On n’a pas attendu Einstein pour savoir que tout jugement de grandeur est relatif. On est grand ou petit, gros ou maigre, l’eau est chaude ou froide selon l’autre terme de la comparaison.
Pour rester optimiste sur l’avenir du Moyen-Orient, et se réjouir sans arrière-pensée du printemps arabe, il suffit donc d’être relativiste, et d’admettre que les islamistes qui nous font peur, et que nous hésitons à applaudir et à soutenir, sont en réalité des modérés. Il suffit de poser pour principe premier que l’islamisme n’existe pas, et qu’il n’y a que des islamistes, qui sont par définition tous plus modérés les uns que les autres, les uns par rapport aux autres.
Alors nous commencerons par soutenir avec enthousiasme l’islamisme turc, qui est si modéré comparé à celui des Frères musulmans, que nous soutiendrons très vite car il est très modéré par rapport à celui des salafistes, que nous nous interdirons immédiatement de critiquer car ce sont des modérés pour peu qu’on les compare à Al Qaïda, qui a aussi ses extrémistes, lesquels, après tout, n’ont détruit que deux immeubles new-yorkais sur des milliers.
Je dis cela parce que j’ai été indigné par l’interview de Jeannette Bougrab, secrétaire d’Etat à la Jeunesse dans laquelle elle répond ainsi aux questions du Parisien
« Question: En Tunisie, au Maroc et en Egypte, on assiste à une poussée des islamistes. Cela vous inquiète-t-il?
Jeannette Bougrab : Oui. C’est très inquiétant. Je ne connais pas d’islamisme modéré.
Q: Il ne faut pas croire ceux qui se présentent, ou que l’on qualifie, de « modérés »?
JB: Non. L’égalité ne peut pas être à géométrie variable. L’État de droit se mesure notamment en fonction du degré ou du respect des droits des femmes et je n’accepte pas l’idée qu’on puisse fonder une Constitution sur la charia, système religieux fondamentalement inégalitaire. La démocratie n’est pas un supermarché où l’on pourrait prendre uniquement ce qui nous fait plaisir. »
Et la suite à l’avenant…
Ma parole, elle voudrait que les femmes et les partisans de la liberté de conscience votent pour Nicolas Sarkozy qu’elle ne s’y prendrait pas autrement !
Dès qu’on a la répartie de la gauche, on vous prévient.
Décidément, l’affaire DSK a des conséquences à tous niveaux. Après nous avoir révélé l’existence d’un nouveau comportement intime (le binge-fucking) que l’on peut définir comme la faute morale en 7 minutes chrono, les suites de l’histoire du Sofitel modifient profondément les règles du journalisme.
Certes, avant le 14 mai 2011, on connaissait le roman-enquête où un écrivain mène l’investigation, comme Bernard-Henri Lévy après l’assassinat de Daniel Pearl. Avec l’affaire du Sofitel, on découvre l’enquête-roman menée par un grand journaliste, Ivan Levaï, mais uniquement en qualité de proche, de quasi-parent de DSK, livrant sa conviction intime, ses conceptions personnelles du viol et du comportement supposé des femmes africaines… En fin de compte, se livrant surtout au ridicule.
Quant au dernier avatar de l’investigateur tous azimuts, il s’agit du biographe officiel : Michel Taubmann. Biographe officiel, cela sonne comme hagiographe ficelle. On voit bien ce qu’a été la fonction de biographe du prince par le passé, notamment dans des régimes totalitaires où il fallait gommer untel sur une photographie ou untel autre dans une correspondance pour que le grand homme dont on conte la geste ne soit pas embarrassé aux entournures par des amitiés gênantes. Bref, réécrire une vie pour la postérité et la gloire.
Aujourd’hui, à l’époque du tweet, du mail, du SMS et de la presse en ligne, il semblerait que cela fonctionne toujours de la même façon, mais sous couvert d’enquête. On gomme, on efface, on glisse pudiquement sur les faits mais on s’interroge, voilà la nouveauté.
Ainsi selon Michel Taubmann, DSK aurait été victime d’un complot. La preuve, c’est qu’un grand journaliste indépendant, Edward Jay Epstein du New York Review of Books, le dit aussi. On apprendra incidemment qu’il est par ailleurs l’ami de Taubmann, mais seuls les mauvais esprits s’en émouvront.
Que s’est-il donc passé à l’hôtel Sofitel de New York ? Bien que consentie, la relation avec Nafissatou Diallo a été (et c’est l’un des éléments nouveaux de cette enquête) « stupide ». Ce point, affirme Taubmann, a été validé par DSK lui-même. On comprend que cette information tenue de la bouche du cheval, comme on dit, soit essentielle.
À ce stade du récit, rien ne prouve cependant que DSK ait dit quoi que ce soit de ce genre à son biographe. Depuis jeudi dernier, nous avons même la preuve que l’ancien patron du FMI a pris ses distances avec son ex-meilleur biographe. Son communiqué de presse est du genre cinglant : « Face à la multiplication récente d’interprétations d’événements me concernant, je tiens à affirmer que je ne suis engagé ni par les écrits, ni par les déclarations ou témoignages de quiconque, souvent inexacts ». Un recadrage qui n’a pas l’air d’affecter Michel Taubmann plus que ça. Voilà ce qu’il a par exemple déclaré à 20 minutes : « Le communiqué dit simplement que ce n’est pas Dominique Strauss-Kahn qui a écrit le livre, mais Michel Taubmann, ce qui est vrai. On a confondu deux choses : les déclarations exclusives que j’ai recueillies auprès de Dominique Strauss-Kahn – et qu’il ne nie d’ailleurs pas – et l’enquête que j’ai écrite. DSK n’est pas engagé par les thèses que je développe ».
Ces précision posées, revenons à notre récit. La suite est plus troublante encore : DSK aurait été l’objet d’une provocation qui n’a que trop bien réussi. Un regard concupiscent de Nafissatou Diallo sur ses attributs aurait suffi à le convaincre de son désir (à elle, le sien ne suscitant pas d’interrogation) puis à céder à la tentation.
Un vaste complot qui se déciderait, si j’ose dire, en un clin d’œil… On vacillerait, on serait légèrement effondré dans ses certitudes si ces révélations n’intervenaient pas après l’affaire dite du Carlton et les virées de Dodo la Saumure au FMI. On se dit que les Russes ou les Syldaves qui ont envoyé Nafissatou pour piéger DSK sont vraiment des branquignols, et qu’il aurait mieux valu que les services secrets belges s’en occupent en retournant (façon de parler) Béa, la femme de Dodo. Tout aurait été plus simple et plus rapide.
Seulement voilà, les complots c’est compliqué et Michel Taubmann n’a pas de chance. Sa première biographie intitulée Le roman vrai est sortie quelques jours avant le cataclysmique du 14 mai 2011. La publication de sa contre-enquête arrive juste après le Carlton. Que voulez-vous, les faits sont têtus…même pour les biographes officiels.
Marie-George Buffet manifestant "contre les discriminations". PCF.
Comment ne pas être, pour l’essentiel, en accord avec l’analyse d’Alain Finkielkraut ? Je suis bien forcé d’admettre, comme militant communiste et ex-professeur en ZEP pendant vingt ans, que la question sociale ne peut plus, à elle seule, expliquer la sécession de fait de certains quartiers où, comme l’a montré Gilles Kepel, l’islam devient le pivot d’une nouvelle vie sociale qui se construit aux marges de la République.
Je l’avoue, je ne suis plus aussi certain que naguère qu’une École refondée, un retour au plein-emploi, un salaire minimum digne de ce non et une volonté politique claire de lutter contre les discriminations à l’embauche ou au logement suffiraient à faire revivre le « vivre-ensemble ». La crise dure depuis si longtemps, elle a tellement bouleversé les mentalités que les faits culturels ont désormais pris leur autonomie. À l’arrivée, la survalorisation de l’appartenance ethnico-religieuse rend toute adhésion à une citoyenneté d’autant plus problématique que la fin du service militaire et la sectorisation de plus en plus implacable de l’École ont fait disparaître les derniers endroits où, tant bien que mal, on vivait encore ensemble, fût-ce pour quelques mois ou années.
J’aimerais pourtant faire part de quelques objections et interrogations nées de la réflexion d’Alain Finkielkraut.
Dans son cours inaugural, pour mieux exposer la nature de la situation dans laquelle nous nous trouvons, il définit le changement ou plutôt les métamorphoses du changement. Ce n’est plus le changement célébré par la foi gauchiste et l’illusion lyrique de sa jeunesse, mais « un changement d’une autre nature » qui « a eu lieu sans nous. » Ce n’est plus « ce que nous faisons, mais ce qui nous arrive ». Encore une fois, il est difficile de récuser ce constat : les bouleversements de la société depuis quarante ans ne doivent pas grand-chose au gauchisme, ni même, et pour cause, à la gauche de gouvernement. Ce changement, dont nous ne serions pas les acteurs, évoque pour moi l’image du Marteau sans maître, de René Char.
Pour autant, j’ai du mal à croire qu’il soit impossible d’identifier les causes, voire de désigner les responsables, de ce quelque chose « qui nous arrive ». Car enfin, à lire Alain Finkielkraut, on finirait presque par croire qu’il s’agit d’un phénomène naturel et non un d’un processus historique.
De plus, si ce changement a quelque chose à voir avec « l’ampleur du phénomène migratoire et la révolution des moyens de communication », ces deux phénomènes ne le résument ni ne l’expliquent totalement. Ils sont des symptômes parmi d’autres. Dès 1973, Michel Clouscard pressentait, dans Néo-fascisme et idéologie du désir, que ce changement était la conséquence logique de la « pensée 68 » et du deleuzisme : l’hybridation réussie entre libéralisme économique et sensibilité libertaire est peut-être l’événement majeur des cinquante dernières années. « Il est interdit d’interdire » : ce slogan dont on observe les ravages qu’il a causés au vivre-ensemble est bien la traduction sociétale de la « concurrence libre et non faussée » chère aux eurocrates.[access capability= »lire_inedits »]
Alain Finkielkraut situe le commencement de la fin à Creil, en 1989, au moment où la question du voile fait irruption à l’École. C’est à cette occasion, deux ans avant Maastricht, que, pour la première fois, le clivage droite/gauche s’efface au profit de l’opposition entre républicains et libéraux. Six ans plus tôt, en 1983, la « Marche des Beurs pour l’égalité », organisée en réponse, déjà, à des émeutes urbaines dans la banlieue de Lyon, réclamait plus d’intégration, voire d’assimilation, sans la moindre connotation religieuse. Que s’est-il passé entre ces deux dates pour que la demande d’égalité se mue en revendication d’identité ? On peut au moins constater que ces six années sont précisément celles de la fameuse « parenthèse » libérale – qui ne s’est pas refermée depuis. Alors, je ne sais pas si cela explique tout, mais je suis convaincu que, quand on résiste au monde tel qu’il va par le repli identitaire plutôt que par la lutte sociale, il y a un problème. Et ce problème, c’est que le Politique ne fait plus ou pas assez son boulot.
Déplorant la mutation de la laïcité républicaine en laïcité libérale, Alain Finkielkraut semble l’imputer, au-delà des circonstances particulières qui ont placé l’islam en première ligne, à une irréductible singularité de cette religion qui la rendrait, en quelque sorte, ontologiquement incapable de s’adapter à la République. Pour ma part, je persiste à penser que, dans le cadre français, l’islam est une religion comme les autres, qui pose aujourd’hui les problèmes que posait le catholicisme hier. Lutter contre ses dérives et contre ses prétentions à investir l’espace public est une nécessité impérieuse autant que l’était hier le combat contre les velléités « temporelles » du catholicisme. On oublie un peu vite que jusqu’à la loi de 1905 – et même dans les années qui suivirent son adoption – la religion fut l’enjeu d’une quasi-guerre civile, largement aussi inquiétante que la situation de nos banlieues. Je n’en démordrai pas : comme le dit très justement Finkielkraut, notre tâche consiste toujours à faire prévaloir le « primat de la subjectivité » et le « principe d’autodétermination » de la conscience face à l’ « hétéronomie » que voudrait imposer le religieux. Quel que soit le nom qu’il prend et le visage qu’il affiche – ou, en l’occurrence qu’il masque.
Reste à savoir ce qui peut être tenté pour sauver ce qui reste à l’être. Outre sa très belle méditation sur la galanterie française à laquelle je ne peux que souscrire, Alain Finkielkraut ouvre deux pistes : l’identité et l’aidos.
À la différence de nombre de mes amis et camarades de gauche, je ne trouve pas choquant en soi que l’on cherche à définir ou à redéfinir notre identité commune, c’est-à-dire ce qui fait de nous un « Nous ». Et ce n’est pas à Finkielkraut qu’on rappellera les ravages causés par les pathologies de l’identité. Peut-on pour autant renvoyer dos à dos, comme il semble le faire, l’espérance jacobine d’un homme nouveau et la conception ethnico-romantique de Joseph de Maistre ou de Maurice Barrès ? Je me refuse pour ma part à accuser la Révolution française de « déni d’identité » quand elle inventa l’identité républicaine dont nous déplorons aujourd’hui la dissolution dans la sous-culture planétaire. Articulant national et mondial, particulier et universel, cette identité républicaine nous a permis d’accueillir sans nous trahir, d’intégrer sans nous renier. « L’identité est un lien fragile entre les vivants et les morts », remarque justement Finkielkraut. Comme le pensaient les hommes de 1789, elle est aussi un lien entre les vivants et les vivants. C’est seulement en redonnant vie à cette certaine idée de l’identité qu’on restaurera le « vivre-ensemble ».
Reste l’aidos, cette restriction de l’estime de soi qui permet de vivre avec l’autre, et dont les enseignants, confrontés à des monades ne connaissant que leurs désirs, peuvent constater la disparition. Oui, il y a urgence. Mais pas seulement pour les élèves. Grands patrons et autres traders gagneraient à faire preuve de cette restriction de l’estime de soi qui, depuis quelques décennies, n’est pas leur caractéristique principale. Au demeurant, Alain Finkielkraut ne dit pas autre chose quand il s’interroge sur le destin des « dreyfusards » d’aujourd’hui, ceux qui se dressent inlassablement contre tous les renoncements qui nous ont conduits là où nous sommes : « Qui nous dit que, dans un contexte de crise économique, de désindustrialisation massive, de chômage chronique, de circulation affolante des marchandises, des capitaux et des personnes, les héritiers du dreyfusisme ne seront pas violemment balayés ? » Finalement, je me demande si Alain Finkielkraut n’est pas de gauche.[/access]
Cet article est issu de Causeur magazine n ° 41.
Pour acheter ce numéro, cliquez ici.
Pour s’abonner à Causeur, cliquez ici.
Qu’il s’agisse de traite négrière, de guerres coloniales ou de réchauffement climatique, il y avait toujours dans notre pays une sorte de délai de carence d’au minimum quelques dizaines d’années avant que les autorités françaises ne battent leur coulpe à la face des victimes et du Monde.
Mais aujourd’hui, tout va plus vite, tout va plus mieux : entre le début de la campagne politico-médiatique contre la supposée germanophobie socialiste, et les hallucinantes excuses officielles présentées hier à l’Elysée par le Président à Angela Merkel, il ne se sera pas passé une dizaine de jours.
Quelques extrait du best of : « Jusqu’à présent, l’amitié franco-allemande faisait l’objet d’un consensus au sein de la classe politique française. Les paroles qui ont été entendues déconsidèrent ceux qui les ont prononcées à l’endroit de nos amis allemands »
« Je souhaite que, quel que soit le calendrier électoral, chacun sache se hisser à la hauteur des responsabilités et ne joue avec l’histoire de nos deux pays, qui a été trop dramatique pour qu’on se permette de se laisser aller à ce point ».
« Mme Merkel et nos amis allemands savent bien que ces propos ne sont pas tenus par des gens responsables et qu’il ne faut pas en être blessé »
Je n’ai pas sous les yeux l’agenda de Nicolas Sarkozy, mais j’attends avec impatience, suite à l’affaire Patrick Besson, la réception à l’Elysée d’Harald V, roi de Norvège et l’acte de contrition présidentiel qui s’impose.
Notre époque étant particulièrement calme sur tous les fronts (politique, social, économique, diplomatique), les dirigeants s’embêtent. De temps en temps, il est vrai, un loustic met le feu à un journal pour que les politiques puissent faire de mâles déclarations. Parfois aussi, quelque facétieux économiste dégrade la cote d’un pays au pifomètre, ça fait quelques vagues, on explique que c’était pour de rire et on retombe dans l’ennui.
Des médecins britanniques se sont ainsi émus de l’oisiveté forcée des grands de ce monde et se sont réunis en conclave au BMA (British Medical Association) afin de remédier à cette détestable situation. Après de nombreuses réunions de travail, parfois houleuses, les toubibs ont enfin trouvé de quoi occuper les ministres et députés de toute l’Europe, voire du monde.
Le cancer du sein, le sida et la calvitie précoce avaient déjà beaucoup servi et ne furent qu’à peine envisagés, d’autant que sur le plan politique, ce n’est que peu mobilisateur. Une campagne de temps en temps, tout le monde, ou presque, est d’accord, et hop, on retombe dans le ronron, avec son cortège de naufrages humains. Le remboursement partiel des compléments capillaires par la sécu ne pourra jamais créer une foire d’empoigne dans une assemblée. Quelques heures de débats et c’est plié !
Non, il fallait du lourd ! Du non consensuel ! Un truc à haut pouvoir polémique qui ait un petit air de tragédie collective ! Un état d’urgence ! Un machin où tous les élus de toutes les assemblées peuvent se « positionner », en appeler aux valeurs irréfragables de la nation, rappeler le devoir de chacun de se soustraire aux égoïsmes particuliers au profit de tous et citer De Gaulle !
Cet été, lors de son congrès, la BMA a donc voté en faveur d’une interdiction totale de fumer en voiture et a appelé le gouvernement britannique à la mettre en oeuvre.
Bien joué, les gars ! Finie la belote et au turbin les leaders !
« Chaque année, 80.000 décès sont causés par le tabac en Angleterre » a rappelé le docteur Vivienne Nathanson. Et d’ajouter : « Nous appelons le gouvernement britannique à prendre la décision courageuse d’interdire de fumer dans les véhicules privés ».
Ah ça, c’est quand même autre chose que de prendre mollement position sur l’entrée de la Turquie en Europe, les conflits au Moyen-Orient, les soubresauts de Wall Street ou la sortie de l’euro !
Ils avaient hésité avec l’interdiction du ketchup dans les cheeseburgers mais le lobby des producteurs de tomates, toujours sur le qui-vive, ayant eu vent de la chose, a immédiatement fait pression sue la BMA[1. A l’heure de mettre sous presse, on ignore toujours qui a organisé la fuite, mais, selon des milieux généralement bien informés, le Docteur Nathason semble lavée de tout soupçon.].
Les lobbys cigarettiers, traditionnellement mous du genou, ont été pris de cours. C’est le député travailliste Alex Cunningham qui s’est le premier saisi de cette noble cause en lançant une proposition de loi. Le premier ministre David Cameron a quant à lui précisé que s’il soutenait l’interdiction de fumer dans les lieux publics, il n’était pas chaud pour sa prohibition dans les espaces privés !
Quoi, c’est tout ?
Ah, ben non ! La BMA n’avait pas sacrifié ses vacances estivales pour laisser retomber le soufflé ! Et elle n’a pas manqué pas de préciser : « sur la base des études scientifiques collectées sur le sujet, que les niveaux de polluants émis par le tabac en voiture peuvent être 23 fois plus élevés que dans un bar enfumé. Les enfants et les personnes âgées, dont les systèmes respiratoires sont plus fragiles, sont les plus exposés au tabac dans la voiture, espace clos par excellence. »[2. On notera au passage, car il est toujours bon de s’instruire, que les voitures d’Outre-Manche ne sont pas équipées de lève-vitres.]
Un compromis fut néanmoins tenté. « Et si l’on faisait comme certains états des USA ou du Canada ? Interdiction de fumer lorsque des mineurs sont à bord du véhicule ? » La BMA joua alors son va-tout : « Non, non, non et non ! Une interdiction totale est plus facile à contrôler ! ». « Nous ne croyons pas que la législation soit le moyen le plus efficace de convaincre les gens de changer leur comportement » lui a rétorqué un porte-parole du ministère de la Santé.
Les choses en sont là. La police est sur les dents, la protection du 10 Downing Street a été renforcée, les salles de toutes les rédactions du monde crépitent, Internet est saturé. Bref, on l’a échappé belle, ce n’est pas encore aujourd’hui que nous verrons des chefs d’état ramollis !
Au milieu de l’actualité chargée de la semaine dernière, un événement a retenu mon attention : une demi-douzaine des plus grandes banques centrales du monde ont annoncé qu’elles allaient fournir aux banques commerciales tous les dollars qu’elles voudront. Un gigantesque blanchiment d’argent, en somme. Mais en toute légalité.
Dès l’annonce de la nouvelle, mercredi, les bourses du monde entier ont bondi, enregistrant une hausse quotidienne spectaculaire : +4,22% pour le CAC 40 en une journée. Mais dès le lendemain l’enthousiasme avait fait long feu. Vendredi dernier, les marchés n’étaient pas franchement guillerets.
Pourquoi tant d’indifférence devant les pouvoirs magiques de nos grands argentiers ? Je pensais pourtant que le message était clair : « Argent gratuit ! » Personne n’a donc entendu cette formule magique ?
Peut-être l’homme de la rue n’est-il pas aussi stupide que ses banquiers centraux le souhaitent. Ou peut-être les banquiers centraux ne sont pas si intelligents qu’ils le croient. Quoiqu’il en soit, cela me fait penser à la crise de 2008, signe que quelque chose ne tourne pas rond. La preuve, c’est que les investisseurs, du moins ceux qui agissent à la marge, semblent avoir identifié ce qui cloche.
Heureusement pour nous – et malheureusement pour ce cartel d’escrocs en costume rayé – cette marge n’a pas l’air aussi mince que d’habitude. Grâce à internet, l’information peut maintenant voyager plus vite que la promesse d’un homme politique. Ceux qu’intéresse l’information qui compte savent la trouver.
Toutefois, ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas toujours des gens prêts à se vautrer dans une ignorance béate.
Cela signifie simplement que les gens ordinaires, ceux que des fonctionnaires arrogants tiennent pour incapables de comprendre la différence entre « imprimer des billets de banque » et « créer de la fausse monnaie », ces gens-là retiennent les leçons et apprennent par eux-mêmes.
Claude Guéant, en visite ce dimanche 4 décembre à Alger n’y aura finalement pas eu le plaisir de rencontrer le président Bouteflika. Le ministre de l’Intérieur a rencontré Dahou Ould Kablia, son homologue, et le premier ministre Ahmed Ouyahia, mais les portes du palais d’El Mouradia, résidence officielle du chef d’Etat, lui sont restées fermées. Pourtant, le ministre français de l’Intérieur a bel et bien demandé à rencontrer le chef de l’État algérien, et jusqu’à la dernière minute, son entourage espérait une rencontre. En vain.
Une source gouvernementale algérienne a enfoncé le clou : une telle rencontre «n’était pas au programme». Côté français, on s’interroge sur les raisons de cette décision. S’agirait-il en fait d’une prise de distance de Bouteflika vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, pour éviter même le plus léger soupçon d’interférence algérienne dans la campagne présidentielle française ?
Autre hypothèse : la visite, motivée par deux sujets principaux à savoir l’immigration et la lutte contre le terrorisme, s’est achevée sur un désaccord total. Si sur l’immigration les divergences ne sont pas nouvelles, dans le cas de la lutte contre le terrorisme, de sérieuses divergences opposent les deux pays sur la manière de gérer les problèmes dans le Sahel.
Ce qui est drôle avec les gens qui n’ont pas d’humour, c’est qu’ils n’ont pas peur de le faire savoir. S’ils avaient ri, tout irait bien; mais comme ils n’ont pas ri, ils peuvent réclamer des comptes au rieur au nom des principes les plus arrêtés de la République française.
Le scandale qui fait suite à l’article de Patrick Besson nous permet d’établir ce point : dans une société victimaire, l’homme qui n’a pas ri fait la loi. Tous les hommes sont égaux, mais ceux qui n’ont pas d’humour sont plus égaux que d’autres.
Puisque Mme Duflot demande des excuses publiques à M Besson sous prétexte que son article n’est pas drôle, nous demandons des excuses à Mme Duflot pour son absence d’humour. Si la xénophobie anti-allemande ne nous amuse pas, l’usage que fait Mme Duflot des grands principes nous amuse encore moins. Fédérer un parti sur le dos d’un rieur est indigne. Il ne suffit pas d’être offensé pour parler au nom du peuple français. Il ne suffit pas de se déclarer « choquée » pour avoir les grands principes avec soi.
Un monde où les rieurs seraient tenus de s’excuser publiquement n’est pas le nôtre. Il ne saurait passer pour souhaitable. Nous ne laisserons pas Mme Duflot, cette précieuse ridicule de la morale républicaine, nous faire accroire qu’un progrès politique serait accompli par la mise au pas d’un écrivain français qu’elle ferait mieux de lire et d’anoter. C’est pourquoi nous demandons solennellement au rieur, non seulement parce que son article est très drôle, mais parce que nous nous faisons une haute idée de la République française, de ne pas s’excuser.
À la fin d’un entretien passionnant mené dans le cadre de son émission Répliques, Alain Finkielkraut interrogeait le philosophe Pierre Manent sur la notion de conversion, religieuse ou intellectuelle, qui constitue, selon ce dernier, rien moins que le propre de l’Occident. Pierre Manent décrit, à la fin de son ouvrage intitulé Le Regard politique, cette « confiance dans la force de l’âme » que manifeste la conversion. Rester soi-même tout en devenant tout à fait autre, c’est le miracle qu’accomplit Rome lorsqu’elle devient chrétienne. La conversion est une possibilité de l’âme humaine que seule la civilisation occidentale a vraiment explorée. Dans les autres civilisations, explique Pierre Manent, la conversion est souvent interdite, car changer de religion revient, au fond, à perdre son être. Il faut donc que l’âme occidentale ait en elle-même une confiance hors du commun pour acquiescer à cette sorte de transsubstantiation d’elle-même. Malgré l’étiquette de « réactionnaire » dont on l’affuble parfois en compagnie d’autres excellents auteurs (dont Alain Finkielkraut), Pierre Manent n’est peut-être pas si loin, dans cette définition du propre de l’Occident comme simple disposition de l’âme, de ceux qui veulent substituer à la vieille et hypothétique « identité occidentale » le pur geste de l’ouverture à autrui.
Dans le texte qui nous est ici donné à lire, Alain Finkielkraut analyse le projet de nombre d’intellectuels occidentaux qui veulent aujourd’hui, selon les termes du philosophe catholique, homosexuel, et homme politique de gauche italien Gianni Vattimo, réduire « presque totalement » notre identité « à écouter ses hôtes et à leur laisser la parole ». Une identité définie par un geste d’ouverture, cela semble être une contradiction dans les termes. L’antique disposition à la conversion de l’âme occidentale serait-elle une vertu chrétienne devenue folle, selon le mot fameux de Chesterton ?[access capability= »lire_inedits »]
On comprend, dans cette perspective, la réaction d’Alain Finkielkraut à la thèse que propose Pierre Manent. À cette définition du propre de l’Occident, il oppose la possibilité de la « non-conversion » qu’incarnent les juifs, ce peuple à la nuque raide « aussi vieux que le monde, qui a fait à l’Occident la surprise de ne pas se convertir ». Et il est vrai qu’à l’époque où l’exigence de la conversion paraît se généraliser et où, comme dans le dernier roman de François Taillandier, le geste le plus intime, celui de la conversion du cœur, devient un omniprésent et persécuteur mot d’ordre publicitaire (Time to Turn !), l’envie nous démange justement de ne pas nous convertir, de nous déclarer, de façon peut-être un peu pavlovienne et mensongère, inchangés, obstinément fidèles à ceux qui nous ont précédés.
Pourquoi mensongère ? Parce que fidèles, nous ne l’avons jamais été. Cela fait bien longtemps que l’Occident contemporain, unanime, a bazardé d’un cœur léger les vieilleries qui l’ont précédé. Avec une puissance d’évocation digne de Milan Kundera, Finkielkraut déclare drôlement : « En 1968, nous disions : » Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi. » Essoufflés, nous avons ralenti le pas, nous nous sommes arrêtés, et le vieux monde a disparu. » En mai 1968, j’étais à peine né, mais j’ai pourtant l’impression de comprendre exactement ce que veut dire Finkielkraut. Ce n’est plus nous qui voulons le changement, mais lui qui s’impose à nous. Ce que, selon Pierre Manent, l’Occident avait autrefois la force de vouloir s’impose désormais à nous comme un processus sans tête. Nous sommes dépossédés par la force brutale et acéphale des choses telles qu’elles vont de ce qui était le signe le plus tangible de notre liberté : notre capacité à sortir de la ligne tracée par nos ancêtres.
L’assimilation à la culture française de vastes populations d’origine généralement européenne était peut-être une forme laïque de cette liberté de se convertir. Les aïeux étrangers des Français contemporains disposaient d’une liberté spirituelle plus grande que nous. En assimilant la culture française en quelques décennies, ces étrangers se dépouillaient de leur identité d’origine avec une hardiesse remarquable. Qu’en est-il aujourd’hui ? La liberté est chantée sur tous les tons, nous sommes libres de tout choisir : les marques de notre huile d’olive, nos destinations de vacances, nos représentants politiques, nos amis, le nombre de nos femmes et de nos enfants, mais la liberté vraiment décisive, la liberté de réorienter notre âme, nous l’avons perdue. Nous oscillons de façon pathologique entre le « pur geste de l’ouverture » et la volonté de rester obstinément nous-mêmes, accrochés à nos racines. Car au fond, ce geste d’ouverture qui définirait notre identité ne mange pas de pain. L’écoute nous évite d’être quelque part. Dans une lâcheté typique de l’époque, elle élude toute forme de contenu positif au profit d’une simple déclaration universelle de paix et de tolérance. La conversion comme acte décisif nous engage autrement que cette pure disponibilité à autrui ou que la liberté consumériste de choisir. Comme l’écrit Pierre Manent, « qui se convertit insulte à l’égalité, puisqu’il suppose qu’un choix de vie peut être meilleur qu’un autre. Qui se convertit pour devenir meilleur que lui-même semble aspirer à devenir meilleur que les autres ».
Dans ces conditions, nous pouvons même nous réclamer de nos racines tout en étant parfaitement de notre temps. Revendiquer ses racines est souvent une façon de se déclarer intégralement clos sur soi-même, indépendant des autres, « différent », et cela s’accorde sans problème avec une déclaration formelle de tolérance. C’est que l’ouverture en tant que geste pur n’est rien d’autre qu’une jouissance narcissique − le pur plaisir de se voir le meilleur dans le miroir de l’époque, seule médiation que nous acceptions. Car cette ouverture ne retranche rien de l’individu contemporain, elle lui permet de persévérer dans le fantasme de l’autosuffisance, de ne rien devoir à personne. Elle ne lui inflige aucune blessure narcissique. À l’inverse, la conversion d’antan était avant tout la reconnaissance d’une incomplétude. Il faut, dit saint Paul, « dépouiller le vieil homme » − celui que nous sommes aujourd’hui. Se convertir, c’est admettre que l’on a besoin de ce qui est au-delà de soi ou de ce qui fut avant soi. Cette conversion authentique est le véritable scandale pour notre temps qui lui a substitué sa caricature consumériste et ludique (« Garçon ou fille, comme tu veux tu choisis ! »), et en a ainsi neutralisé toute la charge subversive. C’est ainsi que « le fardeau du siècle pèse sur nous, comme le doux accablement du sommeil ». Et c’est ainsi aussi qu’Allah est grand.[/access]
Cet article est issu de Causeur magazine n ° 41.
Pour acheter ce numéro, cliquez ici.
Pour s’abonner à Causeur, cliquez ici.
Ça apprendra la conscience écologique à Patrick Besson. Il s’enquiquinait à recycler depuis des années ses ordures. On l’avait prévenu : ça ne lui rapporterait que des emmerdes. La preuve : l’écrivain multichroniqueur vient de se faire tacler par Cécile Duflot, la patronne des Verts en personne. Pourquoi ? Patrick Besson a moqué, dans l’un de ses articles, l’accent d’Eva Joly. Du coup, notre Cécile Duflot nationale demande au Point, qui a publié l’éditorial incriminé, des excuses : « Ce texte n’est pas seulement pas drôle, il est l’expression ouverte de propos xénophobes à l’encontre d’une candidate à l’élection présidentielle qui représente l’ensemble des écologistes. »
Bon, évacuons tout malentendu : il se peut, dans la précipitation, que Mme Duflot ait confondu Patrick Besson et Eric Besson. Un petit rappel s’impose donc : le premier est un écrivain plutôt de progrès, comme on dit ; le second fut ministre de l’Identité nationale. Mais, que je sache, Patrick Besson n’a jamais organisé de charters de sans-papiers. Il n’en a même jamais pris : chacun son standing.
Il aurait dû ! Il ne se retrouverait pas aujourd’hui à être taxé de « xénophobe » par la responsable politique la moins syntaxique de France : il faudrait, en effet, apprendre à Mme Duflot qu’il existe, dans cette langue française qu’à défaut de respecter elle massacre, des synonymes à « pas drôle » qui lui éviteraient l’emploi d’une double négation de mauvais aloi. En plus, franchement, moi, l’article de Besson, je l’ai trouvé hilarant.
Mais là n’est pas la question. SOS Racisme et le Front de gauche ont uni leurs voix à celle des Verts pour dénoncer l’infâme éditorialiste.
SOS Racisme s’indigne : « Ce pamphlet ne relève pas de la simple maladresse ou d’un humour (des plus douteux) mais bien d’une vision à connotation xénophobe, dans la lignée de celui de l’extrême droite française qui, à la fin du XIXe siècle, attaquait Léon Gambetta sur son accent toulousain. »
Rassurez-vous : Gambetta, qui n’était pas complètement fada, n’a jamais estimé, pour sa part, que cette injure était raciste… SOS Racisme ferait bien, d’ailleurs, de lire jusqu’au bout les insultes adressées à Gambetta aussi bien à droite qu’à gauche : on l’accusait, avant tout, d’être un germanophobe primaire, un revanchard ! Certes, Gambetta n’a jamais prononcé l’odieuse phrase qu’on lui prête : « Bismarck mène une politique à la Merkel », mais il n’en était pas loin. Quant aux autres qualificatifs dont on le chargeait, ils concernaient son hygiène personnelle et son prétendu alcoolisme. Que je sache, je n’ai jamais vu SOS Racisme manifester devant le siège de Canal+ lorsque, chaque soir, Les Guignols de l’Info se payaient la tronche de Borloo, ni quand ils raillaient le défaut d’élocution de Bayrou… Donc, si j’ai bien suivi : Borloo et Bayrou auraient eu l’accent norvégien, on y aurait trouvé à redire…
Au Front de Gauche, on n’y va pas à la truelle. On a ressorti le marteau et la faucille du dimanche pour tailler un costard moral à l’ancien camarade que fut Besson. Directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, François Delapierre écrit : « Je sors consterné de la lecture du billet de Patrick Besson sur Eva Joly dans le Point de cette semaine où il invente un discours de présidente ridiculisée par un accent norvégien (ou allemand ?)… En réactivant le spectre du “boche” au détriment d’une compatriote, M. Besson fait preuve d’une xénophobie insupportable. Il manifeste un communautarisme atterrant en effaçant les propos d’Eva Joly derrière son origine… Il sous-entend que les Français nés ailleurs ne sont pas des citoyens à part entière. Il souffle sur les braises de l’affrontement entre les peuples alimenté par la crise comme par la dérive autoritaire de l’Union Européenne. Ce n’est pas simplement grotesque, c’est criminel. »
Vous l’aurez compris : si la crise économique s’aggrave dans les prochains temps, si l’Union européenne éclate en morceaux et si j’ai la gueule de bois un lendemain de cuite, ce sera la faute à l’éditorialiste du Point. Besson salaud, le peuple aura ta peau !
Indignons-nous, puisque nous avons un motif de nous indigner ! C’est l’appel que lance, en quelque sorte, SOS Racisme : cette affaire « ne doit pas rester sans suite ». Moi, je leur proposerais bien qu’on pende le dernier Besson avec les tripes du dernier Franz-Olivier Giesbert. Mais cela causerait sans doute un gros chagrin à Elisabeth Lévy. Et du chagrin, je ne veux pas lui en faire.
Tandis que tous s’activent à rassembler le bois du bûcher sur lequel bientôt on fera griller les roustons de Besson, procédons à l’interrogatoire de l’accusé !
Il va nu-pieds et porte la robe des hérétiques. Elle est, pour l’occasion, d’un vert délavé mais néanmoins recyclé. Quelques pénitents, badgés « Touche pas à mon pote », ont délaissé leur propre Salut pour lui asséner des coups de fouet. Son rictus, est-ce de la douleur ou du plaisir ? C’est que le xénophobe public n°1 serait bien capable aussi d’être un petit vicelard. Il trébuche et se retrouve nez-à-nez avec la pointe des babouches de Torquemada. À sa droite, Didier Daeninckx – on ne sait pas trop ce qu’il fait ici, mais dès qu’un nazi pointe son nez dans la République des Lettres, il n’est jamais trop loin. À sa gauche, Cécile Duflot.
Daeninckx commence son réquisitoire : « Patrick Besson est raciste, car tous les écrivains, Drieu, Brasillach, Besson, sont racistes ! » Duflot renchérit : « Et ses propos sont néo-colonialistes ! »
Arbitre des débats autant que des élégances, Torquemada essaie de ramener ses assesseurs à la raison. Daeninckx se défend d’être un écrivain, pour la bonne et simple raison qu’il n’a jamais été nazi. Qui pourrait lui donner tort ? Mais l’inquisiteur a maille à partir avec Cécile Duflot quand il lui rappelle que la France n’ayant jamais, aux dernières nouvelles, colonisé la Norvège, aucun Français ne peut être accusé de se comporter en néocolonialiste vis-à-vis d’un Norvégien. Colonialiste, passe encore. Mais qui voudrait, en France, coloniser la Norvège depuis qu’Eva Joly nous a montré à quoi cela ressemble ? Ne l’a-t-elle d’ailleurs pas fuie, cette Norvège tant aimée dont on n’a plus le droit d’évoquer l’accent ?
Que veulent dire ceux qui portent l’accusation contre Patrick Besson ? Que Mme Joly parle un français si impeccable qu’on la croirait dotée de l’accent toulousain ?
Certes, beaucoup concèdent à l’ex-juge Joly d’avoir suffisamment bien parlé le français au cours de sa carrière dans la magistrature pour envoyer des innocents en détention préventive, poussant sa vindicte native jusqu’à se vanter, longtemps après, de les y avoir envoyés. Mais personne n’est assez sourd et malentendant pour percevoir que la langue dans laquelle elle tente désespérément de s’exprimer est musicalement un peu éloignée du français pratiqué en dehors des geôles de l’administration pénitentiaire.
Que veut nous dire le directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon en défendant Eva Joly contre l’ignoble Besson ? Des choses certainement qui nous dépassent et qui ne sont peut-être pas étrangères à un éventuel rabibochage après la dissolution du groupe parlementaire que son parti formait à l’Assemblée nationale avec les Verts…
Que veulent donc nous dire Mme Duflot et SOS Racisme ? Qu’Eva Joly n’a pas d’accent et que quiconque s’aviserait de remarquer que son français sonne étrangement serait un horrible xénophobe ?
Si tel est son objectif, elle serait bien inspirée d’organiser des distributions collectives de boules Quiès. Ou alors de demander à Eva Joly de prendre des cours accélérés de français auprès de Dany Cohn-Bendit, qui, bien que pourvu d’une double nationalité, a l’élégance, lui, de ne pas massacrer la langue de Molière chaque fois qu’il l’ouvre.
A-t-on déjà vu Patrick Besson moquer l’accent de Dany Cohn-Bendit ? De mémoire humaine, non – mais comme Besson devait chroniquer bien avant que l’humanité n’existât, rien n’est sûr en ce domaine.
Une chose est sûre : Patrick Besson est nul niveau accent evajoliesque. Il n’arrive pas à la cheville de Laurent Gerra ni aux soquettes de Michel Leeb et de Patrick Sébastien. Le type veut te faire l’accent norvégien : tout juste arrive-t-il à parodier l’accent allemand. Que dis-je, soyons xénophobes jusqu’au bout, l’accent boche ! Les représailles seront terribles : si demain je croise Patrick Besson, je le convertis à l’accent belge. Une fois.
On n’a pas attendu Einstein pour savoir que tout jugement de grandeur est relatif. On est grand ou petit, gros ou maigre, l’eau est chaude ou froide selon l’autre terme de la comparaison.
Pour rester optimiste sur l’avenir du Moyen-Orient, et se réjouir sans arrière-pensée du printemps arabe, il suffit donc d’être relativiste, et d’admettre que les islamistes qui nous font peur, et que nous hésitons à applaudir et à soutenir, sont en réalité des modérés. Il suffit de poser pour principe premier que l’islamisme n’existe pas, et qu’il n’y a que des islamistes, qui sont par définition tous plus modérés les uns que les autres, les uns par rapport aux autres.
Alors nous commencerons par soutenir avec enthousiasme l’islamisme turc, qui est si modéré comparé à celui des Frères musulmans, que nous soutiendrons très vite car il est très modéré par rapport à celui des salafistes, que nous nous interdirons immédiatement de critiquer car ce sont des modérés pour peu qu’on les compare à Al Qaïda, qui a aussi ses extrémistes, lesquels, après tout, n’ont détruit que deux immeubles new-yorkais sur des milliers.
Je dis cela parce que j’ai été indigné par l’interview de Jeannette Bougrab, secrétaire d’Etat à la Jeunesse dans laquelle elle répond ainsi aux questions du Parisien
« Question: En Tunisie, au Maroc et en Egypte, on assiste à une poussée des islamistes. Cela vous inquiète-t-il?
Jeannette Bougrab : Oui. C’est très inquiétant. Je ne connais pas d’islamisme modéré.
Q: Il ne faut pas croire ceux qui se présentent, ou que l’on qualifie, de « modérés »?
JB: Non. L’égalité ne peut pas être à géométrie variable. L’État de droit se mesure notamment en fonction du degré ou du respect des droits des femmes et je n’accepte pas l’idée qu’on puisse fonder une Constitution sur la charia, système religieux fondamentalement inégalitaire. La démocratie n’est pas un supermarché où l’on pourrait prendre uniquement ce qui nous fait plaisir. »
Et la suite à l’avenant…
Ma parole, elle voudrait que les femmes et les partisans de la liberté de conscience votent pour Nicolas Sarkozy qu’elle ne s’y prendrait pas autrement !
Dès qu’on a la répartie de la gauche, on vous prévient.
Décidément, l’affaire DSK a des conséquences à tous niveaux. Après nous avoir révélé l’existence d’un nouveau comportement intime (le binge-fucking) que l’on peut définir comme la faute morale en 7 minutes chrono, les suites de l’histoire du Sofitel modifient profondément les règles du journalisme.
Certes, avant le 14 mai 2011, on connaissait le roman-enquête où un écrivain mène l’investigation, comme Bernard-Henri Lévy après l’assassinat de Daniel Pearl. Avec l’affaire du Sofitel, on découvre l’enquête-roman menée par un grand journaliste, Ivan Levaï, mais uniquement en qualité de proche, de quasi-parent de DSK, livrant sa conviction intime, ses conceptions personnelles du viol et du comportement supposé des femmes africaines… En fin de compte, se livrant surtout au ridicule.
Quant au dernier avatar de l’investigateur tous azimuts, il s’agit du biographe officiel : Michel Taubmann. Biographe officiel, cela sonne comme hagiographe ficelle. On voit bien ce qu’a été la fonction de biographe du prince par le passé, notamment dans des régimes totalitaires où il fallait gommer untel sur une photographie ou untel autre dans une correspondance pour que le grand homme dont on conte la geste ne soit pas embarrassé aux entournures par des amitiés gênantes. Bref, réécrire une vie pour la postérité et la gloire.
Aujourd’hui, à l’époque du tweet, du mail, du SMS et de la presse en ligne, il semblerait que cela fonctionne toujours de la même façon, mais sous couvert d’enquête. On gomme, on efface, on glisse pudiquement sur les faits mais on s’interroge, voilà la nouveauté.
Ainsi selon Michel Taubmann, DSK aurait été victime d’un complot. La preuve, c’est qu’un grand journaliste indépendant, Edward Jay Epstein du New York Review of Books, le dit aussi. On apprendra incidemment qu’il est par ailleurs l’ami de Taubmann, mais seuls les mauvais esprits s’en émouvront.
Que s’est-il donc passé à l’hôtel Sofitel de New York ? Bien que consentie, la relation avec Nafissatou Diallo a été (et c’est l’un des éléments nouveaux de cette enquête) « stupide ». Ce point, affirme Taubmann, a été validé par DSK lui-même. On comprend que cette information tenue de la bouche du cheval, comme on dit, soit essentielle.
À ce stade du récit, rien ne prouve cependant que DSK ait dit quoi que ce soit de ce genre à son biographe. Depuis jeudi dernier, nous avons même la preuve que l’ancien patron du FMI a pris ses distances avec son ex-meilleur biographe. Son communiqué de presse est du genre cinglant : « Face à la multiplication récente d’interprétations d’événements me concernant, je tiens à affirmer que je ne suis engagé ni par les écrits, ni par les déclarations ou témoignages de quiconque, souvent inexacts ». Un recadrage qui n’a pas l’air d’affecter Michel Taubmann plus que ça. Voilà ce qu’il a par exemple déclaré à 20 minutes : « Le communiqué dit simplement que ce n’est pas Dominique Strauss-Kahn qui a écrit le livre, mais Michel Taubmann, ce qui est vrai. On a confondu deux choses : les déclarations exclusives que j’ai recueillies auprès de Dominique Strauss-Kahn – et qu’il ne nie d’ailleurs pas – et l’enquête que j’ai écrite. DSK n’est pas engagé par les thèses que je développe ».
Ces précision posées, revenons à notre récit. La suite est plus troublante encore : DSK aurait été l’objet d’une provocation qui n’a que trop bien réussi. Un regard concupiscent de Nafissatou Diallo sur ses attributs aurait suffi à le convaincre de son désir (à elle, le sien ne suscitant pas d’interrogation) puis à céder à la tentation.
Un vaste complot qui se déciderait, si j’ose dire, en un clin d’œil… On vacillerait, on serait légèrement effondré dans ses certitudes si ces révélations n’intervenaient pas après l’affaire dite du Carlton et les virées de Dodo la Saumure au FMI. On se dit que les Russes ou les Syldaves qui ont envoyé Nafissatou pour piéger DSK sont vraiment des branquignols, et qu’il aurait mieux valu que les services secrets belges s’en occupent en retournant (façon de parler) Béa, la femme de Dodo. Tout aurait été plus simple et plus rapide.
Seulement voilà, les complots c’est compliqué et Michel Taubmann n’a pas de chance. Sa première biographie intitulée Le roman vrai est sortie quelques jours avant le cataclysmique du 14 mai 2011. La publication de sa contre-enquête arrive juste après le Carlton. Que voulez-vous, les faits sont têtus…même pour les biographes officiels.
Marie-George Buffet manifestant "contre les discriminations". PCF.
Comment ne pas être, pour l’essentiel, en accord avec l’analyse d’Alain Finkielkraut ? Je suis bien forcé d’admettre, comme militant communiste et ex-professeur en ZEP pendant vingt ans, que la question sociale ne peut plus, à elle seule, expliquer la sécession de fait de certains quartiers où, comme l’a montré Gilles Kepel, l’islam devient le pivot d’une nouvelle vie sociale qui se construit aux marges de la République.
Je l’avoue, je ne suis plus aussi certain que naguère qu’une École refondée, un retour au plein-emploi, un salaire minimum digne de ce non et une volonté politique claire de lutter contre les discriminations à l’embauche ou au logement suffiraient à faire revivre le « vivre-ensemble ». La crise dure depuis si longtemps, elle a tellement bouleversé les mentalités que les faits culturels ont désormais pris leur autonomie. À l’arrivée, la survalorisation de l’appartenance ethnico-religieuse rend toute adhésion à une citoyenneté d’autant plus problématique que la fin du service militaire et la sectorisation de plus en plus implacable de l’École ont fait disparaître les derniers endroits où, tant bien que mal, on vivait encore ensemble, fût-ce pour quelques mois ou années.
J’aimerais pourtant faire part de quelques objections et interrogations nées de la réflexion d’Alain Finkielkraut.
Dans son cours inaugural, pour mieux exposer la nature de la situation dans laquelle nous nous trouvons, il définit le changement ou plutôt les métamorphoses du changement. Ce n’est plus le changement célébré par la foi gauchiste et l’illusion lyrique de sa jeunesse, mais « un changement d’une autre nature » qui « a eu lieu sans nous. » Ce n’est plus « ce que nous faisons, mais ce qui nous arrive ». Encore une fois, il est difficile de récuser ce constat : les bouleversements de la société depuis quarante ans ne doivent pas grand-chose au gauchisme, ni même, et pour cause, à la gauche de gouvernement. Ce changement, dont nous ne serions pas les acteurs, évoque pour moi l’image du Marteau sans maître, de René Char.
Pour autant, j’ai du mal à croire qu’il soit impossible d’identifier les causes, voire de désigner les responsables, de ce quelque chose « qui nous arrive ». Car enfin, à lire Alain Finkielkraut, on finirait presque par croire qu’il s’agit d’un phénomène naturel et non un d’un processus historique.
De plus, si ce changement a quelque chose à voir avec « l’ampleur du phénomène migratoire et la révolution des moyens de communication », ces deux phénomènes ne le résument ni ne l’expliquent totalement. Ils sont des symptômes parmi d’autres. Dès 1973, Michel Clouscard pressentait, dans Néo-fascisme et idéologie du désir, que ce changement était la conséquence logique de la « pensée 68 » et du deleuzisme : l’hybridation réussie entre libéralisme économique et sensibilité libertaire est peut-être l’événement majeur des cinquante dernières années. « Il est interdit d’interdire » : ce slogan dont on observe les ravages qu’il a causés au vivre-ensemble est bien la traduction sociétale de la « concurrence libre et non faussée » chère aux eurocrates.[access capability= »lire_inedits »]
Alain Finkielkraut situe le commencement de la fin à Creil, en 1989, au moment où la question du voile fait irruption à l’École. C’est à cette occasion, deux ans avant Maastricht, que, pour la première fois, le clivage droite/gauche s’efface au profit de l’opposition entre républicains et libéraux. Six ans plus tôt, en 1983, la « Marche des Beurs pour l’égalité », organisée en réponse, déjà, à des émeutes urbaines dans la banlieue de Lyon, réclamait plus d’intégration, voire d’assimilation, sans la moindre connotation religieuse. Que s’est-il passé entre ces deux dates pour que la demande d’égalité se mue en revendication d’identité ? On peut au moins constater que ces six années sont précisément celles de la fameuse « parenthèse » libérale – qui ne s’est pas refermée depuis. Alors, je ne sais pas si cela explique tout, mais je suis convaincu que, quand on résiste au monde tel qu’il va par le repli identitaire plutôt que par la lutte sociale, il y a un problème. Et ce problème, c’est que le Politique ne fait plus ou pas assez son boulot.
Déplorant la mutation de la laïcité républicaine en laïcité libérale, Alain Finkielkraut semble l’imputer, au-delà des circonstances particulières qui ont placé l’islam en première ligne, à une irréductible singularité de cette religion qui la rendrait, en quelque sorte, ontologiquement incapable de s’adapter à la République. Pour ma part, je persiste à penser que, dans le cadre français, l’islam est une religion comme les autres, qui pose aujourd’hui les problèmes que posait le catholicisme hier. Lutter contre ses dérives et contre ses prétentions à investir l’espace public est une nécessité impérieuse autant que l’était hier le combat contre les velléités « temporelles » du catholicisme. On oublie un peu vite que jusqu’à la loi de 1905 – et même dans les années qui suivirent son adoption – la religion fut l’enjeu d’une quasi-guerre civile, largement aussi inquiétante que la situation de nos banlieues. Je n’en démordrai pas : comme le dit très justement Finkielkraut, notre tâche consiste toujours à faire prévaloir le « primat de la subjectivité » et le « principe d’autodétermination » de la conscience face à l’ « hétéronomie » que voudrait imposer le religieux. Quel que soit le nom qu’il prend et le visage qu’il affiche – ou, en l’occurrence qu’il masque.
Reste à savoir ce qui peut être tenté pour sauver ce qui reste à l’être. Outre sa très belle méditation sur la galanterie française à laquelle je ne peux que souscrire, Alain Finkielkraut ouvre deux pistes : l’identité et l’aidos.
À la différence de nombre de mes amis et camarades de gauche, je ne trouve pas choquant en soi que l’on cherche à définir ou à redéfinir notre identité commune, c’est-à-dire ce qui fait de nous un « Nous ». Et ce n’est pas à Finkielkraut qu’on rappellera les ravages causés par les pathologies de l’identité. Peut-on pour autant renvoyer dos à dos, comme il semble le faire, l’espérance jacobine d’un homme nouveau et la conception ethnico-romantique de Joseph de Maistre ou de Maurice Barrès ? Je me refuse pour ma part à accuser la Révolution française de « déni d’identité » quand elle inventa l’identité républicaine dont nous déplorons aujourd’hui la dissolution dans la sous-culture planétaire. Articulant national et mondial, particulier et universel, cette identité républicaine nous a permis d’accueillir sans nous trahir, d’intégrer sans nous renier. « L’identité est un lien fragile entre les vivants et les morts », remarque justement Finkielkraut. Comme le pensaient les hommes de 1789, elle est aussi un lien entre les vivants et les vivants. C’est seulement en redonnant vie à cette certaine idée de l’identité qu’on restaurera le « vivre-ensemble ».
Reste l’aidos, cette restriction de l’estime de soi qui permet de vivre avec l’autre, et dont les enseignants, confrontés à des monades ne connaissant que leurs désirs, peuvent constater la disparition. Oui, il y a urgence. Mais pas seulement pour les élèves. Grands patrons et autres traders gagneraient à faire preuve de cette restriction de l’estime de soi qui, depuis quelques décennies, n’est pas leur caractéristique principale. Au demeurant, Alain Finkielkraut ne dit pas autre chose quand il s’interroge sur le destin des « dreyfusards » d’aujourd’hui, ceux qui se dressent inlassablement contre tous les renoncements qui nous ont conduits là où nous sommes : « Qui nous dit que, dans un contexte de crise économique, de désindustrialisation massive, de chômage chronique, de circulation affolante des marchandises, des capitaux et des personnes, les héritiers du dreyfusisme ne seront pas violemment balayés ? » Finalement, je me demande si Alain Finkielkraut n’est pas de gauche.[/access]
Cet article est issu de Causeur magazine n ° 41.
Pour acheter ce numéro, cliquez ici.
Pour s’abonner à Causeur, cliquez ici.
Qu’il s’agisse de traite négrière, de guerres coloniales ou de réchauffement climatique, il y avait toujours dans notre pays une sorte de délai de carence d’au minimum quelques dizaines d’années avant que les autorités françaises ne battent leur coulpe à la face des victimes et du Monde.
Mais aujourd’hui, tout va plus vite, tout va plus mieux : entre le début de la campagne politico-médiatique contre la supposée germanophobie socialiste, et les hallucinantes excuses officielles présentées hier à l’Elysée par le Président à Angela Merkel, il ne se sera pas passé une dizaine de jours.
Quelques extrait du best of : « Jusqu’à présent, l’amitié franco-allemande faisait l’objet d’un consensus au sein de la classe politique française. Les paroles qui ont été entendues déconsidèrent ceux qui les ont prononcées à l’endroit de nos amis allemands »
« Je souhaite que, quel que soit le calendrier électoral, chacun sache se hisser à la hauteur des responsabilités et ne joue avec l’histoire de nos deux pays, qui a été trop dramatique pour qu’on se permette de se laisser aller à ce point ».
« Mme Merkel et nos amis allemands savent bien que ces propos ne sont pas tenus par des gens responsables et qu’il ne faut pas en être blessé »
Je n’ai pas sous les yeux l’agenda de Nicolas Sarkozy, mais j’attends avec impatience, suite à l’affaire Patrick Besson, la réception à l’Elysée d’Harald V, roi de Norvège et l’acte de contrition présidentiel qui s’impose.
Notre époque étant particulièrement calme sur tous les fronts (politique, social, économique, diplomatique), les dirigeants s’embêtent. De temps en temps, il est vrai, un loustic met le feu à un journal pour que les politiques puissent faire de mâles déclarations. Parfois aussi, quelque facétieux économiste dégrade la cote d’un pays au pifomètre, ça fait quelques vagues, on explique que c’était pour de rire et on retombe dans l’ennui.
Des médecins britanniques se sont ainsi émus de l’oisiveté forcée des grands de ce monde et se sont réunis en conclave au BMA (British Medical Association) afin de remédier à cette détestable situation. Après de nombreuses réunions de travail, parfois houleuses, les toubibs ont enfin trouvé de quoi occuper les ministres et députés de toute l’Europe, voire du monde.
Le cancer du sein, le sida et la calvitie précoce avaient déjà beaucoup servi et ne furent qu’à peine envisagés, d’autant que sur le plan politique, ce n’est que peu mobilisateur. Une campagne de temps en temps, tout le monde, ou presque, est d’accord, et hop, on retombe dans le ronron, avec son cortège de naufrages humains. Le remboursement partiel des compléments capillaires par la sécu ne pourra jamais créer une foire d’empoigne dans une assemblée. Quelques heures de débats et c’est plié !
Non, il fallait du lourd ! Du non consensuel ! Un truc à haut pouvoir polémique qui ait un petit air de tragédie collective ! Un état d’urgence ! Un machin où tous les élus de toutes les assemblées peuvent se « positionner », en appeler aux valeurs irréfragables de la nation, rappeler le devoir de chacun de se soustraire aux égoïsmes particuliers au profit de tous et citer De Gaulle !
Cet été, lors de son congrès, la BMA a donc voté en faveur d’une interdiction totale de fumer en voiture et a appelé le gouvernement britannique à la mettre en oeuvre.
Bien joué, les gars ! Finie la belote et au turbin les leaders !
« Chaque année, 80.000 décès sont causés par le tabac en Angleterre » a rappelé le docteur Vivienne Nathanson. Et d’ajouter : « Nous appelons le gouvernement britannique à prendre la décision courageuse d’interdire de fumer dans les véhicules privés ».
Ah ça, c’est quand même autre chose que de prendre mollement position sur l’entrée de la Turquie en Europe, les conflits au Moyen-Orient, les soubresauts de Wall Street ou la sortie de l’euro !
Ils avaient hésité avec l’interdiction du ketchup dans les cheeseburgers mais le lobby des producteurs de tomates, toujours sur le qui-vive, ayant eu vent de la chose, a immédiatement fait pression sue la BMA[1. A l’heure de mettre sous presse, on ignore toujours qui a organisé la fuite, mais, selon des milieux généralement bien informés, le Docteur Nathason semble lavée de tout soupçon.].
Les lobbys cigarettiers, traditionnellement mous du genou, ont été pris de cours. C’est le député travailliste Alex Cunningham qui s’est le premier saisi de cette noble cause en lançant une proposition de loi. Le premier ministre David Cameron a quant à lui précisé que s’il soutenait l’interdiction de fumer dans les lieux publics, il n’était pas chaud pour sa prohibition dans les espaces privés !
Quoi, c’est tout ?
Ah, ben non ! La BMA n’avait pas sacrifié ses vacances estivales pour laisser retomber le soufflé ! Et elle n’a pas manqué pas de préciser : « sur la base des études scientifiques collectées sur le sujet, que les niveaux de polluants émis par le tabac en voiture peuvent être 23 fois plus élevés que dans un bar enfumé. Les enfants et les personnes âgées, dont les systèmes respiratoires sont plus fragiles, sont les plus exposés au tabac dans la voiture, espace clos par excellence. »[2. On notera au passage, car il est toujours bon de s’instruire, que les voitures d’Outre-Manche ne sont pas équipées de lève-vitres.]
Un compromis fut néanmoins tenté. « Et si l’on faisait comme certains états des USA ou du Canada ? Interdiction de fumer lorsque des mineurs sont à bord du véhicule ? » La BMA joua alors son va-tout : « Non, non, non et non ! Une interdiction totale est plus facile à contrôler ! ». « Nous ne croyons pas que la législation soit le moyen le plus efficace de convaincre les gens de changer leur comportement » lui a rétorqué un porte-parole du ministère de la Santé.
Les choses en sont là. La police est sur les dents, la protection du 10 Downing Street a été renforcée, les salles de toutes les rédactions du monde crépitent, Internet est saturé. Bref, on l’a échappé belle, ce n’est pas encore aujourd’hui que nous verrons des chefs d’état ramollis !
Au milieu de l’actualité chargée de la semaine dernière, un événement a retenu mon attention : une demi-douzaine des plus grandes banques centrales du monde ont annoncé qu’elles allaient fournir aux banques commerciales tous les dollars qu’elles voudront. Un gigantesque blanchiment d’argent, en somme. Mais en toute légalité.
Dès l’annonce de la nouvelle, mercredi, les bourses du monde entier ont bondi, enregistrant une hausse quotidienne spectaculaire : +4,22% pour le CAC 40 en une journée. Mais dès le lendemain l’enthousiasme avait fait long feu. Vendredi dernier, les marchés n’étaient pas franchement guillerets.
Pourquoi tant d’indifférence devant les pouvoirs magiques de nos grands argentiers ? Je pensais pourtant que le message était clair : « Argent gratuit ! » Personne n’a donc entendu cette formule magique ?
Peut-être l’homme de la rue n’est-il pas aussi stupide que ses banquiers centraux le souhaitent. Ou peut-être les banquiers centraux ne sont pas si intelligents qu’ils le croient. Quoiqu’il en soit, cela me fait penser à la crise de 2008, signe que quelque chose ne tourne pas rond. La preuve, c’est que les investisseurs, du moins ceux qui agissent à la marge, semblent avoir identifié ce qui cloche.
Heureusement pour nous – et malheureusement pour ce cartel d’escrocs en costume rayé – cette marge n’a pas l’air aussi mince que d’habitude. Grâce à internet, l’information peut maintenant voyager plus vite que la promesse d’un homme politique. Ceux qu’intéresse l’information qui compte savent la trouver.
Toutefois, ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas toujours des gens prêts à se vautrer dans une ignorance béate.
Cela signifie simplement que les gens ordinaires, ceux que des fonctionnaires arrogants tiennent pour incapables de comprendre la différence entre « imprimer des billets de banque » et « créer de la fausse monnaie », ces gens-là retiennent les leçons et apprennent par eux-mêmes.
Claude Guéant, en visite ce dimanche 4 décembre à Alger n’y aura finalement pas eu le plaisir de rencontrer le président Bouteflika. Le ministre de l’Intérieur a rencontré Dahou Ould Kablia, son homologue, et le premier ministre Ahmed Ouyahia, mais les portes du palais d’El Mouradia, résidence officielle du chef d’Etat, lui sont restées fermées. Pourtant, le ministre français de l’Intérieur a bel et bien demandé à rencontrer le chef de l’État algérien, et jusqu’à la dernière minute, son entourage espérait une rencontre. En vain.
Une source gouvernementale algérienne a enfoncé le clou : une telle rencontre «n’était pas au programme». Côté français, on s’interroge sur les raisons de cette décision. S’agirait-il en fait d’une prise de distance de Bouteflika vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, pour éviter même le plus léger soupçon d’interférence algérienne dans la campagne présidentielle française ?
Autre hypothèse : la visite, motivée par deux sujets principaux à savoir l’immigration et la lutte contre le terrorisme, s’est achevée sur un désaccord total. Si sur l’immigration les divergences ne sont pas nouvelles, dans le cas de la lutte contre le terrorisme, de sérieuses divergences opposent les deux pays sur la manière de gérer les problèmes dans le Sahel.
Ce qui est drôle avec les gens qui n’ont pas d’humour, c’est qu’ils n’ont pas peur de le faire savoir. S’ils avaient ri, tout irait bien; mais comme ils n’ont pas ri, ils peuvent réclamer des comptes au rieur au nom des principes les plus arrêtés de la République française.
Le scandale qui fait suite à l’article de Patrick Besson nous permet d’établir ce point : dans une société victimaire, l’homme qui n’a pas ri fait la loi. Tous les hommes sont égaux, mais ceux qui n’ont pas d’humour sont plus égaux que d’autres.
Puisque Mme Duflot demande des excuses publiques à M Besson sous prétexte que son article n’est pas drôle, nous demandons des excuses à Mme Duflot pour son absence d’humour. Si la xénophobie anti-allemande ne nous amuse pas, l’usage que fait Mme Duflot des grands principes nous amuse encore moins. Fédérer un parti sur le dos d’un rieur est indigne. Il ne suffit pas d’être offensé pour parler au nom du peuple français. Il ne suffit pas de se déclarer « choquée » pour avoir les grands principes avec soi.
Un monde où les rieurs seraient tenus de s’excuser publiquement n’est pas le nôtre. Il ne saurait passer pour souhaitable. Nous ne laisserons pas Mme Duflot, cette précieuse ridicule de la morale républicaine, nous faire accroire qu’un progrès politique serait accompli par la mise au pas d’un écrivain français qu’elle ferait mieux de lire et d’anoter. C’est pourquoi nous demandons solennellement au rieur, non seulement parce que son article est très drôle, mais parce que nous nous faisons une haute idée de la République française, de ne pas s’excuser.
À la fin d’un entretien passionnant mené dans le cadre de son émission Répliques, Alain Finkielkraut interrogeait le philosophe Pierre Manent sur la notion de conversion, religieuse ou intellectuelle, qui constitue, selon ce dernier, rien moins que le propre de l’Occident. Pierre Manent décrit, à la fin de son ouvrage intitulé Le Regard politique, cette « confiance dans la force de l’âme » que manifeste la conversion. Rester soi-même tout en devenant tout à fait autre, c’est le miracle qu’accomplit Rome lorsqu’elle devient chrétienne. La conversion est une possibilité de l’âme humaine que seule la civilisation occidentale a vraiment explorée. Dans les autres civilisations, explique Pierre Manent, la conversion est souvent interdite, car changer de religion revient, au fond, à perdre son être. Il faut donc que l’âme occidentale ait en elle-même une confiance hors du commun pour acquiescer à cette sorte de transsubstantiation d’elle-même. Malgré l’étiquette de « réactionnaire » dont on l’affuble parfois en compagnie d’autres excellents auteurs (dont Alain Finkielkraut), Pierre Manent n’est peut-être pas si loin, dans cette définition du propre de l’Occident comme simple disposition de l’âme, de ceux qui veulent substituer à la vieille et hypothétique « identité occidentale » le pur geste de l’ouverture à autrui.
Dans le texte qui nous est ici donné à lire, Alain Finkielkraut analyse le projet de nombre d’intellectuels occidentaux qui veulent aujourd’hui, selon les termes du philosophe catholique, homosexuel, et homme politique de gauche italien Gianni Vattimo, réduire « presque totalement » notre identité « à écouter ses hôtes et à leur laisser la parole ». Une identité définie par un geste d’ouverture, cela semble être une contradiction dans les termes. L’antique disposition à la conversion de l’âme occidentale serait-elle une vertu chrétienne devenue folle, selon le mot fameux de Chesterton ?[access capability= »lire_inedits »]
On comprend, dans cette perspective, la réaction d’Alain Finkielkraut à la thèse que propose Pierre Manent. À cette définition du propre de l’Occident, il oppose la possibilité de la « non-conversion » qu’incarnent les juifs, ce peuple à la nuque raide « aussi vieux que le monde, qui a fait à l’Occident la surprise de ne pas se convertir ». Et il est vrai qu’à l’époque où l’exigence de la conversion paraît se généraliser et où, comme dans le dernier roman de François Taillandier, le geste le plus intime, celui de la conversion du cœur, devient un omniprésent et persécuteur mot d’ordre publicitaire (Time to Turn !), l’envie nous démange justement de ne pas nous convertir, de nous déclarer, de façon peut-être un peu pavlovienne et mensongère, inchangés, obstinément fidèles à ceux qui nous ont précédés.
Pourquoi mensongère ? Parce que fidèles, nous ne l’avons jamais été. Cela fait bien longtemps que l’Occident contemporain, unanime, a bazardé d’un cœur léger les vieilleries qui l’ont précédé. Avec une puissance d’évocation digne de Milan Kundera, Finkielkraut déclare drôlement : « En 1968, nous disions : » Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi. » Essoufflés, nous avons ralenti le pas, nous nous sommes arrêtés, et le vieux monde a disparu. » En mai 1968, j’étais à peine né, mais j’ai pourtant l’impression de comprendre exactement ce que veut dire Finkielkraut. Ce n’est plus nous qui voulons le changement, mais lui qui s’impose à nous. Ce que, selon Pierre Manent, l’Occident avait autrefois la force de vouloir s’impose désormais à nous comme un processus sans tête. Nous sommes dépossédés par la force brutale et acéphale des choses telles qu’elles vont de ce qui était le signe le plus tangible de notre liberté : notre capacité à sortir de la ligne tracée par nos ancêtres.
L’assimilation à la culture française de vastes populations d’origine généralement européenne était peut-être une forme laïque de cette liberté de se convertir. Les aïeux étrangers des Français contemporains disposaient d’une liberté spirituelle plus grande que nous. En assimilant la culture française en quelques décennies, ces étrangers se dépouillaient de leur identité d’origine avec une hardiesse remarquable. Qu’en est-il aujourd’hui ? La liberté est chantée sur tous les tons, nous sommes libres de tout choisir : les marques de notre huile d’olive, nos destinations de vacances, nos représentants politiques, nos amis, le nombre de nos femmes et de nos enfants, mais la liberté vraiment décisive, la liberté de réorienter notre âme, nous l’avons perdue. Nous oscillons de façon pathologique entre le « pur geste de l’ouverture » et la volonté de rester obstinément nous-mêmes, accrochés à nos racines. Car au fond, ce geste d’ouverture qui définirait notre identité ne mange pas de pain. L’écoute nous évite d’être quelque part. Dans une lâcheté typique de l’époque, elle élude toute forme de contenu positif au profit d’une simple déclaration universelle de paix et de tolérance. La conversion comme acte décisif nous engage autrement que cette pure disponibilité à autrui ou que la liberté consumériste de choisir. Comme l’écrit Pierre Manent, « qui se convertit insulte à l’égalité, puisqu’il suppose qu’un choix de vie peut être meilleur qu’un autre. Qui se convertit pour devenir meilleur que lui-même semble aspirer à devenir meilleur que les autres ».
Dans ces conditions, nous pouvons même nous réclamer de nos racines tout en étant parfaitement de notre temps. Revendiquer ses racines est souvent une façon de se déclarer intégralement clos sur soi-même, indépendant des autres, « différent », et cela s’accorde sans problème avec une déclaration formelle de tolérance. C’est que l’ouverture en tant que geste pur n’est rien d’autre qu’une jouissance narcissique − le pur plaisir de se voir le meilleur dans le miroir de l’époque, seule médiation que nous acceptions. Car cette ouverture ne retranche rien de l’individu contemporain, elle lui permet de persévérer dans le fantasme de l’autosuffisance, de ne rien devoir à personne. Elle ne lui inflige aucune blessure narcissique. À l’inverse, la conversion d’antan était avant tout la reconnaissance d’une incomplétude. Il faut, dit saint Paul, « dépouiller le vieil homme » − celui que nous sommes aujourd’hui. Se convertir, c’est admettre que l’on a besoin de ce qui est au-delà de soi ou de ce qui fut avant soi. Cette conversion authentique est le véritable scandale pour notre temps qui lui a substitué sa caricature consumériste et ludique (« Garçon ou fille, comme tu veux tu choisis ! »), et en a ainsi neutralisé toute la charge subversive. C’est ainsi que « le fardeau du siècle pèse sur nous, comme le doux accablement du sommeil ». Et c’est ainsi aussi qu’Allah est grand.[/access]
Cet article est issu de Causeur magazine n ° 41.
Pour acheter ce numéro, cliquez ici.
Pour s’abonner à Causeur, cliquez ici.
Ça apprendra la conscience écologique à Patrick Besson. Il s’enquiquinait à recycler depuis des années ses ordures. On l’avait prévenu : ça ne lui rapporterait que des emmerdes. La preuve : l’écrivain multichroniqueur vient de se faire tacler par Cécile Duflot, la patronne des Verts en personne. Pourquoi ? Patrick Besson a moqué, dans l’un de ses articles, l’accent d’Eva Joly. Du coup, notre Cécile Duflot nationale demande au Point, qui a publié l’éditorial incriminé, des excuses : « Ce texte n’est pas seulement pas drôle, il est l’expression ouverte de propos xénophobes à l’encontre d’une candidate à l’élection présidentielle qui représente l’ensemble des écologistes. »
Bon, évacuons tout malentendu : il se peut, dans la précipitation, que Mme Duflot ait confondu Patrick Besson et Eric Besson. Un petit rappel s’impose donc : le premier est un écrivain plutôt de progrès, comme on dit ; le second fut ministre de l’Identité nationale. Mais, que je sache, Patrick Besson n’a jamais organisé de charters de sans-papiers. Il n’en a même jamais pris : chacun son standing.
Il aurait dû ! Il ne se retrouverait pas aujourd’hui à être taxé de « xénophobe » par la responsable politique la moins syntaxique de France : il faudrait, en effet, apprendre à Mme Duflot qu’il existe, dans cette langue française qu’à défaut de respecter elle massacre, des synonymes à « pas drôle » qui lui éviteraient l’emploi d’une double négation de mauvais aloi. En plus, franchement, moi, l’article de Besson, je l’ai trouvé hilarant.
Mais là n’est pas la question. SOS Racisme et le Front de gauche ont uni leurs voix à celle des Verts pour dénoncer l’infâme éditorialiste.
SOS Racisme s’indigne : « Ce pamphlet ne relève pas de la simple maladresse ou d’un humour (des plus douteux) mais bien d’une vision à connotation xénophobe, dans la lignée de celui de l’extrême droite française qui, à la fin du XIXe siècle, attaquait Léon Gambetta sur son accent toulousain. »
Rassurez-vous : Gambetta, qui n’était pas complètement fada, n’a jamais estimé, pour sa part, que cette injure était raciste… SOS Racisme ferait bien, d’ailleurs, de lire jusqu’au bout les insultes adressées à Gambetta aussi bien à droite qu’à gauche : on l’accusait, avant tout, d’être un germanophobe primaire, un revanchard ! Certes, Gambetta n’a jamais prononcé l’odieuse phrase qu’on lui prête : « Bismarck mène une politique à la Merkel », mais il n’en était pas loin. Quant aux autres qualificatifs dont on le chargeait, ils concernaient son hygiène personnelle et son prétendu alcoolisme. Que je sache, je n’ai jamais vu SOS Racisme manifester devant le siège de Canal+ lorsque, chaque soir, Les Guignols de l’Info se payaient la tronche de Borloo, ni quand ils raillaient le défaut d’élocution de Bayrou… Donc, si j’ai bien suivi : Borloo et Bayrou auraient eu l’accent norvégien, on y aurait trouvé à redire…
Au Front de Gauche, on n’y va pas à la truelle. On a ressorti le marteau et la faucille du dimanche pour tailler un costard moral à l’ancien camarade que fut Besson. Directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, François Delapierre écrit : « Je sors consterné de la lecture du billet de Patrick Besson sur Eva Joly dans le Point de cette semaine où il invente un discours de présidente ridiculisée par un accent norvégien (ou allemand ?)… En réactivant le spectre du “boche” au détriment d’une compatriote, M. Besson fait preuve d’une xénophobie insupportable. Il manifeste un communautarisme atterrant en effaçant les propos d’Eva Joly derrière son origine… Il sous-entend que les Français nés ailleurs ne sont pas des citoyens à part entière. Il souffle sur les braises de l’affrontement entre les peuples alimenté par la crise comme par la dérive autoritaire de l’Union Européenne. Ce n’est pas simplement grotesque, c’est criminel. »
Vous l’aurez compris : si la crise économique s’aggrave dans les prochains temps, si l’Union européenne éclate en morceaux et si j’ai la gueule de bois un lendemain de cuite, ce sera la faute à l’éditorialiste du Point. Besson salaud, le peuple aura ta peau !
Indignons-nous, puisque nous avons un motif de nous indigner ! C’est l’appel que lance, en quelque sorte, SOS Racisme : cette affaire « ne doit pas rester sans suite ». Moi, je leur proposerais bien qu’on pende le dernier Besson avec les tripes du dernier Franz-Olivier Giesbert. Mais cela causerait sans doute un gros chagrin à Elisabeth Lévy. Et du chagrin, je ne veux pas lui en faire.
Tandis que tous s’activent à rassembler le bois du bûcher sur lequel bientôt on fera griller les roustons de Besson, procédons à l’interrogatoire de l’accusé !
Il va nu-pieds et porte la robe des hérétiques. Elle est, pour l’occasion, d’un vert délavé mais néanmoins recyclé. Quelques pénitents, badgés « Touche pas à mon pote », ont délaissé leur propre Salut pour lui asséner des coups de fouet. Son rictus, est-ce de la douleur ou du plaisir ? C’est que le xénophobe public n°1 serait bien capable aussi d’être un petit vicelard. Il trébuche et se retrouve nez-à-nez avec la pointe des babouches de Torquemada. À sa droite, Didier Daeninckx – on ne sait pas trop ce qu’il fait ici, mais dès qu’un nazi pointe son nez dans la République des Lettres, il n’est jamais trop loin. À sa gauche, Cécile Duflot.
Daeninckx commence son réquisitoire : « Patrick Besson est raciste, car tous les écrivains, Drieu, Brasillach, Besson, sont racistes ! » Duflot renchérit : « Et ses propos sont néo-colonialistes ! »
Arbitre des débats autant que des élégances, Torquemada essaie de ramener ses assesseurs à la raison. Daeninckx se défend d’être un écrivain, pour la bonne et simple raison qu’il n’a jamais été nazi. Qui pourrait lui donner tort ? Mais l’inquisiteur a maille à partir avec Cécile Duflot quand il lui rappelle que la France n’ayant jamais, aux dernières nouvelles, colonisé la Norvège, aucun Français ne peut être accusé de se comporter en néocolonialiste vis-à-vis d’un Norvégien. Colonialiste, passe encore. Mais qui voudrait, en France, coloniser la Norvège depuis qu’Eva Joly nous a montré à quoi cela ressemble ? Ne l’a-t-elle d’ailleurs pas fuie, cette Norvège tant aimée dont on n’a plus le droit d’évoquer l’accent ?
Que veulent dire ceux qui portent l’accusation contre Patrick Besson ? Que Mme Joly parle un français si impeccable qu’on la croirait dotée de l’accent toulousain ?
Certes, beaucoup concèdent à l’ex-juge Joly d’avoir suffisamment bien parlé le français au cours de sa carrière dans la magistrature pour envoyer des innocents en détention préventive, poussant sa vindicte native jusqu’à se vanter, longtemps après, de les y avoir envoyés. Mais personne n’est assez sourd et malentendant pour percevoir que la langue dans laquelle elle tente désespérément de s’exprimer est musicalement un peu éloignée du français pratiqué en dehors des geôles de l’administration pénitentiaire.
Que veut nous dire le directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon en défendant Eva Joly contre l’ignoble Besson ? Des choses certainement qui nous dépassent et qui ne sont peut-être pas étrangères à un éventuel rabibochage après la dissolution du groupe parlementaire que son parti formait à l’Assemblée nationale avec les Verts…
Que veulent donc nous dire Mme Duflot et SOS Racisme ? Qu’Eva Joly n’a pas d’accent et que quiconque s’aviserait de remarquer que son français sonne étrangement serait un horrible xénophobe ?
Si tel est son objectif, elle serait bien inspirée d’organiser des distributions collectives de boules Quiès. Ou alors de demander à Eva Joly de prendre des cours accélérés de français auprès de Dany Cohn-Bendit, qui, bien que pourvu d’une double nationalité, a l’élégance, lui, de ne pas massacrer la langue de Molière chaque fois qu’il l’ouvre.
A-t-on déjà vu Patrick Besson moquer l’accent de Dany Cohn-Bendit ? De mémoire humaine, non – mais comme Besson devait chroniquer bien avant que l’humanité n’existât, rien n’est sûr en ce domaine.
Une chose est sûre : Patrick Besson est nul niveau accent evajoliesque. Il n’arrive pas à la cheville de Laurent Gerra ni aux soquettes de Michel Leeb et de Patrick Sébastien. Le type veut te faire l’accent norvégien : tout juste arrive-t-il à parodier l’accent allemand. Que dis-je, soyons xénophobes jusqu’au bout, l’accent boche ! Les représailles seront terribles : si demain je croise Patrick Besson, je le convertis à l’accent belge. Une fois.