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La mémoire du colonialisme allemand en Afrique : encore une statue qui tombe

Cartographe de l’armée impériale allemande, Curt von François est indissociable de l’histoire coloniale namibienne. Fondateur des villes de Windhoek et de Swakopmund, depuis un demi-siècle, sa statue trônait au centre de la capitale de l’ancien Sud-ouest africain. En novembre, le gouvernement namibien a décidé de déboulonner le Prussien de son socle en dépit des protestations de ses descendants.


Ruprecht von François est en colère. Le 23 novembre 2022, la statue de son arrière-grand-père a été promptement déboulonnée du socle sur lequel elle reposait depuis un demi-siècle. La décision a été prise par le Conseil municipal de Windhoek, la capitale de la Namibie, après qu’une association a fait pression afin qu’elle soit retirée de l’espace public, estimant que Curt von François était une « représentation offensante » au regard de ses exactions commises alors qu’il était à la tête de la colonie prussienne du Sud-ouest africain. Ce cartographe de métier a fait toute sa carrière dans l’armée du Kaiser Guillaume II. Cité dans les annales de la guerre de 1870, le Congo belge lui doit une carte détaillée de ses frontières. Mandaté par Berlin pour débarquer sur les côtes de l’Afrique australe, déjà bien occupée par les Britanniques, c’est en juin 1889 que Curt von François pose le pied à Walvis Bay avec 21 soldats. C’est là qu’il retrouve le Haut-commissaire allemand, Heinrich Göring, père d’Hermann, futur dignitaire nazi, représentant le Second Reich. Von François va rapidement entamer la conquête de ce nouveau territoire et poser les premières pierres de Windhoek, même si c’est surtout à son frère Hugo que l’on doit l’élévation de cette ville. Viendra plus tard Swakopmund, aujourd’hui encore une ville importante de Namibie.

Mais ce que reprochent surtout les détracteurs de ce héros de l’histoire coloniale allemande, c’est sa conquête du Namaland. Le royaume est alors dirigé par Hendrik Witbooi. Le monarque refuse systématiquement toutes les propositions de protectorat que Curt von François lui propose. En 1889, agacé par tant d’entêtement, le Prussien se lance à l’assaut de son kraal (village) et ses troupes massacrent plus de 70 femmes et enfants. Hendrik Witbooi s’échappe et continuera la lutte jusqu’en 1905, date à laquelle il sera blessé à mort. La résistance acharnée du chef Nama aura coûté son poste de gouverneur à Curt von François, limogé en 1894. Il prend sa retraite un an plus tard et meurt en 1931 à Berlin. En Namibie, il a laissé derrière lui une descendance, née d’une relation avec la princesse Nama, Amélie Gereses, qui se bat toujours pour réhabiliter le fondateur de la Namibie. « L’accuser d’avoir massacré les Namas (Damaras) est un vrai mensonge. Quand il a débarqué dans le pays, il était accompagné de soldats qui étaient majoritairement des Damaras » affirme Ruprecht von François. « Il était même en conflit ouvert avec le général Lothar von Trotha, commandant en chef des troupes coloniales et futur gouverneur qui est surtout connu pour avoir mis en place la répression des Héréros ». Un autre massacre aujourd’hui reconnu comme génocide par l’ONU et qui a contraint l’Allemagne à s’excuser et à indemniser les descendants des victimes. Du bout des lèvres et des doigts.

« Mon arrière-grand-père était l’homme le plus doux. C’est pour cette raison qu’il a été limogé, accusé d’être trop indulgent avec les indigènes par von Trotha. Il ne pouvait pas faire ce qu’on lui avait ordonné, c’est-à-dire tuer les locaux. Von Trotta est celui qui a fait tuer des gens et ces massacres ont fait souffrir mon arrière-grand-père », a-t-il affirmé à la chaîne d’information sud-africaine News24. Ruprecht von François ne comprend pas la décision du maire de Windhoek. « Il a beaucoup fait pour ce pays. La plupart des infrastructures et des routes du pays sont de son fait. […] Il a rendu ce pays digne d’être visité, car il n’y avait rien d’autre que de la sécheresse auparavant », renchérit cet ancien vice-président de la Chambre des Métiers de Namibie.

De son côté, l’ancien maire de Windhoek, Job Amupanda, a déclaré « retirer la statue était la meilleure décision à prendre » et démenti que Curt Von François soit le vrai fondateur de la ville. « Un vrai mensonge. Peut-être d’un point de vue occidental mais pas africain. Il y avait déjà une tribu présente ici bien avant son arrivée », affirme celui qui a œuvré ardemment pour son retrait et qui s’inscrit dans le « processus de décolonisation » entamé par la Namibie depuis qu’elle a pris son indépendance au prix d’une longue guerre entre Afrikaners sud-africains (qui occupaient le territoire depuis 1916) et rebelles du futur président Sam Nujoma.

Depuis 1990, la Namibie a débaptisé un certain nombre de rues ou boulevards portant des noms à la gloire des héros de la colonisation allemande. Le retrait le plus emblématique de ce processus reste le déboulonnage du Reiterdenkmal, le monument équestre de Windhoek, qui représentait depuis un siècle un cavalier allemand de la Schutztruppe en grand uniforme avec sacoche et fusil. Le déboulonnage continue. 

Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron et les juges…

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Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron ont tous les deux des raisons de ne pas apprécier les magistrats mais ils expriment ce fait de manière très différente. L’analyse de Philippe Bilger.


Comme il y a eu de l’impressionnisme en peinture, il me semble qu’un blog a le droit aussi de s’abandonner à des impressions qui ne prétendent pas offrir des vérités définitives mais seulement des lueurs, voire des lumières ; un regard certes subjectif mais que factuel et psychologie mêlés sont susceptibles de valider.

À l’égard des deux ouvertures d’information par le PNF (Parquet national financier) au sujet du financement de la campagne de 2017 et des avantages qui auraient été accordés à la société de conseil McKinsey, nous sommes naturellement conduits à comparer les attitudes d’Emmanuel Macron à celles de Nicolas Sarkozy, tant elles sont différentes.

Ce dernier n’a cessé de se crisper, de se cabrer, parfois de dénoncer, de protester à plusieurs reprises de son innocence. Il n’a jamais cherché à faire preuve même d’une apparente sérénité, sauf quand ses offensives répétées contre les juges avaient des effets contre-productifs. Nicolas Sarkozy n’a pas la qualité, ou le défaut, de l’indifférence, il est porté à ruer dans les brancards et sans doute n’est-il pas loin de considérer que cet extrémisme est le signe de sa bonne foi.

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Emmanuel Macron adopte la posture inverse. Il glisse, il s’insinue, il embrasse pour mieux étouffer. Il joue au bon apôtre, donne des conseils à ses ministres pour les dissuader prétendument de toute démagogie mais son avertissement subtil les met plutôt en garde contre l’envie qui pourrait les saisir d’être sincères. Comme, au moins partiellement, Bruno Le Maire a voulu l’être quand Olivier Véran, lui, s’est évertué à colmater les brèches causées par le débridement du premier.

Dans les postures de notre Président en matière judiciaire, il y a quelque chose d’une personnalité qui à la fois affecte l’indifférence à l’égard de ce qui ne le concernerait pas et se permet des immixtions sans le moindre souci de la réserve qu’on serait en droit d’attendre de lui.

Pour faire changer la teneur d’un rapport policier de synthèse défavorable à Alexis Kohler, il s’autorise l’envoi d’une attestation vantant la parfaite bonne foi de son collaborateur principal. Apparemment cette démarche n’a pas convaincu les magistrats instructeurs qui ont récemment questionné sur le fond le mis en examen Alexis Kohler sur un mode pugnace et avec des interrogations pertinentes (Mediapart).

Pour McKinsey, Emmanuel Macron, après avoir initialement déclaré, avec une forfanterie trop sûre de soi, « qu’ils aillent au pénal », a changé de tactique et face au pénal qui est arrivé, il a soutenu avec désinvolture qu’il n’était pas concerné. On voit mal qui d’autre pourrait l’être au regard des nombreuses sollicitations, certaines incongrues, dont ce cabinet a bénéficié et de leurs possibles liens avec le financement de la campagne présidentielle.

Aussi bien pour Nicolas Sarkozy que pour Emmanuel Macron protégé jusqu’à la fin de son mandat, il n’y a rien encore d’établi, d’incontestable, d’irréversible.

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On use beaucoup de la présomption d’innocence sous la présidence d’Emmanuel Macron. Il y a eu le regrettable changement d’orientation qui, pour les ministres mis en examen et le Secrétaire général de l’Elysée lui-même, les laisse en poste. Comme si, face à l’innocence présumée, il n’y avait rien. Alors que la mise en examen est notifiée à une personne soupçonnée d’infractions, contre laquelle existent des indices graves ou concordants. Il n’est donc pas sans conséquence de considérer que ces situations procédurales sont sans effet sur les activités politiques comme si, méprisant les premières, on ne privilégiait que les secondes et les soutiens qu’elles impliquent.

À mettre en parallèle les deux manières d’appréhender les juges et la Justice, je ne suis pas sûr que celle adoptée par Nicolas Sarkozy, dans sa crudité ostentatoire et à charge, ne soit pas en définitive plus honnête que celle feutrée, biaisée, sournoise et jésuitique d’Emmanuel Macron. La première, ne se dissimulant pas, appelle plus aisément la contradiction, la seconde, se parant d’un superficiel détachement mais d’une authentique inquiétude, relève d’une comédie beaucoup plus difficile à déchiffrer.

D’autant plus que le garde des Sceaux, dont le lien avec le président est évidemment très fort à cause de la confiance maintenue contre vents, marées et mise en examen, s’abstiendra nécessairement de toute influence qui serait mal perçue.

Nicolas Sarkozy n’aime pas les juges et l’a fait savoir. Emmanuel Macron fait croire qu’il les respecte mais a nommé un ministre qui ne les a jamais aimés.

Le Mur des cons

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Un avocat général s'est échappé

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« On » va piquer Mamie !

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Faut-il légaliser l’euthanasie en France ? Pour la présidente du Mouvement conservateur, ce mot recouvre une réalité insupportable et nous évite de regarder la mort en face. Tribune libre.


« Je n’aime pas le mot d’euthanasie », a déclaré Emmanuel Macron. Une manière de dire qu’après tout, qu’importe le flacon, c’est l’ivresse qu’il veut pouvoir graver dans le marbre de son quinquennat – ou devrions-nous dire, l’étourdissement irréversible.

Car, à vrai dire, même au pays des héros de Molière, où les Purgon et Diafoirus n’avaient pas la prétention d’achever à heure dite le Malade à eux confié, les coquetteries littéraires du Président nous passent assez loin au-dessus du claque-merde. En revanche, nous commençons à être nombreux à nous demander ce qu’écrira dans son agenda celui ou celle qui demain emmènera sa grand-mère à l’injection finale : un pudique « RDV hosto » ? un factuel « mort de Mamie à 10h20 » ? un technique « piqûre létale de Jacqueline chambre 34 » ? un poétique « rappel à Dieu » (aux bons soins du facteur) ? Eh oui, la réalité est dure à formuler et à s’avouer pour ceux qui prônent un joli « droit à mourir dans la dignité ». Cette réalité est tout autre : il s’agit de provoquer la mort, c’est-à-dire de tuer, et pas n’importe qui, mais précisément ma grand-mère. Celle qui me berçait au son des comptines du pays quand j’avais deux ans, qui me racontait « les contes et légendes des contrées disparues » et celle qui m’a prêté sa voiture le jour où j’ai eu le permis. Ou parfois, celle avec laquelle on n’a plus échangé depuis sa séparation d’avec grand-père, mais à qui je dois quand même d’être là aujourd’hui.

On va piquer Mamie, mais qui est ce « on » indéterminé ? Parce que créer un droit à mourir, c’est nécessairement créer un devoir de tuer : il faudra désigner un homme de main pour la basse besogne, avec blouse blanche ou sans. On mettra une musique joyeuse, pour les plus optimistes le « I will survive » de Gloria Gaynor et pour les autres un supersonique « Don’t stop me now » de Queen. On allumera une bougie parfumée rappelant l’odeur du pain d’épice de Mamie. Mais tout ça, c’est facile et ça ne dit pas qui tendra le verre de ciguë ou qui injectera le barbiturique dans la perfusion. C’est le jeu du mistigri qui faisait beaucoup rire Mamie, mais cette fois, c’est pour de vrai.

Les médecins ne se voient pas en James Bond. Ce n’est pas un permis de tuer qu’Hippocrate leur a laissé mais un serment : « Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément ». C’est clair : soulager, mais pas tuer, « que je sois déshonoré et méprisé si j’y manque ». Forcément, ça pose problème. Ce n’est sans doute pas un hasard si l’Ordre des médecins a déclaré le 15 septembre, par la voix de son Président, n’être « pas favorable à l’euthanasie » et demandé, si la loi s’engouffrait dans cette voie, une clause de conscience pour les médecins.

Sa fille Adèle alors ? Ou son mari, c’est moins proche, une belle-mère. Mon père, non, c’est sa mère quand même, elle lui a donné la vie. Je déteste vraiment le mistigri. Et puis, après tout, c’est le choix de Mamie.

Alors ? alors un marché va se créer, lucratif – car suffisamment onéreux pour que la dignité se paie au prix qu’elle vaut bien : celui des assurances all-inclusive souscrites pour partir l’esprit tranquille pour le dernier voyage. Pour la prestation Platine, vous aurez tout : la clinique privée spécialisée, le disque et le parfum (quand ce n’est pas la navette « Sarco », déjà commercialisée par Exit International en Suisse), et le binôme de professionnels qui mettra fin à vos jours en double aveugle aléatoire, de manière à ce que nul ne se sente coupable au moment où tous se recueillent, l’air tartuffe. D’ailleurs, le projet de loi proposé par l’ADMD prévoit une nouvelle présomption de « mort naturelle » qui « résulte de la mise en œuvre d’une aide active à mourir », étrange aveu qui revient à créer une nouvelle clause d’irresponsabilité pénale pour le fait de donner la mort. Voilà qui laisse un vaste champ aux auteurs de romans policiers.

Mais si Mamie n’était pas assurée chez Interstellaire Goodbye, et que l’on n’a pas le premier sou vaillant ? Eh bien, après tout, en attendant que le suicide soit remboursé par la Sécu, Mamie peut aussi faire ça toute seule. Depuis le temps, elle doit bien sentir qu’elle nous coûte. Elle si gentille, si discrète. Il suffit qu’on lui dise la veille qu’on l’aime très fort, on mettra la pilule sur la table de nuit. La mort, les morts qu’on ne veut pas voir, pas sentir, pas entendre. La mort aseptisée et solitaire. La mort déshumanisée. Les mots s’envolent, les faits restent les faits : je n’aime pas la réalité de l’euthanasie.

Laïcité, chef-d’oeuvre en péril ?

Aujourd’hui on fête l’anniversaire de la Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat. Wilfried Kloepfer, avocat au barreau de Toulouse, Docteur en droit, fait un état des lieux de la laïcité en France à notre époque.


Déjà reconnu par l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, le principe de laïcité est consacré par l’article 1er de la Constitution. Il trouve ses premières expressions législatives en 1882 et 1886 sur l’enseignement primaire, et passe à la postérité avec la Loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat. L’enquête d’opinion sur « L’état des lieux de la laïcité en France » (réalisée en 2020 par Viavoice sous l’égide de l’Observatoire de la laïcité, remplacé en 2021 par le Comité interministériel de la laïcité en raison de ses positions trop laxistes) montre que la laïcité constitue pour les Français un principe républicain essentiel (70% des Français) qui fait partie de l’identité de la France (78%). Invoquée à des fins contradictoires, ou mitraillée par ses détracteurs, les conservateurs voient en elle le spectre révolutionnaire anti-religieux, le New York Times et la gauche radicale fustigent une idéologie de discrimination des minorités. Le principe signe une singularité française. De quoi est-il le nom ? Quelle est aujourd’hui sa fortune ? Nous proposons de répondre à ces questions en trois temps.

La laïcité, icône sacrée de l’identité républicaine

Dans les profondeurs de notre civilisation, nous trouvons le principe de laïcité. Luc Ferry rappelle que « la mythologie grecque est le modèle d’une spiritualité laïque ». Dans son dialogue avec le Cardinal, le philosophe démontre que « la place unique accordée à l’intériorité, a permis le passage à la laïcité ; le christianisme pouvant passer de l’espace public à l’espace privé sans obstacle absolu, de sorte que pour nous, Européens de tradition chrétienne, la question de la laïcité est aujourd’hui très largement réglée » (Le Cardinal et le philosophe, Plon, 2014). Le christianisme « religion de la sortie de la religion » (Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde, Gallimard, 1985), contient les ferments d’une pensée laïque, portant en germe la sécularisation. Les Evangiles exhortent en effet à « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Kantorowicz établit que la dualité de la figure royale a pour point de départ le modèle des deux natures du Christ (Les deux corps du roi, Essai sur la théologie politique au Moyen Âge, Gallimard, Folio, 1985), ce qui a ouvert l’horizon d’une « laïcité gallicane ». Le principe de laïcité s’est donc affirmé, soit au gré d’une lente évolution, aspect d’une continuité entre l’Ancien Régime et la Révolution, soit au prix de violentes ruptures.

Voulant s’affranchir du cléricalisme, la IIIème République n’a pas manqué d’exploiter le filon de la laïcité en forgeant un modèle français. Ce parangon républicain a aboli le régime concordataire institué en 1801. La loi de 1905 instaure un régime de neutralité aux termes duquel « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte… » (art. 2). L’article 1er de la loi de 1905 garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées dans l’intérêt de l’ordre public. Libre exercice qui, à n’en pas douter, offre la possibilité de manifester sa foi à l’extérieur des lieux de rassemblement des fidèles (voir en ce sens Patrick Weil, De la laïcité en France, Grasset 2021). C’est dans cette brèche que s’engouffrent l’islamisme politique. Cette entreprise d’occupation de l’espace public, légitimée par une conception dite inclusive de la laïcité, s’oppose à une vision prétendument islamophobe. La laïcité est donc le siège d’une controverse herméneutique. Le sociologue Jean Baubérot estime qu’il n’y a pas de modèle français de laïcité, mais une offre de significations concurrentes dont il opère le classement en idéaux-types (Les 7 laïcités françaises, MSH, 2015). A côté des laïcités historiques, l’auteur distingue notamment, dans les « laïcités nouvelles », la « laïcité ouverte » qui réclame la prise en compte des croyances, et la « laïcité identitaire » qui présenterait une version anti-immigrés. Mais une constante demeure : le régime de laïcité en vigueur, tel qu’institué par la loi de 1905, consiste moins en la neutralité religieuse de l’Etat qu’à une neutralisation des religions (Philippe Raynaud, La laïcité. Histoire d’une singularité française, Gallimard, 2019).

Cette loi instaure un double régime : la laïcité-abstention qui requiert la neutralité des pouvoirs publics, et celui de laïcité-interdiction qui prohibe tel comportement. Mais, prétendre que la loi serait compatible avec une conception inclusive qui appellerait une intervention publique pour apporter une aide à l’exercice d’un culte légitime le soutien octroyé à la construction de lieux de culte, l’aide financière allouée par les collectivités pour l’aménagement d’un abattoir rituel (voir le rapport Machelon 2005, CE Ass., 19 juillet 2011). Elle « franchit le mur de la séparation » (Vincent Valentin, Laïcité et neutralité, AJDA 2017), et se situe dans la sphère des « accommodements (dé)raisonnables » en proie à l’électoralisme. La question des menus confessionnels dans les cantines scolaires, service public non obligatoire, est traitée à la faveur des menus de substitution (CE 11 déc. 2020).

En dehors des exceptions énumérées à l’article 28 de la loi de 1905, la laïcité-interdiction trouve un terrain d’élection en matière immobilière. L’implantation d’une statue mariale sur un terrain communal est illégale (CE 11 mars 2022). La cour administrative d’appel de Nantes (16 septembre 2022) a enjoint à la commune des Sables-d’Olonne de retirer la statue érigée en 2018 de l’archange Saint-Michel du domaine public communal car elle fait partie de « l’iconographie chrétienne », et que l’utilisation de la place, en parvis de l’église éponyme, sur laquelle elle est implantée, ne permet pas de la qualifier de « dépendance de l’édifice de culte » qui, lui, échappe au régime de l’interdiction. La commune vendéenne s’est pourvue en cassation. S’agissant de l’installation d’une crèche de Noël, le Conseil d’Etat, maniant l’art de la nuance décide que « Eu égard à (la) pluralité de significations, l’installation d’une crèche de Noël, à titre temporaire, à l’initiative d’une personne publique, dans un emplacement public, n’est légalement possible que lorsqu’elle présente un caractère culturel, artistique ou festif […] » (CE 9 novembre 2016). Tout dépend donc du contexte et du lieu, dans un environnement favorable au culturalisme et au différentialisme.

La laïcité, symbole rejeté par le différentialisme

La mise en œuvre de la conception française vise à libérer la société de la contrainte religieuse. Ph. Raynaud relève que « la question nouvelle que pose l’islam n’est pas de savoir si l’Etat laïque peut reconnaître aux musulmans les droits qui sont ceux de tous les citoyens français, ce que, dans le cadre républicain, personne ne peut mettre en doute, mais si l’islam peut trouver sa place en ayant un statut différent des autres religions » (op. cit.). La difficulté résiderait dans le fait que l’islam n’est pas organisé en « Eglises », qu’il repose sur une loi qui régit tous les aspects de la vie humaine, et que sa foi est déposée dans un Livre composé de révélations faites par Dieu au Prophète, par l’intermédiaire de l’archange Gabriel, ce qui rend problématique le travail d’interprétation. La tentation serait donc forte d’organiser un Islam de France et de renouer avec des usages concordataires. A titre d’exemples peut-on citer : l’institution du Conseil Français du Culte Musulman créé en 2003 par Nicolas Sarkozy, et l’idée d’une contribution volontaire sur le halal dans le cadre d’un contrôle du financement du culte musulman. Mais, des pierres d’achoppement demeurent, avec certainement pour principale pomme de discorde, la question de l’apostasie. Alors que la majorité des musulmans aspirent à vivre et pratiquer paisiblement leur foi, une minorité significative (28%, source Institut Montaigne) de leurs coreligionnaires assument le séparatisme.

La crise de la transmission avec l’effondrement de l’école (Jean-Paul Brighelli, La fabrique du crétin. L’apocalypse scolaire, L’Archipel 2022), s’inscrit dans le contexte de l’envahissement de l’espace public par les diktats religieux. L’affaire des collégiennes de Creil en 1989 bien connue, fait penser à cette fable de La Fontaine, «Conseil tenu par les rats» :

« Ne faut-il que délibérer, La Cour en conseillers foisonne, Est-il besoin d’exécuter, L’on ne rencontre plus personne ».

Aux termes de leur manifeste : «Profs ne capitulons pas ! », E. Badinter, R. Debray, A. Finkielkraut, E. de Fontenay et C. Kintzler (intellectuels alors classés à gauche), dénoncent un « Munich de l’école républicaine », et identifient dans le voilement des femmes le signe de leur soumission. Ils refusent la mise en balance du principe de laïcité avec la liberté d’expression des élèves. Pénétrer dans les établissements scolaires avec ses certitudes, croyances familiales en bandoulière, et insanités véhiculées par les réseaux sociaux, opposent une fin de non-recevoir qui confine à l’ostracisme. La loi 15 mars 2004 interdit le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse. Cette loi est intervenue à la suite du rapport Obin, et des préconisations de la commission Stasi dont les membres se sont convertis à la nécessité de l’interdiction au fil des auditions, à l’exception de J. Baubérot. L’auteur des 7 laïcités regrette le glissement de la neutralité de l’Etat vers la neutralité imposée à la société civile, au motif que la loi de 1905 n’opèrerait pas de distinction entre les espaces public et privé.

La question des accompagnateurs scolaires s’est à nouveau posée au moment de l’adoption de la Loi confortant le respect des principes de la République du 24 août 2021 qui confirme, malgré la position du Sénat, le statu quo ante, défini par le Conseil d’Etat.  Si les parents accompagnateurs sont des usagers, la loi de 2004, circonscrit l’interdiction aux seuls élèves, et ne s’applique donc pas aux parents.

Les « écoféministes » luttent contre le « patriarcat blanc », défendent en France la liberté des femmes de porter le voile, et détournent le regard de l’oppression intracommunautaire. L’ambivalence de ce cénacle d’idéologues hybrides devant le courage des femmes iraniennes est consternante. Considèrent-ils l’interdiction d’ici et l’obligation de là-bas comme équivalentes, pour juger que les Françaises et les Iraniennes subissent la même oppression? Femmes de Paris, femmes de Téhéran ou de Kaboul, même combat ! Guerre des sexes et guerre des races contre l’universalisme, jusque et y compris, pour les plus radicaux, sur la question de l’excision assimilée à une circoncision féminine ! (F. Agag-Boudjahlat, Le grand détournement, Lexio 2019).

La loi du 11 octobre 2010 dispose que « nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage. Statuant pour la première fois dans le cadre du nouveau déféré-laïcité, instauré par la loi du 24 août 2021, Le Conseil d’Etat a confirmé la suspension du règlement intérieur des piscines municipales de Grenoble autorisant le port du « burkini ». Il estime à juste titre que la dérogation très ciblée apportée, pour satisfaire une revendication religieuse, aux règles de droit commun de port de tenues de bain édictées pour un motif d’hygiène et de sécurité, est de nature à affecter le bon fonctionnement du service public et l’égalité de traitement des usagers dans des conditions portant atteinte au principe de neutralité des services publics (CE ord. 21 juin 2022). Mais l’ordonnance doit également être lue comme la confirmation d’une jurisprudence favorable aux aménagements pour un motif religieux à condition qu’ils ne soient pas excessifs. Elle n’augure pas un revirement de la jurisprudence de 2016 favorable au port du burkini sur la plage aux termes de laquelle, le Conseil d’Etat annule les arrêts municipaux d’interdiction, ce qui est de nature à interroger notre modèle civilisationnel.

La laïcité, sentinelle face au défi civilisationnel

La diffusion du salafisme dans la société civile arme idéologiquement les bourreaux d’une ère nouvelle. Les attentats du 13 novembre ont frappé la « ville sainte de la laïcité », des terrasses de café et des salles de concert. Le principe de laïcité est à un poste avancé. Son abaissement fragilise la liberté d’expression et l‘égalité des sexes, et installe « l’insécurité culturelle » (sur cette notion, Laurent Bouvet, L’insécurité culturelle. Sortir du malaise identitaire français, Fayard, 2015) Comme un système de vases communicants, à mesure que se réduit le champ de ces droits et principes, s’étend celui de l’intégrisme islamiste qui resserre son étreinte, tel un serpent autour de sa proie. Il impose son dogme : l’antisémitisme ; désigne ses cibles : la haine de l’Occident (chrétien) et de la République (laïque).

Paroxysme de l’ignominie, l’assassinat de trois enfants le 19 mars 2012, Arié et Gabriel Sandler (6 et 4 ans), Myriam Monsonégo (8 ans), abattus parce que Juifs aux abords et dans la cour de leur école à Toulouse. De même, le martyr d’Ilian Halimi (en 2006), et de Sarah Halimi (en 2017) parce que Juifs, témoignent de la recrudescence d’un antisémitisme que l’on aurait pu croire enfoui sous les décombres de la Seconde Guerre mondiale. Unanimement condamné lorsqu’il porte la signature de l’extrême droite, il est relativisé lorsqu’il est frappé du sceau de l’islamisme. La raison avancée ? L’exportation du conflit israélo- palestinien. Les thuriféraires de l’islamo-gauchisme veulent voir dans la figure du Juif l’oppresseur de minorités, victimes du « privilège blanc ».

Le père Jacques Hamel, égorgé en 2016 pendant qu’il célébrait la messe en l’église de Saint Etienne du Rouvray, témoigne d’un crime commis pour atteindre l’âme d’une nation frappée de l’empreinte judéo-chrétienne, forgée par le catholicisme. La doctrine du loup solitaire est fallacieuse.

Samuel Paty, professeur d’histoire géographie, décapité en 2020 devant le collège de Conflans-Sainte-Honorine où il enseignait l’histoire et la géographie, coupable d’avoir montré à ses élèves des caricatures du Prophète lors de ses cours d’enseignement moral et civique, s’inscrit dans la stratégie de terreur menée contre la liberté d’expression.

La laïcité témoigne d’un processus à l’œuvre qui travaille notre inconscient collectif. Le chef d’œuvre est toutefois en péril, à l’école en particulier, où la contestation se propage, jusqu’au contenu des enseignements, et par l’autocensure des professeurs confrontés à la veulerie administrative du « pas de vague ». Une note du comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, du 16 septembre 2022, relate la recrudescence du port de tenues islamiques avec l’apparition des abayas pour les filles, et dans une moindre mesure, des qamis, pour les garçons, et l’incitation à la prière dans les établissements (voir aussi Le cri d’alarme d’un professeur contraint à l’anonymat. Ces petits renoncements qui tuent Plon, 2022). 720 signalements d’atteintes à la laïcité ont été recensés au mois d’octobre 2022. Face à cette augmentation, le ministre, qui avait renvoyé vers chaque établissement la «gestion du « sinistre »», semble se raviser avec la circulaire du 10 novembre 2022 offrant une réponse de l’Etat, qui prévoit « d’abord de sanctionner systématiquement et de façon graduée », lorsque de tels comportements persistent après une phase de dialogue. Rien donc de très révolutionnaire ! On pourra au moins se satisfaire du caractère public des recensements. Cependant, la réaffirmation périodique du principe de laïcité n’aura pas l’effet escompté sans une maîtrise de l’immigration. Attribut de la souveraineté, la politique migratoire doit être définie en fonction des capacités d’accueil (travail, logement…) et des facultés d’assimilation de la langue et du système de valeurs. Le Danemark et la Suède, pour les pays scandinaves rompus au consensualisme politique, ont su dresser le diagnostic et trouver leurs remèdes. La France serait bien inspirée, plutôt que de sombrer dans le palliatif, d’expérimenter sa propre méthode prophylactique et curative pour enfin offrir ce qu’elle a de meilleur à qui pourra en suivre le destin dans sa continuité historique. Le Général de Gaulle débute ses Mémoires d’espoir (le renouveau 1958-1962) par cette formule restée célèbre: « La France vient du fond des âges… Elle demeure elle-même le long du temps… Aussi l’Etat, qui répond de la France, est-il en charge, à la fois de son héritage d’hier, de ses intérêts d’aujourd’hui et de ses espoirs de demain ». Le principe de laïcité participe de ce mouvement que les chantres de la société inclusive abhorrent.

L’humanitarisme n’est pas un humanisme

L’affaire de l’Ocean Viking a démontré l’incurie (ou l’inexistence) de notre politique migratoire. Une majorité de Français, inquiets, ne veulent pas que leur pays soit ouvert à tous. Mais nos dirigeants semblent plus soucieux de câliner les médias que de rassurer les électeurs.


« Nous y arriverons ». On se rappelle la formule d’Angela Merkel, le 31 août 2015, lorsque celle-ci a décidé d’ouvrir ses bras – et les nôtres – aux migrants (terme qui a alors remplacé celui d’immigrants, comme si le voyage était leur condition ontologique) fuyant la guerre en Syrie. La photo du petit Aylan, échoué sur une plage de Turquie, avait eu raison de la raison politique. Peu importait alors qu’Aylan et sa famille ne fussent pas venus directement de Syrie, mais de Turquie où ils s’étaient installés. Il aurait fallu avoir un cœur bien dur pour résister à l’image d’un enfant mort.

La décision d’Angela Merkel a inauguré une nouvelle phase dans le (non-)débat sur l’immigration, que Stephen Smith définit comme une opposition frontale (et stérile) entre « sans-frontiérisme » et « rideau-de-ferisme »[1]. L’affaire de l’Ocean Viking, dont les 230 passagers ont pu débarquer à Toulon après vingt-et-un jours en mer, avant que presque tous se retrouvent dans la nature, illustre ce dialogue de sourds en même temps qu’il révèle une fois de plus l’inanité (ou l’inexistence) de notre politique migratoire, condamnée à errer au gré des émotions médiatiques et des postures politiques. En effet, la décision du gouvernement d’accueillir le navire a d’abord été dictée par la volonté de monter qu’il ne mangeait pas du pain rance du député RN Grégoire de Fournas qui, quelques jours plus tôt, avait déclenché un scandale de carnaval en souhaitant que ce bateau retourne en Afrique. Emboîtant le pas aux Nupistes, des élus de la majorité avaient sans surprise évoqué les heures-les-plus-sombres (qui reviennent tous les quatre matins), avant de piteusement sanctionner le trublion… pour tumulte. Ce qui était considéré par Emmanuel Macron comme « intenable » il y a quatre ans, lorsqu’il a refusé d’accueillir l’Aquarius, est devenu un impératif catégorique auquel nous ne pourrions nous soustraire sans montrer notre inhumanité.

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L’ennui, c’est que nous n’y arrivons pas. Dans la majorité des cas, cette immigration n’est une chance ni pour nous ni pour eux. Du reste, les États, malgré les grandes proclamations de leurs dirigeants, s’emploient à refiler le mistigri aux autres. Quant à l’eldorado rêvé par les arrivants, il aboutit trop souvent à ces consternants bidonvilles plantés aux périphéries de nos villes où nombre de malheureux voient échouer leurs rêves d’une vie meilleure pour eux et leurs proches restés aux pays. Certes, il y a des histoires qui finissent bien : peut-être qu’un des occupants de l’Ocean Viking sera médecin, professeur d’université ou ministre. En attendant, beaucoup d’autres, après s’être vu refuser le statut de réfugié, se retrouveront à faire la plonge pour un salaire de misère ou, pis encore, à faire la manche, violer des filles et dépouiller les malchanceux croisant leur chemin. Si délinquants et criminels constituent une minorité des migrants, inversement, une partie non négligeable des délits et des crimes, dans nos villes, sont commis par des déboutés d’un droit d’asile devenu la principale filière d’immigration – d’où la confusion sémantique entre réfugiés et demandeurs d’asile. Il ne se passe pas de semaine sans que soient évoqués sur les plateaux télé un viol, une agression ou un meurtre commis par un étranger sous le coup d’une OQTF, quand ce n’est pas par un « mineur isolé » frisant parfois la quarantaine. Certes, notre législation, imbibée des bons sentiments immigrationnistes des instances européennes, est particulièrement protectrice pour les individus et singulièrement indifférente au droit de la collectivité de choisir qui elle reçoit. Mais, comme le souligne Patrick Stefanini (voir notre dossier de décembre), si elle impose certaines contraintes, l’Europe ne nous interdit pas d’avoir une politique migratoire. Et on comprend en lisant les textes de Michel Aubouin et de Carl Hubert (voir notre dossier) que, si nos lois sont imparfaites, les appliquer serait déjà un grand progrès. Ce qui fait défaut, c’est le courage politique de gouvernants qui redoutent plus les foudres des médias que la colère des électeurs. De sorte que quiconque parvenant à poser le pied sur le territoire français a de bonnes chances de ne jamais repartir.

On répète à l’envi que rien n’empêchera des hommes et des femmes (enfin surtout des hommes) souffrant de la guerre, de la misère ou du réchauffement climatique de tenter l’aventure européenne, ce qui revient à faire de l’immigration un phénomène naturel aussi incontrôlable qu’une tornade. Aussi compréhensibles soient les aspirations individuelles, il est absurde de croire qu’on résoudra tous les problèmes de l’humanité en transvasant les populations africaines en Europe.

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Surtout, il est particulièrement intolérable qu’un phénomène aussi fondamental que l’immigration, qui engage l’avenir économique et culturel de nos sociétés, échappe à la délibération démocratique. La question migratoire est probablement l’une des plus consensuelles dans l’opinion. Enquête après enquête, deux tiers des Français, ce qui comprend aussi des électeurs de gauche, souhaitent que l’on réduise drastiquement ou que l’on stoppe le flux d’arrivants qui ont peu de chances de s’acculturer aux fameuses « valeurs » invoquées pour les accueillir. C’est qu’en plus des difficultés créées par cet afflux, une proportion alarmante des Français issus de l’immigration extra-européenne ne se sentent pas français, refusent d’adopter les mœurs de la société qui a accueilli leurs parents ou leurs grands-parents et le font savoir de mille manières, du vocabulaire – « les Gaulois » – à l’adhésion vestimentaire et culturelle à l’islam politique, en passant par la surreprésentation dans la délinquance : on trouve d’autant plus naturel de nuire à son prochain qu’on ne le reconnaît pas, justement, comme un « prochain »[2]. La faillite de l’intégration de nombreux Français explique que beaucoup de nos concitoyens se sentent déjà culturellement minoritaires chez eux. On comprend qu’ils ne soient guère enthousiasmés par l’arrivée de migrants venus de contrées physiquement et mentalement bien plus lointaines. Seulement, cette majorité silencieuse n’a jamais le droit à la compassion des belles âmes qui, au contraire, la couvrent d’invectives, estimant qu’il faut être un fieffé raciste pour s’opposer à la « créolisation ». Macron et Mélenchon qui la trouvent si désirable devraient se souvenir que même ces « déplorables » ont le droit de voter.


[1]. Stephen Smith : « Chaque migrant qui quitte l’Afrique renforce un sentiment d’échec collectif », propos recueillis par Eugénie Bastié, Le Figaro, 28 novembre 2022.

[2]. Sans parler des militants qui, à l’instar de la chanteuse Yseult, débitent volontiers leurs fadaises sur la France qui leur a fait tant de mal, ce qui n’a pas empêché Emmanuel Macron de la choisir comme marraine de la francophonie.

L’extrême gauche est un adversaire de la France

La gauche et plus encore l’extrême gauche s’étant insidieusement placées comme le camp ultime du Bien, la parole morale légitime par excellence, elles ne supportent plus la moindre contradiction, le moindre débat avec une idée qui différerait ne serait-ce qu’un peu de la leur. Alors, elles censurent, elles interdisent la parole, notamment dans les universités. C’est un vrai danger pour la démocratie.


« Français, n’ayez plus peur et soyez fiers de défendre votre identité qui n’est pas un gros mot mais la plus belle chose qu’encore vous possédiez ».

Gilles-William Goldnadel, Manuel de résistance au fascisme d’extrême-gauche (Nouvelles Editions de Passy, 2021).

Parce que le « camp du Bien » a toujours su parler au peuple français en « exploitant sa générosité, son amour de la justice, sa foi naïve dans l’Avenir »[1], une bonne partie de la droite, quoi qu’elle en dise, est longtemps restée paralysée par ce statut particulier et autoproclamé de la gauche. Culturellement et sociétalement, elle tente de lui ressembler depuis quarante ans. Politiquement, elle est tombée dans tous les pièges, le plus efficace étant la création machiavélique d’un monstre fantasmagorique, « l’extrême droite » et son cortège de tares anti-démocratiques et anti-républicaines, voire fascistes. Cette extrême droite est devenue le prétexte à l’évitement des sujets qui fâchent ou contrarient la gauche – l’immigration, l’insécurité, la culture et l’identité françaises – en même temps que le paravent cachant la médiocrité et la lâcheté de certains responsables politiques de gauche comme de droite. Quant au fascisme présumé de cette extrême droite fantasmée, il sert surtout aujourd’hui à dissimuler les exactions, les appels à la censure et à la violence à peine voilés de ce qu’il reste en réalité de la gauche, à savoir l’impérieuse extrême gauche mélenchoniste. Oui, de la gauche il ne reste plus que l’extrême gauche sectaire – l’éléphantesque PS a d’abord été grignoté par la Macronie ; ce qu’il en restait a été absorbé par la Nupes soumise aux Insoumis. Cette extrême gauche est plurielle et hétéroclite : La France insoumise, une bonne part d’EELV, quelques communistes égarés, une ribambelle de mouvements associatifs LGBTistes, féministes, antiracistes ou pro-migrants, des groupuscules d’agitateurs « antifas », des filiales d’ONG politisées, le syndicat SUD, des journalistes et des universitaires militants, etc. Ce qui caractérise d’abord cette ultra-gauche radicalisée et autoritaire est sa propension à l’intolérance, à la censure, à l’excommunication et à la violence. Sur France Inter, le sociologue islamo-gauchiste Geoffroy de Lagasnerie a admis être « contre le paradigme du débat, de la discussion » et vouloir « reproduire un certain nombre de censures dans l’espace public pour que les opinions justes prennent le pas sur les opinions injustes ». Cet émule de Saint-Just a dit tout haut ce que toute l’extrême gauche pense tout bas – et qu’en vérité elle met déjà en œuvre. Lagasnerie avait auparavant co-écrit (avec l’impayable Edouard Louis) une tribune appelant au boycott des « Rendez-vous de l’histoire de Blois » au seul motif que « l’idéologue réactionnaire » Marcel Gauchet devait y prononcer la conférence inaugurale. Nous étions en 2014. Depuis, les interdictions, les censures, les listes noires, les excommunications prononcées par l’extrême gauche politique, syndicale, associative, universitaire ou médiatique, se sont multipliées.

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Il ne se passe plus un mois sans que des philosophes, des intellectuels, des universitaires, des écrivains ou des responsables politiques soient empêchés de donner des conférences ou d’animer des colloques. L’extrême gauche a décidé que les débats pourtant légitimes sur le néoféminisme, l’antiracisme racialiste, la théorie du genre et la « transidentité », l’immigration, l’islamisme, l’insécurité, la PMA et la GPA, ne devaient pas avoir lieu. Ce sont toujours les mêmes mouvements d’extrême gauche, les mêmes associations représentant des « minorités » issues de l’extrême gauche, les mêmes syndicats d’extrême gauche soutenus par les mêmes nervis « antifas » d’extrême gauche qui, dans ces cas-là, agissent à la manière des anciens maoïstes ou des anciens fascistes de sinistre mémoire.

En octobre 2019, la philosophe Sylviane Agacinski devait participer à l’université Montaigne de Bordeaux à un débat sur «L’être humain à l’époque de sa reproductibilité technique». Débat annulé pour cause de « menaces violentes » émanant de plusieurs organisations dont Riposte Trans ou Solidaires étudiant-e-s (sic). Le communiqué rédigé à cette occasion par ces associations relevait du pur délire et dénonçait l’invitation d’une « « philosophe » aux positions réactionnaires, transphobes et homophobes » ayant eu l’audace de déclarer que « l’humanité est naturellement hétérosexuelle ». Quelques mois auparavant, Alain Finkielkraut avait dû subir les mêmes propos délirants pour sa venue à Sciences Po Paris. Ses détracteurs d’extrême gauche l’accusèrent d’islamophobie, de racisme, de sexisme, d’homophobie, de « multiples sorties masculinistes » (sic), et le rangèrent dans le camp de l’extrême droite en même temps qu’Élisabeth Lévy, Anne-Marie Le Pourhiet, Eugénie Bastié et Hubert Védrine. Par un curieux mais habituel et orwellien retournement du réel, ces gauchistes affirmèrent que la venue de Finkielkraut mettaient « [leurs] vies et [leurs] existences en danger ». Tout récemment, Céline Masson et Caroline Eliacheff, les auteurs du livre La Fabrique de l’enfant-transgenre, n’ont pas pu animer trois débats qui devaient se tenir à Lille, Paris et Lyon. Ces derniers ont été annulés. Les activistes de différentes associations pro-trans ou écologistes et des militants de La France insoumise sont systématiquement à la manœuvre : intimidations, menaces, présence sur les lieux pour empêcher les réunions. Dernier épisode en date : la sociologue Nathalie Heinich, invitée par L’Espace Mendès-France à Poitiers pour donner une conférence sur l’écriture inclusive, a vu la soirée perturbée par une vingtaine de gauchistes décidés à empêcher son déroulement normal. Sur les réseaux sociaux, Nathalie Heinich a été accusée d’être homophobe, islamophobe et d’extrême droite. Les locaux ont été vandalisés le lendemain de la conférence. Ce ne sont là que quelques exemples. Le Figaro et Valeurs actuelles sont parmi les seuls à avoir relaté ces événements. La plupart des journaux, Le Monde et Libération en tête, n’en parlent pas ou reprennent les courts billets de l’AFP tels quels, sans aucune appréciation critique. La radio publique évite le sujet. Le silence qui entoure ces atteintes à la « liberté d’expression » ou aux « valeurs républicaines » pourtant si ardemment défendues par les médias dominants, est assourdissant. Ces mêmes médias n’hésitent d’ailleurs plus à mentir. Ils mentent par omission. Ils mentent par détournement sémantique. Ils mentent, tout simplement, en ignorant ou en falsifiant le réel. Leur pouvoir de dissimulation de la réalité n’est plus à démontrer, comme n’est plus à démontrer leur allégeance à toutes les idéologies déconstructivistes, multiculturalistes, immigrationnistes et wokistes. France Inter, Le Monde et Libération sont, à ce sujet, exemplaires.

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Tandis que de plus en plus d’intellectuels ou de responsables politiques deviennent personae non gratae dans nos universités gauchisées, des responsables de La France insoumise terminent en ce moment une « Tournée des facs » qui s’est déroulée sans aucune anicroche. Après celles de Montpellier, Nanterre, Paris VIII, Clermont-Ferrand, Nantes, Rouen ou Tours, c’est l’université de Poitiers qui a reçu en son sein Louis Boyard et deux autres députés de LFI. Tout s’est bien passé. Les Insoumis ont été chaudement accueillis et aucune intervention des forces de l’ordre n’a été nécessaire. Jordan Bardella n’a pas eu droit au même traitement de faveur. Il s’est vu empêcher l’entrée de Sciences Po Bordeaux par les « antifas » locaux alors qu’il était prévu un débat avec les étudiants qui le désiraient. Le directeur de la rédaction de Valeurs actuelles, Geoffroy Lejeune, n’a pu répondre ni à l’invitation du Cercle Mauriac dans le même IEP, ni à celle d’une association étudiante de Sciences Po Lille – les gentils et tolérants « antifas » menaçant de tout casser, les courageux présidents de ces universités ont préféré tout bonnement annuler les débats prévus. À l’ESCP Business School, là-même où Sandrine Rousseau et Jean-Luc Mélenchon ont pu « échanger » avec les étudiants sans aucune difficulté, Éric Zemmour a été très fortement chahuté tandis que Marine Le Pen a vu sa conférence annulée par la direction de la prestigieuse école de commerce pour des « raisons d’ordre public ». Les associations gauchistes, le syndicat SUD Solidaires étudiant-e-s (sic) et l’UNEF ont beau représenter une minorité des étudiants, ce sont eux qui font la loi. Les étudiants affiliés à l’UNI se font régulièrement tabasser par de pacifiques « antifas » lors d’affichages ou de distributions de tracts, ou, comme à l’université Lyon 2 récemment, se voient menacés par des racailles hurlant « Par Allah on va vous tuer » sous les applaudissements de militants de l’UNEF. Pas un mot sur la radio publique, pas une ligne dans les journaux dits de référence.

A lire aussi: Sourions un peu en attendant la fin

« En réalité, ces internationalistes, ces arracheurs de racines, n’ont qu’un but inavoué : détruire un état, une nation et un peuple français qu’ils détestent », écrit Gilles-William Goldnadel dans son Manuel de résistance au fascisme d’extrême-gauche. L’extrême gauche n’aime pas la France. Elle espère son changement démographique le plus rapidement possible. Elle attend beaucoup des nouvelles générations endoctrinées dès l’école et encombrant les bancs d’universités qui parachèvent leur dégoût pour le peuple français, son histoire et sa culture. L’extrême gauche fascisante réunit en son sein toutes les idéologies susceptibles de détruire la France. Elle sait pouvoir compter sur des professeurs, des universitaires et des médias acquis à ces idéologies et devenus les fers de lance de la propagande wokiste, immigrationniste et islamo-gauchiste. Est-il trop tard ? « J’ai regardé ma montre, écrit encore G.W. Goldnadel. Il est minuit moins une. Le fascisme d’extrême-gauche n’est pas encore passé». Autant dire qu’il n’y a plus une minute à perdre pour dénoncer l’adversaire et le combattre fermement si nous voulons le terrasser.


[1] Georges Bernanos, Nous autres, Français, Gallimard, p.113.

MANUEL DE RÉSISTANCE AU FASCISME D'EXTRÊME-GAUCHE

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«Armageddon Time» : grandir aux Etats-Unis en 1980

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Sans nostalgie excessive, le nouveau film de James Gray fait le portrait d’une certaine jeunesse américaine juste avant l’élection à la présidence de Ronald Reagan, entre insouciance, conflits avec le monde adulte et préjugés raciaux et sociaux.


Avec Armageddon Time, James Gray nous conte avec beaucoup de tact, de tendresse et de force l’adolescence de Paul Graf, un élève insouciant, drôle, parfois turbulent – voire désagréable et méchant avec son père et sa mère – qui rêve de devenir un artiste. Paul est le plus jeune des deux garçons d’une famille juive démocrate où personne ne comprend ses désirs artistiques. Ses parents souhaitent qu’il mène de grandes études. Seul, son grand-père semble plus ouvert et quelque peu rebelle face à la bêtise du monde. Il comprend les désirs et rêveries de son petit-fils, bien qu’il ait parfois tendance à trop le choyer et à le couvrir de cadeaux, mais il sait aussi lui dire la vérité sur son comportement désagréable envers ses parents et lui faire comprendre les cruelles violences du réel, de la société ainsi que celles dramatiques de l’histoire (guerre, Shoah) – particulièrement celle de l’antisémitisme.

Paul rentre en sixième et aime dessiner et faire rire ses camarades. Il se lie d’amitié avec un jeune garçon noir, orphelin issu d’un milieu défavorisé. Vivant chez sa grand-mère mais abandonné à lui-même, Johnny Davis est un redoublant, comique, irrévérencieux et arrogant. Tous deux, folâtres, font les quatre cent coups. Ils vont vite se retrouver face à des déboires à l’école, à l’incompréhension des adultes et surtout au racisme de certains élèves envers le jeune Noir. Paul se confronte alors à ses parents et aux vicissitudes du réel.

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Armageddon Time est un superbe film simple et classique, un récit autobiographique – sans aucun doute romancé – filmé à hauteur d’enfant. C’est ce qui fait assurément la grande force et la beauté de cette histoire émouvante. Dans ce récit d’amitié où se côtoie béatitude et amertume, naïveté et insolence, douceur et méchanceté, James Gray ne tombe jamais dans le piège du teenage movie ni dans la nostalgie surannée. Avec un sens aigu de l’introspection, il met en scène avec une grande rigueur, la fougue et la langueur, la joie et la tristesse, l’enthousiasme et l’amertume d’une jeunesse insouciante qui jouit de l’immédiateté de la vie, de la beauté de la peinture, de la musique, de l’amitié, mais qui découvre les affres de la société : la pauvreté , le racisme, la gravité effarante de l’antisémitisme et de l’injustice, présente dans leur quotidien. Servi par les lumières chaudes du chef-opérateur, Darius Khondji qui adoucissent la dureté de la prise de conscience de Paul et par la richesse de la bande musicale du film – The Clash, Stan Getz & Joao Gilberto, The Raincoats, The Sugarhill Gang, Boz Scaggs, Franz Liszt… – Armageddon Time est sans conteste l’un des plus beaux et bouleversants films de l’année. Une œuvre nous parle des thématiques résurgentes du cinéaste, de la filiation, de la famille, du devoir moral de citoyenneté, de la faillite des valeurs des États-Unis.

Armageddon Time, un film de James Gray. Etats-Unis – 2022 – 1h55 – V.O.S.T.F.

Interprétation : Anne Hathaway, Michael Banks Repeta, Anthony Hopkins, Jaylin Webb, Jeremy Strong, Ryan Sell, Andrew Polk…. Toujours en salle.

Tout était-il mieux avant?

Selon Alain Finkielkraut, l’expression « Tout était mieux avant » est « frappée de ridicule » et « la nostalgie criminalisée » (Le Club Le Figaro Idées). Pourtant, le passé nous montre souvent que notre société, loin de progresser, a régressé dans un certain nombre de domaines.


Comme ma réaction immédiate me porte à approuver sans nuance ce regret du passé, je voudrais tenter de questionner le plus honnêtement possible ce « tout était mieux avant » pour faire le départ entre une conviction assurée ou un réflexe seulement conservateur.

Il me semble déjà qu’une telle nostalgie, si elle était globale, serait absurde dans la mesure où il est évident que des progrès considérables ont été accomplis dans, par exemple, les domaines scientifique et médical.

De tels progrès, d’ailleurs, qu’ils pourraient faire encourir le risque, par une volonté de recherche dévoyée, d’un transhumanisme, d’une obsession de défier les limites de notre corps et de notre finitude.

Cette évidence rappelée – le temps qui passe est un allié dans l’approfondissement de nos connaissances objectives au sens large -, je n’ai aucun scrupule à déclarer que « c’était mieux avant » dans tous les aspects de la société, l’évolution de l’art, la richesse de la culture, le courage politique – tout ce qui se rapporte à des tendances d’affaiblissement et d’appauvrissement contre lesquelles on a du mal à se battre parce que beaucoup les jugent inéluctables.

Pourtant, même face à ce constat dont la réalité nous affecte chaque jour, dans notre humanité, nos familles et notre condition de citoyens, il me paraît prudent de nous interroger afin de déterminer s’il y a bien en effet une décadence partout où je l’ai ciblée ou si notre perception négative ne résulte pas d’une approche nourrie d’hier et par hier, de notre inaptitude à concevoir que le fil du temps puisse être, même dans ces domaines aux antipodes des enseignements scientifiques et progressistes.

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Pour certains, la société a changé et c’est tant mieux. Ce dont nous déplorons la perte, pour eux a été remplacé par d’autres modes, d’autres formes, des transformations ouvrant des perspectives réjouissantes pour le futur. Par exemple, si la culture classique a disparu, si l’écriture et l’oralité sont dégradées, ce n’est pas grave puisque les jeunes gens ont d’autres capacités, d’autres talents et que l’ordinateur et les réseaux sociaux les auraient rendus aussi vifs, voire davantage, que tous ceux enkystés dans une ancienne manière de penser, de sentir, d’écrire et de parler. Dans un ancien monde quand le nouveau serait riche de promesses et le refrain du déclin une facilité paresseuse.

Si je ne méprise aucun de ces arguments, je ne les crois pas exacts. Et j’estime désespérée l’apologie des temps actuels par rapport à des périodes qui justifient implacablement le « c’était mieux avant ».

Prêchant pour ma chapelle, je crains que la relégation des humanités, avec le caractère universel des matières qu’elles abordaient et la culture qui leur était consubstantielle, ait favorisé une réduction de la curiosité et des appétences intellectuelles en donnant une place prédominante aux approches techniques et au pragmatisme. Ce n’est pas soutenir que ces processus ne correspondent pas à un certain type d’intelligence mais constater qu’ils relèvent de spécialités et échappent donc à une plénitude qui constituait le monde ancien comme un modèle.

Pour ma part, dès la première phrase d’un interlocuteur et bien davantage lors d’un échange nourri, il est facile, sans me tromper, de déterminer ce qui l’a formé et qui l’a instruit, si les humanités, les langues anciennes, la philosophie, l’Histoire et la littérature l’ont structuré ou seulement un terreau scientifique spécialisé ayant ses forces et ses avantages mais limité dans son ouverture au monde et son appréhension des autres.

Les humanités, c’est probablement la porte la plus efficace pour accéder à l’humanité. De même que lire Marcel Proust est sûrement l’accès le plus direct à la vie dans ses composantes les plus complexes et aussi les plus simples (contrairement à ce qu’on prétend).

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L’argumentation qui suit est délicate mais je soutiens qu’au fil du temps, des vertus essentielles, à force de n’avoir plus été assez mises en œuvre singulièrement et collectivement, ont quasiment disparu et ont conduit des institutions capitales pour notre pays à péricliter.

L’autorité qui a déserté l’État, c’est une faiblesse qui s’est prise pour la norme. La fermeté et la rigueur qui n’ont plus cours à l’école, c’est l’enfance et l’adolescence qui sont blessées et sans doute mal préparées à leur avenir. La culture, l’art, enkystés dans la personnalisation du créateur, c’est l’universel qui est saccagé et le consensus fondamental et exemplaire suscité par les grandes œuvres classiques qui est mis en pièces. La vulgarité, le mépris, la faillite de l’écoute qui pullulent en politique, dans les médias et sur les réseaux sociaux, c’est la superbe intercession de la communication – entre soi et les autres, entre les citoyens, entre ceux qui dirigent et ceux qui sont gouvernés, entre la parole publique et les multiples et parfois contradictoires attentes du peuple – qui est gravement endommagée.

Oui, si tout n’était pas mieux avant, il n’est pas faux de déplorer l’effacement d’un certain nombre d’indiscutables supériorités d’hier par rapport à aujourd’hui.

À une double condition.

Que nous ne soyons pas amers dans notre ton mais persuadés qu’il suffirait d’une authentique audace politique approuvée par la majorité des citoyens (ils n’espèrent que cela !) pour qu’une part exemplaire du passé revienne dans notre présent et soit restaurée. Pour notre plus grand bien.

Le Mur des cons

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Coupe du Monde : Pourquoi fête-t-on chez certains médias de gauche la victoire du Maroc ?

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Au terme d’un match riche en rebondissements, le Maroc s’est qualifié pour la suite de la compétition. Une performance sur-plébiscitée par les médias de gauche, immigrationnistes et wokistes. Décryptage.


Mardi 6 décembre 2022, stade Education City à Doha, 20h46. Achraf Hakimi, attaquant phare de la sélection nationale du Maroc, envoie son pays en quart de finale au bout du suspense. Une qualification historique. Après un lourd silence, l’explosion de joie. La bataille royale entre le royaume chérifien et la couronne espagnole prend fin dans une grande cacophonie. Dans le stade, les supporters marocains sont venus nombreux, et donnent de la voix dans une ambiance digne des grands soirs. Partout en France, les Marocains montrent leur euphorie. Il suffit juste de tendre l’oreille. À Paris, les Champs-Élysées sont envahis par des milliers de supporters enjaillés, exhibant le drapeau rouge étoilé dans un tintamarre de klaxons.

Dans les villes de Nice, Lille et Fréjus, mais aussi aux Pays-Bas, des policiers ont été pris pour cible par les supporteurs du Maroc. Ces violences s’inscrivent dans le prolongement des violences à Bruxelles, en marge de la victoire marocaine contre la Belgique le 27 novembre. Une stratégie désormais connue : feux de poubelle, caillassages et affrontements.

Mais ils ne sont pas les seuls à avoir célébré cette historique victoire. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, la jeune rédaction de Brut France, média ouvertement wokiste, s’exalte en direct devant la qualification des « Lions de l’Atlas ». Dans les locaux même du média français, entre drapeaux turc, sénégalais et marocain suspendus sur les armoires, tous, soulagés, se soulèvent, sautent, dans une grande hilarité. Une autre vidéo affiche Rémy Buisine, journaliste vidéo pour Brut, invitant ses troupes : « On va tous sur les champs », est-il écrit alors que les locaux se vident. S’ensuit un petit reportage, de ce dernier, décrivant une ambiance bon enfant, sur les Champs-Élysées. Konbini s’y colle aussi : « Cette panenka [un tir de penalty en pichenette, ici le but de la victoire marocaine, NDLR], c’est le cadeau de Noël qu’on voulait tous », écrit pompeusement cet autre média français de gauche.

Mais pourquoi la rédaction Brut France s’affiche-t-elle en train de célébrer cette victoire du Maroc, aussi historique soit-elle ? Pourquoi ne pas avoir montré ce même enthousiasme pour les victoires toutes aussi historiques du Japon face à l’Espagne et l’Allemagne lors des matchs de groupe ou la qualification de la France en quarts de finale ? Dans le dossier de Causeur du mois de décembre, Philippe d’Iribarne éclaire sur ce penchant du « camp du bien », immigrationniste et wokiste, à mettre en évidence un soutien poussé pour les pays maghrébins. « Pour les tenants de ce courant, l’immigration est d’autant plus bienvenue qu’elle sème plus la perturbation dans la France ‘’franchouillarde‘’ », analyse-t-il. Tout ne peut être que mépris pour la culture française, qui se contente d’être une composante comme les autres de la société multiculturelle. Chez ces médias immigrationnistes, il faut porter le Maroc pour mieux rabaisser la France.

Le sens de l’art

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New York City 1 est un collage sur toile de bandes jaunes, rouges et bleues formant un quadrillage. Depuis soixante-dix-sept ans, la toile est exposée… à l’envers.

Les amateurs se pressent au Kunstsammlung de Düsseldorf, en Allemagne, pour admirer une rare rétrospective de Piet Mondrian. Parmi les œuvres exposées, New York City 1, un collage sur toile de bandes jaunes, rouges et bleues qui, en se croisant, composent les célèbres quadrillages de l’artiste néerlandais. Seul problème, cette composition de 1941 est… accrochée à l’envers… depuis soixante-dix-sept ans. C’est la commissaire de l’exposition qui s’en est rendu compte : « Sur une photo de 1944, j’ai vu que la toile était dans l’autre sens sur un chevalet. Ça m’a intriguée », a-t-elle déclaré au quotidien Süddeutsche Zeitung. Susanne Meyer-Büser effectue quelques recherches et remarque qu’un an plus tard, la toile, exposée au MOMA de New York, est à l’envers. Selon elle, « l’erreur pourrait provenir du fait que la peinture n’avait pas de signature. Son sens a été déterminé par le nom de l’artiste inscrit au dos du cadre par l’administrateur de la succession », Mondrian étant mort en 1944.

Maintenant qu’on le sait, pourquoi ne pas l’accrocher à l’endroit ? La réponse de Suzanne laisse pantois : « Les rubans adhésifs sont déjà très lâches et ne tiennent qu’à un fil. Si on devait la retourner maintenant, la gravité la tirerait dans une autre direction. Et cette erreur fait désormais partie de l’histoire de l’œuvre. » Si ça fait partie de l’histoire, on peut suggérer aux défenseurs de la planète de se coller, non les mains au cadre, mais les pieds au plafond du musée. Ils ont jusqu’au 12 février pour le faire.

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La mémoire du colonialisme allemand en Afrique : encore une statue qui tombe

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Curt von François-Denkmal in Windhoek Pemba.mpimaji 20/12/2016 Creative commons Wikipedia https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Curt_von_François-Denkmal_in_Windhoek_01.jpg

Cartographe de l’armée impériale allemande, Curt von François est indissociable de l’histoire coloniale namibienne. Fondateur des villes de Windhoek et de Swakopmund, depuis un demi-siècle, sa statue trônait au centre de la capitale de l’ancien Sud-ouest africain. En novembre, le gouvernement namibien a décidé de déboulonner le Prussien de son socle en dépit des protestations de ses descendants.


Ruprecht von François est en colère. Le 23 novembre 2022, la statue de son arrière-grand-père a été promptement déboulonnée du socle sur lequel elle reposait depuis un demi-siècle. La décision a été prise par le Conseil municipal de Windhoek, la capitale de la Namibie, après qu’une association a fait pression afin qu’elle soit retirée de l’espace public, estimant que Curt von François était une « représentation offensante » au regard de ses exactions commises alors qu’il était à la tête de la colonie prussienne du Sud-ouest africain. Ce cartographe de métier a fait toute sa carrière dans l’armée du Kaiser Guillaume II. Cité dans les annales de la guerre de 1870, le Congo belge lui doit une carte détaillée de ses frontières. Mandaté par Berlin pour débarquer sur les côtes de l’Afrique australe, déjà bien occupée par les Britanniques, c’est en juin 1889 que Curt von François pose le pied à Walvis Bay avec 21 soldats. C’est là qu’il retrouve le Haut-commissaire allemand, Heinrich Göring, père d’Hermann, futur dignitaire nazi, représentant le Second Reich. Von François va rapidement entamer la conquête de ce nouveau territoire et poser les premières pierres de Windhoek, même si c’est surtout à son frère Hugo que l’on doit l’élévation de cette ville. Viendra plus tard Swakopmund, aujourd’hui encore une ville importante de Namibie.

Mais ce que reprochent surtout les détracteurs de ce héros de l’histoire coloniale allemande, c’est sa conquête du Namaland. Le royaume est alors dirigé par Hendrik Witbooi. Le monarque refuse systématiquement toutes les propositions de protectorat que Curt von François lui propose. En 1889, agacé par tant d’entêtement, le Prussien se lance à l’assaut de son kraal (village) et ses troupes massacrent plus de 70 femmes et enfants. Hendrik Witbooi s’échappe et continuera la lutte jusqu’en 1905, date à laquelle il sera blessé à mort. La résistance acharnée du chef Nama aura coûté son poste de gouverneur à Curt von François, limogé en 1894. Il prend sa retraite un an plus tard et meurt en 1931 à Berlin. En Namibie, il a laissé derrière lui une descendance, née d’une relation avec la princesse Nama, Amélie Gereses, qui se bat toujours pour réhabiliter le fondateur de la Namibie. « L’accuser d’avoir massacré les Namas (Damaras) est un vrai mensonge. Quand il a débarqué dans le pays, il était accompagné de soldats qui étaient majoritairement des Damaras » affirme Ruprecht von François. « Il était même en conflit ouvert avec le général Lothar von Trotha, commandant en chef des troupes coloniales et futur gouverneur qui est surtout connu pour avoir mis en place la répression des Héréros ». Un autre massacre aujourd’hui reconnu comme génocide par l’ONU et qui a contraint l’Allemagne à s’excuser et à indemniser les descendants des victimes. Du bout des lèvres et des doigts.

« Mon arrière-grand-père était l’homme le plus doux. C’est pour cette raison qu’il a été limogé, accusé d’être trop indulgent avec les indigènes par von Trotha. Il ne pouvait pas faire ce qu’on lui avait ordonné, c’est-à-dire tuer les locaux. Von Trotta est celui qui a fait tuer des gens et ces massacres ont fait souffrir mon arrière-grand-père », a-t-il affirmé à la chaîne d’information sud-africaine News24. Ruprecht von François ne comprend pas la décision du maire de Windhoek. « Il a beaucoup fait pour ce pays. La plupart des infrastructures et des routes du pays sont de son fait. […] Il a rendu ce pays digne d’être visité, car il n’y avait rien d’autre que de la sécheresse auparavant », renchérit cet ancien vice-président de la Chambre des Métiers de Namibie.

De son côté, l’ancien maire de Windhoek, Job Amupanda, a déclaré « retirer la statue était la meilleure décision à prendre » et démenti que Curt Von François soit le vrai fondateur de la ville. « Un vrai mensonge. Peut-être d’un point de vue occidental mais pas africain. Il y avait déjà une tribu présente ici bien avant son arrivée », affirme celui qui a œuvré ardemment pour son retrait et qui s’inscrit dans le « processus de décolonisation » entamé par la Namibie depuis qu’elle a pris son indépendance au prix d’une longue guerre entre Afrikaners sud-africains (qui occupaient le territoire depuis 1916) et rebelles du futur président Sam Nujoma.

Depuis 1990, la Namibie a débaptisé un certain nombre de rues ou boulevards portant des noms à la gloire des héros de la colonisation allemande. Le retrait le plus emblématique de ce processus reste le déboulonnage du Reiterdenkmal, le monument équestre de Windhoek, qui représentait depuis un siècle un cavalier allemand de la Schutztruppe en grand uniforme avec sacoche et fusil. Le déboulonnage continue. 

Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron et les juges…

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Les Président N. Sarkozy et E. Macron, le 19/10/22 / PHOTO: CELINE BREGAND/SIPA / 01091709_000046

Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron ont tous les deux des raisons de ne pas apprécier les magistrats mais ils expriment ce fait de manière très différente. L’analyse de Philippe Bilger.


Comme il y a eu de l’impressionnisme en peinture, il me semble qu’un blog a le droit aussi de s’abandonner à des impressions qui ne prétendent pas offrir des vérités définitives mais seulement des lueurs, voire des lumières ; un regard certes subjectif mais que factuel et psychologie mêlés sont susceptibles de valider.

À l’égard des deux ouvertures d’information par le PNF (Parquet national financier) au sujet du financement de la campagne de 2017 et des avantages qui auraient été accordés à la société de conseil McKinsey, nous sommes naturellement conduits à comparer les attitudes d’Emmanuel Macron à celles de Nicolas Sarkozy, tant elles sont différentes.

Ce dernier n’a cessé de se crisper, de se cabrer, parfois de dénoncer, de protester à plusieurs reprises de son innocence. Il n’a jamais cherché à faire preuve même d’une apparente sérénité, sauf quand ses offensives répétées contre les juges avaient des effets contre-productifs. Nicolas Sarkozy n’a pas la qualité, ou le défaut, de l’indifférence, il est porté à ruer dans les brancards et sans doute n’est-il pas loin de considérer que cet extrémisme est le signe de sa bonne foi.

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Emmanuel Macron adopte la posture inverse. Il glisse, il s’insinue, il embrasse pour mieux étouffer. Il joue au bon apôtre, donne des conseils à ses ministres pour les dissuader prétendument de toute démagogie mais son avertissement subtil les met plutôt en garde contre l’envie qui pourrait les saisir d’être sincères. Comme, au moins partiellement, Bruno Le Maire a voulu l’être quand Olivier Véran, lui, s’est évertué à colmater les brèches causées par le débridement du premier.

Dans les postures de notre Président en matière judiciaire, il y a quelque chose d’une personnalité qui à la fois affecte l’indifférence à l’égard de ce qui ne le concernerait pas et se permet des immixtions sans le moindre souci de la réserve qu’on serait en droit d’attendre de lui.

Pour faire changer la teneur d’un rapport policier de synthèse défavorable à Alexis Kohler, il s’autorise l’envoi d’une attestation vantant la parfaite bonne foi de son collaborateur principal. Apparemment cette démarche n’a pas convaincu les magistrats instructeurs qui ont récemment questionné sur le fond le mis en examen Alexis Kohler sur un mode pugnace et avec des interrogations pertinentes (Mediapart).

Pour McKinsey, Emmanuel Macron, après avoir initialement déclaré, avec une forfanterie trop sûre de soi, « qu’ils aillent au pénal », a changé de tactique et face au pénal qui est arrivé, il a soutenu avec désinvolture qu’il n’était pas concerné. On voit mal qui d’autre pourrait l’être au regard des nombreuses sollicitations, certaines incongrues, dont ce cabinet a bénéficié et de leurs possibles liens avec le financement de la campagne présidentielle.

Aussi bien pour Nicolas Sarkozy que pour Emmanuel Macron protégé jusqu’à la fin de son mandat, il n’y a rien encore d’établi, d’incontestable, d’irréversible.

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On use beaucoup de la présomption d’innocence sous la présidence d’Emmanuel Macron. Il y a eu le regrettable changement d’orientation qui, pour les ministres mis en examen et le Secrétaire général de l’Elysée lui-même, les laisse en poste. Comme si, face à l’innocence présumée, il n’y avait rien. Alors que la mise en examen est notifiée à une personne soupçonnée d’infractions, contre laquelle existent des indices graves ou concordants. Il n’est donc pas sans conséquence de considérer que ces situations procédurales sont sans effet sur les activités politiques comme si, méprisant les premières, on ne privilégiait que les secondes et les soutiens qu’elles impliquent.

À mettre en parallèle les deux manières d’appréhender les juges et la Justice, je ne suis pas sûr que celle adoptée par Nicolas Sarkozy, dans sa crudité ostentatoire et à charge, ne soit pas en définitive plus honnête que celle feutrée, biaisée, sournoise et jésuitique d’Emmanuel Macron. La première, ne se dissimulant pas, appelle plus aisément la contradiction, la seconde, se parant d’un superficiel détachement mais d’une authentique inquiétude, relève d’une comédie beaucoup plus difficile à déchiffrer.

D’autant plus que le garde des Sceaux, dont le lien avec le président est évidemment très fort à cause de la confiance maintenue contre vents, marées et mise en examen, s’abstiendra nécessairement de toute influence qui serait mal perçue.

Nicolas Sarkozy n’aime pas les juges et l’a fait savoir. Emmanuel Macron fait croire qu’il les respecte mais a nommé un ministre qui ne les a jamais aimés.

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« On » va piquer Mamie !

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Pexels

Faut-il légaliser l’euthanasie en France ? Pour la présidente du Mouvement conservateur, ce mot recouvre une réalité insupportable et nous évite de regarder la mort en face. Tribune libre.


« Je n’aime pas le mot d’euthanasie », a déclaré Emmanuel Macron. Une manière de dire qu’après tout, qu’importe le flacon, c’est l’ivresse qu’il veut pouvoir graver dans le marbre de son quinquennat – ou devrions-nous dire, l’étourdissement irréversible.

Car, à vrai dire, même au pays des héros de Molière, où les Purgon et Diafoirus n’avaient pas la prétention d’achever à heure dite le Malade à eux confié, les coquetteries littéraires du Président nous passent assez loin au-dessus du claque-merde. En revanche, nous commençons à être nombreux à nous demander ce qu’écrira dans son agenda celui ou celle qui demain emmènera sa grand-mère à l’injection finale : un pudique « RDV hosto » ? un factuel « mort de Mamie à 10h20 » ? un technique « piqûre létale de Jacqueline chambre 34 » ? un poétique « rappel à Dieu » (aux bons soins du facteur) ? Eh oui, la réalité est dure à formuler et à s’avouer pour ceux qui prônent un joli « droit à mourir dans la dignité ». Cette réalité est tout autre : il s’agit de provoquer la mort, c’est-à-dire de tuer, et pas n’importe qui, mais précisément ma grand-mère. Celle qui me berçait au son des comptines du pays quand j’avais deux ans, qui me racontait « les contes et légendes des contrées disparues » et celle qui m’a prêté sa voiture le jour où j’ai eu le permis. Ou parfois, celle avec laquelle on n’a plus échangé depuis sa séparation d’avec grand-père, mais à qui je dois quand même d’être là aujourd’hui.

On va piquer Mamie, mais qui est ce « on » indéterminé ? Parce que créer un droit à mourir, c’est nécessairement créer un devoir de tuer : il faudra désigner un homme de main pour la basse besogne, avec blouse blanche ou sans. On mettra une musique joyeuse, pour les plus optimistes le « I will survive » de Gloria Gaynor et pour les autres un supersonique « Don’t stop me now » de Queen. On allumera une bougie parfumée rappelant l’odeur du pain d’épice de Mamie. Mais tout ça, c’est facile et ça ne dit pas qui tendra le verre de ciguë ou qui injectera le barbiturique dans la perfusion. C’est le jeu du mistigri qui faisait beaucoup rire Mamie, mais cette fois, c’est pour de vrai.

Les médecins ne se voient pas en James Bond. Ce n’est pas un permis de tuer qu’Hippocrate leur a laissé mais un serment : « Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément ». C’est clair : soulager, mais pas tuer, « que je sois déshonoré et méprisé si j’y manque ». Forcément, ça pose problème. Ce n’est sans doute pas un hasard si l’Ordre des médecins a déclaré le 15 septembre, par la voix de son Président, n’être « pas favorable à l’euthanasie » et demandé, si la loi s’engouffrait dans cette voie, une clause de conscience pour les médecins.

Sa fille Adèle alors ? Ou son mari, c’est moins proche, une belle-mère. Mon père, non, c’est sa mère quand même, elle lui a donné la vie. Je déteste vraiment le mistigri. Et puis, après tout, c’est le choix de Mamie.

Alors ? alors un marché va se créer, lucratif – car suffisamment onéreux pour que la dignité se paie au prix qu’elle vaut bien : celui des assurances all-inclusive souscrites pour partir l’esprit tranquille pour le dernier voyage. Pour la prestation Platine, vous aurez tout : la clinique privée spécialisée, le disque et le parfum (quand ce n’est pas la navette « Sarco », déjà commercialisée par Exit International en Suisse), et le binôme de professionnels qui mettra fin à vos jours en double aveugle aléatoire, de manière à ce que nul ne se sente coupable au moment où tous se recueillent, l’air tartuffe. D’ailleurs, le projet de loi proposé par l’ADMD prévoit une nouvelle présomption de « mort naturelle » qui « résulte de la mise en œuvre d’une aide active à mourir », étrange aveu qui revient à créer une nouvelle clause d’irresponsabilité pénale pour le fait de donner la mort. Voilà qui laisse un vaste champ aux auteurs de romans policiers.

Mais si Mamie n’était pas assurée chez Interstellaire Goodbye, et que l’on n’a pas le premier sou vaillant ? Eh bien, après tout, en attendant que le suicide soit remboursé par la Sécu, Mamie peut aussi faire ça toute seule. Depuis le temps, elle doit bien sentir qu’elle nous coûte. Elle si gentille, si discrète. Il suffit qu’on lui dise la veille qu’on l’aime très fort, on mettra la pilule sur la table de nuit. La mort, les morts qu’on ne veut pas voir, pas sentir, pas entendre. La mort aseptisée et solitaire. La mort déshumanisée. Les mots s’envolent, les faits restent les faits : je n’aime pas la réalité de l’euthanasie.

Laïcité, chef-d’oeuvre en péril ?

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DR

Aujourd’hui on fête l’anniversaire de la Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat. Wilfried Kloepfer, avocat au barreau de Toulouse, Docteur en droit, fait un état des lieux de la laïcité en France à notre époque.


Déjà reconnu par l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, le principe de laïcité est consacré par l’article 1er de la Constitution. Il trouve ses premières expressions législatives en 1882 et 1886 sur l’enseignement primaire, et passe à la postérité avec la Loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat. L’enquête d’opinion sur « L’état des lieux de la laïcité en France » (réalisée en 2020 par Viavoice sous l’égide de l’Observatoire de la laïcité, remplacé en 2021 par le Comité interministériel de la laïcité en raison de ses positions trop laxistes) montre que la laïcité constitue pour les Français un principe républicain essentiel (70% des Français) qui fait partie de l’identité de la France (78%). Invoquée à des fins contradictoires, ou mitraillée par ses détracteurs, les conservateurs voient en elle le spectre révolutionnaire anti-religieux, le New York Times et la gauche radicale fustigent une idéologie de discrimination des minorités. Le principe signe une singularité française. De quoi est-il le nom ? Quelle est aujourd’hui sa fortune ? Nous proposons de répondre à ces questions en trois temps.

La laïcité, icône sacrée de l’identité républicaine

Dans les profondeurs de notre civilisation, nous trouvons le principe de laïcité. Luc Ferry rappelle que « la mythologie grecque est le modèle d’une spiritualité laïque ». Dans son dialogue avec le Cardinal, le philosophe démontre que « la place unique accordée à l’intériorité, a permis le passage à la laïcité ; le christianisme pouvant passer de l’espace public à l’espace privé sans obstacle absolu, de sorte que pour nous, Européens de tradition chrétienne, la question de la laïcité est aujourd’hui très largement réglée » (Le Cardinal et le philosophe, Plon, 2014). Le christianisme « religion de la sortie de la religion » (Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde, Gallimard, 1985), contient les ferments d’une pensée laïque, portant en germe la sécularisation. Les Evangiles exhortent en effet à « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Kantorowicz établit que la dualité de la figure royale a pour point de départ le modèle des deux natures du Christ (Les deux corps du roi, Essai sur la théologie politique au Moyen Âge, Gallimard, Folio, 1985), ce qui a ouvert l’horizon d’une « laïcité gallicane ». Le principe de laïcité s’est donc affirmé, soit au gré d’une lente évolution, aspect d’une continuité entre l’Ancien Régime et la Révolution, soit au prix de violentes ruptures.

Voulant s’affranchir du cléricalisme, la IIIème République n’a pas manqué d’exploiter le filon de la laïcité en forgeant un modèle français. Ce parangon républicain a aboli le régime concordataire institué en 1801. La loi de 1905 instaure un régime de neutralité aux termes duquel « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte… » (art. 2). L’article 1er de la loi de 1905 garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées dans l’intérêt de l’ordre public. Libre exercice qui, à n’en pas douter, offre la possibilité de manifester sa foi à l’extérieur des lieux de rassemblement des fidèles (voir en ce sens Patrick Weil, De la laïcité en France, Grasset 2021). C’est dans cette brèche que s’engouffrent l’islamisme politique. Cette entreprise d’occupation de l’espace public, légitimée par une conception dite inclusive de la laïcité, s’oppose à une vision prétendument islamophobe. La laïcité est donc le siège d’une controverse herméneutique. Le sociologue Jean Baubérot estime qu’il n’y a pas de modèle français de laïcité, mais une offre de significations concurrentes dont il opère le classement en idéaux-types (Les 7 laïcités françaises, MSH, 2015). A côté des laïcités historiques, l’auteur distingue notamment, dans les « laïcités nouvelles », la « laïcité ouverte » qui réclame la prise en compte des croyances, et la « laïcité identitaire » qui présenterait une version anti-immigrés. Mais une constante demeure : le régime de laïcité en vigueur, tel qu’institué par la loi de 1905, consiste moins en la neutralité religieuse de l’Etat qu’à une neutralisation des religions (Philippe Raynaud, La laïcité. Histoire d’une singularité française, Gallimard, 2019).

Cette loi instaure un double régime : la laïcité-abstention qui requiert la neutralité des pouvoirs publics, et celui de laïcité-interdiction qui prohibe tel comportement. Mais, prétendre que la loi serait compatible avec une conception inclusive qui appellerait une intervention publique pour apporter une aide à l’exercice d’un culte légitime le soutien octroyé à la construction de lieux de culte, l’aide financière allouée par les collectivités pour l’aménagement d’un abattoir rituel (voir le rapport Machelon 2005, CE Ass., 19 juillet 2011). Elle « franchit le mur de la séparation » (Vincent Valentin, Laïcité et neutralité, AJDA 2017), et se situe dans la sphère des « accommodements (dé)raisonnables » en proie à l’électoralisme. La question des menus confessionnels dans les cantines scolaires, service public non obligatoire, est traitée à la faveur des menus de substitution (CE 11 déc. 2020).

En dehors des exceptions énumérées à l’article 28 de la loi de 1905, la laïcité-interdiction trouve un terrain d’élection en matière immobilière. L’implantation d’une statue mariale sur un terrain communal est illégale (CE 11 mars 2022). La cour administrative d’appel de Nantes (16 septembre 2022) a enjoint à la commune des Sables-d’Olonne de retirer la statue érigée en 2018 de l’archange Saint-Michel du domaine public communal car elle fait partie de « l’iconographie chrétienne », et que l’utilisation de la place, en parvis de l’église éponyme, sur laquelle elle est implantée, ne permet pas de la qualifier de « dépendance de l’édifice de culte » qui, lui, échappe au régime de l’interdiction. La commune vendéenne s’est pourvue en cassation. S’agissant de l’installation d’une crèche de Noël, le Conseil d’Etat, maniant l’art de la nuance décide que « Eu égard à (la) pluralité de significations, l’installation d’une crèche de Noël, à titre temporaire, à l’initiative d’une personne publique, dans un emplacement public, n’est légalement possible que lorsqu’elle présente un caractère culturel, artistique ou festif […] » (CE 9 novembre 2016). Tout dépend donc du contexte et du lieu, dans un environnement favorable au culturalisme et au différentialisme.

La laïcité, symbole rejeté par le différentialisme

La mise en œuvre de la conception française vise à libérer la société de la contrainte religieuse. Ph. Raynaud relève que « la question nouvelle que pose l’islam n’est pas de savoir si l’Etat laïque peut reconnaître aux musulmans les droits qui sont ceux de tous les citoyens français, ce que, dans le cadre républicain, personne ne peut mettre en doute, mais si l’islam peut trouver sa place en ayant un statut différent des autres religions » (op. cit.). La difficulté résiderait dans le fait que l’islam n’est pas organisé en « Eglises », qu’il repose sur une loi qui régit tous les aspects de la vie humaine, et que sa foi est déposée dans un Livre composé de révélations faites par Dieu au Prophète, par l’intermédiaire de l’archange Gabriel, ce qui rend problématique le travail d’interprétation. La tentation serait donc forte d’organiser un Islam de France et de renouer avec des usages concordataires. A titre d’exemples peut-on citer : l’institution du Conseil Français du Culte Musulman créé en 2003 par Nicolas Sarkozy, et l’idée d’une contribution volontaire sur le halal dans le cadre d’un contrôle du financement du culte musulman. Mais, des pierres d’achoppement demeurent, avec certainement pour principale pomme de discorde, la question de l’apostasie. Alors que la majorité des musulmans aspirent à vivre et pratiquer paisiblement leur foi, une minorité significative (28%, source Institut Montaigne) de leurs coreligionnaires assument le séparatisme.

La crise de la transmission avec l’effondrement de l’école (Jean-Paul Brighelli, La fabrique du crétin. L’apocalypse scolaire, L’Archipel 2022), s’inscrit dans le contexte de l’envahissement de l’espace public par les diktats religieux. L’affaire des collégiennes de Creil en 1989 bien connue, fait penser à cette fable de La Fontaine, «Conseil tenu par les rats» :

« Ne faut-il que délibérer, La Cour en conseillers foisonne, Est-il besoin d’exécuter, L’on ne rencontre plus personne ».

Aux termes de leur manifeste : «Profs ne capitulons pas ! », E. Badinter, R. Debray, A. Finkielkraut, E. de Fontenay et C. Kintzler (intellectuels alors classés à gauche), dénoncent un « Munich de l’école républicaine », et identifient dans le voilement des femmes le signe de leur soumission. Ils refusent la mise en balance du principe de laïcité avec la liberté d’expression des élèves. Pénétrer dans les établissements scolaires avec ses certitudes, croyances familiales en bandoulière, et insanités véhiculées par les réseaux sociaux, opposent une fin de non-recevoir qui confine à l’ostracisme. La loi 15 mars 2004 interdit le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse. Cette loi est intervenue à la suite du rapport Obin, et des préconisations de la commission Stasi dont les membres se sont convertis à la nécessité de l’interdiction au fil des auditions, à l’exception de J. Baubérot. L’auteur des 7 laïcités regrette le glissement de la neutralité de l’Etat vers la neutralité imposée à la société civile, au motif que la loi de 1905 n’opèrerait pas de distinction entre les espaces public et privé.

La question des accompagnateurs scolaires s’est à nouveau posée au moment de l’adoption de la Loi confortant le respect des principes de la République du 24 août 2021 qui confirme, malgré la position du Sénat, le statu quo ante, défini par le Conseil d’Etat.  Si les parents accompagnateurs sont des usagers, la loi de 2004, circonscrit l’interdiction aux seuls élèves, et ne s’applique donc pas aux parents.

Les « écoféministes » luttent contre le « patriarcat blanc », défendent en France la liberté des femmes de porter le voile, et détournent le regard de l’oppression intracommunautaire. L’ambivalence de ce cénacle d’idéologues hybrides devant le courage des femmes iraniennes est consternante. Considèrent-ils l’interdiction d’ici et l’obligation de là-bas comme équivalentes, pour juger que les Françaises et les Iraniennes subissent la même oppression? Femmes de Paris, femmes de Téhéran ou de Kaboul, même combat ! Guerre des sexes et guerre des races contre l’universalisme, jusque et y compris, pour les plus radicaux, sur la question de l’excision assimilée à une circoncision féminine ! (F. Agag-Boudjahlat, Le grand détournement, Lexio 2019).

La loi du 11 octobre 2010 dispose que « nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage. Statuant pour la première fois dans le cadre du nouveau déféré-laïcité, instauré par la loi du 24 août 2021, Le Conseil d’Etat a confirmé la suspension du règlement intérieur des piscines municipales de Grenoble autorisant le port du « burkini ». Il estime à juste titre que la dérogation très ciblée apportée, pour satisfaire une revendication religieuse, aux règles de droit commun de port de tenues de bain édictées pour un motif d’hygiène et de sécurité, est de nature à affecter le bon fonctionnement du service public et l’égalité de traitement des usagers dans des conditions portant atteinte au principe de neutralité des services publics (CE ord. 21 juin 2022). Mais l’ordonnance doit également être lue comme la confirmation d’une jurisprudence favorable aux aménagements pour un motif religieux à condition qu’ils ne soient pas excessifs. Elle n’augure pas un revirement de la jurisprudence de 2016 favorable au port du burkini sur la plage aux termes de laquelle, le Conseil d’Etat annule les arrêts municipaux d’interdiction, ce qui est de nature à interroger notre modèle civilisationnel.

La laïcité, sentinelle face au défi civilisationnel

La diffusion du salafisme dans la société civile arme idéologiquement les bourreaux d’une ère nouvelle. Les attentats du 13 novembre ont frappé la « ville sainte de la laïcité », des terrasses de café et des salles de concert. Le principe de laïcité est à un poste avancé. Son abaissement fragilise la liberté d’expression et l‘égalité des sexes, et installe « l’insécurité culturelle » (sur cette notion, Laurent Bouvet, L’insécurité culturelle. Sortir du malaise identitaire français, Fayard, 2015) Comme un système de vases communicants, à mesure que se réduit le champ de ces droits et principes, s’étend celui de l’intégrisme islamiste qui resserre son étreinte, tel un serpent autour de sa proie. Il impose son dogme : l’antisémitisme ; désigne ses cibles : la haine de l’Occident (chrétien) et de la République (laïque).

Paroxysme de l’ignominie, l’assassinat de trois enfants le 19 mars 2012, Arié et Gabriel Sandler (6 et 4 ans), Myriam Monsonégo (8 ans), abattus parce que Juifs aux abords et dans la cour de leur école à Toulouse. De même, le martyr d’Ilian Halimi (en 2006), et de Sarah Halimi (en 2017) parce que Juifs, témoignent de la recrudescence d’un antisémitisme que l’on aurait pu croire enfoui sous les décombres de la Seconde Guerre mondiale. Unanimement condamné lorsqu’il porte la signature de l’extrême droite, il est relativisé lorsqu’il est frappé du sceau de l’islamisme. La raison avancée ? L’exportation du conflit israélo- palestinien. Les thuriféraires de l’islamo-gauchisme veulent voir dans la figure du Juif l’oppresseur de minorités, victimes du « privilège blanc ».

Le père Jacques Hamel, égorgé en 2016 pendant qu’il célébrait la messe en l’église de Saint Etienne du Rouvray, témoigne d’un crime commis pour atteindre l’âme d’une nation frappée de l’empreinte judéo-chrétienne, forgée par le catholicisme. La doctrine du loup solitaire est fallacieuse.

Samuel Paty, professeur d’histoire géographie, décapité en 2020 devant le collège de Conflans-Sainte-Honorine où il enseignait l’histoire et la géographie, coupable d’avoir montré à ses élèves des caricatures du Prophète lors de ses cours d’enseignement moral et civique, s’inscrit dans la stratégie de terreur menée contre la liberté d’expression.

La laïcité témoigne d’un processus à l’œuvre qui travaille notre inconscient collectif. Le chef d’œuvre est toutefois en péril, à l’école en particulier, où la contestation se propage, jusqu’au contenu des enseignements, et par l’autocensure des professeurs confrontés à la veulerie administrative du « pas de vague ». Une note du comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, du 16 septembre 2022, relate la recrudescence du port de tenues islamiques avec l’apparition des abayas pour les filles, et dans une moindre mesure, des qamis, pour les garçons, et l’incitation à la prière dans les établissements (voir aussi Le cri d’alarme d’un professeur contraint à l’anonymat. Ces petits renoncements qui tuent Plon, 2022). 720 signalements d’atteintes à la laïcité ont été recensés au mois d’octobre 2022. Face à cette augmentation, le ministre, qui avait renvoyé vers chaque établissement la «gestion du « sinistre »», semble se raviser avec la circulaire du 10 novembre 2022 offrant une réponse de l’Etat, qui prévoit « d’abord de sanctionner systématiquement et de façon graduée », lorsque de tels comportements persistent après une phase de dialogue. Rien donc de très révolutionnaire ! On pourra au moins se satisfaire du caractère public des recensements. Cependant, la réaffirmation périodique du principe de laïcité n’aura pas l’effet escompté sans une maîtrise de l’immigration. Attribut de la souveraineté, la politique migratoire doit être définie en fonction des capacités d’accueil (travail, logement…) et des facultés d’assimilation de la langue et du système de valeurs. Le Danemark et la Suède, pour les pays scandinaves rompus au consensualisme politique, ont su dresser le diagnostic et trouver leurs remèdes. La France serait bien inspirée, plutôt que de sombrer dans le palliatif, d’expérimenter sa propre méthode prophylactique et curative pour enfin offrir ce qu’elle a de meilleur à qui pourra en suivre le destin dans sa continuité historique. Le Général de Gaulle débute ses Mémoires d’espoir (le renouveau 1958-1962) par cette formule restée célèbre: « La France vient du fond des âges… Elle demeure elle-même le long du temps… Aussi l’Etat, qui répond de la France, est-il en charge, à la fois de son héritage d’hier, de ses intérêts d’aujourd’hui et de ses espoirs de demain ». Le principe de laïcité participe de ce mouvement que les chantres de la société inclusive abhorrent.

L’humanitarisme n’est pas un humanisme

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Une famille de migrants originaire du Kurdistan irakien, dans le camp de Grande-Synthe, en banlieue de Dunkerque, 24 novembre 2022 / Kiran Ridley/Getty Images via AFP

L’affaire de l’Ocean Viking a démontré l’incurie (ou l’inexistence) de notre politique migratoire. Une majorité de Français, inquiets, ne veulent pas que leur pays soit ouvert à tous. Mais nos dirigeants semblent plus soucieux de câliner les médias que de rassurer les électeurs.


« Nous y arriverons ». On se rappelle la formule d’Angela Merkel, le 31 août 2015, lorsque celle-ci a décidé d’ouvrir ses bras – et les nôtres – aux migrants (terme qui a alors remplacé celui d’immigrants, comme si le voyage était leur condition ontologique) fuyant la guerre en Syrie. La photo du petit Aylan, échoué sur une plage de Turquie, avait eu raison de la raison politique. Peu importait alors qu’Aylan et sa famille ne fussent pas venus directement de Syrie, mais de Turquie où ils s’étaient installés. Il aurait fallu avoir un cœur bien dur pour résister à l’image d’un enfant mort.

La décision d’Angela Merkel a inauguré une nouvelle phase dans le (non-)débat sur l’immigration, que Stephen Smith définit comme une opposition frontale (et stérile) entre « sans-frontiérisme » et « rideau-de-ferisme »[1]. L’affaire de l’Ocean Viking, dont les 230 passagers ont pu débarquer à Toulon après vingt-et-un jours en mer, avant que presque tous se retrouvent dans la nature, illustre ce dialogue de sourds en même temps qu’il révèle une fois de plus l’inanité (ou l’inexistence) de notre politique migratoire, condamnée à errer au gré des émotions médiatiques et des postures politiques. En effet, la décision du gouvernement d’accueillir le navire a d’abord été dictée par la volonté de monter qu’il ne mangeait pas du pain rance du député RN Grégoire de Fournas qui, quelques jours plus tôt, avait déclenché un scandale de carnaval en souhaitant que ce bateau retourne en Afrique. Emboîtant le pas aux Nupistes, des élus de la majorité avaient sans surprise évoqué les heures-les-plus-sombres (qui reviennent tous les quatre matins), avant de piteusement sanctionner le trublion… pour tumulte. Ce qui était considéré par Emmanuel Macron comme « intenable » il y a quatre ans, lorsqu’il a refusé d’accueillir l’Aquarius, est devenu un impératif catégorique auquel nous ne pourrions nous soustraire sans montrer notre inhumanité.

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L’ennui, c’est que nous n’y arrivons pas. Dans la majorité des cas, cette immigration n’est une chance ni pour nous ni pour eux. Du reste, les États, malgré les grandes proclamations de leurs dirigeants, s’emploient à refiler le mistigri aux autres. Quant à l’eldorado rêvé par les arrivants, il aboutit trop souvent à ces consternants bidonvilles plantés aux périphéries de nos villes où nombre de malheureux voient échouer leurs rêves d’une vie meilleure pour eux et leurs proches restés aux pays. Certes, il y a des histoires qui finissent bien : peut-être qu’un des occupants de l’Ocean Viking sera médecin, professeur d’université ou ministre. En attendant, beaucoup d’autres, après s’être vu refuser le statut de réfugié, se retrouveront à faire la plonge pour un salaire de misère ou, pis encore, à faire la manche, violer des filles et dépouiller les malchanceux croisant leur chemin. Si délinquants et criminels constituent une minorité des migrants, inversement, une partie non négligeable des délits et des crimes, dans nos villes, sont commis par des déboutés d’un droit d’asile devenu la principale filière d’immigration – d’où la confusion sémantique entre réfugiés et demandeurs d’asile. Il ne se passe pas de semaine sans que soient évoqués sur les plateaux télé un viol, une agression ou un meurtre commis par un étranger sous le coup d’une OQTF, quand ce n’est pas par un « mineur isolé » frisant parfois la quarantaine. Certes, notre législation, imbibée des bons sentiments immigrationnistes des instances européennes, est particulièrement protectrice pour les individus et singulièrement indifférente au droit de la collectivité de choisir qui elle reçoit. Mais, comme le souligne Patrick Stefanini (voir notre dossier de décembre), si elle impose certaines contraintes, l’Europe ne nous interdit pas d’avoir une politique migratoire. Et on comprend en lisant les textes de Michel Aubouin et de Carl Hubert (voir notre dossier) que, si nos lois sont imparfaites, les appliquer serait déjà un grand progrès. Ce qui fait défaut, c’est le courage politique de gouvernants qui redoutent plus les foudres des médias que la colère des électeurs. De sorte que quiconque parvenant à poser le pied sur le territoire français a de bonnes chances de ne jamais repartir.

On répète à l’envi que rien n’empêchera des hommes et des femmes (enfin surtout des hommes) souffrant de la guerre, de la misère ou du réchauffement climatique de tenter l’aventure européenne, ce qui revient à faire de l’immigration un phénomène naturel aussi incontrôlable qu’une tornade. Aussi compréhensibles soient les aspirations individuelles, il est absurde de croire qu’on résoudra tous les problèmes de l’humanité en transvasant les populations africaines en Europe.

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Surtout, il est particulièrement intolérable qu’un phénomène aussi fondamental que l’immigration, qui engage l’avenir économique et culturel de nos sociétés, échappe à la délibération démocratique. La question migratoire est probablement l’une des plus consensuelles dans l’opinion. Enquête après enquête, deux tiers des Français, ce qui comprend aussi des électeurs de gauche, souhaitent que l’on réduise drastiquement ou que l’on stoppe le flux d’arrivants qui ont peu de chances de s’acculturer aux fameuses « valeurs » invoquées pour les accueillir. C’est qu’en plus des difficultés créées par cet afflux, une proportion alarmante des Français issus de l’immigration extra-européenne ne se sentent pas français, refusent d’adopter les mœurs de la société qui a accueilli leurs parents ou leurs grands-parents et le font savoir de mille manières, du vocabulaire – « les Gaulois » – à l’adhésion vestimentaire et culturelle à l’islam politique, en passant par la surreprésentation dans la délinquance : on trouve d’autant plus naturel de nuire à son prochain qu’on ne le reconnaît pas, justement, comme un « prochain »[2]. La faillite de l’intégration de nombreux Français explique que beaucoup de nos concitoyens se sentent déjà culturellement minoritaires chez eux. On comprend qu’ils ne soient guère enthousiasmés par l’arrivée de migrants venus de contrées physiquement et mentalement bien plus lointaines. Seulement, cette majorité silencieuse n’a jamais le droit à la compassion des belles âmes qui, au contraire, la couvrent d’invectives, estimant qu’il faut être un fieffé raciste pour s’opposer à la « créolisation ». Macron et Mélenchon qui la trouvent si désirable devraient se souvenir que même ces « déplorables » ont le droit de voter.


[1]. Stephen Smith : « Chaque migrant qui quitte l’Afrique renforce un sentiment d’échec collectif », propos recueillis par Eugénie Bastié, Le Figaro, 28 novembre 2022.

[2]. Sans parler des militants qui, à l’instar de la chanteuse Yseult, débitent volontiers leurs fadaises sur la France qui leur a fait tant de mal, ce qui n’a pas empêché Emmanuel Macron de la choisir comme marraine de la francophonie.

L’extrême gauche est un adversaire de la France

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Blocus des étudiants de Sciences Po Paris suite aux résultats de l'élection présidentielle, le 14/04/22 / PHOTO: Francois Mori/AP/SIPA / AP22670675_000012

La gauche et plus encore l’extrême gauche s’étant insidieusement placées comme le camp ultime du Bien, la parole morale légitime par excellence, elles ne supportent plus la moindre contradiction, le moindre débat avec une idée qui différerait ne serait-ce qu’un peu de la leur. Alors, elles censurent, elles interdisent la parole, notamment dans les universités. C’est un vrai danger pour la démocratie.


« Français, n’ayez plus peur et soyez fiers de défendre votre identité qui n’est pas un gros mot mais la plus belle chose qu’encore vous possédiez ».

Gilles-William Goldnadel, Manuel de résistance au fascisme d’extrême-gauche (Nouvelles Editions de Passy, 2021).

Parce que le « camp du Bien » a toujours su parler au peuple français en « exploitant sa générosité, son amour de la justice, sa foi naïve dans l’Avenir »[1], une bonne partie de la droite, quoi qu’elle en dise, est longtemps restée paralysée par ce statut particulier et autoproclamé de la gauche. Culturellement et sociétalement, elle tente de lui ressembler depuis quarante ans. Politiquement, elle est tombée dans tous les pièges, le plus efficace étant la création machiavélique d’un monstre fantasmagorique, « l’extrême droite » et son cortège de tares anti-démocratiques et anti-républicaines, voire fascistes. Cette extrême droite est devenue le prétexte à l’évitement des sujets qui fâchent ou contrarient la gauche – l’immigration, l’insécurité, la culture et l’identité françaises – en même temps que le paravent cachant la médiocrité et la lâcheté de certains responsables politiques de gauche comme de droite. Quant au fascisme présumé de cette extrême droite fantasmée, il sert surtout aujourd’hui à dissimuler les exactions, les appels à la censure et à la violence à peine voilés de ce qu’il reste en réalité de la gauche, à savoir l’impérieuse extrême gauche mélenchoniste. Oui, de la gauche il ne reste plus que l’extrême gauche sectaire – l’éléphantesque PS a d’abord été grignoté par la Macronie ; ce qu’il en restait a été absorbé par la Nupes soumise aux Insoumis. Cette extrême gauche est plurielle et hétéroclite : La France insoumise, une bonne part d’EELV, quelques communistes égarés, une ribambelle de mouvements associatifs LGBTistes, féministes, antiracistes ou pro-migrants, des groupuscules d’agitateurs « antifas », des filiales d’ONG politisées, le syndicat SUD, des journalistes et des universitaires militants, etc. Ce qui caractérise d’abord cette ultra-gauche radicalisée et autoritaire est sa propension à l’intolérance, à la censure, à l’excommunication et à la violence. Sur France Inter, le sociologue islamo-gauchiste Geoffroy de Lagasnerie a admis être « contre le paradigme du débat, de la discussion » et vouloir « reproduire un certain nombre de censures dans l’espace public pour que les opinions justes prennent le pas sur les opinions injustes ». Cet émule de Saint-Just a dit tout haut ce que toute l’extrême gauche pense tout bas – et qu’en vérité elle met déjà en œuvre. Lagasnerie avait auparavant co-écrit (avec l’impayable Edouard Louis) une tribune appelant au boycott des « Rendez-vous de l’histoire de Blois » au seul motif que « l’idéologue réactionnaire » Marcel Gauchet devait y prononcer la conférence inaugurale. Nous étions en 2014. Depuis, les interdictions, les censures, les listes noires, les excommunications prononcées par l’extrême gauche politique, syndicale, associative, universitaire ou médiatique, se sont multipliées.

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Il ne se passe plus un mois sans que des philosophes, des intellectuels, des universitaires, des écrivains ou des responsables politiques soient empêchés de donner des conférences ou d’animer des colloques. L’extrême gauche a décidé que les débats pourtant légitimes sur le néoféminisme, l’antiracisme racialiste, la théorie du genre et la « transidentité », l’immigration, l’islamisme, l’insécurité, la PMA et la GPA, ne devaient pas avoir lieu. Ce sont toujours les mêmes mouvements d’extrême gauche, les mêmes associations représentant des « minorités » issues de l’extrême gauche, les mêmes syndicats d’extrême gauche soutenus par les mêmes nervis « antifas » d’extrême gauche qui, dans ces cas-là, agissent à la manière des anciens maoïstes ou des anciens fascistes de sinistre mémoire.

En octobre 2019, la philosophe Sylviane Agacinski devait participer à l’université Montaigne de Bordeaux à un débat sur «L’être humain à l’époque de sa reproductibilité technique». Débat annulé pour cause de « menaces violentes » émanant de plusieurs organisations dont Riposte Trans ou Solidaires étudiant-e-s (sic). Le communiqué rédigé à cette occasion par ces associations relevait du pur délire et dénonçait l’invitation d’une « « philosophe » aux positions réactionnaires, transphobes et homophobes » ayant eu l’audace de déclarer que « l’humanité est naturellement hétérosexuelle ». Quelques mois auparavant, Alain Finkielkraut avait dû subir les mêmes propos délirants pour sa venue à Sciences Po Paris. Ses détracteurs d’extrême gauche l’accusèrent d’islamophobie, de racisme, de sexisme, d’homophobie, de « multiples sorties masculinistes » (sic), et le rangèrent dans le camp de l’extrême droite en même temps qu’Élisabeth Lévy, Anne-Marie Le Pourhiet, Eugénie Bastié et Hubert Védrine. Par un curieux mais habituel et orwellien retournement du réel, ces gauchistes affirmèrent que la venue de Finkielkraut mettaient « [leurs] vies et [leurs] existences en danger ». Tout récemment, Céline Masson et Caroline Eliacheff, les auteurs du livre La Fabrique de l’enfant-transgenre, n’ont pas pu animer trois débats qui devaient se tenir à Lille, Paris et Lyon. Ces derniers ont été annulés. Les activistes de différentes associations pro-trans ou écologistes et des militants de La France insoumise sont systématiquement à la manœuvre : intimidations, menaces, présence sur les lieux pour empêcher les réunions. Dernier épisode en date : la sociologue Nathalie Heinich, invitée par L’Espace Mendès-France à Poitiers pour donner une conférence sur l’écriture inclusive, a vu la soirée perturbée par une vingtaine de gauchistes décidés à empêcher son déroulement normal. Sur les réseaux sociaux, Nathalie Heinich a été accusée d’être homophobe, islamophobe et d’extrême droite. Les locaux ont été vandalisés le lendemain de la conférence. Ce ne sont là que quelques exemples. Le Figaro et Valeurs actuelles sont parmi les seuls à avoir relaté ces événements. La plupart des journaux, Le Monde et Libération en tête, n’en parlent pas ou reprennent les courts billets de l’AFP tels quels, sans aucune appréciation critique. La radio publique évite le sujet. Le silence qui entoure ces atteintes à la « liberté d’expression » ou aux « valeurs républicaines » pourtant si ardemment défendues par les médias dominants, est assourdissant. Ces mêmes médias n’hésitent d’ailleurs plus à mentir. Ils mentent par omission. Ils mentent par détournement sémantique. Ils mentent, tout simplement, en ignorant ou en falsifiant le réel. Leur pouvoir de dissimulation de la réalité n’est plus à démontrer, comme n’est plus à démontrer leur allégeance à toutes les idéologies déconstructivistes, multiculturalistes, immigrationnistes et wokistes. France Inter, Le Monde et Libération sont, à ce sujet, exemplaires.

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Tandis que de plus en plus d’intellectuels ou de responsables politiques deviennent personae non gratae dans nos universités gauchisées, des responsables de La France insoumise terminent en ce moment une « Tournée des facs » qui s’est déroulée sans aucune anicroche. Après celles de Montpellier, Nanterre, Paris VIII, Clermont-Ferrand, Nantes, Rouen ou Tours, c’est l’université de Poitiers qui a reçu en son sein Louis Boyard et deux autres députés de LFI. Tout s’est bien passé. Les Insoumis ont été chaudement accueillis et aucune intervention des forces de l’ordre n’a été nécessaire. Jordan Bardella n’a pas eu droit au même traitement de faveur. Il s’est vu empêcher l’entrée de Sciences Po Bordeaux par les « antifas » locaux alors qu’il était prévu un débat avec les étudiants qui le désiraient. Le directeur de la rédaction de Valeurs actuelles, Geoffroy Lejeune, n’a pu répondre ni à l’invitation du Cercle Mauriac dans le même IEP, ni à celle d’une association étudiante de Sciences Po Lille – les gentils et tolérants « antifas » menaçant de tout casser, les courageux présidents de ces universités ont préféré tout bonnement annuler les débats prévus. À l’ESCP Business School, là-même où Sandrine Rousseau et Jean-Luc Mélenchon ont pu « échanger » avec les étudiants sans aucune difficulté, Éric Zemmour a été très fortement chahuté tandis que Marine Le Pen a vu sa conférence annulée par la direction de la prestigieuse école de commerce pour des « raisons d’ordre public ». Les associations gauchistes, le syndicat SUD Solidaires étudiant-e-s (sic) et l’UNEF ont beau représenter une minorité des étudiants, ce sont eux qui font la loi. Les étudiants affiliés à l’UNI se font régulièrement tabasser par de pacifiques « antifas » lors d’affichages ou de distributions de tracts, ou, comme à l’université Lyon 2 récemment, se voient menacés par des racailles hurlant « Par Allah on va vous tuer » sous les applaudissements de militants de l’UNEF. Pas un mot sur la radio publique, pas une ligne dans les journaux dits de référence.

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« En réalité, ces internationalistes, ces arracheurs de racines, n’ont qu’un but inavoué : détruire un état, une nation et un peuple français qu’ils détestent », écrit Gilles-William Goldnadel dans son Manuel de résistance au fascisme d’extrême-gauche. L’extrême gauche n’aime pas la France. Elle espère son changement démographique le plus rapidement possible. Elle attend beaucoup des nouvelles générations endoctrinées dès l’école et encombrant les bancs d’universités qui parachèvent leur dégoût pour le peuple français, son histoire et sa culture. L’extrême gauche fascisante réunit en son sein toutes les idéologies susceptibles de détruire la France. Elle sait pouvoir compter sur des professeurs, des universitaires et des médias acquis à ces idéologies et devenus les fers de lance de la propagande wokiste, immigrationniste et islamo-gauchiste. Est-il trop tard ? « J’ai regardé ma montre, écrit encore G.W. Goldnadel. Il est minuit moins une. Le fascisme d’extrême-gauche n’est pas encore passé». Autant dire qu’il n’y a plus une minute à perdre pour dénoncer l’adversaire et le combattre fermement si nous voulons le terrasser.


[1] Georges Bernanos, Nous autres, Français, Gallimard, p.113.

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«Armageddon Time» : grandir aux Etats-Unis en 1980

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James Gray / Capture d'écran YouTube d'une vidéo de Pathé France du 9 novembre 2022

Sans nostalgie excessive, le nouveau film de James Gray fait le portrait d’une certaine jeunesse américaine juste avant l’élection à la présidence de Ronald Reagan, entre insouciance, conflits avec le monde adulte et préjugés raciaux et sociaux.


Avec Armageddon Time, James Gray nous conte avec beaucoup de tact, de tendresse et de force l’adolescence de Paul Graf, un élève insouciant, drôle, parfois turbulent – voire désagréable et méchant avec son père et sa mère – qui rêve de devenir un artiste. Paul est le plus jeune des deux garçons d’une famille juive démocrate où personne ne comprend ses désirs artistiques. Ses parents souhaitent qu’il mène de grandes études. Seul, son grand-père semble plus ouvert et quelque peu rebelle face à la bêtise du monde. Il comprend les désirs et rêveries de son petit-fils, bien qu’il ait parfois tendance à trop le choyer et à le couvrir de cadeaux, mais il sait aussi lui dire la vérité sur son comportement désagréable envers ses parents et lui faire comprendre les cruelles violences du réel, de la société ainsi que celles dramatiques de l’histoire (guerre, Shoah) – particulièrement celle de l’antisémitisme.

Paul rentre en sixième et aime dessiner et faire rire ses camarades. Il se lie d’amitié avec un jeune garçon noir, orphelin issu d’un milieu défavorisé. Vivant chez sa grand-mère mais abandonné à lui-même, Johnny Davis est un redoublant, comique, irrévérencieux et arrogant. Tous deux, folâtres, font les quatre cent coups. Ils vont vite se retrouver face à des déboires à l’école, à l’incompréhension des adultes et surtout au racisme de certains élèves envers le jeune Noir. Paul se confronte alors à ses parents et aux vicissitudes du réel.

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Armageddon Time est un superbe film simple et classique, un récit autobiographique – sans aucun doute romancé – filmé à hauteur d’enfant. C’est ce qui fait assurément la grande force et la beauté de cette histoire émouvante. Dans ce récit d’amitié où se côtoie béatitude et amertume, naïveté et insolence, douceur et méchanceté, James Gray ne tombe jamais dans le piège du teenage movie ni dans la nostalgie surannée. Avec un sens aigu de l’introspection, il met en scène avec une grande rigueur, la fougue et la langueur, la joie et la tristesse, l’enthousiasme et l’amertume d’une jeunesse insouciante qui jouit de l’immédiateté de la vie, de la beauté de la peinture, de la musique, de l’amitié, mais qui découvre les affres de la société : la pauvreté , le racisme, la gravité effarante de l’antisémitisme et de l’injustice, présente dans leur quotidien. Servi par les lumières chaudes du chef-opérateur, Darius Khondji qui adoucissent la dureté de la prise de conscience de Paul et par la richesse de la bande musicale du film – The Clash, Stan Getz & Joao Gilberto, The Raincoats, The Sugarhill Gang, Boz Scaggs, Franz Liszt… – Armageddon Time est sans conteste l’un des plus beaux et bouleversants films de l’année. Une œuvre nous parle des thématiques résurgentes du cinéaste, de la filiation, de la famille, du devoir moral de citoyenneté, de la faillite des valeurs des États-Unis.

Armageddon Time, un film de James Gray. Etats-Unis – 2022 – 1h55 – V.O.S.T.F.

Interprétation : Anne Hathaway, Michael Banks Repeta, Anthony Hopkins, Jaylin Webb, Jeremy Strong, Ryan Sell, Andrew Polk…. Toujours en salle.

Tout était-il mieux avant?

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Alain Finkielkraut, philosophe, écrivain et académicien. Le 04/09/2017/ IBO/SIPA/00821087_000003

Selon Alain Finkielkraut, l’expression « Tout était mieux avant » est « frappée de ridicule » et « la nostalgie criminalisée » (Le Club Le Figaro Idées). Pourtant, le passé nous montre souvent que notre société, loin de progresser, a régressé dans un certain nombre de domaines.


Comme ma réaction immédiate me porte à approuver sans nuance ce regret du passé, je voudrais tenter de questionner le plus honnêtement possible ce « tout était mieux avant » pour faire le départ entre une conviction assurée ou un réflexe seulement conservateur.

Il me semble déjà qu’une telle nostalgie, si elle était globale, serait absurde dans la mesure où il est évident que des progrès considérables ont été accomplis dans, par exemple, les domaines scientifique et médical.

De tels progrès, d’ailleurs, qu’ils pourraient faire encourir le risque, par une volonté de recherche dévoyée, d’un transhumanisme, d’une obsession de défier les limites de notre corps et de notre finitude.

Cette évidence rappelée – le temps qui passe est un allié dans l’approfondissement de nos connaissances objectives au sens large -, je n’ai aucun scrupule à déclarer que « c’était mieux avant » dans tous les aspects de la société, l’évolution de l’art, la richesse de la culture, le courage politique – tout ce qui se rapporte à des tendances d’affaiblissement et d’appauvrissement contre lesquelles on a du mal à se battre parce que beaucoup les jugent inéluctables.

Pourtant, même face à ce constat dont la réalité nous affecte chaque jour, dans notre humanité, nos familles et notre condition de citoyens, il me paraît prudent de nous interroger afin de déterminer s’il y a bien en effet une décadence partout où je l’ai ciblée ou si notre perception négative ne résulte pas d’une approche nourrie d’hier et par hier, de notre inaptitude à concevoir que le fil du temps puisse être, même dans ces domaines aux antipodes des enseignements scientifiques et progressistes.

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Pour certains, la société a changé et c’est tant mieux. Ce dont nous déplorons la perte, pour eux a été remplacé par d’autres modes, d’autres formes, des transformations ouvrant des perspectives réjouissantes pour le futur. Par exemple, si la culture classique a disparu, si l’écriture et l’oralité sont dégradées, ce n’est pas grave puisque les jeunes gens ont d’autres capacités, d’autres talents et que l’ordinateur et les réseaux sociaux les auraient rendus aussi vifs, voire davantage, que tous ceux enkystés dans une ancienne manière de penser, de sentir, d’écrire et de parler. Dans un ancien monde quand le nouveau serait riche de promesses et le refrain du déclin une facilité paresseuse.

Si je ne méprise aucun de ces arguments, je ne les crois pas exacts. Et j’estime désespérée l’apologie des temps actuels par rapport à des périodes qui justifient implacablement le « c’était mieux avant ».

Prêchant pour ma chapelle, je crains que la relégation des humanités, avec le caractère universel des matières qu’elles abordaient et la culture qui leur était consubstantielle, ait favorisé une réduction de la curiosité et des appétences intellectuelles en donnant une place prédominante aux approches techniques et au pragmatisme. Ce n’est pas soutenir que ces processus ne correspondent pas à un certain type d’intelligence mais constater qu’ils relèvent de spécialités et échappent donc à une plénitude qui constituait le monde ancien comme un modèle.

Pour ma part, dès la première phrase d’un interlocuteur et bien davantage lors d’un échange nourri, il est facile, sans me tromper, de déterminer ce qui l’a formé et qui l’a instruit, si les humanités, les langues anciennes, la philosophie, l’Histoire et la littérature l’ont structuré ou seulement un terreau scientifique spécialisé ayant ses forces et ses avantages mais limité dans son ouverture au monde et son appréhension des autres.

Les humanités, c’est probablement la porte la plus efficace pour accéder à l’humanité. De même que lire Marcel Proust est sûrement l’accès le plus direct à la vie dans ses composantes les plus complexes et aussi les plus simples (contrairement à ce qu’on prétend).

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L’argumentation qui suit est délicate mais je soutiens qu’au fil du temps, des vertus essentielles, à force de n’avoir plus été assez mises en œuvre singulièrement et collectivement, ont quasiment disparu et ont conduit des institutions capitales pour notre pays à péricliter.

L’autorité qui a déserté l’État, c’est une faiblesse qui s’est prise pour la norme. La fermeté et la rigueur qui n’ont plus cours à l’école, c’est l’enfance et l’adolescence qui sont blessées et sans doute mal préparées à leur avenir. La culture, l’art, enkystés dans la personnalisation du créateur, c’est l’universel qui est saccagé et le consensus fondamental et exemplaire suscité par les grandes œuvres classiques qui est mis en pièces. La vulgarité, le mépris, la faillite de l’écoute qui pullulent en politique, dans les médias et sur les réseaux sociaux, c’est la superbe intercession de la communication – entre soi et les autres, entre les citoyens, entre ceux qui dirigent et ceux qui sont gouvernés, entre la parole publique et les multiples et parfois contradictoires attentes du peuple – qui est gravement endommagée.

Oui, si tout n’était pas mieux avant, il n’est pas faux de déplorer l’effacement d’un certain nombre d’indiscutables supériorités d’hier par rapport à aujourd’hui.

À une double condition.

Que nous ne soyons pas amers dans notre ton mais persuadés qu’il suffirait d’une authentique audace politique approuvée par la majorité des citoyens (ils n’espèrent que cela !) pour qu’une part exemplaire du passé revienne dans notre présent et soit restaurée. Pour notre plus grand bien.

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Coupe du Monde : Pourquoi fête-t-on chez certains médias de gauche la victoire du Maroc ?

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Les supporters marocains fêtent la victoire du Maroc face à l’Espagne à Strasbourg. Philemon Henry / SIPA // 01096429_000006

Au terme d’un match riche en rebondissements, le Maroc s’est qualifié pour la suite de la compétition. Une performance sur-plébiscitée par les médias de gauche, immigrationnistes et wokistes. Décryptage.


Mardi 6 décembre 2022, stade Education City à Doha, 20h46. Achraf Hakimi, attaquant phare de la sélection nationale du Maroc, envoie son pays en quart de finale au bout du suspense. Une qualification historique. Après un lourd silence, l’explosion de joie. La bataille royale entre le royaume chérifien et la couronne espagnole prend fin dans une grande cacophonie. Dans le stade, les supporters marocains sont venus nombreux, et donnent de la voix dans une ambiance digne des grands soirs. Partout en France, les Marocains montrent leur euphorie. Il suffit juste de tendre l’oreille. À Paris, les Champs-Élysées sont envahis par des milliers de supporters enjaillés, exhibant le drapeau rouge étoilé dans un tintamarre de klaxons.

Dans les villes de Nice, Lille et Fréjus, mais aussi aux Pays-Bas, des policiers ont été pris pour cible par les supporteurs du Maroc. Ces violences s’inscrivent dans le prolongement des violences à Bruxelles, en marge de la victoire marocaine contre la Belgique le 27 novembre. Une stratégie désormais connue : feux de poubelle, caillassages et affrontements.

Mais ils ne sont pas les seuls à avoir célébré cette historique victoire. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, la jeune rédaction de Brut France, média ouvertement wokiste, s’exalte en direct devant la qualification des « Lions de l’Atlas ». Dans les locaux même du média français, entre drapeaux turc, sénégalais et marocain suspendus sur les armoires, tous, soulagés, se soulèvent, sautent, dans une grande hilarité. Une autre vidéo affiche Rémy Buisine, journaliste vidéo pour Brut, invitant ses troupes : « On va tous sur les champs », est-il écrit alors que les locaux se vident. S’ensuit un petit reportage, de ce dernier, décrivant une ambiance bon enfant, sur les Champs-Élysées. Konbini s’y colle aussi : « Cette panenka [un tir de penalty en pichenette, ici le but de la victoire marocaine, NDLR], c’est le cadeau de Noël qu’on voulait tous », écrit pompeusement cet autre média français de gauche.

Mais pourquoi la rédaction Brut France s’affiche-t-elle en train de célébrer cette victoire du Maroc, aussi historique soit-elle ? Pourquoi ne pas avoir montré ce même enthousiasme pour les victoires toutes aussi historiques du Japon face à l’Espagne et l’Allemagne lors des matchs de groupe ou la qualification de la France en quarts de finale ? Dans le dossier de Causeur du mois de décembre, Philippe d’Iribarne éclaire sur ce penchant du « camp du bien », immigrationniste et wokiste, à mettre en évidence un soutien poussé pour les pays maghrébins. « Pour les tenants de ce courant, l’immigration est d’autant plus bienvenue qu’elle sème plus la perturbation dans la France ‘’franchouillarde‘’ », analyse-t-il. Tout ne peut être que mépris pour la culture française, qui se contente d’être une composante comme les autres de la société multiculturelle. Chez ces médias immigrationnistes, il faut porter le Maroc pour mieux rabaisser la France.

Le sens de l’art

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D.R.

New York City 1 est un collage sur toile de bandes jaunes, rouges et bleues formant un quadrillage. Depuis soixante-dix-sept ans, la toile est exposée… à l’envers.

Les amateurs se pressent au Kunstsammlung de Düsseldorf, en Allemagne, pour admirer une rare rétrospective de Piet Mondrian. Parmi les œuvres exposées, New York City 1, un collage sur toile de bandes jaunes, rouges et bleues qui, en se croisant, composent les célèbres quadrillages de l’artiste néerlandais. Seul problème, cette composition de 1941 est… accrochée à l’envers… depuis soixante-dix-sept ans. C’est la commissaire de l’exposition qui s’en est rendu compte : « Sur une photo de 1944, j’ai vu que la toile était dans l’autre sens sur un chevalet. Ça m’a intriguée », a-t-elle déclaré au quotidien Süddeutsche Zeitung. Susanne Meyer-Büser effectue quelques recherches et remarque qu’un an plus tard, la toile, exposée au MOMA de New York, est à l’envers. Selon elle, « l’erreur pourrait provenir du fait que la peinture n’avait pas de signature. Son sens a été déterminé par le nom de l’artiste inscrit au dos du cadre par l’administrateur de la succession », Mondrian étant mort en 1944.

Maintenant qu’on le sait, pourquoi ne pas l’accrocher à l’endroit ? La réponse de Suzanne laisse pantois : « Les rubans adhésifs sont déjà très lâches et ne tiennent qu’à un fil. Si on devait la retourner maintenant, la gravité la tirerait dans une autre direction. Et cette erreur fait désormais partie de l’histoire de l’œuvre. » Si ça fait partie de l’histoire, on peut suggérer aux défenseurs de la planète de se coller, non les mains au cadre, mais les pieds au plafond du musée. Ils ont jusqu’au 12 février pour le faire.

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