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Omar Sy: victime… de sa propre bêtise

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Omar Sy est-il victime de racisme? C’est une question que la gauche française ne se pose plus. Elle y répond par l’affirmative… 


En cause, les critiques reçues par l’acteur actuellement en pleine promotion du film “Tirailleurs”, qui, comme son nom l’indique a pour sujet les contingents africains de la Première guerre mondiale. N’ayant pas vu le film, je n’en parlerai pas. Je me bornerai donc ici à l’examen d’une déclaration d’Omar Sy relative à la guerre d’invasion de l’Ukraine par la Russie et à l’opinion générale des Français quant à l’ordre du monde.

Des idées, ça il en a, lui il pense…

Pour Omar Sy, rendu célèbre par son duo avec le visage pâle Frédéric Testot sur Canal + et plus encore par son rôle dans le mélo “Intouchables”, les Français seraient un peu égoïstes et peut-être, mais il ne faut pas le dire trop fort, racistes : « L’Ukraine n’a pas été une révélation dingue pour moi, expliquait Omar Sy au quotidien Le Parisien. Comme j’ai de la famille ailleurs, en Afrique, je sais qu’il y a toujours eu des enfants en guerre, des familles brisées. Ça n’a jamais cessé depuis la Seconde guerre mondiale. Ça veut dire que quand c’est en Afrique, vous êtes moins atteints. Petit, j’ai été traumatisé par le conflit Iran-Irak, j’ai grandi avec ces images horribles. On a l’impression qu’il faut attendre l’Ukraine pour qu’on s’en rende bien compte. Les copains, je vois ça depuis que je suis tout petit. Mais quand c’est loin, on se dit que là-bas ce sont des sauvages. »

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Omar Sy n’est pas comme nous autres, pauvres ploucs que nous sommes. Lui, il n’a pas attendu l’Ukraine pour savoir qu’il y avait des guerres dans le monde. Il a grandi avec les images de la guerre Iran-Irak, comme nos parents avec celles venant du Viet Nam. Il sait. Il est concerné. Il a de la culture. Il a du cœur. Il s’intéresse aux damnés de la terre, il se dit même qu’il avait ramené 3 kilos de riz Taureau Ailé pour les Somaliens affamés quand il était collégien. Vu de sa ville natale de Trappes en banlieue parisienne comme d’Hollywood où il réside actuellement, la France de l’intérieur doit ressembler à un petit village gaulois peuplé de Grolandais. Des sauvages qui voient de la sauvagerie là où il n’y en a pas, méprisant le continent africain tout en passant dans leur vieille Renault cabossé “Le Bon Temps des Colonies” de Michel Sardou.

Étrange Ukraine

L’Ukraine, ça parle à tous ces gens qui décidément n’aiment rien tant que ceux qui leur ressemblent. Tiens, les Ukrainiens par exemple. Blancs et blonds, à en croire les clichés du moins. Puis, ils sont éduqués eux, ils jouent du violon dans les sous-sols de Kiev quand ils sont bombardés. À la réflexion, tout ça ne serait-il pas un peu suspect ? Des blancs victimes d’une agression ? On nous a pourtant bien expliqué que les blancs n’étaient jamais victimes, toujours coupables et bourreaux. Rien que ça, c’est un peu étrange. Et puis, ils ont l’air bien nationalistes ces Ukrainiens. Il parait même que certains d’entre eux utilisent des symboles varègues liés à leur histoire, donc des runes de sinistre réputation, appartenant aux domaines germains et slaves.

On tient une idée là. D’ailleurs, Vladimir Poutine et les officiels russes répètent qu’ils combattent en Ukraine pour tous les opprimés, pour les anti-impérialistes. Mieux : contre le nazisme ! Ils le disent en chœur avec leurs soutiens hexagonaux depuis le déclenchement de l’invasion. La Russie n’est pas alignée sur l’Occident, elle ne fait que sauver les « russophones du Donbass ». Le plus vicieux là-dedans étant que la Russie, comme la Chine, n’hésite pas à affirmer que les Européens sont solidaires de l’Ukraine, alors qu’ils sont indifférents quand il y a des guerres ailleurs. C’est l’un de leurs éléments de langage les plus récurrents : « Ah, on ne vous entendait pas pour l’Irak (remplacer par n’importe quel autre conflit des 40 dernières années) ».

Omar Sy a donc repris le mot d’ordre le plus bête et le plus indécent des Russes, tout en salissant un peu le peuple dont il serait l’une des « personnalités préférées » à en juger par les sondages. Les critiques qui le visent n’ont pas de rapport avec sa couleur de peau mais avec sa bêtise satisfaite d’elle-même. D’abord, il est parfaitement légitime que les Français se sentent plus concernés par un conflit qui a lieu près de chez eux, dans un pays qui affiche une proximité culturelle réelle avec le leur. Ensuite, ce n’est pas un conflit habituel. Il implique une puissance nucléaire menaçante et aurait fait jusqu’à présent près de 150 000 morts dans des batailles d’une intensité militaire peu commune depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, et inédites depuis 75 ans. Le courage et le patriotisme des Ukrainiens ont marqué les Européens, de même que ces femmes et enfants qui sont venus se réfugier chez nous – ça change des migrants multi-condamnés, faussement mineurs et tous de sexe masculin.

Bonjour Tristesse et Waly Dia soutiennent Sy

« C’est pas ce que je dis qu’on attaque, c’est moi. Le problème c’est ce que je suis. Je refuse de me justifier car je ne dois rien à personne, je suis Français », a dit à Yann Barthès un Omar Sy tirant les rames après une nouvelle promolémique – si vous me pardonnez le néologisme – dont il a le secret. Un mot d’ordre sagement suivi par de nombreux influenceurs de gauche, ou, on ne sait comment les définir, issu des « cultures urbaines ». Nous pouvons notamment citer un certain Waly Dia, semble-t-il humoriste si l’on en croit Wikipedia : « La polémique d’extrême droite à chaque sortie d’Omar Sy c’est redondant. Un peu d’audace, de créativité. Nous méritons de meilleurs racistes ! ».

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Un hurleur narcissique et vidéaste répondant au surnom de « Bonjour Tristesse » y est aussi allé de son petit message convenu, indiquant qu’Omar Sy avait raison et que certains journalistes étaient en désaccord parce qu’ils seraient intrinsèquement… racistes. Apprendront-ils un jour la loi de proximité ? Visiblement pas car ils sont totalement internationalistes, voire ethnomasochistes pour les plus allumés. Malheureusement, les Ukrainiens ont eu le mauvais goût d’être blancs pour ces gens-là. Pis, ils sont les victimes d’une brutalité aussi injuste qu’inouïe… tout en montrant des ressources de combativité incroyables et en ne réclamant que des armes pour rendre les coups. Ils ne remplissent aucune case.

Au fond c’est cela qui dérange beaucoup de monde. Une journaliste appelée Laura-Maï Gaveriaux s’est ainsi interrogé sur une Ukraine irriguée par une « esthétique de la guerre », s’inquiétant de l’état d’esprit futur des jeunes du pays. Oui, une guerre transforme les mentalités. Gageons qu’en France aussi, la guerre d’Ukraine nous apprenne à être un peu plus conscients de la paix fragile que nos ancêtres ont gagné au prix fort. À l’image de ces 57 soldats tombés au Mali dans un conflit qui ne les concernait pas directement et pour lequel la France a beaucoup engagé, à la demande expresse des autorités locales. Un détail qui n’aura pas troublé Omar Sy, infatué de sa parfaite hauteur morale.

De la droite prétendument souveraino-non alignée à la gauche diversitaire, il y a bien un fil rouge et une communauté d’esprit : la victimisation permanente. Pendant ce temps, les véritables victimes de la guerre continuent de recevoir les drones iraniens et les obus russes.

La mort se met au vert

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Nouvelle tendance : aux États-Unis, la société Recompose permet de transformer les cadavres en compost humain. 


Il y a dans certaine écologie une anthropologie utilitariste poussée à l’extrême, un rationalisme scrupuleux et quasi maléfique qui nous laissent pantois. Ainsi, l’entreprise Recompose, basée à Washington, s’est spécialisée dans le « compostage humain » ; lequel a l’extrême avantage de diminuer l’empreinte carbone du mort, de régler définitivement ce problème empoisonnant de places dans les cimetières et de proposer à la famille un mètre cube de terre riche en nutriments ; soit 36 sacs de bon engrais pour planter arbres ou enrichir bacs à jonquilles.

Le cadavre, dûment déposé dans une cuve et entouré de copeaux de bois, de luzerne et d’herbe à paille va gentiment pourrir pendant trente jours ; au terme desquels il ne ressuscitera pas mais sera soumis à un processus de ventilation, de chauffage et de climatisation, après qu’on lui a dûment brisé les os restants et qu’on a analysé le contenu de la boîte, en espérant, bien sûr, que le corps n’ait pas disparu…

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Si en Suède, le compostage humain est déjà légal, si au Royaume Uni, les enterrements naturels – où un corps est enterré sans cercueil ou avec un cercueil biodégradable – sont permis ; en France ce procédé reste interdit. Elisabeth Lamure, sénatrice LR du Rhône, avait interpellé le gouvernement à ce sujet, mais le ministère de l’Intérieur avait estimé que « son introduction en droit interne soulèverait des questions importantes, tenant notamment à l’absence de statut juridique des particules issues de cette technique ».

Élémentaires, les particules… Un statut juridique pour nos restes ? Et pour le cadavre initial, il n’y a rien ?  Rien pour nous soustraire à cette chosification définitive de l’être humain ?

Espérons, du moins, qu’à défaut d’une empreinte carbone par trop élevée, la personne ainsi traitée aura laissé sur la terre des empreintes d’une autre qualité…

La sottise des élites

Rien n’est à attendre du macronisme empli de vide prétentieux. Le président gadget ne proposera jamais que des riens bavards: Conseil national de la refondation (boycotté par la droite et des syndicats), conventions citoyennes de béotiens, grands débats cornaqués… Il y a urgence à arrêter la casse.


Emmanuel Macron, réformiste ? La blague. L’auteur de Révolution restera dans l’histoire de la chute française comme le président des « petits gestes » : se laver les mains, porter le masque, éviter le sèche-linge, préférer le col roulé, etc. Confronté à ce moment vertigineux d’un pays qui s’écroule, le chef de l’État contemple le désastre les bras ballants. Néron, au moins, savait jouer de la lyre. Des sons débordent de la bouche élyséenne, dans une jactance commune aux impuissants. Pendant ce temps, les citoyens se laissent gagner par un sentiment d’abandon. Le 8 décembre, le président a cru utiliser les mots justes pour répondre à l’écho de cette détresse humaine. Il a tweeté : « Ce qui guide mon action, c’est de protéger nos concitoyens, de protéger notre jeunesse. Je vous réponds donc : banco, nous allons le faire. » Mais il répondait à l’animateur de télévision Christophe Dechavanne qui lui demandait d’étendre la gratuité des préservatifs aux mineurs. « Il a dit banco ! » s’est félicité immédiatement Clément Beaune, le ministre délégué aux Transports. Le macronisme a définitivement capoté ce jour-là.

Il n’y a plus que l’armée qui tienne encore debout. Et encore… Les autres grandes institutions s’effondrent. Macron a lui-même cassé en 2022 le peu qui fonctionnait encore : l’ENA, le corps diplomatique, les préfets. En avril 2021, vingt généraux en retraite s’étaient fait taper sur les doigts pour avoir alerté : « L’heure est grave, la France est en péril […]. Notre honneur aujourd’hui tient dans la dénonciation du délitement qui frappe notre pays. » Délitement : le bon diagnostic. Mais ce mal affecte également la défense : les stocks militaires, épuisés entre 2007 et 2016, n’auraient pas été reconstitués (rapport de l’IFRI) en dépit de la montée des tensions internationales. Nos munitions, expédiées pour partie en Ukraine agressée, n’assureraient que quelques jours de canardage en cas de conflit. Pour le reste, tout tombe en bottes : l’école, l’hôpital, la justice, la sécurité, l’industrie, l’économie, la cohésion nationale. Les Français doivent se préparer à ressortir les bougies et les mitaines, en cas de coupures d’électricité. C’est une France saccagée, sabotée par ses propres dirigeants, qui se tiers-mondise dans une impressionnante accélération de l’histoire.

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J’exagère ? Voici trente ans et plus que j’entends la rengaine. Mais ce ne sont plus seulement les « déclinistes » – ainsi nommés par ceux qui ne voulaient rien voir – qui radotent sur la nation fragile, la brutalité des humanitaristes, l’iniquité de la préférence étrangère. Nombreux sont ceux qui reconnaissent désormais que la France ne se relèvera pas indemne des maltraitances qu’elle reçoit des fanatiques de la société ouverte et indifférenciée. Dans Le Figaro du 5 décembre, Jacques Julliard, divine surprise, est venu en renfort des mal-pensants. Il écrit : « Notre déclin, nous l’avons fabriqué de nos propres mains, par démagogie sans doute, mais surtout par inintelligence des situations et même, disons le mot au pays qui s’enorgueillit sans cesse du rôle de ses intellectuels, par la sottise la plus difficile à combattre, celle des gens intelligents. » Cette sottise des élites est au cœur de la chute. La France n’est plus reconnue dans le monde que pour sa baguette et pour son équipe de foot. Julliard serait-il devenu « populiste » en marquant sa rupture avec la classe moutonnière, ses errements idéologiques, sa « dégénérescence » ? Saluons le (lent) parcours de l’homme de gauche. Il ne lui reste plus qu’à reconnaître qu’il parle comme les « réacs » et les « ploucs ». En attendant, le paysage intellectuel est un champ de ruines. « L’intellectuel français est mort », avait prévenu Régis Debray (D’un siècle l’autre). Une certitude : le salut ne viendra pas de ceux qui, toujours en place, nous ont plongés dans cette horrible époque.

Une guerre civile menace la France [1]. Elle a entamé depuis longtemps ses répétitions générales, à travers les affrontements lancés quotidiennement par la contre-société immigrée contre la France et ses indigènes. Même le sport, présumé pacificateur, sert de prétexte aux nouvelles intifadas. C’est la nation arabe, fédérée autour de l’équipe du Maroc, qui s’est affirmée lors du Mondial et qui a parfois cherché l’affrontement en France. L’ancien patron des services secrets, Pierre Brochand, le reconnaît lui-même dans un texte remarquable de lucidité publié le 6 décembre dans FigaroVox: « J’estime que, de tous les défis qu’affronte notre pays, l’immigration est le seul qui menace la paix civile. »

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Le pays fracturé est laissé à un président immature qui s’énerve d’être contrarié. « Il est méchant », avait dit de lui Manuel Valls avant de lui faire la danse du ventre. Il est aussi obtus, insensible aux souffrances existentielles de son peuple. Macron a dénoncé l’autre jour, visant Éric Zemmour qui venait de le critiquer, ceux qui « falsifient » l’histoire. Mais lui-même reprend cette fable propagandiste d’une France qui « a toujours été un pays d’immigration ». Son projet de loi sur l’immigration, qui sera discuté en janvier, ne fera pas obstacle à la poursuite du peuplement de masse qui change la population. En 2020, 28,7 % des nouveau-nés avaient au moins un parent extra-européen, selon Michèle Tribalat. En 2017, 80 % des jeunes de La Courneuve étaient d’origine étrangère. À ce rythme, que restera-t-il de la France française à la fin du siècle ? Au mieux, quelques réserves de Gaulois, ces nouveaux Indiens rescapés du génocide culturel.

Rien n’est à attendre du macronisme empli de vide prétentieux. Le président gadget ne proposera jamais que des riens bavards : conseil national de la refondation (boycotté par la droite et des syndicats), conventions citoyennes de béotiens, grands débats cornaqués. L’urgence pour les Français est d’arrêter la casse, en chassant au plus vite les démolisseurs. Je veux croire que Bernanos a encore raison : « On ne refera pas la France par les élites, on la refera par la base. »


[1] De l’auteur, La guerre civile qui vient, Pierre-Guillaume de Roux, 2016

La Guerre Civile Qui Vient

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D'un siècle l'autre

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Le féminicide serait-il passé de mode?

Une Turque de 24 ans attaque en justice son père, qui l’a mariée de force quand elle avait six ans, et son mari, qui l’a violée et battue pendant 18 ans, dans le silence pesant des médias européens. Le père risque 22 ans de prison, le mari 68 ans. En Turquie, où le poids de la tradition religieuse explique pour partie les violences envers les femmes, la malheureuse est seulement connue sous ses initiales: HKG. Mais depuis que l’affaire a été rendue publique, un vif débat anime le pays sur les liens entre les religieux et le pouvoir.


Le prix Nobel d’Annie Ernaux marquerait-il la fin de l’histoire pour le féminicide ? 

« En 2022, 146 féminicides conjugaux ont eu lieu depuis le 1er janvier (nombre au 31 décembre 2022), selon le CollectifNousToutes et 8 féminicides non conjugaux. » Cette phrase, qui débute l’article de Wikipedia sur le sujet, souligne un vocabulairicide : « féminicide », s’il existait, signifierait l’extermination de toutes les femmes. 

Tuer un être humain est un homicide. Que cet être soit un homme, une femme, un droitier, un gaucher ou un ambidextre, qu’il ou elle choisisse plutôt des partenaires blondes, roux ou chauves, ce sont des particularités singulières qui ne changent rien à l’acte : quand on tue un individu, on commet un homicide. Quand on tue un peuple entier, c’est un génocide. 

La loi distingue le parricide (qui concerne l’un des deux parents, quel que soit son sexe) et l’infanticide (l’homicide volontaire d’un enfant). Entre les deux, il n’y a pas d’espace juridique ou sémantique pour le féminicide, pour le privilègeblancocide ou pour l’épiciéricide.

Féminicide: proportionnel ou disproportionné ?

La France a 67,5 millions d’habitants, la Turquie 85 millions soit 25% de plus. Ces deux pays ont en commun d’être les seuls États constitutionnellement laïques. On pourrait imaginer que la Turquie connaît 25% de « féminicides » de plus que nous. Faux : la Turquie a 125% de plus d’épouses/concubines/fiancées/compagnes tuées par leur conjoint. Au total, entre le 1er janvier et le 11 novembre 2022, la TKDF (Fédération turque des associations de femmes) a comptabilisé 327 femmes assassinées par leurs maris, ex-maris, fiancés et partenaires. Le mariage de filles et de femmes mineures fait partie de la culture musulmane et Recep Tayip Erdogan, qui dirige la marche turque hors de la laïcité, s’en accommode parfaitement, puisqu’il a autorisé, en novembre 2017, les imams à célébrer, en même temps que les mariages religieux, les actes civils, qui seuls, sont reconnus par l’État depuis 1924. Jusqu’alors, le mariage civil, officié par un fonctionnaire, devait précéder le mariage religieux.

En juillet 2021, il a retiré la Turquie de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, alias Convention d’Istanbul, qu’il avait signée en 2011.

Reem Alsalem, experte indépendante des droits de l’homme nommée par l’ONU, a estimé que cette décision « pourrait considérablement entraver les efforts déployés pour résoudre ce problème ». Elle ne « pourrait » pas, elle « devrait », puisque tel est le but de la manœuvre !

Avec un gestionnaire du Droit international incapable d’appeler un chat à neuf queues un shah, les Turques ne sont pas près d’être protégées des mariages forcés et des violences conjugales.

En général et en particulier

Selon les chiffres de l’ONU, environ une femme sur 4 en Turquie a subi des violences physiques ou sexuelles de la part de son partenaire. Et « des centaines de féminicides ont probablement lieu chaque année, bien qu’il y ait peu de signalements, en raison d’un manque de confiance dans les mécanismes de protection, d’une impunité généralisée et de préjugés et de discriminations liés au genre.  »

Un courageux chroniqueur turc, Yilmaz Ozdil [1], a listé un certain nombre de mariages forcés dans son pays au cours des dernières années :

  • Une fille de 11 ans, mariée par un imam, a accouché dans la province de Bolu.
  • Une fille de 12 ans a accouché sous une fausse carte d’identité indiquant qu’elle avait 18 ans, dans la province de Gaziantep. 
  • Une fille de 12 ans a accouché dans la province d’Izmir.
  • Une fille a été mariée de force à 12 ans, est devenue mère à 13 ans et s’est suicidée à 14 ans, dans la province de Siirt.
  • Une fille de 13 ans, mariée de force à un homme de 40 ans, s’est enfuie après de graves violences de la part du mari. Sa famille l’a rejetée. À 17 ans, elle s’est retrouvée à la rue avec ses trois enfants, dans la province d’Ordu.
  • Un notaire a été pris le stylo dans l’acte de mariage illégal d’une fille de 14 ans, dans la province de Tekirdag.
  • Une fille de 12 ans, enceinte de quatre mois, a été mariée de force, dans la province de Tokat.

Cerise sur la chéchia, une gamine de 6 ans mariée de force

Un cheikh proche d’Erdogan et à lui tout dévoué, Yusuf Ziya Gümüşel, avait marié sa fille de six ans à un sien disciple de 29 ans. Violée aussitôt, elle n’était pourtant devenue mère qu’à 14 ans. Elle a rongé son frein et, aujourd’hui, âgée de 24 ans, HKG a porté plainte [2]. Mais les autorités ont fait profil bas devant le cheikh et ses hautes relations. 

Elle avait amassé suffisamment d’indignation et de preuves de violences et de viol : elle a publié l’une et les autres sur les réseaux sociaux. 

Cela a fini par décider la Justice à regarder son cas, en laissant, au départ, le père et le mari suspects en liberté. Sous la pression de l’opinion publique, les présumés coupables ont finalement été placés en détention. Le cher papa, ou plutôt le cheikh-père, a publié une déclaration, selon laquelle il ne reconnaît aucun tribunal humain, n’ayant de comptes à rendre qu’à Allah. Le procureur n’en a pas tenu compte : il a requis 67 ans de prison pour Kadir Istekli, le « mari » et  27 pour les parents de la victime, Yusuf Ziya Gümüşel et Fatma Gümüşel.

Anne, ma sœur Anne, n’entends-tu rien gémir ?
Non, je ne vois que les chiennes de garde qui n’aboient pas, les médias qui évitoient le sujet, les intersectionnelles qui rougeoient et la morale qui se noie.


[1] En VO turque : https://www.sozcu.com.tr/2022/yazarlar/yilmaz-ozdil/bebek-gelin-7521744/
En anglais : www.gatestoneinstitute.org/19273/turkey-child-marriage

[2] On n’a pas changé son prénom : on ne connaît que ses initiales.

À Islamabad, des chrétiens démunis

Certains ont passé Noël dehors, après la destruction de leurs logements par les autorités


Les célébrations de Noël à Islamabad, la capitale du Pakistan, se sont déroulées sous protection policière. Les stations de métro ont été décorées avec des sapins, des tarifs réduits ont été proposés aux chrétiens dans des parcs, et des musulmans ont découpé des gâteaux en divers endroits pour montrer leur solidarité avec les chrétiens. Cette bienveillance n’a cependant pas bénéficié à toute la communauté dans un pays où les diverses minorités religieuses sont malmenées par leurs concitoyens et les autorités.

Nawaz Sharif est le nom d’un ancien Premier ministre pakistanais qui a soutenu, en 2017, la construction d’installations sanitaires pour les chrétiens de Jaranwala, dans le Pendjab. Jusque-là, les habitants de la communauté chrétienne n’avaient pas accès à une eau potable et devaient faire leur toilette dans les champs, ce qui avait facilité le viol de nuit en réunion de deux sœurs par des musulmans. C’est aussi le nom d’un katchi abadi (un bidonville) de la capitale où les chrétiens sont privés d’eau potable depuis que les autorités ont démoli sans les prévenir en octobre dernier leurs maisons et l’église qu’ils avaient bâti de leurs mains. Elles avaient déjà coupé l’eau, le gaz et l’électricité le même mois. 

Les 115 familles n’avaient pas été prévenues de l’arrivée des ouvriers et des bulldozers de l’Autorité de développement de la capitale (CDA), le 18 octobre. Alors qu’ils essaient de sortir de leur maigre ordinaire pour Noël, ces chrétiens ont eu cette fois-ci des difficultés à se fournir en pain et légumineuses et n’ont pu faire de cadeaux à leurs enfants. 

Les habitants se préparaient à aller travailler quand les ouvriers ont surgi et démoli leurs demeures et l’église que les premiers avaient bâties eux-mêmes, rapporte la British Asian Christian Association (BACA), une ONG de soutien aux chrétiens persécutés basée à Londres. Les maisons de leurs voisins musulmans ont, elles, été épargnées, tandis que les ouvriers s’appropriaient les objets ayant une certaine valeur appartenant aux chrétiens. Ces derniers résident maintenant dans des tentes et des maisons de fortune en feuilles, morceaux de plastiques et d’autres matériaux récupérés ici et là et font face à un hiver froid sans couvertures. Ils ne sont pas à l’abri d’une montée des eaux usées des systèmes d’égouts autour desquels ils sont installés, et ils risquent d’être arrêtés quand ils doivent désormais chercher illégalement du bois pour cuisiner et se chauffer.

La BACA a pu constater le 27 décembre que les enfants n’avaient pu recevoir de cadeaux et a offert des vêtements aux chrétiens démunis. La situation est d’autant plus critique que des hommes ne vont plus travailler afin de surveiller leur nouvel habitat au cas où la CDA viendrait de nouveau les détruire. Par ailleurs, les enfants sont encore plus vulnérables face aux risques d’agressions sexuelles loin d’être toujours punies quand elles ciblent les minorités religieuses.

Ce n’est pas la première fois que l’organisme rase les maisons de chrétiens en discriminant entre elles et celles des musulmans. À chaque fois, les autorités ne proposent ni indemnisation ni plan de relogement à ces résidents sans défense. Les femmes travaillent surtout comme domestiques, les hommes comme balayeurs et nettoyeurs d’égouts. En raison d’une forte discrimination, les chrétiens ne peuvent souvent pas étudier et sont cantonnés à des emplois très peu qualifiés.

Le prisme antichrétien de l’Autorité de développement de la capitale

À l’occasion des fêtes de Noël en 2010, le président de la CDA, Imtiaz Inavat Elahi, avait encensé le rôle des chrétiens dans le développement d’Islamabad. Mais sous l’autorité de Maroof Afzal, l’organisme a affirmé en décembre 2015 devant la Cour suprême que les katchi abadis de la capitale risquaient d’attirer les chrétiens du pays, ce qui affecterait la majorité musulmane. La motivation religieuse témoignait du manque d’arguments. La CDA était allée jusqu’à dire que les chrétiens avaient transformé en taudis l’une des plus belles villes du monde. La Cour suprême avait rejeté les arguments de l’organisme. La Haute cour d’Islamabad a également donné tort à l’autorité en avril 2021.

La BACA souligne que l’autorité ignore délibérément que des chrétiens vivent dans des bidonvilles depuis des décennies, même depuis la partition du sous-continent indien par les Britanniques en 1947, et qu’ils avaient perdu des terres au profit des musulmans en 1948 sans que le gouvernement ne les défende. Si l’argument religieux est rejeté par la justice, la CDA n’hésite toutefois pas à raser les maisons de chrétiens sous prétexte de salubrité publique à l’occasion de Noël ou du dernier jour du carême, le 31 mars 2021. L’Autorité de développement de la capitale avait alors détruit sans préavis l’église de la zone Musharraf où vivent jusqu’à 400 personnes. La police et les représentants de la CDA avaient insulté le révérend Naveed John George qui leur avait demandé pourquoi ils détruisaient le temple.

Autour d’Islamabad se trouvent 17 bidonvilles où vivent surtout des chrétiens aux métiers non qualifiés et très mal payés. Seuls les moins pauvres peuvent construire des bâtiments en ciment.

«Bonne année», «belle année», ou rien du tout

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Le silence des smartphones samedi à minuit a surpris bon nombre d’entre nous. Après des années folles, la surenchère des bons vœux semble bel et bien terminée.


On pourrait croire que tout le monde s’est donné le mot. Comme si Internet, les portables et les réseaux n’avaient jamais existé. A minuit, mon iPhone n’a émis qu’un timide « gling ». Ma sœur. Puis, plus rien. Le lendemain matin non plus, à l’exception d’un message de vœux anonyme d’une personne ne figurant pas dans mon répertoire. Et celui d’un ami qui se signale à tout bout de champ pour vous souhaiter quelque chose, à longueur d’année. C’est tout.

L’an passé, et déjà l’année précédente, on avait constaté une nette décrue. Mais pas au point de se réveiller un 1er janvier seul au monde, sans famille ni amis. Je me souviens, il y a cinq ans, je passais la journée à répondre à des messages inondant mon portable et mon adresse mail. Ça faisait chaud eu cœur de se sentir à ce point entouré et aimé au moment de se jeter dans l’aventure d’une année nouvelle. Avec Facebook, j’avais même renoué avec des gens perdus de vue depuis 30 ans et que je ne reverrais sans doute jamais, mais c’était plaisant de les sentir toujours là et emplis de bons sentiments à mon endroit.

De mon côté, je mettais parfois un point d’honneur à solliciter certains de mes proches avant eux, comme si le fait de les précéder me situait au-dessus d’eux dans l’affection qu’ils s’empressaient, en retour, de me dire réciproque. A minuit, on se dépêchait d’embrasser ceux avec qui on fêtait – en présentiel comme on dit désormais – la Saint-Sylvestre, avant que chacun retourne à son petit écran pour lire les messages qui s’amoncelaient. Après minuit, on ne se parlait plus que pour se comparer les amitiés en demandant aux autres (avec parfois une once de perfidie) s’ils avaient eux aussi reçu un message d’untel.

Vedettariat imaginaire

Il y a quelques jours encore, je me demandais si je continuerais à faire de la résistance en souhaitant aux uns et aux autres non pas une « belle » mais une « bonne » année – le bon me semblant toujours plus raisonnablement accessible que le beau. La question ne s’est pas posée. Je n’ai pas eu plus de bons vœux que j’en ai adressés. Certes, il y a toujours ceux qui, alimentant sur Facebook un vedettariat imaginaire, adressent « à tous » un message d’amour, de paix et de prospérité, un peu comme Johnny criait « Je vous aime » à la foule venue l’acclamer. Mais là non plus, pas de message personnel.

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Le 31, nous avons fêté ça en petit comité. L’après-minuit a ressemblé à une minute de silence. On s’est regardés en chiens de faïence, en se demandant s’il y avait quelque chose à attendre. On a vite compris. Un invité s’est même excusé quand il a reçu un message de sa fille. Comme si c’était déplacé.

La vogue des vœux est passée

Que s’est-il donc passé ? Un mot d’ordre aurait-il été donné ? Non, personne n’a rien dit à personne. Mais tout le monde a ressenti au même moment l’usure et la vacuité d’un phénomène dont on ne percevait plus que l’excès, jusqu’au ridicule. La vogue des vœux est passée. Il faut croire que, dans ce monde promis à l’éphémère, l’engouement et la lassitude nous frappent tous en même temps et de la même manière.

J’espère tout de même que, dans les jours qui viennent, j’aurai mes vieux amis au téléphone pour faire ensemble un bilan et parler de nos projets, comme au temps du téléphone filaire. Il ne faudrait pas que, dans sa fuite en avant, le progrès ait avalé d’une traite la totalité des usages.

Sur ce, j’ose à peine, cher lecteur, vous souhaiter une bonne année.

«Vortex», sur France 2: au temps pour nous

La série de science-fiction soi-disant avant-gardiste de France télévisions déçoit. Notre contributrice en profite pour inviter la télé publique à une vaste refonte des programmes.


Diffusée depuis le 2 janvier sur France 2 et accessible en intégralité (Six épisodes de 52 minutes) sur la plateforme de France télévision, « Vortex » est la mini-série « évènement » de ce début d’année 2023. Réalisée par Slimane-Baptiste Berhoun, sur un scénario de Camille Couasse et Sarah Farkas, elle est classée « série policière de science-fiction ».

Une morte dans la France affligeante d’aujourd’hui

Ludovic Béguin (Tomer Sisley), 52 ans, capitaine de police judiciaire à Brest, est chargé d’enquêter sur le crime d’une femme retrouvée sans vie au pied des falaises de la pointe de Corsen (29), à l’endroit même où sa première épouse Mélanie (Camille Claris), juge d’instruction, avait trouvé la mort 27 ans auparavant…

Voilà pour le côté « policier ». Côté « science-fiction », le scénario risque a priori de décevoir les amateurs de récits d’anticipation : l’histoire se passe en 2025, les voitures font le plein d’essence et passent au lavomatique, Juliette, la fille aînée de Ludovic, a une petite amie,  son jeune fils Sam, qu’il a eu avec sa seconde épouse Parvana (Afghane sans-papiers désormais artiste) est accro à sa tablette et plutôt tenté par le polyamour, Ludovic donne rendez-vous à Mélanie  (au cœur d’une faille temporelle de 27 ans) «à 13h00 à la pause déj », et Hector Delavigne, l’ami d’enfance, est, de son propre aveu, « une quiche en français » mais a tout de même eu 20 au Bac. Autrement dit, l’affligeante banalité de la France d’aujourd’hui déclinée en toile de fond. Deux éléments ramènent heureusement cette série policière vers le genre de la science-fiction : l’option latin qu’Hector Delavigne dit avoir pris en classe de 3ème et la paire de lunettes de réalité virtuelle du SRPJ de Brest, grâce à laquelle Ludovic parvient à communiquer avec Mélanie, la prévenir de sa mort imminente et tenter avec elle de déjouer les plans du destin… « On peut peut-être empêcher ça, changer ton futur. C’est pas une fatalité ». Une chose est sûre, Ludovic Béguin n’a pas, lui, pris option latin en classe de 3ème car il saurait sinon que le « fatum » est irrévocable. Bâtie autour du principe de « l’effet papillon », phénomène suivant lequel un évènement minime est suivi de conséquences d’envergure, la série nous entraîne dans un tourbillon temporel de six heures (le fameux « vortex ») où, lunettes de réalité virtuelle vissées sur le nez, Ludovic tente de sauver Mélanie tout en essayant de préserver sa vie avec Parvana et Sam.

Au ping-pong temporel, il y a mieux

Que dire ? Certains aimeront sans doute ces allers-retours un chouïa vomitifs entre 1998 et 2025, d’autres penseront au bout de quelques minutes, comme Parvana, la femme de Ludovic, que « cette histoire de vortex, faut qu’ça s’arrête », certains nostalgiques compareront avec l’indépassable Retour vers le futur (1985), d’ailleurs cité dans le film par l’un des protagonistes, les plus marrants penseront aux  Visiteurs (1993) et aux œufs de caille oubliés par l’enchanteur Eusebius dans sa potion destinée à remonter convenablement les couloirs du temps, les plus intellos en profiteront pour proposer une énième analyse de Minority Report (2002) sur fond de Precogs, de pré-crime et de justice prédictive. Quant aux autres, ils se demanderont si la télévision publique n’est pas elle-même prise dans un vortex inquiétant, sorte de tourbillon de récits qui se touchent et se rejoignent d’une chaîne à l’autre, d’une émission à l’autre, jusqu’à se mélanger et interchanger scénarios, dialogues et intentions didactiques. Car quelle différence y a-t-il, au fond, entre Vortex et l’émission Quand l’histoire fait dates, diffusée en 2018 sur Arte et que les éditions du Seuil viennent de publier en octobre dernier sous la forme d’un livre « librement » inspiré des épisodes télévisés ? Les éléments du scénario de cette longue série de 30 épisodes (ramenée heureusement à 10 dans sa version papier) sont en effet à peu de choses près les mêmes que ceux de la mini-série franco-belge diffusée ce 2 janvier : la faille spatio-temporelle comme unique exigence intellectuelle structurante (cela s’appelle «défriser le cours du temps »), l’histoire du monde vue avec les mêmes lunettes de réalité virtuelle que Ludovic, des chapitres aux intitulés énigmatiques, à tendance poético-fantastique  («Ici et pas ailleurs : ça a eu lieu », « Catastrophes ou fausses chutes », « Des traces à demi effacées », « Ce qui aurait pu être »). Écrite par l’historien Patrick Boucheron, scénariste des temps faibles de l’histoire de France, cette série de science-fiction est d’ailleurs, avouons-le, un Vortex aux effets spéciaux bien plus démonstratifs et sans doute plus à même de satisfaire les amateurs de science-fiction que la mini-série de Slimane-Baptiste Berhoun : jouer le rôle  de « l’historien du passage qui mène d’Akhenaton au 17 octobre 1961 » (sic), c’est tout de même un peu plus palpitant que de passer des heures dans la salle de réalité virtuelle de la SRPJ à faire des sauts de puce de 2025 à 1998 ou de 1998 à 2025.  Mais Ludovic n’a malheureusement pas pris option histoire.

Changement de programmes !

Essayons de remettre un peu d’ordre et sifflons la fin du vortex généralisé : retirons des émissions culturelles de la télé publique les distorsions, uchronies et autres associations fantaisistes propres aux scénarios de séries de science-fiction. Et remplaçons-les par les phrases édifiantes proférées par les protagonistes de séries censées nous emmener loin dans le temps et l’imaginaire. Car « jusqu’où iriez-vous pour changer le passé », « quand on change le moindre détail, ça fout la merde derrière », « toucher au passé n’est pas sans conséquence », « on est en train de faire n’importe quoi » (Vortex) sont des remarques et des interrogations fertiles qui devraient davantage inspirer les concepteurs de programmes culturels que les réalisateurs de séries et de films policiers lesquels, de leur côté, gagneraient à reprendre les concepts de « chemins de traverse », de « passages secrets qui traversent l’ordre chronologique », de « forces des imaginaires et faiblesse des mémoires » ou encore « d’école buissonnière, la plus exigeante des écoles puisqu’elle apprend à reconnaître le bruissement du temps » (Quand l’histoire fait dates), concepts suffisamment farfelus cette fois pour être le point de départ de jolies fictions.

Attendons, et voyons si France Télévisions parvient, en 2023 à s’extraire de ce vortex culturel : ce sera, sans doute, la série « évènement » de l’année !

Immigration clandestine: une seule solution, la recolonisation…

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La récente polémique de l’Ocean Viking a donné à penser à notre chroniqueur, qui à son habitude est partisan de mesures radicales — mais pas celles que vous croyez.


La lecture récente d’un inédit d’Andrea Camilleri, L’Autre bout du fil, dicté dans ses dernières années par un romancier aveugle mais toujours aussi clairvoyant, m’a incité à faire part au lecteur de quelques réflexions mal pensantes.

Camilleri raconte comment les policiers siciliens, emmenés toujours par l’inusable Montalbano, sont mobilisés toutes les nuits pour gérer l’abordage de bateaux qui débarquent sur la côte sud de la Sicile entre 40 et 700 migrants chaque soir. Des populations essentiellement masculines, à bout de forces, dont l’objectif est de traverser l’Europe pour atteindre le Royaume-Uni, paradis bien connu pour fournir du travail pour quelques cuillères de porridge. Le mythe de l’embauche anglaise mirifique perdure dans ces populations parties de chez elles pour n’y plus revenir.

Les solutions préconisées à gauche ou à droite sont des plaisanteries

Il est plus que temps de prendre au sérieux la menace que représente cette invasion de l’extrême misère. Les solutions préconisées par les donneurs de leçons de gauche — « accueillons tout le monde » — ou de droite — « coulons les navires en haute mer » — sont des plaisanteries qui font long feu. Accueillir l’Afrique marquera la fin de l’identité européenne. Refouler tout le monde n’est même pas du goût des patrons qui se jettent volontiers sur cette main d’œuvre peu regardante sur les conditions de travail. Allez donc voir en cuisine qui opère dans vos restaurants préférés. Et demandez-vous quels intérêts nous retiennent de renvoyer en Algérie les Nord-africains qui se répandent dans nos banlieues.

A relire: Immigration, une chance pour personne

D’autant qu’en termes d’images, le migrant l’emporte à tous les coups sur l’Occidental frileux. Chaque épave affrétée par des ONG complices des passeurs, bourrée de migrants africains des soutes aux cheminées, ravive le mythe de l’Exodus, ce vieux rafiot rouillé racheté par la Hagana, qui en 1947 amena en Palestine près de 4500 immigrants juifs rescapés de la Shoah. Le contexte ni les faits n’ont rien à voir, mais les mythes sont là pour alimenter l’Histoire, et plus tard pour la remplacer. Camille-Apollonia Narducci vous a raconté tout ça très récemment, c’est son domaine de recherches.

Nous voici donc confrontés à des débarquements successifs de populations essentiellement africaines, victimes de passeurs que notre intervention en Libye a contribué à susciter. Quelques centaines par-ci, quelques milliers par-là.

Opération de sauvetage menée par l’ONG SOS Méditerranée au large de Malte, 26 Octobre 2022. Vincenzo Circosta / Anadolu agency via AFP

Mais ça, c’est la petite monnaie de ce qui débarquera bientôt — disons d’ici dix ans. Peut-être avez-vous lu Le Camp des saints, ce roman prophétique de Jean Raspail publié en 1973. Un million d’Indiens — telle était la mythologie des années 1970 — débarquent sur les côtes françaises, et opèrent un gentil petit massacre. Et toute résistance est vaine. Un million ? Les prophètes parfois se plantent. Ce sont dix, vingt, cent millions d’Africains qui se présenteront bientôt à nos portes. Le grand remplacement sur lequel certains fantasment par avance, c’est à ce moment-là qu’il opèrera. À l’échelle européenne.

Et c’est une réponse européenne qu’il convient de faire. Tout de suite.

Puisque l’Afrique trouve que notre modèle de développement est enviable — au moment même où chez nous nombre d’enfants gâtés le contestent —, il faut installer ce système chez eux. En un mot, recoloniser l’Afrique — dans son intérêt, c’est-à-dire dans le nôtre.

(Parenthèse. Sarkozy a parlé jadis des aspects positifs du colonialisme. Levée de boucliers dans le camp de la bien-pensance. Il aurait dû préciser que le colonialisme a certes apporté bien des progrès dans les pays colonisés, mais pour le plus grand bien, en même temps, des colonisateurs.)

L’humble plan que je propose au public est donc le suivant

Lançons un Plan Marshall des pays du Nord vers les pays du Sud. Investissons massivement, pas en créant deux ou trois entreprises qui se soucient de rentabilité immédiate, mais en faisant ce qu’ont fait les Américains en Europe après la guerre, en investissant à fonds perdus — parce qu’ils ne seront pas perdus pour tout le monde. Les Chinois, qui ont décidément plusieurs longueurs d’avance parce qu’ils pensent à long terme au lieu de perdre leur temps à de pseudo-démonstrations démocratiques, se livrent depuis 20 ans à une opération de ce type. Et les pays d’Afrique où ils s’implantent sont ceux qui émigrent le moins. Parce que les entreprises qu’ils implantent — des infrastructures d’abord, puis des exploitations minières ou agricoles — emploient jusqu’à 85% d’Africains. Rien de mieux qu’un travail effectif pour stabiliser une population — et lui donner l’idée de faire autre chose que de nouveaux enfants.

Et après l’action massive des fonds souverains chinois, ce sont désormais les entreprises privées chinoises qui s’installent en Afrique.

Les enfants de Mao et de Xi ne perdent pas le nord : la Chine est devenue le premier créancier des États africains. Ils viennent de dépasser les Américains, qui de longue date s’étaient implantés sur le continent noir — chassant les Français des positions stratégiques qu’ils occupaient dans le pétrole et le gaz, parce que nous sommes trop bêtes pour consolider nos positions. Voir la façon dont Elf-Aquitaine s’est fait virer d’Angola (et remplacer par Exxon) après y avoir fait des découvertes majeures, et la manière si intelligente dont nous avons cru bon de faire une affaire d’État de quelques détournements de fonds. Les Chinois règlent ça en interne.

Quelques-uns crieront au néocolonialisme

Ce n’est pas aux anciens États coloniaux de mener seuls cette politique. L’Europe entière doit y participer massivement. Après tout, quand il s’agit de renflouer les affairistes qui tournent autour de Zelensky, Ursula von der Leyen trouve l’argent. Pour reprendre les propos de Jules Ferry dans un débat célèbre le 28 juillet 1885 :

« Sur le terrain économique, je me suis permis de placer devant vous, en les appuyant de quelques chiffres, les considérations qui justifient la politique d’expansion coloniale au point de vue de ce besoin de plus en plus impérieusement senti par les populations industrielles de l’Europe et particulièrement de notre riche et laborieux pays de France, le besoin de débouchés.
« Est-ce que c’est quelque chose de chimérique ? est-ce que c’est une vue d’avenir, ou bien n’est-ce pas un besoin pressant, et on peut dire le cri de notre population industrielle ? Je ne fais que formuler d’une manière générale ce que chacun de vous, dans les différentes parties de la France, est en situation de constater.
« Oui, ce qui manque à notre grande industrie, que les traités de 1860 ont irrévocablement dirigé dans la voie de l’exportation, ce qui lui manque de plus en plus ce sont les débouchés. »
Et de remarquer que l’Amérique du Sud, « qui nous appartenait de temps en quelque sorte immémorial », est désormais « disputé et peut-être enlevé par les produits de l’Amérique du Nord. »

Les Chinois n’avaient pas encore débarqué, à l’époque.

A lire aussi, Philippe d’Iribarne: L’immigré, objet sacré

Il y eut peu d’immigrés africains (ou nord-africains) dans la France des années 1885-1945. Parce que la France investissait en Afrique, et créait des industries qui occupaient les locaux — pour des salaires dérisoires, d’accord, mais nul n’est parfait.

Les empires ambitieux ne s’embarrassent pas de culpabilité

Quelques-uns crieront au néocolonialisme, et tenteront de faire jouer la corde de la culpabilité. Les empires ambitieux ne s’arrêtent pas à si peu. Quelques voix, à la fin du IIe siècle, ont plaidé à Rome la cause des Barbares. Le funeste Edit de Caracalla, en 212, accordant la citoyenneté romaine à tous les habitants de l’Empire, au lieu de pousser les nouveaux arrivants à s’intégrer par le travail, l’engagement dans l’armée et la poursuite du cursus honorum, est sorti de ces jérémiades — et après lui, l’effondrement de l’Empire.

Si l’histoire nous apprend quelque chose, ce doit être ça : au lieu d’accueillir les Barbares, il faut porter chez eux la civilisation. Ce serait le meilleur moyen de leur faire abandonner des pratiques religieuses d’un autre âge, qui fournissent aux disciples de Daesh un terreau fertile. Corrompons les Africains par l’argent, nous y gagnerons au centuple.

Bien sûr, cela implique que le néo-libéralisme, au lieu de calculer ses bénéfices à très court terme, ait l’ambition du capitalisme chinois. Et ça, c’est sans doute de l’utopie.

L'Autre bout du fil

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Le Camp des Saints ; précédé de Big Other

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Croatie/prix: à l’inflation s’ajoute la bascule vers l’euro

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Vingtième pays à adopter l’euro, la Croatie ferait face à d’importantes hausses de prix. 


Depuis le passage à la monnaie unique européenne, le 1er janvier, les Croates ont vu les prix augmenter considérablement, notamment ceux des denrées alimentaires dans les magasins de détail et les restaurants, alors que le pays subissait déjà des hausses, en décembre, liées au contexte inflationniste mondial et à la guerre en Ukraine. Sur les réseaux sociaux, plusieurs citoyens croates plaintifs notaient qu’une tasse de café était désormais facturée en euro de 10 à 20 centimes plus cher qu’en décembre, que le fromage avait fait +25% et les pizzas +33% !

A lire aussi: L’Union européenne ou l’art de se tirer une balle dans le pied

Ces hausses sont brutales : il faut dire que la période de transition vers l’euro de la monnaie nationale, la kuna, est particulièrement courte. La kuna n’aura plus cours dès le 15 janvier. Pourtant, le gouvernement et la Banque centrale du pays avaient précédemment fourni des garanties. Les autorités assuraient aux citoyens que les prix ne seraient en aucun cas arrondis à la hausse une fois que l’euro aurait cours légal. Ursula von der Leyen, l’infatigable présidente de la Commission européenne, avait affirmé dans un communiqué que la Croatie était « prête à rejoindre la zone euro au 1er janvier » et que cela allait « renforcer l’économie de la Croatie, en bénéficiant à ses citoyens, ses entreprises et à la société tout entière ». Dans une étude d’opinion réalisée entre mars et avril 2022, 30% des habitants seulement jugeaient que la Croatie était effectivement bien prête. Pire, 87% des personnes interrogées alors supposaient que le changement de monnaie allait entrainer une hausse des prix inévitable. 

Ana Knežević, membre d’une association locale de protection des consommateurs, a déclaré que les citoyens étaient « en colère et déçus parce que nous avons déjà été confrontés à une flambée des prix depuis l’an dernier. » Le gouvernement croate a qualifié ces hausses de prix « inattendue », d’« exploitation perfide et de profit malhonnête », et le ministre de l’Économie, Davor Filipović, a convoqué une réunion d’urgence avec les principales chaînes de la grande distribution pour discuter de ces hausses de prix. Après cette réunion, le ministre chrétien-démocrate a indiqué que ces hausses étaient inacceptables et s’est épanché auprès des journalistes : « les chaînes de magasins ont augmenté les prix depuis des mois, et maintenant, suite à l’adoption de l’euro, elles augmentent à nouveau les prix et tentent de duper les citoyens. » Dans un tweet, il a prévenu que « toutes les options [étaient] sur la table : des “listes noires” au gel des prix sur un large éventail de produits. » 

A lire ensuite: Pourquoi l’intelligence artificielle de ChatGPT est-elle progressiste?

En tout cas, s’il en est un à qui ces hausses de prix vertigineuses ne feront rien, c’est bien Dejan Lovren ! Transféré à l’Olympique Lyonnais jusqu’à 2025 pour la coquette somme de 3,5 millions d’euros, le footballeur met son nouveau club dans le pétrin à peine arrivé. Mais c’est une tout autre histoire croate…

Pourquoi si tard, Monsieur le ministre?

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Le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti a présenté hier 60 mesures pour réformer la justice. Budget, places de prison, procédures: le plan est globalement bien accueilli. L’analyse de Philippe Bilger.


D’abord résister. Résister au fait que le seul bon plaisir présidentiel a nommé Eric Dupond-Moretti comme garde des Sceaux puis l’a reconduit contre toute attente. Résister à l’impression que ces Etats généraux de la Justice tronqués n’ont pas été « un exercice démocratique inédit » mais avoir cependant l’honnêteté de saluer tout ce que depuis des années, dans des livres ou oralement, je réclamais comme une mesure prioritaire. Résister au préjugé défavorable à l’égard d’un ministre dont la situation procédurale tristement singulière n’inspire pas confiance en appréhendant toutefois avec mesure et sans acrimonie son « plan d’action » pour la Justice.

Plan tardif

Si on peut regretter qu’il ne prévoie pas un bouleversement qui serait utile dans notre conception de l’Etat de droit et pour inventer une justice pénale adaptée à tout ce qu’une modernité dévoyée et une malfaisance amplifiée secrètent chaque jour – tout particulièrement, distinguer ce qui est immédiatement incontestable de ce qui incertain -, il faut reconnaître que ce plan si tardif contient des éléments très positifs. Si évidemment la loi d’orientation programmée pour le printemps ne se contente pas de prescrire sans rien réaliser.

Je ne ferais pas le reproche au garde des Sceaux de n’avoir pas retenu, dans les préconisations des Etats généraux, la suppression de la Cour de justice de la République puisqu’il est directement concerné par celle-ci.

Quand Eric Dupond-Moretti souligne son « enthousiasme » et sa « détermination », nous n’avons aucune raison de douter de ses dispositions. Pas davantage que de sa volonté de « tout mettre en œuvre pour que la Justice soit plus rapide, plus efficace, plus protectrice et plus proche de nos concitoyens ». Nous sommes d’autant moins enclins au scepticisme que ce n’est pas rien, pour ce ministre, de contredire,  sur certains points essentiels, tout ce en quoi avait cru l’avocat dans une existence antérieure.

Résumer son plan par « des juges en plus… et des alternatives aux juges » ou par « pour sauver la justice, 11 milliards et un ministre trop amiable » est spirituel et caustique mais en partie injuste (Mediapart). L’augmentation du budget est indéniable, de 7,6 milliards en 2020 jusqu’à 11 milliards espérés en 2027, même si cet accroissement de 8% pour les pays européens comparables à la France a été la règle.

En matière civile, le ministre aspire à « une véritable politique de l’amiable ». Dans ce domaine, même si on peut craindre que les effets de désengorgement ne soient pas ceux attendus, une stratégie du compromis et de la négociation n’est pas absurde. J’espère toutefois que « les idées ne sont pas les succédanés des chagrins » selon la pensée si lucide de Marcel Proust et qu’on ne nous propose pas « l’amiable » faute d’avoir su répondre au défi du judiciaire.

La réécriture et l’allègement du Code de procédure pénale en deux ans par ordonnance seraient bienvenus. Restons optimistes !

A lire aussi, du même auteur: Nous devrions tous être Marie Lajus!

Je ne suis pas, sur un autre plan, hostile, bien au contraire, à la fusion de l’enquête préliminaire et de l’enquête de flagrance et qu’on offre à la première, notamment sur le plan des perquisitions, les critères procéduraux réservés à la seconde. Tout ce qui est de nature à autoriser la normalité à devenir plus efficace et plus contraignante a mon agrément et ce n’est pas l’ire des avocats qui va me faire changer d’avis.

Le ministre prend le risque d’un vœu pieux quand il prétend à la réduction des délais d’audiencement à un an pour les dossiers « les plus lourds » devant les tribunaux correctionnels et à six mois pour les autres. Le volontarisme a ceci de bon qu’il fait du bien à la fois à celui qui l’exprime et à ceux qui l’entendent.

Il s’égare aussi, mu par un humanisme qui s’imagine que toutes les infractions se valent, quand il compte sur le développement du travail d’intérêt général et de la libération sous contrainte pour faire diminuer le recours à l’incarcération. On ne sanctionne pas les délits graves et les crimes par des apparences de sanction et des mesures qui sont des douceurs à peine amères.

La déflation carcérale enfin combattue?

Comment ne pas approuver en revanche l’orientation pénitentiaire de ce projet d’abord par le désir d’accroître le travail en prison puis par l’engagement de construire 15000 places supplémentaires jusqu’en 2027 ? Non pas que je sois naïf puisque les promesses présidentielles initiales en 2017 n’ont pas été tenues mais si ce rattrapage est effectif – il devrait être plus conséquent -, ce sera une amélioration. Il convient de se féliciter que précisément on privilégie « l’inflation immobilière plutôt que la déflation carcérale ». Il n’y a que les industriels et les compulsifs de la mansuétude par principe pour ne pas comprendre que le problème de la surpopulation est uniquement lié au fait qu’il n’y a pas assez de places de prison.

Après cette analyse sans doute trop rapide de ce « plan d’action », je constate qu’il n’a pas traité le problème crucial de l’univers pénal : celui de l’exécution des peines. Je déplore par ailleurs qu’il n’ait pas fait réapparaître, mais autrement, le dispositif des peines planchers dont le besoin aujourd’hui est criant. Je relève aussi que le garde des Sceaux n’en a pas profité pour revenir avec courage et intelligence sur le drame démocratique de la généralisation des cours criminelles départementales.

J’entends bien qu’on ne pouvait pas tout mettre dans ce projet et que sa soixantaine de mesures est loin d’être négligeable.

Si ce n’est pas seulement « une réforme plutôt gestionnaire » selon l’appréciation du Syndicat de la magistrature, Eric Dupond-Moretti est emporté par sa fougue quand il nous vante son plan « contre l’abandon politique, budgétaire et humain qui a duré 30 ans ». Une telle hyperbole n’a pas de sens. Ni grandiose ni indigne, ce plan d’action. Mais pourquoi si tard, monsieur le ministre ?

Libres propos d'un inclassable

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Omar Sy: victime… de sa propre bêtise

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Omar Sy © Rebecca Cabage/AP/SIPA

Omar Sy est-il victime de racisme? C’est une question que la gauche française ne se pose plus. Elle y répond par l’affirmative… 


En cause, les critiques reçues par l’acteur actuellement en pleine promotion du film “Tirailleurs”, qui, comme son nom l’indique a pour sujet les contingents africains de la Première guerre mondiale. N’ayant pas vu le film, je n’en parlerai pas. Je me bornerai donc ici à l’examen d’une déclaration d’Omar Sy relative à la guerre d’invasion de l’Ukraine par la Russie et à l’opinion générale des Français quant à l’ordre du monde.

Des idées, ça il en a, lui il pense…

Pour Omar Sy, rendu célèbre par son duo avec le visage pâle Frédéric Testot sur Canal + et plus encore par son rôle dans le mélo “Intouchables”, les Français seraient un peu égoïstes et peut-être, mais il ne faut pas le dire trop fort, racistes : « L’Ukraine n’a pas été une révélation dingue pour moi, expliquait Omar Sy au quotidien Le Parisien. Comme j’ai de la famille ailleurs, en Afrique, je sais qu’il y a toujours eu des enfants en guerre, des familles brisées. Ça n’a jamais cessé depuis la Seconde guerre mondiale. Ça veut dire que quand c’est en Afrique, vous êtes moins atteints. Petit, j’ai été traumatisé par le conflit Iran-Irak, j’ai grandi avec ces images horribles. On a l’impression qu’il faut attendre l’Ukraine pour qu’on s’en rende bien compte. Les copains, je vois ça depuis que je suis tout petit. Mais quand c’est loin, on se dit que là-bas ce sont des sauvages. »

A ne pas manquer, notre nouveau numéro: Causeur: Arrêtez d’emmerder les automobilistes!

Omar Sy n’est pas comme nous autres, pauvres ploucs que nous sommes. Lui, il n’a pas attendu l’Ukraine pour savoir qu’il y avait des guerres dans le monde. Il a grandi avec les images de la guerre Iran-Irak, comme nos parents avec celles venant du Viet Nam. Il sait. Il est concerné. Il a de la culture. Il a du cœur. Il s’intéresse aux damnés de la terre, il se dit même qu’il avait ramené 3 kilos de riz Taureau Ailé pour les Somaliens affamés quand il était collégien. Vu de sa ville natale de Trappes en banlieue parisienne comme d’Hollywood où il réside actuellement, la France de l’intérieur doit ressembler à un petit village gaulois peuplé de Grolandais. Des sauvages qui voient de la sauvagerie là où il n’y en a pas, méprisant le continent africain tout en passant dans leur vieille Renault cabossé “Le Bon Temps des Colonies” de Michel Sardou.

Étrange Ukraine

L’Ukraine, ça parle à tous ces gens qui décidément n’aiment rien tant que ceux qui leur ressemblent. Tiens, les Ukrainiens par exemple. Blancs et blonds, à en croire les clichés du moins. Puis, ils sont éduqués eux, ils jouent du violon dans les sous-sols de Kiev quand ils sont bombardés. À la réflexion, tout ça ne serait-il pas un peu suspect ? Des blancs victimes d’une agression ? On nous a pourtant bien expliqué que les blancs n’étaient jamais victimes, toujours coupables et bourreaux. Rien que ça, c’est un peu étrange. Et puis, ils ont l’air bien nationalistes ces Ukrainiens. Il parait même que certains d’entre eux utilisent des symboles varègues liés à leur histoire, donc des runes de sinistre réputation, appartenant aux domaines germains et slaves.

On tient une idée là. D’ailleurs, Vladimir Poutine et les officiels russes répètent qu’ils combattent en Ukraine pour tous les opprimés, pour les anti-impérialistes. Mieux : contre le nazisme ! Ils le disent en chœur avec leurs soutiens hexagonaux depuis le déclenchement de l’invasion. La Russie n’est pas alignée sur l’Occident, elle ne fait que sauver les « russophones du Donbass ». Le plus vicieux là-dedans étant que la Russie, comme la Chine, n’hésite pas à affirmer que les Européens sont solidaires de l’Ukraine, alors qu’ils sont indifférents quand il y a des guerres ailleurs. C’est l’un de leurs éléments de langage les plus récurrents : « Ah, on ne vous entendait pas pour l’Irak (remplacer par n’importe quel autre conflit des 40 dernières années) ».

Omar Sy a donc repris le mot d’ordre le plus bête et le plus indécent des Russes, tout en salissant un peu le peuple dont il serait l’une des « personnalités préférées » à en juger par les sondages. Les critiques qui le visent n’ont pas de rapport avec sa couleur de peau mais avec sa bêtise satisfaite d’elle-même. D’abord, il est parfaitement légitime que les Français se sentent plus concernés par un conflit qui a lieu près de chez eux, dans un pays qui affiche une proximité culturelle réelle avec le leur. Ensuite, ce n’est pas un conflit habituel. Il implique une puissance nucléaire menaçante et aurait fait jusqu’à présent près de 150 000 morts dans des batailles d’une intensité militaire peu commune depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, et inédites depuis 75 ans. Le courage et le patriotisme des Ukrainiens ont marqué les Européens, de même que ces femmes et enfants qui sont venus se réfugier chez nous – ça change des migrants multi-condamnés, faussement mineurs et tous de sexe masculin.

Bonjour Tristesse et Waly Dia soutiennent Sy

« C’est pas ce que je dis qu’on attaque, c’est moi. Le problème c’est ce que je suis. Je refuse de me justifier car je ne dois rien à personne, je suis Français », a dit à Yann Barthès un Omar Sy tirant les rames après une nouvelle promolémique – si vous me pardonnez le néologisme – dont il a le secret. Un mot d’ordre sagement suivi par de nombreux influenceurs de gauche, ou, on ne sait comment les définir, issu des « cultures urbaines ». Nous pouvons notamment citer un certain Waly Dia, semble-t-il humoriste si l’on en croit Wikipedia : « La polémique d’extrême droite à chaque sortie d’Omar Sy c’est redondant. Un peu d’audace, de créativité. Nous méritons de meilleurs racistes ! ».

A lire ensuite, Didier Desrimais: Sandrine Rousseau déménage à Pantin

Un hurleur narcissique et vidéaste répondant au surnom de « Bonjour Tristesse » y est aussi allé de son petit message convenu, indiquant qu’Omar Sy avait raison et que certains journalistes étaient en désaccord parce qu’ils seraient intrinsèquement… racistes. Apprendront-ils un jour la loi de proximité ? Visiblement pas car ils sont totalement internationalistes, voire ethnomasochistes pour les plus allumés. Malheureusement, les Ukrainiens ont eu le mauvais goût d’être blancs pour ces gens-là. Pis, ils sont les victimes d’une brutalité aussi injuste qu’inouïe… tout en montrant des ressources de combativité incroyables et en ne réclamant que des armes pour rendre les coups. Ils ne remplissent aucune case.

Au fond c’est cela qui dérange beaucoup de monde. Une journaliste appelée Laura-Maï Gaveriaux s’est ainsi interrogé sur une Ukraine irriguée par une « esthétique de la guerre », s’inquiétant de l’état d’esprit futur des jeunes du pays. Oui, une guerre transforme les mentalités. Gageons qu’en France aussi, la guerre d’Ukraine nous apprenne à être un peu plus conscients de la paix fragile que nos ancêtres ont gagné au prix fort. À l’image de ces 57 soldats tombés au Mali dans un conflit qui ne les concernait pas directement et pour lequel la France a beaucoup engagé, à la demande expresse des autorités locales. Un détail qui n’aura pas troublé Omar Sy, infatué de sa parfaite hauteur morale.

De la droite prétendument souveraino-non alignée à la gauche diversitaire, il y a bien un fil rouge et une communauté d’esprit : la victimisation permanente. Pendant ce temps, les véritables victimes de la guerre continuent de recevoir les drones iraniens et les obus russes.

La mort se met au vert

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© Recompose

Nouvelle tendance : aux États-Unis, la société Recompose permet de transformer les cadavres en compost humain. 


Il y a dans certaine écologie une anthropologie utilitariste poussée à l’extrême, un rationalisme scrupuleux et quasi maléfique qui nous laissent pantois. Ainsi, l’entreprise Recompose, basée à Washington, s’est spécialisée dans le « compostage humain » ; lequel a l’extrême avantage de diminuer l’empreinte carbone du mort, de régler définitivement ce problème empoisonnant de places dans les cimetières et de proposer à la famille un mètre cube de terre riche en nutriments ; soit 36 sacs de bon engrais pour planter arbres ou enrichir bacs à jonquilles.

Le cadavre, dûment déposé dans une cuve et entouré de copeaux de bois, de luzerne et d’herbe à paille va gentiment pourrir pendant trente jours ; au terme desquels il ne ressuscitera pas mais sera soumis à un processus de ventilation, de chauffage et de climatisation, après qu’on lui a dûment brisé les os restants et qu’on a analysé le contenu de la boîte, en espérant, bien sûr, que le corps n’ait pas disparu…

A ne pas manquer, notre nouveau numéro en kiosques: Causeur: Arrêtez d’emmerder les automobilistes!

Si en Suède, le compostage humain est déjà légal, si au Royaume Uni, les enterrements naturels – où un corps est enterré sans cercueil ou avec un cercueil biodégradable – sont permis ; en France ce procédé reste interdit. Elisabeth Lamure, sénatrice LR du Rhône, avait interpellé le gouvernement à ce sujet, mais le ministère de l’Intérieur avait estimé que « son introduction en droit interne soulèverait des questions importantes, tenant notamment à l’absence de statut juridique des particules issues de cette technique ».

Élémentaires, les particules… Un statut juridique pour nos restes ? Et pour le cadavre initial, il n’y a rien ?  Rien pour nous soustraire à cette chosification définitive de l’être humain ?

Espérons, du moins, qu’à défaut d’une empreinte carbone par trop élevée, la personne ainsi traitée aura laissé sur la terre des empreintes d’une autre qualité…

La sottise des élites

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Emmanuel Macron / ©Brendan Smialowski/AFP

Rien n’est à attendre du macronisme empli de vide prétentieux. Le président gadget ne proposera jamais que des riens bavards: Conseil national de la refondation (boycotté par la droite et des syndicats), conventions citoyennes de béotiens, grands débats cornaqués… Il y a urgence à arrêter la casse.


Emmanuel Macron, réformiste ? La blague. L’auteur de Révolution restera dans l’histoire de la chute française comme le président des « petits gestes » : se laver les mains, porter le masque, éviter le sèche-linge, préférer le col roulé, etc. Confronté à ce moment vertigineux d’un pays qui s’écroule, le chef de l’État contemple le désastre les bras ballants. Néron, au moins, savait jouer de la lyre. Des sons débordent de la bouche élyséenne, dans une jactance commune aux impuissants. Pendant ce temps, les citoyens se laissent gagner par un sentiment d’abandon. Le 8 décembre, le président a cru utiliser les mots justes pour répondre à l’écho de cette détresse humaine. Il a tweeté : « Ce qui guide mon action, c’est de protéger nos concitoyens, de protéger notre jeunesse. Je vous réponds donc : banco, nous allons le faire. » Mais il répondait à l’animateur de télévision Christophe Dechavanne qui lui demandait d’étendre la gratuité des préservatifs aux mineurs. « Il a dit banco ! » s’est félicité immédiatement Clément Beaune, le ministre délégué aux Transports. Le macronisme a définitivement capoté ce jour-là.

Il n’y a plus que l’armée qui tienne encore debout. Et encore… Les autres grandes institutions s’effondrent. Macron a lui-même cassé en 2022 le peu qui fonctionnait encore : l’ENA, le corps diplomatique, les préfets. En avril 2021, vingt généraux en retraite s’étaient fait taper sur les doigts pour avoir alerté : « L’heure est grave, la France est en péril […]. Notre honneur aujourd’hui tient dans la dénonciation du délitement qui frappe notre pays. » Délitement : le bon diagnostic. Mais ce mal affecte également la défense : les stocks militaires, épuisés entre 2007 et 2016, n’auraient pas été reconstitués (rapport de l’IFRI) en dépit de la montée des tensions internationales. Nos munitions, expédiées pour partie en Ukraine agressée, n’assureraient que quelques jours de canardage en cas de conflit. Pour le reste, tout tombe en bottes : l’école, l’hôpital, la justice, la sécurité, l’industrie, l’économie, la cohésion nationale. Les Français doivent se préparer à ressortir les bougies et les mitaines, en cas de coupures d’électricité. C’est une France saccagée, sabotée par ses propres dirigeants, qui se tiers-mondise dans une impressionnante accélération de l’histoire.

A lire aussi: SNCF / grève de Noël: et si Jupiter était coupable?

J’exagère ? Voici trente ans et plus que j’entends la rengaine. Mais ce ne sont plus seulement les « déclinistes » – ainsi nommés par ceux qui ne voulaient rien voir – qui radotent sur la nation fragile, la brutalité des humanitaristes, l’iniquité de la préférence étrangère. Nombreux sont ceux qui reconnaissent désormais que la France ne se relèvera pas indemne des maltraitances qu’elle reçoit des fanatiques de la société ouverte et indifférenciée. Dans Le Figaro du 5 décembre, Jacques Julliard, divine surprise, est venu en renfort des mal-pensants. Il écrit : « Notre déclin, nous l’avons fabriqué de nos propres mains, par démagogie sans doute, mais surtout par inintelligence des situations et même, disons le mot au pays qui s’enorgueillit sans cesse du rôle de ses intellectuels, par la sottise la plus difficile à combattre, celle des gens intelligents. » Cette sottise des élites est au cœur de la chute. La France n’est plus reconnue dans le monde que pour sa baguette et pour son équipe de foot. Julliard serait-il devenu « populiste » en marquant sa rupture avec la classe moutonnière, ses errements idéologiques, sa « dégénérescence » ? Saluons le (lent) parcours de l’homme de gauche. Il ne lui reste plus qu’à reconnaître qu’il parle comme les « réacs » et les « ploucs ». En attendant, le paysage intellectuel est un champ de ruines. « L’intellectuel français est mort », avait prévenu Régis Debray (D’un siècle l’autre). Une certitude : le salut ne viendra pas de ceux qui, toujours en place, nous ont plongés dans cette horrible époque.

Une guerre civile menace la France [1]. Elle a entamé depuis longtemps ses répétitions générales, à travers les affrontements lancés quotidiennement par la contre-société immigrée contre la France et ses indigènes. Même le sport, présumé pacificateur, sert de prétexte aux nouvelles intifadas. C’est la nation arabe, fédérée autour de l’équipe du Maroc, qui s’est affirmée lors du Mondial et qui a parfois cherché l’affrontement en France. L’ancien patron des services secrets, Pierre Brochand, le reconnaît lui-même dans un texte remarquable de lucidité publié le 6 décembre dans FigaroVox: « J’estime que, de tous les défis qu’affronte notre pays, l’immigration est le seul qui menace la paix civile. »

A lire aussi: La droite gaulliste peut-elle disparaître ?

Le pays fracturé est laissé à un président immature qui s’énerve d’être contrarié. « Il est méchant », avait dit de lui Manuel Valls avant de lui faire la danse du ventre. Il est aussi obtus, insensible aux souffrances existentielles de son peuple. Macron a dénoncé l’autre jour, visant Éric Zemmour qui venait de le critiquer, ceux qui « falsifient » l’histoire. Mais lui-même reprend cette fable propagandiste d’une France qui « a toujours été un pays d’immigration ». Son projet de loi sur l’immigration, qui sera discuté en janvier, ne fera pas obstacle à la poursuite du peuplement de masse qui change la population. En 2020, 28,7 % des nouveau-nés avaient au moins un parent extra-européen, selon Michèle Tribalat. En 2017, 80 % des jeunes de La Courneuve étaient d’origine étrangère. À ce rythme, que restera-t-il de la France française à la fin du siècle ? Au mieux, quelques réserves de Gaulois, ces nouveaux Indiens rescapés du génocide culturel.

Rien n’est à attendre du macronisme empli de vide prétentieux. Le président gadget ne proposera jamais que des riens bavards : conseil national de la refondation (boycotté par la droite et des syndicats), conventions citoyennes de béotiens, grands débats cornaqués. L’urgence pour les Français est d’arrêter la casse, en chassant au plus vite les démolisseurs. Je veux croire que Bernanos a encore raison : « On ne refera pas la France par les élites, on la refera par la base. »


[1] De l’auteur, La guerre civile qui vient, Pierre-Guillaume de Roux, 2016

La Guerre Civile Qui Vient

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Le féminicide serait-il passé de mode?

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Une Turque de 24 ans attaque en justice son père, qui l’a mariée de force quand elle avait six ans, et son mari, qui l’a violée et battue pendant 18 ans, dans le silence pesant des médias européens. Le père risque 22 ans de prison, le mari 68 ans. En Turquie, où le poids de la tradition religieuse explique pour partie les violences envers les femmes, la malheureuse est seulement connue sous ses initiales: HKG. Mais depuis que l’affaire a été rendue publique, un vif débat anime le pays sur les liens entre les religieux et le pouvoir.


Le prix Nobel d’Annie Ernaux marquerait-il la fin de l’histoire pour le féminicide ? 

« En 2022, 146 féminicides conjugaux ont eu lieu depuis le 1er janvier (nombre au 31 décembre 2022), selon le CollectifNousToutes et 8 féminicides non conjugaux. » Cette phrase, qui débute l’article de Wikipedia sur le sujet, souligne un vocabulairicide : « féminicide », s’il existait, signifierait l’extermination de toutes les femmes. 

Tuer un être humain est un homicide. Que cet être soit un homme, une femme, un droitier, un gaucher ou un ambidextre, qu’il ou elle choisisse plutôt des partenaires blondes, roux ou chauves, ce sont des particularités singulières qui ne changent rien à l’acte : quand on tue un individu, on commet un homicide. Quand on tue un peuple entier, c’est un génocide. 

La loi distingue le parricide (qui concerne l’un des deux parents, quel que soit son sexe) et l’infanticide (l’homicide volontaire d’un enfant). Entre les deux, il n’y a pas d’espace juridique ou sémantique pour le féminicide, pour le privilègeblancocide ou pour l’épiciéricide.

Féminicide: proportionnel ou disproportionné ?

La France a 67,5 millions d’habitants, la Turquie 85 millions soit 25% de plus. Ces deux pays ont en commun d’être les seuls États constitutionnellement laïques. On pourrait imaginer que la Turquie connaît 25% de « féminicides » de plus que nous. Faux : la Turquie a 125% de plus d’épouses/concubines/fiancées/compagnes tuées par leur conjoint. Au total, entre le 1er janvier et le 11 novembre 2022, la TKDF (Fédération turque des associations de femmes) a comptabilisé 327 femmes assassinées par leurs maris, ex-maris, fiancés et partenaires. Le mariage de filles et de femmes mineures fait partie de la culture musulmane et Recep Tayip Erdogan, qui dirige la marche turque hors de la laïcité, s’en accommode parfaitement, puisqu’il a autorisé, en novembre 2017, les imams à célébrer, en même temps que les mariages religieux, les actes civils, qui seuls, sont reconnus par l’État depuis 1924. Jusqu’alors, le mariage civil, officié par un fonctionnaire, devait précéder le mariage religieux.

En juillet 2021, il a retiré la Turquie de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, alias Convention d’Istanbul, qu’il avait signée en 2011.

Reem Alsalem, experte indépendante des droits de l’homme nommée par l’ONU, a estimé que cette décision « pourrait considérablement entraver les efforts déployés pour résoudre ce problème ». Elle ne « pourrait » pas, elle « devrait », puisque tel est le but de la manœuvre !

Avec un gestionnaire du Droit international incapable d’appeler un chat à neuf queues un shah, les Turques ne sont pas près d’être protégées des mariages forcés et des violences conjugales.

En général et en particulier

Selon les chiffres de l’ONU, environ une femme sur 4 en Turquie a subi des violences physiques ou sexuelles de la part de son partenaire. Et « des centaines de féminicides ont probablement lieu chaque année, bien qu’il y ait peu de signalements, en raison d’un manque de confiance dans les mécanismes de protection, d’une impunité généralisée et de préjugés et de discriminations liés au genre.  »

Un courageux chroniqueur turc, Yilmaz Ozdil [1], a listé un certain nombre de mariages forcés dans son pays au cours des dernières années :

  • Une fille de 11 ans, mariée par un imam, a accouché dans la province de Bolu.
  • Une fille de 12 ans a accouché sous une fausse carte d’identité indiquant qu’elle avait 18 ans, dans la province de Gaziantep. 
  • Une fille de 12 ans a accouché dans la province d’Izmir.
  • Une fille a été mariée de force à 12 ans, est devenue mère à 13 ans et s’est suicidée à 14 ans, dans la province de Siirt.
  • Une fille de 13 ans, mariée de force à un homme de 40 ans, s’est enfuie après de graves violences de la part du mari. Sa famille l’a rejetée. À 17 ans, elle s’est retrouvée à la rue avec ses trois enfants, dans la province d’Ordu.
  • Un notaire a été pris le stylo dans l’acte de mariage illégal d’une fille de 14 ans, dans la province de Tekirdag.
  • Une fille de 12 ans, enceinte de quatre mois, a été mariée de force, dans la province de Tokat.

Cerise sur la chéchia, une gamine de 6 ans mariée de force

Un cheikh proche d’Erdogan et à lui tout dévoué, Yusuf Ziya Gümüşel, avait marié sa fille de six ans à un sien disciple de 29 ans. Violée aussitôt, elle n’était pourtant devenue mère qu’à 14 ans. Elle a rongé son frein et, aujourd’hui, âgée de 24 ans, HKG a porté plainte [2]. Mais les autorités ont fait profil bas devant le cheikh et ses hautes relations. 

Elle avait amassé suffisamment d’indignation et de preuves de violences et de viol : elle a publié l’une et les autres sur les réseaux sociaux. 

Cela a fini par décider la Justice à regarder son cas, en laissant, au départ, le père et le mari suspects en liberté. Sous la pression de l’opinion publique, les présumés coupables ont finalement été placés en détention. Le cher papa, ou plutôt le cheikh-père, a publié une déclaration, selon laquelle il ne reconnaît aucun tribunal humain, n’ayant de comptes à rendre qu’à Allah. Le procureur n’en a pas tenu compte : il a requis 67 ans de prison pour Kadir Istekli, le « mari » et  27 pour les parents de la victime, Yusuf Ziya Gümüşel et Fatma Gümüşel.

Anne, ma sœur Anne, n’entends-tu rien gémir ?
Non, je ne vois que les chiennes de garde qui n’aboient pas, les médias qui évitoient le sujet, les intersectionnelles qui rougeoient et la morale qui se noie.


[1] En VO turque : https://www.sozcu.com.tr/2022/yazarlar/yilmaz-ozdil/bebek-gelin-7521744/
En anglais : www.gatestoneinstitute.org/19273/turkey-child-marriage

[2] On n’a pas changé son prénom : on ne connaît que ses initiales.

À Islamabad, des chrétiens démunis

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Islamabad, Pakistan, 24 décembre 2022 © CHINE NOUVELLE/SIPA

Certains ont passé Noël dehors, après la destruction de leurs logements par les autorités


Les célébrations de Noël à Islamabad, la capitale du Pakistan, se sont déroulées sous protection policière. Les stations de métro ont été décorées avec des sapins, des tarifs réduits ont été proposés aux chrétiens dans des parcs, et des musulmans ont découpé des gâteaux en divers endroits pour montrer leur solidarité avec les chrétiens. Cette bienveillance n’a cependant pas bénéficié à toute la communauté dans un pays où les diverses minorités religieuses sont malmenées par leurs concitoyens et les autorités.

Nawaz Sharif est le nom d’un ancien Premier ministre pakistanais qui a soutenu, en 2017, la construction d’installations sanitaires pour les chrétiens de Jaranwala, dans le Pendjab. Jusque-là, les habitants de la communauté chrétienne n’avaient pas accès à une eau potable et devaient faire leur toilette dans les champs, ce qui avait facilité le viol de nuit en réunion de deux sœurs par des musulmans. C’est aussi le nom d’un katchi abadi (un bidonville) de la capitale où les chrétiens sont privés d’eau potable depuis que les autorités ont démoli sans les prévenir en octobre dernier leurs maisons et l’église qu’ils avaient bâti de leurs mains. Elles avaient déjà coupé l’eau, le gaz et l’électricité le même mois. 

Les 115 familles n’avaient pas été prévenues de l’arrivée des ouvriers et des bulldozers de l’Autorité de développement de la capitale (CDA), le 18 octobre. Alors qu’ils essaient de sortir de leur maigre ordinaire pour Noël, ces chrétiens ont eu cette fois-ci des difficultés à se fournir en pain et légumineuses et n’ont pu faire de cadeaux à leurs enfants. 

Les habitants se préparaient à aller travailler quand les ouvriers ont surgi et démoli leurs demeures et l’église que les premiers avaient bâties eux-mêmes, rapporte la British Asian Christian Association (BACA), une ONG de soutien aux chrétiens persécutés basée à Londres. Les maisons de leurs voisins musulmans ont, elles, été épargnées, tandis que les ouvriers s’appropriaient les objets ayant une certaine valeur appartenant aux chrétiens. Ces derniers résident maintenant dans des tentes et des maisons de fortune en feuilles, morceaux de plastiques et d’autres matériaux récupérés ici et là et font face à un hiver froid sans couvertures. Ils ne sont pas à l’abri d’une montée des eaux usées des systèmes d’égouts autour desquels ils sont installés, et ils risquent d’être arrêtés quand ils doivent désormais chercher illégalement du bois pour cuisiner et se chauffer.

La BACA a pu constater le 27 décembre que les enfants n’avaient pu recevoir de cadeaux et a offert des vêtements aux chrétiens démunis. La situation est d’autant plus critique que des hommes ne vont plus travailler afin de surveiller leur nouvel habitat au cas où la CDA viendrait de nouveau les détruire. Par ailleurs, les enfants sont encore plus vulnérables face aux risques d’agressions sexuelles loin d’être toujours punies quand elles ciblent les minorités religieuses.

Ce n’est pas la première fois que l’organisme rase les maisons de chrétiens en discriminant entre elles et celles des musulmans. À chaque fois, les autorités ne proposent ni indemnisation ni plan de relogement à ces résidents sans défense. Les femmes travaillent surtout comme domestiques, les hommes comme balayeurs et nettoyeurs d’égouts. En raison d’une forte discrimination, les chrétiens ne peuvent souvent pas étudier et sont cantonnés à des emplois très peu qualifiés.

Le prisme antichrétien de l’Autorité de développement de la capitale

À l’occasion des fêtes de Noël en 2010, le président de la CDA, Imtiaz Inavat Elahi, avait encensé le rôle des chrétiens dans le développement d’Islamabad. Mais sous l’autorité de Maroof Afzal, l’organisme a affirmé en décembre 2015 devant la Cour suprême que les katchi abadis de la capitale risquaient d’attirer les chrétiens du pays, ce qui affecterait la majorité musulmane. La motivation religieuse témoignait du manque d’arguments. La CDA était allée jusqu’à dire que les chrétiens avaient transformé en taudis l’une des plus belles villes du monde. La Cour suprême avait rejeté les arguments de l’organisme. La Haute cour d’Islamabad a également donné tort à l’autorité en avril 2021.

La BACA souligne que l’autorité ignore délibérément que des chrétiens vivent dans des bidonvilles depuis des décennies, même depuis la partition du sous-continent indien par les Britanniques en 1947, et qu’ils avaient perdu des terres au profit des musulmans en 1948 sans que le gouvernement ne les défende. Si l’argument religieux est rejeté par la justice, la CDA n’hésite toutefois pas à raser les maisons de chrétiens sous prétexte de salubrité publique à l’occasion de Noël ou du dernier jour du carême, le 31 mars 2021. L’Autorité de développement de la capitale avait alors détruit sans préavis l’église de la zone Musharraf où vivent jusqu’à 400 personnes. La police et les représentants de la CDA avaient insulté le révérend Naveed John George qui leur avait demandé pourquoi ils détruisaient le temple.

Autour d’Islamabad se trouvent 17 bidonvilles où vivent surtout des chrétiens aux métiers non qualifiés et très mal payés. Seuls les moins pauvres peuvent construire des bâtiments en ciment.

«Bonne année», «belle année», ou rien du tout

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Image d'illustration Unsplash

Le silence des smartphones samedi à minuit a surpris bon nombre d’entre nous. Après des années folles, la surenchère des bons vœux semble bel et bien terminée.


On pourrait croire que tout le monde s’est donné le mot. Comme si Internet, les portables et les réseaux n’avaient jamais existé. A minuit, mon iPhone n’a émis qu’un timide « gling ». Ma sœur. Puis, plus rien. Le lendemain matin non plus, à l’exception d’un message de vœux anonyme d’une personne ne figurant pas dans mon répertoire. Et celui d’un ami qui se signale à tout bout de champ pour vous souhaiter quelque chose, à longueur d’année. C’est tout.

L’an passé, et déjà l’année précédente, on avait constaté une nette décrue. Mais pas au point de se réveiller un 1er janvier seul au monde, sans famille ni amis. Je me souviens, il y a cinq ans, je passais la journée à répondre à des messages inondant mon portable et mon adresse mail. Ça faisait chaud eu cœur de se sentir à ce point entouré et aimé au moment de se jeter dans l’aventure d’une année nouvelle. Avec Facebook, j’avais même renoué avec des gens perdus de vue depuis 30 ans et que je ne reverrais sans doute jamais, mais c’était plaisant de les sentir toujours là et emplis de bons sentiments à mon endroit.

De mon côté, je mettais parfois un point d’honneur à solliciter certains de mes proches avant eux, comme si le fait de les précéder me situait au-dessus d’eux dans l’affection qu’ils s’empressaient, en retour, de me dire réciproque. A minuit, on se dépêchait d’embrasser ceux avec qui on fêtait – en présentiel comme on dit désormais – la Saint-Sylvestre, avant que chacun retourne à son petit écran pour lire les messages qui s’amoncelaient. Après minuit, on ne se parlait plus que pour se comparer les amitiés en demandant aux autres (avec parfois une once de perfidie) s’ils avaient eux aussi reçu un message d’untel.

Vedettariat imaginaire

Il y a quelques jours encore, je me demandais si je continuerais à faire de la résistance en souhaitant aux uns et aux autres non pas une « belle » mais une « bonne » année – le bon me semblant toujours plus raisonnablement accessible que le beau. La question ne s’est pas posée. Je n’ai pas eu plus de bons vœux que j’en ai adressés. Certes, il y a toujours ceux qui, alimentant sur Facebook un vedettariat imaginaire, adressent « à tous » un message d’amour, de paix et de prospérité, un peu comme Johnny criait « Je vous aime » à la foule venue l’acclamer. Mais là non plus, pas de message personnel.

A lire aussi, Sophie de Menthon: C’est tout l’art épistolaire que La Poste assassine…

Le 31, nous avons fêté ça en petit comité. L’après-minuit a ressemblé à une minute de silence. On s’est regardés en chiens de faïence, en se demandant s’il y avait quelque chose à attendre. On a vite compris. Un invité s’est même excusé quand il a reçu un message de sa fille. Comme si c’était déplacé.

La vogue des vœux est passée

Que s’est-il donc passé ? Un mot d’ordre aurait-il été donné ? Non, personne n’a rien dit à personne. Mais tout le monde a ressenti au même moment l’usure et la vacuité d’un phénomène dont on ne percevait plus que l’excès, jusqu’au ridicule. La vogue des vœux est passée. Il faut croire que, dans ce monde promis à l’éphémère, l’engouement et la lassitude nous frappent tous en même temps et de la même manière.

J’espère tout de même que, dans les jours qui viennent, j’aurai mes vieux amis au téléphone pour faire ensemble un bilan et parler de nos projets, comme au temps du téléphone filaire. Il ne faudrait pas que, dans sa fuite en avant, le progrès ait avalé d’une traite la totalité des usages.

Sur ce, j’ose à peine, cher lecteur, vous souhaiter une bonne année.

«Vortex», sur France 2: au temps pour nous

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Tomer Sisley et Camille Claris dans la série "Vortex" © Louis-Adrien Le Blay/FTV/Quad Drama

La série de science-fiction soi-disant avant-gardiste de France télévisions déçoit. Notre contributrice en profite pour inviter la télé publique à une vaste refonte des programmes.


Diffusée depuis le 2 janvier sur France 2 et accessible en intégralité (Six épisodes de 52 minutes) sur la plateforme de France télévision, « Vortex » est la mini-série « évènement » de ce début d’année 2023. Réalisée par Slimane-Baptiste Berhoun, sur un scénario de Camille Couasse et Sarah Farkas, elle est classée « série policière de science-fiction ».

Une morte dans la France affligeante d’aujourd’hui

Ludovic Béguin (Tomer Sisley), 52 ans, capitaine de police judiciaire à Brest, est chargé d’enquêter sur le crime d’une femme retrouvée sans vie au pied des falaises de la pointe de Corsen (29), à l’endroit même où sa première épouse Mélanie (Camille Claris), juge d’instruction, avait trouvé la mort 27 ans auparavant…

Voilà pour le côté « policier ». Côté « science-fiction », le scénario risque a priori de décevoir les amateurs de récits d’anticipation : l’histoire se passe en 2025, les voitures font le plein d’essence et passent au lavomatique, Juliette, la fille aînée de Ludovic, a une petite amie,  son jeune fils Sam, qu’il a eu avec sa seconde épouse Parvana (Afghane sans-papiers désormais artiste) est accro à sa tablette et plutôt tenté par le polyamour, Ludovic donne rendez-vous à Mélanie  (au cœur d’une faille temporelle de 27 ans) «à 13h00 à la pause déj », et Hector Delavigne, l’ami d’enfance, est, de son propre aveu, « une quiche en français » mais a tout de même eu 20 au Bac. Autrement dit, l’affligeante banalité de la France d’aujourd’hui déclinée en toile de fond. Deux éléments ramènent heureusement cette série policière vers le genre de la science-fiction : l’option latin qu’Hector Delavigne dit avoir pris en classe de 3ème et la paire de lunettes de réalité virtuelle du SRPJ de Brest, grâce à laquelle Ludovic parvient à communiquer avec Mélanie, la prévenir de sa mort imminente et tenter avec elle de déjouer les plans du destin… « On peut peut-être empêcher ça, changer ton futur. C’est pas une fatalité ». Une chose est sûre, Ludovic Béguin n’a pas, lui, pris option latin en classe de 3ème car il saurait sinon que le « fatum » est irrévocable. Bâtie autour du principe de « l’effet papillon », phénomène suivant lequel un évènement minime est suivi de conséquences d’envergure, la série nous entraîne dans un tourbillon temporel de six heures (le fameux « vortex ») où, lunettes de réalité virtuelle vissées sur le nez, Ludovic tente de sauver Mélanie tout en essayant de préserver sa vie avec Parvana et Sam.

Au ping-pong temporel, il y a mieux

Que dire ? Certains aimeront sans doute ces allers-retours un chouïa vomitifs entre 1998 et 2025, d’autres penseront au bout de quelques minutes, comme Parvana, la femme de Ludovic, que « cette histoire de vortex, faut qu’ça s’arrête », certains nostalgiques compareront avec l’indépassable Retour vers le futur (1985), d’ailleurs cité dans le film par l’un des protagonistes, les plus marrants penseront aux  Visiteurs (1993) et aux œufs de caille oubliés par l’enchanteur Eusebius dans sa potion destinée à remonter convenablement les couloirs du temps, les plus intellos en profiteront pour proposer une énième analyse de Minority Report (2002) sur fond de Precogs, de pré-crime et de justice prédictive. Quant aux autres, ils se demanderont si la télévision publique n’est pas elle-même prise dans un vortex inquiétant, sorte de tourbillon de récits qui se touchent et se rejoignent d’une chaîne à l’autre, d’une émission à l’autre, jusqu’à se mélanger et interchanger scénarios, dialogues et intentions didactiques. Car quelle différence y a-t-il, au fond, entre Vortex et l’émission Quand l’histoire fait dates, diffusée en 2018 sur Arte et que les éditions du Seuil viennent de publier en octobre dernier sous la forme d’un livre « librement » inspiré des épisodes télévisés ? Les éléments du scénario de cette longue série de 30 épisodes (ramenée heureusement à 10 dans sa version papier) sont en effet à peu de choses près les mêmes que ceux de la mini-série franco-belge diffusée ce 2 janvier : la faille spatio-temporelle comme unique exigence intellectuelle structurante (cela s’appelle «défriser le cours du temps »), l’histoire du monde vue avec les mêmes lunettes de réalité virtuelle que Ludovic, des chapitres aux intitulés énigmatiques, à tendance poético-fantastique  («Ici et pas ailleurs : ça a eu lieu », « Catastrophes ou fausses chutes », « Des traces à demi effacées », « Ce qui aurait pu être »). Écrite par l’historien Patrick Boucheron, scénariste des temps faibles de l’histoire de France, cette série de science-fiction est d’ailleurs, avouons-le, un Vortex aux effets spéciaux bien plus démonstratifs et sans doute plus à même de satisfaire les amateurs de science-fiction que la mini-série de Slimane-Baptiste Berhoun : jouer le rôle  de « l’historien du passage qui mène d’Akhenaton au 17 octobre 1961 » (sic), c’est tout de même un peu plus palpitant que de passer des heures dans la salle de réalité virtuelle de la SRPJ à faire des sauts de puce de 2025 à 1998 ou de 1998 à 2025.  Mais Ludovic n’a malheureusement pas pris option histoire.

Changement de programmes !

Essayons de remettre un peu d’ordre et sifflons la fin du vortex généralisé : retirons des émissions culturelles de la télé publique les distorsions, uchronies et autres associations fantaisistes propres aux scénarios de séries de science-fiction. Et remplaçons-les par les phrases édifiantes proférées par les protagonistes de séries censées nous emmener loin dans le temps et l’imaginaire. Car « jusqu’où iriez-vous pour changer le passé », « quand on change le moindre détail, ça fout la merde derrière », « toucher au passé n’est pas sans conséquence », « on est en train de faire n’importe quoi » (Vortex) sont des remarques et des interrogations fertiles qui devraient davantage inspirer les concepteurs de programmes culturels que les réalisateurs de séries et de films policiers lesquels, de leur côté, gagneraient à reprendre les concepts de « chemins de traverse », de « passages secrets qui traversent l’ordre chronologique », de « forces des imaginaires et faiblesse des mémoires » ou encore « d’école buissonnière, la plus exigeante des écoles puisqu’elle apprend à reconnaître le bruissement du temps » (Quand l’histoire fait dates), concepts suffisamment farfelus cette fois pour être le point de départ de jolies fictions.

Attendons, et voyons si France Télévisions parvient, en 2023 à s’extraire de ce vortex culturel : ce sera, sans doute, la série « évènement » de l’année !

Immigration clandestine: une seule solution, la recolonisation…

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L'écrivain italien Andrea Camilleri, auteur de la série des "commissaire Montalbano", photographié en 2003 IPA/IPA/SIPA

La récente polémique de l’Ocean Viking a donné à penser à notre chroniqueur, qui à son habitude est partisan de mesures radicales — mais pas celles que vous croyez.


La lecture récente d’un inédit d’Andrea Camilleri, L’Autre bout du fil, dicté dans ses dernières années par un romancier aveugle mais toujours aussi clairvoyant, m’a incité à faire part au lecteur de quelques réflexions mal pensantes.

Camilleri raconte comment les policiers siciliens, emmenés toujours par l’inusable Montalbano, sont mobilisés toutes les nuits pour gérer l’abordage de bateaux qui débarquent sur la côte sud de la Sicile entre 40 et 700 migrants chaque soir. Des populations essentiellement masculines, à bout de forces, dont l’objectif est de traverser l’Europe pour atteindre le Royaume-Uni, paradis bien connu pour fournir du travail pour quelques cuillères de porridge. Le mythe de l’embauche anglaise mirifique perdure dans ces populations parties de chez elles pour n’y plus revenir.

Les solutions préconisées à gauche ou à droite sont des plaisanteries

Il est plus que temps de prendre au sérieux la menace que représente cette invasion de l’extrême misère. Les solutions préconisées par les donneurs de leçons de gauche — « accueillons tout le monde » — ou de droite — « coulons les navires en haute mer » — sont des plaisanteries qui font long feu. Accueillir l’Afrique marquera la fin de l’identité européenne. Refouler tout le monde n’est même pas du goût des patrons qui se jettent volontiers sur cette main d’œuvre peu regardante sur les conditions de travail. Allez donc voir en cuisine qui opère dans vos restaurants préférés. Et demandez-vous quels intérêts nous retiennent de renvoyer en Algérie les Nord-africains qui se répandent dans nos banlieues.

A relire: Immigration, une chance pour personne

D’autant qu’en termes d’images, le migrant l’emporte à tous les coups sur l’Occidental frileux. Chaque épave affrétée par des ONG complices des passeurs, bourrée de migrants africains des soutes aux cheminées, ravive le mythe de l’Exodus, ce vieux rafiot rouillé racheté par la Hagana, qui en 1947 amena en Palestine près de 4500 immigrants juifs rescapés de la Shoah. Le contexte ni les faits n’ont rien à voir, mais les mythes sont là pour alimenter l’Histoire, et plus tard pour la remplacer. Camille-Apollonia Narducci vous a raconté tout ça très récemment, c’est son domaine de recherches.

Nous voici donc confrontés à des débarquements successifs de populations essentiellement africaines, victimes de passeurs que notre intervention en Libye a contribué à susciter. Quelques centaines par-ci, quelques milliers par-là.

Opération de sauvetage menée par l’ONG SOS Méditerranée au large de Malte, 26 Octobre 2022. Vincenzo Circosta / Anadolu agency via AFP

Mais ça, c’est la petite monnaie de ce qui débarquera bientôt — disons d’ici dix ans. Peut-être avez-vous lu Le Camp des saints, ce roman prophétique de Jean Raspail publié en 1973. Un million d’Indiens — telle était la mythologie des années 1970 — débarquent sur les côtes françaises, et opèrent un gentil petit massacre. Et toute résistance est vaine. Un million ? Les prophètes parfois se plantent. Ce sont dix, vingt, cent millions d’Africains qui se présenteront bientôt à nos portes. Le grand remplacement sur lequel certains fantasment par avance, c’est à ce moment-là qu’il opèrera. À l’échelle européenne.

Et c’est une réponse européenne qu’il convient de faire. Tout de suite.

Puisque l’Afrique trouve que notre modèle de développement est enviable — au moment même où chez nous nombre d’enfants gâtés le contestent —, il faut installer ce système chez eux. En un mot, recoloniser l’Afrique — dans son intérêt, c’est-à-dire dans le nôtre.

(Parenthèse. Sarkozy a parlé jadis des aspects positifs du colonialisme. Levée de boucliers dans le camp de la bien-pensance. Il aurait dû préciser que le colonialisme a certes apporté bien des progrès dans les pays colonisés, mais pour le plus grand bien, en même temps, des colonisateurs.)

L’humble plan que je propose au public est donc le suivant

Lançons un Plan Marshall des pays du Nord vers les pays du Sud. Investissons massivement, pas en créant deux ou trois entreprises qui se soucient de rentabilité immédiate, mais en faisant ce qu’ont fait les Américains en Europe après la guerre, en investissant à fonds perdus — parce qu’ils ne seront pas perdus pour tout le monde. Les Chinois, qui ont décidément plusieurs longueurs d’avance parce qu’ils pensent à long terme au lieu de perdre leur temps à de pseudo-démonstrations démocratiques, se livrent depuis 20 ans à une opération de ce type. Et les pays d’Afrique où ils s’implantent sont ceux qui émigrent le moins. Parce que les entreprises qu’ils implantent — des infrastructures d’abord, puis des exploitations minières ou agricoles — emploient jusqu’à 85% d’Africains. Rien de mieux qu’un travail effectif pour stabiliser une population — et lui donner l’idée de faire autre chose que de nouveaux enfants.

Et après l’action massive des fonds souverains chinois, ce sont désormais les entreprises privées chinoises qui s’installent en Afrique.

Les enfants de Mao et de Xi ne perdent pas le nord : la Chine est devenue le premier créancier des États africains. Ils viennent de dépasser les Américains, qui de longue date s’étaient implantés sur le continent noir — chassant les Français des positions stratégiques qu’ils occupaient dans le pétrole et le gaz, parce que nous sommes trop bêtes pour consolider nos positions. Voir la façon dont Elf-Aquitaine s’est fait virer d’Angola (et remplacer par Exxon) après y avoir fait des découvertes majeures, et la manière si intelligente dont nous avons cru bon de faire une affaire d’État de quelques détournements de fonds. Les Chinois règlent ça en interne.

Quelques-uns crieront au néocolonialisme

Ce n’est pas aux anciens États coloniaux de mener seuls cette politique. L’Europe entière doit y participer massivement. Après tout, quand il s’agit de renflouer les affairistes qui tournent autour de Zelensky, Ursula von der Leyen trouve l’argent. Pour reprendre les propos de Jules Ferry dans un débat célèbre le 28 juillet 1885 :

« Sur le terrain économique, je me suis permis de placer devant vous, en les appuyant de quelques chiffres, les considérations qui justifient la politique d’expansion coloniale au point de vue de ce besoin de plus en plus impérieusement senti par les populations industrielles de l’Europe et particulièrement de notre riche et laborieux pays de France, le besoin de débouchés.
« Est-ce que c’est quelque chose de chimérique ? est-ce que c’est une vue d’avenir, ou bien n’est-ce pas un besoin pressant, et on peut dire le cri de notre population industrielle ? Je ne fais que formuler d’une manière générale ce que chacun de vous, dans les différentes parties de la France, est en situation de constater.
« Oui, ce qui manque à notre grande industrie, que les traités de 1860 ont irrévocablement dirigé dans la voie de l’exportation, ce qui lui manque de plus en plus ce sont les débouchés. »
Et de remarquer que l’Amérique du Sud, « qui nous appartenait de temps en quelque sorte immémorial », est désormais « disputé et peut-être enlevé par les produits de l’Amérique du Nord. »

Les Chinois n’avaient pas encore débarqué, à l’époque.

A lire aussi, Philippe d’Iribarne: L’immigré, objet sacré

Il y eut peu d’immigrés africains (ou nord-africains) dans la France des années 1885-1945. Parce que la France investissait en Afrique, et créait des industries qui occupaient les locaux — pour des salaires dérisoires, d’accord, mais nul n’est parfait.

Les empires ambitieux ne s’embarrassent pas de culpabilité

Quelques-uns crieront au néocolonialisme, et tenteront de faire jouer la corde de la culpabilité. Les empires ambitieux ne s’arrêtent pas à si peu. Quelques voix, à la fin du IIe siècle, ont plaidé à Rome la cause des Barbares. Le funeste Edit de Caracalla, en 212, accordant la citoyenneté romaine à tous les habitants de l’Empire, au lieu de pousser les nouveaux arrivants à s’intégrer par le travail, l’engagement dans l’armée et la poursuite du cursus honorum, est sorti de ces jérémiades — et après lui, l’effondrement de l’Empire.

Si l’histoire nous apprend quelque chose, ce doit être ça : au lieu d’accueillir les Barbares, il faut porter chez eux la civilisation. Ce serait le meilleur moyen de leur faire abandonner des pratiques religieuses d’un autre âge, qui fournissent aux disciples de Daesh un terreau fertile. Corrompons les Africains par l’argent, nous y gagnerons au centuple.

Bien sûr, cela implique que le néo-libéralisme, au lieu de calculer ses bénéfices à très court terme, ait l’ambition du capitalisme chinois. Et ça, c’est sans doute de l’utopie.

L'Autre bout du fil

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Le Camp des Saints ; précédé de Big Other

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Croatie/prix: à l’inflation s’ajoute la bascule vers l’euro

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Vingtième pays à adopter l’euro, la Croatie ferait face à d’importantes hausses de prix. 


Depuis le passage à la monnaie unique européenne, le 1er janvier, les Croates ont vu les prix augmenter considérablement, notamment ceux des denrées alimentaires dans les magasins de détail et les restaurants, alors que le pays subissait déjà des hausses, en décembre, liées au contexte inflationniste mondial et à la guerre en Ukraine. Sur les réseaux sociaux, plusieurs citoyens croates plaintifs notaient qu’une tasse de café était désormais facturée en euro de 10 à 20 centimes plus cher qu’en décembre, que le fromage avait fait +25% et les pizzas +33% !

A lire aussi: L’Union européenne ou l’art de se tirer une balle dans le pied

Ces hausses sont brutales : il faut dire que la période de transition vers l’euro de la monnaie nationale, la kuna, est particulièrement courte. La kuna n’aura plus cours dès le 15 janvier. Pourtant, le gouvernement et la Banque centrale du pays avaient précédemment fourni des garanties. Les autorités assuraient aux citoyens que les prix ne seraient en aucun cas arrondis à la hausse une fois que l’euro aurait cours légal. Ursula von der Leyen, l’infatigable présidente de la Commission européenne, avait affirmé dans un communiqué que la Croatie était « prête à rejoindre la zone euro au 1er janvier » et que cela allait « renforcer l’économie de la Croatie, en bénéficiant à ses citoyens, ses entreprises et à la société tout entière ». Dans une étude d’opinion réalisée entre mars et avril 2022, 30% des habitants seulement jugeaient que la Croatie était effectivement bien prête. Pire, 87% des personnes interrogées alors supposaient que le changement de monnaie allait entrainer une hausse des prix inévitable. 

Ana Knežević, membre d’une association locale de protection des consommateurs, a déclaré que les citoyens étaient « en colère et déçus parce que nous avons déjà été confrontés à une flambée des prix depuis l’an dernier. » Le gouvernement croate a qualifié ces hausses de prix « inattendue », d’« exploitation perfide et de profit malhonnête », et le ministre de l’Économie, Davor Filipović, a convoqué une réunion d’urgence avec les principales chaînes de la grande distribution pour discuter de ces hausses de prix. Après cette réunion, le ministre chrétien-démocrate a indiqué que ces hausses étaient inacceptables et s’est épanché auprès des journalistes : « les chaînes de magasins ont augmenté les prix depuis des mois, et maintenant, suite à l’adoption de l’euro, elles augmentent à nouveau les prix et tentent de duper les citoyens. » Dans un tweet, il a prévenu que « toutes les options [étaient] sur la table : des “listes noires” au gel des prix sur un large éventail de produits. » 

A lire ensuite: Pourquoi l’intelligence artificielle de ChatGPT est-elle progressiste?

En tout cas, s’il en est un à qui ces hausses de prix vertigineuses ne feront rien, c’est bien Dejan Lovren ! Transféré à l’Olympique Lyonnais jusqu’à 2025 pour la coquette somme de 3,5 millions d’euros, le footballeur met son nouveau club dans le pétrin à peine arrivé. Mais c’est une tout autre histoire croate…

Pourquoi si tard, Monsieur le ministre?

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Conference de presse du ministre Eric Dupond-Moretti, le 5 janvier 2022 © Chang Martin/SIPA

Le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti a présenté hier 60 mesures pour réformer la justice. Budget, places de prison, procédures: le plan est globalement bien accueilli. L’analyse de Philippe Bilger.


D’abord résister. Résister au fait que le seul bon plaisir présidentiel a nommé Eric Dupond-Moretti comme garde des Sceaux puis l’a reconduit contre toute attente. Résister à l’impression que ces Etats généraux de la Justice tronqués n’ont pas été « un exercice démocratique inédit » mais avoir cependant l’honnêteté de saluer tout ce que depuis des années, dans des livres ou oralement, je réclamais comme une mesure prioritaire. Résister au préjugé défavorable à l’égard d’un ministre dont la situation procédurale tristement singulière n’inspire pas confiance en appréhendant toutefois avec mesure et sans acrimonie son « plan d’action » pour la Justice.

Plan tardif

Si on peut regretter qu’il ne prévoie pas un bouleversement qui serait utile dans notre conception de l’Etat de droit et pour inventer une justice pénale adaptée à tout ce qu’une modernité dévoyée et une malfaisance amplifiée secrètent chaque jour – tout particulièrement, distinguer ce qui est immédiatement incontestable de ce qui incertain -, il faut reconnaître que ce plan si tardif contient des éléments très positifs. Si évidemment la loi d’orientation programmée pour le printemps ne se contente pas de prescrire sans rien réaliser.

Je ne ferais pas le reproche au garde des Sceaux de n’avoir pas retenu, dans les préconisations des Etats généraux, la suppression de la Cour de justice de la République puisqu’il est directement concerné par celle-ci.

Quand Eric Dupond-Moretti souligne son « enthousiasme » et sa « détermination », nous n’avons aucune raison de douter de ses dispositions. Pas davantage que de sa volonté de « tout mettre en œuvre pour que la Justice soit plus rapide, plus efficace, plus protectrice et plus proche de nos concitoyens ». Nous sommes d’autant moins enclins au scepticisme que ce n’est pas rien, pour ce ministre, de contredire,  sur certains points essentiels, tout ce en quoi avait cru l’avocat dans une existence antérieure.

Résumer son plan par « des juges en plus… et des alternatives aux juges » ou par « pour sauver la justice, 11 milliards et un ministre trop amiable » est spirituel et caustique mais en partie injuste (Mediapart). L’augmentation du budget est indéniable, de 7,6 milliards en 2020 jusqu’à 11 milliards espérés en 2027, même si cet accroissement de 8% pour les pays européens comparables à la France a été la règle.

En matière civile, le ministre aspire à « une véritable politique de l’amiable ». Dans ce domaine, même si on peut craindre que les effets de désengorgement ne soient pas ceux attendus, une stratégie du compromis et de la négociation n’est pas absurde. J’espère toutefois que « les idées ne sont pas les succédanés des chagrins » selon la pensée si lucide de Marcel Proust et qu’on ne nous propose pas « l’amiable » faute d’avoir su répondre au défi du judiciaire.

La réécriture et l’allègement du Code de procédure pénale en deux ans par ordonnance seraient bienvenus. Restons optimistes !

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Je ne suis pas, sur un autre plan, hostile, bien au contraire, à la fusion de l’enquête préliminaire et de l’enquête de flagrance et qu’on offre à la première, notamment sur le plan des perquisitions, les critères procéduraux réservés à la seconde. Tout ce qui est de nature à autoriser la normalité à devenir plus efficace et plus contraignante a mon agrément et ce n’est pas l’ire des avocats qui va me faire changer d’avis.

Le ministre prend le risque d’un vœu pieux quand il prétend à la réduction des délais d’audiencement à un an pour les dossiers « les plus lourds » devant les tribunaux correctionnels et à six mois pour les autres. Le volontarisme a ceci de bon qu’il fait du bien à la fois à celui qui l’exprime et à ceux qui l’entendent.

Il s’égare aussi, mu par un humanisme qui s’imagine que toutes les infractions se valent, quand il compte sur le développement du travail d’intérêt général et de la libération sous contrainte pour faire diminuer le recours à l’incarcération. On ne sanctionne pas les délits graves et les crimes par des apparences de sanction et des mesures qui sont des douceurs à peine amères.

La déflation carcérale enfin combattue?

Comment ne pas approuver en revanche l’orientation pénitentiaire de ce projet d’abord par le désir d’accroître le travail en prison puis par l’engagement de construire 15000 places supplémentaires jusqu’en 2027 ? Non pas que je sois naïf puisque les promesses présidentielles initiales en 2017 n’ont pas été tenues mais si ce rattrapage est effectif – il devrait être plus conséquent -, ce sera une amélioration. Il convient de se féliciter que précisément on privilégie « l’inflation immobilière plutôt que la déflation carcérale ». Il n’y a que les industriels et les compulsifs de la mansuétude par principe pour ne pas comprendre que le problème de la surpopulation est uniquement lié au fait qu’il n’y a pas assez de places de prison.

Après cette analyse sans doute trop rapide de ce « plan d’action », je constate qu’il n’a pas traité le problème crucial de l’univers pénal : celui de l’exécution des peines. Je déplore par ailleurs qu’il n’ait pas fait réapparaître, mais autrement, le dispositif des peines planchers dont le besoin aujourd’hui est criant. Je relève aussi que le garde des Sceaux n’en a pas profité pour revenir avec courage et intelligence sur le drame démocratique de la généralisation des cours criminelles départementales.

J’entends bien qu’on ne pouvait pas tout mettre dans ce projet et que sa soixantaine de mesures est loin d’être négligeable.

Si ce n’est pas seulement « une réforme plutôt gestionnaire » selon l’appréciation du Syndicat de la magistrature, Eric Dupond-Moretti est emporté par sa fougue quand il nous vante son plan « contre l’abandon politique, budgétaire et humain qui a duré 30 ans ». Une telle hyperbole n’a pas de sens. Ni grandiose ni indigne, ce plan d’action. Mais pourquoi si tard, monsieur le ministre ?

Libres propos d'un inclassable

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