L’intervention des États-Unis au Venezuela serait-elle uniquement motivée par la captation de ses réserves de pétrole ? Ce ne serait pas la première fois dans l’histoire… Mais l’Amérique de 2026 étant moins dépendante des hydrocarbures étrangers, les objectifs de cette opération pourraient aussi être encore plus triviaux. Analyse.
L’éviction de Nicolás Maduro a ravivé un débat central dans la politique américaine: l’affirmation de la puissance à l’étranger renforce-t-elle ou affaiblit-elle le président Trump sur le plan intérieur ? Si l’épisode vénézuélien peut offrir un second souffle aux Républicains, les gains électoraux demeurent incertains.
Une popularité en berne un an après son élection
À quelques jours du 20 janvier 2026, date anniversaire du retour de Donald Trump au pouvoir, le bilan est mitigé. Une politique agressive à l’international, des droits de douane massifs, une offensive conservatrice sur le plan culturel et une gestion stricte de l’immigration ne semblent pas être la voie vers un âge d’or américain, mais plutôt un cocktail explosif annonçant une potentielle défaite aux midterms de novembre. Trump patine dans les sondages. Selon The Economist, 39 % approuvent, 56 % désapprouvent et 4 % ne savent pas quoi penser de sa politique. C’est moins que son prédécesseur Joe Biden qui récoltait en janvier 2022 un taux d’approbation de 40 %. Si les midterms sont souvent difficiles pour le président en exercice, il s’agit d’une dure réalité pour celui qui a remporté tous les États-clés il y a un an et qui estime que « Sleepy Joe » incarne le pire président de tous les temps.
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L’impopularité de Trump s’explique par sa gestion de l’économie qu’il ne parvient pas à faire décoller. Alors que l’inflation a miné le bilan économique de Joe Biden (3 % en 2024), elle demeure élevée sous Donald Trump (2,7% en 2025). Surtout, les prix de l’énergie, dont dépendent beaucoup d’Américains des classes moyennes et populaires, ont augmenté de 4,2% en 2025 contre 2,8% en 2024. Ainsi, ce retour de bâton pourrait s’avérer fatal pour les Républicains à moins d’un an des midterms. Ils en ont d’ailleurs déjà subi les frais en novembre dernier. Aux élections municipales de New York et de Miami, les démocrates Zohran Mamdani et Eileen Higgins ont remporté les élections haut la main. Très à gauche, M. Mamdani est le premier maire musulman qui a réussi à gagner Big Apple en promettant de lutter contre la vie chère. Mme Higgins a réussi l’exploit d’arracher Miami aux Républicains qui tenaient la ville depuis trente ans en promettant de rendre les logements plus abordables.
Le décrochage de la base MAGA historique
Le cœur du malaise MAGA repose sur un sentiment de trahison. La campagne de 2024 s’articulait autour de messages clairs : « America First », « No More Wars », refus du « nation building », et transparence radicale face à ce que Trump appelait « l’État profond ». Un an plus tard, une partie significative de ses plus fidèles soutiens estiment que ces engagements n’ont pas été respectés. L’opacité persistante autour du dossier Epstein, la pression inflationniste toujours palpable et l’absence de rupture nette avec l’interventionnisme nourrissent une défiance croissante. Le danger pour Trump n’est pas tant la mobilisation de ses adversaires que la démobilisation de ses propres électeurs qui l’accusent de trahison. Un désistement de poids est celui de Marjorie Taylor Greene qui a décidé de quitter son siège au Congrès sur fond de désaccord avec la Maison Blanche.
La politique étrangère cristallise particulièrement les critiques. Trump avait promis la fin de l’engagement américain en Ukraine, une désescalade au Proche-Orient et le rejet des conflits sans fin. Pourtant, fin 2025, aucune de ces promesses n’a été tenue. Pire, le président Trump paraît impuissant pour renverser la vapeur. L’implication continue à Gaza, les frappes contre l’Iran et désormais l’opération au Venezuela renforcent l’idée d’une dérive, voire pire : un enchaînement de promesses non tenues. Pour une frange de l’électorat MAGA, la question est directe : pourquoi investir énergie et ressources à l’étranger quand les questions de la frontière Sud, de la dette publique et de la réindustrialisation restent irrésolues ? Pour beaucoup, le Venezuela ressemble davantage à une diversion qu’à une extension cohérente de la doctrine « America First ».
Le Venezuela pour se refaire électoralement ?
Dans ce contexte, le président américain a pu ressentir le besoin de ramener une victoire à la maison afin de dynamiser sa base. Un tel coup de force contre l’une des pires dictatures d’Amérique latine aurait de quoi galvaniser l’électorat hispanique. Il faut ici rappeler que les Latino-Américains ne votent que depuis peu pour le Parti Républicain et qu’il s’agit d’un électorat déterminant, notamment parce qu’il n’est plus acquis aux Démocrates comme autrefois. C’est là tout l’enseignement de la victoire de Trump en 2024 : la démographie n’est pas nécessairement du côté de la gauche. Selon le centre de recherche Edison, 46% des électeurs hispaniques ont voté pour Donald Trump en 2024 contre 32% en 2020, une percée spectaculaire de 14 points alors que la population hispanique américaine a presque doublé entre 2000 et 2024, passant de 35 à 68 millions. Ainsi, le renversement de Maduro est un gage à l’égard des diasporas latino-américaines qui gardent un souvenir amer des régimes socialistes, d’autant que les quelque 500 000 Vénézuéliens présents aux États-Unis ne manqueront pas de rappeler à leurs proches les apories du régime chaviste dont la répression a fait plus de 18 000 morts.
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Mais cette opération électorale s’avère risquée car elle pourrait aussi démobiliser une partie de la base dans un scrutin serré. Le cœur historique du mouvement MAGA s’est d’abord construit par rejet de l’interventionnisme et par promotion d’un certain isolationnisme, autant de principes aujourd’hui reniés par l’administration Trump. Surtout, certains élus américains sont très attachés au respect des prérogatives du Congrès, c’est pourquoi ils voient d’un mauvais œil cette opération unilatérale. Justement, le Sénateur Rand Paul a fait savoir son opposition ferme aux méthodes employées par le Département de la Défense, allant jusqu’à suggérer qu’il pourrait faire cavalier seul aux prochaines élections et inciter d’autres candidats à faire de même alors que le Grand Old Party ne peut se permettre de diviser ses voix. Si cela ne rapportera pas de voix aux Démocrates, le risque d’une démobilisation est à prendre en compte.
L’équation électorale de 2026 est une des clés de compréhension de l’action du président Trump. Si ce dernier perd le Congrès, il ne pourra plus gouverner efficacement et sera dans la même situation que Barack Obama à partir de 2014, impuissant. Dans ces circonstances, cela signerait la fin de son second mandat – et donc du trumpisme alors que le président ne peut plus se représenter après 2028…
Pierre Clairé, directeur adjoint des études du think-tank gaulliste et indépendant Le Millénaire, spécialiste des questions internationales et européennes. Sean Scull, chargé d’études États-Unis du Millénaire, auteur de Le Populisme, symptôme d’une crise de la démocratie, comment le néolibéralisme a triomphé en France et en Suède, L’Harmattan (2024). Augustin Bataille, analyste du Millénaire.
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