Le journal Libération ne parlera plus d’ «union des droites»
Et tient à le faire savoir comme si c’était un acte héroïque1. Le mot chien ne mord pas disent les linguistes. Mais pour Libé (où certains journalistes doivent trouver Maduro plus fréquentable que Marine Le Pen), le mot « union » unit. Derrière l’apparente neutralité de la formule « union des droites », Libé dépiste un concept destiné à faciliter ce funeste processus.
Car pour les journalistes de Libé qui semblent avoir été congelés dans les années 80, le rapprochement entre la droite dite classique et ce qu’ils appellent l’extrême droite (en l’occurrencen le RN et Reconquête) ne serait pas seulement une évolution politique mais une transgression morale. C’est une question de prophylaxie sociale – d’où le terme « cordon sanitaire ». Ce qu’on appelle l’union des droites se résume selon Libé à des accointances honteuses entre LR et extrême droite.
En réalité, il n’y a pas de parti d’extrême droite en France. Du moins, pas à l’Assemblée. Jean-Marie Le Pen est mort et sa fille a depuis longtemps répudié son héritage politique. Mais le clergé de gauche continue à brandir ses croix pour conjurer le mal. Vade retro extremedroitas ! Le message adressé à tous ceux qui oseraient franchir le Rubicon : ils seront traités en infréquentables….
N’est-ce pas un combat d’arrière-garde ?
En tout cas, c’est celui de Libé et de toute la gauche politique et médiatique.
On les comprend : le cordon sanitaire a permis à la gauche quoique minoritaire de se maintenir au pouvoir et en prime de jouer les professeurs de vertu. L’antifascisme de bazar (que Lionel Jospin lui-même qualifiait de « petit théâtre antifasciste ») a légitimé l’abandon des classes populaires (ces ploucs qui n’aiment pas le multiculti) et dispensé le camp progressiste de toute réflexion. Et alors que le pays est majoritairement à droite, cette interdiction de l’union pourrait encore exclure la droite du pouvoir.
Reste à savoir si ce chantage moral va encore fausser les prochaines élections.
Cela fait encore débat chez LR. Ce mois-ci, Bruno Retailleau dit dans Causeur : « Marine Le Pen n’est pas raciste, ni fasciste mais socialiste. » De fait, Marine Le Pen ne se dit pas de droite, ce qui complique l’union des droites. Mais sur le régalien, tout de même, les convergences sont évidentes. Et si MM. Wauquiez et Sarkozy pensent qu’il est temps d’en finir avec l’interdit moral, d’autres comme Xavier Bertrand et Valérie Pécresse jouent toujours les vierges effarouchées. A défaut d’être élus pour redresser la France, ils auront l’immense honneur d’être encensés par Libération.
Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Patrick Roger
- https://www.liberation.fr/politique/pourquoi-liberation-nemploiera-plus-lexpression-union-des-droites-20260106_UBY24H6UGVCLHCFIQM5GIYKE54/ ↩︎
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