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Ayoub Aissiou, l’homme des années Bouteflika qui embarrasse l’Espagne

Madrid a-t-elle intérêt à laisser le sort de cet individu rafraichir ses relations avec Alger ?


Ayoub Aissiou, l’homme des années Bouteflika qui embarrasse l’Espagne
Ayoub Aïssiou. Image de profil sur X.

Arrêté à Barcelone à la demande de l’Algérie, Ayoub Aissiou est devenu un sujet de tension entre Alger et Madrid, qui vient de refuser son extradition.


Plusieurs personnalités françaises se sont mobilisées en faveur de cet homme d’affaires qui se présente comme un opposant au pouvoir algérien. Son parcours est pourtant plus complexe : l’homme a fait l’essentiel de sa carrière sous Abdelaziz Bouteflika et est aujourd’hui cerné par des poursuites qui concernent des affaires de droit commun. Madrid a-t-elle intérêt à laisser le sort de cet individu rafraichir ses relations avec Alger ?

Casse-tête

Les dossiers concernant des personnalités étrangères installées ou arrêtées dans un autre pays sont par nature délicats. La justice doit examiner les faits, mais elle doit aussi déterminer si la personne réclamée par son pays d’origine risque d’y être poursuivie pour des raisons politiques. Lorsque l’intéressé est connu, dispose de soutiens à l’étranger et que deux États entretiennent des relations compliquées, une procédure d’extradition peut rapidement devenir un sujet diplomatique.

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C’est ce qui se passe aujourd’hui en Espagne avec Ayoub Aissiou. Le 25 juillet 2026, cet homme d’affaires algérien de 44 ans est interpellé à l’aéroport de Barcelone-El Prat alors qu’il arrive de Casablanca. Visé par une demande d’extradition d’Alger, il est placé en détention provisoire avant d’être remis en liberté sous contrôle judiciaire le 4 septembre par l’Audiencia Nacional. Son passeport lui est retiré et il lui est interdit de quitter l’Espagne.

Installé en France depuis 2019, où il a demandé l’asile, M. Aissiou se présente désormais comme un opposant au pouvoir d’Abdelmadjid Tebboune. Plusieurs personnalités françaises ont appelé à empêcher son extradition et un comité international s’est constitué pour le soutenir. Sa défense considère qu’un retour en Algérie l’exposerait à des persécutions et conteste la nature des poursuites engagées contre lui. Reste que le parcours de M. Aissiou ne commence pas avec son départ d’Algérie en 2019. Il a construit sa carrière pendant les années Bouteflika, avant de devenir un adversaire du pouvoir qui lui a succédé, un passé qui rend son cas moins évident que celui d’un opposant poursuivi pour ses seules activités politiques.

Un homme des années Bouteflika

Né en 1982 à El Biar, sur les hauteurs d’Alger, Aissiou développe dans les années 2000 et 2010 des activités dans l’industrie, l’immobilier et les médias. Il devient notamment propriétaire de la chaîne El Djazairia One. Il est également le gendre de Bachir Ould Zemirli, ancien vice-président de la Fédération algérienne de football, avec lequel il a entretenu des liens d’affaires en France.

Son ascension intervient à une époque où les relations entre le pouvoir politique et certains grands entrepreneurs algériens sont étroites. L’accès au crédit, aux autorisations administratives et aux grands projets dépend alors largement de l’État. Après la chute de Bouteflika en 2019, plusieurs hommes d’affaires ayant prospéré durant cette période sont poursuivis par la justice algérienne. M. Aissiou quitte le pays pour la France et devient progressivement un opposant au nouveau pouvoir, statut qu’il ne possédait donc pas au moment où se sont déroulés plusieurs des faits qui lui sont aujourd’hui reprochés.

Les condamnations prononcées en Algérie concernent principalement des infractions économiques. Conflits fait état de trois décisions successives : quinze ans de prison en 2022, vingt ans en 2023 puis vingt ans en décembre 2025, notamment pour blanchiment, transferts illicites de capitaux et dissipation de produits de crimes. Les enquêteurs algériens se sont également intéressés à ses sociétés, à des mouvements de capitaux vers l’étranger et à ses relations avec plusieurs responsables de l’époque Bouteflika. Africa Intelligence rapporte notamment qu’en 2017, un chèque de 50 millions de dinars provenant de Casteel, une aciérie appartenant à M. Aissiou et à ses frères, a été émis au bénéfice du FLN. La justice algérienne soupçonne que ce financement ait pu faciliter certaines démarches auprès de l’administration.

Le dossier mentionne aussi Abdeslam Bouchouareb, ministre de l’Industrie entre 2014 et 2017, qui avait accordé à Aissiou un agrément pour un projet d’usine de montage Ford, usine qui ne sortira finalement jamais de terre.

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Mais les éléments les plus susceptibles de mettre à mal la défense d’Ayoub Aissiou sont plus récents : le quotidien espagnol El Debate vient ainsi de révéler l’existence d’une plainte déposée en Espagne dans laquelle le nom d’Aissiou est cité à propos d’un réseau présumé de trafic international de stupéfiants. Celui-ci aurait contribué à acheminer de la drogue depuis le Brésil et la Guinée-Bissau vers l’Europe et l’Afrique du Nord. La plainte mentionne également Rúben Oliveira, dit « Xuxas », figure connue du narcotrafic portugais. Si le bienfondé de ces accusations reste à établir, elles ont toutefois une particularité importante : cette procédure n’émane cette fois pas d’Alger mais est apparue en Espagne.

Un dossier devenu diplomatique

L’affaire intervient alors que Madrid et Alger essaient de normaliser leurs relations après plusieurs années difficiles. L’Algérie reste importante pour l’Espagne en matière d’énergie, de commerce et de sécurité en Méditerranée. Or, si Madrid n’a certes pas à extrader M. Aissiou pour satisfaire Alger, sa qualité d’opposant ne permet pas non plus d’écarter les faits de droit commun qui figurent dans son dossier, la plupart étant antérieurs à son départ d’Algérie et à son engagement contre le pouvoir actuel.

C’est toute la difficulté de ces affaires. Un homme poursuivi pour des infractions de droit commun peut aussi être devenu un opposant politique, et un État peut avoir intérêt à récupérer un adversaire sans que les accusations portées contre lui soient nécessairement inventées. Dans le cas d’Aissiou, c’est précisément ce que la justice espagnole doit essayer de départager.

La question est d’autant plus sensible que son cas pèse désormais, nous l’avons dit, sur le rapprochement entre Madrid et Alger. L’Espagne doit pouvoir examiner son dossier sans faire de la relation avec l’Algérie un critère judiciaire, c’est incontestable, mais elle ne doit pas non plus laisser la mobilisation politique autour de M. Aissiou remplacer l’examen des faits. Comme souvent lorsqu’une personnalité importante est poursuivie à l’étranger, la justice et la diplomatie finissent par se croiser. Reste à savoir, dans le cas d’Aissiou, quelle part relève réellement de la politique et quelle part relève du droit et de la souveraineté d’un Etat sur ses ressortissants et justiciables.



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Diplômé de l'École Européenne d'Intelligence Économique (EEIE) et consultant, Charles de Blondin est le rédacteur en chef du média billetdefrance.fr

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