À droite, il se passe quelque chose: MM. Lisnard et Retailleau vont déjeuner ensemble… Le premier plaide toujours pour l’organisation d’une primaire comme l’a fait la gauche.

Porté par une offensive et imaginative campagne numérique, l’énergique maire de Cannes, surfant sur une crête anti-système, est testé pour la première fois, dans un sondage, devant Bruno Retailleau, patron des LR. Un second baromètre confirme parallèlement sa progression dans l’opinion. Un déjeuner stratégique (déjà décisif ?) est prévu cette semaine entre les deux « concurrents », avec l’incontournable Robert Ménard dans le rôle de médiateur…
Tout démarrage de campagne présidentielle recèle son lot de surprises et de fantasmes… On se souvient encore de 2002, lorsque Jean-Pierre Chevènement était annoncé comme le fameux « troisième homme », et de 2017, qui vit un impétrant par effraction, Emmanuel Macron, être sondé entre 6 et 8 %, affolant le camp socialiste. On connaît hélas trop bien la suite… Alors que le tiercé des favoris occupe le devant de la scène depuis maintenant plusieurs mois (Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe — mais dans quel ordre pour la seconde place ?), la récente primaire de la gauche socialiste et démocratique a confirmé l’entrée officielle dans la course d’un candidat « neuf » se présentant à sa première présidentielle, non compromis par la gouvernance macroniste usée jusqu’à la corde. Aura-t-on bientôt son équivalent de droite en la personne de David Lisnard, que personne n’attendait vraiment sur la liste des partants à ce niveau ?
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Cartes sur table ?
Un sondage Ifop publié jeudi soir donne le fringant président de Nouvelle Énergie à 6 % des intentions de vote… devant Bruno Retailleau (LR), estimé, lui, autour de 5 % (soit dans la marge d’erreur). Petit séisme dans le landernau de la droite libérale et républicaine. L’impensable pourrait-il se produire ? Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, un récent baromètre Ipsos-BVA-Cesi pour La Tribune Dimanche est venu renforcer l’optimisme dans le camp du maire de Cannes, par ailleurs président de la puissante Association des maires de France (AMF), lui assurant un sérieux atout en termes d’ancrage et de proximité territoriaux : 16 % des sondés se diraient satisfaits en cas d’arrivée à l’Élysée de David Lisnard, une hausse de quatre points en un mois.
Selon le patron des Républicains, qui assure « très bien vivre » cette situation concurrentielle, les deux candidats au coude-à-coude déjeuneront ensemble la semaine prochaine (vraisemblablement mercredi), en compagnie également du maire de Béziers (DVD), Robert Ménard, médiateur informel qui entretient de bonnes relations avec les deux hommes.
David Lisnard a publiquement exprimé son admiration pour le cofondateur de Reporters sans frontières, évoquant leurs « affinités » et leurs échanges réguliers et authentiques, loin des micros. Tandis que le bouillonnant maire de Béziers a par ailleurs déjà soutenu Bruno Retailleau contre les contestations internes aux Républicains, tout en plaidant pour une offre politique différente du macronisme comme du Rassemblement national. Il pourrait donc jouer trois rôles clés : celui d’intermédiaire entre deux concurrents d’une même famille politique ; celui de garant d’un dialogue au sein de la droite conservatrice et libérale ; celui d’aiguillon, en poussant les deux hommes à éviter une dispersion suicidaire. Mais aucune source n’indique encore à ce stade que Robert Ménard serait chargé de négocier formellement un accord.
Pas de stupidités !
« Il y en a un qui devra évidemment se retirer », concède lucidement le patron LR. « Le plus stupide serait qu’on aille tous les deux au bout[1]. » Reste évidemment à déterminer selon quelle procédure, à quelle échéance et au bénéfice de quel candidat.
Le maire de Cannes continue de défendre, de son côté, l’idée d’une primaire de la droite et du centre organisée idéalement en décembre 2026 ou janvier 2027. On voit mal Édouard Philippe, promis pour le moment à une place sur le podium dans quasiment toutes les configurations, y souscrire… tandis que Bruno Retailleau est déjà légitimement investi par les adhérents LR. Cette divergence constitue sans doute le principal obstacle à un accord rapide.
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Il y a fort à parier que c’est la dynamique sondagière de ces prochaines semaines qui fixera le cap. Certains le déplorent, mais ce sont avant tout les sondages qui font aujourd’hui office de primaire, et la droite a trop été marquée par les batailles fratricides de 2017 et de 2022 pour recommencer cet exercice éminemment périlleux, laissant parfois des cicatrices qui ne se referment jamais…
Reste évidemment l’exemple fameux de 1995 que cite souvent Retailleau, via les souvenirs, toujours très vifs, de François Baroin, soutien aujourd’hui de l’ancien ministre de l’Intérieur. En janvier 1995, le candidat Chirac, au plus bas dans les sondages, organise un rassemblement des quelque 500 parlementaires de l’« Union » RPR-UDF censés le soutenir. Une vingtaine seulement répondront présent… L’écrasante majorité ayant fait le choix de l’ancien Premier ministre Édouard Balladur, le candidat médiatique alors « dans le vent », mais qui eut au final « un destin de feuille morte », selon la célèbre citation du philosophe Jean Guitton que reprit opportunément à son compte le madré Chirac, qui réussit un légendaire come-back en quelques semaines sur la thématique « socialo-gaullienne » et anti-élites de la « fracture sociale ».
On aimerait évidemment être une petite souris pour écouter mercredi les échanges entre convives, avec sans doute l’amorce d’un début de stratégie concertée. Entre le fromage et le dessert, l’enjeu sera clairement d’éviter que deux candidatures voisines et de qualité ne s’annulent mutuellement, perpétuant, à l’approche d’Halloween, la malédiction de « la droite la plus bête du monde »…
[1] Europe 1, 15 octobre.




