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Communauté de destin

Que deviennent les hommes à l’heure où la révolution des mœurs – la révolution morale – souffle en tempête sur l’Occident?


L’autre jour, la jeune mère de famille qui, deux heures par semaine, vient faire le ménage dans mon appartement était toute joyeuse. En consultant le site du Sénat pour se distraire, elle avait appris que, dans les conseils d’administration des entreprises relevant de l’indice boursier de la Bourse de Paris, le SBF, la proportion de femmes qui était de 13 % en 2010 atteignait désormais 46 %. J’ai tenu à la féliciter de ce remarquable progrès. Elle eut l’honnêteté de me répondre qu’elle n’y était pour rien, que c’était le résultat de la loi du 27 janvier 2011 relative à la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration et de surveillance, dite loi Copé-Zimmermann. Le 27 janvier 2023, ce sera son douzième anniversaire, s’est-elle réjouie, émerveillée que le plafond de verre ait été brisé. Et ce qui redoublait sa joie, c’est que, grâce à la politique des quotas imposée par cette loi, la France se situait à présent au premier rang des grands pays mondiaux en termes de mixité des conseils. La proportion n’est en effet que de 40 % en Norvège, de 36 % en Allemagne, de 28 % aux États-Unis et de seulement 13 % en Chine, pays manifestement arriéré en matière d’égalité entre les sexes.

Bien sûr, l’idéal serait d’embaucher un migrant

J’ai naturellement partagé sa fierté d’appartenir à un pays où la mixité des conseils atteint 46 %, tout en lui demandant ce qu’une femme du peuple comme elle pouvait y gagner. Elle a ouvert de grands yeux : « Avez-vous conscience, s’est-elle exclamée, que jusqu’alors les femmes étaient discriminées, et qu’elles auront maintenant autant de chances que les hommes d’accumuler des jetons de présence ? Si ce n’est pas de l’égalité, qu’est-ce que c’est ? » À quoi j’ai répondu que cela concernait des femmes fortement diplômées, ce qui n’était pas son cas. Mon argument ne l’a nullement ébranlée. Elle m’a rétorqué que peu importait la différence des situations, car ce qui comptait, c’étaient les femmes dans leur ensemble, toutes catégories sociales confondues. D’ailleurs, elle faisait aussi le ménage chez une sous-directrice d’une entreprise du CAC 40 qui l’avait augmentée l’an dernier d’un euro et d’un autre cette année pour compenser l’inflation. Bien sûr, sa patronne aurait préféré prendre un migrant, qui lui serait revenu moins cher, mais ces augmentations volontaires, n’était-ce pas la preuve d’une communauté de destin ? Et ne fallait-il pas applaudir une révolution des comportements où les dominées, par exemple la sous-directrice d’une entreprise du CAC 40, se trouvaient quasi à parité avec les dominants, par exemple le mari de ma jeune femme de ménage qui, en tant que chômeur, bénéficiait d’une indemnité enviable alors même qu’il ne travaillait pas ?

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À vrai dire, je n’avais jamais pensé que la lutte des sexes relèguerait la lutte des classes au rayon des vieilleries bonnes à jeter. Ni que l’Union européenne, scrupuleusement suivie par notre Assemblée nationale, s’autoriserait à décider des mœurs auxquelles doivent se plier les peuples qu’elle est censée non pas asservir, mais servir. Il m’a toujours semblé qu’il y avait comme un abus dans cette marche en avant vers l’abolition de toutes les différences que jamais rien, aucune prudence, aucun respect des coutumes les mieux établies, ne vient tempérer. Cela dit, comment ne pas saluer le fait que, en tant que femme, une mère de famille sans le sou partage avec une dirigeante d’un grand groupe une éclatante victoire sur le patriarcat occidental qui, sous ses airs accommodants, est le pire de tous ? Peu importe, en vérité, que le mari de la première soit au chômage, que leurs enfants n’aient à peu près aucune chance d’acquérir un diplôme bien rémunérateur et que leur patrimoine n’excède pas le millième de celui dont jouit la seconde, mariée à un industriel membre du Siècle. Peu importe même que la première ne tire aucun profit des avantages matériels et symboliques qu’apporte à la seconde la priorité absolue accordée à l’égalité entre les sexes plutôt qu’entre les catégories sociales. Ce qui est essentiel à l’harmonie d’un pays comme le nôtre et conforme à la justice la plus élémentaire, c’est que les dominées, quelles qu’elles soient, obtiennent exactement les mêmes droits et les mêmes avantages que les dominants.

Kiddy Smile adopte la jupe écossaise

Bien entendu, il existe encore entre les hommes et les femmes des inégalités de salaire qu’il est urgent d’éliminer. Comme le montrent des analyses statistiques disponibles auprès de l’Insee, la réalité de ces inégalités mérite d’être largement nuancée[1]. Mais ce point est secondaire. Ce qui prime, c’est le principe. Tant que la moindre inégalité entre les sexes subsistera, les dirigeantes de groupes internationaux, les directrices d’administrations centrales, les présidentes de grands organismes ne seront pas moins victimes du patriarcat que les caissières des hypermarchés ou les ouvrières des conserveries bretonnes. Et que cette situation d’humiliante infériorité puisse perdurer est intolérable.

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Je sais bien que les éternels mauvais coucheurs objecteront que, dans un pays confronté aux menaces de partition ethnique, à la crise de l’énergie, à la paupérisation des classes moyennes, au réchauffement de la planète ou à la guerre en Ukraine, l’urgence se situe ailleurs que dans le traitement prioritaire de questions de société apparemment mineures. Mais de telles objections sont irrecevables, parce qu’elles négligent les progrès de l’égalité qui donnent enfin aux hommes le droit de porter des jupes sans avoir besoin d’être Écossais. À preuve, Kiddy Smile, chanteur et figure de la scène « voguing[2] », qu’on voit poser ainsi vêtu, le 29 novembre, à l’Institut français de la mode. Nul doute qu’à dégenrer les styles, à créoliser les identités, à danser le tango en remplaçant les mots « hommes » et « femmes » par leaders et followers, comme à Sciences-Po Paris, ou, last but not least, à mixer selon des quotas impérieux les conseils d’administration et de surveillance, les lendemains chanteront alléluia.


[1]. Voir Simon Georges-Kot « Écarts de rémunération femmes-hommes : surtout l’effet du temps de travail et de l’emploi occupé », insee.fr, 18 juin 2020, et Cyrille Godonou, « Le mythe de l’écart salarial hommes femmes de plus de 20 % “à travail égal” », cyrille.godonou.free.fr.

[2]. D’après Wikipédia, le « voguing » est un style de danse urbaine consistant à faire, en marchant, des mouvements avec les bras et les mains.

Etats-Unis: la guerre des Juifs

La guerre que les Palestiniens mènent contre Israël a lieu aussi sur les campus américains. Curieusement, les juifs antisionistes sont à la pointe de ce combat contre Israël.


L’antisémitisme est devenu un problème récurrent sur les campus américains. Et il va croissant. Le dernier rapport de l’Anti Defamation League, l’une des plus grosses associations antiracistes américaines, a dénombré pour l’année universitaire 2021-2022, un total de 359 incidents anti-israéliens à travers les collèges et campus aux États-Unis. Ces incidents qui vont de l’agression physique au vandalisme en passant par le harcèlement verbal ou écrit, les chahuts et boycotts ont atteint le nombre de 244 pendant l’année scolaire 2020-2021 et 181 pendant l’année scolaire 2019-2020.  Ce climat d’intimidation permanente, de dénigrement, d’ostracisme à l’égard de tout ce qui se donne pour juif ou israélien est fomenté par des étudiants d’extrême gauche et par des étudiants « arabes et musulmans qui fomentent activement la haine d’Israël comme une expression de leur « identité [1] »

Une intense propagande anti-Israël et une redéfinition de l’identité juive

Ces étudiants sont regroupés en associations très actives comme Students for Justice in Palestine, une association propalestinienne qui dispose de 206 sections locales réparties sur l’ensemble du territoire scolaire américain, ou comme Jewish Voice for Peace, une association d’étudiants juifs qui développe sa propagande antisioniste sur un grand nombre de collèges et campus.

Mais en sus de ce climat de violence, la détestation d’Israël et l’intimidation des étudiants juifs a pris une tournure nouvelle. Une étude publiée en novembre 2022, par AMCHA, une association fondée en 2012 par deux professeurs de l’Université de Californie, Tammi Rossman-Benjamin et Leila Beckwith, montre que cette violence n’est pas seulement dirigée contre toute manifestation du sionisme, elle s’en prend également au judaïsme. Intitulée « L’antisémitisme sur les campus et l’assaut contre l’identité juive [2] », l’étude AMCHA, menée dans toutes les règles de l’art sociologique sur près de 100 collèges et universités, montre que les mêmes associations (Students for justice in Palestine, Jewish Voice for Peace…) mènent une guérilla de tous les instants pour une redéfinition de l’identité juive. 

Qu’ils soient enseignants, étudiants, juifs ou non juifs, les BDS (Boycott Desinvestissement Sanction, du nom de cette association palestinienne qui a entrepris d’isoler Israël au plan mondial), ont entrepris de creuser un fossé entre judaïsme et sionisme. « Lorsque le corps enseignant et les départements académiques affirment (…) que le sionisme n’est pas une partie authentique du judaïsme ; que l’antisionisme n’est pas de l’antisémitisme ; ou que les sionistes abusent de la religion pour justifier les crimes d’Israël – ils colorent ces propositions d’une légitimité académique et font des étudiants juifs une cible » affirme l’étude.

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En séparant judaïsme et sionisme ou en proclamant que le sionisme est illégitime par rapport au judaïsme ou qu’il est une forme de « pollution » par rapport à ce même judaïsme, les BDS attentent sciemment à la relation affective qui lie 80% des juifs américains à Israël. 8 Américains juifs sur dix pensent que soutenir Israël est une composante essentielle de leur identité juive. Ce qui n’a rien de surprenant : le sentiment d’appartenance des juifs au peuple juif et l’appartenance du peuple juif à la Terre d’Israël sont au fondement de l’identité juive, et ce depuis des temps immémoriaux. 

Un retournement habile et pervers

Comme le fait remarquer Caroline Glick, chroniqueuse et journaliste israélienne, « si le sionisme pollue le judaïsme, rien n’empêche alors de le présenter comme une forme d’antisémitisme ». Par ce formidable retournement, les antisémites de BDS affirment aujourd’hui à tous les étudiants juifs, sur des dizaines de campus, que ce n’est pas l’antisionisme qui menace les juifs, mais le sionisme. Ce ne sont pas les antisionistes qui haïssent les juifs mais les sionistes qui font du mal aux juifs. L’antisionisme – ce discours politique qui juge convenable de détruire Israël – ne peut même plus être considéré comme une forme d’antisémitisme, puisqu’il est présenté comme un projet de libération des citoyens juifs américains. 

En même temps qu’ils vident le judaïsme de toute référence à Jérusalem, à Israël et au sionisme, les BDS juifs et non juifs se démènent pour boycotter les professeurs juifs qui soutiennent Israël, pour chahuter les conférenciers qui manifestent de la sympathie pour Israël, pour convaincre les doyens d’université d’interdire les voyages Birthright de découverte d’Israël et intimider au quotidien les associations d’étudiants juifs. Il ne suffit pas de promouvoir un faux judaïsme et une fausse vie juive, il faut aussi éradiquer le modèle traditionnel.

L’étude AMCHA met l’accent sur le rôle joué par les juifs antisionistes dans cette comédie. Certes, ils servent de paravent – « Regardez, même des juifs sont avec nous ! » – à l’antisémitisme de BDS. Mais surtout, ils démultiplient l’impact de BDS. « JVP (Une Voix Juive pour la Palestine) agit comme un multiplicateur de force et amplifie l’impact de groupes comme SJP (Students for Justice in Palestine) » affirme l’étude AMCHA. La même étude prouve, chiffres à l’appui, que sur les campus ou les associations juives antisionistes sont absentes, le taux d’attaques contre le judaïsme chute drastiquement. En revanche, « les collèges et universités dotés d’associations juives antisionistes, sont beaucoup plus susceptibles de voir surgir des menaces contre l’identité juive que les écoles où seule, l’association Students for Justice in Palestine est présente [3]  ». Les juifs BDS ont une fonction centrale dans les actions de redéfinition du judaïsme.

Un projet qui n’est pas si stupide qu’il en a l’air

A ce stade de l’analyse, la question qui surgit est la suivante : pourquoi les BDS juifs et non juifs se fatiguent-ils à inventer un antisionisme « libérateur » du judaïsme ? Pourquoi ces efforts « conceptuels »… alors qu’il serait tellement plus simple de harceler les étudiants juifs et de les forcer à vivre terrés sur les campus ? La seule réponse possible est qu’à travers le judaïsme, c’est le peuple juif qui est mis en accusation. Le sionisme étant l’expression politique du peuple juif, la délégitimation du sionisme vise à délégitimer le projet sioniste, à savoir le retour du peuple juif sur sa terre d’origine. Tout le projet des juifs BDS de Jewish Voice for Palestine est donc de convaincre les juifs américains qu’ils deviendront d’autant plus juifs qu’ils rejetteront tout lien avec Israël.

Un projet qui n’est pas si stupide qu’il en a l’air.

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Les Juifs américains appartiennent en grande majorité au camp progressiste et observent sans comprendre le tournant nationaliste-sioniste pris par Israël. Les juifs américains s’inquiètent depuis longtemps de la « colonisation » et des dommages que cette « colonisation » causerait aux « valeurs » juives. Il n’est donc pas exclu que l’antisionisme de BDS fasse écho à leur inquiétude. Iront-ils jusqu’à penser comme BDS le souhaite que les juifs qui vivent en Israël, à Tel Aviv ou Haïfa, sont des imposteurs et des colonisateurs déguisés en juifs ? Qui sait ?

Si l’idée se répandait partout sur le territoire américain que les seuls vrais juifs sont les juifs antisionistes, alors l’une des plus grandes mystifications politique de l’histoire de l’humanité trouverait son aboutissement. Le « peuple palestinien », ce peuple sans profondeur historique, tout droit sorti des éprouvettes du KGB (les services soviétiques) à la fin des années soixante, s’imposerait aux yeux de la terre entière et à ceux des juifs de la diaspora pour commencer, comme le seul peuple légitime destiné à occuper, non pas la seule Judée Samarie (Cisjordanie) mais toute la terre d’Israël.


[1] « Israel on Campus », Ruth R. Wisse, Wall Street Journal, Dec. 13, 2002

[2] « Campus Antisemitism and the Assault on Jewish Identity », https://amchainitiative.org/wp-content/uploads/2022/11/Assault-on-Jewish-Identity-Report.pdf

[3] « Campus Antisemitism and the Assault on Jewish Identity », https://amchainitiative.org/wp-content/uploads/2022/11/Assault-on-Jewish-Identity-Report.pdf

Mais de quoi elle se mêle?

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Les conseillers en communication de l’Élysée planchent depuis des semaines pour trouver un gadget censé faire diversion dans ce climat de crise. Ce sera Brigitte, le supposé atout romanesque du roseau de Picardie. La contrefaçon de Mireille Darc envahit l’espace.


En tournée Pièces Jaunes, la Daronne envoie du cash. Pressée par une meute de journalistes, elle fait un frein à main et du haut de ses talons aiguilles soumet sa classe au plat du jour. « Je voyage beaucoup. Dites-moi dans quel pays, on en fait autant que nous ».

“Voyage, voyage…” Avant 2017, nous ne connaissions pas votre solde en miles. Mais depuis, on ne peut nier que pour dégazer vous y allez plus fort qu’un chef de cabine de la Lufthansa. Le bilan carbone de votre brushing c’est deux glaciers et une banquise à la dérive plus un ours blanc en rade sur un piano à queue au large de Terre-Neuve. Desireless est de toutes les réunions, de toutes les coteries. G7, G8, G20, où sa présence dans les nuances de pastel ressuscite Courrèges même si tout ça n’vaut pas un clair de lune à Maubeuge. Avec ces déambulations protocolaires et bunkerisées, je ne vois pas quel autre pays elle peut prétendre connaitre.

Dites-moi, dites-moi…” Là, il me vient une putain d’envie de vous tutoyer, Bree Van de Kamp. D’où êtes-vous l’élue, pour sortir de votre couloir caritatif afin de vous placer au centre du jeu politique? Et ce “nous”, que veut-il dire? Que vous avez une responsabilité quelconque dans ce qui a été fait, voté ou imposé ? Et si vous alliez en toucher deux mots aux infirmières postées à quelques mètres. Elles qui ont combattu le virus, sapées comme pour aller aux clovisses à marée basse. À qui vous refilez des nèfles à marée haute. Bref, c’est la première fois que Casque d’Or quitte le terrain de l’anecdote en bois, je lui prépare ses cornflakes tous les matins, pour rejoindre le centre de l’arène. Moins de 24 heures plus tard, on va comprendre que tout cela procède d’une stratégie décidée au cœur du Château.

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Joueurs de blouse… Le Ministre de l’Education nationale crache enfin sa Valda sur la tenue vestimentaire à adopter dans les écoles et les collèges de la République. L’uniforme c’est non, la blouse c’est NOON. Il est dans son rôle, se décide à décider. Des mois à ne sortir que des heu, des hum hum, des bein et des bah sans jamais pouvoir trancher. Il est tellement fier, le Pap, d’avoir montré ses griffes de lion de la Teranga. Tellement fier d’avoir murmuré à l’oreille du mammouth.Même ces cons de preneurs de son le jouaient au 421 en lui faisant répéter un improbable Paris-Bordeaux-Le Mans. Et ce calamar d’Abad qui le matait comme s’il était Nafissatou Diallo. Mais ça c’était avant. Maintenant on ne le prendra plus pour un cave. Ils savent tous qu’il a le swing, le punch. Il veut se revoir. Il allume la télé et se sert un whisky… Et qui on est…

On est des joueurs de blouse. C’est quoi ce bordel. Les chaines info en font des caisses sur Casque d’Or, qui prône le retour à l’uniforme, à la blouse et aux spartiates avec chaussettes en fil de mérinos. La tenue du Nouveau Monde. Comme Marine Le Pen, qui soumet le jour même sa proposition de loi. Et qui remercie Madame Macron pour son soutien 100% coton. Il n’est pas question de plaindre ou défendre Pap N’Diaye à travers ces lignes. D’autant plus qu’il n’aura pas les couilles de démissionner. Il est déjà dans son labo à découper des modèles de blouses non genrés. Bridget les veut “pas tristounettes”, et ce Flan Mireille dessine des fleurs d’Hibiscus.

Mais comment peut-on humilier publiquement un homme, un de ses ministres, avec autant de cynisme et de désinvolture. Pas un journaliste n’ose un “mais de quoi elle se mêle?” Quelle est sa légitimité à squatter le débat politique? En s’impliquant à ce niveau, dans un contexte aussi éruptif, elle se retrouve à portée d’une Quatennens (gifle en ch’timi). Macron n’a besoin de personne pour provoquer chez ses sujets des poussées urticantes. Avec la Présidente sur le dos, ça va méchamment gratter.

Madame promène son cul sur les remparts de Varsovie…
Tandis que moi tous les soirs
Je suis vestiaire à l’Alcazar…
(Jacques Brel)

«Gérald Darmanin n’entend pas lutter contre l’immigration illégale, il veut la régulariser»

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Qui a dit que le Rassemblement national ne parlait plus d’immigration ?


Causeur. Pourquoi ne pas avoir profité de votre niche parlementaire, cette semaine, pour proposer des textes sur l’immigration à l’Assemblée nationale ?

Edwige Diaz. Je vous rassure tout de suite, le RN n’a pas abandonné le sujet immigration. Il y a un projet de loi immigration qui arrive à l’Assemblée, nous aurons tout le loisir de débattre de ce sujet majeur pour l’avenir de notre pays. Nous avons préféré consacrer notre niche aux préoccupations quotidiennes des Français, à cette France qui travaille, qui se lève tôt, qui ne parvient pas à vivre décemment de son salaire. Notre proposition de loi sur la suppression des ZFE l’illustre très bien.

Gérald Darmanin présentera son projet de loi sur l’immigration en conseil des ministres la semaine prochaine, avec la contribution d’Olivier Dussopt concernant le travail des immigrés, semble-t-il. Alors que nous connaissons une délinquance endémique dans ce que la presse de gauche continue de qualifier de « quartiers populaires », que nous prenons chaque jour connaissance de l’interminable chronique des violences à Mayotte et sortons à peine du pathétique épisode de l’ « Océan Viking », devoir une nouvelle fois légiférer sur l’immigration, n’est-ce pas un aveu de faiblesse du ministre de l’Intérieur ?

Absolument ! Et ce projet de loi ne changera rien. Nous avons été reçus au ministère de l’Intérieur, le 21 novembre, avec mon collègue député Yohann Gilet. Nous avons pu poser des questions au ministre sur son projet, et ses réponses sont inquiétantes. « Allez-vous revenir sur le droit du sol ? » lui ai-je d’abord demandé. A cette question, majeure lorsque l’on aborde le sujet de l’immigration, il m’a répondu : « – Non, on ne touche pas au droit du sol ! » J’ai ensuite poursuivi : « Allez-vous revenir sur le regroupement familial, et les élargissements que vous aviez accordés en 2018 ? » « – On ne touche pas au regroupement familial », a-t-il riposté. Notre troisième question concernait le délit d’aide à l’entrée et au maintien de manière illégale sur le territoire national. Allons-nous par exemple, sanctionner Cédric Herrou, connu pour ses actions envers les migrants ? Je ne posais pas innocemment cette question, car une semaine avant l’entrevue avec le ministre, Monsieur Herrou faisait carrément du prosélytisme dans un établissement scolaire de Vendée. Autre douche froide : non seulement le gouvernement n’entend pas sanctionner ceux qui aident les migrants à rentrer et se maintenir en France de manière clandestine, mais surtout, on autorise donc le prosélytisme et l’idéologie dans les établissements scolaires ! Bref, sur tous ces points que nous avons abordés, il n’y a aucune amélioration prévue dans les projets du ministre. Gérald Darmanin n’envisage pas non plus d’interdire les subventions aux associations potentiellement complices avec les passeurs. Je pense à SOS Méditerranée, dont les liens avec les passeurs manquent singulièrement de clarté…

Tout le volet sur les métiers en tension est un point majeur de la loi immigration. Il s’agit du plus grand danger identifié

J’ai aussi eu des échanges avec notre ministre du Travail. Monsieur Dussopt se félicite d’une grande avancée : pour prétendre à une autorisation du droit d’asile, vous savez qu’il faut passer un examen visant à certifier le niveau de français du candidat. En plus des 600 heures de cours payés par l’argent public, Monsieur Dussopt – imbu de cette remarquable réforme – s’est réjoui que le candidat valide son entrée grâce à l’obtention du niveau… A1, soit le niveau le plus bas. Soyons sérieux, c’est dérisoire! A l’Assemblée, nous allons tenter d’aller le plus loin possible dans tous les ajustements techniques du projet du gouvernement, pour lutter contre l’immigration. Nous demanderons, par exemple, que le candidat à l’asile valide a minima un niveau A2, idéalement un B1…

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Enfin, tout le volet sur les métiers en tension est un point majeur de la loi immigration. Il s’agit du plus grand danger que nous ayons identifié. Le projet dit qu’il faudra régulariser les clandestins travaillant dans des métiers en tension. Lorsque l’on a déjà cinq millions de chômeurs et quelques centaines de milliers d’offres d’emplois disponibles non pourvues, je considère qu’il faut d’abord proposer ces métiers aux Français inscrits à Pôle emploi, ou les former à ces métiers vacants.

… Et si les citoyens français ne veulent pas prendre ces postes, comment fait-on ?

Je pense que c’est un mythe. Il y a 300 000 à 400 000 emplois disponibles, certes, mais il y a plus de cinq millions de chômeurs. On ne me fera pas croire que ces offres d’emploi ne peuvent pas être pourvues ! Jeudi, dans notre niche parlementaire, notre groupe a proposé un texte visant une revalorisation de 10% sur les bas salaires. Un deal gagnant-gagnant, puisque les patrons seraient exonérés de charges patronales. Mais sur l’autel du sectarisme idéologique, les autres partis politiques ont préféré sacrifier cette mesure qui allait vers plus de justice sociale.

« La France a toujours accueilli des immigrés et des réfugiés et nous devons continuer à le faire » avançait Gérald Darmanin dans les colonnes du Monde, en novembre. Ne partagez-vous pas son avis ?

Je compléterais sa phrase : La France a toujours accueilli des immigrés et des réfugiés et nous devons continuer à le faire dès lors qu’il n’y a pas de dévoiement de ces filières d’immigration.

Au Rassemblement national, nous ne souhaitons pas fermer les frontières, nous voulons simplement qu’elles soient de nouveau un véritable filtre.

Nous voulons choisir qui vient chez nous, qui a le droit ou non de s’y maintenir, et qui mérite qu’on lui accorde un droit d’asile ou non, éventuellement une naturalisation. Messieurs Darmanin et Dussopt, de leur côté, et à travers eux bien évidemment Emmanuel Macron, entendent lutter contre l’immigration clandestine non pas en luttant contre les clandestins, mais en les régularisant !

Amélioration de l’exécution des OQTF et de l’intégration, retour de la double peine, éloignement des bateaux de clandestins. Ces quatre préoccupations majeures que l’on retrouvera dans le projet du ministre de l’Intérieur devraient pourtant vous satisfaire ! Quelles positions le RN défendra-t-il sur ces points précis ?

Le retour de la double peine nous satisfait. Le problème des OQTF, ce sont évidemment les exécutions (5.6% seulement en 2021) ! Mais, je vous le redis, Monsieur Darmanin n’entend pas lutter contre la clandestinité en empêchant les clandestins d’arriver en France, il entend les régulariser. Mécaniquement, avec moins de clandestins, il y aura forcément moins d’OQTF à exécuter…

Si nous arrivons aux responsabilités, nous devrons expliquer clairement que les bateaux ne seront plus accueillis dans nos ports. Et pour commencer, nous arrêtons de les subventionner. Le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine avait décidé d’accorder une subvention de 50 000€ à SOS Méditerranée, il y a quelques années, parce que le bateau avait dépensé plus de fioul que prévu après avoir erré en Méditerranée, avant de finir par accoster à Valence en Espagne… C’est du délire ! Secourir les migrants, oui évidemment, mais il faut les reconduire dans les ports sécurisés les plus proches, au Maroc, en Algérie… Nos électeurs attendent de nous que l’on n’accueille plus ces bateaux, nous respecterons cet engagement.

Darmanin dit que « les clés de la réussite de l’immigration, c’est l’intégration ». Balayez-vous cette thématique ? Certains hommes politiques ou intellectuels, attachés à l’idéal républicain, préfèrent parler d’assimilation que d’intégration.

Monsieur Darmanin parle d’ « intégration », c’est un leurre. Je vous ai déjà parlé du niveau A1 en langue française… Nous proposons au RN un cheminement plus sérieux. Pour venir habiter en France, il faudra faire une demande d’abord dans l’ambassade de son pays, ou d’un pays voisin en cas de guerre. Et en aucun cas, nous n’accepterons les arrivées de manière clandestine. On ne conçoit pas qu’un clandestin qui a violé les lois de notre pays en entrant illégalement puisse s’assimiler ou s’intégrer correctement par la suite. Et si la France octroie l’asile, il faut travailler en retour, respecter la loi et subvenir à ses besoins. 

Il est justement question d’expulser les immigrés qui ne respectent pas les « valeurs de la République ». Cette dernière terminologie, si elle se retrouve dans le projet de loi gouvernemental, semble un peu floue. N’est-ce pas une façon de ne pas parler d’islamisme, finalement ?

Si, absolument. Je ne fais absolument pas confiance au gouvernement. Il y a quelques années, le gouvernement n’avait-il pas déjà demandé à des associations religieuses de signer une charte, pour s’engager à respecter ces fameuses « valeurs de la République » ? Certaines sont toujours en activité, sans avoir signé la charte en question de Monsieur Darmanin, me semble-t-il… Nous avons pourtant des compatriotes musulmans qui pratiquent leur foi de manière personnelle, qui n’ont pas de revendications exacerbées, qui ne font pas du prosélytisme, et ces personnes ne posent aucun problème. Un aspect qui permet de voir si les « valeurs de la République » sont respectées, c’est l’attitude envers les femmes. Notre mouvement politique entend toujours interdire le hijab, le niqab, la burqa et toute autre tenue ostentatoire dans la rue et l’abaya dans les écoles. La liberté des femmes est essentielle.

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Mais, je vous le répète, le point prioritaire sur lequel nous serons les plus vigilants lors des débats à venir à l’Assemblée, c’est la question des métiers en tension. On annonce que la liste des métiers en tension est ré-évaluable… Le risque est là : sous la pression des immigrationnistes de gauche, on peut avoir un allongement XXL de cette liste de professions… et donc des immigrés qui pourraient être régularisés. Il faut interpeller l’opinion publique à ce sujet. Monsieur Darmanin est assez grand, pourquoi a-t-il eu ce besoin bizarre de Monsieur Dussopt, dans sa loi immigration ? Ils font clairement le lien entre immigration et travail. Gare à l’appel d’air que cela provoquera…

Pensez-vous, en dernier ressort, voter le projet de Monsieur Darmanin si vous obtenez quelques ajustements qui vont dans votre sens ?

Nous pourrons, tout au plus, voter en faveur de quelques articles et quelques amendements. Notre opposition au gouvernement est constructive et si les amendements proposés vont dans le bon sens c’est-à-dire dans l’intérêt général du pays, donc pour une maîtrise efficace et effective de l’immigration, alors on pourra être amené à les voter.

Une question plus personnelle. Comment expliquez-vous l’essor des idées nationales dans le Sud-Ouest et votre succès personnel dans la 11e circonscription de Gironde ?

Il y a eu une hégémonie socialiste dans notre région pendant très longtemps. Mais, François Hollande a terriblement déçu. D’une part, la casse sociale et industrielle des années Hollande, et les attaques à l’encontre du pouvoir d’achat ont été très mal perçues par les habitants. Elles ont été amplifiées par les politiques d’Emmanuel Macron, ce qui a exacerbé les déceptions. Nos deux derniers présidents n’ont pas su protéger les habitants des territoires périurbains. D’autre part, il y a eu un travail méticuleux de Marine Le Pen, qui s’est intéressée de près aux classes moyennes et populaires. Son message a commencé à être entendu, il y a dix ans.  Dans ma circonscription, Marine Le Pen a ainsi quasiment doublé son score en dix ans.

En 2007, j’avais comme beaucoup d’électeurs voté pour Nicolas Sarkozy. Je croyais au « travailler plus pour gagner plus », ainsi qu’au Karcher. Cinq ans plus tard, déçue, je me suis retrouvée dans le programme de Marine Le Pen : sécurité, considération pour les travailleurs, patriotisme économique et localisme. J’ai pris ma carte du RN et me suis investie dans le parti à partir de 2014. De 2016 à 2022, j’ai dirigé la fédération de Gironde. Dans le RN de Jordan Bardella, je suis vice-présidente chargée de l’implantation locale, en étroite collaboration avec Gilles Pennelle (directeur général) et Julien Sanchez (vice-président aux élus). Notre objectif est de réussir notre implantation locale. Cela commence dès cette année avec les élections sénatoriales !

Les groupes Indochine et Louise attaque ont refusé de se rendre à un festival de musique à Perpignan. Qu’est-ce que cela vous fait d’être affiliée à un parti politique encore diabolisé par le monde de la culture ?

Je déplore qu’Indochine se soit égaré dans « la vallée infernale » de l’anti-fascisme primaire ! Le boycott de ces artistes montre non seulement leur sectarisme, mais également leur mépris pour leurs fans qui ont peut-être dû économiser pour acheter leurs billets. Avec la crise, on le sait, peu de Français sont capables de mettre de l’argent de côté. Indochine et Louise Attaque, ces pseudo rebelles de la scène musicale, n’ont certainement jamais eu besoin d’épargner pour se faire plaisir. Plus de 13 millions de Français ont voté pour Marine Le Pen au second tour, je suis prête à parier que parmi nos électeurs on peut compter de nombreux fans de ces deux groupes de rock. Après je distingue les artistes des hommes et je continuerai à danser sur l’Aventurier

Si Paucard m’était conté

Alain Paucard est un Parigot vrai de vrai, une tête de veau pur jus. Il connait Paris comme sa poche et le cinéma – américain comme un frenchie – sur le bout des doigts. Ce titi gouailleur se raconte dans une autobiographie délectable dans laquelle il se plait à distribuer claques et lauriers.


« Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » Alain Paucard pourrait reprendre à son compte, et avec l’accent, la réplique d’Arletty car, vrai de vrai, c’est un Parigot. Autant dire un rescapé d’une espèce en voie de disparition, dans cette capitale du brassage inclusif et bigarré qu’est devenue Paris. À 75 ans, l’écrivain prolifique (plus de 40 bouquins au compteur !) se retourne sur ses mille vies, bien en selle pour tenir les rênes de ces Mémoires au galop – sous-titre donné à un volume de plus de 300 pages : J’aurais dû rester chanteur de rock n’roll.

Est-ce bien certain ?


Un titi comme on en croise peu

« Mon père et Audiard sont tous deux du XIVe, nés en 1920 ; mon père au 76, rue Pernety, et non dans une maternité, comme ma mère. L’immeuble est un taudis », raconte le mémorialiste. Ses souvenirs sont si précis, fourmillants et détaillés qu’on se demande par quelle capacité phénoménale l’homme égrène autant de noms, de faits, de dates, à tant d’années de distance. C’est peut-être là le plus stupéfiant : Paucard nous restitue le temps passé comme un présent intact, vivace, immédiat.

« La différence essentielle entre les parents et les grands-parents est que les premiers élèvent et les seconds éduquent. » De fait, le garçon est bien davantage formé, instruit, voire aimé par Marie-Jeanne, sa grand-mère, que par sa propre mère. Désuète, l’expression « homme du peuple » s’applique parfaitement à lui : du peuple, il en est issu. Témoin cette notation : « Tous ces gens-là, avec leur inculture, en possédaient pourtant une : l’appartenance à un même peuple, frondeur, gaulois, aimant rire d’un rien, connaissant le prix des paroles données. »

Figure sanctifiée au panthéon de sa jeunesse, Marie-Jeanne est vendeuse de souvenirs au pied du pilier ouest de la tour Eiffel. Une vocation tribale, en quelque sorte : sa fille Mme Paucard, la génitrice mal-aimée d’Alain, officie elle-même au pilier sud. Site stratégique entre tous : les tournages de films s’y succèdent. Le père, lui, est policier. Parolier de chansonnettes à ses heures, l’obéissant condé sous l’occupation se métamorphose en FFI tardif, résistant même, en août 1944, quand ordre lui est donné de procéder à l’arrestation de Sacha Guitry, son idole… Dépressif, franc-maçon d’opportunité, il est ensuite préposé, un temps, à la chasse aux « pédés » qui se paluchent dans les « tasses » du Champ-de-Mars. Un vrai destin…

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De sa propre génération, celle « des enfants des BOF, les “beurre-œufs-fromage”, élevée dans le traumatisme de juin 1940 et l’éloge de la débrouillardise par le marché noir », Paucard écrit qu’elle « s’empara de la mentalité du “tout tout de suite” et surtout du “moi d’abord”. » Dans les pages émouvantes qui viennent clore le chapitre intitulé « Marie-Jeanne, une vie française », l’auteur confesse les tourments de sa vingtaine, entre les feux croisés des événements de Mai 68, des déchirements du clan familial, et de la conscience de classe très aiguë où s’origine son ambition d’artiste.

Goguenard et cultivé

Sauvé par le 7e art ? « Le cinoche m’a aidé à survivre », reconnaît-il avant de nous entraîner dans une cavalcade cinéphile nourrie de films en nombre incalculable dont il égrène chaque titre, sur fond d’érudition encyclopédique. De fait, le cinéma a été sa grande passion. Non sans parti-pris : idolâtre d’un Howard Hawks ou d’un John Ford, il poursuit Marguerite Duras de sa vindicte avec une constance fanatique. Une prostituée singulièrement cultivée l’emmène voir La Nuit (Antonioni) : « Je me fais sauvagement tartir [sic». Godard, la Nouvelle Vague ? Épouvantable ! Paucard a ses têtes de Turc : « Claude Brasseur me fit l’effet d’un porc. » Pas moins. San Antonio ? « Un sous-Céline fabriqué et ennuyeux. »

D’aucuns pourraient s’agacer de telles exécutions capitales. Mais ce qui rend la prose d’Alain Paucard irrésistible, c’est précisément ce mélange de prosaïsme, de gouaille, de provocations, ces jugements à l’emporte-pièce adossés à une culture hors norme. Ce mélange de trivialité, de poncifs et de fines intuitions lui permet de passer naturellement d’une remarquable analyse du personnage de Zorro à une évocation de Sacha Guitry. Paucard a tout vu, tout lu, tout connu ! Ainsi son propos passe-t-il allègrement de Guy Debord à Jean-Jacques Annaud. Ce féru de littérature a été, dans ses jeunes années, soldeur de livres bien avant d’oser se lancer lui-même dans la carrière, quitte à publier sous quantité de pseudos (Arne Grinberg, Jean Dron, Matt Sloane, L.K. Von Himeloff, Jones Ulm, Humphrey Paucard, Mohamed d’Ali…). Il a eu la bonne fortune de rencontres cardinales : Jean Dutourd (1920-2011) et Pierre Gripari (1925-1990) sont ses mentors sous la bannière des belles-lettres, entre idylles et démêlés avec ses éditeurs (Julliard, Fallois, Balland, Belfond, Pauvert, le Dilettante, l’Âge d’homme…).

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Franchement désinvolte

« Nous balançons entre la débauche et la sainteté, non pas entre le vice et la vertu », note ce moraliste épris de tolérance. Homme à femmes épicurien que le féminisme puritain du temps hérisse à bon droit, Paucard n’ignore rien du tragique de l’existence : en 1984, sa femme Catherine meurt scalpée par son pare-brise. Candide immodeste, il s’avoue quelque part « quelqu’un qui doit se punir d’être né ». Est-ce pour cela que l’ancien chanteur de rock n’roll, qui a vite quitté le marxisme pour la rive droite, préside aux destinées de son Club des ronchons – « interdit aux femmes, aux enfants et aux animaux – et aux plantes vertes ») ? Il officie sur le tard à Radio Courtoisie, goûte la compagnie de Serbes infréquentables (Milosevic, Karadzic), s’affirme « réactionnaire » et, comme tel, guerroie contre l’architecture contemporaine (Les Criminels du béton, 1991) avec la foi inébranlable du croisé.

« Je crois à la rotondité de la terre mais je la regrette. Si la terre était plate les trois vaisseaux de Christophe Colomb seraient tombés dans le vide et on n’aurait jamais entendu parler des États-Unis. » Qui dira que Paucard n’est pas un patriote ?

J’aurais dû rester chanteur de rock n’roll : mémoires au galop, d’Alain Paucard, éd. Via Romana, 334 p., 2022, 24€.

L’appel de la forêt de Machecoul

« Mais où est donc passée la 7ème compagnie ? », film mémorable multirediffusé jusqu’à plus soif, qui fêtera ses 50 ans en décembre 2023, est de retour sur TMC dès le 18 janvier prochain…


La trilogie de Robert Lamoureux est un marqueur identitaire, consubstantiel à la gaudriole française et à l’esprit de résistance au sérieux. Mieux que Rimbaud ou Rabelais, que Renoir ou Rivette, cette farce soldatesque servie par des acteurs admirables sédimente tout ce qui est idéologiquement désormais interdit de penser ou d’afficher en public : la blague teutonne, le courage de fuir, l’éloge du saucisson à l’ail, de la nage indienne, de la chefferie un peu branque et sentimentale, de la braconne entre copains et de cette fameuse tenaille qui fit tant trembler (de rire) nos ennemis.

Il n’est pas trop fort d’affirmer qu’être Français, c’est aimer Cyrano, la 2ème DB, la galantine de volaille, Serge Lama, Nino Ferrer, la Renault 5 et la « 7ème » au clair de lune. Dans un pays exsangue qui régimente le langage et chasse la blague en meute, qui ne supporte ni le second degré, ni les films populistes, qui a horreur des Français moyens, qui leur dénie même le droit d’exister, revoir la « 7ème » est une manière de s’élever contre tous les progressistes gluants et de refuser leurs leçons orientées d’histoire. La « 7ème » est une pochade qui réussit à capter, à la fois les blessures de la guerre et qui fait acte de résilience. On devrait la montrer dans les écoles car elle résume assez finement l’état de sidération de nos aïeux, leur doute légitime devant un état-major dépassé, les combines du quotidien pour ne pas mourir de faim, de pauvres cloches face à l’engrenage infernal et des héros en carton-pâte. Un visage plus juste, plus équilibré, plus pondéré, moins sectaire aussi que tous les pensums censés nous instruire et nous faire culpabiliser.

La repentance est un plat qui se mange froid

On le sait, pendant ce long conflit, la France serra les dents, se terra souvent, fit le dos rond, oublia ses principes, regarda à côté pour ne pas voir l’infamie en marche et ne se remit jamais vraiment intellectuellement et psychologiquement de la Défaite de 1940. Alors qu’une poignée de résistants et de collaborateurs zélés s’engagèrent, les autres, dans leur immense majorité ne brillèrent ni par un courage démesuré, ni par des dégueulasseries sans nom. Ils tentèrent avec leurs moyens modestes de ne pas trop se fourvoyer tout en assurant l’ordinaire. Pouvoir se regarder dans le miroir sans trop rougir de honte, voilà un objectif des plus estimables. C’est pourquoi il est urgent d’être bienveillants avec nos grands-parents et de ne pas les brocarder hâtivement. La repentance, ce plat qui se mange froid, fait de nous des fils indignes.

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La « 7ème » nous montre sans grands mots, avec seulement la fantaisie du ridicule comment nous avons réussi à enjamber la Seconde Guerre mondiale. Le trait de Robert Lamoureux est férocement drôle sur notre caractère pusillanime, notre désorganisation infantile, notre couardise atavique, notre appel de l’estomac, nous passons plus de temps à manger qu’à guerroyer et, en même temps, il est tendre avec tous ses compatriotes embarqués dans ce maelstrom, et complètement acculés. Lamoureux n’humilie pas ses personnages, il leur restitue toujours une part d’humanité. Après tout, qui sommes-nous pour les juger ? Je me demande s’il serait possible aujourd’hui de se moquer (gentiment) ainsi des militaires, des commerçants, des prisonniers ou des ministères sans tomber dans un esprit revanchard. Tout est devenu si lourd dans notre pays. Le premier volet de la « 7ème » qui sera diffusé mercredi 18 janvier sur TMC doit son immense succès en salles et depuis maintenant presque 50 ans (il passe plusieurs fois chaque année à la télévision) à un casting haut de gamme, l’élite de la comédie de boulevard et du rire en cascade.

Scansion croquignolesque

Des professionnels du rythme et de la joute glandilleuse, des pyrotechniciens capables de déclencher l’hilarité collective, par un mouvement de paupières, un plongeon dans une rivière, une manœuvre à bord d’une dépanneuse de chars ou une scansion croquignolesque. L’inénarrable chef Chaudard interprété par Pierre Mondy est un régal de béatitudes absurdes. Quel prodigieux comédien, il était ! Entouré de Tassin (Aldo Maccione) et de Pithivier (Jean Lefebvre), il était au sommet de son art. Ne pas oublier également la présence débonnaire de Pierre Tornade, capitaine en déroute, à la fois désabusé et circonspect par l’attitude de ces trois hommes subitement animés d’une envie de combattre. Si on se lasse de la « 5ème » et d’une démocratie moribonde, la « 7ème » continue à nous amuser. C’est déjà beaucoup.     

Sur TMC (canal 10), le 18 janvier à 21h25.

Maurice Fombeure, le temps, l’amitié, la poésie

Le poème du dimanche


Je me souviens que j’ai découvert Maurice Fombeure en classe de première, en cours de français et que j’ai compris à quel point la poésie allait occuper ma vie.

Je me souviens que Maurice Fombeure était le poète préféré de mon ami aujourd’hui disparu, bibliophile émérite et charmant, Jean-Yves Griette.

Je me souviens que Maurice Fombeure revenait souvent dans nos dîners avec un autre ami, le poète Eric Poindron dans son cabinet de curiosités de Boulogne.

Je me souviens que c’est Jean-Yves Griette qui avait déniché sur les Quais pour me l’offrir le Maurice Fombeure de Jean Rousselot dans la mythique collection Poètes d’Aujourd’hui chez Seghers, collection dont j’espère bien avoir, un de ces jours, tous les numéros parus.

A lire aussi: Les résolutions de Blaise Cendrars

Je me souviens que celui consacré à Maurice Fombeure porte le numéro 57.

Je me souviens d’avoir offert à Jean-Yves Griette un recueil de souvenirs de Fombeure trouvé au Gibert de Montpellier.

Je me souviens que Maurice Fombeure était aussi le poète préféré de Michel Déon et qu’un de ses poèmes avait été lu lors de sa messe d’enterrement dans l’église de Saint-Germain-des-Prés.

Je me souviens que le poème que je vous présente ce dimanche est celui découvert dans ce cours de français, il y aura bientôt quarante-deux ans et que l’émotion est toujours la même.


Solitude

Je marche sans arrêt
Dans cette énorme ville
Où gronde le murmure
Immense de la mer,
Où l’on perçoit à peine
Le signe d’une étoile,
Le galop d’un cheval
Dans la rue, le matin,
L’agile des oiseaux
Sur les arbres de neige,
Le cri vert des bateaux
Dans les vagues de marbre.
Je marche sans arrêt
Perclus de solitude,
Dans ces déserts mortels
Tout luisants de regards.
J’entends autour de moi
Des plaintes étouffées,
Des soupirs de bonheur
Fragiles roses mortes.
Heureusement ma lampe,
Phare de mes automnes
Brille là-bas au loin
Dans le fond de mon cœur
Et m’attire, invincible,
Tout gluant de ténèbres.
Je monte un escalier
Dans cette énorme ville
Où gronde le murmure
Immense du malheur ;
O chat, lampe, famille,
Bonne humaine chaleur,
Sauvez-moi tous les soirs
Du naufrage intérieur,
De l’éternel naufrage !

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Un peu tard dans la saison

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Le miroir qui revient

Avec Célidan disparu (Mercure de France), Denis Podalydès livre un autoportrait sensible.


L’une pleure…

Dois-je l’avouer ? Je n’avais pas le souvenir d’un film avec Denis Podalydès avant Tromperie, d’Arnaud Desplechin (2021), d’après le roman éponyme de Philip Roth. Podalydès interprète le grand romancier américain qui n’aura jamais eu le prix Nobel de littérature. Comme quoi ce prix n’a rien à voir avec la qualité d’écriture.

Podalydès s’est glissé dans la peau de Roth ; il est cynique, égotiste, brillant, jamais émouvant. Face à lui, Léa Seydoux, l’amante anglaise, sensuelle, piégée, torturée, fière et sans cesse au bord du précipice de ses sentiments, en déséquilibre sur la crête du flot lacrymal indompté.

A lire aussi: Alain Finkielkraut: “Nous étions fiers d’habiter un monde où Philip Roth était vivant”

… l’autre pas.

Sa frimousse à la Shirley MacLaine, filmée par Vincente Minnelli dans Comme un torrent, est irrésistible. Podalydès dit : « Tu étais un tiroir formidable. » Aucun pathos, tranchant, sec, vrai. Dans son livre de souvenirs, Célidan disparu, l’acteur, metteur en scène, scénariste et écrivain, né le 22 avril 1963, sociétaire de la Comédie-Française depuis 2000, avoue qu’il ne peut donner aucune émotion devant la caméra. « Ça m’ennuie, écrit-il, de me farcir de psychologie, jouer le sentiment de la jalousie, faire affleurer une émotion qui ne viendra pas, ne vient jamais, c’est mon défaut, mon défaut de cœur, ma sécheresse de toujours. »

Sur le tournage de La Grande Magie, de Noémy Lvovsky, dont la sortie est prévue en 2023, l’acteur se souvient d’un réalisateur en colère contre lui parce qu’il ne donnait rien, aucune émotion. Il tente de « faire dégorger quelques gouttes du sentiment sincère » exigé par le réalisateur. C’est alors qu’il tente de se servir du suicide de son frère Eric (indépassable méthode Stanislavski). « L’écœurement me prit, révèle Podalydès, de vendre ainsi mes larmes qui se refusaient à ce marchandage. » On l’aura compris, son livre est sans complaisance envers lui-même. La vérité est au rendez-vous de cette confession littéraire de très haute tenue. Au théâtre, comme au cinéma, c’est la même vérité qu’on cherche, lui révèle un jour Jacques Lassalle, son maître, devant un contradicteur nommé Maurice Pialat. Il en est de même en littérature.

En bonne compagnie

Le réalisme à la Balzac est une supercherie puisque l’objet est, avant tout, une sensation. L’essentiel, c’est la vérité. On entre ici sur le terrain d’Alain Robbe-Grillet dont Podalydès brosse un élégant portrait, comme il brosse celui d’un autre écrivain de qualité, Michel Leiris. L’un des livres de chevet de l’acteur n’est autre que L’Âge d’homme, précédé du texte De la littérature considérée comme une tauromachie. Je le précise puisque Podalydès est un défenseur de la tauromachie ainsi que de la littérature à l’estomac. Les deux semblent aller de pair.

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Portraits également de Jean Marais, Jacques Lassalle, Maurice Pialat, dont il dit que ses colères homériques lui étaient dictées par sa frustration de ne pas être reconnu comme un immense acteur. À propos de Police, en particulier de la scène finale quasi métaphysique avec un Depardieu dévasté, il avoue : « Je tourne autour d’une montagne, depuis ce regard-caméra […]. Mais Depardieu, c’est autre chose, j’en parlerai un jour, j’espère. »  Ils en sont tous là, les acteurs français, à être écrasés par l’ogre Gégé.

Denis Podalydès évoque également son enfance, ses parents (son père, d’origine grecque, est né en Algérie), ses frères, la Bretagne, les vacances à Oléron, les études de philo, son service militaire avorté… Il revient sur le mal dont il souffre, la dépression, livrant abruptement une clé de sa personnalité. Il écrit : « Chaque fois que me prennent de profondes angoisses, de ces angoisses intolérables que rien ne peut apaiser, mon premier réflexe est de me réfugier dans une librairie. »

Un portrait sensible.

Célidan disparu, de Denis Podalydès, Mercure de France, 336 p., 2022, 21€.

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C’était écrit: Zola et Barjavel chez EDF

C’était écrit, la chronique de Jérôme Leroy


« Et, dans ce jour mal éteint encore, s’allumaient, une à une, des lampes électriques, dont les globes d’une blancheur opaque constellaient de lunes intenses les profondeurs lointaines des comptoirs. C’était une clarté blanche, d’une aveuglante fixité, épandue comme une réverbération d’astre décoloré, et qui tuait le crépuscule. Puis, lorsque toutes brûlèrent, il y eut un murmure ravi de la foule, la grande exposition de blanc prenait une splendeur féerique d’apothéose, sous cet éclairage nouveau. »

Zola, dans Au bonheur des dames, en 1883, décrit ainsi l’enchantement qui saisit la foule des premiers grands magasins. La fée électricité était si jolie quand elle était encore jeune ! Cent quarante ans plus tard, ce qu’il est convenu d’appeler « la précarité énergétique » est plutôt un motif d’inquiétude, voire d’effroi.

Le merveilleux scientifique a tourné à l’horreur économique : quelques réacteurs nucléaires en maintenance, une guerre en Ukraine, des erreurs stratégiques de différents gouvernements et nous voilà confrontés au risque de coupures, qui vire potentiellement au cauchemar. Sur le site de BFM TV, on a ainsi pu trouver, début décembre, un inventaire à la Prévert des conséquences des « délestages » : ascenseurs et digicodes hors service qui transformeraient un retour au foyer en expédition à haut risque, mais aussi distributeurs de billets et métros bloqués ou respirateurs en rade pour les malades à domicile. Emmanuel Macron, pas content, a rappelé à l’ordre : « Nous sommes un grand pays, on a un grand modèle énergétique. Ce n’est pas le moment de faire peur aux gens avec des scénarios absurdes. »

À lire aussi : Electricité : renouvelables et pointes de demande

Notre président a-t-il songé au roman de Barjavel, Ravage, qui a tout juste 80 ans et qui imagine la France de 2052 (ça se rapproche) dans un black-out total et définitif, chose d’autant plus ennuyeuse que tout, absolument tout, y compris les coutures des vêtements, dans ce monde-là, dépend d’une seule technologie : l’électricité. La France de 2023, si fière de son « tout électrique » trouve là de quoi se faire peur…

Le héros de Ravage, François, croit d’abord qu’il s’agit de son disjoncteur, avant d’être obligé de constater la panne irréversible. On se croirait, parfois, dans une cellule de crise à l’Élysée, quand s’épuisent une à une toutes les solutions : « Qu’attendez-vous pour nous brancher sur notre groupe électrogène ? – Il est en panne, Monsieur. – Et le groupe atomique ? – Il est à plat. – Et les accus ? – Vides ! – Et les piles ? – Mortes ! C’était la catastrophe. »

Ce qui est amusant, c’est que Barjavel, après avoir décrit l’effondrement de la civilisation, fait ensuite l’apologie franchement pétainiste de la décroissance, nous indiquant par anticipation la généalogie de cette idée pas si neuve.

Alors, de grâce, rallumez la lumière !

« Celtique? » Retour sur une exposition controversée

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Alors qu’elle s’est achevée le 4 décembre, l’exposition «Celtique ?», au musée de Rennes, a déchainé les passions sur la péninsule bretonne… Où vont se nicher les susceptibilités identitaires ?


Le point d’interrogation fâche : l’exposition est coupable de présenter l’identité celte de la Bretagne non comme une « réalité » mais comme un « mythe identitaire ». Sur le site internet du Musée, on peut lire notamment : « la confrontation des connaissances archéologiques, historiques ou linguistiques des périodes anciennes (de l’âge du Fer au Moyen-Âge) à la longue élaboration d’un récit régional permet de déconstruire les clichés ».

« Cliché » donc… se pourrait-il que la Bretagne celtique ne soit qu’un folklore, une image d’Épinal ou un territoire imitant sa propre carte postale ? 2000 ans après le peuplement du territoire par les Celtes, 1500 ans après la fondation du Duché de Bretagne, l’identité bretonne se veut un « revival » : soit une redécouverte d’un trésor linguistique et culturel remontant aux origines de la Gaule. Sa recherche a passionné les romantiques au XIXe comme les nouveaux mouvements sociaux des années 1960. Deux millénaires ou un millénaire et demi, c’est long. Entre-temps l’ensemble du territoire français a connu plusieurs invasions, politiques d’assimilation culturelles… Et depuis, les Bretons se sentent-ils tous celtes ? Et si ce revival identitaire n’était finalement qu’un vival que des esprits taquins diraient un tantinet artificiel ?

Alan Stivell retire son parrainage

Le musicien Alain Stivell – star de la musique celtique – a en tout cas retiré son parrainage et s’en explique dans Ouest-France le 17 octobre: « Les échanges et croisements incessants depuis plus de 6 000 ans entre Bretagne, Galles, Irlande, Ecosse, démontré par l’ADN, on s’en tape ! Les multiples preuves dans les pratiques religieuses, le légendaire, la poésie, l’habitat: du vent ! Circulez ! » Dans une tribune, publiée le 25 octobre dans les colonnes du même journal, au titre évocateur, « le musée de Bretagne ou le jacobinisme jusqu’au bout », le magistrat et écrivain régionaliste Yvon Ollivier en remet une couche et inscrit la polémique dans la continuité de vieux drames nationaux : « L’affaire de l’exposition ratée du musée de Bretagne « Celtique ? » m’amène à réfléchir au jacobinisme en tant qu’idéologie visant à l’homogénéisation totale de la société au mépris de l’altérité pour mieux concentrer le pouvoir. Nous avons tous en mémoire les tragédies générées par la grande Révolution. » Le verbe est haut.

On sait que la Troisième République et ses hussards noirs furent particulièrement offensifs dans leur politique d’assimilation des régions périphériques.

Le caractère arbitraire du sentiment d’appartenance

Avec son point d’interrogation, le comité scientifique de l’exposition ne pensait sans doute pas réveiller de telles passions historiques. Pour ramener de l’ordre dans les esprits, certains en appellent à l’autorité intellectuelle des clercs. « Le catalogue de l’exposition Celtique ? permettra-t-il de retrouver la raison et la sérénité dans une polémique trop souvent polluée par les passions identitaires ? », s’interrogent une trentaine de spécialistes de l’université Rennes 2 comme nous l’apprend Ouest-France dans un article du 16 octobre dernier. Obsédée d’objectivité – et parfois de destruction – l’Université plaide depuis plusieurs décennies pour une histoire scientifique cherchant à rabattre certaines passions identitaires issues des différents romans nationaux et régionaux.

En histoire, de nombreux travaux partent du postulat que toute identité est engendrée par un récit fondateur lui-même commandé par une volonté politique, parfois au service d’obscures volontés de domination. Cette méthode et son caractère systématique – si elles permettent de nuancer certains déterminismes – exagèrent parfois le caractère arbitraire des sentiments d’appartenance.  Quoique d’appellation « scientifique », elle a aussi ses propres dogmes : à savoir que la France n’est qu’un roman, que la Bretagne n’est qu’une légende, que tout particularisme est un folklore, que toute identité est une construction et que tout chose n’est finalement qu’un mot.

Réalité ou mythe, identité ou folklore, mot ou chose, dans le cœur breton, ce récit a en tout cas encore la cote: on voit des drapeaux régionaux à toutes occasions,  le festival de musique celtique attire chaque année des dizaines de milliers de visiteurs – lesquels sont aussi orientés Rennes ou Nantes par des panneaux bilingues en français et en breton alors que personne n’a jamais parlé un mot du dialecte dans ces deux métropoles… A l’est de Bretagne, le parler y était le gallo – une langue romane. Le Breton ne concernait que la pointe occidentale de la péninsule. L’archipel français de Jérôme Fourquet s’intéressait à des passions identitaires devenues obsédantes – montrant une France divisée – non par la mer comme l’Indonésie – mais par la recherche tous azimuts d’origines, de racines, d’identités et de légendes.

On découvre désormais ces passions archipélagiques peuvent aussi être péninsulaires.

Celtique ?: La Bretagne et son héritage celtique

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Communauté de destin

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D.R.

Que deviennent les hommes à l’heure où la révolution des mœurs – la révolution morale – souffle en tempête sur l’Occident?


L’autre jour, la jeune mère de famille qui, deux heures par semaine, vient faire le ménage dans mon appartement était toute joyeuse. En consultant le site du Sénat pour se distraire, elle avait appris que, dans les conseils d’administration des entreprises relevant de l’indice boursier de la Bourse de Paris, le SBF, la proportion de femmes qui était de 13 % en 2010 atteignait désormais 46 %. J’ai tenu à la féliciter de ce remarquable progrès. Elle eut l’honnêteté de me répondre qu’elle n’y était pour rien, que c’était le résultat de la loi du 27 janvier 2011 relative à la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration et de surveillance, dite loi Copé-Zimmermann. Le 27 janvier 2023, ce sera son douzième anniversaire, s’est-elle réjouie, émerveillée que le plafond de verre ait été brisé. Et ce qui redoublait sa joie, c’est que, grâce à la politique des quotas imposée par cette loi, la France se situait à présent au premier rang des grands pays mondiaux en termes de mixité des conseils. La proportion n’est en effet que de 40 % en Norvège, de 36 % en Allemagne, de 28 % aux États-Unis et de seulement 13 % en Chine, pays manifestement arriéré en matière d’égalité entre les sexes.

Bien sûr, l’idéal serait d’embaucher un migrant

J’ai naturellement partagé sa fierté d’appartenir à un pays où la mixité des conseils atteint 46 %, tout en lui demandant ce qu’une femme du peuple comme elle pouvait y gagner. Elle a ouvert de grands yeux : « Avez-vous conscience, s’est-elle exclamée, que jusqu’alors les femmes étaient discriminées, et qu’elles auront maintenant autant de chances que les hommes d’accumuler des jetons de présence ? Si ce n’est pas de l’égalité, qu’est-ce que c’est ? » À quoi j’ai répondu que cela concernait des femmes fortement diplômées, ce qui n’était pas son cas. Mon argument ne l’a nullement ébranlée. Elle m’a rétorqué que peu importait la différence des situations, car ce qui comptait, c’étaient les femmes dans leur ensemble, toutes catégories sociales confondues. D’ailleurs, elle faisait aussi le ménage chez une sous-directrice d’une entreprise du CAC 40 qui l’avait augmentée l’an dernier d’un euro et d’un autre cette année pour compenser l’inflation. Bien sûr, sa patronne aurait préféré prendre un migrant, qui lui serait revenu moins cher, mais ces augmentations volontaires, n’était-ce pas la preuve d’une communauté de destin ? Et ne fallait-il pas applaudir une révolution des comportements où les dominées, par exemple la sous-directrice d’une entreprise du CAC 40, se trouvaient quasi à parité avec les dominants, par exemple le mari de ma jeune femme de ménage qui, en tant que chômeur, bénéficiait d’une indemnité enviable alors même qu’il ne travaillait pas ?

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À vrai dire, je n’avais jamais pensé que la lutte des sexes relèguerait la lutte des classes au rayon des vieilleries bonnes à jeter. Ni que l’Union européenne, scrupuleusement suivie par notre Assemblée nationale, s’autoriserait à décider des mœurs auxquelles doivent se plier les peuples qu’elle est censée non pas asservir, mais servir. Il m’a toujours semblé qu’il y avait comme un abus dans cette marche en avant vers l’abolition de toutes les différences que jamais rien, aucune prudence, aucun respect des coutumes les mieux établies, ne vient tempérer. Cela dit, comment ne pas saluer le fait que, en tant que femme, une mère de famille sans le sou partage avec une dirigeante d’un grand groupe une éclatante victoire sur le patriarcat occidental qui, sous ses airs accommodants, est le pire de tous ? Peu importe, en vérité, que le mari de la première soit au chômage, que leurs enfants n’aient à peu près aucune chance d’acquérir un diplôme bien rémunérateur et que leur patrimoine n’excède pas le millième de celui dont jouit la seconde, mariée à un industriel membre du Siècle. Peu importe même que la première ne tire aucun profit des avantages matériels et symboliques qu’apporte à la seconde la priorité absolue accordée à l’égalité entre les sexes plutôt qu’entre les catégories sociales. Ce qui est essentiel à l’harmonie d’un pays comme le nôtre et conforme à la justice la plus élémentaire, c’est que les dominées, quelles qu’elles soient, obtiennent exactement les mêmes droits et les mêmes avantages que les dominants.

Kiddy Smile adopte la jupe écossaise

Bien entendu, il existe encore entre les hommes et les femmes des inégalités de salaire qu’il est urgent d’éliminer. Comme le montrent des analyses statistiques disponibles auprès de l’Insee, la réalité de ces inégalités mérite d’être largement nuancée[1]. Mais ce point est secondaire. Ce qui prime, c’est le principe. Tant que la moindre inégalité entre les sexes subsistera, les dirigeantes de groupes internationaux, les directrices d’administrations centrales, les présidentes de grands organismes ne seront pas moins victimes du patriarcat que les caissières des hypermarchés ou les ouvrières des conserveries bretonnes. Et que cette situation d’humiliante infériorité puisse perdurer est intolérable.

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Je sais bien que les éternels mauvais coucheurs objecteront que, dans un pays confronté aux menaces de partition ethnique, à la crise de l’énergie, à la paupérisation des classes moyennes, au réchauffement de la planète ou à la guerre en Ukraine, l’urgence se situe ailleurs que dans le traitement prioritaire de questions de société apparemment mineures. Mais de telles objections sont irrecevables, parce qu’elles négligent les progrès de l’égalité qui donnent enfin aux hommes le droit de porter des jupes sans avoir besoin d’être Écossais. À preuve, Kiddy Smile, chanteur et figure de la scène « voguing[2] », qu’on voit poser ainsi vêtu, le 29 novembre, à l’Institut français de la mode. Nul doute qu’à dégenrer les styles, à créoliser les identités, à danser le tango en remplaçant les mots « hommes » et « femmes » par leaders et followers, comme à Sciences-Po Paris, ou, last but not least, à mixer selon des quotas impérieux les conseils d’administration et de surveillance, les lendemains chanteront alléluia.


[1]. Voir Simon Georges-Kot « Écarts de rémunération femmes-hommes : surtout l’effet du temps de travail et de l’emploi occupé », insee.fr, 18 juin 2020, et Cyrille Godonou, « Le mythe de l’écart salarial hommes femmes de plus de 20 % “à travail égal” », cyrille.godonou.free.fr.

[2]. D’après Wikipédia, le « voguing » est un style de danse urbaine consistant à faire, en marchant, des mouvements avec les bras et les mains.

Etats-Unis: la guerre des Juifs

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Manifestation du mouvement "Free Palestine" devant la Maison Blanche, le 11 mai 2021 © Allison Bailey/Shutterstock/SIPA

La guerre que les Palestiniens mènent contre Israël a lieu aussi sur les campus américains. Curieusement, les juifs antisionistes sont à la pointe de ce combat contre Israël.


L’antisémitisme est devenu un problème récurrent sur les campus américains. Et il va croissant. Le dernier rapport de l’Anti Defamation League, l’une des plus grosses associations antiracistes américaines, a dénombré pour l’année universitaire 2021-2022, un total de 359 incidents anti-israéliens à travers les collèges et campus aux États-Unis. Ces incidents qui vont de l’agression physique au vandalisme en passant par le harcèlement verbal ou écrit, les chahuts et boycotts ont atteint le nombre de 244 pendant l’année scolaire 2020-2021 et 181 pendant l’année scolaire 2019-2020.  Ce climat d’intimidation permanente, de dénigrement, d’ostracisme à l’égard de tout ce qui se donne pour juif ou israélien est fomenté par des étudiants d’extrême gauche et par des étudiants « arabes et musulmans qui fomentent activement la haine d’Israël comme une expression de leur « identité [1] »

Une intense propagande anti-Israël et une redéfinition de l’identité juive

Ces étudiants sont regroupés en associations très actives comme Students for Justice in Palestine, une association propalestinienne qui dispose de 206 sections locales réparties sur l’ensemble du territoire scolaire américain, ou comme Jewish Voice for Peace, une association d’étudiants juifs qui développe sa propagande antisioniste sur un grand nombre de collèges et campus.

Mais en sus de ce climat de violence, la détestation d’Israël et l’intimidation des étudiants juifs a pris une tournure nouvelle. Une étude publiée en novembre 2022, par AMCHA, une association fondée en 2012 par deux professeurs de l’Université de Californie, Tammi Rossman-Benjamin et Leila Beckwith, montre que cette violence n’est pas seulement dirigée contre toute manifestation du sionisme, elle s’en prend également au judaïsme. Intitulée « L’antisémitisme sur les campus et l’assaut contre l’identité juive [2] », l’étude AMCHA, menée dans toutes les règles de l’art sociologique sur près de 100 collèges et universités, montre que les mêmes associations (Students for justice in Palestine, Jewish Voice for Peace…) mènent une guérilla de tous les instants pour une redéfinition de l’identité juive. 

Qu’ils soient enseignants, étudiants, juifs ou non juifs, les BDS (Boycott Desinvestissement Sanction, du nom de cette association palestinienne qui a entrepris d’isoler Israël au plan mondial), ont entrepris de creuser un fossé entre judaïsme et sionisme. « Lorsque le corps enseignant et les départements académiques affirment (…) que le sionisme n’est pas une partie authentique du judaïsme ; que l’antisionisme n’est pas de l’antisémitisme ; ou que les sionistes abusent de la religion pour justifier les crimes d’Israël – ils colorent ces propositions d’une légitimité académique et font des étudiants juifs une cible » affirme l’étude.

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En séparant judaïsme et sionisme ou en proclamant que le sionisme est illégitime par rapport au judaïsme ou qu’il est une forme de « pollution » par rapport à ce même judaïsme, les BDS attentent sciemment à la relation affective qui lie 80% des juifs américains à Israël. 8 Américains juifs sur dix pensent que soutenir Israël est une composante essentielle de leur identité juive. Ce qui n’a rien de surprenant : le sentiment d’appartenance des juifs au peuple juif et l’appartenance du peuple juif à la Terre d’Israël sont au fondement de l’identité juive, et ce depuis des temps immémoriaux. 

Un retournement habile et pervers

Comme le fait remarquer Caroline Glick, chroniqueuse et journaliste israélienne, « si le sionisme pollue le judaïsme, rien n’empêche alors de le présenter comme une forme d’antisémitisme ». Par ce formidable retournement, les antisémites de BDS affirment aujourd’hui à tous les étudiants juifs, sur des dizaines de campus, que ce n’est pas l’antisionisme qui menace les juifs, mais le sionisme. Ce ne sont pas les antisionistes qui haïssent les juifs mais les sionistes qui font du mal aux juifs. L’antisionisme – ce discours politique qui juge convenable de détruire Israël – ne peut même plus être considéré comme une forme d’antisémitisme, puisqu’il est présenté comme un projet de libération des citoyens juifs américains. 

En même temps qu’ils vident le judaïsme de toute référence à Jérusalem, à Israël et au sionisme, les BDS juifs et non juifs se démènent pour boycotter les professeurs juifs qui soutiennent Israël, pour chahuter les conférenciers qui manifestent de la sympathie pour Israël, pour convaincre les doyens d’université d’interdire les voyages Birthright de découverte d’Israël et intimider au quotidien les associations d’étudiants juifs. Il ne suffit pas de promouvoir un faux judaïsme et une fausse vie juive, il faut aussi éradiquer le modèle traditionnel.

L’étude AMCHA met l’accent sur le rôle joué par les juifs antisionistes dans cette comédie. Certes, ils servent de paravent – « Regardez, même des juifs sont avec nous ! » – à l’antisémitisme de BDS. Mais surtout, ils démultiplient l’impact de BDS. « JVP (Une Voix Juive pour la Palestine) agit comme un multiplicateur de force et amplifie l’impact de groupes comme SJP (Students for Justice in Palestine) » affirme l’étude AMCHA. La même étude prouve, chiffres à l’appui, que sur les campus ou les associations juives antisionistes sont absentes, le taux d’attaques contre le judaïsme chute drastiquement. En revanche, « les collèges et universités dotés d’associations juives antisionistes, sont beaucoup plus susceptibles de voir surgir des menaces contre l’identité juive que les écoles où seule, l’association Students for Justice in Palestine est présente [3]  ». Les juifs BDS ont une fonction centrale dans les actions de redéfinition du judaïsme.

Un projet qui n’est pas si stupide qu’il en a l’air

A ce stade de l’analyse, la question qui surgit est la suivante : pourquoi les BDS juifs et non juifs se fatiguent-ils à inventer un antisionisme « libérateur » du judaïsme ? Pourquoi ces efforts « conceptuels »… alors qu’il serait tellement plus simple de harceler les étudiants juifs et de les forcer à vivre terrés sur les campus ? La seule réponse possible est qu’à travers le judaïsme, c’est le peuple juif qui est mis en accusation. Le sionisme étant l’expression politique du peuple juif, la délégitimation du sionisme vise à délégitimer le projet sioniste, à savoir le retour du peuple juif sur sa terre d’origine. Tout le projet des juifs BDS de Jewish Voice for Palestine est donc de convaincre les juifs américains qu’ils deviendront d’autant plus juifs qu’ils rejetteront tout lien avec Israël.

Un projet qui n’est pas si stupide qu’il en a l’air.

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Les Juifs américains appartiennent en grande majorité au camp progressiste et observent sans comprendre le tournant nationaliste-sioniste pris par Israël. Les juifs américains s’inquiètent depuis longtemps de la « colonisation » et des dommages que cette « colonisation » causerait aux « valeurs » juives. Il n’est donc pas exclu que l’antisionisme de BDS fasse écho à leur inquiétude. Iront-ils jusqu’à penser comme BDS le souhaite que les juifs qui vivent en Israël, à Tel Aviv ou Haïfa, sont des imposteurs et des colonisateurs déguisés en juifs ? Qui sait ?

Si l’idée se répandait partout sur le territoire américain que les seuls vrais juifs sont les juifs antisionistes, alors l’une des plus grandes mystifications politique de l’histoire de l’humanité trouverait son aboutissement. Le « peuple palestinien », ce peuple sans profondeur historique, tout droit sorti des éprouvettes du KGB (les services soviétiques) à la fin des années soixante, s’imposerait aux yeux de la terre entière et à ceux des juifs de la diaspora pour commencer, comme le seul peuple légitime destiné à occuper, non pas la seule Judée Samarie (Cisjordanie) mais toute la terre d’Israël.


[1] « Israel on Campus », Ruth R. Wisse, Wall Street Journal, Dec. 13, 2002

[2] « Campus Antisemitism and the Assault on Jewish Identity », https://amchainitiative.org/wp-content/uploads/2022/11/Assault-on-Jewish-Identity-Report.pdf

[3] « Campus Antisemitism and the Assault on Jewish Identity », https://amchainitiative.org/wp-content/uploads/2022/11/Assault-on-Jewish-Identity-Report.pdf

Mais de quoi elle se mêle?

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Brigitte Macron en "Une" du Parisien le 12 janvier 2023.

Les conseillers en communication de l’Élysée planchent depuis des semaines pour trouver un gadget censé faire diversion dans ce climat de crise. Ce sera Brigitte, le supposé atout romanesque du roseau de Picardie. La contrefaçon de Mireille Darc envahit l’espace.


En tournée Pièces Jaunes, la Daronne envoie du cash. Pressée par une meute de journalistes, elle fait un frein à main et du haut de ses talons aiguilles soumet sa classe au plat du jour. « Je voyage beaucoup. Dites-moi dans quel pays, on en fait autant que nous ».

“Voyage, voyage…” Avant 2017, nous ne connaissions pas votre solde en miles. Mais depuis, on ne peut nier que pour dégazer vous y allez plus fort qu’un chef de cabine de la Lufthansa. Le bilan carbone de votre brushing c’est deux glaciers et une banquise à la dérive plus un ours blanc en rade sur un piano à queue au large de Terre-Neuve. Desireless est de toutes les réunions, de toutes les coteries. G7, G8, G20, où sa présence dans les nuances de pastel ressuscite Courrèges même si tout ça n’vaut pas un clair de lune à Maubeuge. Avec ces déambulations protocolaires et bunkerisées, je ne vois pas quel autre pays elle peut prétendre connaitre.

Dites-moi, dites-moi…” Là, il me vient une putain d’envie de vous tutoyer, Bree Van de Kamp. D’où êtes-vous l’élue, pour sortir de votre couloir caritatif afin de vous placer au centre du jeu politique? Et ce “nous”, que veut-il dire? Que vous avez une responsabilité quelconque dans ce qui a été fait, voté ou imposé ? Et si vous alliez en toucher deux mots aux infirmières postées à quelques mètres. Elles qui ont combattu le virus, sapées comme pour aller aux clovisses à marée basse. À qui vous refilez des nèfles à marée haute. Bref, c’est la première fois que Casque d’Or quitte le terrain de l’anecdote en bois, je lui prépare ses cornflakes tous les matins, pour rejoindre le centre de l’arène. Moins de 24 heures plus tard, on va comprendre que tout cela procède d’une stratégie décidée au cœur du Château.

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Joueurs de blouse… Le Ministre de l’Education nationale crache enfin sa Valda sur la tenue vestimentaire à adopter dans les écoles et les collèges de la République. L’uniforme c’est non, la blouse c’est NOON. Il est dans son rôle, se décide à décider. Des mois à ne sortir que des heu, des hum hum, des bein et des bah sans jamais pouvoir trancher. Il est tellement fier, le Pap, d’avoir montré ses griffes de lion de la Teranga. Tellement fier d’avoir murmuré à l’oreille du mammouth.Même ces cons de preneurs de son le jouaient au 421 en lui faisant répéter un improbable Paris-Bordeaux-Le Mans. Et ce calamar d’Abad qui le matait comme s’il était Nafissatou Diallo. Mais ça c’était avant. Maintenant on ne le prendra plus pour un cave. Ils savent tous qu’il a le swing, le punch. Il veut se revoir. Il allume la télé et se sert un whisky… Et qui on est…

On est des joueurs de blouse. C’est quoi ce bordel. Les chaines info en font des caisses sur Casque d’Or, qui prône le retour à l’uniforme, à la blouse et aux spartiates avec chaussettes en fil de mérinos. La tenue du Nouveau Monde. Comme Marine Le Pen, qui soumet le jour même sa proposition de loi. Et qui remercie Madame Macron pour son soutien 100% coton. Il n’est pas question de plaindre ou défendre Pap N’Diaye à travers ces lignes. D’autant plus qu’il n’aura pas les couilles de démissionner. Il est déjà dans son labo à découper des modèles de blouses non genrés. Bridget les veut “pas tristounettes”, et ce Flan Mireille dessine des fleurs d’Hibiscus.

Mais comment peut-on humilier publiquement un homme, un de ses ministres, avec autant de cynisme et de désinvolture. Pas un journaliste n’ose un “mais de quoi elle se mêle?” Quelle est sa légitimité à squatter le débat politique? En s’impliquant à ce niveau, dans un contexte aussi éruptif, elle se retrouve à portée d’une Quatennens (gifle en ch’timi). Macron n’a besoin de personne pour provoquer chez ses sujets des poussées urticantes. Avec la Présidente sur le dos, ça va méchamment gratter.

Madame promène son cul sur les remparts de Varsovie…
Tandis que moi tous les soirs
Je suis vestiaire à l’Alcazar…
(Jacques Brel)

«Gérald Darmanin n’entend pas lutter contre l’immigration illégale, il veut la régulariser»

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Edwige Diaz, ici photographiée à Paris en juin 2022, est députée de la 11e circonscription de Gironde © ISA HARSIN/SIPA

Qui a dit que le Rassemblement national ne parlait plus d’immigration ?


Causeur. Pourquoi ne pas avoir profité de votre niche parlementaire, cette semaine, pour proposer des textes sur l’immigration à l’Assemblée nationale ?

Edwige Diaz. Je vous rassure tout de suite, le RN n’a pas abandonné le sujet immigration. Il y a un projet de loi immigration qui arrive à l’Assemblée, nous aurons tout le loisir de débattre de ce sujet majeur pour l’avenir de notre pays. Nous avons préféré consacrer notre niche aux préoccupations quotidiennes des Français, à cette France qui travaille, qui se lève tôt, qui ne parvient pas à vivre décemment de son salaire. Notre proposition de loi sur la suppression des ZFE l’illustre très bien.

Gérald Darmanin présentera son projet de loi sur l’immigration en conseil des ministres la semaine prochaine, avec la contribution d’Olivier Dussopt concernant le travail des immigrés, semble-t-il. Alors que nous connaissons une délinquance endémique dans ce que la presse de gauche continue de qualifier de « quartiers populaires », que nous prenons chaque jour connaissance de l’interminable chronique des violences à Mayotte et sortons à peine du pathétique épisode de l’ « Océan Viking », devoir une nouvelle fois légiférer sur l’immigration, n’est-ce pas un aveu de faiblesse du ministre de l’Intérieur ?

Absolument ! Et ce projet de loi ne changera rien. Nous avons été reçus au ministère de l’Intérieur, le 21 novembre, avec mon collègue député Yohann Gilet. Nous avons pu poser des questions au ministre sur son projet, et ses réponses sont inquiétantes. « Allez-vous revenir sur le droit du sol ? » lui ai-je d’abord demandé. A cette question, majeure lorsque l’on aborde le sujet de l’immigration, il m’a répondu : « – Non, on ne touche pas au droit du sol ! » J’ai ensuite poursuivi : « Allez-vous revenir sur le regroupement familial, et les élargissements que vous aviez accordés en 2018 ? » « – On ne touche pas au regroupement familial », a-t-il riposté. Notre troisième question concernait le délit d’aide à l’entrée et au maintien de manière illégale sur le territoire national. Allons-nous par exemple, sanctionner Cédric Herrou, connu pour ses actions envers les migrants ? Je ne posais pas innocemment cette question, car une semaine avant l’entrevue avec le ministre, Monsieur Herrou faisait carrément du prosélytisme dans un établissement scolaire de Vendée. Autre douche froide : non seulement le gouvernement n’entend pas sanctionner ceux qui aident les migrants à rentrer et se maintenir en France de manière clandestine, mais surtout, on autorise donc le prosélytisme et l’idéologie dans les établissements scolaires ! Bref, sur tous ces points que nous avons abordés, il n’y a aucune amélioration prévue dans les projets du ministre. Gérald Darmanin n’envisage pas non plus d’interdire les subventions aux associations potentiellement complices avec les passeurs. Je pense à SOS Méditerranée, dont les liens avec les passeurs manquent singulièrement de clarté…

Tout le volet sur les métiers en tension est un point majeur de la loi immigration. Il s’agit du plus grand danger identifié

J’ai aussi eu des échanges avec notre ministre du Travail. Monsieur Dussopt se félicite d’une grande avancée : pour prétendre à une autorisation du droit d’asile, vous savez qu’il faut passer un examen visant à certifier le niveau de français du candidat. En plus des 600 heures de cours payés par l’argent public, Monsieur Dussopt – imbu de cette remarquable réforme – s’est réjoui que le candidat valide son entrée grâce à l’obtention du niveau… A1, soit le niveau le plus bas. Soyons sérieux, c’est dérisoire! A l’Assemblée, nous allons tenter d’aller le plus loin possible dans tous les ajustements techniques du projet du gouvernement, pour lutter contre l’immigration. Nous demanderons, par exemple, que le candidat à l’asile valide a minima un niveau A2, idéalement un B1…

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Enfin, tout le volet sur les métiers en tension est un point majeur de la loi immigration. Il s’agit du plus grand danger que nous ayons identifié. Le projet dit qu’il faudra régulariser les clandestins travaillant dans des métiers en tension. Lorsque l’on a déjà cinq millions de chômeurs et quelques centaines de milliers d’offres d’emplois disponibles non pourvues, je considère qu’il faut d’abord proposer ces métiers aux Français inscrits à Pôle emploi, ou les former à ces métiers vacants.

… Et si les citoyens français ne veulent pas prendre ces postes, comment fait-on ?

Je pense que c’est un mythe. Il y a 300 000 à 400 000 emplois disponibles, certes, mais il y a plus de cinq millions de chômeurs. On ne me fera pas croire que ces offres d’emploi ne peuvent pas être pourvues ! Jeudi, dans notre niche parlementaire, notre groupe a proposé un texte visant une revalorisation de 10% sur les bas salaires. Un deal gagnant-gagnant, puisque les patrons seraient exonérés de charges patronales. Mais sur l’autel du sectarisme idéologique, les autres partis politiques ont préféré sacrifier cette mesure qui allait vers plus de justice sociale.

« La France a toujours accueilli des immigrés et des réfugiés et nous devons continuer à le faire » avançait Gérald Darmanin dans les colonnes du Monde, en novembre. Ne partagez-vous pas son avis ?

Je compléterais sa phrase : La France a toujours accueilli des immigrés et des réfugiés et nous devons continuer à le faire dès lors qu’il n’y a pas de dévoiement de ces filières d’immigration.

Au Rassemblement national, nous ne souhaitons pas fermer les frontières, nous voulons simplement qu’elles soient de nouveau un véritable filtre.

Nous voulons choisir qui vient chez nous, qui a le droit ou non de s’y maintenir, et qui mérite qu’on lui accorde un droit d’asile ou non, éventuellement une naturalisation. Messieurs Darmanin et Dussopt, de leur côté, et à travers eux bien évidemment Emmanuel Macron, entendent lutter contre l’immigration clandestine non pas en luttant contre les clandestins, mais en les régularisant !

Amélioration de l’exécution des OQTF et de l’intégration, retour de la double peine, éloignement des bateaux de clandestins. Ces quatre préoccupations majeures que l’on retrouvera dans le projet du ministre de l’Intérieur devraient pourtant vous satisfaire ! Quelles positions le RN défendra-t-il sur ces points précis ?

Le retour de la double peine nous satisfait. Le problème des OQTF, ce sont évidemment les exécutions (5.6% seulement en 2021) ! Mais, je vous le redis, Monsieur Darmanin n’entend pas lutter contre la clandestinité en empêchant les clandestins d’arriver en France, il entend les régulariser. Mécaniquement, avec moins de clandestins, il y aura forcément moins d’OQTF à exécuter…

Si nous arrivons aux responsabilités, nous devrons expliquer clairement que les bateaux ne seront plus accueillis dans nos ports. Et pour commencer, nous arrêtons de les subventionner. Le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine avait décidé d’accorder une subvention de 50 000€ à SOS Méditerranée, il y a quelques années, parce que le bateau avait dépensé plus de fioul que prévu après avoir erré en Méditerranée, avant de finir par accoster à Valence en Espagne… C’est du délire ! Secourir les migrants, oui évidemment, mais il faut les reconduire dans les ports sécurisés les plus proches, au Maroc, en Algérie… Nos électeurs attendent de nous que l’on n’accueille plus ces bateaux, nous respecterons cet engagement.

Darmanin dit que « les clés de la réussite de l’immigration, c’est l’intégration ». Balayez-vous cette thématique ? Certains hommes politiques ou intellectuels, attachés à l’idéal républicain, préfèrent parler d’assimilation que d’intégration.

Monsieur Darmanin parle d’ « intégration », c’est un leurre. Je vous ai déjà parlé du niveau A1 en langue française… Nous proposons au RN un cheminement plus sérieux. Pour venir habiter en France, il faudra faire une demande d’abord dans l’ambassade de son pays, ou d’un pays voisin en cas de guerre. Et en aucun cas, nous n’accepterons les arrivées de manière clandestine. On ne conçoit pas qu’un clandestin qui a violé les lois de notre pays en entrant illégalement puisse s’assimiler ou s’intégrer correctement par la suite. Et si la France octroie l’asile, il faut travailler en retour, respecter la loi et subvenir à ses besoins. 

Il est justement question d’expulser les immigrés qui ne respectent pas les « valeurs de la République ». Cette dernière terminologie, si elle se retrouve dans le projet de loi gouvernemental, semble un peu floue. N’est-ce pas une façon de ne pas parler d’islamisme, finalement ?

Si, absolument. Je ne fais absolument pas confiance au gouvernement. Il y a quelques années, le gouvernement n’avait-il pas déjà demandé à des associations religieuses de signer une charte, pour s’engager à respecter ces fameuses « valeurs de la République » ? Certaines sont toujours en activité, sans avoir signé la charte en question de Monsieur Darmanin, me semble-t-il… Nous avons pourtant des compatriotes musulmans qui pratiquent leur foi de manière personnelle, qui n’ont pas de revendications exacerbées, qui ne font pas du prosélytisme, et ces personnes ne posent aucun problème. Un aspect qui permet de voir si les « valeurs de la République » sont respectées, c’est l’attitude envers les femmes. Notre mouvement politique entend toujours interdire le hijab, le niqab, la burqa et toute autre tenue ostentatoire dans la rue et l’abaya dans les écoles. La liberté des femmes est essentielle.

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Mais, je vous le répète, le point prioritaire sur lequel nous serons les plus vigilants lors des débats à venir à l’Assemblée, c’est la question des métiers en tension. On annonce que la liste des métiers en tension est ré-évaluable… Le risque est là : sous la pression des immigrationnistes de gauche, on peut avoir un allongement XXL de cette liste de professions… et donc des immigrés qui pourraient être régularisés. Il faut interpeller l’opinion publique à ce sujet. Monsieur Darmanin est assez grand, pourquoi a-t-il eu ce besoin bizarre de Monsieur Dussopt, dans sa loi immigration ? Ils font clairement le lien entre immigration et travail. Gare à l’appel d’air que cela provoquera…

Pensez-vous, en dernier ressort, voter le projet de Monsieur Darmanin si vous obtenez quelques ajustements qui vont dans votre sens ?

Nous pourrons, tout au plus, voter en faveur de quelques articles et quelques amendements. Notre opposition au gouvernement est constructive et si les amendements proposés vont dans le bon sens c’est-à-dire dans l’intérêt général du pays, donc pour une maîtrise efficace et effective de l’immigration, alors on pourra être amené à les voter.

Une question plus personnelle. Comment expliquez-vous l’essor des idées nationales dans le Sud-Ouest et votre succès personnel dans la 11e circonscription de Gironde ?

Il y a eu une hégémonie socialiste dans notre région pendant très longtemps. Mais, François Hollande a terriblement déçu. D’une part, la casse sociale et industrielle des années Hollande, et les attaques à l’encontre du pouvoir d’achat ont été très mal perçues par les habitants. Elles ont été amplifiées par les politiques d’Emmanuel Macron, ce qui a exacerbé les déceptions. Nos deux derniers présidents n’ont pas su protéger les habitants des territoires périurbains. D’autre part, il y a eu un travail méticuleux de Marine Le Pen, qui s’est intéressée de près aux classes moyennes et populaires. Son message a commencé à être entendu, il y a dix ans.  Dans ma circonscription, Marine Le Pen a ainsi quasiment doublé son score en dix ans.

En 2007, j’avais comme beaucoup d’électeurs voté pour Nicolas Sarkozy. Je croyais au « travailler plus pour gagner plus », ainsi qu’au Karcher. Cinq ans plus tard, déçue, je me suis retrouvée dans le programme de Marine Le Pen : sécurité, considération pour les travailleurs, patriotisme économique et localisme. J’ai pris ma carte du RN et me suis investie dans le parti à partir de 2014. De 2016 à 2022, j’ai dirigé la fédération de Gironde. Dans le RN de Jordan Bardella, je suis vice-présidente chargée de l’implantation locale, en étroite collaboration avec Gilles Pennelle (directeur général) et Julien Sanchez (vice-président aux élus). Notre objectif est de réussir notre implantation locale. Cela commence dès cette année avec les élections sénatoriales !

Les groupes Indochine et Louise attaque ont refusé de se rendre à un festival de musique à Perpignan. Qu’est-ce que cela vous fait d’être affiliée à un parti politique encore diabolisé par le monde de la culture ?

Je déplore qu’Indochine se soit égaré dans « la vallée infernale » de l’anti-fascisme primaire ! Le boycott de ces artistes montre non seulement leur sectarisme, mais également leur mépris pour leurs fans qui ont peut-être dû économiser pour acheter leurs billets. Avec la crise, on le sait, peu de Français sont capables de mettre de l’argent de côté. Indochine et Louise Attaque, ces pseudo rebelles de la scène musicale, n’ont certainement jamais eu besoin d’épargner pour se faire plaisir. Plus de 13 millions de Français ont voté pour Marine Le Pen au second tour, je suis prête à parier que parmi nos électeurs on peut compter de nombreux fans de ces deux groupes de rock. Après je distingue les artistes des hommes et je continuerai à danser sur l’Aventurier

Si Paucard m’était conté

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Alain Paucard © Hannah Assouline

Alain Paucard est un Parigot vrai de vrai, une tête de veau pur jus. Il connait Paris comme sa poche et le cinéma – américain comme un frenchie – sur le bout des doigts. Ce titi gouailleur se raconte dans une autobiographie délectable dans laquelle il se plait à distribuer claques et lauriers.


« Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » Alain Paucard pourrait reprendre à son compte, et avec l’accent, la réplique d’Arletty car, vrai de vrai, c’est un Parigot. Autant dire un rescapé d’une espèce en voie de disparition, dans cette capitale du brassage inclusif et bigarré qu’est devenue Paris. À 75 ans, l’écrivain prolifique (plus de 40 bouquins au compteur !) se retourne sur ses mille vies, bien en selle pour tenir les rênes de ces Mémoires au galop – sous-titre donné à un volume de plus de 300 pages : J’aurais dû rester chanteur de rock n’roll.

Est-ce bien certain ?


Un titi comme on en croise peu

« Mon père et Audiard sont tous deux du XIVe, nés en 1920 ; mon père au 76, rue Pernety, et non dans une maternité, comme ma mère. L’immeuble est un taudis », raconte le mémorialiste. Ses souvenirs sont si précis, fourmillants et détaillés qu’on se demande par quelle capacité phénoménale l’homme égrène autant de noms, de faits, de dates, à tant d’années de distance. C’est peut-être là le plus stupéfiant : Paucard nous restitue le temps passé comme un présent intact, vivace, immédiat.

« La différence essentielle entre les parents et les grands-parents est que les premiers élèvent et les seconds éduquent. » De fait, le garçon est bien davantage formé, instruit, voire aimé par Marie-Jeanne, sa grand-mère, que par sa propre mère. Désuète, l’expression « homme du peuple » s’applique parfaitement à lui : du peuple, il en est issu. Témoin cette notation : « Tous ces gens-là, avec leur inculture, en possédaient pourtant une : l’appartenance à un même peuple, frondeur, gaulois, aimant rire d’un rien, connaissant le prix des paroles données. »

Figure sanctifiée au panthéon de sa jeunesse, Marie-Jeanne est vendeuse de souvenirs au pied du pilier ouest de la tour Eiffel. Une vocation tribale, en quelque sorte : sa fille Mme Paucard, la génitrice mal-aimée d’Alain, officie elle-même au pilier sud. Site stratégique entre tous : les tournages de films s’y succèdent. Le père, lui, est policier. Parolier de chansonnettes à ses heures, l’obéissant condé sous l’occupation se métamorphose en FFI tardif, résistant même, en août 1944, quand ordre lui est donné de procéder à l’arrestation de Sacha Guitry, son idole… Dépressif, franc-maçon d’opportunité, il est ensuite préposé, un temps, à la chasse aux « pédés » qui se paluchent dans les « tasses » du Champ-de-Mars. Un vrai destin…

A lire aussi: «Les Gaspards», comédie nostalgique ou film d’anticipation?

De sa propre génération, celle « des enfants des BOF, les “beurre-œufs-fromage”, élevée dans le traumatisme de juin 1940 et l’éloge de la débrouillardise par le marché noir », Paucard écrit qu’elle « s’empara de la mentalité du “tout tout de suite” et surtout du “moi d’abord”. » Dans les pages émouvantes qui viennent clore le chapitre intitulé « Marie-Jeanne, une vie française », l’auteur confesse les tourments de sa vingtaine, entre les feux croisés des événements de Mai 68, des déchirements du clan familial, et de la conscience de classe très aiguë où s’origine son ambition d’artiste.

Goguenard et cultivé

Sauvé par le 7e art ? « Le cinoche m’a aidé à survivre », reconnaît-il avant de nous entraîner dans une cavalcade cinéphile nourrie de films en nombre incalculable dont il égrène chaque titre, sur fond d’érudition encyclopédique. De fait, le cinéma a été sa grande passion. Non sans parti-pris : idolâtre d’un Howard Hawks ou d’un John Ford, il poursuit Marguerite Duras de sa vindicte avec une constance fanatique. Une prostituée singulièrement cultivée l’emmène voir La Nuit (Antonioni) : « Je me fais sauvagement tartir [sic». Godard, la Nouvelle Vague ? Épouvantable ! Paucard a ses têtes de Turc : « Claude Brasseur me fit l’effet d’un porc. » Pas moins. San Antonio ? « Un sous-Céline fabriqué et ennuyeux. »

D’aucuns pourraient s’agacer de telles exécutions capitales. Mais ce qui rend la prose d’Alain Paucard irrésistible, c’est précisément ce mélange de prosaïsme, de gouaille, de provocations, ces jugements à l’emporte-pièce adossés à une culture hors norme. Ce mélange de trivialité, de poncifs et de fines intuitions lui permet de passer naturellement d’une remarquable analyse du personnage de Zorro à une évocation de Sacha Guitry. Paucard a tout vu, tout lu, tout connu ! Ainsi son propos passe-t-il allègrement de Guy Debord à Jean-Jacques Annaud. Ce féru de littérature a été, dans ses jeunes années, soldeur de livres bien avant d’oser se lancer lui-même dans la carrière, quitte à publier sous quantité de pseudos (Arne Grinberg, Jean Dron, Matt Sloane, L.K. Von Himeloff, Jones Ulm, Humphrey Paucard, Mohamed d’Ali…). Il a eu la bonne fortune de rencontres cardinales : Jean Dutourd (1920-2011) et Pierre Gripari (1925-1990) sont ses mentors sous la bannière des belles-lettres, entre idylles et démêlés avec ses éditeurs (Julliard, Fallois, Balland, Belfond, Pauvert, le Dilettante, l’Âge d’homme…).

A lire aussi: Les lettres érudites de l’anti-Gide

Franchement désinvolte

« Nous balançons entre la débauche et la sainteté, non pas entre le vice et la vertu », note ce moraliste épris de tolérance. Homme à femmes épicurien que le féminisme puritain du temps hérisse à bon droit, Paucard n’ignore rien du tragique de l’existence : en 1984, sa femme Catherine meurt scalpée par son pare-brise. Candide immodeste, il s’avoue quelque part « quelqu’un qui doit se punir d’être né ». Est-ce pour cela que l’ancien chanteur de rock n’roll, qui a vite quitté le marxisme pour la rive droite, préside aux destinées de son Club des ronchons – « interdit aux femmes, aux enfants et aux animaux – et aux plantes vertes ») ? Il officie sur le tard à Radio Courtoisie, goûte la compagnie de Serbes infréquentables (Milosevic, Karadzic), s’affirme « réactionnaire » et, comme tel, guerroie contre l’architecture contemporaine (Les Criminels du béton, 1991) avec la foi inébranlable du croisé.

« Je crois à la rotondité de la terre mais je la regrette. Si la terre était plate les trois vaisseaux de Christophe Colomb seraient tombés dans le vide et on n’aurait jamais entendu parler des États-Unis. » Qui dira que Paucard n’est pas un patriote ?

J’aurais dû rester chanteur de rock n’roll : mémoires au galop, d’Alain Paucard, éd. Via Romana, 334 p., 2022, 24€.

L’appel de la forêt de Machecoul

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Pierre Mondy dans "Mais où est donc passée la septième compagnie ?" de Robert Lamoureux, 1973 © SIPA

« Mais où est donc passée la 7ème compagnie ? », film mémorable multirediffusé jusqu’à plus soif, qui fêtera ses 50 ans en décembre 2023, est de retour sur TMC dès le 18 janvier prochain…


La trilogie de Robert Lamoureux est un marqueur identitaire, consubstantiel à la gaudriole française et à l’esprit de résistance au sérieux. Mieux que Rimbaud ou Rabelais, que Renoir ou Rivette, cette farce soldatesque servie par des acteurs admirables sédimente tout ce qui est idéologiquement désormais interdit de penser ou d’afficher en public : la blague teutonne, le courage de fuir, l’éloge du saucisson à l’ail, de la nage indienne, de la chefferie un peu branque et sentimentale, de la braconne entre copains et de cette fameuse tenaille qui fit tant trembler (de rire) nos ennemis.

Il n’est pas trop fort d’affirmer qu’être Français, c’est aimer Cyrano, la 2ème DB, la galantine de volaille, Serge Lama, Nino Ferrer, la Renault 5 et la « 7ème » au clair de lune. Dans un pays exsangue qui régimente le langage et chasse la blague en meute, qui ne supporte ni le second degré, ni les films populistes, qui a horreur des Français moyens, qui leur dénie même le droit d’exister, revoir la « 7ème » est une manière de s’élever contre tous les progressistes gluants et de refuser leurs leçons orientées d’histoire. La « 7ème » est une pochade qui réussit à capter, à la fois les blessures de la guerre et qui fait acte de résilience. On devrait la montrer dans les écoles car elle résume assez finement l’état de sidération de nos aïeux, leur doute légitime devant un état-major dépassé, les combines du quotidien pour ne pas mourir de faim, de pauvres cloches face à l’engrenage infernal et des héros en carton-pâte. Un visage plus juste, plus équilibré, plus pondéré, moins sectaire aussi que tous les pensums censés nous instruire et nous faire culpabiliser.

La repentance est un plat qui se mange froid

On le sait, pendant ce long conflit, la France serra les dents, se terra souvent, fit le dos rond, oublia ses principes, regarda à côté pour ne pas voir l’infamie en marche et ne se remit jamais vraiment intellectuellement et psychologiquement de la Défaite de 1940. Alors qu’une poignée de résistants et de collaborateurs zélés s’engagèrent, les autres, dans leur immense majorité ne brillèrent ni par un courage démesuré, ni par des dégueulasseries sans nom. Ils tentèrent avec leurs moyens modestes de ne pas trop se fourvoyer tout en assurant l’ordinaire. Pouvoir se regarder dans le miroir sans trop rougir de honte, voilà un objectif des plus estimables. C’est pourquoi il est urgent d’être bienveillants avec nos grands-parents et de ne pas les brocarder hâtivement. La repentance, ce plat qui se mange froid, fait de nous des fils indignes.

A lire aussi: «Vortex», sur France 2: au temps pour nous

La « 7ème » nous montre sans grands mots, avec seulement la fantaisie du ridicule comment nous avons réussi à enjamber la Seconde Guerre mondiale. Le trait de Robert Lamoureux est férocement drôle sur notre caractère pusillanime, notre désorganisation infantile, notre couardise atavique, notre appel de l’estomac, nous passons plus de temps à manger qu’à guerroyer et, en même temps, il est tendre avec tous ses compatriotes embarqués dans ce maelstrom, et complètement acculés. Lamoureux n’humilie pas ses personnages, il leur restitue toujours une part d’humanité. Après tout, qui sommes-nous pour les juger ? Je me demande s’il serait possible aujourd’hui de se moquer (gentiment) ainsi des militaires, des commerçants, des prisonniers ou des ministères sans tomber dans un esprit revanchard. Tout est devenu si lourd dans notre pays. Le premier volet de la « 7ème » qui sera diffusé mercredi 18 janvier sur TMC doit son immense succès en salles et depuis maintenant presque 50 ans (il passe plusieurs fois chaque année à la télévision) à un casting haut de gamme, l’élite de la comédie de boulevard et du rire en cascade.

Scansion croquignolesque

Des professionnels du rythme et de la joute glandilleuse, des pyrotechniciens capables de déclencher l’hilarité collective, par un mouvement de paupières, un plongeon dans une rivière, une manœuvre à bord d’une dépanneuse de chars ou une scansion croquignolesque. L’inénarrable chef Chaudard interprété par Pierre Mondy est un régal de béatitudes absurdes. Quel prodigieux comédien, il était ! Entouré de Tassin (Aldo Maccione) et de Pithivier (Jean Lefebvre), il était au sommet de son art. Ne pas oublier également la présence débonnaire de Pierre Tornade, capitaine en déroute, à la fois désabusé et circonspect par l’attitude de ces trois hommes subitement animés d’une envie de combattre. Si on se lasse de la « 5ème » et d’une démocratie moribonde, la « 7ème » continue à nous amuser. C’est déjà beaucoup.     

Sur TMC (canal 10), le 18 janvier à 21h25.

Maurice Fombeure, le temps, l’amitié, la poésie

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Maurice Fombeure © Capture d'écran YouTube de la chaine Romek Gasiorowski

Le poème du dimanche


Je me souviens que j’ai découvert Maurice Fombeure en classe de première, en cours de français et que j’ai compris à quel point la poésie allait occuper ma vie.

Je me souviens que Maurice Fombeure était le poète préféré de mon ami aujourd’hui disparu, bibliophile émérite et charmant, Jean-Yves Griette.

Je me souviens que Maurice Fombeure revenait souvent dans nos dîners avec un autre ami, le poète Eric Poindron dans son cabinet de curiosités de Boulogne.

Je me souviens que c’est Jean-Yves Griette qui avait déniché sur les Quais pour me l’offrir le Maurice Fombeure de Jean Rousselot dans la mythique collection Poètes d’Aujourd’hui chez Seghers, collection dont j’espère bien avoir, un de ces jours, tous les numéros parus.

A lire aussi: Les résolutions de Blaise Cendrars

Je me souviens que celui consacré à Maurice Fombeure porte le numéro 57.

Je me souviens d’avoir offert à Jean-Yves Griette un recueil de souvenirs de Fombeure trouvé au Gibert de Montpellier.

Je me souviens que Maurice Fombeure était aussi le poète préféré de Michel Déon et qu’un de ses poèmes avait été lu lors de sa messe d’enterrement dans l’église de Saint-Germain-des-Prés.

Je me souviens que le poème que je vous présente ce dimanche est celui découvert dans ce cours de français, il y aura bientôt quarante-deux ans et que l’émotion est toujours la même.


Solitude

Je marche sans arrêt
Dans cette énorme ville
Où gronde le murmure
Immense de la mer,
Où l’on perçoit à peine
Le signe d’une étoile,
Le galop d’un cheval
Dans la rue, le matin,
L’agile des oiseaux
Sur les arbres de neige,
Le cri vert des bateaux
Dans les vagues de marbre.
Je marche sans arrêt
Perclus de solitude,
Dans ces déserts mortels
Tout luisants de regards.
J’entends autour de moi
Des plaintes étouffées,
Des soupirs de bonheur
Fragiles roses mortes.
Heureusement ma lampe,
Phare de mes automnes
Brille là-bas au loin
Dans le fond de mon cœur
Et m’attire, invincible,
Tout gluant de ténèbres.
Je monte un escalier
Dans cette énorme ville
Où gronde le murmure
Immense du malheur ;
O chat, lampe, famille,
Bonne humaine chaleur,
Sauvez-moi tous les soirs
Du naufrage intérieur,
De l’éternel naufrage !

Les derniers jours des fauves

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Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine

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Un peu tard dans la saison

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Le miroir qui revient

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Denis Podalydès. Photo Francesca Mantovani ®Editions Gallimard 87A2

Avec Célidan disparu (Mercure de France), Denis Podalydès livre un autoportrait sensible.


L’une pleure…

Dois-je l’avouer ? Je n’avais pas le souvenir d’un film avec Denis Podalydès avant Tromperie, d’Arnaud Desplechin (2021), d’après le roman éponyme de Philip Roth. Podalydès interprète le grand romancier américain qui n’aura jamais eu le prix Nobel de littérature. Comme quoi ce prix n’a rien à voir avec la qualité d’écriture.

Podalydès s’est glissé dans la peau de Roth ; il est cynique, égotiste, brillant, jamais émouvant. Face à lui, Léa Seydoux, l’amante anglaise, sensuelle, piégée, torturée, fière et sans cesse au bord du précipice de ses sentiments, en déséquilibre sur la crête du flot lacrymal indompté.

A lire aussi: Alain Finkielkraut: “Nous étions fiers d’habiter un monde où Philip Roth était vivant”

… l’autre pas.

Sa frimousse à la Shirley MacLaine, filmée par Vincente Minnelli dans Comme un torrent, est irrésistible. Podalydès dit : « Tu étais un tiroir formidable. » Aucun pathos, tranchant, sec, vrai. Dans son livre de souvenirs, Célidan disparu, l’acteur, metteur en scène, scénariste et écrivain, né le 22 avril 1963, sociétaire de la Comédie-Française depuis 2000, avoue qu’il ne peut donner aucune émotion devant la caméra. « Ça m’ennuie, écrit-il, de me farcir de psychologie, jouer le sentiment de la jalousie, faire affleurer une émotion qui ne viendra pas, ne vient jamais, c’est mon défaut, mon défaut de cœur, ma sécheresse de toujours. »

Sur le tournage de La Grande Magie, de Noémy Lvovsky, dont la sortie est prévue en 2023, l’acteur se souvient d’un réalisateur en colère contre lui parce qu’il ne donnait rien, aucune émotion. Il tente de « faire dégorger quelques gouttes du sentiment sincère » exigé par le réalisateur. C’est alors qu’il tente de se servir du suicide de son frère Eric (indépassable méthode Stanislavski). « L’écœurement me prit, révèle Podalydès, de vendre ainsi mes larmes qui se refusaient à ce marchandage. » On l’aura compris, son livre est sans complaisance envers lui-même. La vérité est au rendez-vous de cette confession littéraire de très haute tenue. Au théâtre, comme au cinéma, c’est la même vérité qu’on cherche, lui révèle un jour Jacques Lassalle, son maître, devant un contradicteur nommé Maurice Pialat. Il en est de même en littérature.

En bonne compagnie

Le réalisme à la Balzac est une supercherie puisque l’objet est, avant tout, une sensation. L’essentiel, c’est la vérité. On entre ici sur le terrain d’Alain Robbe-Grillet dont Podalydès brosse un élégant portrait, comme il brosse celui d’un autre écrivain de qualité, Michel Leiris. L’un des livres de chevet de l’acteur n’est autre que L’Âge d’homme, précédé du texte De la littérature considérée comme une tauromachie. Je le précise puisque Podalydès est un défenseur de la tauromachie ainsi que de la littérature à l’estomac. Les deux semblent aller de pair.

A lire aussi: Charlotte Brontë, un coeur anglais

Portraits également de Jean Marais, Jacques Lassalle, Maurice Pialat, dont il dit que ses colères homériques lui étaient dictées par sa frustration de ne pas être reconnu comme un immense acteur. À propos de Police, en particulier de la scène finale quasi métaphysique avec un Depardieu dévasté, il avoue : « Je tourne autour d’une montagne, depuis ce regard-caméra […]. Mais Depardieu, c’est autre chose, j’en parlerai un jour, j’espère. »  Ils en sont tous là, les acteurs français, à être écrasés par l’ogre Gégé.

Denis Podalydès évoque également son enfance, ses parents (son père, d’origine grecque, est né en Algérie), ses frères, la Bretagne, les vacances à Oléron, les études de philo, son service militaire avorté… Il revient sur le mal dont il souffre, la dépression, livrant abruptement une clé de sa personnalité. Il écrit : « Chaque fois que me prennent de profondes angoisses, de ces angoisses intolérables que rien ne peut apaiser, mon premier réflexe est de me réfugier dans une librairie. »

Un portrait sensible.

Célidan disparu, de Denis Podalydès, Mercure de France, 336 p., 2022, 21€.

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C’était écrit: Zola et Barjavel chez EDF

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Le palais de l'Electricité à l'Exposition Universelle de Paris, 1900. Photo: D.R.

C’était écrit, la chronique de Jérôme Leroy


« Et, dans ce jour mal éteint encore, s’allumaient, une à une, des lampes électriques, dont les globes d’une blancheur opaque constellaient de lunes intenses les profondeurs lointaines des comptoirs. C’était une clarté blanche, d’une aveuglante fixité, épandue comme une réverbération d’astre décoloré, et qui tuait le crépuscule. Puis, lorsque toutes brûlèrent, il y eut un murmure ravi de la foule, la grande exposition de blanc prenait une splendeur féerique d’apothéose, sous cet éclairage nouveau. »

Zola, dans Au bonheur des dames, en 1883, décrit ainsi l’enchantement qui saisit la foule des premiers grands magasins. La fée électricité était si jolie quand elle était encore jeune ! Cent quarante ans plus tard, ce qu’il est convenu d’appeler « la précarité énergétique » est plutôt un motif d’inquiétude, voire d’effroi.

Le merveilleux scientifique a tourné à l’horreur économique : quelques réacteurs nucléaires en maintenance, une guerre en Ukraine, des erreurs stratégiques de différents gouvernements et nous voilà confrontés au risque de coupures, qui vire potentiellement au cauchemar. Sur le site de BFM TV, on a ainsi pu trouver, début décembre, un inventaire à la Prévert des conséquences des « délestages » : ascenseurs et digicodes hors service qui transformeraient un retour au foyer en expédition à haut risque, mais aussi distributeurs de billets et métros bloqués ou respirateurs en rade pour les malades à domicile. Emmanuel Macron, pas content, a rappelé à l’ordre : « Nous sommes un grand pays, on a un grand modèle énergétique. Ce n’est pas le moment de faire peur aux gens avec des scénarios absurdes. »

À lire aussi : Electricité : renouvelables et pointes de demande

Notre président a-t-il songé au roman de Barjavel, Ravage, qui a tout juste 80 ans et qui imagine la France de 2052 (ça se rapproche) dans un black-out total et définitif, chose d’autant plus ennuyeuse que tout, absolument tout, y compris les coutures des vêtements, dans ce monde-là, dépend d’une seule technologie : l’électricité. La France de 2023, si fière de son « tout électrique » trouve là de quoi se faire peur…

Le héros de Ravage, François, croit d’abord qu’il s’agit de son disjoncteur, avant d’être obligé de constater la panne irréversible. On se croirait, parfois, dans une cellule de crise à l’Élysée, quand s’épuisent une à une toutes les solutions : « Qu’attendez-vous pour nous brancher sur notre groupe électrogène ? – Il est en panne, Monsieur. – Et le groupe atomique ? – Il est à plat. – Et les accus ? – Vides ! – Et les piles ? – Mortes ! C’était la catastrophe. »

Ce qui est amusant, c’est que Barjavel, après avoir décrit l’effondrement de la civilisation, fait ensuite l’apologie franchement pétainiste de la décroissance, nous indiquant par anticipation la généalogie de cette idée pas si neuve.

Alors, de grâce, rallumez la lumière !

Au bonheur des dames

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« Celtique? » Retour sur une exposition controversée

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Musée de Bretagne de Rennes.

Alors qu’elle s’est achevée le 4 décembre, l’exposition «Celtique ?», au musée de Rennes, a déchainé les passions sur la péninsule bretonne… Où vont se nicher les susceptibilités identitaires ?


Le point d’interrogation fâche : l’exposition est coupable de présenter l’identité celte de la Bretagne non comme une « réalité » mais comme un « mythe identitaire ». Sur le site internet du Musée, on peut lire notamment : « la confrontation des connaissances archéologiques, historiques ou linguistiques des périodes anciennes (de l’âge du Fer au Moyen-Âge) à la longue élaboration d’un récit régional permet de déconstruire les clichés ».

« Cliché » donc… se pourrait-il que la Bretagne celtique ne soit qu’un folklore, une image d’Épinal ou un territoire imitant sa propre carte postale ? 2000 ans après le peuplement du territoire par les Celtes, 1500 ans après la fondation du Duché de Bretagne, l’identité bretonne se veut un « revival » : soit une redécouverte d’un trésor linguistique et culturel remontant aux origines de la Gaule. Sa recherche a passionné les romantiques au XIXe comme les nouveaux mouvements sociaux des années 1960. Deux millénaires ou un millénaire et demi, c’est long. Entre-temps l’ensemble du territoire français a connu plusieurs invasions, politiques d’assimilation culturelles… Et depuis, les Bretons se sentent-ils tous celtes ? Et si ce revival identitaire n’était finalement qu’un vival que des esprits taquins diraient un tantinet artificiel ?

Alan Stivell retire son parrainage

Le musicien Alain Stivell – star de la musique celtique – a en tout cas retiré son parrainage et s’en explique dans Ouest-France le 17 octobre: « Les échanges et croisements incessants depuis plus de 6 000 ans entre Bretagne, Galles, Irlande, Ecosse, démontré par l’ADN, on s’en tape ! Les multiples preuves dans les pratiques religieuses, le légendaire, la poésie, l’habitat: du vent ! Circulez ! » Dans une tribune, publiée le 25 octobre dans les colonnes du même journal, au titre évocateur, « le musée de Bretagne ou le jacobinisme jusqu’au bout », le magistrat et écrivain régionaliste Yvon Ollivier en remet une couche et inscrit la polémique dans la continuité de vieux drames nationaux : « L’affaire de l’exposition ratée du musée de Bretagne « Celtique ? » m’amène à réfléchir au jacobinisme en tant qu’idéologie visant à l’homogénéisation totale de la société au mépris de l’altérité pour mieux concentrer le pouvoir. Nous avons tous en mémoire les tragédies générées par la grande Révolution. » Le verbe est haut.

On sait que la Troisième République et ses hussards noirs furent particulièrement offensifs dans leur politique d’assimilation des régions périphériques.

Le caractère arbitraire du sentiment d’appartenance

Avec son point d’interrogation, le comité scientifique de l’exposition ne pensait sans doute pas réveiller de telles passions historiques. Pour ramener de l’ordre dans les esprits, certains en appellent à l’autorité intellectuelle des clercs. « Le catalogue de l’exposition Celtique ? permettra-t-il de retrouver la raison et la sérénité dans une polémique trop souvent polluée par les passions identitaires ? », s’interrogent une trentaine de spécialistes de l’université Rennes 2 comme nous l’apprend Ouest-France dans un article du 16 octobre dernier. Obsédée d’objectivité – et parfois de destruction – l’Université plaide depuis plusieurs décennies pour une histoire scientifique cherchant à rabattre certaines passions identitaires issues des différents romans nationaux et régionaux.

En histoire, de nombreux travaux partent du postulat que toute identité est engendrée par un récit fondateur lui-même commandé par une volonté politique, parfois au service d’obscures volontés de domination. Cette méthode et son caractère systématique – si elles permettent de nuancer certains déterminismes – exagèrent parfois le caractère arbitraire des sentiments d’appartenance.  Quoique d’appellation « scientifique », elle a aussi ses propres dogmes : à savoir que la France n’est qu’un roman, que la Bretagne n’est qu’une légende, que tout particularisme est un folklore, que toute identité est une construction et que tout chose n’est finalement qu’un mot.

Réalité ou mythe, identité ou folklore, mot ou chose, dans le cœur breton, ce récit a en tout cas encore la cote: on voit des drapeaux régionaux à toutes occasions,  le festival de musique celtique attire chaque année des dizaines de milliers de visiteurs – lesquels sont aussi orientés Rennes ou Nantes par des panneaux bilingues en français et en breton alors que personne n’a jamais parlé un mot du dialecte dans ces deux métropoles… A l’est de Bretagne, le parler y était le gallo – une langue romane. Le Breton ne concernait que la pointe occidentale de la péninsule. L’archipel français de Jérôme Fourquet s’intéressait à des passions identitaires devenues obsédantes – montrant une France divisée – non par la mer comme l’Indonésie – mais par la recherche tous azimuts d’origines, de racines, d’identités et de légendes.

On découvre désormais ces passions archipélagiques peuvent aussi être péninsulaires.

Celtique ?: La Bretagne et son héritage celtique

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