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Cherchez la femme

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


Cherchez la femme
"Ceux qui prennent les décisions dans notre pays, c'est quasiment 100 % d'hommes" pleurniche la centriste Yaël Braun-Pivet au micro de France inter, le 20 mai 2026. DR.

Alors qu’on lui demandait pourquoi elle n’irait pas soutenir Gabriel Attal le 30 mai lors de son grand meeting de lancement de campagne présidentielle à Paris, Yaël Braun-Pivet a sottement répondu que «le pays serait mieux dirigé s’il était dirigé en mixité». Le commentaire d’Élisabeth Lévy.


Yaël Braun-Pivet voudrait que la France soit dirigée « en mixité ». Avec tout le respect qu’on doit à la présidente de l’Assemblée nationale, on aimerait qu’elle s’exprime en français plutôt que dans ce sabir techno-bobo. « En mixité » est aussi déplorable qu’« en situation de handicap » pour dire « handicapé », et encore plus dénué de sens : Madame Braun-Pivet suggère-t-elle que la France élise un être hybride, mi-homme mi-femme ? Ou un président « iel », ni homme ni femme ? Si elle trouve que la France serait mieux dirigée par une femme, qu’elle le dise !

Pour les malcomprenants comme votre servante, Yaël Braun-Pivet précise sa pensée : « Lorsque l’on voit ceux qui prennent les décisions dans notre pays, c’est quasiment 100 % d’hommes, ça ne va pas. » Il y a quelque temps, elle fustigeait le « club de machos qui se déclarent quasiment quotidiennement » candidats à la présidentielle.

Une quarantaine d’appelés, dont plusieurs femmes, se verraient bien se lancer dans la course à l’Élysée. Attention, Yaël Braun-Pivet n’en fait pas partie. Et si elle annonce qu’elle séchera les meetings de lancement de Gabriel Attal et d’Édouard Philippe, c’est parce qu’elle refuse les aventures personnelles. Curieux car, primo, Attal et Philippe sont soutenus par des partis (qui appartiennent à la même majorité qu’elle), et deuxio, l’élection présidentielle est par nature personnelle – la rencontre d’un homme et d’un peuple.

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Vous allez me reprocher mon ironie, alors que la place des femmes en politique serait un vrai problème. Eh bien non ! Si on était en 1946, quand les femmes venaient d’obtenir le droit de vote, j’admettrais peut-être qu’il faut un peu forcer les choses. Mais aujourd’hui ? Une femme a-t-elle été exclue du pouvoir ou de la compétition électorale parce qu’elle était une femme ? Nullement. Des femmes occupent d’ailleurs les plus hautes fonctions politiques, elles dirigent l’audiovisuel public (Delphine Ernotte et Sibyle Veil), la Cour des comptes (Amélie de Montchalin) ou… l’Assemblée nationale. Elles ne sont pas jugées sur leur sexe mais sur leur compétence. Et il n’existe aucune preuve qu’elles gouverneraient mieux que les hommes.

Enfin, j’estime que je ne suis pas mieux représentée politiquement par une femme. Les femmes ne sont pas une espèce protégée ni une minorité opprimée. Elles n’ont besoin ni de quotas, ni de pleurnicheries. D’ailleurs, si les juges décident finalement le 7 juillet prochain de limiter l’inéligibilité de Marine Le Pen pour lui permettre de se présenter, une femme sera la favorite de l’élection présidentielle. Cela réjouira certainement Yaël Braun-Pivet…


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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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