni français, ni maths, ni histoire, ni rien). Etudier Hobbes, Montesquieu, Ovide, fort bien. Mais pourquoi perdre des heures à se déplacer dans un camp de réfugiés ? Les grands textes philosophiques ne se suffisent-ils plus ?
Le problème n’est même pas de savoir si c’est bien ou mal d’aller faire du tourisme misérabiliste dans des camps de réfugiés (prendront-ils des selfies ?), comme les touristes réels excursionnent à Haïti. Le problème, c’est la sortie scolaire en soi.
Rappelons qu’une sortie scolaire, qui occupe au minimum une demi-journée, empêche les élèves de suivre non seulement les cours de l’enseignant qui organise la virée hors les murs, mais ceux des collègues qui avaient cours juste avant ou après lui. Sans compter qu’il faut en théorie un acccompagnant pour 11 élèves, pour des questions de sécurité faciles à comprendre — et que les enseignants mobilisés pour encadrer une classe laissent en jachère les autres classes auxquelles ils étaient censés faire cours.
Dans la « première époque » de la Fabrique du crétin (2005), je fustigeais déjà la tendance irrépressible à faire l’école « hors des murs ». « C’est au nom de la même idéologie pédagogiste du « lieu de vie’’, écrivais-je, que la SORTIE SCOLAIRE est devenue le must, le sésame, le nec plus ultra, le schibboleth de l’éducation : centrale nucléaire, savonnerie, forum des métiers, musée, chocolaterie, plage mazoutée, salon de l’étudiant, parc naturel régional, Comédie-Française, marais salants, Futuroscope, raffinerie de pétrole, ciné-club, Schtroumpfland, élevage de ratons laveurs, tout est bon, même et surtout n’importe quoi, pourvu que l’on puisse extraire l’apprenant de son environnement scolaire, contraignant et restrictif, – forcément restrictif – tant il est vrai que pour le pédago, qui le méprise par principe, le monde des livres est limité […]. La sortie scolaire, avantage non négligeable, permet au professeur zélé non seulement de s’aérer mais aussi de prendre l’air… important, de faire de la mousse, d’être bien vu de l’inspection, apprécié des élèves, estimé des parents, surnoté par son chef, aimé de son concierge, – bref, de se rendre populaire à peu de frais. Du coup, ô perversité suprême, c’est l’enseignant lambda, modestement concentré sur ses cours et sa progression, qui apparaît ringard, le pelé, le galeux, le pauvre besogneux dépourvu du rayonnement nécessaire à la bonne marche du système, puisque, rappelons-le, l’essentiel, désormais, c’est de SORTIR. Ouvrir sur l’extérieur. Quel extérieur, peu importe, car tout se vaut, de Disneyland à l’Opéra Garnier. Ce qui compte, pour la nouvelle pédagogie, c’est de discréditer l’établissement comme lieu d’apprentissage culturel et d’inculquer l’idée, lentement mais sûrement, aux chères têtes blondes, que l’on peut s’instruire sans travailler».
On voudra bien me pardonner de me citer : rien n’a changé depuis 2005, sinon en pire. Les pauvres sont sans cesse en sortie, afin, me disent les collègues qui participent à ces mascarades pseudo-éducatives, de concurrencer un peu les riches, qui sortent, eux, avec leurs parents. À Marseille, cela consiste à emmener chaque matin des classes entières de Primaire sur l’archipel du Frioul, afin, sans doute, qu’ils apprennent l’orthographe et la grammaire en observant les goélands. Ou à traîner leurs aînés au théâtre ; et dans la cité phocéenne, assister aux spectacles de Macha Makeiev, cela consiste à descendre dans l’infra-monde. Encore une fois, ce sont les élèves les plus démunis, culturellement parlant, qui font les frais de ces bonnes intentions. Ils avaient besoin de savoirs solides, on leur inflige la société du spectacle.
Il faudrait décréter, d’urgence, que chaque classe n’aura droit, désormais, qu’à une sortie par an. Cela donnera aux enseignants l’occasion de réfléchir.
Ceux qui hurlent à l’intoxication idéologique à propos de cette sortie-là n’ont pas réfléchi trois secondes. L’idéologie scolaire dominante ne consiste pas à faire l’apologie des victimes ni à culpabiliser les élèves nantis. Ça, c’est de la mousse. La vraie idéologie qui mine l’Ecole consiste à ne rien faire, ou à en faire le moins possible. À ne rien apprendre, à ne rien transmettre. Tout est prétexte à autre chose qu’à l’étude. On part en balade, et on revient les mains vides.
Encore faudrait-il qu’il y ait dans ces groupuscules qui montent sur leurs grands chevaux à la moindre provocation des gens qui connaissent le système, et qui pensent. Mais depuis que l’on m’a expliqué qu’il y avait autour du Z de fringants jeunes gens tout à fait aptes à réfléchir, j’ai compris. Là encore l’incompétence a gagné.
La presse d’État fait honte. Elle est l’héritière de La Pravda qui s’était mise au service du parti communiste. Sous couvert de pureté morale, ses journalistes immaculés s’inscrivent dans cet assujettissement. Ils sont, dans leur docilité, des désinformateurs en puissance.
Ne prenez pas la main qu’ils vous tendent : leur prétention à l’honnêteté est suspecte. Depuis le 16 novembre, des journalistes de la radio-télévision d’État se proposent de choisir pour vous les bonnes informations et d’être des guides désintéressés. Vous avez pu apercevoir leur message publicitaire : 14 clercs médiatiques, vêtus d’un T-shirt blanc, rassemblés sous le slogan : « Info ou intox ? On vous aide à faire le tri ». Signé : France TV. Le groupe France Télévisions précise, pour s’en flatter, qu’il « s’implique au côté du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse et se mobilise dans un mouvement de lutte contre la désinformation ». George Orwell avait mis en scène Big Brother et son service du « contrôle de la réalité ». France TV se propose pareillement d’aider le pouvoir à imposer son narratif en traquant les fakes news, les propos haineux, les complotistes : des accusations habituellement lancées par la Macronie contre ceux qui doutent de la parole officielle.
Ces médias d’État (France 2, France Inter, France Culture, France Info, etc.) font honte. Ils sont les héritiers de La Pravda, qui s’était mise au service du parti communiste. Sous couvert de pureté morale, ces journalistes immaculés s’inscrivent dans cet assujettissement. Ils sont, dans leur docilité, des désinformateurs en puissance. Ils s’autoproclament gardiens de la vérité autorisée, mais ont renoncé à l’esprit critique. Ce clergé propose un journalisme de propagande, construit sur l’infantilisation du citoyen, la rééducation de la masse, la dénonciation du déviant. Dans La Mort est mon métier, Robert Merle fait dire à son personnage devenu gardien de camp nazi : « Notre devoir, notre seul devoir était d’obéir. » C’est vers ce monde enténébré que tend l’audiovisuel public quand il se met servilement du côté du manche et de la brosse à reluire. Kant avait institué le « Sapere aude » (« Ose penser par toi-même ») d’Horace comme symbole des Lumières. Dans son enrégimentement, la chute de France TV est vertigineuse.
Ces anges purificateurs voient les médias comme des outils de redressement. Ils méprisent la liberté d’expression, redoutent le pluralisme, triturent les faits. En plus de quarante ans de carrière, je n’ai jamais été convié dans l’univers aseptisé de France Inter. Lorsque Elon Musk a fait connaître début novembre son intention de racheter Twitter, cette radio a choisi de traiter l’information en soulignant qu’elle rendait « la fachosphère » et « l’extrême droite euphoriques ». Lorsque le député RN Grégoire de Fournas a été sanctionné pour avoir dit de l’Ocean Viking, ce navire humanitaire qui a débarqué ses 234 passagers désormais dans la nature, « qu’il retourne en Afrique ! », le même média public a expliqué que l’élu avait été « exclu 15 jours après ses propos à teneur raciste ». En réalité, Fournas a été sanctionné pour « tumulte », rien dans ses propos ne relevant du racisme. Le service public n’a pas ébruité le blanchiment en première instance du professeur Christian Perronne, poursuivi par le Conseil de l’ordre des médecins pour avoir critiqué la politique sanitaire du gouvernement. Et quand, le 10 août, France 2 a voulu dénoncer un bombardement attribué à la Russie sur la centrale nucléaire de Zaporijia, la chaîne a fait passer une cheminée bancale pour un missile planté sur un toit…
La pensée récurée, le contrôle social et l’embrigadement des esprits sont des poisons pour la démocratie. Quand le pluralisme des opinions devient suspect, y compris au cœur d’un journalisme inféodé au pouvoir, la dérive totalitaire se profile. Les blanchisseurs d’infos de France Télévisions sont des idéologues. Ils sont semblables aux maltraitants de la liberté d’expression. Ceux-ci rêvent d’étouffer les réseaux sociaux et de faire taire les dissidents. Il va de soi que des modérations s’imposent pour interdire les appels au meurtre, à la violence, au racisme, à l’antisémitisme, à la pédophilie, etc. Musk affole la basse-cour pour s’être présenté en « absolutiste de la liberté d’expression » et pour avoir rétabli le compte Twitter de Donald Trump. Mais Musk n’a jamais prétendu laisser Twitter ouvert au pire. Laetitia Avia, non contente d’avoir signé sa loi liberticide, assure, avec Rachel-Flore Pardo (Le Monde, 31 octobre) : « Bien sûr qu’il faut davantage réguler les géants de la communication publique que sont Facebook, Twitter, Google, TikTok et Instagram, mais on ne peut plus laisser Telegram [NDLR : messagerie privée] hors des radars ! » Cette frénésie de surveillance des pensées, y compris par l’Arcom (ex-CSA), révèle un pouvoir en sursis.
Tous ces gens-là doivent être nommés pour ce qu’ils sont : des dangers pour les libertés individuelles et les opinions intimes. Il aura fallu attendre que Jean-François Delfraissy quitte sa présidence du conseil scientifique, fin juillet 2022, pour qu’il reconnaisse, outre la médiocrité des vaccins, l’autoritarisme de l’État qui a négligé l’avis des citoyens et fait passer « la santé avant l’humanité ». Le service public de l’information n’aura jamais eu un mot pour alerter contre les dérives autoritaristes de l’hygiénisme d’État. Il n’aura jamais eu un mot pour mettre en garde, sinon après les Carabiniers, contre les assauts sectaires des nouvelles religions scientistes, écologistes, wokistes. Il aura radoté que l’islam est une religion de paix et de tolérance, que l’immigration est une chance, que le populisme est le danger. Des journalistes se sont dernièrement donné une « charte » pour être « à la hauteur de l’urgence climatique » et « pratiquer un journalisme bas carbone », en excluant d’entendre ceux qui doutent de l’entière responsabilité humaine dans le réchauffement.
Mais qui est encore dupe ? La lutte contre les « fake news », les « propos haineux » ou « complotistes » sont d’abord des prétextes pour nier des réalités dérangeantes. Il ne revient pas à un juge de dire si une information est bonne à dire, aimable à recevoir, admissible par le système. Il ne revient pas à un « fact-checkeur » autoproclamé de décider qui doit être dénoncé ou réduit au silence. Il est urgent de libérer France Télévisions de ses censeurs.
On assiste actuellement à une multiplication apparemment exponentielle de chèques et de primes offerts par le gouvernement. On ne sait pas de quel puits magique va sortir l’argent pour les financer. Et surtout, afin d’en bénéficier, on est obligé, dans beaucoup de cas, d’entamer des procédures de réclamation absconses et interminables.
Maintenant il faut un ordinateur et une connaissance approfondie de la navigation sur les sites administratifs (au téléphone il n’y a personne qui répond). C’est donc technique pour profiter des aides de l’État qui me sont attribuées juste « parce que je le vaux bien ». J’ai peur toutefois que les chèques soient sans provision et le bienfaiteur en chef très à découvert ! On finit par nous stresser avec cette méga dette, faut profiter pendant qu’il est encore temps.
On ne fait donc plus rien sans vérifier si ce peut être gratos ou subventionné.
Par exemple, je ne demande même plus d’aide à la gent masculine de la maison qui finissait par se revendiquer déconstruite pour ne pas changer l’ampoule ! Maintenant ils me brandissent « l’aide réparation », je n’ai qu’à chercher, disent-ils. Idem pour mon vélo: s’il déraille j’ai le chèque réparation vélo (je n’ai pas osé le proposer au voisin qui m’aidait).
La « prime Rénov » me fait rêver, qu’est-ce que je pourrais bien rénover ? Sachant que j’ai la prime « avance rénovation », ça me donne le temps de réfléchir et je suis en train de voir si je ne peux pas faire passer là-dessus un peu de déco.
Les enfants rechignent, eux, sur le « pass culture »; heureusement ils ont trouvé des activités à détourner hors musées, sachant déjà qu’avec « l’allocation de rentrée » ils ont économisé pour changer de portable (il parait que c’est obligatoire à l’école, le portable, pour faire des recherches…). Ils ont aussi adoré « l’allocation de rentrée sportive », encore très mystérieuse pour moi. Il parait que c’est pour acheter un skateboard parce qu’ils regardent trop la TV et leur ordi – faut qu’ils sortent.
On attend la « prime Noel 2022 ». Le plus petit demande si cela remplace la lettre au père Noel au cas où les postes seraient en grève et ne pourraient pas effectuer le tri et les prises de commandes. Comment leur dire que le père Noel n’existe pas sous forme de prime si le président de la République affirme que c’est lui ?
Pour l’énergie, alors là c’est une merveille, sauf que personne dans mon entourage n’a vu sa note baisser ! Pour l’essence, j’ai 100 euros à gratter avec déclaration sur l’honneur, j’ai eu un mal fou à expliquer aux enfants ce que c’est que l’honneur et pourquoi il fallait jurer pour avoir un chèque… C’est au cas où on n’y aurait pas droit, leur dis-je. Ils ne comprennent rien, pourtant il faut que ce soient eux qui s’en occupent sur internet, trop compliqué pour le reste de la famille: « T’inquiète ! m’ont-ils dit, on va les avoir tes 100 euros », en plus ça s’ajoute à la « Ristourne essence à la pompe ». Pas bien compris la ristourne !
Pour le chauffage, c’est simple, j’ai le bouclier tarifaire électricité + gaz, mais où trouve-t-on le bouclier ? On m’a dit de ne pas chercher, que je ne m’en apercevrai pas, c’est inclus dans la facture, le bouclier. Quant au « Chèque énergie », il parait que c’est comme le « Coup de pouce économie d’énergie ». Sans compter les aides pour les entreprises de « fourniture d’énergie », ça marche peut-être puisque j’ai une entreprise unipersonnelle. Le « Chèque pour se chauffer au fioul », ça j’ai compris: il faut se chauffer au fioul, forcément, sinon on n’y a pas droit, quoique ?
Franchement, c’est le moment de toucher ma « prime rénov sérénité » parce que je craque : c’est moi qu’il faut rénover ? Et ma sérénité en ce moment est très ébranlée. Remarquez, on finira par s’en tirer car il y a une « prime non expert » et c’est certainement pour tout le monde.
Maman est enchantée : « Sortir Plus », une aide pour les retraités Agirc-Arcco, destinée aux personnes isolées de plus de 80 ans (elle prétend qu’elle est isolée !), met à sa disposition un accompagnateur véhiculé pour faire ses courses, se rendre chez le coiffeur ou à la banque… Son rêve ! Sauf qu’elle proteste parce qu’elle ne savait pas qu’il y avait une aide « Sortir Plus » et elle nous accuse de ne pas la tenir au courant. Elle demande s’il y a un accompagnateur pour les formalités pour obtenir la prime ?
Chercher du boulot c’est tout bénef, jugez un peu : Aide financière à la recherche du premier emploi (on aurait pu y associer les préservatifs gratuits !), Allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), forcément il faut subventionner parce que c’est déprimant et en plus ça rapporte souvent moins que de ne rien faire. Et puis pour ceux qui ne savent vraiment rien faire et depuis toujours, en plus du chômage, ils ont une aide de 1 000 euros pour se former, à condition qu’ils soient chômeurs de longue durée. Le graal, c’est la prime d’activité pour compenser toutes les primes de non-activité.
Pour les jeunes, il y a aussi plein de choses: l’aide « mobili jeune » qui prend en charge une partie du loyer acquitté par ledit jeune. Ils ont aussi une aide à la mobilité internationale… Et pour avoir envie de revenir quand même : une aide pour les vacances en famille – ils n’ont pas l’air emballés par celle-ci, chez nous.
Arriver à bénéficier de tout cela, c’est une activité à plein temps: on attend une aide à l’obtention des aides!…