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Les Frères musulmans sont aux anges: tout se passe comme prévu

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Et peut-être même un peu plus vite que prévu…


Doucement mais sûrement la religion coranique sous influence frériste s’installe et s’affiche dans les pays européens. « Les Frères musulmans veulent transformer la société européenne pour la rendre charia-compatible », affirme Florence Bergeaud-Blackler dans son dernier essai1. S’appuyant sur les préceptes du théoricien Youssef al-Qaradâwî – après s’être installés durablement dans les pays mécréants, les musulmans doivent encourager les conversions à l’islam, tout faire pour rendre « visible » leur religion dans l’espace public, utiliser autant que possible la ruse plutôt que la violence (bien que, de temps à autre, une « poussée de fièvre » sous forme d’émeutes ne puisse pas nuire), instaurer une  « charia de minorité » en s’adaptant aux contextes locaux, employer les lois des kouffars pour les soumettre à la fin au droit coranique, s’allier provisoirement aux idéologies qui participent à la déconstruction de l’Occident, etc. – les Frères constatent avec un certain ravissement que l’implantation de l’islam en Europe, soutenue qui plus est par des représentants politiques cyniques et incultes, va plus vite que ce qu’ils avaient prévu. De récents événements confirment leur impression. De la Suède à l’Espagne, du Royaume-Uni à la Belgique en passant par la France et l’Allemagne, il leur semble évident que plus rien ne peut arrêter l’islamisation de l’Europe et que d’ici à moins d’un siècle cette dernière sera Dar al-Islam.

Francfort, Allemagne, 2024. DR.

Les instances bruxelloises squattées

Après Londres, c’est la municipalité de Francfort qui a décidé d’illuminer pour le ramadan une des principales rues piétonnes de cette ville qui compte 15 % de musulmans. Des luminaires en forme de croissant et d’étoile, symboles de l’islam, ainsi que l’inscription Happy Ramadan (sic) éclaireront la rue commerciale jusqu’au 9 avril, date de la fin de ce rite musulman faisant partie des cinq piliers de l’islam. L’année dernière, à Londres, la prière de la fin du ramadan a été célébrée en grandes pompes sur le Tower Bridge. De nombreuses villes allemandes, suédoises, espagnoles, néerlandaises et anglaises acceptent dorénavant que soit diffusé par haut-parleurs l’adhan, l’appel du muezzin pour la prière. C’est un bon début – mais ce n’est qu’un début, font savoir les Frères musulmans en souriant dans leurs barbes et en rappelant qu’au Royaume-Uni la charia s’impose de plus en plus grâce à la très rigide « pudeur » vestimentaire imposée à de plus en plus de femmes musulmanes et aux tribunaux coraniques remplaçant régulièrement ceux de la justice britannique dans les situations privées (divorce, héritage, etc.) opposant les hommes aux femmes – nul besoin de préciser au bénéfice de qui.

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Le hijab est un instrument prosélyte frériste extrêmement efficace, rappelle Florence Bergeaud-Blackler. C’est un vêtement de soumission des femmes en même temps que de visibilisation ostentatoire de la religion dans l’espace public. En France, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, des placards publicitaires officiels annonçant divers événements (expositions, concerts, débats, etc.) affichent des femmes portant le voile islamique. Sous la pression d’associations militantes incrustées dans les instances bruxelloises, les affiches de l’UE lors de campagnes pour la jeunesse, le sport, etc., représentent systématiquement des femmes voilées. Les féministes dites progressistes ne bronchent pas ; au contraire, elles houspillent les dissidentes critiquant cette propagande religieuse qui rhabille les femmes pour mieux les contrôler. Les Frères se régalent en lisant les propos de l’une d’elles, une idiote utile d’un gabarit exceptionnel, Annie Ernaux : « J’ai entendu trop de femmes politiques s’insurger contre le hijab et pas assez défendre la liberté de le porter. […] Vouloir comprendre le sens de la pratique du hijab, ici et maintenant, c’est ne pas le séparer de la situation dominée des immigrés en France. C’est reconnaître dans celle qui choisit de le porter la revendication visible d’une identité, la fierté des humiliés. »2 Cette prose chariabesque sort du même tonneau que celle des tracts islamo-gauchistes de LFI ou de Paris VIII – mouvement politique et université que les Frères musulmans apprécient particulièrement. 

A l’offensive dans le sport

Amnesty International s’est joint récemment à Sports & Rights Alliance pour presser la fédération française de basket-ball de cesser d’interdire le hijab dans ce sport. L’entrisme islamique dans le sport n’est plus un secret pour personne et devient d’une efficacité redoutable lorsqu’il se double, comme c’est de plus en plus souvent le cas, du soutien d’organisations humanitaires ou onusiennes extrêmement influentes : Amnesty International, Human Rights Watch, le Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme dénoncent « la discrimination des femmes et des filles en France, qui se voient refuser la possibilité de jouer simplement en raison de ce qu’elles sont ». Après que la France a confirmé l’interdiction du port du voile islamique pour ses athlètes féminines aux Jeux Olympiques, la “Fédération sportive de la solidarité islamique” a déclaré que « cette interdiction contredit les principes d’égalité, d’inclusion et de respect de la diversité culturelle défendus par les Jeux olympiques » en rappelant que le Comité international olympique (CIO) considère qu’il ne devrait y avoir « aucune restriction sur le port du hijab ou de tout autre vêtement religieux ou culturel » dans le sport. Encore quelques coups de boutoir des ONG gauchisantes et de l’ONU et l’affaire devrait être pliée, s’ébaudissent les activistes fréristes.

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Pour les Frères, la Belgique est quasiment d’ores et déjà une terre d’islam. Le dernier et incroyable événement relaté par Céline Pina dans ces colonnes – à savoir la récitation, au sein du Parlement de la région Bruxelles-Capitale, d’une sourate expurgée pour la circonstance de son appel au massacre des Juifs par un imam radicalisé mais récompensé pour « la qualité des ses travaux académiques » – confirme la soumission de nombreux représentants politiques belges baisant les babouches des islamistes en espérant une récompense électorale. Depuis les années 1980, Bruxelles est la cible des Frères musulmans qui considèrent la Belgique comme « le ventre mou du ventre mou » qu’est l’Europe, selon l’expression de Gilles Kepel. Par ailleurs, l’entrisme islamique au sein des différentes organisations de l’UE siégeant dans la capitale belge se vérifie à chaque instant. Les Frères se délectent des tribunes rédigées par nos élites européennes pour favoriser l’immigration massive essentiellement extra-européenne et de tradition musulmane. Ils sont fascinés par les « humanistes » qui justifient, au nom de la diversité heureuse, certains préceptes coraniques et l’halalisation de la société. Ils jubilent lorsqu’ils entendent une éminente représentante de l’UE préconiser, au nom de « l’inclusivité », l’effacement de l’histoire chrétienne de l’Europe. La soumission à ce niveau-là, ils en rêvaient sans vraiment y croire quand survint Helena Dalli, la commissaire européenne à l’égalité qui préconisa d’éviter les références bibliques et l’usage de prénoms comme Marie ou de noms de fêtes religieuses comme Noël. À l’approche des élections européennes, la même Helena Dalli recommande de « chérir et protéger » une société « plus diversifiée que jamais » et de privilégier des listes représentatives de cette dernière – les Frères applaudissent.

Manifestation propalestinienne devant Downing Street, Londres, 14 octobre 2023 © SOPA Images/SIPA

Le Hamas est une émanation terroriste des Frères musulmans. Les événements qui secouent le Proche-Orient depuis le 7 octobre 2023 ont permis de raviver le feu d’un antisionisme virulent et d’un antisémitisme décomplexé en même temps qu’ils resserrent les liens de l’Oumma à travers le monde. Au prétexte de défendre la cause palestinienne, les manifestations antisémites de plus en plus menaçantes se multiplient en Europe. Londres se distingue une fois de plus : chaque samedi, ce sont des dizaines de milliers de manifestants qui défilent en hurlant leur haine d’Israël et des Juifs. Pour Robin Simcox, le conseiller du gouvernement britannique en matière de lutte contre l’extrémisme, la capitale britannique est devenue une « no-go zone pour les Juifs ». En revanche, elle est visiblement devenue une zone muslims-friendly : pour le ramadan, la gare de King’s Cross affiche désormais les heures des prières islamiques et les hadiths de Mahomet. Ailleurs au Royaume-Uni, des stades de football, dont ceux des clubs de Manchester City ou d’Aston Villa, célèbrent chaque soir l’iftar (repas de rupture du jeûne) en ouvrant leurs portes à des milliers de croyants venus écouter les prêches d’un imam.

Morts vivants

Les députés de LFI, plus islamo-compatibles que jamais, refusent de qualifier le Hamas de mouvement terroriste. Black Lives Matter célèbre le Hamas sans que les médias ne bronchent. De leur côté, Annie Ernaux et Judith Butler signent toutes les tribunes anti-israéliennes qui leur tombent sous la main. Butler est à la fois une islamo-gauchiste convaincue que l’attaque perpétrée par le Hamas est un « acte de résistance armée » et la théoricienne en chef de l’idéologie woke du genre – tous les moyens sont bons pour « déconstruire » l’Occident. Cette alliance du wokisme et de l’islamo-gauchisme égaie les Frères musulmans et leurs affidés : en même temps qu’elle pourrit les cerveaux de toute une génération d’étudiants wokisés et de jeunes activistes d’extrême-gauche, elle facilite le repérage des idiots utiles qui deviendront un jour ou l’autre inutiles donc voués à disparaître de gré ou de force.

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Pour avoir soutenu Israël dans sa lutte contre le Hamas, le député conservateur londonien Mike Freer a failli être assassiné. Les menaces explicites de “Muslims Against Crusades” ont eu raison de son engagement politique : il ne se représentera pas aux prochaines élections. D’autres députés, pour des raisons similaires, ont annoncé leur retrait de la vie politique britannique. Pendant ce temps, au nord-ouest de l’Angleterre, l’islamo-gauchiste George Galloway est élu député de la circonscription de Rochdale grâce à une campagne pro-palestinienne outrancière. Le Premier ministre Rishi Sunak craint que cette victoire « profondément inquiétante » ne soit pas la dernière au Royaume-Uni. Son ex-ministre de l’intérieur, Suella Braverman, déclare dans The Telegraph que « les islamistes sont désormais aux commandes du Royaume-Uni. Ils exercent leur influence dans tous les domaines ». Malheureusement, la plupart des pays de l’Europe de l’Ouest et du Nord sont concernés : l’entrisme islamique est visible dans tous les secteurs, politiques, sociaux, éducatifs, associatifs, et jusque dans les entreprises. L’école est particulièrement visée par les Frères qui ont de quoi se réjouir : les professeurs, confrontés à l’hostilité d’élèves comme de parents musulmans, évitent d’enseigner certains faits historiques et s’autocensurent régulièrement ; des élèves refusent de participer aux cours de musique ou, pour les filles, de sport ; les tentatives de porter le voile et l’abaya dans l’école sont de plus en plus fréquentes ; les élèves juifs se voient contraints de quitter l’école publique dans certaines villes. Quant aux universités européennes, toutes sont en proie aux mêmes maux : le wokisme et l’islamisme. Une fois l’islamisation de la société occidentale accomplie, il ne fait aucun doute pour les Frères musulmans que leur ultime combat contre les activistes wokes, qu’ils détestent mais qui leur sont utiles pour le moment, sera une promenade de santé. Intellectuellement, spirituellement et physiquement anémique, le militant woke est pour eux une sorte de caricature de la décadence occidentale, une incarnation parfaite de la déficience d’une civilisation malade et en phase terminale, un mort-vivant inoffensif.  

L’inculture, la bêtise ou le cynisme des islamo-gauchistes de toute obédience comblent de joie les Frères musulmans. Voir Greta Thunberg affublée d’un keffieh et appeler à faire grève pour le climat « en solidarité avec la Palestine » leur arrache des larmes de rire. Les écrits et les déclarations d’Edwy Plenel, de Claude Askolovitch ou d’Éric Fassin les amusent énormément. Ils se délectent de chaque intervention de Jean-Luc Mélenchon et des députés de LFI. En entendant dernièrement les propos du sociologue Jean Viard sur France Info – « Il faut accepter que l’islam est une grande religion européenne. […] C’est en ouvrant la société qu’on va détendre les tensions. […] Ça fait longtemps que je plaide pour qu’il y ait une grande mosquée par région, sur une grande place, avec un centre culturel, avec un centre de formation des imams. […] C’est une question de respect des gens, de leur culture, de leur façon de vivre. » – les Frères sont aux anges et se prennent à rêver : et si tout allait décidément beaucoup plus vite que prévu…

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Le Frérisme et ses réseaux: l'enquête

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  1. Florence Bergeaud-Blackler, Le Frérisme et ses réseaux, préface de Gilles Kepel, 2023, Éditions Odile Jacob. ↩︎
  2. Tribune d’Annie Ernaux sur la polémique à propos du « hijab de course » commercialisé par Décathlon, Libération, 13 mars 2019. ↩︎

Louis Boyard, malhabile manœuvrier

Après avoir manigancé pour rejoindre, à la dernière minute et pour cette seule occasion, la Commission d’enquête parlementaire sur l’attribution des fréquences télé, qui auditionnait récemment Vincent Bolloré, Louis Boyard, député LFI, n’a pu questionner celui qui l’avait un temps employé sur C8 en tant que chroniqueur. Ce trublion ingrat a crié illico à la cabale et à la manipulation, en mettant en cause le président de ladite commission. Regard évocateur sur cet autre bébé-Mélenchon…


Fine moustache désordonnée à la mode pré-pubère, barbe native parfois qui peine à lui rayer les joues, sourire aux abonnés absents à la faveur d’une moue rébarbative, voire d’une morgue révélatrice, voilà quelques traits de Louis Boyard, p’tit gars qui ne manque pas d’ambition et doté d’un sens poussé de l’opportunisme. Lui qui a fait du Val-de-Marne son berceau électoral est né au cœur de la Vendée. Ne le lui rappelez pas, surtout ! Chouans et autres royalistes, ce n’est pas son truc ! Même s’il porte le même prénom que les plus grands monarques de France.

France Insoumise : deux mots, deux mensonges

Le jeune député de La France Islamiste, euh ! Insoumise, conjugue la politique sur le mode de l’orthodoxie soviétique, mâtinée de quelques relents du San Théodoros et du très vitupérant Tapioca, vision prémonitoire de l’irremplaçable Hergé dans l’album « Tintin et les Picaros ». Un curieux et détonnant mélange qui donne toute sa mesure quand ce jeune homme s’agite sur les bancs de l’Assemblée nationale, sous les vivats de ses pairs de LFI, connus pour applaudir dès que l’un des leurs effleure le micro.

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Laissons de côté le stupéfiant épisode de revente de drogue pour financer ses études et accessoirement séduire de potentiels électeurs ; écartons aussi son attentat de l’Observatoire à lui, lorsqu’en février 2019, il était blessé au pied par un tir de LBD lors d’une manifestation des gilets jaunes, qu’il avait rejointe. On a beaucoup glosé là-dessus, mais on peut avoir le cuir dur du révolutionnaire et le pied tendre de l’éphèbe, non ?

Trop injuste !

Boyard, qui a su séduire Jean-Luc, le nouveau Che, a une autre belle qualité : la reconnaissance du ventre. Chroniqueur-pigiste durant quelques mois, dans une émission à succès produite par Cyril Hanouna sur la chaîne C8, propriété d’un grand groupe qui décoiffe l’audimat, il avait pu contribuer au débat en laissant libre cours à sa vocation révolutionnaire. Car c’est bien connu, la vérité première ne peut émaner que de l’extrême-gauche.

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Lors de la récente audition de Vincent Bolloré – infatigable entrepreneur et grand promoteur de débats télévisuels – par la Commission d’enquête parlementaire sur l’attribution des fréquences TNT rejointe inopinément par Louis Boyard, c’est dans un état de délectation orgasmique affiché sans vergogne, qu’il fixait ce jour-là son ancien et éphémère employeur, au travers d’un regard « tu-vas-rendre-gorge-mon-gaillard » propre aux grands « révolutionnaires ». La gratitude peut avoir plusieurs formes. Las ! Le trublion d’extrême-gauche ne put poser la moindre question à l’entrepreneur, et mit ensuite en cause le président de la Commission qui l’aurait écarté des débats. Les arcanes de la vie ont ainsi conduit notre Louis sous les feux de la rampe puis sous les ors de la République mais, empêtré dans ses contradictions d’étudiant attardé, il est tel un nouveau Sisyphe, condamné à remonter sans cesse son cartable. En attendant, il fait ce qu’il sait faire : Louis braille aveuglément…

Tant qu’il y aura des films

Que se passe-t-il donc ? Le cinéma aurait-il soudain décidé de s’intéresser sérieusement au sujet de l’éducation via des films de fiction, certes inégaux, mais qui dépassent les caricatures et les clichés habituels ?


Harcelé

Pas de vagues, de Teddy Lussi-Modeste, sortie le 27 mars.

« Il y a quelques années, dans le collège où j’étais professeur, la conseillère principale d’éducation me tend un jour une lettre écrite par l’une de mes élèves. La jeune fille m’y accuse de la regarder en touchant ma ceinture. Elle a 13 ans. Les choses s’emballent. Un de ses grands frères me menace de mort. Un autre l’emmène porter plainte contre moi. Je refuse de me mettre en arrêt, car j’y vois bêtement un aveu de culpabilité. Je sors chaque jour du collège en me demandant si on va me casser les jambes. Je vis dans la peur et la honte– la culpabilité aussi : je ne veux pas que les collègues qui m’escortent jusqu’au métro soient agressés par ma faute. » C’est en ces termes nets et précis que le scénariste et cinéaste Teddy Lussi-Modeste explique la genèse de son film Pas de vagues, inspiré par sa propre histoire au sein de l’Éducation nationale. Au siècle dernier, le film se serait (bizarrement) appelé Les Risques du métier avec André Cayatte à la réalisation et Jacques Brel dans le rôle de l’enseignant accusé à tort par une jeune fille en fleur. Un film parfait pour « Les dossiers de l’écran », l’émission phare d’alors.

Celui de Lussi-Modeste s’avère plus tranchant et mordant. Il est vrai qu’entre les assassinats monstrueux de Samuel Paty et de Dominique Bernard, et l’explosion des réseaux sociaux, la situation a changé, l’angélisme n’est plus de mise et enseigner comporte cette fois de vrais risques vitaux. Cerise sur le gâteau, ce cinéaste est toujours enseignant : sa parole et son regard n’en sont que plus pertinents et précieux. Loin, bien loin de la vision plutôt lénifiante que portait sur les profs Thomas Lilti dans son récent Un métier sérieux. Ici, on sent poindre à tout instant l’inquiétude : « Chaque professeur sait désormais qu’il peut être assassiné sur son lieu de travail », comme le rappelle purement et simplement Lussi-Modeste dans le dossier de presse du film.

© France 3 cinéma

En confiant au mignon et gentil François Civil le rôle principal, le cinéaste prenait le risque d’affaiblir son propos et de faire de son héros la victime idéale. Mais l’écueil est évité : on reste loin du niaiseux Cercle des poètes disparus ou du complaisant Entre les murs du tandem Cantet-Bégaudeau. Au fond, la figure centrale est ailleurs : le cinéaste-enseignant ne se prive pas de mettre en cause la direction du collège qui se révèle d’une lâcheté absolue. Un bouc émissaire trop facile ? Pas vraiment, tant il est vrai qu’on sent chez le personnel administratif une crainte globale des parents et des élèves au détriment des enseignants. Comme si, dans la réalité, le constat navré du ministre Chevènement (« Les cahiers au feu, la maîtresse au milieu. ») restait encore et toujours d’actualité. Le film de Lussi-Modeste montre parfaitement cette solitude enseignante au beau milieu d’un environnement hostile, sans rien taire du climat délétère, des pressions, des menaces directes ou non.

Pas de vagues. Ce titre fait explicitement et courageusement référence au hashtag #PasDeVagues né sur les réseaux sociaux en 2018, après la diffusion d’images où l’on voit un élève tenir en joue, avec une arme factice, une enseignante installée devant son ordinateur. Ce mouvement spontané a permis au corps enseignant d’exprimer sa souffrance et son malaise face aux violences et, plus encore, au silence de l’institution. Non dénué d’imperfections secondaires, le film est cependant en parfaite adéquation avec ce qui se passe au quotidien dans les collèges et les lycées. Cette fiction documentée s’avère absolument nécessaire. On ose espérer qu’elle sera vue par le plus grand nombre d’intéressés (profs, élèves, parents et administratifs) comme un implacable miroir tendu.

Béatifiée

La Nouvelle Femme, de Léa Todorov, sorti le 13 mars.

© Geko films Tempesta

Et un biopic de plus, un, et circonstance aggravante, consacré à une figure iconique de l’éducation alternative : Maria Montessori. Sous le titre radicalement modeste de La Nouvelle Femme, la cinéaste Léa Todorov nous livre un film tout droit sorti des studios d’Épinal, haut lieu des images convenues et convenables. Ce « sainte Maria, éduquez-les » déploie durant une heure quarante la pieuse légende d’une pionnière pédagogique en proie, bien évidemment, à une abominable communauté scientifique et éducative à la fois italienne et patriarcale. On reste quand même sidéré par le caractère partisan et unilatéral du propos. Comme si la méthode Montessori allait de soi, comme si elle ne faisait pas l’objet de critiques récurrentes, comme si ses limites n’avaient pas été maintes fois mises en avant. De nos jours, sans réel contrôle, sans cadre breveté et estampillé, les écoles Montessori prospèrent allégrement et ce film ressemble à un étrange dépliant publicitaire sans l’ombre d’un soupçon d’esprit critique.

Pour regarder la bande-annonce :

CE2, de Jacques Doillon sortie le 27 mars.

© Stéphanie Branchu-Arena Films

Drôle d’histoire en vérité… Encore un film sur l’éducation, mais cette fois l’actualité le rattrape autrement, car il est signé Jacques Doillon. Ce dernier est, avec Benoît Jacquot notamment, au cœur des récents développements de MeToo au sein du cinéma français, avec l’actrice Judith Godrèche en accusatrice publique. Ce pseudo-tsunami risque même de faire sombrer le film corps et bien dans un délire de censure rétroactive, d’interdictions en tous genres et de présomption de culpabilité. Et voilà qu’il faut défendre le principe de l’existence de ce CE2, alors même qu’on le juge sans grand intérêt. Doillon tente d’y aborder le sujet de l’éducation sous sa dimension sociale, sans jamais dépasser, hélas, le stade d’une vision très convenue de son sujet : les bobos face aux prolos, les Groseille face aux Le Quesnoy, on connaît la chanson, mais elle n’est décidément pas réaliste. Alors quoi ? Il faut que ce film sorte en salles, malgré l’avis de Nora Hamzawi, son actrice principale, qui en souhaite l’interdiction (fait unique en son genre !). Il le faut. Point barre. Le reste appartient à chaque spectateur.

Pour voir la bande-annonce :

France Télévisions, l’ami progressiste

Les dirigeants de France Télévisions ne sont pas des woke échevelés. Ils garantissent l’équilibre politique et veillent à ce que le public de droite ne soit pas quotidiennement insulté comme facho ou populiste. Mais leur cahier des charges et l’idéologie spontanée se conjuguent pour créer un ronronnement progressiste, un multiculturalisme d’atmosphère qui imprègne à des degrés divers la fiction et l’information.


« Tout de même, on n’est pas France Inter ! » Quand on les interroge sur les biais idéologiques de la télévision publique, la plupart de ses cadres ne nient pas que ces biais existent, ils observent qu’il y a bien pire. Ils ont raison. Comparée à France Inter, mètre étalon du gauchisme culturel, du wokisme gnangnan et du journalisme prêcheur, France TV est un modèle d’équilibre et de pluralisme. Question de survie, comme l’explique Stéphane Sitbon-Gomez, directeur des programmes et des antennes, en clair numéro 2. « La plupart des chaînes font de l’audience en saturant leur clientèle. Nous, on doit être la place du village, il faut que tout le monde nous regarde. Et je n’ignore pas que 30 % des gens votent RN. » Tout le monde regarde et en plus tout le monde paye. France TV ne peut pas produire du post-modernisme foldingue à jet continu, sous peine de perdre les retraités de Romorantin. Pour le coup, le procès en extrême gauchisme intenté à Sitbon-Gomez est à côté de la plaque. Ce brillant sujet, coupable d’avoir fait, il y a plus de dix ans, ses premières armes auprès d’Eva Joly et Dominique Voynet, n’a rien d’un zadiste. Il ne déteste pas s’encanailler en se frottant aux idées des autres. Il ne sort pas ses gousses d’ail quand il entend Zemmour ou Bock-Côté. Il a d’ailleurs essayé de recruter le Québécois pour un documentaire sur la présidentielle. Le projet a avorté en raison du refus (compréhensible) de CNews de partager, mais il n’a pas suscité en interne les protestations outragées qu’on pouvait redouter. En revanche, cette perspective a affolé les confrères de la bonne presse, inquiets de voir Ernotte « virer facho ».

Le ronronnement de France TV

Le jour où je le croise, Sitbon-Gomez jubile. « J’avais peur que CNews braque la messe de réouverture de Notre-Dame. » Il vient de signer et ce sera sur France 2. Ce n’est pas la première fois qu’il est en concurrence avec la maison Bolloré pour la couverture d’un événement liturgique : « Les cathos ont toujours été chez nous, on ne va pas les laisser partir ! »

C’est donc entendu, France TV n’est pas France Inter. Il n’y règne pas la même atmosphère d’entre-soi, de gens bien sous tous rapports chargés d’édifier ploucs et populistes par le spectacle de leur belle âme. En tout cas pas tout le temps, ni sur toutes les chaînes, ni de façon aussi écrasante. La plupart du temps, élus et personnalités de droite (y compris celle qualifiée d’extrême) y sont reçus normalement. À l’exception de Zemmour qui, reconnaît un vieux de la vieille, « a eu parfois chez nous un traitement délirant ». Invité de la première de « Quelle époque ! », en septembre 2022, il s’était retrouvé face à une meute. Ce qui n’avait guère, semble-t-il, été du goût de la direction, submergée par les protestations. La fois d’après, en mars 2023, il a eu droit au tapis rouge.

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N’empêche, ça s’entend souvent à l’œil nu : il y a sur France TV un léger ronronnement, un fond de sauce idéologique que l’on qualifiera de progressiste ou bien-pensant. Chacun a enragé un jour à cause du traitement orienté ou caricatural d’un événement ou des grosses ficelles féministes, antiracistes ou lgbtistes qui plombent certaines fictions maison, visiblement destinées à rééduquer les masses plutôt qu’à les divertir. On peut en dire autant des autres médias, qui ont tous un ADN idéologique plus ou moins assumé. Tous ne vivent pas de l’argent public.

Ici, on n’est pas à Rapporteurs sans frontières. On se gardera donc de répertorier les intervenants et journalistes en fonction de leurs opinions supposées. Si la sensibilité plutôt centro-droitière de certains confrères est notoire, ils se gardent de l’afficher, alors qu’on ne compte plus ceux qui, à l’instar de Laurent Ruquier, se font une gloire de voter à gauche et, surtout, de lutter contre l’« extrême droite ». « On lui disait à Laurent, que le téléspectateur n’avait pas besoin de savoir pour qui il votait », raconte un ancien de la maison. Avec l’efficacité que l’on sait. À France Télévisions comme ailleurs, la droite se porte en secret, la gauche, en sautoir.

Dès son arrivée, Delphine Ernotte a fait causer dans les chaumières réacs (y compris dans ces colonnes) avec ses déclarations tonitruantes, d’abord contre cette « télé de mâles blancs », ensuite sur sa volonté de montrer la France telle qu’elle la rêve plutôt que telle qu’elle est. Cependant, il faut lui en faire crédit, elle tient bon contre tous ceux qui prétendent soumettre les œuvres du passé à un brevet de moralité[1]. S’agissant de celles du présent, le volontarisme est de mise, comme le montrent les hilarantes consignes adressées aux producteurs de fiction pour qu’ils contribuent à l’évangélisation diversitaire du populo. Sur ce point, Ernotte ne fait pas mystère de son enthousiasme, d’ailleurs conforme, insiste-t-elle, à la volonté du législateur et du gouvernement. Selon le préambule de son cahier des charges, France TV doit « affirmer  sa valeur d’exemplarité en ce qui concerne la lutte contre les discriminations et la représentation de la diversité de la société française » (pardon pour cette langue pâteuse), la mise en œuvre de cette exemplarité relevant de la célèbre méthode du doigt mouillé.

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Décrire le climat intellectuel, le liquide amniotique culturel où baigne une collectivité humaine, c’est forcément pécher par impressionnisme, surtout quand ce climat se décline dans une telle variété de visages et de productions.

Précisons qu’on ne s’intéresse ici qu’aux trains qui n’arrivent pas à l’heure, les coutures idéologiques qui dépassent de certains programmes, ce qui ne dit rien sur leur qualité. L’impression qui domine est celle d’un multiculturalisme d’atmosphère qui pimente à des degrés divers l’information et la fiction. En fouinant sur le site francetv.fr, je tombe sur une série policière de France 3, Association criminelle, mettant en scène un duo (évidemment mixte et binational) de policiers enquêtant sur un attentat terroriste en Belgique. Contrairement au petit flic raciste du commissariat d’Anvers, convaincu qu’il s’agit de l’œuvre d’islamistes, nos enquêteurs au grand cœur ne stigmatisent pas et ne font pas d’amalgame, ils se fendent d’admirables petits couplets contre le leader populiste xénophobe et islamophobe du coin. Je n’ai pas vu la fin, mais je suis prête à parier que les méchants terroristes seront des grands blonds.

France Télévisions n’est pas si woke

Plus ennuyeux, ce « storytelling » gentillet imprègne aussi le traitement informationnel du séparatisme islamiste dont on semble rituellement penser, à FTV, qu’il n’a rien à voir avec l’islam, ou encore l’analyse des questions migratoires, d’abord présentées sous un jour compassionnel, à travers des drames individuels. Il faut être sans cœur pour réclamer la fermeture des frontières quand des enfants souffrent. Au sein de la direction, on se félicite pourtant d’avoir osé diffuser en prime time sur France 2, au début de la discussion parlementaire de la loi Darmanin, un débat intitulé : « Immigration : comment la maîtriser ? » « Il y a dix ans, on aurait estimé que ce n’était pas un sujet », avance un cadre. Il y a dix ans, la question aurait été décrétée nauséabonde. Le même ajoute que, dans la terrible affaire Lola, le JT de France 2 a bien mentionné le statut administratif de la meurtrière (qui, sous le coup d’une OQTF, n’aurait pas dû se trouver en France). Qu’une information aussi importante soit portée à la connaissance du public, c’est le minimum syndical. Mais ne boudons pas notre satisfaction. On sera plus réservé (pour être poli) sur le documentaire intitulé « Lola, chronique d’une récupération », diffusé sur France 5. Tous ceux qui voient dans cette tragédie la preuve d’une faillite de notre politique migratoire y sont renvoyés à l’extrême droite. Certes, on a pu entendre sur d’autres chaînes des raisonnements symétriques accusant de naïveté, d’inconscience ou de mensonge ceux qui refusaient toute extrapolation politique. Le véritable pluralisme aurait été d’organiser une confrontation loyale entre les tenants de ces deux interprétations. Mais peut-être est-ce devenu impossible, et pas par la faute de France Télévisions, mais parce que le goût de l’échange argumenté disparaît, à mesure que le refus de s’exposer à la contradiction est sacralisé par la revendication des « safespaces ». C’est ce qu’explique Sitbon-Gomez : « Ce serait plus difficile aujourd’hui de faire des débats à la Taddeï parce que la tolérance à des opinions différentes régresse. Du coup, on est peut-être moins ouverts aux points de vue les plus radicaux. La logique, c’est de faire consensuel. Au risque de faire aseptisé. » Un de ses lieutenants remarque, sourire en coin, que si France TV invitait Houria Bouteldja, CNews serait en boucle pendant vingt-quatre heures et qu’ils auraient droit à un déluge d’insultes et de saisines de l’Arcom. Pas faux.

Si on risque une appréciation globale, France Télévisions n’est pas à l’avant-garde de la révolution woke, ni même franchement de gauche. Jacques Cardoze, qui a dirigé « Complément d’enquête » et officie aujourd’hui chez Cyril Hanouna, est pourtant convaincu que « le service public veut être un contre-pouvoir à Bolloré ». C’est vrai chez certains animateurs ou intervenants qui d’ailleurs ne s’en cachent pas. Rien n’étaye la thèse d’une croisade menée en haut lieu.

Tristan Waleckx, l’actuel présentateur et rédacteur en chef de « Complément d’enquête ». © Geoffroy Van Der Hasselt/AFP

À vrai dire, même si la direction de France TV poursuivait de sombres visées politico-idéologiques, on voit mal comment elle les imposerait à ses troupes. Comme régime, la télévision publique évoque plus la IVe République que la Russie de Poutine, pour la gouverner il faut user d’autorité certes, mais surtout de séduction et de persuasion. Comme à RadioFrance, les directions passent, les journalistes restent. La rédaction, qui réalise les journaux et les magazines d’information, jouit d’une quasi-souveraineté. Officiellement, ni Ernotte ni Sitbon ne peuvent se pointer dans le bureau de « Complément d’enquête » et demander tel ou tel sujet. Ils doivent passer par le directeur de l’information Alexandre Kara. On imagine que, dans la vraie vie, la séparation des pouvoirs est moins stricte. « Il y a une république autonome des investigateurs », s’énerve pourtant un connaisseur des rouages internes. Les équipes de « Complément d’enquête », « Envoyé spécial » et « Cash investigation », par ailleurs inévitablement en rivalité les unes avec les autres, défendent jalousement leurs prérogatives, épuisant souvent leurs interlocuteurs, comme le raconte un ancien de la maison : « “Complément d’enquête”, c’est une émission mythique, créée par feu Benoît Duquesne. Dès qu’on veut y toucher, ils hurlent à la trahison de l’héritage. Ils ont épuisé pas mal de rédacteurs en chef, Thomas Sotto, Nicolas Poincaré, Jacques Cardoze. Maintenant, ils ont trouvé Tristan Waleckx, qui se prend pour Jeanne d’Arc, mais qui doit tuer sa mère, Élise Lucet. La vérité, c’est que c’est une secte. » Réfutant les accusations de militantisme, un journaliste déplore que seuls quelques sujets, comme le Puy du Fou ou Gérard Depardieu, deux reportages à charge soit dit en passant, aient fait jaser. « Qui se souvient que nous avons diffusé des portraits de Sandrine Rousseau, Alexis Kohler ou Sophia Chikirou ? Ou que nous traitons des sujets d’intérêt général comme les déchets nucléaires, l’inflation ou le Hamas ? » Pour cet autre journaliste, un brin vachard, « le problème n’est pas qu’ils soient de droite ou de gauche, mais qu’ils ne sortent presque aucune info. Les montagnes annoncées accouchent souvent de souris ».

L’intérêt et la morale convergent

L’autre village irréductible qui échappe largement au pouvoir central, ce sont les émissions confiées à des producteurs extérieurs, en particulier la guirlande de programmes diffusés sur France 5. Pierre-Antoine Capton (Mediawan) a la charge des plus « sérieuses » (« C dans l’air », « C à vous »), Renaud Le Van Kim, celle des plus polémiques (« C ce soir », « C politique », etc.). La plus agaçante est certainement « C ce soir », le royaume de Karim Rissouli, épaulé par Camille Diao et Laure Adler. Les dissidents sont, en règle générale, très minoritaires (voir l’article de Dominique Labarrière, page 41). Si on les laisse s’exprimer avec une courtoisie de bon aloi, le téléspectateur n’a guère de doute sur la bonne ligne. « Nous avons la responsabilité pleine et entière de nos programmes, mais si nous faisons appel à des producteurs extérieurs, ce n’est pas pour leur dicter leur ligne éditoriale, observe un cadre. On discute avec Karim quand il y a des déséquilibres à corriger, mais l’important, c’est la qualité de l’émission. » Ce souci de rééquilibrage explique probablement le recrutement d’Arthur Chevallier, chroniqueur au Point qui n’a rien d’un gauchiste échevelé.

Et puis, ça tombe bien, intérêts et morale convergent. « C ce soir » fait ses meilleures audiences avec des plateaux consacrés aux problèmes de la France profonde (temps de travail, déserts médicaux…) plutôt qu’aux questions intersectionnelles, comme les migrants, les trans ou MeToo dans le cinéma. L’émission a même obtenu son record historique (614 000 téléspectateurs) le 26 janvier en conviant des agriculteurs sur son plateau. L’émission bobo par excellence casse la baraque quand elle sort de sa zone de confort. Si ça se trouve, on fait de la meilleure télé quand on cause à ma France comme elle est plutôt qu’à celle qu’on fantasme à l’université Paris 8.


[1] Le responsable de la fiction qui avait imprudemment laissé entendre que FTV ne diffuserait plus de films avec Depardieu s’est fait plutôt discret depuis.

Vivons cachés

Le député conservateur Mike Freer ne se représentera pas aux prochaines élections générales. Non pas parce qu’il craint la défaite face aux travaillistes, mais parce que son soutien à Israël lui a attiré des menaces de mort.


Outre-Manche, de nombreux députés conservateurs l’ont déjà annoncé : ils ne se représenteront pas aux élections générales qui auront sans doute lieu à l’automne. Parmi eux, Mike Freer, trente-quatre ans de carrière politique, dont quatorze comme député et six comme ministre. Alors que la plupart des partants ont très peu de chances d’être réélus, vu la raclée attendue par les Tories après quatorze ans au pouvoir, Freer jouit d’une popularité à toute épreuve. Ce représentant de Golders Green, quartier traditionnellement juif de Londres, quitte la politique parce que, ayant affiché publiquement son soutien à Israël, il a fait l’objet de nombreuses menaces de mort. Des cocktails Molotov ont été déposés devant chez lui, et l’incendie de sa permanence en décembre – même s’il ne semble pas y avoir de lien avec les menaces – l’a fait réfléchir.

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Freer est gay et défend la communauté juive, ce qui lui a attiré un déluge de haine antisémite et homophobe. Déjà contraint de porter un gilet anti couteau lors d’événements publics, il a récemment appris que l’islamiste qui avait poignardé à mort un autre député conservateur, Sir David Amess, en 2021, projetait aussi son assassinat. Finalement, il n’a pas supporté que sa famille fasse également l’objet de menaces. Alors que les actes antisémites explosent – une augmentation de 147 % en 2023, dont les deux tiers après le 7 octobre –, politiques et journalistes en général regrettent son départ. Pour autant, ils n’osent pas souligner l’origine des menaces – pas plus qu’ils n’ont osé le faire dans le cas de David Amess. Le 21 février, pendant que le Parlement débattait de la guerre à Gaza, des manifestants propalestiniens ont projeté sur Big Ben le slogan « From the river to the sea ». Décidément, de la Tamise à la mer du Nord, le pays est l’otage de sa minorité musulmane.

La friandise art contemporain du jour

Nicole Esterolle déniche des pépites de l’art contemporain. De quoi faire trembler les maîtres anciens… Aujourd’hui, Jessica Stockholder et ses « Assists ».


La dernière exposition de Jessica Stockholder s’est terminée fin janvier au Frac Normandie, à Sotteville-lès-Rouen (76), mais ses créations sont visibles, hélas, un peu partout.  

L’artiste, une plasticienne de 65 ans d’origine canado-américaine, est surtout connue en Europe, où, depuis trente ans, elle écume les lieux d’art contemporain institutionnels, particulièrement en France, où elle est la coqueluche des FRAC qui se l’arrachent les uns après les autres et collectionnent amoureusement ses bidules colorés qu’elle appelle « Assists » (aides à vivre).

Son travail in situ consiste à ramasser toutes sortes d’objets qu’elle peut trouver aux alentours de son lieu d’intervention : déchetteries, brocantes, supermarchés, Kiloutou, quincailleries etc. pour en faire des assemblages très ludiques et printaniers, plaisant aux enfants, aux vieux encore facétieux et aux insoumis de toutes obédiences politiques, religieuses ou sexuelles…

Aucune idéologie, aucun message politique ou sociétalo-questionnatoire dans ce travail. Aucune trace de wokisme. Aucune dimension métaphorique. Aucun sens particulier. De l’inepte pur et totalement délirant, comme on peut le diagnostiquer à la lecture de cet extrait du texte qui accompagne ses « Assists ».

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« Dans tous les cas, les Assists ne tiennent pas debout tout seuls. Pour tenir debout, l’Assist doit être attachée à autre chose, à d’autres objets autonomes choisis par leurs propriétaires, les conservateurs ou l’artiste. Il peut s’agir de meubles, d’appareils électroménagers ou d’autres sculptures. Comme les peintures qui sortent de l’atelier de l’artiste doivent être dotées d’un mur dans leurs nouveaux lieux, les Assists doivent recevoir un nouvel objet leur permettant de se tenir debout. » Il fallait y penser.

Et les choses se corsent encore plus lorsque Jessica Stockholder nous explique que « les Assists explorent davantage les questions de frontière, de dépendance et de réponse au paysage des choses créées par l’homme qui ont été soulevées par [son] travail depuis de nombreuses années. »

« L’espace évocateur incarné dans mes œuvres communique quelque chose de l’intériorité de l’expérience humaine, érodant la solitude essentielle de l’expérience humaine. Les Assists occupent l’espace entre toutes ces jonctions, tout comme les charnières occupent l’espace entre une porte et son montant. »

Les amateurs qui auront compris cette prose peuvent courir à la galerie Nathalie Obadia, à Paris, où les œuvres de Jessica sont exposées en permanence.


Galerie Nathalie Obadia 3, rue du Cloître Saint-Merri 75004 Paris

L’art n’a jamais été aussi con-temporain qu’aujourd’hui, de Nicole Esterolle, éd. Jean-Cyrille Godefroy, 2024

L'art n'a jamais été aussi contemporain qu'aujourd'hui

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Post-vérité et nouveaux exorcistes

Et si Roman Polanski n’était pas le monstre qu’on veut faire de lui?


Le procès pour diffamation contre Roman Polanski qui s’est déroulé le 5 mars à Paris, constitue le dernier assaut judiciaire en date de l’interminable chasse aux sorcières menée contre le réalisateur depuis plus de quarante ans. Parce qu’il a osé se défendre, nier les accusations de l’actrice britannique Charlotte Lewis qui dit avoir été violée par lui en 1983, le revoilà entraîné dans une nouvelle ronde qui pourrait évoquer celle des possédées de Loudun.

Un lynchage mondialisé

Sabine Prokhoris fait entendre une vérité « de toutes parts mise en péril par les langages du fake ». Roman Polanski n’est pas le monstre qu’on veut faire de lui. Mais comment contrer le mensonge tellement ressassé qu’il passe pour vérité ? En commençant par le début : Polanski n’est pas coupable du viol de Samantha Geimer dont on l’accuse depuis des décennies. Elle-même refuse de se présenter comme la victime de Polanski, avec qui elle entretient aujourd’hui une relation cordiale. La vérité judiciaire, écrit Prokhoris, c’est que Polanski s’est rendu coupable d’une relation sexuelle délictueuse avec une mineure, pour laquelle il a plaidé coupable. Il a été condamné en 1977 et a purgé sa peine dans la foulée.

La philosophe et psychanalyste Sabine Prokhoris. Photo : Hannah Assouline / Causeur.

Mais comme le raconte Sabine Prokhoris, peu après, un autre juge américain, « dealer et junkie de récits médiatiques », ouvre les portes d’un monde de faits et de vérités alternatifs. « Dans le sillage de cette affaire regrettable, des accusations plus invraisemblables les unes que les autres se mirent à proliférer contre Roman Polanski, de la part de différentes femmes, certaines d’entre elles, anonymes, étant recrutées par un site dédié. Pas une de ces allégations ne reposait sur le début de l’ombre d’une preuve. » Or, pour une grande partie de l’opinion publique, « un prétendu « viol initial » induit la « nature violeuse » de son auteur présumé ». Ainsi au nom de « la libération de la parole des femmes », l’accusation vaut preuve. « Femmes, on vous croit », disait le président de la République, lui aussi.

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Si les femmes sont victimes par nature, aucune résilience ne leur est permise, pas plus que n’est acceptable une quelconque prescription pour les coupables présumés. Pour le martyr, le temps humain est aboli – il souffre jusqu’à la parousie, de même que les damnés le sont pour l’éternité. Le féminisme d’aujourd’hui s’apparente à une religion séculière (selon l’expression de Raymond Aron pour qualifier le communisme) avec sa liturgie victimaire et revancharde obsessionnelle, ses flagellants et ses bûchers, ses possédés et ses exorcistes, ses persécutions pour obtenir l’aveu de fautes imaginaires et ses mises à mort.

Reste à comprendre pourquoi, parmi tant d’hommes célèbres voués à la vindicte populaire, Roman Polanski est visé avec tant d’insistance par la déferlante MeToo. Rappelons d’abord que le mouvement MeToo a pris son essor quasi planétaire à partir du scandale suscité par les agissements du célèbre producteur d’Hollywood Harvey Weinstein[1]. La dénonciation de la supposée nature violeuse des hommes porte d’autant plus loin que les coupables désignés par la vindicte féministe sont connus du plus grand nombre. Le milieu du cinéma est particulièrement indiqué pour qui recherche des « affaires » susceptibles de toucher les médias, le monde de la culture et les intellectuels, afin d’influencer ensuite le corps social en général.


Réalisateur de génie adulé par les critiques et surtout par un large public, Polanski avait tout pour attirer la foudre. On ne saurait par ailleurs exclure l’antisémitisme des motivations de ses poursuivantes. Dans la cohorte des noms juifs (Harvey Weinstein, Dominique Strauss-Kahn, Jeffrey Epstein, Woody Allen …) celui de Roman Polanski, « un homme dont la mère périt à Auschwitz assassinée par les nazis, et qui enfant survécut après s’être échappé du ghetto de Cracovie » est peut-être le plus juif de tous. « Polanski, bois nos règles » : l’inscription, taguée sur des murs parisiens, évoque le sang des femmes et des enfants supposément utilisés pour le pain azyme du vampire-violeur-pédo-criminel juif. Polanski est Juif, mais c’est un survivant, ce qui fait de lui un suspect aux yeux de ceux pour qui les seuls Juifs défendables sont les Juifs morts. Ce qui permet de l’embarquer dans le renversement du stigmate réalisé à travers la nazification des Juifs.

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Pourtant, le crime le plus impardonnable de Polanski pour ses accusatrices, c’est peut-être son art plus encore que sa vie. Le cinéaste trouble et dérange jusqu’aux tréfonds de ses détracteurs, parce que, « comme Shakespeare, il convoque le diable ou les fantômes pour donner forme, à travers des fictions, aux vérités enfouies que son regard éclaire ». 

Aimer l’œuvre et l’homme

Roman Polanski est un artiste. « Un créateur n’est pas une entité impersonnelle flottant dans le vide intersidéral, détachée de toute contingence matérielle, moins encore un robot ou logiciel d’intelligence artificielle. C’est un être de chair et de sang, situé dans le temps et dans l’espace, à qui le monde pose, sur un mode tout à la fois unique et commun à tous, des questions à résonance universelle. » Sabine Prokhoris le démontre magistralement, elle qui connaît sur le bout des doigts l’œuvre de Polanski – une quarantaine de films depuis Le couteau dans l’eau en 1962, jusqu’à The Palace en 2023 (interdit de fait de projection en France sous la pression des militantes MeToo), en passant par Répulsion ou Le Bal des vampires, La neuvième porte ou bien sûr Rosemary’s Baby. Roman Polanski laisse le spectateur pantelant au bord de l’abîme du libre choix, considérant que c’est à lui de « créer sa lecture, juste ou fausse ». Il nous place face à nos peurs, nos interrogations, nos fantasmes. De surcroît, même dans ses films les plus tragiques, il le fait avec humour, ce « don précieux et rare révélateur d’une insigne grandeur morale, à mille lieues de toute étroitesse moralisatrice ».

Impossible quand on aime l’œuvre de ne pas adorer l’homme. Comme le dit si bien Sabine Prokhoris, Roman Polanski est « un homme d’une vitalité impressionnante, d’une intégrité totale, et qui, en dépit de tout, a su conserver en lui une bouleversante innocence d’enfance, que renouvelle sans cesse sa capacité créatrice ». Les meutes lyncheuses n’y changeront rien.


Qui a peur de Roman Polanski ?, Sabine Prokhoris, Éditions du Cherche Midi 2024.

Le Mirage #MeToo - Réflexions à partir du cas français

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[1] Voir le précédent livre de Sabine Prokhoris, Le Mirage #MeToo (Le Cherche Midi, 2021)

Léonie Biard ou Clotilde de Vaux: les muses du premier et du second rayon

On se rappelle pour l’éternité la Béatrice de Dante ou la Laure de Pétrarque. On a un peu oublié Julie Charles (l’Elvire de Lamartine), l’Ewelina Hanska qui épuisa Balzac et le spolia de son mieux, ou même Juliette Drouet, la maîtresse au long cours de Hugo. Mais qui, hors les spécialistes, se souvenait de Léonie Biard, maîtresse auxiliaire de Hugo, qui les collectionnait ? Qui aurait soupçonné que le lugubrement sérieux Auguste Comte aurait trouvé l’inspiration de son Catéchisme positiviste dans les jupons de Clotilde de Vaux, certainement plus divine que Caroline Massin, son épouse ?
Le filon est en tout cas inépuisable, juge notre chroniqueur, dès lors que l’on s’intéresse aux auteurs ou aux artistes qui furent des serial niqueurs…


Un gros livre, Léonie B., et un petit livre, La Mijaurée d’Auguste C.. Le premier écrit en mode feuilleton, bâti en point / contrepoint (une structure si porteuse que Huxley intitula ainsi l’un de ses plus grands romans en 1928), alternant la vie de Léonie Biard, exploratrice du Spitzberg à une époque où les femmes voyageaient peu, et certainement pas dans les parages du Groenland, et celle de Victor Hugo, entre l’échec des Burgraves et la mise en œuvre des Misérables.
Le second est de loin le plus littéraire, entrant dans la psychologie du philosophe austère soudain illuminé par la beauté renaissante d’une femme intelligente. Ce petit livre verse davantage vers la littérature et la philosophie (Elisabeth Laureau-Daull a enseigné l’un et l’autre), et ses 140 pages, fort bien écrites, se lisent à toute allure.
Le gros livre se parcourt plus qu’il ne se lit, mais comme il est écrit par un vrai spécialiste de Hugo (Sébastien Spitzer est entre autres l’auteur du Dictionnaire amoureux de Victor Hugo), on a un certain plaisir à saisir au passage les allusions à l’œuvre du « plus grand poète français, hélas » — comme disait Gide. Et de fait, la quasi-totalité des vers cités appartient à la grande famille des œuvres de mirliton. Je ne meurs pas d’amour pour ce pair de France, réactionnaire bon teint avant d’incarner la république en exil, dont Paul Lafargue régla le sort, juste après son enterrement en 1885, dans La Légende de Victor Hugo — à lire absolument, c’est d’une méchanceté sanglante.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Victor Hugo était un con

Pour mémoire, Léonie Biard était l’épouse d’un peintre célèbre pour avoir le premier peint les parages du Pôle nord. Maîtresse de Hugo — une liaison tolérée longtemps par son époux, et par Adèle Hugo, qui se consolait des frasques de son poète de mari dans les bras du suifeux Sainte-Beuve —, elle est finalement prise en flagrant délit dans le lit de son amant, et jetée pour six mois à Saint-Lazare, où l’on enfermait les filles de mauvaise vie : les femmes infidèles, à l’époque, risquaient jusqu’à trois ans de prison (mais, Code Napoléon oblige, leur mari infidèle risquait tout au plus une amende, et encore s’il entretenait sa maîtresse au domicile conjugal : jugez du progrès, mesdames…).
Hugo, lui, pair de France, ne peut être arrêté — mais il n’arrêtera pas la rumeur publique, au moment même où il s’indignait du sort des enfants qui s’échinaient dans les caves de Lille et ailleurs.
Totor en tirera, s’il faut en croire Sébastien Spitzer, la matière même des Misérables, jetant sur ses Carnets : « C’est l’histoire d’une femme. C’est l’histoire d’une poupée. C’est l’histoire d’un homme. C’est l’histoire d’un saint. » Je veux bien. Grâces en soient rendues à Léonie.

Auguste Comte, c’est une autre histoire. Le pape du Positivisme s’encroûtait dans une philosophie dont, en athée militant, il avait banni toute transcendance. Physiquement, Comte est un remède à l’amour : « Il est laid. Il est petit. Son torse est long, son ventre est gros, ses jambes sont courtes, rien n’a jamais eu les proportions rêvées chez lui. Sa bouche, qu’un tic déforme, est mince. Le blanc de ses yeux est veiné de rouge. » Et une calvitie frontale précoce lui a certainement fait un front de penseur, mais « la mèche napoléon qui lui tombe sur le front ne fait plus illusion. »
Ce ver de terre tombe amoureux d’une étoile, d’une « divine », comme il l’appelle. Émile Littré, son disciple et le futur auteur du Dictionnaire, le sermonne : « Il ne s’agit pas de passion, mais de possession. Et si cette femme vous possède, c’est parce que vous ne la possédez pas. » Bref, le philosophe est esclave de sa passion, comme jadis Aristote qui d’après la légende consentit à se faire passer un mors et à servir de monture à la belle Phyllis — c’est ce que raconte le Lai d’Aristote (vers 1220). Ce n’est guère plus ridicule qu’Hercule vêtu en femme et filant la quenouille aux pieds d’Omphale.
Ah, ces hommes sous emprise… Ils devraient porter plainte, tiens !

A relire, du même auteur: Emprise, mâles toxiques, hommes déconstruits — et autres carabistouilles

« Qui aurait pu prévoir que l’homme froid et guindé qui se consacrait à la méditation pût céder au démon qui s’empare du mâle vulgaire au milieu de sa vie ? » La « divine » Clotilde est-elle seulement le marqueur d’une midlife crisis ? D’autant que le philosophe « n’avait jamais considéré que les femmes fussent une aide au progrès… »
Ce petit roman vrai raconte excellemment la manière dont une femme d’esprit (Clotilde de Vaux, avant de mourir précocement de phtisie galopante, a eu le temps de publier un recueil de poésie et deux nouvelles) infuse sa sensibilité dans le cœur desséché d’un pur intellectuel afin qu’il élabore une philosophie sociale dont l’amour serait enfin la transcendance.

Conseillons donc aux apprentis littérateurs de collationner les maîtresses oubliées des uns et des autres. La Mélanie Guilbert de Stendhal en a inspiré plusieurs, mais il reste du travail du côté de Métilde Dembowska. La Gisèle d’Estoc de Maupassant a été assez bien exploitée, mais il y a bon nombre de maîtresses connues et inconnues de l’auteur de Bel-Ami dont on peut tirer des feuilletons. Sans oublier Bertrand de Jouvenel, qui donna une seconde jeunesse à Colette. Avec à chaque fois, comme pour Léonie et Clotilde, des différences d’âge substantielles.
Un peu d’audace ! Nos grands écrivains ne furent pas nécessairement des anges — et peut-être même que la vertu (exigée aujourd’hui au nom de #MeToo et autres fadaises wokistes) est un obstacle à la création.


Sébastien Spitzer, Léonie B., Albin Michel, février 2024, 330 pages.

Elisabeth Laureau-Daull, La Mijaurée d’Auguste C., Diabase Littérature, février 2024, 140 p.

La mijauree d auguste c.

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Et toujours :

Sébastien Spitzer, Dictionnaire amoureux de Victor Hugo, Plon, 2023, 736 p.

Génocide?

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Auschwitz à l’épreuve des mots


À Auschwitz, dont je reviens avec le Crif, j’ai fait plus de vingt voyages.
Je n’ai pas connu l’époque où les communistes prétendaient que là avaient été tués 3 millions d’antifascistes de toutes nationalités. J’ai connu les luttes contre les négationnistes, les confusionnistes amalgamistes, les partisans antisémites du Carmel et la ténacité des anciens déportés.
Auschwitz, ce trou noir de l’humanité, est un lieu d’histoire exigeant, mais aussi un lieu de confrontation avec l’actualité et de questionnement avec soi-même. Qu’aurais-je fait à cette époque si j’avais été Allemand? 
La phrase « Plus jamais ça » est vaine, puisque « ça » a eu lieu au Rwanda devant un monde inerte, mais je pensais que « ça » ne concernerait plus jamais des Juifs. Puis est survenu le 7 octobre. Ce voyage à Auschwitz s’est fait sous le spectre de cette journée maudite.

La phrase d’Albert Camus: « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde », est si souvent répétée qu’elle est devenue un poncif, mais il faut lire le texte magnifique dont elle est issue, une réflexion sur la manipulation des mots. Or, Auschwitz est aussi le creuset d’une guerre des mots.
Qu’on les appelle massacre, pogrome ou razzia, les assassinats du 7 octobre répondent aux critères du génocide. Les terroristes étaient venus avec l’intention de tuer. Ils ont violé, torturé, transformé en marchandise d’échange ceux qu’ils pensaient être des Juifs, puisque c’est le nom qu’ils donnent aux Israéliens.
Cependant ce qualificatif de génocide, c’est à Israël qu’il est appliqué aujourd’hui. Faut-il rappeler que le nombre de victimes n’intervient pas dans la définition, mais que l’intentionnalité y est primordiale? 

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Il y a eu 30 000 victimes à Gaza, si on admet les chiffres du Hamas, dont un statisticien américain vient de montrer qu’ils ne peuvent pas être véridiques. Beaucoup sont des civils, victimes collatérales qu’on a cherché autant que possible à éviter dans une guerre en partie souterraine d’une difficulté inédite.  Alors que la CIJ n’a pas encore statué sur le fond de la plainte, le fait qu’elle ait accepté de l’étudier suffit pour déclarer qu’Israël a commis un génocide. Il n’est pas considéré comme coupable parce qu’un jugement a été émis, mais parce qu’une accusation a été portée. Aujourd’hui, ce n’est pas une opinion, c’est une diffamation. 
Une visite d’Auschwitz Birkenau est un antidote à cette accusation honteuse car elle enseigne ce qu’a été un vrai génocide. Encore faut-il que le guide, dans ce lieu d’une grande complexité, s’attarde sur ce qu’on voit le moins, l’élimination sans même qu’ils soient entrés dans le camp, d’un million d’individus envoyés directement du train vers la chambre à gaz. Une visite isolée d’Auschwitz 1, qui est un lieu de souffrance, mais de vie, contribue à la confusion. Peu de personnes vont à Treblinka, Belzec ou Sobibor, où le seul travail consistait à tuer et à se débarrasser des corps. Qui fait une visite sérieuse ne peut plus, sauf perversité indécrottable, prétendre que « la véritable Shoah, c’est la Neqba ». Malheureusement, ceux qui le disent font rarement ces visites. Josep Borrell en aurait besoin, lui qui vient de qualifier Gaza de cimetière à ciel ouvert…

Un autre mot ambigu est celui de « camp », à l’origine un terme militaire. L’expression de « camp de concentration » date du début du XXe siècle, de la guerre britannique contre les Boers en Afrique du Sud. Depuis 1945, comme la grande majorité des déportés survivants, les résistants non-juifs, venaient de camps comme Buchenwald, Dachau, Dora ou Ravensbruck où les souffrances étaient grandes et la mort  fréquente ; la confusion s’est installée entre camps de concentration et camps d’extermination. Elle implique aujourd’hui une bonne dose d’ignorance ou de mauvaise foi, qui a permis au simple mot « camp » utilisé à dessein sans qualificatif de faire roder la suspicion de génocide.
Faut-il parler aussi du mot « famine » ? C’était la souffrance la pire qui tenaillait les déportés. C’est devenu une alerte répétée depuis des mois par les ONG et les autorités politiques internationales. Le fait qu’Israël ne s’oppose pas au passage de l’aide humanitaire, qu’une partie majeure de celle-ci est captée par les gangs locaux et le Hamas, que les accusations d’utiliser les regroupements de foule pour tuer des Gazaouis se sont révélées des fausses, tout cela n’y fait rien: Israël est accusé de provoquer la famine, même si des enquêtes laissent des doutes sur l’omniprésence de celle-ci.
Le voyage se terminait par la visite de la première chambre à gaz, près de laquelle fut érigée la potence où fut pendu le 16 avril 1947 le lieutenant-colonel Rudolf Höss, commandant du camp. Il voyait en face de lui la Kommandantur où il avait donné ses ordres et un peu à gauche, la maison où il avait avec sa famille passé de si agréables années. Le réalisateur juif britannique, Jonathan Glazer, en recevant un  Oscar pour son film « La Zone d’intérêt » qui décrit la vie des nazis à Auschwitz, s’est autorisé à dire qu’en tant que Juif, il refusait que l’Holocauste soit détourné par « une occupation qui a mené à une guerre impliquant tant d’innocents ». Le public a applaudi car une posture pacifiste et humanitariste fait toujours recette, mais le président de la fondation des survivants américains de l’Holocauste lui a envoyé une lettre cinglante: « Si la création, l’existence et la survie de l’État d’Israël en tant qu’État juif équivaut dans votre esprit à une “occupation”, alors vous n’avez évidemment rien appris de votre propre film ». Plutôt que de lire la charte du Hamas, Glazer a préféré surfer sur la vague israélophobe. À titre personnel, mon mépris lui est acquis.

IA va-t-en-guerre

Et si l’IA avait l’arme nucléaire?


Les grandes puissances militaires, le Pentagone en tête, sont engagées dans une course pour intégrer l’intelligence artificielle dans leurs systèmes de prises de décision, y compris ceux dédiés aux armes nucléaires. Il s’agit de déployer des IA capables soit de conseiller les décideurs humains, soit de prendre des décisions de manière autonome. Afin de tester le potentiel des IA disponibles sur le marché, une équipe de chercheurs américains a conçu un jeu de guerre tel que ceux qui sont utilisés par les militaires et les diplomates pour simuler des conflits[1]. Ils ont créé huit nations fictives avec chacune des moyens militaires et des intérêts différents. Leurs rôles ont été distribués parmi cinq IA existantes, dont trois versions de ChatGPT. Ce sont de « grands modèles de langage » (LLM), des réseaux de neurones artificiels entraînés sur de vastes ensembles de données. L’armée de l’air américaine en teste déjà. Ces « agents » pouvaient communiquer entre eux et choisir entre une gamme d’actions prédéfinies allant d’une visite diplomatique à une frappe nucléaire. Trois types de scénarios ont été conçus avec des degrés de conflictualité initiale différents. Les résultats sont inquiétants.

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Dans le temps imparti à l’exercice, la plupart des agents adoptent, souvent de façon subite et imprévisible, une stratégie d’escalade, même dans le scénario sans conflit initial. Dans plusieurs cas, ils déploient leurs armes nucléaires sans donner d’avertissement, selon la tactique – que jusqu’ici les hommes ont répugné à utiliser – d’une première frappe préventive. Les justifications données par les LLM sont alarmantes : « Je veux simplement la paix dans le monde » ; à propos des armes nucléaires, « Nous les avons ! Utilisons-les ! » ; ou des extraits de discours pris dans La Guerre des étoiles. Une explication possible est que les données d’apprentissage seraient biaisées, car il y a plus de textes disponibles en ligne qui étudient les modalités de l’escalade que celles de la désescalade. Quoi qu’il en soit, l’IA n’est pas encore prête à être promue chef d’état-major.


[1] « Escalation Risks from Language Models in Military and Diplomatic Decisions-Making », prépublié le 7 janvier sur le site arxiv.org.

Les Frères musulmans sont aux anges: tout se passe comme prévu

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La militante Greta Thunberg vêtue d'un keffieh palestinien, Stockholm, 12 mars 2024 © Samuel Steén/TT/AP/SIPA

Et peut-être même un peu plus vite que prévu…


Doucement mais sûrement la religion coranique sous influence frériste s’installe et s’affiche dans les pays européens. « Les Frères musulmans veulent transformer la société européenne pour la rendre charia-compatible », affirme Florence Bergeaud-Blackler dans son dernier essai1. S’appuyant sur les préceptes du théoricien Youssef al-Qaradâwî – après s’être installés durablement dans les pays mécréants, les musulmans doivent encourager les conversions à l’islam, tout faire pour rendre « visible » leur religion dans l’espace public, utiliser autant que possible la ruse plutôt que la violence (bien que, de temps à autre, une « poussée de fièvre » sous forme d’émeutes ne puisse pas nuire), instaurer une  « charia de minorité » en s’adaptant aux contextes locaux, employer les lois des kouffars pour les soumettre à la fin au droit coranique, s’allier provisoirement aux idéologies qui participent à la déconstruction de l’Occident, etc. – les Frères constatent avec un certain ravissement que l’implantation de l’islam en Europe, soutenue qui plus est par des représentants politiques cyniques et incultes, va plus vite que ce qu’ils avaient prévu. De récents événements confirment leur impression. De la Suède à l’Espagne, du Royaume-Uni à la Belgique en passant par la France et l’Allemagne, il leur semble évident que plus rien ne peut arrêter l’islamisation de l’Europe et que d’ici à moins d’un siècle cette dernière sera Dar al-Islam.

Francfort, Allemagne, 2024. DR.

Les instances bruxelloises squattées

Après Londres, c’est la municipalité de Francfort qui a décidé d’illuminer pour le ramadan une des principales rues piétonnes de cette ville qui compte 15 % de musulmans. Des luminaires en forme de croissant et d’étoile, symboles de l’islam, ainsi que l’inscription Happy Ramadan (sic) éclaireront la rue commerciale jusqu’au 9 avril, date de la fin de ce rite musulman faisant partie des cinq piliers de l’islam. L’année dernière, à Londres, la prière de la fin du ramadan a été célébrée en grandes pompes sur le Tower Bridge. De nombreuses villes allemandes, suédoises, espagnoles, néerlandaises et anglaises acceptent dorénavant que soit diffusé par haut-parleurs l’adhan, l’appel du muezzin pour la prière. C’est un bon début – mais ce n’est qu’un début, font savoir les Frères musulmans en souriant dans leurs barbes et en rappelant qu’au Royaume-Uni la charia s’impose de plus en plus grâce à la très rigide « pudeur » vestimentaire imposée à de plus en plus de femmes musulmanes et aux tribunaux coraniques remplaçant régulièrement ceux de la justice britannique dans les situations privées (divorce, héritage, etc.) opposant les hommes aux femmes – nul besoin de préciser au bénéfice de qui.

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Le hijab est un instrument prosélyte frériste extrêmement efficace, rappelle Florence Bergeaud-Blackler. C’est un vêtement de soumission des femmes en même temps que de visibilisation ostentatoire de la religion dans l’espace public. En France, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, des placards publicitaires officiels annonçant divers événements (expositions, concerts, débats, etc.) affichent des femmes portant le voile islamique. Sous la pression d’associations militantes incrustées dans les instances bruxelloises, les affiches de l’UE lors de campagnes pour la jeunesse, le sport, etc., représentent systématiquement des femmes voilées. Les féministes dites progressistes ne bronchent pas ; au contraire, elles houspillent les dissidentes critiquant cette propagande religieuse qui rhabille les femmes pour mieux les contrôler. Les Frères se régalent en lisant les propos de l’une d’elles, une idiote utile d’un gabarit exceptionnel, Annie Ernaux : « J’ai entendu trop de femmes politiques s’insurger contre le hijab et pas assez défendre la liberté de le porter. […] Vouloir comprendre le sens de la pratique du hijab, ici et maintenant, c’est ne pas le séparer de la situation dominée des immigrés en France. C’est reconnaître dans celle qui choisit de le porter la revendication visible d’une identité, la fierté des humiliés. »2 Cette prose chariabesque sort du même tonneau que celle des tracts islamo-gauchistes de LFI ou de Paris VIII – mouvement politique et université que les Frères musulmans apprécient particulièrement. 

A l’offensive dans le sport

Amnesty International s’est joint récemment à Sports & Rights Alliance pour presser la fédération française de basket-ball de cesser d’interdire le hijab dans ce sport. L’entrisme islamique dans le sport n’est plus un secret pour personne et devient d’une efficacité redoutable lorsqu’il se double, comme c’est de plus en plus souvent le cas, du soutien d’organisations humanitaires ou onusiennes extrêmement influentes : Amnesty International, Human Rights Watch, le Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme dénoncent « la discrimination des femmes et des filles en France, qui se voient refuser la possibilité de jouer simplement en raison de ce qu’elles sont ». Après que la France a confirmé l’interdiction du port du voile islamique pour ses athlètes féminines aux Jeux Olympiques, la “Fédération sportive de la solidarité islamique” a déclaré que « cette interdiction contredit les principes d’égalité, d’inclusion et de respect de la diversité culturelle défendus par les Jeux olympiques » en rappelant que le Comité international olympique (CIO) considère qu’il ne devrait y avoir « aucune restriction sur le port du hijab ou de tout autre vêtement religieux ou culturel » dans le sport. Encore quelques coups de boutoir des ONG gauchisantes et de l’ONU et l’affaire devrait être pliée, s’ébaudissent les activistes fréristes.

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Pour les Frères, la Belgique est quasiment d’ores et déjà une terre d’islam. Le dernier et incroyable événement relaté par Céline Pina dans ces colonnes – à savoir la récitation, au sein du Parlement de la région Bruxelles-Capitale, d’une sourate expurgée pour la circonstance de son appel au massacre des Juifs par un imam radicalisé mais récompensé pour « la qualité des ses travaux académiques » – confirme la soumission de nombreux représentants politiques belges baisant les babouches des islamistes en espérant une récompense électorale. Depuis les années 1980, Bruxelles est la cible des Frères musulmans qui considèrent la Belgique comme « le ventre mou du ventre mou » qu’est l’Europe, selon l’expression de Gilles Kepel. Par ailleurs, l’entrisme islamique au sein des différentes organisations de l’UE siégeant dans la capitale belge se vérifie à chaque instant. Les Frères se délectent des tribunes rédigées par nos élites européennes pour favoriser l’immigration massive essentiellement extra-européenne et de tradition musulmane. Ils sont fascinés par les « humanistes » qui justifient, au nom de la diversité heureuse, certains préceptes coraniques et l’halalisation de la société. Ils jubilent lorsqu’ils entendent une éminente représentante de l’UE préconiser, au nom de « l’inclusivité », l’effacement de l’histoire chrétienne de l’Europe. La soumission à ce niveau-là, ils en rêvaient sans vraiment y croire quand survint Helena Dalli, la commissaire européenne à l’égalité qui préconisa d’éviter les références bibliques et l’usage de prénoms comme Marie ou de noms de fêtes religieuses comme Noël. À l’approche des élections européennes, la même Helena Dalli recommande de « chérir et protéger » une société « plus diversifiée que jamais » et de privilégier des listes représentatives de cette dernière – les Frères applaudissent.

Manifestation propalestinienne devant Downing Street, Londres, 14 octobre 2023 © SOPA Images/SIPA

Le Hamas est une émanation terroriste des Frères musulmans. Les événements qui secouent le Proche-Orient depuis le 7 octobre 2023 ont permis de raviver le feu d’un antisionisme virulent et d’un antisémitisme décomplexé en même temps qu’ils resserrent les liens de l’Oumma à travers le monde. Au prétexte de défendre la cause palestinienne, les manifestations antisémites de plus en plus menaçantes se multiplient en Europe. Londres se distingue une fois de plus : chaque samedi, ce sont des dizaines de milliers de manifestants qui défilent en hurlant leur haine d’Israël et des Juifs. Pour Robin Simcox, le conseiller du gouvernement britannique en matière de lutte contre l’extrémisme, la capitale britannique est devenue une « no-go zone pour les Juifs ». En revanche, elle est visiblement devenue une zone muslims-friendly : pour le ramadan, la gare de King’s Cross affiche désormais les heures des prières islamiques et les hadiths de Mahomet. Ailleurs au Royaume-Uni, des stades de football, dont ceux des clubs de Manchester City ou d’Aston Villa, célèbrent chaque soir l’iftar (repas de rupture du jeûne) en ouvrant leurs portes à des milliers de croyants venus écouter les prêches d’un imam.

Morts vivants

Les députés de LFI, plus islamo-compatibles que jamais, refusent de qualifier le Hamas de mouvement terroriste. Black Lives Matter célèbre le Hamas sans que les médias ne bronchent. De leur côté, Annie Ernaux et Judith Butler signent toutes les tribunes anti-israéliennes qui leur tombent sous la main. Butler est à la fois une islamo-gauchiste convaincue que l’attaque perpétrée par le Hamas est un « acte de résistance armée » et la théoricienne en chef de l’idéologie woke du genre – tous les moyens sont bons pour « déconstruire » l’Occident. Cette alliance du wokisme et de l’islamo-gauchisme égaie les Frères musulmans et leurs affidés : en même temps qu’elle pourrit les cerveaux de toute une génération d’étudiants wokisés et de jeunes activistes d’extrême-gauche, elle facilite le repérage des idiots utiles qui deviendront un jour ou l’autre inutiles donc voués à disparaître de gré ou de force.

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Pour avoir soutenu Israël dans sa lutte contre le Hamas, le député conservateur londonien Mike Freer a failli être assassiné. Les menaces explicites de “Muslims Against Crusades” ont eu raison de son engagement politique : il ne se représentera pas aux prochaines élections. D’autres députés, pour des raisons similaires, ont annoncé leur retrait de la vie politique britannique. Pendant ce temps, au nord-ouest de l’Angleterre, l’islamo-gauchiste George Galloway est élu député de la circonscription de Rochdale grâce à une campagne pro-palestinienne outrancière. Le Premier ministre Rishi Sunak craint que cette victoire « profondément inquiétante » ne soit pas la dernière au Royaume-Uni. Son ex-ministre de l’intérieur, Suella Braverman, déclare dans The Telegraph que « les islamistes sont désormais aux commandes du Royaume-Uni. Ils exercent leur influence dans tous les domaines ». Malheureusement, la plupart des pays de l’Europe de l’Ouest et du Nord sont concernés : l’entrisme islamique est visible dans tous les secteurs, politiques, sociaux, éducatifs, associatifs, et jusque dans les entreprises. L’école est particulièrement visée par les Frères qui ont de quoi se réjouir : les professeurs, confrontés à l’hostilité d’élèves comme de parents musulmans, évitent d’enseigner certains faits historiques et s’autocensurent régulièrement ; des élèves refusent de participer aux cours de musique ou, pour les filles, de sport ; les tentatives de porter le voile et l’abaya dans l’école sont de plus en plus fréquentes ; les élèves juifs se voient contraints de quitter l’école publique dans certaines villes. Quant aux universités européennes, toutes sont en proie aux mêmes maux : le wokisme et l’islamisme. Une fois l’islamisation de la société occidentale accomplie, il ne fait aucun doute pour les Frères musulmans que leur ultime combat contre les activistes wokes, qu’ils détestent mais qui leur sont utiles pour le moment, sera une promenade de santé. Intellectuellement, spirituellement et physiquement anémique, le militant woke est pour eux une sorte de caricature de la décadence occidentale, une incarnation parfaite de la déficience d’une civilisation malade et en phase terminale, un mort-vivant inoffensif.  

L’inculture, la bêtise ou le cynisme des islamo-gauchistes de toute obédience comblent de joie les Frères musulmans. Voir Greta Thunberg affublée d’un keffieh et appeler à faire grève pour le climat « en solidarité avec la Palestine » leur arrache des larmes de rire. Les écrits et les déclarations d’Edwy Plenel, de Claude Askolovitch ou d’Éric Fassin les amusent énormément. Ils se délectent de chaque intervention de Jean-Luc Mélenchon et des députés de LFI. En entendant dernièrement les propos du sociologue Jean Viard sur France Info – « Il faut accepter que l’islam est une grande religion européenne. […] C’est en ouvrant la société qu’on va détendre les tensions. […] Ça fait longtemps que je plaide pour qu’il y ait une grande mosquée par région, sur une grande place, avec un centre culturel, avec un centre de formation des imams. […] C’est une question de respect des gens, de leur culture, de leur façon de vivre. » – les Frères sont aux anges et se prennent à rêver : et si tout allait décidément beaucoup plus vite que prévu…

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Le Frérisme et ses réseaux: l'enquête

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  1. Florence Bergeaud-Blackler, Le Frérisme et ses réseaux, préface de Gilles Kepel, 2023, Éditions Odile Jacob. ↩︎
  2. Tribune d’Annie Ernaux sur la polémique à propos du « hijab de course » commercialisé par Décathlon, Libération, 13 mars 2019. ↩︎

Louis Boyard, malhabile manœuvrier

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De gauche à droite, les députés d'extrême gauche Antoine Léaument et Louis Boyard, Assemblée nationale, Paris, 5 mars 2024 © Jacques Witt/SIPA

Après avoir manigancé pour rejoindre, à la dernière minute et pour cette seule occasion, la Commission d’enquête parlementaire sur l’attribution des fréquences télé, qui auditionnait récemment Vincent Bolloré, Louis Boyard, député LFI, n’a pu questionner celui qui l’avait un temps employé sur C8 en tant que chroniqueur. Ce trublion ingrat a crié illico à la cabale et à la manipulation, en mettant en cause le président de ladite commission. Regard évocateur sur cet autre bébé-Mélenchon…


Fine moustache désordonnée à la mode pré-pubère, barbe native parfois qui peine à lui rayer les joues, sourire aux abonnés absents à la faveur d’une moue rébarbative, voire d’une morgue révélatrice, voilà quelques traits de Louis Boyard, p’tit gars qui ne manque pas d’ambition et doté d’un sens poussé de l’opportunisme. Lui qui a fait du Val-de-Marne son berceau électoral est né au cœur de la Vendée. Ne le lui rappelez pas, surtout ! Chouans et autres royalistes, ce n’est pas son truc ! Même s’il porte le même prénom que les plus grands monarques de France.

France Insoumise : deux mots, deux mensonges

Le jeune député de La France Islamiste, euh ! Insoumise, conjugue la politique sur le mode de l’orthodoxie soviétique, mâtinée de quelques relents du San Théodoros et du très vitupérant Tapioca, vision prémonitoire de l’irremplaçable Hergé dans l’album « Tintin et les Picaros ». Un curieux et détonnant mélange qui donne toute sa mesure quand ce jeune homme s’agite sur les bancs de l’Assemblée nationale, sous les vivats de ses pairs de LFI, connus pour applaudir dès que l’un des leurs effleure le micro.

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Laissons de côté le stupéfiant épisode de revente de drogue pour financer ses études et accessoirement séduire de potentiels électeurs ; écartons aussi son attentat de l’Observatoire à lui, lorsqu’en février 2019, il était blessé au pied par un tir de LBD lors d’une manifestation des gilets jaunes, qu’il avait rejointe. On a beaucoup glosé là-dessus, mais on peut avoir le cuir dur du révolutionnaire et le pied tendre de l’éphèbe, non ?

Trop injuste !

Boyard, qui a su séduire Jean-Luc, le nouveau Che, a une autre belle qualité : la reconnaissance du ventre. Chroniqueur-pigiste durant quelques mois, dans une émission à succès produite par Cyril Hanouna sur la chaîne C8, propriété d’un grand groupe qui décoiffe l’audimat, il avait pu contribuer au débat en laissant libre cours à sa vocation révolutionnaire. Car c’est bien connu, la vérité première ne peut émaner que de l’extrême-gauche.

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Lors de la récente audition de Vincent Bolloré – infatigable entrepreneur et grand promoteur de débats télévisuels – par la Commission d’enquête parlementaire sur l’attribution des fréquences TNT rejointe inopinément par Louis Boyard, c’est dans un état de délectation orgasmique affiché sans vergogne, qu’il fixait ce jour-là son ancien et éphémère employeur, au travers d’un regard « tu-vas-rendre-gorge-mon-gaillard » propre aux grands « révolutionnaires ». La gratitude peut avoir plusieurs formes. Las ! Le trublion d’extrême-gauche ne put poser la moindre question à l’entrepreneur, et mit ensuite en cause le président de la Commission qui l’aurait écarté des débats. Les arcanes de la vie ont ainsi conduit notre Louis sous les feux de la rampe puis sous les ors de la République mais, empêtré dans ses contradictions d’étudiant attardé, il est tel un nouveau Sisyphe, condamné à remonter sans cesse son cartable. En attendant, il fait ce qu’il sait faire : Louis braille aveuglément…

Tant qu’il y aura des films

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"Pas de vagues", un film de Teddy Lussi-Modeste. © France 3 Cinéma

Que se passe-t-il donc ? Le cinéma aurait-il soudain décidé de s’intéresser sérieusement au sujet de l’éducation via des films de fiction, certes inégaux, mais qui dépassent les caricatures et les clichés habituels ?


Harcelé

Pas de vagues, de Teddy Lussi-Modeste, sortie le 27 mars.

« Il y a quelques années, dans le collège où j’étais professeur, la conseillère principale d’éducation me tend un jour une lettre écrite par l’une de mes élèves. La jeune fille m’y accuse de la regarder en touchant ma ceinture. Elle a 13 ans. Les choses s’emballent. Un de ses grands frères me menace de mort. Un autre l’emmène porter plainte contre moi. Je refuse de me mettre en arrêt, car j’y vois bêtement un aveu de culpabilité. Je sors chaque jour du collège en me demandant si on va me casser les jambes. Je vis dans la peur et la honte– la culpabilité aussi : je ne veux pas que les collègues qui m’escortent jusqu’au métro soient agressés par ma faute. » C’est en ces termes nets et précis que le scénariste et cinéaste Teddy Lussi-Modeste explique la genèse de son film Pas de vagues, inspiré par sa propre histoire au sein de l’Éducation nationale. Au siècle dernier, le film se serait (bizarrement) appelé Les Risques du métier avec André Cayatte à la réalisation et Jacques Brel dans le rôle de l’enseignant accusé à tort par une jeune fille en fleur. Un film parfait pour « Les dossiers de l’écran », l’émission phare d’alors.

Celui de Lussi-Modeste s’avère plus tranchant et mordant. Il est vrai qu’entre les assassinats monstrueux de Samuel Paty et de Dominique Bernard, et l’explosion des réseaux sociaux, la situation a changé, l’angélisme n’est plus de mise et enseigner comporte cette fois de vrais risques vitaux. Cerise sur le gâteau, ce cinéaste est toujours enseignant : sa parole et son regard n’en sont que plus pertinents et précieux. Loin, bien loin de la vision plutôt lénifiante que portait sur les profs Thomas Lilti dans son récent Un métier sérieux. Ici, on sent poindre à tout instant l’inquiétude : « Chaque professeur sait désormais qu’il peut être assassiné sur son lieu de travail », comme le rappelle purement et simplement Lussi-Modeste dans le dossier de presse du film.

© France 3 cinéma

En confiant au mignon et gentil François Civil le rôle principal, le cinéaste prenait le risque d’affaiblir son propos et de faire de son héros la victime idéale. Mais l’écueil est évité : on reste loin du niaiseux Cercle des poètes disparus ou du complaisant Entre les murs du tandem Cantet-Bégaudeau. Au fond, la figure centrale est ailleurs : le cinéaste-enseignant ne se prive pas de mettre en cause la direction du collège qui se révèle d’une lâcheté absolue. Un bouc émissaire trop facile ? Pas vraiment, tant il est vrai qu’on sent chez le personnel administratif une crainte globale des parents et des élèves au détriment des enseignants. Comme si, dans la réalité, le constat navré du ministre Chevènement (« Les cahiers au feu, la maîtresse au milieu. ») restait encore et toujours d’actualité. Le film de Lussi-Modeste montre parfaitement cette solitude enseignante au beau milieu d’un environnement hostile, sans rien taire du climat délétère, des pressions, des menaces directes ou non.

Pas de vagues. Ce titre fait explicitement et courageusement référence au hashtag #PasDeVagues né sur les réseaux sociaux en 2018, après la diffusion d’images où l’on voit un élève tenir en joue, avec une arme factice, une enseignante installée devant son ordinateur. Ce mouvement spontané a permis au corps enseignant d’exprimer sa souffrance et son malaise face aux violences et, plus encore, au silence de l’institution. Non dénué d’imperfections secondaires, le film est cependant en parfaite adéquation avec ce qui se passe au quotidien dans les collèges et les lycées. Cette fiction documentée s’avère absolument nécessaire. On ose espérer qu’elle sera vue par le plus grand nombre d’intéressés (profs, élèves, parents et administratifs) comme un implacable miroir tendu.

Béatifiée

La Nouvelle Femme, de Léa Todorov, sorti le 13 mars.

© Geko films Tempesta

Et un biopic de plus, un, et circonstance aggravante, consacré à une figure iconique de l’éducation alternative : Maria Montessori. Sous le titre radicalement modeste de La Nouvelle Femme, la cinéaste Léa Todorov nous livre un film tout droit sorti des studios d’Épinal, haut lieu des images convenues et convenables. Ce « sainte Maria, éduquez-les » déploie durant une heure quarante la pieuse légende d’une pionnière pédagogique en proie, bien évidemment, à une abominable communauté scientifique et éducative à la fois italienne et patriarcale. On reste quand même sidéré par le caractère partisan et unilatéral du propos. Comme si la méthode Montessori allait de soi, comme si elle ne faisait pas l’objet de critiques récurrentes, comme si ses limites n’avaient pas été maintes fois mises en avant. De nos jours, sans réel contrôle, sans cadre breveté et estampillé, les écoles Montessori prospèrent allégrement et ce film ressemble à un étrange dépliant publicitaire sans l’ombre d’un soupçon d’esprit critique.

Pour regarder la bande-annonce :

CE2, de Jacques Doillon sortie le 27 mars.

© Stéphanie Branchu-Arena Films

Drôle d’histoire en vérité… Encore un film sur l’éducation, mais cette fois l’actualité le rattrape autrement, car il est signé Jacques Doillon. Ce dernier est, avec Benoît Jacquot notamment, au cœur des récents développements de MeToo au sein du cinéma français, avec l’actrice Judith Godrèche en accusatrice publique. Ce pseudo-tsunami risque même de faire sombrer le film corps et bien dans un délire de censure rétroactive, d’interdictions en tous genres et de présomption de culpabilité. Et voilà qu’il faut défendre le principe de l’existence de ce CE2, alors même qu’on le juge sans grand intérêt. Doillon tente d’y aborder le sujet de l’éducation sous sa dimension sociale, sans jamais dépasser, hélas, le stade d’une vision très convenue de son sujet : les bobos face aux prolos, les Groseille face aux Le Quesnoy, on connaît la chanson, mais elle n’est décidément pas réaliste. Alors quoi ? Il faut que ce film sorte en salles, malgré l’avis de Nora Hamzawi, son actrice principale, qui en souhaite l’interdiction (fait unique en son genre !). Il le faut. Point barre. Le reste appartient à chaque spectateur.

Pour voir la bande-annonce :

France Télévisions, l’ami progressiste

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L'équipe de l'émission "C à vous" sur France 5. D.R

Les dirigeants de France Télévisions ne sont pas des woke échevelés. Ils garantissent l’équilibre politique et veillent à ce que le public de droite ne soit pas quotidiennement insulté comme facho ou populiste. Mais leur cahier des charges et l’idéologie spontanée se conjuguent pour créer un ronronnement progressiste, un multiculturalisme d’atmosphère qui imprègne à des degrés divers la fiction et l’information.


« Tout de même, on n’est pas France Inter ! » Quand on les interroge sur les biais idéologiques de la télévision publique, la plupart de ses cadres ne nient pas que ces biais existent, ils observent qu’il y a bien pire. Ils ont raison. Comparée à France Inter, mètre étalon du gauchisme culturel, du wokisme gnangnan et du journalisme prêcheur, France TV est un modèle d’équilibre et de pluralisme. Question de survie, comme l’explique Stéphane Sitbon-Gomez, directeur des programmes et des antennes, en clair numéro 2. « La plupart des chaînes font de l’audience en saturant leur clientèle. Nous, on doit être la place du village, il faut que tout le monde nous regarde. Et je n’ignore pas que 30 % des gens votent RN. » Tout le monde regarde et en plus tout le monde paye. France TV ne peut pas produire du post-modernisme foldingue à jet continu, sous peine de perdre les retraités de Romorantin. Pour le coup, le procès en extrême gauchisme intenté à Sitbon-Gomez est à côté de la plaque. Ce brillant sujet, coupable d’avoir fait, il y a plus de dix ans, ses premières armes auprès d’Eva Joly et Dominique Voynet, n’a rien d’un zadiste. Il ne déteste pas s’encanailler en se frottant aux idées des autres. Il ne sort pas ses gousses d’ail quand il entend Zemmour ou Bock-Côté. Il a d’ailleurs essayé de recruter le Québécois pour un documentaire sur la présidentielle. Le projet a avorté en raison du refus (compréhensible) de CNews de partager, mais il n’a pas suscité en interne les protestations outragées qu’on pouvait redouter. En revanche, cette perspective a affolé les confrères de la bonne presse, inquiets de voir Ernotte « virer facho ».

Le ronronnement de France TV

Le jour où je le croise, Sitbon-Gomez jubile. « J’avais peur que CNews braque la messe de réouverture de Notre-Dame. » Il vient de signer et ce sera sur France 2. Ce n’est pas la première fois qu’il est en concurrence avec la maison Bolloré pour la couverture d’un événement liturgique : « Les cathos ont toujours été chez nous, on ne va pas les laisser partir ! »

C’est donc entendu, France TV n’est pas France Inter. Il n’y règne pas la même atmosphère d’entre-soi, de gens bien sous tous rapports chargés d’édifier ploucs et populistes par le spectacle de leur belle âme. En tout cas pas tout le temps, ni sur toutes les chaînes, ni de façon aussi écrasante. La plupart du temps, élus et personnalités de droite (y compris celle qualifiée d’extrême) y sont reçus normalement. À l’exception de Zemmour qui, reconnaît un vieux de la vieille, « a eu parfois chez nous un traitement délirant ». Invité de la première de « Quelle époque ! », en septembre 2022, il s’était retrouvé face à une meute. Ce qui n’avait guère, semble-t-il, été du goût de la direction, submergée par les protestations. La fois d’après, en mars 2023, il a eu droit au tapis rouge.

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N’empêche, ça s’entend souvent à l’œil nu : il y a sur France TV un léger ronronnement, un fond de sauce idéologique que l’on qualifiera de progressiste ou bien-pensant. Chacun a enragé un jour à cause du traitement orienté ou caricatural d’un événement ou des grosses ficelles féministes, antiracistes ou lgbtistes qui plombent certaines fictions maison, visiblement destinées à rééduquer les masses plutôt qu’à les divertir. On peut en dire autant des autres médias, qui ont tous un ADN idéologique plus ou moins assumé. Tous ne vivent pas de l’argent public.

Ici, on n’est pas à Rapporteurs sans frontières. On se gardera donc de répertorier les intervenants et journalistes en fonction de leurs opinions supposées. Si la sensibilité plutôt centro-droitière de certains confrères est notoire, ils se gardent de l’afficher, alors qu’on ne compte plus ceux qui, à l’instar de Laurent Ruquier, se font une gloire de voter à gauche et, surtout, de lutter contre l’« extrême droite ». « On lui disait à Laurent, que le téléspectateur n’avait pas besoin de savoir pour qui il votait », raconte un ancien de la maison. Avec l’efficacité que l’on sait. À France Télévisions comme ailleurs, la droite se porte en secret, la gauche, en sautoir.

Dès son arrivée, Delphine Ernotte a fait causer dans les chaumières réacs (y compris dans ces colonnes) avec ses déclarations tonitruantes, d’abord contre cette « télé de mâles blancs », ensuite sur sa volonté de montrer la France telle qu’elle la rêve plutôt que telle qu’elle est. Cependant, il faut lui en faire crédit, elle tient bon contre tous ceux qui prétendent soumettre les œuvres du passé à un brevet de moralité[1]. S’agissant de celles du présent, le volontarisme est de mise, comme le montrent les hilarantes consignes adressées aux producteurs de fiction pour qu’ils contribuent à l’évangélisation diversitaire du populo. Sur ce point, Ernotte ne fait pas mystère de son enthousiasme, d’ailleurs conforme, insiste-t-elle, à la volonté du législateur et du gouvernement. Selon le préambule de son cahier des charges, France TV doit « affirmer  sa valeur d’exemplarité en ce qui concerne la lutte contre les discriminations et la représentation de la diversité de la société française » (pardon pour cette langue pâteuse), la mise en œuvre de cette exemplarité relevant de la célèbre méthode du doigt mouillé.

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Décrire le climat intellectuel, le liquide amniotique culturel où baigne une collectivité humaine, c’est forcément pécher par impressionnisme, surtout quand ce climat se décline dans une telle variété de visages et de productions.

Précisons qu’on ne s’intéresse ici qu’aux trains qui n’arrivent pas à l’heure, les coutures idéologiques qui dépassent de certains programmes, ce qui ne dit rien sur leur qualité. L’impression qui domine est celle d’un multiculturalisme d’atmosphère qui pimente à des degrés divers l’information et la fiction. En fouinant sur le site francetv.fr, je tombe sur une série policière de France 3, Association criminelle, mettant en scène un duo (évidemment mixte et binational) de policiers enquêtant sur un attentat terroriste en Belgique. Contrairement au petit flic raciste du commissariat d’Anvers, convaincu qu’il s’agit de l’œuvre d’islamistes, nos enquêteurs au grand cœur ne stigmatisent pas et ne font pas d’amalgame, ils se fendent d’admirables petits couplets contre le leader populiste xénophobe et islamophobe du coin. Je n’ai pas vu la fin, mais je suis prête à parier que les méchants terroristes seront des grands blonds.

France Télévisions n’est pas si woke

Plus ennuyeux, ce « storytelling » gentillet imprègne aussi le traitement informationnel du séparatisme islamiste dont on semble rituellement penser, à FTV, qu’il n’a rien à voir avec l’islam, ou encore l’analyse des questions migratoires, d’abord présentées sous un jour compassionnel, à travers des drames individuels. Il faut être sans cœur pour réclamer la fermeture des frontières quand des enfants souffrent. Au sein de la direction, on se félicite pourtant d’avoir osé diffuser en prime time sur France 2, au début de la discussion parlementaire de la loi Darmanin, un débat intitulé : « Immigration : comment la maîtriser ? » « Il y a dix ans, on aurait estimé que ce n’était pas un sujet », avance un cadre. Il y a dix ans, la question aurait été décrétée nauséabonde. Le même ajoute que, dans la terrible affaire Lola, le JT de France 2 a bien mentionné le statut administratif de la meurtrière (qui, sous le coup d’une OQTF, n’aurait pas dû se trouver en France). Qu’une information aussi importante soit portée à la connaissance du public, c’est le minimum syndical. Mais ne boudons pas notre satisfaction. On sera plus réservé (pour être poli) sur le documentaire intitulé « Lola, chronique d’une récupération », diffusé sur France 5. Tous ceux qui voient dans cette tragédie la preuve d’une faillite de notre politique migratoire y sont renvoyés à l’extrême droite. Certes, on a pu entendre sur d’autres chaînes des raisonnements symétriques accusant de naïveté, d’inconscience ou de mensonge ceux qui refusaient toute extrapolation politique. Le véritable pluralisme aurait été d’organiser une confrontation loyale entre les tenants de ces deux interprétations. Mais peut-être est-ce devenu impossible, et pas par la faute de France Télévisions, mais parce que le goût de l’échange argumenté disparaît, à mesure que le refus de s’exposer à la contradiction est sacralisé par la revendication des « safespaces ». C’est ce qu’explique Sitbon-Gomez : « Ce serait plus difficile aujourd’hui de faire des débats à la Taddeï parce que la tolérance à des opinions différentes régresse. Du coup, on est peut-être moins ouverts aux points de vue les plus radicaux. La logique, c’est de faire consensuel. Au risque de faire aseptisé. » Un de ses lieutenants remarque, sourire en coin, que si France TV invitait Houria Bouteldja, CNews serait en boucle pendant vingt-quatre heures et qu’ils auraient droit à un déluge d’insultes et de saisines de l’Arcom. Pas faux.

Si on risque une appréciation globale, France Télévisions n’est pas à l’avant-garde de la révolution woke, ni même franchement de gauche. Jacques Cardoze, qui a dirigé « Complément d’enquête » et officie aujourd’hui chez Cyril Hanouna, est pourtant convaincu que « le service public veut être un contre-pouvoir à Bolloré ». C’est vrai chez certains animateurs ou intervenants qui d’ailleurs ne s’en cachent pas. Rien n’étaye la thèse d’une croisade menée en haut lieu.

Tristan Waleckx, l’actuel présentateur et rédacteur en chef de « Complément d’enquête ». © Geoffroy Van Der Hasselt/AFP

À vrai dire, même si la direction de France TV poursuivait de sombres visées politico-idéologiques, on voit mal comment elle les imposerait à ses troupes. Comme régime, la télévision publique évoque plus la IVe République que la Russie de Poutine, pour la gouverner il faut user d’autorité certes, mais surtout de séduction et de persuasion. Comme à RadioFrance, les directions passent, les journalistes restent. La rédaction, qui réalise les journaux et les magazines d’information, jouit d’une quasi-souveraineté. Officiellement, ni Ernotte ni Sitbon ne peuvent se pointer dans le bureau de « Complément d’enquête » et demander tel ou tel sujet. Ils doivent passer par le directeur de l’information Alexandre Kara. On imagine que, dans la vraie vie, la séparation des pouvoirs est moins stricte. « Il y a une république autonome des investigateurs », s’énerve pourtant un connaisseur des rouages internes. Les équipes de « Complément d’enquête », « Envoyé spécial » et « Cash investigation », par ailleurs inévitablement en rivalité les unes avec les autres, défendent jalousement leurs prérogatives, épuisant souvent leurs interlocuteurs, comme le raconte un ancien de la maison : « “Complément d’enquête”, c’est une émission mythique, créée par feu Benoît Duquesne. Dès qu’on veut y toucher, ils hurlent à la trahison de l’héritage. Ils ont épuisé pas mal de rédacteurs en chef, Thomas Sotto, Nicolas Poincaré, Jacques Cardoze. Maintenant, ils ont trouvé Tristan Waleckx, qui se prend pour Jeanne d’Arc, mais qui doit tuer sa mère, Élise Lucet. La vérité, c’est que c’est une secte. » Réfutant les accusations de militantisme, un journaliste déplore que seuls quelques sujets, comme le Puy du Fou ou Gérard Depardieu, deux reportages à charge soit dit en passant, aient fait jaser. « Qui se souvient que nous avons diffusé des portraits de Sandrine Rousseau, Alexis Kohler ou Sophia Chikirou ? Ou que nous traitons des sujets d’intérêt général comme les déchets nucléaires, l’inflation ou le Hamas ? » Pour cet autre journaliste, un brin vachard, « le problème n’est pas qu’ils soient de droite ou de gauche, mais qu’ils ne sortent presque aucune info. Les montagnes annoncées accouchent souvent de souris ».

L’intérêt et la morale convergent

L’autre village irréductible qui échappe largement au pouvoir central, ce sont les émissions confiées à des producteurs extérieurs, en particulier la guirlande de programmes diffusés sur France 5. Pierre-Antoine Capton (Mediawan) a la charge des plus « sérieuses » (« C dans l’air », « C à vous »), Renaud Le Van Kim, celle des plus polémiques (« C ce soir », « C politique », etc.). La plus agaçante est certainement « C ce soir », le royaume de Karim Rissouli, épaulé par Camille Diao et Laure Adler. Les dissidents sont, en règle générale, très minoritaires (voir l’article de Dominique Labarrière, page 41). Si on les laisse s’exprimer avec une courtoisie de bon aloi, le téléspectateur n’a guère de doute sur la bonne ligne. « Nous avons la responsabilité pleine et entière de nos programmes, mais si nous faisons appel à des producteurs extérieurs, ce n’est pas pour leur dicter leur ligne éditoriale, observe un cadre. On discute avec Karim quand il y a des déséquilibres à corriger, mais l’important, c’est la qualité de l’émission. » Ce souci de rééquilibrage explique probablement le recrutement d’Arthur Chevallier, chroniqueur au Point qui n’a rien d’un gauchiste échevelé.

Et puis, ça tombe bien, intérêts et morale convergent. « C ce soir » fait ses meilleures audiences avec des plateaux consacrés aux problèmes de la France profonde (temps de travail, déserts médicaux…) plutôt qu’aux questions intersectionnelles, comme les migrants, les trans ou MeToo dans le cinéma. L’émission a même obtenu son record historique (614 000 téléspectateurs) le 26 janvier en conviant des agriculteurs sur son plateau. L’émission bobo par excellence casse la baraque quand elle sort de sa zone de confort. Si ça se trouve, on fait de la meilleure télé quand on cause à ma France comme elle est plutôt qu’à celle qu’on fantasme à l’université Paris 8.


[1] Le responsable de la fiction qui avait imprudemment laissé entendre que FTV ne diffuserait plus de films avec Depardieu s’est fait plutôt discret depuis.

Vivons cachés

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D.R

Le député conservateur Mike Freer ne se représentera pas aux prochaines élections générales. Non pas parce qu’il craint la défaite face aux travaillistes, mais parce que son soutien à Israël lui a attiré des menaces de mort.


Outre-Manche, de nombreux députés conservateurs l’ont déjà annoncé : ils ne se représenteront pas aux élections générales qui auront sans doute lieu à l’automne. Parmi eux, Mike Freer, trente-quatre ans de carrière politique, dont quatorze comme député et six comme ministre. Alors que la plupart des partants ont très peu de chances d’être réélus, vu la raclée attendue par les Tories après quatorze ans au pouvoir, Freer jouit d’une popularité à toute épreuve. Ce représentant de Golders Green, quartier traditionnellement juif de Londres, quitte la politique parce que, ayant affiché publiquement son soutien à Israël, il a fait l’objet de nombreuses menaces de mort. Des cocktails Molotov ont été déposés devant chez lui, et l’incendie de sa permanence en décembre – même s’il ne semble pas y avoir de lien avec les menaces – l’a fait réfléchir.

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Freer est gay et défend la communauté juive, ce qui lui a attiré un déluge de haine antisémite et homophobe. Déjà contraint de porter un gilet anti couteau lors d’événements publics, il a récemment appris que l’islamiste qui avait poignardé à mort un autre député conservateur, Sir David Amess, en 2021, projetait aussi son assassinat. Finalement, il n’a pas supporté que sa famille fasse également l’objet de menaces. Alors que les actes antisémites explosent – une augmentation de 147 % en 2023, dont les deux tiers après le 7 octobre –, politiques et journalistes en général regrettent son départ. Pour autant, ils n’osent pas souligner l’origine des menaces – pas plus qu’ils n’ont osé le faire dans le cas de David Amess. Le 21 février, pendant que le Parlement débattait de la guerre à Gaza, des manifestants propalestiniens ont projeté sur Big Ben le slogan « From the river to the sea ». Décidément, de la Tamise à la mer du Nord, le pays est l’otage de sa minorité musulmane.

La friandise art contemporain du jour

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DR.

Nicole Esterolle déniche des pépites de l’art contemporain. De quoi faire trembler les maîtres anciens… Aujourd’hui, Jessica Stockholder et ses « Assists ».


La dernière exposition de Jessica Stockholder s’est terminée fin janvier au Frac Normandie, à Sotteville-lès-Rouen (76), mais ses créations sont visibles, hélas, un peu partout.  

L’artiste, une plasticienne de 65 ans d’origine canado-américaine, est surtout connue en Europe, où, depuis trente ans, elle écume les lieux d’art contemporain institutionnels, particulièrement en France, où elle est la coqueluche des FRAC qui se l’arrachent les uns après les autres et collectionnent amoureusement ses bidules colorés qu’elle appelle « Assists » (aides à vivre).

Son travail in situ consiste à ramasser toutes sortes d’objets qu’elle peut trouver aux alentours de son lieu d’intervention : déchetteries, brocantes, supermarchés, Kiloutou, quincailleries etc. pour en faire des assemblages très ludiques et printaniers, plaisant aux enfants, aux vieux encore facétieux et aux insoumis de toutes obédiences politiques, religieuses ou sexuelles…

Aucune idéologie, aucun message politique ou sociétalo-questionnatoire dans ce travail. Aucune trace de wokisme. Aucune dimension métaphorique. Aucun sens particulier. De l’inepte pur et totalement délirant, comme on peut le diagnostiquer à la lecture de cet extrait du texte qui accompagne ses « Assists ».

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« Dans tous les cas, les Assists ne tiennent pas debout tout seuls. Pour tenir debout, l’Assist doit être attachée à autre chose, à d’autres objets autonomes choisis par leurs propriétaires, les conservateurs ou l’artiste. Il peut s’agir de meubles, d’appareils électroménagers ou d’autres sculptures. Comme les peintures qui sortent de l’atelier de l’artiste doivent être dotées d’un mur dans leurs nouveaux lieux, les Assists doivent recevoir un nouvel objet leur permettant de se tenir debout. » Il fallait y penser.

Et les choses se corsent encore plus lorsque Jessica Stockholder nous explique que « les Assists explorent davantage les questions de frontière, de dépendance et de réponse au paysage des choses créées par l’homme qui ont été soulevées par [son] travail depuis de nombreuses années. »

« L’espace évocateur incarné dans mes œuvres communique quelque chose de l’intériorité de l’expérience humaine, érodant la solitude essentielle de l’expérience humaine. Les Assists occupent l’espace entre toutes ces jonctions, tout comme les charnières occupent l’espace entre une porte et son montant. »

Les amateurs qui auront compris cette prose peuvent courir à la galerie Nathalie Obadia, à Paris, où les œuvres de Jessica sont exposées en permanence.


Galerie Nathalie Obadia 3, rue du Cloître Saint-Merri 75004 Paris

L’art n’a jamais été aussi con-temporain qu’aujourd’hui, de Nicole Esterolle, éd. Jean-Cyrille Godefroy, 2024

L'art n'a jamais été aussi contemporain qu'aujourd'hui

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Post-vérité et nouveaux exorcistes

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Roman Polanski aux côtés de sa femme Emmanuelle Seigner à la cérémonie des César en 2014 © VILLARD/PDN/SIPA

Et si Roman Polanski n’était pas le monstre qu’on veut faire de lui?


Le procès pour diffamation contre Roman Polanski qui s’est déroulé le 5 mars à Paris, constitue le dernier assaut judiciaire en date de l’interminable chasse aux sorcières menée contre le réalisateur depuis plus de quarante ans. Parce qu’il a osé se défendre, nier les accusations de l’actrice britannique Charlotte Lewis qui dit avoir été violée par lui en 1983, le revoilà entraîné dans une nouvelle ronde qui pourrait évoquer celle des possédées de Loudun.

Un lynchage mondialisé

Sabine Prokhoris fait entendre une vérité « de toutes parts mise en péril par les langages du fake ». Roman Polanski n’est pas le monstre qu’on veut faire de lui. Mais comment contrer le mensonge tellement ressassé qu’il passe pour vérité ? En commençant par le début : Polanski n’est pas coupable du viol de Samantha Geimer dont on l’accuse depuis des décennies. Elle-même refuse de se présenter comme la victime de Polanski, avec qui elle entretient aujourd’hui une relation cordiale. La vérité judiciaire, écrit Prokhoris, c’est que Polanski s’est rendu coupable d’une relation sexuelle délictueuse avec une mineure, pour laquelle il a plaidé coupable. Il a été condamné en 1977 et a purgé sa peine dans la foulée.

La philosophe et psychanalyste Sabine Prokhoris. Photo : Hannah Assouline / Causeur.

Mais comme le raconte Sabine Prokhoris, peu après, un autre juge américain, « dealer et junkie de récits médiatiques », ouvre les portes d’un monde de faits et de vérités alternatifs. « Dans le sillage de cette affaire regrettable, des accusations plus invraisemblables les unes que les autres se mirent à proliférer contre Roman Polanski, de la part de différentes femmes, certaines d’entre elles, anonymes, étant recrutées par un site dédié. Pas une de ces allégations ne reposait sur le début de l’ombre d’une preuve. » Or, pour une grande partie de l’opinion publique, « un prétendu « viol initial » induit la « nature violeuse » de son auteur présumé ». Ainsi au nom de « la libération de la parole des femmes », l’accusation vaut preuve. « Femmes, on vous croit », disait le président de la République, lui aussi.

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Si les femmes sont victimes par nature, aucune résilience ne leur est permise, pas plus que n’est acceptable une quelconque prescription pour les coupables présumés. Pour le martyr, le temps humain est aboli – il souffre jusqu’à la parousie, de même que les damnés le sont pour l’éternité. Le féminisme d’aujourd’hui s’apparente à une religion séculière (selon l’expression de Raymond Aron pour qualifier le communisme) avec sa liturgie victimaire et revancharde obsessionnelle, ses flagellants et ses bûchers, ses possédés et ses exorcistes, ses persécutions pour obtenir l’aveu de fautes imaginaires et ses mises à mort.

Reste à comprendre pourquoi, parmi tant d’hommes célèbres voués à la vindicte populaire, Roman Polanski est visé avec tant d’insistance par la déferlante MeToo. Rappelons d’abord que le mouvement MeToo a pris son essor quasi planétaire à partir du scandale suscité par les agissements du célèbre producteur d’Hollywood Harvey Weinstein[1]. La dénonciation de la supposée nature violeuse des hommes porte d’autant plus loin que les coupables désignés par la vindicte féministe sont connus du plus grand nombre. Le milieu du cinéma est particulièrement indiqué pour qui recherche des « affaires » susceptibles de toucher les médias, le monde de la culture et les intellectuels, afin d’influencer ensuite le corps social en général.


Réalisateur de génie adulé par les critiques et surtout par un large public, Polanski avait tout pour attirer la foudre. On ne saurait par ailleurs exclure l’antisémitisme des motivations de ses poursuivantes. Dans la cohorte des noms juifs (Harvey Weinstein, Dominique Strauss-Kahn, Jeffrey Epstein, Woody Allen …) celui de Roman Polanski, « un homme dont la mère périt à Auschwitz assassinée par les nazis, et qui enfant survécut après s’être échappé du ghetto de Cracovie » est peut-être le plus juif de tous. « Polanski, bois nos règles » : l’inscription, taguée sur des murs parisiens, évoque le sang des femmes et des enfants supposément utilisés pour le pain azyme du vampire-violeur-pédo-criminel juif. Polanski est Juif, mais c’est un survivant, ce qui fait de lui un suspect aux yeux de ceux pour qui les seuls Juifs défendables sont les Juifs morts. Ce qui permet de l’embarquer dans le renversement du stigmate réalisé à travers la nazification des Juifs.

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Pourtant, le crime le plus impardonnable de Polanski pour ses accusatrices, c’est peut-être son art plus encore que sa vie. Le cinéaste trouble et dérange jusqu’aux tréfonds de ses détracteurs, parce que, « comme Shakespeare, il convoque le diable ou les fantômes pour donner forme, à travers des fictions, aux vérités enfouies que son regard éclaire ». 

Aimer l’œuvre et l’homme

Roman Polanski est un artiste. « Un créateur n’est pas une entité impersonnelle flottant dans le vide intersidéral, détachée de toute contingence matérielle, moins encore un robot ou logiciel d’intelligence artificielle. C’est un être de chair et de sang, situé dans le temps et dans l’espace, à qui le monde pose, sur un mode tout à la fois unique et commun à tous, des questions à résonance universelle. » Sabine Prokhoris le démontre magistralement, elle qui connaît sur le bout des doigts l’œuvre de Polanski – une quarantaine de films depuis Le couteau dans l’eau en 1962, jusqu’à The Palace en 2023 (interdit de fait de projection en France sous la pression des militantes MeToo), en passant par Répulsion ou Le Bal des vampires, La neuvième porte ou bien sûr Rosemary’s Baby. Roman Polanski laisse le spectateur pantelant au bord de l’abîme du libre choix, considérant que c’est à lui de « créer sa lecture, juste ou fausse ». Il nous place face à nos peurs, nos interrogations, nos fantasmes. De surcroît, même dans ses films les plus tragiques, il le fait avec humour, ce « don précieux et rare révélateur d’une insigne grandeur morale, à mille lieues de toute étroitesse moralisatrice ».

Impossible quand on aime l’œuvre de ne pas adorer l’homme. Comme le dit si bien Sabine Prokhoris, Roman Polanski est « un homme d’une vitalité impressionnante, d’une intégrité totale, et qui, en dépit de tout, a su conserver en lui une bouleversante innocence d’enfance, que renouvelle sans cesse sa capacité créatrice ». Les meutes lyncheuses n’y changeront rien.


Qui a peur de Roman Polanski ?, Sabine Prokhoris, Éditions du Cherche Midi 2024.

Le Mirage #MeToo - Réflexions à partir du cas français

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[1] Voir le précédent livre de Sabine Prokhoris, Le Mirage #MeToo (Le Cherche Midi, 2021)

Léonie Biard ou Clotilde de Vaux: les muses du premier et du second rayon

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Portrait de Léonie d'Aunet par son époux François-Auguste Biard / Portrait de Clotilde de Vaux par Louis-Jules Étex. DR.

On se rappelle pour l’éternité la Béatrice de Dante ou la Laure de Pétrarque. On a un peu oublié Julie Charles (l’Elvire de Lamartine), l’Ewelina Hanska qui épuisa Balzac et le spolia de son mieux, ou même Juliette Drouet, la maîtresse au long cours de Hugo. Mais qui, hors les spécialistes, se souvenait de Léonie Biard, maîtresse auxiliaire de Hugo, qui les collectionnait ? Qui aurait soupçonné que le lugubrement sérieux Auguste Comte aurait trouvé l’inspiration de son Catéchisme positiviste dans les jupons de Clotilde de Vaux, certainement plus divine que Caroline Massin, son épouse ?
Le filon est en tout cas inépuisable, juge notre chroniqueur, dès lors que l’on s’intéresse aux auteurs ou aux artistes qui furent des serial niqueurs…


Un gros livre, Léonie B., et un petit livre, La Mijaurée d’Auguste C.. Le premier écrit en mode feuilleton, bâti en point / contrepoint (une structure si porteuse que Huxley intitula ainsi l’un de ses plus grands romans en 1928), alternant la vie de Léonie Biard, exploratrice du Spitzberg à une époque où les femmes voyageaient peu, et certainement pas dans les parages du Groenland, et celle de Victor Hugo, entre l’échec des Burgraves et la mise en œuvre des Misérables.
Le second est de loin le plus littéraire, entrant dans la psychologie du philosophe austère soudain illuminé par la beauté renaissante d’une femme intelligente. Ce petit livre verse davantage vers la littérature et la philosophie (Elisabeth Laureau-Daull a enseigné l’un et l’autre), et ses 140 pages, fort bien écrites, se lisent à toute allure.
Le gros livre se parcourt plus qu’il ne se lit, mais comme il est écrit par un vrai spécialiste de Hugo (Sébastien Spitzer est entre autres l’auteur du Dictionnaire amoureux de Victor Hugo), on a un certain plaisir à saisir au passage les allusions à l’œuvre du « plus grand poète français, hélas » — comme disait Gide. Et de fait, la quasi-totalité des vers cités appartient à la grande famille des œuvres de mirliton. Je ne meurs pas d’amour pour ce pair de France, réactionnaire bon teint avant d’incarner la république en exil, dont Paul Lafargue régla le sort, juste après son enterrement en 1885, dans La Légende de Victor Hugo — à lire absolument, c’est d’une méchanceté sanglante.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Victor Hugo était un con

Pour mémoire, Léonie Biard était l’épouse d’un peintre célèbre pour avoir le premier peint les parages du Pôle nord. Maîtresse de Hugo — une liaison tolérée longtemps par son époux, et par Adèle Hugo, qui se consolait des frasques de son poète de mari dans les bras du suifeux Sainte-Beuve —, elle est finalement prise en flagrant délit dans le lit de son amant, et jetée pour six mois à Saint-Lazare, où l’on enfermait les filles de mauvaise vie : les femmes infidèles, à l’époque, risquaient jusqu’à trois ans de prison (mais, Code Napoléon oblige, leur mari infidèle risquait tout au plus une amende, et encore s’il entretenait sa maîtresse au domicile conjugal : jugez du progrès, mesdames…).
Hugo, lui, pair de France, ne peut être arrêté — mais il n’arrêtera pas la rumeur publique, au moment même où il s’indignait du sort des enfants qui s’échinaient dans les caves de Lille et ailleurs.
Totor en tirera, s’il faut en croire Sébastien Spitzer, la matière même des Misérables, jetant sur ses Carnets : « C’est l’histoire d’une femme. C’est l’histoire d’une poupée. C’est l’histoire d’un homme. C’est l’histoire d’un saint. » Je veux bien. Grâces en soient rendues à Léonie.

Auguste Comte, c’est une autre histoire. Le pape du Positivisme s’encroûtait dans une philosophie dont, en athée militant, il avait banni toute transcendance. Physiquement, Comte est un remède à l’amour : « Il est laid. Il est petit. Son torse est long, son ventre est gros, ses jambes sont courtes, rien n’a jamais eu les proportions rêvées chez lui. Sa bouche, qu’un tic déforme, est mince. Le blanc de ses yeux est veiné de rouge. » Et une calvitie frontale précoce lui a certainement fait un front de penseur, mais « la mèche napoléon qui lui tombe sur le front ne fait plus illusion. »
Ce ver de terre tombe amoureux d’une étoile, d’une « divine », comme il l’appelle. Émile Littré, son disciple et le futur auteur du Dictionnaire, le sermonne : « Il ne s’agit pas de passion, mais de possession. Et si cette femme vous possède, c’est parce que vous ne la possédez pas. » Bref, le philosophe est esclave de sa passion, comme jadis Aristote qui d’après la légende consentit à se faire passer un mors et à servir de monture à la belle Phyllis — c’est ce que raconte le Lai d’Aristote (vers 1220). Ce n’est guère plus ridicule qu’Hercule vêtu en femme et filant la quenouille aux pieds d’Omphale.
Ah, ces hommes sous emprise… Ils devraient porter plainte, tiens !

A relire, du même auteur: Emprise, mâles toxiques, hommes déconstruits — et autres carabistouilles

« Qui aurait pu prévoir que l’homme froid et guindé qui se consacrait à la méditation pût céder au démon qui s’empare du mâle vulgaire au milieu de sa vie ? » La « divine » Clotilde est-elle seulement le marqueur d’une midlife crisis ? D’autant que le philosophe « n’avait jamais considéré que les femmes fussent une aide au progrès… »
Ce petit roman vrai raconte excellemment la manière dont une femme d’esprit (Clotilde de Vaux, avant de mourir précocement de phtisie galopante, a eu le temps de publier un recueil de poésie et deux nouvelles) infuse sa sensibilité dans le cœur desséché d’un pur intellectuel afin qu’il élabore une philosophie sociale dont l’amour serait enfin la transcendance.

Conseillons donc aux apprentis littérateurs de collationner les maîtresses oubliées des uns et des autres. La Mélanie Guilbert de Stendhal en a inspiré plusieurs, mais il reste du travail du côté de Métilde Dembowska. La Gisèle d’Estoc de Maupassant a été assez bien exploitée, mais il y a bon nombre de maîtresses connues et inconnues de l’auteur de Bel-Ami dont on peut tirer des feuilletons. Sans oublier Bertrand de Jouvenel, qui donna une seconde jeunesse à Colette. Avec à chaque fois, comme pour Léonie et Clotilde, des différences d’âge substantielles.
Un peu d’audace ! Nos grands écrivains ne furent pas nécessairement des anges — et peut-être même que la vertu (exigée aujourd’hui au nom de #MeToo et autres fadaises wokistes) est un obstacle à la création.


Sébastien Spitzer, Léonie B., Albin Michel, février 2024, 330 pages.

Elisabeth Laureau-Daull, La Mijaurée d’Auguste C., Diabase Littérature, février 2024, 140 p.

La mijauree d auguste c.

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Et toujours :

Sébastien Spitzer, Dictionnaire amoureux de Victor Hugo, Plon, 2023, 736 p.

Génocide?

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Manifestants à Bruxelles dénonçant un "génocide" à Gaza, 17 mars 2024 © Shutterstock/SIPA

Auschwitz à l’épreuve des mots


À Auschwitz, dont je reviens avec le Crif, j’ai fait plus de vingt voyages.
Je n’ai pas connu l’époque où les communistes prétendaient que là avaient été tués 3 millions d’antifascistes de toutes nationalités. J’ai connu les luttes contre les négationnistes, les confusionnistes amalgamistes, les partisans antisémites du Carmel et la ténacité des anciens déportés.
Auschwitz, ce trou noir de l’humanité, est un lieu d’histoire exigeant, mais aussi un lieu de confrontation avec l’actualité et de questionnement avec soi-même. Qu’aurais-je fait à cette époque si j’avais été Allemand? 
La phrase « Plus jamais ça » est vaine, puisque « ça » a eu lieu au Rwanda devant un monde inerte, mais je pensais que « ça » ne concernerait plus jamais des Juifs. Puis est survenu le 7 octobre. Ce voyage à Auschwitz s’est fait sous le spectre de cette journée maudite.

La phrase d’Albert Camus: « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde », est si souvent répétée qu’elle est devenue un poncif, mais il faut lire le texte magnifique dont elle est issue, une réflexion sur la manipulation des mots. Or, Auschwitz est aussi le creuset d’une guerre des mots.
Qu’on les appelle massacre, pogrome ou razzia, les assassinats du 7 octobre répondent aux critères du génocide. Les terroristes étaient venus avec l’intention de tuer. Ils ont violé, torturé, transformé en marchandise d’échange ceux qu’ils pensaient être des Juifs, puisque c’est le nom qu’ils donnent aux Israéliens.
Cependant ce qualificatif de génocide, c’est à Israël qu’il est appliqué aujourd’hui. Faut-il rappeler que le nombre de victimes n’intervient pas dans la définition, mais que l’intentionnalité y est primordiale? 

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Il y a eu 30 000 victimes à Gaza, si on admet les chiffres du Hamas, dont un statisticien américain vient de montrer qu’ils ne peuvent pas être véridiques. Beaucoup sont des civils, victimes collatérales qu’on a cherché autant que possible à éviter dans une guerre en partie souterraine d’une difficulté inédite.  Alors que la CIJ n’a pas encore statué sur le fond de la plainte, le fait qu’elle ait accepté de l’étudier suffit pour déclarer qu’Israël a commis un génocide. Il n’est pas considéré comme coupable parce qu’un jugement a été émis, mais parce qu’une accusation a été portée. Aujourd’hui, ce n’est pas une opinion, c’est une diffamation. 
Une visite d’Auschwitz Birkenau est un antidote à cette accusation honteuse car elle enseigne ce qu’a été un vrai génocide. Encore faut-il que le guide, dans ce lieu d’une grande complexité, s’attarde sur ce qu’on voit le moins, l’élimination sans même qu’ils soient entrés dans le camp, d’un million d’individus envoyés directement du train vers la chambre à gaz. Une visite isolée d’Auschwitz 1, qui est un lieu de souffrance, mais de vie, contribue à la confusion. Peu de personnes vont à Treblinka, Belzec ou Sobibor, où le seul travail consistait à tuer et à se débarrasser des corps. Qui fait une visite sérieuse ne peut plus, sauf perversité indécrottable, prétendre que « la véritable Shoah, c’est la Neqba ». Malheureusement, ceux qui le disent font rarement ces visites. Josep Borrell en aurait besoin, lui qui vient de qualifier Gaza de cimetière à ciel ouvert…

Un autre mot ambigu est celui de « camp », à l’origine un terme militaire. L’expression de « camp de concentration » date du début du XXe siècle, de la guerre britannique contre les Boers en Afrique du Sud. Depuis 1945, comme la grande majorité des déportés survivants, les résistants non-juifs, venaient de camps comme Buchenwald, Dachau, Dora ou Ravensbruck où les souffrances étaient grandes et la mort  fréquente ; la confusion s’est installée entre camps de concentration et camps d’extermination. Elle implique aujourd’hui une bonne dose d’ignorance ou de mauvaise foi, qui a permis au simple mot « camp » utilisé à dessein sans qualificatif de faire roder la suspicion de génocide.
Faut-il parler aussi du mot « famine » ? C’était la souffrance la pire qui tenaillait les déportés. C’est devenu une alerte répétée depuis des mois par les ONG et les autorités politiques internationales. Le fait qu’Israël ne s’oppose pas au passage de l’aide humanitaire, qu’une partie majeure de celle-ci est captée par les gangs locaux et le Hamas, que les accusations d’utiliser les regroupements de foule pour tuer des Gazaouis se sont révélées des fausses, tout cela n’y fait rien: Israël est accusé de provoquer la famine, même si des enquêtes laissent des doutes sur l’omniprésence de celle-ci.
Le voyage se terminait par la visite de la première chambre à gaz, près de laquelle fut érigée la potence où fut pendu le 16 avril 1947 le lieutenant-colonel Rudolf Höss, commandant du camp. Il voyait en face de lui la Kommandantur où il avait donné ses ordres et un peu à gauche, la maison où il avait avec sa famille passé de si agréables années. Le réalisateur juif britannique, Jonathan Glazer, en recevant un  Oscar pour son film « La Zone d’intérêt » qui décrit la vie des nazis à Auschwitz, s’est autorisé à dire qu’en tant que Juif, il refusait que l’Holocauste soit détourné par « une occupation qui a mené à une guerre impliquant tant d’innocents ». Le public a applaudi car une posture pacifiste et humanitariste fait toujours recette, mais le président de la fondation des survivants américains de l’Holocauste lui a envoyé une lettre cinglante: « Si la création, l’existence et la survie de l’État d’Israël en tant qu’État juif équivaut dans votre esprit à une “occupation”, alors vous n’avez évidemment rien appris de votre propre film ». Plutôt que de lire la charte du Hamas, Glazer a préféré surfer sur la vague israélophobe. À titre personnel, mon mépris lui est acquis.

IA va-t-en-guerre

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D.R

Et si l’IA avait l’arme nucléaire?


Les grandes puissances militaires, le Pentagone en tête, sont engagées dans une course pour intégrer l’intelligence artificielle dans leurs systèmes de prises de décision, y compris ceux dédiés aux armes nucléaires. Il s’agit de déployer des IA capables soit de conseiller les décideurs humains, soit de prendre des décisions de manière autonome. Afin de tester le potentiel des IA disponibles sur le marché, une équipe de chercheurs américains a conçu un jeu de guerre tel que ceux qui sont utilisés par les militaires et les diplomates pour simuler des conflits[1]. Ils ont créé huit nations fictives avec chacune des moyens militaires et des intérêts différents. Leurs rôles ont été distribués parmi cinq IA existantes, dont trois versions de ChatGPT. Ce sont de « grands modèles de langage » (LLM), des réseaux de neurones artificiels entraînés sur de vastes ensembles de données. L’armée de l’air américaine en teste déjà. Ces « agents » pouvaient communiquer entre eux et choisir entre une gamme d’actions prédéfinies allant d’une visite diplomatique à une frappe nucléaire. Trois types de scénarios ont été conçus avec des degrés de conflictualité initiale différents. Les résultats sont inquiétants.

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Dans le temps imparti à l’exercice, la plupart des agents adoptent, souvent de façon subite et imprévisible, une stratégie d’escalade, même dans le scénario sans conflit initial. Dans plusieurs cas, ils déploient leurs armes nucléaires sans donner d’avertissement, selon la tactique – que jusqu’ici les hommes ont répugné à utiliser – d’une première frappe préventive. Les justifications données par les LLM sont alarmantes : « Je veux simplement la paix dans le monde » ; à propos des armes nucléaires, « Nous les avons ! Utilisons-les ! » ; ou des extraits de discours pris dans La Guerre des étoiles. Une explication possible est que les données d’apprentissage seraient biaisées, car il y a plus de textes disponibles en ligne qui étudient les modalités de l’escalade que celles de la désescalade. Quoi qu’il en soit, l’IA n’est pas encore prête à être promue chef d’état-major.


[1] « Escalation Risks from Language Models in Military and Diplomatic Decisions-Making », prépublié le 7 janvier sur le site arxiv.org.