Jean-François Copé ne doute pas de lui : il doit être évidemment crédité des seules bonnes idées de la gauche! Ainsi, sous son influence prétendue, il félicite le ministre de l’Intérieur d’avoir, dans un discours à Strasbourg, invité l’islam de France à s’organiser.
Cette approbation tactique constitue sans doute, pour lui, un opportun contrepoint à la polémique née de sa dénonciation du « racisme anti-Blanc » dans son livre-programme où il briserait « un tabou ». Le comble, c’est qu’en assumant sa position et devant l’ampleur de la controverse, il n’est pas loin de démontrer la réalité de l’audace intellectuelle et politique qu’il se prête (Le Figaro, Le Monde, Le Parisien).
Qui peut se dire surpris par cette apparente provocation ? Elle n’est pas seulement liée au combat interne à l’UMP qui contraint d’une part à une ridicule et hypocrite inféodation à Nicolas Sarkozy et d’autre part à une surenchère dans la prise en compte de thèmes extrêmes et pas forcément faux pour autant. Mais JFC, comme un bon élève de son maître, poursuit aussi, dans le même registre, la navrante fin de campagne de 2012 où NS, trop largement distancé, a cyniquement exploité un fonds de commerce et rattrapé une partie de son retard mais en perdant beaucoup de son crédit pour l’avenir.

Alors ce racisme anti-Blanc, en réalité anti-Français existe-t-il ? Vise-t-il à détruire l’identité telle qu’un Richard Millet la revendique, de « blanc, catholique et hétérosexuel » (Le Spectacle du Monde) ? Cet antagonisme entre les Français de souche et les minorités, dans les cités où la vie collective est ruinée et les tensions à leur comble, est-il fictif et sorti seulement de la tête de politiciens égarés ou démagogues?
Le Premier ministre, au cours d’une pénible et difficile prestation entrecoupée d’un débat qui ne l’était pas moins, a admis, parce que son honnêteté est évidente, que le « racisme anti-Blanc peut exister » (France 2). Ce n’est pas parce que ce racisme prend des formes différentes et n’est pas équivalent à celui que nous avons l’habitude de condamner qu’il ne mérite pas, si on l’estime nécessaire, à son tour d’être mis en cause. J’entends bien que, pour un Laurent Joffrin pourtant accoutumé à accepter de considérer des lanternes plutôt que des vessies, la réalité est rude et le commentaire sur elle trop décapant et risqué pour peu que la vérité veuille le gouverner. Quand JFC résume en soulignant que « ce racisme-là est aussi inacceptable que toutes les autres formes de racisme », certes il ne propose rien, comme le lui a reproché Valérie Pécresse au nom de François Fillon, mais il énonce une évidence qui, pour trancher dans notre appétence pour le « socialement correct », n’en est pas moins recevable.

Il y a des débats qui éclatent dans la fulgurance et semblent choquants alors que souvent ils ne font que concrétiser une longue réflexion collective antérieure ou des intuitions largement ressenties. Qui n’a jamais fait ce constat d’un racisme ou au moins d’une hostilité ostensible de la part de cette humanité appartenant à telle ou telle minorité, parfois de ces Français irrités à l’encontre d’un pays qui n’était devenu que mécaniquement le leur ? Est-il donc si douloureux d’appréhender lucidement la chose plutôt que de s’empoigner sur le nom qu’on lui donne ?
Mais ces remous n’en seraient pas ou du moins relèveraient de l’intensité contradictoire d’une vie démocratique si derrière JFC, ne se profilait pas le FN et ses mots, ses maux.
Je me demande à ce sujet si nous n’avons pas atteint le comble du grotesque. Plus la réalité du monde et de notre pays est complexe, contrastée, violente, menaçante, plus la tendance est de se détourner sur des chemins buissonniers et des querelles de dérivation. Cela n’a pas manqué avec ce « racisme anti-Blanc ». L’important n’était pas de s’interroger sur ce phénomène, qu’on l’estime exact, exagéré ou faux. Mais de s’indigner parce que les mots appartenaient au vocabulaire du FN et à son langage. A nouveau, ce parti se voyait paradoxalement gratifié d’être le propriétaire d’un vocabulaire qui cependant indivis était à la disposition de tous les citoyens. Le FN, en quelque sorte, exploitant certains concepts, aurait le pouvoir de privatiser les mots et interdirait l’emploi de ceux-ci par ses adversaires politiques même mitigés. « Racisme anti-Blanc » serait donc une expression à ostraciser et, pourquoi pas, immigration, insécurité, délinquance, laxisme, national, préférence ou patrie ? Tellement incapables de prendre de plein fouet une France qui nous fait peur, parfois, en même temps qu’on l’aime, on s’échine à jouer absurdement sur les mots.

Parce que le langage a été touché par le FN, il serait souillé, et forcément les idées qui vont avec. C’est une attitude, une démarche puériles. J’entends déjà les réactions de ceux qui opposeraient que le langage n’est pas neutre mais il n’y a pas mille moyens pour exprimer une probabilité, voire une certitude, en tout cas un constat : on ne dispose que des mots qui renvoient le plus précisément possible à ce qu’on souhaite décrire et analyser. Aussi, le racisme anti-Blanc dénoncé par JFC, même si on le déclare fantasmé, est d’abord l’exercice de son droit d’écrire, avec SES mots et SON vocabulaire, ce qu’il pense et qui est hérité ou non du FN.
Pour beaucoup de ses adversaires, il s’agit avant tout d’un Copé conforme !
Mais, de même qu’une certaine forme maladroite, obsessionnelle et abstraite d’antiracisme a favorisé ce qu’elle prétendait combattre, l’angoisse de n’être pas si peu que ce soit relié au FN, même par la banalité universelle des mots, donne à ce dernier un statut certes de pestiféré mais infiniment puissant et redoutable. On l’amplifie à force de le craindre ainsi.
La parole, l’écrit sont à tous.

*Photo : Phil du Valois.

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