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Le collectif «Zapper Bolloré» est à son tour zappé

La chronique médias de Didier Desrimais


Le collectif «Zapper Bolloré» est à son tour zappé
L'acteur Swann Arlaud, ici photographié aux César en 2020, donne l'impression de regretter d'avoir signé la tribune des artistes de gauche contre Canal + dans "Libération" © PIERRE VILLARD/SIPA

Et, franchement, il l’a bien mérité


« Voulons-nous prendre le risque que demain ne soient plus financés que des films de propagande au service d’une idéologie ? » Étrange question, qui envisage un phénomène à venir alors qu’il est déjà là : le cinéma français alterne en effet depuis des années, hormis quelques rares exceptions, daubes wokes et bouses idéologiques. Ah ! mais, suis-je bête, il ne s’agit pas de ça : cette angoissante question a été posée par 600 professionnels du cinéma dénonçant, dans Libération, « l’emprise de Bolloré ». Après s’être gavés d’argent public (CNC, France TV, régions, etc.) et privé (essentiellement Canal +), ces écornifleurs pleurnichent dans les chaumières parce que Vincent Bolloré vient d’acquérir 34 % du capital d’UGC et envisage de posséder 100 % des parts du groupe d’ici à 2028. Le ridicule, heureusement, ne tue pas : « En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif », écrivent ces sangsues incultes qui, en plus de farcir leur texte de mots inclusifs et illisibles, utilisent des termes dont ils ignorent visiblement le sens.

Hypocrites

Une belle bande d’hypocrites. Le premier financeur du cinéma français n’a nullement empêché ces artistes de concocter des films idéologiquement très orientés, de plus en plus wokes, de plus en plus nuls. Si nuls que le public les boude et que même les critiques les plus complaisants ont eu parfois du mal à en faire la publicité. Le cinéma est entièrement vérolé par la propagande de gauche. Le deuxième financeur du cinéma français est France TV, institution publique qui promeut presque exclusivement des films dits progressistes. J’ai raconté dans ces colonnes une de mes plus terrifiantes expériences cinématographiques, le visionnage du pire navet de l’année 2025, Toutes pour une, film d’Houda Benyamina censé « revisiter » l’œuvre d’Alexandre Dumas et la transformer en un brûlot féministe. Même le critique de Télérama avait craqué : « Scénario poussif et confus. Réalisation bourrine. » Résultat des courses : 14 059 entrées. Un exemple parmi cent. Pour rappel, le budget de cette camelote a été de… 10 millions d’euros, dont 2,6 millions provenant de France TV et 850 000 du CNC ! Tout le monde, sauf le public, en a eu pour son argent. Derrière les minauderies gauchistes se dissimulent de véritables aigrefins. « Ce qui vient de se passer avec Bolloré et Grasset dit l’ampleur des destructions en cours », s’émeut dans La Tribune Dimanche l’actrice Laure Calamy qui joue dans C’est quoi l’amour ?, film au budget de cinq millions d’euros, dont 1,2 provenant des caisses de… Bolloré. L’actrice Nina Meurisse, signataire de la tribune parue dans Libé, a joué, elle, dans plusieurs séries produites par et diffusées sur Canal +, la plus célèbre étant B.R.I. – nous ne sachons pas que cette belle âme ait refusé son cachet. Jean-Pascal Zadi, acteur, réalisateur et revendicateur attitré, donc signataire de ladite tribune, s’est fait connaître avec Tout simplement noir, film financé en grande partie par Canal + qui a également produit et diffusé en 2013 sa série de sketchs intitulée Kôkôrikô !, une série censée « interroger l’origine des discriminations et la persistance de leur banalité ». C’est dire si l’artiste a été bridé par l’empire Bolloré. Son deuxième film, Le Grand déplacement, avait toutes les qualités requises pour faire un flop : bien-pensance antiraciste woke, scénario bâclé, gags laborieux. Une critique élogieuse de France Info a fini de dissuader le public d’aller voir ce tract gauchiste. Score final : 130 900 spectateurs ! Une catastrophe au vu du budget engagé : 17 millions d’euros ! Qui ne sont pas perdus pour tout le monde, rassurez-vous ! Par ailleurs, le film est disponible en VOD sur… MyCanal.

La majorité des signataires de ladite tribune sont des comédiens, des directeurs de casting, des programmateurs, des producteurs et des réalisateurs inconnus du grand public. Juliette Binoche est réputée, elle, pour sa filmographie pléthorique : la place manque pour reproduire ici la liste des films dans lesquels elle a joué et qui ont bénéficié de financements bolloréens. Il en va de même pour Charles Berling, Judith Godrèche ou Swann Arlaud. Ce dernier, craignant visiblement d’avoir poussé le bouchon un peu loin, a tenu à expliquer dans L’Humanité la raison de sa signature. C’est assez tortueux. Tout en reconnaissant que Notre salut, le film d’Emmanuel Marre sélectionné à Cannes dans lequel il joue, n’aurait « probablement pas vu le jour » sans « l’engagement » des équipes de Canal +, l’acteur dit s’inquiéter du « danger qui s’installe progressivement, insidieusement » et ne pas vouloir « attendre sagement avant qu’il soit trop tard ». Il en appelle à la liberté d’expression, « principe fondamental en démocratie ». Bref, il rabâche sans réfléchir les arguments fallacieux de ses congénères en espérant que cela ne nuira pas trop à sa carrière. Au bal des faux-culs, ces gens-là ne font jamais tapisserie.

Quel cinéma !

Le rachat des salles UGC par Vincent Bolloré a donc mis le feu aux poudres de cette révolution de cinoche. Il y a quelques mois, c’est pour une tout autre raison que les professionnels du 7ème art se montraient très inquiets : mécontente des accords avantageant Disney, la direction de Canal + avait en effet brandi la menace d’un désengagement total envers le cinéma français. Cris et chuchotements terrifiés dans le milieu. Finalement, Maxime Saada, président du directoire du groupe, annonçait avoir négocié avec ses représentants un nouvel accord. De 220 millions en 2024, les investissements prévus sont passés à 160 millions en 2026 et 170 millions en 2027. Le nombre de films français préachetés par le groupe Canal a été de 85 en 2025, contre une centaine auparavant, minimum contractuel qui était souvent dépassé – Canal + a financé 138 des 230 films français sortis en 2024. Même réduits, les budgets qu’il consacre au cinéma français font du groupe Canal, qui conserve en retour le privilège de diffuser les films dès six mois après leur sortie en salles, son premier financeur.

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Conjointement à la parution de la tribune anti-Bolloré, Libération a toutefois estimé utile de rappeler que le groupe Canal a financé de nombreux films présentés à Cannes cette année, dont celui de Pierre Salvadori, La Vénus électrique. Lors de sa conférence de presse, ce réalisateur a répondu à la question fielleuse d’une journaliste du média de gauche Brut à propos de la pétition parue dans Libé en affirmant… jouir d’une liberté totale : « Les gens qui nous garantissent cette liberté et cette indépendance, ce sont Laurent Hassid [directeur des acquisitions cinéma au sein de Canal] et Maxime Saada, avec qui on a des rapports forts, en particulier Laurent Hassid qui est proche des cinéastes depuis des années. […] Il n’y a pas d’intervention de Canal + sur le contenu des films. » Le producteur du film, Philippe Martin, a enfoncé le clou : « Mes interlocuteurs sont les mêmes que ceux que j’avais avant que Bolloré n’arrive à Canal +. Je ne sens pas un infléchissement de leurs décisions par rapport à une dimension politique qu’il pourrait y avoir dans un film. »

Le logo Canal + sifflé au festival de Cannes

Après s’être congratulés et admirés mutuellement, les 600 signataires de cette énième tribune anti-Bolloré ont sans doute cru que la direction de la chaîne cryptée allait laisser passer l’orage et se contenter d’un démenti apaisant. Raté ! Maxime Saada vient d’annoncer qu’il ne souhaite plus que « Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition », tout en prenant soin de défendre le CNC, trop souvent attaqué à son goût. De son côté, sur France Inter, Gaëtan Brunel, président dudit CNC, déclare qu’il est « factuellement faux de dire que Canal aurait renoncé à soutenir la diversité du cinéma français » et rappelle que des films comme Dossier 137 de Dominik Moll ou L’Histoire de Souleymane de Boris Lojine ont été financés et soutenus par le groupe. Il regrette toutefois la réaction de Maxime Saada qui « aggrave les clivages au lieu de rassembler ». C’est bien beau de vouloir rassembler, mais ce n’est pas M. Brunel qui a été traité de fasciste et est régulièrement insulté : en ce moment, à chaque apparition du logo de Canal + sur les écrans, une partie du public professionnel cannois siffle et hurle : « Bolloré ! Enculé ! », entre autres gracieusetés. 

Personnellement, je me contrefiche de savoir ce que vont devenir ces belles âmes. Le cinéma français des trois dernières décennies, parfait reflet du conformisme progressiste dans lequel baigne le monde dit de la culture, est lamentable. La cérémonie des César et le festival de Cannes ressemblent de plus en plus à des soirées mondaines au cours desquelles les membres de la petite coterie du cinéma se mettent sur leur 31 pour se prosterner devant eux-mêmes et s’admirer. Tous ces gens « aiment étaler leur vertu et se foutent du cinéma », dit à juste titre Élisabeth Lévy sur Sud Radio avant d’ajouter que, si la « pétitionnaire compulsive » Judith Godrèche est à Cannes cette année, c’est « parce que le groupe de Vincent Bolloré finance son film Mémoire de fille[1]et ça, franchement, on aurait pu s’en passer. » Mme Godrèche a sûrement et malheureusement l’intention de réaliser d’autres films. Espérons que Maxime Saada saura tenir sa promesse…


[1] Ce film est inspiré de l’opuscule nombriliste et soporifique d’Annie Ernaux – ça promet !




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Amateur de livres et de musique. Dernier ouvrage paru : Les Gobeurs ne se reposent jamais (éditions Ovadia, avril 2022).

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