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Petite fille du soleil

Née Astrud Wienert, le 30 mars 1940 à Salvador de Bahia, Astrud Gilberto a donné un coup de pouce à des générations de garçons. De 5 à 7 heures du matin, il valait mieux avoir son 33 tours sous la main, pour faire moins con à l’atterrissage du petit jour sans lendemain. Elle incarne un chef-d’œuvre de la bossa, intemporel, essentiel. Entre Joao Gilberto et Stan Getz, deux monstres sacrés, elle a laissé son empreinte dans le sable d’Ipanema pour l’éternité. Une dernière vague l’a emportée à l’âge de 83 ans.


Un dernier verre à la maison

Elle a fugué ma complice du petit matin
Pieds nus les talons à la main, sa voix de satin
Rassurait les filles, facilitait le destin,
Faisait le roomservice aux amants clandestins

Rare disque à s’écouter du début à la fin,
Ma béquille pour faire illusion, paraitre fin
Avec une coupe de champagne descendre enfin
Et faire passer mon bec de lièvre pour un bec fin

La girl d’Ipanema en a trop fait
Pour les garçons, à l’heure d’piquer du nez,
A n’pas passer pour d’authentiques benêts
Prêts à tout pour épingler un trophée

Oui y’avait Stan Getz mais sans sa voix de femelle,
La nuit pouvait finir en rade aux Chandelles,
Au Pied d’Cochon en soupe à l’oignon au gros sel,
Mais elle était là, entre l’sixième et l’huitième ciel

Elle, qui avait un prénom à coucher dehors,
A donné à l’amour une charpente un toit
A un homme désaccordé l’élégance en soi
La fièvre de Rio la beauté de Salvador

Asile de fous

Le Syrien qui a porté des coups de couteaux à des petits enfants, hier, dans un parc d’Annecy, avait obtenu l’asile en Suède et pouvait se promener librement dans toute l’Europe grâce aux accords de Schengen. Depuis le terrible drame, toute personne émettant une critique concernant notre chaos migratoire, ou formulant un propos concernant la religion supposée du suspect, est assimilée à un vautour du malheur, et est accusée de faire de la récupération politique. Dans ce climat très lourd, Henri, jeune héros qui passait par Annecy, apparaît comme une figure d’espoir. Analyses.


Pas un fait divers

L’horreur. L’effroi. La colère. A Annecy, un homme a attaqué au couteau des enfants, des petits dans leurs poussettes, dans une aire de jeux. Il a ciblé ces enfants, est revenu sur ses pas encore et encore pour s’acharner. A l’heure où j’écris, quatre enfants entre 22 et 36 mois seraient en urgence absolue. Deux adultes seraient également blessés. De l’agresseur, on sait qu’il est Syrien, a passé 10 ans en Suède pour s’y voir accorder le statut de réfugié, et qu’il se dit chrétien. L’est-il vraiment, ou n’est-ce qu’une ruse pour obtenir l’asile ? Certes, plusieurs associations d’aide aux « sans-papiers » (c’est-à-dire aux migrants illégaux) leur conseillent de se dire chrétiens d’Orient ou homosexuels pour avoir plus de chances d’être considérés comme des réfugiés fuyant les persécutions. Mais on peut douter qu’au moment du passage à l’acte quelqu’un, qui sait que dans les minutes qui suivent les forces de l’ordre vont tout faire pour le neutraliser, continue à faire semblant. Est-ce un terroriste ? Peut-être. Oui, si son crime est un message politique, mais on l’ignore pour le moment. Ce qui est sûr en tout cas, c’est qu’il ne s’agit pas d’un fait divers.

On voudrait observer un délai de décence. De recueillement. Mais on ne peut pas. Demain, après-demain, quand le choc, la stupéfaction et la rage seront retombés, le gouvernement et nombre de médias s’empresseront de parler d’autre chose. Pour qu’il n’y ait surtout pas d’analyse. Surtout pas de débat. Surtout pas de conséquences politiques tirées de la tragédie. Alors il faut tirer ces conséquences maintenant. Pendant que des enfants sont entre la vie et la mort. Pendant que des chirurgiens luttent pour les sauver. Parce qu’ensuite il sera trop tard. Alors qu’importe si la bien-pensance subventionnée hurle à la « récupération ». Elle s’indigne qu’on s’indigne lorsque des enfants se font poignarder, mais ne s’indigne pas des agressions. Et elle ne s’est pas privée de « récupérer » et « d’instrumentaliser » la mort du petit Aylan.

Collectivement coupables

Ce qui s’est passé à Annecy n’est pas un drame de l’impuissance de l’État à protéger nos enfants, c’est un drame de la volonté délibérée de l’État de livrer nos enfants à des barbares. Et du refus des Français de protéger leurs enfants. Coupables, collectivement coupables. Le 6 juin, nous apprenions que deux écoles de Valence ont été fermées parce que des dealers menaçaient parents et enfants. Fermer les écoles plutôt qu’enfermer les dealers : la République selon Macron, Borne, Dupond-Moretti, Darmanin et Ndiaye ? Le 7 juin, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, se félicitait de ses résultats dans la lutte contre la délinquance. Le 8 juin à 10h du matin, le même se vantait de son action au sein de l’Union Européenne en matière migratoire. Et presque au même moment, le 8 juin à 9h45, un migrant syrien poignardait donc des enfants à Annecy. Peut-être Gérald Darmanin va-t-il faire comme pour les écoles menacées par des dealers, et fermer les squares, les parcs et les aires de jeu ? Ou comme pour les femmes agressées dans la rue, distribuer des flyers ? Tout plutôt que traiter le mal à sa racine.

Arrêter l’immigration massive ? Vous n’y pensez pas ! Les liens entre certaines immigrations et l’explosion de la délinquance sont connus, sourcés, chiffrés, constatés dans toute l’Europe. Mais les élus macronistes au Parlement européen s’opposent à tout renforcement de Frontex pour garantir les frontières de l’Union. Et en France, la macronie cherche toutes les ruses sémantiques pour, à coups de mauvaise foi, repousser toute proposition qui aurait une chance de mettre fin à la submersion migratoire. Et l’immigration, légale et illégale, n’a jamais été aussi élevée que sous la présidence d’Emmanuel Macron. Le gouvernement croit s’exonérer de ses responsabilités écrasantes en répétant que le criminel d’Annecy était présent en France légalement, il ne fait que démontrer que les lois permettant sa présence sont des lois qu’il est urgent de changer.

Les Français protestent… contre la réforme des retraites

Assurer la sécurité des Français ? Même pas en rêve ! Avec un garde des Sceaux hué par des policiers mais applaudi par des détenus, pour qui l’insécurité n’est qu’un « sentiment », et une politique pénale visant à réduire l’incarcération et à éviter les courtes peines alors qu’il faudrait faire exactement l’inverse. Je renvoie le lecteur à mon article sur Villerupt, en particulier l’analyse inspirée par les remarquables travaux de Gabriel Martinez-Gros sur Ibn Khaldoun. Pour dissoudre Génération Identitaire, aucun problème. Pour instrumentaliser Saint-Brevin contre quiconque dénonce les ravages de l’immigration massive, aucun problème. Mais après tous les crimes commis par des migrants, après Annecy, pensez-vous que le gouvernement ferait quoi que ce soit contre SOS Méditerranée et leurs pareils ? Interdire ces associations suspectées de complicité des mafias de passeurs ? Empêcher qu’on les subventionne ?

Ne parlons pas non plus de protéger les enfants contre l’endoctrinement par des sectes de toutes sortes. Pap Ndiaye laisse le champ libre aux islamistes en abandonnant face à eux les chefs d’établissements, et ouvre grandes les portes des écoles aux associations qui prétendent qu’il y a des femmes à pénis et des hommes enceints.

Et les Français ne font rien. Ah, pour protester contre la réforme des retraites, il y a du monde dans les rues ! Mais pour défendre nos enfants, rien. Pas de mobilisation populaire. Pas d’intersyndicale. Les progressistes, de gauche et d’extrême-centre, détruisent méthodiquement les frontières, la sécurité, la justice, l’école (et aussi les hôpitaux, l’indépendance énergétique, la souveraineté alimentaire….), menacent de plus en plus ouvertement la liberté d’expression, et les Français ne font rien. Exigent-ils, par exemple, un assouplissement des règles de la légitime défense ? Une généralisation du port d’arme pour les personnes de confiance ? La fin de l’endoctrinement scolaire et le retour de l’instruction ? L’arrêt de l’immigration massive ? Le retour de la liberté d’expression ? Un débat de fond sur la responsabilité des juges ? Sur la surenchère des « droits de la défense » au détriment des droits des victimes et du bien commun ? Non. Il y a des bougies, des ours en peluche, parfois des marches blanches. Et les Français ne font rien. Pire : ils votent contre les candidats qui osent dire le réel, et voudraient faire bouger les lignes. Le maire d’Annecy se flattait, le 23 mai, que cette ville soit « une ville-refuge pour celles et ceux qui fuient la guerre, la misère et le malheur dans le monde. » Et à Annecy, Emmanuel Macron a recueilli 70% des suffrages au second tour des présidentielles.

Je m’présente, je m’appelle Henri

Malgré cette désolation, il y a l’inattendu. L’inespéré. Il y a Henri. Il a 24 ans, et à lui seul, en quelques minutes, il a fait mille fois plus pour les enfants de France (et d’ailleurs : il y a des enfants de touristes parmi les victimes) que tout le gouvernement réuni. Hier matin, Henri s’est interposé, et a probablement évité que le drame soit pire encore. Il a mis sa vie en danger pour protéger des enfants inconnus. Le 27 mars, Henri a commencé un tour de France des cathédrales. « Avec l’aide de la Providence » disait-il, il y a à peine deux mois. Hier matin, Henri était à Annecy. Au bon endroit. Au bon moment. Avec ses sacs de voyage, avec son cœur, avec son courage. Hier matin, Henri s’est interposé, et a probablement évité que le drame soit pire encore. Hier matin, Henri a mis sa vie en danger pour protéger des enfants inconnus. « Avec l’aide de la Providence. » On n’ose pas parler de miracle, pourtant on sent bien qu’aucun autre mot ne serait juste. Il est des mystères devant lesquels on s’incline en silence. Merci Henri.

Predators parade

La pochette du dernier album du musicien Harrison Patrick Smith est accusée de faire la promotion de la pédophilie


La sortie le 12 mai d’un disque du musicien Harrison Patrick Smith (nom de scène « The Dare », « le défi »), une étoile montante de la scène new-yorkaise, a provoqué un scandale. L’image de la pochette, tweetée par la maison de disques, montre apparemment deux mineures, habillées comme des écolières, qui se trouvent dans des positions de coït avec des hommes habillés en adultes. Qu’il s’agisse de vraies mineures ou non, le musicien est accusé par des internautes de présenter la pédophilie sous un jour séduisant. Cette dernière « is hiding in plain sight » – « elle se cache au grand jour ». On déplore aussi le fait que, jusqu’en décembre, The Dare était enseignant suppléant.

Cet épisode rappelle l’accueil hostile réservé en 2022 à deux campagnes de la maison de mode Balenciaga. Sur certaines photos, on voyait des enfants qui tenaient des nounours, mais portaient des habits de « bondage » ; dans d’autres, traînant sur une table, des documents relatifs à des jugements de la Cour suprême américaine concernant la pédopornographie. En 2021, un professeur américain, Allyn Walker, a été obligé par son université à partir en congé après le tollé déclenché par un livre où il promouvait le remplacement du terme « pédophile » par celui de « minor attracted person » (MAP ; « personne attirée par les mineurs »). Le but de l’euphémisme serait d’encourager les pédophiles à se faire traiter plutôt qu’à passer à l’acte.

L’indignation du public ne constitue-t-elle donc qu’un cas de panique morale ? Le danger du terme « MAP » est que, depuis 2018, il est effectivement détourné à des fins de normalisation de la pédophilie. Un drapeau de la fierté « MAP » circule en ligne, ainsi que le hashtag #MAPPride et des tentatives – rejetées par les gays – d’ajouter un P à LGBT. En avril, le normalement très libertaire Elon Musk a banni de Twitter un compte qui montrait un drapeau MAP pour célébrer la « Journée d’Alice », une allusion à la petite fille imaginée par Lewis Carroll. Selon tous les indicateurs, le nombre et l’habileté des prédateurs en ligne sont en forte progression. On est loin du pays des merveilles.

Haïssable moi

Logan Brown brise les tabous, se réjouit la presse progressiste


Ils font la couverture du magazine Glamour (édition anglaise). Ils au pluriel parce que, contrairement à ce qu’il semble à première vue, ils sont plusieurs. Ils au masculin parce que je me contrefous des diktats nouveaux en matière de syntaxe prétendument inclusive. Plusieurs, disais-je. Un monsieur, une dame, un enfant à naître. Le tout réuni en un seul individu. Cet état multiple, croit-on comprendre, fait la fierté de ce personnage. C’est en effet à l’occasion du mois des fiertés LGBT (et dérivées) que cette exposition médiatique nous est proposée. On ne pouvait trouver plus parlant, il est vrai.

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Je vais à présent m’efforcer de rendre compte de ce fameux pluriel. Voilà : le personnage photographié est un homme. Du moins s’affirme-t-il comme tel au moment de la prise de vue. Il porte un enfant. Pas dans ses bras, banalement, comme nous le ferions vous et moi. Non, dans son ventre. Manifestement le terme est proche. Ainsi, avec fierté (puisqu’on y est…) le sujet revendique la gloire d’apporter au monde émerveillé la preuve vivante qu’il est possible d’être à la fois homme et enceint. (On ne prétend pas encore que ce serait « normal », mais ne nous inquiétons pas trop, d’aucuns s’emploient à ce que cela devienne avant peu une évidence « sociétale » pour tout un chacun »). Cela dit, osons une minuscule réserve, une broutille de rien. Il y aurait en effet l’ombre d’une tromperie dans la présentation de ce bel agencement et la revendication triomphale évoquée à l’instant, car ce n’est pas l’homme qu’il est aujourd’hui qui a été mis enceint mais la femme qu’il était au moment du coït… (Vous me suivez ?) Notre fier héros est, on l’aura compris, une femme repentie ayant entrepris son chemin de conversion. Une précision tout de même : à moins bien sûr que, comme dans Molière, « on ne fasse aujourd’hui la médecine selon une méthode toute nouvelle », il faut bien que le dispositif anatomique mobilisé pour cet heureux événement ait été plutôt féminin. Donc, homme, notre « cover symbol » ne le serait que de très fraîche date. Une sorte de vendange tardive, pour dire gaiement les choses. (On me pardonnera d’en rester à ces données physiologiques traditionnelles. J’avoue ne pas me tenir très au courant des dernières évolutions.)

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Cependant, on n’omettra pas de noter que l’accouché(e) aura tenu à manifester sa réprobation devant ce qui lui a semblé être un grave déficit de formation des personnels soignants mobilisés par son cas. Nous autres, nous comprenons fort bien leur désappointement. Lui, non. Son ego trinitaire méritait infiniment mieux, à n’en pas douter. En fait, nous nous trouvons devant l’expression la plus achevée du culte du moi. Nous voici confrontés à l’individualisme porté à son paroxysme, à l’égocentrisme dans sa phase ultime, au nombrilisme dans ses excès les plus délirants : concentrer sur sa petite personne tous les sexes (je passerais pour ringard en limitant à deux), se vouloir le maître de la paternité et de la maternité réunies, soumettre à sa volonté, à son désir, à son caprice, éventuellement à ses intérêts les lois de la nature, bref, s’affirmer comme l’alpha et l’oméga de toute chose. Oui, voici que viennent les temps de l’Homme total, de l’Homme totalitaire en vérité, l’Homo Autarcicus, l’Homme sans Dieu et qui se prend pour Lui. Le plus désespérant est que, sous peine d’accusations de transphobie et autres anathèmes nous nous voyons contraints de saluer bien bas, d’applaudir, d’encenser. Pour ma part, j’attendrai de pouvoir juger aux conséquences. Un enfant est né de cette bizarrerie. Ménageons-nous le temps de voir ce que donnera à terme le foudroyant départ dans la vie que son géniteur merveilleusement polyvalent lui a, non pas offert, mais imposé.

Marie Stuart - Reine tragique

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Notre Sollers qui est aux cieux

L’auteur de Paradis y est sans doute – alors que ses contempteurs restent en enfer


Pourquoi se sent-on toujours obligé de dire du mal de lui – même quand on a décidé de faire son éloge ? De ressortir les dossiers que tout le monde connaît par cœur (le maoïsme, Matzneff, les pétitions honteuses, les opportunismes en rafale et souvent à côté de la plaque : Balladur, Ségolène Royal), sans parler de ses innombrables roulades médiatiques où, bien souvent, l’on eut honte pour lui. Comme si le siècle puritain et procédurier l’avait emporté aussi en nous. Sollers ? Coupable !

Non, il faut se reprendre.

Aujourd’hui, il est mort et il nous manque déjà. C’est qu’on l’aura chéri ce Bordelais border line, non-ponctué enfariné, toujours en roue libre – et de fait sachant comme personne s’échapper au bon moment, survivre aux idioties de l’époque comme aux siennes. « Taxi ! » avait-il l’habitude de dire quand on venait l’ennuyer avec des problèmes inutiles, des querelles imbéciles, des explications vaines (« il faut cultiver le meilleur malentendu pour s’entendre », répétait-il). C’est d’ailleurs là où il est le plus fort : dans le large, le vent, l’envol, les mouettes, la pensée délivrée de toutes les idéologies, culpabilités, pesanteurs. Au moins aura-t-il épuisé la fameuse formule de Nietzsche que toutes les convictions sont des prisons.

« Sur le moment, je sens si bien toutes les possibilités d’une opinion ou d’une attitude, je les prévois si clairement que, n’en pouvant choisir aucune par l’ennui où je suis de toutes les concevoir, je m’en remets à une sorte d’improvisation », écrivait-il déjà dans Une curieuse solitude, récit du dépucelage d’un adolescent par une femme plus âgée que lui, c’est-à-dire initiation au savoir absolu, pour ne pas dire roman « macronien » avant l’heure. Lisez à ce propos son magnifique texte sur Emmanuel et Brigitte, Macron lacanien[1], en lequel tout homme normalement constitué devrait se reconnaître.

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En vérité, nous sommes tous les enfants de Sollers. Son nom « tout en art » nous a fait rêver – « rêvrer » comme il disait dans Beauté, c’est-à-dire « rêver vrai ». Tout ce qu’on lui doit ! Sade, Joyce, Pound, Bataille, Louis-Claude de Saint-Martin (dans Désir), Fragonard, De Kooning, Haydn. Et aussi, rappelons-le, rappelons-les plutôt, Nabe, Muray, Meyronnis, l’ami Di Nota. Sollers, c’est « l’aîné qui va de soi », comme dit Stéphane Zagdanski dans son hommage en spirale[2], l’Atlante essentiel de notre temps, le docteur Strange qui a osé avant tout le monde ce multiverse of madness qui s’appelle Paradis. Même si on n’a pas eu la chance de le connaître, par timidité, paresse ou maladresse, on a aimé sa personne, sa famille, ses incestes heureux, son insouciante pornographie, ses trésors d’amour : Dominique, Julia, David, le Martray, Venise. Plus que tout, nous lui devons d’avoir vraiment appris à lire, peut-être même à écrire, dans tous les cas, à être libre, c’est-à-dire sans ponctuation.

© Hannah Assouline

Des laboratoires d’avant-garde de ses premiers livres (Drame, H) aux prières illuministes des derniers (Médium, Mouvement, Beauté, Centre, Désir, Graal), en passant par les grands romans prophétiques de la maturité (Femmes, Portrait du joueur, Le Cœur absolu), au centre desquels trône Paradis, ce livre talisman, il est l’auteur d’une œuvre prodigieuse qu’on n’a pas fini de redécouvrir, et la seule sans doute qui mérite d’être pléiadisée d’urgence.

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Son art est celui de l’écriture de la pensée. Lorsque dans Une vie divine, son roman/essai sur Nietzsche, il écrit que « [son] pari à [lui], et c’est pour cela qu’il paraît souvent opportuniste, changeant, amoral, est un pari sur l’impensable. Ce qui ne veut pas dire du tout l’absence de pensée, au contraire : c’est un pari sur l’accumulation, la multiplication de toutes les pensées possibles… », il faut y voir le plus ambitieux projet de la littérature française contemporaine : celui d’embrasser la totalité dans une phrase, un mot. « Soit le monde a plus de mots que moi, soit c’est moi qui en ai plus que lui. »

Guerre, donc, au monde. Sollers, ce fut aussi ce météore lancé contre tous les bigots de l’époque, barbares de la littéralité, iconoclastes de la cancel culture, obscurantistes du wokisme, « sensitivity readers »de l’antilittéraire (annoncés à la page 330 du Folio de Portrait du joueur) et par-dessus tout exciseuses néoféministes – que dans L’École du mystère, il appelle « les Fanny » : celles-qui-ont-toujours-raison, les prudes grondeuses, les justicières gonflantes, les sentimentales normatives, les rappels-à-l’ordre systématiques, les « contre-disantes » et « contre-désirantes », dont la seule jouissance réside dans l’anti-jouissance, à commencer par celle de la langue qu’il faut châtrer.

Céline avait prévenu : ce n’est pas tant Bagatelles qu’on ne lui pardonna jamais, mais bien le Voyage. Pareil pour Sollers. Plus que ses errances politiques, c’est sa propension à la joie qui donna des boutons, sa proposition de bonheur qui horripila (« Le bonheur est possible. Je répète. Le bonheur est possible », scande-t-il dans Agent secret), ce paradis enfin, insupportable pour une société qui ne supporte plus que l’enfer, selon un mot de Chesterton. Eh bien qu’elle y reste ! Sollers est aux cieux et il continuera de nous éveiller. Le vrai woke, c’est lui.

Adieu Philippe, je vous aimais beaucoup.

Paradis

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[1]. « Macron lacanien », phillipesollers.net.

[2]. « L’œuvre et la pensée de Philippe Sollers », youtube.com.

Françoise Gilot: un amour de Picasso

Muse de Picasso et peintre elle aussi, Françoise Gilot est morte le 6 juin, à 101 ans, et a osé défier l’ogre après dix ans de vie commune.


François Gilot a vingt-et-un ans lorsqu’elle rencontre Picasso en 1943. Il a la soixantaine et il est au faîte de sa gloire, considéré comme un dieu vivant. Elle peint déjà, mais nous ne le saurons que bien plus tard. Ce qui frappe chez une si jeune femme, c’est sa capacité à rester elle-même face à l’Ogre. Ainsi, Pierre Lescure dans l’émission C à vous annonçant sa mort, a montré des images d’archives accompagnées du commentaire de la principale intéressée, où on voit qu’à chaque portrait d’elle que fait le peintre, elle répond par un autoportrait ; sorte de reprise de l’image par la Muse en personne ! Et cela donne une extraordinaire dialectique picturale : Françoise Gilot, ou l’art de se récupérer, comme femme et comme artiste. Elle le quitte au bout de dix ans de vie commune, en 1953. Elle fut la seule à oser faire une chose pareille ! On ne quitte pas Picasso, on ne lui dit pas non, non plus. Elle raconte dans un documentaire pour Arte qu’il l’appelait « La femme qui dit non », et qu’il nommait le petit Paul qu’ils avaient eu ensemble : «  le fils de la femme qui dit non » ! Ambiance à Vallauris…

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Pour François Gilot, il valait mieux, en effet, être la femme qui dit non que « La femme qui pleure », un des tableaux les plus célèbres du maître. Il ne lui pardonna jamais vraiment cette résistance…

Suite à leur séparation, elle écrit un livre publié en 1964 intitulé Vivre avec Picasso ; livre qui déclenchera la colère du peintre. Lequel, mauvais joueur, rameutera tout le gratin culturel proche du PC en avril 1965, afin de signer dans Les Lettres Françaises, l’hebdomadaire d’Aragon, une tribune pour interdire la publication du « brûlot ». Cette cavalière émérite nous apprend pourtant des choses bien anodines, par exemple que l’homme qui aimait tant la tauromachie ne craignait qu’un seul animal : le cheval. Et, plus généralement, elle ne fait preuve d’aucun ressentiment dans sa façon de parler de lui. Elle raconte sans régler de comptes, avec humour et détachement, les traits de caractère du grand homme et leur vie en commun. C’est toujours dans ce documentaire sur Arte qu’elle prononcera avec une sorte d’ironie sereine cette phrase que je cite de mémoire et qui m’avait tant frappée ; à savoir que si elle, Françoise Gilot, savait à peu près, au bout de cinq ans qui était Picasso, au bout de dix, lui, n’avait d’elle aucune idée…

A lire aussi: Picasso 2023, l’hommage impossible

C’est aux États-Unis qu’ensuite, elle ira vivre, qu’elle épousera un autre peintre, et produira 1600 toiles et 3600 œuvres sur papier en une seule vie ! Et c’est dans tout le pays et ailleurs qu’elle exposera. Elle a 98 ans lorsqu’elle expose pour la dernière fois et ne se retirera de ce monde, définitivement, que trois ans plus tard ; soit le 6 juin 2023.

Il nous reste à espérer qu’à cette femme d’une énergie peu ordinaire soit consacrée une rétrospective de ses œuvres en France, afin que sa peinture soit pleinement reconnue et appréciée, et qu’elle ne se réduise pas, même s’il y a pire réduction, à « La femme qui dit non », mais qu’elle apparaisse comme la femme qui aura su dire un oui magistral à la vie pendant… 101 ans !

Vivre avec Picasso

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Communiqué judiciaire : la Justice donne raison à l’UJFP

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Communiqué judiciaire

PAR CES MOTIFS

Le tribunal, statuant publiquement, en premier ressort et contradictoirement à l’égard de Gil MIHAELY, prévenu, et de l’association Union juive française pour la paix (UJFP), partie civile poursuivante :

SUR L’ACTION PUBLIQUE :

Déclare Gil MIHAELY coupable du délit de DIFFAMATION PUBLIQUE ENVERS UN PARTICULIER PAR PAROLE, ECRIT, IMAGE OU MOYEN DE COMMUNICATION PAR VOIE ELECTRONIQUE, faits commis le 14 février 2018, à Paris et sur le territoire national ;

Condamne Gil MIHAELY au paiement d’une amende de CINQ CENTS EUROS (500€) ;

Vu les articles 132-29 et 132-34 du Code pénal :

Dit qu’il sera sursis totalement à l’exécution de cette peine dans les conditions prévues par ces articles ;

L’avertissement, prévu à l’article 132-29 du code pénal n’a pas pu être donné à l’intéressé absent au prononcé.

SUR L’ACTION CIVILE :

Reçoit l’association Union juive française pour la paix (UJFP) en sa constitution de partie civile ;

Condamne Gil MIHAELY à payer à l’association Union juive française pour la paix (UJFP) UN EURO (1 €) à titre de dommages-intérêts, et la somme de DEUX MILLE EUROS (2.000 €) sur le fondement des dispositions de l’article 475-1 du code de procédure pénale ;

Enjoint à Gil MIHAELY de faire procéder à la publication du présent dispositif sur la page d’accueil du site causeur.fr, en police Times News Roman, taille 20 pour le titre et taille 12 pour le corps du texte, et ce pendant une durée d’un mois, la dite publication devant intervenir dans le délai de 15 jours suivant la date à laquelle la présente décision aura acquis un caractère définitif ;

Rejette le surplus des demandes de la partie civile.

Dernières données presque scientifiques sur la sexualité

Où il est question de l’hétérosexualité, du «sexe-positif» et de la pénétration.


La France peut s’enorgueillir de posséder des médias n’hésitant pas à aborder les sujets les plus exigeants et les plus indispensables à l’élévation de la pensée. Ainsi, Le Monde, via son podcast “Le Goût de M” n° 98[1], nous rappelle-t-il l’existence de cette « autrice et documentariste » qui, en pleine « grève du sexe », explique : « Ce ne sont pas les sept minutes de coït réglementaire qui ont fini par m’écœurer, c’est tout ce que les rapports hétérosexuels représentaient. » Chacun aura reconnu la philosophe sexo-syndicaliste Ovidie, autrice d’un livre qui entrera sûrement (pour ne plus jamais en sortir) dans les annales de la sociologie moderne, La chair est triste hélas, livre que nous évoquâmes dans ces colonnes il y a quelques semaines (La métamorphose d’Ovidie). Une fois de plus, grâce au Monde, nous apprenons des choses surprenantes sur cette penseuse de haut vol : elle vit près d’Angoulême, elle a deux chiens qu’elle adore, ses parents étaient très gentils, son frère aussi, elle aime manger de bonnes choses, elle n’aime pas se mettre en colère, elle admire les féministes américaines pro-sexe mais fait une grève du sexe pour dénoncer ce « système politique qu’est l’hétérosexualité », elle pense qu’elle n’a « jamais été aussi honnête » que dans son dernier livre écrit, précise-t-elle, « en écriture quasi-automatique après une chute sur la tête ». Avant cette chute providentielle, Ovidie a vécu l’enfer de 25 ans d’hétérosexualité qui l’ont « épuisée et désenchantée ». Elle regrette les « investissements pour rester baisable » qui ne lui ont offert que « si peu, en retour ». L’hétérosexualité l’a énormément déçue, elle qui ne désire qu’une chose : « qu’on puisse jouir dans l’ouverture, dans l’ouverture de l’autre ». Elle prépare actuellement des documentaires sur les dessous de l’intime, du sexe, du désir hors les sentiers balisés de l’oppressive hétérosexualité. « Depuis le départ, dit-elle, ma boussole c’est la politisation de l’intime. » Le podcast du Monde dure une cinquantaine de minutes. La puissance rhétorique d’Ovidie résidant dans la répétition des deux ou trois réflexions qui font l’essentiel de son œuvre, il est possible de somnoler entre chacune d’elles sans perdre le fil du cheminement intellectuel de cette philosophe qui nous pardonnera facilement ces petites absences, elle qui avoue dans son livre s’être surprise de son côté à « sucer en ne pensant à rien » ou à « rédiger un mail ou une liste de courses dans [sa] tête, une bite dans la bouche ».

L’ancienne actrice porno Ovidie © Charlotte Krebs

Ludivine Demol Defe : n’improvisez plus vos soirées libertines

Sur France Inter, Nicolas Demorand, sérieux comme un pape, a récemment introduit le reportage d’une de ses consœurs journalistes sur le… « sexe positif », un « mouvement qui met le consentement et le féminisme au cœur des relations sexuelles ». Afin de contrecarrer les assauts concupiscents des hommes, des formations, des ateliers, des exercices pour apprendre à dire « non » sont organisés par Jérô et Simon. Ce dernier déclare : « Avec cet exercice, on apprend à prononcer un “non” affirmé, incarné. L’idée, c’est que la personne qui est en face ne puisse pas se dire “ce n’est pas un vrai non, c’est un petit non”. Je vais forcer un peu et arriver à mes fins. » Voilà un exercice qui sera bien utile à Nirméo, une des participantes qui, trop de fois, affirme-t-elle, a fait « l’amour par politesse », en particulier « lors de soirées libertines auxquelles [elle] participe ». Le sujet étant d’importance, pas de place pour l’improvisation, les réunions « sexe-po » sont préparées aux petits oignons : « Une cloche retentit pour marquer un temps d’introspection » puis les participants se touchent mutuellement un peu partout en demandant le consentement de leur partenaire – enthousiaste, l’un d’entre eux autorisera ainsi son vis-à-vis à lui mettre, en attendant mieux, un… doigt dans la bouche. La journaliste a interviewé Ludivine Demol Defe, chercheuse en sciences de l’information et de la communication s’intéressant, indique sa fiche Linkedin, « aux différents discours sur la vie affective et sexuelle qu’entendent les adolescent.es, en particulier des jeunes socialisées filles, afin de comprendre comment les représentations des sexualités et leurs discours interviennent dans les constructions du rapport à soi, du rapport à la société et du rapport à l’autre ». D’aucuns jugeront peut-être que ce type de recherches relève de ce qu’on appelle vulgairement la « branlette intellectuelle » – nous tenterons de les démentir en rapportant les édifiantes conclusions de cette chercheuse sur le « sexe-positif » : selon elle, ce mouvement est représentatif d’une « pensée politique » s’inscrivant « dans une pensée anticapitaliste ». On en apprend décidément tous les jours. La fin du reportage rapporte les propos de Sam, jeune homme tourmenté et désireux d’avoir des « rapports apaisés » avec les femmes : « C’est difficile, en tant qu’homme hétérosexuel, de se positionner quand on cherche à ne pas être toxique et harceleur. J’ai l’impression d’avoir trouvé une communauté où on échange dans la bienveillance. On verbalise, on se pose des questions. » Après ces moments de réflexion intense, d’introspection douloureuse et de remise en cause cyclonique, il est prévu un moment-détente, une « soirée sensuelle » durant laquelle il est sans doute attendu que les participants puissent en toute sérénité, à l’instar d’Ovidie, « jouir dans l’ouverture de l’autre ».

Au-delà de la pénétration

Les Parisiens pourront jouir, eux, d’un spectacle plébiscité par Ovidie qui se déroulera du 21 octobre au 25 novembre 2023 au théâtre de la Reine Blanche (Paris 18e) et abordera une autre facette de cette nouvelle sexualité culbutant surtout les idées reçues. Sur scène, Yves Beck lira une adaptation du livre quasi-nietzschéen de Martin Page, Au-delà de la pénétration, livre puissant, philosophique et politique, dans lequel l’auteur s’interroge, la tête dans une main et la zigounette dans l’autre, sur la pratique de la pénétration comme « modèle dominant dans les relations sexuelles » : cet emboitement des corps ne serait-il pas « le fruit d’une construction socioculturelle patriarcale » ? Question sidérale et sidérante. « La pénétration règne en maître », écrit Martin Page qui se révolte contre ce diktat « immémorial ». Car Martin Page est un homme révolté. Tout le révolte. Il est la révolte faite homme. Ainsi, sur son blogue, il affirme être « anticapitaliste, écologiste, animaliste », vouloir « interdire les voitures et les jouets genrés », remettre « en cause la norme sexuelle », mais aussi être « pour la fin du nucléaire », « contre les tablettes numériques », « contre les chefs et l’idée même de chef », « pour la fin de l’héritage » et « contre l’industrie ». Télérama et France Inter louèrent en son temps cet auteur courageux qui, selon le magazine télévisuel, remet en question « le caractère central de la pénétration ». La pénétration est enfin prise au sérieux, il était temps. Les plus fins cerveaux se penchent sur elle, l’analysent, la déchiffrent, l’auscultent pour la remettre en cause – Freud et son « envie du pénis » peut aller se rhabiller. Tant de domaines touchant à la sexualité demeurent mystérieux et n’attendent que l’éclairage de nos lumineux penseurs. Espérons que ces derniers sauront mettre à profit leur intelligence pour étudier ces énigmatiques pratiques sexuelles qui ne remontent, après tout, qu’à la plus haute Antiquité. Quant à la sodomie des coléoptères, inutile de s’attarder, il suffit d’observer nos époustouflants théoriciens pour être renseigné sur cette pratique discutable – c’est pas compliqué, autour d’eux, on n’entend plus une mouche voler.


[1] https://podcasts.apple.com/fr/podcast/98-ovidie/id1480837383?i=1000615346180

Carnac: le coup du menhir

Alerte, terrain miné! La construction d’une enseigne de bricolage, entraînant la destruction d’une trentaine de petits menhirs, à proximité du site de Carnac, dans le Morbihan, suscite l’indignation. Le maire est depuis copieusement insulté sur les réseaux sociaux, alors que les experts s’interrogent sur la valeur archéologique de ce qui a été détruit.


Il y a des informations qui, quand elles vous parviennent, peuvent vous faire perdre un boulon. L’affaire du Mr. Bricolage, construit en lieu et place des mégalithes de Carnac, en fait partie. Dans cette affaire, ce qui a été perdu en patrimoine préhistorique a été gagné en connaissance de notre propre époque – et ça n’est pas ragoutant !

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Il est vrai qu’à Carnac, ce ne sont pas les menhirs qui manquent. Le plus célèbre des sites est protégé depuis 1889. Il restait toutefois quelques mégalithes sur le chemin de Montauban, identifiés par la Drac (Direction régionale des affaires culturelles) et qui faisaient l’objet d’une candidature au Patrimoine mondial de l’Unesco. Jusque-là, ils avaient échappé à la guerre du feu, à deux guerres mondiales et à l’appétit des promoteurs immobiliers et des vendeurs de tournevis. Certes, il faudrait être un militant fanatique du FLB pour prétendre que ces cailloux dressés depuis 7 500 ans ont un jour fourni de l’électricité à nos ancêtres les Gaulois. Pourtant, les conditions techniques de leur érection et leur signification spirituelle fascinent. En dressant ces pierres, les autochtones ont certainement voulu tutoyer les dieux (qui valent bien les nôtres). En cela, elles ont un caractère sacré, et leur charge symbolique n’est pas loin de s’apparenter aux flèches des églises romanes et des cathédrales. De bien petites choses, me direz-vous, en comparaison du besoin pressant de trouver un dimanche clous, marteaux, scies, clés à molette…

La France moche

On avait cru que grâce à Prosper Mérimée, la sensibilité aux monuments historiques et aux vieilles pierres avait progressé. On avait cru loin derrière nous l’époque de la Soupe au chou où des badauds s’enthousiasmaient à l’ouverture d’un Mammouth. C’était faire peu de cas de ce que sont devenues les entrées de ville et les rocades, pleines à craquer de magasins surdimensionnés aux couleurs criardes, annoncés en amont par une pléthore de panneaux publicitaires.

Image d’illustration D.R.

L’affaire de Carnac n’est jamais que la manifestation la plus absurde, la plus hideuse, de cette dérive. C’est contre cette catastrophe que s’élève notamment Olivier Saladin, ancien des Deschiens.

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Chaque année, un prix est décerné par « Paysages de France » pour récompenser un patelin de la « France moche ». A l’avenir, Carnac pourra peut-être y prétendre, grâce à la légèreté de son maire, M. Olivier Lepick, qui a laissé les coups de pioche venir à bout de l’insolente érection desdits cailloux. Avant le possible classement de l’Unesco, la mairie semblait bien pressée de vendre du bâti à tout-va. Car après, ça ne sera plus possible. Plein de bonhomie, l’édile assure : « des sites détruits car ils n’ont pas été repérés, il y en a des listes, et il y en aura encore ». Dans son livre sur Sandrine Rousseau, Eric Naulleau a expliqué qu’il y avait moins une différence de nature que de degrés entre les militants écologistes qui vandalisent les œuvres d’art pour sauver la planète et… les Talibans qui détruisaient les Bouddhas de Bâmiyân en 2001. On pourrait se demander ici si les Talibans ne sont pas plus défendables que certains de nos élus: dans leur vision la plus monomaniaque possible du monothéisme, ceux-ci avaient peut-être le sentiment de faire le bien, de faire de la surface de la terre quelque chose qui ressemblait un peu plus au royaume d’Allah en dynamitant ces représentations idolâtres. Dans Humain, trop humain, Nietzsche écrit : « quoi que l’homme fasse, il fait toujours le bien, c’est-à-dire ce qui lui semble bon (utile) suivant son degré d’intelligence, son niveau actuel de raison ». On se demande en revanche quel idéal a bien pu animer le maire de Carnac et les investisseurs complices au moment de détruire les mégalithes bretons…

« Un Macdo à Lascaux ! »

En Bretagne, ces derniers mois, des mouvements plutôt à droite ont mené la fronde contre l’implantation de migrants, à Callac (Côtes d’Armor) et à Saint-Brevin (Loire-Atlantique). Il n’aurait pas été malvenu de s’élever aussi contre la construction de ce Mr. Bricolage. Dans l’ambiance de nervosité ambiante, il ne faudrait pas embêter de trop le maire de Carnac, on a vu que ça pouvait mal tourner. Il faudrait plutôt réveiller l’esprit de Jalons cher à Basile de Koch et organiser une manifestation dans la petite ville du Morbihan, qui tournerait en dérision M. Lepick. Elle réunirait écologistes sincères, réactionnaires, gens de droite amoureux des vieux cailloux et gens de gauche hostiles à l’argent-roi, lesquels enterreraient pour une journée la hache de guerre et se retrouveraient autour de la défense du patrimoine et de ces « lieux où souffle l’esprit ». Elle serait le point de départ d’un vaste mouvement qui encouragerait la destruction de toutes ces vieilleries bâclées, de ces fresques jamais finies. Les mots d’ordre, sur des banderoles géantes, accrochées à la mairie, pourraient être : « Un Gamm vert à Chauvet ! », « Un Macdo à Lascaux ! », « un motel à Tautavel ! ».

Front Polisario: cinquante ans de crimes et de supercheries

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Structure paramilitaire marxiste vérolée par la corruption, l’organisation sahraouie conserve son pouvoir de nuisance grâce au soutien inconditionnel de l’Algérie à son égard.


Le 10 mai 1973 naissait en Mauritanie le Front Polisario, avec pour but de s’immiscer dans la décolonisation du Sahara marocain alors occupé par l’Espagne de Franco. Après la mort de celui-ci en 1975, les troupes espagnoles quittent la région. Le 1er mai 1977, deux coopérants français sont tués en Mauritanie par le Polisario. Huit autres sont enlevés. Le président Valéry Giscard d’Estaing réagit en déclenchant au mois de décembre de la même année, l’opération « Lamantin ». Des avions Breguet Atlantic de l’Aéronavale, des parachutistes et des avions de chasse Jaguar de l’Armée de l’Air sont engagés et les otages sont libérés le 23 décembre. Depuis, le Polisario a pris ses quartiers à Tindouf, dans l’Ouest algérien. Vestige de la Guerre froide, il bénéficie toujours du soutien du PCF ou, en Espagne, de Podemos.

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Nul ne peut contester le soutien constant apporté par l’Algérie au Polisario depuis sa fondation. A travers lui, le pouvoir FLN d’Alger est parti au conflit, malgré ses dénégations. Dans les camps de Tindouf, au mépris du droit humanitaire, l’Algérie a renoncé à exercer sa souveraineté sur des populations sahraouies qui n’ont jamais fait l’objet d’un recensement. Le détournement de l’aide humanitaire, principalement européenne, est avéré par des rapports de l’Union européenne et de l’ONU. Comme l’aide financière algérienne, elle permet aux dignitaires du Polisario de s’assurer un train de vie conséquent.

Opposants torturés, enfants soldats exhibés, droits élémentaires bafoués : la liste des méfaits du Polisario à l’égard des habitants des camps de Tindouf est longue, comme en témoignent régulièrement des ONG devant la 4e commission des Nations-Unies à New-York. Pour solutionner définitivement la question du Sahara occidental, le Maroc a proposé en 2007 à l’ONU un plan d’autonomie, dont la faisabilité a été renforcée par la nouvelle constitution marocaine de 2011 voulue par Mohammed VI, texte qui a amplement renforcé la décentralisation existante au sein de la monarchie chérifienne. C’est ce plan d’autonomie qui a rallié de nombreux soutiens diplomatiques au Maroc, a commencer par celui des États-Unis.

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Le Polisario participe toujours de divers trafics dans le désert, participant ainsi à la déstabilisation de l’espace saharien, lieu privilégié de transits criminels sud-nord : drogue, armes, migrants… De même l’Algérie est aujourd’hui une tête de pont essentielle pour la Russie en Afrique du Nord, ce qui ne facilite pas le règlement définitif du conflit sur la marocanité du Sahara occidental malgré les efforts de Rabat. La prise en compte du Polisario pour ce qu’il est, c’est-à-dire une organisation criminelle et dangereuse pour la sécurité régionale de l’Afrique du Nord, est donc une donnée essentielle pour l’achèvement du processus de normalisation du Sahara marocain.

Petite fille du soleil

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Astrud Gilberto photographiée en 1965 © Fremantle Media/SIPA

Née Astrud Wienert, le 30 mars 1940 à Salvador de Bahia, Astrud Gilberto a donné un coup de pouce à des générations de garçons. De 5 à 7 heures du matin, il valait mieux avoir son 33 tours sous la main, pour faire moins con à l’atterrissage du petit jour sans lendemain. Elle incarne un chef-d’œuvre de la bossa, intemporel, essentiel. Entre Joao Gilberto et Stan Getz, deux monstres sacrés, elle a laissé son empreinte dans le sable d’Ipanema pour l’éternité. Une dernière vague l’a emportée à l’âge de 83 ans.


Un dernier verre à la maison

Elle a fugué ma complice du petit matin
Pieds nus les talons à la main, sa voix de satin
Rassurait les filles, facilitait le destin,
Faisait le roomservice aux amants clandestins

Rare disque à s’écouter du début à la fin,
Ma béquille pour faire illusion, paraitre fin
Avec une coupe de champagne descendre enfin
Et faire passer mon bec de lièvre pour un bec fin

La girl d’Ipanema en a trop fait
Pour les garçons, à l’heure d’piquer du nez,
A n’pas passer pour d’authentiques benêts
Prêts à tout pour épingler un trophée

Oui y’avait Stan Getz mais sans sa voix de femelle,
La nuit pouvait finir en rade aux Chandelles,
Au Pied d’Cochon en soupe à l’oignon au gros sel,
Mais elle était là, entre l’sixième et l’huitième ciel

Elle, qui avait un prénom à coucher dehors,
A donné à l’amour une charpente un toit
A un homme désaccordé l’élégance en soi
La fièvre de Rio la beauté de Salvador

Asile de fous

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D.R.

Le Syrien qui a porté des coups de couteaux à des petits enfants, hier, dans un parc d’Annecy, avait obtenu l’asile en Suède et pouvait se promener librement dans toute l’Europe grâce aux accords de Schengen. Depuis le terrible drame, toute personne émettant une critique concernant notre chaos migratoire, ou formulant un propos concernant la religion supposée du suspect, est assimilée à un vautour du malheur, et est accusée de faire de la récupération politique. Dans ce climat très lourd, Henri, jeune héros qui passait par Annecy, apparaît comme une figure d’espoir. Analyses.


Pas un fait divers

L’horreur. L’effroi. La colère. A Annecy, un homme a attaqué au couteau des enfants, des petits dans leurs poussettes, dans une aire de jeux. Il a ciblé ces enfants, est revenu sur ses pas encore et encore pour s’acharner. A l’heure où j’écris, quatre enfants entre 22 et 36 mois seraient en urgence absolue. Deux adultes seraient également blessés. De l’agresseur, on sait qu’il est Syrien, a passé 10 ans en Suède pour s’y voir accorder le statut de réfugié, et qu’il se dit chrétien. L’est-il vraiment, ou n’est-ce qu’une ruse pour obtenir l’asile ? Certes, plusieurs associations d’aide aux « sans-papiers » (c’est-à-dire aux migrants illégaux) leur conseillent de se dire chrétiens d’Orient ou homosexuels pour avoir plus de chances d’être considérés comme des réfugiés fuyant les persécutions. Mais on peut douter qu’au moment du passage à l’acte quelqu’un, qui sait que dans les minutes qui suivent les forces de l’ordre vont tout faire pour le neutraliser, continue à faire semblant. Est-ce un terroriste ? Peut-être. Oui, si son crime est un message politique, mais on l’ignore pour le moment. Ce qui est sûr en tout cas, c’est qu’il ne s’agit pas d’un fait divers.

On voudrait observer un délai de décence. De recueillement. Mais on ne peut pas. Demain, après-demain, quand le choc, la stupéfaction et la rage seront retombés, le gouvernement et nombre de médias s’empresseront de parler d’autre chose. Pour qu’il n’y ait surtout pas d’analyse. Surtout pas de débat. Surtout pas de conséquences politiques tirées de la tragédie. Alors il faut tirer ces conséquences maintenant. Pendant que des enfants sont entre la vie et la mort. Pendant que des chirurgiens luttent pour les sauver. Parce qu’ensuite il sera trop tard. Alors qu’importe si la bien-pensance subventionnée hurle à la « récupération ». Elle s’indigne qu’on s’indigne lorsque des enfants se font poignarder, mais ne s’indigne pas des agressions. Et elle ne s’est pas privée de « récupérer » et « d’instrumentaliser » la mort du petit Aylan.

Collectivement coupables

Ce qui s’est passé à Annecy n’est pas un drame de l’impuissance de l’État à protéger nos enfants, c’est un drame de la volonté délibérée de l’État de livrer nos enfants à des barbares. Et du refus des Français de protéger leurs enfants. Coupables, collectivement coupables. Le 6 juin, nous apprenions que deux écoles de Valence ont été fermées parce que des dealers menaçaient parents et enfants. Fermer les écoles plutôt qu’enfermer les dealers : la République selon Macron, Borne, Dupond-Moretti, Darmanin et Ndiaye ? Le 7 juin, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, se félicitait de ses résultats dans la lutte contre la délinquance. Le 8 juin à 10h du matin, le même se vantait de son action au sein de l’Union Européenne en matière migratoire. Et presque au même moment, le 8 juin à 9h45, un migrant syrien poignardait donc des enfants à Annecy. Peut-être Gérald Darmanin va-t-il faire comme pour les écoles menacées par des dealers, et fermer les squares, les parcs et les aires de jeu ? Ou comme pour les femmes agressées dans la rue, distribuer des flyers ? Tout plutôt que traiter le mal à sa racine.

Arrêter l’immigration massive ? Vous n’y pensez pas ! Les liens entre certaines immigrations et l’explosion de la délinquance sont connus, sourcés, chiffrés, constatés dans toute l’Europe. Mais les élus macronistes au Parlement européen s’opposent à tout renforcement de Frontex pour garantir les frontières de l’Union. Et en France, la macronie cherche toutes les ruses sémantiques pour, à coups de mauvaise foi, repousser toute proposition qui aurait une chance de mettre fin à la submersion migratoire. Et l’immigration, légale et illégale, n’a jamais été aussi élevée que sous la présidence d’Emmanuel Macron. Le gouvernement croit s’exonérer de ses responsabilités écrasantes en répétant que le criminel d’Annecy était présent en France légalement, il ne fait que démontrer que les lois permettant sa présence sont des lois qu’il est urgent de changer.

Les Français protestent… contre la réforme des retraites

Assurer la sécurité des Français ? Même pas en rêve ! Avec un garde des Sceaux hué par des policiers mais applaudi par des détenus, pour qui l’insécurité n’est qu’un « sentiment », et une politique pénale visant à réduire l’incarcération et à éviter les courtes peines alors qu’il faudrait faire exactement l’inverse. Je renvoie le lecteur à mon article sur Villerupt, en particulier l’analyse inspirée par les remarquables travaux de Gabriel Martinez-Gros sur Ibn Khaldoun. Pour dissoudre Génération Identitaire, aucun problème. Pour instrumentaliser Saint-Brevin contre quiconque dénonce les ravages de l’immigration massive, aucun problème. Mais après tous les crimes commis par des migrants, après Annecy, pensez-vous que le gouvernement ferait quoi que ce soit contre SOS Méditerranée et leurs pareils ? Interdire ces associations suspectées de complicité des mafias de passeurs ? Empêcher qu’on les subventionne ?

Ne parlons pas non plus de protéger les enfants contre l’endoctrinement par des sectes de toutes sortes. Pap Ndiaye laisse le champ libre aux islamistes en abandonnant face à eux les chefs d’établissements, et ouvre grandes les portes des écoles aux associations qui prétendent qu’il y a des femmes à pénis et des hommes enceints.

Et les Français ne font rien. Ah, pour protester contre la réforme des retraites, il y a du monde dans les rues ! Mais pour défendre nos enfants, rien. Pas de mobilisation populaire. Pas d’intersyndicale. Les progressistes, de gauche et d’extrême-centre, détruisent méthodiquement les frontières, la sécurité, la justice, l’école (et aussi les hôpitaux, l’indépendance énergétique, la souveraineté alimentaire….), menacent de plus en plus ouvertement la liberté d’expression, et les Français ne font rien. Exigent-ils, par exemple, un assouplissement des règles de la légitime défense ? Une généralisation du port d’arme pour les personnes de confiance ? La fin de l’endoctrinement scolaire et le retour de l’instruction ? L’arrêt de l’immigration massive ? Le retour de la liberté d’expression ? Un débat de fond sur la responsabilité des juges ? Sur la surenchère des « droits de la défense » au détriment des droits des victimes et du bien commun ? Non. Il y a des bougies, des ours en peluche, parfois des marches blanches. Et les Français ne font rien. Pire : ils votent contre les candidats qui osent dire le réel, et voudraient faire bouger les lignes. Le maire d’Annecy se flattait, le 23 mai, que cette ville soit « une ville-refuge pour celles et ceux qui fuient la guerre, la misère et le malheur dans le monde. » Et à Annecy, Emmanuel Macron a recueilli 70% des suffrages au second tour des présidentielles.

Je m’présente, je m’appelle Henri

Malgré cette désolation, il y a l’inattendu. L’inespéré. Il y a Henri. Il a 24 ans, et à lui seul, en quelques minutes, il a fait mille fois plus pour les enfants de France (et d’ailleurs : il y a des enfants de touristes parmi les victimes) que tout le gouvernement réuni. Hier matin, Henri s’est interposé, et a probablement évité que le drame soit pire encore. Il a mis sa vie en danger pour protéger des enfants inconnus. Le 27 mars, Henri a commencé un tour de France des cathédrales. « Avec l’aide de la Providence » disait-il, il y a à peine deux mois. Hier matin, Henri était à Annecy. Au bon endroit. Au bon moment. Avec ses sacs de voyage, avec son cœur, avec son courage. Hier matin, Henri s’est interposé, et a probablement évité que le drame soit pire encore. Hier matin, Henri a mis sa vie en danger pour protéger des enfants inconnus. « Avec l’aide de la Providence. » On n’ose pas parler de miracle, pourtant on sent bien qu’aucun autre mot ne serait juste. Il est des mystères devant lesquels on s’incline en silence. Merci Henri.

Predators parade

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© D.R.

La pochette du dernier album du musicien Harrison Patrick Smith est accusée de faire la promotion de la pédophilie


La sortie le 12 mai d’un disque du musicien Harrison Patrick Smith (nom de scène « The Dare », « le défi »), une étoile montante de la scène new-yorkaise, a provoqué un scandale. L’image de la pochette, tweetée par la maison de disques, montre apparemment deux mineures, habillées comme des écolières, qui se trouvent dans des positions de coït avec des hommes habillés en adultes. Qu’il s’agisse de vraies mineures ou non, le musicien est accusé par des internautes de présenter la pédophilie sous un jour séduisant. Cette dernière « is hiding in plain sight » – « elle se cache au grand jour ». On déplore aussi le fait que, jusqu’en décembre, The Dare était enseignant suppléant.

Cet épisode rappelle l’accueil hostile réservé en 2022 à deux campagnes de la maison de mode Balenciaga. Sur certaines photos, on voyait des enfants qui tenaient des nounours, mais portaient des habits de « bondage » ; dans d’autres, traînant sur une table, des documents relatifs à des jugements de la Cour suprême américaine concernant la pédopornographie. En 2021, un professeur américain, Allyn Walker, a été obligé par son université à partir en congé après le tollé déclenché par un livre où il promouvait le remplacement du terme « pédophile » par celui de « minor attracted person » (MAP ; « personne attirée par les mineurs »). Le but de l’euphémisme serait d’encourager les pédophiles à se faire traiter plutôt qu’à passer à l’acte.

L’indignation du public ne constitue-t-elle donc qu’un cas de panique morale ? Le danger du terme « MAP » est que, depuis 2018, il est effectivement détourné à des fins de normalisation de la pédophilie. Un drapeau de la fierté « MAP » circule en ligne, ainsi que le hashtag #MAPPride et des tentatives – rejetées par les gays – d’ajouter un P à LGBT. En avril, le normalement très libertaire Elon Musk a banni de Twitter un compte qui montrait un drapeau MAP pour célébrer la « Journée d’Alice », une allusion à la petite fille imaginée par Lewis Carroll. Selon tous les indicateurs, le nombre et l’habileté des prédateurs en ligne sont en forte progression. On est loin du pays des merveilles.

Haïssable moi

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Logan Brown Glamour

Logan Brown brise les tabous, se réjouit la presse progressiste


Ils font la couverture du magazine Glamour (édition anglaise). Ils au pluriel parce que, contrairement à ce qu’il semble à première vue, ils sont plusieurs. Ils au masculin parce que je me contrefous des diktats nouveaux en matière de syntaxe prétendument inclusive. Plusieurs, disais-je. Un monsieur, une dame, un enfant à naître. Le tout réuni en un seul individu. Cet état multiple, croit-on comprendre, fait la fierté de ce personnage. C’est en effet à l’occasion du mois des fiertés LGBT (et dérivées) que cette exposition médiatique nous est proposée. On ne pouvait trouver plus parlant, il est vrai.

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Je vais à présent m’efforcer de rendre compte de ce fameux pluriel. Voilà : le personnage photographié est un homme. Du moins s’affirme-t-il comme tel au moment de la prise de vue. Il porte un enfant. Pas dans ses bras, banalement, comme nous le ferions vous et moi. Non, dans son ventre. Manifestement le terme est proche. Ainsi, avec fierté (puisqu’on y est…) le sujet revendique la gloire d’apporter au monde émerveillé la preuve vivante qu’il est possible d’être à la fois homme et enceint. (On ne prétend pas encore que ce serait « normal », mais ne nous inquiétons pas trop, d’aucuns s’emploient à ce que cela devienne avant peu une évidence « sociétale » pour tout un chacun »). Cela dit, osons une minuscule réserve, une broutille de rien. Il y aurait en effet l’ombre d’une tromperie dans la présentation de ce bel agencement et la revendication triomphale évoquée à l’instant, car ce n’est pas l’homme qu’il est aujourd’hui qui a été mis enceint mais la femme qu’il était au moment du coït… (Vous me suivez ?) Notre fier héros est, on l’aura compris, une femme repentie ayant entrepris son chemin de conversion. Une précision tout de même : à moins bien sûr que, comme dans Molière, « on ne fasse aujourd’hui la médecine selon une méthode toute nouvelle », il faut bien que le dispositif anatomique mobilisé pour cet heureux événement ait été plutôt féminin. Donc, homme, notre « cover symbol » ne le serait que de très fraîche date. Une sorte de vendange tardive, pour dire gaiement les choses. (On me pardonnera d’en rester à ces données physiologiques traditionnelles. J’avoue ne pas me tenir très au courant des dernières évolutions.)

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Cependant, on n’omettra pas de noter que l’accouché(e) aura tenu à manifester sa réprobation devant ce qui lui a semblé être un grave déficit de formation des personnels soignants mobilisés par son cas. Nous autres, nous comprenons fort bien leur désappointement. Lui, non. Son ego trinitaire méritait infiniment mieux, à n’en pas douter. En fait, nous nous trouvons devant l’expression la plus achevée du culte du moi. Nous voici confrontés à l’individualisme porté à son paroxysme, à l’égocentrisme dans sa phase ultime, au nombrilisme dans ses excès les plus délirants : concentrer sur sa petite personne tous les sexes (je passerais pour ringard en limitant à deux), se vouloir le maître de la paternité et de la maternité réunies, soumettre à sa volonté, à son désir, à son caprice, éventuellement à ses intérêts les lois de la nature, bref, s’affirmer comme l’alpha et l’oméga de toute chose. Oui, voici que viennent les temps de l’Homme total, de l’Homme totalitaire en vérité, l’Homo Autarcicus, l’Homme sans Dieu et qui se prend pour Lui. Le plus désespérant est que, sous peine d’accusations de transphobie et autres anathèmes nous nous voyons contraints de saluer bien bas, d’applaudir, d’encenser. Pour ma part, j’attendrai de pouvoir juger aux conséquences. Un enfant est né de cette bizarrerie. Ménageons-nous le temps de voir ce que donnera à terme le foudroyant départ dans la vie que son géniteur merveilleusement polyvalent lui a, non pas offert, mais imposé.

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Notre Sollers qui est aux cieux

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L'éditeur et écrivain Philippe Sollers (1936-2023) © Hannah Assouline

L’auteur de Paradis y est sans doute – alors que ses contempteurs restent en enfer


Pourquoi se sent-on toujours obligé de dire du mal de lui – même quand on a décidé de faire son éloge ? De ressortir les dossiers que tout le monde connaît par cœur (le maoïsme, Matzneff, les pétitions honteuses, les opportunismes en rafale et souvent à côté de la plaque : Balladur, Ségolène Royal), sans parler de ses innombrables roulades médiatiques où, bien souvent, l’on eut honte pour lui. Comme si le siècle puritain et procédurier l’avait emporté aussi en nous. Sollers ? Coupable !

Non, il faut se reprendre.

Aujourd’hui, il est mort et il nous manque déjà. C’est qu’on l’aura chéri ce Bordelais border line, non-ponctué enfariné, toujours en roue libre – et de fait sachant comme personne s’échapper au bon moment, survivre aux idioties de l’époque comme aux siennes. « Taxi ! » avait-il l’habitude de dire quand on venait l’ennuyer avec des problèmes inutiles, des querelles imbéciles, des explications vaines (« il faut cultiver le meilleur malentendu pour s’entendre », répétait-il). C’est d’ailleurs là où il est le plus fort : dans le large, le vent, l’envol, les mouettes, la pensée délivrée de toutes les idéologies, culpabilités, pesanteurs. Au moins aura-t-il épuisé la fameuse formule de Nietzsche que toutes les convictions sont des prisons.

« Sur le moment, je sens si bien toutes les possibilités d’une opinion ou d’une attitude, je les prévois si clairement que, n’en pouvant choisir aucune par l’ennui où je suis de toutes les concevoir, je m’en remets à une sorte d’improvisation », écrivait-il déjà dans Une curieuse solitude, récit du dépucelage d’un adolescent par une femme plus âgée que lui, c’est-à-dire initiation au savoir absolu, pour ne pas dire roman « macronien » avant l’heure. Lisez à ce propos son magnifique texte sur Emmanuel et Brigitte, Macron lacanien[1], en lequel tout homme normalement constitué devrait se reconnaître.

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En vérité, nous sommes tous les enfants de Sollers. Son nom « tout en art » nous a fait rêver – « rêvrer » comme il disait dans Beauté, c’est-à-dire « rêver vrai ». Tout ce qu’on lui doit ! Sade, Joyce, Pound, Bataille, Louis-Claude de Saint-Martin (dans Désir), Fragonard, De Kooning, Haydn. Et aussi, rappelons-le, rappelons-les plutôt, Nabe, Muray, Meyronnis, l’ami Di Nota. Sollers, c’est « l’aîné qui va de soi », comme dit Stéphane Zagdanski dans son hommage en spirale[2], l’Atlante essentiel de notre temps, le docteur Strange qui a osé avant tout le monde ce multiverse of madness qui s’appelle Paradis. Même si on n’a pas eu la chance de le connaître, par timidité, paresse ou maladresse, on a aimé sa personne, sa famille, ses incestes heureux, son insouciante pornographie, ses trésors d’amour : Dominique, Julia, David, le Martray, Venise. Plus que tout, nous lui devons d’avoir vraiment appris à lire, peut-être même à écrire, dans tous les cas, à être libre, c’est-à-dire sans ponctuation.

© Hannah Assouline

Des laboratoires d’avant-garde de ses premiers livres (Drame, H) aux prières illuministes des derniers (Médium, Mouvement, Beauté, Centre, Désir, Graal), en passant par les grands romans prophétiques de la maturité (Femmes, Portrait du joueur, Le Cœur absolu), au centre desquels trône Paradis, ce livre talisman, il est l’auteur d’une œuvre prodigieuse qu’on n’a pas fini de redécouvrir, et la seule sans doute qui mérite d’être pléiadisée d’urgence.

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Son art est celui de l’écriture de la pensée. Lorsque dans Une vie divine, son roman/essai sur Nietzsche, il écrit que « [son] pari à [lui], et c’est pour cela qu’il paraît souvent opportuniste, changeant, amoral, est un pari sur l’impensable. Ce qui ne veut pas dire du tout l’absence de pensée, au contraire : c’est un pari sur l’accumulation, la multiplication de toutes les pensées possibles… », il faut y voir le plus ambitieux projet de la littérature française contemporaine : celui d’embrasser la totalité dans une phrase, un mot. « Soit le monde a plus de mots que moi, soit c’est moi qui en ai plus que lui. »

Guerre, donc, au monde. Sollers, ce fut aussi ce météore lancé contre tous les bigots de l’époque, barbares de la littéralité, iconoclastes de la cancel culture, obscurantistes du wokisme, « sensitivity readers »de l’antilittéraire (annoncés à la page 330 du Folio de Portrait du joueur) et par-dessus tout exciseuses néoféministes – que dans L’École du mystère, il appelle « les Fanny » : celles-qui-ont-toujours-raison, les prudes grondeuses, les justicières gonflantes, les sentimentales normatives, les rappels-à-l’ordre systématiques, les « contre-disantes » et « contre-désirantes », dont la seule jouissance réside dans l’anti-jouissance, à commencer par celle de la langue qu’il faut châtrer.

Céline avait prévenu : ce n’est pas tant Bagatelles qu’on ne lui pardonna jamais, mais bien le Voyage. Pareil pour Sollers. Plus que ses errances politiques, c’est sa propension à la joie qui donna des boutons, sa proposition de bonheur qui horripila (« Le bonheur est possible. Je répète. Le bonheur est possible », scande-t-il dans Agent secret), ce paradis enfin, insupportable pour une société qui ne supporte plus que l’enfer, selon un mot de Chesterton. Eh bien qu’elle y reste ! Sollers est aux cieux et il continuera de nous éveiller. Le vrai woke, c’est lui.

Adieu Philippe, je vous aimais beaucoup.

Paradis

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[1]. « Macron lacanien », phillipesollers.net.

[2]. « L’œuvre et la pensée de Philippe Sollers », youtube.com.

Françoise Gilot: un amour de Picasso

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Françoise Gilot © BENSON BRIAN/SIPA

Muse de Picasso et peintre elle aussi, Françoise Gilot est morte le 6 juin, à 101 ans, et a osé défier l’ogre après dix ans de vie commune.


François Gilot a vingt-et-un ans lorsqu’elle rencontre Picasso en 1943. Il a la soixantaine et il est au faîte de sa gloire, considéré comme un dieu vivant. Elle peint déjà, mais nous ne le saurons que bien plus tard. Ce qui frappe chez une si jeune femme, c’est sa capacité à rester elle-même face à l’Ogre. Ainsi, Pierre Lescure dans l’émission C à vous annonçant sa mort, a montré des images d’archives accompagnées du commentaire de la principale intéressée, où on voit qu’à chaque portrait d’elle que fait le peintre, elle répond par un autoportrait ; sorte de reprise de l’image par la Muse en personne ! Et cela donne une extraordinaire dialectique picturale : Françoise Gilot, ou l’art de se récupérer, comme femme et comme artiste. Elle le quitte au bout de dix ans de vie commune, en 1953. Elle fut la seule à oser faire une chose pareille ! On ne quitte pas Picasso, on ne lui dit pas non, non plus. Elle raconte dans un documentaire pour Arte qu’il l’appelait « La femme qui dit non », et qu’il nommait le petit Paul qu’ils avaient eu ensemble : «  le fils de la femme qui dit non » ! Ambiance à Vallauris…

À lire aussi : Les mille destins possibles d’Adèle H.

Pour François Gilot, il valait mieux, en effet, être la femme qui dit non que « La femme qui pleure », un des tableaux les plus célèbres du maître. Il ne lui pardonna jamais vraiment cette résistance…

Suite à leur séparation, elle écrit un livre publié en 1964 intitulé Vivre avec Picasso ; livre qui déclenchera la colère du peintre. Lequel, mauvais joueur, rameutera tout le gratin culturel proche du PC en avril 1965, afin de signer dans Les Lettres Françaises, l’hebdomadaire d’Aragon, une tribune pour interdire la publication du « brûlot ». Cette cavalière émérite nous apprend pourtant des choses bien anodines, par exemple que l’homme qui aimait tant la tauromachie ne craignait qu’un seul animal : le cheval. Et, plus généralement, elle ne fait preuve d’aucun ressentiment dans sa façon de parler de lui. Elle raconte sans régler de comptes, avec humour et détachement, les traits de caractère du grand homme et leur vie en commun. C’est toujours dans ce documentaire sur Arte qu’elle prononcera avec une sorte d’ironie sereine cette phrase que je cite de mémoire et qui m’avait tant frappée ; à savoir que si elle, Françoise Gilot, savait à peu près, au bout de cinq ans qui était Picasso, au bout de dix, lui, n’avait d’elle aucune idée…

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C’est aux États-Unis qu’ensuite, elle ira vivre, qu’elle épousera un autre peintre, et produira 1600 toiles et 3600 œuvres sur papier en une seule vie ! Et c’est dans tout le pays et ailleurs qu’elle exposera. Elle a 98 ans lorsqu’elle expose pour la dernière fois et ne se retirera de ce monde, définitivement, que trois ans plus tard ; soit le 6 juin 2023.

Il nous reste à espérer qu’à cette femme d’une énergie peu ordinaire soit consacrée une rétrospective de ses œuvres en France, afin que sa peinture soit pleinement reconnue et appréciée, et qu’elle ne se réduise pas, même s’il y a pire réduction, à « La femme qui dit non », mais qu’elle apparaisse comme la femme qui aura su dire un oui magistral à la vie pendant… 101 ans !

Vivre avec Picasso

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Communiqué judiciaire : la Justice donne raison à l’UJFP

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Communiqué judiciaire

PAR CES MOTIFS

Le tribunal, statuant publiquement, en premier ressort et contradictoirement à l’égard de Gil MIHAELY, prévenu, et de l’association Union juive française pour la paix (UJFP), partie civile poursuivante :

SUR L’ACTION PUBLIQUE :

Déclare Gil MIHAELY coupable du délit de DIFFAMATION PUBLIQUE ENVERS UN PARTICULIER PAR PAROLE, ECRIT, IMAGE OU MOYEN DE COMMUNICATION PAR VOIE ELECTRONIQUE, faits commis le 14 février 2018, à Paris et sur le territoire national ;

Condamne Gil MIHAELY au paiement d’une amende de CINQ CENTS EUROS (500€) ;

Vu les articles 132-29 et 132-34 du Code pénal :

Dit qu’il sera sursis totalement à l’exécution de cette peine dans les conditions prévues par ces articles ;

L’avertissement, prévu à l’article 132-29 du code pénal n’a pas pu être donné à l’intéressé absent au prononcé.

SUR L’ACTION CIVILE :

Reçoit l’association Union juive française pour la paix (UJFP) en sa constitution de partie civile ;

Condamne Gil MIHAELY à payer à l’association Union juive française pour la paix (UJFP) UN EURO (1 €) à titre de dommages-intérêts, et la somme de DEUX MILLE EUROS (2.000 €) sur le fondement des dispositions de l’article 475-1 du code de procédure pénale ;

Enjoint à Gil MIHAELY de faire procéder à la publication du présent dispositif sur la page d’accueil du site causeur.fr, en police Times News Roman, taille 20 pour le titre et taille 12 pour le corps du texte, et ce pendant une durée d’un mois, la dite publication devant intervenir dans le délai de 15 jours suivant la date à laquelle la présente décision aura acquis un caractère définitif ;

Rejette le surplus des demandes de la partie civile.

Dernières données presque scientifiques sur la sexualité

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Où il est question de l’hétérosexualité, du «sexe-positif» et de la pénétration.


La France peut s’enorgueillir de posséder des médias n’hésitant pas à aborder les sujets les plus exigeants et les plus indispensables à l’élévation de la pensée. Ainsi, Le Monde, via son podcast “Le Goût de M” n° 98[1], nous rappelle-t-il l’existence de cette « autrice et documentariste » qui, en pleine « grève du sexe », explique : « Ce ne sont pas les sept minutes de coït réglementaire qui ont fini par m’écœurer, c’est tout ce que les rapports hétérosexuels représentaient. » Chacun aura reconnu la philosophe sexo-syndicaliste Ovidie, autrice d’un livre qui entrera sûrement (pour ne plus jamais en sortir) dans les annales de la sociologie moderne, La chair est triste hélas, livre que nous évoquâmes dans ces colonnes il y a quelques semaines (La métamorphose d’Ovidie). Une fois de plus, grâce au Monde, nous apprenons des choses surprenantes sur cette penseuse de haut vol : elle vit près d’Angoulême, elle a deux chiens qu’elle adore, ses parents étaient très gentils, son frère aussi, elle aime manger de bonnes choses, elle n’aime pas se mettre en colère, elle admire les féministes américaines pro-sexe mais fait une grève du sexe pour dénoncer ce « système politique qu’est l’hétérosexualité », elle pense qu’elle n’a « jamais été aussi honnête » que dans son dernier livre écrit, précise-t-elle, « en écriture quasi-automatique après une chute sur la tête ». Avant cette chute providentielle, Ovidie a vécu l’enfer de 25 ans d’hétérosexualité qui l’ont « épuisée et désenchantée ». Elle regrette les « investissements pour rester baisable » qui ne lui ont offert que « si peu, en retour ». L’hétérosexualité l’a énormément déçue, elle qui ne désire qu’une chose : « qu’on puisse jouir dans l’ouverture, dans l’ouverture de l’autre ». Elle prépare actuellement des documentaires sur les dessous de l’intime, du sexe, du désir hors les sentiers balisés de l’oppressive hétérosexualité. « Depuis le départ, dit-elle, ma boussole c’est la politisation de l’intime. » Le podcast du Monde dure une cinquantaine de minutes. La puissance rhétorique d’Ovidie résidant dans la répétition des deux ou trois réflexions qui font l’essentiel de son œuvre, il est possible de somnoler entre chacune d’elles sans perdre le fil du cheminement intellectuel de cette philosophe qui nous pardonnera facilement ces petites absences, elle qui avoue dans son livre s’être surprise de son côté à « sucer en ne pensant à rien » ou à « rédiger un mail ou une liste de courses dans [sa] tête, une bite dans la bouche ».

L’ancienne actrice porno Ovidie © Charlotte Krebs

Ludivine Demol Defe : n’improvisez plus vos soirées libertines

Sur France Inter, Nicolas Demorand, sérieux comme un pape, a récemment introduit le reportage d’une de ses consœurs journalistes sur le… « sexe positif », un « mouvement qui met le consentement et le féminisme au cœur des relations sexuelles ». Afin de contrecarrer les assauts concupiscents des hommes, des formations, des ateliers, des exercices pour apprendre à dire « non » sont organisés par Jérô et Simon. Ce dernier déclare : « Avec cet exercice, on apprend à prononcer un “non” affirmé, incarné. L’idée, c’est que la personne qui est en face ne puisse pas se dire “ce n’est pas un vrai non, c’est un petit non”. Je vais forcer un peu et arriver à mes fins. » Voilà un exercice qui sera bien utile à Nirméo, une des participantes qui, trop de fois, affirme-t-elle, a fait « l’amour par politesse », en particulier « lors de soirées libertines auxquelles [elle] participe ». Le sujet étant d’importance, pas de place pour l’improvisation, les réunions « sexe-po » sont préparées aux petits oignons : « Une cloche retentit pour marquer un temps d’introspection » puis les participants se touchent mutuellement un peu partout en demandant le consentement de leur partenaire – enthousiaste, l’un d’entre eux autorisera ainsi son vis-à-vis à lui mettre, en attendant mieux, un… doigt dans la bouche. La journaliste a interviewé Ludivine Demol Defe, chercheuse en sciences de l’information et de la communication s’intéressant, indique sa fiche Linkedin, « aux différents discours sur la vie affective et sexuelle qu’entendent les adolescent.es, en particulier des jeunes socialisées filles, afin de comprendre comment les représentations des sexualités et leurs discours interviennent dans les constructions du rapport à soi, du rapport à la société et du rapport à l’autre ». D’aucuns jugeront peut-être que ce type de recherches relève de ce qu’on appelle vulgairement la « branlette intellectuelle » – nous tenterons de les démentir en rapportant les édifiantes conclusions de cette chercheuse sur le « sexe-positif » : selon elle, ce mouvement est représentatif d’une « pensée politique » s’inscrivant « dans une pensée anticapitaliste ». On en apprend décidément tous les jours. La fin du reportage rapporte les propos de Sam, jeune homme tourmenté et désireux d’avoir des « rapports apaisés » avec les femmes : « C’est difficile, en tant qu’homme hétérosexuel, de se positionner quand on cherche à ne pas être toxique et harceleur. J’ai l’impression d’avoir trouvé une communauté où on échange dans la bienveillance. On verbalise, on se pose des questions. » Après ces moments de réflexion intense, d’introspection douloureuse et de remise en cause cyclonique, il est prévu un moment-détente, une « soirée sensuelle » durant laquelle il est sans doute attendu que les participants puissent en toute sérénité, à l’instar d’Ovidie, « jouir dans l’ouverture de l’autre ».

Au-delà de la pénétration

Les Parisiens pourront jouir, eux, d’un spectacle plébiscité par Ovidie qui se déroulera du 21 octobre au 25 novembre 2023 au théâtre de la Reine Blanche (Paris 18e) et abordera une autre facette de cette nouvelle sexualité culbutant surtout les idées reçues. Sur scène, Yves Beck lira une adaptation du livre quasi-nietzschéen de Martin Page, Au-delà de la pénétration, livre puissant, philosophique et politique, dans lequel l’auteur s’interroge, la tête dans une main et la zigounette dans l’autre, sur la pratique de la pénétration comme « modèle dominant dans les relations sexuelles » : cet emboitement des corps ne serait-il pas « le fruit d’une construction socioculturelle patriarcale » ? Question sidérale et sidérante. « La pénétration règne en maître », écrit Martin Page qui se révolte contre ce diktat « immémorial ». Car Martin Page est un homme révolté. Tout le révolte. Il est la révolte faite homme. Ainsi, sur son blogue, il affirme être « anticapitaliste, écologiste, animaliste », vouloir « interdire les voitures et les jouets genrés », remettre « en cause la norme sexuelle », mais aussi être « pour la fin du nucléaire », « contre les tablettes numériques », « contre les chefs et l’idée même de chef », « pour la fin de l’héritage » et « contre l’industrie ». Télérama et France Inter louèrent en son temps cet auteur courageux qui, selon le magazine télévisuel, remet en question « le caractère central de la pénétration ». La pénétration est enfin prise au sérieux, il était temps. Les plus fins cerveaux se penchent sur elle, l’analysent, la déchiffrent, l’auscultent pour la remettre en cause – Freud et son « envie du pénis » peut aller se rhabiller. Tant de domaines touchant à la sexualité demeurent mystérieux et n’attendent que l’éclairage de nos lumineux penseurs. Espérons que ces derniers sauront mettre à profit leur intelligence pour étudier ces énigmatiques pratiques sexuelles qui ne remontent, après tout, qu’à la plus haute Antiquité. Quant à la sodomie des coléoptères, inutile de s’attarder, il suffit d’observer nos époustouflants théoriciens pour être renseigné sur cette pratique discutable – c’est pas compliqué, autour d’eux, on n’entend plus une mouche voler.

Au-delà de la pénétration

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[1] https://podcasts.apple.com/fr/podcast/98-ovidie/id1480837383?i=1000615346180

Carnac: le coup du menhir

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Alerte, terrain miné! La construction d’une enseigne de bricolage, entraînant la destruction d’une trentaine de petits menhirs, à proximité du site de Carnac, dans le Morbihan, suscite l’indignation. Le maire est depuis copieusement insulté sur les réseaux sociaux, alors que les experts s’interrogent sur la valeur archéologique de ce qui a été détruit.


Il y a des informations qui, quand elles vous parviennent, peuvent vous faire perdre un boulon. L’affaire du Mr. Bricolage, construit en lieu et place des mégalithes de Carnac, en fait partie. Dans cette affaire, ce qui a été perdu en patrimoine préhistorique a été gagné en connaissance de notre propre époque – et ça n’est pas ragoutant !

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Il est vrai qu’à Carnac, ce ne sont pas les menhirs qui manquent. Le plus célèbre des sites est protégé depuis 1889. Il restait toutefois quelques mégalithes sur le chemin de Montauban, identifiés par la Drac (Direction régionale des affaires culturelles) et qui faisaient l’objet d’une candidature au Patrimoine mondial de l’Unesco. Jusque-là, ils avaient échappé à la guerre du feu, à deux guerres mondiales et à l’appétit des promoteurs immobiliers et des vendeurs de tournevis. Certes, il faudrait être un militant fanatique du FLB pour prétendre que ces cailloux dressés depuis 7 500 ans ont un jour fourni de l’électricité à nos ancêtres les Gaulois. Pourtant, les conditions techniques de leur érection et leur signification spirituelle fascinent. En dressant ces pierres, les autochtones ont certainement voulu tutoyer les dieux (qui valent bien les nôtres). En cela, elles ont un caractère sacré, et leur charge symbolique n’est pas loin de s’apparenter aux flèches des églises romanes et des cathédrales. De bien petites choses, me direz-vous, en comparaison du besoin pressant de trouver un dimanche clous, marteaux, scies, clés à molette…

La France moche

On avait cru que grâce à Prosper Mérimée, la sensibilité aux monuments historiques et aux vieilles pierres avait progressé. On avait cru loin derrière nous l’époque de la Soupe au chou où des badauds s’enthousiasmaient à l’ouverture d’un Mammouth. C’était faire peu de cas de ce que sont devenues les entrées de ville et les rocades, pleines à craquer de magasins surdimensionnés aux couleurs criardes, annoncés en amont par une pléthore de panneaux publicitaires.

Image d’illustration D.R.

L’affaire de Carnac n’est jamais que la manifestation la plus absurde, la plus hideuse, de cette dérive. C’est contre cette catastrophe que s’élève notamment Olivier Saladin, ancien des Deschiens.

À lire aussi, du même auteur: Roger Waters: Musieg heil!

Chaque année, un prix est décerné par « Paysages de France » pour récompenser un patelin de la « France moche ». A l’avenir, Carnac pourra peut-être y prétendre, grâce à la légèreté de son maire, M. Olivier Lepick, qui a laissé les coups de pioche venir à bout de l’insolente érection desdits cailloux. Avant le possible classement de l’Unesco, la mairie semblait bien pressée de vendre du bâti à tout-va. Car après, ça ne sera plus possible. Plein de bonhomie, l’édile assure : « des sites détruits car ils n’ont pas été repérés, il y en a des listes, et il y en aura encore ». Dans son livre sur Sandrine Rousseau, Eric Naulleau a expliqué qu’il y avait moins une différence de nature que de degrés entre les militants écologistes qui vandalisent les œuvres d’art pour sauver la planète et… les Talibans qui détruisaient les Bouddhas de Bâmiyân en 2001. On pourrait se demander ici si les Talibans ne sont pas plus défendables que certains de nos élus: dans leur vision la plus monomaniaque possible du monothéisme, ceux-ci avaient peut-être le sentiment de faire le bien, de faire de la surface de la terre quelque chose qui ressemblait un peu plus au royaume d’Allah en dynamitant ces représentations idolâtres. Dans Humain, trop humain, Nietzsche écrit : « quoi que l’homme fasse, il fait toujours le bien, c’est-à-dire ce qui lui semble bon (utile) suivant son degré d’intelligence, son niveau actuel de raison ». On se demande en revanche quel idéal a bien pu animer le maire de Carnac et les investisseurs complices au moment de détruire les mégalithes bretons…

« Un Macdo à Lascaux ! »

En Bretagne, ces derniers mois, des mouvements plutôt à droite ont mené la fronde contre l’implantation de migrants, à Callac (Côtes d’Armor) et à Saint-Brevin (Loire-Atlantique). Il n’aurait pas été malvenu de s’élever aussi contre la construction de ce Mr. Bricolage. Dans l’ambiance de nervosité ambiante, il ne faudrait pas embêter de trop le maire de Carnac, on a vu que ça pouvait mal tourner. Il faudrait plutôt réveiller l’esprit de Jalons cher à Basile de Koch et organiser une manifestation dans la petite ville du Morbihan, qui tournerait en dérision M. Lepick. Elle réunirait écologistes sincères, réactionnaires, gens de droite amoureux des vieux cailloux et gens de gauche hostiles à l’argent-roi, lesquels enterreraient pour une journée la hache de guerre et se retrouveraient autour de la défense du patrimoine et de ces « lieux où souffle l’esprit ». Elle serait le point de départ d’un vaste mouvement qui encouragerait la destruction de toutes ces vieilleries bâclées, de ces fresques jamais finies. Les mots d’ordre, sur des banderoles géantes, accrochées à la mairie, pourraient être : « Un Gamm vert à Chauvet ! », « Un Macdo à Lascaux ! », « un motel à Tautavel ! ».

Front Polisario: cinquante ans de crimes et de supercheries

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Aousserd, Algérie : 50e anniversaire du déclenchement de la lutte armée sahraouie et de la création du Front Polisario, le 21/05/2023 © FATEH GIDOUM/SIPA

Structure paramilitaire marxiste vérolée par la corruption, l’organisation sahraouie conserve son pouvoir de nuisance grâce au soutien inconditionnel de l’Algérie à son égard.


Le 10 mai 1973 naissait en Mauritanie le Front Polisario, avec pour but de s’immiscer dans la décolonisation du Sahara marocain alors occupé par l’Espagne de Franco. Après la mort de celui-ci en 1975, les troupes espagnoles quittent la région. Le 1er mai 1977, deux coopérants français sont tués en Mauritanie par le Polisario. Huit autres sont enlevés. Le président Valéry Giscard d’Estaing réagit en déclenchant au mois de décembre de la même année, l’opération « Lamantin ». Des avions Breguet Atlantic de l’Aéronavale, des parachutistes et des avions de chasse Jaguar de l’Armée de l’Air sont engagés et les otages sont libérés le 23 décembre. Depuis, le Polisario a pris ses quartiers à Tindouf, dans l’Ouest algérien. Vestige de la Guerre froide, il bénéficie toujours du soutien du PCF ou, en Espagne, de Podemos.

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Nul ne peut contester le soutien constant apporté par l’Algérie au Polisario depuis sa fondation. A travers lui, le pouvoir FLN d’Alger est parti au conflit, malgré ses dénégations. Dans les camps de Tindouf, au mépris du droit humanitaire, l’Algérie a renoncé à exercer sa souveraineté sur des populations sahraouies qui n’ont jamais fait l’objet d’un recensement. Le détournement de l’aide humanitaire, principalement européenne, est avéré par des rapports de l’Union européenne et de l’ONU. Comme l’aide financière algérienne, elle permet aux dignitaires du Polisario de s’assurer un train de vie conséquent.

Opposants torturés, enfants soldats exhibés, droits élémentaires bafoués : la liste des méfaits du Polisario à l’égard des habitants des camps de Tindouf est longue, comme en témoignent régulièrement des ONG devant la 4e commission des Nations-Unies à New-York. Pour solutionner définitivement la question du Sahara occidental, le Maroc a proposé en 2007 à l’ONU un plan d’autonomie, dont la faisabilité a été renforcée par la nouvelle constitution marocaine de 2011 voulue par Mohammed VI, texte qui a amplement renforcé la décentralisation existante au sein de la monarchie chérifienne. C’est ce plan d’autonomie qui a rallié de nombreux soutiens diplomatiques au Maroc, a commencer par celui des États-Unis.

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Le Polisario participe toujours de divers trafics dans le désert, participant ainsi à la déstabilisation de l’espace saharien, lieu privilégié de transits criminels sud-nord : drogue, armes, migrants… De même l’Algérie est aujourd’hui une tête de pont essentielle pour la Russie en Afrique du Nord, ce qui ne facilite pas le règlement définitif du conflit sur la marocanité du Sahara occidental malgré les efforts de Rabat. La prise en compte du Polisario pour ce qu’il est, c’est-à-dire une organisation criminelle et dangereuse pour la sécurité régionale de l’Afrique du Nord, est donc une donnée essentielle pour l’achèvement du processus de normalisation du Sahara marocain.