Du manque de répartie ? Invité de France 2 avant les fêtes, le président du Rassemblement national Jordan Bardella a suscité des moqueries de Roselyne Bachelot et Léa Salamé
Le 13 décembre, sur le plateau de « Quelle époque ! » (France 2), il y avait quelque chose de Ridicule, ce film de Patrice Leconte dans lequel un aristocrate provincial mal dégrossi débarque à Versailles et doit montrer à la cour qu’il a de l’esprit s’il veut rencontrer Louis XVI. Ce soir-là, à la fin de l’émission, l’animatrice Léa Salamé demande au président du RN quelle question il aimerait poser à Donald Trump.
« Où est-ce qu’il trouve toute cette énergie ? » répond-il avec autant d’originalité que Laurent Delahousse ou Michel Drucker placés en pareille situation. Et la journaliste de moquer, dans l’hilarité générale, le « petit manque d’imagination » du jeune homme né à Drancy. Depuis, la séquence est diffusée en boucle sur les réseaux sociaux. La caste médiatique se frotte les mains : ça y est, on la tient, la vidéo qui annihilera le destin élyséen du protégé de Marine Le Pen ! C’est peut-être aller un peu vite. Si le cinéma avait existé au XVIIIe siècle, le passage de Ridicule dans lequel le héros est humilié par une comtesse dotée de plus de repartie que lui aurait peut-être suffi à déclencher la Révolution. Et puis il est arrivé plus d’une fois qu’un homme d’État manque d’à-propos à la télévision, sans que cela le disqualifie à jamais pour l’Élysée. En 1988, en plein débat d’entre-deux-tours de la présidentielle, Jacques Chirac reste coi quand François Mitterrand lui lance avec perfidie : « Mais vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre. » Non pas que le Corrézien soit incapable d’être piquant, voire assassin. Seulement, il est alors trop engoncé dans le personnage lisse qu’il s’est composé pour l’occasion – et qui ne convaincra pas les électeurs.
Sept ans plus tard, à nouveau en campagne, il osera enfin se montrer vachard en public en lançant à Michel Field lors d’une interview : « Réfléchissez deux minutes… C’est pas excessif, hein ! » Il avait entre-temps appris – auprès de communicants américains, dit-on – à lâcher des saloperies avec un air jovial qui met les rieurs de son côté, et qui lui assura la victoire face à un Lionel Jospin trop austère. Talleyrand avait peut-être tort quand il affirmait que « l’esprit sert à tout, mais ne mène à rien ».




