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Au Ghana, homophobie d’État

Le Parlement ghanéen renforce encore sa législation anti-LGBT, une des plus dures du continent africain. La loi votée à l’unanimité par les 275 députés sera-t-elle ratifiée par l’exécutif?


Le 28 février 2024, les députés du Ghana ont entériné un projet de loi controversé imposant des peines de prison sévères à toute personne s’identifiant comme homosexuelle1. Il prévoit même cinq ans de détention pour la création ou le financement de groupes gays, et dix ans pour ceux qui initieraient des campagnes pro-LGBTQ+ à destination des enfants. Surnommée « projet de loi anti-gay », la loi dite « des droits sexuels convenables et des valeurs familiales ghanéennes » a été soutenue par les deux principaux partis politiques du Ghana et défendue également par les principaux leaders religieux (chrétiens comme musulmans) ainsi que par différents rois traditionnels.

Votée à l’unanimité par l’ensemble des élus, elle constitue le dernier signe d’une opposition grandissante aux droits LGBTQ+ sur le continent africain et reste considérée comme l’une des plus dures d’Afrique de l’Ouest. C’est sous la colonisation britannique que les premiers éléments d’une législation anti-homosexuelle ont été introduits en Gold Coast (ancien nom du Ghana). Ils criminalisaient déjà les pratiques homosexuelles répandues au sein des ethnies Ashanti, Nzema ou Fanté. Aujourd’hui, sur l’ensemble des pays africains existants, plus de la moitié ont mis en place une législation similaire de répression contre les gays et lesbiennes africains, renforçant dernièrement leur arsenal juridique afin de faire interdire une sexualité qui n’entre pas dans le concept traditionnel de famille promu aujourd’hui par différentes élites africaines.

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Victimes de délation, les homosexuels sont aussi en proie à de véritables chasses à l’homme et les leaders de cette communauté ne sont pas à l’abri d’éventuelles tentatives d’assassinat. Le meurtre particulièrement violent du militant Kenyan et mannequin Edwin Chiloba, il y a deux ans, a particulièrement marqué les esprits sur le continent. Récemment, c’est un Sénégalais décédé, suspecté d’être gay, qui a été brutalement exhumé de son tombeau et son corps brûlé vif par une foule en colère. Le tout filmé et mis en ligne sur les réseaux sociaux. Une vague d’homophobie régulièrement dénoncée par les défenseurs des droits de l’homme et des organisations telles qu’Amnesty International, poussant de nombreux Africains, candidats à l’immigration, à se réfugier en Europe. Les exemples ne manquent d’ailleurs pas au Ghana. En 2012, un mariage a été attaqué par un groupe de personnes, accusant les invités de célébrer un mariage gay. Loin de prendre la défense des agressés, la police a emprisonné la plupart des participants sans inquiéter les agresseurs. En 2013, un Ghanéen a été poursuivi par des musulmans qui l’accusaient de déviance et menaçaient de l’enterrer vivant s’ils réussissaient à l’attraper. En 2015, des lesbiennes ont été « bombardées de merde » et « lapidées » en raison de leur préférence sexuelle. Enfin, en 2018, un pasteur a appelé ses concitoyens chrétiens à appliquer la peine de mort à toute personne qui serait reconnue comme étant gay.

Il n’est cependant pas certain que la loi dite « des droits sexuels convenables et des valeurs familiales ghanéennes » puisse entrer en vigueur. En effet, elle nécessite la signature du président Nana Akufo-Addo. Winnie Byanyima, directrice de l’organisme des Nations Unies chargé de lutter contre le sida, a rappelé les conséquences néfastes de ce texte sur la liberté d’expression, la liberté de mouvement et la liberté d’association. Bien qu’il ait déclaré qu’il suivrait la décision des parlementaires, à la veille de la fin de son deuxième mandat, il est probable que Nana Akufo-Addo ne prenne pas le risque de l’entacher par la promulgation de cette loi, jugée discriminatoire comme vigoureusement condamnée par les diplomates et des organisations internationales, et qu’il laisse le dossier entre les mains de son successeur.

  1. https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/02/29/au-ghana-le-parlement-durcit-la-loi-contre-les-homosexuels_6219284_3212.html ↩︎

La fin de l’Europe écolo-woke ?

Sous l’égide de l’Allemagne et d’une France soumise au mécène garant de ses déficits, l’idéologie écolo-wokiste des Grünen s’est imposée à l’Europe et aux Français dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture ou de l’immobilier. Le prochain parlement européen en finira-t-il avec ces politiques de décroissance ?


Le cercle de la raison, on le sait, se confond avec les cercles pro-européens. L’Union faisant la force, les eurosceptiques ne peuvent donc être que des faibles d’esprit. À quelques mois du renouvellement du parlement strasbourgeois, soucieux de compter au nombre des gens intelligents, j’ai fait mes meilleurs efforts pour embrasser la cause européenne. Coup de chance, l’actualité de ces derniers mois a permis aux citoyens français de goûter le talent des visionnaires qui président aux destinées de notre continent.

Nucléaire, agriculture, logement, souveraineté numérique : le sans-faute européen

Il y eut d’abord, à l’occasion de la crise ukrainienne, les effets spectaculaires d’une politique énergétique qui fera date. Initiés par Lionel Jospin puis concrétisés par Angela Merkel, la sortie du nucléaire et le recours massif au gaz russe furent couronnés du succès que l’on sait. La France, qui vit aux crochets de l’Allemagne grâce à l’euro, a applaudi aux exigences de son mécène : fermeture de 14 centrales, instauration d’un marché européen de l’électricité visant tout à la fois à ruiner EDF, le savoir-faire hexagonal, ainsi que ses entreprises et ses ménages, condamnés à acheter à prix d’or une électricité que nos centrales produisaient à vil prix. Après quarante ans de déficits abyssaux financés par nos voisins frugaux, notre souveraineté s’en trouve logiquement hypothéquée. Sans doute était-ce le meilleur moyen de nous vendre cette idée de souveraineté européenne, puisque entre ça ou rien…

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L’énergie n’est bien sûr pas le seul domaine dans lequel l’excellence des eurocrates, habités par le sauvetage de Gaïa, a pu s’illustrer. L’agriculture n’a pas échappé au savoir-faire du cercle de la raison. Une sagesse qui lui a permis de fixer le projet de « verdissement » le plus ambitieux de la planète, certes établi au petit bonheur la chance, mais qui avait de la gueule. 50 % de réduction des produits phytosanitaires à l’horizon 2025, ça imprime mieux que, au hasard, 32,8 %, objectif bâtard au sex-appeal d’une zadiste, qu’il faudrait en plus prendre la peine de justifier. Les fantômes du Gosplan et son totalitarisme chiffré hantent les couloirs de Strasbourg. Quoiqu’il en soit, l’Europe a donc entrepris un vaste plan social dans son agriculture. D’une part, cela permet de faire bosser plus les Brésiliens, qui polluent à des milliers de kilomètres (mais en dansant la samba) ; d’autre part, de diminuer chez nous le nombre de paysans français, allemands ou bataves, dont les goûts musicaux se révèlent aussi désastreux que leurs idées en matière de préservation de la biodiversité. Par ailleurs, le plouc pollueur a tendance à mal voter, ce qui justifie d’en limiter le nombre. Message reçu cinq sur cinq par les bouseux des pays fondateurs de l’Europe, qui ont récemment fait part de leur enthousiasme et défilé dans les rues de Berlin, Amsterdam et Paris pour communier avec les citadins dans l’amour de Bruxelles. Louons d’ailleurs la cohérence des élites européennes. À quoi rimerait une égoïste souveraineté alimentaire française dans le cadre d’une dépendance énergétique à l’égard de nos amis et partenaires russes, américains ou proche-orientaux ? « La souveraineté, c’est la dépendance », nous confirme le commissaire européen à la Vérité[1].

« Lutter contre l’immigration, c’est la favoriser. » Environ 6 000 migrants atteignent l’enclave espagnole de Ceuta, à la frontière avec le Maroc, pour la seule journée du 18 mai 2021. © AP Photo/ Bernat Armangue

Les rigoureux principes écologiques qui animent ces élites transnationales les ont bien sûr conduites à s’intéresser aux scandaleuses passoires thermiques qui constellent le territoire français. Certes, si le logement représente 36 % des émissions de gaz à effet de serre en Europe, mais seulement 20 % en France, c’est encore trop. De brillants élèves de quatrième pourraient relever que c’est quand même 45 % de moins que nos voisins, mais il faut vraiment être partisan de l’écocide global pour se livrer à des calculs aussi ignobles. Nos visionnaires se sont donc montrés soucieux de protéger les locataires contre des propriétaires défaillants qui persistent à ne pas vouloir se ruiner en travaux d’isolation. Travaux au demeurant imposés par la hausse du prix de l’énergie, par ailleurs méticuleusement organisée par la vindicte antinucléaire. Travaux dont l’efficacité se révèle, cerise sur le gâteau, très inférieure aux rendements attendus. Certains voudront y voir un complot, alors qu’il ne s’agit sans doute que de bêtise crasse. Conséquence immédiate de ce concentré d’intelligence, la mise en place de normes drastiques (le fameux DPE interdisant dès 2025 la location de logements énergivores) a permis de réduire l’offre locative dans des proportions inusitées. 400 000 logements par an seraient ainsi retirés du parc locatif par leurs propriétaires découragés – à titre de comparaison, la Seconde Guerre mondiale n’avait détruit « que » 1,5 million de foyers. On aura dépassé ce chiffre à la fin des mandats de Macron (ce président plus intelligent que tous les commissaires européens réunis, un phare dans la nuit). Plus globalement, l’imposition de normes strictes dans le domaine de l’immobilier neuf ou ancien laisse entrevoir une crise du logement d’une ampleur inédite. Mais ne boudons pas notre plaisir, la diminution du nombre de chantiers va se traduire par une baisse très significative des GES – un éclatant succès acquit au prix de 150 000 futurs chômeurs, de millions de locataires frustrés, heureux malgré tout de participer à cette écologie concrète, très concrète.

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Aux dossiers énergétique, agricole ou immobilier, il convient d’ajouter les triomphes suivants : l’Europe numérique (acteurs majeurs européens : néant) ; la chimérique défense européenne, animée par le refus allemand d’échapper à la tutelle américaine et, jusqu’à très récemment, d’en payer le prix ; sans oublier la sauvegarde de nos frontières, objectif en soi suspect, habilement transposée en sauvetage des migrants. « Lutter contre l’immigration, c’est la favoriser », nous disent aussi les commissaires orwelliens bruxellois, slogan concrétisé depuis que Frontex s’est mué en ONG supplétive des passeurs. Récemment complétée d’une directive visant à réécrire l’histoire du continent sous l’angle des migrations et de l’inclusion, l’Afrique a désormais la place qui lui revient selon le wokisme européen : celle de la relève. Et Dieu sait si les Africains ont l’écologie et le wokisme chevillés au corps.

On peut craindre cependant que, par le truchement des (méchants) populistes, les élections de juin désignent un Parlement plus représentatif des aspirations des peuples. Aux quatre points cardinaux du continent se lèvent des forces hostiles à l’écolo-wokisme de von der Leyen et consorts. Que les Européens convaincus gardent espoir, en se remémorant l’espèce d’amnésie qui semble saisir certains eurodéputés. Il en va ainsi des futurs élus républicains conduits par un François-Xavier Bellamy aux engagements conservateurs inquiétants (voire fascistoïdes). Hostiles en théorie au centregauche européiste de Macron, les députés républicains ont pourtant su collaborer à Strasbourg. Que ce soit au titre du groupe PPE (auquel appartient LR) ou Renew (macronistes), ils ont voté ensemble deux fois sur trois. On observe en parallèle la même communion entre les républicains et les socialistes du PSE, groupe censément plus à gauche encore que Renew, avec lequel le PPE avait fait alliance, allez comprendre. Enfin, tant que c’est pour la cause du drapeau bleu étoilé.

Quels que soient les persiflages des eurosceptiques, le succès de l’euro clouera le bec au plus méprisable des populistes. Plusieurs chiffres permettent de mesurer la bénédiction qu’a constituée la monnaie unique. D’abord, c’est grâce à lui que la France a pu continuer à jeter l’argent par les fenêtres et à s’endetter à hauteur de 3 000 milliards d’euros, sans jamais réformer sérieusement son modèle social. On comprend mieux l’attachement des Français à la monnaie unique, de Mélenchon à Marine Le Pen. Autre acquis incontestable, une limitation de la nuisance industrielle de l’automobile en France. Nous en produisons 53 % de moins qu’avant l’euro.Champagne ! Plus globalement, aux irresponsables promesses de prospérité initiale s’est substituée une frugalité de bon aloi. 1.7 % seulement de croissance moyenne contre 2,2 % aux États-Unis en vingt-cinq ans. Ça n’a l’air de rien, mais cela fait 80 % d’écart de richesse en un quart de siècle. L’euro a donc lui aussi concouru au sauvetage de la planète ; ses détracteurs sont définitivement des sots.

Construction européenne, contestable succès

Certains lecteurs attentifs ont peut-être décelé une pointe d’ironie dans ce bilan de l’Union. On a coutume, en effet, de présenter la construction européenne comme un incontestable succès. Admettons. Je n’aurais toutefois pas aimé voir à quoi ressemblerait un échec cuisant, puisque économiquement, stratégiquement, philosophiquement, elle ne paraît pas avoir été en si mauvais état depuis 1945. Pendant ce temps-là, comme l’écrit Philippe Villin dans Le Figaro : « Les émissions sont à l’Est [en Asie]et les écolos sont à l’Ouest .»

Les dossiers européens peuvent être ainsi classés en deux catégories : ceux sur lesquels on fait semblant d’agir (numérique, défense, immigration) et ceux sur lesquels on fait n’importe quoi (énergie, agriculture, logement). L’Europe paraît guidée non par la raison, comme on nous somme de le gober, mais par une idéologie écolo-wokiste enragée – du voile à l’identité de genre, Bruxelles câline toutes les minorités, épouse tous leurs combats. Défendre les frontières de l’Europe, sa culture et son autonomie stratégique semble, par construction, incompatible avec les objectifs des eurocrates. La survie des peuples européens paraît même, au fond, contraire aux « valeurs européennes ». On pourrait donc aller plus loin et distribuer une pilule de cyanure à tous les citoyens français. Cela permettrait une diminution de 1 % des gaz à effet de serre à l’échelle de la planète – pour un coût dérisoire –, tout en faisant de la place au continent africain qui déborde. On s’étonne du côté timoré des meilleurs cerveaux écologistes européens.


[1] Job qui n’existe pas encore, ça ne saurait tarder !

Macron à Marseille: une opération de communication XXL

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Le désastre marseillais est aggravé par la politique-spectacle


Plus la situation à Marseille se détériore, plus la propagande d’État succombe à la boursoufflure victorieuse. Il y avait eu « Marseille en grand ». Voici « Place nette XXL ». En attendant, peut-être, « Super Marseille extra plus ».

Ville fétiche

Certes, rien n’est moins original que la politique-spectacle, dont Emmanuel Macron a fait plus que d’autres sa marque de fabrique. La théâtralisation politique est proportionnelle à l’absence de résultats. Reste que l’indécence du procédé, systématisé, ne cesse de surprendre par son manque de recul et de réalisme.

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Pour la 13ᵉ fois, mardi, le chef de l’État a tenté de faire la promotion de sa ville fétiche, donnée comme exemplaire, avec la Seine-Saint-Denis, de la France de demain. « Nous sommes à la bataille », a-t-il annoncé, dans le quartier de la Castellane, en pointant les cartels de la drogue qui se sont installés dans sa ville-modèle. Gérald Darmanin a promis pour sa part de « tuer la pieuvre ». Les 750 policiers et gendarmes dépêchés sous les caméras n’ont récolté hier que 830 grammes de cocaïne et 8 kilos de cannabis. Il est peu probable que l’Etat puisse venir à bout de cette économie parallèle, qui prospère dans une contre-société constituée par toujours plus d’immigration extra-européenne, musulmane très majoritairement. Or le gouvernement reste aveugle à ce basculement démographique et culturel en cours. À La Courneuve (Seine-Saint-Denis), lieu de récentes violences urbaines causées par la mort accidentelle d’un fuyard, 75% des jeunes sont d’origine extra-européenne, selon France Stratégie. En 2005, Nicolas Sarkozy y avait déjà promis « le karcher »…

La France se transformera-t-elle en narco-État ?

Le « camp du renoncement et de la capitulation », que Valérie Hayer (Renaissance) voit chez ceux qui s’opposent à l’escalade contre la Russie, est au cœur de la macronie et de ses bals masqués. S’il y a une guerre à mener, c’est contre la criminalité organisée en France, en lien avec l’islamisme conquérant qu’elle finance pour partie.

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Dès le 18 novembre 2022, dans Le Monde, la procureure de Paris, Laure Beccuau, alertait, à propos des narco-trafiquants, sur « les risques de déstabilisation de notre Etat de droit, de notre modèle économique, mais également de nos entreprises à un niveau stratégique majeur ». Le 7 mars, devant une commission d’enquête sénatoriale, Isabelle Fort, du parquet de Marseille a admis : « Nous sommes en train de perdre la guerre contre les trafiquants à Marseille ». Une analyse partagée par Bruno Bartocetti (Unité SGP-Police) : « Dans dix ans ce sera trop tard. La seule différence entre le cartel de Colombie et la France c’est qu’il y a encore peu de corruption chez nous ».

Ce n’est pas une énième opération de communication qui sauvera Marseille de son naufrage. Sa chute est celle d’une illusion sur les bienfaits d’une métropole ouverte et multiculturelle. Or Macron s’accroche à cette utopie suicidaire. Mardi, des habitants l’ont interpellé sur Gaza. A Marseille, la France s’efface lentement.

Il faut sauver le soldat Butler

Alors que Judith Butler fait scandale en qualifiant l’attaque islamiste du Hamas du 7 octobre d’« acte de résistance », les intellectuels de gauche volent à son secours et dénoncent une fausse polémique.


Ils s’y mettent à soixante. Soixante de ces intellectuels à la française sans qui le dogmatisme rouge-très-rouge ne serait pas tout à fait ce qu’il est, un festival permanent de contre-vérités, de sophismes abracadantesques, de grossières  manipulations, l’ensemble saturé d’une indigence morale crasse et d’une malhonnêteté intellectuelle proprement ébouriffante. 

Soixante noms au bas d’une tribune parue dans Libération[1], là où se rejoignent les pétitionnaires en chambre, les révolutionnaires de campus, bref tous ceux qui appartiennent à ce que Céline appelait « la race des signeurs ».

En l’occurrence, il s’agit de voler au secours de Judith Butler, la philosophe américaine qu’on n’hésite pas à présenter ici comme « la papesse » de la théorie du genre. Nous ayant fait la grâce d’une tournée missionnaire en France, elle n’a pas hésité à qualifier l’attaque des bouchers du Hamas du 7 octobre contre les populations israéliennes d’acte relevant de la « Résistance armée ». Bien sûr, une telle complaisance, la cécité volontaire poussée à un si haut degré ne pouvaient que soulever un fort vent de contestation. C’était pousser le bouchon du déni de réalité tout de même un peu trop loin. D’où la croisade des soixante pour tenter de défendre leur papesse et corriger le tir. On aurait mal compris, n’est-ce pas. Nous nous trompions lourdement, par exemple, en considérant que l’expression « résistance armée » pouvait renvoyer à une référence historique bien présente chez nous, les heures terribles de notre histoire où notre pays était occupé par une puissance étrangère, les hordes nazies. Or, c’est bien ce que, recourant à cette qualification, la papesse en question et avec elle ceux de sa chapelle veulent induire : la sauvagerie du 7 octobre trouverait sa légitimité, sa nécessité et sa gloire dans la lutte contre l’occupation d’une force étrangère plus ou moins assimilable à celle des nazis, le peuple juif. Voilà en effet qui est bel et bien inscrit dans l’esprit de la locutrice et de ses ouailles. « Faux procès !» font mine de s’insurger les soixante. D’ailleurs, avancent-ils, lors d’autres propos, antérieurs, Mme Butler serait allée jusqu’à émettre des réserves sur la méthode employée par le Hamas. Peut-être même l’aurait-elle condamnée. Mais condamner la méthode ce n’est pas la nommer. Ce n’est pas dire clairement ce dont elle relève : de la barbarie, du terrorisme, de la sauvagerie exterminatrice. Oui, exterminatrice. La continuation par d’autres moyens de l’entreprise nazie, justement.

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Les défenseurs nous disent aussi que leur gourou ne cesse de militer pour la paix. Outre qu’on a rarement vu quelqu’un militer tranquillement pour la guerre, cela n’a proprement aucun sens. La ficelle est des plus grosses. Le Hamas lui-même est pour la paix. La condition de cette paix selon lui : l’élimination pure et simple du peuple d’Israël de sa terre. Rien de moins. Avec à la clef, la constitution d’un État islamique de « la rivière (le Jourdain) à la mer ». Cela est sans cesse réaffirmé dans son programme… En attendant de pouvoir pousser plus loin, bien sûr, car cette « résistance armée », si noble, si légitime, ne devra pas s’arrêter en si bonne voie, évidemment. Celle en actes en Israël le 7 octobre et dont se félicitent Mme Bultler et consorts n’est à l’évidence qu’un épisode dans une épopée purificatrice d’une tout autre ampleur. Rayer Israël de la carte du monde ne serait qu’une première victoire ouvrant la voie à ce que cette « résistance armée » vienne à bout, partout où elle existe, de la civilisation occidentale, celle du Blanc honni, coupable de tous les maux, de toutes les oppressions. L’occupant et le dominant à traquer lui aussi partout où il est établi.

L’ironie de l’affaire – ou le côté ubuesque si vous préférez – c’est que, obnubilés par ce but ultime, Mme la papesse et ses thuriféraires se refusent à voir qu’en se rangeant sous la bannière ensanglantée du Hamas, ils entassent eux-mêmes les fagots de leurs futurs bûchers. Ces bûchers où l’islamisme triomphant enverra crever les LGBT+++ et leurs défenseurs, les contempteurs de la domination masculine sur la femme, les adversaires, même discrets, de toute esquisse de visée théocratique. Ainsi, ce n’est pas seulement de soixante noms au bas d’une tribune qu’il est question ici, mais, à y bien regarder, d’une première liste de candidats à cette autre forme de solution régénératrice et finale. Liste établie au nom, bien entendu de « la résistance armée. »


[1] https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/laure-murat-annie-ernaux-etienne-balibar-60-intellectuels-denoncent-un-faux-proces-fait-a-judith-butler-20240314_NTHOCHUE3RA7VI72ICKATUKU4A/

Nouvelle-Calédonie: « Non » à l’indépendance, quelles implications?

Deux ans après la victoire du « non » à l’indépendance, la Nouvelle-Calédonie revient sur le devant de la scène avec l’examen prochain d’une loi constitutionnelle qui pérenniserait l’existence de deux catégories de citoyens français dans l’archipel, les « citoyens néo-calédoniens » et les autres. Derrière cette dangereuse proposition, c’est tout l’avenir de la Nouvelle-Calédonie française qui se trouve de nouveau posé : comment organiser et faire vivre ce territoire aujourd’hui, quand tout depuis 25 ans avait été conçu en vue d’une indépendance qui n’aura finalement pas lieu ? Cette nouvelle réalité pose des questions fondamentales à la fois de droit et de politique, qui sont d’une importance capitale pour tous les Français.


Le 12 décembre 2021, les électeurs de Nouvelle-Calédonie ayant le droit de voter lors des consultations sur l’autodétermination de l’archipel ont, pour la troisième et dernière fois, voté « non » à la « pleine souveraineté », synonyme d’« indépendance » pour ce territoire d’outre-mer situé à 17 000 km de Paris. La Nouvelle-Calédonie reste donc française, à tout le moins pour l’avenir prévisible.

La question, évidemment, est: Que fait-on maintenant ? Ce qui rend cette question particulièrement difficile, c’est qu’énormément de développements s’étaient produits (notamment institutionnellement) sur le « Caillou » depuis l’Accord de Nouméa de 1998. Celui-ci avait prévu un processus d’autodétermination (aussi dit de « décolonisation »), mais avait repoussé son échéance de 20 ans : c’est donc lui qui a eu lieu lors des trois échéances électorales – des « référendums », mais non-contraignants juridiquement – de 2018, 2020 et 2021. Or, ces développements n’avaient de sens qu’en tant qu’ils anticipaient une accession, précisément, à la pleine souveraineté dans l’ordre international. On a donné à la Nouvelle-Calédonie des institutions propres, détachées de la tradition française (un gouvernement collégial, un sénat « coutumier », etc.). On lui a progressivement transféré les compétences législatives dans tous les domaines ou presque qui ne ressortissent pas au régalien : l’idée était que le « oui » l’emporterait ; qu’il y aurait une « minute d’indépendance » pour satisfaire un besoin symbolique, puis que le gouvernement de la « Kanaky » nouvelle négocierait immédiatement un contrat d’association avec la France, par lequel elle chargerait cette dernière d’exercer ces fonctions en son nom, puisque même les indépendantistes les plus résolus n’ont jamais eu l’intention d’être réellement indépendants, c’est à dire de s’assumer sur la scène internationale. Les forces armées, la justice, la diplomatie, etc., auraient toujours été françaises (mais sous un drapeau différent).

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Le paradoxe est donc que c’est un « oui » à l’indépendance qui aurait le moins changé la donne, puisque c’est en vue de celle-ci que tout avait visiblement été prévu. (Quant à la question de savoir si la France voulait réellement l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, elle est en un sens sans objet. Quand on prend des décisions qu’on ne sera plus là pour voir mises en œuvre, le plus probable est qu’on ne réfléchisse guère à ce qu’elles impliquent réellement. Elles demeurent de l’ordre de l’abstraction). A l’inverse, le « non » met un point d’arrêt brusque à une évolution qui se comprenait comme une dynamique dont le sens lui était donné par son point d’arrivée.

Maintenir le statu quo ?

Pourrait-on ne rien faire ? En un sens, oui bien sûr : on peut toujours ne rien faire. Cela veut dire perpétuer le statu quo qui prévalait en 2021. Il n’est pas impossible qu’on s’achemine vers un tel scénario tout simplement parce qu’il est le plus simple, notamment dans un contexte où les indépendantistes se refusent à négocier, conscients sans doute que leur refus de coopération rend plus vraisemblable une crise majeure (y compris violente), et que toute crise marcherait à leur avantage, en leur permettant de négocier, cette fois-ci, la sortie de crise en échange de concessions politiques majeures d’un gouvernement français toujours soucieux de ne pas « faire de vagues ».

Sur le plan politique, ce ne serait pas forcément, en soi, un désastre. Certes, les difficultés existantes sont considérables, et ne pourraient qu’être renforcées dans un contexte où les indépendantistes (qui rassemblent environ la moitié des électeurs, du Congrès, etc.) ne seraient plus animés par l’espoir d’un changement prochain. La Nouvelle-Calédonie a énormément de mal à faire face à ses nouvelles compétences législatives et exécutives. Elle demeure profondément divisée, géographiquement, socialement et ethniquement. Elle fait face à de graves difficultés économiques. L’instabilité politique est plus considérable encore qu’en Belgique, avec 17 gouvernements en 25 ans. Mais, après tout, l’Etat national n’est pas nécessairement en bien meilleure condition.

Il y a toutefois là au moins une difficulté majeure : c’est que certaines dispositions juridiques semblent, de fait, devoir être remises en cause, au sens où elles étaient nécessairement temporaires ; et leur remise en cause aurait forcément des conséquences politiques importantes. En ce sens, il ne semble pas possible de faire l’économie d’une réflexion plus générale sur ce que nous pourrions vouloir pour la Nouvelle-Calédonie française des décennies 2020 et suivantes (le Gouvernement avait initialement évoqué un projet, qui serait soumis à référendum, avant la mi-2023 : il n’étonnera personne d’apprendre que rien de tel ne s’est produit). Ces dispositions concernent avant tout le droit de vote aux élections provinciales et – ce sont les mêmes – au Congrès de Nouvelle-Calédonie : Congrès qui, de manière unique en France, a un véritable pouvoir législatif (et non simplement réglementaire), dans tous les domaines de compétence – encore une fois, la quasi-totalité des prérogatives non-« régaliennes » – qui ont été dévolues de Paris à Nouméa.

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Depuis la LONC (Loi organique n°99-209 du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie, traduisant en termes juridiques l’accord, purement politique, de Nouméa entre partis indépendantistes et loyalistes, avec l’Etat en position d’arbitre), le droit de vote est en effet sévèrement restreint. Ne peuvent voter, pour simplifier (car les règles sont très complexes), que les citoyens français résidant de manière permanente sur l’archipel depuis l’Accord de Nouméa – il y a donc un quart de siècle – et leurs descendants. C’est ce qu’on appelle le corps électoral « gelé ». Ce corps électoral restreint est bien évidemment une entorse, unique dans le droit français, au principe du suffrage universel, qui veut que – sauf cas très particuliers comme les personnes déchues de leurs droits civiques par décision de justice – tous les citoyens ayant atteint l’âge de majorité puissent voter, et que leur vote compte chacun autant.

En tant que dérogation à un principe fondamental, inscrit dans notre loi suprême (art. 3 de la constitution de la Cinquième république), cette restriction au suffrage avait elle-même dû être inscrite dans la Constitution (art. 77, renvoyant à la LONC). Du point de vue du droit français, cela suffit à la rendre légale, puisque la loi fondamentale est la norme suprême (complications liées au principe de suprématie du droit de l’Union européenne mis à part, celui-ci ne s’appliquant pas en la matière). Mais la Cour européenne des droits de l’homme, qui n’est pas, elle, liée par la hiérarchie des normes en droit français interne, n’avait validé ces restrictions qu’en tant qu’elles étaient transitoires et s’inscrivaient dans un processus de décolonisation (arrêt Py c. France de 2005). Dans ces circonstances, il avait paru acceptable à tous de geler un temps le corps électoral, et ne donner la parole qu’à ceux présents sur l’île dans la – très – longue durée (leurs descendants remplaçant en quelques sorts ceux qui mouraient au fil du temps). Mais l’idée avait toujours été que cette solution, parfaitement anormale au regard des principes les plus fondamentaux, était « transitoire » et prendrait fin avec le dernier référendum d’autodétermination (qui a donc eu lieu en décembre 2021).

Il s’agit là d’une condition ayant force de loi du point de vue de la Cour européenne des droits de l’homme ; du point de vue de l’ordre juridique français, les choses sont moins claires : il s’agit d’un impératif juridique et moral, qui a été partiellement inscrit dans le marbre de la Constitution, puisque le titre XIII dans lequel se trouve l’art. 77 s’intitule « dispositions transitoires relatives à la Nouvelle-Calédonie » (nous soulignons). Transitoires, certes, sans date d’expiration particulière, mais transitoires tout de même, par opposition aux autres normes qui, même si elles pourraient évidemment disparaître un jour avec la Cinquième république elle-même, n’ont pas de limitation de temps inscrites dans leur structure même.

Il va donc forcément falloir revoir cette norme. A cet égard, le projet de loi constitutionnelle déposé au Sénat fin janvier 2024, avant d’être examiné et voté, le cas échéant, par l’Assemblée nationale puis le Parlement réuni en congrès, est exceptionnellement problématique en ce qu’il prévoit, dans l’après-référendums (c.à.d. dans l’après-processus d’autodétermination), de continuer avec un suffrage restreint : moins restreint, certes, puisqu’on passerait à un corps électoral « glissant » (10 années de résidence, plus là encore les natifs de l’île y résidant toujours), mais restreint tout de même, et ce sans limitation de durée. C’est là un problème démocratique et politique majeur puisque, de manière unique sur le territoire de la République, le pouvoir constituant pourrait créer tout à fait officiellement deux catégories de citoyens français : les citoyens de première zone, ayant le droit de vote à toutes les élections, et les autres, pouvant naturellement voter aux élections « françaises » (présidentielles, législatives, référendums [nationaux], etc.) mais pas aux élections calédoniennes (Assemblées de province/Congrès), dont encore une fois il convient de rappeler qu’elles sont beaucoup plus que des élections « régionales », puisque le Congrès a compétence législative sur l’essentiel des affaires de la cité (y compris le vote de l’impôt – on se souviendra bien sûr que l’exigence de no taxation without representation avait été, très largement, à l’origine de la révolte des colons américains ayant mené à l’indépendance des Etats-Unis).

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C’est également un problème juridique majeur puisque, même si les juridictions françaises valideraient vraisemblablement toute norme inscrite dans la Constitution, la Cour européenne des droits de l’homme considérerait certainement cette restriction comme étant une violation de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (et notamment l’article 3 du protocole n°1). Les conséquences politiques en seraient exceptionnellement dommageables puisque, moralement du moins, le Gouvernement serait alors vraisemblablement obligé de demander aux deux chambres réunies en congrès de changer en urgence la règle – situation très humiliante, sans préjuger par ailleurs de la réaction des indépendantistes sur l’île, qui pourrait être bien plus violente alors que ne le serait un retour dès à présent au droit commun, à savoir que tous les citoyens français (majeurs) peuvent voter aux élections, sauf privation individuelle de ce droit, dûment justifiée, décidée par l’autorité judiciaire.

La citoyenneté calédonienne

Voilà donc une norme au moins qu’il va falloir réformer. Là où l’on voit que, dans un contexte calédonien comme ailleurs, « tout est lié », est que l’inscription à la liste électorale spéciale est considérée, depuis 1999, comme le revers d’une « citoyenneté calédonienne » : les Français qui sont inscrits sur cette liste sont « citoyens néo-calédoniens » (en plus naturellement que d’être citoyens, ou nationaux, français) ; les autres ne le sont pas (ils ne sont que citoyens français). Là encore, le but était transparent à l’époque. Il s’agissait d’identifier qui appartenait au « peuple calédonien » ; et le compromis historique de Nouméa était que les indépendantistes – essentiellement les autochtones kanaks – acceptaient que les autres (Européens notamment, appartenant donc au peuple « colonisateur », même si la plupart des Européens sont sans doute arrivés, eux-mêmes ou leurs ancêtres, après 1946, date à laquelle la Nouvelle-Calédonie a cessé d’être une colonie) pouvaient, en principe, être « de » Nouvelle-Calédonie eux aussi. En retour, les loyalistes – essentiellement les Européens (au sens d’originaires, eux ou leurs ancêtres, de France métropolitaine), ainsi que ceux qui ne sont d’origine ni kanake ni européenne – acceptaient que seuls ceux présents sur la longue durée sur l’archipel, à l’exclusion donc, notamment, de tous les Européens séjournant pour quelques années ou, même résidents permanents, trop récemment arrivés, auraient droit à la citoyenneté calédonienne. Au moment de l’indépendance, dont encore une fois tout dans cet ordonnancement supposait qu’elle adviendrait un jour, les non-Calédoniens seraient devenus étrangers (ce qui n’aurait pas nécessairement remis en cause leur droit de résidence, bien sûr) ; les « citoyens » Calédoniens, eux, seraient devenus « nationaux » calédoniens (sans exclusive d’une possible double nationalité « kanakyenne » et française).

Là encore, la question se pose du que faire. Si on ne fait rien, on institutionnalise sur le long terme l’existence de deux classes de Français. Si plus tard la liste électorale glissante est reconnue contraire à la Convention européenne des droits de l’homme, il faudra soit donner la citoyenneté à (presque ?) tout le monde, soit la découpler du suffrage, ce qui (i) la viderait de toute substance, et (ii) la rendrait vulnérable à d’autres contestations juridiques au nom de la violation de l’égalité des droits entre citoyens. Le plus simple, là encore, serait donc d’y mettre un terme, d’autant qu’elle n’avait de sens qu’en tant qu’elle avait vocation à se transformer en citoyenneté à part entière dans l’ordre international (une nationalité donc). La conserver, même si cela pourrait sembler plus simple par calcul politique de court terme – ne pas « provoquer » les indépendantistes alors même que le titre n’entraîne aucun droit ou privilège en tant que tel – pourrait là encore avoir de graves conséquences à terme, en tant qu’elle continuerait à suggérer l’existence de deux catégories de Français en Nouvelle-Calédonie et, ce faisant, à laisser croire que le processus de décolonisation n’est pas réellement achevé.

Tant qu’on maintient ces deux classes de citoyens, on maintient au moins implicitement l’horizon politique – l’indépendance – qui la sous-tendait, alors même que…

Suite et fin de l’article sur Conflits.fr !

Commissariat attaqué à La Courneuve: tout va bien, Mme la marquise!

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Quatre jours après la mort de Wanys, un jeune de La Courneuve (93), après son refus d’obtempérer à Aubervilliers, l’attaque du commissariat de la ville dans la nuit de dimanche à lundi est venue nous rappeler l’état alarmant de quartiers entiers minés par le communautarisme. Déplacé sur place, le préfet de Police Laurent Nunez a affirmé que « nous allons sécuriser le commissariat et la ville dans les heures et les jours qui viennent ». Autrefois, ce sont les commissariats qui servaient à sécuriser les quartiers; dans la France d’Emmanuel Macron, ce sont les commissariats qu’il faut sécuriser! On est en réalité au-delà du séparatisme – les évènements de La Courneuve sont de véritables signes de sécession, observe notre chroniqueuse.


Les attaques de commissariats deviennent monnaie courante en France. Celle de la Courneuve en est l’illustration. Or nul ne met en avant le caractère symbolique désastreux de telles attaques, qui disent pourtant clairement la fin du consentement au contrat social et la volonté de détruire les institutions qui le protègent. Pourtant ces attaques sont des signes de sécession et de pré-guerre civile.

Nul non plus ne réfléchit à ce que cela signifie en termes d’échec politique. Non seulement le gouvernement ne contrôle plus l’entièreté de son territoire : certains quartiers sont aujourd’hui aux mains des caïds au point que même les policiers sont devenus des cibles et les commissariats, des objectifs ; mais il a même abandonné cet objectif de base. En tout cas il ne se donne pas les moyens de le remplir. Car si les attaques de commissariats se multiplient, il n’y a que peu ou pas d’informations sur les sanctions reçues par les voyous. Or seuls la lourdeur des sanctions et le fait de les assumer politiquement et de les revendiquer peuvent changer la donne. Parce que si l’Etat n’est même plus en mesure de protéger ses policiers, que signifie l’existence d’un Etat de droit et surtout quel est son avenir ? Si les commissariats deviennent les abcès de fixation des voyous des cités, cela augure mal de l’aptitude du pouvoir à protéger ses citoyens. Or sans sécurité, nul ne peut accomplir ses devoirs et exercer ses droits. Sans sécurité, pas de citoyenneté. Emmanuel Macron se dit prêt à faire la guerre à la Russie au nom de nos principes démocratiques, qu’il ramène déjà l’ordre à La Courneuve, au nom de ces mêmes principes.

Une attaque de commissariat en mode commando

Mais revenons justement sur ce qui s’est passé à La Courneuve. L’attaque du commissariat a eu lieu dans la nuit du dimanche 17 mars. Une cinquantaine d’individus ont lancé des tirs de mortiers d’artifice et de projectiles divers. Cagoulées et habillées en noir, ces personnes ont attaqué en commando, parfaitement à l’aise dans leurs baskets : elles savent en effet qu’elles ne risquent pas grand-chose. Voire même que cette attaque va renforcer leur réputation au sein du quartier et le « respect » qu’on leur témoigne.

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La raison de cette attaque ? La mort d’un jeune homme de 18 ans, percuté à scooter par une voiture de police, suite à une fuite lors d’un refus d’obtempérer. Il faut être clair : rien dans cette histoire ne justifie que le commissariat soit attaqué. Sauf à penser que les policiers ont fait exprès de percuter le jeune homme, ce que les premières informations ne montrent pas. On est plutôt ici dans le cadre d’un accident lié à la volonté de fuir du conducteur du scooter.

Violences claniques et refus du contrat social

Que le drame déclenche une forte émotion, on peut le comprendre. Même responsable de l’accident, mourir à 18 ans est toujours malheureux. Que le jeune homme se soit tué en percutant une voiture de police peut expliquer la colère de la famille envers les forces de l’ordre. Mais en quoi cela justifie-t-il ces violences claniques et l’attaque de l’institution ? En quoi cela autorise-t-il la tentative de tuer des policiers et de s’emparer d’un commissariat ? Il n’y a aucune logique à ces comportements, sauf à penser et dire qu’il ne s’agit pas d’un accident mais que la police est la milice d’un pouvoir qui ciblerait les jeunes arabo-musulmans des quartiers, n’hésitant pas à les tuer. Or c’est exactement avec cette lecture orientée et systématique que les militants islamistes et gauchistes radicalisent leurs cibles et les mobilisent contre les institutions de la République.

Le séparatisme alimente la haine communautariste comme celle des institutions. Elles ne sont plus vues comme un bien commun mais comme les rivales honnies d’une culture d’origine et d’une appartenance religieuse, à qui il faut en permanence donner des gages de non-intégration. D’où le fait que dans les quartiers, « Français » soit devenu une insulte.

Le policier attaqué en tant que représentant d’une loi honnie

Ainsi, ce qui s’est passé est la énième illustration du refus d’assimilation d’une partie de la jeunesse, pourtant souvent née en France, mais marquée par le déni de la loi et le refus de s’y soumettre au nom du respect des origines. Or les premiers qui ont à faire respecter la loi sont les policiers. C’est parce qu’ils sont responsables de l’ordre public qu’ils sont seuls à pouvoir exercer une violence légitime. Le policier peut se servir de la violence pour arrêter et mettre fin aux agissements d’un individu, car il le fait dans un cadre précis et au nom de la Loi. C’est exactement ce que ne comprennent pas les caïds pour qui ne compte que le rapport de force. Trop frustres pour s’élever au niveau conceptuel qu’implique le rapport à la loi, ils en restent à la logique tribale où celui qui se soumet est un faible et où celui qui exerce la violence et les abus, un exemple de virilité. Dans ce cadre, il fallait venger un des leurs, victime d’une bande rivale, celle de la police.

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Cette logique tribale est régressive et les sociétés fondées sur elle sont des sociétés violentes, peu créatives, inégalitaires et répulsives. Le pire est que contrairement à ce qui est mis en avant, il n’y a pas tant de solidarité dans le clan, pas plus dans les quartiers d’ailleurs. Le système qui se met en place est plutôt un régime de hiérarchie et de mise sous coupe : les services rendus valent forme de possession et impliquent souvent beaucoup de renvois d’ascenseur. Le chantage à l’appartenance est permanent, il faut toujours donner des gages, montrer que « l’on n’oublie pas d’où on vient », traduire « ce que tu devras toute ta vie aux caïds du quartier ». Peu d’égalité, peu de liberté et beaucoup de contrôle social, voilà la soi-disant solidarité des quartiers. Or le contrôle social n’est pas de la solidarité, c’est un maillage culturel et religieux qui valorise et rétribue l’appartenance d’origine et l’identité de quartier, parce que celle-ci est destinée à nourrir la sécession avec la France et le refus de la loi. Elle isole et met une partie de la population entre les mains de leaders qui unissent parfois logique mafieuse, emprise religieuse et chantage identitaire.

Des logiques de sécession alimentées par l’extrême-gauche comme par la gauche de gouvernement

Ces logiques ont été exacerbées et malheureusement légitimées par la gauche autant que par les extrêmes islamo-gauchistes. Le discours sur le racisme de l’État a, par exemple, longtemps fait les beaux jours des réunions de quartiers du PS et des écologistes. Je me souviens notamment de la campagne des Législatives de 2012 où, à Cergy (95), le candidat de gauche expliquait à des jeunes avachis sur leurs chaises, en jogging et qui n’avaient l’idée ni d’enlever leur capuche ni d’ôter leur casquette, que s’ils ne trouvaient pas de boulot, c’est parce que la société était raciste. Je me souviens aussi de cette mère qui était venu me voir, j’étais alors suppléante, pour me dire « déjà on n’arrive pas à les lever le matin, ils fument toute la journée, c’est pas avec un discours comme tient M. le Maire qu’on va les sortir de là ». Elle avait plus de bon sens que le futur député.

Cette délégitimation de l’État, nourrie par des partis de gouvernement qui furent aux affaires est aujourd’hui diffusée par l’ensemble de la gauche, de façon très violente dans la communication de LFI et encore centrale dans celle du PS ou d’EELV. Cela explique que les représentations de base du jeune de banlieue, notamment arabo-musulman, unissent victimisation permanente, hystérisation des origines, rejet du pays dont il a la nationalité, justification de la violence et refus de la loi. Cette posture et ce discours sont souvent les seules représentations politiques qui lui ont été transmises. Hélas ce cocktail prédispose à l’échec personnel pour mieux le transformer en marqueur d’injustice collective. Ce qui justifie in fine la violence contre l’Etat, la haine du Blanc et des institutions, la dénonciation des violences policières.

Un avocat spécialisé dans la mise en accusation de la police

Bien sûr on pourrait éviter de s’enferrer dans cette impasse avec un peu de courage politique et institutionnel. Mais à chaque fois qu’un jeune issu de la « diversité » est en cause, des avocats activistes essaient d’en faire des symboles afin de mettre en accusation un pays qu’ils paraissent détester. Première victime de cette volonté de politisation : la quête de vérité.

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Il faut dire que l’avocat de la famille du jeune homme, Yassine Bouzrou, n’a pas été choisi par hasard. Si on se moque de gagner son procès mais que l’on veut politiser une affaire pour créer le désordre, il est l’homme de la situation. Activiste politique avant tout, l’homme sème le chaos pour entraîner la confusion, crée des affaires dans l’affaire, hystérise les débats, radicalise les positions. Son but : créer une autre affaire Traoré. Mais s’il y arrive, c’est avant tout parce que la Justice est complaisante et les institutions pas à la hauteur. L’affaire Traoré n’aurait jamais dû prendre ces proportions et dans le cas de l’attaque du commissariat, l’affaire mise en avant n’a, semble-t-il, pas plus de substance ; mais à la limite, peu importe. Il est temps d’arrêter de se cacher derrière son petit doigt et de prendre les attaques de commissariat pour ce qu’elles sont : des ébauches de guerre civile. A ce titre, ceux qui s’y livrent doivent être durement sanctionnés. Si le gouvernement se donnait comme objectifs de rendre ces attaques impossibles en créant un protocole d’intervention en mode commando, hyper-réactif, susceptible de capturer un maximum de jeunes sur le fait et de les traduire en jugement, en procédure accéléré, avec des peines plancher élevées, on pourrait parler de début de reconquête de territoire. Tout le reste n’est que du blabla.


Selon CNews, certains des voyous interpellés sont connus de la police, notamment pour des violences urbaines lors des émeutes ayant suivi la mort de Nahel

Xavier Bertrand parle comme «Le Monde», et ce n’est pas forcément un compliment

Selon Xavier Bertrand, « courir après l’extrême droite, c’est courir à notre perte ». Non, LR ne court pas après le RN, et le président de la Région Hauts-de-France ne devrait pas s’abandonner au jeu puéril consistant à appeler « fachos »[1] les électeurs de Marine Le Pen ou Jordan Bardella. Un message à son intention de la part d’un ami qui lui veut du bien…  


Xavier Bertrand a déclaré récemment dans Le Parisien du 16 mars, au sujet des Républicains, que « courir après l’extrême droite, c’est courir à notre perte » et que tout en désapprouvant la ligne de la direction du parti, il allait cependant soutenir la liste conduite par François-Xavier Bellamy pour les élections européennes du 9 juin. Il incitait à « revenir aux fondamentaux », à « l’héritage gaulliste et chiraquien »[2]. Il y a, dans cet extrait, de quoi nourrir la réflexion politique, notamment au sujet de cette idée-force que Xavier Bertrand ne se lasse jamais de répéter, incriminant la droite parce qu’elle courrait après l’extrême droite. Sans vouloir offenser Xavier Bertrand, heureusement que son projet ne s’arrête à ce seul avertissement car il serait alors vraiment trop pauvre, en dépit du caractère séduisant de cette injonction pour tous ceux qui prétendent dicter à la droite ce qu’elle doit penser, autoriser ou dénoncer… C’est mon premier point de désaccord. Si j’étais lui, je m’interrogerais en effet sur la parfaite concordance de mon point de vue avec la banalité ressassée par la gauche politique et médiatique (pas un numéro du Monde sans ce poncif de course après l’extrême droite) et je me méfierais de cette similitude. Attitude au demeurant catastrophique d’un côté et de l’autre puisqu’elle la fait monter inexorablement…

La faiblesse régalienne du macronisme doit être dénoncée

Ma deuxième contradiction est sur le fond. Que la ligne de la direction de LR ne soit pas forcément enthousiasmante et que le duo Ciotti-Wauquiez ne brille pas de mille feux est une évidence. Mais ce constat n’interdit pas de considérer avec lucidité l’importance des problématiques de sécurité et de justice pour la droite. Elles sont devenues encore plus cruciales aujourd’hui où la faiblesse alternative du macronisme, entre poussées de fièvre sans résultats et résignation impuissante, ne cesse pas de susciter la nostalgie d’une autre politique ou de faire espérer un changement radical où le verbe ne se substituera pas à l’action avec des forces régaliennes qui seront encouragées et soutenues.

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Il y a donc une confusion très dommageable pour la droite, dont l’esprit central devrait s’inspirer d’un humanisme vigoureux, d’une sévérité allant aussi loin qu’une conception roborative de la démocratie le permet, à laisser entendre, comme le fait Xavier Bertrand, que l’extrême droite serait dépositaire d’une pensée originale dans ces domaines, que ses propositions représenteraient un scandale alors qu’au mieux elles relèvent du bon sens, au pire d’un excès demeurant dans le registre de l’acceptabilité politique.

Absurdes frilosités

LR ne court donc pas après le RN (Xavier Bertrand ne devrait pas s’abandonner au jeu puéril du garde des Sceaux continuant à le nommer FN) puisque les exigences de sécurité et de justice n’ont pas été inventées par le RN. Même s’il a été éclaireur sur certains points, mais on n’écoutait pas le « diable » Jean-Marie Le Pen, elles existaient depuis toujours au cœur de la droite longtemps effarouchée, dans son expression, par d’absurdes frilosités. Il est piquant aussi de voir célébrer par Xavier Bertrand les « fondamentaux, l’héritage gaulliste et chiraquien ». Quand on examine en détail la carrière, les pensées et les choix du général de Gaulle, on ne peut qu’être frappé par son absolu pragmatisme. Certaines de ses phrases rapportées par ses proches, notamment sur l’immigration algérienne, auraient fait paraître le RN comme modéré. Et il avait raison ! Quant à Jacques Chirac, sorti du discours de Dominique de Villepin à l’ONU, loué pour son avertissement sur « le monde qui brûle », dangereux avec son principe de précaution et incendiaire avec son refus de reconnaître les racines chrétiennes de l’Europe, je ne crois pas qu’il ait des leçons, avec son immobilisme, à donner à la droite d’aujourd’hui.

Le bon vieux temps du RPR

Sur le fond, le RPR des années 80, avec des intuitions fulgurantes sur ce qu’allait devenir notre France de communautés juxtaposées, avait élaboré un programme dont la lucidité et le courage intellectuel font pâlir les piètres audaces de maintenant.

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Je devine bien ce qui fait peur à Xavier Bertrand. C’est l’idée à mon sens erronée que la moindre similitude entre LR et RN serait une catastrophe, annonciatrice de l’union des droites alors qu’actuellement la ligne Ciotti a trop à faire pour être préoccupée par cette aspiration et que Marine Le Pen n’en veut pas. Restent Zemmour et « Reconquête ! », mais en panne de simple conquête ! Je suis un ami de Xavier Bertrand, je lui veux du bien. Aussi, quel que soit son futur – il n’est pas indigne de le rêver superbe -, puis-je lui demander d’arrêter net cette lancinante banalité d’une droite qui suivrait à la trace l’extrême droite, à supposer d’ailleurs que cette définition générique ait encore du sens : pour Jean-Yves Camus, son spécialiste, elle n’en a plus.

LR, et les structures l’ayant précédé, n’ont besoin de personne, et encore moins du FN puis du RN, pour trouver seuls leur chemin.


[1] https://www.ouest-france.fr/elections/presidentielle/entretien-xavier-bertrand-a-ouest-france-jai-bien-lintention-detre-candidat-en-2027-d8f5b8a0-c29d-11ee-af40-0572f37cda9b

[2] https://www.leparisien.fr/politique/xavier-bertrand-courir-apres-lextreme-droite-cest-courir-a-notre-perte-16-03-2024-BV552QA7PRAZ7NSPC37SDBR65Y.php

La pensée manichéenne attise une guerre absurde

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La pensée manichéenne est le fléau du siècle. Elle est partout à l’œuvre.

L’intelligentsia elle-même est contaminée par cette régression mentale, quand de beaux esprits préfèrent encore se réfugier dans le camp du Bien et ses anathèmes qui interdisent le débat. Il y a quatre ans, avec le premier confinement contre le Covid (17 mars 2020), la pensée obligée jurait vouloir « préserver des vies ». Ceux qui alertaient contre les atteintes aux libertés individuelles et dénonçaient la fabrication d’une propagande apocalyptique étaient qualifiés de « complotistes » et d’« obscurantistes ». Des penseurs médiatiques, prétendument défenseurs de la nuance, étaient parmi la meute. Sur ce sujet votre serviteur, qui fut une cible du discours sanitaire officiel, a bien des noms en tête. Or le bilan de ces intolérances intellectuelles n’a visiblement pas été tiré. En l’occurrence, la pensée binaire cherche à nouveau à s’imposer, cette fois à propos de l’Ukraine. Ceux qui hier sanctifiaient la vie nue sont prêts à soutenir, dans un même fanatisme hémiplégique, la guerre et ses morts. Le mécanisme de l’exclusion morale a repris du service. Qui s’oppose à l’engrenage insensé mené par Emmanuel Macron contre la Russie de Vlamimir Poutine, réélu ce lundi pour un 5 e mandat avec 87,5% des voix et une participation de 73%, est qualifié d’« extrême droite », de « munichois », de « pétainiste », voire de « poutiniste ». Est-il envisageable de pouvoir sortir enfin d’une opinion en noir et blanc ?

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Mon aversion pour la pensée totalitaire me fait voir, depuis toujours, tous les défauts répulsifs du régime despotique poutinien. Pour autant je conteste les préalables de Macron pour justifier sa « guerre existentielle » contre la Russie, alors même que l’Etat français montre sa faiblesse intérieure face aux offensives conjuguées de l’islamisme et du wokisme. En Seine-Saint-Denis, La Courneuve et son commissariat ont été visés par de nouvelles émeutes. « La guerre existentielle est sur notre sol », a estimé avec raison Eric Zemmour, ce lundi sur Europe 1. Quand le chef de l’État, jeudi dernier, parle d’une guerre en cours « sur le sol européen », lancée par la Russie « depuis dix ans », il énonce des faits contestables pour justifier sa position de matamore. En effet, l’Ukraine n’est pas en Europe, mais à ses marches. Et si la Russie a certes repris la Crimée en 2014, c’est le nouveau régime ukrainien qui a commencé dans le même temps à bombarder le Donbass russophone. La guerre que veut Macron contre la Russie est la sienne, pas la nôtre. Elle est aussi celle de l’Otan américanisé. On a appris que douze bases de la CIA étaient déjà en Ukraine. C’est l’Otan qui, dès 1999 et sans l’accord de l’ONU, avait bombardé Belgrade durant trois mois, symbole de notre allié serbe durant la Grande Guerre, pour lui faire lâcher le berceau historique serbe du Kosovo conquis par l’islam.

Ces humiliations occidentales du peuple slave sont de celles qu’un Russe n’oublie pas. La pensée manichéenne attise une guerre absurde.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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Mort d’un punk breton

Le rockeur Frank Darcel, héros du groupe culte Marquis de Sade et de toute une vague musicale, disparait mystérieusement à l’âge de 65 ans. Hommage à un talentueux musicien français. Talentueux, c’est certain – Français un peu moins…


Il a été retrouvé mort, ce 14 mars, sur une plage du Nord-Ouest de l’Espagne, dans cette Bretagne espagnole qu’est la Galice. Frank Darcel, 65 ans, guitariste du groupe Marquis de Sade, a animé la scène rennaise à partir des années 70. Fils de médecin breton, il était bien parti pour prendre la relève familiale. Un matin, il oublie de se lever pour se rendre à un examen. C’était juste avant de se laisser embarquer dans les rythmes glaciaux de la Cold Wave.

Cancer, Bretagne et Holodomor

Février 1980. Ian Curtis, chanteur de Joy Division, n’en a plus que pour quelques jours. En France, le journal branché de l’époque, Actuel, s’intéresse aux garçons modernes qui aiment leur maman. Entourés de dames très convenables – leurs mamans – les membres du groupe rennais Marquis de Sade posent, bien sagement. Aux côtés de Taxi Girl et de quelques autres, les Bretons, Frank Darcel et le chanteur Philippe Pascal[1], font partie des coqueluches du moment. A la télé française, Thierry Le Luron les invite et les qualifie de « groupe normand ». Sacrilège. Les garçons rennais ont l’air de chercher leurs thèmes et leurs rythmes dans les cimetières : dans Conrad Veidt, ils scandent : « L’Europe désire l’euthanasie ». Ils chantent le cancer et la drogue. Plus récemment, ils ont consacré une chanson à l’Holodomor, famine organisée en Ukraine par l’URSS dans les années 30. Sur scène, ils se mordent les joues de l’intérieur pour avoir des trognes plus émaciés et cadavériques.
Frank Darcel était imprégné d’esthétique Art Nouveau et d’expressionisme allemand. Dans l’interview donnée à Patrick Zerbib, toujours pour Actuel, le guitariste ne cache pas son goût pour Friedrich Nietzsche… ce qui a failli lui donner mauvaise réputation. « Au départ de cette nouvelle réputation, il y a l’envie délibérée de se différencier des autres groupes. De refuser tous les poncifs qui font des groupes de rock des subversifs en carton-pâte. L’envie aussi de manier de nouvelles images, de se trouver de nouvelles références qui collent mieux avec notre musique. En cela, le plan avec Actuel nous parut, au départ, intéressant et surtout drôle. Mais l’interview fût traitée d’une telle manière par le zélé Patrick Zerbib que j’étais devenu l’apôtre d’une ‘’modernité’’ agaçante, prétentieuse et imprégnée d’idéaux totalitaires ».

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Le vrai sujet politique qui a animé Frank Darcel, c’était la Bretagne. Dans un podcast pour France Culture, il avait confié : « Le jour où j’ai commencé à lire l’histoire de la Bretagne, dont je n’ai jamais entendu parler à l’école, ça m’a fait bizarre, j’ai été presque vexé. Je me suis dit ‘’eh ben mince, on a existé en tant que Bretagne, indépendante, autonome, etc. Et pourquoi on ne nous en a pas parlé à l’école ?’’. Ça a été un peu comme si on m’annonçait que j’étais un enfant adopté. Ma mère adoptive c’était la France, et ma vraie maman biologique c’était la Bretagne. » Décidément, les garçons modernes aiment leur maman. Militant du Parti national breton, tête de liste de diverses listes autonomes à Rennes et en Bretagne, il est une figure de la question bretonne.

Oiseau de mauvais augure

Miné par des tensions internes, le groupe Marquis de Sade disparait malgré une reconstitution en 2017. Frank Darcel fut ensuite un découvreur de talents : Pascal Obispo, Etienne Daho (pour qui il a co-écrit « Tombé pour la France »)… Tous lui ont rendu hommage ce week-end. Il y a eu aussi la période portugaise de Frank Darcel, durant laquelle il a produit de nombreux groupes lusitaniens. La chanson « Os Filhos Da Nação » (1994) du groupe Quinta do Bill, produit par le Breton, a été reconnue par un média portugais comme l’une des chansons constitutives de l’identité nationale. Une sorte d’hymne officieux. Frank Darcel nous confiait en 2022, amusé : « J’ai modestement contribué à façonner l’identité portugaise ».
Les oreilles détruites par une alarme incendie, Frank Darcel a dû un temps s’éloigner de la musique. En 2022, il publie L’Armée des hommes libres, roman de science-fiction dans lequel il prédit l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les étapes suivantes : invasion de l’Arménie, reprise du conflit irlandais en 2024, chaos atomique… Un beau bordel en vue d’ici à 2030.
Espérons que l’oiseau de mauvais augure, échoué sur les plages de Galice, n’a pas vu trop juste.


[1] Le chanteur de Marquis de Sade s’est suicidé en 2019

Rembrandt ne faisait pas de selfies!

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Faut-il vraiment se précipiter pour voir les grands maîtres hollandais aux « Bassins des Lumières », à Bordeaux ? Les expositions immersives sont une nouvelle tendance, ayant pour objectif une forme de démocratisation culturelle, et elles font un tabac. Malheureusement, cela s’apparente souvent à un simple divertissement qui rabaisse l’aura des œuvres d’art concernées.


Bientôt quatre ans d’existence pour les Bassins des Lumières, à Bordeaux, qui présentent en ce moment leur nouvelle exposition immersive consacrée aux grands Maîtres hollandais. Véritable entreprise de démocratisation culturelle ou simple divertissement trahissant l’esprit des œuvres ?

C’est en 2018 que Bruno Monnier imagine le musée du XXIe siècle en faisant appel aux œuvres d’art et à la musique portées par la technologie numérique. Il décide alors de créer l’Atelier des Lumières, son premier centre d’art numérique, dans une ancienne fonderie du 11e arrondissement de Paris. Le succès est au rendez-vous avec plus d’un million de visiteurs accueillis dès la première année.

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Deux ans plus tard, en 2020, il crée les Bassins des Lumières dans la base sous-marine de Bordeaux, « plus grand centre d’art numérique immersif au monde ». Le développement de sa société Culturespaces se poursuit à l’international avec l’ouverture de centres d’art numérique en Corée du Sud, à Amsterdam, à New York, puis tout récemment à Dortmund en Allemagne, qui abritera également dès ce printemps Le Port des Lumières à Hambourg. « Le mariage de l’art et du numérique est un grand pas pour la démocratisation culturelle ; c’est, à mon avis, l’avenir de la diffusion de l’art parmi les générations futures », explique ce passionné d’histoire de l’art, passé au ministère de la Culture de 1986 à 1988 comme chargé de mission pour collaborer à la commission Patrimoine 2000 et réorganiser le Château de Versailles.

Succès populaire monstre

Malgré l’engouement suscité par chacune des « expositions immersives » qui se succèdent à Bordeaux, avec d’excellents chiffres de fréquentation (650 000 entrées en 2022), certains spécialistes du monde de l’art n’hésitent pas à pointer les travers de ces manifestations XXL. Parmi les griefs exprimés, l’impossibilité d’apprécier des œuvres qui défilent non-stop sur des murs gigantesques avec une bande-son omniprésente. Le flux d’images permanent brise le recueillement contemplatif que requiert tout chef-d’œuvre, auquel s’y substitue une observation passive, un peu similaire à celle d’un feu d’artifice vite oublié. Autre critique : l’absence presque totale de dispositifs de médiation qui permettraient de se familiariser avec la vie et l’œuvre de l’artiste. Sans éléments de contexte, l’expérience immersive s’apparente plus à un spectacle sons et lumières de l’ordre du divertissement, qu’à un événement culturel d’envergure. Enfin, les manipulations numériques modifiant à l’envi les proportions d’un tableau seraient préjudiciables à une rencontre véritable avec l’œuvre. C’est du moins l’avis du théoricien de l’art et des médias Bertrand Naivin : « Un artiste ne fait pas une œuvre dans un format précis par hasard. S’il a décidé de peindre un détail en tout petit, c’est pour une raison. Je ne crois pas que Van Gogh aurait aimé qu’on découpe, agrandisse et anime ses toiles. À trop vouloir augmenter l’œuvre, on l’appauvrit. La reproduction numérique des œuvres, en faisant fi de leur matérialité originelle, altère l’émotion qu’aurait pu ressentir le visiteur face à l’objet composé et peint par l’artiste. »[1]

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Tout à l’égo

À Bordeaux, les toutes nouvelles expositions consacrées aux maîtres hollandais, « de Vermeer à Van Gogh », et à Mondrian, « l’Architecte des couleurs », feront sans nul doute le plein. Et, même si l’on ne peut présumer du succès pérenne d’un dispositif somme toute assez récent, les affiches visibles un peu partout et la communication multi-supports en font déjà un blockbuster de ce début d’année. « Peindre la lumière et son atmosphère, tel est le fil rouge du parcours », peut-on lire dans le dossier de présentation. De la célèbre Vue de Delft de Vermeer à La Nuit étoilée de Van Gogh, le visiteur « prendra les voiles pour accoster dans les cités flamandes et flâner dans ce climat vermeerien où les habitants nous invitent à entrer dans la toile ». Une fois qu’il aura mis le pied à terre, il découvrira la ville qui s’anime et les habitants saisis dans leurs activités quotidiennes, se promènera dans les églises, avant de s’attarder sur quelques portraits, un thème pictural prédominant durant le Siècle d’or. Histoire de rattraper par la manche le visiteur égaré dans une époque bien lointaine, la plaquette de présentation indique, au sujet des fameux autoportraits de Rembrandt, « maître du clair-obscur » : « Précurseur du “selfie”, il s’observe dans le miroir, étudie les expressions de son visage et scrute au plus près les détails d’une peau vieillissante, l’expression d’une ride, la légèreté d’un cheveu. Inspiré par son travail de gravure, à l’opposé d’une peinture lisse caractéristique du XVIIe siècle, il sculpte son visage dans la matière, se peignant sans fard ni artifice pour imprégner de vérité sa grande autobiographie picturale. » Curieux rapprochement… Le selfie, ou l’egoportrait, comme on dit joliment au Québec, se situant précisément aux antipodes de la réflexion baroque suscitée par l’autoportrait, en raison de son entreprise d’embellissement et de « lissage » de soi, souvent via les filtres proposés par les applications. Un contre-sens qui contribue à jeter le doute sur cette vaste entreprise de « démocratisation culturelle » voulue par Bruno Monnier.

 « De Vermeer à Van Gogh, les Maîtres hollandais », aux Bassins des Lumières de Bordeaux jusqu’en janvier 2025.


[1] Article du média Korii, « Les musées numériques : un succès qui dérange », 22 mars 2019

Au Ghana, homophobie d’État

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La Chambre du Parlement ghanéen, à Accra, criminalise les homosexuels en février 2024 © Misper Apawu/AP/SIPA

Le Parlement ghanéen renforce encore sa législation anti-LGBT, une des plus dures du continent africain. La loi votée à l’unanimité par les 275 députés sera-t-elle ratifiée par l’exécutif?


Le 28 février 2024, les députés du Ghana ont entériné un projet de loi controversé imposant des peines de prison sévères à toute personne s’identifiant comme homosexuelle1. Il prévoit même cinq ans de détention pour la création ou le financement de groupes gays, et dix ans pour ceux qui initieraient des campagnes pro-LGBTQ+ à destination des enfants. Surnommée « projet de loi anti-gay », la loi dite « des droits sexuels convenables et des valeurs familiales ghanéennes » a été soutenue par les deux principaux partis politiques du Ghana et défendue également par les principaux leaders religieux (chrétiens comme musulmans) ainsi que par différents rois traditionnels.

Votée à l’unanimité par l’ensemble des élus, elle constitue le dernier signe d’une opposition grandissante aux droits LGBTQ+ sur le continent africain et reste considérée comme l’une des plus dures d’Afrique de l’Ouest. C’est sous la colonisation britannique que les premiers éléments d’une législation anti-homosexuelle ont été introduits en Gold Coast (ancien nom du Ghana). Ils criminalisaient déjà les pratiques homosexuelles répandues au sein des ethnies Ashanti, Nzema ou Fanté. Aujourd’hui, sur l’ensemble des pays africains existants, plus de la moitié ont mis en place une législation similaire de répression contre les gays et lesbiennes africains, renforçant dernièrement leur arsenal juridique afin de faire interdire une sexualité qui n’entre pas dans le concept traditionnel de famille promu aujourd’hui par différentes élites africaines.

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Victimes de délation, les homosexuels sont aussi en proie à de véritables chasses à l’homme et les leaders de cette communauté ne sont pas à l’abri d’éventuelles tentatives d’assassinat. Le meurtre particulièrement violent du militant Kenyan et mannequin Edwin Chiloba, il y a deux ans, a particulièrement marqué les esprits sur le continent. Récemment, c’est un Sénégalais décédé, suspecté d’être gay, qui a été brutalement exhumé de son tombeau et son corps brûlé vif par une foule en colère. Le tout filmé et mis en ligne sur les réseaux sociaux. Une vague d’homophobie régulièrement dénoncée par les défenseurs des droits de l’homme et des organisations telles qu’Amnesty International, poussant de nombreux Africains, candidats à l’immigration, à se réfugier en Europe. Les exemples ne manquent d’ailleurs pas au Ghana. En 2012, un mariage a été attaqué par un groupe de personnes, accusant les invités de célébrer un mariage gay. Loin de prendre la défense des agressés, la police a emprisonné la plupart des participants sans inquiéter les agresseurs. En 2013, un Ghanéen a été poursuivi par des musulmans qui l’accusaient de déviance et menaçaient de l’enterrer vivant s’ils réussissaient à l’attraper. En 2015, des lesbiennes ont été « bombardées de merde » et « lapidées » en raison de leur préférence sexuelle. Enfin, en 2018, un pasteur a appelé ses concitoyens chrétiens à appliquer la peine de mort à toute personne qui serait reconnue comme étant gay.

Il n’est cependant pas certain que la loi dite « des droits sexuels convenables et des valeurs familiales ghanéennes » puisse entrer en vigueur. En effet, elle nécessite la signature du président Nana Akufo-Addo. Winnie Byanyima, directrice de l’organisme des Nations Unies chargé de lutter contre le sida, a rappelé les conséquences néfastes de ce texte sur la liberté d’expression, la liberté de mouvement et la liberté d’association. Bien qu’il ait déclaré qu’il suivrait la décision des parlementaires, à la veille de la fin de son deuxième mandat, il est probable que Nana Akufo-Addo ne prenne pas le risque de l’entacher par la promulgation de cette loi, jugée discriminatoire comme vigoureusement condamnée par les diplomates et des organisations internationales, et qu’il laisse le dossier entre les mains de son successeur.

  1. https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/02/29/au-ghana-le-parlement-durcit-la-loi-contre-les-homosexuels_6219284_3212.html ↩︎

La fin de l’Europe écolo-woke ?

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Ursula von der Leyen accueille Greta Thunberg au Parlement européen, Bruxelles, 4 mars 2020. © Sierakowski/Isopix/Sipa

Sous l’égide de l’Allemagne et d’une France soumise au mécène garant de ses déficits, l’idéologie écolo-wokiste des Grünen s’est imposée à l’Europe et aux Français dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture ou de l’immobilier. Le prochain parlement européen en finira-t-il avec ces politiques de décroissance ?


Le cercle de la raison, on le sait, se confond avec les cercles pro-européens. L’Union faisant la force, les eurosceptiques ne peuvent donc être que des faibles d’esprit. À quelques mois du renouvellement du parlement strasbourgeois, soucieux de compter au nombre des gens intelligents, j’ai fait mes meilleurs efforts pour embrasser la cause européenne. Coup de chance, l’actualité de ces derniers mois a permis aux citoyens français de goûter le talent des visionnaires qui président aux destinées de notre continent.

Nucléaire, agriculture, logement, souveraineté numérique : le sans-faute européen

Il y eut d’abord, à l’occasion de la crise ukrainienne, les effets spectaculaires d’une politique énergétique qui fera date. Initiés par Lionel Jospin puis concrétisés par Angela Merkel, la sortie du nucléaire et le recours massif au gaz russe furent couronnés du succès que l’on sait. La France, qui vit aux crochets de l’Allemagne grâce à l’euro, a applaudi aux exigences de son mécène : fermeture de 14 centrales, instauration d’un marché européen de l’électricité visant tout à la fois à ruiner EDF, le savoir-faire hexagonal, ainsi que ses entreprises et ses ménages, condamnés à acheter à prix d’or une électricité que nos centrales produisaient à vil prix. Après quarante ans de déficits abyssaux financés par nos voisins frugaux, notre souveraineté s’en trouve logiquement hypothéquée. Sans doute était-ce le meilleur moyen de nous vendre cette idée de souveraineté européenne, puisque entre ça ou rien…

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L’énergie n’est bien sûr pas le seul domaine dans lequel l’excellence des eurocrates, habités par le sauvetage de Gaïa, a pu s’illustrer. L’agriculture n’a pas échappé au savoir-faire du cercle de la raison. Une sagesse qui lui a permis de fixer le projet de « verdissement » le plus ambitieux de la planète, certes établi au petit bonheur la chance, mais qui avait de la gueule. 50 % de réduction des produits phytosanitaires à l’horizon 2025, ça imprime mieux que, au hasard, 32,8 %, objectif bâtard au sex-appeal d’une zadiste, qu’il faudrait en plus prendre la peine de justifier. Les fantômes du Gosplan et son totalitarisme chiffré hantent les couloirs de Strasbourg. Quoiqu’il en soit, l’Europe a donc entrepris un vaste plan social dans son agriculture. D’une part, cela permet de faire bosser plus les Brésiliens, qui polluent à des milliers de kilomètres (mais en dansant la samba) ; d’autre part, de diminuer chez nous le nombre de paysans français, allemands ou bataves, dont les goûts musicaux se révèlent aussi désastreux que leurs idées en matière de préservation de la biodiversité. Par ailleurs, le plouc pollueur a tendance à mal voter, ce qui justifie d’en limiter le nombre. Message reçu cinq sur cinq par les bouseux des pays fondateurs de l’Europe, qui ont récemment fait part de leur enthousiasme et défilé dans les rues de Berlin, Amsterdam et Paris pour communier avec les citadins dans l’amour de Bruxelles. Louons d’ailleurs la cohérence des élites européennes. À quoi rimerait une égoïste souveraineté alimentaire française dans le cadre d’une dépendance énergétique à l’égard de nos amis et partenaires russes, américains ou proche-orientaux ? « La souveraineté, c’est la dépendance », nous confirme le commissaire européen à la Vérité[1].

« Lutter contre l’immigration, c’est la favoriser. » Environ 6 000 migrants atteignent l’enclave espagnole de Ceuta, à la frontière avec le Maroc, pour la seule journée du 18 mai 2021. © AP Photo/ Bernat Armangue

Les rigoureux principes écologiques qui animent ces élites transnationales les ont bien sûr conduites à s’intéresser aux scandaleuses passoires thermiques qui constellent le territoire français. Certes, si le logement représente 36 % des émissions de gaz à effet de serre en Europe, mais seulement 20 % en France, c’est encore trop. De brillants élèves de quatrième pourraient relever que c’est quand même 45 % de moins que nos voisins, mais il faut vraiment être partisan de l’écocide global pour se livrer à des calculs aussi ignobles. Nos visionnaires se sont donc montrés soucieux de protéger les locataires contre des propriétaires défaillants qui persistent à ne pas vouloir se ruiner en travaux d’isolation. Travaux au demeurant imposés par la hausse du prix de l’énergie, par ailleurs méticuleusement organisée par la vindicte antinucléaire. Travaux dont l’efficacité se révèle, cerise sur le gâteau, très inférieure aux rendements attendus. Certains voudront y voir un complot, alors qu’il ne s’agit sans doute que de bêtise crasse. Conséquence immédiate de ce concentré d’intelligence, la mise en place de normes drastiques (le fameux DPE interdisant dès 2025 la location de logements énergivores) a permis de réduire l’offre locative dans des proportions inusitées. 400 000 logements par an seraient ainsi retirés du parc locatif par leurs propriétaires découragés – à titre de comparaison, la Seconde Guerre mondiale n’avait détruit « que » 1,5 million de foyers. On aura dépassé ce chiffre à la fin des mandats de Macron (ce président plus intelligent que tous les commissaires européens réunis, un phare dans la nuit). Plus globalement, l’imposition de normes strictes dans le domaine de l’immobilier neuf ou ancien laisse entrevoir une crise du logement d’une ampleur inédite. Mais ne boudons pas notre plaisir, la diminution du nombre de chantiers va se traduire par une baisse très significative des GES – un éclatant succès acquit au prix de 150 000 futurs chômeurs, de millions de locataires frustrés, heureux malgré tout de participer à cette écologie concrète, très concrète.

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Aux dossiers énergétique, agricole ou immobilier, il convient d’ajouter les triomphes suivants : l’Europe numérique (acteurs majeurs européens : néant) ; la chimérique défense européenne, animée par le refus allemand d’échapper à la tutelle américaine et, jusqu’à très récemment, d’en payer le prix ; sans oublier la sauvegarde de nos frontières, objectif en soi suspect, habilement transposée en sauvetage des migrants. « Lutter contre l’immigration, c’est la favoriser », nous disent aussi les commissaires orwelliens bruxellois, slogan concrétisé depuis que Frontex s’est mué en ONG supplétive des passeurs. Récemment complétée d’une directive visant à réécrire l’histoire du continent sous l’angle des migrations et de l’inclusion, l’Afrique a désormais la place qui lui revient selon le wokisme européen : celle de la relève. Et Dieu sait si les Africains ont l’écologie et le wokisme chevillés au corps.

On peut craindre cependant que, par le truchement des (méchants) populistes, les élections de juin désignent un Parlement plus représentatif des aspirations des peuples. Aux quatre points cardinaux du continent se lèvent des forces hostiles à l’écolo-wokisme de von der Leyen et consorts. Que les Européens convaincus gardent espoir, en se remémorant l’espèce d’amnésie qui semble saisir certains eurodéputés. Il en va ainsi des futurs élus républicains conduits par un François-Xavier Bellamy aux engagements conservateurs inquiétants (voire fascistoïdes). Hostiles en théorie au centregauche européiste de Macron, les députés républicains ont pourtant su collaborer à Strasbourg. Que ce soit au titre du groupe PPE (auquel appartient LR) ou Renew (macronistes), ils ont voté ensemble deux fois sur trois. On observe en parallèle la même communion entre les républicains et les socialistes du PSE, groupe censément plus à gauche encore que Renew, avec lequel le PPE avait fait alliance, allez comprendre. Enfin, tant que c’est pour la cause du drapeau bleu étoilé.

Quels que soient les persiflages des eurosceptiques, le succès de l’euro clouera le bec au plus méprisable des populistes. Plusieurs chiffres permettent de mesurer la bénédiction qu’a constituée la monnaie unique. D’abord, c’est grâce à lui que la France a pu continuer à jeter l’argent par les fenêtres et à s’endetter à hauteur de 3 000 milliards d’euros, sans jamais réformer sérieusement son modèle social. On comprend mieux l’attachement des Français à la monnaie unique, de Mélenchon à Marine Le Pen. Autre acquis incontestable, une limitation de la nuisance industrielle de l’automobile en France. Nous en produisons 53 % de moins qu’avant l’euro.Champagne ! Plus globalement, aux irresponsables promesses de prospérité initiale s’est substituée une frugalité de bon aloi. 1.7 % seulement de croissance moyenne contre 2,2 % aux États-Unis en vingt-cinq ans. Ça n’a l’air de rien, mais cela fait 80 % d’écart de richesse en un quart de siècle. L’euro a donc lui aussi concouru au sauvetage de la planète ; ses détracteurs sont définitivement des sots.

Construction européenne, contestable succès

Certains lecteurs attentifs ont peut-être décelé une pointe d’ironie dans ce bilan de l’Union. On a coutume, en effet, de présenter la construction européenne comme un incontestable succès. Admettons. Je n’aurais toutefois pas aimé voir à quoi ressemblerait un échec cuisant, puisque économiquement, stratégiquement, philosophiquement, elle ne paraît pas avoir été en si mauvais état depuis 1945. Pendant ce temps-là, comme l’écrit Philippe Villin dans Le Figaro : « Les émissions sont à l’Est [en Asie]et les écolos sont à l’Ouest .»

Les dossiers européens peuvent être ainsi classés en deux catégories : ceux sur lesquels on fait semblant d’agir (numérique, défense, immigration) et ceux sur lesquels on fait n’importe quoi (énergie, agriculture, logement). L’Europe paraît guidée non par la raison, comme on nous somme de le gober, mais par une idéologie écolo-wokiste enragée – du voile à l’identité de genre, Bruxelles câline toutes les minorités, épouse tous leurs combats. Défendre les frontières de l’Europe, sa culture et son autonomie stratégique semble, par construction, incompatible avec les objectifs des eurocrates. La survie des peuples européens paraît même, au fond, contraire aux « valeurs européennes ». On pourrait donc aller plus loin et distribuer une pilule de cyanure à tous les citoyens français. Cela permettrait une diminution de 1 % des gaz à effet de serre à l’échelle de la planète – pour un coût dérisoire –, tout en faisant de la place au continent africain qui déborde. On s’étonne du côté timoré des meilleurs cerveaux écologistes européens.


[1] Job qui n’existe pas encore, ça ne saurait tarder !

Macron à Marseille: une opération de communication XXL

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Le président Macron visite le quartier de la Castellane à Marseille, accompagné du maire Benoît Payan et de la Secrétaire d'Etat Sabrina Agresti-Roubache, 19 mars 2024 © Christophe Ena/AP/SIPA

Le désastre marseillais est aggravé par la politique-spectacle


Plus la situation à Marseille se détériore, plus la propagande d’État succombe à la boursoufflure victorieuse. Il y avait eu « Marseille en grand ». Voici « Place nette XXL ». En attendant, peut-être, « Super Marseille extra plus ».

Ville fétiche

Certes, rien n’est moins original que la politique-spectacle, dont Emmanuel Macron a fait plus que d’autres sa marque de fabrique. La théâtralisation politique est proportionnelle à l’absence de résultats. Reste que l’indécence du procédé, systématisé, ne cesse de surprendre par son manque de recul et de réalisme.

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Pour la 13ᵉ fois, mardi, le chef de l’État a tenté de faire la promotion de sa ville fétiche, donnée comme exemplaire, avec la Seine-Saint-Denis, de la France de demain. « Nous sommes à la bataille », a-t-il annoncé, dans le quartier de la Castellane, en pointant les cartels de la drogue qui se sont installés dans sa ville-modèle. Gérald Darmanin a promis pour sa part de « tuer la pieuvre ». Les 750 policiers et gendarmes dépêchés sous les caméras n’ont récolté hier que 830 grammes de cocaïne et 8 kilos de cannabis. Il est peu probable que l’Etat puisse venir à bout de cette économie parallèle, qui prospère dans une contre-société constituée par toujours plus d’immigration extra-européenne, musulmane très majoritairement. Or le gouvernement reste aveugle à ce basculement démographique et culturel en cours. À La Courneuve (Seine-Saint-Denis), lieu de récentes violences urbaines causées par la mort accidentelle d’un fuyard, 75% des jeunes sont d’origine extra-européenne, selon France Stratégie. En 2005, Nicolas Sarkozy y avait déjà promis « le karcher »…

La France se transformera-t-elle en narco-État ?

Le « camp du renoncement et de la capitulation », que Valérie Hayer (Renaissance) voit chez ceux qui s’opposent à l’escalade contre la Russie, est au cœur de la macronie et de ses bals masqués. S’il y a une guerre à mener, c’est contre la criminalité organisée en France, en lien avec l’islamisme conquérant qu’elle finance pour partie.

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Dès le 18 novembre 2022, dans Le Monde, la procureure de Paris, Laure Beccuau, alertait, à propos des narco-trafiquants, sur « les risques de déstabilisation de notre Etat de droit, de notre modèle économique, mais également de nos entreprises à un niveau stratégique majeur ». Le 7 mars, devant une commission d’enquête sénatoriale, Isabelle Fort, du parquet de Marseille a admis : « Nous sommes en train de perdre la guerre contre les trafiquants à Marseille ». Une analyse partagée par Bruno Bartocetti (Unité SGP-Police) : « Dans dix ans ce sera trop tard. La seule différence entre le cartel de Colombie et la France c’est qu’il y a encore peu de corruption chez nous ».

Ce n’est pas une énième opération de communication qui sauvera Marseille de son naufrage. Sa chute est celle d’une illusion sur les bienfaits d’une métropole ouverte et multiculturelle. Or Macron s’accroche à cette utopie suicidaire. Mardi, des habitants l’ont interpellé sur Gaza. A Marseille, la France s’efface lentement.

Il faut sauver le soldat Butler

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Judith Butler à Pantin, 3 mars 2024. DR.

Alors que Judith Butler fait scandale en qualifiant l’attaque islamiste du Hamas du 7 octobre d’« acte de résistance », les intellectuels de gauche volent à son secours et dénoncent une fausse polémique.


Ils s’y mettent à soixante. Soixante de ces intellectuels à la française sans qui le dogmatisme rouge-très-rouge ne serait pas tout à fait ce qu’il est, un festival permanent de contre-vérités, de sophismes abracadantesques, de grossières  manipulations, l’ensemble saturé d’une indigence morale crasse et d’une malhonnêteté intellectuelle proprement ébouriffante. 

Soixante noms au bas d’une tribune parue dans Libération[1], là où se rejoignent les pétitionnaires en chambre, les révolutionnaires de campus, bref tous ceux qui appartiennent à ce que Céline appelait « la race des signeurs ».

En l’occurrence, il s’agit de voler au secours de Judith Butler, la philosophe américaine qu’on n’hésite pas à présenter ici comme « la papesse » de la théorie du genre. Nous ayant fait la grâce d’une tournée missionnaire en France, elle n’a pas hésité à qualifier l’attaque des bouchers du Hamas du 7 octobre contre les populations israéliennes d’acte relevant de la « Résistance armée ». Bien sûr, une telle complaisance, la cécité volontaire poussée à un si haut degré ne pouvaient que soulever un fort vent de contestation. C’était pousser le bouchon du déni de réalité tout de même un peu trop loin. D’où la croisade des soixante pour tenter de défendre leur papesse et corriger le tir. On aurait mal compris, n’est-ce pas. Nous nous trompions lourdement, par exemple, en considérant que l’expression « résistance armée » pouvait renvoyer à une référence historique bien présente chez nous, les heures terribles de notre histoire où notre pays était occupé par une puissance étrangère, les hordes nazies. Or, c’est bien ce que, recourant à cette qualification, la papesse en question et avec elle ceux de sa chapelle veulent induire : la sauvagerie du 7 octobre trouverait sa légitimité, sa nécessité et sa gloire dans la lutte contre l’occupation d’une force étrangère plus ou moins assimilable à celle des nazis, le peuple juif. Voilà en effet qui est bel et bien inscrit dans l’esprit de la locutrice et de ses ouailles. « Faux procès !» font mine de s’insurger les soixante. D’ailleurs, avancent-ils, lors d’autres propos, antérieurs, Mme Butler serait allée jusqu’à émettre des réserves sur la méthode employée par le Hamas. Peut-être même l’aurait-elle condamnée. Mais condamner la méthode ce n’est pas la nommer. Ce n’est pas dire clairement ce dont elle relève : de la barbarie, du terrorisme, de la sauvagerie exterminatrice. Oui, exterminatrice. La continuation par d’autres moyens de l’entreprise nazie, justement.

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Les défenseurs nous disent aussi que leur gourou ne cesse de militer pour la paix. Outre qu’on a rarement vu quelqu’un militer tranquillement pour la guerre, cela n’a proprement aucun sens. La ficelle est des plus grosses. Le Hamas lui-même est pour la paix. La condition de cette paix selon lui : l’élimination pure et simple du peuple d’Israël de sa terre. Rien de moins. Avec à la clef, la constitution d’un État islamique de « la rivière (le Jourdain) à la mer ». Cela est sans cesse réaffirmé dans son programme… En attendant de pouvoir pousser plus loin, bien sûr, car cette « résistance armée », si noble, si légitime, ne devra pas s’arrêter en si bonne voie, évidemment. Celle en actes en Israël le 7 octobre et dont se félicitent Mme Bultler et consorts n’est à l’évidence qu’un épisode dans une épopée purificatrice d’une tout autre ampleur. Rayer Israël de la carte du monde ne serait qu’une première victoire ouvrant la voie à ce que cette « résistance armée » vienne à bout, partout où elle existe, de la civilisation occidentale, celle du Blanc honni, coupable de tous les maux, de toutes les oppressions. L’occupant et le dominant à traquer lui aussi partout où il est établi.

L’ironie de l’affaire – ou le côté ubuesque si vous préférez – c’est que, obnubilés par ce but ultime, Mme la papesse et ses thuriféraires se refusent à voir qu’en se rangeant sous la bannière ensanglantée du Hamas, ils entassent eux-mêmes les fagots de leurs futurs bûchers. Ces bûchers où l’islamisme triomphant enverra crever les LGBT+++ et leurs défenseurs, les contempteurs de la domination masculine sur la femme, les adversaires, même discrets, de toute esquisse de visée théocratique. Ainsi, ce n’est pas seulement de soixante noms au bas d’une tribune qu’il est question ici, mais, à y bien regarder, d’une première liste de candidats à cette autre forme de solution régénératrice et finale. Liste établie au nom, bien entendu de « la résistance armée. »


[1] https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/laure-murat-annie-ernaux-etienne-balibar-60-intellectuels-denoncent-un-faux-proces-fait-a-judith-butler-20240314_NTHOCHUE3RA7VI72ICKATUKU4A/

Nouvelle-Calédonie: « Non » à l’indépendance, quelles implications?

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Un panneau d'affichage électoral à Nouméa, le 12 décembre 2021, jour du référendum sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie. © Clotilde Richalet/AP/SIPA

Deux ans après la victoire du « non » à l’indépendance, la Nouvelle-Calédonie revient sur le devant de la scène avec l’examen prochain d’une loi constitutionnelle qui pérenniserait l’existence de deux catégories de citoyens français dans l’archipel, les « citoyens néo-calédoniens » et les autres. Derrière cette dangereuse proposition, c’est tout l’avenir de la Nouvelle-Calédonie française qui se trouve de nouveau posé : comment organiser et faire vivre ce territoire aujourd’hui, quand tout depuis 25 ans avait été conçu en vue d’une indépendance qui n’aura finalement pas lieu ? Cette nouvelle réalité pose des questions fondamentales à la fois de droit et de politique, qui sont d’une importance capitale pour tous les Français.


Le 12 décembre 2021, les électeurs de Nouvelle-Calédonie ayant le droit de voter lors des consultations sur l’autodétermination de l’archipel ont, pour la troisième et dernière fois, voté « non » à la « pleine souveraineté », synonyme d’« indépendance » pour ce territoire d’outre-mer situé à 17 000 km de Paris. La Nouvelle-Calédonie reste donc française, à tout le moins pour l’avenir prévisible.

La question, évidemment, est: Que fait-on maintenant ? Ce qui rend cette question particulièrement difficile, c’est qu’énormément de développements s’étaient produits (notamment institutionnellement) sur le « Caillou » depuis l’Accord de Nouméa de 1998. Celui-ci avait prévu un processus d’autodétermination (aussi dit de « décolonisation »), mais avait repoussé son échéance de 20 ans : c’est donc lui qui a eu lieu lors des trois échéances électorales – des « référendums », mais non-contraignants juridiquement – de 2018, 2020 et 2021. Or, ces développements n’avaient de sens qu’en tant qu’ils anticipaient une accession, précisément, à la pleine souveraineté dans l’ordre international. On a donné à la Nouvelle-Calédonie des institutions propres, détachées de la tradition française (un gouvernement collégial, un sénat « coutumier », etc.). On lui a progressivement transféré les compétences législatives dans tous les domaines ou presque qui ne ressortissent pas au régalien : l’idée était que le « oui » l’emporterait ; qu’il y aurait une « minute d’indépendance » pour satisfaire un besoin symbolique, puis que le gouvernement de la « Kanaky » nouvelle négocierait immédiatement un contrat d’association avec la France, par lequel elle chargerait cette dernière d’exercer ces fonctions en son nom, puisque même les indépendantistes les plus résolus n’ont jamais eu l’intention d’être réellement indépendants, c’est à dire de s’assumer sur la scène internationale. Les forces armées, la justice, la diplomatie, etc., auraient toujours été françaises (mais sous un drapeau différent).

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Le paradoxe est donc que c’est un « oui » à l’indépendance qui aurait le moins changé la donne, puisque c’est en vue de celle-ci que tout avait visiblement été prévu. (Quant à la question de savoir si la France voulait réellement l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, elle est en un sens sans objet. Quand on prend des décisions qu’on ne sera plus là pour voir mises en œuvre, le plus probable est qu’on ne réfléchisse guère à ce qu’elles impliquent réellement. Elles demeurent de l’ordre de l’abstraction). A l’inverse, le « non » met un point d’arrêt brusque à une évolution qui se comprenait comme une dynamique dont le sens lui était donné par son point d’arrivée.

Maintenir le statu quo ?

Pourrait-on ne rien faire ? En un sens, oui bien sûr : on peut toujours ne rien faire. Cela veut dire perpétuer le statu quo qui prévalait en 2021. Il n’est pas impossible qu’on s’achemine vers un tel scénario tout simplement parce qu’il est le plus simple, notamment dans un contexte où les indépendantistes se refusent à négocier, conscients sans doute que leur refus de coopération rend plus vraisemblable une crise majeure (y compris violente), et que toute crise marcherait à leur avantage, en leur permettant de négocier, cette fois-ci, la sortie de crise en échange de concessions politiques majeures d’un gouvernement français toujours soucieux de ne pas « faire de vagues ».

Sur le plan politique, ce ne serait pas forcément, en soi, un désastre. Certes, les difficultés existantes sont considérables, et ne pourraient qu’être renforcées dans un contexte où les indépendantistes (qui rassemblent environ la moitié des électeurs, du Congrès, etc.) ne seraient plus animés par l’espoir d’un changement prochain. La Nouvelle-Calédonie a énormément de mal à faire face à ses nouvelles compétences législatives et exécutives. Elle demeure profondément divisée, géographiquement, socialement et ethniquement. Elle fait face à de graves difficultés économiques. L’instabilité politique est plus considérable encore qu’en Belgique, avec 17 gouvernements en 25 ans. Mais, après tout, l’Etat national n’est pas nécessairement en bien meilleure condition.

Il y a toutefois là au moins une difficulté majeure : c’est que certaines dispositions juridiques semblent, de fait, devoir être remises en cause, au sens où elles étaient nécessairement temporaires ; et leur remise en cause aurait forcément des conséquences politiques importantes. En ce sens, il ne semble pas possible de faire l’économie d’une réflexion plus générale sur ce que nous pourrions vouloir pour la Nouvelle-Calédonie française des décennies 2020 et suivantes (le Gouvernement avait initialement évoqué un projet, qui serait soumis à référendum, avant la mi-2023 : il n’étonnera personne d’apprendre que rien de tel ne s’est produit). Ces dispositions concernent avant tout le droit de vote aux élections provinciales et – ce sont les mêmes – au Congrès de Nouvelle-Calédonie : Congrès qui, de manière unique en France, a un véritable pouvoir législatif (et non simplement réglementaire), dans tous les domaines de compétence – encore une fois, la quasi-totalité des prérogatives non-« régaliennes » – qui ont été dévolues de Paris à Nouméa.

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Depuis la LONC (Loi organique n°99-209 du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie, traduisant en termes juridiques l’accord, purement politique, de Nouméa entre partis indépendantistes et loyalistes, avec l’Etat en position d’arbitre), le droit de vote est en effet sévèrement restreint. Ne peuvent voter, pour simplifier (car les règles sont très complexes), que les citoyens français résidant de manière permanente sur l’archipel depuis l’Accord de Nouméa – il y a donc un quart de siècle – et leurs descendants. C’est ce qu’on appelle le corps électoral « gelé ». Ce corps électoral restreint est bien évidemment une entorse, unique dans le droit français, au principe du suffrage universel, qui veut que – sauf cas très particuliers comme les personnes déchues de leurs droits civiques par décision de justice – tous les citoyens ayant atteint l’âge de majorité puissent voter, et que leur vote compte chacun autant.

En tant que dérogation à un principe fondamental, inscrit dans notre loi suprême (art. 3 de la constitution de la Cinquième république), cette restriction au suffrage avait elle-même dû être inscrite dans la Constitution (art. 77, renvoyant à la LONC). Du point de vue du droit français, cela suffit à la rendre légale, puisque la loi fondamentale est la norme suprême (complications liées au principe de suprématie du droit de l’Union européenne mis à part, celui-ci ne s’appliquant pas en la matière). Mais la Cour européenne des droits de l’homme, qui n’est pas, elle, liée par la hiérarchie des normes en droit français interne, n’avait validé ces restrictions qu’en tant qu’elles étaient transitoires et s’inscrivaient dans un processus de décolonisation (arrêt Py c. France de 2005). Dans ces circonstances, il avait paru acceptable à tous de geler un temps le corps électoral, et ne donner la parole qu’à ceux présents sur l’île dans la – très – longue durée (leurs descendants remplaçant en quelques sorts ceux qui mouraient au fil du temps). Mais l’idée avait toujours été que cette solution, parfaitement anormale au regard des principes les plus fondamentaux, était « transitoire » et prendrait fin avec le dernier référendum d’autodétermination (qui a donc eu lieu en décembre 2021).

Il s’agit là d’une condition ayant force de loi du point de vue de la Cour européenne des droits de l’homme ; du point de vue de l’ordre juridique français, les choses sont moins claires : il s’agit d’un impératif juridique et moral, qui a été partiellement inscrit dans le marbre de la Constitution, puisque le titre XIII dans lequel se trouve l’art. 77 s’intitule « dispositions transitoires relatives à la Nouvelle-Calédonie » (nous soulignons). Transitoires, certes, sans date d’expiration particulière, mais transitoires tout de même, par opposition aux autres normes qui, même si elles pourraient évidemment disparaître un jour avec la Cinquième république elle-même, n’ont pas de limitation de temps inscrites dans leur structure même.

Il va donc forcément falloir revoir cette norme. A cet égard, le projet de loi constitutionnelle déposé au Sénat fin janvier 2024, avant d’être examiné et voté, le cas échéant, par l’Assemblée nationale puis le Parlement réuni en congrès, est exceptionnellement problématique en ce qu’il prévoit, dans l’après-référendums (c.à.d. dans l’après-processus d’autodétermination), de continuer avec un suffrage restreint : moins restreint, certes, puisqu’on passerait à un corps électoral « glissant » (10 années de résidence, plus là encore les natifs de l’île y résidant toujours), mais restreint tout de même, et ce sans limitation de durée. C’est là un problème démocratique et politique majeur puisque, de manière unique sur le territoire de la République, le pouvoir constituant pourrait créer tout à fait officiellement deux catégories de citoyens français : les citoyens de première zone, ayant le droit de vote à toutes les élections, et les autres, pouvant naturellement voter aux élections « françaises » (présidentielles, législatives, référendums [nationaux], etc.) mais pas aux élections calédoniennes (Assemblées de province/Congrès), dont encore une fois il convient de rappeler qu’elles sont beaucoup plus que des élections « régionales », puisque le Congrès a compétence législative sur l’essentiel des affaires de la cité (y compris le vote de l’impôt – on se souviendra bien sûr que l’exigence de no taxation without representation avait été, très largement, à l’origine de la révolte des colons américains ayant mené à l’indépendance des Etats-Unis).

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C’est également un problème juridique majeur puisque, même si les juridictions françaises valideraient vraisemblablement toute norme inscrite dans la Constitution, la Cour européenne des droits de l’homme considérerait certainement cette restriction comme étant une violation de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (et notamment l’article 3 du protocole n°1). Les conséquences politiques en seraient exceptionnellement dommageables puisque, moralement du moins, le Gouvernement serait alors vraisemblablement obligé de demander aux deux chambres réunies en congrès de changer en urgence la règle – situation très humiliante, sans préjuger par ailleurs de la réaction des indépendantistes sur l’île, qui pourrait être bien plus violente alors que ne le serait un retour dès à présent au droit commun, à savoir que tous les citoyens français (majeurs) peuvent voter aux élections, sauf privation individuelle de ce droit, dûment justifiée, décidée par l’autorité judiciaire.

La citoyenneté calédonienne

Voilà donc une norme au moins qu’il va falloir réformer. Là où l’on voit que, dans un contexte calédonien comme ailleurs, « tout est lié », est que l’inscription à la liste électorale spéciale est considérée, depuis 1999, comme le revers d’une « citoyenneté calédonienne » : les Français qui sont inscrits sur cette liste sont « citoyens néo-calédoniens » (en plus naturellement que d’être citoyens, ou nationaux, français) ; les autres ne le sont pas (ils ne sont que citoyens français). Là encore, le but était transparent à l’époque. Il s’agissait d’identifier qui appartenait au « peuple calédonien » ; et le compromis historique de Nouméa était que les indépendantistes – essentiellement les autochtones kanaks – acceptaient que les autres (Européens notamment, appartenant donc au peuple « colonisateur », même si la plupart des Européens sont sans doute arrivés, eux-mêmes ou leurs ancêtres, après 1946, date à laquelle la Nouvelle-Calédonie a cessé d’être une colonie) pouvaient, en principe, être « de » Nouvelle-Calédonie eux aussi. En retour, les loyalistes – essentiellement les Européens (au sens d’originaires, eux ou leurs ancêtres, de France métropolitaine), ainsi que ceux qui ne sont d’origine ni kanake ni européenne – acceptaient que seuls ceux présents sur la longue durée sur l’archipel, à l’exclusion donc, notamment, de tous les Européens séjournant pour quelques années ou, même résidents permanents, trop récemment arrivés, auraient droit à la citoyenneté calédonienne. Au moment de l’indépendance, dont encore une fois tout dans cet ordonnancement supposait qu’elle adviendrait un jour, les non-Calédoniens seraient devenus étrangers (ce qui n’aurait pas nécessairement remis en cause leur droit de résidence, bien sûr) ; les « citoyens » Calédoniens, eux, seraient devenus « nationaux » calédoniens (sans exclusive d’une possible double nationalité « kanakyenne » et française).

Là encore, la question se pose du que faire. Si on ne fait rien, on institutionnalise sur le long terme l’existence de deux classes de Français. Si plus tard la liste électorale glissante est reconnue contraire à la Convention européenne des droits de l’homme, il faudra soit donner la citoyenneté à (presque ?) tout le monde, soit la découpler du suffrage, ce qui (i) la viderait de toute substance, et (ii) la rendrait vulnérable à d’autres contestations juridiques au nom de la violation de l’égalité des droits entre citoyens. Le plus simple, là encore, serait donc d’y mettre un terme, d’autant qu’elle n’avait de sens qu’en tant qu’elle avait vocation à se transformer en citoyenneté à part entière dans l’ordre international (une nationalité donc). La conserver, même si cela pourrait sembler plus simple par calcul politique de court terme – ne pas « provoquer » les indépendantistes alors même que le titre n’entraîne aucun droit ou privilège en tant que tel – pourrait là encore avoir de graves conséquences à terme, en tant qu’elle continuerait à suggérer l’existence de deux catégories de Français en Nouvelle-Calédonie et, ce faisant, à laisser croire que le processus de décolonisation n’est pas réellement achevé.

Tant qu’on maintient ces deux classes de citoyens, on maintient au moins implicitement l’horizon politique – l’indépendance – qui la sous-tendait, alors même que…

Suite et fin de l’article sur Conflits.fr !

Commissariat attaqué à La Courneuve: tout va bien, Mme la marquise!

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La journaliste Céline Pina © Bernard Martinez

Quatre jours après la mort de Wanys, un jeune de La Courneuve (93), après son refus d’obtempérer à Aubervilliers, l’attaque du commissariat de la ville dans la nuit de dimanche à lundi est venue nous rappeler l’état alarmant de quartiers entiers minés par le communautarisme. Déplacé sur place, le préfet de Police Laurent Nunez a affirmé que « nous allons sécuriser le commissariat et la ville dans les heures et les jours qui viennent ». Autrefois, ce sont les commissariats qui servaient à sécuriser les quartiers; dans la France d’Emmanuel Macron, ce sont les commissariats qu’il faut sécuriser! On est en réalité au-delà du séparatisme – les évènements de La Courneuve sont de véritables signes de sécession, observe notre chroniqueuse.


Les attaques de commissariats deviennent monnaie courante en France. Celle de la Courneuve en est l’illustration. Or nul ne met en avant le caractère symbolique désastreux de telles attaques, qui disent pourtant clairement la fin du consentement au contrat social et la volonté de détruire les institutions qui le protègent. Pourtant ces attaques sont des signes de sécession et de pré-guerre civile.

Nul non plus ne réfléchit à ce que cela signifie en termes d’échec politique. Non seulement le gouvernement ne contrôle plus l’entièreté de son territoire : certains quartiers sont aujourd’hui aux mains des caïds au point que même les policiers sont devenus des cibles et les commissariats, des objectifs ; mais il a même abandonné cet objectif de base. En tout cas il ne se donne pas les moyens de le remplir. Car si les attaques de commissariats se multiplient, il n’y a que peu ou pas d’informations sur les sanctions reçues par les voyous. Or seuls la lourdeur des sanctions et le fait de les assumer politiquement et de les revendiquer peuvent changer la donne. Parce que si l’Etat n’est même plus en mesure de protéger ses policiers, que signifie l’existence d’un Etat de droit et surtout quel est son avenir ? Si les commissariats deviennent les abcès de fixation des voyous des cités, cela augure mal de l’aptitude du pouvoir à protéger ses citoyens. Or sans sécurité, nul ne peut accomplir ses devoirs et exercer ses droits. Sans sécurité, pas de citoyenneté. Emmanuel Macron se dit prêt à faire la guerre à la Russie au nom de nos principes démocratiques, qu’il ramène déjà l’ordre à La Courneuve, au nom de ces mêmes principes.

Une attaque de commissariat en mode commando

Mais revenons justement sur ce qui s’est passé à La Courneuve. L’attaque du commissariat a eu lieu dans la nuit du dimanche 17 mars. Une cinquantaine d’individus ont lancé des tirs de mortiers d’artifice et de projectiles divers. Cagoulées et habillées en noir, ces personnes ont attaqué en commando, parfaitement à l’aise dans leurs baskets : elles savent en effet qu’elles ne risquent pas grand-chose. Voire même que cette attaque va renforcer leur réputation au sein du quartier et le « respect » qu’on leur témoigne.

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La raison de cette attaque ? La mort d’un jeune homme de 18 ans, percuté à scooter par une voiture de police, suite à une fuite lors d’un refus d’obtempérer. Il faut être clair : rien dans cette histoire ne justifie que le commissariat soit attaqué. Sauf à penser que les policiers ont fait exprès de percuter le jeune homme, ce que les premières informations ne montrent pas. On est plutôt ici dans le cadre d’un accident lié à la volonté de fuir du conducteur du scooter.

Violences claniques et refus du contrat social

Que le drame déclenche une forte émotion, on peut le comprendre. Même responsable de l’accident, mourir à 18 ans est toujours malheureux. Que le jeune homme se soit tué en percutant une voiture de police peut expliquer la colère de la famille envers les forces de l’ordre. Mais en quoi cela justifie-t-il ces violences claniques et l’attaque de l’institution ? En quoi cela autorise-t-il la tentative de tuer des policiers et de s’emparer d’un commissariat ? Il n’y a aucune logique à ces comportements, sauf à penser et dire qu’il ne s’agit pas d’un accident mais que la police est la milice d’un pouvoir qui ciblerait les jeunes arabo-musulmans des quartiers, n’hésitant pas à les tuer. Or c’est exactement avec cette lecture orientée et systématique que les militants islamistes et gauchistes radicalisent leurs cibles et les mobilisent contre les institutions de la République.

Le séparatisme alimente la haine communautariste comme celle des institutions. Elles ne sont plus vues comme un bien commun mais comme les rivales honnies d’une culture d’origine et d’une appartenance religieuse, à qui il faut en permanence donner des gages de non-intégration. D’où le fait que dans les quartiers, « Français » soit devenu une insulte.

Le policier attaqué en tant que représentant d’une loi honnie

Ainsi, ce qui s’est passé est la énième illustration du refus d’assimilation d’une partie de la jeunesse, pourtant souvent née en France, mais marquée par le déni de la loi et le refus de s’y soumettre au nom du respect des origines. Or les premiers qui ont à faire respecter la loi sont les policiers. C’est parce qu’ils sont responsables de l’ordre public qu’ils sont seuls à pouvoir exercer une violence légitime. Le policier peut se servir de la violence pour arrêter et mettre fin aux agissements d’un individu, car il le fait dans un cadre précis et au nom de la Loi. C’est exactement ce que ne comprennent pas les caïds pour qui ne compte que le rapport de force. Trop frustres pour s’élever au niveau conceptuel qu’implique le rapport à la loi, ils en restent à la logique tribale où celui qui se soumet est un faible et où celui qui exerce la violence et les abus, un exemple de virilité. Dans ce cadre, il fallait venger un des leurs, victime d’une bande rivale, celle de la police.

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Cette logique tribale est régressive et les sociétés fondées sur elle sont des sociétés violentes, peu créatives, inégalitaires et répulsives. Le pire est que contrairement à ce qui est mis en avant, il n’y a pas tant de solidarité dans le clan, pas plus dans les quartiers d’ailleurs. Le système qui se met en place est plutôt un régime de hiérarchie et de mise sous coupe : les services rendus valent forme de possession et impliquent souvent beaucoup de renvois d’ascenseur. Le chantage à l’appartenance est permanent, il faut toujours donner des gages, montrer que « l’on n’oublie pas d’où on vient », traduire « ce que tu devras toute ta vie aux caïds du quartier ». Peu d’égalité, peu de liberté et beaucoup de contrôle social, voilà la soi-disant solidarité des quartiers. Or le contrôle social n’est pas de la solidarité, c’est un maillage culturel et religieux qui valorise et rétribue l’appartenance d’origine et l’identité de quartier, parce que celle-ci est destinée à nourrir la sécession avec la France et le refus de la loi. Elle isole et met une partie de la population entre les mains de leaders qui unissent parfois logique mafieuse, emprise religieuse et chantage identitaire.

Des logiques de sécession alimentées par l’extrême-gauche comme par la gauche de gouvernement

Ces logiques ont été exacerbées et malheureusement légitimées par la gauche autant que par les extrêmes islamo-gauchistes. Le discours sur le racisme de l’État a, par exemple, longtemps fait les beaux jours des réunions de quartiers du PS et des écologistes. Je me souviens notamment de la campagne des Législatives de 2012 où, à Cergy (95), le candidat de gauche expliquait à des jeunes avachis sur leurs chaises, en jogging et qui n’avaient l’idée ni d’enlever leur capuche ni d’ôter leur casquette, que s’ils ne trouvaient pas de boulot, c’est parce que la société était raciste. Je me souviens aussi de cette mère qui était venu me voir, j’étais alors suppléante, pour me dire « déjà on n’arrive pas à les lever le matin, ils fument toute la journée, c’est pas avec un discours comme tient M. le Maire qu’on va les sortir de là ». Elle avait plus de bon sens que le futur député.

Cette délégitimation de l’État, nourrie par des partis de gouvernement qui furent aux affaires est aujourd’hui diffusée par l’ensemble de la gauche, de façon très violente dans la communication de LFI et encore centrale dans celle du PS ou d’EELV. Cela explique que les représentations de base du jeune de banlieue, notamment arabo-musulman, unissent victimisation permanente, hystérisation des origines, rejet du pays dont il a la nationalité, justification de la violence et refus de la loi. Cette posture et ce discours sont souvent les seules représentations politiques qui lui ont été transmises. Hélas ce cocktail prédispose à l’échec personnel pour mieux le transformer en marqueur d’injustice collective. Ce qui justifie in fine la violence contre l’Etat, la haine du Blanc et des institutions, la dénonciation des violences policières.

Un avocat spécialisé dans la mise en accusation de la police

Bien sûr on pourrait éviter de s’enferrer dans cette impasse avec un peu de courage politique et institutionnel. Mais à chaque fois qu’un jeune issu de la « diversité » est en cause, des avocats activistes essaient d’en faire des symboles afin de mettre en accusation un pays qu’ils paraissent détester. Première victime de cette volonté de politisation : la quête de vérité.

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Il faut dire que l’avocat de la famille du jeune homme, Yassine Bouzrou, n’a pas été choisi par hasard. Si on se moque de gagner son procès mais que l’on veut politiser une affaire pour créer le désordre, il est l’homme de la situation. Activiste politique avant tout, l’homme sème le chaos pour entraîner la confusion, crée des affaires dans l’affaire, hystérise les débats, radicalise les positions. Son but : créer une autre affaire Traoré. Mais s’il y arrive, c’est avant tout parce que la Justice est complaisante et les institutions pas à la hauteur. L’affaire Traoré n’aurait jamais dû prendre ces proportions et dans le cas de l’attaque du commissariat, l’affaire mise en avant n’a, semble-t-il, pas plus de substance ; mais à la limite, peu importe. Il est temps d’arrêter de se cacher derrière son petit doigt et de prendre les attaques de commissariat pour ce qu’elles sont : des ébauches de guerre civile. A ce titre, ceux qui s’y livrent doivent être durement sanctionnés. Si le gouvernement se donnait comme objectifs de rendre ces attaques impossibles en créant un protocole d’intervention en mode commando, hyper-réactif, susceptible de capturer un maximum de jeunes sur le fait et de les traduire en jugement, en procédure accéléré, avec des peines plancher élevées, on pourrait parler de début de reconquête de territoire. Tout le reste n’est que du blabla.


Selon CNews, certains des voyous interpellés sont connus de la police, notamment pour des violences urbaines lors des émeutes ayant suivi la mort de Nahel

Xavier Bertrand parle comme «Le Monde», et ce n’est pas forcément un compliment

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Le LR Xavier Bertrand, octobre 2023 © JM HAEDRICH/SIPA

Selon Xavier Bertrand, « courir après l’extrême droite, c’est courir à notre perte ». Non, LR ne court pas après le RN, et le président de la Région Hauts-de-France ne devrait pas s’abandonner au jeu puéril consistant à appeler « fachos »[1] les électeurs de Marine Le Pen ou Jordan Bardella. Un message à son intention de la part d’un ami qui lui veut du bien…  


Xavier Bertrand a déclaré récemment dans Le Parisien du 16 mars, au sujet des Républicains, que « courir après l’extrême droite, c’est courir à notre perte » et que tout en désapprouvant la ligne de la direction du parti, il allait cependant soutenir la liste conduite par François-Xavier Bellamy pour les élections européennes du 9 juin. Il incitait à « revenir aux fondamentaux », à « l’héritage gaulliste et chiraquien »[2]. Il y a, dans cet extrait, de quoi nourrir la réflexion politique, notamment au sujet de cette idée-force que Xavier Bertrand ne se lasse jamais de répéter, incriminant la droite parce qu’elle courrait après l’extrême droite. Sans vouloir offenser Xavier Bertrand, heureusement que son projet ne s’arrête à ce seul avertissement car il serait alors vraiment trop pauvre, en dépit du caractère séduisant de cette injonction pour tous ceux qui prétendent dicter à la droite ce qu’elle doit penser, autoriser ou dénoncer… C’est mon premier point de désaccord. Si j’étais lui, je m’interrogerais en effet sur la parfaite concordance de mon point de vue avec la banalité ressassée par la gauche politique et médiatique (pas un numéro du Monde sans ce poncif de course après l’extrême droite) et je me méfierais de cette similitude. Attitude au demeurant catastrophique d’un côté et de l’autre puisqu’elle la fait monter inexorablement…

La faiblesse régalienne du macronisme doit être dénoncée

Ma deuxième contradiction est sur le fond. Que la ligne de la direction de LR ne soit pas forcément enthousiasmante et que le duo Ciotti-Wauquiez ne brille pas de mille feux est une évidence. Mais ce constat n’interdit pas de considérer avec lucidité l’importance des problématiques de sécurité et de justice pour la droite. Elles sont devenues encore plus cruciales aujourd’hui où la faiblesse alternative du macronisme, entre poussées de fièvre sans résultats et résignation impuissante, ne cesse pas de susciter la nostalgie d’une autre politique ou de faire espérer un changement radical où le verbe ne se substituera pas à l’action avec des forces régaliennes qui seront encouragées et soutenues.

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Il y a donc une confusion très dommageable pour la droite, dont l’esprit central devrait s’inspirer d’un humanisme vigoureux, d’une sévérité allant aussi loin qu’une conception roborative de la démocratie le permet, à laisser entendre, comme le fait Xavier Bertrand, que l’extrême droite serait dépositaire d’une pensée originale dans ces domaines, que ses propositions représenteraient un scandale alors qu’au mieux elles relèvent du bon sens, au pire d’un excès demeurant dans le registre de l’acceptabilité politique.

Absurdes frilosités

LR ne court donc pas après le RN (Xavier Bertrand ne devrait pas s’abandonner au jeu puéril du garde des Sceaux continuant à le nommer FN) puisque les exigences de sécurité et de justice n’ont pas été inventées par le RN. Même s’il a été éclaireur sur certains points, mais on n’écoutait pas le « diable » Jean-Marie Le Pen, elles existaient depuis toujours au cœur de la droite longtemps effarouchée, dans son expression, par d’absurdes frilosités. Il est piquant aussi de voir célébrer par Xavier Bertrand les « fondamentaux, l’héritage gaulliste et chiraquien ». Quand on examine en détail la carrière, les pensées et les choix du général de Gaulle, on ne peut qu’être frappé par son absolu pragmatisme. Certaines de ses phrases rapportées par ses proches, notamment sur l’immigration algérienne, auraient fait paraître le RN comme modéré. Et il avait raison ! Quant à Jacques Chirac, sorti du discours de Dominique de Villepin à l’ONU, loué pour son avertissement sur « le monde qui brûle », dangereux avec son principe de précaution et incendiaire avec son refus de reconnaître les racines chrétiennes de l’Europe, je ne crois pas qu’il ait des leçons, avec son immobilisme, à donner à la droite d’aujourd’hui.

Le bon vieux temps du RPR

Sur le fond, le RPR des années 80, avec des intuitions fulgurantes sur ce qu’allait devenir notre France de communautés juxtaposées, avait élaboré un programme dont la lucidité et le courage intellectuel font pâlir les piètres audaces de maintenant.

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Je devine bien ce qui fait peur à Xavier Bertrand. C’est l’idée à mon sens erronée que la moindre similitude entre LR et RN serait une catastrophe, annonciatrice de l’union des droites alors qu’actuellement la ligne Ciotti a trop à faire pour être préoccupée par cette aspiration et que Marine Le Pen n’en veut pas. Restent Zemmour et « Reconquête ! », mais en panne de simple conquête ! Je suis un ami de Xavier Bertrand, je lui veux du bien. Aussi, quel que soit son futur – il n’est pas indigne de le rêver superbe -, puis-je lui demander d’arrêter net cette lancinante banalité d’une droite qui suivrait à la trace l’extrême droite, à supposer d’ailleurs que cette définition générique ait encore du sens : pour Jean-Yves Camus, son spécialiste, elle n’en a plus.

LR, et les structures l’ayant précédé, n’ont besoin de personne, et encore moins du FN puis du RN, pour trouver seuls leur chemin.


[1] https://www.ouest-france.fr/elections/presidentielle/entretien-xavier-bertrand-a-ouest-france-jai-bien-lintention-detre-candidat-en-2027-d8f5b8a0-c29d-11ee-af40-0572f37cda9b

[2] https://www.leparisien.fr/politique/xavier-bertrand-courir-apres-lextreme-droite-cest-courir-a-notre-perte-16-03-2024-BV552QA7PRAZ7NSPC37SDBR65Y.php

La pensée manichéenne attise une guerre absurde

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Le journaliste Ivan Rioufol est à retrouver chaque mois dans le magazine "Causeur". Photo : Hannah Assouline.

La pensée manichéenne est le fléau du siècle. Elle est partout à l’œuvre.

L’intelligentsia elle-même est contaminée par cette régression mentale, quand de beaux esprits préfèrent encore se réfugier dans le camp du Bien et ses anathèmes qui interdisent le débat. Il y a quatre ans, avec le premier confinement contre le Covid (17 mars 2020), la pensée obligée jurait vouloir « préserver des vies ». Ceux qui alertaient contre les atteintes aux libertés individuelles et dénonçaient la fabrication d’une propagande apocalyptique étaient qualifiés de « complotistes » et d’« obscurantistes ». Des penseurs médiatiques, prétendument défenseurs de la nuance, étaient parmi la meute. Sur ce sujet votre serviteur, qui fut une cible du discours sanitaire officiel, a bien des noms en tête. Or le bilan de ces intolérances intellectuelles n’a visiblement pas été tiré. En l’occurrence, la pensée binaire cherche à nouveau à s’imposer, cette fois à propos de l’Ukraine. Ceux qui hier sanctifiaient la vie nue sont prêts à soutenir, dans un même fanatisme hémiplégique, la guerre et ses morts. Le mécanisme de l’exclusion morale a repris du service. Qui s’oppose à l’engrenage insensé mené par Emmanuel Macron contre la Russie de Vlamimir Poutine, réélu ce lundi pour un 5 e mandat avec 87,5% des voix et une participation de 73%, est qualifié d’« extrême droite », de « munichois », de « pétainiste », voire de « poutiniste ». Est-il envisageable de pouvoir sortir enfin d’une opinion en noir et blanc ?

A lire aussi, du même auteur: Les carnets d’Ivan Rioufol

Mon aversion pour la pensée totalitaire me fait voir, depuis toujours, tous les défauts répulsifs du régime despotique poutinien. Pour autant je conteste les préalables de Macron pour justifier sa « guerre existentielle » contre la Russie, alors même que l’Etat français montre sa faiblesse intérieure face aux offensives conjuguées de l’islamisme et du wokisme. En Seine-Saint-Denis, La Courneuve et son commissariat ont été visés par de nouvelles émeutes. « La guerre existentielle est sur notre sol », a estimé avec raison Eric Zemmour, ce lundi sur Europe 1. Quand le chef de l’État, jeudi dernier, parle d’une guerre en cours « sur le sol européen », lancée par la Russie « depuis dix ans », il énonce des faits contestables pour justifier sa position de matamore. En effet, l’Ukraine n’est pas en Europe, mais à ses marches. Et si la Russie a certes repris la Crimée en 2014, c’est le nouveau régime ukrainien qui a commencé dans le même temps à bombarder le Donbass russophone. La guerre que veut Macron contre la Russie est la sienne, pas la nôtre. Elle est aussi celle de l’Otan américanisé. On a appris que douze bases de la CIA étaient déjà en Ukraine. C’est l’Otan qui, dès 1999 et sans l’accord de l’ONU, avait bombardé Belgrade durant trois mois, symbole de notre allié serbe durant la Grande Guerre, pour lui faire lâcher le berceau historique serbe du Kosovo conquis par l’islam.

Ces humiliations occidentales du peuple slave sont de celles qu’un Russe n’oublie pas. La pensée manichéenne attise une guerre absurde.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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Mort d’un punk breton

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Le rockeur Frank Darcel, héros du groupe culte Marquis de Sade et de toute une vague musicale, disparait mystérieusement à l’âge de 65 ans. Hommage à un talentueux musicien français. Talentueux, c’est certain – Français un peu moins…


Il a été retrouvé mort, ce 14 mars, sur une plage du Nord-Ouest de l’Espagne, dans cette Bretagne espagnole qu’est la Galice. Frank Darcel, 65 ans, guitariste du groupe Marquis de Sade, a animé la scène rennaise à partir des années 70. Fils de médecin breton, il était bien parti pour prendre la relève familiale. Un matin, il oublie de se lever pour se rendre à un examen. C’était juste avant de se laisser embarquer dans les rythmes glaciaux de la Cold Wave.

Cancer, Bretagne et Holodomor

Février 1980. Ian Curtis, chanteur de Joy Division, n’en a plus que pour quelques jours. En France, le journal branché de l’époque, Actuel, s’intéresse aux garçons modernes qui aiment leur maman. Entourés de dames très convenables – leurs mamans – les membres du groupe rennais Marquis de Sade posent, bien sagement. Aux côtés de Taxi Girl et de quelques autres, les Bretons, Frank Darcel et le chanteur Philippe Pascal[1], font partie des coqueluches du moment. A la télé française, Thierry Le Luron les invite et les qualifie de « groupe normand ». Sacrilège. Les garçons rennais ont l’air de chercher leurs thèmes et leurs rythmes dans les cimetières : dans Conrad Veidt, ils scandent : « L’Europe désire l’euthanasie ». Ils chantent le cancer et la drogue. Plus récemment, ils ont consacré une chanson à l’Holodomor, famine organisée en Ukraine par l’URSS dans les années 30. Sur scène, ils se mordent les joues de l’intérieur pour avoir des trognes plus émaciés et cadavériques.
Frank Darcel était imprégné d’esthétique Art Nouveau et d’expressionisme allemand. Dans l’interview donnée à Patrick Zerbib, toujours pour Actuel, le guitariste ne cache pas son goût pour Friedrich Nietzsche… ce qui a failli lui donner mauvaise réputation. « Au départ de cette nouvelle réputation, il y a l’envie délibérée de se différencier des autres groupes. De refuser tous les poncifs qui font des groupes de rock des subversifs en carton-pâte. L’envie aussi de manier de nouvelles images, de se trouver de nouvelles références qui collent mieux avec notre musique. En cela, le plan avec Actuel nous parut, au départ, intéressant et surtout drôle. Mais l’interview fût traitée d’une telle manière par le zélé Patrick Zerbib que j’étais devenu l’apôtre d’une ‘’modernité’’ agaçante, prétentieuse et imprégnée d’idéaux totalitaires ».

À lire aussi, du même auteur: Le dictateur, le fils psychopathe et le sacrilège

Le vrai sujet politique qui a animé Frank Darcel, c’était la Bretagne. Dans un podcast pour France Culture, il avait confié : « Le jour où j’ai commencé à lire l’histoire de la Bretagne, dont je n’ai jamais entendu parler à l’école, ça m’a fait bizarre, j’ai été presque vexé. Je me suis dit ‘’eh ben mince, on a existé en tant que Bretagne, indépendante, autonome, etc. Et pourquoi on ne nous en a pas parlé à l’école ?’’. Ça a été un peu comme si on m’annonçait que j’étais un enfant adopté. Ma mère adoptive c’était la France, et ma vraie maman biologique c’était la Bretagne. » Décidément, les garçons modernes aiment leur maman. Militant du Parti national breton, tête de liste de diverses listes autonomes à Rennes et en Bretagne, il est une figure de la question bretonne.

Oiseau de mauvais augure

Miné par des tensions internes, le groupe Marquis de Sade disparait malgré une reconstitution en 2017. Frank Darcel fut ensuite un découvreur de talents : Pascal Obispo, Etienne Daho (pour qui il a co-écrit « Tombé pour la France »)… Tous lui ont rendu hommage ce week-end. Il y a eu aussi la période portugaise de Frank Darcel, durant laquelle il a produit de nombreux groupes lusitaniens. La chanson « Os Filhos Da Nação » (1994) du groupe Quinta do Bill, produit par le Breton, a été reconnue par un média portugais comme l’une des chansons constitutives de l’identité nationale. Une sorte d’hymne officieux. Frank Darcel nous confiait en 2022, amusé : « J’ai modestement contribué à façonner l’identité portugaise ».
Les oreilles détruites par une alarme incendie, Frank Darcel a dû un temps s’éloigner de la musique. En 2022, il publie L’Armée des hommes libres, roman de science-fiction dans lequel il prédit l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les étapes suivantes : invasion de l’Arménie, reprise du conflit irlandais en 2024, chaos atomique… Un beau bordel en vue d’ici à 2030.
Espérons que l’oiseau de mauvais augure, échoué sur les plages de Galice, n’a pas vu trop juste.


[1] Le chanteur de Marquis de Sade s’est suicidé en 2019

Rembrandt ne faisait pas de selfies!

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Autoportrait à l'âge de 34 ans. Peinture de Rembrandt. DR.

Faut-il vraiment se précipiter pour voir les grands maîtres hollandais aux « Bassins des Lumières », à Bordeaux ? Les expositions immersives sont une nouvelle tendance, ayant pour objectif une forme de démocratisation culturelle, et elles font un tabac. Malheureusement, cela s’apparente souvent à un simple divertissement qui rabaisse l’aura des œuvres d’art concernées.


Bientôt quatre ans d’existence pour les Bassins des Lumières, à Bordeaux, qui présentent en ce moment leur nouvelle exposition immersive consacrée aux grands Maîtres hollandais. Véritable entreprise de démocratisation culturelle ou simple divertissement trahissant l’esprit des œuvres ?

C’est en 2018 que Bruno Monnier imagine le musée du XXIe siècle en faisant appel aux œuvres d’art et à la musique portées par la technologie numérique. Il décide alors de créer l’Atelier des Lumières, son premier centre d’art numérique, dans une ancienne fonderie du 11e arrondissement de Paris. Le succès est au rendez-vous avec plus d’un million de visiteurs accueillis dès la première année.

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Deux ans plus tard, en 2020, il crée les Bassins des Lumières dans la base sous-marine de Bordeaux, « plus grand centre d’art numérique immersif au monde ». Le développement de sa société Culturespaces se poursuit à l’international avec l’ouverture de centres d’art numérique en Corée du Sud, à Amsterdam, à New York, puis tout récemment à Dortmund en Allemagne, qui abritera également dès ce printemps Le Port des Lumières à Hambourg. « Le mariage de l’art et du numérique est un grand pas pour la démocratisation culturelle ; c’est, à mon avis, l’avenir de la diffusion de l’art parmi les générations futures », explique ce passionné d’histoire de l’art, passé au ministère de la Culture de 1986 à 1988 comme chargé de mission pour collaborer à la commission Patrimoine 2000 et réorganiser le Château de Versailles.

Succès populaire monstre

Malgré l’engouement suscité par chacune des « expositions immersives » qui se succèdent à Bordeaux, avec d’excellents chiffres de fréquentation (650 000 entrées en 2022), certains spécialistes du monde de l’art n’hésitent pas à pointer les travers de ces manifestations XXL. Parmi les griefs exprimés, l’impossibilité d’apprécier des œuvres qui défilent non-stop sur des murs gigantesques avec une bande-son omniprésente. Le flux d’images permanent brise le recueillement contemplatif que requiert tout chef-d’œuvre, auquel s’y substitue une observation passive, un peu similaire à celle d’un feu d’artifice vite oublié. Autre critique : l’absence presque totale de dispositifs de médiation qui permettraient de se familiariser avec la vie et l’œuvre de l’artiste. Sans éléments de contexte, l’expérience immersive s’apparente plus à un spectacle sons et lumières de l’ordre du divertissement, qu’à un événement culturel d’envergure. Enfin, les manipulations numériques modifiant à l’envi les proportions d’un tableau seraient préjudiciables à une rencontre véritable avec l’œuvre. C’est du moins l’avis du théoricien de l’art et des médias Bertrand Naivin : « Un artiste ne fait pas une œuvre dans un format précis par hasard. S’il a décidé de peindre un détail en tout petit, c’est pour une raison. Je ne crois pas que Van Gogh aurait aimé qu’on découpe, agrandisse et anime ses toiles. À trop vouloir augmenter l’œuvre, on l’appauvrit. La reproduction numérique des œuvres, en faisant fi de leur matérialité originelle, altère l’émotion qu’aurait pu ressentir le visiteur face à l’objet composé et peint par l’artiste. »[1]

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Tout à l’égo

À Bordeaux, les toutes nouvelles expositions consacrées aux maîtres hollandais, « de Vermeer à Van Gogh », et à Mondrian, « l’Architecte des couleurs », feront sans nul doute le plein. Et, même si l’on ne peut présumer du succès pérenne d’un dispositif somme toute assez récent, les affiches visibles un peu partout et la communication multi-supports en font déjà un blockbuster de ce début d’année. « Peindre la lumière et son atmosphère, tel est le fil rouge du parcours », peut-on lire dans le dossier de présentation. De la célèbre Vue de Delft de Vermeer à La Nuit étoilée de Van Gogh, le visiteur « prendra les voiles pour accoster dans les cités flamandes et flâner dans ce climat vermeerien où les habitants nous invitent à entrer dans la toile ». Une fois qu’il aura mis le pied à terre, il découvrira la ville qui s’anime et les habitants saisis dans leurs activités quotidiennes, se promènera dans les églises, avant de s’attarder sur quelques portraits, un thème pictural prédominant durant le Siècle d’or. Histoire de rattraper par la manche le visiteur égaré dans une époque bien lointaine, la plaquette de présentation indique, au sujet des fameux autoportraits de Rembrandt, « maître du clair-obscur » : « Précurseur du “selfie”, il s’observe dans le miroir, étudie les expressions de son visage et scrute au plus près les détails d’une peau vieillissante, l’expression d’une ride, la légèreté d’un cheveu. Inspiré par son travail de gravure, à l’opposé d’une peinture lisse caractéristique du XVIIe siècle, il sculpte son visage dans la matière, se peignant sans fard ni artifice pour imprégner de vérité sa grande autobiographie picturale. » Curieux rapprochement… Le selfie, ou l’egoportrait, comme on dit joliment au Québec, se situant précisément aux antipodes de la réflexion baroque suscitée par l’autoportrait, en raison de son entreprise d’embellissement et de « lissage » de soi, souvent via les filtres proposés par les applications. Un contre-sens qui contribue à jeter le doute sur cette vaste entreprise de « démocratisation culturelle » voulue par Bruno Monnier.

 « De Vermeer à Van Gogh, les Maîtres hollandais », aux Bassins des Lumières de Bordeaux jusqu’en janvier 2025.


[1] Article du média Korii, « Les musées numériques : un succès qui dérange », 22 mars 2019