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Islam: chic, encore une affaire d’images du prophète!

À l’université Hamline, dans le Minnesota, la dictature de la minorité musulmane pourrait finalement coûter son accréditation à l’établissement…


La décision récemment médiatisée de la petite université méthodiste de ne pas conserver Erika López Prater, professeur associé qui avait montré en octobre dernier une peinture représentant l’ange Gabriel et le prophète Mahomet, continue à susciter des remous outre-Atlantique. 

Des associations de défense de la liberté d’expression, mais aussi le Conseil des relations américano-islamiques (CAIR) à son niveau national, contrairement à sa branche minnésotaine, ont critiqué la sanction infligée à l’enseignante, et l’université pourrait perdre son accréditation pour non-respect de la liberté académique. 

Alors que la polémique fait rage et que l’enseignante dont le contrat n’a pas été renouvelé a porté plainte, l’établissement privé, qui n’est pas soumis au premier amendement de la Constitution, vient d’admettre qu’il a commis des erreurs.

C’est l’étudiante Aram Wedatalla qui avait dénoncé le Dr López Prater. En décembre, elle a déclaré dans un journal de l’université qu’elle avait été stupéfaite par un cours : « En tant que musulmane et personne noire, je ne me sens pas à ma place, et je doute avoir jamais ma place dans une communauté où l’on ne m’estime pas en tant que membre, et où l’on ne me montre pas le même respect que je lui montre. » L’étudiante soudanaise, qui préside l’Association des étudiants musulmans de Hamline, vient poser un nouveau défi à la pensée qui a présidé la confection de la démocratie américaine en imposant la volonté de la minorité et en refusant la liberté d’expression.

Free speech

Alexis de Tocqueville n’avait sans doute pas imaginé que la minorité pourrait un jour menacer d’imposer sa volonté à la majorité ou la faire prévaloir sur les libertés. Dans De la démocratie en Amérique, le philosophe dit ne pas connaître « de pays où il règne en général moins d’indépendance d’esprit et de véritable liberté de discussion qu’en Amérique ». Tocqueville souligne aque la majorité y définit les limites de la pensée et que celui qui en sort « est en butte à des dégoûts de tous genres et à des persécutions de tous les jours », et il estime que l’omnipotence de la majorité pourrait conduire à la perte de la liberté, car elle « aura porté les minorités au désespoir ». Son observation est de plus en plus contredite par des faits divers devenus faits de société. La liberté d’expression est de plus en plus menacée par des minorités, tant sur les campus publics soumis au premier amendement que dans les universités privées où la liberté académique est attaquée.

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Mme López Prater avait organisé, le 6 octobre 2022, un cours en ligne sur un « Compendium des chroniques » contenant les premiers récits islamiques illustrés, écrits par Rachid al-Din au XIVe siècle. Sachant que la représentation de Mahomet n’est pas acceptée par tous les musulmans – elle l’est généralement par les chiites -, le professeur avait prévenu les étudiants qu’ils pouvaient s’absenter le temps de la diffusion. Nul n’était censé être surpris, le syllabus de ce cours sur l’art dans le monde indiquait dès la rentrée que des images de Mahomet seraient présentées, et l’enseignante avait déjà demandé au début du semestre aux étudiants de la contacter s’ils avaient des inquiétudes. Aucun d’entre eux n’avait réagi, selon elle. Toutefois, un mois plus tard, l’université lui a signifié que son contrat ne serait pas renouvelé.

La représentation montre l’ange Gabriel pointant son doigt vers Mahomet et lui délivrant la première révélation du Coran. Si elle est, de façon extrapolée, conforme à la foi musulmane selon laquelle le livre saint des musulmans a été révélé à Mahomet par l’intermédiaire de l’ange, elle ne respecte pas l’interdiction aniconique de représenter les anges ou le prophète (liée à la crainte de l’idolâtrie et au refus d’imiter la création divine). Melle Wedattala a saisi l’administration qui a rompu son contrat avec l’enseignante. La présidente de l’université, Fayneese Miller, a cosigné un courriel déclarant que le respect des étudiants musulmans « aurait dû prévaloir sur la liberté académique ». Selon elle, « il était important que [les] étudiants musulmans, comme tous les autres étudiants, se sentent en sécurité, soutenus et respectés à l’intérieur et à l’extérieur [des] salles de classe. » 

Safe spaces pour musulmans sensibles

Le « cercle formidable autour de la pensée » que trace la majorité, ainsi que le dénonçait Tocqueville, est désormais le cadre fixé par la minorité qui le restreint toujours plus. 

En 2017, Bret Weinstein, un professeur de biologie, avait dû démissionner de l’Evergreen State College après avoir dénoncé la discrimination envers les étudiants blancs priés de ne pas se présenter durant une journée sur le campus. Invité à témoigner devant le Congrès en mai 2018, Weinstein avait déploré la fin de la culture du débat dans l’enseignement supérieur : « Lorsque les gens s’auto-censurent parce qu’ils redoutent d’être stigmatisés, ils peuvent ne jamais se rendre là où quelqu’un bloquerait leur discours ; et donc, même s’il n’y a aucune violation technique, l’effet est exactement le même. » L’ancien professeur avait tenu à préciser également que ces restrictions n’étaient « pas seulement une affaire de débats sur le campus, mais aussi de ce qu’un enseignant peut correctement enseigner dans un cours de biologie par exemple ».

Ce développement du « safe space » (espace protégé), notamment dénoncé par l’écrivain Bret Easton Ellis dans White, qui s’étend et où se réfugient des millenials incapables de supporter le débat, aurait-il été instrumentalisé par une étudiante musulmane qui n’ignorait pas le contenu du cours et a décidé de s’y inscrire malgré tout ?

Le 11 janvier, Wedatalla a tenu une conférence de presse avec d’autres étudiants musulmans et la fameuse branche locale du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR). Elle a déclaré être « extrêmement blessée », et ne plus pouvoir suivre ce cours, tout en assurant s’être sentie écoutée par l’administration. Le directeur du CAIR-Minnesota, Jaylani Hussein, a abondé dans son sens en ajoutant que « l’islamophobie peut déployer ses racines partout, y compris dans le cas rencontré à l’université Hamline. » Ces derniers et récents propos arrivent alors que les critiques fusent de partout dans le milieu universitaire et médiatique américain, comme s’il s’agissait d’obliger l’université à ne pas revenir sur sa décision… 

Cependant, au niveau national, le CAIR dit refuser d’utiliser le mot « islamophobie » à la légère, et précise que c’est l’intention prévaut. L’organisation musulmane affirme distinguer entre les professeurs qui analysent des peintures à des fins académiques et les islamophobes qui les montrent pour offenser. Le CAIR, connu pour encourager les élèves, étudiants et parents musulmans à demander des accommodements raisonnables, aurait-il perçu un risque à soutenir les exigences de Melle Wedatalla et la décision scandaleuse de l’université ?

Le soutien à l’enseignante ne faiblit pas

Le Times cite Christian Gruber, professeur d’art islamique à l’université du Michigan, selon qui étudier l’expression artistique musulmane sans cette image issue des manuscrits persans, équivaudrait à faire l’impasse sur le David de Michel-Ange. Le professeur Gruber a lancé une pétition de soutien à sa collègue qui a recueilli plus de 16 000 signatures à ce jour.

Diverses associations soutiennent en outre l’enseignante, dont PEN America qui milite pour la liberté d’expression ou FIRE (Foundation for Individual Rights in Education). Cette dernière a écrit à la Higher Learning Commission (HLC), qui a délivré une accréditation à l’université Hamline, et lui a demandé de la révoquer, car les critères d’agréments ne sont plus respectés. En effet, le point 2.D. des conditions posées par la HLC dispose que « l’institution s’engage à respecter la liberté académique et la liberté d’expression dans la poursuite de la vérité dans l’enseignement et l’apprentissage. » Le 17 janvier, l’université a publié une déclaration disant qu’elle reconnaît que l’emploi du « terme islamophobe était erroné » et a affirmé n’avoir « jamais eu l’intention de laisser supposer que la liberté universitaire était de moindre valeur que celle des étudiants », ajoutant que les deux doivent coexister.Le New York Times souligne un dernier point important : en Amérique, les petits collèges et universités privés comme Hamline rencontrent une baisse des inscriptions et des pressions financières croissantes. Ils tentent donc d’attirer des étudiants des minorités en se montrant très accueillants envers eux.

En ce 21 janvier…

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Le 21 janvier 1793, la Révolution guillotinait Louis XVI. Belle occasion pour notre chroniqueur de revenir sur l’événement à travers quelques romans historiques récents qui tentent de démêler ce qui, dans ces années révolutionnaires, appartenait à la logique, au complot ou aux passions.


Le regretté Jean-François Parot n’a pas eu le temps d’amener son héros, Nicolas Le Floch, jusqu’à la prise de la Bastille. Il avait entamé la série en 1999 — il était conseiller à l’ambassade française à Sofia, et L’Enigme des Blancs-Manteaux paraissait l’année suivante. Il a rédigé 13 romans à la suite, qui partent des dernières années de Louis XV jusqu’à l’aube de la Révolution. Homme de grande culture — je l’avais rencontré et c’était un délice — et gastronome averti (il a préfacé À la table de Nicolas Le Floch, de l’historienne Marion Godfroy, en 2015), il a évoqué de façon fort précise le Paris de ce dernier quart du XVIIIe siècle, qui a vu de si grands bouleversements que ni le roi, tout en indécision, ni ses frères, tout en complots, ni les aristocrates pleins de morgue qui composaient l’entourage de la reine n’ont compris.

Le diplomate et écrivain Jean-François Parot (1946-2018), photographié en 2014

Ce n’était pas facile de prendre la succession d’Alexandre Dumas, qui avait largement défriché le terrain avec Joseph Balsamo, puis Le Collier de la reine et enfin Le Chevalier de Maison-Rouge. Pas facile non plus de ne pas prendre parti. Les passions sont loin d’être éteintes, et les événements même, quoique fort connus, ont eu une ombre portée si considérable qu’au début des années 1960, interrogé par Malraux sur le bilan de la Révolution française, Zhou Enlai avait jeté, avec son sourire énigmatique : « Il est encore trop tôt pour le connaître ». 

Parole d’expert ès révolutions. Et avis à ceux qui jettent des jugements péremptoires sur l’Histoire.

Laurent Joffrin, que l’on connaissait surtout comme journaliste à l’Obs puis à Libé, a relevé le défi de donner une suite aux romans de Parot. Il a fait paraître Le Cadavre du palais-Royal (2021) qui se situe en septembre 1789, puis L’Enigme du Code noir, qui se déroule en 1791. Encore un effort et il parviendra à ces journées de janvier 1793 qui ont vu le procès et l’exécution de Louis XVI — ou Louis Capet, selon que vous choisissez, en ce jour anniversaire, de faire dire une messe ou de manger de la tête de veau.

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Je ne chercherai pas à savoir si Joffrin écrit ses romans historiques tout seul, ou s’il s’entoure de quelques agrégés d’Histoire qui lui préparent des dossiers, comme Maquet le faisait pour Dumas. Je sais seulement que sans être à la hauteur de Parot, qui avait une patte inimitable, Le Cadavre du Palais-Royal se lit facilement. L’auteur y entremêle les fils de la fiction et de l’Histoire, mettant en scène les intérêts divergents (ô combien !) de Philippe d’Orléans et de son âme damnée Choderlos de Laclos (oui, l’auteur des Liaisons dangereuses était un comploteur et a bien failli y laisser la tête), qui se voyait bien remplacer son cousin et lancer en France une monarchie à l’anglaise, et du futur Charles X, poussant le peuple à bout pour inciter son frère à utiliser l’armée contre les Parisiens et à noyer dans le sang les preneurs de Bastille. Il met en scène un Louis XVI conforme à ce que nous en savons, un homme intelligent mais hésitant — c’est fatal en politique —, et une Marie-Antoinette mal entourée d’aristocrates qui pour rien au monde n’auraient voulu renoncer à leurs privilèges. On connaît la suite.

Les Anglais avaient décapité Charles Ier, en 1649, et rétabli la royauté en 1661. Evidemment, c’était déjà une royauté bien moins absolue qu’en France, et la succession de la reine Anne en 1714, en mettant sur le trône l’Electeur de Hanovre, a définitivement placé la couronne britannique dans le peloton de tête des monarchies constitutionnelles. Nous avons nous-même tenté le coup en 1830 en portant aux Tuileries Louis-Philippe, le fils de Philippe-Egalité — qui avait perdu la tête dans l’aventure, neuf mois après son cousin. C’était trop tard, Napoléon était passé par là, les Français, qui ont constamment gardé la nostalgie de Louis XIV, voulaient un vrai monarque, pas un roi bourgeois. Ils ont eu Napoléon III, puis De Gaulle.

Que les présidents qui ont succédé au grand Charles n’aient pas eu sa stature est une autre affaire. Nous sommes de toute évidence orphelins d’un souverain. Et Macron, gestionnaire d’intérêts divers, n’a pas le format. Ni personne, pour le moment. Et de grands intérêts cherchent à faire le maximum d’argent sans renoncer à leurs privilèges. Toute ressemblance…

Ça va mal finir.

Laurent Joffrin, novembre 2017.

Vous pouvez assurément lire les romans de Laurent Joffrin : les ingrédients y sont, les bons petits plats de la cuisine française du XVIIIe siècle aussi, et il y a un peu plus de fesse que dans les romans de Parot, qui s’intéressaient à d’autres plaisirs de la chair. Vous pouvez aussi lire les romans qu’Alexandre Dumas a consacrés à cette période : après tout, son père, le général Dumas, a fait ses armes sous la Révolution, et le romancier écrivait alors que certains protagonistes de ces années sanglantes étaient toujours en vie. Mais si les 1500 pages de Joseph Balsamo ou les horreurs sanglantes de Maison-Rouge vous effraient, il reste la possibilité de commencer en douceur avec les 300 pages de Joffrin, plus adaptées à nos habitudes modernes de lecture. 

Même si stylistiquement je préfère Dumas, dont j’ai jadis écrit une biographie — mais c’est une autre histoire…

Le cadavre du Palais-Royal

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À la table de Nicolas le Floch

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Le Chevalier de Maison-Rouge: Épisode de 93

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Alexandre Dumas ou les Aventures d'un romancier

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Prise de tête pour la tête du PS

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Quand une divergence tactique masque une divergence idéologique, c’est le chaos dans un PS résiduel. La crise est ouverte dans le parti, entre le premier secrétaire sortant et son adversaire, qui revendiquent chacun la victoire. Un communiqué faisait état d’une avance de seulement 393 voix pour Olivier Faure, vendredi, et des accusations de triche fusent de toutes parts depuis. Le billet politique de l’écrivain Jérôme Leroy.


Il y a les étonnants voyageurs, dans un excellent festival littéraire à Saint-Malo, et puis il y a les étonnants socialistes ! Le deuxième tour du vote pour désigner le premier secrétaire a tourné à la tragi-comédie et offert un de ces spectacles désolants dont les partis politiques en crise (souvenons-nous de l’affrontement entre Copé et Fillon pour le contrôle de l’UMP) ont le secret. 

La transparence, fétiche moderne fâcheux

Sans doute parce que c’est une erreur pour un parti de fonctionner à ciel ouvert. La transparence, ce fétiche moderne, expose maintenant, via les réseaux sociaux et les débats organisés par les chaines infos, des déchirements qui ne concernaient que les militants. Les socialistes ont inventé les courants, tous les partis leur ont plus ou moins emboité le pas. Allez vérifier du côté de LR ou de Renaissance (où des députés refusent déjà de voter le projet de réforme des retraites en l’état) si la situation est meilleure. Dans les grandes années de la Vème, les gaullistes et les communistes avaient compris ça : un parti, ça fonctionne en désignant un chef qui, une fois qu’il a été désigné, ne veut plus voir qu’une seule tête. Maintenant, on continue, même après la désignation, à s’engueuler au sein de la même boutique. À l’image de la société, sans doute, de plus en plus fragmentée. Ce refus d’être minoritaire, ou d’imposer sa loi même en étant minoritaire, comme l’a fait le maire de Rouen qui se retrouve à moins de 400 voix derrière Olivier Faure, est un symptôme de ce que nous sommes tous devenus.

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Nicolas Mayer-Rossignol avait expliqué que sa différence avec Olivier Faure était uniquement tactique : faire l’union à gauche en prenant ses distances avec la Nupes. Il aurait été sans doute bien avisé d’expliquer comment, avec, 1, 75% aux présidentielles, il comptait s’y prendre. Être soutenu par de grands barons locaux comme le maire de Montpellier ou… Anne Hidalgo ne suffit pas. Ce qu’on appelait le peuple de gauche est… à gauche. Et le PS qui était son principal représentant, l’a complètement oublié sous Hollande.

Une virulence des échanges entre socialistes qui révèle la différence idéologique

Il faut croire, vu la virulence des échanges entre les candidats et leurs partisans, que la divergence tactique est en fait une différence idéologique. Finalement, en écoutant mieux, on comprend assez vite que Nicolas Mayer-Rossignol, c’est la gauche Terra-Nova, celle qui veut faire sans le peuple, en s’appuyant de manière intersectionnelle sur les minorités. Il suffit de voir comment il a allumé le feu dans la ville de Jeanne d’Arc en voulant, sans succès, il y a quelques mois, se débarrasser définitivement de la statue équestre de Napoléon devant l’Hôtel de Ville sous prétexte d’une restauration du monument.

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Faure, lui, reste très « première gauche ». Il voudrait, comme Ruffin ou Roussel, renouer avec les classes populaires et apparaître, in fine, comme le plus réaliste pour pouvoir accéder au pouvoir, ce qu’a déjà compris Ruffin qui s’est déclaré, à la rentrée, « social-démocrate » (!), loin de l’indigénisme fumeux de certains Insoumis. 

Et surtout, Faure ne voit pas tellement comment, et nous non plus, mener cette politique à l’extérieur de la Nupes.

Parce que contrairement au novice Nicolas Mayer-Rossignol, Olivier Faure est conscient d’une évidence. Quand, il y a quinze ans, Aubry a battu Royal, de manière tout aussi ric-rac, il y avait 200 000 votants. Il y en a eu, cette fois-ci, dix fois moins…

Les derniers jours des fauves

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L’armée française, le grand déclassement

Le président Macron a dévoilé vendredi les grandes orientations de la future loi de programmation militaire 2024-2030, augmentant les budgets d’un tiers. La France hésite à doter nos soldats d’un budget à la hauteur des missions qui les attendent. L’armée de terre compte ses munitions, la marine appareille des navires low cost et l’armée de l’air ne peut qu’acter les retards de livraison. Pendant ce temps-là, l’Allemagne et la Pologne débloquent des milliards par dizaines.


« Pour que les conséquences apparaissent aux Nations, il faut des catastrophes ou le recul de l’histoire », écrivait Jacques Bainville en introduction de son célèbre Les Conséquences politiques de la paix (1920), où il prédisait que le traité de Versailles engendrerait tôt ou tard une nouvelle guerre avec l’Allemagne. Pour l’heure, le retour de la guerre en Europe demeure à peu près circonscrit à l’Ukraine, nonobstant quelques alertes inquiétantes, comme la destruction des gazoducs Nord Stream 1 et 2 au fond de la Baltique en octobre. Mais ce choc géopolitique a d’ores et déjà conduit Berlin et Varsovie à des décisions radicales. L’Allemagne pacifiste a débloqué 100 milliards pour reconstituer « l’armée la mieux équipée d’Europe ». La Pologne s’emploie à doubler ses effectifs et à tripler ses crédits pour lui disputer le leadership militaire. En juillet, le gouvernement de Mateusz Morawiecki signait un contrat avec la Corée du Sud portant sur l’acquisition de 1 000 chars lourds K2 Black Panther ; aucune armée occidentale n’en possède autant. Et pendant ce temps, à Paris, où l’on revendique volontiers le titre de première puissance militaire d’Europe, ça tergiverse.

Il faut passer en économie de guerre

Le 13 juillet, à l’Hôtel de Brienne, Emmanuel Macron avait pourtant dit aux militaires : « Tout confirme notre analyse stratégique de la menace […]. La défense est la première raison d’être de l’État, s’il faut aller plus loin, nous le ferons. » Séance tenante, les spécialistes mettaient en chantier une nouvelle copie de la loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 qui crante l’augmentation du budget annuel des armées de 36 à 50 milliards d’euros. Le ministre Sébastien Lecornu, qui pilote ces travaux en direct, promettait cet automne qu’un projet actualisé serait finalisé avant Noël. Or, à la mi-décembre, l’Élysée n’avait toujours pas validé le nouveau périmètre financier de future LPM, qui couvrira la période 2024-2030. Sans ce cadrage, il est impossible, expliquent les spécialistes militaires, de fixer des ambitions opérationnelles, d’arrêter des volumes de forces et de matériels, de planifier des calendriers de commandes et de livraisons. « À l’Élysée, le président a soulevé le capot et cherche à tout comprendre du moteur LPM ; il interroge la cohérence des modèles qu’on lui propose. De son côté, son ministre pose les questions pertinentes du novice et n’obtient pas de réponses satisfaisantes », lâche une bonne source. Ambiance.

Le général Pierre de Villiers, ancien chef d’état-major des armées, déclare à l’antenne de BFM TV début novembre : « Il faut se dépêcher en adaptant les procédures : c’est maintenant et pas dans six mois qu’il faut adopter la nouvelle LPM. […] Il est urgent de passer à la vitesse supérieure pour rétablir la cohérence entre les menaces, que l’on connaît, les moyens et les missions confiées aux armées. Trois milliards de plus par an, c’est insuffisant. À nouvelle situation, nouveaux moyens. » Selon la LPM en cours d’exécution, il était prévu de livrer aux cavaliers de l’armée de terre un seul char Leclerc rénové en 2022, 80 en 2025 et 200 – soit la totalité du parc  existant – en 2030… Lors de son audition au Parlement fin juillet, l’amiral Pierre Vandier, le chef d’état-major de la marine, explique : « Malgré tout ce qui a été fait – et dont je suis profondément reconnaissant –, la marine va continuer de voir sa taille diminuer pendant les deux prochaines années. Depuis 1945, la flotte na jamais été aussi petite quaujourdhui. » Ces propos sans fard lui valent des remontrances du Château. Le nouveau mantra élyséen est : « Il faut passer en économie de guerre. » Cela ne se décide pas en un claquement de doigts, rétorquent en coulisse les industriels. Ils attendront des commandes fermes supplémentaires avant d’investir dans de nouvelles lignes de production.

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Les experts de l’état-major des armées travaillent sur un budget en hausse de 100 milliards d’euros pour la période 2024-2030 par rapport à celui de LPM 2019-2025. Selon que l’enveloppe définitive sera arrêtée à 375, 410 ou 425 milliards d’euros (les trois scenarii sont sur la table), le visage de nos armées en sera profondément modifié. Une vraie interrogation émerge désormais sur le maintien ou non de toutes leurs capacités actuelles, que relaie ainsi une source parlementaire : « Faut-il viser le maintien d’un “modèle complet”, au risque de s’abîmer dans une compétition perdue d’avance avec les États-Unis ou la Chine, aux moyens cent fois supérieurs aux nôtres, ou préférer l’ambition de viser un “modèle cohérent” ? » Le diable se cache dans les détails. En intégrant le coût de l’inflation, la part de l’investissement sanctuarisé pour la modernisation de la dissuasion (environ 12 % du budget annuel), les programmes majeurs lancés auquel il serait compliqué de toucher sans créer des déséquilibres structurels et la liste des « trous capacitaires » dont le comblement est devenu très urgent depuis l’éclatement de la guerre en Ukraine, les financiers militaires n’auront en réalité qu’environ 30 % de ce montant global d’augmentation à répartir entre les armées.

Une équation délicate

Cohérence ? Les terriens réfléchissent sérieusement à baisser le volume cible des leurs nouveaux blindés de la génération Scorpion (Griffon, Jaguar, Serval) pour être livrés, en contrepartie, des quantités correspondantes de pièces de rechange et de munitions. Un rapport percutant sur les stocks militaires, publié en fin d’année par l’Institut français des relations internationales (IFRI), confirme ce que l’on savait : « La professionnalisation des forces armées, l’application de la “révision générale des politiques publiques” (RGPP) et les conséquences de la crise de 2008 ont contribué à l’éviction d’une logique de stocks au profit d’un fonctionnement en flux tendu généralisé, destiné à limiter les coûts. » Pour forger une « armée de terre de combat », le nouveau slogan (pléonastique) de son patron, le général Pierre Schill, il devient urgent, aussi, à l’aune des leçons de l’Ukraine, de reconstituer son artillerie, une autre variable d’ajustement des coupes budgétaires passées. Elle dispose d’un nombre « échantillonnaire » de canons Caesar (76 moins les 18 ponctionnés pour l’Ukraine) et de systèmes Mamba de défense sol-air. Il faut en outre enrichir cette panoplie de systèmes de tir dans la grande profondeur du champ de bataille, de radars de contre-batterie et de drones – les Britanniques en auront 10 000 d’ici 2030, a promis récemment leur chef, l’amiral Tony Radakin.

Pour les aviateurs et les marins, l’équation est plus délicate. Leurs systèmes d’armes sont très coûteux, plus longs à produire, avec des impacts majeurs sur la compétitivité de notre industrie à l’export. En 2022, le général Stéphane Mille, chef  de l’armée de l’air et de l’espace, a dû accepter de voir son parc de Rafale ponctionné. De plus, des appareils neufs attendus ne seront pas livrés en temps voulu afin de servir les nouveaux clients de Dassault, la Grèce et la Croatie. Conséquence, en 2023, l’entraînement de ses pilotes de chasse sera limité à 150 heures par personne, a-t-il prévenu. Pour retrouver de « l’épaisseur », il souhaite que la cible des 185 Rafales arrêtée pour 2030 passe à 225. De son côté, l’amiral Vandier a sauvé son format de 15 frégates de premier rang en échangeant les cinq dernières « Fremm » (le top de la technologie navale) programmées contre cinq FDI, une version low cost destinée à l’export ; en haute mer, les équipages ressentiront la différence. Résultat de la politique des « dividendes de la paix », la liste des bâtiments à remplacer simultanément est longue, même si elle a été calculée au plus juste. Et à ces priorités « pour sauver le modèle » s’ajoutent, encore, les investissements qui permettront aux armées de se battre dans les « nouveaux champs de la conflictualité » : dans l’espace, dans le cyberespace, dans les grands fonds marins, dont la guerre d’Ukraine souligne l’importance.

Pour l’Allemagne de Scholz, l’ennemi est désormais tout désigné, c’est la Russie. Son armée va donc renouer avec la « masse ». Pour sa part, la France d’Emmanuel Macron ambitionne de conserver son rôle de « puissance d’équilibre », selon le terme consacré dans la « Revue nationale stratégique » publiée cet automne. Mais qu’est-ce que cela veut dire exactement ? s’interrogent les militaires, qui écartent, eux, l’hypothèse d’une guerre contre la Russie. Ils réclament à l’exécutif des priorités claires ou, à défaut, les moyens de sauver le format complet de nos armées et de moderniser leurs armes pour ne pas qu’elles soient déclassées par rapport à celles de leurs compétiteurs probables. À commencer par la Turquie, qui avance ses pions dans nos zones d’intérêt, de la Méditerranée à l’Afrique. Grâce à ses armées, la France peut encore, tout à la fois, rayonner dans l’Indo-Pacifique, porter secours au pied levé au Liban, épauler les policiers et les gendarmes sur le territoire national en déployant l’opération Sentinelle ou préserver son influence en Afrique avec ses éléments prépositionnés. Seule certitude à ce jour, Emmanuel Macron veut que les armées doublent le nombre de leurs réservistes pour atteindre 80 000 volontaires. Il faut sauver le soldat SNU, l’alfa et l’omega macronien de la lutte contre le délitement de la cohésion nationale. Tout un programme.

Les conséquences politiques de la paix

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Malgré tout, les opérations continuent
Après les steppes sahéliennes, direction les grandes plaines d’Europe continentale
Fin août, discrètement, l’armée française a mis un terme à sa présence au Mali, après neuf ans de présence. Sur fond d’échec, Paris amorce son retrait de la bande sahélo-saharienne (BSS). Nos militaires ont accumulé les succès tactiques contre les katibas terroristes des franchises d’Al-Qaida et de l’État islamique, mais sans réussir à endiguer le ralliement des populations à leurs porte-drapeaux politiques et religieux. Nos diplomates ont été incapables de transformer les avancées sécuritaires en gains sur le front de la gouvernance et du développement économique. Ils sont paralysés par leurs dogmes des droits de l’homme – pas d’ingérence – et du « multilatéralisme » européen. La colère d’Emmanuel Macron contre les putschistes maliens et l’immixtion de la Russie dans le huis clos malien, avec l’envoi des milices de Wagner, ont achevé de pourrir la situation.
Paris conserve aujourd’hui 2 000 hommes dans la BSS, essentiellement au Niger et au Tchad, mais le climat se dégrade vite. Nos forces spéciales sont sur le point de quitter le Burkina Faso pour échapper à l’instrumentalisation des groupes qui s’affrontent. Paris s’interroge aussi sur le maintien des bases prépositionnées en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Un courant au sein de l’exécutif plaide pour leur suppression afin de ne pas prêter flanc au sentiment antifrançais à la veille d’élections présidentielles qui s’annoncent compliquées. Sans ces points d’ancrage, il sera beaucoup plus difficile d’intervenir en urgence pour défendre nos intérêts et protéger nos nombreux ressortissants : le délitement accéléré des États et la poussée vers le sud et l’ouest de l’hydre islamo-mafieuse menacent désormais toute l’Afrique de l’Ouest.
Volontiers va-t-en guerre contre la Russie, les mêmes poussent l’état-major à redéployer ses troupes à l’est de l’Europe pour « réassurer » le flanc de l’OTAN. De l’Estonie à la Roumanie, près de 1 500 hommes sont déjà à pied d’oeuvre, auxquels s’ajoutent les 3 000 marins des bâtiments envoyés en Baltique et en Méditerranée. Et 8 000 hommes sont en alerte sur le territoire pour armer, le cas échéant, l’échelon d’urgence de la force de réaction rapide de l’OTAN (40 000 hommes). La France assume ce rôle pendant un an. Sa contribution à l’OTAN est appelée à augmenter singulièrement dans les prochains mois. La transformation inédite de l’Alliance, actée au sommet de Madrid, cet été, prévoit que ses membres soient bientôt capables de constituer une force de 100 000 hommes en moins de dix jours et de doubler la mise à trente jours. Notre outil militaire en sera remodelé en profondeur. Pour quels gains politiques ?

Bécassine au Togo

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Un jour que des élèves de première étaient venus la trouver pour un texte sur les migrations, Bécassine lut que « ceux qui quittaient tout étaient courageux ». Elle ne doute pas un instant que de tout quitter exige du courage, mais une question s’est posée à elle: et ceux qui restent, ils seraient lâches ?!

Il s’agissait en la demeure de migrants africains qui avaient traversé la Méditerranée ; pour la plupart hommes de 18 à 35 ans, donc dans la force de l’âge, et laissant derrière eux femmes, enfants et vieillards, avec quelques mûrs au milieu.

Il arrive que Bécassine regarde la télévision et un jour, elle est tombée sur un documentaire qui passait sur LCI et qui s’intitulait « Choco-Togo ». Ecrit par Roger Adzafo et réalisé par Espoir Agbogan, ce documentaire mettait en scène la démarche proprement stupéfiante d’un homme nommé Komi Agbokou qui avait décidé de venir en Europe, mais pas pour y rester, non, pour apprendre en Italie, en Belgique et en France comment fabriquer le chocolat. Pourquoi ? Parce qu’il aimait ça ? Pas que.

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Partant du principe que son pays, petit producteur de fèves de cacao mais producteur quand même, subissait d’une part des prix fixés à 5000 kilomètres de là à la Bourse de Londres ; prix qui ne valaient pas grand-chose et qui appauvrissaient le pays, et que, d’autre part, la majorité des Togolais n’avaient jamais vu une plaquette de chocolat de leur vie et y avaient encore moins goûté, il décida ceci :

Qu’il était grand temps que ceux qui produisent les fèves en goûtassent également leur transformation, qu’il était grand temps aussi d’augmenter la qualité du produit pour faire concurrence au trop sucré importé et qu’il était plus que nécessaire par ailleurs de doubler le prix de la fève au profit des producteurs. Grâce à une usine de transformation qu’il mit sur pied, il put se le permettre et créa un certain nombre de coopératives où des femmes travaillèrent ; ce qui n’était pas acquis dans ce pays. Mais sa force de persuasion eut raison des réticences des maris…

Bécassine se souvint d’avoir à la fois ri et pleuré lorsque Komi, tel le commis voyageur sillonnant inlassablement le pays, montrait à des villageois réunis sur la grande place, des plaquettes de chocolat dont ils n’avaient pas idée et du sourire des mômes goûtant un carré du divin produit pour la première fois.

Elle n’oublia pas non plus une phrase qu’il prononça : «  Mais qu’est-ce qu’ils vont mourir en Méditerranée, les africains ! Il y a des choses à faire ici ! »

Bécassine a raconté à ses élèves l’histoire de Komi et de « Togochoco » et leur a posé la question suivante :

«  À présent, de quel côté est le courage ?… »

Jeudi noir: Macron royalement indifférent

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Emmanuel Macron ne surprend plus, il déçoit…


Un article récent du Parisien titré : Emmanuel Macron, la stratégie de l’effet de surprise permanent analysait la volonté du président de « prendre de court ses ministres et les administrations » pour les confronter à « une pratique déstabilisante mais totalement assumée ». Cette dernière n’a-t-elle pas révélé ses limites ?

Le 18 janvier, lors du Conseil des ministres, Emmanuel Macron dénonce « les contrevérités et les mensonges » des socialistes en rappelant la réforme de Marisol Touraine et les 43 années de cotisations.

C’est plus calme de l’autre côté des Pyrénées

Puis le 19 – la journée organisée contre le projet de réforme des retraites a été suivie massivement au-delà même des espérances syndicales -, il s’est trouvé à Barcelone en Espagne, avec quelques ministres, pour le sommet France-Espagne et signer un accord d’amitié franco-espagnol dont la date aurait sans doute pu être déplacée même si le rendez-vous était pris depuis l’automne. Olivier Dussopt, le ministre du Travail, était resté, lui, à Paris. Le président aura eu tout de même le temps de disserter sur la littérature dans un quotidien avec un écrivain espagnol : « la littérature il n’y a que ça de vrai » ! Cette affirmation n’imposait aucune précipitation…

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Philippe Martinez souligne bien sûr que pour le président « ç’aurait été le moment de rester en France ». Mais il lui fallait surprendre et afficher une sorte d’indifférence royale et de décalage condescendant à l’égard de ce qui allait se dérouler dans notre pays et qui était un moment capital. Pour résumer ma pensée, rien de plus lassant, telle une perverse prévisibilité, que cet « effet de surprise permanent » qui donne le tournis au citoyen et lui fait regretter la stabilité, même avec leurs humeurs, de certains de ses prédécesseurs, par exemple Georges Pompidou il y a 50 ans, avec la synthèse qu’il avait su accomplir entre majesté et simplicité.

On pourrait reprendre beaucoup des actes et des interventions passés du président, quelle que soit leur tonalité, et on constaterait à quel point la politique du « en même temps » ne l’a jamais été en réalité, dévoyée par des embardées successives et contradictoires moins fondées sur un souci de plénitude que par un opportunisme cousu souvent de démagogie. Avec d’ailleurs une très médiocre intuition de ce à quoi aspire le sentiment populaire.

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Notamment, dans un domaine qui m’est cher, quand affichant parfois son soutien aux forces de l’ordre, il éprouve aussi le besoin de se mêler de l’affaire Michel Zecler avec une précipitation dont il aurait dû se défier. Mais, pour lui, la parole présidentielle n’est pas destinée à dire le vrai, et donc souvent à se retarder, voire à s’abstenir, mais à causer un choc : comme il est bien ce président qui prend les devoirs de sa mission à rebrousse-poil !

Oui, on voudrait un président normal

Ces superficialités multiples se succédant pour surprendre, comme si la nouveauté exemplaire d’un pouvoir devait se nicher dans ces coups d’éclat, dans cette affirmation de soi comme seul dénominateur d’entreprises et de propos disparates, donnent l’impression que le président endosse les convictions comme autant de costumes et que, s’il sait être brillant, il n’est jamais rassurant. La surprise permanente est un leurre. La déception qui en résulte peut être durable, tenace, définitive. On a toujours tort de fuir la normalité présidentielle, qui n’a rien à voir avec le concept développé par François Hollande. Pour moi, une authentique normalité présidentielle serait de savoir apposer sur la France et donc, par son entremise, sur le monde, une vision de simplicité vraie, de justice irréfutable et de courage admiré. Utopie ?

Faut-il avoir peur de l’éco-terrorisme?

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Une vision radicale de l’écologie inspire de véritables milices de l’eschatologie climatique qui affrontent la société. La revue amie Conflits analyse cette nouvelle menace pour l’ordre public et la cohésion sociale, et cette insurrection qui revient là où on ne l’attendait pas forcément…


Signe du retour de « l’action directe », des heurts violents accompagnent de nombreux projets d’aménagement du territoire (Sainte Soline, Bure, Roybon ou Notre-Dame-des-Landes). Si l’écologie aiguillonne utilement le débat public, une vision radicale de celle-ci inspire de véritables milices de l’eschatologie climatique qui affrontent l’État. Ces affrontements passent, pour la plupart, inaperçus dans la presse nationale. S’ils sont évoqués, ce n’est que sous l’angle des arguments favorables ou opposés au projet. À la marge, les « casseurs », les « radicaux », les « militants violents » sont évoqués, unanimement décrits comme exogènes au mouvement dont l’action s’en trouverait ainsi polluée. Or, rien n’est plus inexact.

Cette violence, loin d’être marginale et accidentelle, est le fruit d’une stratégie consciente, théorisée, mise en œuvre par des organisations liées idéologiquement et sociologiquement à des groupes légaux. Revendiquant une légitimité de rupture, ces organisations s’inscrivent en marge du droit commun. Elles tirent profit des libertés des sociétés démocratiques (liberté de réunion, d’association, d’expression) pour mieux combattre les institutions et promouvoir un modèle anticapitaliste révolutionnaire. Si l’intensité de la violence peut faire débat en leur sein, l’usage de celle-ci, en revanche, n’est plus discuté. Le retour en force d’un avatar de la violence politique ancré dans la mouvance anarcho-autonome s’accompagne d’un projet séparatiste. Ses conséquences sont profondes et affectent la paix civile, mais potentiellement, aussi, la compétitivité de l’économie française et la souveraineté alimentaire dans un contexte de mondialisation économique agressive.

Un séparatisme qui bascule de la « désobéissance civile » à la violence

Si la non-violence a longtemps été un principe d’action dominant au sein des groupes contestataires depuis les années 1960, la question de la violence est, néanmoins, éternellement débattue. Les avatars de la violence révolutionnaire ressurgissent à chaque génération depuis le XIXe siècle. La violence de masse (émeute) et le terrorisme sont les deux spectres qui hantent les luttes sociales. Désormais orpheline des mouvements marxistes depuis 1991, la violence révolutionnaire redevient objet de débats lors des grands combats altermondialistes des années 1990 et 2000. Aux soubresauts terroristes de la Rote Armee Fraktion (RAF) et d’Action Directe (AD) répondent les violences collectives des sommets de Seattle (1999), Gènes (2001) et de l’OTAN à Strasbourg (2009) qui marquent la résurgence de l’insurrection tournant le dos au terrorisme de la génération précédente. Au tournant des années 2000, la réflexion sur la contestation anticapitaliste aboutit au constat de l’échec de la non-violence. L’écologie, partagée depuis sa naissance entre réformisme et action révolutionnaire, n’échappe pas à la règle.

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La « désobéissance civile » est une méthode de lutte qui jouit d’une réputation favorable dans l’opinion. Renvoyant à des combats et des figures emblématiques telles que Martin Luther King ou Gandhi, cette méthode de lutte naît aux États-Unis au XIXe siècle lorsque David Henry Thoreau refuse de payer l’impôt qui finance l’esclavage qu’il désapprouve. Il la théorise dans son livre Resistance to Civil Government [1]. Pour autant, si la désobéissance civile est, à l’origine, la résistance passive du citoyen refusant de se soumettre à une obligation légale, la pratique militante contemporaine va bien au-delà. Elle va de la simple obstruction à la liberté de circulation, jusqu’aux dégradations voire destructions d’installations ou d’entreprises dénoncées pour leur impact négatif sur l’environnement. L’attaque de l’usine Lafarge à Bouc-bel-Air le 10 décembre 2022 ou les destructions de réserves d’eau à usage agricole dans le marais poitevin (à ce jour 13 réserves ont été dégradées, voire détruites) découlent de la mise en œuvre de la doctrine de la « désobéissance civile » revisitée par les théoriciens et militants de la génération actuelle. L’esprit des promoteurs initiaux de la « désobéissance civile » qui voulaient que nul ne subisse de préjudice de leur action militante est bien mort.

Une bascule vers la violence

Cette bascule résulte de débats internes où s’est imposée la notion « d’urgence climatique » et son corollaire, la « légitime défense climatique » [2], qui porte comme un absolu le combat pour la défense de l’environnement devant lequel toute autre rationalité doit s’effacer. La notion de  « désarmement » (entendre sabotage) des outils qui « agressent » la Terre, promue par des philosophes tels que Andréas Malm [3] et la révocation, au début des années 2000, du primat de la non-violence sous l’influence, en particulier de Peter Gelderloos [4], accompagnent cette bascule conceptuelle.

La « route des chicanes » », qui traversait la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et était prétendument interdite à la circulation, 16 janvier 2018 © Sébastien Salom Gomis/SIPA

La violence réhabilitée se met au service d’un absolu mystique et politique : sauver « Gaïa », la « Terre-Mère [5] », sauvagement « agressée » par le capitalisme. Cet activisme nourri d’utopie repose sur une croyance presque mystique qui porte les militants (dont l’étymologie renvoie au champ sémantique religieux en désignant, au Moyen-Age, celui qui « …appartient à la milice de Jésus-Christ [6] ») à croire que le système s’écroulera sous l’impulsion d’une poignée d’activistes qui secouent la torpeur des citoyens asservis qui, les yeux ainsi dessillés, jettent leurs chaînes.

Ce militantisme en quête d’absolu réfute la légalité républicaine. Des groupes, à l’image des « Soulèvements de la Terre » ou du « comité invisible », militent pour l’instauration d’…

>> Lire la fin de l’article sur le site de Conflits <<


[1] Désobéissance civile, universalis.fr

[2] https://lapenseeecologique.com/etat-de-necessite-droit-penal-climatique/

[3] Andréas Malm, Comment saboter un pipeline, Ed. La Fabrique. Voir aussi : https://reporterre.net/Blocage-desarmement-A-la-Zad-deux-jours-de-reflexion-sur-les-luttes: « Désarmer plutôt que saboter.  Dégrader du matériel durant une action de désobéissance civile est en effet une ligne rouge que beaucoup n’osent pas encore franchir. Mais face à l’impuissance des mobilisations citoyennes et non-violentes, comment aller plus loin ? Quels sont les risques encourus ? Quelles conséquences politiques sur les alliances avec les associations plus institutionnelles ? À Notre-Dame-des-Landes, ces questions ont agité moult débats durant lesquels le mot « sabotage » n’a été que rarement prononcé, les activistes lui préférant le terme « désarmement ». Une subtilité sémantique cruciale afin de bousculer l’imaginaire politique. »

[4] Peter Gelderloos, Comment la non-violence protège l’État. Essai sur l’inefficacité des mouvements sociaux, éditions Libre, 2018.

[5] http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-thematiques/fait-religieux-et-construction-de-l-espace/corpus-documentaire/gaia-hypothese-scientifique-veneration-neopaienne-et-intrusion

[6] https://www.littre.org/definition/militant

«C’est pas l’Afrique, ici…»

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L’assassinat au couteau du jeune Tidiane, à Thiais (94), illustre la fragilité de notre paix civile, analyse Céline Pina.


« On est en France, on n’est pas en Afrique », c’est ainsi que se termine, à la télévision, l’extrait du témoignage de la sœur de Tidiane, 16 ans, assassiné à Thiais devant l’entrée de son lycée par un jeune du même âge, ce lundi 16 janvier.

Sur fond de règlement de comptes entre bandes rivales, son petit frère a été victime d’un véritable guet-apens. Difficile de connaitre les motivations de ceux qui ont monté ce sinistre piège. La raison invoquée, pour aussi stupide qu’elle soit, est la toile de fond de bien des violences urbaines : une rivalité entre quartiers. Personne ne se souvient exactement comment elle a bien pu commencer. Des jeunes dépourvus de conscience et d’éducation croient que l’on est un homme si on inspire la peur et que recourir à la violence prouve sa virilité. Cette histoire parle donc surtout de l’existence de zones de non-droit républicain où les habitants sont les premières victimes de la violence tribale. Car à défaut de droit il y a bien un pouvoir qui s’exerce sur ces territoires : la loi du plus fort. Ou de celui qui n’a aucune limite.

A lire aussi, Gabriel Robin: Thiais, Gare du Nord, Strasbourg: le vol noir des couteaux sur la plaine

Promesse républicaine trahie

Quand la sœur de l’adolescent poignardé fait une comparaison entre la France et l’Afrique, il ne s’agit pas d’une référence « raciste » ou une façon de caricaturer tout un continent. Heureusement pour elle, le fait que la jeune femme ait la peau noire la sauve d’accusations gratuites qui ajouteraient au chagrin de la perte de son frère, la cabale des professionnels du procès en racisme. Nous comprenons tous ce qu’elle tente d’exprimer dans cette périphrase. Elle oppose deux images. D’abord celle de la France, censée incarner l’Etat de droit, et censée être constituée de sociétés apaisées dont le rapport à la loi garantit la liberté. La France est pour elle le nom d’un pays où la sécurité des habitants devrait être assurée et où des hordes tribales n’exercent pas leur domination. Elle l’oppose à une Afrique vue comme instable, où vous pouvez vous faire massacrer pour une question ethnique ou territoriale. Derrière cette expression qui lui est venue, il y a sans doute la démarche originelle de ses ascendants qui sont venus chercher en France une vie meilleure et une stabilité nouvelle, mais il y a surtout une immense déception, une promesse trahie : son frère est mort dans une expédition punitive qui lui rappelle les désordres de pays africains, souvent secoués par des crises violentes. Sauf que ce n’est pas dans un pays d’Afrique que son frère a été tué, mais ici, à quelques kilomètres de Paris.

Des expéditions punitives pas inhabituelles, des bandes de jeunes incontrôlables

Juste avant la phrase polémique, elle et un autre de ses frères avaient raconté comment la bande venue de Choisy-le-Roi avait investi les rues menant au lycée, filtrant les accès pour trouver des jeunes habitant la cité dont ils voulaient se « venger ». Une prise de contrôle qui n’avait fait réagir personne et dont ils semblaient dire qu’elle n’était pas inhabituelle.

A lire ensuite, Ingrid Riocreux: Violences au Stade de France : ne dites pas «racailles» mais dites… quoi?

Ce filtrage pour identifier les habitants d’un quartier désignés comme des ennemis à éliminer rappelle des scènes de guerre civile.

Un drame prévisible ?

Autre point particulièrement inquiétant, le profil du meurtrier présumé. Ce dernier est, comme on le dit pudiquement, bien connu des services de police et de justice. Impliqué dans plusieurs affaires de violences aggravées, mis en examen, il était sous contrôle judiciaire. Ce qui manifestement ne signifiait rien à ses yeux. Ce jeune de 16 ans avait aussi l’interdiction de se rendre à Thiais, « sauf pour les besoins de sa scolarisation ».  Autrement dit aucun véritable interdit et un cucul-la-pralinisme de la Justice à toute épreuve qui oublie la dangerosité d’un individu pour ceux qui l’entourent et fait comme si des obligations scolaires dont il se contrefiche, justifiait des injonctions contradictoires et mal maîtrisées. L’individu était donc dangereux, récidiviste, participait « avec arme à des attroupements » dès l’âge de 15 ans, est reconnu coupable de violences, mais était en liberté et cultivait un fort sentiment d’impunité que le réel avait contribué à fortifier. En effet, le contrôle judiciaire ne signifiant manifestement rien pour lui, force est de constater qu’un individu dangereux pour les autres et sans conscience de ses responsabilités, a été laissé libre de ses mouvements alors que le drame était prévisible. Le pire est que ce type d’affaires est de plus en plus fréquent dans des quartiers de France où règne le trafic de drogue, où les caïds sont admirés et où des jeunes participent à l’économie souterraine. Les spécialistes de ces questions notent la violence et la dangerosité de certains jeunes, mais apparemment cela n’atteint guère l’institution judiciaire.

30 ans d’action politique inadaptée face à l’ensauvagement et à la délinquance juvénile

Or, pour certains jeunes, déculturés et sans éducation, qui n’ont que la violence comme façon d’être au monde, le seul fait de croiser quelqu’un appartenant à un quartier rival peut suffire à justifier un passage à l’acte meurtrier. D’autant que la réponse pénale ou même éducative est inexistante : dans ce type de quartiers, les éducateurs de rue sont débordés et souvent dépassés. Cela fait 30 ans que cela dure, tous les élus le savent mais rien ne change. 30 ans aussi que l’on organise des CLSPD (Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance) réunissant élus, travailleurs sociaux, police et justice sans que l’on constate beaucoup de progrès sur le front de la délinquance, du trafic et des violences. 30 ans que l’on rechigne à mettre en place des structures fermées pour y enfermer les mineurs délinquants, 30 ans que l’Etat n’a aucune doctrine sur le sujet et refuse d’entendre les psychiatres qui expliquent que la sanction doit précéder toute mesure éducative.

A lire aussi, Maurice Berger: Remettre la honte à sa juste place

30 ans que sous couvert de « proportionnalité », on nie l’ensauvagement de certains jeunes et que l’on refuse de les sanctionner. Cela donne des gamins au casier judiciaire long comme le bras, qui pour autant n’ont jamais rencontré de véritables limites à leurs dérives.

La tarte à la crème de l’appel au dialogue

Quant au traditionnel appel au dialogue lancé par les associations de terrain, il est fort peu convaincant. D’abord parce que c’est le passage obligé qui permet d’occuper le terrain de la parole sans prendre le risque d’un positionnement politique courageux. Tissé de bons sentiments, il oublie que, pour que l’échange et la rencontre puissent être constructifs, encore faut-il qu’il y ait un tiers autoritaire qui impose la loi et fixe les limites. Sinon cela ne produit pas grand-chose. Ce n’est pas en emmenant les pires caïds des deux quartiers en vacances que le problème se résoudra, ni en organisant des réunions publiques avec la Mairie. En tout cas, pas dans un premier temps. La réponse commencera quand on acceptera de mettre en place de lourdes sanctions et de lever plus facilement l’excuse de minorité dans nombre de cas. Que la justice passe et qu’elle passe vraiment. Autrement dit, la sanction doit être le préalable. Ce qui importe avant tout c’est qu’elle soit rapide et réelle, même si elle est moins lourde que pour un adulte. Qu’après, des démarches éducatives puissent être entreprises auprès des jeunes impliqués dans les violences à Thiais et à Choisy est envisageable voire nécessaire, mais il faut d’abord que l’acte soit sanctionné à hauteur du mal qu’il représente. Sans limites posées par la société, l’appel au dialogue est une façon de se donner bonne conscience à peu de frais mais qui, dans les faits, empêche la prise de conscience des auteurs de violences.

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Si, face à la violence décomplexée et à la culture tribale, la réponse commence et se termine par un appel au dialogue, c’est le meurtre de Tidiane que l’on minimise et auquel on enlève le poids du tabou. Or cette évolution est la marque de sociétés qui retournent vers des formes archaïques et où la violence, à force de n’être pas combattue, devient la marque de la puissance. Là où autrefois c’était la capacité à nous contrôler qui faisait de nous des hommes! C’est cette évolution terrible de la société française que la sœur de Tidiane relève inconsciemment. Les chiffres ne lui donnent pas tort: ces affrontements entre bandes ont causé, en 2022, trois décès et ont fait 279 blessés.  

Ces biens essentiels

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Oxfam, EELV, LFI: offrons-leur une retraite anticipée!

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Marine Tondelier rêve d’une France « sans milliardaires », se fâche avec la légende de la chanson Michel Sardou et fait de l’ombre à Sandrine Rousseau et Cécile Duflot, anciennes stars de cette extrême-gauche française qui a tout faux… Quelle semaine !


Le début d’année 2023 est agité sur le front social. S’illustrent particulièrement les représentants d’Europe Ecologie Les Verts, Sandrine Rousseau et Marine Tondelier en tête, ainsi que des ONG liées comme OXFAM, dont la direction française est occupée par Cécile Duflot. Derrière les beaux discours de façade, ces gens auraient-ils un autre agenda ?

OXFAM, la stratégie du coucou

Commençons par OXFAM qui, comme chaque année ou presque, a sorti son rapport sur les inégalités. Rapport qui a été opportunément diffusé au moment où se tenait le célèbre forum de Davos, façon « stratégie du coucou » comme l’a bien exprimé l’éditorialiste belge Amid Faljaoui dans Le Vif. Lui comme d’autres observateurs ont bien montré les biais intrinsèques de ce fameux rapport OXFAM pour lequel il suffirait de ponctionner la fortune des milliardaires afin de régler toutes les inégalités économiques et financer les retraites. Dans ce rapport à charge contre les « riches », accusés d’être au fond des voleurs, ce qui est constitutif de la rhétorique historique du marxisme, il est expliqué que les politiques publiques des Etats devraient avoir pour objectif de « diminuer par deux le nombre de milliardaires d’ici à 2030 » puis d’abolir purement et simplement les milliardaires quelques années plus tard.

A ne pas manquer, notre numéro en vente chez votre marchand de journaux: Causeur: Arrêtez d’emmerder les automobilistes!

Pour ces experts, cela aurait pour effet de sortir deux milliards de personnes de la pauvreté. L’idée sous-tendue serait que les plus riches ne paieraient pas assez d’impôts comparativement à leur fortune… sauf que cette fortune n’est pas évaluée en fonction des actifs qu’ils détiennent mais de la valeur théorique desdits actifs boursiers. OXFAM compare donc un stock à un flux, et le patrimoine des ménages avec les capitalisations d’entreprises.

Zéro en économie

Il se dit parfois qu’une bonne économie est d’abord comptable ; visiblement, les bases de la comptabilité ne sont pas connues des économistes de l’ONG. Ainsi, tant Elon Musk que Bernard Arnault ne disposent pas des fortunes qu’on leur prête, mais détiennent des parts de sociétés dont le cours de bourse peut varier. C’est d’ailleurs pour cette raison que la fortune d’Elon Musk est annoncée comme s’étant « effondrée de près de 70 % » cette année. Celle de Bernard Arnault a en revanche virtuellement augmenté parce que son secteur d’activités est toujours en croissance. Du reste, si leur patrimoine était cédé… il serait imposé.

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Un raisonnement similaire est ainsi appliqué à la loi de programmation militaire 2024-2030 qui pourrait amener une hausse de 141 milliards d’euros du budget pour la période. Certains se disent « ah, 141 milliards pour l’armée c’est possible, mais pas 14 milliards pour les retraites », confondant ici non pas les stocks et les flux mais les investissements et les charges. C’est d’ailleurs sur ce déficit de culture économique que la démagogie des Verts et de LFI prospère – mais aussi sur la haine d’une réussite qui passerait plus par l’entreprenariat que par le fonctionnariat. Dans les 61 pages du rapport d’OXFAM, les mots « impôts » et « imposition » reviennent 350 fois, comme si le remède miracle tenait dans la fiscalité.

C’est méconnaître l’économie réelle. Le problème des moins fortunés ne tient pas dans les inégalités, qui sont réelles, entrainant logiquement frustration et ressentiment, mais dans leur propre revenu. En somme, il est plus profitable d’augmenter ce qu’on gagne soi-même que de tenter de diminuer ce que les autres ont. Le monde l’a d’ailleurs concrètement expérimenté entre 1965 et 2015 ; la pauvreté ayant été diminuée de moitié pendant que la richesse augmentait. Plus le monde est riche, moins il y a de pauvres. Pour cela, une économie doit permettre l’investissement et l’Etat reprendre son rôle non pas de père fouettard, mais de formateur et de régulateur. On ne peut pas à la fois lutter contre les inégalités et contre la pauvreté, il faut choisir.

Il faut augmenter la richesse globale

Quand Marine Tondelier déclare qu’elle veut interdire le fait d’être milliardaire, elle encourage une société de la lamentation au détriment de l’action. Idem quand Sandrine Rousseau déclare, lunaire, que ceux qui travaillent plus sont ceux qui polluent le plus, et, qu’en quelque sorte, ils sont responsables de la destruction de la nature. Leur idée est de prendre aux rares fortunes qui tirent vers le haut l’économie française pour « rééquilibrer »…  ce qui ne ferait que créer des rentes supplémentaires. Notre principal défi est d’éviter que les classes moyennes ne chutent, et ce défi passe par l’éducation, l’aménagement du territoire et l’augmentation des salaires, pas par le néo-marxisme.

A lire aussi, Olivier Marleix (LR): « La lâcheté de Macron sur le nucléaire a scandaleusement affaibli la France »

Ce que proposent OXFAM ou LFI n’aurait pas pour effet d’augmenter la richesse globale. Et ce d’autant plus qu’ils veulent aussi provoquer la décroissance, donc accélérer la désindustrialisation qui a provoqué l’augmentation des inégalités territoriales et la menace du déclassement pour la France travailleuse. La gauche française a tout faux quand elle croit pouvoir aller contre la marche du monde. Quant à OXFAM, il suffit de creuser un peu pour s’apercevoir que leurs objectifs vont bien au-delà de la seule « réduction des inégalités ». L’ONG lutte depuis des années contre l’énergie nucléaire, travaillant étroitement avec Greenpeace ou Les amis de la Terre. Elle défend aussi l’immigration massive qui est une cause de pauvreté mondiale, le tout avec nos impôts puisque OXFAM est financé ici par l’Agence française de développement qui est du ressort de la Caisse des Dépôts et des Consignations.

De quoi rappeler d’ailleurs le travail de sape d’un jeune groupe associatif… Extinction Rebellion, dont les liens avec la secte anthroposophe de l’occultiste Rudolf Steiner seraient avérés. Gardons en encore un peu sous le coude pour un prochain billet !

Biden/archives: quand le singe veut monter au cocotier…

«C’est du vent» se défend le président américain Joe Biden, alors qu’une affaire de documents confidentiels, retrouvés dans un garage privé, l’éclabousse. Ce scandale, similaire à celui de Donald Trump, est peut-être même plus embêtant, selon notre chroniqueur. Il est minimisé par le camp démocrate. Voilà ce que l’on sait.


La vie politique de Joe Biden va-t-elle bientôt s’achever pour remplir un carton d’archives, alors qu’il a négligé de rendre ou même de protéger les siennes ? C’est la question qui agite les États-Unis depuis quelques jours. Plusieurs pages de documents confidentiels et classés ont été d’abord retrouvées dans un placard de l’ancien bureau de Joe Biden au Penn Biden Center, un think tank de Washington alors que les avocats – selon leurs dires – vidaient les locaux. Puis, d’autres documents ont été découverts dans un garage de la propriété familiale des Biden à Wilmington, dans le Delaware. Les papiers remontent à l’époque où il était vice-président de Barack Obama de 2009 à 2017. L’affaire fait désordre alors qu’une procédure vise l’ancien président Donald Trump pour des faits similaires.

Si Donald Trump a conservé sciemment des documents, sa résidence à Mar-a-Lago parait presque une forteresse à côté du garage des Biden…

C’est du vent pris très au sérieux

Pour sa défense, le président a dit vouloir « pleinement coopérer avec la justice » tout en prenant l’affaire « très au sérieux ». Pas si sérieusement manifestement: pas moins de six ans séparent ces révélations embarrassantes du départ de Joe Biden (et de ses archives) de la vice-présidence de la Maison Blanche ! La loi américaine spécifie que le titulaire d’une fonction administrative importante (« office ») doit remettre au moment de son départ tous les papiers qui concernent son exercice.

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Le président dit les avoir pris par inadvertance. L’impression laissée par les faits tels qu’ils sont reportés par la presse américaine de ces nouvelles péripéties reste celle d’une très grande distraction ! Les archives auraient été stockées dans le domaine de Wilmington, dans un garage dont la sécurité n’est pas garantie. La demeure familiale a vu passer des centaines de visiteurs depuis six ans – autant d’individus qui auraient pu entrer au contact avec de précieux documents. Hunter, le fils Biden, avait de surcroit indiqué cette maison comme lieu de résidence principale quand il a enregistré son arme auprès de l’État du Delaware. Notoirement fêtard et désinvolte, il est probable que ce dernier ait résidé à côté desdites archives, les mettant potentiellement au contact d’invités plus ou moins recommandables sans être lui-même en état de les protéger. Les visiteurs du président risquaient-ils vraiment de tomber sur les documents entreposés ? Les États-Unis ont déjà subi des attaques informatiques visant le renseignement et émanant de ses rivaux géopolitiques – toujours capables de ruse et d’ingéniosité. 

Mar-a–Lago, c’est une forteresse à côté du garage de Biden

Les Démocrates ne manquent pas de souligner qu’un petit nombre de documents sont concernés par cette affaire quand il s’agissait de plusieurs piles de documents chez Donald Trump. Mais dans la loi sur l’espionnage, ni le nombre de documents conservés, ni l’intention de le faire, ne sont cependant des circonstances immunisantes. Elle stipule que quiconque « par négligence permet que des informations classifiées soient retirées de leur lieu de conservation approprié (…) sera condamné à une amende ou à une peine de prison. » Analysons donc l’acte et sa gravité, plutôt que l’intention. Quand bien même la faute du président s’avérerait vénielle, « l’inadvertance » du président expose du même coup des secrets d’État aux yeux d’autrui. Si Donald Trump a conservé sciemment des documents, sa résidence à Mar-a-Lago parait presque une forteresse à côté du garage des Biden… Tout cela ne fait pas très sérieux et donne une nouvelle fois aux citoyens américains l’image d’un président en exercice pas franchement à la hauteur, alimentant les soupçons de sénilité que relaient complaisamment les médias conservateurs américains depuis son entrée en fonction.

La Justice américaine analyse les cartons de Trump

La bonne résistance du Parti Démocrate lors des élections de mi-mandat et la zizanie qui règne chez les élus Républicains (à qui il avait fallu 15 tours de scrutin pour élire le Speaker de la Chambre des représentants) avaient dernièrement offert un peu d’oxygène politique au président. L’affaire tombe mal pour lui alors que, selon les médias américains, il entendrait finalement briguer un nouveau mandat en 2024.  

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Avec cette affaire, les Démocrates regretteront peut-être de s’être présentés en chevaliers blancs. Tous ont en mémoire le « raid » du FBI forçant la résidence personnelle de Donald Trump le 8 août dernier et le coffre qui gardait des archives. Les déboires actuels de Biden sont une aubaine pour Trump, ils lui offrent peut-être de retrouver le statut de présidentiable… que lui avait dérobé à droite le gouverneur de Floride, Ron de Santis. Les documents saisis chez Trump comprendraient notamment la correspondance du président avec Kim Jung Un et certaines notices de programmes d’accès spéciaux (dits SAP) détaillant le protocole réservé aux opérations américaines sensibles. Depuis, ces documents sont stockés dans une mission par le ministère de la Justice le temps qu’il « réfléchisse à la manière de les analyser ».

Un peu d’histoire: les archives n’ont pas toujours été pieusement conservées et surveillées dans des dépôts. En 1194, en France, en plein conflit avec la dynastie anglaise et Plantagenet, le roi de France, le capétien Philippe II (« Auguste ») affronte Richard Cœur de Lion à Fréteval en plein Loir-et-Cher. Il porte avec lui ses bannières, ses sceaux et ses insignes. Tout cela est précieux et lui permet de rallier la noblesse rurale en attestant de ses droits. Il transporte même ses archives dans des charrettes qui le suivent. L’usage voulait qu’elles fussent itinérantes. Tant de paperasse ralentit son armée, alors que celle de Richard est plus légère et peut lancer charges de cavalerie sur charges de cavalerie… Finalement, le roi de France bat en retraite laissant derrière lui tout son dépôt d’archives que son adversaire fait brûler ! Affligé par cette perte, Philippe aurait alors décidé que les archives soient conservées dans un lieu fixe – le Trésor des Chartes, qui constitue encore le plus ancien dépôt des Archives Nationales. Pour elles, c’est le début de la sédentarité. Depuis, de l’eau a coulé sous les points et les présidents les dispersent à droite et à gauche, comme pour leur imposer un retour au « nomadisme ».

Islam: chic, encore une affaire d’images du prophète!

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L'étudiante Aram Wedatalla à Minneapolis, 11 janvier 2023 © Kerem Yücel/AP/SIPA

À l’université Hamline, dans le Minnesota, la dictature de la minorité musulmane pourrait finalement coûter son accréditation à l’établissement…


La décision récemment médiatisée de la petite université méthodiste de ne pas conserver Erika López Prater, professeur associé qui avait montré en octobre dernier une peinture représentant l’ange Gabriel et le prophète Mahomet, continue à susciter des remous outre-Atlantique. 

Des associations de défense de la liberté d’expression, mais aussi le Conseil des relations américano-islamiques (CAIR) à son niveau national, contrairement à sa branche minnésotaine, ont critiqué la sanction infligée à l’enseignante, et l’université pourrait perdre son accréditation pour non-respect de la liberté académique. 

Alors que la polémique fait rage et que l’enseignante dont le contrat n’a pas été renouvelé a porté plainte, l’établissement privé, qui n’est pas soumis au premier amendement de la Constitution, vient d’admettre qu’il a commis des erreurs.

C’est l’étudiante Aram Wedatalla qui avait dénoncé le Dr López Prater. En décembre, elle a déclaré dans un journal de l’université qu’elle avait été stupéfaite par un cours : « En tant que musulmane et personne noire, je ne me sens pas à ma place, et je doute avoir jamais ma place dans une communauté où l’on ne m’estime pas en tant que membre, et où l’on ne me montre pas le même respect que je lui montre. » L’étudiante soudanaise, qui préside l’Association des étudiants musulmans de Hamline, vient poser un nouveau défi à la pensée qui a présidé la confection de la démocratie américaine en imposant la volonté de la minorité et en refusant la liberté d’expression.

Free speech

Alexis de Tocqueville n’avait sans doute pas imaginé que la minorité pourrait un jour menacer d’imposer sa volonté à la majorité ou la faire prévaloir sur les libertés. Dans De la démocratie en Amérique, le philosophe dit ne pas connaître « de pays où il règne en général moins d’indépendance d’esprit et de véritable liberté de discussion qu’en Amérique ». Tocqueville souligne aque la majorité y définit les limites de la pensée et que celui qui en sort « est en butte à des dégoûts de tous genres et à des persécutions de tous les jours », et il estime que l’omnipotence de la majorité pourrait conduire à la perte de la liberté, car elle « aura porté les minorités au désespoir ». Son observation est de plus en plus contredite par des faits divers devenus faits de société. La liberté d’expression est de plus en plus menacée par des minorités, tant sur les campus publics soumis au premier amendement que dans les universités privées où la liberté académique est attaquée.

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Mme López Prater avait organisé, le 6 octobre 2022, un cours en ligne sur un « Compendium des chroniques » contenant les premiers récits islamiques illustrés, écrits par Rachid al-Din au XIVe siècle. Sachant que la représentation de Mahomet n’est pas acceptée par tous les musulmans – elle l’est généralement par les chiites -, le professeur avait prévenu les étudiants qu’ils pouvaient s’absenter le temps de la diffusion. Nul n’était censé être surpris, le syllabus de ce cours sur l’art dans le monde indiquait dès la rentrée que des images de Mahomet seraient présentées, et l’enseignante avait déjà demandé au début du semestre aux étudiants de la contacter s’ils avaient des inquiétudes. Aucun d’entre eux n’avait réagi, selon elle. Toutefois, un mois plus tard, l’université lui a signifié que son contrat ne serait pas renouvelé.

La représentation montre l’ange Gabriel pointant son doigt vers Mahomet et lui délivrant la première révélation du Coran. Si elle est, de façon extrapolée, conforme à la foi musulmane selon laquelle le livre saint des musulmans a été révélé à Mahomet par l’intermédiaire de l’ange, elle ne respecte pas l’interdiction aniconique de représenter les anges ou le prophète (liée à la crainte de l’idolâtrie et au refus d’imiter la création divine). Melle Wedattala a saisi l’administration qui a rompu son contrat avec l’enseignante. La présidente de l’université, Fayneese Miller, a cosigné un courriel déclarant que le respect des étudiants musulmans « aurait dû prévaloir sur la liberté académique ». Selon elle, « il était important que [les] étudiants musulmans, comme tous les autres étudiants, se sentent en sécurité, soutenus et respectés à l’intérieur et à l’extérieur [des] salles de classe. » 

Safe spaces pour musulmans sensibles

Le « cercle formidable autour de la pensée » que trace la majorité, ainsi que le dénonçait Tocqueville, est désormais le cadre fixé par la minorité qui le restreint toujours plus. 

En 2017, Bret Weinstein, un professeur de biologie, avait dû démissionner de l’Evergreen State College après avoir dénoncé la discrimination envers les étudiants blancs priés de ne pas se présenter durant une journée sur le campus. Invité à témoigner devant le Congrès en mai 2018, Weinstein avait déploré la fin de la culture du débat dans l’enseignement supérieur : « Lorsque les gens s’auto-censurent parce qu’ils redoutent d’être stigmatisés, ils peuvent ne jamais se rendre là où quelqu’un bloquerait leur discours ; et donc, même s’il n’y a aucune violation technique, l’effet est exactement le même. » L’ancien professeur avait tenu à préciser également que ces restrictions n’étaient « pas seulement une affaire de débats sur le campus, mais aussi de ce qu’un enseignant peut correctement enseigner dans un cours de biologie par exemple ».

Ce développement du « safe space » (espace protégé), notamment dénoncé par l’écrivain Bret Easton Ellis dans White, qui s’étend et où se réfugient des millenials incapables de supporter le débat, aurait-il été instrumentalisé par une étudiante musulmane qui n’ignorait pas le contenu du cours et a décidé de s’y inscrire malgré tout ?

Le 11 janvier, Wedatalla a tenu une conférence de presse avec d’autres étudiants musulmans et la fameuse branche locale du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR). Elle a déclaré être « extrêmement blessée », et ne plus pouvoir suivre ce cours, tout en assurant s’être sentie écoutée par l’administration. Le directeur du CAIR-Minnesota, Jaylani Hussein, a abondé dans son sens en ajoutant que « l’islamophobie peut déployer ses racines partout, y compris dans le cas rencontré à l’université Hamline. » Ces derniers et récents propos arrivent alors que les critiques fusent de partout dans le milieu universitaire et médiatique américain, comme s’il s’agissait d’obliger l’université à ne pas revenir sur sa décision… 

Cependant, au niveau national, le CAIR dit refuser d’utiliser le mot « islamophobie » à la légère, et précise que c’est l’intention prévaut. L’organisation musulmane affirme distinguer entre les professeurs qui analysent des peintures à des fins académiques et les islamophobes qui les montrent pour offenser. Le CAIR, connu pour encourager les élèves, étudiants et parents musulmans à demander des accommodements raisonnables, aurait-il perçu un risque à soutenir les exigences de Melle Wedatalla et la décision scandaleuse de l’université ?

Le soutien à l’enseignante ne faiblit pas

Le Times cite Christian Gruber, professeur d’art islamique à l’université du Michigan, selon qui étudier l’expression artistique musulmane sans cette image issue des manuscrits persans, équivaudrait à faire l’impasse sur le David de Michel-Ange. Le professeur Gruber a lancé une pétition de soutien à sa collègue qui a recueilli plus de 16 000 signatures à ce jour.

Diverses associations soutiennent en outre l’enseignante, dont PEN America qui milite pour la liberté d’expression ou FIRE (Foundation for Individual Rights in Education). Cette dernière a écrit à la Higher Learning Commission (HLC), qui a délivré une accréditation à l’université Hamline, et lui a demandé de la révoquer, car les critères d’agréments ne sont plus respectés. En effet, le point 2.D. des conditions posées par la HLC dispose que « l’institution s’engage à respecter la liberté académique et la liberté d’expression dans la poursuite de la vérité dans l’enseignement et l’apprentissage. » Le 17 janvier, l’université a publié une déclaration disant qu’elle reconnaît que l’emploi du « terme islamophobe était erroné » et a affirmé n’avoir « jamais eu l’intention de laisser supposer que la liberté universitaire était de moindre valeur que celle des étudiants », ajoutant que les deux doivent coexister.Le New York Times souligne un dernier point important : en Amérique, les petits collèges et universités privés comme Hamline rencontrent une baisse des inscriptions et des pressions financières croissantes. Ils tentent donc d’attirer des étudiants des minorités en se montrant très accueillants envers eux.

En ce 21 janvier…

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Louis XVI enfermé à la Tour du temple (détail), tableau de Jean-François Garneray. D.R.

Le 21 janvier 1793, la Révolution guillotinait Louis XVI. Belle occasion pour notre chroniqueur de revenir sur l’événement à travers quelques romans historiques récents qui tentent de démêler ce qui, dans ces années révolutionnaires, appartenait à la logique, au complot ou aux passions.


Le regretté Jean-François Parot n’a pas eu le temps d’amener son héros, Nicolas Le Floch, jusqu’à la prise de la Bastille. Il avait entamé la série en 1999 — il était conseiller à l’ambassade française à Sofia, et L’Enigme des Blancs-Manteaux paraissait l’année suivante. Il a rédigé 13 romans à la suite, qui partent des dernières années de Louis XV jusqu’à l’aube de la Révolution. Homme de grande culture — je l’avais rencontré et c’était un délice — et gastronome averti (il a préfacé À la table de Nicolas Le Floch, de l’historienne Marion Godfroy, en 2015), il a évoqué de façon fort précise le Paris de ce dernier quart du XVIIIe siècle, qui a vu de si grands bouleversements que ni le roi, tout en indécision, ni ses frères, tout en complots, ni les aristocrates pleins de morgue qui composaient l’entourage de la reine n’ont compris.

Le diplomate et écrivain Jean-François Parot (1946-2018), photographié en 2014

Ce n’était pas facile de prendre la succession d’Alexandre Dumas, qui avait largement défriché le terrain avec Joseph Balsamo, puis Le Collier de la reine et enfin Le Chevalier de Maison-Rouge. Pas facile non plus de ne pas prendre parti. Les passions sont loin d’être éteintes, et les événements même, quoique fort connus, ont eu une ombre portée si considérable qu’au début des années 1960, interrogé par Malraux sur le bilan de la Révolution française, Zhou Enlai avait jeté, avec son sourire énigmatique : « Il est encore trop tôt pour le connaître ». 

Parole d’expert ès révolutions. Et avis à ceux qui jettent des jugements péremptoires sur l’Histoire.

Laurent Joffrin, que l’on connaissait surtout comme journaliste à l’Obs puis à Libé, a relevé le défi de donner une suite aux romans de Parot. Il a fait paraître Le Cadavre du palais-Royal (2021) qui se situe en septembre 1789, puis L’Enigme du Code noir, qui se déroule en 1791. Encore un effort et il parviendra à ces journées de janvier 1793 qui ont vu le procès et l’exécution de Louis XVI — ou Louis Capet, selon que vous choisissez, en ce jour anniversaire, de faire dire une messe ou de manger de la tête de veau.

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Je ne chercherai pas à savoir si Joffrin écrit ses romans historiques tout seul, ou s’il s’entoure de quelques agrégés d’Histoire qui lui préparent des dossiers, comme Maquet le faisait pour Dumas. Je sais seulement que sans être à la hauteur de Parot, qui avait une patte inimitable, Le Cadavre du Palais-Royal se lit facilement. L’auteur y entremêle les fils de la fiction et de l’Histoire, mettant en scène les intérêts divergents (ô combien !) de Philippe d’Orléans et de son âme damnée Choderlos de Laclos (oui, l’auteur des Liaisons dangereuses était un comploteur et a bien failli y laisser la tête), qui se voyait bien remplacer son cousin et lancer en France une monarchie à l’anglaise, et du futur Charles X, poussant le peuple à bout pour inciter son frère à utiliser l’armée contre les Parisiens et à noyer dans le sang les preneurs de Bastille. Il met en scène un Louis XVI conforme à ce que nous en savons, un homme intelligent mais hésitant — c’est fatal en politique —, et une Marie-Antoinette mal entourée d’aristocrates qui pour rien au monde n’auraient voulu renoncer à leurs privilèges. On connaît la suite.

Les Anglais avaient décapité Charles Ier, en 1649, et rétabli la royauté en 1661. Evidemment, c’était déjà une royauté bien moins absolue qu’en France, et la succession de la reine Anne en 1714, en mettant sur le trône l’Electeur de Hanovre, a définitivement placé la couronne britannique dans le peloton de tête des monarchies constitutionnelles. Nous avons nous-même tenté le coup en 1830 en portant aux Tuileries Louis-Philippe, le fils de Philippe-Egalité — qui avait perdu la tête dans l’aventure, neuf mois après son cousin. C’était trop tard, Napoléon était passé par là, les Français, qui ont constamment gardé la nostalgie de Louis XIV, voulaient un vrai monarque, pas un roi bourgeois. Ils ont eu Napoléon III, puis De Gaulle.

Que les présidents qui ont succédé au grand Charles n’aient pas eu sa stature est une autre affaire. Nous sommes de toute évidence orphelins d’un souverain. Et Macron, gestionnaire d’intérêts divers, n’a pas le format. Ni personne, pour le moment. Et de grands intérêts cherchent à faire le maximum d’argent sans renoncer à leurs privilèges. Toute ressemblance…

Ça va mal finir.

Laurent Joffrin, novembre 2017.

Vous pouvez assurément lire les romans de Laurent Joffrin : les ingrédients y sont, les bons petits plats de la cuisine française du XVIIIe siècle aussi, et il y a un peu plus de fesse que dans les romans de Parot, qui s’intéressaient à d’autres plaisirs de la chair. Vous pouvez aussi lire les romans qu’Alexandre Dumas a consacrés à cette période : après tout, son père, le général Dumas, a fait ses armes sous la Révolution, et le romancier écrivait alors que certains protagonistes de ces années sanglantes étaient toujours en vie. Mais si les 1500 pages de Joseph Balsamo ou les horreurs sanglantes de Maison-Rouge vous effraient, il reste la possibilité de commencer en douceur avec les 300 pages de Joffrin, plus adaptées à nos habitudes modernes de lecture. 

Même si stylistiquement je préfère Dumas, dont j’ai jadis écrit une biographie — mais c’est une autre histoire…

Le cadavre du Palais-Royal

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À la table de Nicolas le Floch

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Le Chevalier de Maison-Rouge: Épisode de 93

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Alexandre Dumas ou les Aventures d'un romancier

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Prise de tête pour la tête du PS

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Le socialiste Olivier Faure à Nantes, 18 janvier 2023 © Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA

Quand une divergence tactique masque une divergence idéologique, c’est le chaos dans un PS résiduel. La crise est ouverte dans le parti, entre le premier secrétaire sortant et son adversaire, qui revendiquent chacun la victoire. Un communiqué faisait état d’une avance de seulement 393 voix pour Olivier Faure, vendredi, et des accusations de triche fusent de toutes parts depuis. Le billet politique de l’écrivain Jérôme Leroy.


Il y a les étonnants voyageurs, dans un excellent festival littéraire à Saint-Malo, et puis il y a les étonnants socialistes ! Le deuxième tour du vote pour désigner le premier secrétaire a tourné à la tragi-comédie et offert un de ces spectacles désolants dont les partis politiques en crise (souvenons-nous de l’affrontement entre Copé et Fillon pour le contrôle de l’UMP) ont le secret. 

La transparence, fétiche moderne fâcheux

Sans doute parce que c’est une erreur pour un parti de fonctionner à ciel ouvert. La transparence, ce fétiche moderne, expose maintenant, via les réseaux sociaux et les débats organisés par les chaines infos, des déchirements qui ne concernaient que les militants. Les socialistes ont inventé les courants, tous les partis leur ont plus ou moins emboité le pas. Allez vérifier du côté de LR ou de Renaissance (où des députés refusent déjà de voter le projet de réforme des retraites en l’état) si la situation est meilleure. Dans les grandes années de la Vème, les gaullistes et les communistes avaient compris ça : un parti, ça fonctionne en désignant un chef qui, une fois qu’il a été désigné, ne veut plus voir qu’une seule tête. Maintenant, on continue, même après la désignation, à s’engueuler au sein de la même boutique. À l’image de la société, sans doute, de plus en plus fragmentée. Ce refus d’être minoritaire, ou d’imposer sa loi même en étant minoritaire, comme l’a fait le maire de Rouen qui se retrouve à moins de 400 voix derrière Olivier Faure, est un symptôme de ce que nous sommes tous devenus.

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Nicolas Mayer-Rossignol avait expliqué que sa différence avec Olivier Faure était uniquement tactique : faire l’union à gauche en prenant ses distances avec la Nupes. Il aurait été sans doute bien avisé d’expliquer comment, avec, 1, 75% aux présidentielles, il comptait s’y prendre. Être soutenu par de grands barons locaux comme le maire de Montpellier ou… Anne Hidalgo ne suffit pas. Ce qu’on appelait le peuple de gauche est… à gauche. Et le PS qui était son principal représentant, l’a complètement oublié sous Hollande.

Une virulence des échanges entre socialistes qui révèle la différence idéologique

Il faut croire, vu la virulence des échanges entre les candidats et leurs partisans, que la divergence tactique est en fait une différence idéologique. Finalement, en écoutant mieux, on comprend assez vite que Nicolas Mayer-Rossignol, c’est la gauche Terra-Nova, celle qui veut faire sans le peuple, en s’appuyant de manière intersectionnelle sur les minorités. Il suffit de voir comment il a allumé le feu dans la ville de Jeanne d’Arc en voulant, sans succès, il y a quelques mois, se débarrasser définitivement de la statue équestre de Napoléon devant l’Hôtel de Ville sous prétexte d’une restauration du monument.

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Faure, lui, reste très « première gauche ». Il voudrait, comme Ruffin ou Roussel, renouer avec les classes populaires et apparaître, in fine, comme le plus réaliste pour pouvoir accéder au pouvoir, ce qu’a déjà compris Ruffin qui s’est déclaré, à la rentrée, « social-démocrate » (!), loin de l’indigénisme fumeux de certains Insoumis. 

Et surtout, Faure ne voit pas tellement comment, et nous non plus, mener cette politique à l’extérieur de la Nupes.

Parce que contrairement au novice Nicolas Mayer-Rossignol, Olivier Faure est conscient d’une évidence. Quand, il y a quinze ans, Aubry a battu Royal, de manière tout aussi ric-rac, il y avait 200 000 votants. Il y en a eu, cette fois-ci, dix fois moins…

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L’armée française, le grand déclassement

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Emmanuel Macron présente la stratégie de défense française sur la base du commando Hubert, à Saint-Mandrier-sur-Mer, près de Toulon, 9 novembre 2022 © ERIC GAILLARD/POOL/AFP

Le président Macron a dévoilé vendredi les grandes orientations de la future loi de programmation militaire 2024-2030, augmentant les budgets d’un tiers. La France hésite à doter nos soldats d’un budget à la hauteur des missions qui les attendent. L’armée de terre compte ses munitions, la marine appareille des navires low cost et l’armée de l’air ne peut qu’acter les retards de livraison. Pendant ce temps-là, l’Allemagne et la Pologne débloquent des milliards par dizaines.


« Pour que les conséquences apparaissent aux Nations, il faut des catastrophes ou le recul de l’histoire », écrivait Jacques Bainville en introduction de son célèbre Les Conséquences politiques de la paix (1920), où il prédisait que le traité de Versailles engendrerait tôt ou tard une nouvelle guerre avec l’Allemagne. Pour l’heure, le retour de la guerre en Europe demeure à peu près circonscrit à l’Ukraine, nonobstant quelques alertes inquiétantes, comme la destruction des gazoducs Nord Stream 1 et 2 au fond de la Baltique en octobre. Mais ce choc géopolitique a d’ores et déjà conduit Berlin et Varsovie à des décisions radicales. L’Allemagne pacifiste a débloqué 100 milliards pour reconstituer « l’armée la mieux équipée d’Europe ». La Pologne s’emploie à doubler ses effectifs et à tripler ses crédits pour lui disputer le leadership militaire. En juillet, le gouvernement de Mateusz Morawiecki signait un contrat avec la Corée du Sud portant sur l’acquisition de 1 000 chars lourds K2 Black Panther ; aucune armée occidentale n’en possède autant. Et pendant ce temps, à Paris, où l’on revendique volontiers le titre de première puissance militaire d’Europe, ça tergiverse.

Il faut passer en économie de guerre

Le 13 juillet, à l’Hôtel de Brienne, Emmanuel Macron avait pourtant dit aux militaires : « Tout confirme notre analyse stratégique de la menace […]. La défense est la première raison d’être de l’État, s’il faut aller plus loin, nous le ferons. » Séance tenante, les spécialistes mettaient en chantier une nouvelle copie de la loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 qui crante l’augmentation du budget annuel des armées de 36 à 50 milliards d’euros. Le ministre Sébastien Lecornu, qui pilote ces travaux en direct, promettait cet automne qu’un projet actualisé serait finalisé avant Noël. Or, à la mi-décembre, l’Élysée n’avait toujours pas validé le nouveau périmètre financier de future LPM, qui couvrira la période 2024-2030. Sans ce cadrage, il est impossible, expliquent les spécialistes militaires, de fixer des ambitions opérationnelles, d’arrêter des volumes de forces et de matériels, de planifier des calendriers de commandes et de livraisons. « À l’Élysée, le président a soulevé le capot et cherche à tout comprendre du moteur LPM ; il interroge la cohérence des modèles qu’on lui propose. De son côté, son ministre pose les questions pertinentes du novice et n’obtient pas de réponses satisfaisantes », lâche une bonne source. Ambiance.

Le général Pierre de Villiers, ancien chef d’état-major des armées, déclare à l’antenne de BFM TV début novembre : « Il faut se dépêcher en adaptant les procédures : c’est maintenant et pas dans six mois qu’il faut adopter la nouvelle LPM. […] Il est urgent de passer à la vitesse supérieure pour rétablir la cohérence entre les menaces, que l’on connaît, les moyens et les missions confiées aux armées. Trois milliards de plus par an, c’est insuffisant. À nouvelle situation, nouveaux moyens. » Selon la LPM en cours d’exécution, il était prévu de livrer aux cavaliers de l’armée de terre un seul char Leclerc rénové en 2022, 80 en 2025 et 200 – soit la totalité du parc  existant – en 2030… Lors de son audition au Parlement fin juillet, l’amiral Pierre Vandier, le chef d’état-major de la marine, explique : « Malgré tout ce qui a été fait – et dont je suis profondément reconnaissant –, la marine va continuer de voir sa taille diminuer pendant les deux prochaines années. Depuis 1945, la flotte na jamais été aussi petite quaujourdhui. » Ces propos sans fard lui valent des remontrances du Château. Le nouveau mantra élyséen est : « Il faut passer en économie de guerre. » Cela ne se décide pas en un claquement de doigts, rétorquent en coulisse les industriels. Ils attendront des commandes fermes supplémentaires avant d’investir dans de nouvelles lignes de production.

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Les experts de l’état-major des armées travaillent sur un budget en hausse de 100 milliards d’euros pour la période 2024-2030 par rapport à celui de LPM 2019-2025. Selon que l’enveloppe définitive sera arrêtée à 375, 410 ou 425 milliards d’euros (les trois scenarii sont sur la table), le visage de nos armées en sera profondément modifié. Une vraie interrogation émerge désormais sur le maintien ou non de toutes leurs capacités actuelles, que relaie ainsi une source parlementaire : « Faut-il viser le maintien d’un “modèle complet”, au risque de s’abîmer dans une compétition perdue d’avance avec les États-Unis ou la Chine, aux moyens cent fois supérieurs aux nôtres, ou préférer l’ambition de viser un “modèle cohérent” ? » Le diable se cache dans les détails. En intégrant le coût de l’inflation, la part de l’investissement sanctuarisé pour la modernisation de la dissuasion (environ 12 % du budget annuel), les programmes majeurs lancés auquel il serait compliqué de toucher sans créer des déséquilibres structurels et la liste des « trous capacitaires » dont le comblement est devenu très urgent depuis l’éclatement de la guerre en Ukraine, les financiers militaires n’auront en réalité qu’environ 30 % de ce montant global d’augmentation à répartir entre les armées.

Une équation délicate

Cohérence ? Les terriens réfléchissent sérieusement à baisser le volume cible des leurs nouveaux blindés de la génération Scorpion (Griffon, Jaguar, Serval) pour être livrés, en contrepartie, des quantités correspondantes de pièces de rechange et de munitions. Un rapport percutant sur les stocks militaires, publié en fin d’année par l’Institut français des relations internationales (IFRI), confirme ce que l’on savait : « La professionnalisation des forces armées, l’application de la “révision générale des politiques publiques” (RGPP) et les conséquences de la crise de 2008 ont contribué à l’éviction d’une logique de stocks au profit d’un fonctionnement en flux tendu généralisé, destiné à limiter les coûts. » Pour forger une « armée de terre de combat », le nouveau slogan (pléonastique) de son patron, le général Pierre Schill, il devient urgent, aussi, à l’aune des leçons de l’Ukraine, de reconstituer son artillerie, une autre variable d’ajustement des coupes budgétaires passées. Elle dispose d’un nombre « échantillonnaire » de canons Caesar (76 moins les 18 ponctionnés pour l’Ukraine) et de systèmes Mamba de défense sol-air. Il faut en outre enrichir cette panoplie de systèmes de tir dans la grande profondeur du champ de bataille, de radars de contre-batterie et de drones – les Britanniques en auront 10 000 d’ici 2030, a promis récemment leur chef, l’amiral Tony Radakin.

Pour les aviateurs et les marins, l’équation est plus délicate. Leurs systèmes d’armes sont très coûteux, plus longs à produire, avec des impacts majeurs sur la compétitivité de notre industrie à l’export. En 2022, le général Stéphane Mille, chef  de l’armée de l’air et de l’espace, a dû accepter de voir son parc de Rafale ponctionné. De plus, des appareils neufs attendus ne seront pas livrés en temps voulu afin de servir les nouveaux clients de Dassault, la Grèce et la Croatie. Conséquence, en 2023, l’entraînement de ses pilotes de chasse sera limité à 150 heures par personne, a-t-il prévenu. Pour retrouver de « l’épaisseur », il souhaite que la cible des 185 Rafales arrêtée pour 2030 passe à 225. De son côté, l’amiral Vandier a sauvé son format de 15 frégates de premier rang en échangeant les cinq dernières « Fremm » (le top de la technologie navale) programmées contre cinq FDI, une version low cost destinée à l’export ; en haute mer, les équipages ressentiront la différence. Résultat de la politique des « dividendes de la paix », la liste des bâtiments à remplacer simultanément est longue, même si elle a été calculée au plus juste. Et à ces priorités « pour sauver le modèle » s’ajoutent, encore, les investissements qui permettront aux armées de se battre dans les « nouveaux champs de la conflictualité » : dans l’espace, dans le cyberespace, dans les grands fonds marins, dont la guerre d’Ukraine souligne l’importance.

Pour l’Allemagne de Scholz, l’ennemi est désormais tout désigné, c’est la Russie. Son armée va donc renouer avec la « masse ». Pour sa part, la France d’Emmanuel Macron ambitionne de conserver son rôle de « puissance d’équilibre », selon le terme consacré dans la « Revue nationale stratégique » publiée cet automne. Mais qu’est-ce que cela veut dire exactement ? s’interrogent les militaires, qui écartent, eux, l’hypothèse d’une guerre contre la Russie. Ils réclament à l’exécutif des priorités claires ou, à défaut, les moyens de sauver le format complet de nos armées et de moderniser leurs armes pour ne pas qu’elles soient déclassées par rapport à celles de leurs compétiteurs probables. À commencer par la Turquie, qui avance ses pions dans nos zones d’intérêt, de la Méditerranée à l’Afrique. Grâce à ses armées, la France peut encore, tout à la fois, rayonner dans l’Indo-Pacifique, porter secours au pied levé au Liban, épauler les policiers et les gendarmes sur le territoire national en déployant l’opération Sentinelle ou préserver son influence en Afrique avec ses éléments prépositionnés. Seule certitude à ce jour, Emmanuel Macron veut que les armées doublent le nombre de leurs réservistes pour atteindre 80 000 volontaires. Il faut sauver le soldat SNU, l’alfa et l’omega macronien de la lutte contre le délitement de la cohésion nationale. Tout un programme.

Les conséquences politiques de la paix

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Malgré tout, les opérations continuent
Après les steppes sahéliennes, direction les grandes plaines d’Europe continentale
Fin août, discrètement, l’armée française a mis un terme à sa présence au Mali, après neuf ans de présence. Sur fond d’échec, Paris amorce son retrait de la bande sahélo-saharienne (BSS). Nos militaires ont accumulé les succès tactiques contre les katibas terroristes des franchises d’Al-Qaida et de l’État islamique, mais sans réussir à endiguer le ralliement des populations à leurs porte-drapeaux politiques et religieux. Nos diplomates ont été incapables de transformer les avancées sécuritaires en gains sur le front de la gouvernance et du développement économique. Ils sont paralysés par leurs dogmes des droits de l’homme – pas d’ingérence – et du « multilatéralisme » européen. La colère d’Emmanuel Macron contre les putschistes maliens et l’immixtion de la Russie dans le huis clos malien, avec l’envoi des milices de Wagner, ont achevé de pourrir la situation.
Paris conserve aujourd’hui 2 000 hommes dans la BSS, essentiellement au Niger et au Tchad, mais le climat se dégrade vite. Nos forces spéciales sont sur le point de quitter le Burkina Faso pour échapper à l’instrumentalisation des groupes qui s’affrontent. Paris s’interroge aussi sur le maintien des bases prépositionnées en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Un courant au sein de l’exécutif plaide pour leur suppression afin de ne pas prêter flanc au sentiment antifrançais à la veille d’élections présidentielles qui s’annoncent compliquées. Sans ces points d’ancrage, il sera beaucoup plus difficile d’intervenir en urgence pour défendre nos intérêts et protéger nos nombreux ressortissants : le délitement accéléré des États et la poussée vers le sud et l’ouest de l’hydre islamo-mafieuse menacent désormais toute l’Afrique de l’Ouest.
Volontiers va-t-en guerre contre la Russie, les mêmes poussent l’état-major à redéployer ses troupes à l’est de l’Europe pour « réassurer » le flanc de l’OTAN. De l’Estonie à la Roumanie, près de 1 500 hommes sont déjà à pied d’oeuvre, auxquels s’ajoutent les 3 000 marins des bâtiments envoyés en Baltique et en Méditerranée. Et 8 000 hommes sont en alerte sur le territoire pour armer, le cas échéant, l’échelon d’urgence de la force de réaction rapide de l’OTAN (40 000 hommes). La France assume ce rôle pendant un an. Sa contribution à l’OTAN est appelée à augmenter singulièrement dans les prochains mois. La transformation inédite de l’Alliance, actée au sommet de Madrid, cet été, prévoit que ses membres soient bientôt capables de constituer une force de 100 000 hommes en moins de dix jours et de doubler la mise à trente jours. Notre outil militaire en sera remodelé en profondeur. Pour quels gains politiques ?

Bécassine au Togo

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image d'illustration Pixabay

Un jour que des élèves de première étaient venus la trouver pour un texte sur les migrations, Bécassine lut que « ceux qui quittaient tout étaient courageux ». Elle ne doute pas un instant que de tout quitter exige du courage, mais une question s’est posée à elle: et ceux qui restent, ils seraient lâches ?!

Il s’agissait en la demeure de migrants africains qui avaient traversé la Méditerranée ; pour la plupart hommes de 18 à 35 ans, donc dans la force de l’âge, et laissant derrière eux femmes, enfants et vieillards, avec quelques mûrs au milieu.

Il arrive que Bécassine regarde la télévision et un jour, elle est tombée sur un documentaire qui passait sur LCI et qui s’intitulait « Choco-Togo ». Ecrit par Roger Adzafo et réalisé par Espoir Agbogan, ce documentaire mettait en scène la démarche proprement stupéfiante d’un homme nommé Komi Agbokou qui avait décidé de venir en Europe, mais pas pour y rester, non, pour apprendre en Italie, en Belgique et en France comment fabriquer le chocolat. Pourquoi ? Parce qu’il aimait ça ? Pas que.

A lire aussi: Bécassine et les OQTF

Partant du principe que son pays, petit producteur de fèves de cacao mais producteur quand même, subissait d’une part des prix fixés à 5000 kilomètres de là à la Bourse de Londres ; prix qui ne valaient pas grand-chose et qui appauvrissaient le pays, et que, d’autre part, la majorité des Togolais n’avaient jamais vu une plaquette de chocolat de leur vie et y avaient encore moins goûté, il décida ceci :

Qu’il était grand temps que ceux qui produisent les fèves en goûtassent également leur transformation, qu’il était grand temps aussi d’augmenter la qualité du produit pour faire concurrence au trop sucré importé et qu’il était plus que nécessaire par ailleurs de doubler le prix de la fève au profit des producteurs. Grâce à une usine de transformation qu’il mit sur pied, il put se le permettre et créa un certain nombre de coopératives où des femmes travaillèrent ; ce qui n’était pas acquis dans ce pays. Mais sa force de persuasion eut raison des réticences des maris…

Bécassine se souvint d’avoir à la fois ri et pleuré lorsque Komi, tel le commis voyageur sillonnant inlassablement le pays, montrait à des villageois réunis sur la grande place, des plaquettes de chocolat dont ils n’avaient pas idée et du sourire des mômes goûtant un carré du divin produit pour la première fois.

Elle n’oublia pas non plus une phrase qu’il prononça : «  Mais qu’est-ce qu’ils vont mourir en Méditerranée, les africains ! Il y a des choses à faire ici ! »

Bécassine a raconté à ses élèves l’histoire de Komi et de « Togochoco » et leur a posé la question suivante :

«  À présent, de quel côté est le courage ?… »

Jeudi noir: Macron royalement indifférent

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Le président Macron auprès du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, Barcelone, 19 janvier 2023 © SOPA Images/SIPA

Emmanuel Macron ne surprend plus, il déçoit…


Un article récent du Parisien titré : Emmanuel Macron, la stratégie de l’effet de surprise permanent analysait la volonté du président de « prendre de court ses ministres et les administrations » pour les confronter à « une pratique déstabilisante mais totalement assumée ». Cette dernière n’a-t-elle pas révélé ses limites ?

Le 18 janvier, lors du Conseil des ministres, Emmanuel Macron dénonce « les contrevérités et les mensonges » des socialistes en rappelant la réforme de Marisol Touraine et les 43 années de cotisations.

C’est plus calme de l’autre côté des Pyrénées

Puis le 19 – la journée organisée contre le projet de réforme des retraites a été suivie massivement au-delà même des espérances syndicales -, il s’est trouvé à Barcelone en Espagne, avec quelques ministres, pour le sommet France-Espagne et signer un accord d’amitié franco-espagnol dont la date aurait sans doute pu être déplacée même si le rendez-vous était pris depuis l’automne. Olivier Dussopt, le ministre du Travail, était resté, lui, à Paris. Le président aura eu tout de même le temps de disserter sur la littérature dans un quotidien avec un écrivain espagnol : « la littérature il n’y a que ça de vrai » ! Cette affirmation n’imposait aucune précipitation…

A lire aussi: L’armée française, le grand déclassement

Philippe Martinez souligne bien sûr que pour le président « ç’aurait été le moment de rester en France ». Mais il lui fallait surprendre et afficher une sorte d’indifférence royale et de décalage condescendant à l’égard de ce qui allait se dérouler dans notre pays et qui était un moment capital. Pour résumer ma pensée, rien de plus lassant, telle une perverse prévisibilité, que cet « effet de surprise permanent » qui donne le tournis au citoyen et lui fait regretter la stabilité, même avec leurs humeurs, de certains de ses prédécesseurs, par exemple Georges Pompidou il y a 50 ans, avec la synthèse qu’il avait su accomplir entre majesté et simplicité.

On pourrait reprendre beaucoup des actes et des interventions passés du président, quelle que soit leur tonalité, et on constaterait à quel point la politique du « en même temps » ne l’a jamais été en réalité, dévoyée par des embardées successives et contradictoires moins fondées sur un souci de plénitude que par un opportunisme cousu souvent de démagogie. Avec d’ailleurs une très médiocre intuition de ce à quoi aspire le sentiment populaire.

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Notamment, dans un domaine qui m’est cher, quand affichant parfois son soutien aux forces de l’ordre, il éprouve aussi le besoin de se mêler de l’affaire Michel Zecler avec une précipitation dont il aurait dû se défier. Mais, pour lui, la parole présidentielle n’est pas destinée à dire le vrai, et donc souvent à se retarder, voire à s’abstenir, mais à causer un choc : comme il est bien ce président qui prend les devoirs de sa mission à rebrousse-poil !

Oui, on voudrait un président normal

Ces superficialités multiples se succédant pour surprendre, comme si la nouveauté exemplaire d’un pouvoir devait se nicher dans ces coups d’éclat, dans cette affirmation de soi comme seul dénominateur d’entreprises et de propos disparates, donnent l’impression que le président endosse les convictions comme autant de costumes et que, s’il sait être brillant, il n’est jamais rassurant. La surprise permanente est un leurre. La déception qui en résulte peut être durable, tenace, définitive. On a toujours tort de fuir la normalité présidentielle, qui n’a rien à voir avec le concept développé par François Hollande. Pour moi, une authentique normalité présidentielle serait de savoir apposer sur la France et donc, par son entremise, sur le monde, une vision de simplicité vraie, de justice irréfutable et de courage admiré. Utopie ?

Faut-il avoir peur de l’éco-terrorisme?

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Un activiste d'Extinction Rebellion appréhendé à Amsterdam aux Pays-Bas, février 2021 © Photo : Conflits / PAULO AMORIM/SIPA USA

Une vision radicale de l’écologie inspire de véritables milices de l’eschatologie climatique qui affrontent la société. La revue amie Conflits analyse cette nouvelle menace pour l’ordre public et la cohésion sociale, et cette insurrection qui revient là où on ne l’attendait pas forcément…


Signe du retour de « l’action directe », des heurts violents accompagnent de nombreux projets d’aménagement du territoire (Sainte Soline, Bure, Roybon ou Notre-Dame-des-Landes). Si l’écologie aiguillonne utilement le débat public, une vision radicale de celle-ci inspire de véritables milices de l’eschatologie climatique qui affrontent l’État. Ces affrontements passent, pour la plupart, inaperçus dans la presse nationale. S’ils sont évoqués, ce n’est que sous l’angle des arguments favorables ou opposés au projet. À la marge, les « casseurs », les « radicaux », les « militants violents » sont évoqués, unanimement décrits comme exogènes au mouvement dont l’action s’en trouverait ainsi polluée. Or, rien n’est plus inexact.

Cette violence, loin d’être marginale et accidentelle, est le fruit d’une stratégie consciente, théorisée, mise en œuvre par des organisations liées idéologiquement et sociologiquement à des groupes légaux. Revendiquant une légitimité de rupture, ces organisations s’inscrivent en marge du droit commun. Elles tirent profit des libertés des sociétés démocratiques (liberté de réunion, d’association, d’expression) pour mieux combattre les institutions et promouvoir un modèle anticapitaliste révolutionnaire. Si l’intensité de la violence peut faire débat en leur sein, l’usage de celle-ci, en revanche, n’est plus discuté. Le retour en force d’un avatar de la violence politique ancré dans la mouvance anarcho-autonome s’accompagne d’un projet séparatiste. Ses conséquences sont profondes et affectent la paix civile, mais potentiellement, aussi, la compétitivité de l’économie française et la souveraineté alimentaire dans un contexte de mondialisation économique agressive.

Un séparatisme qui bascule de la « désobéissance civile » à la violence

Si la non-violence a longtemps été un principe d’action dominant au sein des groupes contestataires depuis les années 1960, la question de la violence est, néanmoins, éternellement débattue. Les avatars de la violence révolutionnaire ressurgissent à chaque génération depuis le XIXe siècle. La violence de masse (émeute) et le terrorisme sont les deux spectres qui hantent les luttes sociales. Désormais orpheline des mouvements marxistes depuis 1991, la violence révolutionnaire redevient objet de débats lors des grands combats altermondialistes des années 1990 et 2000. Aux soubresauts terroristes de la Rote Armee Fraktion (RAF) et d’Action Directe (AD) répondent les violences collectives des sommets de Seattle (1999), Gènes (2001) et de l’OTAN à Strasbourg (2009) qui marquent la résurgence de l’insurrection tournant le dos au terrorisme de la génération précédente. Au tournant des années 2000, la réflexion sur la contestation anticapitaliste aboutit au constat de l’échec de la non-violence. L’écologie, partagée depuis sa naissance entre réformisme et action révolutionnaire, n’échappe pas à la règle.

A lire aussi: Oxfam, EELV, LFI: offrons-leur une retraite anticipée!

La « désobéissance civile » est une méthode de lutte qui jouit d’une réputation favorable dans l’opinion. Renvoyant à des combats et des figures emblématiques telles que Martin Luther King ou Gandhi, cette méthode de lutte naît aux États-Unis au XIXe siècle lorsque David Henry Thoreau refuse de payer l’impôt qui finance l’esclavage qu’il désapprouve. Il la théorise dans son livre Resistance to Civil Government [1]. Pour autant, si la désobéissance civile est, à l’origine, la résistance passive du citoyen refusant de se soumettre à une obligation légale, la pratique militante contemporaine va bien au-delà. Elle va de la simple obstruction à la liberté de circulation, jusqu’aux dégradations voire destructions d’installations ou d’entreprises dénoncées pour leur impact négatif sur l’environnement. L’attaque de l’usine Lafarge à Bouc-bel-Air le 10 décembre 2022 ou les destructions de réserves d’eau à usage agricole dans le marais poitevin (à ce jour 13 réserves ont été dégradées, voire détruites) découlent de la mise en œuvre de la doctrine de la « désobéissance civile » revisitée par les théoriciens et militants de la génération actuelle. L’esprit des promoteurs initiaux de la « désobéissance civile » qui voulaient que nul ne subisse de préjudice de leur action militante est bien mort.

Une bascule vers la violence

Cette bascule résulte de débats internes où s’est imposée la notion « d’urgence climatique » et son corollaire, la « légitime défense climatique » [2], qui porte comme un absolu le combat pour la défense de l’environnement devant lequel toute autre rationalité doit s’effacer. La notion de  « désarmement » (entendre sabotage) des outils qui « agressent » la Terre, promue par des philosophes tels que Andréas Malm [3] et la révocation, au début des années 2000, du primat de la non-violence sous l’influence, en particulier de Peter Gelderloos [4], accompagnent cette bascule conceptuelle.

La « route des chicanes » », qui traversait la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et était prétendument interdite à la circulation, 16 janvier 2018 © Sébastien Salom Gomis/SIPA

La violence réhabilitée se met au service d’un absolu mystique et politique : sauver « Gaïa », la « Terre-Mère [5] », sauvagement « agressée » par le capitalisme. Cet activisme nourri d’utopie repose sur une croyance presque mystique qui porte les militants (dont l’étymologie renvoie au champ sémantique religieux en désignant, au Moyen-Age, celui qui « …appartient à la milice de Jésus-Christ [6] ») à croire que le système s’écroulera sous l’impulsion d’une poignée d’activistes qui secouent la torpeur des citoyens asservis qui, les yeux ainsi dessillés, jettent leurs chaînes.

Ce militantisme en quête d’absolu réfute la légalité républicaine. Des groupes, à l’image des « Soulèvements de la Terre » ou du « comité invisible », militent pour l’instauration d’…

>> Lire la fin de l’article sur le site de Conflits <<


[1] Désobéissance civile, universalis.fr

[2] https://lapenseeecologique.com/etat-de-necessite-droit-penal-climatique/

[3] Andréas Malm, Comment saboter un pipeline, Ed. La Fabrique. Voir aussi : https://reporterre.net/Blocage-desarmement-A-la-Zad-deux-jours-de-reflexion-sur-les-luttes: « Désarmer plutôt que saboter.  Dégrader du matériel durant une action de désobéissance civile est en effet une ligne rouge que beaucoup n’osent pas encore franchir. Mais face à l’impuissance des mobilisations citoyennes et non-violentes, comment aller plus loin ? Quels sont les risques encourus ? Quelles conséquences politiques sur les alliances avec les associations plus institutionnelles ? À Notre-Dame-des-Landes, ces questions ont agité moult débats durant lesquels le mot « sabotage » n’a été que rarement prononcé, les activistes lui préférant le terme « désarmement ». Une subtilité sémantique cruciale afin de bousculer l’imaginaire politique. »

[4] Peter Gelderloos, Comment la non-violence protège l’État. Essai sur l’inefficacité des mouvements sociaux, éditions Libre, 2018.

[5] http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-thematiques/fait-religieux-et-construction-de-l-espace/corpus-documentaire/gaia-hypothese-scientifique-veneration-neopaienne-et-intrusion

[6] https://www.littre.org/definition/militant

«C’est pas l’Afrique, ici…»

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L’assassinat au couteau du jeune Tidiane, à Thiais (94), illustre la fragilité de notre paix civile, analyse Céline Pina.


« On est en France, on n’est pas en Afrique », c’est ainsi que se termine, à la télévision, l’extrait du témoignage de la sœur de Tidiane, 16 ans, assassiné à Thiais devant l’entrée de son lycée par un jeune du même âge, ce lundi 16 janvier.

Sur fond de règlement de comptes entre bandes rivales, son petit frère a été victime d’un véritable guet-apens. Difficile de connaitre les motivations de ceux qui ont monté ce sinistre piège. La raison invoquée, pour aussi stupide qu’elle soit, est la toile de fond de bien des violences urbaines : une rivalité entre quartiers. Personne ne se souvient exactement comment elle a bien pu commencer. Des jeunes dépourvus de conscience et d’éducation croient que l’on est un homme si on inspire la peur et que recourir à la violence prouve sa virilité. Cette histoire parle donc surtout de l’existence de zones de non-droit républicain où les habitants sont les premières victimes de la violence tribale. Car à défaut de droit il y a bien un pouvoir qui s’exerce sur ces territoires : la loi du plus fort. Ou de celui qui n’a aucune limite.

A lire aussi, Gabriel Robin: Thiais, Gare du Nord, Strasbourg: le vol noir des couteaux sur la plaine

Promesse républicaine trahie

Quand la sœur de l’adolescent poignardé fait une comparaison entre la France et l’Afrique, il ne s’agit pas d’une référence « raciste » ou une façon de caricaturer tout un continent. Heureusement pour elle, le fait que la jeune femme ait la peau noire la sauve d’accusations gratuites qui ajouteraient au chagrin de la perte de son frère, la cabale des professionnels du procès en racisme. Nous comprenons tous ce qu’elle tente d’exprimer dans cette périphrase. Elle oppose deux images. D’abord celle de la France, censée incarner l’Etat de droit, et censée être constituée de sociétés apaisées dont le rapport à la loi garantit la liberté. La France est pour elle le nom d’un pays où la sécurité des habitants devrait être assurée et où des hordes tribales n’exercent pas leur domination. Elle l’oppose à une Afrique vue comme instable, où vous pouvez vous faire massacrer pour une question ethnique ou territoriale. Derrière cette expression qui lui est venue, il y a sans doute la démarche originelle de ses ascendants qui sont venus chercher en France une vie meilleure et une stabilité nouvelle, mais il y a surtout une immense déception, une promesse trahie : son frère est mort dans une expédition punitive qui lui rappelle les désordres de pays africains, souvent secoués par des crises violentes. Sauf que ce n’est pas dans un pays d’Afrique que son frère a été tué, mais ici, à quelques kilomètres de Paris.

Des expéditions punitives pas inhabituelles, des bandes de jeunes incontrôlables

Juste avant la phrase polémique, elle et un autre de ses frères avaient raconté comment la bande venue de Choisy-le-Roi avait investi les rues menant au lycée, filtrant les accès pour trouver des jeunes habitant la cité dont ils voulaient se « venger ». Une prise de contrôle qui n’avait fait réagir personne et dont ils semblaient dire qu’elle n’était pas inhabituelle.

A lire ensuite, Ingrid Riocreux: Violences au Stade de France : ne dites pas «racailles» mais dites… quoi?

Ce filtrage pour identifier les habitants d’un quartier désignés comme des ennemis à éliminer rappelle des scènes de guerre civile.

Un drame prévisible ?

Autre point particulièrement inquiétant, le profil du meurtrier présumé. Ce dernier est, comme on le dit pudiquement, bien connu des services de police et de justice. Impliqué dans plusieurs affaires de violences aggravées, mis en examen, il était sous contrôle judiciaire. Ce qui manifestement ne signifiait rien à ses yeux. Ce jeune de 16 ans avait aussi l’interdiction de se rendre à Thiais, « sauf pour les besoins de sa scolarisation ».  Autrement dit aucun véritable interdit et un cucul-la-pralinisme de la Justice à toute épreuve qui oublie la dangerosité d’un individu pour ceux qui l’entourent et fait comme si des obligations scolaires dont il se contrefiche, justifiait des injonctions contradictoires et mal maîtrisées. L’individu était donc dangereux, récidiviste, participait « avec arme à des attroupements » dès l’âge de 15 ans, est reconnu coupable de violences, mais était en liberté et cultivait un fort sentiment d’impunité que le réel avait contribué à fortifier. En effet, le contrôle judiciaire ne signifiant manifestement rien pour lui, force est de constater qu’un individu dangereux pour les autres et sans conscience de ses responsabilités, a été laissé libre de ses mouvements alors que le drame était prévisible. Le pire est que ce type d’affaires est de plus en plus fréquent dans des quartiers de France où règne le trafic de drogue, où les caïds sont admirés et où des jeunes participent à l’économie souterraine. Les spécialistes de ces questions notent la violence et la dangerosité de certains jeunes, mais apparemment cela n’atteint guère l’institution judiciaire.

30 ans d’action politique inadaptée face à l’ensauvagement et à la délinquance juvénile

Or, pour certains jeunes, déculturés et sans éducation, qui n’ont que la violence comme façon d’être au monde, le seul fait de croiser quelqu’un appartenant à un quartier rival peut suffire à justifier un passage à l’acte meurtrier. D’autant que la réponse pénale ou même éducative est inexistante : dans ce type de quartiers, les éducateurs de rue sont débordés et souvent dépassés. Cela fait 30 ans que cela dure, tous les élus le savent mais rien ne change. 30 ans aussi que l’on organise des CLSPD (Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance) réunissant élus, travailleurs sociaux, police et justice sans que l’on constate beaucoup de progrès sur le front de la délinquance, du trafic et des violences. 30 ans que l’on rechigne à mettre en place des structures fermées pour y enfermer les mineurs délinquants, 30 ans que l’Etat n’a aucune doctrine sur le sujet et refuse d’entendre les psychiatres qui expliquent que la sanction doit précéder toute mesure éducative.

A lire aussi, Maurice Berger: Remettre la honte à sa juste place

30 ans que sous couvert de « proportionnalité », on nie l’ensauvagement de certains jeunes et que l’on refuse de les sanctionner. Cela donne des gamins au casier judiciaire long comme le bras, qui pour autant n’ont jamais rencontré de véritables limites à leurs dérives.

La tarte à la crème de l’appel au dialogue

Quant au traditionnel appel au dialogue lancé par les associations de terrain, il est fort peu convaincant. D’abord parce que c’est le passage obligé qui permet d’occuper le terrain de la parole sans prendre le risque d’un positionnement politique courageux. Tissé de bons sentiments, il oublie que, pour que l’échange et la rencontre puissent être constructifs, encore faut-il qu’il y ait un tiers autoritaire qui impose la loi et fixe les limites. Sinon cela ne produit pas grand-chose. Ce n’est pas en emmenant les pires caïds des deux quartiers en vacances que le problème se résoudra, ni en organisant des réunions publiques avec la Mairie. En tout cas, pas dans un premier temps. La réponse commencera quand on acceptera de mettre en place de lourdes sanctions et de lever plus facilement l’excuse de minorité dans nombre de cas. Que la justice passe et qu’elle passe vraiment. Autrement dit, la sanction doit être le préalable. Ce qui importe avant tout c’est qu’elle soit rapide et réelle, même si elle est moins lourde que pour un adulte. Qu’après, des démarches éducatives puissent être entreprises auprès des jeunes impliqués dans les violences à Thiais et à Choisy est envisageable voire nécessaire, mais il faut d’abord que l’acte soit sanctionné à hauteur du mal qu’il représente. Sans limites posées par la société, l’appel au dialogue est une façon de se donner bonne conscience à peu de frais mais qui, dans les faits, empêche la prise de conscience des auteurs de violences.

A lire aussi, du même auteur: Valence: un conseiller municipal allié des islamistes?

Si, face à la violence décomplexée et à la culture tribale, la réponse commence et se termine par un appel au dialogue, c’est le meurtre de Tidiane que l’on minimise et auquel on enlève le poids du tabou. Or cette évolution est la marque de sociétés qui retournent vers des formes archaïques et où la violence, à force de n’être pas combattue, devient la marque de la puissance. Là où autrefois c’était la capacité à nous contrôler qui faisait de nous des hommes! C’est cette évolution terrible de la société française que la sœur de Tidiane relève inconsciemment. Les chiffres ne lui donnent pas tort: ces affrontements entre bandes ont causé, en 2022, trois décès et ont fait 279 blessés.  

Ces biens essentiels

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Oxfam, EELV, LFI: offrons-leur une retraite anticipée!

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L'écologiste Marine Tondelier (au premier rang avec un badge vert) à une manifestation contre la réforme des retraites, Paris, 19 janvier 2023 © Jacques WITT/SIPA

Marine Tondelier rêve d’une France « sans milliardaires », se fâche avec la légende de la chanson Michel Sardou et fait de l’ombre à Sandrine Rousseau et Cécile Duflot, anciennes stars de cette extrême-gauche française qui a tout faux… Quelle semaine !


Le début d’année 2023 est agité sur le front social. S’illustrent particulièrement les représentants d’Europe Ecologie Les Verts, Sandrine Rousseau et Marine Tondelier en tête, ainsi que des ONG liées comme OXFAM, dont la direction française est occupée par Cécile Duflot. Derrière les beaux discours de façade, ces gens auraient-ils un autre agenda ?

OXFAM, la stratégie du coucou

Commençons par OXFAM qui, comme chaque année ou presque, a sorti son rapport sur les inégalités. Rapport qui a été opportunément diffusé au moment où se tenait le célèbre forum de Davos, façon « stratégie du coucou » comme l’a bien exprimé l’éditorialiste belge Amid Faljaoui dans Le Vif. Lui comme d’autres observateurs ont bien montré les biais intrinsèques de ce fameux rapport OXFAM pour lequel il suffirait de ponctionner la fortune des milliardaires afin de régler toutes les inégalités économiques et financer les retraites. Dans ce rapport à charge contre les « riches », accusés d’être au fond des voleurs, ce qui est constitutif de la rhétorique historique du marxisme, il est expliqué que les politiques publiques des Etats devraient avoir pour objectif de « diminuer par deux le nombre de milliardaires d’ici à 2030 » puis d’abolir purement et simplement les milliardaires quelques années plus tard.

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Pour ces experts, cela aurait pour effet de sortir deux milliards de personnes de la pauvreté. L’idée sous-tendue serait que les plus riches ne paieraient pas assez d’impôts comparativement à leur fortune… sauf que cette fortune n’est pas évaluée en fonction des actifs qu’ils détiennent mais de la valeur théorique desdits actifs boursiers. OXFAM compare donc un stock à un flux, et le patrimoine des ménages avec les capitalisations d’entreprises.

Zéro en économie

Il se dit parfois qu’une bonne économie est d’abord comptable ; visiblement, les bases de la comptabilité ne sont pas connues des économistes de l’ONG. Ainsi, tant Elon Musk que Bernard Arnault ne disposent pas des fortunes qu’on leur prête, mais détiennent des parts de sociétés dont le cours de bourse peut varier. C’est d’ailleurs pour cette raison que la fortune d’Elon Musk est annoncée comme s’étant « effondrée de près de 70 % » cette année. Celle de Bernard Arnault a en revanche virtuellement augmenté parce que son secteur d’activités est toujours en croissance. Du reste, si leur patrimoine était cédé… il serait imposé.

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Un raisonnement similaire est ainsi appliqué à la loi de programmation militaire 2024-2030 qui pourrait amener une hausse de 141 milliards d’euros du budget pour la période. Certains se disent « ah, 141 milliards pour l’armée c’est possible, mais pas 14 milliards pour les retraites », confondant ici non pas les stocks et les flux mais les investissements et les charges. C’est d’ailleurs sur ce déficit de culture économique que la démagogie des Verts et de LFI prospère – mais aussi sur la haine d’une réussite qui passerait plus par l’entreprenariat que par le fonctionnariat. Dans les 61 pages du rapport d’OXFAM, les mots « impôts » et « imposition » reviennent 350 fois, comme si le remède miracle tenait dans la fiscalité.

C’est méconnaître l’économie réelle. Le problème des moins fortunés ne tient pas dans les inégalités, qui sont réelles, entrainant logiquement frustration et ressentiment, mais dans leur propre revenu. En somme, il est plus profitable d’augmenter ce qu’on gagne soi-même que de tenter de diminuer ce que les autres ont. Le monde l’a d’ailleurs concrètement expérimenté entre 1965 et 2015 ; la pauvreté ayant été diminuée de moitié pendant que la richesse augmentait. Plus le monde est riche, moins il y a de pauvres. Pour cela, une économie doit permettre l’investissement et l’Etat reprendre son rôle non pas de père fouettard, mais de formateur et de régulateur. On ne peut pas à la fois lutter contre les inégalités et contre la pauvreté, il faut choisir.

Il faut augmenter la richesse globale

Quand Marine Tondelier déclare qu’elle veut interdire le fait d’être milliardaire, elle encourage une société de la lamentation au détriment de l’action. Idem quand Sandrine Rousseau déclare, lunaire, que ceux qui travaillent plus sont ceux qui polluent le plus, et, qu’en quelque sorte, ils sont responsables de la destruction de la nature. Leur idée est de prendre aux rares fortunes qui tirent vers le haut l’économie française pour « rééquilibrer »…  ce qui ne ferait que créer des rentes supplémentaires. Notre principal défi est d’éviter que les classes moyennes ne chutent, et ce défi passe par l’éducation, l’aménagement du territoire et l’augmentation des salaires, pas par le néo-marxisme.

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Ce que proposent OXFAM ou LFI n’aurait pas pour effet d’augmenter la richesse globale. Et ce d’autant plus qu’ils veulent aussi provoquer la décroissance, donc accélérer la désindustrialisation qui a provoqué l’augmentation des inégalités territoriales et la menace du déclassement pour la France travailleuse. La gauche française a tout faux quand elle croit pouvoir aller contre la marche du monde. Quant à OXFAM, il suffit de creuser un peu pour s’apercevoir que leurs objectifs vont bien au-delà de la seule « réduction des inégalités ». L’ONG lutte depuis des années contre l’énergie nucléaire, travaillant étroitement avec Greenpeace ou Les amis de la Terre. Elle défend aussi l’immigration massive qui est une cause de pauvreté mondiale, le tout avec nos impôts puisque OXFAM est financé ici par l’Agence française de développement qui est du ressort de la Caisse des Dépôts et des Consignations.

De quoi rappeler d’ailleurs le travail de sape d’un jeune groupe associatif… Extinction Rebellion, dont les liens avec la secte anthroposophe de l’occultiste Rudolf Steiner seraient avérés. Gardons en encore un peu sous le coude pour un prochain billet !

Biden/archives: quand le singe veut monter au cocotier…

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Washington, le 17 janvier 2023 © Shutterstock/SIPA

«C’est du vent» se défend le président américain Joe Biden, alors qu’une affaire de documents confidentiels, retrouvés dans un garage privé, l’éclabousse. Ce scandale, similaire à celui de Donald Trump, est peut-être même plus embêtant, selon notre chroniqueur. Il est minimisé par le camp démocrate. Voilà ce que l’on sait.


La vie politique de Joe Biden va-t-elle bientôt s’achever pour remplir un carton d’archives, alors qu’il a négligé de rendre ou même de protéger les siennes ? C’est la question qui agite les États-Unis depuis quelques jours. Plusieurs pages de documents confidentiels et classés ont été d’abord retrouvées dans un placard de l’ancien bureau de Joe Biden au Penn Biden Center, un think tank de Washington alors que les avocats – selon leurs dires – vidaient les locaux. Puis, d’autres documents ont été découverts dans un garage de la propriété familiale des Biden à Wilmington, dans le Delaware. Les papiers remontent à l’époque où il était vice-président de Barack Obama de 2009 à 2017. L’affaire fait désordre alors qu’une procédure vise l’ancien président Donald Trump pour des faits similaires.

Si Donald Trump a conservé sciemment des documents, sa résidence à Mar-a-Lago parait presque une forteresse à côté du garage des Biden…

C’est du vent pris très au sérieux

Pour sa défense, le président a dit vouloir « pleinement coopérer avec la justice » tout en prenant l’affaire « très au sérieux ». Pas si sérieusement manifestement: pas moins de six ans séparent ces révélations embarrassantes du départ de Joe Biden (et de ses archives) de la vice-présidence de la Maison Blanche ! La loi américaine spécifie que le titulaire d’une fonction administrative importante (« office ») doit remettre au moment de son départ tous les papiers qui concernent son exercice.

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Le président dit les avoir pris par inadvertance. L’impression laissée par les faits tels qu’ils sont reportés par la presse américaine de ces nouvelles péripéties reste celle d’une très grande distraction ! Les archives auraient été stockées dans le domaine de Wilmington, dans un garage dont la sécurité n’est pas garantie. La demeure familiale a vu passer des centaines de visiteurs depuis six ans – autant d’individus qui auraient pu entrer au contact avec de précieux documents. Hunter, le fils Biden, avait de surcroit indiqué cette maison comme lieu de résidence principale quand il a enregistré son arme auprès de l’État du Delaware. Notoirement fêtard et désinvolte, il est probable que ce dernier ait résidé à côté desdites archives, les mettant potentiellement au contact d’invités plus ou moins recommandables sans être lui-même en état de les protéger. Les visiteurs du président risquaient-ils vraiment de tomber sur les documents entreposés ? Les États-Unis ont déjà subi des attaques informatiques visant le renseignement et émanant de ses rivaux géopolitiques – toujours capables de ruse et d’ingéniosité. 

Mar-a–Lago, c’est une forteresse à côté du garage de Biden

Les Démocrates ne manquent pas de souligner qu’un petit nombre de documents sont concernés par cette affaire quand il s’agissait de plusieurs piles de documents chez Donald Trump. Mais dans la loi sur l’espionnage, ni le nombre de documents conservés, ni l’intention de le faire, ne sont cependant des circonstances immunisantes. Elle stipule que quiconque « par négligence permet que des informations classifiées soient retirées de leur lieu de conservation approprié (…) sera condamné à une amende ou à une peine de prison. » Analysons donc l’acte et sa gravité, plutôt que l’intention. Quand bien même la faute du président s’avérerait vénielle, « l’inadvertance » du président expose du même coup des secrets d’État aux yeux d’autrui. Si Donald Trump a conservé sciemment des documents, sa résidence à Mar-a-Lago parait presque une forteresse à côté du garage des Biden… Tout cela ne fait pas très sérieux et donne une nouvelle fois aux citoyens américains l’image d’un président en exercice pas franchement à la hauteur, alimentant les soupçons de sénilité que relaient complaisamment les médias conservateurs américains depuis son entrée en fonction.

La Justice américaine analyse les cartons de Trump

La bonne résistance du Parti Démocrate lors des élections de mi-mandat et la zizanie qui règne chez les élus Républicains (à qui il avait fallu 15 tours de scrutin pour élire le Speaker de la Chambre des représentants) avaient dernièrement offert un peu d’oxygène politique au président. L’affaire tombe mal pour lui alors que, selon les médias américains, il entendrait finalement briguer un nouveau mandat en 2024.  

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Avec cette affaire, les Démocrates regretteront peut-être de s’être présentés en chevaliers blancs. Tous ont en mémoire le « raid » du FBI forçant la résidence personnelle de Donald Trump le 8 août dernier et le coffre qui gardait des archives. Les déboires actuels de Biden sont une aubaine pour Trump, ils lui offrent peut-être de retrouver le statut de présidentiable… que lui avait dérobé à droite le gouverneur de Floride, Ron de Santis. Les documents saisis chez Trump comprendraient notamment la correspondance du président avec Kim Jung Un et certaines notices de programmes d’accès spéciaux (dits SAP) détaillant le protocole réservé aux opérations américaines sensibles. Depuis, ces documents sont stockés dans une mission par le ministère de la Justice le temps qu’il « réfléchisse à la manière de les analyser ».

Un peu d’histoire: les archives n’ont pas toujours été pieusement conservées et surveillées dans des dépôts. En 1194, en France, en plein conflit avec la dynastie anglaise et Plantagenet, le roi de France, le capétien Philippe II (« Auguste ») affronte Richard Cœur de Lion à Fréteval en plein Loir-et-Cher. Il porte avec lui ses bannières, ses sceaux et ses insignes. Tout cela est précieux et lui permet de rallier la noblesse rurale en attestant de ses droits. Il transporte même ses archives dans des charrettes qui le suivent. L’usage voulait qu’elles fussent itinérantes. Tant de paperasse ralentit son armée, alors que celle de Richard est plus légère et peut lancer charges de cavalerie sur charges de cavalerie… Finalement, le roi de France bat en retraite laissant derrière lui tout son dépôt d’archives que son adversaire fait brûler ! Affligé par cette perte, Philippe aurait alors décidé que les archives soient conservées dans un lieu fixe – le Trésor des Chartes, qui constitue encore le plus ancien dépôt des Archives Nationales. Pour elles, c’est le début de la sédentarité. Depuis, de l’eau a coulé sous les points et les présidents les dispersent à droite et à gauche, comme pour leur imposer un retour au « nomadisme ».