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«La preuve que l’automobile reste identitaire, c’est le succès de la Tesla, une escroquerie de génie»

Pour le publicitaire à l’origine des mythiques campagnes Citroën depuis un demi-siècle, la voiture est un membre de la famille et une éternelle histoire d’amour. À l’occasion du dossier de Causeur de janvier, « Arrêtez d’emmerder les automobilistes », il s’entretient avec la patronne.


Causeur. Votre vie d’homme et de publicitaire épouse largement l’histoire de la voiture.

Jacques Séguéla. J’ai fait deux grands mariages, à la vie à la mort : avec mon épouse Sophie et avec Citroën.

Jacques Séguéla à 20 ans, lors de son tour du monde en 2CV. D.R

Ça commence lorsqu’à 20 ans, en 1954, vous partez faire le tour du monde en 2 CV avec votre ami Jean-Claude.

J’ai beaucoup de reconnaissance pour mes parents qui ont pris sur eux pour laisser partir leur fils unique. Il faut dire que mon père, radiologue, était aussi un bourlingueur. C’est lui qui m’a offert une « deuche », ce mythe libertaire sur quatre roues. J’ai décidé de suivre son conseil d’aller « frotter ma cervelle à celle des autres peuples ». Ça a duré deux ans, nous avons traversé huit déserts. Quand on arrivait dans une ville, on n’allait pas voir les musées, on cherchait du boulot pour continuer. Aujourd’hui, on aurait un hélico au-dessus de nous, des GPS, des téléphones. À l’époque, on avait une boussole. On n’aurait jamais pu faire ça avec une autre voiture, à notre première panne on serait restés bloqués. Une 2 CV, on pouvait la soulever, la tirer, la pousser. Le livre qu’on a écrit, sur les instances de Citroën, a été un best-seller. Ma vie a été transformée par la 2 CV.

Dans votre livre, vous racontez de délicieuses péripéties, comme « l’anti tape-cul », une pub pour l’Ami refusée, ou le crash test avec Claudia Schiffer. Mais arrêtons-nous sur le blasphème Picasso.

En 1981, le patron de Citroën me parle d’un modèle qu’il va lancer, qui, me dit-il, n’a rien de spécial. Et il me lâche un nom à dormir debout. J’avais quarante-huit heures pour en proposer un nouveau, car il était gravé sur les moteurs. Par chance, je déjeunais avec le petit-fils Picasso et je suis parvenu à le convaincre qu’on ferait un tabac avec son nom. J’achète une pleine page dans Le Figaro, on voyait le peintre avec sa marinière et un petit garçon qui disait, de son écriture enfantine : « Dis maman, pourquoi le monsieur, il s’appelle comme une voiture ? » Scandale, engueulade, retrait de la pub. N’empêche, on a fait un tabac et la voiture a duré dix ans. Si j’avais appelé Picasso une machine à laver, j’aurais été en taule !

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Pourquoi était-ce possible avec une voiture ?

Parce que c’est le seul objet de consommation qui possède une âme ! C’est un membre de la famille qui vient juste après le chien. En vacances, j’aime laver ma voiture moi-même, vous m’imaginez laver le téléviseur ? Malgré toutes les attaques dont elle est l’objet, la voiture reste un objet de désir, l’achat le plus important après la maison, même si le crédit a tout changé heureusement. D’ailleurs, avec les montres, elle est l’objet le plus collectionné. La preuve que l’automobile reste identitaire, c’est le succès de la Tesla, une escroquerie de génie : le design est sublime, mais à l’intérieur, c’est du bas de gamme. Seulement, il y a cet écran géant qui ne sert pas à grand-chose mais qui fait la différence. Et alors qu’elle vaut deux fois son prix, et qu’il n’y a aucune pub, c’est un énorme succès. Aujourd’hui, c’est un marché très malmené par les décisions politiques, parce qu’on lui fait porter tous les maux de la planète, à cette pauvre auto qui n’y est pas pour grand-chose. Mais qu’on le veuille ou non, la voiture, c’est la liberté et ça reste une histoire d’amour.

90 ans d’amour, de Jacques Séguéla, éd. Plon, 272 p., 2022

90 ans d'Amour

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Martinique: le drapeau de la discorde

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Le projet de changer le drapeau de l’île est sur le point d’aboutir, après de nombreuses polémiques. Découvrez le drapeau qui devrait être retenu…


Appelés récemment à participer à une consultation populaire organisée par la Collectivité territoriale de la Martinique (CTM), une majorité d’habitants ont voté pour un changement du drapeau actuel jugé trop colonial aux yeux de certaines associations. Une affaire qui divise profondément ce département français d’Outre-mer et dans laquelle était directement intervenu le président Emmanuel Macron…

L’idée était pourtant bonne au départ. Avant qu’elle ne tourne finalement au vinaigre. En 2018, la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) fait part de sa décision d’organiser une consultation populaire afin qu’un nouveau drapeau soit adopté pour que l’île puisse se faire identifier lors de certaines compétitions sportives ou culturelles.

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Très rapidement, cette proposition a tourné à la polémique. Plusieurs élus ont protesté contre cette volonté de la CTM d’abolir le drapeau officiel à la croix-blanche et bleue, orné de quatre serpents fer de lance, qui sert de symbole à cette île des Caraïbes depuis le XVIIe siècle. « Poser la question du drapeau revient à poser la question de la souveraineté. L’hymne et le drapeau sont des attributs d’une nation. Si l’on veut qu’il y ait une nation martiniquaise, qu’on le dise franchement » avait alors déclaré Fred-Michel Tirault, maire de la ville de Saint-Esprit. Dans la foulée, diverses associations s’étaient engouffrées dans l’affaire pour dénoncer ce drapeau, témoin du passé esclavagiste de la France en Martinique (il était notamment arboré sur les navires négriers), imaginé par Louis XIV lui-même. Face aux débats houleux menaçant de dégénérer en affrontements, la CTM avait été contrainte de mettre en suspens son projet.

Cédant aux demandes du Mouvement international des réparations et du Conseil représentatif des associations noires (Cran) de France, qui avait déposé plainte contre la présence de ce symbole « raciste » au sein de la République, dans un souci d’apaisement, le président Emmanuel Macron avait consenti à faire retirer l’écusson martiniquais controversé des uniformes des gendarmes représentant l’État dans ce département d’Outre-mer. Pour les mouvements indépendantistes, seul le drapeau tricolore rouge (la vie et à la liberté) – vert (nature) – noir (« qui rend hommage à tous ceux qui ont été bafoués») doit être arboré en Martinique. Inventé par Victor Lessort, un militant de l’Organisation de la jeunesse anticolonialiste de la Martinique (OJAM), il a fait son apparition en 1962 et est régulièrement mis en avant lors de manifestations anti-gouvernementales ou lors de grèves. Quand il n’est pas hissé en guise de provocations sur le fronton des mairies (comme en 2019, à Fort de France) ! Le choix de ses couleurs est loin d’être anodin. Selon les indépendantistes, le drapeau trouverait son origine première dans les révoltes esclavagistes fomentées par les « neg’ marrons » contre les planteurs blancs Békés et reste une référence aux thèses panafricaines. Chantre de la négritude (un mouvement littéraire), le poète anticolonialiste Aimée Césaire avait eu droit à ce drapeau sur son cercueil en 2008, agité sans complexe par le Parti progressiste martiniquais (PPM) qu’il a fondé.

Le 28 juillet 2022, la CTM a ressorti son projet (l’année précédente, une tentative similaire avait été annulée par la justice administrative) et a appelé les Martiniquais à se prononcer sur le sujet et sur un nouvel hymne officiel. Exit l’actuel drapeau « colonialiste », plusieurs dérivés du fameux tricolore rouge-vert-noir ont été présentés aux habitants de l’île. Mais, encore une fois, les polémiques ont ressurgi. Notamment lorsqu’on a découvert que le vote virtuel permettait toutes les fraudes possibles. La plateforme choisie pour recueillir les votes a été vite suspendue, à peine 24 heures après sa mise en ligne, le 2 janvier 2023, afin d’être mieux sécurisée. 27 000 personnes ont participé au scrutin participatif (sur une population recensée de 360 000 personnes) et 73% d’entre-deux ont choisi le fameux drapeau indépendantiste auquel on a rajouté une silhouette de colibri noir. Mais la contestation continue. Selon les détracteurs, la créatrice du nouveau drapeau, Anaïs Delwaulle, aurait plagié un logo que l’on peut voir sur la banque d’images en ligne Shutterstock ! Cette accusation est fermement démentie par l’intéressée, qui s’en est longuement expliqué dans un droit de réponse publié dans la presse locale.

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Peu commenté par les médias de l’hexagone, ce changement est pourtant loin d’être anodin et soulève des questions. Il intervient alors que certains sur l’île songent à revoir les relations avec la métropole et à obtenir plus d’autonomie (à l’instar de la Nouvelle-Calédonie), à défaut l’indépendance totale. Une idée que réfute néanmoins Serge Letchimy, président du Conseil exécutif de Martinique qui explique à qui veut l’entendre que la Martinique ne souhaite « pas sortir de la République mais qu’on lui permette d’y vivre dignement ». Un combat idéologique ne fait que commencer, dans une île où l’économie est encore aux mains de la minorité blanche de Martinique. Des « Békés » qui restent encore parfois considérés comme des colons métropolitains par les associations indépendantistes proches du mouvement Black Lives Matter (BLM)…

Le drapeau retenu D.R.

Immigration subsaharienne: un enjeu de Paris à Casablanca, en passant par Callac et Lampedusa


Les flux migratoires en provenance d’Afrique sont, comme nous le savons bien, l’un des grands enjeux du siècle à venir pour le continent européen. En revanche, nous ignorons que le phénomène s’est déplacé vers le sud et l’est.

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Bien sûr, le cas de la Libye est scruté depuis la chute du régime de Mouammar Khadafi, mais il ne s’agit que d’un pays de transit. A contrario, des puissances régionales renaissantes à proximité de zones de départs, telles que la Turquie et le Maroc, sont actuellement des pays d’émigration mais aussi d’immigration, souffrant des maux qui nous affligent depuis longtemps : expatriation d’une partie de la jeunesse diplômée et arrivées importantes de réfugiés, ou de personnes se réclamant du statut.

D’autres pays, tels que le Nigéria ou l’Afrique-du-Sud, sont pareillement devenus des terres d’accueil.  Comme l’explique Sylvie Bredeloup dans son article Migrations intra-africaines : changer de focale pour la revue Politique Africaine ; « Les migrations africaines ont été principalement étudiées sous l’angle des départs vers l’Occident: d’abord attirer les travailleurs quand la main-d’œuvre européenne devenait insuffisante puis freiner les flux d’immigration dans un contexte post-fordiste ». L’auteur ajoute, lucide, que la « forte empathie de chercheurs européens à l’endroit des migrants, sous-tendue par leur implication militante, semble les avoir empêchés, un temps, d’objectiver la dimension individuelle du projet migratoire et d’apprécier comment elle pouvait se conjuguer aux stratégies collectives, familiales ou villageoises ».

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Cette vue étroite de militants se targuant de l’objectivité scientifique nous empêche de jauger le phénomène dans toute sa complexité et de le combattre correctement, y compris en Afrique où les migrations intracontinentales représentent environ 70% du total des exils. Evidemment, en Europe comme en Afrique, les « migrants » se jouent souvent des lois et choisissent des pays plus riches pour s’installer, dans lesquels ils finissent par reconstituer une communauté nationale à petite échelle, profitant de la solidarité de leurs compatriotes. Cet exode massif n’est pas sans conséquences pour les pays d’accueil et leurs habitants.

À Casablanca, les locaux ont peur de sortir la nuit

Dans une petite vidéo diffusée par Pierre Sautarel qui a fait grand bruit en France comme au Maroc, on peut ainsi voir les habitants de Casablanca confier leur désarroi quant aux conséquences de l’arrivée de milliers de migrants subsahariens. Un homme déclare notamment que les nouveaux arrivants provoquent une telle insécurité qu’il devient difficile aux locaux de circuler la nuit et même d’accéder paisiblement à leur domicile personnel : « Ils t’encerclent à quatre ou cinq, c’est exagéré ». Excédés, les Casablancais ont donc décidé de manifester en demandant l’expulsion des indésirables. De quoi rappeler des scènes déjà vues en France un peu partout, singulièrement dans notre capitale.

De fait, si l’on parle beaucoup de l’émigration de Marocains à destination de l’Europe, on oublie que le royaume est aussi un pays qui reçoit de l’immigration non seulement de transit mais aussi de migrants qui s’installent au long cours, parfois dans l’espoir de pouvoir rallier plus tard l’Europe en traversant le détroit de Gibraltar ou en passant par les enclaves de Ceuta et Melilla. Il s’agit donc d’une passerelle stratégique d’une importance capitale pour l’ouest de l’Europe, de la même manière que la Turquie l’est pour la Méditerranée orientale.

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Il est évident que cette question ne pourra être traitée sans lutter contre les mafias qui profitent de la misère et encouragent les candidats à l’exil sur la base de fausses promesses. Chaque pays doit pouvoir souverainement contrôler qui entre et qui sort de son territoire, en choisissant les individus qui peuvent s’adapter à la culture et à l’économie locales. Malheureusement, l’immigration est maintenant un phénomène subi et instrumentalisé, tant par des idéologues d’extrême-gauche qui entendent casser le principe même des frontières que par des criminels qui ne sont intéressés que par le profit qu’ils peuvent en tirer. Les premiers mettent d’ailleurs en place un environnement favorable au développement des seconds.

Des donneurs de leçons sans frontières

Quand des pays prennent les mesures qui s’imposent pour décourager l’immigration illégale, ils sont visés par des attaques d’associations et d’ONG qui ont un agenda politique en tête. Exactement les mêmes qui ont voulu installer des migrants à Callac, petit village breton qui n’en demandait pas tant, afin de « redynamiser » cet espace rural. Pourquoi les instigateurs du phénomène n’ont-ils pas eux-mêmes quitté New York et Paris ? Il est trop facile de faire la leçon aux peuples prospères et à ceux qui aspirent à la prospérité sur leur supposé « manque de générosité ». Ce sont pourtant ces pays qui voient leur jeunesse s’exporter en Amérique du Nord ou en Australie, pendant que nous devons accueillir des migrants non qualifiés, venant parfois chargés de casiers criminels ou de traumatismes majeurs.

Que trouveront-ils à Casablanca ou à Paris ? Rien. Très majoritairement masculins, ces migrants finiront par errer et s’abandonner à une misère bien plus grande que celle qui était leur quotidien chez eux. Manipulés et dupés par des marchands de rêve, ils rencontrent en bout de chemin les marchands de drogue et de mort. La lutte contre l’immigration subie est donc un sujet qui concerne tous les pays qui veulent rester souverains et conserver leur identité, c’est ensemble qu’ils y mettront un terme.

Féministes: arrêtez de castrer nos mecs!

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Quand les féministes veulent la peau des hommes!


Et des femmes par la même occasion ! Cette pseudo égalité des sexes finit par être un problème sociétal. Que les femmes aient les mêmes droits que les hommes et les mêmes salaires, on est d’accord. Mais indéfiniment vouloir réduire les différences à des conséquences déplorables sur nos comportements et le bonheur des unes et des autres?

Certes, les femmes ont été dominées par les hommes depuis… que le monde existe ! Faut-il pour autant « venger sa race » comme le revendique notre prix Nobel de littérature Annie Ernaux ? Certes, il faut rétablir la situation, mais occupons-nous d’abord et surtout des dernières esclaves de l’humanité que l’on cache à nos yeux en les voilant dans des pays en guerre idéologique et religieuse. Iran, Pakistan…

Vers l’indifférenciation

Mais stop à ce féminisme qui relève plus d’une idéologie anti-masculine. Et arrêtons de penser que toutes les femmes sont battues, car cela nuit à celles qui le sont vraiment.

A relire, du même auteur: J’aime les hommes…

Pour soi-disant remédier une bonne fois pour toutes à ce qu’on appelle les “violences sexistes et sexuelles”, il faudrait désormais indistinctement considérer les femmes et les hommes en toute circonstance, ne plus les différencier. Le gout du nivellement n’est pas que professionnel, il est sociétal. Or, les hommes ont une force physique que n’auront jamais les femmes, ils n’aiment pas les mêmes choses, ils n’ont pas les mêmes instincts, pas la même forme d’amitié ou même parfois d’amour, et ils n’ont pas envie, ne vous en déplaise, de faire forcément les mêmes métiers etc. Et c’est tant mieux ! On sait bien tout ça, mais on est obligé de le redire, tant que cela sera nié par nos ultras féministes aux grands cœurs… haineux ! Laisse tomber chéri, je te laisse ton barbecue.

Sandrine Rousseau à Poitiers, 20 août 2021 © NOSSANT/HARSIN ISABELLE/SIPA

Je ne suis pas forcément d’accord sur le fait que les filles doivent absolument jouer au foot. Et si elles préfèrent les tutus ? Les hommes sont priés de se mettre à la couture, d’accoucher en même temps que leur femme : si certaines peuvent se satisfaire que les pères adoptent la couvade africaine, point trop n’en faut non plus. Laissons aux femmes le triomphe de la maternité. Les pères ne doivent pas être des mères comme les autres, et surtout avec toutes les mêmes attributions. 

Cellezéceux 

La mode suit et nos vêtements tendent vers une homogénéité dans le style cool, jeans et sweats taille unique, qui rendent les corps des jeunes filles informes. L’objectif : se ressembler toutes-et-tous. « Tous les garçons et les filles …»  On aurait encore le droit d’écrire cette chanson ? « Ils » sont devenus une catégorie unisexe, nos djeun’s. Parlons-en encore de l’unisexe, car nier une certaine féminité a contribué à évincer l’élégance et le raffinement dans nos rues, la coquetterie a disparu du vocabulaire, et être crado semble désormais plus tendance. Même la haute couture ne sait plus à quel code se vouer…

Le cellezéceux qui a envahi les discours (un véritable échec oratoire !) ne reflète pas la réalité de ce qui est en train de se produire, car en fait on nous veut de plus en plus identiques ou interchangeables. Tout cela est assez malsain, le sous-jacent étant que l’homme est par définition coupable et qu’il faut le punir et le déviriliser, qu’il ne doit pas être dominant (moi, j’aime bien) et surtout ce n’est pas ainsi que l’on empêchera les femmes d’être maltraitées, voilées, ou violées. Simultanément, la sexualité elle-même est devenue… unisexe ! Attaquons-nous sérieusement à cette invasion terrible du porno, surtout celui qui est à la portée des jeunes et qui est une violence faite à la sexualité d’une toute jeune fille, éliminant tout romantisme lié au sexe, le respect des femmes, et rangeant la pudeur au rayon du ringard, détruisant les interdits psychologiques et moraux qui avaient du bon quoiqu’on en dise, empêchant de libérer les instincts les plus violents. 

Confusion des genres

Confusion des genres ! Il faudrait que les hommes se féminisent, qu’ils luttent contre leur nature profonde qui serait de brimer et écraser les femmes. Gommer toutes les caractéristiques dites masculines dans la vie quotidienne, ah bon ? 

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J’aime bien que les hommes portent ma valise, ils sont plus forts quand même ! Mais je dois la tirer grâce aux roulettes c’est plus égalitaire. Je ne suis pas capable de changer de chaîne, de zapper correctement, je ne veux pas descendre la poubelle mais je ne veux pas non plus que mon homme repasse mon chemisier, je ne trouve pas ça sexy ! Et je veux bien lui repasser, sa chemise. Je n’ai pas un sens inouï de l’orientation et je suis tellement conditionnée que je pense que lui est meilleur pour ça, et ça me va… c’est bon d’être un peu conditionnée, qu’il m’ouvre la porte, qu’il s’efface devant moi, qu’il se lève quand j’arrive à la table du restaurant. Le plus terrible c’est que je suis certaine qu’il y en a qui ne voient même pas de quoi je parle. « Je suis une femme, et toi c’est quoi ton superpouvoir ? » !

Laissez-nous des gentlemen, des romantiques, des bricoleurs du dimanche, des soupirants, quelques machos au cœur tendre, des rugueux affectifs, des sigisbées… Pas des brutes ! J’aggrave mon cas: Laissez-nous nos « vrais » hommes. Là, je risque la garde à vue sur le thème : c’est qui les « faux » ?

Une femme est un être sans défense…  Mais jusqu’à ce que son vernis soit sec !

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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“Babylon”: mort et résurrection de Brad Pitt

Attention chef-d’œuvre! clame notre chroniqueur. Ah oui? Un film avec Brad Pitt, vraiment? Une exaltation de l’âge d’or d’Hollywood, dans le passage du muet au parlant? Allons donc! Mais on a vu cela dix fois — à commencer par Chantons sous la pluie, non? Ou The Artist? Alors, qu’a donc de plus le film de Damien Chazelle?


Nous savions depuis Whiplash que Damien Chazelle dirige admirablement les acteurs. Et qu’il est le petit génie des plans-séquences, voir ce fabuleux travelling dans la séquence d’introduction de Lalaland. Il a additionné ces deux qualités, si rares dans le cinéma contemporain où l’on détaille toute scène en petits morceaux, faute de pouvoir compter sur des acteurs compétents, pour penser Babylon, qui vous laissera sans voix. 

À la sortie du cinéma, le seul mot qui me venait, en boucle, était « virtuosité ». Je sais que dans notre ère de petits esprits raisonneurs, la brillance n’est pas recommandable ; mais Chazelle est un réalisateur brillant, d’un bout à l’autre d’un film qui dure pourtant 189 minutes, que l’on ne voit pas passer. 

Le cinéma est étymologiquement ce qui bouge. Et pour bouger, Babylon déménage. Dans la première demi-heure, la séquence de la fête chez Don Wallach (un producteur auquel on a fait la tête de Harvey Weinstein) est une frénésie, un feu d’artifice d’une précision millimétrée : Chazelle, comme jadis les grands artistes baroques, est capable de filmer la folie en la réglant au centimètre près.

Je n’ai pas toujours été tendre avec Brad Pitt, qui a souvent été un gros paresseux. Angelina Jolie, qui n’a jamais été que la démonstratrice de ce que l’on peut faire à une paire de seins avec un peu d’hélium, l’a pétrifié longtemps dans des rôles insignifiants. Le comble de cette insignifiance fut le Il était une fois Hollywood de cette outre pleine de vent et d’autosatisfaction qu’est Quentin Tarantino.
Je n’avais pas aimé cette pâtisserie écœurante. A mon avis, Damien Chazelle non plus : il a récupéré deux acteurs essentiels qui y jouaient, Brad Pitt et Marot Robbie, et a tourné son film dans le même quartier de Los Angeles, Bel air, mais en situant l’action à l’époque où ce n’était qu’un moutonnement de collines arides.
Sauf qu’il a insufflé à Brad Pitt l’ambition de prouver qu’il était un grand acteur. Il aura 60 ans à la fin de l’année. Un sex symbol sexagénaire, cela ne se peut pas : alors Chazelle filme en gros plan les rides et les poches sous les yeux de sa star, et son regard désabusé. Il y a une séquence qui sera d’anthologie dans toutes les vraies écoles de cinéma, où la star en train de dégringoler vient demander des comptes à la journaliste impitoyable que joue Jean Smart— qui est septuagénaire, elle. Maquillée, plâtrée, marquée déjà par la mort, elle inflige à Brad Pitt un petit cours sur le destin des acteurs : ils s’étiolent, ils disparaissent, mais ils existent pour l’éternité sur la pellicule. Les gens qui les ont connus disparaîtront aussi, mais des millions d’enfants à venir s’extasieront devant eux. Si, comme le proclamait Céline, l’amour, c’est l’éternité à la portée des caniches, le cinéma est l’éternité à la portée des fantômes.

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Damien Chazelle les a poussés, l’un et l’autre, si loin dans leur zone d’inconfort, face au miroir impitoyable que chacun tend à l’autre, qu’ils y ont trouvé l’étincelle de génie qui transmue un dialogue ordinaire en scène d’anthologie.

Margot Robbie, plus belle et mieux filmée qu’elle ne l’a jamais été, défoncée d’un bout à l’autre, tient là le rôle de sa vie : elle ne vieillira pas, elle, elle restera éternellement jeune, dans les mémoires, comme Garbo.

Quant à Tobey « Spiderman » Maguire, en truand maladif sadico-paranoïaque, il est tout bonnement époustouflant.

Puis il y a le petit dernier, Diego Calva, un acteur mexicain qui joue le Latino de service, l’homme à tout faire qui sera brièvement le génie du passage au parlant. Et qui finira, à moitié chauve, dans un cinéma de 1952, à regarder Chantons sous la pluie, à se souvenir, à pleurer sur sa jeunesse enfuie, et à rire devant le spectacle de l’immortalité. Qui parmi nous prétendrait que Gene Kelly, Debbie Reynolds, Donald O’Connor ou Jean Hagen sont morts pour de bon, quand il suffit d’un clic pour les faire revivre ? Eh bien grâce à ce film, quelques acteurs sont entrés dans l’éternité.

Babylon ne camoufle pas ses références, c’est un film pour cinéphiles avertis qui peut se regarder sans rien y connaître. L’amateur d’histoire du cinéma y reconnaîtra l’éléphant qui ornait les décors de Griffith (rappelez-vous Good morning Babilonia, ce très beau film des frères Taviani en 1987). Ou le meurtre de la jeune Virginia Rappe par Roscoe Arbuckle, dit Fatty, lors d’une orgie en septembre 1921. Ou la succulente Clara Bow, star des années 1920, qui passait pour s’être offert les services amoureux d’une équipe entière de football américain. Quant à Brad Pitt, son personnage s’inspire évidemment de John Gilbert.

Le cinéaste Kenneth Anger a raconté ça, entre autres frasques inimaginables en nos temps de wokisme et de morale étroite, dans son Hollywood Babylon, dont Vincent Roussel a dit tout le bien que j’en pense il y a une dizaine d’années sur Causeur. Pas de hasard, les grands films sont faits de films et de livres — pas de bonnes intentions.

Le cinéphile reconnaîtra des références encore plus enfouies. Lorsque Margot Robbie / Nellie La Roy va voir sa mère dans un asile d’aliénés, comment ne pas se rappeler que Marilyn Monroe (qui apparaît fugacement, sur une affiche) allait visiter la sienne dans un autre asile ? Joyce Carol Oates a magnifiquement raconté ça, dans Blonde, le livre que vous avez lu pour vous consoler du navet pitoyable que Netflix en a tiré.

Au passage, Babylon tue par avance les films minables dont les bandes-annonces nous ont été infligées dans les dix minutes qui précédaient la séance. Du cinéma français bourré de bonnes intentions — mais on ne fait pas un chef-d’œuvre avec de bonnes intentions.
Babylon, dont la réalisation a été différée pour cause de Covid, a été mal accueilli aux USA : ils ont du mal à se concentrer sur trois heures d’intelligence et de virtuosité, là-bas, il leur faut le temps bref et répétitif des séries. Netflix va tuer le vrai cinéma. À vous de leur prouver que nous sommes globalement bien plus intelligents et artistes qu’eux : précipitez-vous, vous ne le regretterez pas.

Hollywood Babylone

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Louis Boyard, l’ignorant qui voulait être une star

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Le jeune député LFI du Val-de-Marne apparait dans un clip de rap menaçant évoquant le “grand remplacement”, dans les paroles duquel le taux de natalité est qualifié d’”arme démographique”, où il est question de “fachos à saigner” et où l’on peut entendre “Je péterai l’champ’ à la mort du borgne, J’le péterai à la mort de sa fille, Je péterai le champ’ à la mort d’Maréchal”.


Il fut un temps où les jeunes rappeurs avaient du talent. Joey Starr rugit comme un lion précoce, et cofonda NTM à l’âge de 22 ans. Frère de Vincent Cassel au moins aussi talentueux, Mathias Cassel, alias Rockin’ Squat, se fit connaître avec le groupe Assassin vers l’âge de 20 ans.

Génération télé-réalité 

Louis Boyard, lui, n’a pas de talent. Mais Louis Boyard veut quand même être une star. Né en l’année 2000, un an avant la première saison de Loft Story, Louis Boyard est de celles-et-ceux qui ont été biberonnés à la télé-réalité, celles-et-ceux qui s’imaginent qu’il suffit de passer à la télé pour briller. 

Dans un monde sous le signe de la vertu et de l’humilité, Louis Boyard serait resté un parfait inconnu. Seulement, il y a deux ans, l’émission “Les Grandes Gueules” sur RMC et surtout “Touche pas à mon poste”, sur la chaîne C8, lui offrent l’occasion de prendre la parole.

De la Vendée à la télé

Dès lors, le jeune homme, qui n’est alors jamais sorti de Vendée, prend la route de la célébrité. Sous les auspices de C8 et Bolloré, Louis Boyard ose. Comme disait Lino Ventura dans « Les Tontons flingueurs », ceux qui osent tout, c’est à ça qu’on les reconnaît. 

A lire ensuite, Jérôme Leroy: Prise de tête pour la tête du PS

Le problème, c’est que Louis Boyard n’a pas dû voir « Les Tontons flingueurs », alors, il ose encore. À l’étroit dans son costume de chroniqueur, le jeune Louis se présente l’année dernière à la députation sous les couleurs de LFI, et il est élu.

Du tiers-mondisme au rap 

Le 10 novembre, lors de l’affaire de l’Océan Viking, Cyril Hanouna invite sur son plateau le monstre qu’il a lui-même créé. Le député LFI, qui n’a sans doute jamais foutu les pieds de sa vie dans un pays du Tiers-Monde, ni en Amérique centrale, ni en Afrique, ni dans un pays communiste – et pas dans un hôtel de La Havane, dans la campagne cubaine, camarade ! – se fait le chantre du tiers-mondisme.

Récitant une série de lieux communs qui nous font regretter Frantz Fanon, le jeune Louis s’en prend alors au grand patron propriétaire de C8, qu’il accuse de déforester le Cameroun. Avec tout le tact qui le caractérise, Cyril Hanouna lui répond : « Arrête de te la raconter, j’m’en bats les couilles que tu sois élu, si t’es député, c’est grâce à nous ».


Du rap et des frites pour le jeune Louis

S’il avait un poil d’humilité, Louis Boyard serait alors retourné en Vendée, mais non, Louis continue d’oser. Aujourd’hui, il est à l’honneur d’un titre du rappeur Yanni. Dans un obscur clip nommé « Louis Boyard », où le rappeur évoque pêle-mêle drapeau algérien sur une mairie française, « fachos à saigner » et « Allah Akhbar », Louis Boyard apparaît tout guilleret devant un kebab frites. À défaut de savoir chanter, Louis Boyard fait de la figuration dans le clip d’un rappeur que personne ne connaît. Pourquoi fait-il ça ? Parce qu’il est bien moins con qu’il en a l’air. Déjà, l’avocat Gilbert Collard et Marion Maréchal s’indignent sur Twitter. C’est lui faire trop d’honneur, le jeune Louis sait très bien qu’il ne peut exister qu’en faisant du buzz médiatique.

Louis Boyard n’est qu’un symptôme de la décadence de la France : cette partie de la jeunesse qui baigne dans le confort, qui ne connaît rien à la vie mais qui passe son temps à pleurnicher sur son sort. Un jour petit Louis deviendra grand. Reste qu’à 22 ans, il serait temps.

Grossophobie

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Cachemire au rabais

Le président israélien d’un festival de cinéma accuse un film réalisé par un hindou de propagande… anti-musulmane.


Un film indien est au centre d’une controverse entre hindous, musulmans et Israéliens. The Kashmir Files, du cinéaste Vivek Ranjan Agnihotri, revisite les événements des années 1989-1990 quand des rebelles musulmans ont forcé des hindous à fuir la région du Cachemire amèrement disputée par l’Inde et le Pakistan. Sorti en mars et promu par les nationalistes hindous du Bharatiya Janata Party du Premier ministre indien, Narendra Modi, le film a connu un véritable succès commercial. Mais il a enflammé les tensions en Inde et a même provoqué des émeutes lors des premières projections en salle. Les condamnations proviennent de la communauté musulmane qui l’accuse d’islamophobie.

A lire aussi: Pierre-André Taguieff contre les déconstructeurs

Lors du festival du film international de Goa, fin novembre, le président du jury, le cinéaste israélien Nadav Lapid, a abondé dans ce sens, qualifiant l’opus d’Agnihotri de « propagande » vulgaire indigne d’un festival artistique. Il a tout de suite fait l’objet d’attaques de la part des nationalistes hindous et même de la part de l’ambassadeur israélien à New Delhi qui, soucieux de préserver les bonnes relations intergouvernementales, a tweeté une lettre ouverte à son compatriote, déclarant : « Vous devriez avoir honte. » Agnihotri et ses défenseurs, comme le journaliste vedette Aditya Raj Kaul, font souvent le parallèle entre son film et La Liste de Schindler (et parfois Le Pianiste de Polanski) car, à leurs yeux, les deux révèlent la vérité sur un génocide. Agnihotri traite ceux qui n’acceptent pas sa vision des événements du Cachemire de « négationnistes » (genocide-deniers). Le vocabulaire et les références cinématographiques de la Shoah se sont installés dans les disputes interreligieuses en Inde.

Ah! Si j’étais riche

Artcurial, la maison de ventes aux enchères, proposera la « Mustang » du Marginal, le 4 février prochain, lors de la 47ème édition du salon Rétromobile qui se tiendra à la Porte de Versailles.


Ça a débuté comme ça, par une séance du mercredi après-midi. Anodine et indépassable. Cascadeuse et mémorielle. Nous étions fin octobre, début novembre 1983. J’avais neuf ans dans la salle du « Concorde » à Bourges que la rumeur disait appartenir à Alain Delon ou à Robert Hersant, je ne me souviens plus très bien. Les Berrichons aiment les histoires de montages financiers complexes et de successions houleuses, nous tenons cet héritage-là de Jacques Cœur, notre grand argentier.


Dès le générique du « Marginal », j’ai été percuté par la musique haletante d’Ennio Morricone, ce TGV orange qui filait à pleine vitesse dans la campagne française, « CERITO FILMS » en lettres capitales qui barrait l’écran et Jean-Paul qui lisait Le Figaro. Il portait l’une de ses improbables vestes en cuir sur un tee-shirt et un jean surmonté d’un gros ceinturon comme dans une chanson de Michel Delpech. Le scénario était l’œuvre de Jacques Deray et de Jean Herman. Le Commissaire Jordan débarquait à Marseille pour démêler une affaire de stupéfiants. Il y avait Sauveur Mecacci, un méchant aux traits d’aiglefin, interprété par une star d’Hollywood au sang mêlé, newyorkais de naissance, né de parents siciliens et espagnols, l’inquiétant Henry Silva nous a quittés en septembre dernier à l’âge de 95 ans.

Un instituteur qui roulait en R9

Le fidèle Pierre Vernier, discret et indispensable copain du Conservatoire s’imposait en finesse par un jeu à contre-courant de son ami. Roger Dumas et Michel Robin complétaient ce casting cinq étoiles. On était à la fête. Et dire qu’il fallait retourner à l’école, le lendemain, sous la dictée d’un instituteur qui roulait en Renault 9 et hésitait à quitter le PSU. La rigueur avait emporté le pays, les déficits et le chômage allaient occuper toute notre jeunesse. Nous avions ordre de culpabiliser et de rogner la moindre parcelle de joie décomplexée. Mais, ce jour-là, en dehors du temps, des modes, du spectre « politiquement correct » qui s’abattrait bientôt sur nos consciences, Jean-Paul tenait la barre dans ce policier musclé, ficelé comme un rôti de veau et parfaitement désuet. Une production qui misait son va-tout sur les épaules de Belmondo et jouait la carte populiste sans fausse pudeur. Nous étions en attente d’un Jean-Paul cocardier, vengeur, boulevardier, charmeur, droitier et cogneur.

A relire, du même auteur: Sophie Marceau: un amour de jeunesse qui ne s’est jamais démenti

Il y eut également plusieurs apparitions qui réjouirent l’enfant en construction que j’étais. D’abord, l’arrivée d’une Brésilienne du Nordeste à la chevelure brune incendiaire et aux créoles imposantes. Elle s’appelait Livia Maria Dolores Monteblanco. Carlos Sotto Mayor avait la peau cuivrée et des jambes de feu. Et cette chanson « Don’t think twice » du groupe Blizzard qui résonnait dans nos têtes. On était aux anges. Il ne manquait plus que les frères Tourian, « les artistes du couteau, amateurs de jolies femmes ». Et cette réplique de Jean-Paul : « Alors, dites donc, il parait que l’on veut me fourrer à sec, ben je suis d’accord, lequel commence ? » déclenchant une bagarre générale dans ce snack huileux.

Ce qui frappa vraiment notre imaginaire, le congela sur place, bloqua à jamais notre cervelet, se matérialisa sous la forme d’une Ford Mustang 66 vert foncé, à l’échappement latéral et aux grognements caverneux dans une course-poursuite orchestrée par Remy Julienne, le maître du genre. Le lieutenant Frank Bullitt était battu sur son propre terrain! Cette américaine francilienne était large et démoniaque, agressive jusqu’au meurtre, elle rejetait le collectivisme et les limitations de vitesse. On la disait blindée. Elle fut notre bouffée d’essence dans une Europe bouffie d’orgueil. Elle militait pour l’autodéfense et la loi du talion. Idéologiquement suspecte, elle condensait tous les plaisirs interdits. Sa légende surpassait même la DB5 de Bond dans le panthéon cinématographique des autos-vedettes.

Entre 200 000 et 400 000 euros

Car son mystère restait entier. Où était-elle ? Disparue dans une casse de banlieue ? À l’abri chez un fétichiste du « flight jacket » et des « eighties débridées » ? Désossée par un militant écologiste ? Envolée aux Amériques, là où les voitures de caractère ne sont pas stigmatisées ? Artcurial, la maison de ventes aux enchères l’a retrouvée avec son immatriculation d’origine « 9TL75 ». Hosanna ! Hervé Poulain, le commissaire-priseur, diffuseur de belles mécaniques depuis plus de 50 ans, tentera de l’adjuger lors de la vente officielle du salon Rétromobile (1er au 5 février). Son estimation entre 200 et 400 000 euros me semble raisonnable. Vous pouvez retrouver son historique dans le catalogue aux pages 262-263. J’ai bien failli m’évanouir à la vue de ce lot 236. Et c’est là que j’ai regretté de ne pas avoir mieux travaillé à l’école pour m’offrir peut-être, l’expression roulante la plus outrancière et fantasmagorique du cinéma français.

Rétromobile 2023 – La Vente Officielle by Artcurial

Ma dernière séance : Marielle, Broca et Belmondo

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Belmondo & moi

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Pierre Cormary: le genou d’Aurora Cornu

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Aurora Cornu de Pierre Cormary : un premier roman rohmérien et foisonnant inspiré par l’actrice du « Genou de Claire »…


La poétesse roumaine Aurora Cornu fut l’épouse de l’écrivain roumain Marin Preda puis d’Aurel Cornea, otage au Liban qui y laissa sa peau. Pour Pierre Cormary, Aurora Cornu est avant tout un des personnages du « Genou de Claire » de Rohmer, sorti en 1970, son année de naissance.

L’écrivain Pierre Cormary D.R.

L’écrivain a eu un coup de foudre immédiat, et pour le film, et pour Aurora. La belle Roumaine, brune et plantureuse, n’est pas une de ces jeunes filles graciles que Rohmer affectionne. Elle incarne, dans ce marivaudage situé au bord du lac Léman, une écrivaine au caractère bien trempé, qui observe, non sans ironie, les atermoiements amoureux du personnage principal interprété par un Jean-Claude Brialy, au mieux de sa nonchalance assumée et un peu cynique.

Rencontrer Aurora

Une femme dans la fleur de l’âge, un peu autoritaire, artiste, voilà qui est diablement le genre de Cormary. En bon obsessionnel, il n’a désormais qu’une idée en tête : la rencontrer. Il lui écrit donc une lettre enflammée, et à sa grande surprise, Aurora accepte un rendez-vous avec cet admirateur. La vie de Pierre Cormary en est changée. En effet, s’ensuit une amitié amoureuse qui durera jusqu’à la mort d’Aurora, en 2020.

C’est cette amitié que Pierre Cormary nous raconte, à sa manière, truculente, imagée, mais aussi au plus proche du réel. En effet, Aurora Cornu est avant tout un roman organique, fait d’humeurs, de bouffes pantagruéliques, de maladies aussi. Nous voilà propulsés dans un film italien, Pierre Cormary est un alchimiste qui parvient à faire du Fellini et du Ferreri avec du Rohmer. Il a un don particulier pour les dialogues tragi-comiques qui fusent et nous voilà aussi au théâtre, dans une pièce de Pirandello peut-être. Pierre Cormary, aux origines pieds-noires, est décidément un homme du sud, cela transpire dans son roman.

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La structure du livre est foutraque, l’auteur y évoque dans un monologue intérieur sa riche vie numérique, sa passion pour la littérature ou le cinéma et, bien évidemment, ses névroses personnelles et la tragédie que représente toujours la famille. Quelquefois, nous nous perdons un peu avec lui, mais nous sommes tenus par le fil de son humour, de sa truculence, de la façon dont il se moque de lui-même, surtout.

Si j’ai précisé plus haut son année de naissance : 1970 – qui est aussi l’année de la sortie du Genou de Claire- cela n’est pas par hasard. En effet, Pierre considère qu’Aurora fut son accoucheuse, celle qui lui permit de sortir de lui-même. Et cette seconde naissance est bien sûr symbolisée par son livre.

La mère cachée

Mais dans la bonne littérature, il y a toujours un sens caché. Il suffit de savoir lire, pour le déceler. À travers Aurora Cornu, Pierre Cormary nous parle en creux de sa propre mère. Evidemment. Et cela est très malin de sa part d’éviter le « tout sur ma mère » tout en faisant d’elle, finalement, le personnage principal de ce livre. Cette mère, personnage éminemment romanesque, mériterait aussi un autre livre. Elle accumula les maris, défia toute sa vie la loi, se croyant au-dessus d’elle, se croyant tout permis, le tout avec une émouvante candeur.

Pierre Cormary aborde l’épineux sujet de la famille à la toute fin du récit. Il choisit encore l’humour, qui apaise la tragédie, et cela donne lieu à une des scènes les plus drôles du roman: un Noël dans la belle maison paternelle, avec son père qui ne l’a jamais compris et une belle-mère qui ne l’a jamais compris.

J’ai affirmé plus haut qu’Aurora Cornu ne ressemblait à rien de connu, et pourtant… Dans la préface, écrite par Amélie Nothomb, celle-ci évoque Jean-Jacques Schuhl et son Ingrid Caven. Cela peut paraître très étonnant, mais il y a du Schuhl chez Cormary : cette manière de faire des collages de références, cette structure décousue… Mais surtout, Schulh dit qu’il n’écrit pas mais qu’il « est écrit » par ses romans. Et j’affirme que Pierre Cormary a, lui aussi, été écrit par Aurora Cornu.

Aurora Cornu de Pierre Cormary (Unicités)

Aurora cornu : Préface d'Amélie Nothomb

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Ingrid Caven - Prix Goncourt 2000

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Les démons africains du romancier mozambicain Mia Couto

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Le romancier mozambicain Mia Couto est l’un des plus célèbres et des plus traduits de son pays. Né en 1955, ce fils de Portugais émigrés a commencé par être journaliste, puis poète, comme son père Fernando Couto, dont il a partagé l’engagement anticolonial. Le Cartographe des absences raconte cette histoire.


Il faut peut-être rappeler ici le long contexte historique de l’empire colonial des Portugais. Ils ont occupé le Mozambique dès le XVIe siècle. Vers la fin du XIXe, ils essayèrent de réunir cette région à l’Angola, leur autre possession africaine. Les Anglais, pourtant leurs alliés, les en empêchèrent. C’est en 1951 que les Portugais firent du Mozambique une province d’outre-mer. Des mouvements nationalistes émergèrent quelques années plus tard, pour fusionner dans le Front de libération du Mozambique (Frelimo) en 1962. En 1970, le légendaire leader indépendantiste Samora Machel en prit la direction. Quand le régime salazariste de Lisbonne s’effondra le 25 avril 1974, le Mozambique accéda bientôt à son indépendance en devenant une République populaire, sous la présidence du même Samora Machel.

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Mia Couto, avec Le Cartographe des absences, a écrit un roman autobiographique, qui se passe aujourd’hui, mais en se focalisant rétrospectivement sur le souvenir de la terrible année 1973. Il se représente en écrivain à succès des années 2000, revenant dans sa ville natale, Beira, pour tâcher d’exorciser ce qu’il y a vécu enfant. À son arrivée, il est accueilli par une jeune femme, Liana, petite-fille d’un ancien responsable de la police, l’inspecteur Óscar Campos. Elle a hérité de son grand-père une masse d’archives, qu’elle remettra à l’écrivain pour lui permettre d’étoffer son enquête. Tous les personnages sont à la recherche de leur passé, ou de celui de leurs ancêtres, et Liana ne fait pas exception à la règle.

Un hommage au père

Le père du narrateur, journaliste et poète, joue un rôle déterminant. Esprit vagabond et farouchement anticolonialiste, il emmène son fils dans la petite ville d’Inhaminga, où les soldats portugais se sont livrés à une tuerie. Il veut, comme son fils plus tard, témoigner de ce qu’il voit. Ainsi que le lui écrit un camarade : « Alors, fais du journalisme une opération militaire : amène cette terre lointaine où tout peut arriver sans que personne ne soit au courant à l’intérieur de la ville où tout se sait, surtout ce qui n’est jamais arrivé. » Mia Couto décrit très bien l’ambiguïté de cette tâche de témoin.

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La figure du père est l’une des plus attachantes. Comme il le dit lui-même : « Je suis un poète révolutionnaire qui a perdu la foi dans la poésie et la révolution. » Lui aussi subit la situation politique dans l’angoisse. Il essaie de s’en distraire par des aventures féminines à répétition. Mia Couto pose, dans ce livre, la question de la révolution, et du bilan qu’on peut en tirer. A-t-elle servi à quelque chose ? Désormais, sur le plan historique, tout semble connu. N’est-il pas oiseux de revenir une énième fois sur la dialectique forcément simpliste des guerres coloniales ? Il se trouve que Mia Couto fait revivre cette époque antédiluvienne avec beaucoup de vivacité, malgré son double dépressif qui ne rêve que de rester à ne rien faire dans son hôtel ‒ non sans raisons, sans doute : « Triste ironie, avoue-t-il : j’ai fait ce voyage pour recueillir des souvenirs de ma ville mais je reste enfermé à l’hôtel, peut-être par peur de découvrir que ma vie repose sur un mensonge. »

La révolution accomplie

Liana le pousse malgré tout à poursuivre sa quête d’identité. Il rencontrera ainsi toute une galerie d’hommes et de femmes parfaitement pittoresques, qui l’aideront à restituer ces temps anciens de la lutte pour la liberté. « Si tu es un écrivain, lui dit un homme très âgé, tu dois savoir que ce n’était pas une époque, c’était une vie, une autre vie… » Davantage qu’un roman, Le Cartographe des absences est probablement une sorte de reportage journalistique sur la mémoire. C’est un recueil de faits vrais, et de paroles authentiques, sur une révolution accomplie.

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Ce qu’on peut néanmoins continuer, par facilité, à appeler « roman » est un genre qui possède cette capacité de faire comprendre les mystères cachés, comme Dostoïevski dans Les Démons. C’est ce qu’a voulu élaborer ici Mia Couto, dans un style sobre, mais assez peu classique, à vrai dire. Rien n’est fait pour retenir le lecteur, il n’y a aucun pathos (c’est un atout). Mia Couto essaie seulement de s’en tenir à ce qu’il ressent, pour nous relater un traumatisme, le sien, mais aussi celui de tout un pays. En ce sens, Le Cartographe des absences est une très belle réussite littéraire.

Mia Couto, Le Cartographe des absences. Traduit du portugais (Mozambique) par Elisabeth Monteiro Rodrigues à partir du texte original de l’édition Caminho révisé par l’auteur. Éditions Métailié.

Le Cartographe des absences

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«La preuve que l’automobile reste identitaire, c’est le succès de la Tesla, une escroquerie de génie»

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Jacques Séguéla © Jacques BENAROCH/SIPA 00883403_000017

Pour le publicitaire à l’origine des mythiques campagnes Citroën depuis un demi-siècle, la voiture est un membre de la famille et une éternelle histoire d’amour. À l’occasion du dossier de Causeur de janvier, « Arrêtez d’emmerder les automobilistes », il s’entretient avec la patronne.


Causeur. Votre vie d’homme et de publicitaire épouse largement l’histoire de la voiture.

Jacques Séguéla. J’ai fait deux grands mariages, à la vie à la mort : avec mon épouse Sophie et avec Citroën.

Jacques Séguéla à 20 ans, lors de son tour du monde en 2CV. D.R

Ça commence lorsqu’à 20 ans, en 1954, vous partez faire le tour du monde en 2 CV avec votre ami Jean-Claude.

J’ai beaucoup de reconnaissance pour mes parents qui ont pris sur eux pour laisser partir leur fils unique. Il faut dire que mon père, radiologue, était aussi un bourlingueur. C’est lui qui m’a offert une « deuche », ce mythe libertaire sur quatre roues. J’ai décidé de suivre son conseil d’aller « frotter ma cervelle à celle des autres peuples ». Ça a duré deux ans, nous avons traversé huit déserts. Quand on arrivait dans une ville, on n’allait pas voir les musées, on cherchait du boulot pour continuer. Aujourd’hui, on aurait un hélico au-dessus de nous, des GPS, des téléphones. À l’époque, on avait une boussole. On n’aurait jamais pu faire ça avec une autre voiture, à notre première panne on serait restés bloqués. Une 2 CV, on pouvait la soulever, la tirer, la pousser. Le livre qu’on a écrit, sur les instances de Citroën, a été un best-seller. Ma vie a été transformée par la 2 CV.

Dans votre livre, vous racontez de délicieuses péripéties, comme « l’anti tape-cul », une pub pour l’Ami refusée, ou le crash test avec Claudia Schiffer. Mais arrêtons-nous sur le blasphème Picasso.

En 1981, le patron de Citroën me parle d’un modèle qu’il va lancer, qui, me dit-il, n’a rien de spécial. Et il me lâche un nom à dormir debout. J’avais quarante-huit heures pour en proposer un nouveau, car il était gravé sur les moteurs. Par chance, je déjeunais avec le petit-fils Picasso et je suis parvenu à le convaincre qu’on ferait un tabac avec son nom. J’achète une pleine page dans Le Figaro, on voyait le peintre avec sa marinière et un petit garçon qui disait, de son écriture enfantine : « Dis maman, pourquoi le monsieur, il s’appelle comme une voiture ? » Scandale, engueulade, retrait de la pub. N’empêche, on a fait un tabac et la voiture a duré dix ans. Si j’avais appelé Picasso une machine à laver, j’aurais été en taule !

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Pourquoi était-ce possible avec une voiture ?

Parce que c’est le seul objet de consommation qui possède une âme ! C’est un membre de la famille qui vient juste après le chien. En vacances, j’aime laver ma voiture moi-même, vous m’imaginez laver le téléviseur ? Malgré toutes les attaques dont elle est l’objet, la voiture reste un objet de désir, l’achat le plus important après la maison, même si le crédit a tout changé heureusement. D’ailleurs, avec les montres, elle est l’objet le plus collectionné. La preuve que l’automobile reste identitaire, c’est le succès de la Tesla, une escroquerie de génie : le design est sublime, mais à l’intérieur, c’est du bas de gamme. Seulement, il y a cet écran géant qui ne sert pas à grand-chose mais qui fait la différence. Et alors qu’elle vaut deux fois son prix, et qu’il n’y a aucune pub, c’est un énorme succès. Aujourd’hui, c’est un marché très malmené par les décisions politiques, parce qu’on lui fait porter tous les maux de la planète, à cette pauvre auto qui n’y est pas pour grand-chose. Mais qu’on le veuille ou non, la voiture, c’est la liberté et ça reste une histoire d’amour.

90 ans d’amour, de Jacques Séguéla, éd. Plon, 272 p., 2022

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Martinique: le drapeau de la discorde

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Le président du conseil exécutif de Martinique Serge Letchimy et le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin sur l'île, le 1 octobre 2022 © GILLES MOREL/SIMAX/SIPA

Le projet de changer le drapeau de l’île est sur le point d’aboutir, après de nombreuses polémiques. Découvrez le drapeau qui devrait être retenu…


Appelés récemment à participer à une consultation populaire organisée par la Collectivité territoriale de la Martinique (CTM), une majorité d’habitants ont voté pour un changement du drapeau actuel jugé trop colonial aux yeux de certaines associations. Une affaire qui divise profondément ce département français d’Outre-mer et dans laquelle était directement intervenu le président Emmanuel Macron…

L’idée était pourtant bonne au départ. Avant qu’elle ne tourne finalement au vinaigre. En 2018, la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) fait part de sa décision d’organiser une consultation populaire afin qu’un nouveau drapeau soit adopté pour que l’île puisse se faire identifier lors de certaines compétitions sportives ou culturelles.

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Très rapidement, cette proposition a tourné à la polémique. Plusieurs élus ont protesté contre cette volonté de la CTM d’abolir le drapeau officiel à la croix-blanche et bleue, orné de quatre serpents fer de lance, qui sert de symbole à cette île des Caraïbes depuis le XVIIe siècle. « Poser la question du drapeau revient à poser la question de la souveraineté. L’hymne et le drapeau sont des attributs d’une nation. Si l’on veut qu’il y ait une nation martiniquaise, qu’on le dise franchement » avait alors déclaré Fred-Michel Tirault, maire de la ville de Saint-Esprit. Dans la foulée, diverses associations s’étaient engouffrées dans l’affaire pour dénoncer ce drapeau, témoin du passé esclavagiste de la France en Martinique (il était notamment arboré sur les navires négriers), imaginé par Louis XIV lui-même. Face aux débats houleux menaçant de dégénérer en affrontements, la CTM avait été contrainte de mettre en suspens son projet.

Cédant aux demandes du Mouvement international des réparations et du Conseil représentatif des associations noires (Cran) de France, qui avait déposé plainte contre la présence de ce symbole « raciste » au sein de la République, dans un souci d’apaisement, le président Emmanuel Macron avait consenti à faire retirer l’écusson martiniquais controversé des uniformes des gendarmes représentant l’État dans ce département d’Outre-mer. Pour les mouvements indépendantistes, seul le drapeau tricolore rouge (la vie et à la liberté) – vert (nature) – noir (« qui rend hommage à tous ceux qui ont été bafoués») doit être arboré en Martinique. Inventé par Victor Lessort, un militant de l’Organisation de la jeunesse anticolonialiste de la Martinique (OJAM), il a fait son apparition en 1962 et est régulièrement mis en avant lors de manifestations anti-gouvernementales ou lors de grèves. Quand il n’est pas hissé en guise de provocations sur le fronton des mairies (comme en 2019, à Fort de France) ! Le choix de ses couleurs est loin d’être anodin. Selon les indépendantistes, le drapeau trouverait son origine première dans les révoltes esclavagistes fomentées par les « neg’ marrons » contre les planteurs blancs Békés et reste une référence aux thèses panafricaines. Chantre de la négritude (un mouvement littéraire), le poète anticolonialiste Aimée Césaire avait eu droit à ce drapeau sur son cercueil en 2008, agité sans complexe par le Parti progressiste martiniquais (PPM) qu’il a fondé.

Le 28 juillet 2022, la CTM a ressorti son projet (l’année précédente, une tentative similaire avait été annulée par la justice administrative) et a appelé les Martiniquais à se prononcer sur le sujet et sur un nouvel hymne officiel. Exit l’actuel drapeau « colonialiste », plusieurs dérivés du fameux tricolore rouge-vert-noir ont été présentés aux habitants de l’île. Mais, encore une fois, les polémiques ont ressurgi. Notamment lorsqu’on a découvert que le vote virtuel permettait toutes les fraudes possibles. La plateforme choisie pour recueillir les votes a été vite suspendue, à peine 24 heures après sa mise en ligne, le 2 janvier 2023, afin d’être mieux sécurisée. 27 000 personnes ont participé au scrutin participatif (sur une population recensée de 360 000 personnes) et 73% d’entre-deux ont choisi le fameux drapeau indépendantiste auquel on a rajouté une silhouette de colibri noir. Mais la contestation continue. Selon les détracteurs, la créatrice du nouveau drapeau, Anaïs Delwaulle, aurait plagié un logo que l’on peut voir sur la banque d’images en ligne Shutterstock ! Cette accusation est fermement démentie par l’intéressée, qui s’en est longuement expliqué dans un droit de réponse publié dans la presse locale.

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Peu commenté par les médias de l’hexagone, ce changement est pourtant loin d’être anodin et soulève des questions. Il intervient alors que certains sur l’île songent à revoir les relations avec la métropole et à obtenir plus d’autonomie (à l’instar de la Nouvelle-Calédonie), à défaut l’indépendance totale. Une idée que réfute néanmoins Serge Letchimy, président du Conseil exécutif de Martinique qui explique à qui veut l’entendre que la Martinique ne souhaite « pas sortir de la République mais qu’on lui permette d’y vivre dignement ». Un combat idéologique ne fait que commencer, dans une île où l’économie est encore aux mains de la minorité blanche de Martinique. Des « Békés » qui restent encore parfois considérés comme des colons métropolitains par les associations indépendantistes proches du mouvement Black Lives Matter (BLM)…

Le drapeau retenu D.R.

Immigration subsaharienne: un enjeu de Paris à Casablanca, en passant par Callac et Lampedusa

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Capture d'écran Twitter

Les flux migratoires en provenance d’Afrique sont, comme nous le savons bien, l’un des grands enjeux du siècle à venir pour le continent européen. En revanche, nous ignorons que le phénomène s’est déplacé vers le sud et l’est.

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Bien sûr, le cas de la Libye est scruté depuis la chute du régime de Mouammar Khadafi, mais il ne s’agit que d’un pays de transit. A contrario, des puissances régionales renaissantes à proximité de zones de départs, telles que la Turquie et le Maroc, sont actuellement des pays d’émigration mais aussi d’immigration, souffrant des maux qui nous affligent depuis longtemps : expatriation d’une partie de la jeunesse diplômée et arrivées importantes de réfugiés, ou de personnes se réclamant du statut.

D’autres pays, tels que le Nigéria ou l’Afrique-du-Sud, sont pareillement devenus des terres d’accueil.  Comme l’explique Sylvie Bredeloup dans son article Migrations intra-africaines : changer de focale pour la revue Politique Africaine ; « Les migrations africaines ont été principalement étudiées sous l’angle des départs vers l’Occident: d’abord attirer les travailleurs quand la main-d’œuvre européenne devenait insuffisante puis freiner les flux d’immigration dans un contexte post-fordiste ». L’auteur ajoute, lucide, que la « forte empathie de chercheurs européens à l’endroit des migrants, sous-tendue par leur implication militante, semble les avoir empêchés, un temps, d’objectiver la dimension individuelle du projet migratoire et d’apprécier comment elle pouvait se conjuguer aux stratégies collectives, familiales ou villageoises ».

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Cette vue étroite de militants se targuant de l’objectivité scientifique nous empêche de jauger le phénomène dans toute sa complexité et de le combattre correctement, y compris en Afrique où les migrations intracontinentales représentent environ 70% du total des exils. Evidemment, en Europe comme en Afrique, les « migrants » se jouent souvent des lois et choisissent des pays plus riches pour s’installer, dans lesquels ils finissent par reconstituer une communauté nationale à petite échelle, profitant de la solidarité de leurs compatriotes. Cet exode massif n’est pas sans conséquences pour les pays d’accueil et leurs habitants.

À Casablanca, les locaux ont peur de sortir la nuit

Dans une petite vidéo diffusée par Pierre Sautarel qui a fait grand bruit en France comme au Maroc, on peut ainsi voir les habitants de Casablanca confier leur désarroi quant aux conséquences de l’arrivée de milliers de migrants subsahariens. Un homme déclare notamment que les nouveaux arrivants provoquent une telle insécurité qu’il devient difficile aux locaux de circuler la nuit et même d’accéder paisiblement à leur domicile personnel : « Ils t’encerclent à quatre ou cinq, c’est exagéré ». Excédés, les Casablancais ont donc décidé de manifester en demandant l’expulsion des indésirables. De quoi rappeler des scènes déjà vues en France un peu partout, singulièrement dans notre capitale.

De fait, si l’on parle beaucoup de l’émigration de Marocains à destination de l’Europe, on oublie que le royaume est aussi un pays qui reçoit de l’immigration non seulement de transit mais aussi de migrants qui s’installent au long cours, parfois dans l’espoir de pouvoir rallier plus tard l’Europe en traversant le détroit de Gibraltar ou en passant par les enclaves de Ceuta et Melilla. Il s’agit donc d’une passerelle stratégique d’une importance capitale pour l’ouest de l’Europe, de la même manière que la Turquie l’est pour la Méditerranée orientale.

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Il est évident que cette question ne pourra être traitée sans lutter contre les mafias qui profitent de la misère et encouragent les candidats à l’exil sur la base de fausses promesses. Chaque pays doit pouvoir souverainement contrôler qui entre et qui sort de son territoire, en choisissant les individus qui peuvent s’adapter à la culture et à l’économie locales. Malheureusement, l’immigration est maintenant un phénomène subi et instrumentalisé, tant par des idéologues d’extrême-gauche qui entendent casser le principe même des frontières que par des criminels qui ne sont intéressés que par le profit qu’ils peuvent en tirer. Les premiers mettent d’ailleurs en place un environnement favorable au développement des seconds.

Des donneurs de leçons sans frontières

Quand des pays prennent les mesures qui s’imposent pour décourager l’immigration illégale, ils sont visés par des attaques d’associations et d’ONG qui ont un agenda politique en tête. Exactement les mêmes qui ont voulu installer des migrants à Callac, petit village breton qui n’en demandait pas tant, afin de « redynamiser » cet espace rural. Pourquoi les instigateurs du phénomène n’ont-ils pas eux-mêmes quitté New York et Paris ? Il est trop facile de faire la leçon aux peuples prospères et à ceux qui aspirent à la prospérité sur leur supposé « manque de générosité ». Ce sont pourtant ces pays qui voient leur jeunesse s’exporter en Amérique du Nord ou en Australie, pendant que nous devons accueillir des migrants non qualifiés, venant parfois chargés de casiers criminels ou de traumatismes majeurs.

Que trouveront-ils à Casablanca ou à Paris ? Rien. Très majoritairement masculins, ces migrants finiront par errer et s’abandonner à une misère bien plus grande que celle qui était leur quotidien chez eux. Manipulés et dupés par des marchands de rêve, ils rencontrent en bout de chemin les marchands de drogue et de mort. La lutte contre l’immigration subie est donc un sujet qui concerne tous les pays qui veulent rester souverains et conserver leur identité, c’est ensemble qu’ils y mettront un terme.

Féministes: arrêtez de castrer nos mecs!

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Sophie de Menthon Photo: D.R.

Quand les féministes veulent la peau des hommes!


Et des femmes par la même occasion ! Cette pseudo égalité des sexes finit par être un problème sociétal. Que les femmes aient les mêmes droits que les hommes et les mêmes salaires, on est d’accord. Mais indéfiniment vouloir réduire les différences à des conséquences déplorables sur nos comportements et le bonheur des unes et des autres?

Certes, les femmes ont été dominées par les hommes depuis… que le monde existe ! Faut-il pour autant « venger sa race » comme le revendique notre prix Nobel de littérature Annie Ernaux ? Certes, il faut rétablir la situation, mais occupons-nous d’abord et surtout des dernières esclaves de l’humanité que l’on cache à nos yeux en les voilant dans des pays en guerre idéologique et religieuse. Iran, Pakistan…

Vers l’indifférenciation

Mais stop à ce féminisme qui relève plus d’une idéologie anti-masculine. Et arrêtons de penser que toutes les femmes sont battues, car cela nuit à celles qui le sont vraiment.

A relire, du même auteur: J’aime les hommes…

Pour soi-disant remédier une bonne fois pour toutes à ce qu’on appelle les “violences sexistes et sexuelles”, il faudrait désormais indistinctement considérer les femmes et les hommes en toute circonstance, ne plus les différencier. Le gout du nivellement n’est pas que professionnel, il est sociétal. Or, les hommes ont une force physique que n’auront jamais les femmes, ils n’aiment pas les mêmes choses, ils n’ont pas les mêmes instincts, pas la même forme d’amitié ou même parfois d’amour, et ils n’ont pas envie, ne vous en déplaise, de faire forcément les mêmes métiers etc. Et c’est tant mieux ! On sait bien tout ça, mais on est obligé de le redire, tant que cela sera nié par nos ultras féministes aux grands cœurs… haineux ! Laisse tomber chéri, je te laisse ton barbecue.

Sandrine Rousseau à Poitiers, 20 août 2021 © NOSSANT/HARSIN ISABELLE/SIPA

Je ne suis pas forcément d’accord sur le fait que les filles doivent absolument jouer au foot. Et si elles préfèrent les tutus ? Les hommes sont priés de se mettre à la couture, d’accoucher en même temps que leur femme : si certaines peuvent se satisfaire que les pères adoptent la couvade africaine, point trop n’en faut non plus. Laissons aux femmes le triomphe de la maternité. Les pères ne doivent pas être des mères comme les autres, et surtout avec toutes les mêmes attributions. 

Cellezéceux 

La mode suit et nos vêtements tendent vers une homogénéité dans le style cool, jeans et sweats taille unique, qui rendent les corps des jeunes filles informes. L’objectif : se ressembler toutes-et-tous. « Tous les garçons et les filles …»  On aurait encore le droit d’écrire cette chanson ? « Ils » sont devenus une catégorie unisexe, nos djeun’s. Parlons-en encore de l’unisexe, car nier une certaine féminité a contribué à évincer l’élégance et le raffinement dans nos rues, la coquetterie a disparu du vocabulaire, et être crado semble désormais plus tendance. Même la haute couture ne sait plus à quel code se vouer…

Le cellezéceux qui a envahi les discours (un véritable échec oratoire !) ne reflète pas la réalité de ce qui est en train de se produire, car en fait on nous veut de plus en plus identiques ou interchangeables. Tout cela est assez malsain, le sous-jacent étant que l’homme est par définition coupable et qu’il faut le punir et le déviriliser, qu’il ne doit pas être dominant (moi, j’aime bien) et surtout ce n’est pas ainsi que l’on empêchera les femmes d’être maltraitées, voilées, ou violées. Simultanément, la sexualité elle-même est devenue… unisexe ! Attaquons-nous sérieusement à cette invasion terrible du porno, surtout celui qui est à la portée des jeunes et qui est une violence faite à la sexualité d’une toute jeune fille, éliminant tout romantisme lié au sexe, le respect des femmes, et rangeant la pudeur au rayon du ringard, détruisant les interdits psychologiques et moraux qui avaient du bon quoiqu’on en dise, empêchant de libérer les instincts les plus violents. 

Confusion des genres

Confusion des genres ! Il faudrait que les hommes se féminisent, qu’ils luttent contre leur nature profonde qui serait de brimer et écraser les femmes. Gommer toutes les caractéristiques dites masculines dans la vie quotidienne, ah bon ? 

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J’aime bien que les hommes portent ma valise, ils sont plus forts quand même ! Mais je dois la tirer grâce aux roulettes c’est plus égalitaire. Je ne suis pas capable de changer de chaîne, de zapper correctement, je ne veux pas descendre la poubelle mais je ne veux pas non plus que mon homme repasse mon chemisier, je ne trouve pas ça sexy ! Et je veux bien lui repasser, sa chemise. Je n’ai pas un sens inouï de l’orientation et je suis tellement conditionnée que je pense que lui est meilleur pour ça, et ça me va… c’est bon d’être un peu conditionnée, qu’il m’ouvre la porte, qu’il s’efface devant moi, qu’il se lève quand j’arrive à la table du restaurant. Le plus terrible c’est que je suis certaine qu’il y en a qui ne voient même pas de quoi je parle. « Je suis une femme, et toi c’est quoi ton superpouvoir ? » !

Laissez-nous des gentlemen, des romantiques, des bricoleurs du dimanche, des soupirants, quelques machos au cœur tendre, des rugueux affectifs, des sigisbées… Pas des brutes ! J’aggrave mon cas: Laissez-nous nos « vrais » hommes. Là, je risque la garde à vue sur le thème : c’est qui les « faux » ?

Une femme est un être sans défense…  Mais jusqu’à ce que son vernis soit sec !

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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“Babylon”: mort et résurrection de Brad Pitt

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Brad Pitt et Diego Calva dans "Babylon" (2023), film de Damien Chazelle © Paramount Pictures

Attention chef-d’œuvre! clame notre chroniqueur. Ah oui? Un film avec Brad Pitt, vraiment? Une exaltation de l’âge d’or d’Hollywood, dans le passage du muet au parlant? Allons donc! Mais on a vu cela dix fois — à commencer par Chantons sous la pluie, non? Ou The Artist? Alors, qu’a donc de plus le film de Damien Chazelle?


Nous savions depuis Whiplash que Damien Chazelle dirige admirablement les acteurs. Et qu’il est le petit génie des plans-séquences, voir ce fabuleux travelling dans la séquence d’introduction de Lalaland. Il a additionné ces deux qualités, si rares dans le cinéma contemporain où l’on détaille toute scène en petits morceaux, faute de pouvoir compter sur des acteurs compétents, pour penser Babylon, qui vous laissera sans voix. 

À la sortie du cinéma, le seul mot qui me venait, en boucle, était « virtuosité ». Je sais que dans notre ère de petits esprits raisonneurs, la brillance n’est pas recommandable ; mais Chazelle est un réalisateur brillant, d’un bout à l’autre d’un film qui dure pourtant 189 minutes, que l’on ne voit pas passer. 

Le cinéma est étymologiquement ce qui bouge. Et pour bouger, Babylon déménage. Dans la première demi-heure, la séquence de la fête chez Don Wallach (un producteur auquel on a fait la tête de Harvey Weinstein) est une frénésie, un feu d’artifice d’une précision millimétrée : Chazelle, comme jadis les grands artistes baroques, est capable de filmer la folie en la réglant au centimètre près.

Je n’ai pas toujours été tendre avec Brad Pitt, qui a souvent été un gros paresseux. Angelina Jolie, qui n’a jamais été que la démonstratrice de ce que l’on peut faire à une paire de seins avec un peu d’hélium, l’a pétrifié longtemps dans des rôles insignifiants. Le comble de cette insignifiance fut le Il était une fois Hollywood de cette outre pleine de vent et d’autosatisfaction qu’est Quentin Tarantino.
Je n’avais pas aimé cette pâtisserie écœurante. A mon avis, Damien Chazelle non plus : il a récupéré deux acteurs essentiels qui y jouaient, Brad Pitt et Marot Robbie, et a tourné son film dans le même quartier de Los Angeles, Bel air, mais en situant l’action à l’époque où ce n’était qu’un moutonnement de collines arides.
Sauf qu’il a insufflé à Brad Pitt l’ambition de prouver qu’il était un grand acteur. Il aura 60 ans à la fin de l’année. Un sex symbol sexagénaire, cela ne se peut pas : alors Chazelle filme en gros plan les rides et les poches sous les yeux de sa star, et son regard désabusé. Il y a une séquence qui sera d’anthologie dans toutes les vraies écoles de cinéma, où la star en train de dégringoler vient demander des comptes à la journaliste impitoyable que joue Jean Smart— qui est septuagénaire, elle. Maquillée, plâtrée, marquée déjà par la mort, elle inflige à Brad Pitt un petit cours sur le destin des acteurs : ils s’étiolent, ils disparaissent, mais ils existent pour l’éternité sur la pellicule. Les gens qui les ont connus disparaîtront aussi, mais des millions d’enfants à venir s’extasieront devant eux. Si, comme le proclamait Céline, l’amour, c’est l’éternité à la portée des caniches, le cinéma est l’éternité à la portée des fantômes.

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Damien Chazelle les a poussés, l’un et l’autre, si loin dans leur zone d’inconfort, face au miroir impitoyable que chacun tend à l’autre, qu’ils y ont trouvé l’étincelle de génie qui transmue un dialogue ordinaire en scène d’anthologie.

Margot Robbie, plus belle et mieux filmée qu’elle ne l’a jamais été, défoncée d’un bout à l’autre, tient là le rôle de sa vie : elle ne vieillira pas, elle, elle restera éternellement jeune, dans les mémoires, comme Garbo.

Quant à Tobey « Spiderman » Maguire, en truand maladif sadico-paranoïaque, il est tout bonnement époustouflant.

Puis il y a le petit dernier, Diego Calva, un acteur mexicain qui joue le Latino de service, l’homme à tout faire qui sera brièvement le génie du passage au parlant. Et qui finira, à moitié chauve, dans un cinéma de 1952, à regarder Chantons sous la pluie, à se souvenir, à pleurer sur sa jeunesse enfuie, et à rire devant le spectacle de l’immortalité. Qui parmi nous prétendrait que Gene Kelly, Debbie Reynolds, Donald O’Connor ou Jean Hagen sont morts pour de bon, quand il suffit d’un clic pour les faire revivre ? Eh bien grâce à ce film, quelques acteurs sont entrés dans l’éternité.

Babylon ne camoufle pas ses références, c’est un film pour cinéphiles avertis qui peut se regarder sans rien y connaître. L’amateur d’histoire du cinéma y reconnaîtra l’éléphant qui ornait les décors de Griffith (rappelez-vous Good morning Babilonia, ce très beau film des frères Taviani en 1987). Ou le meurtre de la jeune Virginia Rappe par Roscoe Arbuckle, dit Fatty, lors d’une orgie en septembre 1921. Ou la succulente Clara Bow, star des années 1920, qui passait pour s’être offert les services amoureux d’une équipe entière de football américain. Quant à Brad Pitt, son personnage s’inspire évidemment de John Gilbert.

Le cinéaste Kenneth Anger a raconté ça, entre autres frasques inimaginables en nos temps de wokisme et de morale étroite, dans son Hollywood Babylon, dont Vincent Roussel a dit tout le bien que j’en pense il y a une dizaine d’années sur Causeur. Pas de hasard, les grands films sont faits de films et de livres — pas de bonnes intentions.

Le cinéphile reconnaîtra des références encore plus enfouies. Lorsque Margot Robbie / Nellie La Roy va voir sa mère dans un asile d’aliénés, comment ne pas se rappeler que Marilyn Monroe (qui apparaît fugacement, sur une affiche) allait visiter la sienne dans un autre asile ? Joyce Carol Oates a magnifiquement raconté ça, dans Blonde, le livre que vous avez lu pour vous consoler du navet pitoyable que Netflix en a tiré.

Au passage, Babylon tue par avance les films minables dont les bandes-annonces nous ont été infligées dans les dix minutes qui précédaient la séance. Du cinéma français bourré de bonnes intentions — mais on ne fait pas un chef-d’œuvre avec de bonnes intentions.
Babylon, dont la réalisation a été différée pour cause de Covid, a été mal accueilli aux USA : ils ont du mal à se concentrer sur trois heures d’intelligence et de virtuosité, là-bas, il leur faut le temps bref et répétitif des séries. Netflix va tuer le vrai cinéma. À vous de leur prouver que nous sommes globalement bien plus intelligents et artistes qu’eux : précipitez-vous, vous ne le regretterez pas.

Hollywood Babylone

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Louis Boyard, l’ignorant qui voulait être une star

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Louis Boyard (assis) et le rappeur Yanni. Capture d'écran du clip.

Le jeune député LFI du Val-de-Marne apparait dans un clip de rap menaçant évoquant le “grand remplacement”, dans les paroles duquel le taux de natalité est qualifié d’”arme démographique”, où il est question de “fachos à saigner” et où l’on peut entendre “Je péterai l’champ’ à la mort du borgne, J’le péterai à la mort de sa fille, Je péterai le champ’ à la mort d’Maréchal”.


Il fut un temps où les jeunes rappeurs avaient du talent. Joey Starr rugit comme un lion précoce, et cofonda NTM à l’âge de 22 ans. Frère de Vincent Cassel au moins aussi talentueux, Mathias Cassel, alias Rockin’ Squat, se fit connaître avec le groupe Assassin vers l’âge de 20 ans.

Génération télé-réalité 

Louis Boyard, lui, n’a pas de talent. Mais Louis Boyard veut quand même être une star. Né en l’année 2000, un an avant la première saison de Loft Story, Louis Boyard est de celles-et-ceux qui ont été biberonnés à la télé-réalité, celles-et-ceux qui s’imaginent qu’il suffit de passer à la télé pour briller. 

Dans un monde sous le signe de la vertu et de l’humilité, Louis Boyard serait resté un parfait inconnu. Seulement, il y a deux ans, l’émission “Les Grandes Gueules” sur RMC et surtout “Touche pas à mon poste”, sur la chaîne C8, lui offrent l’occasion de prendre la parole.

De la Vendée à la télé

Dès lors, le jeune homme, qui n’est alors jamais sorti de Vendée, prend la route de la célébrité. Sous les auspices de C8 et Bolloré, Louis Boyard ose. Comme disait Lino Ventura dans « Les Tontons flingueurs », ceux qui osent tout, c’est à ça qu’on les reconnaît. 

A lire ensuite, Jérôme Leroy: Prise de tête pour la tête du PS

Le problème, c’est que Louis Boyard n’a pas dû voir « Les Tontons flingueurs », alors, il ose encore. À l’étroit dans son costume de chroniqueur, le jeune Louis se présente l’année dernière à la députation sous les couleurs de LFI, et il est élu.

Du tiers-mondisme au rap 

Le 10 novembre, lors de l’affaire de l’Océan Viking, Cyril Hanouna invite sur son plateau le monstre qu’il a lui-même créé. Le député LFI, qui n’a sans doute jamais foutu les pieds de sa vie dans un pays du Tiers-Monde, ni en Amérique centrale, ni en Afrique, ni dans un pays communiste – et pas dans un hôtel de La Havane, dans la campagne cubaine, camarade ! – se fait le chantre du tiers-mondisme.

Récitant une série de lieux communs qui nous font regretter Frantz Fanon, le jeune Louis s’en prend alors au grand patron propriétaire de C8, qu’il accuse de déforester le Cameroun. Avec tout le tact qui le caractérise, Cyril Hanouna lui répond : « Arrête de te la raconter, j’m’en bats les couilles que tu sois élu, si t’es député, c’est grâce à nous ».


Du rap et des frites pour le jeune Louis

S’il avait un poil d’humilité, Louis Boyard serait alors retourné en Vendée, mais non, Louis continue d’oser. Aujourd’hui, il est à l’honneur d’un titre du rappeur Yanni. Dans un obscur clip nommé « Louis Boyard », où le rappeur évoque pêle-mêle drapeau algérien sur une mairie française, « fachos à saigner » et « Allah Akhbar », Louis Boyard apparaît tout guilleret devant un kebab frites. À défaut de savoir chanter, Louis Boyard fait de la figuration dans le clip d’un rappeur que personne ne connaît. Pourquoi fait-il ça ? Parce qu’il est bien moins con qu’il en a l’air. Déjà, l’avocat Gilbert Collard et Marion Maréchal s’indignent sur Twitter. C’est lui faire trop d’honneur, le jeune Louis sait très bien qu’il ne peut exister qu’en faisant du buzz médiatique.

Louis Boyard n’est qu’un symptôme de la décadence de la France : cette partie de la jeunesse qui baigne dans le confort, qui ne connaît rien à la vie mais qui passe son temps à pleurnicher sur son sort. Un jour petit Louis deviendra grand. Reste qu’à 22 ans, il serait temps.

Grossophobie

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Cachemire au rabais

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Affiche du film « The Kashmir Files » / D.R

Le président israélien d’un festival de cinéma accuse un film réalisé par un hindou de propagande… anti-musulmane.


Un film indien est au centre d’une controverse entre hindous, musulmans et Israéliens. The Kashmir Files, du cinéaste Vivek Ranjan Agnihotri, revisite les événements des années 1989-1990 quand des rebelles musulmans ont forcé des hindous à fuir la région du Cachemire amèrement disputée par l’Inde et le Pakistan. Sorti en mars et promu par les nationalistes hindous du Bharatiya Janata Party du Premier ministre indien, Narendra Modi, le film a connu un véritable succès commercial. Mais il a enflammé les tensions en Inde et a même provoqué des émeutes lors des premières projections en salle. Les condamnations proviennent de la communauté musulmane qui l’accuse d’islamophobie.

A lire aussi: Pierre-André Taguieff contre les déconstructeurs

Lors du festival du film international de Goa, fin novembre, le président du jury, le cinéaste israélien Nadav Lapid, a abondé dans ce sens, qualifiant l’opus d’Agnihotri de « propagande » vulgaire indigne d’un festival artistique. Il a tout de suite fait l’objet d’attaques de la part des nationalistes hindous et même de la part de l’ambassadeur israélien à New Delhi qui, soucieux de préserver les bonnes relations intergouvernementales, a tweeté une lettre ouverte à son compatriote, déclarant : « Vous devriez avoir honte. » Agnihotri et ses défenseurs, comme le journaliste vedette Aditya Raj Kaul, font souvent le parallèle entre son film et La Liste de Schindler (et parfois Le Pianiste de Polanski) car, à leurs yeux, les deux révèlent la vérité sur un génocide. Agnihotri traite ceux qui n’acceptent pas sa vision des événements du Cachemire de « négationnistes » (genocide-deniers). Le vocabulaire et les références cinématographiques de la Shoah se sont installés dans les disputes interreligieuses en Inde.

Ah! Si j’étais riche

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© Artcurial

Artcurial, la maison de ventes aux enchères, proposera la « Mustang » du Marginal, le 4 février prochain, lors de la 47ème édition du salon Rétromobile qui se tiendra à la Porte de Versailles.


Ça a débuté comme ça, par une séance du mercredi après-midi. Anodine et indépassable. Cascadeuse et mémorielle. Nous étions fin octobre, début novembre 1983. J’avais neuf ans dans la salle du « Concorde » à Bourges que la rumeur disait appartenir à Alain Delon ou à Robert Hersant, je ne me souviens plus très bien. Les Berrichons aiment les histoires de montages financiers complexes et de successions houleuses, nous tenons cet héritage-là de Jacques Cœur, notre grand argentier.


Dès le générique du « Marginal », j’ai été percuté par la musique haletante d’Ennio Morricone, ce TGV orange qui filait à pleine vitesse dans la campagne française, « CERITO FILMS » en lettres capitales qui barrait l’écran et Jean-Paul qui lisait Le Figaro. Il portait l’une de ses improbables vestes en cuir sur un tee-shirt et un jean surmonté d’un gros ceinturon comme dans une chanson de Michel Delpech. Le scénario était l’œuvre de Jacques Deray et de Jean Herman. Le Commissaire Jordan débarquait à Marseille pour démêler une affaire de stupéfiants. Il y avait Sauveur Mecacci, un méchant aux traits d’aiglefin, interprété par une star d’Hollywood au sang mêlé, newyorkais de naissance, né de parents siciliens et espagnols, l’inquiétant Henry Silva nous a quittés en septembre dernier à l’âge de 95 ans.

Un instituteur qui roulait en R9

Le fidèle Pierre Vernier, discret et indispensable copain du Conservatoire s’imposait en finesse par un jeu à contre-courant de son ami. Roger Dumas et Michel Robin complétaient ce casting cinq étoiles. On était à la fête. Et dire qu’il fallait retourner à l’école, le lendemain, sous la dictée d’un instituteur qui roulait en Renault 9 et hésitait à quitter le PSU. La rigueur avait emporté le pays, les déficits et le chômage allaient occuper toute notre jeunesse. Nous avions ordre de culpabiliser et de rogner la moindre parcelle de joie décomplexée. Mais, ce jour-là, en dehors du temps, des modes, du spectre « politiquement correct » qui s’abattrait bientôt sur nos consciences, Jean-Paul tenait la barre dans ce policier musclé, ficelé comme un rôti de veau et parfaitement désuet. Une production qui misait son va-tout sur les épaules de Belmondo et jouait la carte populiste sans fausse pudeur. Nous étions en attente d’un Jean-Paul cocardier, vengeur, boulevardier, charmeur, droitier et cogneur.

A relire, du même auteur: Sophie Marceau: un amour de jeunesse qui ne s’est jamais démenti

Il y eut également plusieurs apparitions qui réjouirent l’enfant en construction que j’étais. D’abord, l’arrivée d’une Brésilienne du Nordeste à la chevelure brune incendiaire et aux créoles imposantes. Elle s’appelait Livia Maria Dolores Monteblanco. Carlos Sotto Mayor avait la peau cuivrée et des jambes de feu. Et cette chanson « Don’t think twice » du groupe Blizzard qui résonnait dans nos têtes. On était aux anges. Il ne manquait plus que les frères Tourian, « les artistes du couteau, amateurs de jolies femmes ». Et cette réplique de Jean-Paul : « Alors, dites donc, il parait que l’on veut me fourrer à sec, ben je suis d’accord, lequel commence ? » déclenchant une bagarre générale dans ce snack huileux.

Ce qui frappa vraiment notre imaginaire, le congela sur place, bloqua à jamais notre cervelet, se matérialisa sous la forme d’une Ford Mustang 66 vert foncé, à l’échappement latéral et aux grognements caverneux dans une course-poursuite orchestrée par Remy Julienne, le maître du genre. Le lieutenant Frank Bullitt était battu sur son propre terrain! Cette américaine francilienne était large et démoniaque, agressive jusqu’au meurtre, elle rejetait le collectivisme et les limitations de vitesse. On la disait blindée. Elle fut notre bouffée d’essence dans une Europe bouffie d’orgueil. Elle militait pour l’autodéfense et la loi du talion. Idéologiquement suspecte, elle condensait tous les plaisirs interdits. Sa légende surpassait même la DB5 de Bond dans le panthéon cinématographique des autos-vedettes.

Entre 200 000 et 400 000 euros

Car son mystère restait entier. Où était-elle ? Disparue dans une casse de banlieue ? À l’abri chez un fétichiste du « flight jacket » et des « eighties débridées » ? Désossée par un militant écologiste ? Envolée aux Amériques, là où les voitures de caractère ne sont pas stigmatisées ? Artcurial, la maison de ventes aux enchères l’a retrouvée avec son immatriculation d’origine « 9TL75 ». Hosanna ! Hervé Poulain, le commissaire-priseur, diffuseur de belles mécaniques depuis plus de 50 ans, tentera de l’adjuger lors de la vente officielle du salon Rétromobile (1er au 5 février). Son estimation entre 200 et 400 000 euros me semble raisonnable. Vous pouvez retrouver son historique dans le catalogue aux pages 262-263. J’ai bien failli m’évanouir à la vue de ce lot 236. Et c’est là que j’ai regretté de ne pas avoir mieux travaillé à l’école pour m’offrir peut-être, l’expression roulante la plus outrancière et fantasmagorique du cinéma français.

Rétromobile 2023 – La Vente Officielle by Artcurial

Ma dernière séance : Marielle, Broca et Belmondo

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Belmondo & moi

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Pierre Cormary: le genou d’Aurora Cornu

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Affiche du film "Le Genou de Claire" d'Éric Rohmer, 1970. D.R.

Aurora Cornu de Pierre Cormary : un premier roman rohmérien et foisonnant inspiré par l’actrice du « Genou de Claire »…


La poétesse roumaine Aurora Cornu fut l’épouse de l’écrivain roumain Marin Preda puis d’Aurel Cornea, otage au Liban qui y laissa sa peau. Pour Pierre Cormary, Aurora Cornu est avant tout un des personnages du « Genou de Claire » de Rohmer, sorti en 1970, son année de naissance.

L’écrivain Pierre Cormary D.R.

L’écrivain a eu un coup de foudre immédiat, et pour le film, et pour Aurora. La belle Roumaine, brune et plantureuse, n’est pas une de ces jeunes filles graciles que Rohmer affectionne. Elle incarne, dans ce marivaudage situé au bord du lac Léman, une écrivaine au caractère bien trempé, qui observe, non sans ironie, les atermoiements amoureux du personnage principal interprété par un Jean-Claude Brialy, au mieux de sa nonchalance assumée et un peu cynique.

Rencontrer Aurora

Une femme dans la fleur de l’âge, un peu autoritaire, artiste, voilà qui est diablement le genre de Cormary. En bon obsessionnel, il n’a désormais qu’une idée en tête : la rencontrer. Il lui écrit donc une lettre enflammée, et à sa grande surprise, Aurora accepte un rendez-vous avec cet admirateur. La vie de Pierre Cormary en est changée. En effet, s’ensuit une amitié amoureuse qui durera jusqu’à la mort d’Aurora, en 2020.

C’est cette amitié que Pierre Cormary nous raconte, à sa manière, truculente, imagée, mais aussi au plus proche du réel. En effet, Aurora Cornu est avant tout un roman organique, fait d’humeurs, de bouffes pantagruéliques, de maladies aussi. Nous voilà propulsés dans un film italien, Pierre Cormary est un alchimiste qui parvient à faire du Fellini et du Ferreri avec du Rohmer. Il a un don particulier pour les dialogues tragi-comiques qui fusent et nous voilà aussi au théâtre, dans une pièce de Pirandello peut-être. Pierre Cormary, aux origines pieds-noires, est décidément un homme du sud, cela transpire dans son roman.

À lire aussi, Jérôme Leroy: Charlotte Brontë, un coeur anglais

La structure du livre est foutraque, l’auteur y évoque dans un monologue intérieur sa riche vie numérique, sa passion pour la littérature ou le cinéma et, bien évidemment, ses névroses personnelles et la tragédie que représente toujours la famille. Quelquefois, nous nous perdons un peu avec lui, mais nous sommes tenus par le fil de son humour, de sa truculence, de la façon dont il se moque de lui-même, surtout.

Si j’ai précisé plus haut son année de naissance : 1970 – qui est aussi l’année de la sortie du Genou de Claire- cela n’est pas par hasard. En effet, Pierre considère qu’Aurora fut son accoucheuse, celle qui lui permit de sortir de lui-même. Et cette seconde naissance est bien sûr symbolisée par son livre.

La mère cachée

Mais dans la bonne littérature, il y a toujours un sens caché. Il suffit de savoir lire, pour le déceler. À travers Aurora Cornu, Pierre Cormary nous parle en creux de sa propre mère. Evidemment. Et cela est très malin de sa part d’éviter le « tout sur ma mère » tout en faisant d’elle, finalement, le personnage principal de ce livre. Cette mère, personnage éminemment romanesque, mériterait aussi un autre livre. Elle accumula les maris, défia toute sa vie la loi, se croyant au-dessus d’elle, se croyant tout permis, le tout avec une émouvante candeur.

Pierre Cormary aborde l’épineux sujet de la famille à la toute fin du récit. Il choisit encore l’humour, qui apaise la tragédie, et cela donne lieu à une des scènes les plus drôles du roman: un Noël dans la belle maison paternelle, avec son père qui ne l’a jamais compris et une belle-mère qui ne l’a jamais compris.

J’ai affirmé plus haut qu’Aurora Cornu ne ressemblait à rien de connu, et pourtant… Dans la préface, écrite par Amélie Nothomb, celle-ci évoque Jean-Jacques Schuhl et son Ingrid Caven. Cela peut paraître très étonnant, mais il y a du Schuhl chez Cormary : cette manière de faire des collages de références, cette structure décousue… Mais surtout, Schulh dit qu’il n’écrit pas mais qu’il « est écrit » par ses romans. Et j’affirme que Pierre Cormary a, lui aussi, été écrit par Aurora Cornu.

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Les démons africains du romancier mozambicain Mia Couto

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L'écrivain mozambicain Mia Couto, en novembre 2021 © Armando Franca/AP/SIPA

Le romancier mozambicain Mia Couto est l’un des plus célèbres et des plus traduits de son pays. Né en 1955, ce fils de Portugais émigrés a commencé par être journaliste, puis poète, comme son père Fernando Couto, dont il a partagé l’engagement anticolonial. Le Cartographe des absences raconte cette histoire.


Il faut peut-être rappeler ici le long contexte historique de l’empire colonial des Portugais. Ils ont occupé le Mozambique dès le XVIe siècle. Vers la fin du XIXe, ils essayèrent de réunir cette région à l’Angola, leur autre possession africaine. Les Anglais, pourtant leurs alliés, les en empêchèrent. C’est en 1951 que les Portugais firent du Mozambique une province d’outre-mer. Des mouvements nationalistes émergèrent quelques années plus tard, pour fusionner dans le Front de libération du Mozambique (Frelimo) en 1962. En 1970, le légendaire leader indépendantiste Samora Machel en prit la direction. Quand le régime salazariste de Lisbonne s’effondra le 25 avril 1974, le Mozambique accéda bientôt à son indépendance en devenant une République populaire, sous la présidence du même Samora Machel.

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Mia Couto, avec Le Cartographe des absences, a écrit un roman autobiographique, qui se passe aujourd’hui, mais en se focalisant rétrospectivement sur le souvenir de la terrible année 1973. Il se représente en écrivain à succès des années 2000, revenant dans sa ville natale, Beira, pour tâcher d’exorciser ce qu’il y a vécu enfant. À son arrivée, il est accueilli par une jeune femme, Liana, petite-fille d’un ancien responsable de la police, l’inspecteur Óscar Campos. Elle a hérité de son grand-père une masse d’archives, qu’elle remettra à l’écrivain pour lui permettre d’étoffer son enquête. Tous les personnages sont à la recherche de leur passé, ou de celui de leurs ancêtres, et Liana ne fait pas exception à la règle.

Un hommage au père

Le père du narrateur, journaliste et poète, joue un rôle déterminant. Esprit vagabond et farouchement anticolonialiste, il emmène son fils dans la petite ville d’Inhaminga, où les soldats portugais se sont livrés à une tuerie. Il veut, comme son fils plus tard, témoigner de ce qu’il voit. Ainsi que le lui écrit un camarade : « Alors, fais du journalisme une opération militaire : amène cette terre lointaine où tout peut arriver sans que personne ne soit au courant à l’intérieur de la ville où tout se sait, surtout ce qui n’est jamais arrivé. » Mia Couto décrit très bien l’ambiguïté de cette tâche de témoin.

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La figure du père est l’une des plus attachantes. Comme il le dit lui-même : « Je suis un poète révolutionnaire qui a perdu la foi dans la poésie et la révolution. » Lui aussi subit la situation politique dans l’angoisse. Il essaie de s’en distraire par des aventures féminines à répétition. Mia Couto pose, dans ce livre, la question de la révolution, et du bilan qu’on peut en tirer. A-t-elle servi à quelque chose ? Désormais, sur le plan historique, tout semble connu. N’est-il pas oiseux de revenir une énième fois sur la dialectique forcément simpliste des guerres coloniales ? Il se trouve que Mia Couto fait revivre cette époque antédiluvienne avec beaucoup de vivacité, malgré son double dépressif qui ne rêve que de rester à ne rien faire dans son hôtel ‒ non sans raisons, sans doute : « Triste ironie, avoue-t-il : j’ai fait ce voyage pour recueillir des souvenirs de ma ville mais je reste enfermé à l’hôtel, peut-être par peur de découvrir que ma vie repose sur un mensonge. »

La révolution accomplie

Liana le pousse malgré tout à poursuivre sa quête d’identité. Il rencontrera ainsi toute une galerie d’hommes et de femmes parfaitement pittoresques, qui l’aideront à restituer ces temps anciens de la lutte pour la liberté. « Si tu es un écrivain, lui dit un homme très âgé, tu dois savoir que ce n’était pas une époque, c’était une vie, une autre vie… » Davantage qu’un roman, Le Cartographe des absences est probablement une sorte de reportage journalistique sur la mémoire. C’est un recueil de faits vrais, et de paroles authentiques, sur une révolution accomplie.

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Ce qu’on peut néanmoins continuer, par facilité, à appeler « roman » est un genre qui possède cette capacité de faire comprendre les mystères cachés, comme Dostoïevski dans Les Démons. C’est ce qu’a voulu élaborer ici Mia Couto, dans un style sobre, mais assez peu classique, à vrai dire. Rien n’est fait pour retenir le lecteur, il n’y a aucun pathos (c’est un atout). Mia Couto essaie seulement de s’en tenir à ce qu’il ressent, pour nous relater un traumatisme, le sien, mais aussi celui de tout un pays. En ce sens, Le Cartographe des absences est une très belle réussite littéraire.

Mia Couto, Le Cartographe des absences. Traduit du portugais (Mozambique) par Elisabeth Monteiro Rodrigues à partir du texte original de l’édition Caminho révisé par l’auteur. Éditions Métailié.

Le Cartographe des absences

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