Accueil Site Page 2776

France Inter : écoutez la bien-pensance !

113

France inter de Philippe Val : la bien-pensance incarnée ?

J’ai toujours aimé France Inter. Enfant, j’aimais écouter avec ma mère, dans la cuisine de notre HLM de Saint-Ouen, la sévère Anne Gaillard demander des comptes aux industriels ou aux commerçants comme s’ils étaient des escrocs. Plus tard, sans Claude Villers ou Pierre Bouteiller, et même sans Daniel Mermet quand il oubliait ses œillères politiques pour nous parler de l’humain, mes journées de travail solitaire m’auraient paru plus longues. Mais aujourd’hui, dans mon atelier, la vie de l’esprit n’est plus ce qu’elle était. Je reste fidèle au service public car la pub qui me harcèle ailleurs me hérisse, mais à présent, France Inter me désespère..[access capability= »lire_inedits »]

Il y a quelques jours, aux alentours de l’heure où le ding-ding-ding du « Jeu des mille euros » réveille tant de souvenirs − « Ban-co ! Ban-co ! » −, j’entendais une émission consacrée au sexisme. On y parlait de ce documentaire, déjà évoqué ici, dans lequel une femme belge a filmé, en caméra cachée, les réactions mâles sur son passage dans les faubourgs de Bruxelles. Parce que j’ai traversé ces quartiers qualifiés de « populaires », j’ai attendu que les mots « immigration » ou « islam » soient prononcés pour contribuer à expliquer le phénomène. En vain. L’invitée était notre ministre Najat Vallaud-Belkacem, mais je refuse d’y voir une cause et son effet sur la première radio de gauche où le journalisme de révérence n’a pas sa place − Henri Guaino ou Marine Le Pen pourraient en témoigner.
En revanche, au cours de l’émission qui finissait par ressembler au jeu du « ni oui ni non », on évoqua longuement l’épisode dans lequel des députés avaient rendu un hommage appuyé à la féminité de Cécile Duflot qui s’était rendue à l’Assemblée vêtue d’une robe. On s’étendit si longuement sur l’affaire qu’un auditeur qui aurait vécu sur la planète Mars ou dans le 6e arrondissement de Paris aurait pu croire que les problèmes rencontrés par les femmes qui sortent vêtues autrement que bâchées prenaient leur source dans l’hémicycle.

Vieux sexisme pas mort, disent les belles âmes féministes outrées par les images filmées à Bruxelles. Comment ne pas déduire, sur la seule foi de cet enfumage qui voit une résurgence là où il y a importation, que les coupables de ce machisme rampant et même galopant sont des hétérosexuels âgés, européens, de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne, surreprésentés à l’Assemblée, plutôt que des musulmans, d’immigration récente ou de la troisième génération surreprésentés dans nos geôles ?
Sur le coup, j’ai éteint la radio. La colère est dangereuse quand on joue avec le fer lancé à 6000 tours/minute et qu’on tient à ses dix doigts. Pourquoi la première radio de service public manque-t-elle à certains de ses devoirs d’information ? J’ignore qui est coupable quand la bien-pensance est à ce point dégoulinante mais je vois bien qui est responsable, alors je demande à voir le directeur (on peut laisser la tribune, mais c’est assez inutile je crois). Je ne retrouve nulle part dans cette grille l’esprit de celui qui a publié les caricatures de Mahomet quand toute la presse sérieuse se dégonflait piteusement. J’ai beau tendre l’oreille, je n’entends rien qui me rappelle ses éditos intelligents, mordants et nuancés qui auraient dû ouvrir la voie à l’expression d’une pensée de gauche lucide, pertinente et courageuse. Je ne sens pas, dans le poste, la patte de celui qui m’inspirait confiance au-delà du raisonnable, au point de me convaincre que la Constitution européenne était la solution. Je croyais celui qui avait ressuscité Charlie Hebdo parfaitement taillé pour le job, capable d’appréhender le réel tout en évitant les amalgames qui peuvent déboucher sur les ratonnades. Alors ? Reviens, Philippe Val, ils sont devenus cons ! Ou ils nous prennent pour des cons, ce qui est pire !

Dans mon entourage proche, cinq femmes ont été victimes en France de tentatives de viol ou de viol et, chaque fois, les agresseurs étaient arabes. Il faut se garder de donner à ces témoignages la valeur scientifique de statistiques et y voir des coïncidences. Mais je gage que sur France Inter, ces coïncidences sont tues et les prénoms des coupables soigneusement dissimulés car la peur d’alimenter des fantasmes racistes règne. Cette loi du silence qui impose une passoire idéologique au traitement de l’information a un effet pervers : ces omissions finissent par laisser croire à l’auditeur méfiant que seuls les Arabes violent ou encore que tous les Arabes sont des agresseurs potentiels, ce qui est évidemment faux : il n’y a pas de violeur-type, on en croise dans toutes les ethnies et tous les milieux sociaux. Je pense au contraire que nous devons nommer les choses et, dans le cas qui nous occupe, les voir comme les signes du choc des cultures qui se déroule en France et en Europe. L’islam a un problème avec les femmes, nous dit Tariq Ramadan, et quand le musulman de francité récente rencontre la femme occidentale libérée, la rencontre est délicate et l’approche parfois indélicate. Comment pourrait-il en être autrement ? Pour ces néo-Français attachés à une culture et une morale qui stigmatisent les femmes « impudiques », et condamnés par les commandements de leur bon dieu à une misère sexuelle certaine, la liberté des mœurs et des tenues en Occident est un pousse-au-crime. Il faut avoir hérité − ou être amoureux − de ce monde où les femmes se libèrent et où les hommes s’empêchent pour s’épanouir chez nous dans le respect de l’autre.

Notre République s’est montrée capable de changer bien des barbares arriérés en citoyens émancipés mais à petites doses, et avec exigence. Or l’immigration massive et l’apologie du multiculturalisme qui ont transformé nos banlieues en quartiers « populaires » (lesquels ne sont pas des zones où l’on déguste à la bonne franquette de l’andouillette et du gros rouge, mais des enclaves islamiques où on déguste si on boit à la mauvaise heure pendant le ramadan), ont rendu cette intégration impossible. Aujourd’hui, dans ces territoires, les femmes qui ne sont ni cloîtrées ni voilées passent pour des salopes et tout est permis à nos petits talibans, de l’insulte à l’agression.
On peut s’interroger longtemps, mais pas sur France Inter, sur l’opportunité de faire venir toujours plus de ces simples d’esprit (hommes en manque de femmes) qui menacent la tranquillité ou l’intégrité physique de nos femelles les plus décomplexées et de nos beautés les plus offensives. Mais en attendant des politiques responsables et courageuses qui mettront fin à l’immigration et sauront rappeler à coups de bâton, c’est-à-dire de lois et de règles non-négociables, aux récalcitrants qu’ici, c’est le monde libre, que faut-il faire ? Si nous renonçons définitivement à ces territoires perdus, nous finirons par devoir persuader nos femmes de s’habiller plus long, de garder pour les zones pas encore occupées ces mini-shorts rouge vif qui transforment les hommes en taureaux écumants et poussent les moins civilisés à se lâcher. J’ai envie de dire : « Plutôt crever ! » Mais qu’on le veuille ou non et qu’on les regarde en face ou pas, ces régressions s’installent, lentement mais inexorablement.

En Suède, pays où les femmes à la réputation facile rencontrent le tiers-monde, parfois à leurs corps défendant, les viols en constante augmentation sont le fait quasi exclusif d’immigrés venus du Maroc ou de Somalie, à moitié pardonnés par des imams qui déclarent tranquillement que l’agression sexuelle d’une femme est moins répréhensible si elle n’est pas musulmane, et ce sans qu’aucun descendant de Viking ne songe à les pendre par la barbe aux mâts de leurs drakkars. Et quelle a été la réponse du gouvernement à cette recrudescence des crimes ? Distribuer aux filles en âge de se faire violer un kit viol qui permettra à la police d’identifier l’agresseur − et à la Justice de le sanctionner… ou de lui trouver des excuses[1. Le kit viol est une petite trousse qui permet d’effectuer soi-même un prélèvement vaginal pour recueillir l’ADN du violeur.]. En Norvège, Anders Behring Breivik a réagi aux menaces que représente l’immigration de masse par le crime − ce qu’il faut condamner car le meurtre d’innocents, même immigrationnistes, n’est pas dans nos manières − mais on peut se demander ce que font les autres hommes en Scandinavie pour sécuriser leur territoire et protéger la liberté de leurs femmes. Entre l’aveuglement de service public, le kit viol et l’assassinat de masse, il doit exister quelques solutions efficaces mais humaines. Pour leur apprendre le respect, nous pourrions renvoyer ces indélicats sur la terre de leurs ancêtres, les couilles dans un baluchon après ablation − avec étourdissement, car nous ne sommes pas des sauvages. En tous cas, il faudra bien en trouver une parce que notre patrimoine le plus précieux, c’est la liberté de nos femmes de se donner ou de se refuser.[/access]

La SNCF discrimine-t-elle les plus de 25 ans ?

24

La SNCF discrimine-t-elle les plus de 25 ans ?

Au pays de l’égalité suprême où l’homme peut choisir de devenir femme, la femme de devenir homme et un couple homosexuel d’avoir des enfants, on se demande encore quelle égalité on y ira rechercher demain. Depuis trente ans, cet idéal s’est imposé en France par les soins d’une doctrine prodiguée en flot continu au peuple, de l’enfance à la sénilité et probablement bientôt aux macchabées. Société égalitaire hurlaient les hauts parleurs de derrière le rideau de fer, égalité je chéris ton nom susurre à qui veut l’entendre le royaume de France, drapé dans l’infaillibilité lumineuse. Plus une seule appréciation ne se passe du concept d’égalité, plus une seule situation ne s’analyse sans le sceptre justicier de l’égalité. On ne parle même plus d’égalité des individus – vieux concept dépassé – mais d’égalité des couples, des communautés, des genres, des cultures. Plus de différences, que des inégalités. L’égalité est devenue réversibilité et les chercheurs d’inégalités célébrés sur les écrans sont adulés par la bourgeoisie bohème, qui les porte en héros modernes.

Quelques groupuscules, pourtant, résistent à cette formidable vague d’humanité – entendez égalité -, et ourdissent les plus cruelles discriminations, dissimulées par l’ordinaire du train-train quotidien. La SNCF est ainsi dans le collimateur. En généreuse samaritaine, elle annonce sortir une nouvelle carte 12-27 ans. Les jeunes chalands sont sommés d’apprécier ce geste comme une cuvée privilégiée tandis que les plus âgés sont invités à se désespérer des naufrages de la vieillesse, en attendant la carte vermeil. Parmi ceux-là, il en est un qui a décidé de ne pas se taire et qui entend bien mettre un terme à cette torture morale qu’est la fuite du temps. Monsieur Henri Martin ne s’est pas lancé dans la poésie sublimatoire, mais vient, plus pragmatiquement, de mettre en demeure la SNCF de lui délivrer une carte 12-25 ans nonobstant son âge, soutenu par son avocat, Maitre Anguerrand Colombet.

Ces deux-là font grief à la SNCF de ne réserver des réductions tarifaires qu’à une catégorie d’usagers sélectionnés en fonction de leur âge – en fait de réduction, il s’agit de la carte 12-25 ans. Sur la mise en demeure adressée au représentant légal de la SNCF, explique Maître Colombet, « nous avons souligné la prohibition des discriminations fondée sur l’âge dont dispose l’article 225-1 du Code pénal. La discrimination sur l’âge constitue un délit aussi caractérisé qu’une discrimination à raison de l’origine, du sexe, de l’orientation sexuelle ou des opinions politiques. Par analogie, réserver une réduction tarifaire à une catégorie d’usagers sélectionnée selon la race, la couleur de peau ou la religion serait prohibée. C’est pourquoi nous demandons à ce que la carte de réduction 12-25 soit ouverte à tous, sans considération de l’âge » renchérit-il. Et qu’on ne lui oppose pas un quelconque principe d’égalité des chances ou de discrimination positive : « L’âge ne signifie rien. Justin Bieber est milliardaire, à côté il existe des étudiants de 30 ans sans moyens et des ménagères de 70 ans pauvrissimes. La moyenne des revenus des retraités est, d’ailleurs, selon certaines sources, comparable à celle des ménages français moins âgés et qui ne bénéficient, tout aussi injustement pas, des réductions des cartes senior. Une fois de plus l’âge est un critère de discrimination inopérant ».

Maître Colombet souligne encore que la mise en ligne d’offres d’emploi réservée à une catégorie d’âge a disparu, les recruteurs remplaçant le critère de l’âge par l’expérience. « Pourquoi la SNCF maintient-elle une telle discrimination fondée sur l’âge ? La discrimination est d’autant moins fondée, qu’elle n’est motivée que par un opportunisme commercial : la SNCF a sorti, tantôt des cartes 12-25, tantôt des 12-30, sans plus d’explications objectives ».

A défaut d’une réponse positive de la SNCF, Maître Colombet a pour instruction de poursuivre la SCNF devant la justice et faire valoir l’article L.225-2 du Code pénal, lequel punit la discrimination de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende lorsqu’elle consiste à refuser la fourniture d’un bien ou d’un service. Et monsieur Henri Martin – un nom de victime idéal- promet de ne pas en rester là. Car la liste des inégalités dont il s’estime victime est longue : les jardins d’enfants interdits aux plus de dix ans, les menus enfants dans les restaurants, les soirées gratuites pour les filles et les soirées réservées uniquement aux homosexuels. En 2018, les élus de la Ville de Paris qui entendent organiser les Gay Games, n’ont qu’à bien ficeler le cadre de la participation, Henri Martin et son Conseil seront au rendez-vous.

Ce dernier croit-il à la noblesse du combat de son client ? « Pas plus que lorsqu’un avocat défend un pédophile à la culpabilité avérée, mais notre métier consiste aussi à pousser le droit dans ses retranchements, et à lui faire prendre la mesure des principes qu’il pose ; ceux qui les enfreignent, eux, n’ont pas d’âge ». CQFD.

*Photo : Enzojz

Bienvenue au blog de Jean-Paul Brighelli sur Causeur

2

Déjà voisin de Basile de Koch, dont le moindre mérite n’est pas d’avoir passé une partie de ses étés d’enfance dans mon Jura, voici qu’un autre voisin de blog vient de faire son apparition sur Causeur. Ainsi, Jean-Paul Brighelli, alias « Le cauchemar de Meirieu, Lang et Châtel réunis », vient de rouvrir son fameux blog « Bonnet d’âne ». Et c’est dans la studette juste à côté de la mienne, ce qui ne me rend pas peu fier. Une fierté apparemment partagée par toute la rédaction de Causeur, qui fréquentait déjà assidument son blog quand il était sous d’autres cieux.

Pour sa première apparition chez nous, Jean-Paul Brighelli a choisi de parler des classes préparatoires aux Grandes Ecoles (khâgnes, maths sup, etc.), dont Geneviève Fioraso, la ministre de l’Enseignement Supérieur veut rendre l’accès payant, au nom, bien sûr, de l’égalité de traitement entre les étudiants des prépas et ceux des facs. Pour Jean-Paul Brighelli « l’équité d’une telle mesure appartient à cette catégorie de justice génératrice d’injustice — mais qui permet de jolis effets de manches.» Il l’affirme, et en plus, il le prouve au terme d’une démonstration où la rigueur le dispute à la rigueur.
Pour vous balader entre chez Basile, chez Jean-Paul et chez moi, il vous suffira de cliquer sur les boutons en haut et à droite de nos blogs respectifs, c’est dire si nous sommes tous les trois accueillants.

Bienvenue, monsieur le Professeur !

Détruire, dit-elle

20

Genevieve Fioraso veut faire payer les classes prépas

Nous sommes heureux d’accueillir le blog « Bonnet d’Âne » de Jean-Paul Brighelli, notamment auteur de La Fabrique du crétin (2005) et de La Société Pornographique (2012). Voici le premier article publié sur Causeur de ce grand spécialiste de l’éducation pourfendeur du pédagogisme.

La rédaction

Geneviève Fioraso, actuelle ministre de l’Enseignement Supérieur, n’a pas de pétrole, mais elle a des idées pour faire des économies. « Pourquoi, demande-t-elle (en s’abritant derrière l’anonymat du « cabinet », comme si tout cabinet ministériel ne demandait pas la permission du ministre avant de lever le petit doigt), les élèves de Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles (CPGE) ne paient-ils pas les mêmes droits d’entrée que les étudiants d’université ? La justice ne voudrait-elle pas que ces rejetons de la grande bourgeoisie soient taxés comme leurs petits camarades de fac ? » Soit 181 euros par an en moyenne (il est des universités quelque peu plus gourmandes, mais ne mégotons pas). Une goutte d’eau — 18 euros par mois ouvrable, trois paquets de cigarettes… Cela ferait entrer 9 millions d’euros dans les caisses de l’Etat — Byzance ! Voilà une belle occasion de taxer les riches, puisque chacun sait que les élèves de prépas sont des nantis, des « héritiers », aurait dit Bourdieu.
Remarque préalable : primo, lesdits élèves appartiennent surtout aux classes moyennes, qui descendent régulièrement vers le moyen moins. Ils ont plutôt le cœur à gauche — pour le moment. Coup double : on pourrait faire des économies de bouts de chandelles, et se couper d’une partie de son électorat. Bonne idée. Quant à l’équité d’une telle mesure, elle appartient à cette catégorie de justice génératrice d’injustice — mais qui permet de jolis effets de manches.
Démonstration.

Geneviève Fioraso a brièvement fréquenté une hypokhâgne à la fin des années 1960 (le fait de ne pas avoir été admise en khâgne serait-il une blessure narcissique dont les élucubrations présentes seraient l’écho assourdi mais toujours saignant ?) puis a bifurqué vers la fac, où elle a passé deux maîtrises (éco et anglais) avant d’enseigner ces deux matières durant trois ans (dans les années 1975-1978, et sans jamais passer de concours de recrutement, pour autant que je sache). Puis elle a fait de la politique à temps plein, ce qui la qualifie évidemment pour le poste qu’elle occupe.
Elle devrait donc savoir, en interrogeant ses souvenirs, que les élèves de prépas littéraires sont tous inscrits en fac (par prudence, afin de pouvoir s’y retrouver en cas d’échec, vous connaissez ça, n’est-ce pas, madame…) Ils paient donc des droits, sans rien consommer de l’université : des étudiants de rêve, comme dit fort bien la présidente de Reconstruire l’école, en veine de mauvais esprit sur ce coup — évidemment, je ne la suivrai pas sur le terrain glissant du sarcasme…

Les élèves des prépas scientifiques s’inscrivent rarement en fac (ils sont à peu près sûrs de trouver un débouché dans une école d’ingénieurs), mais ils paient des droits exorbitants pour s’inscrire aux divers concours qu’ils passent — en moyenne, 1000 euros, ce qui, réparti sur deux ans, fait une ponction de 500 euros par an. Et si vous exigiez, madame la ministre, que tous les concours soient aussi peu chers que celui des ENS — qui sont gratuits ? Ça, ce serait intelligent et démocratique… Et si vous exigiez que les élèves, une fois entrés dans telle ou telle école prestigieuse, n’aient pas à payer des frais exorbitants, pouvant monter à plusieurs dizaines de milliers d’euros sur quatre ou cinq ans ? Etonnez-vous que les enfants de pauvres (et dans les pauvres, aujourd’hui, il faut bien inclure les classes moyennes, en paupérisation rapide depuis trente ans, et seules visées par les augmentations de la pression fiscale) hésitent à s’inscrire en prépas et préfèrent les cycles courts…
Ah, mais justement : les « conseillers » de madame Fioraso ont eu également l’idée de faire payer les élèves de BTS…
Admirez le raisonnement : les élèves de prépas, tous filles et fils de bourgeois, comme chacun sait (sauf les 30% de boursiers obligatoires, mais on ne peut pas tout savoir, n’est-ce pas…), doivent payer au nom de la justice sociale, et les élèves de BTS, qui appartiennent massivement aux couches les plus défavorisées, et arrivent souvent de lycées professionnels, doivent payer aussi, au nom de… au nom des petites économies qui permettront d’inviter davantage de journalistes et de syndicalistes à déjeuner rue Descartes. Ma foi, les 9 misérables millions d’euros économisés sur le dos des élèves de prépas, auxquels s’ajouteront les 16 millions d’euros grattés sur ceux de BTS, devraient permettre de faire front.

Le PS, entre autres, avait hurlé à la mort lors de l’affaire des « frais de bouche » des époux Chirac à la Mairie de Paris — 14 millions d’euros entre 1987 et 1995 que Delanoë et la justice ont passés sagement aux pertes et profits. Avec l’augmentation du caviar (j’ai un témoignage personnel sur ce que Petrossian fournissait rue de Grenelle à l’époque d’Allègre), à combien s’élève aujourd’hui l’intendance de la rue Descartes ? Faut bien trouver des pépettes.
Et c’est trop difficile de taxer les gros industriels qui désertent la France et se sentent soudainement belges de cœur et de portefeuille. En d’autres époques, on saisissait les biens des émigrés : je suggère très fort à la ministre de financer l’enseignement supérieur en nationalisant Bernard Arnault — ce que la République a su faire en 1793, la République serait impuissante à l’accomplir en 2012 ?
Et même si le facteur économique est déterminant en dernière instance — ce qu’il est… Encore faudrait-il analyser le retour sur investissement. L’Etat débourse un peu plus de 5000 euros par étudiant et par an (une somme notoirement insuffisante), et près de 15 000 par élève de prépas — qui là aussi, comme en matière d’efficacité pédagogique, devraient constituer le critère. Mais quel est le retour sur investissement des uns et des autres ? Que deviennent les élèves de prépas ? Cadres sup, chercheurs, enseignants, ces enseignants introuvables… Que deviennent les étudiants de fac — en particulier tous ceux qui, entrés là sans bien connaître l’orthographe, en giclent au bout d’un an ou deux ? Et dans les voies scientifiques, où sont les vrais matheux, les physiciens de première bourre, les analystes financiers compétents ? Au bout d’une carrière, lesquels ont le mieux contribué à la richesse de la France et à son rayonnement intellectuel ?
Allons ! Je ne jette pas toutes les facs avec l’eau du bain. Il en est qui ont des résultats remarquables — en gros, toutes celles qui ont su s’affranchir de la vulgate des pédagogies de l’échec, se sont associées à des grandes écoles et proposent des formations d’excellence parallèles. Notre crédibilité internationale est à ce prix.

Tout cela, au fond, c’est de l’anecdotique. Ce qui gît au cœur d’une telle hypothèse (qui en restera à l’hypothèse, rassurons-nous), c’est la haine invétérée des crétins pour tout ce qui, à leurs yeux, appartient à une quelconque élite — le gros mot par excellence. Volupté de l’égalisation par le bas, chère au SE-UNSA et au SGEN, qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé. Le SNES hurle à la mort avec raison, et le SNE-Sup attendait certainement du ministère d’autres mesures qu’une économie symbolique de 9 millions d’euros : j’ai dans l’idée que la FSU version Bernadette Groison n’a pas sur la Gauche le niveau d’influence que la FSU version Gérard Aschieri avait su conquérir sur la Droite. Les élèves de prépas sont triés sur le volet ? Scandale. Ils travaillent mieux ? Scandale. Ils réussissent mieux ? Scandale. Ils sont une tradition spécifiquement française ? Scandale.

Mais j’ai parlé de tout cela il y a deux ans dans Tireurs d’élite. On veut supprimer les prépas (et l’agrégation, autre niche d’élitisme invétéré) au nom de l’égalitarisme, qui est à l’égalité ce que le McDo est au tournedos Rossini — et qui produit plus d’inégalités réelles que l’élitisme le plus forcené n’en généra jamais.
Dois-je rappeler à la Gauche que tant des siens furent par le passé de vrais intellectuels — et de bons élèves ? Que Blum avait publié dans sa jeunesse un Stendhal et le beylisme qui rappelle que l’intelligence est la condition nécessaire du bonheur ? Que les khâgnes et les ENS (dont sortait Blum, justement) furent longtemps le laboratoire des minorités agissantes ?
Mais d’où sortent les conseillers de Geneviève Fioraso ? Un seul d’entre eux est titulaire du CAPES, aucun apparemment n’a fréquenté l’agrégation. Après tout, on ne méprise bien que ce que l’on ne connaît pas.
La transmission essentiellement verticale à l’œuvre dans les prépas n’a évidemment rien à voir avec le « socle commun » cher à l’UNSA ou la pédagogie interactive promulguée par le SGEN et ses affidés — sans compter que la sélection par le travail et les exercices chiffrés n’est pas très populaire dans ces milieux où la nullité ambiante plaide pour le renoncement aux notes, si traumatisantes comme chacun sait.
Fallait-il absolument conserver ce Ministère des Universités ? Ma foi, Vincent Peillon aurait peut-être pu chapeauter l’ensemble de l’Enseignement français : ces propositions aberrantes sont l’écho d’une rivalité très ancienne entre la rue de Grenelle, qui contrôle tout ce qui touche aux lycées (donc les prépas et les BTS), et la rue Descartes, qui voudrait bien s’annexer ces secteurs qui marchent, et les budgets afférents.

*Photo : Parti socialiste (Geneviève Fioraso).

Pourquoi je ne vous embaucherai pas

42

Le chômage est un phénomène normal, comme les licenciements

En tant que patron et actionnaire unique, je n’embaucherai un salarié que si j’ai des raisons objectives de penser que sa contribution aux résultats de ma petite entreprise sera supérieure – ou au moins égale – à son salaire. Je sais bien que les marxistes appelleront ça de l’exploitation, mais je me permets de leur rappeler que, dans cette opération, c’est moi qui prend tous les risques. C’est le principe du capitalisme : celui qui investit ses économies et s’endette, même parfois lourdement, pour créer son entreprise, c’est le patron. Celui qui fera office de variable d’ajustement si son salarié est malade, en vacances ou en congé maternité, c’est le patron. Celui qui devra réduire ses émoluments, ne rien gagner du tout ou même perdre de l’argent si ses affaires périclitent, c’est le patron. Si les bolcheviques veulent éviter d’être exploités, je les invite à créer leurs propres boîtes ; on en reparlera.[access capability= »lire_inedits »] En attendant, celui qui risque la faillite, celui qui travaillera 60 heures par semaine sans même être sûr de pouvoir se payer, c’est moi. Alors, oui, je vous le confirme, je n’embaucherai quelqu’un que si j’ai de bonnes raisons de penser que j’ai quelque chose à y gagner.

Mais je suis un garçon optimiste et, à vrai dire, le simple fait d’avoir quelqu’un avec qui discuter durant mes journées de travail est pour moi une perspective agréable. Aussi suis-je prêt à embaucher un salarié pour peu que sa contribution au résultat de mon entreprise rembourse son salaire ; c’est-à-dire que je ne gagnerai rien et, qu’au sens marxiste du terme, je ne l’exploiterai pas. Par exemple, si je rencontre un candidat qui, selon mes estimations, est capable de générer 4215 euros de bénéfices pour mon entreprise, je suis prêt à le payer 4215 euros[1. Je vous fais grâce des mètres carrés, du bureau, du matériel informatique, des frais téléphoniques, de l’éventuel surcoût que représente une embauche auprès de mon comptable].
Un salaire de 4215 euros, ça peut vous sembler beaucoup mais n’oubliez pas que, sur cette somme, je devrai payer 689 euros de charges sociales dites « salariales » et 1400 euros de charges sociales dites « patronales » : après ces prélèvements obligatoires, la somme que je verserai effectivement sur le compte de mon employé – son salaire net – ne sera plus que de 2126 euros. Et ce n’est pas fini : sur son salaire net, il devra vraisemblablement s’acquitter de 168 euros d’impôt sur le revenu et d’au moins 125 euros de TVA, ce qui fait qu’au total, sur les 4215 euros que je débourserai chaque mois, il disposera d’un salaire disponible après impôts de 1833 euros ; le solde, 2382 euros – 56,5% de son salaire réel – étant ponctionné par l’État. C’est, selon une étude récente de l’Institut économique Molinari réalisée sur la base de données fournie par Ernst & Young[2. Cécile Philippe, Nicolas Marques et James Rogers : Fardeau social et fiscal de l’employé lambda au sein de l’UE, 2012, 3e édition (juillet 2012).], le deuxième taux de fiscalisation de l’Union européenne après la Belgique (59,2%). Avec ces 1833 euros, il devra se loger, s’habiller, se nourrir, payer ses factures et, s’il en reste un peu, il pourra s’offrir quelques loisirs.

Et ça, voyez-vous, c’est déjà un gros problème. C’est un gros problème parce que j’ai beau accepter de ne pas gagner un centime grâce au travail de cet hypothétique salarié, j’ai tout de même besoin d’un type compétent et motivé. Si c’est pour me coltiner un incompétent notoire ou un bonhomme qui n’en fiche pas une et va finir par couler ma boîte, pardon, mais je préfère faire sans. Seulement voilà : à 2126 euros nets par mois, même pas deux fois le Smic, ça commence à être très juste pour motiver des gens du calibre dont j’ai besoin et ce, d’autant plus que, si l’un de mes concurrents anglais avait la même idée que moi, le salaire disponible après impôts de mon employé serait 47% plus élevé outre-Manche qu’à Marseille. Autant vous dire que, pour un employeur français, la concurrence est rude. Oh, bien sûr, me direz-vous, il y a bien des gens qui sont prêts à gagner moins pour le simple plaisir de vivre au bord de la Méditerranée ; je ne vais pas vous dire le contraire : c’est mon cas. Mais il n’en reste pas moins que 2126 euros nets par mois, dans ma branche, ce n’est pas grand-chose et que ce pas grand-chose peut vite devenir un problème.
Tenez, par exemple : imaginez que j’embauche une jeune femme. Naturellement, au sens le plus humain que ce terme puisse avoir, il arrivera sans doute un moment où, ayant rencontré son prince charmant, elle sera titillée par l’envie d’avoir un bébé. Elle sera donc placée devant un choix clair : privilégier son métier et continuer à toucher son salaire, dont elle saura qu’il n’est pas à la hauteur de ce à quoi elle pourrait prétendre, et faire un bébé et continuer à toucher le même salaire avec l’assurance – la loi l’imposant – de retrouver son poste à la fin de son congé maternité. Que croyez-vous qu’elle fera ? Eh bien, voyez-vous, pour moi cela signifie que, pendant toute la durée de sa grossesse, non seulement elle ne rapportera pas un centime à l’entreprise, mais c’est moi qui devrai assurer sa charge de travail ou embaucher quelqu’un d’autre pour la remplacer. Voilà pourquoi je n’embaucherai certainement pas une jeune femme. Croyez bien que je le regrette, mais je ne suis pas riche à ce point.

Soyons optimistes et imaginons que je décide, finalement, d’embaucher un homme ou une femme d’âge mûr qui partage mon amour immodéré pour la citée phocéenne. Même dans ce cas, mes problèmes sont loin d’être réglés puisque ma capacité à payer un salaire de 4215 euros par mois est intimement liée au chiffre d’affaires que réalise ma société. Je dois, à ce stade, vous préciser que mon métier, l’activité de ma petite entreprise, consiste à gérer un portefeuille d’actions. Vous en conviendrez, il y a, de nos jours, des métiers qui bénéficient d’une meilleure publicité que le mien et c’est justement là que se niche la difficulté dont je veux vous entretenir maintenant.
Je vous expliquais plus haut pourquoi être le patron de sa petite entreprise est un métier risqué : l’une des principales sources de risque tient au fait que vos revenus ne sont pas garantis, mais fluctuent en fonction de la marche de vos affaires et peuvent même, en période de vaches maigres, se transformer en pertes. Lorsque vous êtes de surcroît un employeur, c’est-à-dire que vous devez, dans mon exemple, payer vos 4215 euros chaque mois, le risque est évidemment plus grand.
Or voilà : mon métier consistant à gérer l’argent des autres, la bonne marche de mes affaires est naturellement conditionnée par l’existence de clients potentiels, en l’occurrence de gens disposant d’un patrimoine financier, autrement dit, selon la terminologie officielle, de riches. C’est aussi simple que cela : sans riches, mon entreprise n’existe plus et, du coup, elle ne risque pas d’embaucher. Je vais donc faire appel à votre intelligence et à votre bon sens : si vous étiez à ma place, lorsque le président de votre pays décrète que vous êtes son ennemi, qu’il va imposer les riches au bazooka et poursuivre ceux qui tentent de fuir à l’étranger, qu’il va taxer les marchés financiers, en remettre une couche sur les entreprises en général et sur celles qui versent des dividendes en particulier, qu’il se pique de donner des leçons de stratégie industrielle alors que lui-même n’a jamais rien réussi d’autre que ruiner le département dont il avait la charge… Dans ces conditions, vous embaucheriez, vous ? Eh bien, laissez-moi vous le dire : à moins que vous soyez l’un des très riches amis dudit président ou totalement fou, il n’y a pas la moindre chance. Voilà pourquoi, et croyez bien que j’en suis sincèrement désolé, je n’embaucherai pas.

De toute façon, j’ai un aveu à vous faire : ma petite entreprise n’existe pas. Non que l’envie me manque, ni que je doute de mes capacités, mais les coûts réglementaires qui pèsent sur la création d’une entreprise dans mon secteur ne me permettent tout simplement pas de le faire. Nous pourrions passer encore quelques heures ensemble – le temps que je vous décrive par le menu ce à quoi ressemble vraiment cette soi-disant « dérégulation de la finance » – mais je me contenterai d’un seul exemple. Figurez-vous que, pour exercer mon métier en France, je dois au préalable obtenir un agrément, une autorisation administrative, au prix de longues et laborieuses négociations avec l’autorité de tutelle présumée compétente. Mais surtout, avant même d’entamer ce long chemin de croix, la règlementation m’impose d’avoir embauché non pas un, mais deux salariés. C’est-à-dire que, pendant environ six mois, sans même savoir si j’obtiendrai le droit de travailler, je dois être en mesure de financer deux emplois au tarif évoqué plus haut. Je vous fais un dessin ?

Voilà où nous en sommes, les amis. Si vous faites partie de celles et ceux qui pensent que notre salut passe par plus de dépense publique, plus d’impôts et plus de réglementations, sachez au moins qu’au rythme où vont les choses, il faudra bientôt prévoir un peu de la première pour la subsistance de ma famille, ne pas trop compter sur moi pour les seconds et ne pas perdre de temps sur les dernières : il n’y aura plus grand-chose à réguler. Lorsque vous-même ou l’un de vos enfants chercherez du travail dans le champ de ruines que nous préparent nos bons politiciens, vous aurez peut-être une petite pensée pour moi et pour ce job à 4215 euros par mois que j’aurais pu vous offrir. D’ici là, bonne chance à toutes et à tous.[/access]

*Photo : DonkeyHotey

Charlie Hebdo enfin responsable ?

4

Ainsi qu’ils l’avaient annoncé, les joyeux semeurs de zizanie de Charlie Hebdo ont publié ce mercredi deux éditions distinctes de l’hebdo qui fâche.

La première édition, justement, ne risque pas de déclencher de fatwa même symbolique. Intitulée Charlie Hebdo-Journal Responsable, et surtitrée « Fini de rire ! », on n’y trouve rien de choquant, et pour cause : il n’y a ni dessins, ni articles, hormis l’édito. Rien que des cadres vides de toute illustration, quelques titres bateau qu’on croirait volés à l’Obs ou Marie-Claire. Les collectionneurs adoreront, les âmes sensibles aussi.

Quant à l’édition chaotique traditionnaliste, elle est vendue sous l’appellation Charlie Hebdo-Journal Irresponsable. Son dessin de Une, signé Charb, montre un homme des cavernes, présenté comme étant l’inventeur de l’humour. Il tient dans une main une torche enflammée et dans l’autre un proto-bidon d’huile, le lecteur avisé comprenant qu’il s’apprête à jeter celle-ci sur celui-là. Une réponse bien sentie aux accusateurs de tous bords, et aussi au pseudo-édito de l’édition « responsable » où nos lascars font mine de battre leur coulpe: « Afin de satisfaire Laurent Fabius, Brice Hortefeux et Tarik Ramadan, Charlie Hebdo ne mettra plus d’huile sur le feu et ne sera plus jamais irresponsable », y expliquent-ils avant de mettre les points sur les i comme Islam : » Charlie qui fut naguère un journal de caricature ne se souciant ni de politesse, ni de bon goût, ne fera plus preuve d’irrévérence à l’égard de l’islam et du prophète Mahomet. »

Rassurez-vous, c’est pour de rire.

Charlie Hebdo

Dernières nouvelles de Florange

7

Florange et le plan social d'Arcelor-Mittal

Un soleil anémique tentait laborieusement d’illuminer ce petit matin verdâtre. Les clochers de la cité mosellane disparaissaient encore dans la brume poisseuse. L’inspecteur gara sa vieille Opel kaki devant le portail gris d’une maison jadis cossue de la rue Paul Vaillant-Couturier. Il n’avait pas dormi de la nuit, il ne dormait d’ailleurs plus depuis bientôt cinquante ans. Il coupa le moteur et s’extirpa péniblement de l’habitacle glacé, défroissant tant bien que mal son Loden beige sale, et, redressant sa grande carcasse un peu voûtée sur le trottoir, il tourna la tête : Frau Schimanski l’attendait sur le perron, frissonnant dans une nuisette rosâtre qui semblait dater du Programme Commun. Elle sourit vaguement, secouant sa blondeur permanentée et dit d’une petite voix enrouée : « Bonjour Inspecteur Muller, je vous attendais… »

Les meilleurs feuilletons sont les plus tristes et ceux qui durent des lustres.
À l’Est quoi de nouveau ? Les méchants syndicalistes d’Arcelor-Mittal ont encore décidé d’occuper les grands bureaux de Florange ; ainsi nommés car le bâtiment de style Trente glorieuses est effectivement grand, vestige d’un passé florissant : ici il est vrai que l’on produisait les meilleurs aciers français…

Bref, il ne se passe rien ; l’intersyndicale, soit trois pelés (le taux de syndicalisation est de 7,5% en France, soit dix fois moins qu’en Finlande) affirme durcir le mouvement et annonce des actions fortes, outre une énième visite à Montebourg, je ne vois rien venir : on attend du spectacle et du sang ! Des brames sur l’autoroute, des poches d’acier en fusion déversées devant la préfecture, de la séquestration crapuleuse avec tortures et exécutions sommaires, que sais-je encore ?

Les happenings de merguez pur porc c’est un peu mesquin, ça manque de violence prolétarienne : les syndicalistes font de la figuration, mais plus personne n’y croit, malgré le verdict des commissions d’experts sur la viabilité du site ; une belle jambe mais l’Hindou, qui est un dur, comme aurait dit Pierre Dac, s’en fiche comme de son premier Ganesh en peluche et l’arlésienne Ulcos n’en finit pas de serpenter dans les vapeurs de gaz de schiste. Le gouvernement a d’autres chats à fouetter, les Doux et les Peugeot-Citroën, français à (presque) 100% et dans la mélasse jusqu’au groin ; incompétences à répétition, mauvais choix stratégiques, investissements hasardeux et j’en passe, rien à voir avec la belle santé d’Arcelor !

Le hic, c’est qu’ils gagnent trop et qu’ils ne travaillent pas assez, regardez les sidérurgistes indiens : pieds nus sur les scories, un slip leur suffit, pas besoin de casques, de gants et toutes ces conneries pour petits bourgeois occidentaux et pas difficiles avec ça : un bol de riz un coup de pied au cul… Bon, trêve de plaisanterie, les hauts fourneaux de Florange ne redémarreront jamais, pour la bonne raison qu’il n’y a jamais eu de hauts fourneaux à Florange, (à Hayange par contre… ), étonnant non ? D’ailleurs vous avez déjà vu un haut fourneau ? C’est moche et ça pue : c’est foutu les gars, la messe est dite, allez vendre des frites au Luxembourg.

L’inspecteur entra dans la maison, alors que la femme en nuisette s’écartait en minaudant pour le laisser passer, il s’excusa d’un raclement de gorge, hésitant sur le chemin à prendre dans la relative pénombre du couloir, la plupart des ampoules y étaient mortes de faim ; une voix l’appela, venant des profondeurs de la cave, dont la porte s’ouvrait un peu plus loin sur la gauche, laissant s’étaler une flaque de lumière jaune sur le terrazzo luisant. Muller se tenant au mur, parvint à descendre l’escalier raide sans encombres : au milieu de la cave son adjoint Gallino était penché sur le cadavre d’un homme nu, il se releva, salua son chef d’un hochement de tête et alluma lentement sa sixième cigarette.
– Salut Pippo, tu fumes trop, qui est-ce ?
– Faut bien mourir de quelque chose… C’est l’amant de la dame, un certain Lakshmi Mittal, une balle dans la tête…

*Photo : Francois Hollande

Adopteunmollah.com

3

Pas besoin d’être un génie de la géostratégie pour comprendre que la guerre des nerfs entre la République islamique d’Iran et Israël se joue aussi sur le plan informatique. Tout récemment, le Guide suprême de la révolution Ali Khamenei a même déclaré que les combats virtuels étaient bien plus violents que n’importe quel affrontement armé. Ces derniers mois en Iran, un virus informatique a potentiellement causé plus de dégâts dans le programme nucléaire que n’importe quel Osirak déclenché par l’Etat hébreu au nez et à la barbe de ses ennemis déclarés du Golfe persique.

Dans cette guerre froide cybernétique, Téhéran tente d’avancer ses propres pions en créant son propre réseau Intranet distinct d’un web de plus en plus censuré. Comme on n’est jamais trop prudent, l’accès à Google vient d’être bloqué, ce qui laisse espérer que les bonnes mœurs seront sauves sur la Toile irano-iranienne. Las ! La République islamique a d’ores et déjà annoncé le lancement d’un site de rencontres irano-iranien, dans le plus pur respect des lois perses, qui autorisent une certaine souplesse : le « mariage provisoire » permet en effet de convoler en justes noces puis de divorcer rapidement en cas d’incompatibilité conjugale, là où la plupart des monarchies sunnites voisines soumettent les épouses au bon vouloir de leurs maris. Il faut dire que l’Iran ne souffre pas de la comparaison avec son grand rival saoudien, où l’on attend toujours de pouvoir délivrer des permis de conduire aux demoiselles, lesquelles sont loin de représenter la majorité des étudiants et de la population active, comme dans la république chiite, qui fait figure de borgne dans une oasis d’aveugles.

Connaissant la beauté fulgurante des citoyennes du pays de Hafez et Omar Khayyam, plus d’un quidam serait tenté de postuler au Pôle emploi sentimental local. Avec un zeste d’imagination, une annonce publié par l’équivalent iranien des fameux Meetic, attractiveworld et autres adopteunmec.com pourrait donner : « Si tu es brune, aux yeux bleus et à forte p…ersonnalité, ça m’intéresse aussi ».
Un bémol cependant : là où ligues de vertu, milices, conseils religieux et institutions politiques ne font qu’un, pour une jeune femme, adopter un mollah en guise de « mec » n’est pas toujours un cadeau…

SOS Racisme, une chance pour Jean-François Copé

174

Jean-François Copé évoque le racisme antiblanc face à SOS racisme

En pointant l’antiracisme sélectif qui tient lieu d’idéologie aux fers de lance du musèlement du débat public que sont le MRAP, la LICRA et SOS Racisme, Jean-François Copé a incontestablement marqué des points dans sa course-poursuite contre François Fillon en pleine campagne interne de l’UMP. Son livre-programme Manifeste pour une droite décomplexée a déjà atteint son but : libérer la parole à droite, cliver, bref tout faire pour se distinguer de la tiédeur toute balladurienne de son meilleur ennemi Fillon. Il aura suffi d’un bref passage, au demeurant inoffensif, dans lequel Copé narre les mésaventures d’une de ses administrées meldoises confrontée à la famille du racketteur de son fils, laquelle n’a pas trouvé mieux que de renvoyer sa victime à ses origines « gauloises », pour susciter le scandale. Tirant de ce fait divers une leçon de choses, Jean-François Copé lâche le mot qui fâche : « racisme anti blanc »… non sans rappeler que la xénophobie et les discriminations touchent toutes les catégories de Français, glissant même au passage un poncif lénifiant sur la blancheur de nos élites.

Il n’en fallait pas plus pour relancer la machine à diaboliser. Douze ans après la fondation de l’UMP, nous voici revenus aux heures les plus sombres du RPR, lorsque « Facho Chirac » parlait du bruit et de l’odeur des immeubles à population immigrée ou que Giscard regrettait « l’invasion » de l’hexagone par des groupes allogènes. Copé droitard, Copé plus sarkozyste et buissonniste que le couple Sarkozy-Buisson : si ce n’est pas un axe de campagne fort face au consensualisme gestionnaire de François Fillon, ça y ressemble…
L’avenir nous dira si Copé parvient à décoller des sondages, qui voient systématiquement l’ancien chef du gouvernement caracoler en tête des intentions de vote des sympathisants et militants UMP. En attendant le verdict du marc de café statistique, une chose est sûre : Copé compte sur ses adversaires idéologiques pour se construire une image « décomplexée ». À ce petit jeu, SOS Racisme n’est pas en reste. Ni une ni deux, aussitôt les bonnes feuilles du projet de Copé éventées, les chiens de Pavlov de l’indignation sur commande ont crié au loup. Oubliés Millet et sa prose acide de crucifié « blanc, hétérosexuel et catholique », c’est maintenant au tour de Copé de s’attirer les foudres du PS et de son satellite « antiraciste ».

« Un cynisme politique effarant, sans éthique, sans morale » s’insurge SOS avec les mots de Marine Le Pen, arguant que « les premières victimes de discriminations dans notre pays sont les personnes issues de l’immigration, des Dom-Tom, les femmes, les Juifs, les homosexuels » – ce que le prudent Copé n’a par ailleurs jamais nié. Accusant l’impétrant droitier de vouloir braconner sur les terres de l’extrême droite, le sénateur PS François Rebsamen n’y va pas de main morte en l’associant au Bloc Identitaire. À l’unisson, la gauche de gouvernement dénonce une manœuvre politicienne en montrant du doigt l’immoral Copé qui surfe sur le ressentiment du petit peuple blanc, à l’instar des extrémistes de droite tant honnis par les médias et la classe politique. Il est vrai que SOS Racisme est en droit de regretter l’instrumentalisation du racisme et des luttes communautaires, elle qui n’a jamais spéculé sur la mort de Malik Oussekine. Quant au PS, il peut assurer sans coup férir que le carton plein de François Hollande en banlieue lors de la dernière présidentielle n’a rien à voir avec une quelconque démagogie victimaire, communautaire et anti-islamophobe.
En fin de compte, tout le monde gagne à ce petit jeu de dupes. L’image du Copé droitier rehaussée pour aller séduire l’électeur UMP courroucé, la vertu du PS une nouvelle fois démontrée, que demander de plus ?
Un soupçon d’honnêteté intellectuelle et politique, peut-être.

Car, à bien y réfléchir, je ne connais qu’une seule victime collatérale de cette énième polémique politicienne : le vulgarisateur de la notion de « racisme antiblanc ». Un certain Tarik Yildiz, chercheur en sociologie, qui s’est appuyé sur des faits sonnants et trébuchants pour mettre en évidence la nouvelle forme de racisme biologique qui fleurit en banlieue.
Ce courageux jeune homme n’est pas cité- mais faut-il le regretter ?- dans la généalogie du concept que trace le blog « droites extrêmes » du Monde, ce dernier préfèrant se cloîtrer dans l’intellectualisme antifa plutôt que de s’interroger sur la pertinence sociologique du « racisme anti blanc ».

Fini le temps où Jean-François Copé vitupérait contre le « populisme » pour soutenir Sarkozy en campagne. Désormais, il roule pour son propre compte et peut donc épouser les vues du peuple de droite sans broncher. Faute de se démarquer économiquement du PS, puisqu’il s’apprête à voter avec ses troupes parlementaires le traité budgétaire européen Sarkozy-Merkel-Hollande, Copé aura au moins réussi à esquisser les premiers traits des valeurs de l’UMP. Comme quoi, le sociétalisme se porte aussi bien à droite qu’à gauche…

*Photo : UMP Photos

François Hollande, laissez-nous dormir !

19

François Hollande, président normal, trop normal

Quelques semaines avant Mai-68, Pierre Viansson-Ponté publiait dans Le Monde un article resté célèbre sous le titre : « Quand la France s’ennuie… » Il constatait, avec une belle préscience, une manière d’apathie inquiète, une attente vague d’on ne sait quoi dans le pays. Aujourd’hui, la France ne s’ennuie pas, elle est juste fatiguée. Elle a envie de s’asseoir, de souffler et, qui sait, de dormir en attendant que ça se passe. Elle veut qu’on la laisse tranquille, en fait. Il est étonnant que personne n’ait interprété en ce sens l’élection de François Hollande.

En réalité, il n’y a pas de quoi être choqué par l’atonie de ce début de quinquennat. François Hollande ne va rien faire parce que la France ne croit plus vraiment à son destin.[access capability= »lire_inedits »] En la personne de François Hollande, le peuple français n’a pas tant choisi un « président normal » qu’un président qui élève et élèvera la procrastination au rang des beaux-arts. En cela, il est parfaitement en phase avec un sentiment planétaire : selon une récente étude de l’université DePaul à Chicago, 95% de la population mondiale serait atteinte de procrastination et 20% de procrastination chronique. L’étude définit la procrastination comme un manque de confiance en soi qui pousse à remettre au lendemain ce que l’on pourrait faire le jour même, et cela par peur de l’échec ou d’aggraver encore sa situation. On peut penser que les seuls à être épargnés par l’épidémie se trouvent dans les faubourgs d’Alep ou dans les zones subsahariennes menacées par la famine et l’islamisme radical. On ne procrastine pas quand on risque de mourir dans les heures qui viennent.
Pour le reste, et particulièrement pour la France, François Hollande a sans doute senti qu’il faisait face à un peuple pour lequel il est surtout urgent d’attendre. De toute façon, quoi que fasse le politique ces temps-ci, ça ne change pas grand-chose au problème. Indépendamment des questions de style ou de personnalité, l’activisme parfois ébouriffé d’un Sarkozy n’a pas empêché la crise dans laquelle nous nous enfonçons. Pas plus que les mesures pourtant très « libéralement correctes » du gouvernement Monti en Italie ou de Rajoy en Espagne n’arrêtent le tsunami qui semble sur le point d’engloutir nos voisins.
En multipliant les commissions, célèbre méthode de procrastination politique, en proposant des demi-mesures sur la baisse de l’essence ou la hausse du plafond du Livret A, François Hollande semble avoir compris que les Français ont le sentiment d’être englués dans des sables mouvants au moins jusqu’à la taille, et que le moindre mouvement aggraverait encore leur situation. Donc, ne pas bouger, se faire oublier, cesser d’être bousculé par des réformes, choisir l’immobilité du varan qui parvient de façon mimétique à se confondre avec le désastreux décor de la situation mondiale. Hollande retrouve ainsi, sans doute sans le savoir, le principe fondateur de la médecine antique, « Primum non nocere », d’abord ne pas nuire. On ne charcute pas un patient déjà malade. On attend. On espère. Dans une certaine mesure, l’immobilisme de Hollande, comme l’existentialisme de Sartre, est un humanisme.

On objectera que ce n’est pas nouveau, que la France a toujours été cette nation conservatrice, crispée sur des avantages acquis. C’est à notre avis une des plus sottes idées reçues de ces dernières décennies. Les essayistes à répétition, tels Minc ou François de Closets, comme il y a bientôt trente ans l’émission d’Yves Montand, Vive la crise !, auront beaucoup contribué à faire avaler cette vieille lune au bon peuple culpabilisé, en cherchant à prouver aux Français qu’ils étaient les pires cossards d’Europe, les paresseux honteux, confortablement installés dans le compromis gaullo-communiste hérité de l’après-guerre et du CNR.
C’est injuste et, à notre avis − plus grave − parfaitement faux. La France a plus changé entre de Gaulle et Hollande qu’entre Stendhal et de Gaulle.
Elle a perdu un empire colonial dans des guerres impitoyables, subi une marche forcée vers l’intégration européenne avec le bonheur que l’on sait. Elle a vu disparaître sa paysannerie, elle qui était une vieille nation agricole, puis sa classe ouvrière, elle qui était une grande puissance industrielle, tout cela parce qu’il fallait se « moderniser », mot-clé, mot-fétiche devenu l’alpha et l’oméga de l’action politique depuis que Lecanuet ou Servan-Schreiber l’ont adopté comme mantra dans les années 1960. Elle a changé de monnaie. Elle s’est adaptée à toutes les métamorphoses du travail induites par les nouvelles technologies ; elle a accepté, pour le pire, de voir disparaître deux des piliers de la République : l’École du monde d’avant, détruite par le pédagogisme, et le service militaire qui assurait le lien entre la nation et son armée tout en donnant un sentiment d’appartenance à toute une classe d’âge. De l’avortement à l’abolition de la peine de mort, de la généralisation du téléphone portable à Internet, elle a tout accepté et s’est même montrée parfois une très bonne élève, en matière de productivité par exemple.
Et tout ça pour quoi ? Pour encore et toujours perdre du terrain dans une compétition internationale qui la force à faire vivre moins bien les enfants que les parents. Ce n’est ni une question de gauche, ni une question de droite. D’ailleurs, depuis le tournant de la rigueur de 1983, qu’est-ce qui différencie vraiment la gauche de gouvernement de la droite classique ? Un peu de sociétalisme, et encore : on trouve aussi à l’UMP des partisans du shit et du mariage gay.

Alors voilà, elle est fatiguée, la France, vraiment fatiguée. Sarkozy a secoué le berceau et le vieux bébé a pleuré. Le vieux bébé s’est dit qu’il n’y avait rien à attendre de Hollande sinon qu’il arrête de lui donner le mal de mer et qu’il le laisse dormir. Nous sommes bien d’accord, ce n’est pas très brillant mais c’est tellement humain. Dans Perfide, un roman de Roger Nimier qui date de 1950, on peut lire : « Les peuples, commença Perfide, non sans pédanterie, les peuples ont le droit de s’asseoir au cours de leur histoire. […] Malheureusement, le siège est installé sur un marécage et il s’enfonce assez vite. »
On en est là ? On en est là.
Mais Nimier continue : « De ce point de vue, il serait préférable de faire flotter sur la Seine, le ventre en l’air, une centaine de députés − et de vivre debout. » Ça, c’est un peu exagéré et ça s’appelle une révolution. Mais en bons procrastinateurs, les Français la remettront aux calendes… grecques.[/access]

*Photo : François Hollande/Benjamin Boccas.

France Inter : écoutez la bien-pensance !

113
France inter de Philippe Val : la bien-pensance incarnée ?

France inter de Philippe Val : la bien-pensance incarnée ?

J’ai toujours aimé France Inter. Enfant, j’aimais écouter avec ma mère, dans la cuisine de notre HLM de Saint-Ouen, la sévère Anne Gaillard demander des comptes aux industriels ou aux commerçants comme s’ils étaient des escrocs. Plus tard, sans Claude Villers ou Pierre Bouteiller, et même sans Daniel Mermet quand il oubliait ses œillères politiques pour nous parler de l’humain, mes journées de travail solitaire m’auraient paru plus longues. Mais aujourd’hui, dans mon atelier, la vie de l’esprit n’est plus ce qu’elle était. Je reste fidèle au service public car la pub qui me harcèle ailleurs me hérisse, mais à présent, France Inter me désespère..[access capability= »lire_inedits »]

Il y a quelques jours, aux alentours de l’heure où le ding-ding-ding du « Jeu des mille euros » réveille tant de souvenirs − « Ban-co ! Ban-co ! » −, j’entendais une émission consacrée au sexisme. On y parlait de ce documentaire, déjà évoqué ici, dans lequel une femme belge a filmé, en caméra cachée, les réactions mâles sur son passage dans les faubourgs de Bruxelles. Parce que j’ai traversé ces quartiers qualifiés de « populaires », j’ai attendu que les mots « immigration » ou « islam » soient prononcés pour contribuer à expliquer le phénomène. En vain. L’invitée était notre ministre Najat Vallaud-Belkacem, mais je refuse d’y voir une cause et son effet sur la première radio de gauche où le journalisme de révérence n’a pas sa place − Henri Guaino ou Marine Le Pen pourraient en témoigner.
En revanche, au cours de l’émission qui finissait par ressembler au jeu du « ni oui ni non », on évoqua longuement l’épisode dans lequel des députés avaient rendu un hommage appuyé à la féminité de Cécile Duflot qui s’était rendue à l’Assemblée vêtue d’une robe. On s’étendit si longuement sur l’affaire qu’un auditeur qui aurait vécu sur la planète Mars ou dans le 6e arrondissement de Paris aurait pu croire que les problèmes rencontrés par les femmes qui sortent vêtues autrement que bâchées prenaient leur source dans l’hémicycle.

Vieux sexisme pas mort, disent les belles âmes féministes outrées par les images filmées à Bruxelles. Comment ne pas déduire, sur la seule foi de cet enfumage qui voit une résurgence là où il y a importation, que les coupables de ce machisme rampant et même galopant sont des hétérosexuels âgés, européens, de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne, surreprésentés à l’Assemblée, plutôt que des musulmans, d’immigration récente ou de la troisième génération surreprésentés dans nos geôles ?
Sur le coup, j’ai éteint la radio. La colère est dangereuse quand on joue avec le fer lancé à 6000 tours/minute et qu’on tient à ses dix doigts. Pourquoi la première radio de service public manque-t-elle à certains de ses devoirs d’information ? J’ignore qui est coupable quand la bien-pensance est à ce point dégoulinante mais je vois bien qui est responsable, alors je demande à voir le directeur (on peut laisser la tribune, mais c’est assez inutile je crois). Je ne retrouve nulle part dans cette grille l’esprit de celui qui a publié les caricatures de Mahomet quand toute la presse sérieuse se dégonflait piteusement. J’ai beau tendre l’oreille, je n’entends rien qui me rappelle ses éditos intelligents, mordants et nuancés qui auraient dû ouvrir la voie à l’expression d’une pensée de gauche lucide, pertinente et courageuse. Je ne sens pas, dans le poste, la patte de celui qui m’inspirait confiance au-delà du raisonnable, au point de me convaincre que la Constitution européenne était la solution. Je croyais celui qui avait ressuscité Charlie Hebdo parfaitement taillé pour le job, capable d’appréhender le réel tout en évitant les amalgames qui peuvent déboucher sur les ratonnades. Alors ? Reviens, Philippe Val, ils sont devenus cons ! Ou ils nous prennent pour des cons, ce qui est pire !

Dans mon entourage proche, cinq femmes ont été victimes en France de tentatives de viol ou de viol et, chaque fois, les agresseurs étaient arabes. Il faut se garder de donner à ces témoignages la valeur scientifique de statistiques et y voir des coïncidences. Mais je gage que sur France Inter, ces coïncidences sont tues et les prénoms des coupables soigneusement dissimulés car la peur d’alimenter des fantasmes racistes règne. Cette loi du silence qui impose une passoire idéologique au traitement de l’information a un effet pervers : ces omissions finissent par laisser croire à l’auditeur méfiant que seuls les Arabes violent ou encore que tous les Arabes sont des agresseurs potentiels, ce qui est évidemment faux : il n’y a pas de violeur-type, on en croise dans toutes les ethnies et tous les milieux sociaux. Je pense au contraire que nous devons nommer les choses et, dans le cas qui nous occupe, les voir comme les signes du choc des cultures qui se déroule en France et en Europe. L’islam a un problème avec les femmes, nous dit Tariq Ramadan, et quand le musulman de francité récente rencontre la femme occidentale libérée, la rencontre est délicate et l’approche parfois indélicate. Comment pourrait-il en être autrement ? Pour ces néo-Français attachés à une culture et une morale qui stigmatisent les femmes « impudiques », et condamnés par les commandements de leur bon dieu à une misère sexuelle certaine, la liberté des mœurs et des tenues en Occident est un pousse-au-crime. Il faut avoir hérité − ou être amoureux − de ce monde où les femmes se libèrent et où les hommes s’empêchent pour s’épanouir chez nous dans le respect de l’autre.

Notre République s’est montrée capable de changer bien des barbares arriérés en citoyens émancipés mais à petites doses, et avec exigence. Or l’immigration massive et l’apologie du multiculturalisme qui ont transformé nos banlieues en quartiers « populaires » (lesquels ne sont pas des zones où l’on déguste à la bonne franquette de l’andouillette et du gros rouge, mais des enclaves islamiques où on déguste si on boit à la mauvaise heure pendant le ramadan), ont rendu cette intégration impossible. Aujourd’hui, dans ces territoires, les femmes qui ne sont ni cloîtrées ni voilées passent pour des salopes et tout est permis à nos petits talibans, de l’insulte à l’agression.
On peut s’interroger longtemps, mais pas sur France Inter, sur l’opportunité de faire venir toujours plus de ces simples d’esprit (hommes en manque de femmes) qui menacent la tranquillité ou l’intégrité physique de nos femelles les plus décomplexées et de nos beautés les plus offensives. Mais en attendant des politiques responsables et courageuses qui mettront fin à l’immigration et sauront rappeler à coups de bâton, c’est-à-dire de lois et de règles non-négociables, aux récalcitrants qu’ici, c’est le monde libre, que faut-il faire ? Si nous renonçons définitivement à ces territoires perdus, nous finirons par devoir persuader nos femmes de s’habiller plus long, de garder pour les zones pas encore occupées ces mini-shorts rouge vif qui transforment les hommes en taureaux écumants et poussent les moins civilisés à se lâcher. J’ai envie de dire : « Plutôt crever ! » Mais qu’on le veuille ou non et qu’on les regarde en face ou pas, ces régressions s’installent, lentement mais inexorablement.

En Suède, pays où les femmes à la réputation facile rencontrent le tiers-monde, parfois à leurs corps défendant, les viols en constante augmentation sont le fait quasi exclusif d’immigrés venus du Maroc ou de Somalie, à moitié pardonnés par des imams qui déclarent tranquillement que l’agression sexuelle d’une femme est moins répréhensible si elle n’est pas musulmane, et ce sans qu’aucun descendant de Viking ne songe à les pendre par la barbe aux mâts de leurs drakkars. Et quelle a été la réponse du gouvernement à cette recrudescence des crimes ? Distribuer aux filles en âge de se faire violer un kit viol qui permettra à la police d’identifier l’agresseur − et à la Justice de le sanctionner… ou de lui trouver des excuses[1. Le kit viol est une petite trousse qui permet d’effectuer soi-même un prélèvement vaginal pour recueillir l’ADN du violeur.]. En Norvège, Anders Behring Breivik a réagi aux menaces que représente l’immigration de masse par le crime − ce qu’il faut condamner car le meurtre d’innocents, même immigrationnistes, n’est pas dans nos manières − mais on peut se demander ce que font les autres hommes en Scandinavie pour sécuriser leur territoire et protéger la liberté de leurs femmes. Entre l’aveuglement de service public, le kit viol et l’assassinat de masse, il doit exister quelques solutions efficaces mais humaines. Pour leur apprendre le respect, nous pourrions renvoyer ces indélicats sur la terre de leurs ancêtres, les couilles dans un baluchon après ablation − avec étourdissement, car nous ne sommes pas des sauvages. En tous cas, il faudra bien en trouver une parce que notre patrimoine le plus précieux, c’est la liberté de nos femmes de se donner ou de se refuser.[/access]

La SNCF discrimine-t-elle les plus de 25 ans ?

24
La SNCF discrimine-t-elle les plus de 25 ans ?

La SNCF discrimine-t-elle les plus de 25 ans ?

Au pays de l’égalité suprême où l’homme peut choisir de devenir femme, la femme de devenir homme et un couple homosexuel d’avoir des enfants, on se demande encore quelle égalité on y ira rechercher demain. Depuis trente ans, cet idéal s’est imposé en France par les soins d’une doctrine prodiguée en flot continu au peuple, de l’enfance à la sénilité et probablement bientôt aux macchabées. Société égalitaire hurlaient les hauts parleurs de derrière le rideau de fer, égalité je chéris ton nom susurre à qui veut l’entendre le royaume de France, drapé dans l’infaillibilité lumineuse. Plus une seule appréciation ne se passe du concept d’égalité, plus une seule situation ne s’analyse sans le sceptre justicier de l’égalité. On ne parle même plus d’égalité des individus – vieux concept dépassé – mais d’égalité des couples, des communautés, des genres, des cultures. Plus de différences, que des inégalités. L’égalité est devenue réversibilité et les chercheurs d’inégalités célébrés sur les écrans sont adulés par la bourgeoisie bohème, qui les porte en héros modernes.

Quelques groupuscules, pourtant, résistent à cette formidable vague d’humanité – entendez égalité -, et ourdissent les plus cruelles discriminations, dissimulées par l’ordinaire du train-train quotidien. La SNCF est ainsi dans le collimateur. En généreuse samaritaine, elle annonce sortir une nouvelle carte 12-27 ans. Les jeunes chalands sont sommés d’apprécier ce geste comme une cuvée privilégiée tandis que les plus âgés sont invités à se désespérer des naufrages de la vieillesse, en attendant la carte vermeil. Parmi ceux-là, il en est un qui a décidé de ne pas se taire et qui entend bien mettre un terme à cette torture morale qu’est la fuite du temps. Monsieur Henri Martin ne s’est pas lancé dans la poésie sublimatoire, mais vient, plus pragmatiquement, de mettre en demeure la SNCF de lui délivrer une carte 12-25 ans nonobstant son âge, soutenu par son avocat, Maitre Anguerrand Colombet.

Ces deux-là font grief à la SNCF de ne réserver des réductions tarifaires qu’à une catégorie d’usagers sélectionnés en fonction de leur âge – en fait de réduction, il s’agit de la carte 12-25 ans. Sur la mise en demeure adressée au représentant légal de la SNCF, explique Maître Colombet, « nous avons souligné la prohibition des discriminations fondée sur l’âge dont dispose l’article 225-1 du Code pénal. La discrimination sur l’âge constitue un délit aussi caractérisé qu’une discrimination à raison de l’origine, du sexe, de l’orientation sexuelle ou des opinions politiques. Par analogie, réserver une réduction tarifaire à une catégorie d’usagers sélectionnée selon la race, la couleur de peau ou la religion serait prohibée. C’est pourquoi nous demandons à ce que la carte de réduction 12-25 soit ouverte à tous, sans considération de l’âge » renchérit-il. Et qu’on ne lui oppose pas un quelconque principe d’égalité des chances ou de discrimination positive : « L’âge ne signifie rien. Justin Bieber est milliardaire, à côté il existe des étudiants de 30 ans sans moyens et des ménagères de 70 ans pauvrissimes. La moyenne des revenus des retraités est, d’ailleurs, selon certaines sources, comparable à celle des ménages français moins âgés et qui ne bénéficient, tout aussi injustement pas, des réductions des cartes senior. Une fois de plus l’âge est un critère de discrimination inopérant ».

Maître Colombet souligne encore que la mise en ligne d’offres d’emploi réservée à une catégorie d’âge a disparu, les recruteurs remplaçant le critère de l’âge par l’expérience. « Pourquoi la SNCF maintient-elle une telle discrimination fondée sur l’âge ? La discrimination est d’autant moins fondée, qu’elle n’est motivée que par un opportunisme commercial : la SNCF a sorti, tantôt des cartes 12-25, tantôt des 12-30, sans plus d’explications objectives ».

A défaut d’une réponse positive de la SNCF, Maître Colombet a pour instruction de poursuivre la SCNF devant la justice et faire valoir l’article L.225-2 du Code pénal, lequel punit la discrimination de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende lorsqu’elle consiste à refuser la fourniture d’un bien ou d’un service. Et monsieur Henri Martin – un nom de victime idéal- promet de ne pas en rester là. Car la liste des inégalités dont il s’estime victime est longue : les jardins d’enfants interdits aux plus de dix ans, les menus enfants dans les restaurants, les soirées gratuites pour les filles et les soirées réservées uniquement aux homosexuels. En 2018, les élus de la Ville de Paris qui entendent organiser les Gay Games, n’ont qu’à bien ficeler le cadre de la participation, Henri Martin et son Conseil seront au rendez-vous.

Ce dernier croit-il à la noblesse du combat de son client ? « Pas plus que lorsqu’un avocat défend un pédophile à la culpabilité avérée, mais notre métier consiste aussi à pousser le droit dans ses retranchements, et à lui faire prendre la mesure des principes qu’il pose ; ceux qui les enfreignent, eux, n’ont pas d’âge ». CQFD.

*Photo : Enzojz

Bienvenue au blog de Jean-Paul Brighelli sur Causeur

2

Déjà voisin de Basile de Koch, dont le moindre mérite n’est pas d’avoir passé une partie de ses étés d’enfance dans mon Jura, voici qu’un autre voisin de blog vient de faire son apparition sur Causeur. Ainsi, Jean-Paul Brighelli, alias « Le cauchemar de Meirieu, Lang et Châtel réunis », vient de rouvrir son fameux blog « Bonnet d’âne ». Et c’est dans la studette juste à côté de la mienne, ce qui ne me rend pas peu fier. Une fierté apparemment partagée par toute la rédaction de Causeur, qui fréquentait déjà assidument son blog quand il était sous d’autres cieux.

Pour sa première apparition chez nous, Jean-Paul Brighelli a choisi de parler des classes préparatoires aux Grandes Ecoles (khâgnes, maths sup, etc.), dont Geneviève Fioraso, la ministre de l’Enseignement Supérieur veut rendre l’accès payant, au nom, bien sûr, de l’égalité de traitement entre les étudiants des prépas et ceux des facs. Pour Jean-Paul Brighelli « l’équité d’une telle mesure appartient à cette catégorie de justice génératrice d’injustice — mais qui permet de jolis effets de manches.» Il l’affirme, et en plus, il le prouve au terme d’une démonstration où la rigueur le dispute à la rigueur.
Pour vous balader entre chez Basile, chez Jean-Paul et chez moi, il vous suffira de cliquer sur les boutons en haut et à droite de nos blogs respectifs, c’est dire si nous sommes tous les trois accueillants.

Bienvenue, monsieur le Professeur !

Détruire, dit-elle

20
Genevieve Fioraso veut faire payer les classes prépas

Genevieve Fioraso veut faire payer les classes prépas

Nous sommes heureux d’accueillir le blog « Bonnet d’Âne » de Jean-Paul Brighelli, notamment auteur de La Fabrique du crétin (2005) et de La Société Pornographique (2012). Voici le premier article publié sur Causeur de ce grand spécialiste de l’éducation pourfendeur du pédagogisme.

La rédaction

Geneviève Fioraso, actuelle ministre de l’Enseignement Supérieur, n’a pas de pétrole, mais elle a des idées pour faire des économies. « Pourquoi, demande-t-elle (en s’abritant derrière l’anonymat du « cabinet », comme si tout cabinet ministériel ne demandait pas la permission du ministre avant de lever le petit doigt), les élèves de Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles (CPGE) ne paient-ils pas les mêmes droits d’entrée que les étudiants d’université ? La justice ne voudrait-elle pas que ces rejetons de la grande bourgeoisie soient taxés comme leurs petits camarades de fac ? » Soit 181 euros par an en moyenne (il est des universités quelque peu plus gourmandes, mais ne mégotons pas). Une goutte d’eau — 18 euros par mois ouvrable, trois paquets de cigarettes… Cela ferait entrer 9 millions d’euros dans les caisses de l’Etat — Byzance ! Voilà une belle occasion de taxer les riches, puisque chacun sait que les élèves de prépas sont des nantis, des « héritiers », aurait dit Bourdieu.
Remarque préalable : primo, lesdits élèves appartiennent surtout aux classes moyennes, qui descendent régulièrement vers le moyen moins. Ils ont plutôt le cœur à gauche — pour le moment. Coup double : on pourrait faire des économies de bouts de chandelles, et se couper d’une partie de son électorat. Bonne idée. Quant à l’équité d’une telle mesure, elle appartient à cette catégorie de justice génératrice d’injustice — mais qui permet de jolis effets de manches.
Démonstration.

Geneviève Fioraso a brièvement fréquenté une hypokhâgne à la fin des années 1960 (le fait de ne pas avoir été admise en khâgne serait-il une blessure narcissique dont les élucubrations présentes seraient l’écho assourdi mais toujours saignant ?) puis a bifurqué vers la fac, où elle a passé deux maîtrises (éco et anglais) avant d’enseigner ces deux matières durant trois ans (dans les années 1975-1978, et sans jamais passer de concours de recrutement, pour autant que je sache). Puis elle a fait de la politique à temps plein, ce qui la qualifie évidemment pour le poste qu’elle occupe.
Elle devrait donc savoir, en interrogeant ses souvenirs, que les élèves de prépas littéraires sont tous inscrits en fac (par prudence, afin de pouvoir s’y retrouver en cas d’échec, vous connaissez ça, n’est-ce pas, madame…) Ils paient donc des droits, sans rien consommer de l’université : des étudiants de rêve, comme dit fort bien la présidente de Reconstruire l’école, en veine de mauvais esprit sur ce coup — évidemment, je ne la suivrai pas sur le terrain glissant du sarcasme…

Les élèves des prépas scientifiques s’inscrivent rarement en fac (ils sont à peu près sûrs de trouver un débouché dans une école d’ingénieurs), mais ils paient des droits exorbitants pour s’inscrire aux divers concours qu’ils passent — en moyenne, 1000 euros, ce qui, réparti sur deux ans, fait une ponction de 500 euros par an. Et si vous exigiez, madame la ministre, que tous les concours soient aussi peu chers que celui des ENS — qui sont gratuits ? Ça, ce serait intelligent et démocratique… Et si vous exigiez que les élèves, une fois entrés dans telle ou telle école prestigieuse, n’aient pas à payer des frais exorbitants, pouvant monter à plusieurs dizaines de milliers d’euros sur quatre ou cinq ans ? Etonnez-vous que les enfants de pauvres (et dans les pauvres, aujourd’hui, il faut bien inclure les classes moyennes, en paupérisation rapide depuis trente ans, et seules visées par les augmentations de la pression fiscale) hésitent à s’inscrire en prépas et préfèrent les cycles courts…
Ah, mais justement : les « conseillers » de madame Fioraso ont eu également l’idée de faire payer les élèves de BTS…
Admirez le raisonnement : les élèves de prépas, tous filles et fils de bourgeois, comme chacun sait (sauf les 30% de boursiers obligatoires, mais on ne peut pas tout savoir, n’est-ce pas…), doivent payer au nom de la justice sociale, et les élèves de BTS, qui appartiennent massivement aux couches les plus défavorisées, et arrivent souvent de lycées professionnels, doivent payer aussi, au nom de… au nom des petites économies qui permettront d’inviter davantage de journalistes et de syndicalistes à déjeuner rue Descartes. Ma foi, les 9 misérables millions d’euros économisés sur le dos des élèves de prépas, auxquels s’ajouteront les 16 millions d’euros grattés sur ceux de BTS, devraient permettre de faire front.

Le PS, entre autres, avait hurlé à la mort lors de l’affaire des « frais de bouche » des époux Chirac à la Mairie de Paris — 14 millions d’euros entre 1987 et 1995 que Delanoë et la justice ont passés sagement aux pertes et profits. Avec l’augmentation du caviar (j’ai un témoignage personnel sur ce que Petrossian fournissait rue de Grenelle à l’époque d’Allègre), à combien s’élève aujourd’hui l’intendance de la rue Descartes ? Faut bien trouver des pépettes.
Et c’est trop difficile de taxer les gros industriels qui désertent la France et se sentent soudainement belges de cœur et de portefeuille. En d’autres époques, on saisissait les biens des émigrés : je suggère très fort à la ministre de financer l’enseignement supérieur en nationalisant Bernard Arnault — ce que la République a su faire en 1793, la République serait impuissante à l’accomplir en 2012 ?
Et même si le facteur économique est déterminant en dernière instance — ce qu’il est… Encore faudrait-il analyser le retour sur investissement. L’Etat débourse un peu plus de 5000 euros par étudiant et par an (une somme notoirement insuffisante), et près de 15 000 par élève de prépas — qui là aussi, comme en matière d’efficacité pédagogique, devraient constituer le critère. Mais quel est le retour sur investissement des uns et des autres ? Que deviennent les élèves de prépas ? Cadres sup, chercheurs, enseignants, ces enseignants introuvables… Que deviennent les étudiants de fac — en particulier tous ceux qui, entrés là sans bien connaître l’orthographe, en giclent au bout d’un an ou deux ? Et dans les voies scientifiques, où sont les vrais matheux, les physiciens de première bourre, les analystes financiers compétents ? Au bout d’une carrière, lesquels ont le mieux contribué à la richesse de la France et à son rayonnement intellectuel ?
Allons ! Je ne jette pas toutes les facs avec l’eau du bain. Il en est qui ont des résultats remarquables — en gros, toutes celles qui ont su s’affranchir de la vulgate des pédagogies de l’échec, se sont associées à des grandes écoles et proposent des formations d’excellence parallèles. Notre crédibilité internationale est à ce prix.

Tout cela, au fond, c’est de l’anecdotique. Ce qui gît au cœur d’une telle hypothèse (qui en restera à l’hypothèse, rassurons-nous), c’est la haine invétérée des crétins pour tout ce qui, à leurs yeux, appartient à une quelconque élite — le gros mot par excellence. Volupté de l’égalisation par le bas, chère au SE-UNSA et au SGEN, qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé. Le SNES hurle à la mort avec raison, et le SNE-Sup attendait certainement du ministère d’autres mesures qu’une économie symbolique de 9 millions d’euros : j’ai dans l’idée que la FSU version Bernadette Groison n’a pas sur la Gauche le niveau d’influence que la FSU version Gérard Aschieri avait su conquérir sur la Droite. Les élèves de prépas sont triés sur le volet ? Scandale. Ils travaillent mieux ? Scandale. Ils réussissent mieux ? Scandale. Ils sont une tradition spécifiquement française ? Scandale.

Mais j’ai parlé de tout cela il y a deux ans dans Tireurs d’élite. On veut supprimer les prépas (et l’agrégation, autre niche d’élitisme invétéré) au nom de l’égalitarisme, qui est à l’égalité ce que le McDo est au tournedos Rossini — et qui produit plus d’inégalités réelles que l’élitisme le plus forcené n’en généra jamais.
Dois-je rappeler à la Gauche que tant des siens furent par le passé de vrais intellectuels — et de bons élèves ? Que Blum avait publié dans sa jeunesse un Stendhal et le beylisme qui rappelle que l’intelligence est la condition nécessaire du bonheur ? Que les khâgnes et les ENS (dont sortait Blum, justement) furent longtemps le laboratoire des minorités agissantes ?
Mais d’où sortent les conseillers de Geneviève Fioraso ? Un seul d’entre eux est titulaire du CAPES, aucun apparemment n’a fréquenté l’agrégation. Après tout, on ne méprise bien que ce que l’on ne connaît pas.
La transmission essentiellement verticale à l’œuvre dans les prépas n’a évidemment rien à voir avec le « socle commun » cher à l’UNSA ou la pédagogie interactive promulguée par le SGEN et ses affidés — sans compter que la sélection par le travail et les exercices chiffrés n’est pas très populaire dans ces milieux où la nullité ambiante plaide pour le renoncement aux notes, si traumatisantes comme chacun sait.
Fallait-il absolument conserver ce Ministère des Universités ? Ma foi, Vincent Peillon aurait peut-être pu chapeauter l’ensemble de l’Enseignement français : ces propositions aberrantes sont l’écho d’une rivalité très ancienne entre la rue de Grenelle, qui contrôle tout ce qui touche aux lycées (donc les prépas et les BTS), et la rue Descartes, qui voudrait bien s’annexer ces secteurs qui marchent, et les budgets afférents.

*Photo : Parti socialiste (Geneviève Fioraso).

Pourquoi je ne vous embaucherai pas

42
Le chômage est un phénomène normal, comme les licenciements

Le chômage est un phénomène normal, comme les licenciements

En tant que patron et actionnaire unique, je n’embaucherai un salarié que si j’ai des raisons objectives de penser que sa contribution aux résultats de ma petite entreprise sera supérieure – ou au moins égale – à son salaire. Je sais bien que les marxistes appelleront ça de l’exploitation, mais je me permets de leur rappeler que, dans cette opération, c’est moi qui prend tous les risques. C’est le principe du capitalisme : celui qui investit ses économies et s’endette, même parfois lourdement, pour créer son entreprise, c’est le patron. Celui qui fera office de variable d’ajustement si son salarié est malade, en vacances ou en congé maternité, c’est le patron. Celui qui devra réduire ses émoluments, ne rien gagner du tout ou même perdre de l’argent si ses affaires périclitent, c’est le patron. Si les bolcheviques veulent éviter d’être exploités, je les invite à créer leurs propres boîtes ; on en reparlera.[access capability= »lire_inedits »] En attendant, celui qui risque la faillite, celui qui travaillera 60 heures par semaine sans même être sûr de pouvoir se payer, c’est moi. Alors, oui, je vous le confirme, je n’embaucherai quelqu’un que si j’ai de bonnes raisons de penser que j’ai quelque chose à y gagner.

Mais je suis un garçon optimiste et, à vrai dire, le simple fait d’avoir quelqu’un avec qui discuter durant mes journées de travail est pour moi une perspective agréable. Aussi suis-je prêt à embaucher un salarié pour peu que sa contribution au résultat de mon entreprise rembourse son salaire ; c’est-à-dire que je ne gagnerai rien et, qu’au sens marxiste du terme, je ne l’exploiterai pas. Par exemple, si je rencontre un candidat qui, selon mes estimations, est capable de générer 4215 euros de bénéfices pour mon entreprise, je suis prêt à le payer 4215 euros[1. Je vous fais grâce des mètres carrés, du bureau, du matériel informatique, des frais téléphoniques, de l’éventuel surcoût que représente une embauche auprès de mon comptable].
Un salaire de 4215 euros, ça peut vous sembler beaucoup mais n’oubliez pas que, sur cette somme, je devrai payer 689 euros de charges sociales dites « salariales » et 1400 euros de charges sociales dites « patronales » : après ces prélèvements obligatoires, la somme que je verserai effectivement sur le compte de mon employé – son salaire net – ne sera plus que de 2126 euros. Et ce n’est pas fini : sur son salaire net, il devra vraisemblablement s’acquitter de 168 euros d’impôt sur le revenu et d’au moins 125 euros de TVA, ce qui fait qu’au total, sur les 4215 euros que je débourserai chaque mois, il disposera d’un salaire disponible après impôts de 1833 euros ; le solde, 2382 euros – 56,5% de son salaire réel – étant ponctionné par l’État. C’est, selon une étude récente de l’Institut économique Molinari réalisée sur la base de données fournie par Ernst & Young[2. Cécile Philippe, Nicolas Marques et James Rogers : Fardeau social et fiscal de l’employé lambda au sein de l’UE, 2012, 3e édition (juillet 2012).], le deuxième taux de fiscalisation de l’Union européenne après la Belgique (59,2%). Avec ces 1833 euros, il devra se loger, s’habiller, se nourrir, payer ses factures et, s’il en reste un peu, il pourra s’offrir quelques loisirs.

Et ça, voyez-vous, c’est déjà un gros problème. C’est un gros problème parce que j’ai beau accepter de ne pas gagner un centime grâce au travail de cet hypothétique salarié, j’ai tout de même besoin d’un type compétent et motivé. Si c’est pour me coltiner un incompétent notoire ou un bonhomme qui n’en fiche pas une et va finir par couler ma boîte, pardon, mais je préfère faire sans. Seulement voilà : à 2126 euros nets par mois, même pas deux fois le Smic, ça commence à être très juste pour motiver des gens du calibre dont j’ai besoin et ce, d’autant plus que, si l’un de mes concurrents anglais avait la même idée que moi, le salaire disponible après impôts de mon employé serait 47% plus élevé outre-Manche qu’à Marseille. Autant vous dire que, pour un employeur français, la concurrence est rude. Oh, bien sûr, me direz-vous, il y a bien des gens qui sont prêts à gagner moins pour le simple plaisir de vivre au bord de la Méditerranée ; je ne vais pas vous dire le contraire : c’est mon cas. Mais il n’en reste pas moins que 2126 euros nets par mois, dans ma branche, ce n’est pas grand-chose et que ce pas grand-chose peut vite devenir un problème.
Tenez, par exemple : imaginez que j’embauche une jeune femme. Naturellement, au sens le plus humain que ce terme puisse avoir, il arrivera sans doute un moment où, ayant rencontré son prince charmant, elle sera titillée par l’envie d’avoir un bébé. Elle sera donc placée devant un choix clair : privilégier son métier et continuer à toucher son salaire, dont elle saura qu’il n’est pas à la hauteur de ce à quoi elle pourrait prétendre, et faire un bébé et continuer à toucher le même salaire avec l’assurance – la loi l’imposant – de retrouver son poste à la fin de son congé maternité. Que croyez-vous qu’elle fera ? Eh bien, voyez-vous, pour moi cela signifie que, pendant toute la durée de sa grossesse, non seulement elle ne rapportera pas un centime à l’entreprise, mais c’est moi qui devrai assurer sa charge de travail ou embaucher quelqu’un d’autre pour la remplacer. Voilà pourquoi je n’embaucherai certainement pas une jeune femme. Croyez bien que je le regrette, mais je ne suis pas riche à ce point.

Soyons optimistes et imaginons que je décide, finalement, d’embaucher un homme ou une femme d’âge mûr qui partage mon amour immodéré pour la citée phocéenne. Même dans ce cas, mes problèmes sont loin d’être réglés puisque ma capacité à payer un salaire de 4215 euros par mois est intimement liée au chiffre d’affaires que réalise ma société. Je dois, à ce stade, vous préciser que mon métier, l’activité de ma petite entreprise, consiste à gérer un portefeuille d’actions. Vous en conviendrez, il y a, de nos jours, des métiers qui bénéficient d’une meilleure publicité que le mien et c’est justement là que se niche la difficulté dont je veux vous entretenir maintenant.
Je vous expliquais plus haut pourquoi être le patron de sa petite entreprise est un métier risqué : l’une des principales sources de risque tient au fait que vos revenus ne sont pas garantis, mais fluctuent en fonction de la marche de vos affaires et peuvent même, en période de vaches maigres, se transformer en pertes. Lorsque vous êtes de surcroît un employeur, c’est-à-dire que vous devez, dans mon exemple, payer vos 4215 euros chaque mois, le risque est évidemment plus grand.
Or voilà : mon métier consistant à gérer l’argent des autres, la bonne marche de mes affaires est naturellement conditionnée par l’existence de clients potentiels, en l’occurrence de gens disposant d’un patrimoine financier, autrement dit, selon la terminologie officielle, de riches. C’est aussi simple que cela : sans riches, mon entreprise n’existe plus et, du coup, elle ne risque pas d’embaucher. Je vais donc faire appel à votre intelligence et à votre bon sens : si vous étiez à ma place, lorsque le président de votre pays décrète que vous êtes son ennemi, qu’il va imposer les riches au bazooka et poursuivre ceux qui tentent de fuir à l’étranger, qu’il va taxer les marchés financiers, en remettre une couche sur les entreprises en général et sur celles qui versent des dividendes en particulier, qu’il se pique de donner des leçons de stratégie industrielle alors que lui-même n’a jamais rien réussi d’autre que ruiner le département dont il avait la charge… Dans ces conditions, vous embaucheriez, vous ? Eh bien, laissez-moi vous le dire : à moins que vous soyez l’un des très riches amis dudit président ou totalement fou, il n’y a pas la moindre chance. Voilà pourquoi, et croyez bien que j’en suis sincèrement désolé, je n’embaucherai pas.

De toute façon, j’ai un aveu à vous faire : ma petite entreprise n’existe pas. Non que l’envie me manque, ni que je doute de mes capacités, mais les coûts réglementaires qui pèsent sur la création d’une entreprise dans mon secteur ne me permettent tout simplement pas de le faire. Nous pourrions passer encore quelques heures ensemble – le temps que je vous décrive par le menu ce à quoi ressemble vraiment cette soi-disant « dérégulation de la finance » – mais je me contenterai d’un seul exemple. Figurez-vous que, pour exercer mon métier en France, je dois au préalable obtenir un agrément, une autorisation administrative, au prix de longues et laborieuses négociations avec l’autorité de tutelle présumée compétente. Mais surtout, avant même d’entamer ce long chemin de croix, la règlementation m’impose d’avoir embauché non pas un, mais deux salariés. C’est-à-dire que, pendant environ six mois, sans même savoir si j’obtiendrai le droit de travailler, je dois être en mesure de financer deux emplois au tarif évoqué plus haut. Je vous fais un dessin ?

Voilà où nous en sommes, les amis. Si vous faites partie de celles et ceux qui pensent que notre salut passe par plus de dépense publique, plus d’impôts et plus de réglementations, sachez au moins qu’au rythme où vont les choses, il faudra bientôt prévoir un peu de la première pour la subsistance de ma famille, ne pas trop compter sur moi pour les seconds et ne pas perdre de temps sur les dernières : il n’y aura plus grand-chose à réguler. Lorsque vous-même ou l’un de vos enfants chercherez du travail dans le champ de ruines que nous préparent nos bons politiciens, vous aurez peut-être une petite pensée pour moi et pour ce job à 4215 euros par mois que j’aurais pu vous offrir. D’ici là, bonne chance à toutes et à tous.[/access]

*Photo : DonkeyHotey

Charlie Hebdo enfin responsable ?

4

Ainsi qu’ils l’avaient annoncé, les joyeux semeurs de zizanie de Charlie Hebdo ont publié ce mercredi deux éditions distinctes de l’hebdo qui fâche.

La première édition, justement, ne risque pas de déclencher de fatwa même symbolique. Intitulée Charlie Hebdo-Journal Responsable, et surtitrée « Fini de rire ! », on n’y trouve rien de choquant, et pour cause : il n’y a ni dessins, ni articles, hormis l’édito. Rien que des cadres vides de toute illustration, quelques titres bateau qu’on croirait volés à l’Obs ou Marie-Claire. Les collectionneurs adoreront, les âmes sensibles aussi.

Quant à l’édition chaotique traditionnaliste, elle est vendue sous l’appellation Charlie Hebdo-Journal Irresponsable. Son dessin de Une, signé Charb, montre un homme des cavernes, présenté comme étant l’inventeur de l’humour. Il tient dans une main une torche enflammée et dans l’autre un proto-bidon d’huile, le lecteur avisé comprenant qu’il s’apprête à jeter celle-ci sur celui-là. Une réponse bien sentie aux accusateurs de tous bords, et aussi au pseudo-édito de l’édition « responsable » où nos lascars font mine de battre leur coulpe: « Afin de satisfaire Laurent Fabius, Brice Hortefeux et Tarik Ramadan, Charlie Hebdo ne mettra plus d’huile sur le feu et ne sera plus jamais irresponsable », y expliquent-ils avant de mettre les points sur les i comme Islam : » Charlie qui fut naguère un journal de caricature ne se souciant ni de politesse, ni de bon goût, ne fera plus preuve d’irrévérence à l’égard de l’islam et du prophète Mahomet. »

Rassurez-vous, c’est pour de rire.

Charlie Hebdo

Dernières nouvelles de Florange

7
Florange et le plan social d'Arcelor-Mittal

Florange et le plan social d'Arcelor-Mittal

Un soleil anémique tentait laborieusement d’illuminer ce petit matin verdâtre. Les clochers de la cité mosellane disparaissaient encore dans la brume poisseuse. L’inspecteur gara sa vieille Opel kaki devant le portail gris d’une maison jadis cossue de la rue Paul Vaillant-Couturier. Il n’avait pas dormi de la nuit, il ne dormait d’ailleurs plus depuis bientôt cinquante ans. Il coupa le moteur et s’extirpa péniblement de l’habitacle glacé, défroissant tant bien que mal son Loden beige sale, et, redressant sa grande carcasse un peu voûtée sur le trottoir, il tourna la tête : Frau Schimanski l’attendait sur le perron, frissonnant dans une nuisette rosâtre qui semblait dater du Programme Commun. Elle sourit vaguement, secouant sa blondeur permanentée et dit d’une petite voix enrouée : « Bonjour Inspecteur Muller, je vous attendais… »

Les meilleurs feuilletons sont les plus tristes et ceux qui durent des lustres.
À l’Est quoi de nouveau ? Les méchants syndicalistes d’Arcelor-Mittal ont encore décidé d’occuper les grands bureaux de Florange ; ainsi nommés car le bâtiment de style Trente glorieuses est effectivement grand, vestige d’un passé florissant : ici il est vrai que l’on produisait les meilleurs aciers français…

Bref, il ne se passe rien ; l’intersyndicale, soit trois pelés (le taux de syndicalisation est de 7,5% en France, soit dix fois moins qu’en Finlande) affirme durcir le mouvement et annonce des actions fortes, outre une énième visite à Montebourg, je ne vois rien venir : on attend du spectacle et du sang ! Des brames sur l’autoroute, des poches d’acier en fusion déversées devant la préfecture, de la séquestration crapuleuse avec tortures et exécutions sommaires, que sais-je encore ?

Les happenings de merguez pur porc c’est un peu mesquin, ça manque de violence prolétarienne : les syndicalistes font de la figuration, mais plus personne n’y croit, malgré le verdict des commissions d’experts sur la viabilité du site ; une belle jambe mais l’Hindou, qui est un dur, comme aurait dit Pierre Dac, s’en fiche comme de son premier Ganesh en peluche et l’arlésienne Ulcos n’en finit pas de serpenter dans les vapeurs de gaz de schiste. Le gouvernement a d’autres chats à fouetter, les Doux et les Peugeot-Citroën, français à (presque) 100% et dans la mélasse jusqu’au groin ; incompétences à répétition, mauvais choix stratégiques, investissements hasardeux et j’en passe, rien à voir avec la belle santé d’Arcelor !

Le hic, c’est qu’ils gagnent trop et qu’ils ne travaillent pas assez, regardez les sidérurgistes indiens : pieds nus sur les scories, un slip leur suffit, pas besoin de casques, de gants et toutes ces conneries pour petits bourgeois occidentaux et pas difficiles avec ça : un bol de riz un coup de pied au cul… Bon, trêve de plaisanterie, les hauts fourneaux de Florange ne redémarreront jamais, pour la bonne raison qu’il n’y a jamais eu de hauts fourneaux à Florange, (à Hayange par contre… ), étonnant non ? D’ailleurs vous avez déjà vu un haut fourneau ? C’est moche et ça pue : c’est foutu les gars, la messe est dite, allez vendre des frites au Luxembourg.

L’inspecteur entra dans la maison, alors que la femme en nuisette s’écartait en minaudant pour le laisser passer, il s’excusa d’un raclement de gorge, hésitant sur le chemin à prendre dans la relative pénombre du couloir, la plupart des ampoules y étaient mortes de faim ; une voix l’appela, venant des profondeurs de la cave, dont la porte s’ouvrait un peu plus loin sur la gauche, laissant s’étaler une flaque de lumière jaune sur le terrazzo luisant. Muller se tenant au mur, parvint à descendre l’escalier raide sans encombres : au milieu de la cave son adjoint Gallino était penché sur le cadavre d’un homme nu, il se releva, salua son chef d’un hochement de tête et alluma lentement sa sixième cigarette.
– Salut Pippo, tu fumes trop, qui est-ce ?
– Faut bien mourir de quelque chose… C’est l’amant de la dame, un certain Lakshmi Mittal, une balle dans la tête…

*Photo : Francois Hollande

Adopteunmollah.com

3

Pas besoin d’être un génie de la géostratégie pour comprendre que la guerre des nerfs entre la République islamique d’Iran et Israël se joue aussi sur le plan informatique. Tout récemment, le Guide suprême de la révolution Ali Khamenei a même déclaré que les combats virtuels étaient bien plus violents que n’importe quel affrontement armé. Ces derniers mois en Iran, un virus informatique a potentiellement causé plus de dégâts dans le programme nucléaire que n’importe quel Osirak déclenché par l’Etat hébreu au nez et à la barbe de ses ennemis déclarés du Golfe persique.

Dans cette guerre froide cybernétique, Téhéran tente d’avancer ses propres pions en créant son propre réseau Intranet distinct d’un web de plus en plus censuré. Comme on n’est jamais trop prudent, l’accès à Google vient d’être bloqué, ce qui laisse espérer que les bonnes mœurs seront sauves sur la Toile irano-iranienne. Las ! La République islamique a d’ores et déjà annoncé le lancement d’un site de rencontres irano-iranien, dans le plus pur respect des lois perses, qui autorisent une certaine souplesse : le « mariage provisoire » permet en effet de convoler en justes noces puis de divorcer rapidement en cas d’incompatibilité conjugale, là où la plupart des monarchies sunnites voisines soumettent les épouses au bon vouloir de leurs maris. Il faut dire que l’Iran ne souffre pas de la comparaison avec son grand rival saoudien, où l’on attend toujours de pouvoir délivrer des permis de conduire aux demoiselles, lesquelles sont loin de représenter la majorité des étudiants et de la population active, comme dans la république chiite, qui fait figure de borgne dans une oasis d’aveugles.

Connaissant la beauté fulgurante des citoyennes du pays de Hafez et Omar Khayyam, plus d’un quidam serait tenté de postuler au Pôle emploi sentimental local. Avec un zeste d’imagination, une annonce publié par l’équivalent iranien des fameux Meetic, attractiveworld et autres adopteunmec.com pourrait donner : « Si tu es brune, aux yeux bleus et à forte p…ersonnalité, ça m’intéresse aussi ».
Un bémol cependant : là où ligues de vertu, milices, conseils religieux et institutions politiques ne font qu’un, pour une jeune femme, adopter un mollah en guise de « mec » n’est pas toujours un cadeau…

SOS Racisme, une chance pour Jean-François Copé

174
Jean-François Copé évoque le racisme antiblanc face à SOS racisme

Jean-François Copé évoque le racisme antiblanc face à SOS racisme

En pointant l’antiracisme sélectif qui tient lieu d’idéologie aux fers de lance du musèlement du débat public que sont le MRAP, la LICRA et SOS Racisme, Jean-François Copé a incontestablement marqué des points dans sa course-poursuite contre François Fillon en pleine campagne interne de l’UMP. Son livre-programme Manifeste pour une droite décomplexée a déjà atteint son but : libérer la parole à droite, cliver, bref tout faire pour se distinguer de la tiédeur toute balladurienne de son meilleur ennemi Fillon. Il aura suffi d’un bref passage, au demeurant inoffensif, dans lequel Copé narre les mésaventures d’une de ses administrées meldoises confrontée à la famille du racketteur de son fils, laquelle n’a pas trouvé mieux que de renvoyer sa victime à ses origines « gauloises », pour susciter le scandale. Tirant de ce fait divers une leçon de choses, Jean-François Copé lâche le mot qui fâche : « racisme anti blanc »… non sans rappeler que la xénophobie et les discriminations touchent toutes les catégories de Français, glissant même au passage un poncif lénifiant sur la blancheur de nos élites.

Il n’en fallait pas plus pour relancer la machine à diaboliser. Douze ans après la fondation de l’UMP, nous voici revenus aux heures les plus sombres du RPR, lorsque « Facho Chirac » parlait du bruit et de l’odeur des immeubles à population immigrée ou que Giscard regrettait « l’invasion » de l’hexagone par des groupes allogènes. Copé droitard, Copé plus sarkozyste et buissonniste que le couple Sarkozy-Buisson : si ce n’est pas un axe de campagne fort face au consensualisme gestionnaire de François Fillon, ça y ressemble…
L’avenir nous dira si Copé parvient à décoller des sondages, qui voient systématiquement l’ancien chef du gouvernement caracoler en tête des intentions de vote des sympathisants et militants UMP. En attendant le verdict du marc de café statistique, une chose est sûre : Copé compte sur ses adversaires idéologiques pour se construire une image « décomplexée ». À ce petit jeu, SOS Racisme n’est pas en reste. Ni une ni deux, aussitôt les bonnes feuilles du projet de Copé éventées, les chiens de Pavlov de l’indignation sur commande ont crié au loup. Oubliés Millet et sa prose acide de crucifié « blanc, hétérosexuel et catholique », c’est maintenant au tour de Copé de s’attirer les foudres du PS et de son satellite « antiraciste ».

« Un cynisme politique effarant, sans éthique, sans morale » s’insurge SOS avec les mots de Marine Le Pen, arguant que « les premières victimes de discriminations dans notre pays sont les personnes issues de l’immigration, des Dom-Tom, les femmes, les Juifs, les homosexuels » – ce que le prudent Copé n’a par ailleurs jamais nié. Accusant l’impétrant droitier de vouloir braconner sur les terres de l’extrême droite, le sénateur PS François Rebsamen n’y va pas de main morte en l’associant au Bloc Identitaire. À l’unisson, la gauche de gouvernement dénonce une manœuvre politicienne en montrant du doigt l’immoral Copé qui surfe sur le ressentiment du petit peuple blanc, à l’instar des extrémistes de droite tant honnis par les médias et la classe politique. Il est vrai que SOS Racisme est en droit de regretter l’instrumentalisation du racisme et des luttes communautaires, elle qui n’a jamais spéculé sur la mort de Malik Oussekine. Quant au PS, il peut assurer sans coup férir que le carton plein de François Hollande en banlieue lors de la dernière présidentielle n’a rien à voir avec une quelconque démagogie victimaire, communautaire et anti-islamophobe.
En fin de compte, tout le monde gagne à ce petit jeu de dupes. L’image du Copé droitier rehaussée pour aller séduire l’électeur UMP courroucé, la vertu du PS une nouvelle fois démontrée, que demander de plus ?
Un soupçon d’honnêteté intellectuelle et politique, peut-être.

Car, à bien y réfléchir, je ne connais qu’une seule victime collatérale de cette énième polémique politicienne : le vulgarisateur de la notion de « racisme antiblanc ». Un certain Tarik Yildiz, chercheur en sociologie, qui s’est appuyé sur des faits sonnants et trébuchants pour mettre en évidence la nouvelle forme de racisme biologique qui fleurit en banlieue.
Ce courageux jeune homme n’est pas cité- mais faut-il le regretter ?- dans la généalogie du concept que trace le blog « droites extrêmes » du Monde, ce dernier préfèrant se cloîtrer dans l’intellectualisme antifa plutôt que de s’interroger sur la pertinence sociologique du « racisme anti blanc ».

Fini le temps où Jean-François Copé vitupérait contre le « populisme » pour soutenir Sarkozy en campagne. Désormais, il roule pour son propre compte et peut donc épouser les vues du peuple de droite sans broncher. Faute de se démarquer économiquement du PS, puisqu’il s’apprête à voter avec ses troupes parlementaires le traité budgétaire européen Sarkozy-Merkel-Hollande, Copé aura au moins réussi à esquisser les premiers traits des valeurs de l’UMP. Comme quoi, le sociétalisme se porte aussi bien à droite qu’à gauche…

*Photo : UMP Photos

François Hollande, laissez-nous dormir !

19
François Hollande, président normal, trop normal

François Hollande, président normal, trop normal

Quelques semaines avant Mai-68, Pierre Viansson-Ponté publiait dans Le Monde un article resté célèbre sous le titre : « Quand la France s’ennuie… » Il constatait, avec une belle préscience, une manière d’apathie inquiète, une attente vague d’on ne sait quoi dans le pays. Aujourd’hui, la France ne s’ennuie pas, elle est juste fatiguée. Elle a envie de s’asseoir, de souffler et, qui sait, de dormir en attendant que ça se passe. Elle veut qu’on la laisse tranquille, en fait. Il est étonnant que personne n’ait interprété en ce sens l’élection de François Hollande.

En réalité, il n’y a pas de quoi être choqué par l’atonie de ce début de quinquennat. François Hollande ne va rien faire parce que la France ne croit plus vraiment à son destin.[access capability= »lire_inedits »] En la personne de François Hollande, le peuple français n’a pas tant choisi un « président normal » qu’un président qui élève et élèvera la procrastination au rang des beaux-arts. En cela, il est parfaitement en phase avec un sentiment planétaire : selon une récente étude de l’université DePaul à Chicago, 95% de la population mondiale serait atteinte de procrastination et 20% de procrastination chronique. L’étude définit la procrastination comme un manque de confiance en soi qui pousse à remettre au lendemain ce que l’on pourrait faire le jour même, et cela par peur de l’échec ou d’aggraver encore sa situation. On peut penser que les seuls à être épargnés par l’épidémie se trouvent dans les faubourgs d’Alep ou dans les zones subsahariennes menacées par la famine et l’islamisme radical. On ne procrastine pas quand on risque de mourir dans les heures qui viennent.
Pour le reste, et particulièrement pour la France, François Hollande a sans doute senti qu’il faisait face à un peuple pour lequel il est surtout urgent d’attendre. De toute façon, quoi que fasse le politique ces temps-ci, ça ne change pas grand-chose au problème. Indépendamment des questions de style ou de personnalité, l’activisme parfois ébouriffé d’un Sarkozy n’a pas empêché la crise dans laquelle nous nous enfonçons. Pas plus que les mesures pourtant très « libéralement correctes » du gouvernement Monti en Italie ou de Rajoy en Espagne n’arrêtent le tsunami qui semble sur le point d’engloutir nos voisins.
En multipliant les commissions, célèbre méthode de procrastination politique, en proposant des demi-mesures sur la baisse de l’essence ou la hausse du plafond du Livret A, François Hollande semble avoir compris que les Français ont le sentiment d’être englués dans des sables mouvants au moins jusqu’à la taille, et que le moindre mouvement aggraverait encore leur situation. Donc, ne pas bouger, se faire oublier, cesser d’être bousculé par des réformes, choisir l’immobilité du varan qui parvient de façon mimétique à se confondre avec le désastreux décor de la situation mondiale. Hollande retrouve ainsi, sans doute sans le savoir, le principe fondateur de la médecine antique, « Primum non nocere », d’abord ne pas nuire. On ne charcute pas un patient déjà malade. On attend. On espère. Dans une certaine mesure, l’immobilisme de Hollande, comme l’existentialisme de Sartre, est un humanisme.

On objectera que ce n’est pas nouveau, que la France a toujours été cette nation conservatrice, crispée sur des avantages acquis. C’est à notre avis une des plus sottes idées reçues de ces dernières décennies. Les essayistes à répétition, tels Minc ou François de Closets, comme il y a bientôt trente ans l’émission d’Yves Montand, Vive la crise !, auront beaucoup contribué à faire avaler cette vieille lune au bon peuple culpabilisé, en cherchant à prouver aux Français qu’ils étaient les pires cossards d’Europe, les paresseux honteux, confortablement installés dans le compromis gaullo-communiste hérité de l’après-guerre et du CNR.
C’est injuste et, à notre avis − plus grave − parfaitement faux. La France a plus changé entre de Gaulle et Hollande qu’entre Stendhal et de Gaulle.
Elle a perdu un empire colonial dans des guerres impitoyables, subi une marche forcée vers l’intégration européenne avec le bonheur que l’on sait. Elle a vu disparaître sa paysannerie, elle qui était une vieille nation agricole, puis sa classe ouvrière, elle qui était une grande puissance industrielle, tout cela parce qu’il fallait se « moderniser », mot-clé, mot-fétiche devenu l’alpha et l’oméga de l’action politique depuis que Lecanuet ou Servan-Schreiber l’ont adopté comme mantra dans les années 1960. Elle a changé de monnaie. Elle s’est adaptée à toutes les métamorphoses du travail induites par les nouvelles technologies ; elle a accepté, pour le pire, de voir disparaître deux des piliers de la République : l’École du monde d’avant, détruite par le pédagogisme, et le service militaire qui assurait le lien entre la nation et son armée tout en donnant un sentiment d’appartenance à toute une classe d’âge. De l’avortement à l’abolition de la peine de mort, de la généralisation du téléphone portable à Internet, elle a tout accepté et s’est même montrée parfois une très bonne élève, en matière de productivité par exemple.
Et tout ça pour quoi ? Pour encore et toujours perdre du terrain dans une compétition internationale qui la force à faire vivre moins bien les enfants que les parents. Ce n’est ni une question de gauche, ni une question de droite. D’ailleurs, depuis le tournant de la rigueur de 1983, qu’est-ce qui différencie vraiment la gauche de gouvernement de la droite classique ? Un peu de sociétalisme, et encore : on trouve aussi à l’UMP des partisans du shit et du mariage gay.

Alors voilà, elle est fatiguée, la France, vraiment fatiguée. Sarkozy a secoué le berceau et le vieux bébé a pleuré. Le vieux bébé s’est dit qu’il n’y avait rien à attendre de Hollande sinon qu’il arrête de lui donner le mal de mer et qu’il le laisse dormir. Nous sommes bien d’accord, ce n’est pas très brillant mais c’est tellement humain. Dans Perfide, un roman de Roger Nimier qui date de 1950, on peut lire : « Les peuples, commença Perfide, non sans pédanterie, les peuples ont le droit de s’asseoir au cours de leur histoire. […] Malheureusement, le siège est installé sur un marécage et il s’enfonce assez vite. »
On en est là ? On en est là.
Mais Nimier continue : « De ce point de vue, il serait préférable de faire flotter sur la Seine, le ventre en l’air, une centaine de députés − et de vivre debout. » Ça, c’est un peu exagéré et ça s’appelle une révolution. Mais en bons procrastinateurs, les Français la remettront aux calendes… grecques.[/access]

*Photo : François Hollande/Benjamin Boccas.