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Electricité : renouvelables et pointes de demande

Le renouvelable n’est pas une très bonne affaire.


Electricité : renouvelables et pointes de demande
Des éoliennes en Sarthe. Michel Gile/SIPA // 01094677_000001

Les prosélytes de l’énergie renouvelable ne cessent de répéter que les plus grands investissements dans ce secteur sont parfaitement justifiés. Pourtant, les renouvelables sont très loin de suffire aux besoins des Français aux heures de pointe lors des soirs d’hiver. Analyse.


RTE (Réseau de transport de l’électricité) écrit souvent des bêtises sur les renouvelables intermittents, mais en même temps publie des chiffres précieux qui prouvent le caractère erroné (pour ne pas dire mensonger) de ses propres affirmations. Tapez « eco2mix », et apparait sur votre écran un joli graphique qui donne en temps réel la production d’électricité par origine (nucléaire, hydraulique, etc.) par quart d’heure. Celui d’hier soir, lundi 5 décembre 2022, en dit long sur l’incapacité des renouvelables intermittents à faire face aux pointes de demandes. Tout le monde devrait savoir ça, mais malheureusement beaucoup l’ignorent.

La journée du 5 décembre en France était froide, mais pas exceptionnellement froide, la demande d’électricité assez soutenue. Elle a culminé à 19h, ce qui est généralement l’heure de la pointe quotidienne. A cette heure-là, il faisait noir, et la production d’électricité photovoltaïque était évidemment égale à zéro. Il n’y avait pas beaucoup de vent, et la production d’électricité éolienne – et donc la production de renouvelable – était égale à 3% de la production française. C’est peu. C’est vingt fois moins que la production de nucléaire à la même heure, production pourtant anormalement basse du fait des fermetures temporaires d’une quinzaine de centrales. C’est égal à la production des centrales au charbon que l’on devait fermer, promis-juré, mais que l’on a heureusement gardées ou rouvertes.

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Les renouvelablophiles (parfois renouvelablofous) vont crier que cette statistique portant sur une heure soigneusement choisie ne signifie rien du tout, et qu’elle est tendancieuse et malhonnête. Ils feront là une assez grossière faute de raisonnement. Bien sûr que cumulée sur toutes les heures de l’année, la production de renouvelables intermittents est bien supérieure à 3% (elle est en d’environ 8%), mais c’est cette moyenne-là qui ne signifie rien du tout. Elle fait penser à cet étang dont la profondeur moyenne était de 1 mètre, et dans lequel un sot qui ne savait pas nager croyait pouvoir s’avancer sans crainte : il tomba dans un trou de 3 mètres, et se noya. La réalité est que la demande d’électricité est variable dans le temps, forte à 19 heures, faible à 3 heures du matin, et donc que le système doit produire beaucoup à 19 heures, et peu à 3 heures. Il doit être capable de faire face aux pointes, sauf à risquer la grande panne. Et le fait est qu’on ne peut pas faire confiance aux renouvelables à cet effet. Ce qui est mensonger, c’est le discours si souvent entendu : tel champs d’éolienne produira l’électricité nécessaire à une ville comme Saumur. Pauvres Saumurois, s’ils n’avaient que cette électricité-là, ils ne regarderaient la télévision qu’un soir sur quatre. On peut aussi souligner que la pointe du soir du 5 décembre n’était pas exceptionnelle : il doit bien y avoir chaque année plusieurs centaines d’heures comparables.

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La France a investi plus de 60 milliards d’euros dans les renouvelables, à comparer avec les 100 milliards (en euros d’aujourd’hui) investis dans le nucléaire. 60 milliards pour satisfaire (pendant 20 ans) 3% de la pointe du soir du 5 décembre contre 100 milliards pour satisfaire (pendant trois ou quatre fois plus longtemps) 60% de cette même pointe, le renouvelable n’est pas une très bonne affaire. La France s’apprête à doubler son parc de renouvelable, à dépenser encore 60 milliards (en réalité bien davantage), pour pouvoir porter à 6% la contribution des renouvelables à la satisfaction de la demande d’un soir d’hiver. Quand on aime, on ne compte pas.



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Rémy Prud’homme est professeur d’économie émérite à Paris XII. Ancien directeur de l’environnement à l’OCDE, il a enseigné au MIT et à l’Université de Venise. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont très récemment Les vrais responsables de la crise énergétique (L‘Artilleur, 2022).

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