Accueil Monde Donald Trump: la force pour le droit?

Donald Trump: la force pour le droit?

Le billet de Philippe Bilger


Donald Trump: la force pour le droit?
Philippe Bilger © Pierre Olivier

Donald Trump a-t-il lu Pascal ?


Le président Donald Trump se veut gendarme du monde et, dans le meilleur des cas, avec l’intervention américaine au Venezuela, l’arrestation et la première comparution de Nicolás Maduro (qui a plaidé non coupable), il a ouvert une brèche, dans la géopolitique mondiale, qui pourrait profiter à la Chine et valider rétrospectivement l’invasion de l’Ukraine.

Pour le meilleur et pour le pire

Le bouleversement qu’il engendre par sa conception très particulière de la diplomatie, au seul service des intérêts de son pays, ne peut être appréhendé de manière univoque — entre détestation et adhésion — mais doit être analysé avec la complexité que requièrent les actions de ce président totalement atypique. Pour le meilleur comme pour le pire.

On a d’autant moins de scrupules à ne pas éluder les zones d’ombre que Donald Trump, avec un cynisme réjoui, n’hésite pas à nous les offrir en pleine lumière, en affichant par exemple, au Venezuela, l’aubaine que représentera l’exploitation du pétrole pour les compagnies américaines.

Mais rien n’est simple avec Donald Trump. On peut dénoncer cet impérialisme qui, avec bonne conscience, se juge légitime à s’occuper de tout ce qui le regarde, selon des critères largement étendus. Mais, dans le même temps, il serait malhonnête de ne pas voir, dans les entreprises internationales du président américain, des ressorts et des exclusions qui ne peuvent que complaire aux démocrates réalistes de tous les pays.

A lire aussi: Venezuela: et si Donald Trump pensait avant tout aux «midterms»?

Le président Macron l’a dit, et il a eu raison, avant de déplorer la « méthode » employée par Trump : au Venezuela, on a mis fin à une dictature, et le peuple ressentira les bienfaits de ce changement.

L’autocratie, la corruption généralisée et la misère dominaient sous Nicolás Maduro. Qui peut, de bonne foi, tenir pour négligeable une telle avancée, une telle libération ?

Il y a donc là un mélange de morale internationale ayant trouvé son dû et d’économie profitable. Il convient d’accepter qu’avec Trump, les droits de l’homme ne seront jamais dissociés de la rentabilité américaine ni de la puissance d’un pays – rêvée aussi écrasante que son chef entretient de lui-même une opinion indépassable.

Pascal: « La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique »

Pour l’Iran, qui oserait contester que venir empêcher une barbarie intégriste de « tuer » ses opposants est une bienfaisante menace et une intimidation nécessaire ? Le guide suprême a d’ailleurs compris la teneur du message vénézuélien : avec son cercle de fidèles, sa fuite pour la Russie serait programmée si le pire survenait pour cette théocratie indigne.

J’entends bien que se camper avec une telle arrogance comme gendarme universel impose — même à quelqu’un d’aussi indifférent au jugement international que Donald Trump — une exemplarité au moins relative, ainsi qu’un ciblage soigneux des causes à défendre ou à combattre ; faute de quoi les États-Unis se verraient dénier toute légitimité, même minimale, à jouer les justiciers.

A lire aussi: La grande féminisation et ses enjeux

Il me semble que le président américain devra, d’une part, évaluer dans quelle mesure ses initiatives internationales sont susceptibles de le contraindre — ou non — à « revisiter », sur certains points, sa politique étrangère et, d’autre part, à interroger le rapport entre sa force et le droit.

En effet, même un Donald Trump, qui ne semble guère disposé à s’embarrasser de considérations humanistes jugées superfétatoires, ne pourra éluder, dans l’ordre international qu’il entend façonner, l’obligation d’habiller la force en morale. La mise à l’écart de l’ONU ne fait, en réalité, que transférer cette exigence morale vers et sur les grandes puissances.

Pascal l’a énoncé admirablement : la force sans le droit est injuste… Inutile que le président Trump le lise pour comprendre l’évidence. Gabriel Attal, dont la position n’est guère éloignée de celle du président Macron sur les affaires internationales, a souligné que « nous n’avions plus les moyens de nos indignations » — ce qui est vrai — mais surtout que « les démocraties devaient dorénavant retrouver la voie de la force, si elles souhaitent que le droit prévale de nouveau ». C’est un paradoxe amer, mais tellement pertinent. Il pourrait donner corps à une idée que j’ai toujours défendue et qui, dans le contexte international actuel, apparaît plus nécessaire que jamais : une démocratie a le droit de se défendre avec vigueur sans se renier. Elle n’a pas vocation à tendre, par lâcheté ou par mauvaise conscience, l’autre joue diplomatique. Une leçon pour nous, et pour d’autres.



Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !

Article précédent Quand Charles Alloncle file des boutons aux mandarins médiatiques et à Xavier Bertrand…
Article suivant L’obscénité de l’action
Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération