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Amour mineur: toute la noirceur du monde

La métropole glauque et grise, en proie aux pires déviances sexuelles, existe.

Amour mineur: toute la noirceur du monde
Nanoucha Van Moerkerkenland / Capture d'écran YouTube d'une vidéo de La Grande Librairie du 27/04/2018

Dans un roman parfois éprouvant, Nanoucha Van Moerkerkenland nous parle d’une enfance saccagée.


Elle s’appelle Nanoucha Van Moerkerkenland. Ce nom, qui est un pseudonyme, signifie « le pays des églises murées » en néerlandais. Ça correspond à son roman Amour mineur. En 2012, les  Éditions du Rocher avait  publié son premier roman, Un seul corps. C’était une histoire dérangeante qu’elle avait signée Stéphanie le Bail, son véritable nom. Mais il lui a fallu tuer ce patronyme pour « ne pas être la fille de ses parents ni la femme de son mari », comme elle me l’a confié. Parallèlement elle est devenue ghost writer pour des personnalités influentes. Sa plume est recherchée. Elle possède le sens de la formule et sait trouver des métaphores originales. Son roman le prouve.

Amour mineur est un livre perturbant, disons-le tout net. Mais la littérature n’est pas faite pour bercer le lecteur, renforcer son penchant naturel pour le déni, elle doit être insupportable, risquée, dangereuse – voyez Salman Rushdie – et c’est comme cela qu’elle est intéressante. À l’instant où il devient père, Léopold voit resurgir ses souvenirs d’enfance. Une enfance saccagée par un adulte, Marcus, un proche de la famille, qui lui a fait subir l’innommable en répugnante compagnie. Léopold délaisse alors sa femme sur le point d’accoucher et entraine le lecteur dans une série de pages à la limite du supportable. Le livre sort au moment où la France découvre le martyre de Lola, âgée de 12 ans, dont on ignore les causes et le déroulement exact. On plonge dans un Paris nocturne où « la caste partage ses lits et ses tables », écrit Nanoucha Van Moerkerkenland. Elle ajoute, sans retenir ses mots : « Vaste marelle incestueuse de la politique, de l’art, des médias et de l’industrie ». Léopold conduit des « clients » dans des appartements cossus où le plus abject de l’homme brise les digues du surmoi. Richard, « un parangon du vice », est de ceux-là. Le style de Nanoucha Van Moerkerkenland fait mouche : « Richard collectionne aussi les cris. Vous me direz que la sidération cloue le bec de l’éphèbe ? C’est vrai. On viole un enfant comme on arrache les ailes d’un papillon : en silence. Il faut des tout-petits pour que ça piaille ».

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NVM n’invente hélas rien, sinon la construction éclatée du récit. Elle s’inspire de l’affaire des fichiers de Zandvoort contenant des milliers de scènes représentant des enfants, parfois des bébés, soumis à des crimes sadiques. Ce qu’on nomme encore les snuff movies. « Les jeunes femmes du répertoire de Jeffrey Epstein : peccadilles », écrit cyniquement Nanoucha Van Moerkerkenland. La métropole glauque et grise, en proie aux pires déviances sexuelles, existe. Comme existe le Darknet et ses innombrables consommateurs. La littérature doit servir à dénoncer l’occulte, en usant d’un style bien supérieur à celui déployé par un auteur primé en novembre. Et quand je demande à Nanoucha Van Moerkerkenland pourquoi elle a écrit ce roman, elle me répond : « Sur trois enfants abusés, un reproduira le crime dont il a été victime ». C’est une réalité dont il faut parler, dans un élan cathartique hérité de la tragédie grecque, parce que les esprits sont aussi murés.

Amour mineur, de Nanoucha Van Moerkerkenland, Métropolis, 2022, 160 p., 12€.

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est auteur de "Johnny que je t’aime" (Praxys diffusion) et directeur littéraire des éditions Tohu-Bohu.

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