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Affaire Zemmour-Pétain: une simple décision technique?

Mardi dernier, la Cour de cassation a annulé la relaxe d’Éric Zemmour dans l’affaire des propos sur Pétain et les « juifs français ». Le président de « Reconquête » sera donc rejugé par la cour d’appel de Paris.


Petit rappel des faits. En 2019, le président de « Reconquête » affirme sur CNews que le chef du Régime de Vichy a « sauvé » les « juifs français » pendant l’occupation. Diverses associations antiracistes portent vite plainte contre lui. Celui qui ne s’est pas encore lancé à l’assaut de l’Elysée se défend alors en rappelant qu’il ne conteste pas l’existence de la Shoah, mais qu’il explique le moindre taux de victimes de nationalité française (en comparaison avec leurs coreligionnaires étrangers) par une « préférence nationale » qui aurait été accordée par Philippe Pétain et qui aurait protégé nos concitoyens juifs.

Le champ d’application de la loi Gayssot en question

Une théorie empruntée aux estimables Robert Aron et Léon Poliakov après-guerre (et reprise en sourdine il y a encore 15 ans par Simone Veil, qui écrivait alors dans son autobiographie Une vie que Vichy avait « compliqué la vie des Allemands » en demandant que l’on distingue entre les juifs de nationalité française et les autres), mais largement battue en brèche depuis par les historiens, tous d’accord pour dire que l’Etat français a collaboré activement à l’arrestation de plusieurs milliers de Français juifs, qui ont ensuite été envoyés dans les camps de la mort.

Si toutefois beaucoup en ont réchappé, c’est, toujours selon un large consensus historique, grâce à de nombreux gestes et réseaux de sauvetage qui se sont mis en place dans les familles, les organisations communautaires et les voisinages, mais aussi dans la résistance et au sein des Eglises catholique et protestante, gestes et réseaux dont les Français juifs, mieux intégrés dans la société, ont pu plus facilement bénéficier que les étrangers.

Pour autant, la théorie de Zemmour, aussi infondée qu’elle soit, constitue-t-elle une infraction pénale ? En 2022, la cour d’appel de Paris estime que non. Pour justifier sa décision, elle fait valoir que Pétain n’a lui-même jamais été jugé pour crime contre l’humanité, mais uniquement pour intelligence avec l’ennemi et haute trahison, si bien qu’au strict plan juridique il ne saurait être considéré comme membre de l’organisation criminelle ayant réalisé la Solution finale et donc ne rentre pas dans le champ d’application de la loi Gayssot. Mardi dernier, la Cour de Cassation a invalidé ce raisonnement, en confirmant une décision qu’elle avait rendue en 2020 (dans une affaire relative à la Rafle du Vel d’hiv) selon laquelle la culpabilité de Pétain dans la Shoah est induite du fait qu’il dirigeait l’Etat français dont la police a, sur ordres, aidé les nazis dans leurs plus sombres desseins. Reste maintenant à savoir si réfuter cette réalité historique, désormais établie comme un fait juridique, revient à nier ou minimiser de façon outrancière un crime contre l’humanité. C’est à la cour d’appel qu’il appartient désormais d’en juger.

A relire, Philippe Bilger: Que manque-t-il à Eric Zemmour?

Interrogé par l’AFP, l’avocat d’Éric Zemmour, Me Olivier Pardo ne dit du reste pas autre chose: « La Cour de cassation dit surtout que la cour d’appel s’est mal expliquée, donc nous espérons que la prochaine cour d’appel motivera mieux sa décision qui, il me semble, devra aller dans le même sens, puisque nous avons eu deux décisions favorables ».

Les juges et les historiens

Voilà pour l’affaire Zemmour, toujours en cours donc. Maintenant, extrayons-nous du cas d’espèce et regardons la portée de la décision de la Cour de Cassation au-delà du destin judiciaire de l’auteur du Suicide français. Or donc, cet arrêt considère qu’un consensus d’historiens – certes très étayé –  peut être aussi irréfutable qu’une décision de tribunal.

N’est-ce pas là un dangereux mélange des genres ? L’histoire n’est-elle, comme toutes les sciences, et bien davantage que la justice, une discipline en proie au doute et à la remise en cause ?  N’agrandit-on pas trop le bloc de faits intouchables ?


Les éditorialistes font eux aussi leur rentrée
La décision du 5 septembre de la Cour de cassation est l’occasion pour nos éditorialistes de rouvrir un épineux débat. Sur les ondes de Sud Radio, notre directrice, Elisabeth Lévy, s’est inquiétée de cette judiciarisation de la vie publique et a estimé que, tout de même, notre Justice avait peut-être plus important à faire ! Les adversaires d’Éric Zemmour ne souhaitant pas débattre avec lui, on demande aux juges d’être les arbitres des élégances intellectuelles. « Pour moi, cela revient à renoncer à l’esprit des Lumières » a-t-elle déploré. « On renonce à l’affrontement raisonné argument contre argument », alors que le débat public est déjà pollué depuis des années par les interdits et une « kyrielle de lois mémorielles qui établissent une histoire officielle – parfois pas tout à fait conforme à la réalité comme dans le cas de la loi Taubira, – et qui décident des idées acceptables et de celles qui ne le sont pas ». Éric Zemmour pense que la politique de la collaboration a sauvé des Juifs français, thèse évidemment contestable, selon notre directrice. Mais, en revanche, « attention, Zemmour ne nie pas l’existence des chambres à gaz ni d’ailleurs des méfaits de Pétain dont il dit qu’il a envoyé à la mort des milliers de Juifs étrangers – comme réhabilitation on fait mieux ! »
Sans surprise, sur les ondes de France inter, on entendait un tout autre refrain. Selon le journaliste Yaël Goosz, le candidat de « Reconquête » à la présidentielle est coupable de « troller » l’histoire, et ses propos sur la collaboration ne seraient en réalité qu’une manière d’habituer les électeurs français à l’idée, qu’un jour, « la raison d’Etat pourra justifier de sacrifier certains droits, voire certaines minorités, au nom d’une nation fantasmée »... France inter ne rentre pas vraiment dans le détail du débat historique, mais ne manque pas de fustiger l’auteur du Suicide français : « Zemmour est le nouveau Jean-Marie Le Pen ! Lui qui avait tout compris à la politique spectacle, au scandale cathodique, quand, à partir de 1987, il prétendait que les chambres à gaz n’étaient qu’un détail de l’histoire de la Seconde guerre mondiale. » La radio publique regrette évidemment la dédiabolisation de Marine Le Pen, et avance qu’elle aurait libéré un espace dans lequel se serait engouffré Éric Zemmour. Dénonçant la rhétorique anti-juges de certains, Yaël Goosz a enfin rappelé que, selon lui, « la justice ne [faisait] qu’appliquer les lois, des lois faites par des députés à qui au moins deux générations d’historiens ont apporté les preuves de la responsabilité de l’Etat français, sous Vichy, dans la déportation des Juifs de France. » Avant tout de même de reconnaitre que Pétain n’avait pas été condamné pour crime contre l’humanité en 1945. Et pour cause, ce n’est que sept mois après sa condamnation que la notion verra le jour à Nüremberg • MP

Rugby, charcuterie et Puy du Fou… Vive la France !

Certains des partisans du multiculturalisme et les déconstructeurs de la France que nous aimons ont vu, dans le jambon de pays présenté lors de la Cérémonie d’ouverture du Mondial de rugby, un symbole ostentatoire à la limite de l’ «islamophobie».


Pierre Charbonnier, agrégé de philosophie et chargé de recherche CNRS à Sciences Po, n’a pas vraiment apprécié le spectacle de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de rugby – une représentation nostalgique de la France des années 50, celle du rugby des villages et des terroirs, du pain, de la charcuterie, de l’artisanat et de la mode, etc. Il a d’abord écrit, sur le réseau X, avoir décelé dans ce spectacle un « racisme subliminal ». Le lendemain, dégrisé ou averti par des amis prévenants, M. Charbonnier a effacé ce qui s’apparentait à un délire éthylique. Mais d’autres ont pris la relève pour afficher leur détestation de la France…

Une France que d’aucuns veulent plus vite voir disparaitre

Sur le même réseau social, Samuel Gontier, le commissaire politique télévisuel de Télérama, a relevé les propos du commentateur qu’il juge provocateurs, à la limite de l’islamophobie : « C’est un village gaulois avec évidemment de la charcuterie ». Perspicace, le vigilant agent de la police médiatique s’est demandé si, par hasard, ce ne serait pas « Éric Zemmour qui a conçu la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de rugby ». Pour lui, l’équation est simple : baguette + charcuterie + accordéon + vieille chanson française + femmes ressemblant à des femmes + hommes ressemblant à des hommes = extrême droite !

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Sandrine Rousseau a eu « honte », écrit-elle sur le réseau X : « Notre France ce n’est pas une série de clichés empilés ». Si, si, chère Madame, notre France, comme tous les pays du monde, a toujours été représentée par une série de clichés. Les clichés des années 50 étaient plutôt sympathiques et mettaient en valeur notre pays, son art de vivre, sa gastronomie, sa littérature, ses paysages, ses boulangeries, ses vins, le caractère cocardier et parfois ombrageux de ses habitants, l’élégance de ses Parisiennes, ses bicyclettes, ses fêtes paysannes, etc. – il en reste de vagues traces, ici ou là, qui attirent encore les touristes, mais la tendance est à la disparition. Les clichés qui malheureusement s’imposent de plus en plus aujourd’hui lorsque les étrangers évoquent la France sont à l’image de notre nation défaite, « déconstruite », détruite à cause de vous et de vos congénères – son insécurité, sa délinquance, ses trafics de drogue, ses collines brisées par les éoliennes, son wokisme universitaire, ses écrivains tchékistes, ses kebabs, sa capitale défigurée, ses Parisiennes habillées comme un sac, ses banlieusardes de plus en plus souvent revêtues d’une bâche, ses « mobilités actives » électriques, ses émeutes, ses agressions quotidiennes, etc. Allez faire une joyeuse cérémonie d’ouverture de compétition sportive avec ça !..

Jambon de pays ostentatoire

Le collectif Contre Attaque – émanation des Soulèvements de la Terre composée de léthargiques jeunes gens avec des têtes colorées de cucurbitacées et un QI globalement à peine supérieur à celui de la palourde – a trouvé quant à lui que ce spectacle sentait « le camembert et le rouge qui tâche (sic) », et donc… « les années 30 » ! J’ai dit la palourde, j’aurais pu dire l’endive. À ce propos, dans le genre chicorée fade jusqu’à l’exubérance (Desproges), William Pereira, journaliste de 20 minutes, se fait remarquer : la cérémonie, écrit-il, « n’est pas vraiment inclusive » ; ça « manque de représentativité » ; et puis il y a des « symboles désuets, comme le magnifique jambon de pays apparu à plusieurs reprises à l’écran, limite ostentatoire ». Il y a, comme ça, des journalistes qui parviennent à refléter, sans effort, d’une phrase bêlée, toute la bêtise hargneuse d’une profession panurgique. Bravo, M. Pereira !

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Et bravo aussi, M. Tion ! Une fois de plus, Libération se distingue en titrant l’article de ce dernier : « Cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de rugby : allez la Rance ! » Guillaume Tion a vomi écrit dans l’urgence, ça se sent : le style est bâclé ; la langue, relâchée et faussement familière ; la syntaxe, souvent hasardeuse. Mais qu’importe la langue française, cette vieille dame n’est-elle pas aussi rance que ces Français bidochons qui se complaisent dans cette France qui « sent la naphtaline » et qu’on ne voit plus que « dans les discours superficiels sur l’esprit français et les soubassements des pensées d’extrême droite » ? Cette cérémonie représentant le village d’Ovalie, c’est, selon le journaliste, l’entre-soi d’une France décomplexée, raciste et beauf : « On reste entre nous et c’est pas plus mal. On peut roter à table si on veut, c’est la famille. » La conclusion, en forme de bric-à-brac, vaut son pesant de cajous – n’en changeons pas un mot : « Car, à y regarder, les valeurs de la performance Reflets de France années 50 de Jean Miche (Jean Dujardin NDLA) sont presque celles que l’on va retrouver lundi matin en se réveillant : un pays où l’on parle du retour de luniforme à l’école, où le président jupitérien décide des 49.3 comme un chef de village incontestable, où lon dit perlimpinpin et saperlipopette, où il faut faire deux heures de caisse pour trouver un médecin, où les hommages culturels vont au Puy du Fou… cette France rance, on l’a vue en spectacle, on en a ri, on a été éberlué, c’est presque la nôtre. On peut aussi la refuser. »

Un parc d’attraction trop tradi

Car ce sont bien sûr les mêmes qui se désolent du succès du Puy du Fou. La puissante gauche médiatique n’est pas à une malhonnêteté près – on se souvient, entre autres, du crapoteux documentaire sur France 5 intitulé “Affaire Lola, chronique d’une récupération”. Dans le JDD du 10 septembre, Charlotte d’Ornellas explique par le menu le travail des journalistes de “Complément d’enquête” (France 2) ayant abouti à une présentation uniquement à charge du parc vendéen. À l’instar de leur patronne, Delphine Ernotte, les journalistes de l’audiovisuel public ne désirent pas montrer la France telle qu’elle est mais telle qu’ils voudraient qu’elle soit – en l’occurrence ils la préféreraient sans le Puy du Fou, sans son succès, sans les 3000 bénévoles qui persistent à vouloir coopérer, chaque année, à ce spectacle qui ravit participants et spectateurs. Dans le même JDD, Michel Onfray avoue, en se marrant comme un fou… du Puy, que son épouse, son gendre, sa fille et ses deux petits-enfants ont collaboré bénévolement à cette « fête française », cette attraction qui donne du plaisir à « une grande partie de cette France profonde » qu’il dit aimer et qu’il oppose à la France superficielle de la gauche culturelle. « La France rance existe, écrit-il, c’est celle de l’élite auto-proclamée qui n’aime pas les gens modestes, les petites gens comme on dit. » Cette élite auto-proclamée, c’est l’élite woke, politico-médiatique et cultureuse qui donne des leçons de morale aux Français, aux gens ordinaires qu’elle appelle les ploucs, les beaufs ou les sans-dents ; c’est l’élite qui rêve d’une France transformée en province européenne, en département américain, voire, pour certains, en petit califat – bref, en tout ce qu’on veut du moment que ce n’est plus la France. « Il est clair que le patriotisme ne se situe pas très haut dans leur échelle de valeurs, écrit Christopher Lasch en 1996 dans son dernier essai [1] en parlant des nouvelles élites américaines de l’époque dont on peut penser qu’elles préfiguraient nos élites françaises et européennes actuelles. Le multiculturalisme leur convient parfaitement car il évoque pour eux l’image agréable d’un bazar universel, où l’on peut jouir de façon indiscriminée de l’exotisme des cuisines, des styles vestimentaires, des musiques et de coutumes tribales du monde entier, le tout sans formalités inutiles et sans qu’il soit besoin de s’engager sérieusement dans telle ou telle voie. » Chez nous, en particulier, cette nouvelle élite s’honore d’être progressiste, inclusive, diversitaire et ouverte – l’histoire de son pays, sa culture et son peuple l’ennuient profondément, tandis qu’elle se passionne pour les multiples « identités » qui fractionnent la société française. Elle aurait aimé voir représentées, à la place de la « carte postale surannée » qui ouvrait la Coupe du monde de rugby, ces « identités » qui semblent avoir toutes les qualités, comparativement à l’identité française qui ne mérite aucune considération à ses yeux. Pourtant, « une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis », proclame Ernest Renan lors de sa célèbre conférence à la Sorbonne intitulée “Qu’est-ce qu’une nation ?”

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Notre élite auto-proclamée et mondialiste, en particulier celle des médias publics, ne l’entend pas de cette oreille : pour elle, l’héritage français est à jeter aux orties et les Français doivent céder devant le multiculturalisme, le communautarisme, le discours identitaire et les nouvelles croyances écologiques et wokes. Ne lui en déplaise, des Français plébiscitent encore les spectacles historiques du Puy du Fou ou l’imagerie d’une France des années 50 où le vivre-ensemble ne se proclamait pas mais se vivait réellement – cela durera ce que cela durera mais, en attendant, savourons cette petite victoire sur les pisse-vinaigre de la presse subventionnée et les charlatans de l’extrême gauche qui n’ont su, en guise de critiques contre la France que les Français aiment, que répéter les mêmes slogans consternants et désopilants à force de platitude et de bêtise.

[1] Christopher Lasch, La révolte des élites, Éditions Climats.

Ouverture du Mondial: pensez-vous sincèrement que Macron a été sifflé pour le 49-3?

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Notre contributeur refuse le magistère analytique des médias de gauche, et avance d’autres hypothèses.


On a beaucoup entendu, ces derniers mois, en particulier dans la bouche d’Eric Zemmour, cette splendide formule (parmi mille autres) de Philippe Muray selon laquelle « Les bien-pensants ne dérapent jamais, ils sont la glace[1] ». En fait, on pourrait remplacer « bien-pensants » par « la gauche ». Et il en va des dérapages comme de la récupération.

Récupérer, c’est analyser un fait d’une façon trompeuse, lui faire dire ce qu’il ne dit pas, tirer de lui des conclusions au mieux stupides, au pire détestables. Dès lors, la gauche ne peut pas récupérer puisqu’elle est le bien, le bon, le juste, la vérité. Elle a le monopole de l’analyse des faits parce que tous les faits, dans la logique de la gauche, s’inscrivent – pour le soutenir ou le brider, elle-même ayant pour mission de courir toujours plus vite derrière lui – dans le sens de l’histoire. La gauche vit en vase clos ; toute idée qui ne vient pas d’elle est suspecte par définition. Dans le champ politique, la gauche rejette ainsi, par principe, des tas de sujets, qu’elle juge indignes de figurer à la table du débat. A l’agenda de la démocratie, seules les lubies de la gauche méritent qu’on s’écharpe. C’est bien sûr le cas de l’écologie, véritable religion des « citoyens du monde », à la vaniteuse échelle des mondialistes, capables de dire sans rire qu’ils veulent « sauver la planète ». C’est aussi le cas des violences-faites-aux-femmes. C’est également le cas, évidemment, du racisme. Fille du libéralisme, des Lumières, la gauche est d’abord matérialiste. Comme le libéralisme, elle réduit l’Homme à ses conditions d’existence. L’économie est donc sa grande affaire ; tous les phénomènes sont, pour elle, plus ou moins liés au modèle économique. Quand on parle d’immigration à la gauche, elle soupire : elle, elle est passée à autre chose depuis longtemps, elle ne comprend sincèrement pas comment on peut encore, « au XXIe siècle non mais oh », enkyster le débat avec des délires de ce genre alors que les cactus sont en danger, que des « exilés » se noient en mer Méditerranée, que les tampons hygiéniques ne sont pas gratuits « pour tous.tes ». Et d’ailleurs, au fond, dit la gauche, ça n’intéresse pas les « vrais gens ». Si tant de gens sont apparemment obsédés par l’immigration, ce n’est pas parce qu’ils en souffrent mais uniquement parce que des partis – qui devraient être interdits – et des médias – qui devraient être interdits aussi – manipulent les masses à l’aide de fake news et de la post-vérité, deux concepts plus cons l’un que l’autre, qui sentent bon les chercheurs dépressifs des UFR de sciences humaines.

Macron pas prudent

Vendredi soir, Macron a fait un discours, au Stade de France, pour lancer la Coupe du monde de rugby. Il avait été plus prudent au printemps lors de la finale de la Coupe de France de foot. Snobant la ridicule tradition qui veut que le président de la République vienne serrer la main des joueurs sur la pelouse avant le coup d’envoi, le meilleur ami de McKinsey et de Uber avait fait ça dans les couloirs du stade, à l’abri des huées. Cette fois, par orgueil, mais aussi peut-être pour contrebalancer aux yeux du monde, à la veille des Jeux Olympiques, la lamentable impression laissée par l’organisation (à la one again et décidée par lui seul, pour suppléer l’Ukraine qui devait initialement l’accueillir) de la finale de la Ligue des Champions 2022 entre le Liverpool FC et le Real Madrid, durant laquelle des hordes de racailles du 9-3 avaient agressé des supporters des deux clubs et réussi à forcer les portiques de sécurité, il a voulu prendre la parole.

Après les évènements survenus au Stade de France, la ministre des Sports Mme Oudea-Castera et le ministre de l’Intérieur M. Darmanin s’expriment devant les journalistes, Paris, 30 mai 2022 © Jacques Witt/SIPA

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Emmanuel Macron pensait aussi sans doute, et justement, que la sociologie des supporters de rugby est différente de celle des aficionados de foot. Pour le dire simplement, le rugby est un sport de droite. Au nord de la Loire, c’est un sport de bourgeois ; c’est moins vrai dans le Sud-Ouest, où il est le sport le plus populaire et d’abord celui des agriculteurs – qui peuvent être aisés –, des villages. On ne trouve pas, au rugby, la diversité si présente dans le foot. Libération ne devrait pas tarder à s’en émouvoir, lui dont les commissaires politiques, pardon, les journalistes aiment rien tant que compter les Blancs dans les équipes – il ne lui reste plus qu’à faire de même avec sa rédaction, affreusement white. A Toulouse, La Mecque du rugby, le supporter-type du Stade, c’est un étudiant en médecine ou école de commerce, qui kiffe pas trop les Arabes, qui passe ses week-ends à enquiller les pintes place Saint-Pierre. Ce mec-là, tandis que les cégétistes et les hippies du Mirail manifestaient contre la réforme des retraites, il était dans le grand jardin de la grande maison de ses parents, à Saint-Gaudens ou Lectoure. Il s’en battait les roustons. Lui, il rêve d’un semestre aux Staïtes, de « petites » à sauter, de ses prochaines beuveries. Les crève-la-faim, les mecs aux cheveux longs, toute cette engeance qui manifeste et casse, ça ne le concerne pas.


La sociologie des supporters de l’équipe de France de rugby est légèrement différente de celle des supporters de clubs. Elle est plus large. N’empêche, autour de lui au Stade de France, vendredi, Macron avait pour l’essentiel des électeurs de droite. Lesquels ne furent certainement pas les plus grands contempteurs de la réforme des retraites. Lesquels ont toujours été et demeurent beaucoup plus à droite que leurs risibles chefs et qui ont d’ailleurs massivement migré, au printemps 2022, vers Zemmour – ce qui explique statistiquement le résultat ridicule obtenu par la catastrophique Valérie Pécresse.

Les « vrais sujets » de l’électorat de droite

Certes, selon la gauche, il ne s’agit pas de « vrais sujets », mais pour les électeurs des Républicains, l’immigration, l’islam, le changement de sexe, l’insécurité, le mariage gay, l’alignement permanent de la France sur les Etats-Unis en matière de politique étrangère, c’est très important. Et ils haïssent littéralement Macron à cause de l’espèce de liquidation de la France qu’il entreprend depuis 2017. Il est donc fort peu probable que les huées qui ont accompagné Macron, vendredi, traduisent une opposition à la réforme des retraites et l’usage du 49.3. Ces huées interviennent en plus au moment où, voulant justement cyniquement satisfaire le centre-droit, le gouvernement vient d’interdire le port de l’abaya à l’école. Et où, dans les sondages, 80% des Français – et donc probablement 99% des électeurs de LR – disent être d’accord avec cette mesure – mais où, sur les plateaux, 80% des invités sont opposés à cette interdiction…

Sur ces mêmes plateaux, invités à commenter les huées du Stade de France, tous les politiciens de gauche et tous les éditorialistes libéraux étaient bien d’accord pour décréter qu’elles étaient, ces huées, la continuation des manifestations du printemps dernier par d’autres moyens – elles étaient aussi, bien sûr, un symptôme de la « crise démocratique » traversée par le pays, c’est-à-dire, pour la gauche, une demande de démocratie participative, c’est-à-dire la démocratie à la portée des boomers qui confondent politique et quelque chose entre le syndic et le café philo.

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Sur les réseaux sociaux, les députés LFI qui, issus pour l’essentiel de région parisienne, ne doivent même pas savoir ce qu’est un en-avant, ont jubilé : ces huées étaient la Révolution pourchassant le despote ! On pourrait tout autant affirmer que la réaction du public est une réponse à la politique migratoire de Macron. Oui, il est fort possible que ces dizaines de milliers de gros blancos venus soutenir ce XV de France si peu inclusif, avec des types qui s’appellent Thibault, Romain et Antoine, et des blazes qui sentent bon la naphtaline, comme dirait L’Obs, que ces gros blancos, donc, ont pensé à la pauvre Mégane, de Cherbourg, violée et torturée par un jeune détraqué sexuel d’origine immigrée déjà connu des services de police et de la justice[2] – et qui donc, comme la jobarde qui a massacré la petite Lola[3], n’avait rien à faire dehors, ou aurait dû être expulsé de France – dans les deux cas, l’Etat français est donc coresponsable et ses dirigeants devraient être punis. Mais ça, il ne s’est trouvé personne pour le dire sur les plateaux.

Refuser le magistère analytique de la gauche

La récupération de et par la gauche est tellement naturelle, ancrée dans les esprits, que nous n’osons même plus la contester.

Or, il faut justement commencer par ça : refuser le magistère analytique – si j’ose dire – de la gauche. Celui qui lui permet de dire que la mort de Lola, c’est d’abord un problème de moyens donnés à la psychiatrie en France, le terrorisme islamique, le cri de détresse de jeunes gens discriminés, la surreprésentation des Français d’origine africaine ou orientale dans les prisons, une conséquence de la précarité et d’un apartheid géographique. Il faut également refuser sa terminologie, sa propension pathologique à inventer des mots et à en mettre d’autres à l’index. Les huées du Stade de France ne lui appartiennent pas davantage que les gilets jaunes, qu’elle a récupérés de la même manière, s’imposant dans les manifestations, imposant dans celles-ci ses revendications folkloriques, tuant ce sublime mouvement politique en le transformant en sinistre mouvement social, avec les longues cohortes immobiles de retraités de l’Éducation nationale militant chez RESF. Ces huées venaient de la vraie droite. Et ce n’est pas pour le minable « pouvoir d’achat » que celle-ci se bat, mais pour que survive notre civilisation.


[1] Grand lecteur de Muray, je confesse que je ne la connaissais pas, celle-là. Et d’ailleurs Internet en donne des versions différentes.

[2] Son père vient de déclarer à la radio Hag’FM : « Ne pas communiquer sur cette agression donne du crédit à tous ces prédateurs sexuels et autres parasites de la société qui gangrènent les rues. Une prise de conscience de la part du gouvernement sur le fait que l’on laisse ce genre d’individu, au passé judiciaire chargé, en toute liberté, serait la bienvenue. “Ayez confiance en la justice”, nous a-t-on dit… Nous ne souhaitons que cela ».

[3] https://www.causeur.fr/lola-une-emotion-detat-meurtre-recuperation-indecence-politique-245954

Séisme: pourquoi les Marocains acceptent-ils l’aide espagnole (et pas la nôtre)?

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L’Unité militaire d’urgence (UME) de l’Espagne se rend donc au Maroc. Alors que la France a également proposé son aide officiellement de son côté, et que cette dernière a été refusée jusqu’à présent… Le séisme de Marrakech jette une nouvelle lumière sur les relations entre Espagne et Maroc. Analyse.


Le temps des réactions

Le 8 septembre 2023 au soir se produisait dans la province marocaine d’Al Haouz, à 70 kilomètres environ de Marrakech, un séisme d’une magnitude de 6,8 sur l’échelle de Richter qui a causé d’importants dégâts. Au moment où nous écrivons ces lignes, on comptabilise plus de 2 000 morts et presque autant de blessés, même si le bilan risque de s’alourdir dans les prochains jours. L’émoi international, renforcé par les images de la catastrophe et de ses conséquences qui ont rapidement circulé en ligne, se retrouve aussi en Espagne.

En effet, les médias de notre voisin ibérique ont immédiatement fait leurs gros titres à ce sujet et les réactions de la classe politique ainsi que de la société ont été nombreuses. Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez (PSOE), a exprimé son effroi et ses condoléances au peuple marocain, de même que bon nombre de personnalités. Le roi d’Espagne, Philippe VI, a lui aussi adressé un message à son homologue, Mohammed VI.

Le chef du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sánchez, image d’archive © SIPA

Les autorités espagnoles ont rapidement proposé leur aide au Maroc, notamment à travers l’Unité militaire d’Urgence (Unidad Militar de Emergencias, UME). Créé en 2005, ce détachement a pour objectif de venir en aide aux populations civiles dans le cadre de catastrophes naturelles ou industrielles, de risques graves et de tous types de calamités publiques. Il a l’habitude d’intervenir dans d’autres pays. Son assistance a d’ailleurs été officiellement requise par Rabat le dimanche 10 septembre, ainsi que l’a confirmé le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares.

Un voisin proche

Ce désastre, dont on mesure mal encore l’ampleur, contribue à relancer les analyses et considérations autour des rapports hispano-marocains.

Dans sa partie la plus étroite, entre Tarifa (Andalousie) et le cap Spartel (région de Tanger-Tétouan), le détroit de Gibraltar sépare les deux pays sur 14 kilomètres seulement. Par ailleurs, l’Espagne est le seul pays européen à entretenir une frontière terrestre avec le Maroc (et même avec toute l’Afrique), au niveau des villes autonomes de Ceuta et Melilla. Ancienne puissance coloniale sur place par le biais d’un protectorat (1912-1956), l’Espagne a aussi été présente dans l’actuel Sahara occidental de 1884 à 1976. Quelques siècles auparavant, c’est le Maroc qui avait indirectement été la puissance dominatrice en péninsule ibérique à travers les dynasties berbères des Almoravides (1040-1147) et des Almohades (1121-1269). 

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La proximité géographique et les liens historiques s’ajoutent donc à des relations diplomatiques intenses, même si elles se tendent à intervalles réguliers. Il faut dire que les défis communs et les sources de désaccords ne manquent pas : lutte contre l’immigration illégale et le terrorisme, revendications territoriales, partage des ressources, etc.

Des territoires contestés

Les autorités marocaines considèrent effectivement que les villes autonomes de Ceuta et Melilla sont sous occupation espagnole – même si, au regard du droit international, il ne s’agit pas de colonies. Elles sont sous domination de notre voisin ibérique depuis une époque bien antérieure à la constitution du Maroc en tant qu’État-nation reconnu comme tel : 1640 dans le premier cas (après avoir été cité portugaise à compter de 1415) et 1497 dans le second.

Cela n’empêche pas Rabat de mener depuis plusieurs années une politique contraire aux intérêts de Madrid sur place. La frontière entre Maroc et Espagne au niveau de Ceuta (84 000 habitants) et Melilla (86 000 citoyens) a en effet rouvert en mai 2022, après vingt-six mois de fermeture. Cette décision, prise par le gouvernement du Maroc le 13 mars 2020, avait d’abord pris comme prétexte la pandémie de Covid-19. Toutefois, l’exécutif du Royaume chérifien avait maintenu sa mesure après la première vague épidémique afin de forcer l’Espagne à modifier sa position concernant le Sahara occidental…. Or, une telle frontière internationale est extrêmement fréquentée, notamment par les Marocains qui viennent faire leurs achats ou travailler sur place. Les échanges commerciaux de diverses natures sont également importants et se trouvent aujourd’hui pénalisés. Les postes douaniers ne fonctionnent pas à plein régime en raison d’un manque de coopération du Maroc. Cela pose des problèmes aux porteadoras, ces Marocaines qui transportent à pied des ballots de marchandises qu’elles vendent de manière informelle.

Cependant, les revendications de Rabat se portent aussi sur les « places de souveraineté » (plazas de soberanía) espagnoles, confettis d’empire situés sur la mer d’Alboran (partie occidentale de la mer Méditerranée) : îles Zaffarines, îles Alhucemas, rocher Vélez-de-la-Gomera et îlot Persil. En juillet 2002, un bref conflit militaire a même opposé les deux pays autour de ce dernier morceau de territoire, après le débarquement de six soldats marocains. L’îlot avait finalement été récupéré par un commando espagnol dans le cadre de l’opération Romeo-Sierra.

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Dans les cas les plus extrêmes, les nationalistes marocains réclament même la souveraineté de leur nation sur les îles Canaries. De fait, le gouvernement de Rabat cherche à étendre ses eaux territoriales dans l’océan Atlantique afin de bénéficier de nouvelles ressources sous-marines. Au cœur des intérêts bilatéraux se trouve le mont Tropico, à 269 milles nautiques au sud d’El Hierro (îles Canaries). Du tellure, du cobalt et des terres rares pourraient en être extraits, soit autant de minerais stratégiques en ce début de XXIe siècle.

L’épineuse question migratoire

Le Maroc constitue un point de passage obligé pour les migrations subsahariennes, renforcées par les flux migratoires venus de son propre territoire. La pandémie de Covid-19 et la grande précarité dans certaines franges de la population marocaine (jeunesse, Berbères) accroissent le nombre de candidats au départ – alors même que, sur les 5,42 millions de ressortissants étrangers vivant outre-Pyrénées, on en compte déjà plus de 775 000 d’origine marocaine.

Dans le domaine, la coopération entre les deux nations n’est pas toujours évidente. La dernière grande tragédie en date s’est produite le 24 juin 2022, lorsque 2 000 immigrés clandestins (majoritairement soudanais) ont tenté de franchir la frontière au niveau de Melilla. Ils ont alors été violemment repoussés par les forces de l’ordre marocaines. Il s’est ensuivi la mort de 23 à 37 personnes selon les sources et un scandale diplomatique de premier ordre. Une affaire qui rappelle la polémique d’El Tarajal (Ceuta), qui avait conduit au décès de 15 migrants le 6 février 2014.

Le gouvernement espagnol n’a, au demeurant, pas de position fixe sur la barrière (valla) qui sépare les deux villes autonomes du territoire marocain. Ces dispositifs, constitués de fils de fer barbelés, de clôtures, de lames coupantes, de caméras à infrarouges et de capteurs divers, ont été en partie désarmés par l’actuel ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska. L’opposition au gouvernement de Pedro Sánchez considère qu’il s’agit d’une cession aux formations politiques et aux organisations de gauche, ce qui risquerait de compromettre la sécurité du pays.

Quand l’histoire coloniale s’en mêle

La position du Parti populaire (PP) et de Vox concernant le récent revirement des socialistes au Sahara occidental est similaire. En novembre 1975, le roi Hassan II décide de forcer les autorités espagnoles, affaiblies par l’état de santé précaire de Francisco Franco, à se retirer du Sahara espagnol. S’étendant sur une superficie de 280 000 kilomètres carrés et peuplée d’environ 82 000 personnes (dont 15 000 Européens) en 1974, cette région placée entre Maroc, Algérie et Mauritanie est agitée depuis 1973 par un mouvement opposé à la domination marocaine : le Front Polisario.

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Son actuel secrétaire général, Brahim Gali, maintient la lutte contre ce qu’il considère comme un occupant illégal. Également président depuis 2016 d’une précaire République arabe sahraouie démocratique, il est activement soutenu par l’Algérie. Néanmoins, il doit faire face à la présence effective des troupes marocaines sur 80% du territoire dont il revendique l’indépendance. Construit de 1980 à 1987, un « mur des Sables » d’une longueur de plus de 2 700 kilomètres est protégé par un corridor de mines ainsi que 100 000 militaires. L’objectif de Rabat est d’empêcher toute pénétration sahraouie dans la zone, riche en potasse et stratégique en raison d’une zone économique exclusive intéressante (minerais sous-marins, ressources halieutiques, etc.)

Le grand jeu international

Pendant près de cinquante ans, Madrid a cherché à préservé le statu quo entre les belligérants, prônant une solution qui passerait par un référendum d’autodétermination. De fait, l’Organisation des Nations unies défend la même posture. Elle continue de considérer que l’Espagne est la puissance administratrice sur place, même si sa présence y est désormais nulle sur le plan politique.

Brahim Gali et Alger soutiennent une telle idée et la population locale continue d’utiliser la peseta comme monnaie d’échange ainsi que les cartes d’identité de l’époque coloniale. Ils peuvent compter sur l’activisme de la gauche « radicale » espagnole, aujourd’hui incarnée par la coalition Sumar, qui promeut la pleine souveraineté de la République arabe sahraouie démocratique. Née en 1994 dans les camps de réfugiés sahraouis de l’ouest algérien, la députée nationale espagnole Tesh Sidi est une des figures visibles de ce combat. Fort d’une stratégie internationale habile et de soutiens à l’étranger, le Maroc fait reconnaître pleinement sa position (celle d’un Sahara occidental autonome mais bel et bien marocain) sur la région par les États-Unis de Donald Trump en décembre 2020. En juillet 2023, c’est au tour d’Israël de faire de même.

Tentant de désamorcer le blocage de Ceuta et Melilla ainsi que de réduire l’hostilité marocaine, Pedro Sánchez décide en mars 2022 de rompre avec une tradition ancrée à gauche en acceptant le plan marocain d’autonomie. Un mouvement qui prend de court ses interlocuteurs, y compris du côté d’Unidas Podemos (depuis intégré à Sumar). Il entraîne également le boycott par Alger des entreprises espagnoles opérant avec l’Algérie ou sur son territoire. De même, cette dernière boucle sa frontière avec son voisin occidental et ferme le gazoduc Maghreb-Europe, qui connecte ses champs pétroliers au Maroc puis à la péninsule ibérique. En réponse, depuis juin 2022, Madrid fournit à Rabat du gaz acheminé par méthanier vers les côtes espagnoles.

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Les autorités espagnoles attendaient beaucoup de ce changement diplomatique majeur : réouverture complète de la frontière avec Ceuta et Melilla, collaboration plus active dans le domaine migratoire et fin des revendications territoriales. Pourtant, plus d’un an après cette décision, les rapports bilatéraux restent complexes et Madrid prend peur face au réarmement marocain des derniers mois.

Quant à la droite espagnole, elle accuse Pedro Sánchez d’avoir cédé face à Mohammed VI car ce dernier disposerait peut-être d’informations compromettantes à son sujet. L’Union européenne suspecte effectivement le gouvernement du Royaume chérifien d’avoir espionné le téléphone du chef de l’exécutif espagnol ainsi que celui du ministre de l’Intérieur et celui de la ministre de la Défense, Margarita Robles, grâce au logiciel israélien Pegasus.

Malgré tout, ces différentes crises démontrent que destin de l’Espagne et destin du Maroc sont étroitement liés. De même, Madrid est forcé de prendre en compte la position d’Alger et d’abattre habilement ses cartes dans un jeu multilatéral des plus complexes. Cette absence de « lune de miel » dans la région, contrairement à ce qu’escomptait le gouvernement Sánchez, doit pousser notre voisin pyrénéen à mettre sur pied une véritable politique d’État en la matière.

En attendant, à l’image de ce qui s’était passé en 2004 après le séisme d’Alhucemas, l’Espagne se trouve aux côtés de son partenaire méridional pour parer au plus urgent.

Le Maroc a mal

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Dans la montagne de l’arrière-pays de Marrakech, vendredi à 23h11, des villages entiers ont été rayés de la carte. Le premier bilan de Driss Ghali.


On dit que la vie est une succession d’épreuves. Celle qui vient de frapper le Maroc est aussi dure qu’inattendue. Personne n’aurait pu prévoir un séisme de magnitude 7 dans l’arrière-pays de Marrakech, une région éloignée des zones de friction tectoniques. Le Maroc n’était tout simplement pas sur la carte du monde des catastrophes naturelles, épargné qu’il est depuis cinquante ans des tornades, des grands feux de forêts et des méga-inondations.

Le poids des poutres et de la misère

Et l’impensable s’est produit vendredi soir vers 23h11. Une dizaine de secondes où la terre rocailleuse et sèche des montagnes de la province d’El Haouz a tremblé. Plus qu’un tremblement, c’est en réalité une sorte « d’explosion » qui a mis par terre des villages entiers, posés sur des pentes improbables par le labeur obstiné de leurs habitants.  Des campagnards miséreux, appartenant à ce Maroc qui ne tire jamais son épingle du jeu, à ce Maroc toujours à la limite de la survie, à ce « Maroc inutile ». Accrochés à une montagne stérile, ces pauvres gens ont vu leur maison s’écrouler sur eux. Une existence écrasée par les poutres et les briques comme si le poids de la misère n’était pas une malédiction suffisante.

Les montagnes et leurs habitants ont absorbé le gros du choc. En contrebas, Marrakech n’a reçu que le reste de l’énergie dissipée.  Les constructions modernes, aux normes apparemment, ont tenu. Les édifices anciens, maisons modestes de la médina ou bâtiments appartenant au patrimoine, ont subi des dommages sérieux. Certains se sont écroulés.

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Et c’est dans l’adversité que l’on assume son identité. C’est dans la proximité de la mort que l’on manifeste son for intérieur. Et c’est la foi en Dieu, la confiance en Allah, le recours à sa miséricorde infinie, c’est tout cela qui a effleuré spontanément dès les premières vibrations. Et à ce jour, 48h après le drame, Allah est sur toutes les lèvres. A lui, l’on se remet que l’on soit un jeune dandy casablancais surpris par le séisme dans un restaurant chic de l’Hivernage ou une femme esseulée qui vient de perdre sa maison. L’islam est au cœur de l’identité marocaine.

Le service public couvre en boucle les évènements. La radio surtout (Medi 1) fait un travail formidable, à l’équilibre entre la restitution du réel et la fabrication d’un discours « positif » qui rassure la population. Pour l’instant, elle y parvient admirablement.

L’heure n’est pas aux querelles

De toute façon, l’heure n’est pas aux querelles. Les Marocains font bloc. Au défi de la nature, ils opposent une solidarité résolue. Des médecins et infirmiers ont renoncé à leurs congés pour épauler leurs collègues, des civils de toutes les classes sociales font la queue pour donner leur sang, des dons en nature (couettes, nourriture etc.) affluent de tout le Maroc.

L’union nationale déborde à l’étranger, vers cet autre Maroc qui réside en France et en Europe. La diaspora est sincèrement touchée par le drame et se mobilise. Il n’y a pas que les humoristes qui se mettent à disposition (Jamal Debouze, Gad Elmaleh), Monsieur tout le monde s’active pour envoyer de l’argent aux damnés de la terre qui ont perdu leurs proches et leur logis. Le monde entier adresse sa sympathie au Maroc: États-Unis , Chine, Inde, Ukraine, Italie, Union Européenne, Union Africaine… Même l’Algérie, qui vient de descendre deux baigneurs égarés à Saidia, a levé l’interdiction de son espace aérien aux avions humanitaires destinés au Maroc. 

L’Espagne, pas la France

Pour le moment, le seul pays qui a reçu une demande d’assistance officielle de la part du Maroc est l’Espagne. Elle vient d’envoyer une cinquantaine de militaires spécialisés dans la recherche de victimes d’effondrement. L’Espagne pas la France (sur ce point, lire l’analyse de Nicolas Klein NDLR). Selon la presse locale, des pompiers bénévoles lyonnais seraient déjà dans la région de Marrakech. Six pompiers français, 56 militaires espagnols.

Espérons que tous les moyens seront déployés pour dégager les personnes encore otages des décombres. En effet, nombre de « douars » (villages) attendent les secours. Certaines routes sont encore coupées – celles qui serpentent la montagne où la dévastation a été la plus brutale. Les hélicoptères de l’armée sont au contact des habitants isolés, transportant les blessés vers le CHU de Marrakech et les femmes enceintes vers des lieux plus cléments. Heureusement, l’armée, la gendarmerie royale et la protection civile sont sur le qui-vive. Encore une fois, l’ADN du pays se révèle dans l’adversité. Le Maroc dispose d’une administration efficace, qui maille au plus près le territoire et qui peut compter sur des effectifs dévoués. 

Des femmes marocaines éplorées, à Moulay Brahim au Maroc, 10 septembre 2023 Photo:  Fernando Sanchez/AP/SIPA Numéro de photo : ap22814974_000005

Malheureusement, la classe politique n’est pas à la hauteur du rendez-vous, pour le moment. Les réactions ont été rares durant les premières 24 heures, de la part des membres du gouvernement. À l’exception du ministre de la Santé, aucun ministre n’est allé au contact des blessés et des sinistrés. Les autorités seront jugées sur pièces. C’est-à-dire sur la qualité de leur prise en charge et sur le degré d’empathie témoignée à l’égard des victimes. Les prochains jours et les prochaines semaines seront essentiels. Ils détermineront si le Maroc sortira plus fort de cette crise ou pas. 

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Les villageois affectés n’ont pas les moyens de mettre leur habitat aux normes

La reconstruction est sur toutes les lèvres. Comment sera-t-elle effectuée ? Les villageois n’ont probablement pas les moyens de suivre les normes parasismiques. Eux qui doivent repartir à zéro pourraient certainement installer l’énergie solaire et réaliser une isolation thermique adéquate. Tout cela coûte cher, l’État et les bailleurs de fonds internationaux devraient intervenir et faire de cette crise une opportunité d’engager la transition énergétique. Au-delà, il faudrait probablement déployer un discours politique qui réponde au sentiment d’exclusion qui imbibe les populations de ce Maroc inutile. Exclusion territoriale, économique et même sanitaire au regard de la rareté des équipements de soin hors des grandes villes et de l’axe Rabat – Casablanca. L’union nationale suscitée par le séisme pourrait se traduire durablement dans un nouveau pacte social où les inégalités régionales seraient moins criantes.

Ne sautons pas les étapes, cela dit. Le temps est encore celui du secours et de l’assistance. Le temps est aussi celui de la prière pour les morts, les blessés et les orphelins. Puisse Allah les couvrir de sa miséricorde…

Par ici le point G

Vous êtes en manque d’infos pertinentes et d’intérêt public? Le magazine féministe Causette est toujours là pour répondre à ce besoin!


Le magazine féminin Causette propose, dans son numéro d’été, un dossier pédagogique qui promet « des infos d’utilité publique sur l’orgasme ». On y apprend en effet des choses bien utiles. Par exemple :« Un orgasme débouche aussi bien le nez qu’un petit coup de Stérimar ». Des scientifiques ont mesuré « avant, immédiatement, 30 minutes, une heure puis trois heures après un orgasme » les pifs de 18 couples hétérosexuels. Résultat incontestable : des nez bien dégagés. Un patient canadien qui avait le nez bouché et un hoquet depuis plusieurs jours est parvenu à régler ces problèmes en passant à l’acte avec sa compagne. Cependant, il aurait obtenu le même résultat en se masturbant ou en pratiquant un « massage rectal », affirme un expert.

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Par ailleurs, des chercheurs continuent de chercher le point G un peu partout : certains le situent uniquement au niveau du vagin, d’autres le localisent au bout des seins, d’autres encore disent en avoir trouvé la trace dans la gorge, derrière la luette. Tous sont d’accord sur un point : la position dite du missionnaire est la mieux à même d’obtenir un orgasme digne de ce nom. De plus, grâce à une étude réalisée dans une clinique new-yorkaise, il est maintenant scientifiquement prouvé qu’un coussin glissé sous le bassin de la partenaire améliore l’afflux sanguin vers le clitoris et, conséquemment, les sensations menant au septième ciel.

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Malheureusement, coussin ou pas coussin, seules 37 % des Françaises ont un orgasme « au moins une fois par semaine », affirme le magazine. De toute manière, les femmes des pays dans lesquels le capitalisme a triomphé ne peuvent pas espérer atteindre la félicité sexuelle de celles qui habitent dans les pays où le socialisme d’État règne : « le capitalisme nuit gravement à la jouissance », assène Causette en s’appuyant sur l’ouvrage d’une ethnographe américaine qui argue que « mis en œuvre correctement, le socialisme favorise l’indépendance économique des femmes et un meilleur équilibre entre travail et vie de famille », d’où « un plus haut taux d’orgasmes ». C’est bon à savoir.

Quand les députés LFI refusent de se lever pour les policiers morts en mission

L’Assemblée nationale, ça se passe dans l’hémicycle et en commission, mais aussi sur le terrain, « en circonscription ». Et la période estivale marie plutôt bien ces deux aspects de la fonction parlementaire. Petit aperçu…


Renouveau démocratique

Lors de la séance de questions au gouvernement du 4 juillet dernier, la plupart des interpellations concernent bien évidemment les émeutes et les violences qui viennent d’avoir lieu un peu partout en France. Alors que la vice-présidente Horizons de l’Assemblée nationale interroge Élisabeth Borne sur la responsabilité d’une partie de la gauche concernant le « sentiment d’exclusion qui nourrit les émeutes », la réponse revient à l’inénarrable Olivier Véran, porte-parole du gouvernement et ministre du… « Renouveau démocratique ». Cette dénomination m’avait échappé… Comme je ne sais pas exactement de quoi il retourne, j’ai consulté son décret de nomination pour apprendre que ledit ministre « prépare, anime et coordonne le travail gouvernemental relatif au renouveau démocratique et au développement de la participation citoyenne sous ses différentes formes ». C’est tout de suite beaucoup plus clair, non ? Avec les résultats que l’on connaît…

Ennemis de l’intérieur

Décidément, cette séance de questions d’actualité n’en finit pas. Et nous n’avons pas tout entendu. Le pire arrive, sans surprise, de la France insoumise. Antoine Léaument, député de l’Essonne, vitupère la police qui s’en prend aux jeunes des quartiers. Sans aucune raison puisque, selon le parlementaire, « il n’existe pas, en République, d’ennemis de l’intérieur ». Comment donc qualifier ceux qui, lors des émeutes du début de l’été, s’en sont pris aux commissariats, aux écoles, aux mairies, aux maisons de quartier, etc., allant même jusqu’à incendier le domicile d’un maire, mettant en danger sa femme et ses deux jeunes enfants ? Quel nom pour qualifier ces criminels ?

Émeutes (suite)

Une semaine plus tard, c’est au tour de Thomas Portes, député LFI de Seine-Saint-Denis, qui, avec son sens de la nuance, apostrophe ainsi Gérald Darmanin : « Vous n’êtes pas le ministre de l’Intérieur, vous êtes le ministre des violences policières ! »Les écologistes ne souhaitant pas être en reste, Sandrine Rousseau entre en piste pour énumérer les victimes de ce qu’elle nomme, elle aussi,« violences policières ». On observera que, quelques minutes plus tôt, La France insoumise a refusé de se lever lorsque Gérald Darmanin a cité les noms des policiers et gendarmes morts dans l’exercice de leur mission. Mais qu’ils montrent un bel enthousiasme à applaudir les noms de Adama Traoré, Rémi Fraisse, et autres Mohamed Gabsi, se réclamant, excusez du peu, de Gandhi et Martin Luther King ! Rien que ça !

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Non-mariage

Pendant ce temps, dans ma belle ville de Béziers, mon maire préféré refuse de marier un étranger avec une jeune Française. Vif émoi à l’extrême gauche, chez les associations d’aide aux étrangers, et dans les médias bien sûr ! Robert Ménard aurait refusé de marier un Algérien ! Ouh, le vilain raciste ! La vérité est bien plus simple : le futur marié est certes algérien, mais surtout clandestin, et sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Il est en outre « défavorablement connu des services de police » puisque le jeune fiancé a eu maille à partir avec les forces de l’ordre pour « vol avec violences » et « recel »… Dans ce monde à l’envers, ce n’est pas le clandestin qui est inquiété, mais bien Robert Ménard que La France insoumise, par la voix de deux ou trois de ses élus, s’empresse de dénoncer au procureur. On les a connus moins scrupuleux quand certains d’entre eux défilaient avec leurs écharpes tricolores lors de manifestations interdites au son de « Tout le monde déteste la police ! »… Le bon sens populaire, lui, a largement soutenu le maire de Béziers et c’est tant mieux.

OQTF

Le jeune fiancé algérien a finalement pu être expulsé. Pas avec l’aide des autorités de son pays qui ont refusé jusqu’au bout de délivrer le fameux « laissez-passer consulaire » attestant de sa nationalité. Mais bien grâce à l’administration française, du préfet de l’Hérault à la police de l’air et des frontières. Comme quoi, quand on veut on peut !

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Français de papier

Ma dernière prise de parole à la tribune de l’Assemblée nationale pour cette session concerne le projet de loi de reconstruction des bâtiments détruits durant les émeutes. Nous sommes le 20 juillet. Je termine mon intervention par ces mots : « Il faut surtout s’interroger sur la haine qui anime ces casseurs, ces voleurs. La haine de notre pays. Oui, je dis bien notre pays tant ils ne le vivent pas comme le leur. Ils sont français. Mais seulement de papier. » Aussitôt, l’extrême gauche bondit, me traitant de « sale raciste ! ». Gérald Darmanin a expliqué que lors des émeutes, 90 % de ceux qui y ont participé étaient français… Je pense quant à moi que 90 % des Français ont parfaitement compris l’expression utilisée pour désigner ceux qui ont su si clairement montrer leur mépris et leur détestation de la France…

Féria

Le mois d’août bat son plein. Et la féria de Béziers peut commencer. Un grand cru ! Plus d’un million de personnes dans les rues de la plus ancienne ville de France. Avec des corridas d’exception et deux toros graciés en deux jours. Du jamais-vu et des arènes en liesse. Pendant ce temps, Aymeric Caron, en bon Parisien qu’il est, a fait un déplacement éclair pour venir crier sa détestation de notre culture du Sud : entre 150 et 200 manifestants l’accompagnaient le dimanche 13 août dans les rues de Béziers avec comme leitmotiv : « La corrida va de plus en plus mal et tant mieux, on s’en réjouit ! Elle va mourir, elle va disparaître. » Les organisateurs, eux, constataient une augmentation de la fréquentation des arènes biterroises de plus de 20 % par rapport à l’avant-Covid. Merci Aymeric !

Crise des opioïdes: le mensonge des 12 heures de l’« OxyContin »

Une série un peu effrayante de Netflix aborde les dérives de la commercialisation de l’OxyContin, un puissant antidouleur développé par le laboratoire Purdue Pharm qui a rendu accro l’Amérique, et est pour bonne partie responsable de la crise sanitaire qui a explosé au milieu de la décennie 2010.


Deux millions de personnes seraient actuellement dépendantes aux opioïdes aux Etats-Unis, et 90 morts par surdose s’y produiraient chaque jour.

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En introduction de chaque épisode de « Painkiller », nouvelle série de Netflix qui mélange fiction et personnages réels, le téléspectateur se voit proposer un rappel des « effets indésirables » du médicament OxyContin. Chacun des six volets de la mini-série débute ainsi par le témoignage réel d’un Américain lambda ayant perdu un proche à cause de ce médicament. Cela aurait pu être un peu lourd, mais c’est en réalité émouvant et nous prépare à ce que nous allons voir. Car, bien que cette série soit une dramatisation, le drame de la crise des opioïdes est lui bien réel. L’OxyContin, puissant analgésique opioïde, a généré plus de 35 milliards de dollars de revenus à son fabricant. On estime déjà à un demi-million le nombre de morts aux Etats-Unis d’une surdose causée par des opiacés prescrits ou bien vendus illégalement. Une bonne fiction est souvent ce qu’il y a de plus efficace pour éveiller les esprits. Par exemple, concernant les risques liés au changement climatique, le film Don’t Look Up, avec Leo DiCaprio et Meryl Streep, est vraisemblablement plus efficace qu’un sermon de Sandrine Rousseau…

Aux origines de la crise des opioïdes

L’histoire fictive s’ouvre sur le réveil précipité, dans sa luxueuse demeure, de Richard Sackler (Matthew Broderick, assez génial), qui entend plusieurs alarmes incendie retentir. Il est le dirigeant de l’entreprise fondée par son oncle, Purdue Pharma, laquelle existe vraiment. Il peine à éteindre les alarmes, jusqu’à ce qu’un bon à tout faire intervienne enfin pour l’aider. Pendant ce temps, une Afro-américaine accro au boulot, Edie Flowers (interprétée par Uzo Aduba), se rend à Washington pour rencontrer un groupe d’avocats concernant les Sackler. Initialement sceptique quant à la poursuite de la famille de milliardaires, elle est intriguée d’apprendre que ses confrères disposent enfin d’une déposition de Richard Sackler lui-même. Consciente d’une possible avancée dans les poursuites contre Purdue Pharma, elle accepte de raconter son histoire. Une grande partie du récit de « Painkiller » est ainsi présentée à travers des flashbacks. Dans le cadre de son travail au bureau du procureur des États-Unis à Roanoke (en Virginie, l’État américain qui sera le plus touché de tous par la crise des opioïdes), Edie commence à entendre parler d’OxyContin par divers médecins. Dans un flashback significatif, elle tente de dénoncer un médecin pour fraude à la Sécu, et en découvre plus qu’elle ne l’avait prévu. Au cours des six derniers mois, le médecin véreux a prescrit l’OxyContin plus de 1000 fois, plaçant ainsi officiellement le médicament de Purdue Pharma sur le radar d’Edie…

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En parallèle, nous en apprenons davantage sur les effets indésirables grâce à un homme en Caroline du Nord affecté négativement par le médicament. C’est Glen Kryger (joué par Taylor Kitsch, vu dans le flop de Disney « John Carter », émouvant ici), qui, aidé de sa femme Lily, dirige un garage. Glen subit une grave blessure au dos alors que son beau-fils fait l’idiot avec une excavatrice, ce qui l’emmène à l’hôpital. Bien que l’opération soit réussie, Glen se voit prescrire des médicaments contre la douleur qui se révèlent insuffisants pour soulager sa souffrance.

Marketing agressif

Dans le présent, Edie révèle aux avocats que l’oncle Sackler avait pour objectif dès le début de créer des clients à vie pour son entreprise pharmaceutique en utilisant des stratégies de marketing agressives. Cependant, à sa mort, la famille se retrouve endettée. Sous pression de ses proches et désireux de suivre les traces de son oncle, Richard élabore un plan peu éthique pour récupérer de l’argent. Il modifie le médicament MS Contin pour en faire le fameux OxyContin. Bien que l’OxyContin puisse véritablement soulager la douleur, les Sackler réalisent vite qu’il est également fortement susceptible de provoquer des abus graves, mais ils privilégient les bénéfices au détriment de toute autre considération et réunissent une équipe de vente composée de jeunes séduisants pour promouvoir la pilule miracle.

On découvre alors notamment deux sacrées garces, la jeune visiteuse médicale Shannon Schaeffer (jouée par West Duchovny, la fille de David Duchovny et Tea Leoni) et sa chef sexy prénommée Britt, laquelle, grâce aux ventes, l’introduit à un style de vie luxurieux et glamour sans jamais trop s’étendre sur la véritable nature du travail, bien sûr. De son côté, Glen continue de souffrir de douleurs intenses et a du mal à s’adapter à sa nouvelle vie après l’opération. Lui et sa femme retournent chez le médecin, exprimant leur insatisfaction quant au médicament inefficace. Le médecin vient d’entendre parler de l’OxyContin, et lui prescrit en l’invitant à être vigilant quant aux risques. Un peu plus tard dans la série, les téléspectateurs ne manqueront pas d’assister aux premiers effets du médicament sur la vie de Glen, effets qui s’aggraveront par la suite…

A relire, notre magazine de juin : Causeur: Le bad trip français

Offrant une plongée réaliste dans une Amérique moyenne – mais pas miséreuse – ciblée par des vendeurs de médicaments ayant en commun avec les dealers de crack l’absence de considération pour autrui et l’appât du gain, la série de Netflix est tout à fait passionnante. Les manœuvres judiciaires des autorités et les intrigues des industriels telles qu’elles nous sont racontées sont également palpitantes. Le mensonge initial du médicament est finalement bien révélé par la série : avec mille autres ruses, le groupe pharmaceutique est parvenu à obtenir son autorisation de mise en vente auprès de la FDA en avançant qu’une dose soulageait la douleur pendant 12 heures, ce que ne faisaient pas les autres médicaments, permettant de prendre une dose le soir et une dose le matin et de bénéficier d’un effet continu. Même avant sa commercialisation, les essais cliniques avaient pourtant montré que de nombreux patients ne bénéficiaient pas d’un soulagement de 12 heures, les entrainant inévitablement dans la dépendance. En 2010, une nouvelle formule de l’OxyContin est toutefois commercialisée par le labo soucieux de montrer sa bonne volonté, formule rendant les usages détournés plus difficiles. Mais il est bien trop tard, et des recoins entiers de l’Amérique se sont déjà transformés en film d’horreur.

Six épisodes disponibles sur Netflix.

Ma Madelen de Proust

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Pour moins de 30 euros par an, l’Âge d’or de la télévision française débarque chez vous et c’est drôlement chouette!


Que fait le ministère de la Santé ? Aucun logo avertissant les éventuelles addictions ! Aucune recommandation pour en limiter l’accès et l’usage. Aucun point presse avec sa cohorte de spécialistes des maladies infectieuses et de hauts-fonctionnaires au visage de pierre tombale. Pas même une allocution gouvernementale et ses graphiques catastrophistes.

Contaminé

Moi, je suis tombé dedans, cet été. En pleine chaleur, par hasard, je me suis inscrit sur le site Ina Madelen ; comme ça, par faiblesse, par naïveté, par manque de volonté. J’aurais pu m’adonner au sport collectif, à l’apéritif anisé, voire même dans un moment de désœuvrement total, me présenter à une université d’un parti politique avec l’idée saugrenue de changer le monde, j’ai choisi la nostalgie. Une « drogue » dure aux effets prolongés. Après ma première nuit à visionner des dizaines d’émissions, je ne voulais plus revenir dans le présent. Je refusais la réalité, l’inflation, les rentrées scolaires sans cantines et sans bus, les habits religieux et la bassesse intellectuelle. J’étais contaminé. Je baignais des heures durant dans un univers parallèle où les écrivains avaient de la répartie et du cran ; les dramatiques, une patine émouvante ; les rues, une vérité de pavés exempte d’imbroglios circulatoires ; et où le moindre micro-trottoir donnait lieu à un spectacle beau et fascinant. Le quidam interrogé au débotté par la télévision française s’exprimait dans un français correct, presque classique alors qu’il n’avait le plus souvent qu’un certificat d’études en poche, il n’était pas affecté de spasmes progressistes, tics du langage et autres postures bêlantes de surdiplômés. Cette France-là m’était étrangère. J’avais envie de la visiter, de l’habiter même. A vrai dire, je m’étais d’abord plongé dans l’Ina Madelen avec des précautions de philatéliste. Par confort intellectuel, j’avais écumé les programmes balisés de mes idoles disparues. Vous connaissez ici mon tropisme Carmetésien et non carmélite. Tout ce qui a trait à l’acteur natif de Bourgueil, Jean Carmet, m’est essentiel. J’oserais dire fondateur. J’aime sa faconde d’ornementeur et sa voix de chanoine rieur.

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Puis, j’avais continué sur mes terres d’élection vagabondes, par scruter toutes les apparitions de Kléber Haedens, de l’ami Roland Jaccard, évidemment celles de Pierre Mondy et de Daniel Ceccaldi, faisant un détour affectueux chez Claire Bretécher et Christine de Rivoyre pour célébrer ces deux dames d’esprit, en m’attardant ensuite longuement du côté de Nino Ferrer et de François Cevert, sans oublier une halte persifleuse chez Boudard qui fut certainement l’écrivain-ex-taulard le plus invité des plateaux et un prodigieux historien des Apaches aux barricades de la Libération de Paris.

Des raretés

J’étais en jambes, prêt à affronter des raretés, ces trésors cachés qui nous semblent aujourd’hui inatteignables, par leur grâce et leur écho sentimental, tant leur construction, leur jeu, leur lenteur, semblent dépourvus de morgue et de trucs qui brouillent désormais nos téléviseurs. Pour tout vous avouer, j’alternais vieilles connaissances et découvertes guidées par les sauts de mouton de ma souris. De 1982, j’avais retenu la série « Paris Saint-Lazare » tournée sur les rails entre le Val d’Argenteuil et la gare, réalisée par Marco Pico, avec de jeunes comédiens, Bruel, Cluzet, Pascale Rocard et l’inestimable Christine Dejoux. Ces six épisodes couleur bitume, à l’âpreté banlieusarde, au quotidien banal et si juste, sans graisse, ni faux idéaux, demeurent un témoignage sociologique unique. Et puis, il y a la présence de Jean Bouise, cette bonté d’ancien régime qui frémit dans sa moustache, sa carcasse altière nous serre le cœur à chaque fois qu’il traverse l’écran. Je ne résistais pas au plaisir de revoir « Les Roses de Dublin » de Lazare Iglesis (1981) et capter le visage de l’énigmatique Berenice Toolan sur une musique subliminale de Vladimir Cosma. Jean-Claude Bouillon interprétait le rôle de Chris Bardol, reporter sportif en balade irlandaise. La même année, Jacques Charrier s’appelait Vincent Navailles dans « Salut Champion », deux saisons où il incarnait là aussi un journaliste qui suivait de grands événements sportifs mêlant fiction et images d’actualité. On voyageait du Bandama, un rallye en Côte d’Ivoire aux Jeux Méditerranéens à Split, du Tour de France avec les conseils de l’ancien pistard André Pousse aux allées de Roland-Garros en 1980. Entre « Stade 2 » et « Marc et Sophie », Chantal Nobel imposait son caractère et sa silhouette de professeur d’éducation physique. Du sport, il en était question dans Apostrophes de 1976 : « Le sport est-il l’opium du peuple ? ». On y parla de la finale de Glasgow et Louis Nucéra évoqua le roi René (Vietto).

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Quand vous vous lancez dans les « Apostrophes », il est bien difficile de s’arrêter. J’ai revu mon polardeux « Qui a tué ? » de 1979 avec Boileau-Narcejac, A.D.G (superbe de réaction et de provocation dans Droit de Réponse), Manchette et Léo Malet en vedette. Comment ne pas faire un salut amical à Henri Vincenot qui creva l’écran en 1977 et dont la fille Claudine écrivit un joli livre « Le Maître du bonheur » (Livre de Poche numéro 14095) ? Désolé de vous abandonner en pleine chronique mais j’ai encore tant à voir. Ferreri chez Polac, Jacques Laurent chez Pivot, Anicée Alvina dans Les quatre cents Coups de Virginie, Charles Vanel en Thomas Guérin… retraité, etc.

J’aime regarder « J’aime regarder les filles »

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J’aime regarder les filles. Non, ce n’est pas le dernier (et tardif) opus de ma série estivale sur les chansons. Cette chronique ne portera pas sur le one hit wonder de 81 de Patrick Coutin, portant le même nom.

Un film singulier

Cette chronique est un « accident » issu de mes errances d’insomniaque sur internet. Un soir, les algorithmes ont dégoté pour moi, sur Prime Video, une perle bien cachée: J’aime regarder les filles, un film de 2011 de Frédéric Louf. Ni vu ni connu, j’t’embrouille, je prends le titre comme prétexte pour chroniquer ce film qui m’a littéralement enchantée.


Nous sommes en 1981, précisément le soir de l’élection de Mitterrand. Mais le jeune Primo, le héros du film âgé de 18 ans, joliment interprété par Pierre Niney, se fout éperdument de la politique. Ce qui lui importe, justement, ce sont les filles. Il ne veut pas ressembler à son père, immigré italien qui se saigne aux quatre veines pour lui payer une boîte à Bac à Paris.

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Primo veut du fric, Primo veut des filles. Cette fois-ci, il a jeté son dévolu sur Gabrielle, la plus jolie blonde du lycée, qui balade son air d’indifférence sur la vie. Il se fait donc passer pour un gosse de riche, pour conquérir celle qu’il aime. Il trime pour cela : avoir la bonne marque de mocassins, le pull Burberry qui va bien, demande tous les petits boulots possibles et imaginables. Dur, dur, d’être riche ! Et le bougre mythomane, qui s’est inventé, pour l’occasion, un père célèbre photographe, arrive à intégrer la bande de jeunes giscardiens « BCBG », comme on disait à l’époque, et à séduire la douce et fuyante Gabrielle.

La singularité de ce film, c’est qu’il ne s’inscrit dans aucun genre. Les codes du teen-movie, de la comédie italienne, du feel good movie circulent sans qu’aucun ne prenne vraiment le dessus. C’est un film aérien, ou aéré. On y aborde très finement les rapports de classes, sans aucun militantisme, ni complaisance. Déjà, il est surprenant qu’un film sur l’élection de Mitterrand soit presque uniquement focalisé sur une bande de jeunes giscardiens, qui ont d’ailleurs accueilli la nouvelle avec nonchalance.

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Tous les personnages sont à leur place socialement, sauf Primo : ses potes giscardiens, son voisin de palier maghrébin qui milite à gauche, et même son père, modeste commerçant d’origine italienne, avec son racisme ordinaire et sa colère contre la suppression de la peine de mort… Primo, on ne sait pas ce qu’il veut mais on sait ce qu’il ne veut pas. Fabriquer des bouquets de mariées dans une sinistre bourgade de province, comme son père, n’est clairement pas dans ses ambitions. Il veut danser, être amoureux, se laisser vivre. Mais c’est anachronique, les Trente Glorieuses sont finies et les lendemains ne chanteront pas longtemps.

J’aime regarder les filles est un mélange de comédie italienne dans une atmosphère qui évoque la Nouvelle Vague. On pense évidemment au Fanfaron de Dino Risi. Et Primo en fait un fameux, de fanfaron. Il parie une bouteille de Champagne avec un prof qu’il aura son Bac malgré ses mauvais bulletins ? Il l’obtient. Il est capable de faire des gestes fous, alors qu’il est empreint de maladresse. Primo, qui aime tant regarder les filles, badine avec l’amour, et ne regarde évidemment pas la bonne.

Affaire Zemmour-Pétain: une simple décision technique?

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Eric Zemmour et Marion Maréchal devant des journalistes sur le marché de Cogolin (83), le 9 septembre 2023 © Alain ROBERT/SIPA

Mardi dernier, la Cour de cassation a annulé la relaxe d’Éric Zemmour dans l’affaire des propos sur Pétain et les « juifs français ». Le président de « Reconquête » sera donc rejugé par la cour d’appel de Paris.


Petit rappel des faits. En 2019, le président de « Reconquête » affirme sur CNews que le chef du Régime de Vichy a « sauvé » les « juifs français » pendant l’occupation. Diverses associations antiracistes portent vite plainte contre lui. Celui qui ne s’est pas encore lancé à l’assaut de l’Elysée se défend alors en rappelant qu’il ne conteste pas l’existence de la Shoah, mais qu’il explique le moindre taux de victimes de nationalité française (en comparaison avec leurs coreligionnaires étrangers) par une « préférence nationale » qui aurait été accordée par Philippe Pétain et qui aurait protégé nos concitoyens juifs.

Le champ d’application de la loi Gayssot en question

Une théorie empruntée aux estimables Robert Aron et Léon Poliakov après-guerre (et reprise en sourdine il y a encore 15 ans par Simone Veil, qui écrivait alors dans son autobiographie Une vie que Vichy avait « compliqué la vie des Allemands » en demandant que l’on distingue entre les juifs de nationalité française et les autres), mais largement battue en brèche depuis par les historiens, tous d’accord pour dire que l’Etat français a collaboré activement à l’arrestation de plusieurs milliers de Français juifs, qui ont ensuite été envoyés dans les camps de la mort.

Si toutefois beaucoup en ont réchappé, c’est, toujours selon un large consensus historique, grâce à de nombreux gestes et réseaux de sauvetage qui se sont mis en place dans les familles, les organisations communautaires et les voisinages, mais aussi dans la résistance et au sein des Eglises catholique et protestante, gestes et réseaux dont les Français juifs, mieux intégrés dans la société, ont pu plus facilement bénéficier que les étrangers.

Pour autant, la théorie de Zemmour, aussi infondée qu’elle soit, constitue-t-elle une infraction pénale ? En 2022, la cour d’appel de Paris estime que non. Pour justifier sa décision, elle fait valoir que Pétain n’a lui-même jamais été jugé pour crime contre l’humanité, mais uniquement pour intelligence avec l’ennemi et haute trahison, si bien qu’au strict plan juridique il ne saurait être considéré comme membre de l’organisation criminelle ayant réalisé la Solution finale et donc ne rentre pas dans le champ d’application de la loi Gayssot. Mardi dernier, la Cour de Cassation a invalidé ce raisonnement, en confirmant une décision qu’elle avait rendue en 2020 (dans une affaire relative à la Rafle du Vel d’hiv) selon laquelle la culpabilité de Pétain dans la Shoah est induite du fait qu’il dirigeait l’Etat français dont la police a, sur ordres, aidé les nazis dans leurs plus sombres desseins. Reste maintenant à savoir si réfuter cette réalité historique, désormais établie comme un fait juridique, revient à nier ou minimiser de façon outrancière un crime contre l’humanité. C’est à la cour d’appel qu’il appartient désormais d’en juger.

A relire, Philippe Bilger: Que manque-t-il à Eric Zemmour?

Interrogé par l’AFP, l’avocat d’Éric Zemmour, Me Olivier Pardo ne dit du reste pas autre chose: « La Cour de cassation dit surtout que la cour d’appel s’est mal expliquée, donc nous espérons que la prochaine cour d’appel motivera mieux sa décision qui, il me semble, devra aller dans le même sens, puisque nous avons eu deux décisions favorables ».

Les juges et les historiens

Voilà pour l’affaire Zemmour, toujours en cours donc. Maintenant, extrayons-nous du cas d’espèce et regardons la portée de la décision de la Cour de Cassation au-delà du destin judiciaire de l’auteur du Suicide français. Or donc, cet arrêt considère qu’un consensus d’historiens – certes très étayé –  peut être aussi irréfutable qu’une décision de tribunal.

N’est-ce pas là un dangereux mélange des genres ? L’histoire n’est-elle, comme toutes les sciences, et bien davantage que la justice, une discipline en proie au doute et à la remise en cause ?  N’agrandit-on pas trop le bloc de faits intouchables ?


Les éditorialistes font eux aussi leur rentrée
La décision du 5 septembre de la Cour de cassation est l’occasion pour nos éditorialistes de rouvrir un épineux débat. Sur les ondes de Sud Radio, notre directrice, Elisabeth Lévy, s’est inquiétée de cette judiciarisation de la vie publique et a estimé que, tout de même, notre Justice avait peut-être plus important à faire ! Les adversaires d’Éric Zemmour ne souhaitant pas débattre avec lui, on demande aux juges d’être les arbitres des élégances intellectuelles. « Pour moi, cela revient à renoncer à l’esprit des Lumières » a-t-elle déploré. « On renonce à l’affrontement raisonné argument contre argument », alors que le débat public est déjà pollué depuis des années par les interdits et une « kyrielle de lois mémorielles qui établissent une histoire officielle – parfois pas tout à fait conforme à la réalité comme dans le cas de la loi Taubira, – et qui décident des idées acceptables et de celles qui ne le sont pas ». Éric Zemmour pense que la politique de la collaboration a sauvé des Juifs français, thèse évidemment contestable, selon notre directrice. Mais, en revanche, « attention, Zemmour ne nie pas l’existence des chambres à gaz ni d’ailleurs des méfaits de Pétain dont il dit qu’il a envoyé à la mort des milliers de Juifs étrangers – comme réhabilitation on fait mieux ! »
Sans surprise, sur les ondes de France inter, on entendait un tout autre refrain. Selon le journaliste Yaël Goosz, le candidat de « Reconquête » à la présidentielle est coupable de « troller » l’histoire, et ses propos sur la collaboration ne seraient en réalité qu’une manière d’habituer les électeurs français à l’idée, qu’un jour, « la raison d’Etat pourra justifier de sacrifier certains droits, voire certaines minorités, au nom d’une nation fantasmée »... France inter ne rentre pas vraiment dans le détail du débat historique, mais ne manque pas de fustiger l’auteur du Suicide français : « Zemmour est le nouveau Jean-Marie Le Pen ! Lui qui avait tout compris à la politique spectacle, au scandale cathodique, quand, à partir de 1987, il prétendait que les chambres à gaz n’étaient qu’un détail de l’histoire de la Seconde guerre mondiale. » La radio publique regrette évidemment la dédiabolisation de Marine Le Pen, et avance qu’elle aurait libéré un espace dans lequel se serait engouffré Éric Zemmour. Dénonçant la rhétorique anti-juges de certains, Yaël Goosz a enfin rappelé que, selon lui, « la justice ne [faisait] qu’appliquer les lois, des lois faites par des députés à qui au moins deux générations d’historiens ont apporté les preuves de la responsabilité de l’Etat français, sous Vichy, dans la déportation des Juifs de France. » Avant tout de même de reconnaitre que Pétain n’avait pas été condamné pour crime contre l’humanité en 1945. Et pour cause, ce n’est que sept mois après sa condamnation que la notion verra le jour à Nüremberg • MP

Rugby, charcuterie et Puy du Fou… Vive la France !

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Le Français Grégory Alldritt porteur du ballon, lors de France / Nouvelle Zélande, Stade de France, 8 septembre 2023 © SAIDI CHRISTOPHE

Certains des partisans du multiculturalisme et les déconstructeurs de la France que nous aimons ont vu, dans le jambon de pays présenté lors de la Cérémonie d’ouverture du Mondial de rugby, un symbole ostentatoire à la limite de l’ «islamophobie».


Pierre Charbonnier, agrégé de philosophie et chargé de recherche CNRS à Sciences Po, n’a pas vraiment apprécié le spectacle de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de rugby – une représentation nostalgique de la France des années 50, celle du rugby des villages et des terroirs, du pain, de la charcuterie, de l’artisanat et de la mode, etc. Il a d’abord écrit, sur le réseau X, avoir décelé dans ce spectacle un « racisme subliminal ». Le lendemain, dégrisé ou averti par des amis prévenants, M. Charbonnier a effacé ce qui s’apparentait à un délire éthylique. Mais d’autres ont pris la relève pour afficher leur détestation de la France…

Une France que d’aucuns veulent plus vite voir disparaitre

Sur le même réseau social, Samuel Gontier, le commissaire politique télévisuel de Télérama, a relevé les propos du commentateur qu’il juge provocateurs, à la limite de l’islamophobie : « C’est un village gaulois avec évidemment de la charcuterie ». Perspicace, le vigilant agent de la police médiatique s’est demandé si, par hasard, ce ne serait pas « Éric Zemmour qui a conçu la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de rugby ». Pour lui, l’équation est simple : baguette + charcuterie + accordéon + vieille chanson française + femmes ressemblant à des femmes + hommes ressemblant à des hommes = extrême droite !

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Sandrine Rousseau a eu « honte », écrit-elle sur le réseau X : « Notre France ce n’est pas une série de clichés empilés ». Si, si, chère Madame, notre France, comme tous les pays du monde, a toujours été représentée par une série de clichés. Les clichés des années 50 étaient plutôt sympathiques et mettaient en valeur notre pays, son art de vivre, sa gastronomie, sa littérature, ses paysages, ses boulangeries, ses vins, le caractère cocardier et parfois ombrageux de ses habitants, l’élégance de ses Parisiennes, ses bicyclettes, ses fêtes paysannes, etc. – il en reste de vagues traces, ici ou là, qui attirent encore les touristes, mais la tendance est à la disparition. Les clichés qui malheureusement s’imposent de plus en plus aujourd’hui lorsque les étrangers évoquent la France sont à l’image de notre nation défaite, « déconstruite », détruite à cause de vous et de vos congénères – son insécurité, sa délinquance, ses trafics de drogue, ses collines brisées par les éoliennes, son wokisme universitaire, ses écrivains tchékistes, ses kebabs, sa capitale défigurée, ses Parisiennes habillées comme un sac, ses banlieusardes de plus en plus souvent revêtues d’une bâche, ses « mobilités actives » électriques, ses émeutes, ses agressions quotidiennes, etc. Allez faire une joyeuse cérémonie d’ouverture de compétition sportive avec ça !..

Jambon de pays ostentatoire

Le collectif Contre Attaque – émanation des Soulèvements de la Terre composée de léthargiques jeunes gens avec des têtes colorées de cucurbitacées et un QI globalement à peine supérieur à celui de la palourde – a trouvé quant à lui que ce spectacle sentait « le camembert et le rouge qui tâche (sic) », et donc… « les années 30 » ! J’ai dit la palourde, j’aurais pu dire l’endive. À ce propos, dans le genre chicorée fade jusqu’à l’exubérance (Desproges), William Pereira, journaliste de 20 minutes, se fait remarquer : la cérémonie, écrit-il, « n’est pas vraiment inclusive » ; ça « manque de représentativité » ; et puis il y a des « symboles désuets, comme le magnifique jambon de pays apparu à plusieurs reprises à l’écran, limite ostentatoire ». Il y a, comme ça, des journalistes qui parviennent à refléter, sans effort, d’une phrase bêlée, toute la bêtise hargneuse d’une profession panurgique. Bravo, M. Pereira !

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Et bravo aussi, M. Tion ! Une fois de plus, Libération se distingue en titrant l’article de ce dernier : « Cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de rugby : allez la Rance ! » Guillaume Tion a vomi écrit dans l’urgence, ça se sent : le style est bâclé ; la langue, relâchée et faussement familière ; la syntaxe, souvent hasardeuse. Mais qu’importe la langue française, cette vieille dame n’est-elle pas aussi rance que ces Français bidochons qui se complaisent dans cette France qui « sent la naphtaline » et qu’on ne voit plus que « dans les discours superficiels sur l’esprit français et les soubassements des pensées d’extrême droite » ? Cette cérémonie représentant le village d’Ovalie, c’est, selon le journaliste, l’entre-soi d’une France décomplexée, raciste et beauf : « On reste entre nous et c’est pas plus mal. On peut roter à table si on veut, c’est la famille. » La conclusion, en forme de bric-à-brac, vaut son pesant de cajous – n’en changeons pas un mot : « Car, à y regarder, les valeurs de la performance Reflets de France années 50 de Jean Miche (Jean Dujardin NDLA) sont presque celles que l’on va retrouver lundi matin en se réveillant : un pays où l’on parle du retour de luniforme à l’école, où le président jupitérien décide des 49.3 comme un chef de village incontestable, où lon dit perlimpinpin et saperlipopette, où il faut faire deux heures de caisse pour trouver un médecin, où les hommages culturels vont au Puy du Fou… cette France rance, on l’a vue en spectacle, on en a ri, on a été éberlué, c’est presque la nôtre. On peut aussi la refuser. »

Un parc d’attraction trop tradi

Car ce sont bien sûr les mêmes qui se désolent du succès du Puy du Fou. La puissante gauche médiatique n’est pas à une malhonnêteté près – on se souvient, entre autres, du crapoteux documentaire sur France 5 intitulé “Affaire Lola, chronique d’une récupération”. Dans le JDD du 10 septembre, Charlotte d’Ornellas explique par le menu le travail des journalistes de “Complément d’enquête” (France 2) ayant abouti à une présentation uniquement à charge du parc vendéen. À l’instar de leur patronne, Delphine Ernotte, les journalistes de l’audiovisuel public ne désirent pas montrer la France telle qu’elle est mais telle qu’ils voudraient qu’elle soit – en l’occurrence ils la préféreraient sans le Puy du Fou, sans son succès, sans les 3000 bénévoles qui persistent à vouloir coopérer, chaque année, à ce spectacle qui ravit participants et spectateurs. Dans le même JDD, Michel Onfray avoue, en se marrant comme un fou… du Puy, que son épouse, son gendre, sa fille et ses deux petits-enfants ont collaboré bénévolement à cette « fête française », cette attraction qui donne du plaisir à « une grande partie de cette France profonde » qu’il dit aimer et qu’il oppose à la France superficielle de la gauche culturelle. « La France rance existe, écrit-il, c’est celle de l’élite auto-proclamée qui n’aime pas les gens modestes, les petites gens comme on dit. » Cette élite auto-proclamée, c’est l’élite woke, politico-médiatique et cultureuse qui donne des leçons de morale aux Français, aux gens ordinaires qu’elle appelle les ploucs, les beaufs ou les sans-dents ; c’est l’élite qui rêve d’une France transformée en province européenne, en département américain, voire, pour certains, en petit califat – bref, en tout ce qu’on veut du moment que ce n’est plus la France. « Il est clair que le patriotisme ne se situe pas très haut dans leur échelle de valeurs, écrit Christopher Lasch en 1996 dans son dernier essai [1] en parlant des nouvelles élites américaines de l’époque dont on peut penser qu’elles préfiguraient nos élites françaises et européennes actuelles. Le multiculturalisme leur convient parfaitement car il évoque pour eux l’image agréable d’un bazar universel, où l’on peut jouir de façon indiscriminée de l’exotisme des cuisines, des styles vestimentaires, des musiques et de coutumes tribales du monde entier, le tout sans formalités inutiles et sans qu’il soit besoin de s’engager sérieusement dans telle ou telle voie. » Chez nous, en particulier, cette nouvelle élite s’honore d’être progressiste, inclusive, diversitaire et ouverte – l’histoire de son pays, sa culture et son peuple l’ennuient profondément, tandis qu’elle se passionne pour les multiples « identités » qui fractionnent la société française. Elle aurait aimé voir représentées, à la place de la « carte postale surannée » qui ouvrait la Coupe du monde de rugby, ces « identités » qui semblent avoir toutes les qualités, comparativement à l’identité française qui ne mérite aucune considération à ses yeux. Pourtant, « une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis », proclame Ernest Renan lors de sa célèbre conférence à la Sorbonne intitulée “Qu’est-ce qu’une nation ?”

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Notre élite auto-proclamée et mondialiste, en particulier celle des médias publics, ne l’entend pas de cette oreille : pour elle, l’héritage français est à jeter aux orties et les Français doivent céder devant le multiculturalisme, le communautarisme, le discours identitaire et les nouvelles croyances écologiques et wokes. Ne lui en déplaise, des Français plébiscitent encore les spectacles historiques du Puy du Fou ou l’imagerie d’une France des années 50 où le vivre-ensemble ne se proclamait pas mais se vivait réellement – cela durera ce que cela durera mais, en attendant, savourons cette petite victoire sur les pisse-vinaigre de la presse subventionnée et les charlatans de l’extrême gauche qui n’ont su, en guise de critiques contre la France que les Français aiment, que répéter les mêmes slogans consternants et désopilants à force de platitude et de bêtise.

[1] Christopher Lasch, La révolte des élites, Éditions Climats.

Ouverture du Mondial: pensez-vous sincèrement que Macron a été sifflé pour le 49-3?

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Stade de France, 8 septembre 2023 © J.E.E/SIPA

Notre contributeur refuse le magistère analytique des médias de gauche, et avance d’autres hypothèses.


On a beaucoup entendu, ces derniers mois, en particulier dans la bouche d’Eric Zemmour, cette splendide formule (parmi mille autres) de Philippe Muray selon laquelle « Les bien-pensants ne dérapent jamais, ils sont la glace[1] ». En fait, on pourrait remplacer « bien-pensants » par « la gauche ». Et il en va des dérapages comme de la récupération.

Récupérer, c’est analyser un fait d’une façon trompeuse, lui faire dire ce qu’il ne dit pas, tirer de lui des conclusions au mieux stupides, au pire détestables. Dès lors, la gauche ne peut pas récupérer puisqu’elle est le bien, le bon, le juste, la vérité. Elle a le monopole de l’analyse des faits parce que tous les faits, dans la logique de la gauche, s’inscrivent – pour le soutenir ou le brider, elle-même ayant pour mission de courir toujours plus vite derrière lui – dans le sens de l’histoire. La gauche vit en vase clos ; toute idée qui ne vient pas d’elle est suspecte par définition. Dans le champ politique, la gauche rejette ainsi, par principe, des tas de sujets, qu’elle juge indignes de figurer à la table du débat. A l’agenda de la démocratie, seules les lubies de la gauche méritent qu’on s’écharpe. C’est bien sûr le cas de l’écologie, véritable religion des « citoyens du monde », à la vaniteuse échelle des mondialistes, capables de dire sans rire qu’ils veulent « sauver la planète ». C’est aussi le cas des violences-faites-aux-femmes. C’est également le cas, évidemment, du racisme. Fille du libéralisme, des Lumières, la gauche est d’abord matérialiste. Comme le libéralisme, elle réduit l’Homme à ses conditions d’existence. L’économie est donc sa grande affaire ; tous les phénomènes sont, pour elle, plus ou moins liés au modèle économique. Quand on parle d’immigration à la gauche, elle soupire : elle, elle est passée à autre chose depuis longtemps, elle ne comprend sincèrement pas comment on peut encore, « au XXIe siècle non mais oh », enkyster le débat avec des délires de ce genre alors que les cactus sont en danger, que des « exilés » se noient en mer Méditerranée, que les tampons hygiéniques ne sont pas gratuits « pour tous.tes ». Et d’ailleurs, au fond, dit la gauche, ça n’intéresse pas les « vrais gens ». Si tant de gens sont apparemment obsédés par l’immigration, ce n’est pas parce qu’ils en souffrent mais uniquement parce que des partis – qui devraient être interdits – et des médias – qui devraient être interdits aussi – manipulent les masses à l’aide de fake news et de la post-vérité, deux concepts plus cons l’un que l’autre, qui sentent bon les chercheurs dépressifs des UFR de sciences humaines.

Macron pas prudent

Vendredi soir, Macron a fait un discours, au Stade de France, pour lancer la Coupe du monde de rugby. Il avait été plus prudent au printemps lors de la finale de la Coupe de France de foot. Snobant la ridicule tradition qui veut que le président de la République vienne serrer la main des joueurs sur la pelouse avant le coup d’envoi, le meilleur ami de McKinsey et de Uber avait fait ça dans les couloirs du stade, à l’abri des huées. Cette fois, par orgueil, mais aussi peut-être pour contrebalancer aux yeux du monde, à la veille des Jeux Olympiques, la lamentable impression laissée par l’organisation (à la one again et décidée par lui seul, pour suppléer l’Ukraine qui devait initialement l’accueillir) de la finale de la Ligue des Champions 2022 entre le Liverpool FC et le Real Madrid, durant laquelle des hordes de racailles du 9-3 avaient agressé des supporters des deux clubs et réussi à forcer les portiques de sécurité, il a voulu prendre la parole.

Après les évènements survenus au Stade de France, la ministre des Sports Mme Oudea-Castera et le ministre de l’Intérieur M. Darmanin s’expriment devant les journalistes, Paris, 30 mai 2022 © Jacques Witt/SIPA

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Emmanuel Macron pensait aussi sans doute, et justement, que la sociologie des supporters de rugby est différente de celle des aficionados de foot. Pour le dire simplement, le rugby est un sport de droite. Au nord de la Loire, c’est un sport de bourgeois ; c’est moins vrai dans le Sud-Ouest, où il est le sport le plus populaire et d’abord celui des agriculteurs – qui peuvent être aisés –, des villages. On ne trouve pas, au rugby, la diversité si présente dans le foot. Libération ne devrait pas tarder à s’en émouvoir, lui dont les commissaires politiques, pardon, les journalistes aiment rien tant que compter les Blancs dans les équipes – il ne lui reste plus qu’à faire de même avec sa rédaction, affreusement white. A Toulouse, La Mecque du rugby, le supporter-type du Stade, c’est un étudiant en médecine ou école de commerce, qui kiffe pas trop les Arabes, qui passe ses week-ends à enquiller les pintes place Saint-Pierre. Ce mec-là, tandis que les cégétistes et les hippies du Mirail manifestaient contre la réforme des retraites, il était dans le grand jardin de la grande maison de ses parents, à Saint-Gaudens ou Lectoure. Il s’en battait les roustons. Lui, il rêve d’un semestre aux Staïtes, de « petites » à sauter, de ses prochaines beuveries. Les crève-la-faim, les mecs aux cheveux longs, toute cette engeance qui manifeste et casse, ça ne le concerne pas.


La sociologie des supporters de l’équipe de France de rugby est légèrement différente de celle des supporters de clubs. Elle est plus large. N’empêche, autour de lui au Stade de France, vendredi, Macron avait pour l’essentiel des électeurs de droite. Lesquels ne furent certainement pas les plus grands contempteurs de la réforme des retraites. Lesquels ont toujours été et demeurent beaucoup plus à droite que leurs risibles chefs et qui ont d’ailleurs massivement migré, au printemps 2022, vers Zemmour – ce qui explique statistiquement le résultat ridicule obtenu par la catastrophique Valérie Pécresse.

Les « vrais sujets » de l’électorat de droite

Certes, selon la gauche, il ne s’agit pas de « vrais sujets », mais pour les électeurs des Républicains, l’immigration, l’islam, le changement de sexe, l’insécurité, le mariage gay, l’alignement permanent de la France sur les Etats-Unis en matière de politique étrangère, c’est très important. Et ils haïssent littéralement Macron à cause de l’espèce de liquidation de la France qu’il entreprend depuis 2017. Il est donc fort peu probable que les huées qui ont accompagné Macron, vendredi, traduisent une opposition à la réforme des retraites et l’usage du 49.3. Ces huées interviennent en plus au moment où, voulant justement cyniquement satisfaire le centre-droit, le gouvernement vient d’interdire le port de l’abaya à l’école. Et où, dans les sondages, 80% des Français – et donc probablement 99% des électeurs de LR – disent être d’accord avec cette mesure – mais où, sur les plateaux, 80% des invités sont opposés à cette interdiction…

Sur ces mêmes plateaux, invités à commenter les huées du Stade de France, tous les politiciens de gauche et tous les éditorialistes libéraux étaient bien d’accord pour décréter qu’elles étaient, ces huées, la continuation des manifestations du printemps dernier par d’autres moyens – elles étaient aussi, bien sûr, un symptôme de la « crise démocratique » traversée par le pays, c’est-à-dire, pour la gauche, une demande de démocratie participative, c’est-à-dire la démocratie à la portée des boomers qui confondent politique et quelque chose entre le syndic et le café philo.

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Sur les réseaux sociaux, les députés LFI qui, issus pour l’essentiel de région parisienne, ne doivent même pas savoir ce qu’est un en-avant, ont jubilé : ces huées étaient la Révolution pourchassant le despote ! On pourrait tout autant affirmer que la réaction du public est une réponse à la politique migratoire de Macron. Oui, il est fort possible que ces dizaines de milliers de gros blancos venus soutenir ce XV de France si peu inclusif, avec des types qui s’appellent Thibault, Romain et Antoine, et des blazes qui sentent bon la naphtaline, comme dirait L’Obs, que ces gros blancos, donc, ont pensé à la pauvre Mégane, de Cherbourg, violée et torturée par un jeune détraqué sexuel d’origine immigrée déjà connu des services de police et de la justice[2] – et qui donc, comme la jobarde qui a massacré la petite Lola[3], n’avait rien à faire dehors, ou aurait dû être expulsé de France – dans les deux cas, l’Etat français est donc coresponsable et ses dirigeants devraient être punis. Mais ça, il ne s’est trouvé personne pour le dire sur les plateaux.

Refuser le magistère analytique de la gauche

La récupération de et par la gauche est tellement naturelle, ancrée dans les esprits, que nous n’osons même plus la contester.

Or, il faut justement commencer par ça : refuser le magistère analytique – si j’ose dire – de la gauche. Celui qui lui permet de dire que la mort de Lola, c’est d’abord un problème de moyens donnés à la psychiatrie en France, le terrorisme islamique, le cri de détresse de jeunes gens discriminés, la surreprésentation des Français d’origine africaine ou orientale dans les prisons, une conséquence de la précarité et d’un apartheid géographique. Il faut également refuser sa terminologie, sa propension pathologique à inventer des mots et à en mettre d’autres à l’index. Les huées du Stade de France ne lui appartiennent pas davantage que les gilets jaunes, qu’elle a récupérés de la même manière, s’imposant dans les manifestations, imposant dans celles-ci ses revendications folkloriques, tuant ce sublime mouvement politique en le transformant en sinistre mouvement social, avec les longues cohortes immobiles de retraités de l’Éducation nationale militant chez RESF. Ces huées venaient de la vraie droite. Et ce n’est pas pour le minable « pouvoir d’achat » que celle-ci se bat, mais pour que survive notre civilisation.


[1] Grand lecteur de Muray, je confesse que je ne la connaissais pas, celle-là. Et d’ailleurs Internet en donne des versions différentes.

[2] Son père vient de déclarer à la radio Hag’FM : « Ne pas communiquer sur cette agression donne du crédit à tous ces prédateurs sexuels et autres parasites de la société qui gangrènent les rues. Une prise de conscience de la part du gouvernement sur le fait que l’on laisse ce genre d’individu, au passé judiciaire chargé, en toute liberté, serait la bienvenue. “Ayez confiance en la justice”, nous a-t-on dit… Nous ne souhaitons que cela ».

[3] https://www.causeur.fr/lola-une-emotion-detat-meurtre-recuperation-indecence-politique-245954

Séisme: pourquoi les Marocains acceptent-ils l’aide espagnole (et pas la nôtre)?

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Préparation de l'aide militaire pour le Maroc, Saragosse, Espagne, 10 septembre 2023 © AP/SIPA

L’Unité militaire d’urgence (UME) de l’Espagne se rend donc au Maroc. Alors que la France a également proposé son aide officiellement de son côté, et que cette dernière a été refusée jusqu’à présent… Le séisme de Marrakech jette une nouvelle lumière sur les relations entre Espagne et Maroc. Analyse.


Le temps des réactions

Le 8 septembre 2023 au soir se produisait dans la province marocaine d’Al Haouz, à 70 kilomètres environ de Marrakech, un séisme d’une magnitude de 6,8 sur l’échelle de Richter qui a causé d’importants dégâts. Au moment où nous écrivons ces lignes, on comptabilise plus de 2 000 morts et presque autant de blessés, même si le bilan risque de s’alourdir dans les prochains jours. L’émoi international, renforcé par les images de la catastrophe et de ses conséquences qui ont rapidement circulé en ligne, se retrouve aussi en Espagne.

En effet, les médias de notre voisin ibérique ont immédiatement fait leurs gros titres à ce sujet et les réactions de la classe politique ainsi que de la société ont été nombreuses. Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez (PSOE), a exprimé son effroi et ses condoléances au peuple marocain, de même que bon nombre de personnalités. Le roi d’Espagne, Philippe VI, a lui aussi adressé un message à son homologue, Mohammed VI.

Le chef du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sánchez, image d’archive © SIPA

Les autorités espagnoles ont rapidement proposé leur aide au Maroc, notamment à travers l’Unité militaire d’Urgence (Unidad Militar de Emergencias, UME). Créé en 2005, ce détachement a pour objectif de venir en aide aux populations civiles dans le cadre de catastrophes naturelles ou industrielles, de risques graves et de tous types de calamités publiques. Il a l’habitude d’intervenir dans d’autres pays. Son assistance a d’ailleurs été officiellement requise par Rabat le dimanche 10 septembre, ainsi que l’a confirmé le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares.

Un voisin proche

Ce désastre, dont on mesure mal encore l’ampleur, contribue à relancer les analyses et considérations autour des rapports hispano-marocains.

Dans sa partie la plus étroite, entre Tarifa (Andalousie) et le cap Spartel (région de Tanger-Tétouan), le détroit de Gibraltar sépare les deux pays sur 14 kilomètres seulement. Par ailleurs, l’Espagne est le seul pays européen à entretenir une frontière terrestre avec le Maroc (et même avec toute l’Afrique), au niveau des villes autonomes de Ceuta et Melilla. Ancienne puissance coloniale sur place par le biais d’un protectorat (1912-1956), l’Espagne a aussi été présente dans l’actuel Sahara occidental de 1884 à 1976. Quelques siècles auparavant, c’est le Maroc qui avait indirectement été la puissance dominatrice en péninsule ibérique à travers les dynasties berbères des Almoravides (1040-1147) et des Almohades (1121-1269). 

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La proximité géographique et les liens historiques s’ajoutent donc à des relations diplomatiques intenses, même si elles se tendent à intervalles réguliers. Il faut dire que les défis communs et les sources de désaccords ne manquent pas : lutte contre l’immigration illégale et le terrorisme, revendications territoriales, partage des ressources, etc.

Des territoires contestés

Les autorités marocaines considèrent effectivement que les villes autonomes de Ceuta et Melilla sont sous occupation espagnole – même si, au regard du droit international, il ne s’agit pas de colonies. Elles sont sous domination de notre voisin ibérique depuis une époque bien antérieure à la constitution du Maroc en tant qu’État-nation reconnu comme tel : 1640 dans le premier cas (après avoir été cité portugaise à compter de 1415) et 1497 dans le second.

Cela n’empêche pas Rabat de mener depuis plusieurs années une politique contraire aux intérêts de Madrid sur place. La frontière entre Maroc et Espagne au niveau de Ceuta (84 000 habitants) et Melilla (86 000 citoyens) a en effet rouvert en mai 2022, après vingt-six mois de fermeture. Cette décision, prise par le gouvernement du Maroc le 13 mars 2020, avait d’abord pris comme prétexte la pandémie de Covid-19. Toutefois, l’exécutif du Royaume chérifien avait maintenu sa mesure après la première vague épidémique afin de forcer l’Espagne à modifier sa position concernant le Sahara occidental…. Or, une telle frontière internationale est extrêmement fréquentée, notamment par les Marocains qui viennent faire leurs achats ou travailler sur place. Les échanges commerciaux de diverses natures sont également importants et se trouvent aujourd’hui pénalisés. Les postes douaniers ne fonctionnent pas à plein régime en raison d’un manque de coopération du Maroc. Cela pose des problèmes aux porteadoras, ces Marocaines qui transportent à pied des ballots de marchandises qu’elles vendent de manière informelle.

Cependant, les revendications de Rabat se portent aussi sur les « places de souveraineté » (plazas de soberanía) espagnoles, confettis d’empire situés sur la mer d’Alboran (partie occidentale de la mer Méditerranée) : îles Zaffarines, îles Alhucemas, rocher Vélez-de-la-Gomera et îlot Persil. En juillet 2002, un bref conflit militaire a même opposé les deux pays autour de ce dernier morceau de territoire, après le débarquement de six soldats marocains. L’îlot avait finalement été récupéré par un commando espagnol dans le cadre de l’opération Romeo-Sierra.

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Dans les cas les plus extrêmes, les nationalistes marocains réclament même la souveraineté de leur nation sur les îles Canaries. De fait, le gouvernement de Rabat cherche à étendre ses eaux territoriales dans l’océan Atlantique afin de bénéficier de nouvelles ressources sous-marines. Au cœur des intérêts bilatéraux se trouve le mont Tropico, à 269 milles nautiques au sud d’El Hierro (îles Canaries). Du tellure, du cobalt et des terres rares pourraient en être extraits, soit autant de minerais stratégiques en ce début de XXIe siècle.

L’épineuse question migratoire

Le Maroc constitue un point de passage obligé pour les migrations subsahariennes, renforcées par les flux migratoires venus de son propre territoire. La pandémie de Covid-19 et la grande précarité dans certaines franges de la population marocaine (jeunesse, Berbères) accroissent le nombre de candidats au départ – alors même que, sur les 5,42 millions de ressortissants étrangers vivant outre-Pyrénées, on en compte déjà plus de 775 000 d’origine marocaine.

Dans le domaine, la coopération entre les deux nations n’est pas toujours évidente. La dernière grande tragédie en date s’est produite le 24 juin 2022, lorsque 2 000 immigrés clandestins (majoritairement soudanais) ont tenté de franchir la frontière au niveau de Melilla. Ils ont alors été violemment repoussés par les forces de l’ordre marocaines. Il s’est ensuivi la mort de 23 à 37 personnes selon les sources et un scandale diplomatique de premier ordre. Une affaire qui rappelle la polémique d’El Tarajal (Ceuta), qui avait conduit au décès de 15 migrants le 6 février 2014.

Le gouvernement espagnol n’a, au demeurant, pas de position fixe sur la barrière (valla) qui sépare les deux villes autonomes du territoire marocain. Ces dispositifs, constitués de fils de fer barbelés, de clôtures, de lames coupantes, de caméras à infrarouges et de capteurs divers, ont été en partie désarmés par l’actuel ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska. L’opposition au gouvernement de Pedro Sánchez considère qu’il s’agit d’une cession aux formations politiques et aux organisations de gauche, ce qui risquerait de compromettre la sécurité du pays.

Quand l’histoire coloniale s’en mêle

La position du Parti populaire (PP) et de Vox concernant le récent revirement des socialistes au Sahara occidental est similaire. En novembre 1975, le roi Hassan II décide de forcer les autorités espagnoles, affaiblies par l’état de santé précaire de Francisco Franco, à se retirer du Sahara espagnol. S’étendant sur une superficie de 280 000 kilomètres carrés et peuplée d’environ 82 000 personnes (dont 15 000 Européens) en 1974, cette région placée entre Maroc, Algérie et Mauritanie est agitée depuis 1973 par un mouvement opposé à la domination marocaine : le Front Polisario.

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Son actuel secrétaire général, Brahim Gali, maintient la lutte contre ce qu’il considère comme un occupant illégal. Également président depuis 2016 d’une précaire République arabe sahraouie démocratique, il est activement soutenu par l’Algérie. Néanmoins, il doit faire face à la présence effective des troupes marocaines sur 80% du territoire dont il revendique l’indépendance. Construit de 1980 à 1987, un « mur des Sables » d’une longueur de plus de 2 700 kilomètres est protégé par un corridor de mines ainsi que 100 000 militaires. L’objectif de Rabat est d’empêcher toute pénétration sahraouie dans la zone, riche en potasse et stratégique en raison d’une zone économique exclusive intéressante (minerais sous-marins, ressources halieutiques, etc.)

Le grand jeu international

Pendant près de cinquante ans, Madrid a cherché à préservé le statu quo entre les belligérants, prônant une solution qui passerait par un référendum d’autodétermination. De fait, l’Organisation des Nations unies défend la même posture. Elle continue de considérer que l’Espagne est la puissance administratrice sur place, même si sa présence y est désormais nulle sur le plan politique.

Brahim Gali et Alger soutiennent une telle idée et la population locale continue d’utiliser la peseta comme monnaie d’échange ainsi que les cartes d’identité de l’époque coloniale. Ils peuvent compter sur l’activisme de la gauche « radicale » espagnole, aujourd’hui incarnée par la coalition Sumar, qui promeut la pleine souveraineté de la République arabe sahraouie démocratique. Née en 1994 dans les camps de réfugiés sahraouis de l’ouest algérien, la députée nationale espagnole Tesh Sidi est une des figures visibles de ce combat. Fort d’une stratégie internationale habile et de soutiens à l’étranger, le Maroc fait reconnaître pleinement sa position (celle d’un Sahara occidental autonome mais bel et bien marocain) sur la région par les États-Unis de Donald Trump en décembre 2020. En juillet 2023, c’est au tour d’Israël de faire de même.

Tentant de désamorcer le blocage de Ceuta et Melilla ainsi que de réduire l’hostilité marocaine, Pedro Sánchez décide en mars 2022 de rompre avec une tradition ancrée à gauche en acceptant le plan marocain d’autonomie. Un mouvement qui prend de court ses interlocuteurs, y compris du côté d’Unidas Podemos (depuis intégré à Sumar). Il entraîne également le boycott par Alger des entreprises espagnoles opérant avec l’Algérie ou sur son territoire. De même, cette dernière boucle sa frontière avec son voisin occidental et ferme le gazoduc Maghreb-Europe, qui connecte ses champs pétroliers au Maroc puis à la péninsule ibérique. En réponse, depuis juin 2022, Madrid fournit à Rabat du gaz acheminé par méthanier vers les côtes espagnoles.

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Les autorités espagnoles attendaient beaucoup de ce changement diplomatique majeur : réouverture complète de la frontière avec Ceuta et Melilla, collaboration plus active dans le domaine migratoire et fin des revendications territoriales. Pourtant, plus d’un an après cette décision, les rapports bilatéraux restent complexes et Madrid prend peur face au réarmement marocain des derniers mois.

Quant à la droite espagnole, elle accuse Pedro Sánchez d’avoir cédé face à Mohammed VI car ce dernier disposerait peut-être d’informations compromettantes à son sujet. L’Union européenne suspecte effectivement le gouvernement du Royaume chérifien d’avoir espionné le téléphone du chef de l’exécutif espagnol ainsi que celui du ministre de l’Intérieur et celui de la ministre de la Défense, Margarita Robles, grâce au logiciel israélien Pegasus.

Malgré tout, ces différentes crises démontrent que destin de l’Espagne et destin du Maroc sont étroitement liés. De même, Madrid est forcé de prendre en compte la position d’Alger et d’abattre habilement ses cartes dans un jeu multilatéral des plus complexes. Cette absence de « lune de miel » dans la région, contrairement à ce qu’escomptait le gouvernement Sánchez, doit pousser notre voisin pyrénéen à mettre sur pied une véritable politique d’État en la matière.

En attendant, à l’image de ce qui s’était passé en 2004 après le séisme d’Alhucemas, l’Espagne se trouve aux côtés de son partenaire méridional pour parer au plus urgent.

Le Maroc a mal

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Localité de Moulay Brahim, région de Marrakech-Safi, 9 septembre 2023 © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Dans la montagne de l’arrière-pays de Marrakech, vendredi à 23h11, des villages entiers ont été rayés de la carte. Le premier bilan de Driss Ghali.


On dit que la vie est une succession d’épreuves. Celle qui vient de frapper le Maroc est aussi dure qu’inattendue. Personne n’aurait pu prévoir un séisme de magnitude 7 dans l’arrière-pays de Marrakech, une région éloignée des zones de friction tectoniques. Le Maroc n’était tout simplement pas sur la carte du monde des catastrophes naturelles, épargné qu’il est depuis cinquante ans des tornades, des grands feux de forêts et des méga-inondations.

Le poids des poutres et de la misère

Et l’impensable s’est produit vendredi soir vers 23h11. Une dizaine de secondes où la terre rocailleuse et sèche des montagnes de la province d’El Haouz a tremblé. Plus qu’un tremblement, c’est en réalité une sorte « d’explosion » qui a mis par terre des villages entiers, posés sur des pentes improbables par le labeur obstiné de leurs habitants.  Des campagnards miséreux, appartenant à ce Maroc qui ne tire jamais son épingle du jeu, à ce Maroc toujours à la limite de la survie, à ce « Maroc inutile ». Accrochés à une montagne stérile, ces pauvres gens ont vu leur maison s’écrouler sur eux. Une existence écrasée par les poutres et les briques comme si le poids de la misère n’était pas une malédiction suffisante.

Les montagnes et leurs habitants ont absorbé le gros du choc. En contrebas, Marrakech n’a reçu que le reste de l’énergie dissipée.  Les constructions modernes, aux normes apparemment, ont tenu. Les édifices anciens, maisons modestes de la médina ou bâtiments appartenant au patrimoine, ont subi des dommages sérieux. Certains se sont écroulés.

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Et c’est dans l’adversité que l’on assume son identité. C’est dans la proximité de la mort que l’on manifeste son for intérieur. Et c’est la foi en Dieu, la confiance en Allah, le recours à sa miséricorde infinie, c’est tout cela qui a effleuré spontanément dès les premières vibrations. Et à ce jour, 48h après le drame, Allah est sur toutes les lèvres. A lui, l’on se remet que l’on soit un jeune dandy casablancais surpris par le séisme dans un restaurant chic de l’Hivernage ou une femme esseulée qui vient de perdre sa maison. L’islam est au cœur de l’identité marocaine.

Le service public couvre en boucle les évènements. La radio surtout (Medi 1) fait un travail formidable, à l’équilibre entre la restitution du réel et la fabrication d’un discours « positif » qui rassure la population. Pour l’instant, elle y parvient admirablement.

L’heure n’est pas aux querelles

De toute façon, l’heure n’est pas aux querelles. Les Marocains font bloc. Au défi de la nature, ils opposent une solidarité résolue. Des médecins et infirmiers ont renoncé à leurs congés pour épauler leurs collègues, des civils de toutes les classes sociales font la queue pour donner leur sang, des dons en nature (couettes, nourriture etc.) affluent de tout le Maroc.

L’union nationale déborde à l’étranger, vers cet autre Maroc qui réside en France et en Europe. La diaspora est sincèrement touchée par le drame et se mobilise. Il n’y a pas que les humoristes qui se mettent à disposition (Jamal Debouze, Gad Elmaleh), Monsieur tout le monde s’active pour envoyer de l’argent aux damnés de la terre qui ont perdu leurs proches et leur logis. Le monde entier adresse sa sympathie au Maroc: États-Unis , Chine, Inde, Ukraine, Italie, Union Européenne, Union Africaine… Même l’Algérie, qui vient de descendre deux baigneurs égarés à Saidia, a levé l’interdiction de son espace aérien aux avions humanitaires destinés au Maroc. 

L’Espagne, pas la France

Pour le moment, le seul pays qui a reçu une demande d’assistance officielle de la part du Maroc est l’Espagne. Elle vient d’envoyer une cinquantaine de militaires spécialisés dans la recherche de victimes d’effondrement. L’Espagne pas la France (sur ce point, lire l’analyse de Nicolas Klein NDLR). Selon la presse locale, des pompiers bénévoles lyonnais seraient déjà dans la région de Marrakech. Six pompiers français, 56 militaires espagnols.

Espérons que tous les moyens seront déployés pour dégager les personnes encore otages des décombres. En effet, nombre de « douars » (villages) attendent les secours. Certaines routes sont encore coupées – celles qui serpentent la montagne où la dévastation a été la plus brutale. Les hélicoptères de l’armée sont au contact des habitants isolés, transportant les blessés vers le CHU de Marrakech et les femmes enceintes vers des lieux plus cléments. Heureusement, l’armée, la gendarmerie royale et la protection civile sont sur le qui-vive. Encore une fois, l’ADN du pays se révèle dans l’adversité. Le Maroc dispose d’une administration efficace, qui maille au plus près le territoire et qui peut compter sur des effectifs dévoués. 

Des femmes marocaines éplorées, à Moulay Brahim au Maroc, 10 septembre 2023 Photo:  Fernando Sanchez/AP/SIPA Numéro de photo : ap22814974_000005

Malheureusement, la classe politique n’est pas à la hauteur du rendez-vous, pour le moment. Les réactions ont été rares durant les premières 24 heures, de la part des membres du gouvernement. À l’exception du ministre de la Santé, aucun ministre n’est allé au contact des blessés et des sinistrés. Les autorités seront jugées sur pièces. C’est-à-dire sur la qualité de leur prise en charge et sur le degré d’empathie témoignée à l’égard des victimes. Les prochains jours et les prochaines semaines seront essentiels. Ils détermineront si le Maroc sortira plus fort de cette crise ou pas. 

A relire, Driss Ghali: Assimilation, retour de bâton

Les villageois affectés n’ont pas les moyens de mettre leur habitat aux normes

La reconstruction est sur toutes les lèvres. Comment sera-t-elle effectuée ? Les villageois n’ont probablement pas les moyens de suivre les normes parasismiques. Eux qui doivent repartir à zéro pourraient certainement installer l’énergie solaire et réaliser une isolation thermique adéquate. Tout cela coûte cher, l’État et les bailleurs de fonds internationaux devraient intervenir et faire de cette crise une opportunité d’engager la transition énergétique. Au-delà, il faudrait probablement déployer un discours politique qui réponde au sentiment d’exclusion qui imbibe les populations de ce Maroc inutile. Exclusion territoriale, économique et même sanitaire au regard de la rareté des équipements de soin hors des grandes villes et de l’axe Rabat – Casablanca. L’union nationale suscitée par le séisme pourrait se traduire durablement dans un nouveau pacte social où les inégalités régionales seraient moins criantes.

Ne sautons pas les étapes, cela dit. Le temps est encore celui du secours et de l’assistance. Le temps est aussi celui de la prière pour les morts, les blessés et les orphelins. Puisse Allah les couvrir de sa miséricorde…

Par ici le point G

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D.R

Vous êtes en manque d’infos pertinentes et d’intérêt public? Le magazine féministe Causette est toujours là pour répondre à ce besoin!


Le magazine féminin Causette propose, dans son numéro d’été, un dossier pédagogique qui promet « des infos d’utilité publique sur l’orgasme ». On y apprend en effet des choses bien utiles. Par exemple :« Un orgasme débouche aussi bien le nez qu’un petit coup de Stérimar ». Des scientifiques ont mesuré « avant, immédiatement, 30 minutes, une heure puis trois heures après un orgasme » les pifs de 18 couples hétérosexuels. Résultat incontestable : des nez bien dégagés. Un patient canadien qui avait le nez bouché et un hoquet depuis plusieurs jours est parvenu à régler ces problèmes en passant à l’acte avec sa compagne. Cependant, il aurait obtenu le même résultat en se masturbant ou en pratiquant un « massage rectal », affirme un expert.

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Par ailleurs, des chercheurs continuent de chercher le point G un peu partout : certains le situent uniquement au niveau du vagin, d’autres le localisent au bout des seins, d’autres encore disent en avoir trouvé la trace dans la gorge, derrière la luette. Tous sont d’accord sur un point : la position dite du missionnaire est la mieux à même d’obtenir un orgasme digne de ce nom. De plus, grâce à une étude réalisée dans une clinique new-yorkaise, il est maintenant scientifiquement prouvé qu’un coussin glissé sous le bassin de la partenaire améliore l’afflux sanguin vers le clitoris et, conséquemment, les sensations menant au septième ciel.

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Malheureusement, coussin ou pas coussin, seules 37 % des Françaises ont un orgasme « au moins une fois par semaine », affirme le magazine. De toute manière, les femmes des pays dans lesquels le capitalisme a triomphé ne peuvent pas espérer atteindre la félicité sexuelle de celles qui habitent dans les pays où le socialisme d’État règne : « le capitalisme nuit gravement à la jouissance », assène Causette en s’appuyant sur l’ouvrage d’une ethnographe américaine qui argue que « mis en œuvre correctement, le socialisme favorise l’indépendance économique des femmes et un meilleur équilibre entre travail et vie de famille », d’où « un plus haut taux d’orgasmes ». C’est bon à savoir.

Quand les députés LFI refusent de se lever pour les policiers morts en mission

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Les députés Mathilde Panot, Éric Coquerel et Sandrine Rousseau participent à la marche interdite en mémoire d’Adama Traoré, 8 juillet 2023. © Chang Martin/SIPA

L’Assemblée nationale, ça se passe dans l’hémicycle et en commission, mais aussi sur le terrain, « en circonscription ». Et la période estivale marie plutôt bien ces deux aspects de la fonction parlementaire. Petit aperçu…


Renouveau démocratique

Lors de la séance de questions au gouvernement du 4 juillet dernier, la plupart des interpellations concernent bien évidemment les émeutes et les violences qui viennent d’avoir lieu un peu partout en France. Alors que la vice-présidente Horizons de l’Assemblée nationale interroge Élisabeth Borne sur la responsabilité d’une partie de la gauche concernant le « sentiment d’exclusion qui nourrit les émeutes », la réponse revient à l’inénarrable Olivier Véran, porte-parole du gouvernement et ministre du… « Renouveau démocratique ». Cette dénomination m’avait échappé… Comme je ne sais pas exactement de quoi il retourne, j’ai consulté son décret de nomination pour apprendre que ledit ministre « prépare, anime et coordonne le travail gouvernemental relatif au renouveau démocratique et au développement de la participation citoyenne sous ses différentes formes ». C’est tout de suite beaucoup plus clair, non ? Avec les résultats que l’on connaît…

Ennemis de l’intérieur

Décidément, cette séance de questions d’actualité n’en finit pas. Et nous n’avons pas tout entendu. Le pire arrive, sans surprise, de la France insoumise. Antoine Léaument, député de l’Essonne, vitupère la police qui s’en prend aux jeunes des quartiers. Sans aucune raison puisque, selon le parlementaire, « il n’existe pas, en République, d’ennemis de l’intérieur ». Comment donc qualifier ceux qui, lors des émeutes du début de l’été, s’en sont pris aux commissariats, aux écoles, aux mairies, aux maisons de quartier, etc., allant même jusqu’à incendier le domicile d’un maire, mettant en danger sa femme et ses deux jeunes enfants ? Quel nom pour qualifier ces criminels ?

Émeutes (suite)

Une semaine plus tard, c’est au tour de Thomas Portes, député LFI de Seine-Saint-Denis, qui, avec son sens de la nuance, apostrophe ainsi Gérald Darmanin : « Vous n’êtes pas le ministre de l’Intérieur, vous êtes le ministre des violences policières ! »Les écologistes ne souhaitant pas être en reste, Sandrine Rousseau entre en piste pour énumérer les victimes de ce qu’elle nomme, elle aussi,« violences policières ». On observera que, quelques minutes plus tôt, La France insoumise a refusé de se lever lorsque Gérald Darmanin a cité les noms des policiers et gendarmes morts dans l’exercice de leur mission. Mais qu’ils montrent un bel enthousiasme à applaudir les noms de Adama Traoré, Rémi Fraisse, et autres Mohamed Gabsi, se réclamant, excusez du peu, de Gandhi et Martin Luther King ! Rien que ça !

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Non-mariage

Pendant ce temps, dans ma belle ville de Béziers, mon maire préféré refuse de marier un étranger avec une jeune Française. Vif émoi à l’extrême gauche, chez les associations d’aide aux étrangers, et dans les médias bien sûr ! Robert Ménard aurait refusé de marier un Algérien ! Ouh, le vilain raciste ! La vérité est bien plus simple : le futur marié est certes algérien, mais surtout clandestin, et sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Il est en outre « défavorablement connu des services de police » puisque le jeune fiancé a eu maille à partir avec les forces de l’ordre pour « vol avec violences » et « recel »… Dans ce monde à l’envers, ce n’est pas le clandestin qui est inquiété, mais bien Robert Ménard que La France insoumise, par la voix de deux ou trois de ses élus, s’empresse de dénoncer au procureur. On les a connus moins scrupuleux quand certains d’entre eux défilaient avec leurs écharpes tricolores lors de manifestations interdites au son de « Tout le monde déteste la police ! »… Le bon sens populaire, lui, a largement soutenu le maire de Béziers et c’est tant mieux.

OQTF

Le jeune fiancé algérien a finalement pu être expulsé. Pas avec l’aide des autorités de son pays qui ont refusé jusqu’au bout de délivrer le fameux « laissez-passer consulaire » attestant de sa nationalité. Mais bien grâce à l’administration française, du préfet de l’Hérault à la police de l’air et des frontières. Comme quoi, quand on veut on peut !

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Français de papier

Ma dernière prise de parole à la tribune de l’Assemblée nationale pour cette session concerne le projet de loi de reconstruction des bâtiments détruits durant les émeutes. Nous sommes le 20 juillet. Je termine mon intervention par ces mots : « Il faut surtout s’interroger sur la haine qui anime ces casseurs, ces voleurs. La haine de notre pays. Oui, je dis bien notre pays tant ils ne le vivent pas comme le leur. Ils sont français. Mais seulement de papier. » Aussitôt, l’extrême gauche bondit, me traitant de « sale raciste ! ». Gérald Darmanin a expliqué que lors des émeutes, 90 % de ceux qui y ont participé étaient français… Je pense quant à moi que 90 % des Français ont parfaitement compris l’expression utilisée pour désigner ceux qui ont su si clairement montrer leur mépris et leur détestation de la France…

Féria

Le mois d’août bat son plein. Et la féria de Béziers peut commencer. Un grand cru ! Plus d’un million de personnes dans les rues de la plus ancienne ville de France. Avec des corridas d’exception et deux toros graciés en deux jours. Du jamais-vu et des arènes en liesse. Pendant ce temps, Aymeric Caron, en bon Parisien qu’il est, a fait un déplacement éclair pour venir crier sa détestation de notre culture du Sud : entre 150 et 200 manifestants l’accompagnaient le dimanche 13 août dans les rues de Béziers avec comme leitmotiv : « La corrida va de plus en plus mal et tant mieux, on s’en réjouit ! Elle va mourir, elle va disparaître. » Les organisateurs, eux, constataient une augmentation de la fréquentation des arènes biterroises de plus de 20 % par rapport à l’avant-Covid. Merci Aymeric !

Crise des opioïdes: le mensonge des 12 heures de l’« OxyContin »

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Uzo Aduba et Matthew Broderick, "Painkiller" (2023) © Netflix

Une série un peu effrayante de Netflix aborde les dérives de la commercialisation de l’OxyContin, un puissant antidouleur développé par le laboratoire Purdue Pharm qui a rendu accro l’Amérique, et est pour bonne partie responsable de la crise sanitaire qui a explosé au milieu de la décennie 2010.


Deux millions de personnes seraient actuellement dépendantes aux opioïdes aux Etats-Unis, et 90 morts par surdose s’y produiraient chaque jour.

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En introduction de chaque épisode de « Painkiller », nouvelle série de Netflix qui mélange fiction et personnages réels, le téléspectateur se voit proposer un rappel des « effets indésirables » du médicament OxyContin. Chacun des six volets de la mini-série débute ainsi par le témoignage réel d’un Américain lambda ayant perdu un proche à cause de ce médicament. Cela aurait pu être un peu lourd, mais c’est en réalité émouvant et nous prépare à ce que nous allons voir. Car, bien que cette série soit une dramatisation, le drame de la crise des opioïdes est lui bien réel. L’OxyContin, puissant analgésique opioïde, a généré plus de 35 milliards de dollars de revenus à son fabricant. On estime déjà à un demi-million le nombre de morts aux Etats-Unis d’une surdose causée par des opiacés prescrits ou bien vendus illégalement. Une bonne fiction est souvent ce qu’il y a de plus efficace pour éveiller les esprits. Par exemple, concernant les risques liés au changement climatique, le film Don’t Look Up, avec Leo DiCaprio et Meryl Streep, est vraisemblablement plus efficace qu’un sermon de Sandrine Rousseau…

Aux origines de la crise des opioïdes

L’histoire fictive s’ouvre sur le réveil précipité, dans sa luxueuse demeure, de Richard Sackler (Matthew Broderick, assez génial), qui entend plusieurs alarmes incendie retentir. Il est le dirigeant de l’entreprise fondée par son oncle, Purdue Pharma, laquelle existe vraiment. Il peine à éteindre les alarmes, jusqu’à ce qu’un bon à tout faire intervienne enfin pour l’aider. Pendant ce temps, une Afro-américaine accro au boulot, Edie Flowers (interprétée par Uzo Aduba), se rend à Washington pour rencontrer un groupe d’avocats concernant les Sackler. Initialement sceptique quant à la poursuite de la famille de milliardaires, elle est intriguée d’apprendre que ses confrères disposent enfin d’une déposition de Richard Sackler lui-même. Consciente d’une possible avancée dans les poursuites contre Purdue Pharma, elle accepte de raconter son histoire. Une grande partie du récit de « Painkiller » est ainsi présentée à travers des flashbacks. Dans le cadre de son travail au bureau du procureur des États-Unis à Roanoke (en Virginie, l’État américain qui sera le plus touché de tous par la crise des opioïdes), Edie commence à entendre parler d’OxyContin par divers médecins. Dans un flashback significatif, elle tente de dénoncer un médecin pour fraude à la Sécu, et en découvre plus qu’elle ne l’avait prévu. Au cours des six derniers mois, le médecin véreux a prescrit l’OxyContin plus de 1000 fois, plaçant ainsi officiellement le médicament de Purdue Pharma sur le radar d’Edie…

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En parallèle, nous en apprenons davantage sur les effets indésirables grâce à un homme en Caroline du Nord affecté négativement par le médicament. C’est Glen Kryger (joué par Taylor Kitsch, vu dans le flop de Disney « John Carter », émouvant ici), qui, aidé de sa femme Lily, dirige un garage. Glen subit une grave blessure au dos alors que son beau-fils fait l’idiot avec une excavatrice, ce qui l’emmène à l’hôpital. Bien que l’opération soit réussie, Glen se voit prescrire des médicaments contre la douleur qui se révèlent insuffisants pour soulager sa souffrance.

Marketing agressif

Dans le présent, Edie révèle aux avocats que l’oncle Sackler avait pour objectif dès le début de créer des clients à vie pour son entreprise pharmaceutique en utilisant des stratégies de marketing agressives. Cependant, à sa mort, la famille se retrouve endettée. Sous pression de ses proches et désireux de suivre les traces de son oncle, Richard élabore un plan peu éthique pour récupérer de l’argent. Il modifie le médicament MS Contin pour en faire le fameux OxyContin. Bien que l’OxyContin puisse véritablement soulager la douleur, les Sackler réalisent vite qu’il est également fortement susceptible de provoquer des abus graves, mais ils privilégient les bénéfices au détriment de toute autre considération et réunissent une équipe de vente composée de jeunes séduisants pour promouvoir la pilule miracle.

On découvre alors notamment deux sacrées garces, la jeune visiteuse médicale Shannon Schaeffer (jouée par West Duchovny, la fille de David Duchovny et Tea Leoni) et sa chef sexy prénommée Britt, laquelle, grâce aux ventes, l’introduit à un style de vie luxurieux et glamour sans jamais trop s’étendre sur la véritable nature du travail, bien sûr. De son côté, Glen continue de souffrir de douleurs intenses et a du mal à s’adapter à sa nouvelle vie après l’opération. Lui et sa femme retournent chez le médecin, exprimant leur insatisfaction quant au médicament inefficace. Le médecin vient d’entendre parler de l’OxyContin, et lui prescrit en l’invitant à être vigilant quant aux risques. Un peu plus tard dans la série, les téléspectateurs ne manqueront pas d’assister aux premiers effets du médicament sur la vie de Glen, effets qui s’aggraveront par la suite…

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Offrant une plongée réaliste dans une Amérique moyenne – mais pas miséreuse – ciblée par des vendeurs de médicaments ayant en commun avec les dealers de crack l’absence de considération pour autrui et l’appât du gain, la série de Netflix est tout à fait passionnante. Les manœuvres judiciaires des autorités et les intrigues des industriels telles qu’elles nous sont racontées sont également palpitantes. Le mensonge initial du médicament est finalement bien révélé par la série : avec mille autres ruses, le groupe pharmaceutique est parvenu à obtenir son autorisation de mise en vente auprès de la FDA en avançant qu’une dose soulageait la douleur pendant 12 heures, ce que ne faisaient pas les autres médicaments, permettant de prendre une dose le soir et une dose le matin et de bénéficier d’un effet continu. Même avant sa commercialisation, les essais cliniques avaient pourtant montré que de nombreux patients ne bénéficiaient pas d’un soulagement de 12 heures, les entrainant inévitablement dans la dépendance. En 2010, une nouvelle formule de l’OxyContin est toutefois commercialisée par le labo soucieux de montrer sa bonne volonté, formule rendant les usages détournés plus difficiles. Mais il est bien trop tard, et des recoins entiers de l’Amérique se sont déjà transformés en film d’horreur.

Six épisodes disponibles sur Netflix.

Ma Madelen de Proust

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Le feuilleton "Paris Saint Lazare" de Marco Pico © Capture INA

Pour moins de 30 euros par an, l’Âge d’or de la télévision française débarque chez vous et c’est drôlement chouette!


Que fait le ministère de la Santé ? Aucun logo avertissant les éventuelles addictions ! Aucune recommandation pour en limiter l’accès et l’usage. Aucun point presse avec sa cohorte de spécialistes des maladies infectieuses et de hauts-fonctionnaires au visage de pierre tombale. Pas même une allocution gouvernementale et ses graphiques catastrophistes.

Contaminé

Moi, je suis tombé dedans, cet été. En pleine chaleur, par hasard, je me suis inscrit sur le site Ina Madelen ; comme ça, par faiblesse, par naïveté, par manque de volonté. J’aurais pu m’adonner au sport collectif, à l’apéritif anisé, voire même dans un moment de désœuvrement total, me présenter à une université d’un parti politique avec l’idée saugrenue de changer le monde, j’ai choisi la nostalgie. Une « drogue » dure aux effets prolongés. Après ma première nuit à visionner des dizaines d’émissions, je ne voulais plus revenir dans le présent. Je refusais la réalité, l’inflation, les rentrées scolaires sans cantines et sans bus, les habits religieux et la bassesse intellectuelle. J’étais contaminé. Je baignais des heures durant dans un univers parallèle où les écrivains avaient de la répartie et du cran ; les dramatiques, une patine émouvante ; les rues, une vérité de pavés exempte d’imbroglios circulatoires ; et où le moindre micro-trottoir donnait lieu à un spectacle beau et fascinant. Le quidam interrogé au débotté par la télévision française s’exprimait dans un français correct, presque classique alors qu’il n’avait le plus souvent qu’un certificat d’études en poche, il n’était pas affecté de spasmes progressistes, tics du langage et autres postures bêlantes de surdiplômés. Cette France-là m’était étrangère. J’avais envie de la visiter, de l’habiter même. A vrai dire, je m’étais d’abord plongé dans l’Ina Madelen avec des précautions de philatéliste. Par confort intellectuel, j’avais écumé les programmes balisés de mes idoles disparues. Vous connaissez ici mon tropisme Carmetésien et non carmélite. Tout ce qui a trait à l’acteur natif de Bourgueil, Jean Carmet, m’est essentiel. J’oserais dire fondateur. J’aime sa faconde d’ornementeur et sa voix de chanoine rieur.

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Puis, j’avais continué sur mes terres d’élection vagabondes, par scruter toutes les apparitions de Kléber Haedens, de l’ami Roland Jaccard, évidemment celles de Pierre Mondy et de Daniel Ceccaldi, faisant un détour affectueux chez Claire Bretécher et Christine de Rivoyre pour célébrer ces deux dames d’esprit, en m’attardant ensuite longuement du côté de Nino Ferrer et de François Cevert, sans oublier une halte persifleuse chez Boudard qui fut certainement l’écrivain-ex-taulard le plus invité des plateaux et un prodigieux historien des Apaches aux barricades de la Libération de Paris.

Des raretés

J’étais en jambes, prêt à affronter des raretés, ces trésors cachés qui nous semblent aujourd’hui inatteignables, par leur grâce et leur écho sentimental, tant leur construction, leur jeu, leur lenteur, semblent dépourvus de morgue et de trucs qui brouillent désormais nos téléviseurs. Pour tout vous avouer, j’alternais vieilles connaissances et découvertes guidées par les sauts de mouton de ma souris. De 1982, j’avais retenu la série « Paris Saint-Lazare » tournée sur les rails entre le Val d’Argenteuil et la gare, réalisée par Marco Pico, avec de jeunes comédiens, Bruel, Cluzet, Pascale Rocard et l’inestimable Christine Dejoux. Ces six épisodes couleur bitume, à l’âpreté banlieusarde, au quotidien banal et si juste, sans graisse, ni faux idéaux, demeurent un témoignage sociologique unique. Et puis, il y a la présence de Jean Bouise, cette bonté d’ancien régime qui frémit dans sa moustache, sa carcasse altière nous serre le cœur à chaque fois qu’il traverse l’écran. Je ne résistais pas au plaisir de revoir « Les Roses de Dublin » de Lazare Iglesis (1981) et capter le visage de l’énigmatique Berenice Toolan sur une musique subliminale de Vladimir Cosma. Jean-Claude Bouillon interprétait le rôle de Chris Bardol, reporter sportif en balade irlandaise. La même année, Jacques Charrier s’appelait Vincent Navailles dans « Salut Champion », deux saisons où il incarnait là aussi un journaliste qui suivait de grands événements sportifs mêlant fiction et images d’actualité. On voyageait du Bandama, un rallye en Côte d’Ivoire aux Jeux Méditerranéens à Split, du Tour de France avec les conseils de l’ancien pistard André Pousse aux allées de Roland-Garros en 1980. Entre « Stade 2 » et « Marc et Sophie », Chantal Nobel imposait son caractère et sa silhouette de professeur d’éducation physique. Du sport, il en était question dans Apostrophes de 1976 : « Le sport est-il l’opium du peuple ? ». On y parla de la finale de Glasgow et Louis Nucéra évoqua le roi René (Vietto).

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Quand vous vous lancez dans les « Apostrophes », il est bien difficile de s’arrêter. J’ai revu mon polardeux « Qui a tué ? » de 1979 avec Boileau-Narcejac, A.D.G (superbe de réaction et de provocation dans Droit de Réponse), Manchette et Léo Malet en vedette. Comment ne pas faire un salut amical à Henri Vincenot qui creva l’écran en 1977 et dont la fille Claudine écrivit un joli livre « Le Maître du bonheur » (Livre de Poche numéro 14095) ? Désolé de vous abandonner en pleine chronique mais j’ai encore tant à voir. Ferreri chez Polac, Jacques Laurent chez Pivot, Anicée Alvina dans Les quatre cents Coups de Virginie, Charles Vanel en Thomas Guérin… retraité, etc.

J’aime regarder « J’aime regarder les filles »

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Affiche du film, sorti en 2011. Copyright Bac Films

J’aime regarder les filles. Non, ce n’est pas le dernier (et tardif) opus de ma série estivale sur les chansons. Cette chronique ne portera pas sur le one hit wonder de 81 de Patrick Coutin, portant le même nom.

Un film singulier

Cette chronique est un « accident » issu de mes errances d’insomniaque sur internet. Un soir, les algorithmes ont dégoté pour moi, sur Prime Video, une perle bien cachée: J’aime regarder les filles, un film de 2011 de Frédéric Louf. Ni vu ni connu, j’t’embrouille, je prends le titre comme prétexte pour chroniquer ce film qui m’a littéralement enchantée.


Nous sommes en 1981, précisément le soir de l’élection de Mitterrand. Mais le jeune Primo, le héros du film âgé de 18 ans, joliment interprété par Pierre Niney, se fout éperdument de la politique. Ce qui lui importe, justement, ce sont les filles. Il ne veut pas ressembler à son père, immigré italien qui se saigne aux quatre veines pour lui payer une boîte à Bac à Paris.

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Primo veut du fric, Primo veut des filles. Cette fois-ci, il a jeté son dévolu sur Gabrielle, la plus jolie blonde du lycée, qui balade son air d’indifférence sur la vie. Il se fait donc passer pour un gosse de riche, pour conquérir celle qu’il aime. Il trime pour cela : avoir la bonne marque de mocassins, le pull Burberry qui va bien, demande tous les petits boulots possibles et imaginables. Dur, dur, d’être riche ! Et le bougre mythomane, qui s’est inventé, pour l’occasion, un père célèbre photographe, arrive à intégrer la bande de jeunes giscardiens « BCBG », comme on disait à l’époque, et à séduire la douce et fuyante Gabrielle.

La singularité de ce film, c’est qu’il ne s’inscrit dans aucun genre. Les codes du teen-movie, de la comédie italienne, du feel good movie circulent sans qu’aucun ne prenne vraiment le dessus. C’est un film aérien, ou aéré. On y aborde très finement les rapports de classes, sans aucun militantisme, ni complaisance. Déjà, il est surprenant qu’un film sur l’élection de Mitterrand soit presque uniquement focalisé sur une bande de jeunes giscardiens, qui ont d’ailleurs accueilli la nouvelle avec nonchalance.

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Tous les personnages sont à leur place socialement, sauf Primo : ses potes giscardiens, son voisin de palier maghrébin qui milite à gauche, et même son père, modeste commerçant d’origine italienne, avec son racisme ordinaire et sa colère contre la suppression de la peine de mort… Primo, on ne sait pas ce qu’il veut mais on sait ce qu’il ne veut pas. Fabriquer des bouquets de mariées dans une sinistre bourgade de province, comme son père, n’est clairement pas dans ses ambitions. Il veut danser, être amoureux, se laisser vivre. Mais c’est anachronique, les Trente Glorieuses sont finies et les lendemains ne chanteront pas longtemps.

J’aime regarder les filles est un mélange de comédie italienne dans une atmosphère qui évoque la Nouvelle Vague. On pense évidemment au Fanfaron de Dino Risi. Et Primo en fait un fameux, de fanfaron. Il parie une bouteille de Champagne avec un prof qu’il aura son Bac malgré ses mauvais bulletins ? Il l’obtient. Il est capable de faire des gestes fous, alors qu’il est empreint de maladresse. Primo, qui aime tant regarder les filles, badine avec l’amour, et ne regarde évidemment pas la bonne.