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L’obscénité de l’action

L’agité du bocal et le Vieux continent


L’obscénité de l’action
DR.

Les actions du président américain nous déconcertent autant que nous envions sa résolution. Qu’est-ce qui est le plus indécent: ses décisions unilatérales et brutales ou l’absence de prise de décision de nos dirigeants?


Etrange époque. Là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique, un être s’agite, est sans cesse en mouvement, agit, passe à l’acte, fait ce qu’il dit, glorifie ce qu’il fait, fusionne l’un avec l’autre, la langue et le geste, la parole et la chose, nous laisse interloqué, écœuré ou hypnotisé. L’effet produit au cours de cette année de présidence par Donald Trump concerne autant la nature même de ses actes – guerres commerciales avec l’Europe, bombardement de l’Iran, intervention au Venezuela etc…- que ce qu’elle nous donne à contempler, à vérifier, à éprouver ce contraste avec notre propre immobilité. Le spectacle du mouvement. Et celui d’une parole semblable à celle utilisée dans les ballets classiques, descriptive tout au plus, au service de l’action. Car chez nous et depuis longtemps, le geste, le passage à l’acte par lequel il se montre, la prise de décision est depuis longtemps suspecte, comme une indécence publique, une sorte d’obscénité politique. La fonction même est chez nous purement oratoire, divinatoire, stylisée, raffinée, complexifiée. Nous écoutons non sans lassitude les joutes verbales à l’Assemblée nationale et, barde suprême, notre Roi du ni-ni, seigneur du en même temps, quintessence la demi-mesure, Hamlet de pacotille qui n’aura pas manqué une fois de plus de briller ces dernières heures en se félicitant puis en critiquant l’extraction martiale de Maduro.

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Ainsi en va-t-il de notre fascination pour ces êtres au Surmoi relâché, se jouant de nos inhibitions constitutives à l’instar d’un Bernard Tapie dans les années 80, dur et agissant à l’orée de notre récession. Un Européen ça s’empêche, disait peu ou prou l’un de nos philosophes adulés. Quitte à succomber pétrifié au pied de l’Histoire avec sa grande H ? Nous avons nous nos procédures, nos normes et nos directives. Et leur vigilante inflation, en guise de coming-out, qui nous font dans notre train de sénateur contempler cet agité du bocal, le courroux plein les lèvres…

Ah ce trublion ! cet Ubu vulgaire ! colérique, narcissique et factieux qui jouit sans frontières quand l’Européen que nous sommes peine à s’échauffer, le fantasme édulcoré par le réchauffement climatique et la désindustrialisation, coït moins interrompu que neutralisé par tant de paradoxales injonctions. Le corps de l’Etat-providence mou comme une chique, ouvert aux quatre vents, nous attendons l’entracte pour aller consommer au parterre une infusion tilleul-menthe avec l’œil sévère d’une bonne mère de famille, la conscience sans faux plis, les droits de l’homme en bréviaire, satisfaits d’être divertis à bas prix (pour l’instant) par ces hyperactifs du Far ouest (et Est). Nous nous endormons la bouche pleine de mots, gras ou suaves, la rhétorique au front, l’indignation au nez, bercés par le prince Mychkine. La beauté sauvera le monde. Mais oui Fiodor.

L'Attachée de presse

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