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L’Art déco, une révolution française

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L’Art déco a cent ans. Pour cet anniversaire, le musée des Arts décoratifs de Paris explore les courants de ce mouvement multiforme qui a bouleversé les arts, l’architecture, et imposé une nouvelle vision du monde…


L’Art déco est un univers qui a pour galaxies l’architecture, la décoration, le mobilier, la joaillerie, la mode, les arts-graphiques, les transports… Apparu discrètement en France dans le sillage de l’Art nouveau avant la Grande Guerre, il s’est développé dans les années 1920, à la faveur des Années Folles. On le reconnaît à son esthétique structurée, géométrique, qui allie épure contemporaine et préciosité néoclassique. 

Modernité et vitesse

Ce mouvement artistique « total » a fêté ses cent ans en 2025 avec plusieurs expositions. Celle toujours en cours au musée des Arts Décoratifs de Paris fait écho à l’« Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes » de 1925 qui est considérée comme l’acte de naissance officiel de ce courant. Un courant synonyme de modernité, de vitesse, d’innovation, de luxe, mais aussi d’accessibilité au design pour les classes moyennes. Une révolution française esthétique.

Le parcours chronologique et thématique qui se déploie à travers la nef et dans les étages du musée des Arts décoratifs permet de suivre ses origines, son apogée, son développement et ses réinterprétations contemporaines. Tel ce train mythique de l’Orient-Express de 1926 en partie reconstitué auquel répondent les cabines revisitées par l’architecte Maxime d’Angeac. Soit le raffinement et le savoir-faire du voyage à la française rehaussés d’une touche de XXIe siècle, avec mobilier et vaisselle, sans oublier appareils wifi: aimer l’Art déco, c’est ici aimer le rétro-moderne.

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L’expo fait la part belle aux intérieurs, dont le boudoir de la baronne de Rothschild qui, en la matière, a donné le « la ». Pour elle, les artistes décorateurs Clément Mère et Clément Rousseau ont conçu une table à journaux, des boiseries de style Louis XVI, un bureau à gradins, le tout abondamment parsemé de matériaux précieux et colorés. Au visiteur ensuite de faire le lien avec l’architecture, incarnée par le Pavillon des renseignements et du tourisme de Robert Mallet-Stevens, cet immeuble iconique en béton à angles droits avec sa tour agrémentée d’ailerons plats édifié en 1925. Tout cela révèle l’éclectisme du style Art Déco. Ce même Mallet-Stevens s’est d’ailleurs beaucoup intéressé à la décoration intérieure aux côtés de Jacques-Émile Ruhlmann, Jean-Michel Frank et Eileen Gray. Cette dernière, Britannique, a aussi fait le grand écart: elle a d’abord expérimenté les laques avant de se pencher sur les meubles tubulaires bon marché. Ce procédé tubulaire a aussi inspiré des créateurs suédois et le Nationalmuseum de Stockholm a prêté pour l’occasion chaises, bureaux et même appareils électro-ménagers. Leurs lignes fonctionnalistes font fortement penser au Bauhaus, ce mouvement contemporain de l’Art déco qui a également disparu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Un fonds remarquable

Les années 1920-1930 sont marquées du sceau des progrès techniques, et l’exposition le souligne au fil de plusieurs espaces. La vitesse est à l’honneur sur terre, sur mer et dans les airs. Les trains, les gares, les paquebots – tel le Normandie – et les premiers avions de tourisme sont les meilleurs ambassadeurs de ce style décoratif sophistiqué qui incarne un nouvel art de vivre. L’Art déco bénéficie également d’une vitrine originale grâce au cinéma, autre reflet de la modernité, à travers de nombreux décors de films… Enfin, l’influence de l’art et du mobilier extra-européen est pleinement reconnue. Quelques éléments africains, chinois et plus encore japonais en attestent. Commodes, kimonos, laques et vases imposent l’idée de la ligne pure. Le nom de Charlotte Perriand, créatrice et décoratrice proche de Le Corbusier qui a longtemps vécu au Japon s’impose. Elle a déjà eu droit à des expositions monographiques, notamment au Centre Pompidou, et est ici présente à travers l’un de ses sièges pivotants. 

Si l’on se projette au-delà du cadre de l’exposition, on comprend que les Américains vont inventer le « streamlined », et les Français la ligne « épurée » avec sa référence permanente au design japonais – qui va aussi inspirer les Scandinaves. Grâce à l’Art déco français, le Japon a croisé la Suède. Le cubisme se taille également une belle part de cette effervescence artistique en plaçant l’Art déco aux confluences picturales et sculpturales de son époque. Ce centenaire est enfin l’occasion de célébrer le musée des Arts Décoratifs qui a joué un rôle majeur dans la reconnaissance de ce mouvement. Dès ses débuts, l’institution a accueilli les salons de la Société des Artistes décorateurs et a constitué une collection d’une richesse exceptionnelle. Nombre des pièces exposées actuellement sont issues de son fonds remarquable.

À voir :

« 1925-2025 : Cent ans d’Art déco », Musée des Arts Décoratifs de Paris, jusqu’au 26 avril 2026.


En français dans le texte !
Entretien avec Emmanuel Bréon, conseiller scientifique de l’exposition.


Causeur. Le caractère français de l’Art déco a été oublié après-guerre, est-il désormais reconnu ? 
Emmanuel Bréon. Son caractère français est reconnu par le monde entier, mais peu en France ! À Miami, en 1973, l’Association pour la préservation de l’Art déco a été créée sous l’impulsion de Barbara Capitan, bientôt suivie d’émules dans de nombreuses villes américaines. Toutes ces associations ont toujours proclamé que l’Art déco était né en France. Ce n’est qu’après l’expo de 2013 à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, à Paris, « Quand l’Art déco séduit le monde », que la Société des Arts déco de France a pris son envol. Ironie de l’histoire, il n’y a pas eu d’exposants américains à l’expo de 1925 ! Le gouvernement fédéral ne pensait pas que les États-Unis avaient assez de créations à exposer, mais il a envoyé des observateurs.

L’Art déco est-t-il le dernier style qui allie le décoratif, l’ornemental, au fonctionnalisme moderne ?
C’est le dernier règne des belles matières, mais il ouvre la voie à la modernité. L’Art déco est pour moi comme un logiciel, articulé très souvent autour de l’octogone, dans lequel on met ce qu’on veut selon sa nationalité. Les Américains y ont placé la tête d’un chef Sioux et les Japonais une carpe. Il reste à la fois un grand style, et peut-être le dernier, qui a été prolongé jusqu’à la Seconde Guerre mondiale par le streamline (style paquebot) aux États-Unis, à Miami notamment. C’est le refus du dogme « ornement égale crime » prôné par Le Corbusier. 

Est-ce un style qui peut être ressuscité sans se transformer en pastiche ?
Il y a énormément d’architectes actuels qui imitent l’Art déco, telles les maisons à la Mallet-Stevens construites notamment par Maurice Culot. Quand l’esprit, les matériaux et la qualité sont réunis, le néo-Art Déco est beaucoup plus valable que le néo-haussmannien qui n’est que du façadisme • 

La chute d’un tombeur

Emmanuel Macron est toujours président mais il n’est plus vraiment au pouvoir. L’heure est déjà au bilan, et il n’est pas glorieux : immigration incontrôlée, déclin économique, progression de l’islamisme, désastre de l’École. Au-delà des erreurs partagées avec ses prédécesseurs et d’une détestation excessive et déplaisante de sa personne, le plus jeune président de la République s’est employé à tout gâcher, ou presque.


Jeune, beau, brillant, enthousiaste : le gars semblait taillé pour l’emploi. Certes, il ne fallait pas être trop regardant sur les paroles. Justement, on ne l’était pas. Sinon, qu’un candidat à la fonction suprême de la République française puisse déclarer qu’il n’y a pas de culture française nous aurait mis la puce à l’oreille. On aimait la musique qui racontait qu’avec ce jeune prodige, nous allions entrer dans le xxie siècle sans douleur et sans sacrifice. Tous les celles-et-ceux du monde allaient se donner la main dans la grande farandole du progrès. Bon, pas les déplorables populistes, mais eux aussi finiraient par être touchés par la grâce macroniste. On allait libérer les énergies, détruire les blocages, réenchanter la politique. La droite et la gauche raisonnables sortiraient de ce bain de jouvence relookées, régénérées et réconciliées.

Nous avons été les complices consentants d’un tour de passe-passe. Macron l’enchanteur ne nous a pas vendu un grand projet, une vision du monde et de la France, il a fait don à la France de sa personne et de sa parole, convaincu que le charme indéniable de la première garantirait le caractère performatif de la seconde. Je parle donc j’agis. La preuve par la réforme des retraites votée après des mois de bazar et suspendue après des semaines de palabres. « Macron a à cœur de démontrer que sa vision est la plus réfléchie, la plus logique », affirme Arthur Chevallier. Ça ne se voit pas à l’œil nu.

Huit ans après son entrée à l’Élysée, la France compte les semaines qui la séparent de 2027 dans l’espoir d’un grand reset. La recomposition annoncée se réduit à un centre ondoyant entre droite et gauche, ce qui n’est pas franchement révolutionnaire. Pour le reste, la facture est salée : 3 millions d’immigrés sont entrés dans le pays sans que l’on fasse quoi que ce soit pour dégripper la machine à fabriquer des Français appelée assimilation ; l’islam radical a prospéré en conséquence ; le déficit commercial a atteint des niveaux inégalés ; la dette, n’insistons pas ; et nous préférons oublier de combien de points nous avons plongé dans les classements PISA.

Le président est abandonné par nombre de ses soutiens. Le patronat l’a lâché. À l’instar de Nicolas Baverez, nombre d’intellectuels, qui avaient vu avec intérêt cette apparente boule d’énergie débouler dans la politique française, se désolent aujourd’hui de la suite de renoncements et de changements de pieds baptisés « en même temps » pour leur donner l’air d’une stratégie.

Arthur Chevallier observe que, dans le face-à-face, Macron retourne ses interlocuteurs. Mais il ne peut pas parler à chaque Français. Et une partie du pays lui voue une haine si profonde qu’elle est prête à gober et propager les bobards les plus abjects ou insensés. Le caractère irrationnel, fanatique et impitoyable de cette détestation incline à prendre sa défense. Emmanuel Macron a commis suffisamment d’erreurs concrètes et montre assez de défauts bien réels pour qu’on n’ait pas à le charger de péchés imaginaires.

Bruno Retailleau déplore que le président « s’adresse aux Français comme à des clientèles successives, au lieu de leur parler comme à un seul peuple ». À l’évidence, certaines clientèles sont plus dignes de l’attention présidentielle que d’autres. La France des clochers et des bistrots n’accuse pas seulement le président de l’abandonner, elle croit qu’il veut la détruire – alors qu’il entend seulement la convertir au Progrès, même si elle doit le payer par l’effacement de ses anciens cadres de vie et de pensée. Comme l’observe Alain Finkielkraut, le droit fondamental de l’homme à la continuité historique n’intéresse guère le président. Les grands discours mémoriels teintés de lyrisme républicain et de patriotisme d’estrade ne font pas oublier que, pour complaire à la nouvelle France et la dissuader de brûler des voitures, il a heurté de mille façons ceux que Mathieu Bock-Côté appelle le « peuple historique » – et en prime tous ceux qui ont choisi de lui appartenir. Certes, il a tenu sa promesse de rebâtir Notre-Dame comme le reconnaît Jonathan Siksou tout en ironisant sur sa prétention à la rebâtir « plus belle », et redécouvert pour l’occasion que la France ne se confondait pas avec la République (d’accord, nous exagérons). Mais quand il réagit au quart de tour à la mort de Nahel et oublie Thomas, Elias et les autres parce que ce sont des faits divers avec lesquels on brainwashe les ploucs, quand il félicite une prétendue féministe parce qu’elle est voilée ou se pose en défenseur de la vérité face à un populo manipulé par le populisme, il insulte les gens ordinaires. C’est la faute à CNews !

En 2017 on savait que Macron était immigrationniste, européiste et multiculturaliste. Et nous l’avons réélu en 2022. À défaut d’endiguer l’immigration ou de combattre le séparatisme islamique, on croyait à sa promesse de libérer l’économie de la bureaucratie et de la surfiscalité qui font fuir nos jeunes. Sans oublier la réindustrialisation, aujourd’hui aussi fantomatique que l’Arlésienne. On peut créditer le chef de l’État d’avoir tenu bon sur l’Ukraine et décidé la hausse des crédits militaires. Reste à savoir comment on va payer tout ça, se dit-on dans les bistrots.

Certes, il n’est pas le seul ni même sans doute le premier responsable de ce désastre fabriqué avec constance pendant quatorze années de socialisme suivies de quinze ans de chiraco-hollandisme durant lesquels l’immobilisme a été érigé en sagesse politique. De plus, le peuple aussi adore le « en même temps ». Nous voulons la puissance et les allocations, la souveraineté et les médicaments à bas prix, la fluidité et la continuité.

Reste un sentiment de gâchis. Macron aurait pu, aurait dû, entraîner le pays vers l’avenir sans piétiner son passé. Marcel Gauchet juge sévèrement que, ce qui lui a manqué pour être un grand président, c’est « la connaissance et l’amour de son pays, au lieu de la préférence pour sa petite personne et son minable bagage de bon élève ». De fait, on critique abondamment son narcissisme, mais peut-on se croire capable de diriger la France sans un égo en acier trempé ?

Paradoxalement, c’est peut-être Arthur Chevallier, préposé ici à la défense du président, qui donne la clé de son échec. Macron, nous a-t-il répété plusieurs fois, « ne veut appartenir à personne ». D’où sa propension à s’affranchir des bonnes manières, histoire d’épater le bourgeois (qui a voté pour lui). Désolés, mais quand on veut faire président, on accepte d’appartenir au peuple français.

Initials G.C.

La France a une nouvelle star appelée George Clooney


Nous avons perdu LA star française, mais en avons gagné une autre. Je ne comparerai pas l’homme qui vous fait du café à notre immortelle BB, symbole de la liberté et du désir triomphant. Mais le calendrier est taquin. Le 27 décembre, veille de la mort de BB, Clooney, sa femme et leurs jumeaux obtenaient la nationalité française. Ajoutons que le domaine de Canadel, modeste demeure où la famille Clooney a posé ses valises, est situé à une cinquantaine de kilomètres de La Madrague et la coïncidence a des airs de destin.

D’ailleurs, les mêmes qui ont craché sur le cercueil de BB parce que ses opinions politiques ne leur convenaient pas ont éructé à l’annonce de cette naturalisation, gauchistes aigris et égalitaristes renfrognés communiant dans la détestation des deux stars. Aux opinions politiques d’ailleurs radicalement opposées. Si BB est punie post-mortem pour sa sympathie pour les Le Pen père et fille, Clooney est gauchiste tendance propal. Seulement s’il n’est pas « d’extrême droite » comme ils disent, il est américain, ce qui était très mal, même avant Trump.

Nous avons ainsi assisté à un flot de protestations sur le thème « mon cousin paye des impôts depuis 20 ans et n’est toujours pas français ». Ces grincheux ont reçu le soutien de Trump, qui a ironisé sur le flair politique de l’acteur et la politique migratoire de la France, et celui d’une obscure ministre déléguée Marie-Pierre Vedrenne, qui « comprend l’appréciation de certains Français sur ce deux poids-deux mesures ».

Clooney a-t-il bénéficié d’un passe-droit ? Les sans-frontiéristes observent que le comédien ne parle pas bien notre langue alors que le Parlement a relevé le niveau exigé des candidats à la naturalisation (mesure qui les indignait…). Ils trouvent normal qu’on puisse se marier en France sous OQTF mais infâmant qu’on demande aux arrivants de parler notre langue. Sauf pour Clooney.

D’après Laurent Nunez, la procédure est parfaitement légale. Mais peu importe. Si Clooney a eu un passe-droit, la France a eu raison de le lui accorder. Les hommes naissent libres et égaux en droit ne signifie pas qu’ils contribuent également à l’humanité ni qu’ils laissent la même trace dans l’Histoire. Nous accordons la citoyenneté à des gens qui n’apportent rien à la France. Une star d’Hollywood, même islamo-gauchiste sur les bords, c’est une excellente prise. What else ?


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Brigitte Bardot, symbole d’une persistante résistance française

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La star a été inhumée hier, au cimetière marin de Saint-Tropez. Avant le début des obsèques, le curé a demandé à l’assistance d’éteindre les téléphones, clin d’œil à une vie marquée par la traque médiatique. Le cercueil en rotin était installé entre un grand portrait de BB, souriante, cheveux grisonnants, et un autre où elle tient un bébé phoque. Fidèle à ses volontés, la cérémonie s’est déroulée « sans chichi », avec des fleurs simples et une liste d’invités restreinte, choisie par ses proches et sa fondation dédiée à la protection des animaux.



Non, Brigitte Bardot ne symbolise pas la France disparue. Ce cliché des commentateurs occulte l’aura populaire qui entoure BB et ses combats pour les animaux et contre les censeurs. A cette aune, l’ex-commissaire européen Thierry Breton, Monsieur Propre des réseaux sociaux aseptisés et nouvelle coqueluche du système médiatique labellisé, représente un monde autrement plus fragile.

Gauloise sans filtre

Au-delà de l’actrice mythique et de la femme au corps libéré, une authentique résistante, disparue le 28 décembre, a été enterré hier à Saint-Tropez (83). La famille de Bardot, qui a refusé l’hommage national proposé par l’Elysée, a fait savoir qu’Emmanuel Macron n’était pas le bienvenu. Cette ultime insolence vient compléter le portrait de la « gauloise sans filtre » qui a toujours refusé d’obéir à « la dégradante obligation d’être de son temps » (Hannah Arendt).

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Jamais Marianne – dont un des bustes de la République a emprunté son visage – n’a été mieux représentée que par cette rebelle aux convenances. Bardot a perpétué la permanence de l’esprit français, empli d’audaces, de panaches, d’éclats de rire. Par l’intermédiaire d’un de ses amis, j’ai eu le bonheur de recevoir d’elle, en 2025, une photo la représentant sur sa « plage abandonnée » de la Madrague, entourée de quelques-uns de ses animaux, avec cette dédicace tracée de son écriture arrondie : « Pour Ivan, que j’aime de tout mon cœur, merci d’exister. Brigitte Bardot ». J’ai évidemment pris cette Légion d’Honneur comme un encouragement à persister, de mon côté, dans les dénonciations de la pensée obligée, du conformisme journalistique, du terrorisme intellectuel d’un progressisme n’ayant que l’insulte et la censure comme répliques. Non seulement la France révolutionnaire de Bardot n’a pas disparu, mais son peuple oublié est prêt à se faire entendre des « élites » qui aimeraient l’ensevelir avec le courageux lanceur d’alerte que fut cette guerrière indomptable.

Marine Le Pen: « Une femme gigantesque: la liberté, l’impertinence, la franchise, l’engagement et le sacrifice pour une cause qui se paient cher… »

La présence annoncée de Marine Le Pen lors des obsèques va alimenter un peu plus la diabolisation du personnage national par les pisse-froid. En s’y employant, la gauche pavlovienne consolide ainsi la stature universelle de celle qui n’a jamais obtempéré au politiquement correct ni à l’angélisme capitulard des faux-gentils. « La dérive vers la haine raciale », a titré Libération dans un de ses articles, en s’arrêtant à quelques propos isolés ou maladroits. Mais les lyncheurs « antiracistes » n’ont jamais rien dit de la proposition d’Alexis Corbière (NFP) d’installer des figures de Noirs dans la galerie de l’Assemblée nationale. Ils n’ont rien dit non plus de la sortie du député Carlos Martens Bilongo (LFI) dénonçant, le 23 décembre « la pauvreté intellectuelle dans les territoires, dans le Nord de la France ». Ils n’ont pas davantage commenté les vœux d’Éric Coquerel ou de Sébastien Delogu (LFI) d’avoir des « maires racisés ». Quant à la dernière réflexion de Danièle Obono (LFI) avouant avoir été gênée, lors de la Fête de l’Huma, de se retrouver dans une « fête de la gauche blanche », elle a été vue comme une réflexion légitime.

L’obsession de la race et la détestation du Blanc sont les dénominateurs communs des calomniateurs de Bardot. La meute mérite le mépris.

L’obscénité de l’action

Les actions du président américain nous déconcertent autant que nous envions sa résolution. Qu’est-ce qui est le plus indécent: ses décisions unilatérales et brutales ou l’absence de prise de décision de nos dirigeants?


Etrange époque. Là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique, un être s’agite, est sans cesse en mouvement, agit, passe à l’acte, fait ce qu’il dit, glorifie ce qu’il fait, fusionne l’un avec l’autre, la langue et le geste, la parole et la chose, nous laisse interloqué, écœuré ou hypnotisé. L’effet produit au cours de cette année de présidence par Donald Trump concerne autant la nature même de ses actes – guerres commerciales avec l’Europe, bombardement de l’Iran, intervention au Venezuela etc…- que ce qu’elle nous donne à contempler, à vérifier, à éprouver ce contraste avec notre propre immobilité. Le spectacle du mouvement. Et celui d’une parole semblable à celle utilisée dans les ballets classiques, descriptive tout au plus, au service de l’action. Car chez nous et depuis longtemps, le geste, le passage à l’acte par lequel il se montre, la prise de décision est depuis longtemps suspecte, comme une indécence publique, une sorte d’obscénité politique. La fonction même est chez nous purement oratoire, divinatoire, stylisée, raffinée, complexifiée. Nous écoutons non sans lassitude les joutes verbales à l’Assemblée nationale et, barde suprême, notre Roi du ni-ni, seigneur du en même temps, quintessence la demi-mesure, Hamlet de pacotille qui n’aura pas manqué une fois de plus de briller ces dernières heures en se félicitant puis en critiquant l’extraction martiale de Maduro.

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Ainsi en va-t-il de notre fascination pour ces êtres au Surmoi relâché, se jouant de nos inhibitions constitutives à l’instar d’un Bernard Tapie dans les années 80, dur et agissant à l’orée de notre récession. Un Européen ça s’empêche, disait peu ou prou l’un de nos philosophes adulés. Quitte à succomber pétrifié au pied de l’Histoire avec sa grande H ? Nous avons nous nos procédures, nos normes et nos directives. Et leur vigilante inflation, en guise de coming-out, qui nous font dans notre train de sénateur contempler cet agité du bocal, le courroux plein les lèvres…

Ah ce trublion ! cet Ubu vulgaire ! colérique, narcissique et factieux qui jouit sans frontières quand l’Européen que nous sommes peine à s’échauffer, le fantasme édulcoré par le réchauffement climatique et la désindustrialisation, coït moins interrompu que neutralisé par tant de paradoxales injonctions. Le corps de l’Etat-providence mou comme une chique, ouvert aux quatre vents, nous attendons l’entracte pour aller consommer au parterre une infusion tilleul-menthe avec l’œil sévère d’une bonne mère de famille, la conscience sans faux plis, les droits de l’homme en bréviaire, satisfaits d’être divertis à bas prix (pour l’instant) par ces hyperactifs du Far ouest (et Est). Nous nous endormons la bouche pleine de mots, gras ou suaves, la rhétorique au front, l’indignation au nez, bercés par le prince Mychkine. La beauté sauvera le monde. Mais oui Fiodor.

Donald Trump: la force pour le droit?

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Donald Trump a-t-il lu Pascal ?


Le président Donald Trump se veut gendarme du monde et, dans le meilleur des cas, avec l’intervention américaine au Venezuela, l’arrestation et la première comparution de Nicolás Maduro (qui a plaidé non coupable), il a ouvert une brèche, dans la géopolitique mondiale, qui pourrait profiter à la Chine et valider rétrospectivement l’invasion de l’Ukraine.

Pour le meilleur et pour le pire

Le bouleversement qu’il engendre par sa conception très particulière de la diplomatie, au seul service des intérêts de son pays, ne peut être appréhendé de manière univoque — entre détestation et adhésion — mais doit être analysé avec la complexité que requièrent les actions de ce président totalement atypique. Pour le meilleur comme pour le pire.

On a d’autant moins de scrupules à ne pas éluder les zones d’ombre que Donald Trump, avec un cynisme réjoui, n’hésite pas à nous les offrir en pleine lumière, en affichant par exemple, au Venezuela, l’aubaine que représentera l’exploitation du pétrole pour les compagnies américaines.

Mais rien n’est simple avec Donald Trump. On peut dénoncer cet impérialisme qui, avec bonne conscience, se juge légitime à s’occuper de tout ce qui le regarde, selon des critères largement étendus. Mais, dans le même temps, il serait malhonnête de ne pas voir, dans les entreprises internationales du président américain, des ressorts et des exclusions qui ne peuvent que complaire aux démocrates réalistes de tous les pays.

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Le président Macron l’a dit, et il a eu raison, avant de déplorer la « méthode » employée par Trump : au Venezuela, on a mis fin à une dictature, et le peuple ressentira les bienfaits de ce changement.

L’autocratie, la corruption généralisée et la misère dominaient sous Nicolás Maduro. Qui peut, de bonne foi, tenir pour négligeable une telle avancée, une telle libération ?

Il y a donc là un mélange de morale internationale ayant trouvé son dû et d’économie profitable. Il convient d’accepter qu’avec Trump, les droits de l’homme ne seront jamais dissociés de la rentabilité américaine ni de la puissance d’un pays – rêvée aussi écrasante que son chef entretient de lui-même une opinion indépassable.

Pascal: « La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique »

Pour l’Iran, qui oserait contester que venir empêcher une barbarie intégriste de « tuer » ses opposants est une bienfaisante menace et une intimidation nécessaire ? Le guide suprême a d’ailleurs compris la teneur du message vénézuélien : avec son cercle de fidèles, sa fuite pour la Russie serait programmée si le pire survenait pour cette théocratie indigne.

J’entends bien que se camper avec une telle arrogance comme gendarme universel impose — même à quelqu’un d’aussi indifférent au jugement international que Donald Trump — une exemplarité au moins relative, ainsi qu’un ciblage soigneux des causes à défendre ou à combattre ; faute de quoi les États-Unis se verraient dénier toute légitimité, même minimale, à jouer les justiciers.

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Il me semble que le président américain devra, d’une part, évaluer dans quelle mesure ses initiatives internationales sont susceptibles de le contraindre — ou non — à « revisiter », sur certains points, sa politique étrangère et, d’autre part, à interroger le rapport entre sa force et le droit.

En effet, même un Donald Trump, qui ne semble guère disposé à s’embarrasser de considérations humanistes jugées superfétatoires, ne pourra éluder, dans l’ordre international qu’il entend façonner, l’obligation d’habiller la force en morale. La mise à l’écart de l’ONU ne fait, en réalité, que transférer cette exigence morale vers et sur les grandes puissances.

Pascal l’a énoncé admirablement : la force sans le droit est injuste… Inutile que le président Trump le lise pour comprendre l’évidence. Gabriel Attal, dont la position n’est guère éloignée de celle du président Macron sur les affaires internationales, a souligné que « nous n’avions plus les moyens de nos indignations » — ce qui est vrai — mais surtout que « les démocraties devaient dorénavant retrouver la voie de la force, si elles souhaitent que le droit prévale de nouveau ». C’est un paradoxe amer, mais tellement pertinent. Il pourrait donner corps à une idée que j’ai toujours défendue et qui, dans le contexte international actuel, apparaît plus nécessaire que jamais : une démocratie a le droit de se défendre avec vigueur sans se renier. Elle n’a pas vocation à tendre, par lâcheté ou par mauvaise conscience, l’autre joue diplomatique. Une leçon pour nous, et pour d’autres.

Quand Charles Alloncle file des boutons aux mandarins médiatiques et à Xavier Bertrand…

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Le rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, vent debout contre les dérives idéologiques des antennes et la gabegie financière à France télévisions et Radio France, a été prié de cesser de faire de la politique-spectacle.


La commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’audiovisuel public a d’ores et déjà permis d’apprendre ou de confirmer certaines choses intéressantes sur le fonctionnement de cette institution médiatique, sur son orientation idéologique, sur ses connivences politiques, sur sa catastrophique gestion financière, sur ses accointances douteuses avec des maisons de production privées, sur les rémunérations, primes et avantages sociaux de ses employés, etc.

Faites le taire !

Le rapporteur de ladite commission, Charles Alloncle, ne s’est pas fait que des amis, c’est le moins qu’on puisse dire. Le jeune député UDR de l’Hérault, qui connaît son dossier par cœur, est pugnace tout en restant courtois. Il ne se laisse démonter ni par l’arrogance des uns – Patrick Cohen s’est une fois de plus distingué dans ce domaine – ni par les tentatives d’enfumage des autres. Après quelques auditions éprouvantes, les mandarins du système médiatique ont décidé de s’ériger en martyrs de la liberté d’expression, en victimes de l’extrême droite. Solidaires, les médias dominants relaient leurs plaintes douloureuses…    

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La presse mainstream subventionnée est sur le pied de guerre : il faut sauver l’audiovisuel public par tous les moyens. Télérama, Libération – où officie Thomas Legrand, surpris dans un café parisien avec deux éminents représentants du Parti socialiste auxquels il promettait à demi-mot le soutien de France Inter en cas de candidature de Raphaël Glucksmann aux prochaines présidentielles – condamnent en bloc cette commission et ses objectifs inavouables, selon eux. De son côté, Le Monde se déchaîne contre Charles Alloncle, rapporteur d’une commission qui serait, tenez-vous bien, la « caisse de résonance des obsessions des médias de Vincent Bolloré ». Rappel qui a son importance : Télérama et Le Monde appartiennent au même groupe contrôlé par le banquier gauchiste Matthieu Pigasse, également actionnaire de Mediawan, entreprise culturelle travaillant pour France TV, produisant plusieurs émissions dont C à vous, animée par Élisabeth Lemoine et… Patrick Cohen.

Le rappel à l’ordre de Jérémie Patrier-Leitus

Ce mercredi 7 janvier, trois journalistes du Monde, pas moins, ont donc uni leurs plumes pour dézinguer Charles Alloncle. Feignant de découvrir l’utilisation des réseaux sociaux dans le milieu politique, ils s’indignent de ce que le rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public les utilise – ce qui est parfois le seul moyen de porter à la connaissance du public des informations que les médias dissimulent. De plus, ce « bardelliste » serait « noyé sous les éloges de l’animateur phare de CNews Pascal Praud » – ce qui révèle vraisemblablement un retour des heures les plus sombres de notre histoire. Heureusement, se réjouissent-ils, le président de ladite commission, Jérémie Patrier-Leitus, a mis le holà en convoquant le bureau afin d’établir quelques « principes » avant de poursuivre les travaux. Il est possible que les courriers de Mme Veil, présidente de Radio France, et de Patrick Cohen, envoyés à M. Patrier-Leitus et à l’Arcom pour se plaindre des mauvais traitements qu’ils auraient subi lors de leurs auditions, aient pesé dans la décision du président. Quoi qu’il en soit, cette « séance de recadrage » satisfait Le Monde qui, ce même jour, a ouvert ses colonnes à Xavier Bertrand. Le président LR des Hauts-de-France signe une tribune dénonçant « les assauts de l’extrême droite contre la presse ». C’est original. M. Bertrand est la proie d’une idée fixe qui lui sert de seul et unique programme politique : le combat contre l’extrême droite. Il aimerait tonitruer mais ne parvient qu’à piauler de sempiternelles platitudes sur la démocratie et les valeurs républicaines supposément en danger. Il voit naturellement d’un mauvais œil les auditions dirigées par Charles Alloncle et affirme que « l’extrême droite œuvre, dans un silence assourdissant, pour tenter de mettre au pas des journalistes qui ne pensent pas comme elle ». C’est qu’il y tient à son rond de serviette dans l’audiovisuel public, le matamore républicain.

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Dernièrement encore, il y promouvait son livre intitulé Rien n’est jamais écrit. Pourtant, si, une chose était écrite – l’insuccès de ce bouquin et son destin inéluctable : le pilon. Une autre semble également inscrite dans le marbre : malgré ses prétentions, Xavier Bertrand ne sera jamais président de la République. En attendant d’être confronté à cet échec, M. Bertrand roule des mécaniques dans les médias publics en admonestant « l’extrême droite » et déclare, dans La Voix du Nord, vouloir « mettre [ses] idées dans le débat ». Lesquelles ? On ne sait pas. On sait seulement, grâce au Monde, qu’il ne confond « jamais l’extrême droite avec ses électeurs », ces derniers étant, selon lui, « les premières victimes de stratégies de manipulation, de colère organisée et de désinformation planifiée », et qu’il fera tout pour défendre les pauvres journalistes « intimidés, surveillés » par l’extrême droite. D’ailleurs, il enjoint à tous les responsables politiques de réagir pour « garantir la liberté d’expression de chacun ». Du vent, du vent et encore du vent – et nous comprenons enfin pour quelle raison les Hauts-de-France sont la région où il y a le plus d’éoliennes…

Rien n'est jamais écrit

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Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Venezuela: et si Donald Trump pensait avant tout aux «midterms»?

L’intervention des États-Unis au Venezuela serait-elle uniquement motivée par la captation de ses réserves de pétrole ? Ce ne serait pas la première fois dans l’histoire… Mais l’Amérique de 2026 étant moins dépendante des hydrocarbures étrangers, les objectifs de cette opération pourraient aussi être encore plus triviaux. Analyse.


L’éviction de Nicolás Maduro a ravivé un débat central dans la politique américaine: l’affirmation de la puissance à l’étranger renforce-t-elle ou affaiblit-elle le président Trump sur le plan intérieur ? Si l’épisode vénézuélien peut offrir un second souffle aux Républicains, les gains électoraux demeurent incertains.

Une popularité en berne un an après son élection

À quelques jours du 20 janvier 2026, date anniversaire du retour de Donald Trump au pouvoir, le bilan est mitigé. Une politique agressive à l’international, des droits de douane massifs, une offensive conservatrice sur le plan culturel et une gestion stricte de l’immigration ne semblent pas être la voie vers un âge d’or américain, mais plutôt un cocktail explosif annonçant une potentielle défaite aux midterms de novembre. Trump patine dans les sondages. Selon The Economist, 39 % approuvent, 56 % désapprouvent et 4 % ne savent pas quoi penser de sa politique. C’est moins que son prédécesseur Joe Biden qui récoltait en janvier 2022 un taux d’approbation de 40 %. Si les midterms sont souvent difficiles pour le président en exercice, il s’agit d’une dure réalité pour celui qui a remporté tous les États-clés il y a un an et qui estime que « Sleepy Joe » incarne le pire président de tous les temps.

A lire aussi, Randy Yaloz et Harold Hyman: Venezuela: «La base trumpiste rejette les guerres longues mais pas les opérations chirurgicales»

L’impopularité de Trump s’explique par sa gestion de l’économie qu’il ne parvient pas à faire décoller. Alors que l’inflation a miné le bilan économique de Joe Biden (3 % en 2024), elle demeure élevée sous Donald Trump (2,7% en 2025). Surtout, les prix de l’énergie, dont dépendent beaucoup d’Américains des classes moyennes et populaires, ont augmenté de 4,2% en 2025 contre 2,8% en 2024. Ainsi, ce retour de bâton pourrait s’avérer fatal pour les Républicains à moins d’un an des midterms. Ils en ont d’ailleurs déjà subi les frais en novembre dernier. Aux élections municipales de New York et de Miami, les démocrates Zohran Mamdani et Eileen Higgins ont remporté les élections haut la main. Très à gauche, M. Mamdani est le premier maire musulman qui a réussi à gagner Big Apple en promettant de lutter contre la vie chère. Mme Higgins a réussi l’exploit d’arracher Miami aux Républicains qui tenaient la ville depuis trente ans en promettant de rendre les logements plus abordables.

Le décrochage de la base MAGA historique

Le cœur du malaise MAGA repose sur un sentiment de trahison. La campagne de 2024 s’articulait autour de messages clairs : « America First », « No More Wars », refus du « nation building », et transparence radicale face à ce que Trump appelait « l’État profond ». Un an plus tard, une partie significative de ses plus fidèles soutiens estiment que ces engagements n’ont pas été respectés. L’opacité persistante autour du dossier Epstein, la pression inflationniste toujours palpable et l’absence de rupture nette avec l’interventionnisme nourrissent une défiance croissante. Le danger pour Trump n’est pas tant la mobilisation de ses adversaires que la démobilisation de ses propres électeurs qui l’accusent de trahison. Un désistement de poids est celui de Marjorie Taylor Greene qui a décidé de quitter son siège au Congrès sur fond de désaccord avec la Maison Blanche. 

La politique étrangère cristallise particulièrement les critiques. Trump avait promis la fin de l’engagement américain en Ukraine, une désescalade au Proche-Orient et le rejet des conflits sans fin. Pourtant, fin 2025, aucune de ces promesses n’a été tenue. Pire, le président Trump paraît impuissant pour renverser la vapeur. L’implication continue à Gaza, les frappes contre l’Iran et désormais l’opération au Venezuela renforcent l’idée d’une dérive, voire pire : un enchaînement de promesses non tenues. Pour une frange de l’électorat MAGA, la question est directe : pourquoi investir énergie et ressources à l’étranger quand les questions de la frontière Sud, de la dette publique et de la réindustrialisation restent irrésolues ? Pour beaucoup, le Venezuela ressemble davantage à une diversion qu’à une extension cohérente de la doctrine « America First ».

Le Venezuela pour se refaire électoralement ?

Dans ce contexte, le président américain a pu ressentir le besoin de ramener une victoire à la maison afin de dynamiser sa base. Un tel coup de force contre l’une des pires dictatures d’Amérique latine aurait de quoi galvaniser l’électorat hispanique. Il faut ici rappeler que les Latino-Américains ne votent que depuis peu pour le Parti Républicain et qu’il s’agit d’un électorat déterminant, notamment parce qu’il n’est plus acquis aux Démocrates comme autrefois. C’est là tout l’enseignement de la victoire de Trump en 2024 : la démographie n’est pas nécessairement du côté de la gauche. Selon le centre de recherche Edison, 46% des électeurs hispaniques ont voté pour Donald Trump en 2024 contre 32% en 2020, une percée spectaculaire de 14 points alors que la population hispanique américaine a presque doublé entre 2000 et 2024, passant de 35 à 68 millions. Ainsi, le renversement de Maduro est un gage à l’égard des diasporas latino-américaines qui gardent un souvenir amer des régimes socialistes, d’autant que les quelque 500 000 Vénézuéliens présents aux États-Unis ne manqueront pas de rappeler à leurs proches les apories du régime chaviste dont la répression a fait plus de 18 000 morts.

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Mais cette opération électorale s’avère risquée car elle pourrait aussi démobiliser une partie de la base dans un scrutin serré. Le cœur historique du mouvement MAGA s’est d’abord construit par rejet de l’interventionnisme et par promotion d’un certain isolationnisme, autant de principes aujourd’hui reniés par l’administration Trump. Surtout, certains élus américains sont très attachés au respect des prérogatives du Congrès, c’est pourquoi ils voient d’un mauvais œil cette opération unilatérale. Justement, le Sénateur Rand Paul a fait savoir son opposition ferme aux méthodes employées par le Département de la Défense, allant jusqu’à suggérer qu’il pourrait faire cavalier seul aux prochaines élections et inciter d’autres candidats à faire de même alors que le Grand Old Party ne peut se permettre de diviser ses voix. Si cela ne rapportera pas de voix aux Démocrates, le risque d’une démobilisation est à prendre en compte.

L’équation électorale de 2026 est une des clés de compréhension de l’action du président Trump. Si ce dernier perd le Congrès, il ne pourra plus gouverner efficacement et sera dans la même situation que Barack Obama à partir de 2014, impuissant. Dans ces circonstances, cela signerait la fin de son second mandat – et donc du trumpisme alors que le président ne peut plus se représenter après 2028…


Pierre Clairé, directeur adjoint des études du think-tank gaulliste et indépendant Le Millénaire, spécialiste des questions internationales et européennes. Sean Scull, chargé d’études États-Unis du Millénaire, auteur de Le Populisme, symptôme d’une crise de la démocratie, comment le néolibéralisme a triomphé en France et en Suède, L’Harmattan (2024). Augustin Bataille, analyste du Millénaire.

Vade retro extremedroitas!

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Le journal Libération ne parlera plus d’ «union des droites»


Et tient à le faire savoir comme si c’était un acte héroïque1. Le mot chien ne mord pas disent les linguistes. Mais pour Libé (où certains journalistes doivent trouver Maduro plus fréquentable que Marine Le Pen), le mot « union » unit. Derrière l’apparente neutralité de la formule « union des droites », Libé dépiste un concept destiné à faciliter ce funeste processus.

Car pour les journalistes de Libé qui semblent avoir été congelés dans les années 80, le rapprochement entre la droite dite classique et ce qu’ils appellent l’extrême droite (en l’occurrencen le RN et Reconquête) ne serait pas seulement une évolution politique mais une transgression morale. C’est une question de prophylaxie sociale – d’où le terme « cordon sanitaire ». Ce qu’on appelle l’union des droites se résume selon Libé à des accointances honteuses entre LR et extrême droite.

En réalité, il n’y a pas de parti d’extrême droite en France. Du moins, pas à l’Assemblée. Jean-Marie Le Pen est mort et sa fille a depuis longtemps répudié son héritage politique. Mais le clergé de gauche continue à brandir ses croix pour conjurer le mal. Vade retro extremedroitas ! Le message adressé à tous ceux qui oseraient franchir le Rubicon : ils seront traités en infréquentables….

N’est-ce pas un combat d’arrière-garde ?

En tout cas, c’est celui de Libé et de toute la gauche politique et médiatique.

On les comprend : le cordon sanitaire a permis à la gauche quoique minoritaire de se maintenir au pouvoir et en prime de jouer les professeurs de vertu. L’antifascisme de bazar (que Lionel Jospin lui-même qualifiait de « petit théâtre antifasciste ») a légitimé l’abandon des classes populaires (ces ploucs qui n’aiment pas le multiculti) et dispensé le camp progressiste de toute réflexion. Et alors que le pays est majoritairement à droite, cette interdiction de l’union pourrait encore exclure la droite du pouvoir.

Reste à savoir si ce chantage moral va encore fausser les prochaines élections.

Cela fait encore débat chez LR. Ce mois-ci, Bruno Retailleau dit dans Causeur : « Marine Le Pen n’est pas raciste, ni fasciste mais socialiste. » De fait, Marine Le Pen ne se dit pas de droite, ce qui complique l’union des droites. Mais sur le régalien, tout de même, les convergences sont évidentes. Et si MM. Wauquiez et Sarkozy pensent qu’il est temps d’en finir avec l’interdit moral, d’autres comme Xavier Bertrand et Valérie Pécresse jouent toujours les vierges effarouchées. A défaut d’être élus pour redresser la France, ils auront l’immense honneur d’être encensés par Libération.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Patrick Roger

  1. https://www.liberation.fr/politique/pourquoi-liberation-nemploiera-plus-lexpression-union-des-droites-20260106_UBY24H6UGVCLHCFIQM5GIYKE54/ ↩︎

Point médian et point de ponctuation

Le Conseil d’Etat vient de rejeter le pourvoi de l’Association Francophonie Avenir contre la Mairie de Paris. Qui peut donc utiliser des points médians sur des plaques commémoratives…


Pendant qu’Emmanuel Macron faisait une réunion à l’Elysée, on apprend que le Conseil d’Etat vient d’autoriser l’écriture inclusive sur les plaques commémoratives de nos mairies. Ainsi peut-on lire désormais, dans le couloir menant à l’hémicycle de l’Hôtel de Ville de Paris : « Président.e.s et conseillers.e.s. » Que voilà du « bon français » cher à l’Ordonnance de Villers-Cotterêts !

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C’est en 2017 que cette « réactualisation » des marbres, passée inaperçue, avait eu lieu pour la bagatelle de 18600 euros. Sauf que l’association Francophonie Avenir, qui milite depuis des années pour la défense de notre langue française, avait dévoilé, en 2021, le pot aux roses. Montée au créneau, elle dénonçait une graphie idéologique qui, violant le principe de neutralité et l’article 2 de la Constitution, était illégale. Et de demander à Madame la maire de se corriger et de ne plus recommencer. La maire ne répondit pas. Silence valait refus. L’Association décide alors, en 2022, de porter l’affaire devant le tribunal administratif de Paris qui rejette, en mars 2023, toutes les demandes de la requérante : annulation du « refus implicite » de la maire, illégalité déclarée de l’inclusive, obligation, à l’avenir, pour la mairie de bannir l’inclusive. Qu’à cela ne tienne, dit l’Association qui se bat comme un.e.lion.ne. Portons l’affaire au plus haut niveau : le Conseil d’Etat. Aussi dit que fait que décrété. Le 6 janvier 2026, la plus haute juridiction administrative française (à dire dix fois en 5 secondes) rejette le pourvoi et tranche.

Les arguments de l’AFRAV, dit, en substance, le Conseil d’Etat, ne reposent sur rien de sérieux. Et d’abord, ce point médian n’est pas « un point médian » mais un simple « point de ponctuation » qui ne sert qu’à rendre visible le féminin, évitant de répéter le mot entier. Argument de poids quand on sait le prix du marbre et celui d’un mot gravé supplémentaire. Ensuite, l’inclusive constitue une forme valide de la langue française. Valide, valide… C’est vite dit. Comment le /la maire/e dira-t-elle, à haute voix, si le contexte l’y oblige, dans le cas d’un dévoilement de plaque, par exemple, ce qui est écrit ?

A lire aussi: Bilinguisme franco-anglais de la carte d’identité: une forfaiture

Les médias ont compris qu’il y avait là une histoire de cornecul. Pourquoi, ont écrit de petits futés, l’inclusive a-t-elle été bannie, par décret, des textes administratifs officiels et est-elle autorisée, sur les plaques où sont inscrits les noms des édiles ? Permise ici, et interdite là ? Pourquoi cette discrimination ? Les Français, tout à leurs souvenirs écoliers traumatisants de circonflexes, voient-ils bien l’entreprise de destruction que subit notre langue à vitesse accélérée depuis trois décennies ? Et de manière vertigineuse depuis trois ou quatre ans ? Tout à leurs écrans, se rendent-ils compte que, dans trente ans, on n’écrira plus le français ?

Enfin, même si on sait que la langue française est subtile voire tarabiscotée, d’une insolente irrationnalité — au pays de Descartes, c’est un comble !– il faudra quand même que nos linguistes et nos Eveillés nous expliquent la différence entre un point médian et un point de ponctuation aux frontons de nos mairies.

La guerre au français

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L’Art déco, une révolution française

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© Les Arts Décoratifs / Christophe Dellière

L’Art déco a cent ans. Pour cet anniversaire, le musée des Arts décoratifs de Paris explore les courants de ce mouvement multiforme qui a bouleversé les arts, l’architecture, et imposé une nouvelle vision du monde…


L’Art déco est un univers qui a pour galaxies l’architecture, la décoration, le mobilier, la joaillerie, la mode, les arts-graphiques, les transports… Apparu discrètement en France dans le sillage de l’Art nouveau avant la Grande Guerre, il s’est développé dans les années 1920, à la faveur des Années Folles. On le reconnaît à son esthétique structurée, géométrique, qui allie épure contemporaine et préciosité néoclassique. 

Modernité et vitesse

Ce mouvement artistique « total » a fêté ses cent ans en 2025 avec plusieurs expositions. Celle toujours en cours au musée des Arts Décoratifs de Paris fait écho à l’« Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes » de 1925 qui est considérée comme l’acte de naissance officiel de ce courant. Un courant synonyme de modernité, de vitesse, d’innovation, de luxe, mais aussi d’accessibilité au design pour les classes moyennes. Une révolution française esthétique.

Le parcours chronologique et thématique qui se déploie à travers la nef et dans les étages du musée des Arts décoratifs permet de suivre ses origines, son apogée, son développement et ses réinterprétations contemporaines. Tel ce train mythique de l’Orient-Express de 1926 en partie reconstitué auquel répondent les cabines revisitées par l’architecte Maxime d’Angeac. Soit le raffinement et le savoir-faire du voyage à la française rehaussés d’une touche de XXIe siècle, avec mobilier et vaisselle, sans oublier appareils wifi: aimer l’Art déco, c’est ici aimer le rétro-moderne.

A lire aussi, Thomas Morales: Prenez le train de l’Art déco!

L’expo fait la part belle aux intérieurs, dont le boudoir de la baronne de Rothschild qui, en la matière, a donné le « la ». Pour elle, les artistes décorateurs Clément Mère et Clément Rousseau ont conçu une table à journaux, des boiseries de style Louis XVI, un bureau à gradins, le tout abondamment parsemé de matériaux précieux et colorés. Au visiteur ensuite de faire le lien avec l’architecture, incarnée par le Pavillon des renseignements et du tourisme de Robert Mallet-Stevens, cet immeuble iconique en béton à angles droits avec sa tour agrémentée d’ailerons plats édifié en 1925. Tout cela révèle l’éclectisme du style Art Déco. Ce même Mallet-Stevens s’est d’ailleurs beaucoup intéressé à la décoration intérieure aux côtés de Jacques-Émile Ruhlmann, Jean-Michel Frank et Eileen Gray. Cette dernière, Britannique, a aussi fait le grand écart: elle a d’abord expérimenté les laques avant de se pencher sur les meubles tubulaires bon marché. Ce procédé tubulaire a aussi inspiré des créateurs suédois et le Nationalmuseum de Stockholm a prêté pour l’occasion chaises, bureaux et même appareils électro-ménagers. Leurs lignes fonctionnalistes font fortement penser au Bauhaus, ce mouvement contemporain de l’Art déco qui a également disparu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Un fonds remarquable

Les années 1920-1930 sont marquées du sceau des progrès techniques, et l’exposition le souligne au fil de plusieurs espaces. La vitesse est à l’honneur sur terre, sur mer et dans les airs. Les trains, les gares, les paquebots – tel le Normandie – et les premiers avions de tourisme sont les meilleurs ambassadeurs de ce style décoratif sophistiqué qui incarne un nouvel art de vivre. L’Art déco bénéficie également d’une vitrine originale grâce au cinéma, autre reflet de la modernité, à travers de nombreux décors de films… Enfin, l’influence de l’art et du mobilier extra-européen est pleinement reconnue. Quelques éléments africains, chinois et plus encore japonais en attestent. Commodes, kimonos, laques et vases imposent l’idée de la ligne pure. Le nom de Charlotte Perriand, créatrice et décoratrice proche de Le Corbusier qui a longtemps vécu au Japon s’impose. Elle a déjà eu droit à des expositions monographiques, notamment au Centre Pompidou, et est ici présente à travers l’un de ses sièges pivotants. 

Si l’on se projette au-delà du cadre de l’exposition, on comprend que les Américains vont inventer le « streamlined », et les Français la ligne « épurée » avec sa référence permanente au design japonais – qui va aussi inspirer les Scandinaves. Grâce à l’Art déco français, le Japon a croisé la Suède. Le cubisme se taille également une belle part de cette effervescence artistique en plaçant l’Art déco aux confluences picturales et sculpturales de son époque. Ce centenaire est enfin l’occasion de célébrer le musée des Arts Décoratifs qui a joué un rôle majeur dans la reconnaissance de ce mouvement. Dès ses débuts, l’institution a accueilli les salons de la Société des Artistes décorateurs et a constitué une collection d’une richesse exceptionnelle. Nombre des pièces exposées actuellement sont issues de son fonds remarquable.

À voir :

« 1925-2025 : Cent ans d’Art déco », Musée des Arts Décoratifs de Paris, jusqu’au 26 avril 2026.


En français dans le texte !
Entretien avec Emmanuel Bréon, conseiller scientifique de l’exposition.


Causeur. Le caractère français de l’Art déco a été oublié après-guerre, est-il désormais reconnu ? 
Emmanuel Bréon. Son caractère français est reconnu par le monde entier, mais peu en France ! À Miami, en 1973, l’Association pour la préservation de l’Art déco a été créée sous l’impulsion de Barbara Capitan, bientôt suivie d’émules dans de nombreuses villes américaines. Toutes ces associations ont toujours proclamé que l’Art déco était né en France. Ce n’est qu’après l’expo de 2013 à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, à Paris, « Quand l’Art déco séduit le monde », que la Société des Arts déco de France a pris son envol. Ironie de l’histoire, il n’y a pas eu d’exposants américains à l’expo de 1925 ! Le gouvernement fédéral ne pensait pas que les États-Unis avaient assez de créations à exposer, mais il a envoyé des observateurs.

L’Art déco est-t-il le dernier style qui allie le décoratif, l’ornemental, au fonctionnalisme moderne ?
C’est le dernier règne des belles matières, mais il ouvre la voie à la modernité. L’Art déco est pour moi comme un logiciel, articulé très souvent autour de l’octogone, dans lequel on met ce qu’on veut selon sa nationalité. Les Américains y ont placé la tête d’un chef Sioux et les Japonais une carpe. Il reste à la fois un grand style, et peut-être le dernier, qui a été prolongé jusqu’à la Seconde Guerre mondiale par le streamline (style paquebot) aux États-Unis, à Miami notamment. C’est le refus du dogme « ornement égale crime » prôné par Le Corbusier. 

Est-ce un style qui peut être ressuscité sans se transformer en pastiche ?
Il y a énormément d’architectes actuels qui imitent l’Art déco, telles les maisons à la Mallet-Stevens construites notamment par Maurice Culot. Quand l’esprit, les matériaux et la qualité sont réunis, le néo-Art Déco est beaucoup plus valable que le néo-haussmannien qui n’est que du façadisme • 

La chute d’un tombeur

Emmanuel Macron quitte Downing Street après une réunion sur l’Ukraine, Londres, 8 décembre 2025 © Szymanowicz/ZUMA Press Wire/SIPA

Emmanuel Macron est toujours président mais il n’est plus vraiment au pouvoir. L’heure est déjà au bilan, et il n’est pas glorieux : immigration incontrôlée, déclin économique, progression de l’islamisme, désastre de l’École. Au-delà des erreurs partagées avec ses prédécesseurs et d’une détestation excessive et déplaisante de sa personne, le plus jeune président de la République s’est employé à tout gâcher, ou presque.


Jeune, beau, brillant, enthousiaste : le gars semblait taillé pour l’emploi. Certes, il ne fallait pas être trop regardant sur les paroles. Justement, on ne l’était pas. Sinon, qu’un candidat à la fonction suprême de la République française puisse déclarer qu’il n’y a pas de culture française nous aurait mis la puce à l’oreille. On aimait la musique qui racontait qu’avec ce jeune prodige, nous allions entrer dans le xxie siècle sans douleur et sans sacrifice. Tous les celles-et-ceux du monde allaient se donner la main dans la grande farandole du progrès. Bon, pas les déplorables populistes, mais eux aussi finiraient par être touchés par la grâce macroniste. On allait libérer les énergies, détruire les blocages, réenchanter la politique. La droite et la gauche raisonnables sortiraient de ce bain de jouvence relookées, régénérées et réconciliées.

Nous avons été les complices consentants d’un tour de passe-passe. Macron l’enchanteur ne nous a pas vendu un grand projet, une vision du monde et de la France, il a fait don à la France de sa personne et de sa parole, convaincu que le charme indéniable de la première garantirait le caractère performatif de la seconde. Je parle donc j’agis. La preuve par la réforme des retraites votée après des mois de bazar et suspendue après des semaines de palabres. « Macron a à cœur de démontrer que sa vision est la plus réfléchie, la plus logique », affirme Arthur Chevallier. Ça ne se voit pas à l’œil nu.

Huit ans après son entrée à l’Élysée, la France compte les semaines qui la séparent de 2027 dans l’espoir d’un grand reset. La recomposition annoncée se réduit à un centre ondoyant entre droite et gauche, ce qui n’est pas franchement révolutionnaire. Pour le reste, la facture est salée : 3 millions d’immigrés sont entrés dans le pays sans que l’on fasse quoi que ce soit pour dégripper la machine à fabriquer des Français appelée assimilation ; l’islam radical a prospéré en conséquence ; le déficit commercial a atteint des niveaux inégalés ; la dette, n’insistons pas ; et nous préférons oublier de combien de points nous avons plongé dans les classements PISA.

Le président est abandonné par nombre de ses soutiens. Le patronat l’a lâché. À l’instar de Nicolas Baverez, nombre d’intellectuels, qui avaient vu avec intérêt cette apparente boule d’énergie débouler dans la politique française, se désolent aujourd’hui de la suite de renoncements et de changements de pieds baptisés « en même temps » pour leur donner l’air d’une stratégie.

Arthur Chevallier observe que, dans le face-à-face, Macron retourne ses interlocuteurs. Mais il ne peut pas parler à chaque Français. Et une partie du pays lui voue une haine si profonde qu’elle est prête à gober et propager les bobards les plus abjects ou insensés. Le caractère irrationnel, fanatique et impitoyable de cette détestation incline à prendre sa défense. Emmanuel Macron a commis suffisamment d’erreurs concrètes et montre assez de défauts bien réels pour qu’on n’ait pas à le charger de péchés imaginaires.

Bruno Retailleau déplore que le président « s’adresse aux Français comme à des clientèles successives, au lieu de leur parler comme à un seul peuple ». À l’évidence, certaines clientèles sont plus dignes de l’attention présidentielle que d’autres. La France des clochers et des bistrots n’accuse pas seulement le président de l’abandonner, elle croit qu’il veut la détruire – alors qu’il entend seulement la convertir au Progrès, même si elle doit le payer par l’effacement de ses anciens cadres de vie et de pensée. Comme l’observe Alain Finkielkraut, le droit fondamental de l’homme à la continuité historique n’intéresse guère le président. Les grands discours mémoriels teintés de lyrisme républicain et de patriotisme d’estrade ne font pas oublier que, pour complaire à la nouvelle France et la dissuader de brûler des voitures, il a heurté de mille façons ceux que Mathieu Bock-Côté appelle le « peuple historique » – et en prime tous ceux qui ont choisi de lui appartenir. Certes, il a tenu sa promesse de rebâtir Notre-Dame comme le reconnaît Jonathan Siksou tout en ironisant sur sa prétention à la rebâtir « plus belle », et redécouvert pour l’occasion que la France ne se confondait pas avec la République (d’accord, nous exagérons). Mais quand il réagit au quart de tour à la mort de Nahel et oublie Thomas, Elias et les autres parce que ce sont des faits divers avec lesquels on brainwashe les ploucs, quand il félicite une prétendue féministe parce qu’elle est voilée ou se pose en défenseur de la vérité face à un populo manipulé par le populisme, il insulte les gens ordinaires. C’est la faute à CNews !

En 2017 on savait que Macron était immigrationniste, européiste et multiculturaliste. Et nous l’avons réélu en 2022. À défaut d’endiguer l’immigration ou de combattre le séparatisme islamique, on croyait à sa promesse de libérer l’économie de la bureaucratie et de la surfiscalité qui font fuir nos jeunes. Sans oublier la réindustrialisation, aujourd’hui aussi fantomatique que l’Arlésienne. On peut créditer le chef de l’État d’avoir tenu bon sur l’Ukraine et décidé la hausse des crédits militaires. Reste à savoir comment on va payer tout ça, se dit-on dans les bistrots.

Certes, il n’est pas le seul ni même sans doute le premier responsable de ce désastre fabriqué avec constance pendant quatorze années de socialisme suivies de quinze ans de chiraco-hollandisme durant lesquels l’immobilisme a été érigé en sagesse politique. De plus, le peuple aussi adore le « en même temps ». Nous voulons la puissance et les allocations, la souveraineté et les médicaments à bas prix, la fluidité et la continuité.

Reste un sentiment de gâchis. Macron aurait pu, aurait dû, entraîner le pays vers l’avenir sans piétiner son passé. Marcel Gauchet juge sévèrement que, ce qui lui a manqué pour être un grand président, c’est « la connaissance et l’amour de son pays, au lieu de la préférence pour sa petite personne et son minable bagage de bon élève ». De fait, on critique abondamment son narcissisme, mais peut-on se croire capable de diriger la France sans un égo en acier trempé ?

Paradoxalement, c’est peut-être Arthur Chevallier, préposé ici à la défense du président, qui donne la clé de son échec. Macron, nous a-t-il répété plusieurs fois, « ne veut appartenir à personne ». D’où sa propension à s’affranchir des bonnes manières, histoire d’épater le bourgeois (qui a voté pour lui). Désolés, mais quand on veut faire président, on accepte d’appartenir au peuple français.

Initials G.C.

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George Clooney et son épouse Amal à la cérémonie des César à Paris, 24 février 2017 © LAURENTVU/SIPA

La France a une nouvelle star appelée George Clooney


Nous avons perdu LA star française, mais en avons gagné une autre. Je ne comparerai pas l’homme qui vous fait du café à notre immortelle BB, symbole de la liberté et du désir triomphant. Mais le calendrier est taquin. Le 27 décembre, veille de la mort de BB, Clooney, sa femme et leurs jumeaux obtenaient la nationalité française. Ajoutons que le domaine de Canadel, modeste demeure où la famille Clooney a posé ses valises, est situé à une cinquantaine de kilomètres de La Madrague et la coïncidence a des airs de destin.

D’ailleurs, les mêmes qui ont craché sur le cercueil de BB parce que ses opinions politiques ne leur convenaient pas ont éructé à l’annonce de cette naturalisation, gauchistes aigris et égalitaristes renfrognés communiant dans la détestation des deux stars. Aux opinions politiques d’ailleurs radicalement opposées. Si BB est punie post-mortem pour sa sympathie pour les Le Pen père et fille, Clooney est gauchiste tendance propal. Seulement s’il n’est pas « d’extrême droite » comme ils disent, il est américain, ce qui était très mal, même avant Trump.

Nous avons ainsi assisté à un flot de protestations sur le thème « mon cousin paye des impôts depuis 20 ans et n’est toujours pas français ». Ces grincheux ont reçu le soutien de Trump, qui a ironisé sur le flair politique de l’acteur et la politique migratoire de la France, et celui d’une obscure ministre déléguée Marie-Pierre Vedrenne, qui « comprend l’appréciation de certains Français sur ce deux poids-deux mesures ».

Clooney a-t-il bénéficié d’un passe-droit ? Les sans-frontiéristes observent que le comédien ne parle pas bien notre langue alors que le Parlement a relevé le niveau exigé des candidats à la naturalisation (mesure qui les indignait…). Ils trouvent normal qu’on puisse se marier en France sous OQTF mais infâmant qu’on demande aux arrivants de parler notre langue. Sauf pour Clooney.

D’après Laurent Nunez, la procédure est parfaitement légale. Mais peu importe. Si Clooney a eu un passe-droit, la France a eu raison de le lui accorder. Les hommes naissent libres et égaux en droit ne signifie pas qu’ils contribuent également à l’humanité ni qu’ils laissent la même trace dans l’Histoire. Nous accordons la citoyenneté à des gens qui n’apportent rien à la France. Une star d’Hollywood, même islamo-gauchiste sur les bords, c’est une excellente prise. What else ?


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Brigitte Bardot, symbole d’une persistante résistance française

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Saint-Tropez, hier © VU / PECQUENARD/SIPA

La star a été inhumée hier, au cimetière marin de Saint-Tropez. Avant le début des obsèques, le curé a demandé à l’assistance d’éteindre les téléphones, clin d’œil à une vie marquée par la traque médiatique. Le cercueil en rotin était installé entre un grand portrait de BB, souriante, cheveux grisonnants, et un autre où elle tient un bébé phoque. Fidèle à ses volontés, la cérémonie s’est déroulée « sans chichi », avec des fleurs simples et une liste d’invités restreinte, choisie par ses proches et sa fondation dédiée à la protection des animaux.



Non, Brigitte Bardot ne symbolise pas la France disparue. Ce cliché des commentateurs occulte l’aura populaire qui entoure BB et ses combats pour les animaux et contre les censeurs. A cette aune, l’ex-commissaire européen Thierry Breton, Monsieur Propre des réseaux sociaux aseptisés et nouvelle coqueluche du système médiatique labellisé, représente un monde autrement plus fragile.

Gauloise sans filtre

Au-delà de l’actrice mythique et de la femme au corps libéré, une authentique résistante, disparue le 28 décembre, a été enterré hier à Saint-Tropez (83). La famille de Bardot, qui a refusé l’hommage national proposé par l’Elysée, a fait savoir qu’Emmanuel Macron n’était pas le bienvenu. Cette ultime insolence vient compléter le portrait de la « gauloise sans filtre » qui a toujours refusé d’obéir à « la dégradante obligation d’être de son temps » (Hannah Arendt).

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Jamais Marianne – dont un des bustes de la République a emprunté son visage – n’a été mieux représentée que par cette rebelle aux convenances. Bardot a perpétué la permanence de l’esprit français, empli d’audaces, de panaches, d’éclats de rire. Par l’intermédiaire d’un de ses amis, j’ai eu le bonheur de recevoir d’elle, en 2025, une photo la représentant sur sa « plage abandonnée » de la Madrague, entourée de quelques-uns de ses animaux, avec cette dédicace tracée de son écriture arrondie : « Pour Ivan, que j’aime de tout mon cœur, merci d’exister. Brigitte Bardot ». J’ai évidemment pris cette Légion d’Honneur comme un encouragement à persister, de mon côté, dans les dénonciations de la pensée obligée, du conformisme journalistique, du terrorisme intellectuel d’un progressisme n’ayant que l’insulte et la censure comme répliques. Non seulement la France révolutionnaire de Bardot n’a pas disparu, mais son peuple oublié est prêt à se faire entendre des « élites » qui aimeraient l’ensevelir avec le courageux lanceur d’alerte que fut cette guerrière indomptable.

Marine Le Pen: « Une femme gigantesque: la liberté, l’impertinence, la franchise, l’engagement et le sacrifice pour une cause qui se paient cher… »

La présence annoncée de Marine Le Pen lors des obsèques va alimenter un peu plus la diabolisation du personnage national par les pisse-froid. En s’y employant, la gauche pavlovienne consolide ainsi la stature universelle de celle qui n’a jamais obtempéré au politiquement correct ni à l’angélisme capitulard des faux-gentils. « La dérive vers la haine raciale », a titré Libération dans un de ses articles, en s’arrêtant à quelques propos isolés ou maladroits. Mais les lyncheurs « antiracistes » n’ont jamais rien dit de la proposition d’Alexis Corbière (NFP) d’installer des figures de Noirs dans la galerie de l’Assemblée nationale. Ils n’ont rien dit non plus de la sortie du député Carlos Martens Bilongo (LFI) dénonçant, le 23 décembre « la pauvreté intellectuelle dans les territoires, dans le Nord de la France ». Ils n’ont pas davantage commenté les vœux d’Éric Coquerel ou de Sébastien Delogu (LFI) d’avoir des « maires racisés ». Quant à la dernière réflexion de Danièle Obono (LFI) avouant avoir été gênée, lors de la Fête de l’Huma, de se retrouver dans une « fête de la gauche blanche », elle a été vue comme une réflexion légitime.

L’obsession de la race et la détestation du Blanc sont les dénominateurs communs des calomniateurs de Bardot. La meute mérite le mépris.

L’obscénité de l’action

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DR.

Les actions du président américain nous déconcertent autant que nous envions sa résolution. Qu’est-ce qui est le plus indécent: ses décisions unilatérales et brutales ou l’absence de prise de décision de nos dirigeants?


Etrange époque. Là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique, un être s’agite, est sans cesse en mouvement, agit, passe à l’acte, fait ce qu’il dit, glorifie ce qu’il fait, fusionne l’un avec l’autre, la langue et le geste, la parole et la chose, nous laisse interloqué, écœuré ou hypnotisé. L’effet produit au cours de cette année de présidence par Donald Trump concerne autant la nature même de ses actes – guerres commerciales avec l’Europe, bombardement de l’Iran, intervention au Venezuela etc…- que ce qu’elle nous donne à contempler, à vérifier, à éprouver ce contraste avec notre propre immobilité. Le spectacle du mouvement. Et celui d’une parole semblable à celle utilisée dans les ballets classiques, descriptive tout au plus, au service de l’action. Car chez nous et depuis longtemps, le geste, le passage à l’acte par lequel il se montre, la prise de décision est depuis longtemps suspecte, comme une indécence publique, une sorte d’obscénité politique. La fonction même est chez nous purement oratoire, divinatoire, stylisée, raffinée, complexifiée. Nous écoutons non sans lassitude les joutes verbales à l’Assemblée nationale et, barde suprême, notre Roi du ni-ni, seigneur du en même temps, quintessence la demi-mesure, Hamlet de pacotille qui n’aura pas manqué une fois de plus de briller ces dernières heures en se félicitant puis en critiquant l’extraction martiale de Maduro.

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Ainsi en va-t-il de notre fascination pour ces êtres au Surmoi relâché, se jouant de nos inhibitions constitutives à l’instar d’un Bernard Tapie dans les années 80, dur et agissant à l’orée de notre récession. Un Européen ça s’empêche, disait peu ou prou l’un de nos philosophes adulés. Quitte à succomber pétrifié au pied de l’Histoire avec sa grande H ? Nous avons nous nos procédures, nos normes et nos directives. Et leur vigilante inflation, en guise de coming-out, qui nous font dans notre train de sénateur contempler cet agité du bocal, le courroux plein les lèvres…

Ah ce trublion ! cet Ubu vulgaire ! colérique, narcissique et factieux qui jouit sans frontières quand l’Européen que nous sommes peine à s’échauffer, le fantasme édulcoré par le réchauffement climatique et la désindustrialisation, coït moins interrompu que neutralisé par tant de paradoxales injonctions. Le corps de l’Etat-providence mou comme une chique, ouvert aux quatre vents, nous attendons l’entracte pour aller consommer au parterre une infusion tilleul-menthe avec l’œil sévère d’une bonne mère de famille, la conscience sans faux plis, les droits de l’homme en bréviaire, satisfaits d’être divertis à bas prix (pour l’instant) par ces hyperactifs du Far ouest (et Est). Nous nous endormons la bouche pleine de mots, gras ou suaves, la rhétorique au front, l’indignation au nez, bercés par le prince Mychkine. La beauté sauvera le monde. Mais oui Fiodor.

L'Attachée de presse

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Donald Trump: la force pour le droit?

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Philippe Bilger © Pierre Olivier

Donald Trump a-t-il lu Pascal ?


Le président Donald Trump se veut gendarme du monde et, dans le meilleur des cas, avec l’intervention américaine au Venezuela, l’arrestation et la première comparution de Nicolás Maduro (qui a plaidé non coupable), il a ouvert une brèche, dans la géopolitique mondiale, qui pourrait profiter à la Chine et valider rétrospectivement l’invasion de l’Ukraine.

Pour le meilleur et pour le pire

Le bouleversement qu’il engendre par sa conception très particulière de la diplomatie, au seul service des intérêts de son pays, ne peut être appréhendé de manière univoque — entre détestation et adhésion — mais doit être analysé avec la complexité que requièrent les actions de ce président totalement atypique. Pour le meilleur comme pour le pire.

On a d’autant moins de scrupules à ne pas éluder les zones d’ombre que Donald Trump, avec un cynisme réjoui, n’hésite pas à nous les offrir en pleine lumière, en affichant par exemple, au Venezuela, l’aubaine que représentera l’exploitation du pétrole pour les compagnies américaines.

Mais rien n’est simple avec Donald Trump. On peut dénoncer cet impérialisme qui, avec bonne conscience, se juge légitime à s’occuper de tout ce qui le regarde, selon des critères largement étendus. Mais, dans le même temps, il serait malhonnête de ne pas voir, dans les entreprises internationales du président américain, des ressorts et des exclusions qui ne peuvent que complaire aux démocrates réalistes de tous les pays.

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Le président Macron l’a dit, et il a eu raison, avant de déplorer la « méthode » employée par Trump : au Venezuela, on a mis fin à une dictature, et le peuple ressentira les bienfaits de ce changement.

L’autocratie, la corruption généralisée et la misère dominaient sous Nicolás Maduro. Qui peut, de bonne foi, tenir pour négligeable une telle avancée, une telle libération ?

Il y a donc là un mélange de morale internationale ayant trouvé son dû et d’économie profitable. Il convient d’accepter qu’avec Trump, les droits de l’homme ne seront jamais dissociés de la rentabilité américaine ni de la puissance d’un pays – rêvée aussi écrasante que son chef entretient de lui-même une opinion indépassable.

Pascal: « La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique »

Pour l’Iran, qui oserait contester que venir empêcher une barbarie intégriste de « tuer » ses opposants est une bienfaisante menace et une intimidation nécessaire ? Le guide suprême a d’ailleurs compris la teneur du message vénézuélien : avec son cercle de fidèles, sa fuite pour la Russie serait programmée si le pire survenait pour cette théocratie indigne.

J’entends bien que se camper avec une telle arrogance comme gendarme universel impose — même à quelqu’un d’aussi indifférent au jugement international que Donald Trump — une exemplarité au moins relative, ainsi qu’un ciblage soigneux des causes à défendre ou à combattre ; faute de quoi les États-Unis se verraient dénier toute légitimité, même minimale, à jouer les justiciers.

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Il me semble que le président américain devra, d’une part, évaluer dans quelle mesure ses initiatives internationales sont susceptibles de le contraindre — ou non — à « revisiter », sur certains points, sa politique étrangère et, d’autre part, à interroger le rapport entre sa force et le droit.

En effet, même un Donald Trump, qui ne semble guère disposé à s’embarrasser de considérations humanistes jugées superfétatoires, ne pourra éluder, dans l’ordre international qu’il entend façonner, l’obligation d’habiller la force en morale. La mise à l’écart de l’ONU ne fait, en réalité, que transférer cette exigence morale vers et sur les grandes puissances.

Pascal l’a énoncé admirablement : la force sans le droit est injuste… Inutile que le président Trump le lise pour comprendre l’évidence. Gabriel Attal, dont la position n’est guère éloignée de celle du président Macron sur les affaires internationales, a souligné que « nous n’avions plus les moyens de nos indignations » — ce qui est vrai — mais surtout que « les démocraties devaient dorénavant retrouver la voie de la force, si elles souhaitent que le droit prévale de nouveau ». C’est un paradoxe amer, mais tellement pertinent. Il pourrait donner corps à une idée que j’ai toujours défendue et qui, dans le contexte international actuel, apparaît plus nécessaire que jamais : une démocratie a le droit de se défendre avec vigueur sans se renier. Elle n’a pas vocation à tendre, par lâcheté ou par mauvaise conscience, l’autre joue diplomatique. Une leçon pour nous, et pour d’autres.

Quand Charles Alloncle file des boutons aux mandarins médiatiques et à Xavier Bertrand…

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Le député de l'Hérault UDR / RN Charles Alloncle © Alain ROBERT/SIPA

Le rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, vent debout contre les dérives idéologiques des antennes et la gabegie financière à France télévisions et Radio France, a été prié de cesser de faire de la politique-spectacle.


La commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’audiovisuel public a d’ores et déjà permis d’apprendre ou de confirmer certaines choses intéressantes sur le fonctionnement de cette institution médiatique, sur son orientation idéologique, sur ses connivences politiques, sur sa catastrophique gestion financière, sur ses accointances douteuses avec des maisons de production privées, sur les rémunérations, primes et avantages sociaux de ses employés, etc.

Faites le taire !

Le rapporteur de ladite commission, Charles Alloncle, ne s’est pas fait que des amis, c’est le moins qu’on puisse dire. Le jeune député UDR de l’Hérault, qui connaît son dossier par cœur, est pugnace tout en restant courtois. Il ne se laisse démonter ni par l’arrogance des uns – Patrick Cohen s’est une fois de plus distingué dans ce domaine – ni par les tentatives d’enfumage des autres. Après quelques auditions éprouvantes, les mandarins du système médiatique ont décidé de s’ériger en martyrs de la liberté d’expression, en victimes de l’extrême droite. Solidaires, les médias dominants relaient leurs plaintes douloureuses…    

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La presse mainstream subventionnée est sur le pied de guerre : il faut sauver l’audiovisuel public par tous les moyens. Télérama, Libération – où officie Thomas Legrand, surpris dans un café parisien avec deux éminents représentants du Parti socialiste auxquels il promettait à demi-mot le soutien de France Inter en cas de candidature de Raphaël Glucksmann aux prochaines présidentielles – condamnent en bloc cette commission et ses objectifs inavouables, selon eux. De son côté, Le Monde se déchaîne contre Charles Alloncle, rapporteur d’une commission qui serait, tenez-vous bien, la « caisse de résonance des obsessions des médias de Vincent Bolloré ». Rappel qui a son importance : Télérama et Le Monde appartiennent au même groupe contrôlé par le banquier gauchiste Matthieu Pigasse, également actionnaire de Mediawan, entreprise culturelle travaillant pour France TV, produisant plusieurs émissions dont C à vous, animée par Élisabeth Lemoine et… Patrick Cohen.

Le rappel à l’ordre de Jérémie Patrier-Leitus

Ce mercredi 7 janvier, trois journalistes du Monde, pas moins, ont donc uni leurs plumes pour dézinguer Charles Alloncle. Feignant de découvrir l’utilisation des réseaux sociaux dans le milieu politique, ils s’indignent de ce que le rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public les utilise – ce qui est parfois le seul moyen de porter à la connaissance du public des informations que les médias dissimulent. De plus, ce « bardelliste » serait « noyé sous les éloges de l’animateur phare de CNews Pascal Praud » – ce qui révèle vraisemblablement un retour des heures les plus sombres de notre histoire. Heureusement, se réjouissent-ils, le président de ladite commission, Jérémie Patrier-Leitus, a mis le holà en convoquant le bureau afin d’établir quelques « principes » avant de poursuivre les travaux. Il est possible que les courriers de Mme Veil, présidente de Radio France, et de Patrick Cohen, envoyés à M. Patrier-Leitus et à l’Arcom pour se plaindre des mauvais traitements qu’ils auraient subi lors de leurs auditions, aient pesé dans la décision du président. Quoi qu’il en soit, cette « séance de recadrage » satisfait Le Monde qui, ce même jour, a ouvert ses colonnes à Xavier Bertrand. Le président LR des Hauts-de-France signe une tribune dénonçant « les assauts de l’extrême droite contre la presse ». C’est original. M. Bertrand est la proie d’une idée fixe qui lui sert de seul et unique programme politique : le combat contre l’extrême droite. Il aimerait tonitruer mais ne parvient qu’à piauler de sempiternelles platitudes sur la démocratie et les valeurs républicaines supposément en danger. Il voit naturellement d’un mauvais œil les auditions dirigées par Charles Alloncle et affirme que « l’extrême droite œuvre, dans un silence assourdissant, pour tenter de mettre au pas des journalistes qui ne pensent pas comme elle ». C’est qu’il y tient à son rond de serviette dans l’audiovisuel public, le matamore républicain.

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Dernièrement encore, il y promouvait son livre intitulé Rien n’est jamais écrit. Pourtant, si, une chose était écrite – l’insuccès de ce bouquin et son destin inéluctable : le pilon. Une autre semble également inscrite dans le marbre : malgré ses prétentions, Xavier Bertrand ne sera jamais président de la République. En attendant d’être confronté à cet échec, M. Bertrand roule des mécaniques dans les médias publics en admonestant « l’extrême droite » et déclare, dans La Voix du Nord, vouloir « mettre [ses] idées dans le débat ». Lesquelles ? On ne sait pas. On sait seulement, grâce au Monde, qu’il ne confond « jamais l’extrême droite avec ses électeurs », ces derniers étant, selon lui, « les premières victimes de stratégies de manipulation, de colère organisée et de désinformation planifiée », et qu’il fera tout pour défendre les pauvres journalistes « intimidés, surveillés » par l’extrême droite. D’ailleurs, il enjoint à tous les responsables politiques de réagir pour « garantir la liberté d’expression de chacun ». Du vent, du vent et encore du vent – et nous comprenons enfin pour quelle raison les Hauts-de-France sont la région où il y a le plus d’éoliennes…

Rien n'est jamais écrit

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Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Venezuela: et si Donald Trump pensait avant tout aux «midterms»?

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Palm Beach, 3 janvier 2026 © Alex Brandon/AP/SIPA

L’intervention des États-Unis au Venezuela serait-elle uniquement motivée par la captation de ses réserves de pétrole ? Ce ne serait pas la première fois dans l’histoire… Mais l’Amérique de 2026 étant moins dépendante des hydrocarbures étrangers, les objectifs de cette opération pourraient aussi être encore plus triviaux. Analyse.


L’éviction de Nicolás Maduro a ravivé un débat central dans la politique américaine: l’affirmation de la puissance à l’étranger renforce-t-elle ou affaiblit-elle le président Trump sur le plan intérieur ? Si l’épisode vénézuélien peut offrir un second souffle aux Républicains, les gains électoraux demeurent incertains.

Une popularité en berne un an après son élection

À quelques jours du 20 janvier 2026, date anniversaire du retour de Donald Trump au pouvoir, le bilan est mitigé. Une politique agressive à l’international, des droits de douane massifs, une offensive conservatrice sur le plan culturel et une gestion stricte de l’immigration ne semblent pas être la voie vers un âge d’or américain, mais plutôt un cocktail explosif annonçant une potentielle défaite aux midterms de novembre. Trump patine dans les sondages. Selon The Economist, 39 % approuvent, 56 % désapprouvent et 4 % ne savent pas quoi penser de sa politique. C’est moins que son prédécesseur Joe Biden qui récoltait en janvier 2022 un taux d’approbation de 40 %. Si les midterms sont souvent difficiles pour le président en exercice, il s’agit d’une dure réalité pour celui qui a remporté tous les États-clés il y a un an et qui estime que « Sleepy Joe » incarne le pire président de tous les temps.

A lire aussi, Randy Yaloz et Harold Hyman: Venezuela: «La base trumpiste rejette les guerres longues mais pas les opérations chirurgicales»

L’impopularité de Trump s’explique par sa gestion de l’économie qu’il ne parvient pas à faire décoller. Alors que l’inflation a miné le bilan économique de Joe Biden (3 % en 2024), elle demeure élevée sous Donald Trump (2,7% en 2025). Surtout, les prix de l’énergie, dont dépendent beaucoup d’Américains des classes moyennes et populaires, ont augmenté de 4,2% en 2025 contre 2,8% en 2024. Ainsi, ce retour de bâton pourrait s’avérer fatal pour les Républicains à moins d’un an des midterms. Ils en ont d’ailleurs déjà subi les frais en novembre dernier. Aux élections municipales de New York et de Miami, les démocrates Zohran Mamdani et Eileen Higgins ont remporté les élections haut la main. Très à gauche, M. Mamdani est le premier maire musulman qui a réussi à gagner Big Apple en promettant de lutter contre la vie chère. Mme Higgins a réussi l’exploit d’arracher Miami aux Républicains qui tenaient la ville depuis trente ans en promettant de rendre les logements plus abordables.

Le décrochage de la base MAGA historique

Le cœur du malaise MAGA repose sur un sentiment de trahison. La campagne de 2024 s’articulait autour de messages clairs : « America First », « No More Wars », refus du « nation building », et transparence radicale face à ce que Trump appelait « l’État profond ». Un an plus tard, une partie significative de ses plus fidèles soutiens estiment que ces engagements n’ont pas été respectés. L’opacité persistante autour du dossier Epstein, la pression inflationniste toujours palpable et l’absence de rupture nette avec l’interventionnisme nourrissent une défiance croissante. Le danger pour Trump n’est pas tant la mobilisation de ses adversaires que la démobilisation de ses propres électeurs qui l’accusent de trahison. Un désistement de poids est celui de Marjorie Taylor Greene qui a décidé de quitter son siège au Congrès sur fond de désaccord avec la Maison Blanche. 

La politique étrangère cristallise particulièrement les critiques. Trump avait promis la fin de l’engagement américain en Ukraine, une désescalade au Proche-Orient et le rejet des conflits sans fin. Pourtant, fin 2025, aucune de ces promesses n’a été tenue. Pire, le président Trump paraît impuissant pour renverser la vapeur. L’implication continue à Gaza, les frappes contre l’Iran et désormais l’opération au Venezuela renforcent l’idée d’une dérive, voire pire : un enchaînement de promesses non tenues. Pour une frange de l’électorat MAGA, la question est directe : pourquoi investir énergie et ressources à l’étranger quand les questions de la frontière Sud, de la dette publique et de la réindustrialisation restent irrésolues ? Pour beaucoup, le Venezuela ressemble davantage à une diversion qu’à une extension cohérente de la doctrine « America First ».

Le Venezuela pour se refaire électoralement ?

Dans ce contexte, le président américain a pu ressentir le besoin de ramener une victoire à la maison afin de dynamiser sa base. Un tel coup de force contre l’une des pires dictatures d’Amérique latine aurait de quoi galvaniser l’électorat hispanique. Il faut ici rappeler que les Latino-Américains ne votent que depuis peu pour le Parti Républicain et qu’il s’agit d’un électorat déterminant, notamment parce qu’il n’est plus acquis aux Démocrates comme autrefois. C’est là tout l’enseignement de la victoire de Trump en 2024 : la démographie n’est pas nécessairement du côté de la gauche. Selon le centre de recherche Edison, 46% des électeurs hispaniques ont voté pour Donald Trump en 2024 contre 32% en 2020, une percée spectaculaire de 14 points alors que la population hispanique américaine a presque doublé entre 2000 et 2024, passant de 35 à 68 millions. Ainsi, le renversement de Maduro est un gage à l’égard des diasporas latino-américaines qui gardent un souvenir amer des régimes socialistes, d’autant que les quelque 500 000 Vénézuéliens présents aux États-Unis ne manqueront pas de rappeler à leurs proches les apories du régime chaviste dont la répression a fait plus de 18 000 morts.

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Mais cette opération électorale s’avère risquée car elle pourrait aussi démobiliser une partie de la base dans un scrutin serré. Le cœur historique du mouvement MAGA s’est d’abord construit par rejet de l’interventionnisme et par promotion d’un certain isolationnisme, autant de principes aujourd’hui reniés par l’administration Trump. Surtout, certains élus américains sont très attachés au respect des prérogatives du Congrès, c’est pourquoi ils voient d’un mauvais œil cette opération unilatérale. Justement, le Sénateur Rand Paul a fait savoir son opposition ferme aux méthodes employées par le Département de la Défense, allant jusqu’à suggérer qu’il pourrait faire cavalier seul aux prochaines élections et inciter d’autres candidats à faire de même alors que le Grand Old Party ne peut se permettre de diviser ses voix. Si cela ne rapportera pas de voix aux Démocrates, le risque d’une démobilisation est à prendre en compte.

L’équation électorale de 2026 est une des clés de compréhension de l’action du président Trump. Si ce dernier perd le Congrès, il ne pourra plus gouverner efficacement et sera dans la même situation que Barack Obama à partir de 2014, impuissant. Dans ces circonstances, cela signerait la fin de son second mandat – et donc du trumpisme alors que le président ne peut plus se représenter après 2028…


Pierre Clairé, directeur adjoint des études du think-tank gaulliste et indépendant Le Millénaire, spécialiste des questions internationales et européennes. Sean Scull, chargé d’études États-Unis du Millénaire, auteur de Le Populisme, symptôme d’une crise de la démocratie, comment le néolibéralisme a triomphé en France et en Suède, L’Harmattan (2024). Augustin Bataille, analyste du Millénaire.

Vade retro extremedroitas!

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D.R.

Le journal Libération ne parlera plus d’ «union des droites»


Et tient à le faire savoir comme si c’était un acte héroïque1. Le mot chien ne mord pas disent les linguistes. Mais pour Libé (où certains journalistes doivent trouver Maduro plus fréquentable que Marine Le Pen), le mot « union » unit. Derrière l’apparente neutralité de la formule « union des droites », Libé dépiste un concept destiné à faciliter ce funeste processus.

Car pour les journalistes de Libé qui semblent avoir été congelés dans les années 80, le rapprochement entre la droite dite classique et ce qu’ils appellent l’extrême droite (en l’occurrencen le RN et Reconquête) ne serait pas seulement une évolution politique mais une transgression morale. C’est une question de prophylaxie sociale – d’où le terme « cordon sanitaire ». Ce qu’on appelle l’union des droites se résume selon Libé à des accointances honteuses entre LR et extrême droite.

En réalité, il n’y a pas de parti d’extrême droite en France. Du moins, pas à l’Assemblée. Jean-Marie Le Pen est mort et sa fille a depuis longtemps répudié son héritage politique. Mais le clergé de gauche continue à brandir ses croix pour conjurer le mal. Vade retro extremedroitas ! Le message adressé à tous ceux qui oseraient franchir le Rubicon : ils seront traités en infréquentables….

N’est-ce pas un combat d’arrière-garde ?

En tout cas, c’est celui de Libé et de toute la gauche politique et médiatique.

On les comprend : le cordon sanitaire a permis à la gauche quoique minoritaire de se maintenir au pouvoir et en prime de jouer les professeurs de vertu. L’antifascisme de bazar (que Lionel Jospin lui-même qualifiait de « petit théâtre antifasciste ») a légitimé l’abandon des classes populaires (ces ploucs qui n’aiment pas le multiculti) et dispensé le camp progressiste de toute réflexion. Et alors que le pays est majoritairement à droite, cette interdiction de l’union pourrait encore exclure la droite du pouvoir.

Reste à savoir si ce chantage moral va encore fausser les prochaines élections.

Cela fait encore débat chez LR. Ce mois-ci, Bruno Retailleau dit dans Causeur : « Marine Le Pen n’est pas raciste, ni fasciste mais socialiste. » De fait, Marine Le Pen ne se dit pas de droite, ce qui complique l’union des droites. Mais sur le régalien, tout de même, les convergences sont évidentes. Et si MM. Wauquiez et Sarkozy pensent qu’il est temps d’en finir avec l’interdit moral, d’autres comme Xavier Bertrand et Valérie Pécresse jouent toujours les vierges effarouchées. A défaut d’être élus pour redresser la France, ils auront l’immense honneur d’être encensés par Libération.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Patrick Roger

  1. https://www.liberation.fr/politique/pourquoi-liberation-nemploiera-plus-lexpression-union-des-droites-20260106_UBY24H6UGVCLHCFIQM5GIYKE54/ ↩︎

Point médian et point de ponctuation

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Le Conseil d’Etat vient de rejeter le pourvoi de l’Association Francophonie Avenir contre la Mairie de Paris. Qui peut donc utiliser des points médians sur des plaques commémoratives…


Pendant qu’Emmanuel Macron faisait une réunion à l’Elysée, on apprend que le Conseil d’Etat vient d’autoriser l’écriture inclusive sur les plaques commémoratives de nos mairies. Ainsi peut-on lire désormais, dans le couloir menant à l’hémicycle de l’Hôtel de Ville de Paris : « Président.e.s et conseillers.e.s. » Que voilà du « bon français » cher à l’Ordonnance de Villers-Cotterêts !

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C’est en 2017 que cette « réactualisation » des marbres, passée inaperçue, avait eu lieu pour la bagatelle de 18600 euros. Sauf que l’association Francophonie Avenir, qui milite depuis des années pour la défense de notre langue française, avait dévoilé, en 2021, le pot aux roses. Montée au créneau, elle dénonçait une graphie idéologique qui, violant le principe de neutralité et l’article 2 de la Constitution, était illégale. Et de demander à Madame la maire de se corriger et de ne plus recommencer. La maire ne répondit pas. Silence valait refus. L’Association décide alors, en 2022, de porter l’affaire devant le tribunal administratif de Paris qui rejette, en mars 2023, toutes les demandes de la requérante : annulation du « refus implicite » de la maire, illégalité déclarée de l’inclusive, obligation, à l’avenir, pour la mairie de bannir l’inclusive. Qu’à cela ne tienne, dit l’Association qui se bat comme un.e.lion.ne. Portons l’affaire au plus haut niveau : le Conseil d’Etat. Aussi dit que fait que décrété. Le 6 janvier 2026, la plus haute juridiction administrative française (à dire dix fois en 5 secondes) rejette le pourvoi et tranche.

Les arguments de l’AFRAV, dit, en substance, le Conseil d’Etat, ne reposent sur rien de sérieux. Et d’abord, ce point médian n’est pas « un point médian » mais un simple « point de ponctuation » qui ne sert qu’à rendre visible le féminin, évitant de répéter le mot entier. Argument de poids quand on sait le prix du marbre et celui d’un mot gravé supplémentaire. Ensuite, l’inclusive constitue une forme valide de la langue française. Valide, valide… C’est vite dit. Comment le /la maire/e dira-t-elle, à haute voix, si le contexte l’y oblige, dans le cas d’un dévoilement de plaque, par exemple, ce qui est écrit ?

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Les médias ont compris qu’il y avait là une histoire de cornecul. Pourquoi, ont écrit de petits futés, l’inclusive a-t-elle été bannie, par décret, des textes administratifs officiels et est-elle autorisée, sur les plaques où sont inscrits les noms des édiles ? Permise ici, et interdite là ? Pourquoi cette discrimination ? Les Français, tout à leurs souvenirs écoliers traumatisants de circonflexes, voient-ils bien l’entreprise de destruction que subit notre langue à vitesse accélérée depuis trois décennies ? Et de manière vertigineuse depuis trois ou quatre ans ? Tout à leurs écrans, se rendent-ils compte que, dans trente ans, on n’écrira plus le français ?

Enfin, même si on sait que la langue française est subtile voire tarabiscotée, d’une insolente irrationnalité — au pays de Descartes, c’est un comble !– il faudra quand même que nos linguistes et nos Eveillés nous expliquent la différence entre un point médian et un point de ponctuation aux frontons de nos mairies.

La guerre au français

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