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Aux arbres citoyens : massacre à la tronçonneuse en direct sur le service public

Au départ, il y a un vrai sujet d’actualité : mais pas de vrais spécialistes !

Aux arbres citoyens : massacre à la tronçonneuse en direct sur le service public
Léa Salamé pour l'émission Aux arbres citoyens / Capture d'écran d'une vidéo YouTube du 09/11/22 de la chaine france tv

Le 8 novembre en prime time, France 2 diffusait « Aux arbres citoyens », une grande émission de débat consacrée aux forêts pour sensibiliser à leur importance au regard du changement climatique. Animée par Léa Salamé, l’émission n’a pas convaincu, en raison de l’absence de personnalités (vraiment) expertes des enjeux forestiers comme… les forestiers privés.


Au départ, il y a un vrai sujet d’actualité : l’impact du réchauffement climatique sur les forêts. Ces dernières sont confrontées à de nombreux défis : environnementaux, sociétaux et économiques. On attendait logiquement une belle table ronde avec des porte-paroles compétents réunis pour un échange constructif.

Ce n’a pas été le cas. Le Service Public a fait le choix ubuesque de ne convier aucun professionnel ni expert de la foresterie française, et de faire la part belle à des militants marginaux et à des profanes dont la connaissance des sujets forestiers étaient si limitées que leur présence sur le plateau en devenait incongrue.

Sentimentalisme bon marché

De ce fait, l’émission était techniquement ratée et le rythme poussif. Les sujets se succédaient péniblement, aux rythme des approximations et de la cacophonie d’un jingle retentissant inopinément. Car en plus de maltraiter son sujet, l’émission menait clairement une politique de racolage pour appeler les téléspectateurs à faire des dons pour des projets « forestiers » mal définis, sur fond de sentimentalisme bon marché. Ce qui a conduit l’influenceur Richard Sur Terre à comparer l’émission à «une sorte de Téléthon de la nature, mais avec des conneries dedans».

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N’est pas expert de la forêt qui veut, ou prétend l’être. À titre d’exemple, un invité, Yannick Noah, n’a pas été capable de citer deux essences forestières de France métropolitaine. Puis, on utilise la novlangue pour remplacer le terme de «haie» par celui de «forêt linéaire». On invite le fameux «Homme Chevreuil », pour du sentimentalisme de bas étage, sans jamais évoquer la question d’équilibre sylvo-cynégétique nécessaire à la forêt. On passe de l’exploitation forestière en forêt du Morvan et d’Alsace à l’admiration d’un vieil arbre sec aux USA puis au survol de la déforestation amazonienne. Tous ces éléments déstructurés et bâclés forment une bouillie intellectuelle destinée au mieux à générer du flux sur les réseaux sociaux, ou peut être pire, à mener une opération d’influence majeure aux profits de militants écologistes. Un peu gênant à une heure de grande écoute, sur une chaîne du Service Public.

Absence remarquée des forestiers privés

Autre point culminant du malaise, l’intervention du ministre de la Transition Écologique, Christophe Béchu. Dès son arrivée sur le plateau, ce dernier entamait un dialogue de sourd avec un auditoire irrespectueux de la fonction. Un face à face stérile qui n’a pas permis de soulever les enjeux de fond malgré les efforts du ministre qui tentait péniblement de partager une vision argumentée.

Que retiendra le grand public de l’émission ? En tout cas pas le travail mené par les acteurs de terrain, comme les forestiers privés, qui n’ont pas eu voix au chapitre malgré leurs demandes répétées. Aucun mot sur leur expertise, leurs investissements et leurs démarches innovantes pour adapter la forêt au changement climatique ou prévenir les feux de forêts aux côtés des autres acteurs de terrain et des forestiers publics. À quand une émission de débat public sur les forêts avec des scientifiques et des acteurs de terrain ?


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