L’actrice césarisée en 2019 interprète un agent immobilier, dans le nouveau film de Bruno Podalydès à la distribution prometteuse (Eddy Mitchell, Sabine Azéma, Agnès Jaoui…). Malheureusement, le film déçoit terriblement.
C’est peu dire qu’à de rares exceptions près, on aime beaucoup le cinéma de Bruno Podalydès, tendance Liberté-Oléron ou Comme un avion, des films en forme de comédies absurdes aux castings impeccables et aux mots d’auteur réjouissants.
Ce Wahou ! déçoit alors terriblement. Poussif, morcelé, convenu et convenable, il déroule un programme sans surprise, fait de petits sketches mis bout à bout pour raconter le quotidien d’une agence immobilière.
On s’en prend à penser qu’en comparaison, La Maison du bonheur de Dany Boon était infiniment plus drôle et acide sur cette profession qui se donne tellement de verges pour se faire battre. Mais ici rien de tel. On sauvera juste la trop courte apparition du frère Podalydès, Denis, parfait dans un rôle muet à la Tati. Tout le reste laisse de marbre, quand il ne génère pas le malaise, comme Eddy Mitchell qui cabotine comme jamais et sans grâce aucune. Passons.
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Le destin de la France est-il de devenir un narco-État ? Dans son introduction à notre dossier, Elisabeth Lévy souligne combien les organisations criminelles sont les grandes gagnantes de la mondialisation. Elles sont à l’origine d’une déferlante inédite de cocaïne et d’autres drogues qui submerge notre pays. Conséquences : la corruption infuse à divers niveaux de la société, les cartels se livrent à une guerre sanglante et les criminels savent qu’ils ne risquent pas grand-chose en défiant un État faible. Selon Céline Pina, la cocaïne, importée en gros et désormais disponible à prix cassé dans nos villes et nos campagnes, a cessé d’être un produit de luxe. Mais son inquiétant pouvoir de corruption et de destruction, lui, n’a pas diminué. Le criminologue, Michel Gandilhon, auteur de Drugstore : drogues illicites et trafics en France (Le Cerf, 2023), explique à Maximilien Nagy pourquoi l’État semble impuissant à enrayer le boom de la consommation de drogues en France et pourquoi, face à l’implantation de cartels de plus en plus puissants à travers le pays, la légalisation du cannabis n’est pas la panacée. Ce que confirme l’expérience américaine, d’après Harold Hyman, grand spécialiste des affaires internationales originaire du pays de l’Oncle Sam. La dépénalisation du cannabis dans de nombreux États permet aux consommateurs de ne plus se cacher, mais elle n’empêche pas le fléau des drogues de synthèse de se propager. L’exemple de Singapour, raconté par Joseph François, montre cependant ce que peut faire un État qui est capable de fermeté et de volonté : les criminels y ayant la certitude d’être condamnés à de lourdes peines, ils passent moins souvent à l’acte – voire pas du tout. Le Brésil est malheureusement un contre-exemple, selon le reportage de Driss Ghali à São Paulo. Une organisation criminelle, le Primeiro Comando da Capital, aussi discret que surpuissant, fait régner sa loi à travers le pays. Et cette mafia en pleine croissance, qui jongle avec les dollars et les tonnes de poudre blanche, commence à s’implanter en Europe. Enfin, Frédéric Beigbeder, qui vient de publier Confessions d’un hétérosexuel légèrement dépassé (Albin Michel, 2023), se confie à Jean-Baptiste Roques. Au grand dam des apôtres de #MeToo, l’auteur de 99 francs se met à nu dans cet essai rempli de souvenirs et d’aphorismes sur la « partouze permanente » qui habite son cerveau. On y apprend au passage que, s’il s’est beaucoup drogué durant des années, c’est pour calmer sa frénésie sexuelle, et pas pour battre des records de sybaritisme.
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Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy commente le discours cannois de Justine Triet, lauréate du Palme d’Or. Si cette tirade presque comique a fait couler beaucoup d’encre, le vrai reproche qu’on peut lui faire ne concerne pas son hypocrisie, parfaitement prévisible, mais sa médiocrité, son absence de style et son manque d’audace. « Il faudrait lui expliquer que l’idée de résistance suppose une part de risque, le courage de choquer ». En restant dans le même genre, « Sandrine Rousseau est un mélange de cynisme et de bêtise ». Tel est le verdict d’Éric Naulleau qui vient de publier un brillant pamphlet, La Faute à Rousseau (Léo Scheer, 2023). Il y dénonce le terrifiant projet de société que prônent l’élue écolo et ses acolytes. Une idéologie qui veut couper des têtes et museler la liberté d’expression, liberté qui n’a peut-être été qu’une parenthèse historique.
Y a-t-il un mode d’emploi pour réaffirmer la souveraineté de la France en matière d’immigration ? Pour Patrick Stefanini, conseiller départemental LR des Yvelines, qui se confie à Céline Pina, l’accueil inconditionnel des immigrés n’est pas une fatalité. Nous pouvons mener une politique migratoire plus restrictive et plus intelligente en modifiant le droit du sol, les délais d’exécution des OQTF ou en dénonçant des accords passés avec certains pays, en particulier l’Algérie. Les spécialistes de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie se sont penchés sur la politique consistant à installer les migrants dans nos campagnes. Cette idée fait son chemin, jusqu’au sommet de l’État – où certains rêvent de refiler le mistigri migratoire aux collectivités locales. Il y a des maires ruraux qui espèrent ainsi conjuguer « humanitaire » et « redynamisation » des territoires. Quant à savoir si les habitants sont d’accord, ça peut attendre… Avec Maximilien Nagy, nous avons comparé les propositions des députés LR sur l’immigration au projet de loi « sur l’immigration illégale » débattu actuellement au parlement de Westminster. La fermeté prônée par le gouvernement britannique est d’ores et déjà condamnée par les instances internationales, les ONG et le patronat. Les propositions LR auront à faire face aux mêmes résistances.
Philippe Bilger trouve que, bien que mal défendue par ceux qui la font, mal critiquée par ceux qui la commentent, mal vécue par ceux qui la sollicitent, la justice française mérite pourtant notre fierté collective. Comme toute discipline humaine, elle ne sera améliorée qu’à condition de lui faire davantage confiance. Quatorze personnes, dont six adolescents, seront jugés pour l’assassinat de Samuel Paty. Stéphane Simon vient de signer le livre le plus complet jamais paru à ce jour sur cette affaire, Les Derniers Jours de Samuel Paty (Plon, 2023). Jean-Baptiste Roques l’a lu. Son verdict : impeccable et implacable.
Gil Mihaely analyse les raisons de la réélection de Recep Tayyip Erdogan à la tête de la Turquie, malgré sa gestion économique calamiteuse. En faisant de l’islam le pilier fondamental de l’identité nationale, il a permis à l’opinion populaire d’exprimer sa détestation des élites, celles qui ont incarné la modernité laïque et occidentale au XXe siècle. Jean-François Colosimo fait partie des intellectuels français et des théologiens orthodoxes qui ont été les plus meurtris par le déclenchement de la guerre en Ukraine. L’auteur de La Crucifixion de l’Ukraine paru en 2022 (Albin Michel) explique à Jean-Baptiste Roques que le pays n’a pas attendu la barbarie de Vladimir Poutine pour être un lieu d’affrontements entre grandes puissances. Dans sa tribune du mois, Ivan Rioufol s’étonne de la persistance de notre président à croire que l’économie revivifiée (en supposant qu’elle advienne) remettra la France d’aplomb, avec un zeste de « transition écologique » pour la galerie. Une telle persistance montre que le chef de l’État ne comprend rien à la détresse qui mine notre vieille nation angoissée pour sa survie. Retrouvez aussi les chroniques de Jean-Michel Delacomptée, Emmanuelle Ménard et Olivier Dartigolles.
Dans le monde de la culture, il y a beaucoup d’humeurs et elles ne sont pas toutes mauvaises. Jérôme Leroy salue la sortie de Les Éclats, grand roman paranoïaque dans lequel Bret Easton Ellis revient sur cet automne 1981 qu’il avait raconté dans Moins que zéro, son premier roman écrit à 17 ans. Une éclatante boucle proustienne. Pierre Cormary salue la mémoire de Philippe Sollers qui, ayant quitté ce bas monde, est sans doute maintenant au paradis, alors que ses contempteurs restent en enfer. Yannis Ezziadi, lui, salue les taureaux, surtout ceux de Camargue. Il nous fait d’abord le portrait de Henri Laurent, 89 ans, un des grands piliers du monde de la course camarguaise, gardien d’une tradition à la fois ancestrale et familiale. Si dans la course camarguaise, la star est le taureau Camargue, l’autre protagoniste est l’homme qui l’affronte : le raseteur. Et chaque génération a son raseteur emblématique. Pour la nôtre, c’est Joachim Cadenas qui s’est confié à notre journaliste. Enfin, ce dernier a recueilli les propos de Lilian Euzéby, peintre pour qui la course camarguaise est un hommage aux « dieux sombres » que sont ces taureaux indomptables. Il puise son inspiration dans ce rite mêlant couleurs et émotions.
Dans une ambiance moins fiévreuse, Georgia Rey a visité l’exposition consacrée aux pastels par le musée d’Orsay qui dévoile une centaine de pastels issus de sa collection – des chefs-d’œuvre signés Millet, Manet, Redon, Boudin, Degas… À l’heure où la « couleur » est devenue un enjeu pour hystériques, cette exposition est une leçon de nuances et de subtilités.
Jean Chauvet passe en revue les dernières sorties cinématographiques. Hélas ! L’Île rouge, de Robin Campillo, sur la présence française à Madagascar se révèle un petit brûlot sans portée à force de caricature, pendant que Wahou, de Bruno Podalydès, sur le monde des agences immobilières, est une déception. Mais on peut se consoler avec la ressortie en salles du Samouraï de Jean-Pierre Melville qui date de 1967. Il n’est jamais trop tard pour réviser ses classiques. C’est ainsi que, selon Emmanuel Tresmontant, la tradition bistrotière fait de la résistance. Passionné par les produits du terroir et fidèle à son Limousin natal, le chef Émile Cotte sélectionne avec la même attention aromates et pièces de bœuf. Dans une atmosphère délicieusement titi-parigote, sa cuisine est aussi délicate que généreuse.
En juin, le dessin de Marsault se concentre sur une certaine caractéristique que l’on retrouve souvent chez les politiques. Leur courage ? Non ! Leur capacité visionnaire ? Pas du tout ! Leur amour sans bornes du peuple ? Que nenni ! Pour avoir le dernier mot de l’énigme, il suffit de vous procurer notre numéro 113…
ANNONCE : Comme vous le savez, Causeur fait aussi face à des actes de malveillance sur les points de vente (vidéo ci-dessous). Nous faisons appel à votre vigilance et vous invitons à nous remonter toute anomalie que vous pourriez constater.
Le marché des mots, les mots du marché. Par Jérôme Leroy.
Anarchiste : voir « black bloc »
Black bloc : pire que les milices d’extrême-droite car ils brûlent des banques.
Baroud d’honneur : Au-delà de deux manifs, employer le mot « baroud d’honneur » pour les suivantes.
CFDT: on peut discuter avec elle, mais pas en ce moment.
CGT : on ne peut jamais discuter avec elle.
Courson (Charles de) : Qu’est-il arrivé à cet homme exemplaire qui a sombré dans la démagogie et le populisme ? S’est-il pris pour le Che ou Zorro* ?
Dialogue social : le gouvernement ne demande que ça à condition de ne pas parler des retraites.
Extrême-droite : néo-nazis
Extrême-gauche : commence dès le PS.
Financement (des retraites) : seule source possible, le report de l’âge légal. On ne va pas augmenter les impôts des plus riches, tout de même, ça les ferait fuir.
Gréviculture : plaie française qui révèle l’incapacité française au dialogue social*.
Intersyndicale : ne durera pas. Est sur le point de mourir. Est déjà morte. Comme la Nupes*.
Jeune : quelle tristesse de penser à la retraite à 20 ans ! Nous à leur âge, on travaillait et on se taisait.
Liberté (de circulation) : indispensable pour les capitaux, beaucoup moins pour les hommes surtout si ces hommes sont des migrants, voire des manifestants.
Marchés : nous regardent et nous jugent sévèrement, tel l’œil de Caïn dans la tombe de nos avantages acquis. Ils sont comme Dieu dans la création, présents partout, visibles nulle part.
Milliard : se priver des 15 milliards de recettes générées par l’âge légal porté à 64 ans aggraverait le déficit de manière insupportable – lequel est actuellement de 422 milliards.
Nupes : a empêché le débat à l’Assemblée. S’est mise hors de l’arc républicain. Ne vaut pas mieux que le RN. A refusé de discuter dans le cadre démocratique du 47-1 et des vingt jours impartis.
Pédagogie : les Français ayant du mal avec la complexité de la pensée macronienne, la pédagogie de la réforme est indispensable. C’est un peu comme les enfants, ils ne savent pas ce qui est bon pour eux.
Processus démocratique : la réforme des retraites a suivi un processus démocratique. Pas besoin de vote pour ça. La Constitution a été respectée.
Quatre-vingt dix : en pourcentage, et avec quelques unités de plus ou de moins, nombre obstinément présent, de sondage en sondage, de salariés opposés aux 64 ans. Mais il suffira d’un peu de pédagogie* et les Français comprendront, notamment ceux qui sont déjà retraités.
Referendum (d’initiative partagée). Il est possible à condition, en vertu de l’article 927 ter, alinéa 72, de déposer la demande en faisant deux cents fois le tour du palais Bourbon à cloche-pied, un jour ouvrable d’année bissextile.
Syndicats : prendre bien soin de distinguer les réformistes des autres. De toute manière, ils ne sont pas représentatifs, la CGT* et la CFDT* ne totalisant à deux jamais qu’un million deux cent mille adhérents, ce qui est peu comparé aux forces militantes de la macronie.
Travail : il faut travailler plus car on vit plus vieux. Les nonagénaires de droite qui ont pris leur retraite à 60 ans en savent quelque chose et l’expliquent très bien aux petits cons de quinquas qui ne veulent rien foutre.
Vote : habitude en voie de disparition chez les parlementaires, notamment les députés.
Au moment où le front se réveille, certains pensent déjà à un cadre politique et sécuritaire satisfaisant pour les Ukrainiens, dans un conflit qui semble malheureusement s’inscrire dans la durée. Analyse.
Au moment où les forces ukrainiennes semblent passer de la phase de préparation à la phase d’exécution d’une manœuvre terrestre importante – connue sous le nom médiatique de « contre-offensive » -, les éléments permettant d’envisager la suite du conflit commencent à se dégager.
Le premier élément est la dimension militaire du conflit. Il est sans doute trop tôt pour connaître les résultats tactiques – en termes de dégâts et pertes infligés à l’ennemi et territoires occupés repris – d’une opération à peine lancée. Cependant, il est déjà acquis que la Russie n’a non seulement pas les moyens de battre l’armée ukrainienne, mais qu’elle aura également beaucoup de mal à maintenir son contrôle sur des territoires pris entre fin février et fin juin 2022 dans le Donbass, Zaporijjia et même en Crimée. Pire encore, même si ses forces arrivent à garder certains de ces territoires sous son contrôle, la Russie risque de ne pas réussir l’intégration dans la fédération russe et la restauration d’une vie normale dans ces régions sans l’accord de l’Ukraine. En cela, la période 2014-2022 doit servir d’exemple en prenant en compte bien entendu les multiples nouvelles capacités militaires acquises par l’Ukraine depuis l’invasion russe.
Les perspectives sinistres de Medvedev
Mais si la Russie n’a pas les moyens de gagner les batailles, elle peut faire durer le conflit très longtemps et empêcher ou au moins rendre la reconstruction de l’Ukraine chère et compliquée. Car qui va investir dans une infrastructure ou des moyens de production menacés par une attaque russe ? Cela ne veut pas dire qu’à la fin la Russie va forcément gagner. À Moscou on a déjà sous-estimé l’Ukraine, l’OTAN, Biden, Macron et l’Union européenne, et on a également tellement surestimé les capacités de la Russie qu’il serait hasardeux de croire à une quelconque victoire inéluctable. Le scenario annoncé par l’ancien président russe Dimitry Medvedev (« Ce conflit durera très longtemps. Pendant des décennies, probablement. C’est une nouvelle réalité ») est sans doute envisageable mais n’implique pas, comme il semble l’insinuer, qu’à la fin la Russie gagnera.
Le problème avec le raisonnement russe – et avec de nombreuses analyses géopolitiques – est qu’il sous-estime, quand il ne la néglige pas complétement, la volonté des autres. La Russie a des besoins, une mémoire, une âme, une longue histoire et des droits. Pas ses voisins. Or, tout autour de la Russie actuelle, de la mer baltique à la mer noire et du Sud Caucase à l’Asie centrale, vivent des peuples qui ne croient pas que leur destin soit d’être les marchepieds de l’Empire russe. Il ne s’agit pas ici d’une question de « droit ». On peut même suivre – pour faciliter le débat – les Russes qui qualifient certains des États et des peuples qui les entourent de « complètement artificiels ». Admettons. Le fait est que la Russie est en train de se casser les dents sur l’artificielle Ukraine, et que ce peuple qui n’existe pas fait preuve d’une volonté d’acier. Autre fait du même ordre : la Pologne, ce pays qui a infligé une défaite à l’URSS il y a un siècle. Nous avons donc affaire à des personnes géographiquement et parfois culturellement proches des Russes et qui ont peur d’eux. Tellement que certains ont tout fait pour intégrer l’OTAN. Par ailleurs, la campagne du lobby polonais aux États-Unis a beaucoup pesé sur la politique européenne de la première administration Clinton, notamment en 1993-1994. Sans aller jusqu’à leur attribuer l’ouverture de l’OTAN aux pays de l’Est, cette volonté politique et les moyens qu’elle mobilisait devraient être mieux connus et reconnus. Les États-Unis ne sont pas tout puissants et ne dictent pas leur volonté autant qu’ils l’auraient souhaité, et leurs alliés ne sont pas des larbins anticipant la volonté américaine pour mieux la satisfaire. Et si parfois on a cette impression – comme dans le cas de Victoria Nuland, ses sandwichs et ses cinq milliards de dollars -, c’est parce que de l’autre côté il y avait une volonté qui allait dans le même sens. Sinon ça coûte plus cher et ça marche moins bien (Vietnam, Irak, Afghanistan…).
Convaincre les Ukrainiens de trouver un accord avec Moscou
Malheureusement, vu de Moscou, tous ces faits n’existent pas et on ne voit que des jeux d’influence et des opérations de manipulation. Les différents peuples ne sont que masses téléguidées, pions sur un échiquier.
Dans ce contexte, quelle stratégie à long terme ? L’Ukraine ne peut pas éliminer la Russie comme les alliées l’ont fait avec l’Allemagne et le Japon en 1945. Peu importe la situation au moment où les armes se tairont, il y aura une Russie déterminée à recommencer et, en préparant la grande revanche, à pourrir la situation. Le problème est donc de savoir comment empêcher la Russie de reprendre les hostilités et comment rassurer l’Ukraine ? La meilleure garantie pour la sécurité de l’Ukraine serait son intégration à l’OTAN. Or, avant même de poser la question de savoir si cette option est souhaitable, il faut constater qu’elle n’est pas possible avant plusieurs années. L’Ukraine est en guerre, ses forces et son État ne sont pas prêts et surtout, certains membres y sont farouchement opposés (au moins la Turquie, la Hongrie, l’Allemagne et la France). Si jamais les conditions d’une négociation entre Kiev et Moscou étaient réunies cette année ou en 2024-2025, il faudrait mettre sur la table une autre proposition aussi forte et crédible, mais souple et surtout politiquement possible.
Selon le Washington Post, l’OTAN et les Etats-Unis réfléchissent à la possibilité de proposer à l’Ukraine des accords bilatéraux ou multilatéraux, des pactes de défense mutuelle ou des mémorandums de sécurité. Les accords entre les États-Unis et Israël, en vigueur depuis la signature de la paix avec l’Égypte en 1979, peuvent servir de modèle. Ainsi, les accords proposés à l’Ukraine comprendraient des engagements pluriannuels de financement et d’armement, et aussi des promesses d’assistance en cas d’attaque. Ce genre d’accord pourrait également mettre les relations États-Unis-Ukraine à l’abri des changements politiques éventuels à Washington. Dans le cas israélien, il s’agit d’une série de mémorandums décennaux avec les États-Unis, qui prévoient actuellement une aide à la sécurité de plus de 3 milliards de dollars par an. Une telle stratégie pourrait permettre à l’Ukraine de prendre le risque d’un accord avec la Russie, car elle lui permettrait de mieux se préparer à la prochaine guerre avec elle, la retarder voire l’empêcher par la dissuasion. En même temps, l’Ukraine bénéficierait d’un cadre clair pour construire sa force pendant le « conflit entre deux guerres » qui risque de caractériser ses relations avec son grand voisin de l’Est dans un avenir prochain.
Depuis quelques années, la Guyane française est devenue la piste de décollage de la cocaïne vers l’Hexagone. Chaque jour, une centaine de mules font le trajet Cayenne-Orly, transportant parfois plusieurs kilos de cocaïne sur elles, et le phénomène semble impossible à enrayer.
Un kilo, deux kilos, trois kilos, quatre kilos : non, il ne s’agit pas de pommes que l’on achète au marché, mais de saisies de cocaïne en partance de Guyane française. À chaque jour ses arrestations, et ses non-arrestations: quotidiennement, jusqu’à plusieurs centaines de kilos de cocaïne passent sur ces vols entre le département sud-américain et la métropole. Pourtant, bien que les autorités françaises estiment l’ampleur du trafic à 20 % de la consommation française, qui a été multipliée par cinq en vingt ans, impossible de mettre un terme à cette gangrène. Pour comprendre pourquoi, il faut voyager un peu, sur les routes de la coke française.
Narcos: France
Si l’époque de Pablo Escobar et d’El Chapo, ces deux célèbres barons de la drogue, respectivement colombien et mexicain, est bien révolue, le trafic de cocaïne continue. L’ancienne Nouvelle-Grenade ne semble pas prête à mettre fin à ses antiques traditions : elle est toujours, et de loin, le premier producteur et exportateur au monde de cocaïne – plus de 200 000 hectares de terre y sont cultivés à cet effet. Concrètement, cela représente vingt fois la surface de Paris, et environ 1 400 tonnes expédiées vers les États-Unis (premier consommateur) et l’Europe.
Pourtant, en Colombie, la lutte contre le trafic existe, et porte ses fruits : le 9 mai dernier, le plus grand narco-sous-marin jamais enregistré a été intercepté par la marine colombienne avec à son bord environ trois tonnes de stupéfiants, soit plus de 100 millions de dollars. Cependant, alors que les cartels sont armés, et puissants, il est impossible de les démanteler.
Mais revenons-en un peu à la Guyane. Pour y parvenir, les cartels ont mis en place un système bien rodé : de petits avions transportent la marchandise à travers la jungle afin d’atteindre le Suriname, voisin du département français. Pour cela, les trafiquants sont allés jusqu’à défricher des hectares entiers de forêt afin d’y construire des pistes d’atterrissage où leurs pilotes peuvent faire le plein en toute discrétion. Autrefois, ces avions s’arrêtaient au Suriname, direction Amsterdam. Ancienne colonie hollandaise, le petit État avait droit à un traitement de faveur. Depuis que les passagers des vols entre les deux pays sont soumis à un scanner automatique, plus personne ne passe. Et devinez qui n’a pas mis en place ces scanners antidrogue ? La France, bien entendu.
Guyane: peu d’espoir, mais beaucoup de coke
La vie est loin d’être rose sur la terre ocre de Guyane. Du moins, par rapport à la métropole : plus de 50 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et 20 % est au chômage. En revanche, la situation est bien meilleure qu’au Suriname. Aussi des milliers d’immigrés de l’ancienne colonie hollandaise ont-ils franchi la frontière, au niveau de la ville fluviale de Saint-Laurent-du-Maroni. En quête d’une vie meilleure, les Surinamais qui traversent la frontière ne comptent pas sur des activités légales pour l’obtenir. Le Suriname étant un narco-État, corrompu à tous les niveaux par ce trafic de cocaïne, ses habitants sont aussi directement impliqués dans l’affaire. Ainsi, ils se font eux-mêmes passeurs, prenant le relais des Colombiens, et franchissent le fleuve Maroni pour chercher des mules en Guyane française.
La frontière, longue de 520 kilomètres, n’est que peu surveillée. Pour quelques euros, on traverse les deux kilomètres de large du fleuve, et l’on change de pays. Par ce chemin, rien de plus aisé que faire entrer de la drogue en France, et des dizaines de kilos y passent ainsi tous les jours.
Contrôles insuffisants
Les mules sont devenues des éléments de la culture guyanaise depuis quinze ans. Aller à Orly lorsqu’on est issu d’un milieu populaire, cela signifie avaler plusieurs ovules, parfois plus d’un kilo de drogue, pour toucher entre 2 000 et 10 000 euros, dans le langage courant. Qui sont ces mules ? Principalement des membres des classes populaires sans espoir, qui voient dans le trafic leur salut. Dans le deuxième département le plus inégalitaire de France, nombreux sont ceux qui disent ne pas avoir d’autre choix. À raison d’environ cent par jour, on peut estimer à plus de 35 000 le nombre de billets Félix-Éboué[1]-Orly qui sont pris chaque année.
Certains sont sacrifiés en route. Les contrôles, s’ils sont largement insuffisants, existent. D’abord, sur la route entre Saint-Laurent-du-Maroni et Cayenne, puis à l’aéroport Félix-Éboué, et enfin à Orly. La Guyane est une exception : bien que française, elle n’est pas dans l’espace Schengen. Mais à Cayenne, on compte seulement dix places de rétention pour ingestion d’ovules, et les policiers savent bien qu’ils sont tout à fait incapables d’incarcérer tant de personnes. Beaucoup, comme le Syndicat de la Magistrature, pensent que la répression n’est pas la solution. En septembre 2022, une expérience a été menée à Cayenne : on n’a procédé à aucune arrestation pour trafic de moins de 1,5 kilo de drogue. Pas certain que cette mesure contribue à ralentir l’arrivée de cocaïne en France. Faute de volonté politique, la Guyane pourrait bien devenir un narco-département.
Nous les Français, on est bon public. On a beau nous resservir des dizaines de fois le même numéro, on en redemande. Nous nous sommes donc passionnés pour le cas Justine Triet, moins pour sa Palme d’or – dont on retiendra surtout qu’elle est la troisième accordée à une femme, ce qui nous en fait une belle –, que pour sa tirade sur la réforme des retraites menée par un pouvoir dominateur et décomplexé, audacieux propos assaisonné de quelques considérations sur la marchandisation de la culture. Ce n’est pas ce discours comique qui étonne, mais le fait qu’il nous fasse encore réagir. En réalité, tout pince-fesses, toute cérémonie réunissant le gratin de la culture doit comporter son pseudo-scandale politique. Seule la cause change avec les saisons. Ces derniers temps, la mode était au pleurnichage néoféministe, à la traque du privilège blanc ou à la fin du monde écolo – on avait le choix entre Adèle Haenel et ses airs offensés, Aïssa Maiga comptant les Noirs, et des nigauds collés à des tableaux. En 2023, c’est le combat contre l’infâme-réforme-des-retraites-menée-par-un-gouvernement-méprisant qui se porte en sautoir sur les robes haute couture.
Mélenchon, en extase, se réjouit que Cannes revienne à sa tradition, car écrit-il, « c’est la gauche résistante qui a créé ce Festival » – une thèse révolutionnaire. Le RN, par le truchement de Caroline Parmentier, applaudit parce que, « pour une fois, Cannes n’est pas déconnecté ». De l’autre côté, on reproche à la réalisatrice de gâcher la fête – à table, on ne parle ni politique ni religion –, et surtout de cracher dans la soupe en mordant la main qui la nourrit. Il est toujours amusant de voir des artistes tendre la main et lever le poing dans un même mouvement. Un brin de darwinisme contribuerait certainement à restaurer le génie français – si ça se trouve, la faim stimule la créativité. En attendant, l’argent public n’est pas supposé acheter la docilité ou le consentement. Ce n’est pas parce que Justine Triet a tourné son film grâce à l’argent du CNC qu’elle doit fermer sa gueule.
Ces attaques manquent l’essentiel. Ce qu’on peut reprocher à la cinéaste n’est pas d’être militante et de gauche, c’est la médiocrité, la platitude de son discours, assorties d’une absence totale de style. On est loin de Marlon Brando refusant l’Oscar du Parrain et envoyant à sa place une actrice amérindienne défendre les droits de son peuple en tenue traditionnelle. On est loin aussi du Festival 1968 dont elle s’auto-proclame héritière. Sans doute les envolées politiques des Truffaut, Godard et consorts n’étaient-elles pas toujours subtiles. Mais ils étaient marrants, déconnants – vivants. « Je vous parle solidarité avec les étudiants et les ouvriers et vous me parlez travelling et gros plan ! Vous êtes des cons ! » lancé par Godard à ceux qui voulaient que le Festival continue, ça avait une autre gueule que « La marchandisation de la culture menée par ce gouvernement néolibéral ».
En 1968, le monde du cinéma, comme la société française, est en ébullition. Des réalisateurs font rempart de leur corps pour empêcher la projection de leur propre film. Il reste des ennemis à pourfendre, des bastions à prendre (du moins, peut-on le penser). S’ils sont déjà des dominants, Godard, Truffaut et les autres ne le savent pas. En 2023, Justine Triet donne de grands coups d’épée dans le vide. Son indignation ne rencontre pas le moindre obstacle. À ses yeux, c’est pourtant la preuve qu’elle est dans le vrai. J’ai raison, puisque 80 % des Français pensent la même chose que moi. Il faudrait lui expliquer que l’idée de résistance suppose une part de risque, le courage de choquer. L’un des agréments de notre époque, c’est justement qu’elle autorise à se prévaloir en même temps de l’héroïsme de la Résistance et du confort douillet du consensus majoritaire, improbable mélange des genres où excellent d’innombrables « mutins de Panurge » (Muray, évidemment). Une lauréate jetant à la face du public qu’elle est à fond pour la réforme des retraites, voilà qui aurait été punk. Cela dit, soyons indulgents : une femme qui célèbre sa victoire en posant clope au bec ne peut pas être complètement mauvaise.
Chaque jour, j’en suis persuadé, apporte de nouveaux électeurs au Rassemblement national pour 2027. Mais je continue à considérer qu’au moment crucial, Marine Le Pen sera à nouveau battue si elle se retrouve au second tour.
Est-ce une raison pour faire preuve d’irresponsabilité et dénoncer le RN sur un mode totalement contre-productif ? De la part de la gauche et de l’extrême gauche, rien n’était à attendre ni à espérer même si un François Ruffin n’a évidemment pas la même position sur ce parti que Carole Delga qui n’est pas gênée de traiter de « fasciste » le RN qui n’a que 89 députés et des millions d’électeurs en soutien ! Pour une fois on ne peut pas reprocher au président de la République une indifférence ou une abstention coupables. Sur le plan du raisonnement et de la lucidité, il a été impeccable au sujet du RN. En rappelant cette évidence que l’argumentation morale et les vieilles lunes historiques n’auront pas le moindre effet pour faire baisser l’adhésion à ce parti mais que seule la contestation politique, sur tous les plans, sera efficace.
Le garde des Sceaux n’a pas été attentif en conseil des ministres
Malgré cet avertissement, et on aurait souhaité que ce fût une injonction ; des ministres, en particulier Eric Dupond-Moretti, continuent le même refrain désarmant d’impuissance. Un ministre, sous couvert d’anonymat, a déclaré que le garde des Sceaux avait un discours contre le RN daté, décalé, ce qui est une manière aimable de souligner que sa dénonciation est stéréotypée et parfaitement nuisible à la cause qu’il prétend défendre. Quand tout ce qu’on dit favorise l’antagoniste, il faut au moins s’interroger. Il y avait déjà eu la défaite cuisante dans les Hauts-de-France qui aurait dû faire prendre conscience au ministre du caractère inadapté de sa lutte se parant de morale faute de savoir répliquer sur le fond. Mais il est évidemment plus confortable de s’abandonner à des polémiques vous attirant des éloges médiatiques et politiques consensuels que d’aborder sérieusement les thèmes variés sur lesquels le RN est critiquable et mérite d’être contredit. Pour cela, il faut du travail plus que de l’humeur.
Au risque de surprendre, il ne me paraîtrait d’ailleurs pas choquant que le Garde des Sceaux, parce qu’il dirige l’action publique par l’entremise des procureurs, s’abstînt de s’engager trop avant dans les joutes partisanes. Il sera forcément confronté à des procédures où, victime ou mis en cause, le RN sera impliqué. Sans s’adonner à une obligation de réserve, il conviendrait qu’il fût moins systématiquement partial et parfois grossier. Il me semble aussi qu’un ministre – et le président de la République l’a souligné à juste titre en indiquant que tous les électeurs du RN n’acceptaient pas d’être stigmatisés comme fascistes – devrait respecter, sur le plan républicain, non pas un parti mais la forte adhésion démocratique dont il bénéficie, quelle que soit son opinion sur celle-ci. Il devrait y avoir là comme une forme de décence. On n’a pas, même indirectement, à cracher sur une multitude de compatriotes parce qu’ils auraient opté pour une mauvaise cause. Il ne me viendrait pas à l’idée de me moquer de l’électorat de LFI au prétexte que les thèses extrémistes et dangereuses de ce mouvement ne sont pas les miennes.
Pétain ou Poutine ?
Je sais que dans le registre médiatique certains journalistes n’hésitent pas à exprimer leurs convictions, comme récemment Ruth Elkrief. D’abord ce n’est pas une découverte – le RN offre ce grand avantage pour les médias de leur donner à bon compte une image d’audace et de pugnacité ! – et ensuite la sphère politique est infiniment plus préoccupante.
Il est tout de même paradoxal de s’entêter, même dans une émission de Léa Salamé et même pour rire, dans une alternative grotesque au sujet du RN entre « Pétain ou Poutine » comme l’a fait le ministre.
Ce ne sont pas les conclusions extravagantes de la commission – dont le rapporteur est la députée désormais Renaissance et anciennement LR Constance Le Grip – sur les relations entre la Russie et le RN qui vont changer cette dernière donne. Et cette référence à Pétain apparaît telle une diversion par rapport au combat central contre le RN, qui doit être politique. Il est navrant de devoir s’interroger : le font-ils exprès ? Ou bien sont-ils tellement enkystés dans leur bonne conscience et leur supériorité morale affichée qu’ils ne se rendent plus compte des dégâts démocratiques qu’ils créent et des ravages républicains qu’ils préparent ? Le RN les rend fous. Ils le servent en croyant l’abattre. Leur haine est un baume. Leur détestation systématique, une offrande. Espérons qu’ils n’auront pas droit à des remerciements en 2027.
C’est l’autre « recadrage » de la semaine. La mise au tapis de François Ruffin a suffisamment frappé les esprits pour qu’une autre chroniqueuse revienne dessus. Le député de la Somme ne défile pas contre l’”islamophobie”, il pense que des questions sociétales secondaires nuisent au combat social, qu’il y a trop de bazar dans les cités et il n’est même pas favorable à la GPA. Forcément, pour la très woke Nupes, quand il ose en plus émettre des doutes sur la théorie du genre, trop c’est trop.
Un des derniers défenseurs d’une gauche respectable
En vingt-quatre heures seulement, on a vu, non sans une certaine tristesse, le député LFI François Ruffin se transformer en descente de lit. On avait pour le désormais Soumis une certaine tendresse, parce qu’avec le communiste Fabien Roussel, il était l’un des derniers défenseurs d’une gauche respectable, héritière de celle qui lutta pour les congés payés. Le député de la Somme savait rappeler utilement les excès d’un capitalisme échevelé, préjudiciable au partage des richesses, prenait fait et cause pour les plus démunis et se battait avec conviction pour la laïcité. Pourtant, il a dû courber l’échine devant la doxa de son parti qui privilégie le combat sociétal à la cause sociale. Terrassé, notre guerrier a fini par faire carpette. Posant le genou à terre, il a dû faire son autocritique néo-maoïste.
L’insoumis des insoumis
Jusqu’à présent, dans l’hémicycle comme dans la presse, François Ruffin défendait bec et ongles le social, n’hésitant pas à défier parfois sa famille politique et même, sur certains sujets, la Nupes dans son ensemble. Ainsi, en 2018, l’ancien journaliste de Fakir déclarait au micro de franceinfo : « On ne peut pas dire qu’on va accueillir tous les migrants ». Il avait alors été violemment conspué, notamment par la macronie. L’actuel ministre des Transports, Clément Beaune, était allé jusqu’à le qualifier de « nouvelle recrue de Marine Le Pen ». L’encore Insoumis François Ruffin n’avait pourtant pas hésité à préciser ses propos, sur Facebook : « notre pays doit pouvoir continuer à décider qui il accueille, et selon quels motifs ». En 2019, le parlementaire avait su prendre ses distances avec la marche contre l’islamophobie portée par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), maintenant dissout. C’est dans Libération qu’il avait annoncé son absence à ladite marche : « Je n’irai pas dimanche, je joue au foot. » En 2020, lors d’un entretien accordé à France Inter, questionné par l’ex-ministre socialiste Arnaud Montebourg sur la réhabilitation des frontières, le parlementaire avait répondu : « (…) il faut poser des limites à la circulation tous azimuts des personnes. » Plus récemment, en mai 2022, François Ruffin s’était insurgé, dans un long texte publié sur Facebook, sur le climat délétère régnant dans les quartiers : « C’est de la musique toute l’après-midi, toute la nuit des pétards, des pots d’échappement, le quad, les rodéos… ». Dénonçant aussi les trafics de drogue, il précisait : « Être de gauche, ce n’est pas fermer les yeux (…) : c’est garantir cette paix à tous les citoyens, ce droit à une intimité, à être chez soi, pas dérangé. »
Pourtant, jeudi 1er juin, au micro de franceinfo, le député de la Somme, exprimant ses positions sur le changement de genre, est allé trop loin et son camp l’a recadré, illico. C’est au terme d’un long entretien qui portait sur la loi des députés Liot visant à abroger la réforme des retraites et la pénurie des saisonniers à l’approche de l’été que notre homme est tombé en disgrâce. Finalement interrogé sur les mesures sociétales prises par le parti Podemos en Espagne, et, plus précisément sur la possibilité accordée à un adolescent de changer de sexe, dès 16 ans, sans l’accord de ses parents, François Ruffin a répondu sans détour : « Pour moi, le cœur du sujet, c’est le travail, le partage des richesses, la démocratie. On a une société qui est profondément fracturée en France (…) Dans ce climat de tensions, d’épuisement des esprits, il faut de l’apaisement. » Il a aussi déclaré qu’en pareil contexte, la gauche ne doit pas faire « tout ce qui lui passe par la tête ». Relancé par son interlocuteur sur la gestation pour autrui, le parlementaire a alors admis « ne pas y être personnellement favorable ».
Recadrage immédiat
Trop c’était trop. Certains des collègues du député, dépités, sont immédiatement montés au créneau pour recadrer le dissident, alors que la communauté LGBT commençait à bruisser. Le député LFI de Paris, Sophia Chikirou, a réagi sur Twitter : « Ce n’est en rien une position de la France insoumise ni du groupe parlementaire. Ce propos, en ce jour, est au mieux maladroit, au pire une faute politique. » Son collègue, le parlementaire LFI, Antoine Léaument a renchéri : « C’est un avis personnel qui n’engage pas le mouvement. » Andy Kerbrat a ajouté : « nous portons la lutte pour que les personnes trans puissent changer la mention de genre mais surtout l’autorisation du genre dans la constitution. Ce n’est pas sociétal, c’est fondamental. » Ruffin dérange LFI, cette gauche qui a abandonné les classes populaires au profit des minorités.
Face aux attaques de ses pairs, le voici, à terre, contraint de faire son autocritique pour échapper à l’excommunication du parti. S’exécute-t-il par lassitude ou par calcul politique ? On s’interroge, sachant que d’aucuns pressentent sa candidature aux prochaines élections présidentielles. Quoi qu’il en soit, notre sécessionniste s’est décidé à regagner le giron de LFI, appliquant les préceptes du regretté Mao : « Rabattons notre suffisance, critiquons sans relâche nos propres défauts, tout comme, chaque jour, nous nous lavons la figure pour rester propres et balayons pour enlever la poussière. » C’est sur les réseaux sociaux que notre nouvel émasculé, a battu sa coulpe : « Hier matin, dès ma sortie du plateau de franceinfo, j’ai dit à mes collabs : Ma réponse sur le genre, ça va pas. J’aurais dû rappeler des évidences. » Et de préciser : « Sur ce sujet, comme sur pas mal d’autres, en toute humilité, je dois progresser. En commençant, comme c’est ma démarche depuis maintenant vingt ans, par des rencontres avec les premiers concernés et les premières concernées. » Ça tombe bien, c’est le mois des fiertés.
En tout cas, ne lui jetons pas trop vite la pierre. Celui qui pense en dehors de la juste ligne est condamné à la mort sociale, enfermé dans ce que Philippe Muray avait justement nommé : « la cage aux phobes ». Il est donc plus facile de s’aplatir que de se redresser et de bomber le torse.
« Les lois et les censures compromettent la liberté de pensée bien moins que ne le fait la peur. Toute divergence d’opinion devient suspecte et seuls quelques très rares esprits ne se forcent pas à penser et à juger comme il faut. » Gide, Journal 1939-1949
Le crime organisé est en plein essor. Malgré les milliers de policiers et de magistrats mobilisés. Le trafic de drogue générerait en France des gains d’environ 3 milliards d’euros par an, d’où les luttes sanglantes pour contrôler ce pactole. Causeur consacre sa une au phénomène dans son numéro de juin.
Le crime organisé est en plein essor. En matière de drogue, il générerait en France des gains d’environ 3 milliards d’euros par an, pas étonnant que les luttes pour contrôler ce pactole soient intenses. Les inégalités sociales de plus en plus grandes expliquent la recrudescence de la criminalité liée à la drogue. Ainsi, les homicides ont lieu dans les territoires les plus pauvres : en Corse, en Seine-Saint-Denis et dans les quartiers populaires et périphériques en déshérence de villes plutôt riches (Nantes). La ville de Marseille est un paradigme : 1% de la population française, 20% des règlements de compte.
Le nouveau numéro est en vente !
Bien que des milliers de policiers et magistrats mobilisés qui luttent quotidiennement contre le trafic, sans compter leurs heures au prix parfois de leur santé et de leur vie de famille, le phénomène ne semble pas connaître de solution. Peut-être parce que la seule solution n’est pas la répression, même si elle est nécessaire. Afin d’amorcer un vrai virage, mettons la justice et le citoyen au cœur du dispositif de lutte contre le trafic de drogue.
En 2010, l’ONU, en session plénière, déclare que cent ans d’interdiction des drogues sont un échec. En matière de santé publique, là où le consommateur n’est pas criminalisé, il se tourne plus facilement vers le soin. Au Portugal, la toxicomanie à l’héroïne a reculé de moitié depuis sa dépénalisation en 2000 ! Du point de vue des libertés publiques, même à considérer la drogue comme le mal absolu, rappelons qu’il n’est plus interdit de se suicider. Enfin, à ceux qui considèrent que ce sont les consommateurs qui alimentent le trafic, nous pouvons répondre qu’il suffirait à l’État de réguler cette consommation comme il le fait pour les autres produits, définis comme « drogues légales » (cigarette, alcool, produits psychotropes pharmaceutiques comme la morphine…).
La distribution encadrée testée dans de nombreux pays
Aussi loin qu’on puisse remonter par l’archéologie et la sociologie, l’humain a usé de produits altérant son état de conscience. Plutôt que le dénier, encadrons ces comportements. Responsabilisons les citoyens consommateurs en leur permettant de se fournir hors des circuits criminels. La distribution encadrée des drogues se généralise dans le monde : Pays-Bas, Suisse, Canada, Uruguay et de nombreux États américains dont la Californie et le Colorado. Outre le bénéfice fiscal que permet cette régulation, élaborons une régulation publique des drogues adaptée à notre pays. Nous couperons ainsi le lien pervers qui unit le consommateur au monde du crime.
Nos enquêteurs pourront alors se concentrer sur les autres grands trafics et l’économie parallèle qu’ils génèrent. Pour démanteler ces trafics, de complexes enquêtes de police judiciaire sont nécessaires. Or, les moyens allégués à la justice sont très insuffisants. Nous dépensons 72,53 euros par an et par habitant pour financer nos juridictions de jugement, contre 78 euros en moyenne dans l’UE et 141 euros en Allemagne ! La France compte 11,2 juges pour 100 000 habitants en 2020, contre 22 en moyenne en Europe, et 3,2 procureurs contre 5,2 en Italie.
L’exemple italien
L’association Crim’HALT que je préside propose que la confiscation de ces avoirs criminels devienne La sanction et La peine. Depuis le programme de Stockholm, en 2010, pour “Une Europe ouverte et sûre qui sert et protège les citoyens”, les pays de l’Union se mettent à la confiscation des biens des trafiquants, acquis avec des fonds sales (des biens dits « mal acquis »), comme le fait l’Italie depuis les années 60 et comme elle procède contre la mafia depuis 1982. En 2011 la création en France d’une Agence de Gestion des Avoirs Saisis et Recouvrés (AGRASC) permet d’amorcer une politique de confiscation, en constante augmentation. En dix ans, l’AGRASC a versé à l’État 800 millions d’euros issus du produit des ventes des biens confisqués par la justice. Chiffre qui paraît impressionnant mais on peut mieux faire. Rendons la confiscation des biens du trafic de drogue obligatoire,comme elle l’est depuis 2019 pour les marchands de sommeil et faisons la chasse aux patrimoines criminels à l’aide de nouveaux outils qui sont à notre disposition.
Des progrès juridiques mais encore insuffisants
Des textes européens (Directive 2014/42/UE et Règlement 1805/2018/UE) sont venus booster les confiscations en Europe. Les configurations“élargies”, “de blanchiment”, “par équivalent” ou pour “non justification de ressources”. Autant de progrès juridiques et judiciaires. Cependant, ces confiscations pénales s’avèrent difficiles à mettre en œuvre. Par conséquent, seuls 32,1% des biens saisis provisoirement en France sont confisqués définitivement. A contrario, en Italie, les confiscations définitives représentent 63,6% des saisies provisoires. Une des clés de la réussite : une confiscation obligatoire non corrélée à la condamnation pénale. Les propriétaires de biens mal acquis même innocentés pénalement doivent justifier l’origine légale de leurs biens devant un tribunal administratif. Conséquence : de l’autre côté des Alpes chaque année, 500 millions d’euros en cash et des milliards en avoirs sont confisqués définitivement. L’Italie montre l’exemple. Suivons-le.
Depuis 1996 en Italie, 18 000 biens immeubles sont mis à disposition des institutions pour développer des structures d’intérêt général. Plus de 1 000 immeubles confisqués sont utilisés par des associations et des coopératives. Cette loi d’usage social des biens confisqués (USBC, acronyme « inventé » par Crim’HALT) a placé les citoyens au cœur du dispositif de lutte contre la mafia. La société civile se réapproprie un territoire ou des zones qui étaient sous la coupe du crime organisé. Cela restaure aussi les prérogatives de l’État. Ainsi s’amorce un changement des mentalités. Le bien libéré de la mafia crée un écosystème positif, un cercle vertueux. La loi USBC participe du développement économique. Elle répare le territoire des dommages commis par le crime. La population revit.
Une autre piste
Sous l’impulsion d’associations et de parlementaires, la France dispose aussi depuis 2021 d’une loi d’usage social des biens confisqués. Mais comme pour la loi sur les repentis, le législateur a fait les choses à moitié. La loi française ne permet pas de mettre à disposition des biens aux coopératives, ni aux collectivités territoriales qui connaissent le mieux le tissu associatif sur le terrain. Par exemple, en Guadeloupe, dans une villa confisquée à un escroc, une association protège les femmes victimes de violences conjugales. À Paris, à deux pas du ministère de la Justice, une victime de la traite des êtres humains se reconstruit dans l’ancien appartement d’un mafieux italien. À Dunkerque, l’immeuble d’un marchand de sommeil va accueillir une structure d’hébergement et d’insertion. À Marseille, la villa d’un trafiquant de cocaïne vient d’être mise à disposition de deux associations d’aide aux victimes. Ce sont pourtant de très beaux exemples à multiplier.
Le statut de repenti
Autre piste certes compliquée mais intéressante, la question du statut de repenti. En sont exclus ceux qui ont du sang sur les mains. Un choix qui permet de tenir compte du ressenti des victimes et de leur entourage mais qui rend l’exercice de ce statut peu productif en matière de crime organisé. En effet, les personnes importantes, celles qui peuvent porter des coups réels à une organisation ont en général du sang sur les mains. L’enjeu du statut n’est pas l’impunité mais la protection accordée à la personne et à sa famille. Le repenti effectue donc sa peine. Cette possibilité s’est révélée féconde en Italie. Au-delà du témoignage du repenti et de ses effets concrets, la libération de la parole de membre important du clan déstabilise et crée de l’insécurité au sein de l’organisation. Elle n’est plus inattaquable ni indestructible.
Une meilleure prise en compte des victimes
À propos des victimes, qui se souvient de la jeune Kawatar, 18 ans, de Rayanne, 14 ans, de Sarah ou de Maxime.. ? De Larbi ou de Kaïs 16 ans ? Elles sont déjà tombées dans l’oubli. La dernière en date, une mère de famille de 43 ans tuée le 10 mai n’a même pas de nom!
Leur point commun ? Elles sont des victimes innocentes du crime organisé et trafic du drogue le plus souvent. Crim’HALT enquête depuis 2 ans et ne cesse de recenser de nouvelles victimes. Pour elles et leurs familles, c’est la double peine : la mort, puis le déni de justice. Parfois la triple peine quand s’ajoute la rumeur… Cela ne peut pas continuer ainsi. Il faut défendre de manière adaptée la mémoire des victimes qui ne participent pas au trafic. Les sortir de l’oubli inverse le rapport de force avec la criminalité. Cette dernière est si forte qu’elle tue et c’est toujours cette histoire-là que les médias racontent. Défendre les victimes innocentes au quotidien permet d’impliquer les habitants dans une lutte citoyenne proactive contre le crime organisé. Le citoyen est remis au centre du jeu et peut faire reculer la violence. Concrètement, en parallèle de la dépénalisation des drogues, il s’agit de créer un statut de victime du crime organisé qui permet à la famille de se reconstruire et de bénéficier d’aides qui seraient financées par les confiscations.
Reparle-t-on des relations de François Mitterrand avec le régime de Vichy à chaque fois qu’on interroge un socialiste? Ou de l’admiration de certains « Insoumis » pour la Terreur révolutionnaire ou les dictatures communistes lorsqu’on tend le micro à Jean-Luc Mélenchon?
Élisabeth Borne a dit une énorme bêtise à propos du « RN, héritier de Pétain », et le président de la République l’a recadrée pendant et après le Conseil des ministres. Sans doute la Première ministre appréciera-t-elle de savoir qu’elle compte, dans les milieux médiatiques de gauche, des soutiens de poids. Le 31 mai, sur France Inter, Yaël Goosz a critiqué Emmanuel Macron auquel il reproche d’emprunter au vocabulaire maurassien – « jusqu’aux ambiguïtés de la “décivilisation” » – et d’avoir prétendu que le combat contre l’extrême droite ne passe plus par des « arguments moraux ». Pour Yaël Goosz, non seulement le RN est l’héritier de Pétain et n’a pas rompu avec ce qu’il appelle la « Gud connection », mais encore il serait l’héritier de l’extrême droite de l’entre deux guerres – parti comme il l’était, s’il avait eu le temps, sans doute aurait-il évoqué la sinistre Cagoule. De son côté, Thomas Legrand a rabâché grosso modo la même chose dans son éditorial pour Libération. Il veut, écrit-il, « alerter » les électeurs de Marine Le Pen sur la « réalité de l’héritage politique de l’extrême droite » et reproche à Emmanuel Macron un « vide idéologique l’empêchant de faire la différence fondamentale entre Marine Le Pen et Éric Zemmour d’un côté, et tout le reste de la société politique ». Sacré Thomas Legrand, toujours aussi subtil.
Réalités contemporaines de l’extrême gauche
L’idéologie rend aveugle. Borne, Goosz et Legrand dissertent sur l’éventuel « héritage politique » du RN mais occultent celui du PCF, de LFI, voire du PS. Il ne viendrait bien entendu à l’idée de personne de dire que Fabien Roussel est un nostalgique du léninisme révolutionnaire inventeur du goulag ou du totalitarisme stalinien. Il n’empêche, nul n’ignore plus que l’histoire du communisme est emplie de désastres, d’arrestations arbitraires, de déportations, d’occupations de pays, d’écrasements des populations voulant se défaire de son joug, et que le PCF est longtemps resté dans les jupes du stalinisme – il faudra attendre 1976 et l’abandon du concept de « dictature du prolétariat » lors du 22ème congrès du PCF pour commencer d’entrevoir un désir d’autonomie de ce dernier vis-à-vis de la maison-mère soviétique. Dans son Livre noir du communisme, Stéphane Courtois affirme que le communisme est responsable de près de cent millions de morts. A-t-on jamais entendu un journaliste français parler de ce lourd « héritage » à l’actuel secrétaire général du PCF, Fabien Roussel ? Peut-on reprocher à ce dernier un « héritage stalinien » ou, par exemple, le pacte germano-soviétique qui lia, pendant les premiers mois de la guerre, les poings et les pieds de la direction PCF ? – ce qui n’empêcha pas une vingtaine de parlementaires de déchirer leur carte du parti et les communistes les plus patriotes de se ranger dès le début du conflit au côté du général de Gaulle, imitant en cela ceux qui les avaient précédés dans la résistance, le maurassien Daniel Cordier en tête.
A-t-on jamais entendu un journaliste français parler de ce lourd « héritage » à Jean-Luc Mélenchon et aux plus éminents représentants de LFI ? Les racines trotskistes de ce parti opaque ont-elles jamais été rappelées à ses dirigeants ? LFI c’est, avant toute autre chose, une admiration sans bornes pour la Terreur révolutionnaire et pour les régimes cubains et vénézuéliens, un islamo-gauchisme électoraliste, un antisionisme exacerbé et flirtant parfois avec l’antisémitisme, des simulacres d’écrasement ou d’exposition en haut d’une pique des têtes des adversaires politiques, des accointances avec la “Jeune Garde”, association « antifasciste » n’hésitant pas à agresser les étudiants de l’UNI et à provoquer la police lors des manifestations, à quoi l’on peut ajouter, pour faire bon poids, une rhétorique outrancière, une contestation systématique de la légitimité du vote, ainsi que le fonctionnement autocratique, anti-démocratique, vertical et brutal du parti et de son Lider Maximo. Nous parlons ici d’une réalité contemporaine, concrète, celle d’un parti ayant « hérité » de quelques principes idéologiques parmi les plus autoritaires et les moins démocratiques et continuant d’en perpétuer, à sa mesure, la tradition. Cette réalité-là échappe étrangement à MM. Goosz et Legrand, journalistes engoncés dans un discours « contre l’extrême droite » servant de paravent aux catastrophes de la gauche historique et au naufrage de la gauche contemporaine.
Mme Borne se sent-elle l’héritière des égarements de François Mitterrand ?
Les déclarations de Mme Borne sur le RN sont idiotes, anachroniques et mensongères ; elles dissimulent mal le désarroi d’une classe politique qui sent le vent tourner et s’accroche désespérément à la branche de plus en plus mince du « barrage républicain contre l’extrême droite ». Au petit jeu de « l’héritage » politique, rares sont ceux qui sortent gagnants – quand on cherche, on trouve. Mme Borne, par exemple, a longtemps été proche du PS. Que pense-t-elle de la Francisque remise à François Mitterrand par le Maréchal Pétain sous le parrainage de deux Cagoulards (Gabriel Jeantet et Simon Arbellot) ? Mitterrand demanda-t-il cette distinction par conviction et attachement au Maréchal ou pour « couvrir » une activité de renseignements au sein de l’organisation vichyste ? Si la seconde option est la bonne, pour quelles raisons son passage à Vichy fut-il si longtemps occulté ? Et que dire des liens que François Mitterand continua d’entretenir après la guerre avec d’anciens Cagoulards ou avec Jean-Paul Martin, haut fonctionnaire de Vichy, directeur de cabinet de René Bousquet qui participa activement à la déportation des juifs étrangers et que Mitterrand nomme directeur adjoint de cabinet au moment où lui-même est ministre de l’intérieur en 1954 ? Que dire du recrutement par Mitterrand de Jacques Saunier, collaborateur sous les ordres de Bousquet, responsable de l’arrestation de 1500 résistants juifs et communistes, au poste de sous-préfet ? Que dire des liens du futur président de la République avec Pierre Saury, nommé par Bousquet intendant de police à Lyon en 1943, révoqué de la fonction publique à la Libération mais « récupéré » par François Mitterrand qui en fera même son suppléant dans la Nièvre en 1967 ? Que dire, enfin, des relations amicales entretenues avec René Bousquet quasiment jusqu’à la fin de la vie de celui-ci ? Mme Borne se sent-elle l’héritière des égarements de François Mitterrand et de son amitié indéfectible avec d’anciens cagoulards, d’anciens collaborationnistes, d’anciens pétainistes ? Nous imaginons que non et nous garderons bien de lui en faire le reproche.
Ce serait stupide et il n’y a pas besoin d’aller chercher dans des « ismes » anciens les explications et les motifs d’insatisfaction concernant son bilan calamiteux, la désastreuse politique énergétique française et l’abandon de Fessenheim, la soumission à l’UE sous la férule des Allemands, les tergiversations face à l’immigration et une réforme des retraites qui ne convainc que les élites politiques européennes et qui a fait perdre de vue les véritables menaces économiques et civilisationnelles qui pèsent sur notre pays.
L’actrice césarisée en 2019 interprète un agent immobilier, dans le nouveau film de Bruno Podalydès à la distribution prometteuse (Eddy Mitchell, Sabine Azéma, Agnès Jaoui…). Malheureusement, le film déçoit terriblement.
C’est peu dire qu’à de rares exceptions près, on aime beaucoup le cinéma de Bruno Podalydès, tendance Liberté-Oléron ou Comme un avion, des films en forme de comédies absurdes aux castings impeccables et aux mots d’auteur réjouissants.
Ce Wahou ! déçoit alors terriblement. Poussif, morcelé, convenu et convenable, il déroule un programme sans surprise, fait de petits sketches mis bout à bout pour raconter le quotidien d’une agence immobilière.
On s’en prend à penser qu’en comparaison, La Maison du bonheur de Dany Boon était infiniment plus drôle et acide sur cette profession qui se donne tellement de verges pour se faire battre. Mais ici rien de tel. On sauvera juste la trop courte apparition du frère Podalydès, Denis, parfait dans un rôle muet à la Tati. Tout le reste laisse de marbre, quand il ne génère pas le malaise, comme Eddy Mitchell qui cabotine comme jamais et sans grâce aucune. Passons.
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Le destin de la France est-il de devenir un narco-État ? Dans son introduction à notre dossier, Elisabeth Lévy souligne combien les organisations criminelles sont les grandes gagnantes de la mondialisation. Elles sont à l’origine d’une déferlante inédite de cocaïne et d’autres drogues qui submerge notre pays. Conséquences : la corruption infuse à divers niveaux de la société, les cartels se livrent à une guerre sanglante et les criminels savent qu’ils ne risquent pas grand-chose en défiant un État faible. Selon Céline Pina, la cocaïne, importée en gros et désormais disponible à prix cassé dans nos villes et nos campagnes, a cessé d’être un produit de luxe. Mais son inquiétant pouvoir de corruption et de destruction, lui, n’a pas diminué. Le criminologue, Michel Gandilhon, auteur de Drugstore : drogues illicites et trafics en France (Le Cerf, 2023), explique à Maximilien Nagy pourquoi l’État semble impuissant à enrayer le boom de la consommation de drogues en France et pourquoi, face à l’implantation de cartels de plus en plus puissants à travers le pays, la légalisation du cannabis n’est pas la panacée. Ce que confirme l’expérience américaine, d’après Harold Hyman, grand spécialiste des affaires internationales originaire du pays de l’Oncle Sam. La dépénalisation du cannabis dans de nombreux États permet aux consommateurs de ne plus se cacher, mais elle n’empêche pas le fléau des drogues de synthèse de se propager. L’exemple de Singapour, raconté par Joseph François, montre cependant ce que peut faire un État qui est capable de fermeté et de volonté : les criminels y ayant la certitude d’être condamnés à de lourdes peines, ils passent moins souvent à l’acte – voire pas du tout. Le Brésil est malheureusement un contre-exemple, selon le reportage de Driss Ghali à São Paulo. Une organisation criminelle, le Primeiro Comando da Capital, aussi discret que surpuissant, fait régner sa loi à travers le pays. Et cette mafia en pleine croissance, qui jongle avec les dollars et les tonnes de poudre blanche, commence à s’implanter en Europe. Enfin, Frédéric Beigbeder, qui vient de publier Confessions d’un hétérosexuel légèrement dépassé (Albin Michel, 2023), se confie à Jean-Baptiste Roques. Au grand dam des apôtres de #MeToo, l’auteur de 99 francs se met à nu dans cet essai rempli de souvenirs et d’aphorismes sur la « partouze permanente » qui habite son cerveau. On y apprend au passage que, s’il s’est beaucoup drogué durant des années, c’est pour calmer sa frénésie sexuelle, et pas pour battre des records de sybaritisme.
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Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy commente le discours cannois de Justine Triet, lauréate du Palme d’Or. Si cette tirade presque comique a fait couler beaucoup d’encre, le vrai reproche qu’on peut lui faire ne concerne pas son hypocrisie, parfaitement prévisible, mais sa médiocrité, son absence de style et son manque d’audace. « Il faudrait lui expliquer que l’idée de résistance suppose une part de risque, le courage de choquer ». En restant dans le même genre, « Sandrine Rousseau est un mélange de cynisme et de bêtise ». Tel est le verdict d’Éric Naulleau qui vient de publier un brillant pamphlet, La Faute à Rousseau (Léo Scheer, 2023). Il y dénonce le terrifiant projet de société que prônent l’élue écolo et ses acolytes. Une idéologie qui veut couper des têtes et museler la liberté d’expression, liberté qui n’a peut-être été qu’une parenthèse historique.
Y a-t-il un mode d’emploi pour réaffirmer la souveraineté de la France en matière d’immigration ? Pour Patrick Stefanini, conseiller départemental LR des Yvelines, qui se confie à Céline Pina, l’accueil inconditionnel des immigrés n’est pas une fatalité. Nous pouvons mener une politique migratoire plus restrictive et plus intelligente en modifiant le droit du sol, les délais d’exécution des OQTF ou en dénonçant des accords passés avec certains pays, en particulier l’Algérie. Les spécialistes de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie se sont penchés sur la politique consistant à installer les migrants dans nos campagnes. Cette idée fait son chemin, jusqu’au sommet de l’État – où certains rêvent de refiler le mistigri migratoire aux collectivités locales. Il y a des maires ruraux qui espèrent ainsi conjuguer « humanitaire » et « redynamisation » des territoires. Quant à savoir si les habitants sont d’accord, ça peut attendre… Avec Maximilien Nagy, nous avons comparé les propositions des députés LR sur l’immigration au projet de loi « sur l’immigration illégale » débattu actuellement au parlement de Westminster. La fermeté prônée par le gouvernement britannique est d’ores et déjà condamnée par les instances internationales, les ONG et le patronat. Les propositions LR auront à faire face aux mêmes résistances.
Philippe Bilger trouve que, bien que mal défendue par ceux qui la font, mal critiquée par ceux qui la commentent, mal vécue par ceux qui la sollicitent, la justice française mérite pourtant notre fierté collective. Comme toute discipline humaine, elle ne sera améliorée qu’à condition de lui faire davantage confiance. Quatorze personnes, dont six adolescents, seront jugés pour l’assassinat de Samuel Paty. Stéphane Simon vient de signer le livre le plus complet jamais paru à ce jour sur cette affaire, Les Derniers Jours de Samuel Paty (Plon, 2023). Jean-Baptiste Roques l’a lu. Son verdict : impeccable et implacable.
Gil Mihaely analyse les raisons de la réélection de Recep Tayyip Erdogan à la tête de la Turquie, malgré sa gestion économique calamiteuse. En faisant de l’islam le pilier fondamental de l’identité nationale, il a permis à l’opinion populaire d’exprimer sa détestation des élites, celles qui ont incarné la modernité laïque et occidentale au XXe siècle. Jean-François Colosimo fait partie des intellectuels français et des théologiens orthodoxes qui ont été les plus meurtris par le déclenchement de la guerre en Ukraine. L’auteur de La Crucifixion de l’Ukraine paru en 2022 (Albin Michel) explique à Jean-Baptiste Roques que le pays n’a pas attendu la barbarie de Vladimir Poutine pour être un lieu d’affrontements entre grandes puissances. Dans sa tribune du mois, Ivan Rioufol s’étonne de la persistance de notre président à croire que l’économie revivifiée (en supposant qu’elle advienne) remettra la France d’aplomb, avec un zeste de « transition écologique » pour la galerie. Une telle persistance montre que le chef de l’État ne comprend rien à la détresse qui mine notre vieille nation angoissée pour sa survie. Retrouvez aussi les chroniques de Jean-Michel Delacomptée, Emmanuelle Ménard et Olivier Dartigolles.
Dans le monde de la culture, il y a beaucoup d’humeurs et elles ne sont pas toutes mauvaises. Jérôme Leroy salue la sortie de Les Éclats, grand roman paranoïaque dans lequel Bret Easton Ellis revient sur cet automne 1981 qu’il avait raconté dans Moins que zéro, son premier roman écrit à 17 ans. Une éclatante boucle proustienne. Pierre Cormary salue la mémoire de Philippe Sollers qui, ayant quitté ce bas monde, est sans doute maintenant au paradis, alors que ses contempteurs restent en enfer. Yannis Ezziadi, lui, salue les taureaux, surtout ceux de Camargue. Il nous fait d’abord le portrait de Henri Laurent, 89 ans, un des grands piliers du monde de la course camarguaise, gardien d’une tradition à la fois ancestrale et familiale. Si dans la course camarguaise, la star est le taureau Camargue, l’autre protagoniste est l’homme qui l’affronte : le raseteur. Et chaque génération a son raseteur emblématique. Pour la nôtre, c’est Joachim Cadenas qui s’est confié à notre journaliste. Enfin, ce dernier a recueilli les propos de Lilian Euzéby, peintre pour qui la course camarguaise est un hommage aux « dieux sombres » que sont ces taureaux indomptables. Il puise son inspiration dans ce rite mêlant couleurs et émotions.
Dans une ambiance moins fiévreuse, Georgia Rey a visité l’exposition consacrée aux pastels par le musée d’Orsay qui dévoile une centaine de pastels issus de sa collection – des chefs-d’œuvre signés Millet, Manet, Redon, Boudin, Degas… À l’heure où la « couleur » est devenue un enjeu pour hystériques, cette exposition est une leçon de nuances et de subtilités.
Jean Chauvet passe en revue les dernières sorties cinématographiques. Hélas ! L’Île rouge, de Robin Campillo, sur la présence française à Madagascar se révèle un petit brûlot sans portée à force de caricature, pendant que Wahou, de Bruno Podalydès, sur le monde des agences immobilières, est une déception. Mais on peut se consoler avec la ressortie en salles du Samouraï de Jean-Pierre Melville qui date de 1967. Il n’est jamais trop tard pour réviser ses classiques. C’est ainsi que, selon Emmanuel Tresmontant, la tradition bistrotière fait de la résistance. Passionné par les produits du terroir et fidèle à son Limousin natal, le chef Émile Cotte sélectionne avec la même attention aromates et pièces de bœuf. Dans une atmosphère délicieusement titi-parigote, sa cuisine est aussi délicate que généreuse.
En juin, le dessin de Marsault se concentre sur une certaine caractéristique que l’on retrouve souvent chez les politiques. Leur courage ? Non ! Leur capacité visionnaire ? Pas du tout ! Leur amour sans bornes du peuple ? Que nenni ! Pour avoir le dernier mot de l’énigme, il suffit de vous procurer notre numéro 113…
ANNONCE : Comme vous le savez, Causeur fait aussi face à des actes de malveillance sur les points de vente (vidéo ci-dessous). Nous faisons appel à votre vigilance et vous invitons à nous remonter toute anomalie que vous pourriez constater.
Le marché des mots, les mots du marché. Par Jérôme Leroy.
Anarchiste : voir « black bloc »
Black bloc : pire que les milices d’extrême-droite car ils brûlent des banques.
Baroud d’honneur : Au-delà de deux manifs, employer le mot « baroud d’honneur » pour les suivantes.
CFDT: on peut discuter avec elle, mais pas en ce moment.
CGT : on ne peut jamais discuter avec elle.
Courson (Charles de) : Qu’est-il arrivé à cet homme exemplaire qui a sombré dans la démagogie et le populisme ? S’est-il pris pour le Che ou Zorro* ?
Dialogue social : le gouvernement ne demande que ça à condition de ne pas parler des retraites.
Extrême-droite : néo-nazis
Extrême-gauche : commence dès le PS.
Financement (des retraites) : seule source possible, le report de l’âge légal. On ne va pas augmenter les impôts des plus riches, tout de même, ça les ferait fuir.
Gréviculture : plaie française qui révèle l’incapacité française au dialogue social*.
Intersyndicale : ne durera pas. Est sur le point de mourir. Est déjà morte. Comme la Nupes*.
Jeune : quelle tristesse de penser à la retraite à 20 ans ! Nous à leur âge, on travaillait et on se taisait.
Liberté (de circulation) : indispensable pour les capitaux, beaucoup moins pour les hommes surtout si ces hommes sont des migrants, voire des manifestants.
Marchés : nous regardent et nous jugent sévèrement, tel l’œil de Caïn dans la tombe de nos avantages acquis. Ils sont comme Dieu dans la création, présents partout, visibles nulle part.
Milliard : se priver des 15 milliards de recettes générées par l’âge légal porté à 64 ans aggraverait le déficit de manière insupportable – lequel est actuellement de 422 milliards.
Nupes : a empêché le débat à l’Assemblée. S’est mise hors de l’arc républicain. Ne vaut pas mieux que le RN. A refusé de discuter dans le cadre démocratique du 47-1 et des vingt jours impartis.
Pédagogie : les Français ayant du mal avec la complexité de la pensée macronienne, la pédagogie de la réforme est indispensable. C’est un peu comme les enfants, ils ne savent pas ce qui est bon pour eux.
Processus démocratique : la réforme des retraites a suivi un processus démocratique. Pas besoin de vote pour ça. La Constitution a été respectée.
Quatre-vingt dix : en pourcentage, et avec quelques unités de plus ou de moins, nombre obstinément présent, de sondage en sondage, de salariés opposés aux 64 ans. Mais il suffira d’un peu de pédagogie* et les Français comprendront, notamment ceux qui sont déjà retraités.
Referendum (d’initiative partagée). Il est possible à condition, en vertu de l’article 927 ter, alinéa 72, de déposer la demande en faisant deux cents fois le tour du palais Bourbon à cloche-pied, un jour ouvrable d’année bissextile.
Syndicats : prendre bien soin de distinguer les réformistes des autres. De toute manière, ils ne sont pas représentatifs, la CGT* et la CFDT* ne totalisant à deux jamais qu’un million deux cent mille adhérents, ce qui est peu comparé aux forces militantes de la macronie.
Travail : il faut travailler plus car on vit plus vieux. Les nonagénaires de droite qui ont pris leur retraite à 60 ans en savent quelque chose et l’expliquent très bien aux petits cons de quinquas qui ne veulent rien foutre.
Vote : habitude en voie de disparition chez les parlementaires, notamment les députés.
Au moment où le front se réveille, certains pensent déjà à un cadre politique et sécuritaire satisfaisant pour les Ukrainiens, dans un conflit qui semble malheureusement s’inscrire dans la durée. Analyse.
Au moment où les forces ukrainiennes semblent passer de la phase de préparation à la phase d’exécution d’une manœuvre terrestre importante – connue sous le nom médiatique de « contre-offensive » -, les éléments permettant d’envisager la suite du conflit commencent à se dégager.
Le premier élément est la dimension militaire du conflit. Il est sans doute trop tôt pour connaître les résultats tactiques – en termes de dégâts et pertes infligés à l’ennemi et territoires occupés repris – d’une opération à peine lancée. Cependant, il est déjà acquis que la Russie n’a non seulement pas les moyens de battre l’armée ukrainienne, mais qu’elle aura également beaucoup de mal à maintenir son contrôle sur des territoires pris entre fin février et fin juin 2022 dans le Donbass, Zaporijjia et même en Crimée. Pire encore, même si ses forces arrivent à garder certains de ces territoires sous son contrôle, la Russie risque de ne pas réussir l’intégration dans la fédération russe et la restauration d’une vie normale dans ces régions sans l’accord de l’Ukraine. En cela, la période 2014-2022 doit servir d’exemple en prenant en compte bien entendu les multiples nouvelles capacités militaires acquises par l’Ukraine depuis l’invasion russe.
Les perspectives sinistres de Medvedev
Mais si la Russie n’a pas les moyens de gagner les batailles, elle peut faire durer le conflit très longtemps et empêcher ou au moins rendre la reconstruction de l’Ukraine chère et compliquée. Car qui va investir dans une infrastructure ou des moyens de production menacés par une attaque russe ? Cela ne veut pas dire qu’à la fin la Russie va forcément gagner. À Moscou on a déjà sous-estimé l’Ukraine, l’OTAN, Biden, Macron et l’Union européenne, et on a également tellement surestimé les capacités de la Russie qu’il serait hasardeux de croire à une quelconque victoire inéluctable. Le scenario annoncé par l’ancien président russe Dimitry Medvedev (« Ce conflit durera très longtemps. Pendant des décennies, probablement. C’est une nouvelle réalité ») est sans doute envisageable mais n’implique pas, comme il semble l’insinuer, qu’à la fin la Russie gagnera.
Le problème avec le raisonnement russe – et avec de nombreuses analyses géopolitiques – est qu’il sous-estime, quand il ne la néglige pas complétement, la volonté des autres. La Russie a des besoins, une mémoire, une âme, une longue histoire et des droits. Pas ses voisins. Or, tout autour de la Russie actuelle, de la mer baltique à la mer noire et du Sud Caucase à l’Asie centrale, vivent des peuples qui ne croient pas que leur destin soit d’être les marchepieds de l’Empire russe. Il ne s’agit pas ici d’une question de « droit ». On peut même suivre – pour faciliter le débat – les Russes qui qualifient certains des États et des peuples qui les entourent de « complètement artificiels ». Admettons. Le fait est que la Russie est en train de se casser les dents sur l’artificielle Ukraine, et que ce peuple qui n’existe pas fait preuve d’une volonté d’acier. Autre fait du même ordre : la Pologne, ce pays qui a infligé une défaite à l’URSS il y a un siècle. Nous avons donc affaire à des personnes géographiquement et parfois culturellement proches des Russes et qui ont peur d’eux. Tellement que certains ont tout fait pour intégrer l’OTAN. Par ailleurs, la campagne du lobby polonais aux États-Unis a beaucoup pesé sur la politique européenne de la première administration Clinton, notamment en 1993-1994. Sans aller jusqu’à leur attribuer l’ouverture de l’OTAN aux pays de l’Est, cette volonté politique et les moyens qu’elle mobilisait devraient être mieux connus et reconnus. Les États-Unis ne sont pas tout puissants et ne dictent pas leur volonté autant qu’ils l’auraient souhaité, et leurs alliés ne sont pas des larbins anticipant la volonté américaine pour mieux la satisfaire. Et si parfois on a cette impression – comme dans le cas de Victoria Nuland, ses sandwichs et ses cinq milliards de dollars -, c’est parce que de l’autre côté il y avait une volonté qui allait dans le même sens. Sinon ça coûte plus cher et ça marche moins bien (Vietnam, Irak, Afghanistan…).
Convaincre les Ukrainiens de trouver un accord avec Moscou
Malheureusement, vu de Moscou, tous ces faits n’existent pas et on ne voit que des jeux d’influence et des opérations de manipulation. Les différents peuples ne sont que masses téléguidées, pions sur un échiquier.
Dans ce contexte, quelle stratégie à long terme ? L’Ukraine ne peut pas éliminer la Russie comme les alliées l’ont fait avec l’Allemagne et le Japon en 1945. Peu importe la situation au moment où les armes se tairont, il y aura une Russie déterminée à recommencer et, en préparant la grande revanche, à pourrir la situation. Le problème est donc de savoir comment empêcher la Russie de reprendre les hostilités et comment rassurer l’Ukraine ? La meilleure garantie pour la sécurité de l’Ukraine serait son intégration à l’OTAN. Or, avant même de poser la question de savoir si cette option est souhaitable, il faut constater qu’elle n’est pas possible avant plusieurs années. L’Ukraine est en guerre, ses forces et son État ne sont pas prêts et surtout, certains membres y sont farouchement opposés (au moins la Turquie, la Hongrie, l’Allemagne et la France). Si jamais les conditions d’une négociation entre Kiev et Moscou étaient réunies cette année ou en 2024-2025, il faudrait mettre sur la table une autre proposition aussi forte et crédible, mais souple et surtout politiquement possible.
Selon le Washington Post, l’OTAN et les Etats-Unis réfléchissent à la possibilité de proposer à l’Ukraine des accords bilatéraux ou multilatéraux, des pactes de défense mutuelle ou des mémorandums de sécurité. Les accords entre les États-Unis et Israël, en vigueur depuis la signature de la paix avec l’Égypte en 1979, peuvent servir de modèle. Ainsi, les accords proposés à l’Ukraine comprendraient des engagements pluriannuels de financement et d’armement, et aussi des promesses d’assistance en cas d’attaque. Ce genre d’accord pourrait également mettre les relations États-Unis-Ukraine à l’abri des changements politiques éventuels à Washington. Dans le cas israélien, il s’agit d’une série de mémorandums décennaux avec les États-Unis, qui prévoient actuellement une aide à la sécurité de plus de 3 milliards de dollars par an. Une telle stratégie pourrait permettre à l’Ukraine de prendre le risque d’un accord avec la Russie, car elle lui permettrait de mieux se préparer à la prochaine guerre avec elle, la retarder voire l’empêcher par la dissuasion. En même temps, l’Ukraine bénéficierait d’un cadre clair pour construire sa force pendant le « conflit entre deux guerres » qui risque de caractériser ses relations avec son grand voisin de l’Est dans un avenir prochain.
Depuis quelques années, la Guyane française est devenue la piste de décollage de la cocaïne vers l’Hexagone. Chaque jour, une centaine de mules font le trajet Cayenne-Orly, transportant parfois plusieurs kilos de cocaïne sur elles, et le phénomène semble impossible à enrayer.
Un kilo, deux kilos, trois kilos, quatre kilos : non, il ne s’agit pas de pommes que l’on achète au marché, mais de saisies de cocaïne en partance de Guyane française. À chaque jour ses arrestations, et ses non-arrestations: quotidiennement, jusqu’à plusieurs centaines de kilos de cocaïne passent sur ces vols entre le département sud-américain et la métropole. Pourtant, bien que les autorités françaises estiment l’ampleur du trafic à 20 % de la consommation française, qui a été multipliée par cinq en vingt ans, impossible de mettre un terme à cette gangrène. Pour comprendre pourquoi, il faut voyager un peu, sur les routes de la coke française.
Narcos: France
Si l’époque de Pablo Escobar et d’El Chapo, ces deux célèbres barons de la drogue, respectivement colombien et mexicain, est bien révolue, le trafic de cocaïne continue. L’ancienne Nouvelle-Grenade ne semble pas prête à mettre fin à ses antiques traditions : elle est toujours, et de loin, le premier producteur et exportateur au monde de cocaïne – plus de 200 000 hectares de terre y sont cultivés à cet effet. Concrètement, cela représente vingt fois la surface de Paris, et environ 1 400 tonnes expédiées vers les États-Unis (premier consommateur) et l’Europe.
Pourtant, en Colombie, la lutte contre le trafic existe, et porte ses fruits : le 9 mai dernier, le plus grand narco-sous-marin jamais enregistré a été intercepté par la marine colombienne avec à son bord environ trois tonnes de stupéfiants, soit plus de 100 millions de dollars. Cependant, alors que les cartels sont armés, et puissants, il est impossible de les démanteler.
Mais revenons-en un peu à la Guyane. Pour y parvenir, les cartels ont mis en place un système bien rodé : de petits avions transportent la marchandise à travers la jungle afin d’atteindre le Suriname, voisin du département français. Pour cela, les trafiquants sont allés jusqu’à défricher des hectares entiers de forêt afin d’y construire des pistes d’atterrissage où leurs pilotes peuvent faire le plein en toute discrétion. Autrefois, ces avions s’arrêtaient au Suriname, direction Amsterdam. Ancienne colonie hollandaise, le petit État avait droit à un traitement de faveur. Depuis que les passagers des vols entre les deux pays sont soumis à un scanner automatique, plus personne ne passe. Et devinez qui n’a pas mis en place ces scanners antidrogue ? La France, bien entendu.
Guyane: peu d’espoir, mais beaucoup de coke
La vie est loin d’être rose sur la terre ocre de Guyane. Du moins, par rapport à la métropole : plus de 50 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et 20 % est au chômage. En revanche, la situation est bien meilleure qu’au Suriname. Aussi des milliers d’immigrés de l’ancienne colonie hollandaise ont-ils franchi la frontière, au niveau de la ville fluviale de Saint-Laurent-du-Maroni. En quête d’une vie meilleure, les Surinamais qui traversent la frontière ne comptent pas sur des activités légales pour l’obtenir. Le Suriname étant un narco-État, corrompu à tous les niveaux par ce trafic de cocaïne, ses habitants sont aussi directement impliqués dans l’affaire. Ainsi, ils se font eux-mêmes passeurs, prenant le relais des Colombiens, et franchissent le fleuve Maroni pour chercher des mules en Guyane française.
La frontière, longue de 520 kilomètres, n’est que peu surveillée. Pour quelques euros, on traverse les deux kilomètres de large du fleuve, et l’on change de pays. Par ce chemin, rien de plus aisé que faire entrer de la drogue en France, et des dizaines de kilos y passent ainsi tous les jours.
Contrôles insuffisants
Les mules sont devenues des éléments de la culture guyanaise depuis quinze ans. Aller à Orly lorsqu’on est issu d’un milieu populaire, cela signifie avaler plusieurs ovules, parfois plus d’un kilo de drogue, pour toucher entre 2 000 et 10 000 euros, dans le langage courant. Qui sont ces mules ? Principalement des membres des classes populaires sans espoir, qui voient dans le trafic leur salut. Dans le deuxième département le plus inégalitaire de France, nombreux sont ceux qui disent ne pas avoir d’autre choix. À raison d’environ cent par jour, on peut estimer à plus de 35 000 le nombre de billets Félix-Éboué[1]-Orly qui sont pris chaque année.
Certains sont sacrifiés en route. Les contrôles, s’ils sont largement insuffisants, existent. D’abord, sur la route entre Saint-Laurent-du-Maroni et Cayenne, puis à l’aéroport Félix-Éboué, et enfin à Orly. La Guyane est une exception : bien que française, elle n’est pas dans l’espace Schengen. Mais à Cayenne, on compte seulement dix places de rétention pour ingestion d’ovules, et les policiers savent bien qu’ils sont tout à fait incapables d’incarcérer tant de personnes. Beaucoup, comme le Syndicat de la Magistrature, pensent que la répression n’est pas la solution. En septembre 2022, une expérience a été menée à Cayenne : on n’a procédé à aucune arrestation pour trafic de moins de 1,5 kilo de drogue. Pas certain que cette mesure contribue à ralentir l’arrivée de cocaïne en France. Faute de volonté politique, la Guyane pourrait bien devenir un narco-département.
Nous les Français, on est bon public. On a beau nous resservir des dizaines de fois le même numéro, on en redemande. Nous nous sommes donc passionnés pour le cas Justine Triet, moins pour sa Palme d’or – dont on retiendra surtout qu’elle est la troisième accordée à une femme, ce qui nous en fait une belle –, que pour sa tirade sur la réforme des retraites menée par un pouvoir dominateur et décomplexé, audacieux propos assaisonné de quelques considérations sur la marchandisation de la culture. Ce n’est pas ce discours comique qui étonne, mais le fait qu’il nous fasse encore réagir. En réalité, tout pince-fesses, toute cérémonie réunissant le gratin de la culture doit comporter son pseudo-scandale politique. Seule la cause change avec les saisons. Ces derniers temps, la mode était au pleurnichage néoféministe, à la traque du privilège blanc ou à la fin du monde écolo – on avait le choix entre Adèle Haenel et ses airs offensés, Aïssa Maiga comptant les Noirs, et des nigauds collés à des tableaux. En 2023, c’est le combat contre l’infâme-réforme-des-retraites-menée-par-un-gouvernement-méprisant qui se porte en sautoir sur les robes haute couture.
Mélenchon, en extase, se réjouit que Cannes revienne à sa tradition, car écrit-il, « c’est la gauche résistante qui a créé ce Festival » – une thèse révolutionnaire. Le RN, par le truchement de Caroline Parmentier, applaudit parce que, « pour une fois, Cannes n’est pas déconnecté ». De l’autre côté, on reproche à la réalisatrice de gâcher la fête – à table, on ne parle ni politique ni religion –, et surtout de cracher dans la soupe en mordant la main qui la nourrit. Il est toujours amusant de voir des artistes tendre la main et lever le poing dans un même mouvement. Un brin de darwinisme contribuerait certainement à restaurer le génie français – si ça se trouve, la faim stimule la créativité. En attendant, l’argent public n’est pas supposé acheter la docilité ou le consentement. Ce n’est pas parce que Justine Triet a tourné son film grâce à l’argent du CNC qu’elle doit fermer sa gueule.
Ces attaques manquent l’essentiel. Ce qu’on peut reprocher à la cinéaste n’est pas d’être militante et de gauche, c’est la médiocrité, la platitude de son discours, assorties d’une absence totale de style. On est loin de Marlon Brando refusant l’Oscar du Parrain et envoyant à sa place une actrice amérindienne défendre les droits de son peuple en tenue traditionnelle. On est loin aussi du Festival 1968 dont elle s’auto-proclame héritière. Sans doute les envolées politiques des Truffaut, Godard et consorts n’étaient-elles pas toujours subtiles. Mais ils étaient marrants, déconnants – vivants. « Je vous parle solidarité avec les étudiants et les ouvriers et vous me parlez travelling et gros plan ! Vous êtes des cons ! » lancé par Godard à ceux qui voulaient que le Festival continue, ça avait une autre gueule que « La marchandisation de la culture menée par ce gouvernement néolibéral ».
En 1968, le monde du cinéma, comme la société française, est en ébullition. Des réalisateurs font rempart de leur corps pour empêcher la projection de leur propre film. Il reste des ennemis à pourfendre, des bastions à prendre (du moins, peut-on le penser). S’ils sont déjà des dominants, Godard, Truffaut et les autres ne le savent pas. En 2023, Justine Triet donne de grands coups d’épée dans le vide. Son indignation ne rencontre pas le moindre obstacle. À ses yeux, c’est pourtant la preuve qu’elle est dans le vrai. J’ai raison, puisque 80 % des Français pensent la même chose que moi. Il faudrait lui expliquer que l’idée de résistance suppose une part de risque, le courage de choquer. L’un des agréments de notre époque, c’est justement qu’elle autorise à se prévaloir en même temps de l’héroïsme de la Résistance et du confort douillet du consensus majoritaire, improbable mélange des genres où excellent d’innombrables « mutins de Panurge » (Muray, évidemment). Une lauréate jetant à la face du public qu’elle est à fond pour la réforme des retraites, voilà qui aurait été punk. Cela dit, soyons indulgents : une femme qui célèbre sa victoire en posant clope au bec ne peut pas être complètement mauvaise.
Eric Dupond-Moretti à la télévision, 3 juin 2023. Capture d'écran France 2.
Chaque jour, j’en suis persuadé, apporte de nouveaux électeurs au Rassemblement national pour 2027. Mais je continue à considérer qu’au moment crucial, Marine Le Pen sera à nouveau battue si elle se retrouve au second tour.
Est-ce une raison pour faire preuve d’irresponsabilité et dénoncer le RN sur un mode totalement contre-productif ? De la part de la gauche et de l’extrême gauche, rien n’était à attendre ni à espérer même si un François Ruffin n’a évidemment pas la même position sur ce parti que Carole Delga qui n’est pas gênée de traiter de « fasciste » le RN qui n’a que 89 députés et des millions d’électeurs en soutien ! Pour une fois on ne peut pas reprocher au président de la République une indifférence ou une abstention coupables. Sur le plan du raisonnement et de la lucidité, il a été impeccable au sujet du RN. En rappelant cette évidence que l’argumentation morale et les vieilles lunes historiques n’auront pas le moindre effet pour faire baisser l’adhésion à ce parti mais que seule la contestation politique, sur tous les plans, sera efficace.
Le garde des Sceaux n’a pas été attentif en conseil des ministres
Malgré cet avertissement, et on aurait souhaité que ce fût une injonction ; des ministres, en particulier Eric Dupond-Moretti, continuent le même refrain désarmant d’impuissance. Un ministre, sous couvert d’anonymat, a déclaré que le garde des Sceaux avait un discours contre le RN daté, décalé, ce qui est une manière aimable de souligner que sa dénonciation est stéréotypée et parfaitement nuisible à la cause qu’il prétend défendre. Quand tout ce qu’on dit favorise l’antagoniste, il faut au moins s’interroger. Il y avait déjà eu la défaite cuisante dans les Hauts-de-France qui aurait dû faire prendre conscience au ministre du caractère inadapté de sa lutte se parant de morale faute de savoir répliquer sur le fond. Mais il est évidemment plus confortable de s’abandonner à des polémiques vous attirant des éloges médiatiques et politiques consensuels que d’aborder sérieusement les thèmes variés sur lesquels le RN est critiquable et mérite d’être contredit. Pour cela, il faut du travail plus que de l’humeur.
Au risque de surprendre, il ne me paraîtrait d’ailleurs pas choquant que le Garde des Sceaux, parce qu’il dirige l’action publique par l’entremise des procureurs, s’abstînt de s’engager trop avant dans les joutes partisanes. Il sera forcément confronté à des procédures où, victime ou mis en cause, le RN sera impliqué. Sans s’adonner à une obligation de réserve, il conviendrait qu’il fût moins systématiquement partial et parfois grossier. Il me semble aussi qu’un ministre – et le président de la République l’a souligné à juste titre en indiquant que tous les électeurs du RN n’acceptaient pas d’être stigmatisés comme fascistes – devrait respecter, sur le plan républicain, non pas un parti mais la forte adhésion démocratique dont il bénéficie, quelle que soit son opinion sur celle-ci. Il devrait y avoir là comme une forme de décence. On n’a pas, même indirectement, à cracher sur une multitude de compatriotes parce qu’ils auraient opté pour une mauvaise cause. Il ne me viendrait pas à l’idée de me moquer de l’électorat de LFI au prétexte que les thèses extrémistes et dangereuses de ce mouvement ne sont pas les miennes.
Pétain ou Poutine ?
Je sais que dans le registre médiatique certains journalistes n’hésitent pas à exprimer leurs convictions, comme récemment Ruth Elkrief. D’abord ce n’est pas une découverte – le RN offre ce grand avantage pour les médias de leur donner à bon compte une image d’audace et de pugnacité ! – et ensuite la sphère politique est infiniment plus préoccupante.
Il est tout de même paradoxal de s’entêter, même dans une émission de Léa Salamé et même pour rire, dans une alternative grotesque au sujet du RN entre « Pétain ou Poutine » comme l’a fait le ministre.
Ce ne sont pas les conclusions extravagantes de la commission – dont le rapporteur est la députée désormais Renaissance et anciennement LR Constance Le Grip – sur les relations entre la Russie et le RN qui vont changer cette dernière donne. Et cette référence à Pétain apparaît telle une diversion par rapport au combat central contre le RN, qui doit être politique. Il est navrant de devoir s’interroger : le font-ils exprès ? Ou bien sont-ils tellement enkystés dans leur bonne conscience et leur supériorité morale affichée qu’ils ne se rendent plus compte des dégâts démocratiques qu’ils créent et des ravages républicains qu’ils préparent ? Le RN les rend fous. Ils le servent en croyant l’abattre. Leur haine est un baume. Leur détestation systématique, une offrande. Espérons qu’ils n’auront pas droit à des remerciements en 2027.
C’est l’autre « recadrage » de la semaine. La mise au tapis de François Ruffin a suffisamment frappé les esprits pour qu’une autre chroniqueuse revienne dessus. Le député de la Somme ne défile pas contre l’”islamophobie”, il pense que des questions sociétales secondaires nuisent au combat social, qu’il y a trop de bazar dans les cités et il n’est même pas favorable à la GPA. Forcément, pour la très woke Nupes, quand il ose en plus émettre des doutes sur la théorie du genre, trop c’est trop.
Un des derniers défenseurs d’une gauche respectable
En vingt-quatre heures seulement, on a vu, non sans une certaine tristesse, le député LFI François Ruffin se transformer en descente de lit. On avait pour le désormais Soumis une certaine tendresse, parce qu’avec le communiste Fabien Roussel, il était l’un des derniers défenseurs d’une gauche respectable, héritière de celle qui lutta pour les congés payés. Le député de la Somme savait rappeler utilement les excès d’un capitalisme échevelé, préjudiciable au partage des richesses, prenait fait et cause pour les plus démunis et se battait avec conviction pour la laïcité. Pourtant, il a dû courber l’échine devant la doxa de son parti qui privilégie le combat sociétal à la cause sociale. Terrassé, notre guerrier a fini par faire carpette. Posant le genou à terre, il a dû faire son autocritique néo-maoïste.
L’insoumis des insoumis
Jusqu’à présent, dans l’hémicycle comme dans la presse, François Ruffin défendait bec et ongles le social, n’hésitant pas à défier parfois sa famille politique et même, sur certains sujets, la Nupes dans son ensemble. Ainsi, en 2018, l’ancien journaliste de Fakir déclarait au micro de franceinfo : « On ne peut pas dire qu’on va accueillir tous les migrants ». Il avait alors été violemment conspué, notamment par la macronie. L’actuel ministre des Transports, Clément Beaune, était allé jusqu’à le qualifier de « nouvelle recrue de Marine Le Pen ». L’encore Insoumis François Ruffin n’avait pourtant pas hésité à préciser ses propos, sur Facebook : « notre pays doit pouvoir continuer à décider qui il accueille, et selon quels motifs ». En 2019, le parlementaire avait su prendre ses distances avec la marche contre l’islamophobie portée par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), maintenant dissout. C’est dans Libération qu’il avait annoncé son absence à ladite marche : « Je n’irai pas dimanche, je joue au foot. » En 2020, lors d’un entretien accordé à France Inter, questionné par l’ex-ministre socialiste Arnaud Montebourg sur la réhabilitation des frontières, le parlementaire avait répondu : « (…) il faut poser des limites à la circulation tous azimuts des personnes. » Plus récemment, en mai 2022, François Ruffin s’était insurgé, dans un long texte publié sur Facebook, sur le climat délétère régnant dans les quartiers : « C’est de la musique toute l’après-midi, toute la nuit des pétards, des pots d’échappement, le quad, les rodéos… ». Dénonçant aussi les trafics de drogue, il précisait : « Être de gauche, ce n’est pas fermer les yeux (…) : c’est garantir cette paix à tous les citoyens, ce droit à une intimité, à être chez soi, pas dérangé. »
Pourtant, jeudi 1er juin, au micro de franceinfo, le député de la Somme, exprimant ses positions sur le changement de genre, est allé trop loin et son camp l’a recadré, illico. C’est au terme d’un long entretien qui portait sur la loi des députés Liot visant à abroger la réforme des retraites et la pénurie des saisonniers à l’approche de l’été que notre homme est tombé en disgrâce. Finalement interrogé sur les mesures sociétales prises par le parti Podemos en Espagne, et, plus précisément sur la possibilité accordée à un adolescent de changer de sexe, dès 16 ans, sans l’accord de ses parents, François Ruffin a répondu sans détour : « Pour moi, le cœur du sujet, c’est le travail, le partage des richesses, la démocratie. On a une société qui est profondément fracturée en France (…) Dans ce climat de tensions, d’épuisement des esprits, il faut de l’apaisement. » Il a aussi déclaré qu’en pareil contexte, la gauche ne doit pas faire « tout ce qui lui passe par la tête ». Relancé par son interlocuteur sur la gestation pour autrui, le parlementaire a alors admis « ne pas y être personnellement favorable ».
Recadrage immédiat
Trop c’était trop. Certains des collègues du député, dépités, sont immédiatement montés au créneau pour recadrer le dissident, alors que la communauté LGBT commençait à bruisser. Le député LFI de Paris, Sophia Chikirou, a réagi sur Twitter : « Ce n’est en rien une position de la France insoumise ni du groupe parlementaire. Ce propos, en ce jour, est au mieux maladroit, au pire une faute politique. » Son collègue, le parlementaire LFI, Antoine Léaument a renchéri : « C’est un avis personnel qui n’engage pas le mouvement. » Andy Kerbrat a ajouté : « nous portons la lutte pour que les personnes trans puissent changer la mention de genre mais surtout l’autorisation du genre dans la constitution. Ce n’est pas sociétal, c’est fondamental. » Ruffin dérange LFI, cette gauche qui a abandonné les classes populaires au profit des minorités.
Face aux attaques de ses pairs, le voici, à terre, contraint de faire son autocritique pour échapper à l’excommunication du parti. S’exécute-t-il par lassitude ou par calcul politique ? On s’interroge, sachant que d’aucuns pressentent sa candidature aux prochaines élections présidentielles. Quoi qu’il en soit, notre sécessionniste s’est décidé à regagner le giron de LFI, appliquant les préceptes du regretté Mao : « Rabattons notre suffisance, critiquons sans relâche nos propres défauts, tout comme, chaque jour, nous nous lavons la figure pour rester propres et balayons pour enlever la poussière. » C’est sur les réseaux sociaux que notre nouvel émasculé, a battu sa coulpe : « Hier matin, dès ma sortie du plateau de franceinfo, j’ai dit à mes collabs : Ma réponse sur le genre, ça va pas. J’aurais dû rappeler des évidences. » Et de préciser : « Sur ce sujet, comme sur pas mal d’autres, en toute humilité, je dois progresser. En commençant, comme c’est ma démarche depuis maintenant vingt ans, par des rencontres avec les premiers concernés et les premières concernées. » Ça tombe bien, c’est le mois des fiertés.
En tout cas, ne lui jetons pas trop vite la pierre. Celui qui pense en dehors de la juste ligne est condamné à la mort sociale, enfermé dans ce que Philippe Muray avait justement nommé : « la cage aux phobes ». Il est donc plus facile de s’aplatir que de se redresser et de bomber le torse.
« Les lois et les censures compromettent la liberté de pensée bien moins que ne le fait la peur. Toute divergence d’opinion devient suspecte et seuls quelques très rares esprits ne se forcent pas à penser et à juger comme il faut. » Gide, Journal 1939-1949
Le crime organisé est en plein essor. Malgré les milliers de policiers et de magistrats mobilisés. Le trafic de drogue générerait en France des gains d’environ 3 milliards d’euros par an, d’où les luttes sanglantes pour contrôler ce pactole. Causeur consacre sa une au phénomène dans son numéro de juin.
Le crime organisé est en plein essor. En matière de drogue, il générerait en France des gains d’environ 3 milliards d’euros par an, pas étonnant que les luttes pour contrôler ce pactole soient intenses. Les inégalités sociales de plus en plus grandes expliquent la recrudescence de la criminalité liée à la drogue. Ainsi, les homicides ont lieu dans les territoires les plus pauvres : en Corse, en Seine-Saint-Denis et dans les quartiers populaires et périphériques en déshérence de villes plutôt riches (Nantes). La ville de Marseille est un paradigme : 1% de la population française, 20% des règlements de compte.
Le nouveau numéro est en vente !
Bien que des milliers de policiers et magistrats mobilisés qui luttent quotidiennement contre le trafic, sans compter leurs heures au prix parfois de leur santé et de leur vie de famille, le phénomène ne semble pas connaître de solution. Peut-être parce que la seule solution n’est pas la répression, même si elle est nécessaire. Afin d’amorcer un vrai virage, mettons la justice et le citoyen au cœur du dispositif de lutte contre le trafic de drogue.
En 2010, l’ONU, en session plénière, déclare que cent ans d’interdiction des drogues sont un échec. En matière de santé publique, là où le consommateur n’est pas criminalisé, il se tourne plus facilement vers le soin. Au Portugal, la toxicomanie à l’héroïne a reculé de moitié depuis sa dépénalisation en 2000 ! Du point de vue des libertés publiques, même à considérer la drogue comme le mal absolu, rappelons qu’il n’est plus interdit de se suicider. Enfin, à ceux qui considèrent que ce sont les consommateurs qui alimentent le trafic, nous pouvons répondre qu’il suffirait à l’État de réguler cette consommation comme il le fait pour les autres produits, définis comme « drogues légales » (cigarette, alcool, produits psychotropes pharmaceutiques comme la morphine…).
La distribution encadrée testée dans de nombreux pays
Aussi loin qu’on puisse remonter par l’archéologie et la sociologie, l’humain a usé de produits altérant son état de conscience. Plutôt que le dénier, encadrons ces comportements. Responsabilisons les citoyens consommateurs en leur permettant de se fournir hors des circuits criminels. La distribution encadrée des drogues se généralise dans le monde : Pays-Bas, Suisse, Canada, Uruguay et de nombreux États américains dont la Californie et le Colorado. Outre le bénéfice fiscal que permet cette régulation, élaborons une régulation publique des drogues adaptée à notre pays. Nous couperons ainsi le lien pervers qui unit le consommateur au monde du crime.
Nos enquêteurs pourront alors se concentrer sur les autres grands trafics et l’économie parallèle qu’ils génèrent. Pour démanteler ces trafics, de complexes enquêtes de police judiciaire sont nécessaires. Or, les moyens allégués à la justice sont très insuffisants. Nous dépensons 72,53 euros par an et par habitant pour financer nos juridictions de jugement, contre 78 euros en moyenne dans l’UE et 141 euros en Allemagne ! La France compte 11,2 juges pour 100 000 habitants en 2020, contre 22 en moyenne en Europe, et 3,2 procureurs contre 5,2 en Italie.
L’exemple italien
L’association Crim’HALT que je préside propose que la confiscation de ces avoirs criminels devienne La sanction et La peine. Depuis le programme de Stockholm, en 2010, pour “Une Europe ouverte et sûre qui sert et protège les citoyens”, les pays de l’Union se mettent à la confiscation des biens des trafiquants, acquis avec des fonds sales (des biens dits « mal acquis »), comme le fait l’Italie depuis les années 60 et comme elle procède contre la mafia depuis 1982. En 2011 la création en France d’une Agence de Gestion des Avoirs Saisis et Recouvrés (AGRASC) permet d’amorcer une politique de confiscation, en constante augmentation. En dix ans, l’AGRASC a versé à l’État 800 millions d’euros issus du produit des ventes des biens confisqués par la justice. Chiffre qui paraît impressionnant mais on peut mieux faire. Rendons la confiscation des biens du trafic de drogue obligatoire,comme elle l’est depuis 2019 pour les marchands de sommeil et faisons la chasse aux patrimoines criminels à l’aide de nouveaux outils qui sont à notre disposition.
Des progrès juridiques mais encore insuffisants
Des textes européens (Directive 2014/42/UE et Règlement 1805/2018/UE) sont venus booster les confiscations en Europe. Les configurations“élargies”, “de blanchiment”, “par équivalent” ou pour “non justification de ressources”. Autant de progrès juridiques et judiciaires. Cependant, ces confiscations pénales s’avèrent difficiles à mettre en œuvre. Par conséquent, seuls 32,1% des biens saisis provisoirement en France sont confisqués définitivement. A contrario, en Italie, les confiscations définitives représentent 63,6% des saisies provisoires. Une des clés de la réussite : une confiscation obligatoire non corrélée à la condamnation pénale. Les propriétaires de biens mal acquis même innocentés pénalement doivent justifier l’origine légale de leurs biens devant un tribunal administratif. Conséquence : de l’autre côté des Alpes chaque année, 500 millions d’euros en cash et des milliards en avoirs sont confisqués définitivement. L’Italie montre l’exemple. Suivons-le.
Depuis 1996 en Italie, 18 000 biens immeubles sont mis à disposition des institutions pour développer des structures d’intérêt général. Plus de 1 000 immeubles confisqués sont utilisés par des associations et des coopératives. Cette loi d’usage social des biens confisqués (USBC, acronyme « inventé » par Crim’HALT) a placé les citoyens au cœur du dispositif de lutte contre la mafia. La société civile se réapproprie un territoire ou des zones qui étaient sous la coupe du crime organisé. Cela restaure aussi les prérogatives de l’État. Ainsi s’amorce un changement des mentalités. Le bien libéré de la mafia crée un écosystème positif, un cercle vertueux. La loi USBC participe du développement économique. Elle répare le territoire des dommages commis par le crime. La population revit.
Une autre piste
Sous l’impulsion d’associations et de parlementaires, la France dispose aussi depuis 2021 d’une loi d’usage social des biens confisqués. Mais comme pour la loi sur les repentis, le législateur a fait les choses à moitié. La loi française ne permet pas de mettre à disposition des biens aux coopératives, ni aux collectivités territoriales qui connaissent le mieux le tissu associatif sur le terrain. Par exemple, en Guadeloupe, dans une villa confisquée à un escroc, une association protège les femmes victimes de violences conjugales. À Paris, à deux pas du ministère de la Justice, une victime de la traite des êtres humains se reconstruit dans l’ancien appartement d’un mafieux italien. À Dunkerque, l’immeuble d’un marchand de sommeil va accueillir une structure d’hébergement et d’insertion. À Marseille, la villa d’un trafiquant de cocaïne vient d’être mise à disposition de deux associations d’aide aux victimes. Ce sont pourtant de très beaux exemples à multiplier.
Le statut de repenti
Autre piste certes compliquée mais intéressante, la question du statut de repenti. En sont exclus ceux qui ont du sang sur les mains. Un choix qui permet de tenir compte du ressenti des victimes et de leur entourage mais qui rend l’exercice de ce statut peu productif en matière de crime organisé. En effet, les personnes importantes, celles qui peuvent porter des coups réels à une organisation ont en général du sang sur les mains. L’enjeu du statut n’est pas l’impunité mais la protection accordée à la personne et à sa famille. Le repenti effectue donc sa peine. Cette possibilité s’est révélée féconde en Italie. Au-delà du témoignage du repenti et de ses effets concrets, la libération de la parole de membre important du clan déstabilise et crée de l’insécurité au sein de l’organisation. Elle n’est plus inattaquable ni indestructible.
Une meilleure prise en compte des victimes
À propos des victimes, qui se souvient de la jeune Kawatar, 18 ans, de Rayanne, 14 ans, de Sarah ou de Maxime.. ? De Larbi ou de Kaïs 16 ans ? Elles sont déjà tombées dans l’oubli. La dernière en date, une mère de famille de 43 ans tuée le 10 mai n’a même pas de nom!
Leur point commun ? Elles sont des victimes innocentes du crime organisé et trafic du drogue le plus souvent. Crim’HALT enquête depuis 2 ans et ne cesse de recenser de nouvelles victimes. Pour elles et leurs familles, c’est la double peine : la mort, puis le déni de justice. Parfois la triple peine quand s’ajoute la rumeur… Cela ne peut pas continuer ainsi. Il faut défendre de manière adaptée la mémoire des victimes qui ne participent pas au trafic. Les sortir de l’oubli inverse le rapport de force avec la criminalité. Cette dernière est si forte qu’elle tue et c’est toujours cette histoire-là que les médias racontent. Défendre les victimes innocentes au quotidien permet d’impliquer les habitants dans une lutte citoyenne proactive contre le crime organisé. Le citoyen est remis au centre du jeu et peut faire reculer la violence. Concrètement, en parallèle de la dépénalisation des drogues, il s’agit de créer un statut de victime du crime organisé qui permet à la famille de se reconstruire et de bénéficier d’aides qui seraient financées par les confiscations.
Reparle-t-on des relations de François Mitterrand avec le régime de Vichy à chaque fois qu’on interroge un socialiste? Ou de l’admiration de certains « Insoumis » pour la Terreur révolutionnaire ou les dictatures communistes lorsqu’on tend le micro à Jean-Luc Mélenchon?
Élisabeth Borne a dit une énorme bêtise à propos du « RN, héritier de Pétain », et le président de la République l’a recadrée pendant et après le Conseil des ministres. Sans doute la Première ministre appréciera-t-elle de savoir qu’elle compte, dans les milieux médiatiques de gauche, des soutiens de poids. Le 31 mai, sur France Inter, Yaël Goosz a critiqué Emmanuel Macron auquel il reproche d’emprunter au vocabulaire maurassien – « jusqu’aux ambiguïtés de la “décivilisation” » – et d’avoir prétendu que le combat contre l’extrême droite ne passe plus par des « arguments moraux ». Pour Yaël Goosz, non seulement le RN est l’héritier de Pétain et n’a pas rompu avec ce qu’il appelle la « Gud connection », mais encore il serait l’héritier de l’extrême droite de l’entre deux guerres – parti comme il l’était, s’il avait eu le temps, sans doute aurait-il évoqué la sinistre Cagoule. De son côté, Thomas Legrand a rabâché grosso modo la même chose dans son éditorial pour Libération. Il veut, écrit-il, « alerter » les électeurs de Marine Le Pen sur la « réalité de l’héritage politique de l’extrême droite » et reproche à Emmanuel Macron un « vide idéologique l’empêchant de faire la différence fondamentale entre Marine Le Pen et Éric Zemmour d’un côté, et tout le reste de la société politique ». Sacré Thomas Legrand, toujours aussi subtil.
Réalités contemporaines de l’extrême gauche
L’idéologie rend aveugle. Borne, Goosz et Legrand dissertent sur l’éventuel « héritage politique » du RN mais occultent celui du PCF, de LFI, voire du PS. Il ne viendrait bien entendu à l’idée de personne de dire que Fabien Roussel est un nostalgique du léninisme révolutionnaire inventeur du goulag ou du totalitarisme stalinien. Il n’empêche, nul n’ignore plus que l’histoire du communisme est emplie de désastres, d’arrestations arbitraires, de déportations, d’occupations de pays, d’écrasements des populations voulant se défaire de son joug, et que le PCF est longtemps resté dans les jupes du stalinisme – il faudra attendre 1976 et l’abandon du concept de « dictature du prolétariat » lors du 22ème congrès du PCF pour commencer d’entrevoir un désir d’autonomie de ce dernier vis-à-vis de la maison-mère soviétique. Dans son Livre noir du communisme, Stéphane Courtois affirme que le communisme est responsable de près de cent millions de morts. A-t-on jamais entendu un journaliste français parler de ce lourd « héritage » à l’actuel secrétaire général du PCF, Fabien Roussel ? Peut-on reprocher à ce dernier un « héritage stalinien » ou, par exemple, le pacte germano-soviétique qui lia, pendant les premiers mois de la guerre, les poings et les pieds de la direction PCF ? – ce qui n’empêcha pas une vingtaine de parlementaires de déchirer leur carte du parti et les communistes les plus patriotes de se ranger dès le début du conflit au côté du général de Gaulle, imitant en cela ceux qui les avaient précédés dans la résistance, le maurassien Daniel Cordier en tête.
A-t-on jamais entendu un journaliste français parler de ce lourd « héritage » à Jean-Luc Mélenchon et aux plus éminents représentants de LFI ? Les racines trotskistes de ce parti opaque ont-elles jamais été rappelées à ses dirigeants ? LFI c’est, avant toute autre chose, une admiration sans bornes pour la Terreur révolutionnaire et pour les régimes cubains et vénézuéliens, un islamo-gauchisme électoraliste, un antisionisme exacerbé et flirtant parfois avec l’antisémitisme, des simulacres d’écrasement ou d’exposition en haut d’une pique des têtes des adversaires politiques, des accointances avec la “Jeune Garde”, association « antifasciste » n’hésitant pas à agresser les étudiants de l’UNI et à provoquer la police lors des manifestations, à quoi l’on peut ajouter, pour faire bon poids, une rhétorique outrancière, une contestation systématique de la légitimité du vote, ainsi que le fonctionnement autocratique, anti-démocratique, vertical et brutal du parti et de son Lider Maximo. Nous parlons ici d’une réalité contemporaine, concrète, celle d’un parti ayant « hérité » de quelques principes idéologiques parmi les plus autoritaires et les moins démocratiques et continuant d’en perpétuer, à sa mesure, la tradition. Cette réalité-là échappe étrangement à MM. Goosz et Legrand, journalistes engoncés dans un discours « contre l’extrême droite » servant de paravent aux catastrophes de la gauche historique et au naufrage de la gauche contemporaine.
Mme Borne se sent-elle l’héritière des égarements de François Mitterrand ?
Les déclarations de Mme Borne sur le RN sont idiotes, anachroniques et mensongères ; elles dissimulent mal le désarroi d’une classe politique qui sent le vent tourner et s’accroche désespérément à la branche de plus en plus mince du « barrage républicain contre l’extrême droite ». Au petit jeu de « l’héritage » politique, rares sont ceux qui sortent gagnants – quand on cherche, on trouve. Mme Borne, par exemple, a longtemps été proche du PS. Que pense-t-elle de la Francisque remise à François Mitterrand par le Maréchal Pétain sous le parrainage de deux Cagoulards (Gabriel Jeantet et Simon Arbellot) ? Mitterrand demanda-t-il cette distinction par conviction et attachement au Maréchal ou pour « couvrir » une activité de renseignements au sein de l’organisation vichyste ? Si la seconde option est la bonne, pour quelles raisons son passage à Vichy fut-il si longtemps occulté ? Et que dire des liens que François Mitterand continua d’entretenir après la guerre avec d’anciens Cagoulards ou avec Jean-Paul Martin, haut fonctionnaire de Vichy, directeur de cabinet de René Bousquet qui participa activement à la déportation des juifs étrangers et que Mitterrand nomme directeur adjoint de cabinet au moment où lui-même est ministre de l’intérieur en 1954 ? Que dire du recrutement par Mitterrand de Jacques Saunier, collaborateur sous les ordres de Bousquet, responsable de l’arrestation de 1500 résistants juifs et communistes, au poste de sous-préfet ? Que dire des liens du futur président de la République avec Pierre Saury, nommé par Bousquet intendant de police à Lyon en 1943, révoqué de la fonction publique à la Libération mais « récupéré » par François Mitterrand qui en fera même son suppléant dans la Nièvre en 1967 ? Que dire, enfin, des relations amicales entretenues avec René Bousquet quasiment jusqu’à la fin de la vie de celui-ci ? Mme Borne se sent-elle l’héritière des égarements de François Mitterrand et de son amitié indéfectible avec d’anciens cagoulards, d’anciens collaborationnistes, d’anciens pétainistes ? Nous imaginons que non et nous garderons bien de lui en faire le reproche.
Ce serait stupide et il n’y a pas besoin d’aller chercher dans des « ismes » anciens les explications et les motifs d’insatisfaction concernant son bilan calamiteux, la désastreuse politique énergétique française et l’abandon de Fessenheim, la soumission à l’UE sous la férule des Allemands, les tergiversations face à l’immigration et une réforme des retraites qui ne convainc que les élites politiques européennes et qui a fait perdre de vue les véritables menaces économiques et civilisationnelles qui pèsent sur notre pays.