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Touchez pas à mon pote !

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Image : Christian Creseveur.

Mouloud Akkouche est un auteur de romans noirs et, accessoirement, tient un blog sur Rue 89. Mouloud et moi, on se connaît un peu et on s’apprécie beaucoup. On s’est croisé assez souvent dans divers salons polardeux. On a bu pas mal de coups et beaucoup discuté dans les buvettes ou en attendant le chaland derrière nos piles de livres, assis dans d’hypothétiques salles polyvalentes de sous-préfectures. Avec Mouloud, à force, on s’est aperçu qu’on était d’accord sur tout, ou presque. Dans le milieu du polar souvent enclin à la moraline, Mouloud et moi on ne se faisait pas de grandes illusions sur les postures antifascistes. Et on était capables d’apprécier des écrivains de droite et de trouver Drieu aussi intéressant que Vailland et Aragon.
Cela, sans doute, était dû à un roman familial commun qui se jouait du côté du communisme, le vrai, celui des municipalités rouges et de la contre-société qu’elles avaient assez heureusement créée et qui auront duré, disons, des années de l’après-guerre au milieu des années 80. Jusqu’au moment où bon nombres de ces Atlantide du PCF achevèrent d’être balayées par la conversion de tous à l’économie de marché comme horizon indépassable. Après, évidemment, on peut toujours pleurer des larmes de crocodiles en constatant, avec Gilles Kepel, que les mêmes contre-sociétés ne se forment plus autour d’un idéal égalitaire et laïque mais autour d’un islam plus ou moins rigoriste.

Mouloud vient de Montreuil. Il y a connu l’écrivain Patrick Besson mais contrairement à lui, il a fait ses premières armes politiques chez les autonomes. Il n’empêche, une fois la belle aventure terminée, il est revenu non pas au communisme, mais à ce qu’il y avait de meilleur dans le communisme : un refus total d’envisager une personne autrement que par sa place dans les rapports de production, comme on disait autrefois. Pour faire vite, et c’est ce qui explique notre sympathie réciproque, Mouloud et moi, on ne connaît pas d’Arabes, de Juifs, de Noirs, d’homosexuels, de musulmans ou de catholiques. On ne connaît que des Français[1. Mais non, cher Jérôme, puisque l’individu est défini par sa place dans le processus de production, vous ne connaissez que des riches et des pauvres, ou des travailleurs et des exploiteurs. Il faudra m’expliquer en quoi ce communautarisme économique est moralement supérieur à ses équivalents religieux ou ethnique. Je constate qu’une partie de la gauche qui passe son temps à répéter, sans plus savoir pourquoi elle le répète sinon parce que les autres le disent, que Sarkozy « dresse les Français les uns contre les autres », ne trouve jamais problématique de désigner une corporation comme responsable de la faillite d’un système dont la plupart d’entre nous ont accepté, quand c’était possible, de profiter. Il faudra quand même que tu nous démontres un jour (autrement que par l’assertion) pourquoi la question sociale est la seule qui vaille et que tu nous dises ce qui te permet de disqualifier d’emblée toute appartenance, toute distinction culturelle ou identitaire : que ces distinctions aient, dans le passé, produit des résultats désastreux ne suffit pas à les faire disparaître. Les identités ne vont pas s’évaporer parce qu’elles te font peur. Il est au contraire urgent de les penser dans une grammaire conforme à nos convictions. En clair d’affronter le réel tel qu’il est au lieu de le planquer sous une couche de peinture fût-elle rouge (EL).]. C’est terriblement démodé, ça, je sais bien. Mais on a toujours pensé que la question de l’origine par exemple était plaisante quand il s’agissait de savoir ce qu’on mange ou qui on aime (quel aveu ! EL) mais prenait un caractère monstrueux, propice à tous les carnages, dès qu’on la faisait entrer comme paramètre dans une analyse politique.

Mouloud a fait un billet, le 5 octobre, dans lequel il renvoie dos à dos Houria Bouteldja, des Indigènes de la République et l’Agrif, association crypto-lepéniste, qui lui intente un procès pour injure raciale. Il prend pourtant ses précautions, Mouloud : il explique bien qu’il faut combattre l’Agrif. Mais pas à n’importe quel prix, ou en tout cas pas au prix d’une défense pavlovienne d’Houria Bouteldja, créatrice de l’appellation pour le moins sémantiquement ambiguë de « souchien » qui sonne bien désagréablement à l’oreille.

Ce qui lui vaut des représailles tout en nuances de la part de la patronne des Indigènes. Lisez sa réponse : c’est hallucinant, édifiant, débectant. Voilà mon Mouloud transformé en lepéniste bon teint parce qu’il se permet d’étayer sa démonstration par quelques exemples vécus de racisme anti-français. Je connais aussi ce genre de porte étroite, Mouloud. Il est évidemment hors de question de le fantasmer à la façon des identitaires et de faire de cette « question raciale » l’alpha et l’oméga d’un combat politique. Parce qu’évidemment, pour moi comme pour toi, tout cela n’est qu’un symptôme, celui d’une déliquescence généralisée des vieilles solidarités ou de cette common decency orwellienne qui soudait les classes populaires si longtemps indifférentes aux couleurs de peau ou aux religions. Et au bout du compte, tout cela est avant tout la conséquence d’une absence de réponse à la seule question qui vaille, la question sociale.
Logiquement, Mouloud n’est pas trop content de voir des pétitionnaires comme Badiou ou Balibar, que l’on a connu mieux inspirés[2. Quand ? Pour condamner la politique raciste d’Israël ? Faire de Sarkozy « l’homme aux rats » ? (EL)], défendre par principe Houria Bouteldja par ce qu’elle aurait raison par essence puisqu’elle est femme, musulmane et donc dominée, forcément dominée. Il ose même écrire : « N‘en déplaise aux pétitionnaires, le « Souchien » de Houria Boutjelda est l’équivalent du « bruit et l’odeur » (Chirac), de « Durafour crématoire » (Le Pen), du « point de détail de l’Histoire » (Le Pen)… et de tous les « sales bougnoules ou nègres ».

Tu ne choisis pas la facilité, Mouloud, décidément. En même temps, depuis Bernanos et Pasolini, on sait bien que le sentier de l’honneur consiste à ouvrir le feu en position défavorable, y compris contre son camp quand son camp dit n’importe quoi. Bien entendu, Mouloud, que tous ceux de tous les bords qui posent le problème en termes ethniques participent de la même totalité structurante et que comme moi, tu vois là, les larmes aux yeux, un vrai recul de la civilisation.

À la lecture des réactions à ton papier, je me suis souvenu qu’à la fin des années 80, peu de temps avant la guerre, il y avait eu un recensement, le dernier, dans ce qu’on appelait encore la Yougoslavie. Interrogés sur leur origine, l’immense majorité des gens avaient, pour la première fois, répondu « serbe », « croate », « bosniaque », « macédonien », « slovène ». Il y avait eu moins de 1% pour dire, tout simplement, « yougoslave ».
Tu sais quoi, Mouloud ? Parfois, j’ai l’impression que nous sommes les derniers Yougoslaves.

Jean Leonetti, ministre moderne

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Remporter une victoire, ce n’est pas seulement gagner une élection. Imposer dans le débat public un concept est assurément une gageure. Exhumer une idée que l’on croyait reléguée au rang de vieille lune et obtenir qu’on en débatte est une belle réussite. Aussi Arnaud Montebourg peut-il se féliciter d’avoir gagné son pari démondialisateur. Si l’on ne sait pas ce que deviendra l’homme, ni quelle sera sa place dans la campagne socialiste, l’avenir du protectionnisme en tant qu’idée est quant à lui assuré.

De cela, on peut être certain lorsqu’on constate que tous, y compris les adversaires politiques de « l’impétrant », se voient contraints de se positionner sur un thème devenu « fashion ». Que Jean-Claude Trichet soit hostile à la démondialisation n’est pas très étonnant. Mais qu’il ressente l’urgence de l’exprimer est loin d’être anodin.

Que dire, dès lors, lorsque le ministre des affaires européennes du gouvernement Fillon se lance dans vibrant « éloge des frontières », et conseille à une poignée de parlementaires éberlués la lecture du livre éponyme de Régis Debray ?

Cette scène n’est ni le fruit d’une élucubration, ni un morceau choisi du dernier roman d’anticipation à la mode. Elle s’est produite au Palais Bourbon le 5 octobre. Jean Leonetti, alors auditionné par la commission des affaires européennes de l’Assemblée y affirma : « l’Europe doit désormais se construire différemment. Elle doit respecter ses frontières (…) dans les échanges commerciaux, la réciprocité doit s’imposer. Nous ne pouvons plus tolérer que certains ne respectent pas les règles sociales et environnementales en vigueur sur le marché européen, et que la réciprocité ne s’applique pas ».

Encore un petit effort, Monsieur le Ministre. A la prochaine audition, rappelez que l’Europe est une association de Nations souveraines, et que cette souveraineté appartient aux peuples. Vous entrerez alors pour de bon dans la modernité.

Libéral, ne vous déplaise !

Ron Paul

Dans son Peter Thiel, un Ravachol ultralibéral, Jérôme Leroy évoque le projet un peu fou du patron de Paypal, qui souhaite créer une petite société sans État sur une île artificielle, au large de San Francisco, et en profite pour nous parler de ce fameux mouvement « libertarien » américain. Quand Jérôme me lance une balle, je la saisis au bond.

Un petit retour en arrière s’impose. Le libéralisme, le vrai, est une idée née en Europe au siècle des Lumières. Il plongeait ses racines bien plus profondément dans l’histoire de la pensée − Aristote, Lao Tseu, les scolastiques de l’École de Salamanque… − mais c’est au cours du XVIIIe siècle qu’il est devenu, en réaction à l’absolutisme royal, un système de pensée cohérent et formalisé. Ses pères sont Turgot, Smith, Say, Locke, Hume, Condillac ou Montesquieu, pour ne citer que quelques noms. Le libéralisme, le vrai, devient alors un ensemble philosophique qui fonde sa conception de la société des hommes sur une seule notion : la liberté. Il n’y a pas, pour un libéral, de différence entre ce que nous appelons aujourd’hui « liberté politique », « liberté économique » ou « liberté sociale » ; il y a la liberté ou il n’y a pas de liberté. Entre les droits naturels de John Locke et la main invisible d’Adam Smith, il n’y a pas de frontière, pas de contradiction ; tout ceci forme les fondations de ce que nous, libéraux, appelons le « libéralisme ».

Mais le libéralisme n’est pas et n’a jamais été monolithique.[access capability= »lire_inedits »]Les idées libérales dites « classiques » s’enrichissent de la sensibilité personnelle des auteurs : libéraux de gauche, libéraux conservateurs, « minarchistes »[1. Libéraux qui prônent un État exclusivement recentré sur ses fonctions régaliennes : la justice, la police, l’armée et la diplomatie. ou anarcho-capitalistes sont autant de branches de la grande famille libérale qui, comme dans toutes les familles, ont une fâcheuse tendance à oublier tout ce qui les rassemble pour se focaliser sur leurs quelques différences.]. « Trois communistes, quatre avis » : c’est au moins aussi vrai pour les libéraux. (Je ne voudrais pas chipoter, mon cher Georges, mais historiquement, la blague est plus adaptée aux juifs qu’aux communistes… EL.)

Ainsi, quand Jérôme décrit les idées « libertariennes » de Peter Thiel, il fait en réalité référence au courant anarcho-capitaliste − voir, entre autres, des auteurs comme Gustave de Molinari ou Murray Rothbard − c’est-à-dire à ceux d’entre nous qui se passeraient volontiers d’un État. « Libertarien » est un terme anglo-saxon et même américain qui n’existe pas dans la langue de Molière et dont la meilleure traduction est tout simplement « libéral ». Sa raison d’être est toute simple : aux États-Unis, liberal signifie − en gros − « social-démocrate de gauche » ; quand les libéraux américains, menés par Ron Paul, ont voulu marquer leurs distances autant avec les conservateurs républicains qu’avec les progressistes démocrates, ils n’ont eu d’autre choix que de fonder un « Libertarian Party ». De fait, les libertariens états-uniens regroupent les mêmes tendances que les libéraux français − du libéralisme classique à l’anarcho-capitalisme − ; la seule véritable différence, c’est qu’ils sont beaucoup plus nombreux.

Contrairement à ce que Jérôme fait semblant de croire[2. Jérôme est communiste, certes, mais il est aussi taquin.], votre serviteur n’est pas anarcho-capitaliste. Si je pense que l’État est un mal, un appareil social fondé sur la violence et dont la seule raison d’être est de restreindre nos libertés, je pense néanmoins que c’est un mal nécessaire et même (malheureusement) indispensable. J’aimerais sincèrement être « anarcap » mais non, vraiment, je n’y crois pas[3. Pardon les copains, mais là, je suis Mises.]. C’est cette conviction que l’État, le gouvernement et les politiciens ont un rôle à jouer dans nos sociétés, mais un rôle limité et sévèrement contrôlé, qui fait de moi un libéral classique à la mode française dans la ligne des Turgot, Tocqueville et autres Bastiat. Jérôme a raison : l’anarcho-capitalisme a ceci de commun avec le communisme que les deux sont des utopies intellectuellement séduisantes qui n’ont jamais existé et n’existeront probablement jamais[4. Cela dit, j’encourage vivement ceux d’entre vous qui ont un peu de curiosité et du temps à lire Murray Rothbard (« L’Éthique de la liberté », par exemple) ; vous serez surpris.]. Mais en ce qui concerne M. Thiel, il y a tout de même une différence : il n’oblige personne à venir vivre sur son île.

Ce qui est intéressant dans le projet de M. Thiel, c’est son existence même : voilà un libertarien américain qui, manifestement, considère que son pays, pourtant réputé « ultralibéral », ne lui propose plus le genre de société dans laquelle il veut vivre. Voilà la vérité que je partage avec M. Thiel et quelques autres : nous ne vivons pas dans une société socialiste mais nous ne vivons pas non plus − et depuis longtemps − dans une société libérale. Le monde des hommes n’est ni noir ni blanc : il est en nuances de gris. Je mesure bien que cette affirmation en choquera plus d’un mais, pourtant, si vous acceptez d’y regarder de plus près, vous observerez quelques faits troublants. Par exemple, aucun − je dis bien aucun − homme politique français d’envergure nationale ne se réclame du libéralisme ; de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon en passant par les barons de l’UMP et les caciques du PS, tous − à divers degrés − prônent une intervention accrue de l’État dans nos vies[5. De fait, il n’y a aujourd’hui en France qu’un seul parti ouvertement libéral − le Parti libéral -démocrate (PLD).]. Considérez Ron Paul : avez-vous entendu parler de ses scores lors des primaires républicaines ? Eh bien, les Américains non plus : c’est le « black-out » total. Lisez la presse, faites un tour dans les librairies, écoutez la radio et vous constaterez ,comme moi, que les seuls avis qui y sont relayés sont profondément et explicitement antilibéraux. Tenez, au hasard : combien d’auteurs libéraux avez-vous vu intervenir sur Causeur[6. Un grand merci à la patronne !] ? Et dites-moi sincèrement : à l’École de la République, que vous a-t-on appris ? Suis-je le seul lycéen à qui son professeur d’économie a conseillé de lire Alternatives économiques ?

À ceux qui pourraient être tentés par l’aventure, je ne mentirai pas : être libéral en France aujourd’hui, c’est un peu comme faire partie des assiégés de la citadelle du Gouffre de Helm. Cela présente des avantages − nous sommes si peu nombreux que nous finissons par tous nous connaître − mais surtout des inconvénients, notamment celui de s’entendre répéter à longueur de journée que Nicolas Sarkozy ou Dominique Strauss-Kahn sont des « ultralibéraux ». C’est proprement insupportable, mais, que voulez-vous ? Comme disait l’autre : « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. »

Aux autres, celles et ceux qui pensent dans le sens du vent par conviction, conformisme ou paresse intellectuelle, j’ai envie de donner un conseil − et c’est un vrai conseil de la part de quelqu’un qui, comme le dit si bien Jérôme, vous veut du bien : lisez. Ne serait-ce que par simple curiosité ou pour mieux me contredire, lisez et découvrez ce formidable héritage intellectuel[7. Je vous suggère le site de l’Institut Coppet, qui s’est donné pour mission de faire revivre et de traduire ces textes.] : vous ne pouvez qu’en sortir grandis.[/access]

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Luc Chatel, un flic à la maternelle ?

Photo : bouffonduroi.over-blog.fr

« Rien à signaler », « À risque », « À haut risque ». C’est à se demander si Luc Chatel n’est pas devenu complètement accro à la série américaine 24h chrono pour nommer ainsi les trois catégories dans lesquelles les enfants de la dernière section de maternelle pourraient se voir classer.

Luc Chatel, en agent spécial de la lutte contre l’hécatombe scolaire, aurait trouvé dans Jack Bauer, son frère d’arme. La maternelle, véritable zone à haut risque, nécessiterait donc la mise en application d’une sorte de plan Vigicancre qui préviendrait, grâce à une surveillance accrue, les déficiences nocives d’élèves à problèmes potentiels.

Classé dans la catégorie « à haut risque », le bout’chou de cinq ans serait comme un produit radioactif qu’il faudrait manipuler avec précaution vêtu d’une combinaison blanche de protection et d’un casque respiratoire afin de limiter au maximum le risque d’exposition à une éventuelle contamination. Les psys des écoles ont intérêt à avoir en réserve une kyrielle de crayons de couleur et de gros paquets de feuilles blanches, vu le nombre d’enfants traumatisés par la peur de l’échec qui vont leur dessiner les divers cauchemars qui assaillent leurs imaginaires angoissés.

Or, cette opération commando est en réalité une opération de camouflage destinée à cacher la déconfiture du système éducatif à l’école primaire. Monopoliser ainsi l’attention sur l’évaluation en maternelle est une façon de faire diversion afin d’éviter d’affronter le problème que pose la qualité des programmes, où la place consacrée à l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, du calcul est sans cesse réduite par l’importance inconsidérée accordée à des disciplines secondaires comme la biologie et inappropriées comme l’informatique.

Alors, comme toute fausse bonne idée, la trouvaille de l’évaluation en maternelle pour prévenir l’échec programmé à l’école primaire désarme l’esprit critique en esquivant la question de la dévaluation des objectifs de l’école républicaine qui, chaque année, repousse au niveau supérieur la transmission des bases qu’elle est incapable d’enseigner au bon niveau. C’est à l’université maintenant de donner des cours de rattrapage !

L’absurdité du système revient donc à évaluer les maternels au lieu de les materner et à materner les primaires au lieu de les évaluer. Zéro!

Une pasteure en Eurabie

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Le site allemand Politically Incorrect (PI) affiche une identité pro-israélienne et pro-américaine. Il est fréquenté quotidiennement par cinquante mille visiteurs environ et, selon Der Spiegel, n’est pas classé à l’extrême droite par les services secrets allemands.

Il se trouve qu’une pasteure bernoise, Christine Dietrich, docteur en Ancien Testament, qui défend la laïcité et la démocratie, a écrit quelques textes sur l’application de la charia en Occident et financé partiellement ce site dont le caractère anti-islamiste passe difficilement inaperçu. On l’aurait même aperçue à un congrès anti-islamisation organisé par le mouvement Pro Köln.

L’affaire a été révélée par la Frankfurter Rundschau et la Berliner Zeitung. L’Église réformée de Berne a aussitôt diligenté une enquête et interdit à Christine Dietrich de s’exprimer dans les médias.

La presse suisse se demande si elle n’aurait pas fait preuve de naïveté, voire de maladresse, en fréquentant certains milieux. Le Canton de Berne qui est son employeur, affirme qu’il n’a rien à lui reprocher, en tout cas rien qui soit punissable par la loi. Mais on lui a conseillé de bien examiner les invitations auxquelles elle serait amenée à répondre dans le futur. Quant au site Politically Incorrect, il ne pose pas vraiment de problème, mais les commentaires excessifs des internautes, oui.

Finalement ce qu’on attend de Madame la Pasteure Christine Dietrich, c’est qu’elle reste dans le Politically Correct et qu’elle adopte vis-à-vis de l’Islam une neutralité bienveillante. Attitude typiquement helvétique, mais qui a gagné aujourd’hui ce que Bat Ye’or nomme justement l’Eurabie[1. On se reportera à l’article de François Braun : Ce que lisait Breivik dans le numéro d’octobre de Causeur pour comprendre les enjeux du débat.].

Delors « décontamine » le programme du FN

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Jacques Delors, père de l’ « impétrante » Martine Aubry et accessoirement ancien président de la Commission Européenne, vient de jeter un nouveau pavé dans la mare.

Cette fois-ci, il ne désavoue pas sa fille en préférant le quinquennat Sarkozy aux années Chirac. Pis, il piétine le dogme de l’infaillibilité européenne en prônant carrément une refonte des traités européens qui permettrait à certains pays d’abandonner la monnaie unique.

Évidemment, ce père indigne vise avant tout les brebis galeuses de l’euro que sont la Grèce et, dans une moindre mesure, l’Espagne, le Portugal et l’Italie. Regrettant logiquement l’absence de coordination économique de la zone euro sans se contenter de pleurer sur le lait renversé, il préconise l’adoption d’un nouveau traité prévoyant la « possibilité de sortir un pays de la zone euro avec une majorité (des États membres) surqualifiée de 75% ».

Dans les colonnes du Monde, l’autre vieux Jacques contredit donc ses amis sociaux-démocrates qui lisent l’avenir d’une France sans euro dans L’Apocalypse de Saint Jean. De quoi désarçonner les argumentaires anti-FN du duo Aubry-Hollande, qui nous répète que la France et la Grèce se ruineraient en sortant de l’euro.

Décidément, on est bien loin de « la France qu’on aime » et du bisounoursisme chers à la maire de Lille.

Et si l’octogénaire Delors était aussi handicapant pour Martine Aubry que Jean-Marie pour Marine ?

Michéa et les bons esprits

Montage : http://cuicuifitloiseau.blogspot.com

Depuis quelques années, de bons esprits s’emploient à démontrer les inconséquences (ou les dangereuses conséquences) du progressisme, à en démonter les mystifications et à dénoncer cette forme nouvelle d’inquisition dont les dogmes sont l’antiracisme, la haine des limites, le mépris du peuple et l’éloge obligatoire du déracinement.

Ces bons esprits, dont certains ont su trouver un succès justifiant les espoirs des franges les plus lucides de la population française, sont souvent de bons républicains, nostalgiques d’une nation une et indivisible où l’École éduquait, où le passé n’était pas nié ou présenté comme une suite de massacres et d’injustices, où l’immigré s’intégrait à une culture respectée, où la France rayonnait par ses arts, ses lettres… et sa force de frappe atomique. De droite, de gauche, parfois − mais très rarement − du centre, ces bons esprits admirent généralement la belle langue classique du général de Gaulle, la rigueur de Pierre Mendès France, le Parti communiste français des années 1950, les plus réactionnaires d’entre eux cultivant même une tendresse particulière pour Richelieu et Louis XIV. [access capability= »lire_inedits »]

Défenseurs de belles traditions françaises, ces érudits ont le grand mérite de mettre en transe l’inquiétante Clémentine Autain, de croiser le fer avec le sinistre Bégaudeau et de contester les nombreux mutins de Panurge régulièrement lancés sur le marché de la culture et de la politique.

Notons enfin qu’ils se sont souvent manifestés par leur attachement à la souveraineté nationale et par leur refus, au nom de l’un et de l’indivisible, du « communautarisme et de ses démons ». Tout cela n’a rien de bien exaltant mais s’avère plus sympathique que les divagations d’Attali sur le nouvel ordre nomade.

Une lecture superficielle du dernier livre de Jean-Claude Michéa, qui voudrait le récupérer au profit d’une quelconque politique (par exemple celle du triste Mélenchon ou d’un souverainisme d’avant-hier) pourrait suggérer que notre philosophe orwellien est dans la ligne de ces bons esprits.

Certes, Michéa partage nombre de leurs cibles, et critique justement la passion délirante pour toutes les innovations à laquelle on reconnaît la gauche la plus moderne. Il analyse finement la conjugaison, chez le lecteur de Libé (archétype du bourgeois de gauche), de la fascination pour la « caillera » et du dégoût pour le peuple ; et relève enfin la contribution des nouvelles gauches (les nouvelles radicalités chères aux Inrocks et à Toni Negri) aux figures les plus modernes de l’aliénation. Ce sont là des critiques et des réflexions qu’il a en commun avec un Alain Finkielkraut ou un Éric Zemmour.

Or, l’originalité et la force particulière de la pensée de Michéa se trouvent davantage dans les prémisses de sa critique de la modernité, dans les raisons et les fidélités historiques qu’il dresse face à l’impasse libérale, que dans ses convergences avec tel ou tel esprit « réactionnaire ».

En effet, pas plus qu’il ne s’oppose à l’état présent du monde au nom du rétablissement de l’ordre gaulliste (version Zemmour), il ne se satisfait pas du conservatisme élégant et désabusé d’un Finkielkraut que la barbarie contemporaine trouble et indispose.

Sa pensée s’obstine à chercher les voies de l’émancipation − un gros mot pour beaucoup de nos intellectuels qui se vouent désormais aux luttes pour la parité et contre les discriminations − en méditant sur les conditions d’une démocratie authentiquement populaire, où le peuple ne serait plus le souverain abstrait[1. Cette masse anonyme qui se fait représenter et que l’on invoque en période électorale. des démocraties libérales mais une fraternité d’hommes libres et responsables.].

Par ces « temps de basses eaux » (Castoriadis) et d’inculture généralisée, c’est l’une des singularités de Michéa que de renouer le fil d’une tradition socialiste et anarchiste dont le développement fut brisé par l’hégémonie marxiste-léniniste sur le mouvement ouvrier, puis par la domination stalinienne sur les partis des classes populaires[2. « Il faut savoir finir une grève », disait le gros Thorez, avant d’aller dîner avec les représentants de la social-démocratie patronale.], et enfin par la liquidation des derniers résidus du socialisme[3. Et donc de l’opposition radicale à la vision libérale de l’homme en société.] de la part d’une gauche trop heureuse de jouir des bienfaits de la mobilité et des bénéfices de la spéculation.

Michéa remet cette tradition à jour en refusant l’atomisation des sociétés libérales avancées autant que les phantasmes d’homogénéité qui animent les idéologies totalitaires. Son opposition − dès leur apparition sur la scène historique − aux illusions du progrès et aux idoles de la croissance et du développement industriel pourrait inspirer des politiques alternatives ainsi qu’une critique sociale qui ne serait plus la chasse gardée des intellectuels professionnels.

Dans cette filiation socialiste et anarchiste, on retrouve la critique de l’individualisme des Lumières par le socialiste français Pierre Leroux, la défense et l’illustration de la « décence commune » − cette capacité morale de l’homme du commun à refuser l’ubris et « les choses qui ne se font pas » − par George Orwell, mais aussi les différentes expériences de l’anarcho-syndicalisme et l’analyse des conditions anthropologiques du capitalisme par le Pasolini des Écrits corsaires.

Ces références offrent de beaux outils pour saisir et combattre le système de servitude mondialisée sans céder aux nostalgies autoritaires de certains bons esprits impatients. La pensée de Michéa, qui s’inscrit dans cet héritage et le complète[4. En s’inspirant notamment des travaux des psychanalystes sur les pathologies de l’individualisme contemporain.] a le mérite de se livrer à un démontage global de la modernité techno-libérale.

Jean-Claude Michéa n’est pas de ceux qui se lamentent des conséquences dont ils chérissent les causes, selon le mot toujours actuel de Bossuet. Ni de ceux qui dénoncent l’horreur de la transgression dans les escroqueries sans-papiéristes ou le tag d’un crétin à capuche tout en ménageant les manipulations génétiques ou l’installation d’une centrale nucléaire de nouvelle génération. C’est décidément un auteur que nos bons esprits devraient lire et méditer.[/access]

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Obama repart en campagne

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Image : gademocrats

Ça y est. Trois ans après son élection, Barack Obama vient de lancer sa nouvelle campagne présidentielle. Désormais, sa priorité est de marquer ses différences avec les Républicains en les accusant d’empêcher le gouvernement de prendre les mesures économiques nécessaires pour relancer l’économie, l’emploi et le pouvoir d’achat.

Jusqu’à l’été dernier, pendant les trente premiers mois de son mandat, le président démocrate avait toujours recherché le compromis. Bénéficiant initialement de la majorité démocrate dans les deux chambres, Obama avait tenu à négocier avec les Républicains, sans jamais leur forcer la main ni leur imposer ses solutions. Il voulait rassembler et proposer une politique non partisane. A l’intérieur comme à l’extérieur, ses discours ont d’ailleurs toujours été suivis d’actes inscrits dans la tradition de la plus pure realpolitik.

Or, non seulement cette stratégie politique n’a pas eu les résultats escomptés, mais le raidissement idéologique des Républicains a rendu son exercice impossible. Depuis cet été et l’échec des négociations entre Obama et les leaders républicains sur la question de la dette, il est devenu évident que le Tea Party, relayé par ses militants sur le terrain et ses élus à Washington, enferme le camp républicain dans le piège du puritanisme idéologique. En campagne pour sa réélection, Obama a compris le message et essaie de prendre ses rivaux à leur propre jeu. Le rassembleur au-dessus de la mêlée a ainsi laissé place au candidat démocrate à sa propre succession. C’est ce changement de stratégie politique qui explique l’échec de son plan emploi, que le Sénat a rejeté le 11 octobre malgré une campagne de terrain vigoureuse menée en fanfare par Obama. En fait, l’échec prévisible de ce plan constitue une manœuvre politicienne d’Obama et des Démocrates pour mettre les Républicains dans l’embarras.

Pris dans sa globalité, le plan pour l’emploi d’Obama avait en effet toutes les chances de bénéficier d’un soutien bipartisan confortable. Il s’agissait d’une série de mesures d’un coût total de 447 milliards de dollars : des grands chantiers de travaux publics, impulsés et pilotés par les Etats et financés par Washington, des subventions permettant aux Etats de ne pas licencier de fonctionnaires (enseignants, policiers et pompiers…) et des réductions d’impôts plafonnées à 106 000 dollars de revenu annuel dont profiteraient 160 millions d’Américains. Il y a un an, ou même il y a trois mois, Obama se serait réjoui de voir ce package adopté à une large majorité, jusque chez les républicains.

Mais aujourd’hui, le consensus n’est plus son objectif. Ainsi, les stratèges politiques démocrates ont décidé d’ajouter une mesure symbolique forte : une surtaxe de 5,6 % sur les revenus annuels dépassant le million de dollars par an. En promouvant cette « taxe des riches » (ou « Buffet tax », du nom du milliardaire américain qui l’a proposée), Obama pousse les républicains dans leurs retranchements, entravant le soutien des plus ouverts d’entre eux, qui approuvent par ailleurs l’essentiel du plan présidentiel. Obama sait que la taxe des millionnaires est une mesure très populaire et il n’ignore pas que la pression des militants Tea Party qui exigent moins d’impôts et moins d’Etat lie les mains de sénateurs républicains. Le piège parfait se referme sur ses proies.

Contrairement à ce qu’il aurait fait jusqu’à récemment, Obama ne s’est pas efforcé de négocier un compromis avec les républicains, mais il a parcouru les Etats-Unis pour marteler son message dans ce qui ressemble à une primaire solitaire : « La taxe des riches est juste, mon plan va créer de l’emploi et mettre de l’argent dans vos poches mais les Républicains le bloquent parce qu’ils servent un intérêt partisan plutôt que l’intérêt général de la nation ».

Mardi 11 octobre, en s’opposant au vote du plan, les républicains ont foncé tout droit dans l’embuscade qui leur était tendue par la Maison Blanche et les Démocrates. Ils ne pouvaient probablement pas faire autrement et leur embarras était palpable : aussitôt connus les résultats du vote, certains sénateurs ont fait savoir qu’ils ne feraient aucune obstruction si ces mesures étaient présentées une par une, plutôt que sous la forme globale d’un « à prendre ou à laisser » sans nuances.

Toute la question est de savoir si la stratégie présidentielle de refus des compromis sera payante et si le chef de l’exécutif pourra passer, aux yeux de l’opinion publique, pour la victime impuissante des manœuvres politiciennes de ses adversaires républicains. L’enjeu est de taille, car sur le terrain, les chiffres sont cruels : quand Barack Obama a emménagé à la Maison-Blanche, il y avait 132,8 millions de salariés aux Etats-Unis. Aujourd’hui, 32 mois et des centaines de milliards de dollars plus tard, ils ne sont plus que 131,3 millions…

La teinture de François Hollande

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Des cheveux teints, une bouille de gosse un peu faux-cul, une gestuelle maladroite, aucun magnétisme et peu d’idées originales, voici le candidat que la gauche s’est choisie comme challenger dimanche soir au terme de ses « primaires citoyennes ». Il n’a qu’un mot à la bouche : rassembler. Il veut rendre à la France tout ce dont l’Infâme Nicolas Sarkozy l’a dépossédée pendant cinq ans.

Cet apparatchik du parti socialiste la joue modeste. Le peuple français est un peu énervé, il va le calmer. Ce n’est pas un programme très exaltant, mais vu l’état du malade quelques professeurs et quelques infirmières de plus, cela s’impose. Cette démagogie douce, bienveillante, humaniste, ne heurtera en définitive personne. C’est comme sa teinture, elle passe inaperçue. C’est comme sa nouvelle silhouette : on a déjà oublié ses kilos en trop. On oubliera bientôt son programme. Trop inconsistant.

Ce n’est pas qu’il soit antipathique, François Hollande. Il est à la politique ce que Tahar Ben Jelloun est à la littérature. Il incarne une forme de fadeur qui lassera vite, sauf peut-être les institutrices et les infirmières. On attendait un candidat neuf et on nous refile une vieillerie.

La teinture ne fait pas tout.

Hollande, morne plaine

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Les socialistes veulent vraiment le pouvoir, voilà l’élément fondamentalement nouveau apparu au cours des primaires citoyennes qui se sont terminées par la nette victoire de François Hollande hier soir. L’ensemble de ce processus inédit a démontré que les leaders de la génération laissée en rade par Lionel Jospin le soir du 21 avril 2002 ont finalement réussi à s’apprivoiser entre eux en trouvant un moyen original d’assumer leurs divergences sans pour autant offrir le spectacle d’une lutte florentine, leur pêché mignon.

Il leur aura fallu dix ans pour retrouver des couleurs présentables à une présidentielle et afficher ce visage conquérant. Dix années partagées entre les synthèses molles d’un François Hollande premier secrétaire, une bataille qui vira au combat fratricide sur la question européenne (à l’occasion du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen, qui préfigura la campagne présidentielle atterrante de 2007), et enfin le fiasco du congrès de Reims en novembre 2008 où l’opacité le disputa à l’irrégularité pour liquider « l’épisode Royal ». Durant cette période, le PS étant devenu le « parti des territoires » vainqueur de toutes les élections locales, son incapacité à définir un projet clairement alternatif à celui de la droite pouvait laisser penser qu’il était prêt à se satisfaire de ce rôle somme toute confortable.

Puis un héros vint de l’ouest. Une vieille gloire des années Jospin qui avait trouvé un asile doré à Washington fut exhumée par la baguette magique des sondages. L’élite des journalistes avait trouvé un remplaçant à Nicolas Sarkozy, que l’encombrante impopularité commençait à rendre indéfendable. Installé sur le trône avant d’avoir fait mine d’y songer, DSK minutait son retour avec l’application d’un horloger suisse mais neuf minutes obscures dans une chambre d’hôtel firent tout chavirer. L’heure de François Hollande était venue.

Le banni de Reims, renvoyé dans sa Corrèze élective après que Martine Aubry fut intronisée cheffe de l’opposition presque contre sa volonté, sillonnait pourtant « la France des régions » depuis un an, reprenant langue avec tout ce que le monde socialiste compte de baronnies. Il a suffi de cinq jours après la sidération provoquée par les nouvelles du Sofitel et de Rikers Island pour qu’un sondage TNS-SOFRES permette au vide d’être comblé. La « prophétie auto réalisatrice », comme Jean-Luc Mélenchon baptisa la dynamique Hollande, se mit en place, sans que le premier intéressé ne fit rien. Une curieuse alchimie opéra et l’ex premier secrétaire glissa alors naturellement dans le costume prêté jusque là à DSK. Le promoteur de la présidence « normale », hier moqué, transforma soudain en moues enjouées les sourires compatissants qui se dessinaient jusqu’ici sur les visages à l’évocation de sa candidature. Il vola en tête des sondages, se composant un personnage super sérieux, aussi concentré sur son régime qu’assumant une ligne on ne plus centriste. Chirac y alla même de son bon mot de légitimation, profitant de sa proximité corrézienne avec François Hollande pour envoyer une pique à son successeur.

On verra bien le 6 mai prochain si cette tranche de peuple a eu raison. En attendant, la gauche va soutenir à l’élection présidentielle l’ex-compagnon de sa précédente candidate et offrir à leurs enfants une seconde chance d’avoir un de leurs parents à la tête du pays, chose anecdotique si elle n’était un symbole furieux de l’endogamie des élites. Au moins, « ce couple est une réussite » comme l’a finement fait remarquer Ségolène Royal.

Mais comme chacun sait, après la famille, il y a la France, « nation politique » par excellence selon un mythe qui se vérifie de façon assez irrégulière. Et c’est bien là que le bât blesse. Le choix qui nous est proposé, du moins quant aux postulants ayant une chance d’arriver au bout de la course, peut-il être autrement résumé que celui entre l’impuissance de gauche et l’impuissance de droite ? En réalité, les horizons que nous promettent Sarkozy et Hollande ne sont pas si éloignés tant leur récent discours se place sous la même tutelle : la dette.

De manière prémonitoire, ils s’étaient affichés ensemble à la une de Paris Match le 17 mars 2005 alors qu’ils défendaient le « oui » au TCE. Ils ont le même âge, furent élus pour la première fois députés en 1988 et s’élevèrent parallèlement dans les hauteurs de leurs partis respectifs en partageant un même objectif élyséen. Bref, ils ne se sont jamais vraiment quittés et l’affrontement à venir entre eux ravira les amateurs de téléologie politique. Leur seul face à face électoral direct remonte à 1999, lorsque Nicolas Sarkozy remplaça au pied levé Philippe Séguin à la tête de la liste RPR pour les élections européennes. Ce fut une déculottée mémorable pour l’actuel président et les proches de Hollande n’ont pas manqué de rappeler cet épisode pour convaincre que ce qui fut fait peut être réédité.

Quel que soit celui qui remporte le deuxième round, espérons que le match soit plus grisant que des joutes du type : « C’est moi le plus crédible pour gérer la dette », « non c’est moi, toi tu veux plus de fonctionnaires ! ». Car, si les socialistes affichent une réelle une volonté de prendre le pouvoir, ou « d’arriver aux responsabilités » comme dit Hollande, très partisan de novlangue bureaucratique, il serait intéressant de faire de son « rêve français » autre chose qu’un accompagnement du lent et progressif recul du pays[1. Même si nous avons de beaux restes et pour encore longtemps.].

Si les époques peuvent être jugées aux vertiges politiques qu’elles offrent, la notre est du genre pathétique. C’est assurément de notre faute à tous, nous avons les dirigeants que nous méritons. Et quel mérite ! « Hollande, Morne plaine entre Maastricht et Amsterdam », comme me l’a dépeint un ami socialiste cruel mais si lucide quant à l’européisme béat du candidat socialiste. A droite, Nicolas Sarkozy « devint président grâce au génie du peuple français qui a été d’éviter que ne fut ce qui ne devait pas être » me glisse un contempteur anonyme du (ségolène) royalisme.

Mais après tout, les français étant bien persuadés que « Bernard Tapie est un entrepreneur, Claire Chazal une journaliste, et BHL un philosophe », on peut leur faire confiance pour trouver à Hollande toutes les qualités d’un président comme ils l’ont fait pour Sarkozy.

Touchez pas à mon pote !

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Image : Christian Creseveur.

Mouloud Akkouche est un auteur de romans noirs et, accessoirement, tient un blog sur Rue 89. Mouloud et moi, on se connaît un peu et on s’apprécie beaucoup. On s’est croisé assez souvent dans divers salons polardeux. On a bu pas mal de coups et beaucoup discuté dans les buvettes ou en attendant le chaland derrière nos piles de livres, assis dans d’hypothétiques salles polyvalentes de sous-préfectures. Avec Mouloud, à force, on s’est aperçu qu’on était d’accord sur tout, ou presque. Dans le milieu du polar souvent enclin à la moraline, Mouloud et moi on ne se faisait pas de grandes illusions sur les postures antifascistes. Et on était capables d’apprécier des écrivains de droite et de trouver Drieu aussi intéressant que Vailland et Aragon.
Cela, sans doute, était dû à un roman familial commun qui se jouait du côté du communisme, le vrai, celui des municipalités rouges et de la contre-société qu’elles avaient assez heureusement créée et qui auront duré, disons, des années de l’après-guerre au milieu des années 80. Jusqu’au moment où bon nombres de ces Atlantide du PCF achevèrent d’être balayées par la conversion de tous à l’économie de marché comme horizon indépassable. Après, évidemment, on peut toujours pleurer des larmes de crocodiles en constatant, avec Gilles Kepel, que les mêmes contre-sociétés ne se forment plus autour d’un idéal égalitaire et laïque mais autour d’un islam plus ou moins rigoriste.

Mouloud vient de Montreuil. Il y a connu l’écrivain Patrick Besson mais contrairement à lui, il a fait ses premières armes politiques chez les autonomes. Il n’empêche, une fois la belle aventure terminée, il est revenu non pas au communisme, mais à ce qu’il y avait de meilleur dans le communisme : un refus total d’envisager une personne autrement que par sa place dans les rapports de production, comme on disait autrefois. Pour faire vite, et c’est ce qui explique notre sympathie réciproque, Mouloud et moi, on ne connaît pas d’Arabes, de Juifs, de Noirs, d’homosexuels, de musulmans ou de catholiques. On ne connaît que des Français[1. Mais non, cher Jérôme, puisque l’individu est défini par sa place dans le processus de production, vous ne connaissez que des riches et des pauvres, ou des travailleurs et des exploiteurs. Il faudra m’expliquer en quoi ce communautarisme économique est moralement supérieur à ses équivalents religieux ou ethnique. Je constate qu’une partie de la gauche qui passe son temps à répéter, sans plus savoir pourquoi elle le répète sinon parce que les autres le disent, que Sarkozy « dresse les Français les uns contre les autres », ne trouve jamais problématique de désigner une corporation comme responsable de la faillite d’un système dont la plupart d’entre nous ont accepté, quand c’était possible, de profiter. Il faudra quand même que tu nous démontres un jour (autrement que par l’assertion) pourquoi la question sociale est la seule qui vaille et que tu nous dises ce qui te permet de disqualifier d’emblée toute appartenance, toute distinction culturelle ou identitaire : que ces distinctions aient, dans le passé, produit des résultats désastreux ne suffit pas à les faire disparaître. Les identités ne vont pas s’évaporer parce qu’elles te font peur. Il est au contraire urgent de les penser dans une grammaire conforme à nos convictions. En clair d’affronter le réel tel qu’il est au lieu de le planquer sous une couche de peinture fût-elle rouge (EL).]. C’est terriblement démodé, ça, je sais bien. Mais on a toujours pensé que la question de l’origine par exemple était plaisante quand il s’agissait de savoir ce qu’on mange ou qui on aime (quel aveu ! EL) mais prenait un caractère monstrueux, propice à tous les carnages, dès qu’on la faisait entrer comme paramètre dans une analyse politique.

Mouloud a fait un billet, le 5 octobre, dans lequel il renvoie dos à dos Houria Bouteldja, des Indigènes de la République et l’Agrif, association crypto-lepéniste, qui lui intente un procès pour injure raciale. Il prend pourtant ses précautions, Mouloud : il explique bien qu’il faut combattre l’Agrif. Mais pas à n’importe quel prix, ou en tout cas pas au prix d’une défense pavlovienne d’Houria Bouteldja, créatrice de l’appellation pour le moins sémantiquement ambiguë de « souchien » qui sonne bien désagréablement à l’oreille.

Ce qui lui vaut des représailles tout en nuances de la part de la patronne des Indigènes. Lisez sa réponse : c’est hallucinant, édifiant, débectant. Voilà mon Mouloud transformé en lepéniste bon teint parce qu’il se permet d’étayer sa démonstration par quelques exemples vécus de racisme anti-français. Je connais aussi ce genre de porte étroite, Mouloud. Il est évidemment hors de question de le fantasmer à la façon des identitaires et de faire de cette « question raciale » l’alpha et l’oméga d’un combat politique. Parce qu’évidemment, pour moi comme pour toi, tout cela n’est qu’un symptôme, celui d’une déliquescence généralisée des vieilles solidarités ou de cette common decency orwellienne qui soudait les classes populaires si longtemps indifférentes aux couleurs de peau ou aux religions. Et au bout du compte, tout cela est avant tout la conséquence d’une absence de réponse à la seule question qui vaille, la question sociale.
Logiquement, Mouloud n’est pas trop content de voir des pétitionnaires comme Badiou ou Balibar, que l’on a connu mieux inspirés[2. Quand ? Pour condamner la politique raciste d’Israël ? Faire de Sarkozy « l’homme aux rats » ? (EL)], défendre par principe Houria Bouteldja par ce qu’elle aurait raison par essence puisqu’elle est femme, musulmane et donc dominée, forcément dominée. Il ose même écrire : « N‘en déplaise aux pétitionnaires, le « Souchien » de Houria Boutjelda est l’équivalent du « bruit et l’odeur » (Chirac), de « Durafour crématoire » (Le Pen), du « point de détail de l’Histoire » (Le Pen)… et de tous les « sales bougnoules ou nègres ».

Tu ne choisis pas la facilité, Mouloud, décidément. En même temps, depuis Bernanos et Pasolini, on sait bien que le sentier de l’honneur consiste à ouvrir le feu en position défavorable, y compris contre son camp quand son camp dit n’importe quoi. Bien entendu, Mouloud, que tous ceux de tous les bords qui posent le problème en termes ethniques participent de la même totalité structurante et que comme moi, tu vois là, les larmes aux yeux, un vrai recul de la civilisation.

À la lecture des réactions à ton papier, je me suis souvenu qu’à la fin des années 80, peu de temps avant la guerre, il y avait eu un recensement, le dernier, dans ce qu’on appelait encore la Yougoslavie. Interrogés sur leur origine, l’immense majorité des gens avaient, pour la première fois, répondu « serbe », « croate », « bosniaque », « macédonien », « slovène ». Il y avait eu moins de 1% pour dire, tout simplement, « yougoslave ».
Tu sais quoi, Mouloud ? Parfois, j’ai l’impression que nous sommes les derniers Yougoslaves.

Jean Leonetti, ministre moderne

1

Remporter une victoire, ce n’est pas seulement gagner une élection. Imposer dans le débat public un concept est assurément une gageure. Exhumer une idée que l’on croyait reléguée au rang de vieille lune et obtenir qu’on en débatte est une belle réussite. Aussi Arnaud Montebourg peut-il se féliciter d’avoir gagné son pari démondialisateur. Si l’on ne sait pas ce que deviendra l’homme, ni quelle sera sa place dans la campagne socialiste, l’avenir du protectionnisme en tant qu’idée est quant à lui assuré.

De cela, on peut être certain lorsqu’on constate que tous, y compris les adversaires politiques de « l’impétrant », se voient contraints de se positionner sur un thème devenu « fashion ». Que Jean-Claude Trichet soit hostile à la démondialisation n’est pas très étonnant. Mais qu’il ressente l’urgence de l’exprimer est loin d’être anodin.

Que dire, dès lors, lorsque le ministre des affaires européennes du gouvernement Fillon se lance dans vibrant « éloge des frontières », et conseille à une poignée de parlementaires éberlués la lecture du livre éponyme de Régis Debray ?

Cette scène n’est ni le fruit d’une élucubration, ni un morceau choisi du dernier roman d’anticipation à la mode. Elle s’est produite au Palais Bourbon le 5 octobre. Jean Leonetti, alors auditionné par la commission des affaires européennes de l’Assemblée y affirma : « l’Europe doit désormais se construire différemment. Elle doit respecter ses frontières (…) dans les échanges commerciaux, la réciprocité doit s’imposer. Nous ne pouvons plus tolérer que certains ne respectent pas les règles sociales et environnementales en vigueur sur le marché européen, et que la réciprocité ne s’applique pas ».

Encore un petit effort, Monsieur le Ministre. A la prochaine audition, rappelez que l’Europe est une association de Nations souveraines, et que cette souveraineté appartient aux peuples. Vous entrerez alors pour de bon dans la modernité.

Libéral, ne vous déplaise !

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Ron Paul

Dans son Peter Thiel, un Ravachol ultralibéral, Jérôme Leroy évoque le projet un peu fou du patron de Paypal, qui souhaite créer une petite société sans État sur une île artificielle, au large de San Francisco, et en profite pour nous parler de ce fameux mouvement « libertarien » américain. Quand Jérôme me lance une balle, je la saisis au bond.

Un petit retour en arrière s’impose. Le libéralisme, le vrai, est une idée née en Europe au siècle des Lumières. Il plongeait ses racines bien plus profondément dans l’histoire de la pensée − Aristote, Lao Tseu, les scolastiques de l’École de Salamanque… − mais c’est au cours du XVIIIe siècle qu’il est devenu, en réaction à l’absolutisme royal, un système de pensée cohérent et formalisé. Ses pères sont Turgot, Smith, Say, Locke, Hume, Condillac ou Montesquieu, pour ne citer que quelques noms. Le libéralisme, le vrai, devient alors un ensemble philosophique qui fonde sa conception de la société des hommes sur une seule notion : la liberté. Il n’y a pas, pour un libéral, de différence entre ce que nous appelons aujourd’hui « liberté politique », « liberté économique » ou « liberté sociale » ; il y a la liberté ou il n’y a pas de liberté. Entre les droits naturels de John Locke et la main invisible d’Adam Smith, il n’y a pas de frontière, pas de contradiction ; tout ceci forme les fondations de ce que nous, libéraux, appelons le « libéralisme ».

Mais le libéralisme n’est pas et n’a jamais été monolithique.[access capability= »lire_inedits »]Les idées libérales dites « classiques » s’enrichissent de la sensibilité personnelle des auteurs : libéraux de gauche, libéraux conservateurs, « minarchistes »[1. Libéraux qui prônent un État exclusivement recentré sur ses fonctions régaliennes : la justice, la police, l’armée et la diplomatie. ou anarcho-capitalistes sont autant de branches de la grande famille libérale qui, comme dans toutes les familles, ont une fâcheuse tendance à oublier tout ce qui les rassemble pour se focaliser sur leurs quelques différences.]. « Trois communistes, quatre avis » : c’est au moins aussi vrai pour les libéraux. (Je ne voudrais pas chipoter, mon cher Georges, mais historiquement, la blague est plus adaptée aux juifs qu’aux communistes… EL.)

Ainsi, quand Jérôme décrit les idées « libertariennes » de Peter Thiel, il fait en réalité référence au courant anarcho-capitaliste − voir, entre autres, des auteurs comme Gustave de Molinari ou Murray Rothbard − c’est-à-dire à ceux d’entre nous qui se passeraient volontiers d’un État. « Libertarien » est un terme anglo-saxon et même américain qui n’existe pas dans la langue de Molière et dont la meilleure traduction est tout simplement « libéral ». Sa raison d’être est toute simple : aux États-Unis, liberal signifie − en gros − « social-démocrate de gauche » ; quand les libéraux américains, menés par Ron Paul, ont voulu marquer leurs distances autant avec les conservateurs républicains qu’avec les progressistes démocrates, ils n’ont eu d’autre choix que de fonder un « Libertarian Party ». De fait, les libertariens états-uniens regroupent les mêmes tendances que les libéraux français − du libéralisme classique à l’anarcho-capitalisme − ; la seule véritable différence, c’est qu’ils sont beaucoup plus nombreux.

Contrairement à ce que Jérôme fait semblant de croire[2. Jérôme est communiste, certes, mais il est aussi taquin.], votre serviteur n’est pas anarcho-capitaliste. Si je pense que l’État est un mal, un appareil social fondé sur la violence et dont la seule raison d’être est de restreindre nos libertés, je pense néanmoins que c’est un mal nécessaire et même (malheureusement) indispensable. J’aimerais sincèrement être « anarcap » mais non, vraiment, je n’y crois pas[3. Pardon les copains, mais là, je suis Mises.]. C’est cette conviction que l’État, le gouvernement et les politiciens ont un rôle à jouer dans nos sociétés, mais un rôle limité et sévèrement contrôlé, qui fait de moi un libéral classique à la mode française dans la ligne des Turgot, Tocqueville et autres Bastiat. Jérôme a raison : l’anarcho-capitalisme a ceci de commun avec le communisme que les deux sont des utopies intellectuellement séduisantes qui n’ont jamais existé et n’existeront probablement jamais[4. Cela dit, j’encourage vivement ceux d’entre vous qui ont un peu de curiosité et du temps à lire Murray Rothbard (« L’Éthique de la liberté », par exemple) ; vous serez surpris.]. Mais en ce qui concerne M. Thiel, il y a tout de même une différence : il n’oblige personne à venir vivre sur son île.

Ce qui est intéressant dans le projet de M. Thiel, c’est son existence même : voilà un libertarien américain qui, manifestement, considère que son pays, pourtant réputé « ultralibéral », ne lui propose plus le genre de société dans laquelle il veut vivre. Voilà la vérité que je partage avec M. Thiel et quelques autres : nous ne vivons pas dans une société socialiste mais nous ne vivons pas non plus − et depuis longtemps − dans une société libérale. Le monde des hommes n’est ni noir ni blanc : il est en nuances de gris. Je mesure bien que cette affirmation en choquera plus d’un mais, pourtant, si vous acceptez d’y regarder de plus près, vous observerez quelques faits troublants. Par exemple, aucun − je dis bien aucun − homme politique français d’envergure nationale ne se réclame du libéralisme ; de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon en passant par les barons de l’UMP et les caciques du PS, tous − à divers degrés − prônent une intervention accrue de l’État dans nos vies[5. De fait, il n’y a aujourd’hui en France qu’un seul parti ouvertement libéral − le Parti libéral -démocrate (PLD).]. Considérez Ron Paul : avez-vous entendu parler de ses scores lors des primaires républicaines ? Eh bien, les Américains non plus : c’est le « black-out » total. Lisez la presse, faites un tour dans les librairies, écoutez la radio et vous constaterez ,comme moi, que les seuls avis qui y sont relayés sont profondément et explicitement antilibéraux. Tenez, au hasard : combien d’auteurs libéraux avez-vous vu intervenir sur Causeur[6. Un grand merci à la patronne !] ? Et dites-moi sincèrement : à l’École de la République, que vous a-t-on appris ? Suis-je le seul lycéen à qui son professeur d’économie a conseillé de lire Alternatives économiques ?

À ceux qui pourraient être tentés par l’aventure, je ne mentirai pas : être libéral en France aujourd’hui, c’est un peu comme faire partie des assiégés de la citadelle du Gouffre de Helm. Cela présente des avantages − nous sommes si peu nombreux que nous finissons par tous nous connaître − mais surtout des inconvénients, notamment celui de s’entendre répéter à longueur de journée que Nicolas Sarkozy ou Dominique Strauss-Kahn sont des « ultralibéraux ». C’est proprement insupportable, mais, que voulez-vous ? Comme disait l’autre : « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. »

Aux autres, celles et ceux qui pensent dans le sens du vent par conviction, conformisme ou paresse intellectuelle, j’ai envie de donner un conseil − et c’est un vrai conseil de la part de quelqu’un qui, comme le dit si bien Jérôme, vous veut du bien : lisez. Ne serait-ce que par simple curiosité ou pour mieux me contredire, lisez et découvrez ce formidable héritage intellectuel[7. Je vous suggère le site de l’Institut Coppet, qui s’est donné pour mission de faire revivre et de traduire ces textes.] : vous ne pouvez qu’en sortir grandis.[/access]

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Luc Chatel, un flic à la maternelle ?

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Photo : bouffonduroi.over-blog.fr

« Rien à signaler », « À risque », « À haut risque ». C’est à se demander si Luc Chatel n’est pas devenu complètement accro à la série américaine 24h chrono pour nommer ainsi les trois catégories dans lesquelles les enfants de la dernière section de maternelle pourraient se voir classer.

Luc Chatel, en agent spécial de la lutte contre l’hécatombe scolaire, aurait trouvé dans Jack Bauer, son frère d’arme. La maternelle, véritable zone à haut risque, nécessiterait donc la mise en application d’une sorte de plan Vigicancre qui préviendrait, grâce à une surveillance accrue, les déficiences nocives d’élèves à problèmes potentiels.

Classé dans la catégorie « à haut risque », le bout’chou de cinq ans serait comme un produit radioactif qu’il faudrait manipuler avec précaution vêtu d’une combinaison blanche de protection et d’un casque respiratoire afin de limiter au maximum le risque d’exposition à une éventuelle contamination. Les psys des écoles ont intérêt à avoir en réserve une kyrielle de crayons de couleur et de gros paquets de feuilles blanches, vu le nombre d’enfants traumatisés par la peur de l’échec qui vont leur dessiner les divers cauchemars qui assaillent leurs imaginaires angoissés.

Or, cette opération commando est en réalité une opération de camouflage destinée à cacher la déconfiture du système éducatif à l’école primaire. Monopoliser ainsi l’attention sur l’évaluation en maternelle est une façon de faire diversion afin d’éviter d’affronter le problème que pose la qualité des programmes, où la place consacrée à l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, du calcul est sans cesse réduite par l’importance inconsidérée accordée à des disciplines secondaires comme la biologie et inappropriées comme l’informatique.

Alors, comme toute fausse bonne idée, la trouvaille de l’évaluation en maternelle pour prévenir l’échec programmé à l’école primaire désarme l’esprit critique en esquivant la question de la dévaluation des objectifs de l’école républicaine qui, chaque année, repousse au niveau supérieur la transmission des bases qu’elle est incapable d’enseigner au bon niveau. C’est à l’université maintenant de donner des cours de rattrapage !

L’absurdité du système revient donc à évaluer les maternels au lieu de les materner et à materner les primaires au lieu de les évaluer. Zéro!

Une pasteure en Eurabie

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Le site allemand Politically Incorrect (PI) affiche une identité pro-israélienne et pro-américaine. Il est fréquenté quotidiennement par cinquante mille visiteurs environ et, selon Der Spiegel, n’est pas classé à l’extrême droite par les services secrets allemands.

Il se trouve qu’une pasteure bernoise, Christine Dietrich, docteur en Ancien Testament, qui défend la laïcité et la démocratie, a écrit quelques textes sur l’application de la charia en Occident et financé partiellement ce site dont le caractère anti-islamiste passe difficilement inaperçu. On l’aurait même aperçue à un congrès anti-islamisation organisé par le mouvement Pro Köln.

L’affaire a été révélée par la Frankfurter Rundschau et la Berliner Zeitung. L’Église réformée de Berne a aussitôt diligenté une enquête et interdit à Christine Dietrich de s’exprimer dans les médias.

La presse suisse se demande si elle n’aurait pas fait preuve de naïveté, voire de maladresse, en fréquentant certains milieux. Le Canton de Berne qui est son employeur, affirme qu’il n’a rien à lui reprocher, en tout cas rien qui soit punissable par la loi. Mais on lui a conseillé de bien examiner les invitations auxquelles elle serait amenée à répondre dans le futur. Quant au site Politically Incorrect, il ne pose pas vraiment de problème, mais les commentaires excessifs des internautes, oui.

Finalement ce qu’on attend de Madame la Pasteure Christine Dietrich, c’est qu’elle reste dans le Politically Correct et qu’elle adopte vis-à-vis de l’Islam une neutralité bienveillante. Attitude typiquement helvétique, mais qui a gagné aujourd’hui ce que Bat Ye’or nomme justement l’Eurabie[1. On se reportera à l’article de François Braun : Ce que lisait Breivik dans le numéro d’octobre de Causeur pour comprendre les enjeux du débat.].

Delors « décontamine » le programme du FN

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Jacques Delors, père de l’ « impétrante » Martine Aubry et accessoirement ancien président de la Commission Européenne, vient de jeter un nouveau pavé dans la mare.

Cette fois-ci, il ne désavoue pas sa fille en préférant le quinquennat Sarkozy aux années Chirac. Pis, il piétine le dogme de l’infaillibilité européenne en prônant carrément une refonte des traités européens qui permettrait à certains pays d’abandonner la monnaie unique.

Évidemment, ce père indigne vise avant tout les brebis galeuses de l’euro que sont la Grèce et, dans une moindre mesure, l’Espagne, le Portugal et l’Italie. Regrettant logiquement l’absence de coordination économique de la zone euro sans se contenter de pleurer sur le lait renversé, il préconise l’adoption d’un nouveau traité prévoyant la « possibilité de sortir un pays de la zone euro avec une majorité (des États membres) surqualifiée de 75% ».

Dans les colonnes du Monde, l’autre vieux Jacques contredit donc ses amis sociaux-démocrates qui lisent l’avenir d’une France sans euro dans L’Apocalypse de Saint Jean. De quoi désarçonner les argumentaires anti-FN du duo Aubry-Hollande, qui nous répète que la France et la Grèce se ruineraient en sortant de l’euro.

Décidément, on est bien loin de « la France qu’on aime » et du bisounoursisme chers à la maire de Lille.

Et si l’octogénaire Delors était aussi handicapant pour Martine Aubry que Jean-Marie pour Marine ?

Michéa et les bons esprits

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Montage : http://cuicuifitloiseau.blogspot.com

Depuis quelques années, de bons esprits s’emploient à démontrer les inconséquences (ou les dangereuses conséquences) du progressisme, à en démonter les mystifications et à dénoncer cette forme nouvelle d’inquisition dont les dogmes sont l’antiracisme, la haine des limites, le mépris du peuple et l’éloge obligatoire du déracinement.

Ces bons esprits, dont certains ont su trouver un succès justifiant les espoirs des franges les plus lucides de la population française, sont souvent de bons républicains, nostalgiques d’une nation une et indivisible où l’École éduquait, où le passé n’était pas nié ou présenté comme une suite de massacres et d’injustices, où l’immigré s’intégrait à une culture respectée, où la France rayonnait par ses arts, ses lettres… et sa force de frappe atomique. De droite, de gauche, parfois − mais très rarement − du centre, ces bons esprits admirent généralement la belle langue classique du général de Gaulle, la rigueur de Pierre Mendès France, le Parti communiste français des années 1950, les plus réactionnaires d’entre eux cultivant même une tendresse particulière pour Richelieu et Louis XIV. [access capability= »lire_inedits »]

Défenseurs de belles traditions françaises, ces érudits ont le grand mérite de mettre en transe l’inquiétante Clémentine Autain, de croiser le fer avec le sinistre Bégaudeau et de contester les nombreux mutins de Panurge régulièrement lancés sur le marché de la culture et de la politique.

Notons enfin qu’ils se sont souvent manifestés par leur attachement à la souveraineté nationale et par leur refus, au nom de l’un et de l’indivisible, du « communautarisme et de ses démons ». Tout cela n’a rien de bien exaltant mais s’avère plus sympathique que les divagations d’Attali sur le nouvel ordre nomade.

Une lecture superficielle du dernier livre de Jean-Claude Michéa, qui voudrait le récupérer au profit d’une quelconque politique (par exemple celle du triste Mélenchon ou d’un souverainisme d’avant-hier) pourrait suggérer que notre philosophe orwellien est dans la ligne de ces bons esprits.

Certes, Michéa partage nombre de leurs cibles, et critique justement la passion délirante pour toutes les innovations à laquelle on reconnaît la gauche la plus moderne. Il analyse finement la conjugaison, chez le lecteur de Libé (archétype du bourgeois de gauche), de la fascination pour la « caillera » et du dégoût pour le peuple ; et relève enfin la contribution des nouvelles gauches (les nouvelles radicalités chères aux Inrocks et à Toni Negri) aux figures les plus modernes de l’aliénation. Ce sont là des critiques et des réflexions qu’il a en commun avec un Alain Finkielkraut ou un Éric Zemmour.

Or, l’originalité et la force particulière de la pensée de Michéa se trouvent davantage dans les prémisses de sa critique de la modernité, dans les raisons et les fidélités historiques qu’il dresse face à l’impasse libérale, que dans ses convergences avec tel ou tel esprit « réactionnaire ».

En effet, pas plus qu’il ne s’oppose à l’état présent du monde au nom du rétablissement de l’ordre gaulliste (version Zemmour), il ne se satisfait pas du conservatisme élégant et désabusé d’un Finkielkraut que la barbarie contemporaine trouble et indispose.

Sa pensée s’obstine à chercher les voies de l’émancipation − un gros mot pour beaucoup de nos intellectuels qui se vouent désormais aux luttes pour la parité et contre les discriminations − en méditant sur les conditions d’une démocratie authentiquement populaire, où le peuple ne serait plus le souverain abstrait[1. Cette masse anonyme qui se fait représenter et que l’on invoque en période électorale. des démocraties libérales mais une fraternité d’hommes libres et responsables.].

Par ces « temps de basses eaux » (Castoriadis) et d’inculture généralisée, c’est l’une des singularités de Michéa que de renouer le fil d’une tradition socialiste et anarchiste dont le développement fut brisé par l’hégémonie marxiste-léniniste sur le mouvement ouvrier, puis par la domination stalinienne sur les partis des classes populaires[2. « Il faut savoir finir une grève », disait le gros Thorez, avant d’aller dîner avec les représentants de la social-démocratie patronale.], et enfin par la liquidation des derniers résidus du socialisme[3. Et donc de l’opposition radicale à la vision libérale de l’homme en société.] de la part d’une gauche trop heureuse de jouir des bienfaits de la mobilité et des bénéfices de la spéculation.

Michéa remet cette tradition à jour en refusant l’atomisation des sociétés libérales avancées autant que les phantasmes d’homogénéité qui animent les idéologies totalitaires. Son opposition − dès leur apparition sur la scène historique − aux illusions du progrès et aux idoles de la croissance et du développement industriel pourrait inspirer des politiques alternatives ainsi qu’une critique sociale qui ne serait plus la chasse gardée des intellectuels professionnels.

Dans cette filiation socialiste et anarchiste, on retrouve la critique de l’individualisme des Lumières par le socialiste français Pierre Leroux, la défense et l’illustration de la « décence commune » − cette capacité morale de l’homme du commun à refuser l’ubris et « les choses qui ne se font pas » − par George Orwell, mais aussi les différentes expériences de l’anarcho-syndicalisme et l’analyse des conditions anthropologiques du capitalisme par le Pasolini des Écrits corsaires.

Ces références offrent de beaux outils pour saisir et combattre le système de servitude mondialisée sans céder aux nostalgies autoritaires de certains bons esprits impatients. La pensée de Michéa, qui s’inscrit dans cet héritage et le complète[4. En s’inspirant notamment des travaux des psychanalystes sur les pathologies de l’individualisme contemporain.] a le mérite de se livrer à un démontage global de la modernité techno-libérale.

Jean-Claude Michéa n’est pas de ceux qui se lamentent des conséquences dont ils chérissent les causes, selon le mot toujours actuel de Bossuet. Ni de ceux qui dénoncent l’horreur de la transgression dans les escroqueries sans-papiéristes ou le tag d’un crétin à capuche tout en ménageant les manipulations génétiques ou l’installation d’une centrale nucléaire de nouvelle génération. C’est décidément un auteur que nos bons esprits devraient lire et méditer.[/access]

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Obama repart en campagne

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Image : gademocrats

Ça y est. Trois ans après son élection, Barack Obama vient de lancer sa nouvelle campagne présidentielle. Désormais, sa priorité est de marquer ses différences avec les Républicains en les accusant d’empêcher le gouvernement de prendre les mesures économiques nécessaires pour relancer l’économie, l’emploi et le pouvoir d’achat.

Jusqu’à l’été dernier, pendant les trente premiers mois de son mandat, le président démocrate avait toujours recherché le compromis. Bénéficiant initialement de la majorité démocrate dans les deux chambres, Obama avait tenu à négocier avec les Républicains, sans jamais leur forcer la main ni leur imposer ses solutions. Il voulait rassembler et proposer une politique non partisane. A l’intérieur comme à l’extérieur, ses discours ont d’ailleurs toujours été suivis d’actes inscrits dans la tradition de la plus pure realpolitik.

Or, non seulement cette stratégie politique n’a pas eu les résultats escomptés, mais le raidissement idéologique des Républicains a rendu son exercice impossible. Depuis cet été et l’échec des négociations entre Obama et les leaders républicains sur la question de la dette, il est devenu évident que le Tea Party, relayé par ses militants sur le terrain et ses élus à Washington, enferme le camp républicain dans le piège du puritanisme idéologique. En campagne pour sa réélection, Obama a compris le message et essaie de prendre ses rivaux à leur propre jeu. Le rassembleur au-dessus de la mêlée a ainsi laissé place au candidat démocrate à sa propre succession. C’est ce changement de stratégie politique qui explique l’échec de son plan emploi, que le Sénat a rejeté le 11 octobre malgré une campagne de terrain vigoureuse menée en fanfare par Obama. En fait, l’échec prévisible de ce plan constitue une manœuvre politicienne d’Obama et des Démocrates pour mettre les Républicains dans l’embarras.

Pris dans sa globalité, le plan pour l’emploi d’Obama avait en effet toutes les chances de bénéficier d’un soutien bipartisan confortable. Il s’agissait d’une série de mesures d’un coût total de 447 milliards de dollars : des grands chantiers de travaux publics, impulsés et pilotés par les Etats et financés par Washington, des subventions permettant aux Etats de ne pas licencier de fonctionnaires (enseignants, policiers et pompiers…) et des réductions d’impôts plafonnées à 106 000 dollars de revenu annuel dont profiteraient 160 millions d’Américains. Il y a un an, ou même il y a trois mois, Obama se serait réjoui de voir ce package adopté à une large majorité, jusque chez les républicains.

Mais aujourd’hui, le consensus n’est plus son objectif. Ainsi, les stratèges politiques démocrates ont décidé d’ajouter une mesure symbolique forte : une surtaxe de 5,6 % sur les revenus annuels dépassant le million de dollars par an. En promouvant cette « taxe des riches » (ou « Buffet tax », du nom du milliardaire américain qui l’a proposée), Obama pousse les républicains dans leurs retranchements, entravant le soutien des plus ouverts d’entre eux, qui approuvent par ailleurs l’essentiel du plan présidentiel. Obama sait que la taxe des millionnaires est une mesure très populaire et il n’ignore pas que la pression des militants Tea Party qui exigent moins d’impôts et moins d’Etat lie les mains de sénateurs républicains. Le piège parfait se referme sur ses proies.

Contrairement à ce qu’il aurait fait jusqu’à récemment, Obama ne s’est pas efforcé de négocier un compromis avec les républicains, mais il a parcouru les Etats-Unis pour marteler son message dans ce qui ressemble à une primaire solitaire : « La taxe des riches est juste, mon plan va créer de l’emploi et mettre de l’argent dans vos poches mais les Républicains le bloquent parce qu’ils servent un intérêt partisan plutôt que l’intérêt général de la nation ».

Mardi 11 octobre, en s’opposant au vote du plan, les républicains ont foncé tout droit dans l’embuscade qui leur était tendue par la Maison Blanche et les Démocrates. Ils ne pouvaient probablement pas faire autrement et leur embarras était palpable : aussitôt connus les résultats du vote, certains sénateurs ont fait savoir qu’ils ne feraient aucune obstruction si ces mesures étaient présentées une par une, plutôt que sous la forme globale d’un « à prendre ou à laisser » sans nuances.

Toute la question est de savoir si la stratégie présidentielle de refus des compromis sera payante et si le chef de l’exécutif pourra passer, aux yeux de l’opinion publique, pour la victime impuissante des manœuvres politiciennes de ses adversaires républicains. L’enjeu est de taille, car sur le terrain, les chiffres sont cruels : quand Barack Obama a emménagé à la Maison-Blanche, il y avait 132,8 millions de salariés aux Etats-Unis. Aujourd’hui, 32 mois et des centaines de milliards de dollars plus tard, ils ne sont plus que 131,3 millions…

La teinture de François Hollande

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Des cheveux teints, une bouille de gosse un peu faux-cul, une gestuelle maladroite, aucun magnétisme et peu d’idées originales, voici le candidat que la gauche s’est choisie comme challenger dimanche soir au terme de ses « primaires citoyennes ». Il n’a qu’un mot à la bouche : rassembler. Il veut rendre à la France tout ce dont l’Infâme Nicolas Sarkozy l’a dépossédée pendant cinq ans.

Cet apparatchik du parti socialiste la joue modeste. Le peuple français est un peu énervé, il va le calmer. Ce n’est pas un programme très exaltant, mais vu l’état du malade quelques professeurs et quelques infirmières de plus, cela s’impose. Cette démagogie douce, bienveillante, humaniste, ne heurtera en définitive personne. C’est comme sa teinture, elle passe inaperçue. C’est comme sa nouvelle silhouette : on a déjà oublié ses kilos en trop. On oubliera bientôt son programme. Trop inconsistant.

Ce n’est pas qu’il soit antipathique, François Hollande. Il est à la politique ce que Tahar Ben Jelloun est à la littérature. Il incarne une forme de fadeur qui lassera vite, sauf peut-être les institutrices et les infirmières. On attendait un candidat neuf et on nous refile une vieillerie.

La teinture ne fait pas tout.

Hollande, morne plaine

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Les socialistes veulent vraiment le pouvoir, voilà l’élément fondamentalement nouveau apparu au cours des primaires citoyennes qui se sont terminées par la nette victoire de François Hollande hier soir. L’ensemble de ce processus inédit a démontré que les leaders de la génération laissée en rade par Lionel Jospin le soir du 21 avril 2002 ont finalement réussi à s’apprivoiser entre eux en trouvant un moyen original d’assumer leurs divergences sans pour autant offrir le spectacle d’une lutte florentine, leur pêché mignon.

Il leur aura fallu dix ans pour retrouver des couleurs présentables à une présidentielle et afficher ce visage conquérant. Dix années partagées entre les synthèses molles d’un François Hollande premier secrétaire, une bataille qui vira au combat fratricide sur la question européenne (à l’occasion du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen, qui préfigura la campagne présidentielle atterrante de 2007), et enfin le fiasco du congrès de Reims en novembre 2008 où l’opacité le disputa à l’irrégularité pour liquider « l’épisode Royal ». Durant cette période, le PS étant devenu le « parti des territoires » vainqueur de toutes les élections locales, son incapacité à définir un projet clairement alternatif à celui de la droite pouvait laisser penser qu’il était prêt à se satisfaire de ce rôle somme toute confortable.

Puis un héros vint de l’ouest. Une vieille gloire des années Jospin qui avait trouvé un asile doré à Washington fut exhumée par la baguette magique des sondages. L’élite des journalistes avait trouvé un remplaçant à Nicolas Sarkozy, que l’encombrante impopularité commençait à rendre indéfendable. Installé sur le trône avant d’avoir fait mine d’y songer, DSK minutait son retour avec l’application d’un horloger suisse mais neuf minutes obscures dans une chambre d’hôtel firent tout chavirer. L’heure de François Hollande était venue.

Le banni de Reims, renvoyé dans sa Corrèze élective après que Martine Aubry fut intronisée cheffe de l’opposition presque contre sa volonté, sillonnait pourtant « la France des régions » depuis un an, reprenant langue avec tout ce que le monde socialiste compte de baronnies. Il a suffi de cinq jours après la sidération provoquée par les nouvelles du Sofitel et de Rikers Island pour qu’un sondage TNS-SOFRES permette au vide d’être comblé. La « prophétie auto réalisatrice », comme Jean-Luc Mélenchon baptisa la dynamique Hollande, se mit en place, sans que le premier intéressé ne fit rien. Une curieuse alchimie opéra et l’ex premier secrétaire glissa alors naturellement dans le costume prêté jusque là à DSK. Le promoteur de la présidence « normale », hier moqué, transforma soudain en moues enjouées les sourires compatissants qui se dessinaient jusqu’ici sur les visages à l’évocation de sa candidature. Il vola en tête des sondages, se composant un personnage super sérieux, aussi concentré sur son régime qu’assumant une ligne on ne plus centriste. Chirac y alla même de son bon mot de légitimation, profitant de sa proximité corrézienne avec François Hollande pour envoyer une pique à son successeur.

On verra bien le 6 mai prochain si cette tranche de peuple a eu raison. En attendant, la gauche va soutenir à l’élection présidentielle l’ex-compagnon de sa précédente candidate et offrir à leurs enfants une seconde chance d’avoir un de leurs parents à la tête du pays, chose anecdotique si elle n’était un symbole furieux de l’endogamie des élites. Au moins, « ce couple est une réussite » comme l’a finement fait remarquer Ségolène Royal.

Mais comme chacun sait, après la famille, il y a la France, « nation politique » par excellence selon un mythe qui se vérifie de façon assez irrégulière. Et c’est bien là que le bât blesse. Le choix qui nous est proposé, du moins quant aux postulants ayant une chance d’arriver au bout de la course, peut-il être autrement résumé que celui entre l’impuissance de gauche et l’impuissance de droite ? En réalité, les horizons que nous promettent Sarkozy et Hollande ne sont pas si éloignés tant leur récent discours se place sous la même tutelle : la dette.

De manière prémonitoire, ils s’étaient affichés ensemble à la une de Paris Match le 17 mars 2005 alors qu’ils défendaient le « oui » au TCE. Ils ont le même âge, furent élus pour la première fois députés en 1988 et s’élevèrent parallèlement dans les hauteurs de leurs partis respectifs en partageant un même objectif élyséen. Bref, ils ne se sont jamais vraiment quittés et l’affrontement à venir entre eux ravira les amateurs de téléologie politique. Leur seul face à face électoral direct remonte à 1999, lorsque Nicolas Sarkozy remplaça au pied levé Philippe Séguin à la tête de la liste RPR pour les élections européennes. Ce fut une déculottée mémorable pour l’actuel président et les proches de Hollande n’ont pas manqué de rappeler cet épisode pour convaincre que ce qui fut fait peut être réédité.

Quel que soit celui qui remporte le deuxième round, espérons que le match soit plus grisant que des joutes du type : « C’est moi le plus crédible pour gérer la dette », « non c’est moi, toi tu veux plus de fonctionnaires ! ». Car, si les socialistes affichent une réelle une volonté de prendre le pouvoir, ou « d’arriver aux responsabilités » comme dit Hollande, très partisan de novlangue bureaucratique, il serait intéressant de faire de son « rêve français » autre chose qu’un accompagnement du lent et progressif recul du pays[1. Même si nous avons de beaux restes et pour encore longtemps.].

Si les époques peuvent être jugées aux vertiges politiques qu’elles offrent, la notre est du genre pathétique. C’est assurément de notre faute à tous, nous avons les dirigeants que nous méritons. Et quel mérite ! « Hollande, Morne plaine entre Maastricht et Amsterdam », comme me l’a dépeint un ami socialiste cruel mais si lucide quant à l’européisme béat du candidat socialiste. A droite, Nicolas Sarkozy « devint président grâce au génie du peuple français qui a été d’éviter que ne fut ce qui ne devait pas être » me glisse un contempteur anonyme du (ségolène) royalisme.

Mais après tout, les français étant bien persuadés que « Bernard Tapie est un entrepreneur, Claire Chazal une journaliste, et BHL un philosophe », on peut leur faire confiance pour trouver à Hollande toutes les qualités d’un président comme ils l’ont fait pour Sarkozy.