Accueil Politique Monsieur Attal, l’école ne pourra pas seule venir à bout de l’islamisme

Monsieur Attal, l’école ne pourra pas seule venir à bout de l’islamisme

En déplacement à Arras lundi, le Premier ministre a affirmé que l’école est « la meilleure arme » contre le terrorisme


Monsieur Attal, l’école ne pourra pas seule venir à bout de l’islamisme
Arras, Journée nationale d'hommage aux victimes du terrorisme, 11 mars 2024 © Courdji / POOL/SIPA

Ordre républicain. L’école est la meilleure arme pour combattre les islamistes, avance Gabriel Attal. Peut-être. Mais elle est dans un sale état, et cela n’est pas suffisant; un virage radical reste à prendre par la République française pour faire face à ces adversaires mortels.


Le choix d’organiser, lundi 11 mars, une « cérémonie d’hommage aux victimes du terrorisme » dans une école était bien sûr hautement symbolique. Gabriel Attal a ainsi centré son discours d’Arras sur le fait que « les terroristes haïssent l’école, c’est normal : l’école est la meilleure arme pour les combattre »1. C’est vrai, l’école est un enjeu majeur du conflit entre la libre pensée et les pensées de l’orthodoxie. L’école des « hussards noirs de la République » (comme on appelait les instituteurs sous la Troisième République) avait pour mission de contrebalancer les influences familiales, communautaires et religieuses, voire de les combattre lorsqu’elles divergeaient trop par rapport au projet républicain. À ce titre aujourd’hui, l’école républicaine a le devoir de s’opposer à l’idéologie salafo-frériste, et constitue donc une cible privilégiée des islamistes.

L’islam tente de s’immiscer dans les classes ou à la cantine depuis des années

Les islamistes s’attaquent à l’école pour y imposer leur vision dogmatique et dissuader l’enseignement contraire à leurs principes religieux. Ainsi, depuis 1989 se sont multipliés les tentatives d’introduire le voilement du corps des femmes dans les salles de cours et les menus hallal à la cantine, d’interdire la transmission de certains savoirs scientifiques, d’empêcher les filles de participer aux cours d’éducation physique, ou de refuser l’apprentissage de la musique. Et aussi, des centaines de collégiennes ont été enlevées au Nigeria ou en Irak sur le chemin de l’école, des dizaines d’enfants et de jeunes gens ont été assassinés dans leurs écoles au Pakistan, et en France des enfants juifs sont harcelés au point de devoir changer d’école, et d’autres ont même été tués dans leur école. Mais contrairement à la vision optimiste du Premier ministre, toute seule, « la victoire de l’école [ne pourra pas sonner] le glas de l’obscurantisme ». Et cela pour deux raisons principales.

Photo prise le 09 octobre 1989 à Creil (Oise) au domicile de Fatima Achaboun (D) et de sa soeur Leila (G), élèves d’un lycée de Creil qui leur a interdit de porter le tchador en classe. Au centre est assis leur père Ali. AFP PHOTO LEIMDORFER (Photo by LEIMDORFER / AFP)

Le niveau baisse !

D’une part, parce que l’éducation nationale a été désarmée depuis des années à cause de la diffusion d’un multiculturalisme islamo-gauchiste et de l’abandon par leur hiérarchie des enseignants confrontés à l’offensive islamiste. L’installation du « paradigme déficitariste »2 qui a consisté à abaisser régulièrement le niveau général pour prétendument aider les élèves des familles culturellement plus défavorisées, constitue également un facteur d’affaiblissement global de l’école.

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En incitant les enseignants à être de moins en moins exigeants avec leurs élèves, on aboutit finalement à l’opposé du but que l’on dit rechercher : ceux qui peuvent trouver hors de l’école les ressources culturelles nécessaires à leur éducation et à leur élévation intellectuelle progressent généralement vite et bien, ceux qui en revanche n’ont que l’école pour ce faire sont dans leur grande majorité les victimes de cet enseignement au rabais délivré à tous sans distinction. Au lieu d’en donner plus à ceux qui en ont le plus besoin, on en donne moins à tous, augmentant ainsi les inégalités sociales de départ plutôt que les compenser. Or, le renoncement par la nouvelle ministre de l’Education nationale, Nicole Belloubet, à l’instauration de groupes de niveaux en mathématiques et en français, voulu par Gabriel Attal lui-même, est à cet égard, un signal bien négatif.

Le ver est dans le fruit

D’autre part, outre l’école où « tout commence », « l’hydre islamiste » comme l’appelle à juste titre Gabriel Attal, doit être combattue sur plusieurs fronts. Aujourd’hui, quand bien même l’école, effectuant un virage à 180 degrés, reviendrait à une éducation républicaine c’est-à-dire résolument laïque et exigeante pour les nouvelles générations, le terrain gagné depuis quarante ans par l’islamisme en population générale est tel, dans les esprits, dans les mœurs et dans les institutions, que c’est tout l’appareil d’État et les ressources multiples de résistance dans la société civile qui doivent être mobilisés.

Il s’agit en effet de comprendre enfin que l’islam ne pose pas le problème de la laïcité dans les mêmes termes que l’a fait le catholicisme au cours de l’histoire. En Occident, l’islam n’est pas et n’a jamais été une religion d’État (sauf la Péninsule ibérique sous le califat ou les territoires des Balkans à la Grèce sous domination ottomane qui étaient alors « terres d’islam » mais non pas « terres de djihad » comme le sont les États occidentaux actuels). Les prétentions de l’islam à imposer aujourd’hui en France et en Europe des pratiques d’inspiration religieuse et/ou traditionnelle venues du monde musulman prennent alors les institutions non seulement de court, mais à contre-pied. Tandis que l’État s’est hier séparé de l’Église catholique pour parfaire sa construction républicaine, il doit aujourd’hui résister aux assauts extérieurs d’un islam conquérant pour préserver l’unité nationale. Une simple application des lois de notre République – conçues initialement pour encadrer et limiter les exigences de la religion catholique – n’est manifestement pas une solution satisfaisante pour encadrer les exigences politiques de l’islam. 

La République doit prendre un virage radical

Or, l’entêtement des gouvernements d’Emmanuel Macron à persévérer dans l’erreur de leurs prédécesseurs (de gauche comme de droite) ne laisse hélas pas présager le changement de cap radical indispensable.  Le voilement des femmes n’est pas un simple « signe religieux » parmi d’autres à proscrire à l’école et dans les services publics ; c’est la marque de la misogynie foncière de l’islamisme qui contrevient à toutes nos lois garantissant l’égalité hommes/femmes. Les expressions et les agressions antisémites ne sont pas dues à « la politique de l’extrême droite israélienne » ou à la riposte de Tsahal à l’attaque génocidaire du 7 octobre, mais à une haine foncière des Juifs qui s’enracine dans les textes « sacrés » de l’islam et la tradition réactivée par les islamistes. Leur augmentation exponentielle est également liée à une islamo-complaisance coupable. Et surtout, les attentats terroristes islamistes ne sont que la partie émergée de l’iceberg politico-religieux, l’élément spectaculaire d’une offensive de grande ampleur qui progresse par infiltration, influence, pression et menace.

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Certes, l’État se doit de répliquer directement au djihadisme en utilisant « la violence légitime » dont les États de droit ont censément le monopole. Mais le passage à la violence djihadiste n’est qu’un saut qualitatif à partir d’une intensification de la conviction de détenir la vraie foi, d’être victimes des mécréants, de la nécessité de punir les ennemis de l’islam. C’est pourquoi les militants islamistes parviennent facilement à créer une solidarité entre eux-mêmes et la « communauté » musulmane qu’ils contribuent en grande part à consolider. Les liens tant logistiques qu’idéologiques sont complexes, car l’islamisme tire sa force à la fois d’une sociologie de proximité voire de promiscuité (au sein de la famille, du quartier, de la bande, du réseau mafieux…) qu’elle va irriguer, et d’une vacuité de sens qu’elle vient combler par sa projection eschatologique.

Paris, 6 septembre 2020 © GODONG/ BSIP via AFP

Ce mouvement révolutionnaire islamiste polymorphe qui articule des éléments à la fois anciens (mépris des femmes, haine des Juifs, des chrétiens et des mécréants, rejet du doute et de l’interprétation) et nouveaux (nouvelles technologies et méthodes de propagande les plus modernes) réanime dans le monde occidental une question qui semblait close, à savoir la place du religieux dans la société et par rapport au pouvoir politique. Les Occidentaux manifestent alors une difficulté d’analyse à cause de leur sécularisation avancée d’une part, d’un travers intellectuel sociologisant d’autre part, et enfin d’une fâcheuse tendance à la culpabilisation et à une exaltation messianique du « dominé ». C’est donc à un « réarmement » policier, militaire et de renseignement, mais tout autant idéologique, politique et institutionnel que la France et l’Occident tout entier doivent se consacrer.

Pour cela, il faudrait au minimum une intransigeance résolue en parole et en actes, dans la politique migratoire et dans le refus de la séparation des sexes et des communautés par chez nous, une solidarité active avec les laïques du monde entier et tout particulièrement avec les femmes iraniennes et afghanes, et un soutien sans réticence à Israël et à sa lutte contre le Hamas, ses alliés et ses protecteurs qui sont aussi nos ennemis. Il y a urgence et pourtant, nous n’en prenons manifestement pas le chemin.

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  1. Voir ici le discours prononcé à l’occasion de la cérémonie nationale d’hommage aux victimes du terrorisme, le 11 mars 2024 ↩︎
  2. Concept développé par Jean-Pierre Terrail dans son ouvrage Pour une école de l’exigence, Ed. La Dispute, 2016. ↩︎



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Philosophe et politologue. Présidente du CECIEC. Membre de Dhimmi Watch et de l’Observatoire des idéologies identitaires. Dernier ouvrage paru : "Cinquante nuances de dictature. Tentations et emprises autoritaires en France et ailleurs". Éditions de l’Aube 2023

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