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On aurait tort d’avoir tort avec Sartre

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Le hussard Roger NImier mort il y a cinquante ans

Le drame appartient à la légende des années 1960. Le 28 septembre 1962, Roger Nimier meurt dans un accident de voiture, avec la blonde romancière Sunsiaré de Larcône, alors qu’ils se rendaient dans la maison de campagne des Gallimard. En plus de la photo de son cadavre dans Paris Match, Nimier aura droit à quelques nécrologies fielleuses : il a eu ce qu’il méritait. Pour certains, les « hussards » ne sont qu’une invention de Bernard Frank qui, dans Les Temps modernes, a sonné la charge contre une poignée d’écrivains : Roger Nimier, Jacques Laurent et Antoine Blondin − Michel Déon venant s’ajouter plus tard à la fine équipe. Leurs torts sont multiples : ils aiment la vitesse, l’alcool et les jeunes filles. Ils n’écrivent que pour divertir. Ils ont un certain succès. Ils sont de droite. Si Frank se moque, en dilettante, de cet art de vivre qui est pourtant le sien, Sartre, lui, a des comptes à régler. Jacques Laurent l’épingle dans Paul et Jean-Paul, un pamphlet qui fait mouche et qui fait rire, car assimiler le penseur révolutionnaire à Paul Bourget, incarnation XIXe de la bien-pensance bourgeoise, il fallait oser ![access capability= »lire_inedits »]
Nimier, Laurent et Blondin seront donc décrétés infréquentables, et même fascistes, puisqu’ils lisent des écrivains honnis tels que Morand, Montherlant et Chardonne, et que leurs romans mettent en scène des miliciens, des femmes légères, des gandins à l’idéologie floue.

Une certaine idée du style

Les ouvrages qui paraissent à l’occasion du cinquantenaire de la mort de Nimier apportent la plus belle des réponses à Sartre. La littérature n’est ni de droite ni de gauche : elle est le style, autre nom de la pensée qui braconne sur le fil des mots. Le style : Nimier, Laurent, Blondin, Déon en ont, chacun selon son art. Sartre n’en a pas. Il faut lire, dans le Cahier de l’Herne consacré à Nimier, le texte de Gérard Guégan, qui n’a jamais oublié son coeur « rouge » et l’enragé qu’il fut. Il y raconte sa découverte de Nimier à travers son roman Le Grand d’Espagne, à l’ombre des bastons l’opposant à l’extrême droite des sixties : par-delà les coups de barre de fer, la littérature considérée comme un mot de passe entre ennemis. Alain Dugrand, qui signa longtemps les meilleurs papiers de Libération, ne dit pas autre chose dans sa contribution : « Fasciste, disaient-ils ».
On espère que le Cahier de l’Herne, la revue Bordel, ou encore le collectif édité par Pierre-Guillaume de Roux, Nimier, Blondin, Laurent et l’esprit hussard, permettront au public de redécouvrir des oeuvres de Nimier, de Laurent − sous son nom ou sous le pseudo de Cécil Saint-Laurent − et de Blondin, mais aussi d’écrivains qui partageaient avec eux une certaine idée de la langue française comme Jacques Perret, Stephen Hecquet, Pierre Boutang, Pol Vandromme ou Philippe Héduy. Tous écrivaient dans des revues aux noms enchanteurs : Arts, Opéra ou La Parisienne. Quant à Éric Neuhoff, Alexandre Astruc et Philippe d’Hugues, ils nous donnent envie de revoir les films scénarisés par Nimier. Alors, infréquentables, les hussards ? En tout cas maintenant que tous ou presque sont morts, il reste quelques plumes, comme celles de Christian Authier, Claire Debru, Florian Zeller ou Thibault de Montaigu, sans oublier notre camarade Jérôme Leroy, pour leur offrir des mots d’amour. On comprend la peine de Jean-Paul Sartre…[/access]

Roger Nimier, collectif, Les Cahiers de l’Herne, éditions de l’Herne, direction Marc Dambre.

Le Bal du gouverneur, Roger Nimier, éditions de l’Herne.

Roger Nimier, Antoine Blondin, Jacques Laurent et l’esprit hussard, collectif, éditions Pierre-Guillaume de Roux, direction Pierre-Guillaume de Roux et
Philippe Barthelet.

Les Hussards, revue Bordel, éditions Stéphane Million.

Thierry Dancourt, entre agacement et émerveillement

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Thierry Dancourt et Les ombres de Marge finaly

Les ombres de Marge Finaly, le dernier roman de Thierry Dancourt, a tout pour agacer un lecteur aussi instable que moi. Il manque de percussion, de rythme et d’emphase. Des phrases mollassonnes se succèdent sur plus de deux cents pages, une histoire sans aspérité se met péniblement en place et pourtant, le lecteur n’abandonne jamais ce texte monocorde, obsédant, crépusculaire et automnal.
Il y a un mystère Dancourt. J’aime les écrivains flamboyants, les pétarades lexicales, les mots qui dansent et la gloriole sans laquelle une œuvre littéraire me tombe des mains. J’insiste sur la gloriole, une écriture bravache qui flirte parfois avec le mauvais goût et qui se rattrape au dernier moment pour arracher le lecteur de sa torpeur. J’aime les coups de force, les empoignades, le frisson que procure notre belle langue française quand elle retrouve son essence originelle. C’est-à-dire sa puissance aristocratique et sa verve populaire. Les deux versants de notre identité nationale.
L’humilité de Dancourt, à vrai dire, je la trouve suspecte. Cette économie de mots, ses tâtonnements de chat timide, ses impressions fugaces, ses manières de pucelle me semblent le signe d’une immaturité qui colle parfaitement à notre société « moderne » où la violence du verbe est, sans cesse, refoulée. Cela voudrait-il dire que ce roman ne m’a pas plu ?

C’est là que l’homme est paradoxal. Chaque page avalée, je pestais contre cette atonie générale, contre cette préciosité narrative faite de banalité et d’écoulement du temps. Mais, à aucun moment, je n’ai quitté mes yeux du livre. Dancourt m’avait hypnotisé et charmé. Dans mon cas, il faut avouer que je suis un récidiviste car son premier roman, Hôtel de Lausanne, m’avait laissé le même goût en bouche et la même ambivalence.
A sa sortie, on avait parlé d’un style modianesque dans la manière de vaporiser une ambiance. La phrase de Modiano est plus précise, plus pure génétiquement que celle de Dancourt cependant, il existe chez ces deux écrivains le même flottement des arrière-saisons, la même nostalgie enivrante. Je ne résiste pas aux romans « vintage », aux voitures anciennes, aux actrices mortes et à l’élégance surannée de nos pères. Capturé dans un monde de souvenirs sans importance, je me suis laissé emporter par cette prose. J’étais quelque part, dans un territoire flou entre les rues du XVIème arrondissement et une propriété des Yvelines, à une époque indistincte, entre la fin des années 60 et le début des années 70, au milieu de personnages tout aussi évanescents.

Dans ce fleuve d’apparence tranquille, Dancourt instille une atmosphère étouffante très réussie. Tout en pestant jusqu’au bout devant ce manque d’audace stylistique, j’en étais pas moins séduit par cette œuvre vraiment originale. Car du style, elle en a assurément. Et puis, un roman qui fait revivre la Renault Prairie ne peut qu’émouvoir.

Les ombres de Marge Finally, Thierry Dancourt (La Table Ronde)

*Photo : osecours

Mélenchon, piège à «non» !

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Jean-Luc Mélenchon contre le traité budgétaire européen

Tout d’abord, soyons clairs, je pense que les dizaines de milliers de Français qui se rassembleront cet après-midi à la Bastille ont parfaitement raison de le faire.

Je partage leur objectif, leurs motivations, leur mécontentement. La majorité actuelle nous avait promis-juré-craché, quand elle était encore l’opposition, c’est-à-dire il y a à peine quelques mois, que le « Traité Merkozy » étant une machine de guerre contre la relance et l’emploi, il était à réécrire totalement. En vertu de quoi, une fois aux affaires, les socialistes se sont empressés de le voter « en l’état, à la virgule près », comme l’a fait remarquer perfidement et pertinemment NKM. (Au passage, constater qu’on laisse à cette insupportable le soin de rappeler la vérité ne fait qu’exaspérer mon exaspération)

Sur le fond, donc pas de lézard, je suis d’accord : pour sortir de l’ornière, notre pays n’a pas besoin d’un budget de bon père de famille radin et dénué d’ambition. Il a besoin d’investissements étatiques lourds et planifiés dans la recherche, les formations qualifiantes, la réindustrialisation, le réaménagement du territoire. Sinon, ce sera la muséification du pays sous l’œil amusé de nos voisins allemands, maitres absolus des cordons de la bourse de Francfort, donc de l’Europe.

Mais alors, me direz-vous, je devrais aller moi zaussi prendre la Bastille avec mes petits camarades. Oui mais non. Et cet abstentionnisme a un nom, il s’appelle Mélenchon.

Bien sûr, il n’est pas question, comme le font certains ultrapuristes, de reprocher à Mélenchon, en ce vingtième anniversaire du référendum sur Maastricht d’avoir à l’époque fait la campagne du Oui pour prôner aujourd’hui le Non. Tant qu’à faire je préfère ce cheminement-là à celui d’un Fillon, qui fut un vibrant noniste en 1992… Et la coquine Elisabeth me souffle à l’oreille que plus près de nous, en 2005, Laurent Fabius n’avait pas de moues assez dures pour fustiger le TCE et l’Europe du Grand Capital…

Non, ce qui motive ma décision c’est que ce défilé, qu’on le veuille ou non, ne mesurera pas le refus de ce Traité de cons[1. Cherchez bien, il y a un mauvais jeu de mots.] mais l’ampleur du soutien populaire à Mélenchon. Certes je sais bien que ce n’est pas pour cela que la plupart des militants descendront tout à l’heure dans la rue, mais qu’ils le veuillent ou non, tous les médias parlent déjà et parleront encore plus ce soir du nombre de militants défilant «avec Mélenchon ». Or un bon marxiste (et même un moyen bon) ne peut pas se soucier seulement de la justesse d’une idée. S’il ne veut pas sombrer dans l’idéalisme, il doit se préoccuper dans le même mouvement de la façon dont les masses (ou disons les ménagères de moins de cinquante ans et leurs familles) s’empareront de cette idée ou la percevront. Or, chers amis et camarades, ce qui restera ce soir, c’est bien moins le « contre le Traité » que le « avec Mélenchon » voire, comme le dit le Point.fr ce matin, « derrière Mélenchon ».

Or cette perspective, m’est esthétiquement insupportable. Je suis tombé tout jeune dans la lutte des classes, mais à un moment, où heureusement, on avait abandonné le culte de la personnalité. Dans les seventies, j’aimais beaucoup Georges Marchais, mais il ne me serait jamais venu à l’idée d’avoir son poster dans ma chambre. Les flux de l’Histoire m’ont évité de sanctifier Staline, Maurice Thorez ou Mao-Tsé-Toung, ce n’est pas pour défiler aujourd’hui à la Bastille « derrière Mélenchon » et encore moins y chanter à l’unisson ces vers bénis de l’Internationale : « Il n’est pas de sauveur suprême, ni dieu, ni césar, ni tribun ».

On rappellera à quel point le denier raout du Front de Gauche en cette même place de la Bastille le 18 mars dernier, qui devait supposément promouvoir la VIème République, avait immédiatement dégénéré en Mélenchon show façon Cloclo haute époque avec portraits géants, cris d’hystérie, évanouissements et tout le tralala… Le pire étant bien sûr l’hypocrisie carabinée de notre Chavez en VF, rappelant à l’envi qu’il n’était qu’un militant parmi les militants…

Donc les amis, allez-y si vous voulez, mais sans moi : pour paraphraser un général célèbre, ce n’est pas à 53 ans que je vais commencer une carrière de zélateur.

Voilà pourquoi ce dimanche j’irai déjeuner avec mes parents. Et pour ce qui est de la manif, je m’en tiendrai à la formule bancale mais raisonnée du soutien sans participation.

*Photo : RemiJDN

La corrida disparaîtra mais ne se rend pas

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La corrida tant décriée n'est pas morte

La corrida n’est pas morte, elle bande encore. L’expression, au féminin, peut surprendre. Mais quand on parle de taureaux l’argument est de poids.
Les partisans de la tauromachie auraient remporté une victoire récemment quand les Sages ont reconnu la constitutionnalité de l’exception culturelle qui permet à la corrida d’être pratiquée dans les terres où elle constitue une « tradition locale ininterrompue ».
Les détracteurs de la pratique ont pourtant raison quand ils affirment que le simple fait que la question ait pu être discutée par le Conseil Constitutionnel représente une avancée importante pour l’issue de leur combat. La bataille juridique a commencé, elle ne s’achèvera pas de sitôt. Le Crac, dont la dénomination pourrait évoquer un groupuscule terroriste post-maoïste, s’avère un rassemblement d’excités de l’angélisme qui ne cessera son combat que quand le sang ne coulera plus (littéralement : quand la mort aura disparu). On aurait préféré qu’ils fassent sauter des banques plutôt que de saisir les tribunaux pour les droits des animaux ; cela aurait eu plus de panache.

Le panache, et c’est hélas le problème, ce n’est pas un argument : il y a des choses pour lesquelles la beauté du geste semble déplacée. La mort en fait partie : « la mort n’est pas un spectacle » affirme Christopher Lings, le « tartuffe anti-corrida » assumé qui répond à Franz-Olivier Giesbert dans Nouvelles de France. Il la préfère confinée derrière les murs des abattoirs, parce que, là, elle est utile, indispensable, on ne saurait le contredire. On peut toutefois trouver que la mort que l’on cache n’est pas plus morale que celle que l’on tente d’exorciser par la construction subtile d’un spectacle rituel. C’est à cause de tels arguments, et d’une telle conception de la mort (et donc de la vie) que, lorsque mon voisin s’éteindra et qu’on emportera son corps pour le faire incinérer, nul cortège, nul voile aux fenêtres ne m’apprendra sa disparition. Je n’en serais informé que si je croise quelques membres de sa famille occupés à vider son appartement.
La corrida n’a aucune chance de survivre à notre époque, je n’en ai pas le moindre doute. On a lu partout que 48 % des français souhaitaient son interdiction : ils ne l’obtiendront peut-être pas mais ils verront à coup sûr sa disparition. La tauromachie ne correspond plus aux attentes de notre société et véhicule des valeurs contre lesquelles elle n’a de cesse de se battre. Ce simple constat en entraîne un autre : les gens ne vont plus assister aux courses. Nous ne saurions le leur reprocher, loin de nous l’idée d’obliger qui que ce soit à assister à ce spectacle, encore moins à l’apprécier. Nous ne formulons qu’un vœu : laissez-nous nous éteindre dans la dignité. C’est à dire : ne nous euthanasiez pas !
Regardez ce qui vient de se passer à Collioure, lisez donc la conclusion du conseil municipal :

« Vu le contexte économique ; Vu l’investissement que constitue la rénovation obligatoire des arènes pour pouvoir y organiser des spectacles ; Vu que les spectacles taurins sont aujourd’hui déficitaires ; Vu que nous avons trouvé un acheteur pour la structure, ce qui compensera largement les frais de démontage ; (…) Vu que la reconnaissance de notre Ville comme « ville de tradition taurine » n’est pas remise en cause ; Je vous propose donc de voter pour le démontage des arènes, et la vente de la structure ».

Ce genre de constat va devenir monnaie courante. Nous sommes quelques-uns à trouver cela triste. D’autant que nous ne perdons pas le combat idéologique mais que c’est bien l’économie qui a raison de nous. Cette tradition de la lenteur, de la construction rituelle, de la communauté des arènes va mourir sous les coups d’épée du marché : il y a de quoi pleurer. Pour autant le statut de « ville de tradition taurine » subsiste, on l’exhibera aux prochaines Journées du Patrimoine, avant d’en oublier le sens.

La corrida n’a jamais fait l’unanimité mais, pour la première fois, il n’est plus question de la critiquer : on entend bel et bien la supprimer. Au côté de Brigitte Bardot et d’Alain Delon, parmi les anti-corridas, j’ai lu le nom de Jean-Paul Belmondo. Le souvenir de ses passes fulgurantes dans les rues de Tigreville où, son manteau en guise de muleta, il combattait les voitures de passage a brusquement resurgi. J’ai repensé à Blondin et à Haedens, et je me suis souvenu que, dans Grognard et Hussards, Bernard Frank avait déjà placé cet art du côté des écrivains réprouvés. Après avoir tenté une métaphore tauromachique, il écrivait : « N’étant ni Montherlant ni Leiris, je ne suis pas très sûr de mes termes ; du reste, les taureaux, les toreros et les livres qui en parlent m’ennuient ».
Si la corrida vous ennuie, faites donc comme lui : ne lisez pas les livres qui en parlent. Et, s’il vous plaît, éloignez-vous des arènes qui tiennent encore debout.

*Photo : Rufino Lasaosa

Traité budgétaire : session de rattrapage le 30 septembre

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Contre le traité européen, le Front de Gauche manifeste

Un sondage récent indiquait que si on devait revoter pour le traité de Maëstricht aujourd’hui, 64% des Français voteraient non. Indiquons donc à ces 64% qu’il y aura une session de rattrapage ce dimanche 30 septembre, à l’initiative du Front de Gauche et d’une trentaine d’organisations politiques et syndicales.
Et on peut parier que Carlos Ghosn, pédégé de Renault, ne sera pas dans ce cortège parisien, à partir de 13h30, contre le TSCG autrement appelé le traité budgétaire. On peut l’excuser pour plusieurs raisons. Pour commencer, il est très occupé par le salon de l’automobile qui commence ce samedi 29 septembre. C’est en effet l’occasion pour lui de faire des déclarations choc, qui ressemblent à des déclarations de guerre. Il a élégamment mais efficacement expliqué au gouvernement Hollande que soit on faisait comme il disait, soit il allait mettre la clef sous la porte. Il exige « un plan d’action » pour la survie de son entreprise, estimant que « sous sa forme actuelle », celle-ci pourrait disparaître. Il continue, toujours en douceur : « Ce dont on a besoin, ce n’est pas une étude supplémentaire. On a besoin d’un plan d’action. Je ne connais aucune entreprise qui soit viable, qui puisse prospérer à partir d’une base qui ne soit pas compétitive ». Et, si par hasard on n’avait pas compris, il précise que Renault est « en train de renforcer les lignes de production qui produisent à l’export. Et on est en train de dégraisser les lignes de production qui produisent pour la France. » Si vous voulez une traduction plus précise, cela signifie que le travailleur français est trop cher. Qu’il se rassure, il a de fortes chances d’être entendu. Le gouvernement de François Hollande, si Carlos Ghosn et ses semblables expliquent que la seule solution pour maintenir l’emploi industriel en France, c’est de réduire le salarié en esclavage, sera là et bien là pour négocier fermement le poids des chaînes.

Mais Carlos Ghosn a une autre excuse pour ne pas aller manifester le 30 septembre, c’est qu’il n’a pas dû en entendre parler. On a parlé de tout ces derniers jours, des Roms, de Charlie Hebdo, du mariage gay, du budget, de Marseille qui finit par ressembler à Naples, de la fashion week, mais assez peu, pour ne pas dire pas du tout de ce fameux TSCG qui va nous faire tranquillement changer de civilisation alors qu’il est dans le meilleur des cas, quand on daigne en parler (un tout petit peu) présenté comme quelque chose de purement technique, un peu trop compliqué pour le profane. Entre le silence médiatique et le mépris discret des spécialistes, tout cela nous rappelle furieusement le contexte de 2005 et le vote pour le TCE qui devait être une formalité pour les européistes avant leur humiliation par les urnes avec un non à 55%. Seulement, il y a aujourd’hui des différences. Chirac, malgré tous ces défauts, était encore un peu inscrit dans l’Histoire et avait une certaine idée de la France, ou en tout cas la voyait autrement que sous la forme d’une vague entité administrative chargée de donner un cadre légal à la concurrence libre et non faussée.
En 2012, on n’en est plus là. La manifestation du 30 n’est même pas là pour appeler à voter Non mais simplement pour demander que soit tenu un referendum. Le silence sidéral des médias est d’autant plus fort que du côté du gouvernement, deux ministres concernés au premier chef, le ministe des affaires étrangère Fabius et celui des affaires européennes Bernard Cazeneuve étaient des partisans du non en 2005. Bon, ils sont juste un peu moins ridicules que Cécile Duflot qui aime tellement son maroquin qu’elle est capable de déployer des trésors de casuistique, à faire pâlir d’envie un confesseur jésuite, pour expliquer que ce n’est pas parce que son parti à décider de ne pas voter ce traité au parlement qu’elle est tenue par cette décision et que d’ailleurs ce n’est même pas son affaire.

Plus gênant encore, à propos de ce traité, c’est qu’il est approuvé et sera voté au parlement et par la droite et par les socialistes, ce en quoi nous devenons vraiment européens puisque les différences idéologiques s’estompent au point que l’on puisse très bien imaginer chez nous comme ailleurs des gouvernements d’ « union nationale » qui seront sûrement d’union mais certainement pas « national ». A propos de national, le Front du même nom, pourtant si prompt en campagne électorale à défendre la France éternelle, semble curieusement regarder ailleurs avec une patronne qui préfère des déclarations fracassantes sur la laïcité en demandant carrément l’interdiction du voile dans la rue (ouais !) mais aussi de la kippa (euh…).
Il y aurait bien les copains de Debout la République mais le problème est que ni la qualité de leurs idées, ni celle des hommes qui les défendent ne compensent la faiblesse de leurs effectifs.

Alors qui va s’y coller ? Je vous le donne en mille : le Front de Gauche. Oui, ce mouvement dont on n’a eu de cesse d’expliquer qu’il était immigrationniste, multiculturaliste, bobolchévique, c’est lui qui se retrouve en première ligne ce dimanche pour défendre l’indépendance de la France et l’Europe sociale. Comme quoi, il n’y a pas d’amour mais seulement des preuves d’amour. On rappellera, pour mémoire, que le TSCG, c’est une austérité grandissante avec des dépenses publiques limitées au maximum dans le but de plafonner les déficits publics à 0, 5% (dis maman, l’école, l’hôpital, la sécu, c’est du déficit ou de l’investissement pour l’avenir ?) et c’est aussi une perte de souveraineté objective puisque c’est la Commission européenne, instance non élue, qui validera le budget de la France.
Alors, le 30 septembre, dimanche, on se comptera. Et pour ceux qui auraient des réticences à défiler au côté de bannière communiste, on ne pourra que chanter :
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat

*Photo : JeanFdG.

Gégauff, l’écrivain masqué

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Paul Gégauff par Arnaud Le Guern

« Tu n’as pas lu Gégauff ? », me lance avec étonnement un ami dont les deux passions sont de collectionner les éditions originales des hussards et de courir le Sud de l’Europe pour assouvir sa passion des corridas. « C’est une sorte de hussard inconnu », poursuit-il. Hussard peu connu, assurément, mais hussard de Minuit surtout, puisque tel était son éditeur, les autres membres de cette obédience préférant généralement Gallimard ou La Table ronde. Voilà comment je connus
l’existence de Gégauff.
Minuit, c’est l’heure où l’on pouvait croiser Paul Gégauff en compagnie d’Antoine Blondin et d’Alexandre Astruc chez Jean Castel, rue Princesse, dans ce quartier où il arrive à Arnaud Le Guern de se promener la gorge tailladée par un tesson de bouteille qu’une jeune fille a tenté de lui enfoncer dans le cou à La
Closerie des Lilas. Si Arnaud Le Guern s’en est sorti, Paul Gégauff, lui, mourut en Norvège, tué par sa femme sous l’emprise de l’alcool, le soir du 24 décembre 1983, alors qu’il venait de lui dire : « Tue-moi si tu veux, mais arrête de m’emmerder ! »[access capability= »lire_inedits »] Un conte de Noël en forme de mauvais polar scandinave…

Arnaud Le Guern vient de publier un petit essai bien senti sur Gégauff. Son éditeur avait déjà republié Tous mes amis…, un titre qui ressemble à un début de chanson de France Gall mais qui est un excellent recueil de nouvelles paru originellement chez Julliard en 1969. Paul Gégauff est né la même année
qu’Antoine Blondin, en 1922. Ce fils d’industriel alsacien passe l’été 1940 à Saint-Tropez. Après la Libération, il habite le même hôtel parisien qu’Éric Rohmer, avec qui il sympathise. Il travaille un peu avec lui et l’inspire pour les personnages des héros du Journal d’un scélérat (1950) et du Signe du Lion (1959), film pour lequel il est crédité au scénario.
À Saint-Germain-des-Prés, Gégauff aime provoquer : il se déguise en soldat allemand lors de soirées costumées. Il donne du « Cher Maître » à Lucien Rebatet, romancier collaborationniste, auteur décrié des Décombres, qui plaît à la Nouvelle Vague, François Truffaut en tête. Mais Gégauff aime peu François Truffaut, auquel il préférera toujours Jean-Luc Godard.
À la fin des années 1950, il rencontre Claude Chabrol et deviendra son scénariste et dialoguiste fétiche, pour ses trois films les mieux placés au boxoffice : Docteur Popaul (1972), Les Cousins (1959), À double tour (1959 également), et bien d’autres encore.

Dans le même temps, il se lie avec les hussards, ces écrivains de droite issus des eaux de l’Action française. Il écrit dans la revue La Parisienne de Jacques Laurent. Roger Nimier goûte chez lui « un style vif où la pensée saute d’un mot à l’autre comme une puce ».
Une Âme damnée nous montre comment, par son attitude même, par l’impertinence de sa vie et la flamboyance de son style, Gégauff se situe au point de
convergence des hussards et de la Nouvelle Vague. Il est un peu dommage que la profusion de noms propres cités et de digressions personnelles ralentissent le
récit d’Arnaud Le Guern. Malgré ces défauts, il a trouvé le ton juste pour célébrer le panache de Paul Gégauff.[/access]

Arnaud Le Guern, Une Âme damnée, éditions Pierre-Guillaume de Roux, septembre 2012 .

Entrevue vs. Fientrevue : La Cour d’Appel relaxe le Gang des pastiches !

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Basile de Koch, Président à vie du groupe Jalons, nous a transmis le communiqué ci-dessous, que nous publions bien volontiers, sans même qu’il y ait joint un gros chèque –qui de toute façon eût assez peu de chances d’être approvisionné.

Paris, le mardi 25 septembre 2012

Affaire Entrevue vs. Fientrevue : LA COUR D’APPEL RELAXE LE GANG DES PASTICHES !

« Joie, joie, pleurs de joie » ! Après dix ans de procédures à rebondissements, la décision tant attendue de la Cour d’Appel est enfin tombée, et du bon côté !

Dans son arrêt du 21 septembre, la juridiction du second degré rend pleinement justice au nôtre :

– Oui, confirme-t-elle après les juges de première instance, Fientrevue était bien une « parodie respectant les lois du genre », et non pas un « plagiat parasite et cannibale», comme le plaidait sans rire M. Gérard Ponson, patron d’Entrevue ;

– Non, statue-t-elle contre les premiers juges, notre parodie n’a même pas «contrefait» la couverture de l’original : si elle en a repris les «éléments caractéristique s», c’est tout bonnement pour les «caricaturer».

Bref le droit à la parodie, pour pouvoir s’exercer, inclut nécessairement celui d’imiter le fond et la forme du support pastiché. Cela va sans dire, mais ça va mieux quand c’est la Cour d’Appel qui l’écrit.

Pour ne rien gâter, cette sage décision est motivée en termes savoureux. Selon l’arrêt, «l’observateur averti » disposait en la circonstance de tous les éléments nécessaires « pour comprendre qu’il s’agit d’une parodie destinée à se moquer de la revue ENTREVUE ». Il lui suffisait pour cela de lire le simple titre FIENTREVUE, mais aussi l’inscription au-dessus du titre « Attention ! Ceci est une grossière contrefaçon signée JALONS » et en dessous « Toutes les conneries sont bonnes à dire »ainsi que« 3 euros, comme le vrai ».

On ne saurait mieux dire, et c’est un plaisir pour les Jalons, « pasticheurs du Roy depuis 1793 », de voir leurs bons gags cités par la haute juridiction comme exemples d’une parodie réussie.

Résultat des courses : la société Jalons, au capital de 304 euros, est dispensée de débourser les 1,127 million (!) réclamés par les plaignants, et même les 2 500 que leur avaient généreusement alloué les juges de première instance.

On pourrait certes déplorer que la Cour d’Appel ne nous accorde pas de dommages-intérêts, au terme d’une décision qui met pourtant en lumière le caractère manifestement abusif d’un acharnement judiciaire sans objet. Ces procédures interminables autant qu’absurdes nous ont quand même coûté la peau ! ! Mais bon, vu les dettes accumulées par feu la société de Ponson, aujourd’hui liquidée, nous n’avions de toute façon aucune chance de récupérer le moindre centime.

C’est donc d’un cœur aussi léger que le portefeuille que nous fêterons prochainement, en compagnie des personnalités qui nous ont soutenu depuis le début, cette victoire de la liberté d’expression, du droit à la parodie et du bon droit tout court.

Justice et fête !

La parodie "Fientrevue" d'Entrevue autorisée

« Racisme anti-Blanc » : Copé conforme !

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Jean-François Copé : et si le racisme anti-blanc existait ?

Jean-François Copé ne doute pas de lui : il doit être évidemment crédité des seules bonnes idées de la gauche! Ainsi, sous son influence prétendue, il félicite le ministre de l’Intérieur d’avoir, dans un discours à Strasbourg, invité l’islam de France à s’organiser.
Cette approbation tactique constitue sans doute, pour lui, un opportun contrepoint à la polémique née de sa dénonciation du « racisme anti-Blanc » dans son livre-programme où il briserait « un tabou ». Le comble, c’est qu’en assumant sa position et devant l’ampleur de la controverse, il n’est pas loin de démontrer la réalité de l’audace intellectuelle et politique qu’il se prête (Le Figaro, Le Monde, Le Parisien).
Qui peut se dire surpris par cette apparente provocation ? Elle n’est pas seulement liée au combat interne à l’UMP qui contraint d’une part à une ridicule et hypocrite inféodation à Nicolas Sarkozy et d’autre part à une surenchère dans la prise en compte de thèmes extrêmes et pas forcément faux pour autant. Mais JFC, comme un bon élève de son maître, poursuit aussi, dans le même registre, la navrante fin de campagne de 2012 où NS, trop largement distancé, a cyniquement exploité un fonds de commerce et rattrapé une partie de son retard mais en perdant beaucoup de son crédit pour l’avenir.

Alors ce racisme anti-Blanc, en réalité anti-Français existe-t-il ? Vise-t-il à détruire l’identité telle qu’un Richard Millet la revendique, de « blanc, catholique et hétérosexuel » (Le Spectacle du Monde) ? Cet antagonisme entre les Français de souche et les minorités, dans les cités où la vie collective est ruinée et les tensions à leur comble, est-il fictif et sorti seulement de la tête de politiciens égarés ou démagogues?
Le Premier ministre, au cours d’une pénible et difficile prestation entrecoupée d’un débat qui ne l’était pas moins, a admis, parce que son honnêteté est évidente, que le « racisme anti-Blanc peut exister » (France 2). Ce n’est pas parce que ce racisme prend des formes différentes et n’est pas équivalent à celui que nous avons l’habitude de condamner qu’il ne mérite pas, si on l’estime nécessaire, à son tour d’être mis en cause. J’entends bien que, pour un Laurent Joffrin pourtant accoutumé à accepter de considérer des lanternes plutôt que des vessies, la réalité est rude et le commentaire sur elle trop décapant et risqué pour peu que la vérité veuille le gouverner. Quand JFC résume en soulignant que « ce racisme-là est aussi inacceptable que toutes les autres formes de racisme », certes il ne propose rien, comme le lui a reproché Valérie Pécresse au nom de François Fillon, mais il énonce une évidence qui, pour trancher dans notre appétence pour le « socialement correct », n’en est pas moins recevable.

Il y a des débats qui éclatent dans la fulgurance et semblent choquants alors que souvent ils ne font que concrétiser une longue réflexion collective antérieure ou des intuitions largement ressenties. Qui n’a jamais fait ce constat d’un racisme ou au moins d’une hostilité ostensible de la part de cette humanité appartenant à telle ou telle minorité, parfois de ces Français irrités à l’encontre d’un pays qui n’était devenu que mécaniquement le leur ? Est-il donc si douloureux d’appréhender lucidement la chose plutôt que de s’empoigner sur le nom qu’on lui donne ?
Mais ces remous n’en seraient pas ou du moins relèveraient de l’intensité contradictoire d’une vie démocratique si derrière JFC, ne se profilait pas le FN et ses mots, ses maux.
Je me demande à ce sujet si nous n’avons pas atteint le comble du grotesque. Plus la réalité du monde et de notre pays est complexe, contrastée, violente, menaçante, plus la tendance est de se détourner sur des chemins buissonniers et des querelles de dérivation. Cela n’a pas manqué avec ce « racisme anti-Blanc ». L’important n’était pas de s’interroger sur ce phénomène, qu’on l’estime exact, exagéré ou faux. Mais de s’indigner parce que les mots appartenaient au vocabulaire du FN et à son langage. A nouveau, ce parti se voyait paradoxalement gratifié d’être le propriétaire d’un vocabulaire qui cependant indivis était à la disposition de tous les citoyens. Le FN, en quelque sorte, exploitant certains concepts, aurait le pouvoir de privatiser les mots et interdirait l’emploi de ceux-ci par ses adversaires politiques même mitigés. « Racisme anti-Blanc » serait donc une expression à ostraciser et, pourquoi pas, immigration, insécurité, délinquance, laxisme, national, préférence ou patrie ? Tellement incapables de prendre de plein fouet une France qui nous fait peur, parfois, en même temps qu’on l’aime, on s’échine à jouer absurdement sur les mots.

Parce que le langage a été touché par le FN, il serait souillé, et forcément les idées qui vont avec. C’est une attitude, une démarche puériles. J’entends déjà les réactions de ceux qui opposeraient que le langage n’est pas neutre mais il n’y a pas mille moyens pour exprimer une probabilité, voire une certitude, en tout cas un constat : on ne dispose que des mots qui renvoient le plus précisément possible à ce qu’on souhaite décrire et analyser. Aussi, le racisme anti-Blanc dénoncé par JFC, même si on le déclare fantasmé, est d’abord l’exercice de son droit d’écrire, avec SES mots et SON vocabulaire, ce qu’il pense et qui est hérité ou non du FN.
Pour beaucoup de ses adversaires, il s’agit avant tout d’un Copé conforme !
Mais, de même qu’une certaine forme maladroite, obsessionnelle et abstraite d’antiracisme a favorisé ce qu’elle prétendait combattre, l’angoisse de n’être pas si peu que ce soit relié au FN, même par la banalité universelle des mots, donne à ce dernier un statut certes de pestiféré mais infiniment puissant et redoutable. On l’amplifie à force de le craindre ainsi.
La parole, l’écrit sont à tous.

*Photo : Phil du Valois.

Salon de l’auto, une mythologie française ?

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Le Mondial de l'automobile de paris ouvre ses portes

J’aime le salon de l’auto à cheval entre septembre et octobre comme le Tour de France en juillet, la finale de Roland-Garros en juin, les prix littéraires de novembre et l’élection de Miss France en décembre. Même s’il s’appelle pompeusement Mondial de l’Automobile depuis 1988, une dérive lexicale qui en amenuise sa portée poétique et symbolique, le salon de Paris conserve cet inimitable avant-goût des fêtes de fin d’année. Pour un petit garçon, c’est l’endroit rêvé, des centaines de voitures rutilantes rangées à la parade, des hôtesses toujours accortes même après les assauts répétés de lourdingues qui, toute la journée, leur demandent leur prénom et leur numéro de portable sans oublier ces sandwichs infâmes cédés à prix d’or ou cette musique d’ambiance trop forte censée décupler les ventes. Ce folklore populaire, dérisoire et pourtant si chargé d’émotion et de souvenirs, me plaît. Il y a, durant cette quinzaine de la Porte de Versailles, une excitation qui rappelle les grands départs sur la Nationale 7, le faste des inaugurations gaulliennes ou la fierté patriotique d’un nouveau modèle conçu sur les chaînes de Poissy ou de Billancourt. Les briseurs de rêve souligneront que cette description idyllique et donc nostalgique (pléonasme !) du monde automobile date… au mieux de 1962. Qu’en 2012, la crise financière et écologique est passée par là. Que l’automobile doit se restructurer, se repenser, qu’il n’est plus temps de se lamenter sur les pertes d’emplois ou les inévitables délocalisations, la compétitivité guide le monde.

Ah ces Français, toujours en retard d’une guerre économique, toujours l’œil dans le rétro, à ressasser leur glorieux passé ! Comme l’affirme le slogan hollando-ayraultais de cette 114ème édition « le futur, maintenant », on oublie tout et on s’inscrit dans la mo-der-ni-té. Amoureux du talon-pointe, des carrossiers d’antan, de la liberté (gros mot) de rouler sans entraves et de l’ambition industrielle nationale, passez votre chemin ! En clair, nos voitures coûtent trop cher à produire, en plus, elles polluent et sont accidentogènes. Vous verrez, à partir de jeudi midi, aux actualités télévisées, avec quelle jubilation, les journalistes enfileront les mêmes mots et se déchaîneront face à cet archaïsme que sont les voitures. Amis de la Creuse, de banlieue parisienne, de Corte ou de Roscoff, les éminences médiatiques vous expliqueront que vous êtes d’affreux ringards, de dangereux salisseurs d’atmosphère, vous utilisez encore votre automobile ? Inconscients, vous pourriez faire un petit effort. Vous avez pensé à la sauvegarde de la planète, aux générations futures et à la chute des glaciers ? Terroristes ! Comme la presse est prévisible, je vous lance à la cantonade un petit florilège des éléments de langage auxquels vous n’échapperez pas dans les prochains jours : transition écologique, électricité, batterie, CO2, péage, filière d’avenir et le plus mystérieux, prononcé comme s’il s’agissait d’une formule secrète, mobilité durable ! Je me suis amusé à regarder les archives de l’INA, paradis des âmes cabossées. Au début des années 60, le journaliste s’extasiait devant la voiture la plus chère, la plus rapide, la plus aristocratique, il parlait ensuite du grand luxe avec des trémolos dans la voix et puis, sans que son désir ne retombe, évoquait longuement la voiture du réel (la 4L ou l’inoxydable 2CV), plus modeste mais tout aussi féérique dans un monde qui se motorisait à grande vitesse. La crise du pétrole et l’avènement de la voiture universelle ont fait l’effet d’un coït interrompu.

Mais contrairement à ce que pensent les ignorants du petit écran, à cette époque « préhistorique » présentée comme un sommet de l’irresponsabilité collective, les voitures faisaient avancer la sécurité et reculer la consommation. Peugeot était fière de son injection sur la 404, les Renault 8 et Dauphine découvraient les vertus de la boite automatique, la Caravelle, charmant coupé quatre places, se la jouait mutine et désinvolte. Notre industrie ne se limitait pas à trois constructeurs, les Panhard, les Simca ou les exclusives Facel-Vega apportaient à notre paysage automobile une diversité et une émulation vraiment dignes d’intérêt. En Europe, d’autres pays, la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Allemagne, contribuaient à l’essor d’un secteur grand pourvoyeur d’emplois mais aussi de créativité et de sensibilité. Je reste persuadé que les voitures nous informaient sur notre vitalité, notre sensibilité et notre vision personnelle du monde. Si cet âge d’or des Trente Glorieuses semble révolu, il n’est pas interdit de rêver encore. Les allées du Parc des Expositions nous en donneront l’occasion pendant quinze jours. Si les médias ne retiendront que le côté obscur des voitures, les Hommes qui n’ont pas perdu leur capacité à s’émouvoir, ne pourront retenir un large sourire à la vue d’un monstre sculpté dans les ateliers de Maranello. Il y a certains rouges qui sont synonymes d’espoir.

*Photo : bibi95

Notule sur les islamistes

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Un homme fait un dessin. Un islamiste tue un homme. Qui croyez-vous que l’on excusera ? Mais l’islamiste qui tue un homme, voyons. 
Il faut dire que notre sensibilité au malheur est devenue si profonde que la blessure narcissique d’un illuminé nous paraît volontiers légitime. Quant à l’envie de rire, elle est inexcusable. Elle dénote une absence de gravité qui fait peur.

Qu’a-t-on besoin de rire alors que le chômage est au plus haut et que l’Europe est au plus mal ? Pourquoi ne pas rire des choses sans importance – si l’on y tient absolument ? Assassiner un homme peut se comprendre, mais caricaturer Mahomet ? Que cherche le rieur ? Pourquoi jeter de l’huile sur le feu ? Comment peut-on se comporter d’une manière aussi irresponsable ?

Est-ce que le rieur souffre au moins ? Non, il ne souffre pas. Il ne tuerait pas son voisin, et il ne souffre pas. Voilà deux bonnes raisons de le pendre.

On aurait tort d’avoir tort avec Sartre

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Le hussard Roger NImier mort il y a cinquante ans

Le hussard Roger NImier mort il y a cinquante ans

Le drame appartient à la légende des années 1960. Le 28 septembre 1962, Roger Nimier meurt dans un accident de voiture, avec la blonde romancière Sunsiaré de Larcône, alors qu’ils se rendaient dans la maison de campagne des Gallimard. En plus de la photo de son cadavre dans Paris Match, Nimier aura droit à quelques nécrologies fielleuses : il a eu ce qu’il méritait. Pour certains, les « hussards » ne sont qu’une invention de Bernard Frank qui, dans Les Temps modernes, a sonné la charge contre une poignée d’écrivains : Roger Nimier, Jacques Laurent et Antoine Blondin − Michel Déon venant s’ajouter plus tard à la fine équipe. Leurs torts sont multiples : ils aiment la vitesse, l’alcool et les jeunes filles. Ils n’écrivent que pour divertir. Ils ont un certain succès. Ils sont de droite. Si Frank se moque, en dilettante, de cet art de vivre qui est pourtant le sien, Sartre, lui, a des comptes à régler. Jacques Laurent l’épingle dans Paul et Jean-Paul, un pamphlet qui fait mouche et qui fait rire, car assimiler le penseur révolutionnaire à Paul Bourget, incarnation XIXe de la bien-pensance bourgeoise, il fallait oser ![access capability= »lire_inedits »]
Nimier, Laurent et Blondin seront donc décrétés infréquentables, et même fascistes, puisqu’ils lisent des écrivains honnis tels que Morand, Montherlant et Chardonne, et que leurs romans mettent en scène des miliciens, des femmes légères, des gandins à l’idéologie floue.

Une certaine idée du style

Les ouvrages qui paraissent à l’occasion du cinquantenaire de la mort de Nimier apportent la plus belle des réponses à Sartre. La littérature n’est ni de droite ni de gauche : elle est le style, autre nom de la pensée qui braconne sur le fil des mots. Le style : Nimier, Laurent, Blondin, Déon en ont, chacun selon son art. Sartre n’en a pas. Il faut lire, dans le Cahier de l’Herne consacré à Nimier, le texte de Gérard Guégan, qui n’a jamais oublié son coeur « rouge » et l’enragé qu’il fut. Il y raconte sa découverte de Nimier à travers son roman Le Grand d’Espagne, à l’ombre des bastons l’opposant à l’extrême droite des sixties : par-delà les coups de barre de fer, la littérature considérée comme un mot de passe entre ennemis. Alain Dugrand, qui signa longtemps les meilleurs papiers de Libération, ne dit pas autre chose dans sa contribution : « Fasciste, disaient-ils ».
On espère que le Cahier de l’Herne, la revue Bordel, ou encore le collectif édité par Pierre-Guillaume de Roux, Nimier, Blondin, Laurent et l’esprit hussard, permettront au public de redécouvrir des oeuvres de Nimier, de Laurent − sous son nom ou sous le pseudo de Cécil Saint-Laurent − et de Blondin, mais aussi d’écrivains qui partageaient avec eux une certaine idée de la langue française comme Jacques Perret, Stephen Hecquet, Pierre Boutang, Pol Vandromme ou Philippe Héduy. Tous écrivaient dans des revues aux noms enchanteurs : Arts, Opéra ou La Parisienne. Quant à Éric Neuhoff, Alexandre Astruc et Philippe d’Hugues, ils nous donnent envie de revoir les films scénarisés par Nimier. Alors, infréquentables, les hussards ? En tout cas maintenant que tous ou presque sont morts, il reste quelques plumes, comme celles de Christian Authier, Claire Debru, Florian Zeller ou Thibault de Montaigu, sans oublier notre camarade Jérôme Leroy, pour leur offrir des mots d’amour. On comprend la peine de Jean-Paul Sartre…[/access]

Roger Nimier, collectif, Les Cahiers de l’Herne, éditions de l’Herne, direction Marc Dambre.

Le Bal du gouverneur, Roger Nimier, éditions de l’Herne.

Roger Nimier, Antoine Blondin, Jacques Laurent et l’esprit hussard, collectif, éditions Pierre-Guillaume de Roux, direction Pierre-Guillaume de Roux et
Philippe Barthelet.

Les Hussards, revue Bordel, éditions Stéphane Million.

Thierry Dancourt, entre agacement et émerveillement

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Thierry Dancourt et Les ombres de Marge finaly

Thierry Dancourt et Les ombres de Marge finaly

Les ombres de Marge Finaly, le dernier roman de Thierry Dancourt, a tout pour agacer un lecteur aussi instable que moi. Il manque de percussion, de rythme et d’emphase. Des phrases mollassonnes se succèdent sur plus de deux cents pages, une histoire sans aspérité se met péniblement en place et pourtant, le lecteur n’abandonne jamais ce texte monocorde, obsédant, crépusculaire et automnal.
Il y a un mystère Dancourt. J’aime les écrivains flamboyants, les pétarades lexicales, les mots qui dansent et la gloriole sans laquelle une œuvre littéraire me tombe des mains. J’insiste sur la gloriole, une écriture bravache qui flirte parfois avec le mauvais goût et qui se rattrape au dernier moment pour arracher le lecteur de sa torpeur. J’aime les coups de force, les empoignades, le frisson que procure notre belle langue française quand elle retrouve son essence originelle. C’est-à-dire sa puissance aristocratique et sa verve populaire. Les deux versants de notre identité nationale.
L’humilité de Dancourt, à vrai dire, je la trouve suspecte. Cette économie de mots, ses tâtonnements de chat timide, ses impressions fugaces, ses manières de pucelle me semblent le signe d’une immaturité qui colle parfaitement à notre société « moderne » où la violence du verbe est, sans cesse, refoulée. Cela voudrait-il dire que ce roman ne m’a pas plu ?

C’est là que l’homme est paradoxal. Chaque page avalée, je pestais contre cette atonie générale, contre cette préciosité narrative faite de banalité et d’écoulement du temps. Mais, à aucun moment, je n’ai quitté mes yeux du livre. Dancourt m’avait hypnotisé et charmé. Dans mon cas, il faut avouer que je suis un récidiviste car son premier roman, Hôtel de Lausanne, m’avait laissé le même goût en bouche et la même ambivalence.
A sa sortie, on avait parlé d’un style modianesque dans la manière de vaporiser une ambiance. La phrase de Modiano est plus précise, plus pure génétiquement que celle de Dancourt cependant, il existe chez ces deux écrivains le même flottement des arrière-saisons, la même nostalgie enivrante. Je ne résiste pas aux romans « vintage », aux voitures anciennes, aux actrices mortes et à l’élégance surannée de nos pères. Capturé dans un monde de souvenirs sans importance, je me suis laissé emporter par cette prose. J’étais quelque part, dans un territoire flou entre les rues du XVIème arrondissement et une propriété des Yvelines, à une époque indistincte, entre la fin des années 60 et le début des années 70, au milieu de personnages tout aussi évanescents.

Dans ce fleuve d’apparence tranquille, Dancourt instille une atmosphère étouffante très réussie. Tout en pestant jusqu’au bout devant ce manque d’audace stylistique, j’en étais pas moins séduit par cette œuvre vraiment originale. Car du style, elle en a assurément. Et puis, un roman qui fait revivre la Renault Prairie ne peut qu’émouvoir.

Les ombres de Marge Finally, Thierry Dancourt (La Table Ronde)

*Photo : osecours

Mélenchon, piège à «non» !

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Jean-Luc Mélenchon république

Jean-Luc Mélenchon contre le traité budgétaire européen

Tout d’abord, soyons clairs, je pense que les dizaines de milliers de Français qui se rassembleront cet après-midi à la Bastille ont parfaitement raison de le faire.

Je partage leur objectif, leurs motivations, leur mécontentement. La majorité actuelle nous avait promis-juré-craché, quand elle était encore l’opposition, c’est-à-dire il y a à peine quelques mois, que le « Traité Merkozy » étant une machine de guerre contre la relance et l’emploi, il était à réécrire totalement. En vertu de quoi, une fois aux affaires, les socialistes se sont empressés de le voter « en l’état, à la virgule près », comme l’a fait remarquer perfidement et pertinemment NKM. (Au passage, constater qu’on laisse à cette insupportable le soin de rappeler la vérité ne fait qu’exaspérer mon exaspération)

Sur le fond, donc pas de lézard, je suis d’accord : pour sortir de l’ornière, notre pays n’a pas besoin d’un budget de bon père de famille radin et dénué d’ambition. Il a besoin d’investissements étatiques lourds et planifiés dans la recherche, les formations qualifiantes, la réindustrialisation, le réaménagement du territoire. Sinon, ce sera la muséification du pays sous l’œil amusé de nos voisins allemands, maitres absolus des cordons de la bourse de Francfort, donc de l’Europe.

Mais alors, me direz-vous, je devrais aller moi zaussi prendre la Bastille avec mes petits camarades. Oui mais non. Et cet abstentionnisme a un nom, il s’appelle Mélenchon.

Bien sûr, il n’est pas question, comme le font certains ultrapuristes, de reprocher à Mélenchon, en ce vingtième anniversaire du référendum sur Maastricht d’avoir à l’époque fait la campagne du Oui pour prôner aujourd’hui le Non. Tant qu’à faire je préfère ce cheminement-là à celui d’un Fillon, qui fut un vibrant noniste en 1992… Et la coquine Elisabeth me souffle à l’oreille que plus près de nous, en 2005, Laurent Fabius n’avait pas de moues assez dures pour fustiger le TCE et l’Europe du Grand Capital…

Non, ce qui motive ma décision c’est que ce défilé, qu’on le veuille ou non, ne mesurera pas le refus de ce Traité de cons[1. Cherchez bien, il y a un mauvais jeu de mots.] mais l’ampleur du soutien populaire à Mélenchon. Certes je sais bien que ce n’est pas pour cela que la plupart des militants descendront tout à l’heure dans la rue, mais qu’ils le veuillent ou non, tous les médias parlent déjà et parleront encore plus ce soir du nombre de militants défilant «avec Mélenchon ». Or un bon marxiste (et même un moyen bon) ne peut pas se soucier seulement de la justesse d’une idée. S’il ne veut pas sombrer dans l’idéalisme, il doit se préoccuper dans le même mouvement de la façon dont les masses (ou disons les ménagères de moins de cinquante ans et leurs familles) s’empareront de cette idée ou la percevront. Or, chers amis et camarades, ce qui restera ce soir, c’est bien moins le « contre le Traité » que le « avec Mélenchon » voire, comme le dit le Point.fr ce matin, « derrière Mélenchon ».

Or cette perspective, m’est esthétiquement insupportable. Je suis tombé tout jeune dans la lutte des classes, mais à un moment, où heureusement, on avait abandonné le culte de la personnalité. Dans les seventies, j’aimais beaucoup Georges Marchais, mais il ne me serait jamais venu à l’idée d’avoir son poster dans ma chambre. Les flux de l’Histoire m’ont évité de sanctifier Staline, Maurice Thorez ou Mao-Tsé-Toung, ce n’est pas pour défiler aujourd’hui à la Bastille « derrière Mélenchon » et encore moins y chanter à l’unisson ces vers bénis de l’Internationale : « Il n’est pas de sauveur suprême, ni dieu, ni césar, ni tribun ».

On rappellera à quel point le denier raout du Front de Gauche en cette même place de la Bastille le 18 mars dernier, qui devait supposément promouvoir la VIème République, avait immédiatement dégénéré en Mélenchon show façon Cloclo haute époque avec portraits géants, cris d’hystérie, évanouissements et tout le tralala… Le pire étant bien sûr l’hypocrisie carabinée de notre Chavez en VF, rappelant à l’envi qu’il n’était qu’un militant parmi les militants…

Donc les amis, allez-y si vous voulez, mais sans moi : pour paraphraser un général célèbre, ce n’est pas à 53 ans que je vais commencer une carrière de zélateur.

Voilà pourquoi ce dimanche j’irai déjeuner avec mes parents. Et pour ce qui est de la manif, je m’en tiendrai à la formule bancale mais raisonnée du soutien sans participation.

*Photo : RemiJDN

La corrida disparaîtra mais ne se rend pas

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La corrida tant décriée n'est pas morte

La corrida tant décriée n'est pas morte

La corrida n’est pas morte, elle bande encore. L’expression, au féminin, peut surprendre. Mais quand on parle de taureaux l’argument est de poids.
Les partisans de la tauromachie auraient remporté une victoire récemment quand les Sages ont reconnu la constitutionnalité de l’exception culturelle qui permet à la corrida d’être pratiquée dans les terres où elle constitue une « tradition locale ininterrompue ».
Les détracteurs de la pratique ont pourtant raison quand ils affirment que le simple fait que la question ait pu être discutée par le Conseil Constitutionnel représente une avancée importante pour l’issue de leur combat. La bataille juridique a commencé, elle ne s’achèvera pas de sitôt. Le Crac, dont la dénomination pourrait évoquer un groupuscule terroriste post-maoïste, s’avère un rassemblement d’excités de l’angélisme qui ne cessera son combat que quand le sang ne coulera plus (littéralement : quand la mort aura disparu). On aurait préféré qu’ils fassent sauter des banques plutôt que de saisir les tribunaux pour les droits des animaux ; cela aurait eu plus de panache.

Le panache, et c’est hélas le problème, ce n’est pas un argument : il y a des choses pour lesquelles la beauté du geste semble déplacée. La mort en fait partie : « la mort n’est pas un spectacle » affirme Christopher Lings, le « tartuffe anti-corrida » assumé qui répond à Franz-Olivier Giesbert dans Nouvelles de France. Il la préfère confinée derrière les murs des abattoirs, parce que, là, elle est utile, indispensable, on ne saurait le contredire. On peut toutefois trouver que la mort que l’on cache n’est pas plus morale que celle que l’on tente d’exorciser par la construction subtile d’un spectacle rituel. C’est à cause de tels arguments, et d’une telle conception de la mort (et donc de la vie) que, lorsque mon voisin s’éteindra et qu’on emportera son corps pour le faire incinérer, nul cortège, nul voile aux fenêtres ne m’apprendra sa disparition. Je n’en serais informé que si je croise quelques membres de sa famille occupés à vider son appartement.
La corrida n’a aucune chance de survivre à notre époque, je n’en ai pas le moindre doute. On a lu partout que 48 % des français souhaitaient son interdiction : ils ne l’obtiendront peut-être pas mais ils verront à coup sûr sa disparition. La tauromachie ne correspond plus aux attentes de notre société et véhicule des valeurs contre lesquelles elle n’a de cesse de se battre. Ce simple constat en entraîne un autre : les gens ne vont plus assister aux courses. Nous ne saurions le leur reprocher, loin de nous l’idée d’obliger qui que ce soit à assister à ce spectacle, encore moins à l’apprécier. Nous ne formulons qu’un vœu : laissez-nous nous éteindre dans la dignité. C’est à dire : ne nous euthanasiez pas !
Regardez ce qui vient de se passer à Collioure, lisez donc la conclusion du conseil municipal :

« Vu le contexte économique ; Vu l’investissement que constitue la rénovation obligatoire des arènes pour pouvoir y organiser des spectacles ; Vu que les spectacles taurins sont aujourd’hui déficitaires ; Vu que nous avons trouvé un acheteur pour la structure, ce qui compensera largement les frais de démontage ; (…) Vu que la reconnaissance de notre Ville comme « ville de tradition taurine » n’est pas remise en cause ; Je vous propose donc de voter pour le démontage des arènes, et la vente de la structure ».

Ce genre de constat va devenir monnaie courante. Nous sommes quelques-uns à trouver cela triste. D’autant que nous ne perdons pas le combat idéologique mais que c’est bien l’économie qui a raison de nous. Cette tradition de la lenteur, de la construction rituelle, de la communauté des arènes va mourir sous les coups d’épée du marché : il y a de quoi pleurer. Pour autant le statut de « ville de tradition taurine » subsiste, on l’exhibera aux prochaines Journées du Patrimoine, avant d’en oublier le sens.

La corrida n’a jamais fait l’unanimité mais, pour la première fois, il n’est plus question de la critiquer : on entend bel et bien la supprimer. Au côté de Brigitte Bardot et d’Alain Delon, parmi les anti-corridas, j’ai lu le nom de Jean-Paul Belmondo. Le souvenir de ses passes fulgurantes dans les rues de Tigreville où, son manteau en guise de muleta, il combattait les voitures de passage a brusquement resurgi. J’ai repensé à Blondin et à Haedens, et je me suis souvenu que, dans Grognard et Hussards, Bernard Frank avait déjà placé cet art du côté des écrivains réprouvés. Après avoir tenté une métaphore tauromachique, il écrivait : « N’étant ni Montherlant ni Leiris, je ne suis pas très sûr de mes termes ; du reste, les taureaux, les toreros et les livres qui en parlent m’ennuient ».
Si la corrida vous ennuie, faites donc comme lui : ne lisez pas les livres qui en parlent. Et, s’il vous plaît, éloignez-vous des arènes qui tiennent encore debout.

*Photo : Rufino Lasaosa

Traité budgétaire : session de rattrapage le 30 septembre

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Contre le traité européen, le Front de Gauche manifeste

Contre le traité européen, le Front de Gauche manifeste

Un sondage récent indiquait que si on devait revoter pour le traité de Maëstricht aujourd’hui, 64% des Français voteraient non. Indiquons donc à ces 64% qu’il y aura une session de rattrapage ce dimanche 30 septembre, à l’initiative du Front de Gauche et d’une trentaine d’organisations politiques et syndicales.
Et on peut parier que Carlos Ghosn, pédégé de Renault, ne sera pas dans ce cortège parisien, à partir de 13h30, contre le TSCG autrement appelé le traité budgétaire. On peut l’excuser pour plusieurs raisons. Pour commencer, il est très occupé par le salon de l’automobile qui commence ce samedi 29 septembre. C’est en effet l’occasion pour lui de faire des déclarations choc, qui ressemblent à des déclarations de guerre. Il a élégamment mais efficacement expliqué au gouvernement Hollande que soit on faisait comme il disait, soit il allait mettre la clef sous la porte. Il exige « un plan d’action » pour la survie de son entreprise, estimant que « sous sa forme actuelle », celle-ci pourrait disparaître. Il continue, toujours en douceur : « Ce dont on a besoin, ce n’est pas une étude supplémentaire. On a besoin d’un plan d’action. Je ne connais aucune entreprise qui soit viable, qui puisse prospérer à partir d’une base qui ne soit pas compétitive ». Et, si par hasard on n’avait pas compris, il précise que Renault est « en train de renforcer les lignes de production qui produisent à l’export. Et on est en train de dégraisser les lignes de production qui produisent pour la France. » Si vous voulez une traduction plus précise, cela signifie que le travailleur français est trop cher. Qu’il se rassure, il a de fortes chances d’être entendu. Le gouvernement de François Hollande, si Carlos Ghosn et ses semblables expliquent que la seule solution pour maintenir l’emploi industriel en France, c’est de réduire le salarié en esclavage, sera là et bien là pour négocier fermement le poids des chaînes.

Mais Carlos Ghosn a une autre excuse pour ne pas aller manifester le 30 septembre, c’est qu’il n’a pas dû en entendre parler. On a parlé de tout ces derniers jours, des Roms, de Charlie Hebdo, du mariage gay, du budget, de Marseille qui finit par ressembler à Naples, de la fashion week, mais assez peu, pour ne pas dire pas du tout de ce fameux TSCG qui va nous faire tranquillement changer de civilisation alors qu’il est dans le meilleur des cas, quand on daigne en parler (un tout petit peu) présenté comme quelque chose de purement technique, un peu trop compliqué pour le profane. Entre le silence médiatique et le mépris discret des spécialistes, tout cela nous rappelle furieusement le contexte de 2005 et le vote pour le TCE qui devait être une formalité pour les européistes avant leur humiliation par les urnes avec un non à 55%. Seulement, il y a aujourd’hui des différences. Chirac, malgré tous ces défauts, était encore un peu inscrit dans l’Histoire et avait une certaine idée de la France, ou en tout cas la voyait autrement que sous la forme d’une vague entité administrative chargée de donner un cadre légal à la concurrence libre et non faussée.
En 2012, on n’en est plus là. La manifestation du 30 n’est même pas là pour appeler à voter Non mais simplement pour demander que soit tenu un referendum. Le silence sidéral des médias est d’autant plus fort que du côté du gouvernement, deux ministres concernés au premier chef, le ministe des affaires étrangère Fabius et celui des affaires européennes Bernard Cazeneuve étaient des partisans du non en 2005. Bon, ils sont juste un peu moins ridicules que Cécile Duflot qui aime tellement son maroquin qu’elle est capable de déployer des trésors de casuistique, à faire pâlir d’envie un confesseur jésuite, pour expliquer que ce n’est pas parce que son parti à décider de ne pas voter ce traité au parlement qu’elle est tenue par cette décision et que d’ailleurs ce n’est même pas son affaire.

Plus gênant encore, à propos de ce traité, c’est qu’il est approuvé et sera voté au parlement et par la droite et par les socialistes, ce en quoi nous devenons vraiment européens puisque les différences idéologiques s’estompent au point que l’on puisse très bien imaginer chez nous comme ailleurs des gouvernements d’ « union nationale » qui seront sûrement d’union mais certainement pas « national ». A propos de national, le Front du même nom, pourtant si prompt en campagne électorale à défendre la France éternelle, semble curieusement regarder ailleurs avec une patronne qui préfère des déclarations fracassantes sur la laïcité en demandant carrément l’interdiction du voile dans la rue (ouais !) mais aussi de la kippa (euh…).
Il y aurait bien les copains de Debout la République mais le problème est que ni la qualité de leurs idées, ni celle des hommes qui les défendent ne compensent la faiblesse de leurs effectifs.

Alors qui va s’y coller ? Je vous le donne en mille : le Front de Gauche. Oui, ce mouvement dont on n’a eu de cesse d’expliquer qu’il était immigrationniste, multiculturaliste, bobolchévique, c’est lui qui se retrouve en première ligne ce dimanche pour défendre l’indépendance de la France et l’Europe sociale. Comme quoi, il n’y a pas d’amour mais seulement des preuves d’amour. On rappellera, pour mémoire, que le TSCG, c’est une austérité grandissante avec des dépenses publiques limitées au maximum dans le but de plafonner les déficits publics à 0, 5% (dis maman, l’école, l’hôpital, la sécu, c’est du déficit ou de l’investissement pour l’avenir ?) et c’est aussi une perte de souveraineté objective puisque c’est la Commission européenne, instance non élue, qui validera le budget de la France.
Alors, le 30 septembre, dimanche, on se comptera. Et pour ceux qui auraient des réticences à défiler au côté de bannière communiste, on ne pourra que chanter :
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat

*Photo : JeanFdG.

Gégauff, l’écrivain masqué

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Paul Gégauff par Arnaud Le Guern

Paul Gégauff par Arnaud Le Guern

« Tu n’as pas lu Gégauff ? », me lance avec étonnement un ami dont les deux passions sont de collectionner les éditions originales des hussards et de courir le Sud de l’Europe pour assouvir sa passion des corridas. « C’est une sorte de hussard inconnu », poursuit-il. Hussard peu connu, assurément, mais hussard de Minuit surtout, puisque tel était son éditeur, les autres membres de cette obédience préférant généralement Gallimard ou La Table ronde. Voilà comment je connus
l’existence de Gégauff.
Minuit, c’est l’heure où l’on pouvait croiser Paul Gégauff en compagnie d’Antoine Blondin et d’Alexandre Astruc chez Jean Castel, rue Princesse, dans ce quartier où il arrive à Arnaud Le Guern de se promener la gorge tailladée par un tesson de bouteille qu’une jeune fille a tenté de lui enfoncer dans le cou à La
Closerie des Lilas. Si Arnaud Le Guern s’en est sorti, Paul Gégauff, lui, mourut en Norvège, tué par sa femme sous l’emprise de l’alcool, le soir du 24 décembre 1983, alors qu’il venait de lui dire : « Tue-moi si tu veux, mais arrête de m’emmerder ! »[access capability= »lire_inedits »] Un conte de Noël en forme de mauvais polar scandinave…

Arnaud Le Guern vient de publier un petit essai bien senti sur Gégauff. Son éditeur avait déjà republié Tous mes amis…, un titre qui ressemble à un début de chanson de France Gall mais qui est un excellent recueil de nouvelles paru originellement chez Julliard en 1969. Paul Gégauff est né la même année
qu’Antoine Blondin, en 1922. Ce fils d’industriel alsacien passe l’été 1940 à Saint-Tropez. Après la Libération, il habite le même hôtel parisien qu’Éric Rohmer, avec qui il sympathise. Il travaille un peu avec lui et l’inspire pour les personnages des héros du Journal d’un scélérat (1950) et du Signe du Lion (1959), film pour lequel il est crédité au scénario.
À Saint-Germain-des-Prés, Gégauff aime provoquer : il se déguise en soldat allemand lors de soirées costumées. Il donne du « Cher Maître » à Lucien Rebatet, romancier collaborationniste, auteur décrié des Décombres, qui plaît à la Nouvelle Vague, François Truffaut en tête. Mais Gégauff aime peu François Truffaut, auquel il préférera toujours Jean-Luc Godard.
À la fin des années 1950, il rencontre Claude Chabrol et deviendra son scénariste et dialoguiste fétiche, pour ses trois films les mieux placés au boxoffice : Docteur Popaul (1972), Les Cousins (1959), À double tour (1959 également), et bien d’autres encore.

Dans le même temps, il se lie avec les hussards, ces écrivains de droite issus des eaux de l’Action française. Il écrit dans la revue La Parisienne de Jacques Laurent. Roger Nimier goûte chez lui « un style vif où la pensée saute d’un mot à l’autre comme une puce ».
Une Âme damnée nous montre comment, par son attitude même, par l’impertinence de sa vie et la flamboyance de son style, Gégauff se situe au point de
convergence des hussards et de la Nouvelle Vague. Il est un peu dommage que la profusion de noms propres cités et de digressions personnelles ralentissent le
récit d’Arnaud Le Guern. Malgré ces défauts, il a trouvé le ton juste pour célébrer le panache de Paul Gégauff.[/access]

Arnaud Le Guern, Une Âme damnée, éditions Pierre-Guillaume de Roux, septembre 2012 .

Entrevue vs. Fientrevue : La Cour d’Appel relaxe le Gang des pastiches !

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Basile de Koch, Président à vie du groupe Jalons, nous a transmis le communiqué ci-dessous, que nous publions bien volontiers, sans même qu’il y ait joint un gros chèque –qui de toute façon eût assez peu de chances d’être approvisionné.

Paris, le mardi 25 septembre 2012

Affaire Entrevue vs. Fientrevue : LA COUR D’APPEL RELAXE LE GANG DES PASTICHES !

« Joie, joie, pleurs de joie » ! Après dix ans de procédures à rebondissements, la décision tant attendue de la Cour d’Appel est enfin tombée, et du bon côté !

Dans son arrêt du 21 septembre, la juridiction du second degré rend pleinement justice au nôtre :

– Oui, confirme-t-elle après les juges de première instance, Fientrevue était bien une « parodie respectant les lois du genre », et non pas un « plagiat parasite et cannibale», comme le plaidait sans rire M. Gérard Ponson, patron d’Entrevue ;

– Non, statue-t-elle contre les premiers juges, notre parodie n’a même pas «contrefait» la couverture de l’original : si elle en a repris les «éléments caractéristique s», c’est tout bonnement pour les «caricaturer».

Bref le droit à la parodie, pour pouvoir s’exercer, inclut nécessairement celui d’imiter le fond et la forme du support pastiché. Cela va sans dire, mais ça va mieux quand c’est la Cour d’Appel qui l’écrit.

Pour ne rien gâter, cette sage décision est motivée en termes savoureux. Selon l’arrêt, «l’observateur averti » disposait en la circonstance de tous les éléments nécessaires « pour comprendre qu’il s’agit d’une parodie destinée à se moquer de la revue ENTREVUE ». Il lui suffisait pour cela de lire le simple titre FIENTREVUE, mais aussi l’inscription au-dessus du titre « Attention ! Ceci est une grossière contrefaçon signée JALONS » et en dessous « Toutes les conneries sont bonnes à dire »ainsi que« 3 euros, comme le vrai ».

On ne saurait mieux dire, et c’est un plaisir pour les Jalons, « pasticheurs du Roy depuis 1793 », de voir leurs bons gags cités par la haute juridiction comme exemples d’une parodie réussie.

Résultat des courses : la société Jalons, au capital de 304 euros, est dispensée de débourser les 1,127 million (!) réclamés par les plaignants, et même les 2 500 que leur avaient généreusement alloué les juges de première instance.

On pourrait certes déplorer que la Cour d’Appel ne nous accorde pas de dommages-intérêts, au terme d’une décision qui met pourtant en lumière le caractère manifestement abusif d’un acharnement judiciaire sans objet. Ces procédures interminables autant qu’absurdes nous ont quand même coûté la peau ! ! Mais bon, vu les dettes accumulées par feu la société de Ponson, aujourd’hui liquidée, nous n’avions de toute façon aucune chance de récupérer le moindre centime.

C’est donc d’un cœur aussi léger que le portefeuille que nous fêterons prochainement, en compagnie des personnalités qui nous ont soutenu depuis le début, cette victoire de la liberté d’expression, du droit à la parodie et du bon droit tout court.

Justice et fête !

La parodie "Fientrevue" d'Entrevue autorisée

« Racisme anti-Blanc » : Copé conforme !

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Jean-François Copé : et si le racisme anti-blanc existait ?

Jean-François Copé : et si le racisme anti-blanc existait ?

Jean-François Copé ne doute pas de lui : il doit être évidemment crédité des seules bonnes idées de la gauche! Ainsi, sous son influence prétendue, il félicite le ministre de l’Intérieur d’avoir, dans un discours à Strasbourg, invité l’islam de France à s’organiser.
Cette approbation tactique constitue sans doute, pour lui, un opportun contrepoint à la polémique née de sa dénonciation du « racisme anti-Blanc » dans son livre-programme où il briserait « un tabou ». Le comble, c’est qu’en assumant sa position et devant l’ampleur de la controverse, il n’est pas loin de démontrer la réalité de l’audace intellectuelle et politique qu’il se prête (Le Figaro, Le Monde, Le Parisien).
Qui peut se dire surpris par cette apparente provocation ? Elle n’est pas seulement liée au combat interne à l’UMP qui contraint d’une part à une ridicule et hypocrite inféodation à Nicolas Sarkozy et d’autre part à une surenchère dans la prise en compte de thèmes extrêmes et pas forcément faux pour autant. Mais JFC, comme un bon élève de son maître, poursuit aussi, dans le même registre, la navrante fin de campagne de 2012 où NS, trop largement distancé, a cyniquement exploité un fonds de commerce et rattrapé une partie de son retard mais en perdant beaucoup de son crédit pour l’avenir.

Alors ce racisme anti-Blanc, en réalité anti-Français existe-t-il ? Vise-t-il à détruire l’identité telle qu’un Richard Millet la revendique, de « blanc, catholique et hétérosexuel » (Le Spectacle du Monde) ? Cet antagonisme entre les Français de souche et les minorités, dans les cités où la vie collective est ruinée et les tensions à leur comble, est-il fictif et sorti seulement de la tête de politiciens égarés ou démagogues?
Le Premier ministre, au cours d’une pénible et difficile prestation entrecoupée d’un débat qui ne l’était pas moins, a admis, parce que son honnêteté est évidente, que le « racisme anti-Blanc peut exister » (France 2). Ce n’est pas parce que ce racisme prend des formes différentes et n’est pas équivalent à celui que nous avons l’habitude de condamner qu’il ne mérite pas, si on l’estime nécessaire, à son tour d’être mis en cause. J’entends bien que, pour un Laurent Joffrin pourtant accoutumé à accepter de considérer des lanternes plutôt que des vessies, la réalité est rude et le commentaire sur elle trop décapant et risqué pour peu que la vérité veuille le gouverner. Quand JFC résume en soulignant que « ce racisme-là est aussi inacceptable que toutes les autres formes de racisme », certes il ne propose rien, comme le lui a reproché Valérie Pécresse au nom de François Fillon, mais il énonce une évidence qui, pour trancher dans notre appétence pour le « socialement correct », n’en est pas moins recevable.

Il y a des débats qui éclatent dans la fulgurance et semblent choquants alors que souvent ils ne font que concrétiser une longue réflexion collective antérieure ou des intuitions largement ressenties. Qui n’a jamais fait ce constat d’un racisme ou au moins d’une hostilité ostensible de la part de cette humanité appartenant à telle ou telle minorité, parfois de ces Français irrités à l’encontre d’un pays qui n’était devenu que mécaniquement le leur ? Est-il donc si douloureux d’appréhender lucidement la chose plutôt que de s’empoigner sur le nom qu’on lui donne ?
Mais ces remous n’en seraient pas ou du moins relèveraient de l’intensité contradictoire d’une vie démocratique si derrière JFC, ne se profilait pas le FN et ses mots, ses maux.
Je me demande à ce sujet si nous n’avons pas atteint le comble du grotesque. Plus la réalité du monde et de notre pays est complexe, contrastée, violente, menaçante, plus la tendance est de se détourner sur des chemins buissonniers et des querelles de dérivation. Cela n’a pas manqué avec ce « racisme anti-Blanc ». L’important n’était pas de s’interroger sur ce phénomène, qu’on l’estime exact, exagéré ou faux. Mais de s’indigner parce que les mots appartenaient au vocabulaire du FN et à son langage. A nouveau, ce parti se voyait paradoxalement gratifié d’être le propriétaire d’un vocabulaire qui cependant indivis était à la disposition de tous les citoyens. Le FN, en quelque sorte, exploitant certains concepts, aurait le pouvoir de privatiser les mots et interdirait l’emploi de ceux-ci par ses adversaires politiques même mitigés. « Racisme anti-Blanc » serait donc une expression à ostraciser et, pourquoi pas, immigration, insécurité, délinquance, laxisme, national, préférence ou patrie ? Tellement incapables de prendre de plein fouet une France qui nous fait peur, parfois, en même temps qu’on l’aime, on s’échine à jouer absurdement sur les mots.

Parce que le langage a été touché par le FN, il serait souillé, et forcément les idées qui vont avec. C’est une attitude, une démarche puériles. J’entends déjà les réactions de ceux qui opposeraient que le langage n’est pas neutre mais il n’y a pas mille moyens pour exprimer une probabilité, voire une certitude, en tout cas un constat : on ne dispose que des mots qui renvoient le plus précisément possible à ce qu’on souhaite décrire et analyser. Aussi, le racisme anti-Blanc dénoncé par JFC, même si on le déclare fantasmé, est d’abord l’exercice de son droit d’écrire, avec SES mots et SON vocabulaire, ce qu’il pense et qui est hérité ou non du FN.
Pour beaucoup de ses adversaires, il s’agit avant tout d’un Copé conforme !
Mais, de même qu’une certaine forme maladroite, obsessionnelle et abstraite d’antiracisme a favorisé ce qu’elle prétendait combattre, l’angoisse de n’être pas si peu que ce soit relié au FN, même par la banalité universelle des mots, donne à ce dernier un statut certes de pestiféré mais infiniment puissant et redoutable. On l’amplifie à force de le craindre ainsi.
La parole, l’écrit sont à tous.

*Photo : Phil du Valois.

Salon de l’auto, une mythologie française ?

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Le Mondial de l'automobile de paris ouvre ses portes

Le Mondial de l'automobile de paris ouvre ses portes

J’aime le salon de l’auto à cheval entre septembre et octobre comme le Tour de France en juillet, la finale de Roland-Garros en juin, les prix littéraires de novembre et l’élection de Miss France en décembre. Même s’il s’appelle pompeusement Mondial de l’Automobile depuis 1988, une dérive lexicale qui en amenuise sa portée poétique et symbolique, le salon de Paris conserve cet inimitable avant-goût des fêtes de fin d’année. Pour un petit garçon, c’est l’endroit rêvé, des centaines de voitures rutilantes rangées à la parade, des hôtesses toujours accortes même après les assauts répétés de lourdingues qui, toute la journée, leur demandent leur prénom et leur numéro de portable sans oublier ces sandwichs infâmes cédés à prix d’or ou cette musique d’ambiance trop forte censée décupler les ventes. Ce folklore populaire, dérisoire et pourtant si chargé d’émotion et de souvenirs, me plaît. Il y a, durant cette quinzaine de la Porte de Versailles, une excitation qui rappelle les grands départs sur la Nationale 7, le faste des inaugurations gaulliennes ou la fierté patriotique d’un nouveau modèle conçu sur les chaînes de Poissy ou de Billancourt. Les briseurs de rêve souligneront que cette description idyllique et donc nostalgique (pléonasme !) du monde automobile date… au mieux de 1962. Qu’en 2012, la crise financière et écologique est passée par là. Que l’automobile doit se restructurer, se repenser, qu’il n’est plus temps de se lamenter sur les pertes d’emplois ou les inévitables délocalisations, la compétitivité guide le monde.

Ah ces Français, toujours en retard d’une guerre économique, toujours l’œil dans le rétro, à ressasser leur glorieux passé ! Comme l’affirme le slogan hollando-ayraultais de cette 114ème édition « le futur, maintenant », on oublie tout et on s’inscrit dans la mo-der-ni-té. Amoureux du talon-pointe, des carrossiers d’antan, de la liberté (gros mot) de rouler sans entraves et de l’ambition industrielle nationale, passez votre chemin ! En clair, nos voitures coûtent trop cher à produire, en plus, elles polluent et sont accidentogènes. Vous verrez, à partir de jeudi midi, aux actualités télévisées, avec quelle jubilation, les journalistes enfileront les mêmes mots et se déchaîneront face à cet archaïsme que sont les voitures. Amis de la Creuse, de banlieue parisienne, de Corte ou de Roscoff, les éminences médiatiques vous expliqueront que vous êtes d’affreux ringards, de dangereux salisseurs d’atmosphère, vous utilisez encore votre automobile ? Inconscients, vous pourriez faire un petit effort. Vous avez pensé à la sauvegarde de la planète, aux générations futures et à la chute des glaciers ? Terroristes ! Comme la presse est prévisible, je vous lance à la cantonade un petit florilège des éléments de langage auxquels vous n’échapperez pas dans les prochains jours : transition écologique, électricité, batterie, CO2, péage, filière d’avenir et le plus mystérieux, prononcé comme s’il s’agissait d’une formule secrète, mobilité durable ! Je me suis amusé à regarder les archives de l’INA, paradis des âmes cabossées. Au début des années 60, le journaliste s’extasiait devant la voiture la plus chère, la plus rapide, la plus aristocratique, il parlait ensuite du grand luxe avec des trémolos dans la voix et puis, sans que son désir ne retombe, évoquait longuement la voiture du réel (la 4L ou l’inoxydable 2CV), plus modeste mais tout aussi féérique dans un monde qui se motorisait à grande vitesse. La crise du pétrole et l’avènement de la voiture universelle ont fait l’effet d’un coït interrompu.

Mais contrairement à ce que pensent les ignorants du petit écran, à cette époque « préhistorique » présentée comme un sommet de l’irresponsabilité collective, les voitures faisaient avancer la sécurité et reculer la consommation. Peugeot était fière de son injection sur la 404, les Renault 8 et Dauphine découvraient les vertus de la boite automatique, la Caravelle, charmant coupé quatre places, se la jouait mutine et désinvolte. Notre industrie ne se limitait pas à trois constructeurs, les Panhard, les Simca ou les exclusives Facel-Vega apportaient à notre paysage automobile une diversité et une émulation vraiment dignes d’intérêt. En Europe, d’autres pays, la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Allemagne, contribuaient à l’essor d’un secteur grand pourvoyeur d’emplois mais aussi de créativité et de sensibilité. Je reste persuadé que les voitures nous informaient sur notre vitalité, notre sensibilité et notre vision personnelle du monde. Si cet âge d’or des Trente Glorieuses semble révolu, il n’est pas interdit de rêver encore. Les allées du Parc des Expositions nous en donneront l’occasion pendant quinze jours. Si les médias ne retiendront que le côté obscur des voitures, les Hommes qui n’ont pas perdu leur capacité à s’émouvoir, ne pourront retenir un large sourire à la vue d’un monstre sculpté dans les ateliers de Maranello. Il y a certains rouges qui sont synonymes d’espoir.

*Photo : bibi95

Notule sur les islamistes

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Un homme fait un dessin. Un islamiste tue un homme. Qui croyez-vous que l’on excusera ? Mais l’islamiste qui tue un homme, voyons. 
Il faut dire que notre sensibilité au malheur est devenue si profonde que la blessure narcissique d’un illuminé nous paraît volontiers légitime. Quant à l’envie de rire, elle est inexcusable. Elle dénote une absence de gravité qui fait peur.

Qu’a-t-on besoin de rire alors que le chômage est au plus haut et que l’Europe est au plus mal ? Pourquoi ne pas rire des choses sans importance – si l’on y tient absolument ? Assassiner un homme peut se comprendre, mais caricaturer Mahomet ? Que cherche le rieur ? Pourquoi jeter de l’huile sur le feu ? Comment peut-on se comporter d’une manière aussi irresponsable ?

Est-ce que le rieur souffre au moins ? Non, il ne souffre pas. Il ne tuerait pas son voisin, et il ne souffre pas. Voilà deux bonnes raisons de le pendre.