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Comment réaliser ses ambitions quand on est procrastinateur

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Le journaliste rock Stan Cuesta publie La musique a gâché ma vie, un recueil de sémillants et vifs récits partiellement autobiographiques. Entretien.


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Causeur. Pourquoi une citation du plus beau roman de Modiano, Villa triste, en exergue de votre livre ? Que représente ce romancier pour vous ?

Stan Cuesta. J’adore Modiano, j’ai lu tous ses romans, je les relis sans cesse. Ce qui me fascine, c’est que je les confonds tous, je suis incapable de me souvenir de ce dont il est question à la lecture d’un titre, et quand je le relis, je le redécouvre, avant de tout oublier à nouveau. C’est comme un nuage dans le ciel : il est là, on l’observe et l’instant d’après il a disparu sans qu’on s’en aperçoive vraiment. Il y a de la magie dans l’écriture de Modiano. En relisant Villa Triste, je suis tombé sur ce dialogue, où les mots « Tout feu tout flamme » ont fait écho à ma nouvelle du même nom, ainsi que l’évocation d’un « métier » flou, que j’ai ressentie comme étant en adéquation avec un des thèmes que j’aborde.

Quels sont vos écrivains préférés ?

Je n’ai pas une culture littéraire classique, car j’ai fait, bêtement, des études scientifiques. Je m’aperçois, en fréquentant un peu le milieu littéraire que beaucoup de ses acteurs – écrivains, éditeurs, critiques – ont fait les mêmes études, khâgne, Normale Sup, Sorbonne, etc. Moi, je n’ai pas encore vraiment lu Proust, ni même Hugo ou Balzac ! J’ai tout découvert par la musique… Et particulièrement en lisant le Rock & Folk des années soixante-dix. Donc mon écrivain préféré a longtemps été Jack Kerouac, dont j’ai tout lu, d’abord en français puis en version originale. Aujourd’hui, j’ajouterais bien sûr Modiano, mais aussi J. D. Salinger, et Réjean Ducharme, que j’essaie de faire mieux connaître en France.

Vos textes ressemblent plus à des récits autobiographiques qu’à des nouvelles. Quelle est la part d’autobiographie et celle de la fiction, s’il y en a ?

Il semble que, comme Monsieur Jourdain, je fasse de l’autofiction sans le savoir… Je n’ai pas étudié la question, je ne connais même pas la définition précise de ce mot. Disons que la plupart des textes partent d’expériences réelles vécues puis s’en écartent plus ou moins. Dès qu’on écrit, on fait de la fiction. Même quand on se raconte oralement. En tant que journaliste j’ai interviewé beaucoup d’artistes et je sais qu’ils racontent souvent de leurs vies ce qu’on en a déjà dit, ce qu’ils ont lu quelque part, même si c’est totalement romancé, voire faux. C’est la fameuse phrase tirée de L’Homme qui tua Liberty Valance, de John Ford : « Quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende. » La réalité m’intéresse assez peu. J’imprime la légende.

Le titre est, je suppose, provocateur. Pourquoi ce titre ? Quels sont vos goûts musicaux ?

C’est le titre d’un des textes, qui traite du monde du travail, ou pour être plus précis, du refus du monde du travail. Je suis ce qu’on appelait dans les sixties un drop-out, un gars qui a laissé tomber. L’amour de la musique m’a fait renoncer à une carrière « sérieuse », qui aurait été beaucoup plus rémunératrice que tout ce que j’ai fait dans la musique. C’est en ce sens que cette dernière m’a « gâché » la vie que j’aurais pu, que j’aurais dû avoir. Mais qui m’aurait tellement ennuyé que j’en serais probablement mort… Donc c’est ironique, bien sûr. J’avais ce titre depuis très longtemps. Quand j’enregistrais mon album avec Bill Pritchard, je lui en avais parlé, et il m’avait dit « Music ruined my life, excellent, I want to read it » ! Je viens de lui envoyer avec une dédicace du genre : « Il ne m’a fallu que trente ans pour l’écrire, merci d’avoir été patient ! »

Votre œuvre contient plus d’essais et de biographies que de fiction, romans et/ou nouvelles. Comment vous est venu le désir de ce recueil aujourd’hui ?

Je suis assez lent dans toutes mes réalisations, mais je finis par atteindre mes buts… Dans ma jeunesse, je n’avais aucune ambition matérielle (devenir riche, avoir une belle maison, etc.) mais j’avais plusieurs rêves, notamment, dans le désordre : faire un disque, écrire dans Rock & Folk, publier un livre personnel… J’y ai mis le temps, en raison de mon erreur d’aiguillage professionnelle du début, et aussi à cause d’un certain talent pour la procrastination, mais je les ai tous réalisés. Le plus dur, c’est après, comme dirait Gilbert Bécaud : Et maintenant, que vais-je faire ?

Votre enfance et votre adolescence se sont déroulées dans le XVIe arrondissement avec des parents communistes. Ce n’est pas courant. Parlez-nous de votre environnement familial…

Ce que je raconte dans le livre est très proche de la réalité : j’ai grandi à Créteil, puis à Boulogne-Billancourt, qui étaient à l’époque encore des banlieues populaires. Mes parents étaient de gauche – ils ont glissé du communisme vers le socialisme, comme beaucoup, en raison de la répression du Printemps de Prague. Et juste après, ils ont hérité d’un appartement dans le seizième, où j’ai passé toute mon adolescence, au milieu de grands bourgeois – mais aussi de fils de concierges espagnoles et portugaises, comme dans ce film avec Carmen Maura, Les Femmes du sixième étage… C’était comme d’être surclassé dans un avion. Ça m’a appris à faire illusion. Ça me sert toujours.

Vous rappelez à juste titre que les catholiques chantaient les chansons des communistes ; vous expliquez que ces deux pôles s’attiraient. Pouvez-vous revenir là-dessus ?

Il me semble que dans les années 1970, les cathos aussi bien que les cocos étaient sur la pente savonneuse, ils ne dirigeaient plus les consciences comme ça avait été le cas après-guerre. Donc cette fameuse opposition à la Don Camillo-Peppone n’avait plus vraiment cours. Ils devenaient marginaux. Mai-68 les avait tués, pour des raisons différentes. Et puis c’était la mode des prêtres-ouvriers, des hippies, des messes rock. Je pensais comme beaucoup que les chrétiens, s’ils appliquaient réellement la parole des évangiles, auraient tous dû être de gauche. Ça a failli être le cas, à un moment. J’ai grandi là-dedans. C’est pour ça que j’adore Nanni Moretti, par exemple.

« Georges » est un très beau texte. Vous racontez que celui-ci fut un peu votre mentor, votre initiateur. Qui était ce cousin par alliance et qu’est-il devenu ?

Je l’ai perdu de vue très vite. Je ne suis pas très famille. Ni travail, comme je l’ai déjà dit. Ni patrie !

Autre maître : votre professeur de musique, M. Cousté ; qui était-il ?

On dit un peu partout beaucoup de mal des réseaux sociaux, mais tout le monde les utilise, pour le meilleur et pour le pire. Je n’en garde que le meilleur, notamment cette possibilité hallucinante, qui était encore de la science-fiction il y a trente ans, de retrouver des gens avec lesquels on avait totalement perdu le contact. J’ai ainsi renoué à distance avec ce professeur de musique, que j’ai côtoyé de la sixième à la terminale, et qui a changé ma vie, au sens propre. Je lui ai envoyé le livre et, récompense suprême, il en a annoncé la publication sur sa page Facebook, en mentionnant, très discrètement, qu’il y apparaissait… Si ce livre n’avait servi qu’à ça, je serais déjà comblé.

Autre magnifique récit, « Confusion », très chaud… Autobiographique, partiellement ou pas du tout ?

C’est le premier texte que j’ai écrit. Il me fallait un déclencheur, ça a été le Prix de la nouvelle érotique, organisé par Au Diable Vauvert, maison d’édition pour laquelle j’avais traduit quelques livres. Sa fondatrice, Marion Mazauric, me poussait à y participer. C’était amusant, il y avait une double contrainte : écrire une nouvelle érotique en une nuit, entre minuit et sept heures du matin, sur un thème dévoilé juste avant minuit, avec un dernier mot imposé. Je me suis pris au jeu et j’ai jeté toutes mes forces dans la bataille, pensant que je n’écrirais peut-être jamais rien d’autre. Elle contient une part d’autobiographie et une part de fantasme, mais j’y suis allé à fond. J’ai même failli gagner. Il semble que je sois arrivé deuxième, à mon grand dam, puisque le vainqueur remportait 3000 euros et le suivant rien du tout. D’où mon surnom de « Poulidor de l’érotisme ».

Votre livre semble nostalgique des seventies et des eighties. Vous n’aimez pas la cancel culture ; que pensez-vous de notre époque ?

Je me méfie du mot « nostalgie », parfois employé à tort et à travers. S’il signifie un regret du passé, et cette fameuse impression que « tout était mieux avant », alors je ne suis pas nostalgique. Les jeunes réacs d’aujourd’hui se font une impression fausse des années 1960 et 70, voire même 80… Tout n’était pas rose, loin de là. Pour les sixties, par exemple, on pense explosion de couleurs, Swingin’ London et Haight-Ashbury. Mais ça concernait très peu de monde, et très loin ! La réalité de la France de ces années-là, c’était la grisaille généralisée, la télé en noir et blanc surveillée par un ministère de l’Information, la répression morale, sexuelle, la bien-pensance, l’ordre bourgeois, etc. Pour être nostalgique des années Pompidou, il faut ne pas les avoir connues ! Ça ne rigolait pas du tout.

Autre récit très fort et très émouvant, « The Entertainer ». Qui était Olivier Lancelot ?

Comme je le raconte, c’était un de mes seuls copains de Supélec, un drop out comme moi, devenu pianiste de bar ! Je ne l’avais pas revu depuis des décennies. J’ai vécu tellement de vies différentes, tellement déménagé, changé de métier, connu tellement de gens que j’ai ensuite perdu de vue, que j’ai parfois l’impression que mon passé est un film que je regarde comme un spectateur incrédule. C’est probablement pour ça que j’aime en faire de la fiction. J’ai vécu ces événements, j’ai connu ces personnes, mais aujourd’hui, c’est comme si je me regardais moi aussi de loin, comme si j’étais moi-même un personnage de ces fictions.

Que représente pour vous Robert Wyatt ?

C’est un de mes musiciens et chanteurs préférés. Il y a un culte autour de lui, justifié. Comme une société secrète des adorateurs de Robert Wyatt. Partout dans le monde, à quelques signes de reconnaissance, je rencontre des adeptes de la secte, et nous devenons amis. Cela suffit à nous rapprocher. Je cite Jean-Louis Murat et Pascal Comelade, mais il y en a bien d’autres. J’ai eu la chance de rencontrer Wyatt, de l’interviewer, ou plutôt de discuter avec lui, pour Rock & Folk. Ce pseudo-métier de journaliste musical me sert surtout à ça. C’est très mal payé, très peu lu, quasiment obsolète. Je m’en fous. J’ai rencontré la plupart de mes héros. Je suis content.

Pouvez-vous nous parler de votre expérience à Radio France ? Vous balancez non sans audace.

Tout est dit dans ce texte, La musique a gâché ma vie, qui donne son nom au recueil. C’est probablement l’un des plus importants, car il traite de ce sujet aujourd’hui passé de mode, mais qui me passionne : le refus du travail. Et de tout ce qui va avec : le tout-économie, la publicité, la consommation, la croissance, la bêtise, la laideur, etc. Je suis intarissable sur le sujet. À part ça, Radio France est une merveille. Un chef-d’œuvre en péril, pour citer une émission de télévision de mon enfance. L’arrivée de la publicité sur France Inter m’a tué. Le jour où Le jeu des mille francs (je ne suis pas encore passé aux euros) s’arrêtera, ça sera la fin des haricots.

Tout votre recueil témoigne d’une manière d’écartèlement entre votre carrière de journaliste et de musicien. Avez-vous des regrets par rapport à votre carrière de musicien et d’auteur-compositeur ?

Ce n’est pas un écartèlement. J’ai même continué les deux de front pendant un certain temps. Il n’y a pas non plus de regret. J’ai fait ce que je voulais. Je pense que j’y reviendrai par écrit dans un futur plus ou moins proche.

Quels sont vos projets tant littéraires que musicaux ?

En musique, je suis au point mort depuis une éternité. Je suis bien placé pour savoir que tout le monde fait de la musique. Tout le monde enregistre, fait des disques (qui ne sont plus vraiment des disques) et tout le monde me les envoie ! Je n’en peux plus. C’est probablement pour ça que j’ai tout arrêté. En ce qui concerne les livres, j’ai une dizaine de projets en chantier… Mais vu que l’édition va mal, et que ce n’est pas près de s’améliorer, c’est environ ce qu’il faut pour qu’il y en ait au moins un qui aboutisse. Disons que je vais ralentir les commandes (essais, biographies, etc.) et essayer de donner une suite à ce recueil. Rendez-vous dans trente ans !

La musique a gâché ma vie, Stan Cuesta, Antidata, 2024. 144 pages

La musique a gâché ma vie

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Dix ans après Charlie: un malaise mémoriel

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L’année 2024, celle des Jeux olympiques et de Notre-Dame, est également celle d’une mémoire qui oscille entre repentance et oubli sélectif. À travers des postures mémorielles controversées, Emmanuel Macron semble avoir davantage alimenté les fractures qu’inspiré l’élan collectif d’une nation en quête de repères.


Les motifs de fierté et d’unité nationales, exprimés lors des derniers vœux présidentiels, auraient pu être satisfaits en 2024, année qui, outre les opportunités des Jeux olympiques à Paris et de la réouverture de Notre-Dame, offrait l’avantage d’être un anniversaire décennal de la libération du territoire national.

Au contraire, à la faveur d’une conjoncture internationale dégradée et d’une situation nationale déstabilisée, l’année écoulée restera comme une des périodes les plus troubles et des plus fracturées de la Ve République, les postures mémorielles présidentielles, subjectives et contrites, n’ayant d’ailleurs pas contribué à exalter ces « forces morales » de la nation, dont pourtant Emmanuel Macron s’est parfois fait le chantre.

Certes, on ne peut attendre de cérémonies mémorielles qu’elles fassent totalement oublier les tensions externes et internes, ni non plus les graves sujets d’ordre sécuritaire et migratoire, financier et économique et, à présent, politique et institutionnel dont notre pays souffre. Du moins pourraient-elles mettre en valeur, ce qu’Ernest Renan (Qu’est-ce qu’une Nation ?) appelait en 1882 la « possession en commun d’un riche legs de souvenirs », indissociable de la « volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis ». La lente construction d’une conscience nationale ne saurait s’affranchir de la connaissance de ce « long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements », aux antipodes d’actuelles actions de déconstruction historique qui en dénie ou en dénigre les fondements et en efface les signes (rues débaptisées, monuments saccagés).

Quand Emmanuel Macron « bricole » avec l’Histoire

En ces temps de crise identitaire, il n’est honnêtement pas possible de se réclamer « en même temps » de Renan et de Paul Ricœur (La mémoire, l’histoire, l’oubli) – mentor philosophique d’Emmanuel Macron –, qui se défie d’une mémoire constructrice d’identité sur la base de « l’héritage de la violence fondatrice » légitimée par sa « vétusté » et qui signifie « pour les uns, gloire, pour les autres, humiliation ». Opter pour une vision mémorielle polarisée par une altérité idéalisée, ne peut déboucher que sur une quête éperdue de « réconciliation » avec ceux qui n’expriment aucunement de désir réciproque, que sur une mémoire qui, pour être « partagée », finit par s’aligner sur leurs positions, plus idéologiques qu’historiques. C’est le chemin emprunté depuis sept ans – en particulier sur la question algérienne avec le « rapport Stora » –, par celui qui préside aux cérémonies nationales avec, sur la forme, un goût prononcé pour la théâtralisation de récitant.

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N’était-ce pas au fond prévisible dès 2017, au vu de la folle campagne présidentielle où le candidat victorieux s’était lancé, bille en tête, dans ce que Ricœur lui-même aurait dénoncé comme des « abus de mémoire ». Depuis Alger, toute honte bue, il avait provoqué un tollé en qualifiant la colonisation française de « crime contre l’humanité », nécessitant déjà le secours, sous forme de ralliement électoral, de François Bayrou qui prit tout de même ses distances avec une formule « blessante pour de nombreux Français et ne correspondant pas à la vérité historique ». Puis, sans doute dans le but de nazifier sa concurrente, il s’était précipité à Oradour-sur-Glane, en omettant de rappeler que c’est la IVe République qui, au grand dam des survivants, avait soit amnistié, soit réduit les peines des criminels de guerre de ce village martyrisé par la barbarie SS.

Cependant, on ne pouvait deviner, après un long « septennat » pénitentiel, que 2024 marquerait un summum avec trois mea-culpa destinés à « apaiser » des relations bilatérales, il est vrai davantage tournées vers l’exploitation du passé que vers la construction de l’avenir.

La répression d’une révolte de tirailleurs sénégalais en 1944 vient ainsi d’être qualifiée de « massacre de Thiaroye ». Précédemment, l’exécution sommaire du chef FLN, Larbi Ben M’hidi, connue depuis plus de vingt ans par les aveux de Paul Aussaresses, a été proclamée pour les 70 ans de la « Toussaint rouge ». Enfin, lors de la commémoration du trentenaire du génocide au Rwanda, la responsabilité de la France fut confirmée, car elle « aurait pu arrêter le génocide de 1994 » mais « n’en a pas eu la volonté ».

Machine à repentance : en panne !

Toutefois, les résultats s’avérèrent foncièrement plus négatifs que ceux produits habituellement par la pièce remise dans la machine à repentance. Le gouvernement sénégalais a demandé dans la foulée le départ des troupes françaises du pays, suivant en cela un mouvement de retrait général en Afrique. En Algérie, trois semaines après la déclaration élyséenne, fut arrêté arbitrairement le grand écrivain Boualem Sansal, sans susciter de réaction immédiate au plus haut niveau de l’exécutif. Seule satisfaction due à la justice française, la Cour d’appel de Paris vient de confirmer à juste titre, le non-lieu pour une prétendue « complicité de génocide de l’armée française au Rwanda » malgré la prise de position présidentielle périlleuse.

À moins de se satisfaire du rôle d’amoureux éconduit ou d’être inspiré par les pratiques de Sacher-Masoch, on ne peut se complaire dans de telles situations internationalement humiliantes et toxiques pour les générations suivantes, qui ne méritent pas d’être lestées d’une fallacieuse dette morale s’ajoutant à la trop réelle dette financière.

Une parole présidentielle source de confusion

Pourtant, même à propos des deux guerres mondiales plus consensuelles, la parole présidentielle est de temps à autre source de confusion, de division et d’occultation du souvenir national.

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Par exemple, c’est de manière surprenante, que le chef des armées établit le 11 novembre 2023, un classement personnel des jeunes Français morts au champ d’honneur pendant la Grande Guerre selon leurs « convictions » supposées : « croyants et francs-maçons, agnostiques et libres-penseurs, protestants et musulmans, catholiques et juifs ». De surcroît, la panthéonisation de Missak Manouchian, donna également lieu à une entreprise éhontée de réhabilitation du communisme (« parce qu’ils sont communistes, ils ne connaissent rien d’autre que la fraternité humaine »), passant sous silence l’attitude du PCF durant le Pacte germano-soviétique et surtout les dizaines de millions de victimes de ce totalitarisme.

Les commémorations liées à la Seconde Guerre mondiale ont d’ailleurs été surtout orientées vers la Résistance et le débarquement de Normandie, omettant de célébrer dignement les victoires militaires françaises, aussi bien celles liées à la libération de Rome par le corps expéditionnaire français en Italie d’Alphonse Juin, que celles de la Première armée française de Jean de Lattre de Tassigny en France et en Allemagne. Le président aura bien du mal à commémorer en 2025, le 80e anniversaire de la signature de la capitulation nazie sans avoir su expliquer pourquoi nous pouvons éprouver de la fierté à cette renaissance d’une armée française victorieuse, dont l’ossature était formée par l’armée d’Afrique, et à qui nous devons toute notre place de membre permanent au conseil de sécurité de l’ONU.

Islamisme, antisémitisme : Macron attendu au tournant en 2025

L’année 2025 sera-t-elle au moins celle de l’unité dans le chagrin de se remémorer les atroces attentats islamistes qui frappèrent la France dans sa chair il y a dix ans, des tueries de janvier (Charlie Hebdo, Montrouge et l’Hypercacher de la Porte de Vincennes) jusqu’aux massacres de masse de novembre dans la capitale (Le Bataclan et les terrasses des bars et restaurants) ?

Il est permis d’en douter alors que certains aujourd’hui ne songent qu’à abolir le délit d’apologie du terrorisme. On peut aussi s’interroger sur une réelle volonté politique au sommet de l’État, avec les absences remarquées, en 2023, lors de la marche contre l’antisémitisme à Paris et, en 2024, lors de l’hommage rendu aux Invalides pour les 40 ans de l’attentat du Drakkar à Beyrouth contre l’armée française.

Il ne fallut que quatre ans aux Britanniques pour édifier un « Mémorial de la vague infinie » à Birmingham afin d’honorer les victimes des attentats islamistes en Tunisie (Sousse et Bardo) de 2015 et un autre à Hyde Park pour celles des attentats de Londres de 2005. Face au spectre terroriste ressurgi au marché de Noël de Magdebourg et à la Nouvelle-Orléans, il nous sera malaisé de parler de volonté et d’unité alors qu’aucun simple monument commémoratif n’est sorti de terre à Paris pour se recueillir dix ans après.

Terrorisme contre Charlie: dix ans de débandades

Dix ans après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, entre terreur, renoncements politiques et alliances douteuses, la France navigue entre l’omerta et l’encéphalite collective, avec un GPS réglé sur l’absurde, déplore notre chroniqueur.


Dix ans après l’attentat contre Charlie Hebdo, prélude à l’horreur en série, l’islamisme a étendu son emprise territoriale et idéologique en profitant d’un État évanescent. À Brest même (Finistère), un influenceur algérien, Youssef A. alias Zazou Youssef, qui appelait à des attentats, a été arrêté ce week-end1. Dans cette ville chère à Mac Orlan sera jugée en mars une cellule djihadiste hébergée dans une boucherie hallal2. La force de conviction de ce système totalitaire sur les esprits faibles se lit aussi dans l’explosion de l’antisémitisme, surtout depuis le pogrom du 7-Octobre 2023 mené par le Hamas contre Israël. La judéophobie rassemble une partie de la communauté musulmane issue de l’immigration et une partie non moins importante de la gauche jadis laïque. L’occupant a trouvé ses collaborateurs auprès de militants « antiracistes » et « pacifistes ». Ceux-ci s’appellent Jean-Luc Mélenchon (LFI) ou Olivier Faure (PS). Obsédés par leur antisionisme, subjugués par l’islam révolutionnaire symbolisé par Rima Hassan (LFI), ces naufragés empruntent les itinéraires des Déat ou des Doriot d’hier qui rejoindront le régime de Vichy. En dix ans, les renoncements de la classe politique et de ses médias à désigner et à combattre l’ennemi intérieur et sa cinquième colonne – deux professeurs (Samuel Paty, Dominique Bernard) y ont déjà laissé leur vie – laissent craindre une subversion toujours plus importante de la nation désarmée. Le peu de mobilisation de l’Élysée pour l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, embastillé par l’Algérie depuis plus de 50 jours, dit la faiblesse du pouvoir, contre quoi Bruno Retailleau promet de lutter. En guise d’excuse aux lâchetés, commence à poindre contre Sansal le procès en « extrême droite », à cause de ses critiques contre l’islam qu’il ne distingue pas de l’islamisme. Ce procédé stalinien, utilisé y compris par la gauche « républicaine » pour disqualifier des lanceurs d’alertes trop réalistes, est celui des capitulards et des faux-culs.

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La terreur djihadiste n’est pas la seule cause de la débandade. Certes, publier des caricatures insultantes de Mahomet n’est plus envisageable pour une rédaction insolente. Cependant, l’idéologie antiraciste se révèle être, dans son instrumentalisation, un allié plus efficace encore pour délégitimer la résistance à l’infiltration de la charia. L’accusation en islamophobie continue de tétaniser les dirigeants. Parlant des terroristes anti-Charlie, le président François Hollande s’était empressé, le jour de l’attentat, de déclarer : « Ils n’ont rien à voir avec la religion musulmane ». Votre serviteur, qui avait demandé ce jour-là, dans un débat sur RTL, aux Français musulmans de désavouer ces tueurs, avait été la cible de l’activiste du « pas d’amalgame », Rokhaya Diallo, soutenue par les participants.

Pareillement, de crainte d’être accusées de racisme, les autorités britanniques (police, justice, services sociaux) ont imposé durant des années une omerta sur des viols de masse commis par des gangs de musulmans pakistanais sur des jeunes filles blanches dans une cinquantaine de villes : un scandale que feignent de découvrir les roupilleurs, secoués par l’indignation d’Elon Musk. Pour cette raison ethnique, les féministes « universalistes », qui ont fait des viols de Mazan leur combat, se taisent sur ces crimes dénoncés ici à l’époque.

Accusée plus qu’à son tour de racisme, Marine Le Pen est depuis hier saluée sur place par la population noire de Mayotte. Elle est devenue la 11 e personnalité préférée des Français (classement JDD). Guérira-t-on enfin de notre crise d’encéphalite ?

  1. https://www.causeur.fr/brest-affaire-zazou-youcef-298862 ↩︎
  2. https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/01/03/a-brest-une-boucherie-conspirative-servait-de-lieu-de-rencontre-entre-djihadistes_6479124_3224.html ↩︎

Six femmes en colère

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Les journalistes Paloma Moritz et Salomé Saqué s’inquiètent du retour des heures les plus sombres de l’histoire. Les sociologues Solène Brun et Claire Cosquer prennent la défense de l’experte en racisme Maboula Soumahoro. La chanteuse Yseult (notre photo) chouine à la télé et sur les réseaux sociaux : le public ne l’apprécie pas assez, parce qu’il est grossophobe et un peu raciste. Enfin, les ventes du dernier livre de Sandrine Rousseau ne décollent pas.


Paloma Moritz est journaliste et responsable du pôle écologie du média d’extrême gauche Blast. Elle adore Libération, les rapports du GIEC, Greta Thunberg, les éoliennes, Camille Étienne, les trottinettes électriques, Salomé Saqué, L’Humanité, Cécile Duflot et la quiche lorraine sans lardons. Elle déteste les « climatosceptiques », les voitures, les avions, les journalistes de CNews en particulier et les médias « bollorisés » en général, Éric Zemmour, les propos « climaticides » de ce dernier, les électeurs du RN et la tartiflette avec des lardons. Concernant les médias, Mme Moritz n’est pas contente du tout et le fait savoir sur le site de StreetPress. Elle a remarqué que CNews avait de plus en plus d’audience, ce qu’elle trouve dommageable. Mais elle note surtout, écœurée, que l’audiovisuel public, vraisemblablement influencé par les critiques sur son absence de pluralisme, invite maintenant régulièrement dans l’émission “C ce soir” un journaliste du… Figaro – autant dire un crypto-fasciste. France Inter, ajoute-t-elle sans rire, penche également de plus en plus du côté conservateur, tout ça à cause d’une « petite musique qui monte, un racisme de plus en plus important et des positions anti-écologiques assumées ». Nicolas Demorand, Léa Salamé, Patrick Cohen, Claude Askolovitch, Sonia Devillers, Ali Baddou, Marion L’Hour, Pierre Haski et Carine Bécard seront sûrement surpris d’apprendre que leur radio est devenue le relais d’idées rétrogrades, voire nauséabondes. Quant à l’économiste Dominique Seux, il aurait pu éventuellement ressembler au portrait du méchant libéral tel que le conçoit la journaliste de Blast – mais, respectant en cela les recommandations doctrinaires de la direction de la radio publique, le directeur de la rédaction des Échos ne rate jamais une occasion de se verdir l’âme en colportant le discours des écolos et du GIEC sur le « dérèglement climatique ». Il est évident que Mme Moritz n’a pas le temps d’écouter les télévisions et les radios publiques – elle saurait sinon qu’il n’y pas de médias plus progressistes, wokes, écolos et de gauche, que ces machines propagandistes fonctionnant à plein régime avec l’argent des contribuables. 

Etouffez-vous !

La journaliste et militante éco-féministe Salomé Saqué est également très mécontente : « On ne qualifie plus d’extrême droite ce qui devrait l’être. De plus en plus de médias hésitent à utiliser ce terme pour désigner des partis comme le Rassemblement national, ce qui envoie un signal clair : ses idées deviennent acceptables », déclare-t-elle dans un entretien donné au magazine bobo Télérama à l’occasion de la sortie de son très court et très dispensable essai, Résister1. Ah ! si tous les médias pouvaient avoir la ligne de conduite irréprochable de France Inter, France Info, France 2, France 5, Arte, Libération, Le Monde et, bien sûr, Télérama… Ces derniers n’échappent cependant pas totalement aux admonestations de l’écolo : « Le champ médiatique tout entier s’est décalé à l’extrême droite, car les médias moins partisans suivent, en prolongeant les débats imposés par les chaînes et les journaux du groupe Bolloré. » Salomé Saqué a donc décidé de résister et appelle ses compatriotes à faire de même. Pour montrer l’exemple, elle n’a pas hésité à quitter le réseau social X qu’elle juge désormais « structuré par et pour l’extrême droite ». L’opuscule de Mme Saqué est émaillé de formules antifascistes éculées – un florilège de banalités rabâchées. Le style de l’ensemble du prospectus s’en ressent, inévitablement, et oscille entre le gnangnan court : « On ne demande pas la permission d’imaginer un monde sans extrême droite, on le construit », et le gnangnan long : « Parce que les heures les plus sombres de notre histoire devraient nous avoir appris qu’on ne peut pas faire l’économie des valeurs de tolérance et de respect qui constituent le socle de notre démocratie. » Une fastidieuse citation d’Edgar Morin sur la « nouvelle résistance » censée contrecarrer « l’extrême droite en France et en Europe » parachève cette superfluité.

Les sociologues Solène Brun et Claire Cosquer ne décolèrent pas. Après avoir écrit un laborieux et superfétatoire ouvrage sur La domination blanche2, elles signent dans Le Nouvel Obs une tribune pour défendre l’autoproclamée « experte en racisme » Maboula Soumahoro dont la présence à une table ronde au Parlement européen sur « l’égalité et l’inclusion au travail » a été contestée par des eurodéputés. Mmes Brun et Cosquer affirment que « le dialogue entre les sciences sociales et la société doit précisément se dérouler dans des lieux tels que le Parlement européen ». Le dialogue ? Quel dialogue ? Le dialogue tel que l’entend Mme Soumahoro qui déclarait en 2019, dans l’émission « Ce soir ou jamais”, qu’un « homme blanc » ne peut ni « incarner l’antiracisme » ni « avoir raison contre une femme noire ou une Arabe » ? Ou celui que conçoit la même Mme Soumahoro lorsqu’elle justifie, sur le plateau de LCI, les ateliers « non-mixtes » (sans « non racisés » ; en clair, sans Blancs) programmés lors d’un « camp d’été décolonial » ou pendant un stage organisé par le syndicat d’enseignants SUD 93 ? Émules de Robin DiAngelo, la conceptrice de la notion débile de « fragilité blanche », Mmes Brun et Cosquer disent posséder des données « scientifiques » prouvant tout à la fois la « suprématie blanche » et l’absence du « racisme anti-Blancs » – ces dames, tout comme leur protégée racialo-décolonialiste, prennent leurs désirs pour des réalités et confondent travail universitaire et militantisme académique monomaniaque. Le résultat intellectuel de ces deux universitaires est indigent et l’écriture inclusive utilisée dans leur dernier ouvrage (2) reflète la médiocrité d’un raisonnement spasmodique et dichotomique. Le monde n’y est appréhendé que sur le mode dominants/dominés et sur des rapports sociaux « racialisés » où les Blancs sont invariablement des privilégiés, et les « racisés » des victimes – cette caricature idéologique de la société sert de prétexte aux gémissements dénonciateurs d’universitaires paresseux et ineptes et aux récriminations pleurnichardes d’artistes sans talent. 

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À ce propos, la chanteuse Yseult – « femme noire, femme grosse, oubliée de la société et de la culture », larmoyait-elle lors de la remise de son prix aux Victoires de la musique en 2021 – n’est pas contente, elle non plus. Malgré l’énorme soutien publicitaire de France Inter, son dernier album est boudé par le public français. « Je n’arrive pas à croire que les gens dorment sur un projet comme MENTAL, c’est très grave », barbouille-t-elle sur son compte X. « Est-ce que vous pourriez me donner un exemple de projet similaire en France ? Je suis sérieuse car la manière dont comment vous ronflez sur ce projet, c’est chaud. » [C’est ici le moment de rappeler qu’Yseult a été choisie par Emmanuel Macron – qui hésitait sûrement avec une autre chanteuse possiblement francophone, Aya Nakamura – pour être la marraine du sommet de la… francophonie en 2024.] Deux jours plus tard, constatant que ses messages ont irrité de nombreux internautes, Yseult entre dans une colère noire : « MENTAL est l’un des meilleurs projets sortis en France cette année. Ceux et celles qui ne sont pas d’accord, étouffez-vous. »

Immanquablement, dès qu’une daube musicale, cinématographique ou littéraire pointe le bout de son nez, l’audiovisuel public en fait la promotion. Après France Inter, c’est France 5 qui a donc reçu Yseult sur le plateau de “C à vous”. Anne-Élisabeth Lemoine, plus nunuche que jamais, s’extasie –  « Vous m’avez beaucoup fait rire avec ce “étouffez-vous” » – et Yseult, aussi vulgaire que d’habitude, en rajoute en se léchant le majeur: « Mais oui, masturbez-vous ! Masturbez-vous ! En plus ça fait du bien, genre un peu de lubrifiant, un peu de dildo… » Notons au passage que la chanteuse onaniste s’est exilée en Belgique en 2021, non pas pour de basses raisons fiscales, qu’allez-vous penser là, mais parce que, expliquait-elle au Guardian à l’époque, « ses habitants accueillent la diversité et assument leur passé colonial, ce qui est encore tabou en France ».

Offensée professionnelle

Victime forever, offensée professionnelle, la plantureuse vocaliste a une préférence pour les lamentos énervés, les longues plaintes accusatrices qu’elle chouine à longueur de temps, sur scène ou sur les plateaux de télé, à l’instar de ses copines Assa Traoré ou Aïssa Maïga. Yseult, qui ne cesse de pousser la chansonnette woke, serait la cible des milieux réactionnaires et la victime d’un racisme systémique en France. « J’ai l’impression que nous, les personnes faisant partie des minorités, des personnes racisées, etc., on doit quelque chose à la France… Mais qu’est-ce qu’on doit, en fait ? J’te jure, ça me casse les couilles de devoir en permanence m’excuser, d’être redevable, d’être dans l’empathie face à des personnes non racisées alors que ça devrait être le contraire », geignait-elle sur le plateau de “Clique”, l’émission de Mouloud Achour sur Canal +, avant de conclure avec la classe qu’on lui connaît : « Qu’on arrête de nous chier dessus ! » Bien entendu, le milieu culturel se passionne pour cette plaintive créature – Thomas Jolly n’a pas manqué de faire appel à elle pour la cérémonie de clôture des JO de Paris. Entre deux brames électro-pop, Yseult aime à se plaindre en baragouinant des jérémiades wokes. Mais tout sonne faux. L’insincérité domine ses boniments dolents, rodés et répétitifs, instruments d’une formidable opération de marketing. La narcissique Yseult aimerait devenir une icône. Si l’art musical ne lui permet pas d’obtenir ce statut, elle espère y parvenir en s’imposant comme LA victime absolue d’un monde dans lequel elle n’a pourtant jamais connu la précarité ou l’injustice : « Matériellement, je n’ai pas à me plaindre, mon père gagnait beaucoup d’argent. On changeait de voiture tous les deux jours, on me conduisait à la maternelle en Mercedes. Ma mère s’achetait des sacs griffés » (entretien donné à Femina) – scolarité dans le privé, nombreux voyages à l’étranger avec ses parents, bénédiction des professionnels musicaux à l’âge de 24 ans aux Victoires de la musique, génuflexion des marques de haute couture ou de cosmétiques (Balenciaga, Alexander McQueen, L’Oréal) pour lesquelles elle défile, etc. Il aura suffi de quelques braiements « inclusifs » et d’un tube, Alibi, une fumisterie bêlée avec la chanteuse Sevdaliza et la drag queen Pabllo Vittar, pour que les agents conformistes des médias et de la « culture » se prosternent devant ce nombril géant. 

Last but not least, Sandrine Rousseau. Chacune de ses déclarations exhale un parfum de colère hargneuse et accusatrice. Mme Rousseau a trois missions : 1) Déconstruire l’homme, ce prédateur sexuel dont le barbecue est l’emblème. 2) Sauver la Planète. 3) Dire le plus d’inepties possibles dans les médias – ce à quoi elle est encore parvenue dernièrement en réussissant le tour de force de relativiser, au lieu de la condamner sans restriction, l’arrestation en Algérie d’un écrivain qui est depuis peu, officiellement et pour notre plus grand plaisir, un de nos compatriotes : « Rappelons quand même que ce n’est pas un ange dans ses positions », a-t-elle osé dire sur Sud Radio après avoir affirmé que « les propos et les positions tenus [par Boualem Sansal] sont des propos relevant de l’extrême droite, relevant d’une forme de suprémacisme ». Mme Rousseau n’est pas verte de rage contre le gouvernement algérien qui emprisonne un homme dont le seul tort est d’écrire des livres et des articles évoquant le triste sort des contrées où sévit l’islamisme, mais elle entre en ébullition dès qu’il est question de… l’extrême droite, qu’elle devine partout. Son aveuglement face à la montée islamiste, son acharnement écolo-woke, ses réflexions médiocres et ses déclarations absurdes ont cependant, semble-t-il, eu raison de la patience des Français, même les mieux disposés à son endroit. La preuve, son dernier livre3 encombre les rayons des librairies. Sorti en septembre 2024, il ne s’en est vendu qu’un petit millier d’exemplaires, tandis que celui de Philippe de Villiers4, sorti un mois plus tard, va bientôt dépasser la barre des 150 000 ventes. Sur le site d’Amazon, l’ouvrage du créateur du Puy du Fou a été noté et commenté élogieusement par plus de 500 lecteurs ; celui de Dame Rousseau n’a reçu que 4 commentaires, tous assassins. En guise de conclusion, je ne résiste pas au plaisir de rapporter celui-ci, pour sa simple et cruelle franchise : « On me l’a offert. Jamais lu autant de pitreries que dans ce livre. Je ne sais pas quoi en faire. Le revendre mais je sais qu’il y a très peu d’amateurs. Il ne me reste plus qu’à le jeter. »

La domination blanche

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Ce qui nous porte

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Mémoricide

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Les Gobeurs ne se reposent jamais

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  1. Salomé Saqué, Résister, 2024, Éditions Payot. ↩︎
  2. Solène Brun et Claire Cosquer, La domination blanche, 2024, Éditions Textuel. ↩︎
  3. Sandrine Rousseau, Ce qui nous porte, 2023, Éditions du Seuil. ↩︎
  4. Philippe de Villiers, Mémoricide, 2023, Éditions Fayard. ↩︎

Vers une société d’ennemis

Les arrestations récentes d’influenceurs algériens, à Brest, Échirolles et Montpellier, qui appellaient à commettre attentats et meurtres en France, sont inquiétantes. Mais elles étaient prévisibles. Les sinistres individus allient dans leurs messages rageurs un nationalisme algérien hystérique à l’islam identitaire. L’identité nationale et l’unité sociale, des sujets négligés pendant des décennies, ne se décrètent pas. La France est-elle en train de l’apprendre à ses dépens ? Analyse.


Deux influenceurs algériens ont récemment été interpellés en France pour des appels à la violence diffusés sur TikTok. Le premier, Youcef A., âgé de 25 ans, a été arrêté le 3 janvier à Brest. Il est accusé d’apologie publique d’un acte de terrorisme après avoir publié des vidéos appelant à commettre des attentats en France et des violences en Algérie. Le second influenceur, connu sous le pseudonyme Imad Tintin et âgé de 31 ans, a été interpellé le même jour à Échirolles, près de Grenoble. Il est accusé de provocation directe à un acte de terrorisme après avoir publié une vidéo appelant à brûler vif, tuer et violer sur le sol français. Ce qui est inquiétant ce n’est pas seulement la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux mais le nombre de « followers » de ces individus, en France-même – et les commentaires qui approuvent leurs propos incendiaires. 

Jeunesse non assimilée et violente

Depuis des décennies, la gauche a encouragé l’idée d’une société harmonieuse et inclusive, mais elle semble avoir ignoré une réalité essentielle : l’unité sociale ne se décrète pas. Elle repose sur une volonté commune, portée par des valeurs et des objectifs partagés. Or, une partie des jeunes issus de l’immigration maghrébine et subsaharienne rejette cette unité, exprimant ce refus par des comportements qui fracturent le tissu social. Cette opposition se traduit par des formes variées de violences : agressions gratuites, vols, trafics, braquages, agressions sexuelles et, dans les cas les plus extrêmes, actes terroristes.

Pendant trop longtemps, ces faits ont été minimisés, interprétés comme des manifestations isoléees ou justifiées par les conditions de vie difficiles dans des quartiers marginalisés. La gauche, notamment, a attribué ces comportements aux inégalités économiques et sociales. Mais cette lecture socio-économique, bien que partiellement fondée, ne suffit pas à expliquer l’ampleur du phénomène. Ces jeunes se retrouvent souvent dans une posture de défiance quasi systématique envers les institutions, qu’il s’agisse de la police, de l’école, des services publics ou même des voisins issus du groupe majoritaire.

Cinquième colonne idéologique

On peut décrire cette situation comme une préparation lente mais méthodique à des révoltes à venir, que pourraient instrumentaliser des courants islamistes. Ceux-ci exploitent les fractures sociales pour faire avancer leur idéologie, tout en attendant un contexte politique qui leur serait favorable. Pourtant, les mécanismes à l’origine de ces comportements dépassent largement la sphère religieuse.

A lire aussi, Céline Pina: Brest: y’a des Zazou dans mon quartier

L’islam, dans le contexte européen actuel, sert de catalyseur idéologique à ces tensions. Il offre une grille de lecture et une justification pour rejeter le modèle culturel occidental. Mais ce rejet s’inscrit dans un cadre plus large : celui de l’émergence de communautés séparées, où les caïds locaux et les prêcheurs radicaux imposent des modes de vie en rupture avec les normes occidentales.

Le défi des différences culturelles

Au cœur de cette fracture se trouve une question fondamentale : comment des groupes issus de civilisations aux valeurs profondément divergentes peuvent-ils coexister au sein d’un même espace ? L’histoire montre qu’une coexistence pacifique nécessite des concessions. Une civilisation doit accepter de renoncer à certaines de ses pratiques ou valeurs pour s’intégrer dans un ensemble commun. Ce processus, souvent appelé « assimilation », est aujourd’hui rejeté par certains comme une forme de domination culturelle. Mais refuser cette intégration revient à entretenir des sociétés parallèles, sources de tensions perpétuelles.

Les modèles de société occidentaux reposent sur des principes spécifiques : la primauté de l’individu sur le groupe, l’égalité des sexes, la liberté d’expression, et la séparation entre le religieux et le politique. Ces principes entrent parfois en conflit avec des systèmes culturels qui privilégient la communauté, la hiérarchie entre les sexes, ou l’autorité religieuse. Ces divergences profondes ne sont pas uniquement théoriques : elles se manifestent dans des comportements du quotidien qui alimentent le rejet mutuel.

Vers une unité culturelle ?

La diversité n’est pas en elle-même un obstacle. Une société peut accueillir une pluralité d’expressions culturelles, à condition que celles-ci respectent un cadre commun et ne cherchent pas à s’imposer par la force ou le rejet des autres. En revanche, la violence, qu’elle soit physique ou symbolique, devient rapidement un facteur de rupture.

Il est également essentiel de se demander si la coexistence entre civilisations est possible sans une forme de domination culturelle. Historiquement, les sociétés multiculturelles les plus stables ont été celles où une culture dominante établissait les règles communes. Cela peut être perçu comme une forme de violence symbolique, mais si cette domination est vécue positivement – comme un vecteur d’émancipation individuelle et collective –, elle peut garantir une coexistence plus pacifique.

Ce défi culturel est sans doute l’un des plus grands auxquels l’Europe est confrontée aujourd’hui. L’objectif ne peut être de nier les différences ou d’ignorer les tensions, mais de proposer un modèle clair où chaque individu, quelle que soit son origine, peut trouver sa place dans une société unie par des valeurs communes. Si cela s’avérait impossible, une société déjà divisée deviendrait une société d’ennemis. 


Elisabeth Lévy sur Sud Radio : il faut arrêter les balivernes sur le vivre-ensemble !

Comment Mélenchon rêve d’imposer sa République bolivarienne

Mélenchon veut passer à la 6e République comme on change un vieux canapé, mais sans se soucier du mode d’emploi constitutionnel.


La petite musique est soigneusement réglée depuis plusieurs semaines chez les Insoumis et les discours de ses dirigeants sont à l’unisson en matière institutionnelle : Emmanuel Macron doit être destitué ; à défaut il doit démissionner le plus vite possible, fût-ce sous la pression de la rue. Aussi Jean-Luc Mélenchon et son équipe ont-ils d’ores et déjà entamé la sélection des élus pour obtenir les 500 signatures qui lui permettront d’être candidat à l’élection présidentielle.

On ne pourra pas faire comme si on ne savait pas

Tant Mathilde Panot que Manuel Bompard ont parlé au début du mois de décembre d’un changement de Constitution, d’une modification de la loi électorale et par conséquent d’un déblocage de la situation de crise actuelle. Mais qu’ont en tête les Insoumis ? Les déclarations du meneur de La France Insoumise et de ses proches associées aux publications officielles de La France Insoumise en ligne depuis plusieurs années permettent de le savoir sans détour.

Ce qui est frappant chez eux, c’est que tout est annoncé, même si leurs objectifs sont inavouables. On ne pourra donc pas dire qu’on ne savait pas. Ainsi en est-il des cibles électorales, les jeunes, les femmes et les musulmans des villes et des banlieues, comme cela a été signifié par Jean-Luc Mélenchon lui-même. Quant à la question institutionnelle, elle a été présentée de manière adamantine dans une brochure lors de la campagne présidentielle de 2022 et intitulée sans fard « Comment nous allons passer à la 6e République ».

Voici donc ce qu’il va se passer selon les Insoumis : une fois élu, leur chef débloquera la situation pour la simple et bonne raison qu’il ne sera pas bridé par la Constitution actuelle qui interdit au chef de l’État de dissoudre l’Assemblée nationale avant juillet 2025, donc qui en pratique interdit la tenue d’élections avant septembre prochain. Dès après son élection, Jean-Luc Mélenchon utilisera l’article 11 de la Constitution, un pouvoir personnel du chef de l’État. Non pas pour la réviser comme l’avait fait le général de Gaulle à plusieurs reprises au grand dam de l’ensemble des constitutionnalistes sérieux qui jugeaient que cet article ne pouvait concerner que des textes de valeur législative et que seul l’article 89 pouvait être utilisé pour modifier la Constitution, c’est-à-dire avec l’accord des deux chambres du Parlement. Mais pour carrément changer de Constitution.

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Le peuple en liesse votant au referendum en faveur du changement de Constitution, une Assemblée constituante, composée à la fois de personnes tirées au sort et d’élus à la représentation proportionnelle (pour assurer le succès de LFI), rédigerait un projet de Constitution qui serait soumis au peuple pour ratification. Un peuple éclairé par des médias aux ordres, cela va de soi…

Un horizon rouge-vert radieux !

Le processus ferait fi de la Constitution actuelle. Comment est-ce possible ? Les Insoumis se réfèrent à la Constitution de 1793, dite montagnarde, jamais appliquée mais rédigée par les ancêtres de nos gauchistes et donc mythique aux yeux de ces derniers. Une constitution révolutionnaire qui dispose notamment qu’« un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer sa Constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures » (sauf manifestement en leur laissant une dette abyssale…).

Mais il y a un auteur sulfureux qui a bien pensé le même type de mécanisme et qui doit être l’un des inspirateurs des Insoumis, à tout le moins des spécialistes qu’ils consultent. Juriste allemand, antisémite et antilibéral notoire avant de se perdre dans le nazisme, paradoxalement très goûté de l’extrême gauche depuis la fin du XXe siècle, Carl Schmitt estimait qu’une nouvelle Constitution n’avait en aucun cas à se conformer aux règles de celle qu’elle remplaçait, le fait effaçant le droit. En ce sens, la 6e République, chère au cœur de Jean-Luc Mélenchon, pourra être portée sur les fonts baptismaux sans aucun respect des dispositions de la Constitution de la Ve République à l’issue de l’élection présidentielle victorieuse.

Et que nous réservent nos futures institutions concoctées par cet admirateur de la République bolivarienne qu’est le meneur des Insoumis ? Une intervention populaire permanente (exeunt les garanties des droits et la justice constitutionnelle), une « règle verte » pour subvertir la liberté économique, une république des « biens communs », des « droits nouveaux », « de l’égalité réelle ». Bref, une dictature rouge-verte. Oui, LFI et Jean-Luc Mélenchon sont des dangers publics !

Maïté, Orwell et l’anti-France

Nous avons eu peur, à Causeur, en recevant le dernier article de notre chroniqueur mal embouché. « L’anti-France », cela sentait bon le complot judéo-maçonnique des années 1900, Charles Maurras, Léon Daudet et autres thuriféraires d’extrême-droite. Mais en le lisant, finalement…


Bien sûr, l’expression « anti-France » remonte aux grandes années de l’affaire Dreyfus. L’anti-France, c’étaient, pour la droite nationale, les dreyfusards, tous agents de l’étranger (en l’espèce, la Prusse), habités de sentiments anti-patriotiques — ce qui, quelques années avant la Grande Guerre, signifiait davantage qu’en nos temps de paix et de concorde universelle…

Mais notre contemporanéité se caractérise par l’inversion de toutes les valeurs. Nous vivons ce moment orwellien où « l’ignorance, c’est la force », « la liberté, c’est l’esclavage » et le Hamas est une organisation pacifiste. Ou pourquoi pas l’État islamique tant qu’on y est, que Jean-Luc Mélenchon donnait dernièrement le sentiment de défendre dans sa critique acerbe des frappes françaises sur la Syrie. Ce moment où les vieilles lubies antisémites de l’extrême-droite sont ramassées dans le caniveau par la gauche et le Camp du Bien.

À noter que le socialisme des origines n’était pas forcément dreyfusard. Jean-Numa Ducange, dans Marianne, a tout récemment expliqué que Jules Guesde et ses partisans, acharnés à combattre les bourgeois et les militaires, n’avaient aucune sympathie pour Dreyfus, officier qui jamais ne renia le corps qui l’avait formé. Quant à l’assimilation des Juifs et des bourgeois — et plus spécifiquement des banquiers —, il suffit de lire L’Argent pour connaître le sentiment de Zola sur la « race maudite », bien loin des opinions qu’on lui a forgées dans la légende républicaine après J’accuse. La gauche qui soutient mordicus le Hamas et accable Boualem Sansal parce qu’il déplaît aux Algériens manipulés par le régime, dont les immigrés sont les électeurs potentiels de Mélenchonet de ses épigones, est la même que celle qui méprisait Dreyfus.

L’anti-France, aujourd’hui, rassemble ceux qui luttent contre la République. Contre l’État. Contre la civilisation. Woke, blacks blocs, féministes de dernière dégénération, gauchistes professionnels en quête d’un nouveau prolétariat sur lequel marcher pour arriver au pouvoir, trotskistes d’hier et d’aujourd’hui, lambertistes de la première et de la dernière heure.

Et tant d’autres… 

Dans un grand mouvement à 180°, la gauche est passée de l’autre côté, et la droite en quête de respectabilité en serait presque à revendiquer des idées de gauche.

La mort de Maïté, icône des années 1970-1980, m’a amené à redéfinir l’anti-France culinaire. La France, c’est le bœuf en daube ou le bourguignon, ce n’est pas la salade de quinoa. La France, c’est le cassoulet, les pieds-paquets ou la marmite dieppoise, ce n’est pas le surimi pour menus anorexiques. La France, c’est la poule au pot, le lapin chasseur et le civet de lièvre. Pas le steak de soja. Dans Le Tour de France d’Astérix (1965 — soixante ans déjà), le petit Gaulois fait le tour de l’Hexagone pour récolter les spécialités bien de chez nous, bêtises de Cambrai, saucisson de Lyon (on ne disait pas encore « Jésus », à l’époque), bouillabaisse et autres spécialités. 

Ni couscous, ni kebab, ni pizza. 

A lire ensuite, Ivan Rioufol: 2025: la crise de la démocratie met Macron sur la sellette

Mais je suis un Moderne, et je ne crache pas sur un couscous mitonné au Fémina (1, rue du Musée, à Marseille) ni sur une pizza sortie du four de la Mère Buonavista (10, avenue du Prado, Marseille aussi). Nous avons au cours de notre histoire cousu au tissu français des mœurs exotiques arrivées d’Espagne, d’Italie ou du Maghreb — tant que les immigrés de ces pays se fondaient dans la culture nationale. Mes appétits ne sont pas forcément franco-français. 

Mais ils ne sont pas anti-Français. La France est omnivore, elle n’est pas végane. Elle aime les barbecues, elle n’aime pas Sardine Ruisseau. Elle a inventé jadis les banquets républicains, où, comme le souligne Pierre Birnbaum dans La République et le cochon (2013), les Juifs en quête d’intégration savaient manger les cochonnailles offertes à l’appétit national. Parce qu’ils distinguaient, eux, ce qu’ils devaient à la nation et ce qu’ils devaient à leur dieu.

La France a des racines paysannes, elle est puissamment périphérique, comme dit Christophe Guilluy, elle existe surtout au-delà des boulevards des Maréchaux. L’anti-France vote en deçà du périphérique : seuls des agents de l’internationalisme prolétarien et de la boboïtude, escroqueries majeures, auraient l’idée d’élire Aymeric Caron, Sofia Chikirou, Rodrigo Arenas, ou Danièle Obono. 

Mais nous savons depuis lurette qu’elle est bien finie, l’époque où l’on prétendait qu’« il n’est bon bec que de Paris ». La vraie France est ailleurs, dans ces campagnes dont les panneaux de signalisation ont été rendus illisibles par ceux qui refusent le Mercosur et leur mort programmée.

Il est urgent de rétablir la vérité sur les valeurs que défendent les uns et les autres. D’un côté la vérité, de l’autre les illusions d’optique. Je me suis attelé à la tâche immense de rendre la vue aux aveugles et des neurones aux décervelés. Je leur souhaite une bonne année, pourvu qu’ils consentent à chausser des lunettes.

La République et le Cochon

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L'école sous emprise

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J’aime la galette, savez-vous comment ?

La « tradition » de la galette n’est-elle pas, avec ou sans fève, dans les mots même, une atteinte à la loi de 1905 ?


On le voit, pelle à gâteau à la main, devant une immense galette à la frangipane. Le mot en bouche, il lance à ses invités : « Je rappelle qu’il n’y a pas de fève ici ! » Rien que de l’amande. C’était en 2024, à l’Élysée, pour la traditionnelle galette de l’Épiphanie. Le président était prudent : il se souvenait que le 30 décembre 1792, quelques mois après la prise des Tuileries, avant que Louis XVI soit guillotiné, un député conventionnel avait proposé un décret abolissant la fête des Rois. On avait eu beau proposer de la débaptiser en « fête de bon voisinage », « fête des philosophes, » « fête des sans-culottes », fête de l’Égalité, rien n’y avait fait. Galette des Rois, il y avait, galette des Rois, il y a encore. Même quand on dit « la galette », le mot a une charge liberticide terrible. A moins que Mélenchon ne s’en mêle. Que des plaintes soient déposées si des mairies s’avisent de faire une galette des Rois. Avant d’en arriver là, réfléchissons aux « enjeux » : ils  sont de taille.

La galette des Rois est une tradition gastronomique. Mais pas que. Ou plutôt, cette tradition gastronomique s’ancre dans « le cultuel » via « le culturel ». Et là, ce n’est pas une égalité factuelle qui est en danger mais la laïcité. Et c’est du costaud pour la gauche, les écolos, les ultras /ultras. La « tradition » de la galette n’est-elle pas, avec ou sans fève, dans les mots même, une atteinte à la loi de 1905 ? N’est-elle pas, également, discriminante ? Pour les gros, les maigres et les pauvres ? On sait ce que veut dire « être plat comme une galette ». Et « avoir de la galette. »

A lire aussi: La boîte du bouquiniste

La galette des Rois s’enracine dans notre passé puisque elle n’est rien d’autre que la christianisation d’une tradition païenne fêtant l’allongement des jours. Au moment de la fête du Sol invictus, (le Soleil invaincu), on faisait une galette : occasion de réjouissances dans les familles. On désignait un roi d’un jour. Royauté éphémère : une espèce de Saturnale bon enfant. Cette galette de l’égalité devint ensuite un symbole de partage puis de charité. Au Moyen Âge, la tradition en demeure jusqu’à nos jours.

Les esprits éveillés ont bien vu que ce « culturel » était un symbole royaliste et cultuel. L’Épiphanie raconte la visite des Rois Mages, venus d’Orient, sur leurs chameaux chargés de trésors, adorer l’enfant Jésus dont ils ont vu se lever l’étoile. Ces mages, que l’on connaît bien, Gaspard, Melchior et Balthazar, ce sont des hommes riches de science et de biens. Ouvrant leurs coffres, ils offrent à l’enfant de la crèche, comme à un roi, de l’or, de la myrrhe et de l’encens.

L’Épiphanie signifie « Dieu rendu visible » à tous sous la forme la plus humble qui soit. On comprend que tous les Césars du monde en aient peur. Mais il n’y a pas que la galette à être inquiétante, il y a « la marche des Rois ». Quel bonheur d’entendre, en ce dimanche de l’Épiphanie, chantée martialement, après cinq ans de silence, dans une cathédrale ravagée par le feu, la traditionnelle et très provençale Marche dei Rèis, reprise par Bizet dans son Arlésienne ! Quant à la galette, elle se décline en version d’oc et en version d’oïl : au Sud, c’est à la fleur d’oranger. Au Nord, c’est à la frangipane. Pour moi, c’est la fleur d’oranger.

L’éléphant de quartz

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2025: la crise de la démocratie met Macron sur la sellette

Tous les choix du chef de l’État se sont soldés par des impasses. Emmanuel Macron ne peut survivre jusqu’en 2027 qu’au prix de l’immobilité et compte sur son sixième Premier ministre pour dynamiser l’inertie. C’est pourquoi une démission serait l’issue la plus souhaitable.


Emmanuel Macron passera-t-il 2025 ? La question se pose, même s’il la récuse. La raison en est simple : un pouvoir contesté ne peut congédier durablement toute une partie d’un peuple pour s’en protéger. Seuls les régimes totalitaires procèdent ainsi. C’est pourtant ce choix despotique qu’a fait Emmanuel Macron, dès le 5 décembre, en dénonçant un « front antirépublicain » (le Nouveau Front populaire et le Rassemblement national) jugé coupable d’avoir osé voter la censure du gouvernement de Michel Barnier. La crise de la démocratie, qui défigure la Ve République épuisée, ne peut se guérir en excluant les « extrêmes », c’est-à-dire ceux qui ne pensent pas comme le pouvoir. Comment se prétendre président de tous les Français en effaçant de la vie politique près de la moitié d’entre eux ? Comment ces pestiférés peuvent-ils se faire entendre autrement qu’en élevant toujours plus la voix ? Le coup de semonce du 3 décembre de Marine Le Pen, qui a conduit à la démission du Premier ministre, se reproduira si le chef de l’État, accroché à sa fonction, persiste dans son ostracisme. Dans sa fuite en avant, Emmanuel Macron est l’obstacle à la concorde promise par François Bayrou, nommé à Matignon un vendredi 13.

La radicalité présidentielle ne peut susciter en réponse que la radicalité des indésirables. Le centrisme réconciliateur, dont se réclame le biographe d’Henri IV, est d’ailleurs un trompe-l’œil. Bayrou est un adepte du barrage républicain. Il a voté contre Nicolas Sarkozy en 2012, à cause de ses « obsessions » sur l’immigration à réduire et les frontières à rétablir. Il fait partie des mandarins reclus dans leur Cité interdite. Tandis que les parias tambourinent aux portes de l’enclos, le ministre démissionnaire de la fonction publique Guillaume Kasbarian dévoile sa vie intime en se faisant photographier (Paris Match, 5 décembre), allongé sur son Chesterfield, la tête sur le torse de son compagnon, sous le titre : « L’amour malgré les turbulences ». Cette légèreté résume un monde évanescent et nombriliste. Même les cérémonies de réouverture de Notre-Dame, les 7 et 8 décembre, ont reproduit, dans la parade du clergé, le réflexe élitiste qui écarte le peuple de la caste des puissants. Non seulement les fidèles auront été tenus à distance de la cathédrale renaissante mais les prêtres, relookés par Jean-Charles de Castelbajac, n’auront pas eu l’idée d’aller à la rencontre de la foule catholique pour lui offrir la communion, réservée aux invités de marque. Le pape François a eu raison de préférer se mêler, le 15 décembre, à la piété du peuple corse plutôt qu’à ces mondanités parisiennes.

Rien ne va dans cette haute France à la tête vide. Ses dirigeants ne s’inquiètent que de leur sort. Les « politiciens et technocrates » (David Lisnard) sont des boulets qui empêchent le pays d’avancer. La « machinerie des partis » (Marc Bloch) oblige à penser petit. Les idéologues de l’universalisme vaporeux tétanisent la fierté collective. Certes, Notre-Dame incendiée a pu être reconstruite en cinq ans grâce à l’implication du président. Mais son mérite aura consisté à libérer des entraves étatiques une somme de savoir-faire et d’initiatives privées. Or il s’est gardé d’appliquer cette méthode à la société empoissée par les règlements, les interdits, la déresponsabilisation généralisée. Au lieu de cela, le chef de l’État aura donné le spectacle d’un monarque esseulé cherchant sa survie dans l’effacement du peuple réfractaire. La rencontre à l’Élysée, le 10 décembre, des acteurs politiques, hormis LFI et le RN, restera comme le témoignage d’un régime à bout de souffle. Bayrou était de ce conciliabule de la honte. Macron ne peut survivre jusqu’en 2027 qu’au prix de l’immobilité. Il compte sur son sixième Premier ministre pour dynamiser l’inertie. C’est pourquoi une démission serait l’issue la plus souhaitable.

La voie libérale se profile comme l’alternative pour en finir avec la France suradministrée et sous-gouvernée. L’étatisme acharné est devenu incontrôlable. La dépense publique représente 57 % du PIB ; un travailleur sur cinq est fonctionnaire ; le pays supporte deux à trois millions de normes ; pour la seule année 2023, 8 000 lois, décrets, arrêtés ou circulaires ont été publiés ; il existe 313 commissions consultatives, 1 200 agences d’État souvent inutiles, dont le haut-commissariat au plan où pantouflait Bayrou. Elon Musk, dont la présence à Notre-Dame attira les regards d’une classe politique impuissante, ouvre la voie aux coupes claires quand il propose, pour les États-Unis, de réduire le budget fédéral (7 000 milliards de dollars) de 2 000 milliards d’ici 2026 ! L’Argentin Javier Milei, élu il y a un an (10 décembre 2023) avec une tronçonneuse comme symbole de sa promesse d’élaguer les interventions publiques, peut déjà se targuer d’avancées économiques, dont une inflation en baisse. Quand le RN et son allié républicain expliquent, à propos de la défiance votée contre Barnier, avoir sanctionné « un budget socialiste » (Marine Le Pen) et « anti-entreprise » (Éric Ciotti), il est loisible de voir dans ce souverainisme, qui dénonce aussi les « dépenses toxiques », une mue vers un libéralisme.

Tous les choix du chef de l’État se sont soldés par des impasses. Sa dialectique voulait opposer les progressistes aux populistes, les déracinés aux enracinés, les méritants à ceux qui ne sont rien, les mondialistes aux souverainistes, etc. En allant au bout de ces affrontements, Macron n’a contribué qu’à accentuer la fracture entre ceux d’en haut et les citoyens qui, pour certains, lui vouent une véritable haine. La perte de la souveraineté nationale au profit d’une souveraineté européenne a été le prétexte pour Ursula von der Leyen d’imposer, le 6 décembre, l’accord de libre-échange avec des pays d’Amérique du Sud (Mercosur), en dépit de l’opposition française. L’arrestation à Alger, le 16 novembre, de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, coupable d’avoir exprimé librement ses opinions, a illustré la faiblesse de l’État, incapable de se faire respecter d’une dictature et de ses maîtres chanteurs. La France peut renaître malgré tout. Mais elle ne peut rien attendre de ceux qui l’ont saccagée, Bayrou y compris.

La boîte du bouquiniste

« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », dixit Blaise Cendras. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


Le 9 mars 1990, sur le plateau d’ « Apostrophes », Bernard Pivot reçoit Boris Eltsine et le philosophe et sociologue Alexandre Zinoviev, expulsé de Russie en 1978, à la suite de la parution des Hauteurs béantes, livre satirique sur la société soviétique. Ce soir-là, il est question de ses deux derniers ouvrages – Les Confessions d’un homme en trop et Katastroïka – livres interdits en URSS malgré la glasnost encouragée par Mikhaïl Gorbatchev depuis 1986. L’action de Katastroïka se déroule à Partgrad, ville imaginaire d’une province typique de la Russie soviétique, avec ses usines, ses écoles militaires et ses « maisons misérables, magasins vides, longues files d’attente et autres attributs de la vie de province russe ». Pour mieux faire apprécier la perestroïka, le Comité central du PC décide de faire de Partgrad une ville modèle où les Occidentaux seront autorisés à venir découvrir les tares soviétiques, mais aussi les premiers progrès dus aux réformes initiées par Gorbatchev. Une commission spéciale est créée par un apparatchik de la région, Souslikov, lequel rêve surtout de voir son buste de bronze sur la place principale de la ville qu’il espère pouvoir un jour rebaptiser Souslikovgrad. Pour Zinoviev, la Russie pérestroïkaïsée demeure intrinsèquement communiste et souffre des mêmes maux que celle de Staline. Partgrad est une façade. Au fond rien ne change : la production industrielle et les rendements agricoles restent erratiques ; la vodka, trop chère, est remplacée par la « gorbibine », alcool frelaté « dont une seule goutte aurait suffi à empoisonner une ville européenne moyenne » ; les oligarques locaux sont tous corrompus ; etc. La perestroïka, écrit Zinoviev, n’est pas un progrès mais « une crise, une maladie de la société communiste » – et l’écrivain satiriste de décrire des scènes hilarantes où se côtoient, encore et toujours, l’absurdité bureaucratique, la bêtise brutale, la cupidité des carriéristes du Parti, et l’ingénieuse débrouillardise des Russes imbibés de « gorbibine ».

Antistalinien dès son adolescence, Zinoviev avouera pourtant avoir connu une « crise morale » dépressive après la mort de Staline, crise accentuée par son exil en Europe où il ne se sentit jamais à sa place. « Si j’étais né ici, je serais entré en opposition avec le système », écrit-il en critiquant la « gorbimania » occidentale et en considérant que « nous assistons aujourd’hui à l’instauration du totalitarisme démocratique ou, si vous préférez, de la démocratie totalitaire ». En Allemagne, où il vit à l’époque, la parution de Katastroïka est boycottée par le milieu médiatico-culturel qui lui reproche, affirme-t-il, « de ne pas vouloir lécher le derrière de Gorbatchev ». Rares sont les intellectuels occidentaux faisant aujourd’hui référence à cet auteur original, paradoxal, virulent et, pour certains, visionnaire – ses propos sur la manipulation des masses en Occident, entre autres « le mensonge médiatique qui, ayant monopolisé les appréciations morales, prend la forme du bien tandis que les tentatives de le dévoiler prennent la forme du mal », résonnent cruellement aux oreilles des nationalistes européens qui subissent, avec la complicité des médias, les oukases de l’impériale Commission européenne. Comme la plupart des livres de Zinoviev, Katastroïka n’a jamais été réédité.

Katastroïka

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Comment réaliser ses ambitions quand on est procrastinateur

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Le journaliste, écrivain et musicien Stan Cuesta © Hannah Assouline

Le journaliste rock Stan Cuesta publie La musique a gâché ma vie, un recueil de sémillants et vifs récits partiellement autobiographiques. Entretien.


Version 1.0.0

Causeur. Pourquoi une citation du plus beau roman de Modiano, Villa triste, en exergue de votre livre ? Que représente ce romancier pour vous ?

Stan Cuesta. J’adore Modiano, j’ai lu tous ses romans, je les relis sans cesse. Ce qui me fascine, c’est que je les confonds tous, je suis incapable de me souvenir de ce dont il est question à la lecture d’un titre, et quand je le relis, je le redécouvre, avant de tout oublier à nouveau. C’est comme un nuage dans le ciel : il est là, on l’observe et l’instant d’après il a disparu sans qu’on s’en aperçoive vraiment. Il y a de la magie dans l’écriture de Modiano. En relisant Villa Triste, je suis tombé sur ce dialogue, où les mots « Tout feu tout flamme » ont fait écho à ma nouvelle du même nom, ainsi que l’évocation d’un « métier » flou, que j’ai ressentie comme étant en adéquation avec un des thèmes que j’aborde.

Quels sont vos écrivains préférés ?

Je n’ai pas une culture littéraire classique, car j’ai fait, bêtement, des études scientifiques. Je m’aperçois, en fréquentant un peu le milieu littéraire que beaucoup de ses acteurs – écrivains, éditeurs, critiques – ont fait les mêmes études, khâgne, Normale Sup, Sorbonne, etc. Moi, je n’ai pas encore vraiment lu Proust, ni même Hugo ou Balzac ! J’ai tout découvert par la musique… Et particulièrement en lisant le Rock & Folk des années soixante-dix. Donc mon écrivain préféré a longtemps été Jack Kerouac, dont j’ai tout lu, d’abord en français puis en version originale. Aujourd’hui, j’ajouterais bien sûr Modiano, mais aussi J. D. Salinger, et Réjean Ducharme, que j’essaie de faire mieux connaître en France.

Vos textes ressemblent plus à des récits autobiographiques qu’à des nouvelles. Quelle est la part d’autobiographie et celle de la fiction, s’il y en a ?

Il semble que, comme Monsieur Jourdain, je fasse de l’autofiction sans le savoir… Je n’ai pas étudié la question, je ne connais même pas la définition précise de ce mot. Disons que la plupart des textes partent d’expériences réelles vécues puis s’en écartent plus ou moins. Dès qu’on écrit, on fait de la fiction. Même quand on se raconte oralement. En tant que journaliste j’ai interviewé beaucoup d’artistes et je sais qu’ils racontent souvent de leurs vies ce qu’on en a déjà dit, ce qu’ils ont lu quelque part, même si c’est totalement romancé, voire faux. C’est la fameuse phrase tirée de L’Homme qui tua Liberty Valance, de John Ford : « Quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende. » La réalité m’intéresse assez peu. J’imprime la légende.

Le titre est, je suppose, provocateur. Pourquoi ce titre ? Quels sont vos goûts musicaux ?

C’est le titre d’un des textes, qui traite du monde du travail, ou pour être plus précis, du refus du monde du travail. Je suis ce qu’on appelait dans les sixties un drop-out, un gars qui a laissé tomber. L’amour de la musique m’a fait renoncer à une carrière « sérieuse », qui aurait été beaucoup plus rémunératrice que tout ce que j’ai fait dans la musique. C’est en ce sens que cette dernière m’a « gâché » la vie que j’aurais pu, que j’aurais dû avoir. Mais qui m’aurait tellement ennuyé que j’en serais probablement mort… Donc c’est ironique, bien sûr. J’avais ce titre depuis très longtemps. Quand j’enregistrais mon album avec Bill Pritchard, je lui en avais parlé, et il m’avait dit « Music ruined my life, excellent, I want to read it » ! Je viens de lui envoyer avec une dédicace du genre : « Il ne m’a fallu que trente ans pour l’écrire, merci d’avoir été patient ! »

Votre œuvre contient plus d’essais et de biographies que de fiction, romans et/ou nouvelles. Comment vous est venu le désir de ce recueil aujourd’hui ?

Je suis assez lent dans toutes mes réalisations, mais je finis par atteindre mes buts… Dans ma jeunesse, je n’avais aucune ambition matérielle (devenir riche, avoir une belle maison, etc.) mais j’avais plusieurs rêves, notamment, dans le désordre : faire un disque, écrire dans Rock & Folk, publier un livre personnel… J’y ai mis le temps, en raison de mon erreur d’aiguillage professionnelle du début, et aussi à cause d’un certain talent pour la procrastination, mais je les ai tous réalisés. Le plus dur, c’est après, comme dirait Gilbert Bécaud : Et maintenant, que vais-je faire ?

Votre enfance et votre adolescence se sont déroulées dans le XVIe arrondissement avec des parents communistes. Ce n’est pas courant. Parlez-nous de votre environnement familial…

Ce que je raconte dans le livre est très proche de la réalité : j’ai grandi à Créteil, puis à Boulogne-Billancourt, qui étaient à l’époque encore des banlieues populaires. Mes parents étaient de gauche – ils ont glissé du communisme vers le socialisme, comme beaucoup, en raison de la répression du Printemps de Prague. Et juste après, ils ont hérité d’un appartement dans le seizième, où j’ai passé toute mon adolescence, au milieu de grands bourgeois – mais aussi de fils de concierges espagnoles et portugaises, comme dans ce film avec Carmen Maura, Les Femmes du sixième étage… C’était comme d’être surclassé dans un avion. Ça m’a appris à faire illusion. Ça me sert toujours.

Vous rappelez à juste titre que les catholiques chantaient les chansons des communistes ; vous expliquez que ces deux pôles s’attiraient. Pouvez-vous revenir là-dessus ?

Il me semble que dans les années 1970, les cathos aussi bien que les cocos étaient sur la pente savonneuse, ils ne dirigeaient plus les consciences comme ça avait été le cas après-guerre. Donc cette fameuse opposition à la Don Camillo-Peppone n’avait plus vraiment cours. Ils devenaient marginaux. Mai-68 les avait tués, pour des raisons différentes. Et puis c’était la mode des prêtres-ouvriers, des hippies, des messes rock. Je pensais comme beaucoup que les chrétiens, s’ils appliquaient réellement la parole des évangiles, auraient tous dû être de gauche. Ça a failli être le cas, à un moment. J’ai grandi là-dedans. C’est pour ça que j’adore Nanni Moretti, par exemple.

« Georges » est un très beau texte. Vous racontez que celui-ci fut un peu votre mentor, votre initiateur. Qui était ce cousin par alliance et qu’est-il devenu ?

Je l’ai perdu de vue très vite. Je ne suis pas très famille. Ni travail, comme je l’ai déjà dit. Ni patrie !

Autre maître : votre professeur de musique, M. Cousté ; qui était-il ?

On dit un peu partout beaucoup de mal des réseaux sociaux, mais tout le monde les utilise, pour le meilleur et pour le pire. Je n’en garde que le meilleur, notamment cette possibilité hallucinante, qui était encore de la science-fiction il y a trente ans, de retrouver des gens avec lesquels on avait totalement perdu le contact. J’ai ainsi renoué à distance avec ce professeur de musique, que j’ai côtoyé de la sixième à la terminale, et qui a changé ma vie, au sens propre. Je lui ai envoyé le livre et, récompense suprême, il en a annoncé la publication sur sa page Facebook, en mentionnant, très discrètement, qu’il y apparaissait… Si ce livre n’avait servi qu’à ça, je serais déjà comblé.

Autre magnifique récit, « Confusion », très chaud… Autobiographique, partiellement ou pas du tout ?

C’est le premier texte que j’ai écrit. Il me fallait un déclencheur, ça a été le Prix de la nouvelle érotique, organisé par Au Diable Vauvert, maison d’édition pour laquelle j’avais traduit quelques livres. Sa fondatrice, Marion Mazauric, me poussait à y participer. C’était amusant, il y avait une double contrainte : écrire une nouvelle érotique en une nuit, entre minuit et sept heures du matin, sur un thème dévoilé juste avant minuit, avec un dernier mot imposé. Je me suis pris au jeu et j’ai jeté toutes mes forces dans la bataille, pensant que je n’écrirais peut-être jamais rien d’autre. Elle contient une part d’autobiographie et une part de fantasme, mais j’y suis allé à fond. J’ai même failli gagner. Il semble que je sois arrivé deuxième, à mon grand dam, puisque le vainqueur remportait 3000 euros et le suivant rien du tout. D’où mon surnom de « Poulidor de l’érotisme ».

Votre livre semble nostalgique des seventies et des eighties. Vous n’aimez pas la cancel culture ; que pensez-vous de notre époque ?

Je me méfie du mot « nostalgie », parfois employé à tort et à travers. S’il signifie un regret du passé, et cette fameuse impression que « tout était mieux avant », alors je ne suis pas nostalgique. Les jeunes réacs d’aujourd’hui se font une impression fausse des années 1960 et 70, voire même 80… Tout n’était pas rose, loin de là. Pour les sixties, par exemple, on pense explosion de couleurs, Swingin’ London et Haight-Ashbury. Mais ça concernait très peu de monde, et très loin ! La réalité de la France de ces années-là, c’était la grisaille généralisée, la télé en noir et blanc surveillée par un ministère de l’Information, la répression morale, sexuelle, la bien-pensance, l’ordre bourgeois, etc. Pour être nostalgique des années Pompidou, il faut ne pas les avoir connues ! Ça ne rigolait pas du tout.

Autre récit très fort et très émouvant, « The Entertainer ». Qui était Olivier Lancelot ?

Comme je le raconte, c’était un de mes seuls copains de Supélec, un drop out comme moi, devenu pianiste de bar ! Je ne l’avais pas revu depuis des décennies. J’ai vécu tellement de vies différentes, tellement déménagé, changé de métier, connu tellement de gens que j’ai ensuite perdu de vue, que j’ai parfois l’impression que mon passé est un film que je regarde comme un spectateur incrédule. C’est probablement pour ça que j’aime en faire de la fiction. J’ai vécu ces événements, j’ai connu ces personnes, mais aujourd’hui, c’est comme si je me regardais moi aussi de loin, comme si j’étais moi-même un personnage de ces fictions.

Que représente pour vous Robert Wyatt ?

C’est un de mes musiciens et chanteurs préférés. Il y a un culte autour de lui, justifié. Comme une société secrète des adorateurs de Robert Wyatt. Partout dans le monde, à quelques signes de reconnaissance, je rencontre des adeptes de la secte, et nous devenons amis. Cela suffit à nous rapprocher. Je cite Jean-Louis Murat et Pascal Comelade, mais il y en a bien d’autres. J’ai eu la chance de rencontrer Wyatt, de l’interviewer, ou plutôt de discuter avec lui, pour Rock & Folk. Ce pseudo-métier de journaliste musical me sert surtout à ça. C’est très mal payé, très peu lu, quasiment obsolète. Je m’en fous. J’ai rencontré la plupart de mes héros. Je suis content.

Pouvez-vous nous parler de votre expérience à Radio France ? Vous balancez non sans audace.

Tout est dit dans ce texte, La musique a gâché ma vie, qui donne son nom au recueil. C’est probablement l’un des plus importants, car il traite de ce sujet aujourd’hui passé de mode, mais qui me passionne : le refus du travail. Et de tout ce qui va avec : le tout-économie, la publicité, la consommation, la croissance, la bêtise, la laideur, etc. Je suis intarissable sur le sujet. À part ça, Radio France est une merveille. Un chef-d’œuvre en péril, pour citer une émission de télévision de mon enfance. L’arrivée de la publicité sur France Inter m’a tué. Le jour où Le jeu des mille francs (je ne suis pas encore passé aux euros) s’arrêtera, ça sera la fin des haricots.

Tout votre recueil témoigne d’une manière d’écartèlement entre votre carrière de journaliste et de musicien. Avez-vous des regrets par rapport à votre carrière de musicien et d’auteur-compositeur ?

Ce n’est pas un écartèlement. J’ai même continué les deux de front pendant un certain temps. Il n’y a pas non plus de regret. J’ai fait ce que je voulais. Je pense que j’y reviendrai par écrit dans un futur plus ou moins proche.

Quels sont vos projets tant littéraires que musicaux ?

En musique, je suis au point mort depuis une éternité. Je suis bien placé pour savoir que tout le monde fait de la musique. Tout le monde enregistre, fait des disques (qui ne sont plus vraiment des disques) et tout le monde me les envoie ! Je n’en peux plus. C’est probablement pour ça que j’ai tout arrêté. En ce qui concerne les livres, j’ai une dizaine de projets en chantier… Mais vu que l’édition va mal, et que ce n’est pas près de s’améliorer, c’est environ ce qu’il faut pour qu’il y en ait au moins un qui aboutisse. Disons que je vais ralentir les commandes (essais, biographies, etc.) et essayer de donner une suite à ce recueil. Rendez-vous dans trente ans !

La musique a gâché ma vie, Stan Cuesta, Antidata, 2024. 144 pages

La musique a gâché ma vie

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Dix ans après Charlie: un malaise mémoriel

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Minute de silence pour Ahmed Merabet, Paris, 7 janvier 2018 © Christophe Ena/AP/SIPA

L’année 2024, celle des Jeux olympiques et de Notre-Dame, est également celle d’une mémoire qui oscille entre repentance et oubli sélectif. À travers des postures mémorielles controversées, Emmanuel Macron semble avoir davantage alimenté les fractures qu’inspiré l’élan collectif d’une nation en quête de repères.


Les motifs de fierté et d’unité nationales, exprimés lors des derniers vœux présidentiels, auraient pu être satisfaits en 2024, année qui, outre les opportunités des Jeux olympiques à Paris et de la réouverture de Notre-Dame, offrait l’avantage d’être un anniversaire décennal de la libération du territoire national.

Au contraire, à la faveur d’une conjoncture internationale dégradée et d’une situation nationale déstabilisée, l’année écoulée restera comme une des périodes les plus troubles et des plus fracturées de la Ve République, les postures mémorielles présidentielles, subjectives et contrites, n’ayant d’ailleurs pas contribué à exalter ces « forces morales » de la nation, dont pourtant Emmanuel Macron s’est parfois fait le chantre.

Certes, on ne peut attendre de cérémonies mémorielles qu’elles fassent totalement oublier les tensions externes et internes, ni non plus les graves sujets d’ordre sécuritaire et migratoire, financier et économique et, à présent, politique et institutionnel dont notre pays souffre. Du moins pourraient-elles mettre en valeur, ce qu’Ernest Renan (Qu’est-ce qu’une Nation ?) appelait en 1882 la « possession en commun d’un riche legs de souvenirs », indissociable de la « volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis ». La lente construction d’une conscience nationale ne saurait s’affranchir de la connaissance de ce « long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements », aux antipodes d’actuelles actions de déconstruction historique qui en dénie ou en dénigre les fondements et en efface les signes (rues débaptisées, monuments saccagés).

Quand Emmanuel Macron « bricole » avec l’Histoire

En ces temps de crise identitaire, il n’est honnêtement pas possible de se réclamer « en même temps » de Renan et de Paul Ricœur (La mémoire, l’histoire, l’oubli) – mentor philosophique d’Emmanuel Macron –, qui se défie d’une mémoire constructrice d’identité sur la base de « l’héritage de la violence fondatrice » légitimée par sa « vétusté » et qui signifie « pour les uns, gloire, pour les autres, humiliation ». Opter pour une vision mémorielle polarisée par une altérité idéalisée, ne peut déboucher que sur une quête éperdue de « réconciliation » avec ceux qui n’expriment aucunement de désir réciproque, que sur une mémoire qui, pour être « partagée », finit par s’aligner sur leurs positions, plus idéologiques qu’historiques. C’est le chemin emprunté depuis sept ans – en particulier sur la question algérienne avec le « rapport Stora » –, par celui qui préside aux cérémonies nationales avec, sur la forme, un goût prononcé pour la théâtralisation de récitant.

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N’était-ce pas au fond prévisible dès 2017, au vu de la folle campagne présidentielle où le candidat victorieux s’était lancé, bille en tête, dans ce que Ricœur lui-même aurait dénoncé comme des « abus de mémoire ». Depuis Alger, toute honte bue, il avait provoqué un tollé en qualifiant la colonisation française de « crime contre l’humanité », nécessitant déjà le secours, sous forme de ralliement électoral, de François Bayrou qui prit tout de même ses distances avec une formule « blessante pour de nombreux Français et ne correspondant pas à la vérité historique ». Puis, sans doute dans le but de nazifier sa concurrente, il s’était précipité à Oradour-sur-Glane, en omettant de rappeler que c’est la IVe République qui, au grand dam des survivants, avait soit amnistié, soit réduit les peines des criminels de guerre de ce village martyrisé par la barbarie SS.

Cependant, on ne pouvait deviner, après un long « septennat » pénitentiel, que 2024 marquerait un summum avec trois mea-culpa destinés à « apaiser » des relations bilatérales, il est vrai davantage tournées vers l’exploitation du passé que vers la construction de l’avenir.

La répression d’une révolte de tirailleurs sénégalais en 1944 vient ainsi d’être qualifiée de « massacre de Thiaroye ». Précédemment, l’exécution sommaire du chef FLN, Larbi Ben M’hidi, connue depuis plus de vingt ans par les aveux de Paul Aussaresses, a été proclamée pour les 70 ans de la « Toussaint rouge ». Enfin, lors de la commémoration du trentenaire du génocide au Rwanda, la responsabilité de la France fut confirmée, car elle « aurait pu arrêter le génocide de 1994 » mais « n’en a pas eu la volonté ».

Machine à repentance : en panne !

Toutefois, les résultats s’avérèrent foncièrement plus négatifs que ceux produits habituellement par la pièce remise dans la machine à repentance. Le gouvernement sénégalais a demandé dans la foulée le départ des troupes françaises du pays, suivant en cela un mouvement de retrait général en Afrique. En Algérie, trois semaines après la déclaration élyséenne, fut arrêté arbitrairement le grand écrivain Boualem Sansal, sans susciter de réaction immédiate au plus haut niveau de l’exécutif. Seule satisfaction due à la justice française, la Cour d’appel de Paris vient de confirmer à juste titre, le non-lieu pour une prétendue « complicité de génocide de l’armée française au Rwanda » malgré la prise de position présidentielle périlleuse.

À moins de se satisfaire du rôle d’amoureux éconduit ou d’être inspiré par les pratiques de Sacher-Masoch, on ne peut se complaire dans de telles situations internationalement humiliantes et toxiques pour les générations suivantes, qui ne méritent pas d’être lestées d’une fallacieuse dette morale s’ajoutant à la trop réelle dette financière.

Une parole présidentielle source de confusion

Pourtant, même à propos des deux guerres mondiales plus consensuelles, la parole présidentielle est de temps à autre source de confusion, de division et d’occultation du souvenir national.

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Par exemple, c’est de manière surprenante, que le chef des armées établit le 11 novembre 2023, un classement personnel des jeunes Français morts au champ d’honneur pendant la Grande Guerre selon leurs « convictions » supposées : « croyants et francs-maçons, agnostiques et libres-penseurs, protestants et musulmans, catholiques et juifs ». De surcroît, la panthéonisation de Missak Manouchian, donna également lieu à une entreprise éhontée de réhabilitation du communisme (« parce qu’ils sont communistes, ils ne connaissent rien d’autre que la fraternité humaine »), passant sous silence l’attitude du PCF durant le Pacte germano-soviétique et surtout les dizaines de millions de victimes de ce totalitarisme.

Les commémorations liées à la Seconde Guerre mondiale ont d’ailleurs été surtout orientées vers la Résistance et le débarquement de Normandie, omettant de célébrer dignement les victoires militaires françaises, aussi bien celles liées à la libération de Rome par le corps expéditionnaire français en Italie d’Alphonse Juin, que celles de la Première armée française de Jean de Lattre de Tassigny en France et en Allemagne. Le président aura bien du mal à commémorer en 2025, le 80e anniversaire de la signature de la capitulation nazie sans avoir su expliquer pourquoi nous pouvons éprouver de la fierté à cette renaissance d’une armée française victorieuse, dont l’ossature était formée par l’armée d’Afrique, et à qui nous devons toute notre place de membre permanent au conseil de sécurité de l’ONU.

Islamisme, antisémitisme : Macron attendu au tournant en 2025

L’année 2025 sera-t-elle au moins celle de l’unité dans le chagrin de se remémorer les atroces attentats islamistes qui frappèrent la France dans sa chair il y a dix ans, des tueries de janvier (Charlie Hebdo, Montrouge et l’Hypercacher de la Porte de Vincennes) jusqu’aux massacres de masse de novembre dans la capitale (Le Bataclan et les terrasses des bars et restaurants) ?

Il est permis d’en douter alors que certains aujourd’hui ne songent qu’à abolir le délit d’apologie du terrorisme. On peut aussi s’interroger sur une réelle volonté politique au sommet de l’État, avec les absences remarquées, en 2023, lors de la marche contre l’antisémitisme à Paris et, en 2024, lors de l’hommage rendu aux Invalides pour les 40 ans de l’attentat du Drakkar à Beyrouth contre l’armée française.

Il ne fallut que quatre ans aux Britanniques pour édifier un « Mémorial de la vague infinie » à Birmingham afin d’honorer les victimes des attentats islamistes en Tunisie (Sousse et Bardo) de 2015 et un autre à Hyde Park pour celles des attentats de Londres de 2005. Face au spectre terroriste ressurgi au marché de Noël de Magdebourg et à la Nouvelle-Orléans, il nous sera malaisé de parler de volonté et d’unité alors qu’aucun simple monument commémoratif n’est sorti de terre à Paris pour se recueillir dix ans après.

Terrorisme contre Charlie: dix ans de débandades

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Le journaliste et polémiste Ivan Rioufol © Hannah Assouline

Dix ans après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, entre terreur, renoncements politiques et alliances douteuses, la France navigue entre l’omerta et l’encéphalite collective, avec un GPS réglé sur l’absurde, déplore notre chroniqueur.


Dix ans après l’attentat contre Charlie Hebdo, prélude à l’horreur en série, l’islamisme a étendu son emprise territoriale et idéologique en profitant d’un État évanescent. À Brest même (Finistère), un influenceur algérien, Youssef A. alias Zazou Youssef, qui appelait à des attentats, a été arrêté ce week-end1. Dans cette ville chère à Mac Orlan sera jugée en mars une cellule djihadiste hébergée dans une boucherie hallal2. La force de conviction de ce système totalitaire sur les esprits faibles se lit aussi dans l’explosion de l’antisémitisme, surtout depuis le pogrom du 7-Octobre 2023 mené par le Hamas contre Israël. La judéophobie rassemble une partie de la communauté musulmane issue de l’immigration et une partie non moins importante de la gauche jadis laïque. L’occupant a trouvé ses collaborateurs auprès de militants « antiracistes » et « pacifistes ». Ceux-ci s’appellent Jean-Luc Mélenchon (LFI) ou Olivier Faure (PS). Obsédés par leur antisionisme, subjugués par l’islam révolutionnaire symbolisé par Rima Hassan (LFI), ces naufragés empruntent les itinéraires des Déat ou des Doriot d’hier qui rejoindront le régime de Vichy. En dix ans, les renoncements de la classe politique et de ses médias à désigner et à combattre l’ennemi intérieur et sa cinquième colonne – deux professeurs (Samuel Paty, Dominique Bernard) y ont déjà laissé leur vie – laissent craindre une subversion toujours plus importante de la nation désarmée. Le peu de mobilisation de l’Élysée pour l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, embastillé par l’Algérie depuis plus de 50 jours, dit la faiblesse du pouvoir, contre quoi Bruno Retailleau promet de lutter. En guise d’excuse aux lâchetés, commence à poindre contre Sansal le procès en « extrême droite », à cause de ses critiques contre l’islam qu’il ne distingue pas de l’islamisme. Ce procédé stalinien, utilisé y compris par la gauche « républicaine » pour disqualifier des lanceurs d’alertes trop réalistes, est celui des capitulards et des faux-culs.

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La terreur djihadiste n’est pas la seule cause de la débandade. Certes, publier des caricatures insultantes de Mahomet n’est plus envisageable pour une rédaction insolente. Cependant, l’idéologie antiraciste se révèle être, dans son instrumentalisation, un allié plus efficace encore pour délégitimer la résistance à l’infiltration de la charia. L’accusation en islamophobie continue de tétaniser les dirigeants. Parlant des terroristes anti-Charlie, le président François Hollande s’était empressé, le jour de l’attentat, de déclarer : « Ils n’ont rien à voir avec la religion musulmane ». Votre serviteur, qui avait demandé ce jour-là, dans un débat sur RTL, aux Français musulmans de désavouer ces tueurs, avait été la cible de l’activiste du « pas d’amalgame », Rokhaya Diallo, soutenue par les participants.

Pareillement, de crainte d’être accusées de racisme, les autorités britanniques (police, justice, services sociaux) ont imposé durant des années une omerta sur des viols de masse commis par des gangs de musulmans pakistanais sur des jeunes filles blanches dans une cinquantaine de villes : un scandale que feignent de découvrir les roupilleurs, secoués par l’indignation d’Elon Musk. Pour cette raison ethnique, les féministes « universalistes », qui ont fait des viols de Mazan leur combat, se taisent sur ces crimes dénoncés ici à l’époque.

Accusée plus qu’à son tour de racisme, Marine Le Pen est depuis hier saluée sur place par la population noire de Mayotte. Elle est devenue la 11 e personnalité préférée des Français (classement JDD). Guérira-t-on enfin de notre crise d’encéphalite ?

  1. https://www.causeur.fr/brest-affaire-zazou-youcef-298862 ↩︎
  2. https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/01/03/a-brest-une-boucherie-conspirative-servait-de-lieu-de-rencontre-entre-djihadistes_6479124_3224.html ↩︎

Six femmes en colère

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La chanteuse Yseult à la Fashion week, Paris, 25 septembre 2024 © JM HAEDRICH/SIPA

Les journalistes Paloma Moritz et Salomé Saqué s’inquiètent du retour des heures les plus sombres de l’histoire. Les sociologues Solène Brun et Claire Cosquer prennent la défense de l’experte en racisme Maboula Soumahoro. La chanteuse Yseult (notre photo) chouine à la télé et sur les réseaux sociaux : le public ne l’apprécie pas assez, parce qu’il est grossophobe et un peu raciste. Enfin, les ventes du dernier livre de Sandrine Rousseau ne décollent pas.


Paloma Moritz est journaliste et responsable du pôle écologie du média d’extrême gauche Blast. Elle adore Libération, les rapports du GIEC, Greta Thunberg, les éoliennes, Camille Étienne, les trottinettes électriques, Salomé Saqué, L’Humanité, Cécile Duflot et la quiche lorraine sans lardons. Elle déteste les « climatosceptiques », les voitures, les avions, les journalistes de CNews en particulier et les médias « bollorisés » en général, Éric Zemmour, les propos « climaticides » de ce dernier, les électeurs du RN et la tartiflette avec des lardons. Concernant les médias, Mme Moritz n’est pas contente du tout et le fait savoir sur le site de StreetPress. Elle a remarqué que CNews avait de plus en plus d’audience, ce qu’elle trouve dommageable. Mais elle note surtout, écœurée, que l’audiovisuel public, vraisemblablement influencé par les critiques sur son absence de pluralisme, invite maintenant régulièrement dans l’émission “C ce soir” un journaliste du… Figaro – autant dire un crypto-fasciste. France Inter, ajoute-t-elle sans rire, penche également de plus en plus du côté conservateur, tout ça à cause d’une « petite musique qui monte, un racisme de plus en plus important et des positions anti-écologiques assumées ». Nicolas Demorand, Léa Salamé, Patrick Cohen, Claude Askolovitch, Sonia Devillers, Ali Baddou, Marion L’Hour, Pierre Haski et Carine Bécard seront sûrement surpris d’apprendre que leur radio est devenue le relais d’idées rétrogrades, voire nauséabondes. Quant à l’économiste Dominique Seux, il aurait pu éventuellement ressembler au portrait du méchant libéral tel que le conçoit la journaliste de Blast – mais, respectant en cela les recommandations doctrinaires de la direction de la radio publique, le directeur de la rédaction des Échos ne rate jamais une occasion de se verdir l’âme en colportant le discours des écolos et du GIEC sur le « dérèglement climatique ». Il est évident que Mme Moritz n’a pas le temps d’écouter les télévisions et les radios publiques – elle saurait sinon qu’il n’y pas de médias plus progressistes, wokes, écolos et de gauche, que ces machines propagandistes fonctionnant à plein régime avec l’argent des contribuables. 

Etouffez-vous !

La journaliste et militante éco-féministe Salomé Saqué est également très mécontente : « On ne qualifie plus d’extrême droite ce qui devrait l’être. De plus en plus de médias hésitent à utiliser ce terme pour désigner des partis comme le Rassemblement national, ce qui envoie un signal clair : ses idées deviennent acceptables », déclare-t-elle dans un entretien donné au magazine bobo Télérama à l’occasion de la sortie de son très court et très dispensable essai, Résister1. Ah ! si tous les médias pouvaient avoir la ligne de conduite irréprochable de France Inter, France Info, France 2, France 5, Arte, Libération, Le Monde et, bien sûr, Télérama… Ces derniers n’échappent cependant pas totalement aux admonestations de l’écolo : « Le champ médiatique tout entier s’est décalé à l’extrême droite, car les médias moins partisans suivent, en prolongeant les débats imposés par les chaînes et les journaux du groupe Bolloré. » Salomé Saqué a donc décidé de résister et appelle ses compatriotes à faire de même. Pour montrer l’exemple, elle n’a pas hésité à quitter le réseau social X qu’elle juge désormais « structuré par et pour l’extrême droite ». L’opuscule de Mme Saqué est émaillé de formules antifascistes éculées – un florilège de banalités rabâchées. Le style de l’ensemble du prospectus s’en ressent, inévitablement, et oscille entre le gnangnan court : « On ne demande pas la permission d’imaginer un monde sans extrême droite, on le construit », et le gnangnan long : « Parce que les heures les plus sombres de notre histoire devraient nous avoir appris qu’on ne peut pas faire l’économie des valeurs de tolérance et de respect qui constituent le socle de notre démocratie. » Une fastidieuse citation d’Edgar Morin sur la « nouvelle résistance » censée contrecarrer « l’extrême droite en France et en Europe » parachève cette superfluité.

Les sociologues Solène Brun et Claire Cosquer ne décolèrent pas. Après avoir écrit un laborieux et superfétatoire ouvrage sur La domination blanche2, elles signent dans Le Nouvel Obs une tribune pour défendre l’autoproclamée « experte en racisme » Maboula Soumahoro dont la présence à une table ronde au Parlement européen sur « l’égalité et l’inclusion au travail » a été contestée par des eurodéputés. Mmes Brun et Cosquer affirment que « le dialogue entre les sciences sociales et la société doit précisément se dérouler dans des lieux tels que le Parlement européen ». Le dialogue ? Quel dialogue ? Le dialogue tel que l’entend Mme Soumahoro qui déclarait en 2019, dans l’émission « Ce soir ou jamais”, qu’un « homme blanc » ne peut ni « incarner l’antiracisme » ni « avoir raison contre une femme noire ou une Arabe » ? Ou celui que conçoit la même Mme Soumahoro lorsqu’elle justifie, sur le plateau de LCI, les ateliers « non-mixtes » (sans « non racisés » ; en clair, sans Blancs) programmés lors d’un « camp d’été décolonial » ou pendant un stage organisé par le syndicat d’enseignants SUD 93 ? Émules de Robin DiAngelo, la conceptrice de la notion débile de « fragilité blanche », Mmes Brun et Cosquer disent posséder des données « scientifiques » prouvant tout à la fois la « suprématie blanche » et l’absence du « racisme anti-Blancs » – ces dames, tout comme leur protégée racialo-décolonialiste, prennent leurs désirs pour des réalités et confondent travail universitaire et militantisme académique monomaniaque. Le résultat intellectuel de ces deux universitaires est indigent et l’écriture inclusive utilisée dans leur dernier ouvrage (2) reflète la médiocrité d’un raisonnement spasmodique et dichotomique. Le monde n’y est appréhendé que sur le mode dominants/dominés et sur des rapports sociaux « racialisés » où les Blancs sont invariablement des privilégiés, et les « racisés » des victimes – cette caricature idéologique de la société sert de prétexte aux gémissements dénonciateurs d’universitaires paresseux et ineptes et aux récriminations pleurnichardes d’artistes sans talent. 

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À ce propos, la chanteuse Yseult – « femme noire, femme grosse, oubliée de la société et de la culture », larmoyait-elle lors de la remise de son prix aux Victoires de la musique en 2021 – n’est pas contente, elle non plus. Malgré l’énorme soutien publicitaire de France Inter, son dernier album est boudé par le public français. « Je n’arrive pas à croire que les gens dorment sur un projet comme MENTAL, c’est très grave », barbouille-t-elle sur son compte X. « Est-ce que vous pourriez me donner un exemple de projet similaire en France ? Je suis sérieuse car la manière dont comment vous ronflez sur ce projet, c’est chaud. » [C’est ici le moment de rappeler qu’Yseult a été choisie par Emmanuel Macron – qui hésitait sûrement avec une autre chanteuse possiblement francophone, Aya Nakamura – pour être la marraine du sommet de la… francophonie en 2024.] Deux jours plus tard, constatant que ses messages ont irrité de nombreux internautes, Yseult entre dans une colère noire : « MENTAL est l’un des meilleurs projets sortis en France cette année. Ceux et celles qui ne sont pas d’accord, étouffez-vous. »

Immanquablement, dès qu’une daube musicale, cinématographique ou littéraire pointe le bout de son nez, l’audiovisuel public en fait la promotion. Après France Inter, c’est France 5 qui a donc reçu Yseult sur le plateau de “C à vous”. Anne-Élisabeth Lemoine, plus nunuche que jamais, s’extasie –  « Vous m’avez beaucoup fait rire avec ce “étouffez-vous” » – et Yseult, aussi vulgaire que d’habitude, en rajoute en se léchant le majeur: « Mais oui, masturbez-vous ! Masturbez-vous ! En plus ça fait du bien, genre un peu de lubrifiant, un peu de dildo… » Notons au passage que la chanteuse onaniste s’est exilée en Belgique en 2021, non pas pour de basses raisons fiscales, qu’allez-vous penser là, mais parce que, expliquait-elle au Guardian à l’époque, « ses habitants accueillent la diversité et assument leur passé colonial, ce qui est encore tabou en France ».

Offensée professionnelle

Victime forever, offensée professionnelle, la plantureuse vocaliste a une préférence pour les lamentos énervés, les longues plaintes accusatrices qu’elle chouine à longueur de temps, sur scène ou sur les plateaux de télé, à l’instar de ses copines Assa Traoré ou Aïssa Maïga. Yseult, qui ne cesse de pousser la chansonnette woke, serait la cible des milieux réactionnaires et la victime d’un racisme systémique en France. « J’ai l’impression que nous, les personnes faisant partie des minorités, des personnes racisées, etc., on doit quelque chose à la France… Mais qu’est-ce qu’on doit, en fait ? J’te jure, ça me casse les couilles de devoir en permanence m’excuser, d’être redevable, d’être dans l’empathie face à des personnes non racisées alors que ça devrait être le contraire », geignait-elle sur le plateau de “Clique”, l’émission de Mouloud Achour sur Canal +, avant de conclure avec la classe qu’on lui connaît : « Qu’on arrête de nous chier dessus ! » Bien entendu, le milieu culturel se passionne pour cette plaintive créature – Thomas Jolly n’a pas manqué de faire appel à elle pour la cérémonie de clôture des JO de Paris. Entre deux brames électro-pop, Yseult aime à se plaindre en baragouinant des jérémiades wokes. Mais tout sonne faux. L’insincérité domine ses boniments dolents, rodés et répétitifs, instruments d’une formidable opération de marketing. La narcissique Yseult aimerait devenir une icône. Si l’art musical ne lui permet pas d’obtenir ce statut, elle espère y parvenir en s’imposant comme LA victime absolue d’un monde dans lequel elle n’a pourtant jamais connu la précarité ou l’injustice : « Matériellement, je n’ai pas à me plaindre, mon père gagnait beaucoup d’argent. On changeait de voiture tous les deux jours, on me conduisait à la maternelle en Mercedes. Ma mère s’achetait des sacs griffés » (entretien donné à Femina) – scolarité dans le privé, nombreux voyages à l’étranger avec ses parents, bénédiction des professionnels musicaux à l’âge de 24 ans aux Victoires de la musique, génuflexion des marques de haute couture ou de cosmétiques (Balenciaga, Alexander McQueen, L’Oréal) pour lesquelles elle défile, etc. Il aura suffi de quelques braiements « inclusifs » et d’un tube, Alibi, une fumisterie bêlée avec la chanteuse Sevdaliza et la drag queen Pabllo Vittar, pour que les agents conformistes des médias et de la « culture » se prosternent devant ce nombril géant. 

Last but not least, Sandrine Rousseau. Chacune de ses déclarations exhale un parfum de colère hargneuse et accusatrice. Mme Rousseau a trois missions : 1) Déconstruire l’homme, ce prédateur sexuel dont le barbecue est l’emblème. 2) Sauver la Planète. 3) Dire le plus d’inepties possibles dans les médias – ce à quoi elle est encore parvenue dernièrement en réussissant le tour de force de relativiser, au lieu de la condamner sans restriction, l’arrestation en Algérie d’un écrivain qui est depuis peu, officiellement et pour notre plus grand plaisir, un de nos compatriotes : « Rappelons quand même que ce n’est pas un ange dans ses positions », a-t-elle osé dire sur Sud Radio après avoir affirmé que « les propos et les positions tenus [par Boualem Sansal] sont des propos relevant de l’extrême droite, relevant d’une forme de suprémacisme ». Mme Rousseau n’est pas verte de rage contre le gouvernement algérien qui emprisonne un homme dont le seul tort est d’écrire des livres et des articles évoquant le triste sort des contrées où sévit l’islamisme, mais elle entre en ébullition dès qu’il est question de… l’extrême droite, qu’elle devine partout. Son aveuglement face à la montée islamiste, son acharnement écolo-woke, ses réflexions médiocres et ses déclarations absurdes ont cependant, semble-t-il, eu raison de la patience des Français, même les mieux disposés à son endroit. La preuve, son dernier livre3 encombre les rayons des librairies. Sorti en septembre 2024, il ne s’en est vendu qu’un petit millier d’exemplaires, tandis que celui de Philippe de Villiers4, sorti un mois plus tard, va bientôt dépasser la barre des 150 000 ventes. Sur le site d’Amazon, l’ouvrage du créateur du Puy du Fou a été noté et commenté élogieusement par plus de 500 lecteurs ; celui de Dame Rousseau n’a reçu que 4 commentaires, tous assassins. En guise de conclusion, je ne résiste pas au plaisir de rapporter celui-ci, pour sa simple et cruelle franchise : « On me l’a offert. Jamais lu autant de pitreries que dans ce livre. Je ne sais pas quoi en faire. Le revendre mais je sais qu’il y a très peu d’amateurs. Il ne me reste plus qu’à le jeter. »

La domination blanche

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Ce qui nous porte

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Mémoricide

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Les Gobeurs ne se reposent jamais

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  1. Salomé Saqué, Résister, 2024, Éditions Payot. ↩︎
  2. Solène Brun et Claire Cosquer, La domination blanche, 2024, Éditions Textuel. ↩︎
  3. Sandrine Rousseau, Ce qui nous porte, 2023, Éditions du Seuil. ↩︎
  4. Philippe de Villiers, Mémoricide, 2023, Éditions Fayard. ↩︎

Vers une société d’ennemis

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Capture BFMTV.

Les arrestations récentes d’influenceurs algériens, à Brest, Échirolles et Montpellier, qui appellaient à commettre attentats et meurtres en France, sont inquiétantes. Mais elles étaient prévisibles. Les sinistres individus allient dans leurs messages rageurs un nationalisme algérien hystérique à l’islam identitaire. L’identité nationale et l’unité sociale, des sujets négligés pendant des décennies, ne se décrètent pas. La France est-elle en train de l’apprendre à ses dépens ? Analyse.


Deux influenceurs algériens ont récemment été interpellés en France pour des appels à la violence diffusés sur TikTok. Le premier, Youcef A., âgé de 25 ans, a été arrêté le 3 janvier à Brest. Il est accusé d’apologie publique d’un acte de terrorisme après avoir publié des vidéos appelant à commettre des attentats en France et des violences en Algérie. Le second influenceur, connu sous le pseudonyme Imad Tintin et âgé de 31 ans, a été interpellé le même jour à Échirolles, près de Grenoble. Il est accusé de provocation directe à un acte de terrorisme après avoir publié une vidéo appelant à brûler vif, tuer et violer sur le sol français. Ce qui est inquiétant ce n’est pas seulement la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux mais le nombre de « followers » de ces individus, en France-même – et les commentaires qui approuvent leurs propos incendiaires. 

Jeunesse non assimilée et violente

Depuis des décennies, la gauche a encouragé l’idée d’une société harmonieuse et inclusive, mais elle semble avoir ignoré une réalité essentielle : l’unité sociale ne se décrète pas. Elle repose sur une volonté commune, portée par des valeurs et des objectifs partagés. Or, une partie des jeunes issus de l’immigration maghrébine et subsaharienne rejette cette unité, exprimant ce refus par des comportements qui fracturent le tissu social. Cette opposition se traduit par des formes variées de violences : agressions gratuites, vols, trafics, braquages, agressions sexuelles et, dans les cas les plus extrêmes, actes terroristes.

Pendant trop longtemps, ces faits ont été minimisés, interprétés comme des manifestations isoléees ou justifiées par les conditions de vie difficiles dans des quartiers marginalisés. La gauche, notamment, a attribué ces comportements aux inégalités économiques et sociales. Mais cette lecture socio-économique, bien que partiellement fondée, ne suffit pas à expliquer l’ampleur du phénomène. Ces jeunes se retrouvent souvent dans une posture de défiance quasi systématique envers les institutions, qu’il s’agisse de la police, de l’école, des services publics ou même des voisins issus du groupe majoritaire.

Cinquième colonne idéologique

On peut décrire cette situation comme une préparation lente mais méthodique à des révoltes à venir, que pourraient instrumentaliser des courants islamistes. Ceux-ci exploitent les fractures sociales pour faire avancer leur idéologie, tout en attendant un contexte politique qui leur serait favorable. Pourtant, les mécanismes à l’origine de ces comportements dépassent largement la sphère religieuse.

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L’islam, dans le contexte européen actuel, sert de catalyseur idéologique à ces tensions. Il offre une grille de lecture et une justification pour rejeter le modèle culturel occidental. Mais ce rejet s’inscrit dans un cadre plus large : celui de l’émergence de communautés séparées, où les caïds locaux et les prêcheurs radicaux imposent des modes de vie en rupture avec les normes occidentales.

Le défi des différences culturelles

Au cœur de cette fracture se trouve une question fondamentale : comment des groupes issus de civilisations aux valeurs profondément divergentes peuvent-ils coexister au sein d’un même espace ? L’histoire montre qu’une coexistence pacifique nécessite des concessions. Une civilisation doit accepter de renoncer à certaines de ses pratiques ou valeurs pour s’intégrer dans un ensemble commun. Ce processus, souvent appelé « assimilation », est aujourd’hui rejeté par certains comme une forme de domination culturelle. Mais refuser cette intégration revient à entretenir des sociétés parallèles, sources de tensions perpétuelles.

Les modèles de société occidentaux reposent sur des principes spécifiques : la primauté de l’individu sur le groupe, l’égalité des sexes, la liberté d’expression, et la séparation entre le religieux et le politique. Ces principes entrent parfois en conflit avec des systèmes culturels qui privilégient la communauté, la hiérarchie entre les sexes, ou l’autorité religieuse. Ces divergences profondes ne sont pas uniquement théoriques : elles se manifestent dans des comportements du quotidien qui alimentent le rejet mutuel.

Vers une unité culturelle ?

La diversité n’est pas en elle-même un obstacle. Une société peut accueillir une pluralité d’expressions culturelles, à condition que celles-ci respectent un cadre commun et ne cherchent pas à s’imposer par la force ou le rejet des autres. En revanche, la violence, qu’elle soit physique ou symbolique, devient rapidement un facteur de rupture.

Il est également essentiel de se demander si la coexistence entre civilisations est possible sans une forme de domination culturelle. Historiquement, les sociétés multiculturelles les plus stables ont été celles où une culture dominante établissait les règles communes. Cela peut être perçu comme une forme de violence symbolique, mais si cette domination est vécue positivement – comme un vecteur d’émancipation individuelle et collective –, elle peut garantir une coexistence plus pacifique.

Ce défi culturel est sans doute l’un des plus grands auxquels l’Europe est confrontée aujourd’hui. L’objectif ne peut être de nier les différences ou d’ignorer les tensions, mais de proposer un modèle clair où chaque individu, quelle que soit son origine, peut trouver sa place dans une société unie par des valeurs communes. Si cela s’avérait impossible, une société déjà divisée deviendrait une société d’ennemis. 


Elisabeth Lévy sur Sud Radio : il faut arrêter les balivernes sur le vivre-ensemble !

Comment Mélenchon rêve d’imposer sa République bolivarienne

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Jean-Luc Mélenchon sur TF1 le 5 décembre 2024 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Mélenchon veut passer à la 6e République comme on change un vieux canapé, mais sans se soucier du mode d’emploi constitutionnel.


La petite musique est soigneusement réglée depuis plusieurs semaines chez les Insoumis et les discours de ses dirigeants sont à l’unisson en matière institutionnelle : Emmanuel Macron doit être destitué ; à défaut il doit démissionner le plus vite possible, fût-ce sous la pression de la rue. Aussi Jean-Luc Mélenchon et son équipe ont-ils d’ores et déjà entamé la sélection des élus pour obtenir les 500 signatures qui lui permettront d’être candidat à l’élection présidentielle.

On ne pourra pas faire comme si on ne savait pas

Tant Mathilde Panot que Manuel Bompard ont parlé au début du mois de décembre d’un changement de Constitution, d’une modification de la loi électorale et par conséquent d’un déblocage de la situation de crise actuelle. Mais qu’ont en tête les Insoumis ? Les déclarations du meneur de La France Insoumise et de ses proches associées aux publications officielles de La France Insoumise en ligne depuis plusieurs années permettent de le savoir sans détour.

Ce qui est frappant chez eux, c’est que tout est annoncé, même si leurs objectifs sont inavouables. On ne pourra donc pas dire qu’on ne savait pas. Ainsi en est-il des cibles électorales, les jeunes, les femmes et les musulmans des villes et des banlieues, comme cela a été signifié par Jean-Luc Mélenchon lui-même. Quant à la question institutionnelle, elle a été présentée de manière adamantine dans une brochure lors de la campagne présidentielle de 2022 et intitulée sans fard « Comment nous allons passer à la 6e République ».

Voici donc ce qu’il va se passer selon les Insoumis : une fois élu, leur chef débloquera la situation pour la simple et bonne raison qu’il ne sera pas bridé par la Constitution actuelle qui interdit au chef de l’État de dissoudre l’Assemblée nationale avant juillet 2025, donc qui en pratique interdit la tenue d’élections avant septembre prochain. Dès après son élection, Jean-Luc Mélenchon utilisera l’article 11 de la Constitution, un pouvoir personnel du chef de l’État. Non pas pour la réviser comme l’avait fait le général de Gaulle à plusieurs reprises au grand dam de l’ensemble des constitutionnalistes sérieux qui jugeaient que cet article ne pouvait concerner que des textes de valeur législative et que seul l’article 89 pouvait être utilisé pour modifier la Constitution, c’est-à-dire avec l’accord des deux chambres du Parlement. Mais pour carrément changer de Constitution.

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Le peuple en liesse votant au referendum en faveur du changement de Constitution, une Assemblée constituante, composée à la fois de personnes tirées au sort et d’élus à la représentation proportionnelle (pour assurer le succès de LFI), rédigerait un projet de Constitution qui serait soumis au peuple pour ratification. Un peuple éclairé par des médias aux ordres, cela va de soi…

Un horizon rouge-vert radieux !

Le processus ferait fi de la Constitution actuelle. Comment est-ce possible ? Les Insoumis se réfèrent à la Constitution de 1793, dite montagnarde, jamais appliquée mais rédigée par les ancêtres de nos gauchistes et donc mythique aux yeux de ces derniers. Une constitution révolutionnaire qui dispose notamment qu’« un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer sa Constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures » (sauf manifestement en leur laissant une dette abyssale…).

Mais il y a un auteur sulfureux qui a bien pensé le même type de mécanisme et qui doit être l’un des inspirateurs des Insoumis, à tout le moins des spécialistes qu’ils consultent. Juriste allemand, antisémite et antilibéral notoire avant de se perdre dans le nazisme, paradoxalement très goûté de l’extrême gauche depuis la fin du XXe siècle, Carl Schmitt estimait qu’une nouvelle Constitution n’avait en aucun cas à se conformer aux règles de celle qu’elle remplaçait, le fait effaçant le droit. En ce sens, la 6e République, chère au cœur de Jean-Luc Mélenchon, pourra être portée sur les fonts baptismaux sans aucun respect des dispositions de la Constitution de la Ve République à l’issue de l’élection présidentielle victorieuse.

Et que nous réservent nos futures institutions concoctées par cet admirateur de la République bolivarienne qu’est le meneur des Insoumis ? Une intervention populaire permanente (exeunt les garanties des droits et la justice constitutionnelle), une « règle verte » pour subvertir la liberté économique, une république des « biens communs », des « droits nouveaux », « de l’égalité réelle ». Bref, une dictature rouge-verte. Oui, LFI et Jean-Luc Mélenchon sont des dangers publics !

Maïté, Orwell et l’anti-France

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La cuisinière vedette Maïté, Bordeaux, 1998 © SAURA PASCAL/SIPA

Nous avons eu peur, à Causeur, en recevant le dernier article de notre chroniqueur mal embouché. « L’anti-France », cela sentait bon le complot judéo-maçonnique des années 1900, Charles Maurras, Léon Daudet et autres thuriféraires d’extrême-droite. Mais en le lisant, finalement…


Bien sûr, l’expression « anti-France » remonte aux grandes années de l’affaire Dreyfus. L’anti-France, c’étaient, pour la droite nationale, les dreyfusards, tous agents de l’étranger (en l’espèce, la Prusse), habités de sentiments anti-patriotiques — ce qui, quelques années avant la Grande Guerre, signifiait davantage qu’en nos temps de paix et de concorde universelle…

Mais notre contemporanéité se caractérise par l’inversion de toutes les valeurs. Nous vivons ce moment orwellien où « l’ignorance, c’est la force », « la liberté, c’est l’esclavage » et le Hamas est une organisation pacifiste. Ou pourquoi pas l’État islamique tant qu’on y est, que Jean-Luc Mélenchon donnait dernièrement le sentiment de défendre dans sa critique acerbe des frappes françaises sur la Syrie. Ce moment où les vieilles lubies antisémites de l’extrême-droite sont ramassées dans le caniveau par la gauche et le Camp du Bien.

À noter que le socialisme des origines n’était pas forcément dreyfusard. Jean-Numa Ducange, dans Marianne, a tout récemment expliqué que Jules Guesde et ses partisans, acharnés à combattre les bourgeois et les militaires, n’avaient aucune sympathie pour Dreyfus, officier qui jamais ne renia le corps qui l’avait formé. Quant à l’assimilation des Juifs et des bourgeois — et plus spécifiquement des banquiers —, il suffit de lire L’Argent pour connaître le sentiment de Zola sur la « race maudite », bien loin des opinions qu’on lui a forgées dans la légende républicaine après J’accuse. La gauche qui soutient mordicus le Hamas et accable Boualem Sansal parce qu’il déplaît aux Algériens manipulés par le régime, dont les immigrés sont les électeurs potentiels de Mélenchonet de ses épigones, est la même que celle qui méprisait Dreyfus.

L’anti-France, aujourd’hui, rassemble ceux qui luttent contre la République. Contre l’État. Contre la civilisation. Woke, blacks blocs, féministes de dernière dégénération, gauchistes professionnels en quête d’un nouveau prolétariat sur lequel marcher pour arriver au pouvoir, trotskistes d’hier et d’aujourd’hui, lambertistes de la première et de la dernière heure.

Et tant d’autres… 

Dans un grand mouvement à 180°, la gauche est passée de l’autre côté, et la droite en quête de respectabilité en serait presque à revendiquer des idées de gauche.

La mort de Maïté, icône des années 1970-1980, m’a amené à redéfinir l’anti-France culinaire. La France, c’est le bœuf en daube ou le bourguignon, ce n’est pas la salade de quinoa. La France, c’est le cassoulet, les pieds-paquets ou la marmite dieppoise, ce n’est pas le surimi pour menus anorexiques. La France, c’est la poule au pot, le lapin chasseur et le civet de lièvre. Pas le steak de soja. Dans Le Tour de France d’Astérix (1965 — soixante ans déjà), le petit Gaulois fait le tour de l’Hexagone pour récolter les spécialités bien de chez nous, bêtises de Cambrai, saucisson de Lyon (on ne disait pas encore « Jésus », à l’époque), bouillabaisse et autres spécialités. 

Ni couscous, ni kebab, ni pizza. 

A lire ensuite, Ivan Rioufol: 2025: la crise de la démocratie met Macron sur la sellette

Mais je suis un Moderne, et je ne crache pas sur un couscous mitonné au Fémina (1, rue du Musée, à Marseille) ni sur une pizza sortie du four de la Mère Buonavista (10, avenue du Prado, Marseille aussi). Nous avons au cours de notre histoire cousu au tissu français des mœurs exotiques arrivées d’Espagne, d’Italie ou du Maghreb — tant que les immigrés de ces pays se fondaient dans la culture nationale. Mes appétits ne sont pas forcément franco-français. 

Mais ils ne sont pas anti-Français. La France est omnivore, elle n’est pas végane. Elle aime les barbecues, elle n’aime pas Sardine Ruisseau. Elle a inventé jadis les banquets républicains, où, comme le souligne Pierre Birnbaum dans La République et le cochon (2013), les Juifs en quête d’intégration savaient manger les cochonnailles offertes à l’appétit national. Parce qu’ils distinguaient, eux, ce qu’ils devaient à la nation et ce qu’ils devaient à leur dieu.

La France a des racines paysannes, elle est puissamment périphérique, comme dit Christophe Guilluy, elle existe surtout au-delà des boulevards des Maréchaux. L’anti-France vote en deçà du périphérique : seuls des agents de l’internationalisme prolétarien et de la boboïtude, escroqueries majeures, auraient l’idée d’élire Aymeric Caron, Sofia Chikirou, Rodrigo Arenas, ou Danièle Obono. 

Mais nous savons depuis lurette qu’elle est bien finie, l’époque où l’on prétendait qu’« il n’est bon bec que de Paris ». La vraie France est ailleurs, dans ces campagnes dont les panneaux de signalisation ont été rendus illisibles par ceux qui refusent le Mercosur et leur mort programmée.

Il est urgent de rétablir la vérité sur les valeurs que défendent les uns et les autres. D’un côté la vérité, de l’autre les illusions d’optique. Je me suis attelé à la tâche immense de rendre la vue aux aveugles et des neurones aux décervelés. Je leur souhaite une bonne année, pourvu qu’ils consentent à chausser des lunettes.

La République et le Cochon

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J’aime la galette, savez-vous comment ?

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DR.

La « tradition » de la galette n’est-elle pas, avec ou sans fève, dans les mots même, une atteinte à la loi de 1905 ?


On le voit, pelle à gâteau à la main, devant une immense galette à la frangipane. Le mot en bouche, il lance à ses invités : « Je rappelle qu’il n’y a pas de fève ici ! » Rien que de l’amande. C’était en 2024, à l’Élysée, pour la traditionnelle galette de l’Épiphanie. Le président était prudent : il se souvenait que le 30 décembre 1792, quelques mois après la prise des Tuileries, avant que Louis XVI soit guillotiné, un député conventionnel avait proposé un décret abolissant la fête des Rois. On avait eu beau proposer de la débaptiser en « fête de bon voisinage », « fête des philosophes, » « fête des sans-culottes », fête de l’Égalité, rien n’y avait fait. Galette des Rois, il y avait, galette des Rois, il y a encore. Même quand on dit « la galette », le mot a une charge liberticide terrible. A moins que Mélenchon ne s’en mêle. Que des plaintes soient déposées si des mairies s’avisent de faire une galette des Rois. Avant d’en arriver là, réfléchissons aux « enjeux » : ils  sont de taille.

La galette des Rois est une tradition gastronomique. Mais pas que. Ou plutôt, cette tradition gastronomique s’ancre dans « le cultuel » via « le culturel ». Et là, ce n’est pas une égalité factuelle qui est en danger mais la laïcité. Et c’est du costaud pour la gauche, les écolos, les ultras /ultras. La « tradition » de la galette n’est-elle pas, avec ou sans fève, dans les mots même, une atteinte à la loi de 1905 ? N’est-elle pas, également, discriminante ? Pour les gros, les maigres et les pauvres ? On sait ce que veut dire « être plat comme une galette ». Et « avoir de la galette. »

A lire aussi: La boîte du bouquiniste

La galette des Rois s’enracine dans notre passé puisque elle n’est rien d’autre que la christianisation d’une tradition païenne fêtant l’allongement des jours. Au moment de la fête du Sol invictus, (le Soleil invaincu), on faisait une galette : occasion de réjouissances dans les familles. On désignait un roi d’un jour. Royauté éphémère : une espèce de Saturnale bon enfant. Cette galette de l’égalité devint ensuite un symbole de partage puis de charité. Au Moyen Âge, la tradition en demeure jusqu’à nos jours.

Les esprits éveillés ont bien vu que ce « culturel » était un symbole royaliste et cultuel. L’Épiphanie raconte la visite des Rois Mages, venus d’Orient, sur leurs chameaux chargés de trésors, adorer l’enfant Jésus dont ils ont vu se lever l’étoile. Ces mages, que l’on connaît bien, Gaspard, Melchior et Balthazar, ce sont des hommes riches de science et de biens. Ouvrant leurs coffres, ils offrent à l’enfant de la crèche, comme à un roi, de l’or, de la myrrhe et de l’encens.

L’Épiphanie signifie « Dieu rendu visible » à tous sous la forme la plus humble qui soit. On comprend que tous les Césars du monde en aient peur. Mais il n’y a pas que la galette à être inquiétante, il y a « la marche des Rois ». Quel bonheur d’entendre, en ce dimanche de l’Épiphanie, chantée martialement, après cinq ans de silence, dans une cathédrale ravagée par le feu, la traditionnelle et très provençale Marche dei Rèis, reprise par Bizet dans son Arlésienne ! Quant à la galette, elle se décline en version d’oc et en version d’oïl : au Sud, c’est à la fleur d’oranger. Au Nord, c’est à la frangipane. Pour moi, c’est la fleur d’oranger.

L’éléphant de quartz

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2025: la crise de la démocratie met Macron sur la sellette

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© Fernand Fourcade/SIPA

Tous les choix du chef de l’État se sont soldés par des impasses. Emmanuel Macron ne peut survivre jusqu’en 2027 qu’au prix de l’immobilité et compte sur son sixième Premier ministre pour dynamiser l’inertie. C’est pourquoi une démission serait l’issue la plus souhaitable.


Emmanuel Macron passera-t-il 2025 ? La question se pose, même s’il la récuse. La raison en est simple : un pouvoir contesté ne peut congédier durablement toute une partie d’un peuple pour s’en protéger. Seuls les régimes totalitaires procèdent ainsi. C’est pourtant ce choix despotique qu’a fait Emmanuel Macron, dès le 5 décembre, en dénonçant un « front antirépublicain » (le Nouveau Front populaire et le Rassemblement national) jugé coupable d’avoir osé voter la censure du gouvernement de Michel Barnier. La crise de la démocratie, qui défigure la Ve République épuisée, ne peut se guérir en excluant les « extrêmes », c’est-à-dire ceux qui ne pensent pas comme le pouvoir. Comment se prétendre président de tous les Français en effaçant de la vie politique près de la moitié d’entre eux ? Comment ces pestiférés peuvent-ils se faire entendre autrement qu’en élevant toujours plus la voix ? Le coup de semonce du 3 décembre de Marine Le Pen, qui a conduit à la démission du Premier ministre, se reproduira si le chef de l’État, accroché à sa fonction, persiste dans son ostracisme. Dans sa fuite en avant, Emmanuel Macron est l’obstacle à la concorde promise par François Bayrou, nommé à Matignon un vendredi 13.

La radicalité présidentielle ne peut susciter en réponse que la radicalité des indésirables. Le centrisme réconciliateur, dont se réclame le biographe d’Henri IV, est d’ailleurs un trompe-l’œil. Bayrou est un adepte du barrage républicain. Il a voté contre Nicolas Sarkozy en 2012, à cause de ses « obsessions » sur l’immigration à réduire et les frontières à rétablir. Il fait partie des mandarins reclus dans leur Cité interdite. Tandis que les parias tambourinent aux portes de l’enclos, le ministre démissionnaire de la fonction publique Guillaume Kasbarian dévoile sa vie intime en se faisant photographier (Paris Match, 5 décembre), allongé sur son Chesterfield, la tête sur le torse de son compagnon, sous le titre : « L’amour malgré les turbulences ». Cette légèreté résume un monde évanescent et nombriliste. Même les cérémonies de réouverture de Notre-Dame, les 7 et 8 décembre, ont reproduit, dans la parade du clergé, le réflexe élitiste qui écarte le peuple de la caste des puissants. Non seulement les fidèles auront été tenus à distance de la cathédrale renaissante mais les prêtres, relookés par Jean-Charles de Castelbajac, n’auront pas eu l’idée d’aller à la rencontre de la foule catholique pour lui offrir la communion, réservée aux invités de marque. Le pape François a eu raison de préférer se mêler, le 15 décembre, à la piété du peuple corse plutôt qu’à ces mondanités parisiennes.

Rien ne va dans cette haute France à la tête vide. Ses dirigeants ne s’inquiètent que de leur sort. Les « politiciens et technocrates » (David Lisnard) sont des boulets qui empêchent le pays d’avancer. La « machinerie des partis » (Marc Bloch) oblige à penser petit. Les idéologues de l’universalisme vaporeux tétanisent la fierté collective. Certes, Notre-Dame incendiée a pu être reconstruite en cinq ans grâce à l’implication du président. Mais son mérite aura consisté à libérer des entraves étatiques une somme de savoir-faire et d’initiatives privées. Or il s’est gardé d’appliquer cette méthode à la société empoissée par les règlements, les interdits, la déresponsabilisation généralisée. Au lieu de cela, le chef de l’État aura donné le spectacle d’un monarque esseulé cherchant sa survie dans l’effacement du peuple réfractaire. La rencontre à l’Élysée, le 10 décembre, des acteurs politiques, hormis LFI et le RN, restera comme le témoignage d’un régime à bout de souffle. Bayrou était de ce conciliabule de la honte. Macron ne peut survivre jusqu’en 2027 qu’au prix de l’immobilité. Il compte sur son sixième Premier ministre pour dynamiser l’inertie. C’est pourquoi une démission serait l’issue la plus souhaitable.

La voie libérale se profile comme l’alternative pour en finir avec la France suradministrée et sous-gouvernée. L’étatisme acharné est devenu incontrôlable. La dépense publique représente 57 % du PIB ; un travailleur sur cinq est fonctionnaire ; le pays supporte deux à trois millions de normes ; pour la seule année 2023, 8 000 lois, décrets, arrêtés ou circulaires ont été publiés ; il existe 313 commissions consultatives, 1 200 agences d’État souvent inutiles, dont le haut-commissariat au plan où pantouflait Bayrou. Elon Musk, dont la présence à Notre-Dame attira les regards d’une classe politique impuissante, ouvre la voie aux coupes claires quand il propose, pour les États-Unis, de réduire le budget fédéral (7 000 milliards de dollars) de 2 000 milliards d’ici 2026 ! L’Argentin Javier Milei, élu il y a un an (10 décembre 2023) avec une tronçonneuse comme symbole de sa promesse d’élaguer les interventions publiques, peut déjà se targuer d’avancées économiques, dont une inflation en baisse. Quand le RN et son allié républicain expliquent, à propos de la défiance votée contre Barnier, avoir sanctionné « un budget socialiste » (Marine Le Pen) et « anti-entreprise » (Éric Ciotti), il est loisible de voir dans ce souverainisme, qui dénonce aussi les « dépenses toxiques », une mue vers un libéralisme.

Tous les choix du chef de l’État se sont soldés par des impasses. Sa dialectique voulait opposer les progressistes aux populistes, les déracinés aux enracinés, les méritants à ceux qui ne sont rien, les mondialistes aux souverainistes, etc. En allant au bout de ces affrontements, Macron n’a contribué qu’à accentuer la fracture entre ceux d’en haut et les citoyens qui, pour certains, lui vouent une véritable haine. La perte de la souveraineté nationale au profit d’une souveraineté européenne a été le prétexte pour Ursula von der Leyen d’imposer, le 6 décembre, l’accord de libre-échange avec des pays d’Amérique du Sud (Mercosur), en dépit de l’opposition française. L’arrestation à Alger, le 16 novembre, de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, coupable d’avoir exprimé librement ses opinions, a illustré la faiblesse de l’État, incapable de se faire respecter d’une dictature et de ses maîtres chanteurs. La France peut renaître malgré tout. Mais elle ne peut rien attendre de ceux qui l’ont saccagée, Bayrou y compris.

La boîte du bouquiniste

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Alexandre Zinoviev. DR.

« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », dixit Blaise Cendras. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


Le 9 mars 1990, sur le plateau d’ « Apostrophes », Bernard Pivot reçoit Boris Eltsine et le philosophe et sociologue Alexandre Zinoviev, expulsé de Russie en 1978, à la suite de la parution des Hauteurs béantes, livre satirique sur la société soviétique. Ce soir-là, il est question de ses deux derniers ouvrages – Les Confessions d’un homme en trop et Katastroïka – livres interdits en URSS malgré la glasnost encouragée par Mikhaïl Gorbatchev depuis 1986. L’action de Katastroïka se déroule à Partgrad, ville imaginaire d’une province typique de la Russie soviétique, avec ses usines, ses écoles militaires et ses « maisons misérables, magasins vides, longues files d’attente et autres attributs de la vie de province russe ». Pour mieux faire apprécier la perestroïka, le Comité central du PC décide de faire de Partgrad une ville modèle où les Occidentaux seront autorisés à venir découvrir les tares soviétiques, mais aussi les premiers progrès dus aux réformes initiées par Gorbatchev. Une commission spéciale est créée par un apparatchik de la région, Souslikov, lequel rêve surtout de voir son buste de bronze sur la place principale de la ville qu’il espère pouvoir un jour rebaptiser Souslikovgrad. Pour Zinoviev, la Russie pérestroïkaïsée demeure intrinsèquement communiste et souffre des mêmes maux que celle de Staline. Partgrad est une façade. Au fond rien ne change : la production industrielle et les rendements agricoles restent erratiques ; la vodka, trop chère, est remplacée par la « gorbibine », alcool frelaté « dont une seule goutte aurait suffi à empoisonner une ville européenne moyenne » ; les oligarques locaux sont tous corrompus ; etc. La perestroïka, écrit Zinoviev, n’est pas un progrès mais « une crise, une maladie de la société communiste » – et l’écrivain satiriste de décrire des scènes hilarantes où se côtoient, encore et toujours, l’absurdité bureaucratique, la bêtise brutale, la cupidité des carriéristes du Parti, et l’ingénieuse débrouillardise des Russes imbibés de « gorbibine ».

Antistalinien dès son adolescence, Zinoviev avouera pourtant avoir connu une « crise morale » dépressive après la mort de Staline, crise accentuée par son exil en Europe où il ne se sentit jamais à sa place. « Si j’étais né ici, je serais entré en opposition avec le système », écrit-il en critiquant la « gorbimania » occidentale et en considérant que « nous assistons aujourd’hui à l’instauration du totalitarisme démocratique ou, si vous préférez, de la démocratie totalitaire ». En Allemagne, où il vit à l’époque, la parution de Katastroïka est boycottée par le milieu médiatico-culturel qui lui reproche, affirme-t-il, « de ne pas vouloir lécher le derrière de Gorbatchev ». Rares sont les intellectuels occidentaux faisant aujourd’hui référence à cet auteur original, paradoxal, virulent et, pour certains, visionnaire – ses propos sur la manipulation des masses en Occident, entre autres « le mensonge médiatique qui, ayant monopolisé les appréciations morales, prend la forme du bien tandis que les tentatives de le dévoiler prennent la forme du mal », résonnent cruellement aux oreilles des nationalistes européens qui subissent, avec la complicité des médias, les oukases de l’impériale Commission européenne. Comme la plupart des livres de Zinoviev, Katastroïka n’a jamais été réédité.

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