La philosophe Géraldine Mosna-Savoye signe un essai aussi brillant qu’éclairant sur un symptôme de notre époque: l’obsession…

N’y a-t-il pas quelque risque à mettre en scène le mal dont on est atteint ? La célèbre romancière anglaise Virginia Woolf qui souffrait de maniaco-dépression s’est souvent posé la question. La philosophe et productrice Géraldine Mosna-Savoye a trouvé, elle, la solution. Se confronter au problème. Et, pour cela, rien de tel que de lui consacrer un livre. Un soir l’écrivaine ne parvient pas à trouver le sommeil. Des pensées parasites tournent en boucle dans sa tête. Un visage revient sans cesse. Celui d’un collègue de travail dont les mimiques, le ton, les répliques l’envahissent au point de ne plus lui laisser le moindre répit. Nous sommes nombreux à connaître des épisodes plus ou moins similaires mais ne savons rien de ce phénomène inquiétant. Ni comment il surgit, ni de quoi il est fait, ni pourquoi il persiste. L’animatrice de l’émission Avec philosophie va donc mener l’enquête et tenter de cerner ce qui fait de nous des obsédés. Car n’ayons pas peur des mots, ce qui se joue lorsqu’une idée ne vous quitte plus porte un nom : l’obsession. Le terme fait sa première apparition en 1470 dans le Dictionnaire historique de la langue française. Il a aujourd’hui envahi jusqu’à notre langage.
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On ne dit plus j’aime, je suis fan, c’est mon truc, remarque l’écrivaine mais c’est mon obsession, ou je suis obsédé par, ou ça m’obsède. Tic également repérable dans la presse où il n’est question que de l’obsession de Trump pour l’immigration, de l’obsession de notre société pour les écrans, de l’obsession d’un homme pour une femme. Bref l’obsession est partout. Il y a pourtant obsession et obsession. Celle qui vous conduit à vous laver vingt fois par jour les mains et celle qui conduit au meurtre. Avant d’être un phénomène de société, l’obsession a souvent eu une connotation négative. L’obsédé a d’abord été sexuel. Mais aussi, obnubilé, détraqué, intoxiqué. En un mot : fou. La philosophe elle-même avoue n’avoir qu’une hantise : que ses obsessions la conduisent à accomplir l’irréparable. « Quelle est cette part de moi qui m’apparait à travers l’obsession, mode de pensée parasite et fixe dont je ne suis pas maître et qui me déconnecte du réel, (…) me fait peur et me fait honte ? » s’interroge-t-elle. Cessons de stigmatiser l’obsession, s’insurge-t-elle, rappelant que cette dernière est à l’origine de nos plus grands chefs d’œuvre. Que serait la peinture sans l’obsession de Monet pour les nymphéas ou celle de Renoir pour les nus ? Que serait la littérature sans Rastignac et son obsession de la renommée, sans Raskolnikov et son obsession d’être coupable ou sans Solal et son obsession de l’amour absolu ? Le cinéma n’est pas en reste avec des films comme L’enfer d’Henri-Georges Clouzot qui met en scène un mari dévoré par la jalousie, ou plus près de nous Liaison fatale d’Adrian Lyne (notre photo) dont l’autrice fait une analyse fascinante. Convoquant aussi bien Freud que Valéry ou Deleuze, Géraldine Mosna-Savoye traque son sujet en véritable obsessionnelle. Avec érudition, perspicacité, opiniâtreté, prouvant qu’obsession rime bel et bien avec création.
L’obsession, un régime intérieur de Géraldine Mosna-Savoye, Éditions de l’Observatoire 160 pages
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