« L’Avenir pour tous », ça commence aujourd’hui. Frigide Barjot vient de lancer son nouveau mouvement d’action politique, entourée notamment de Xavier Bongibault, de Laurence Tcheng, de Thierry Vidor (Familles de France) et d’Antoine Renard (AFC). Qu’elle ait tenu sa conférence de presse dans une cave (de Saint-Germain des Prés), face à une poignée de journalistes capables de s’aventurer en terrain non médiatique, est certainement un signe prometteur : on connaît des mouvements qui sont nés très petits dans des caves, des grottes, des souterrains, et qui ont eu quelque retentissement.
Maintenant que la loi Taubira est passée de force, l’objectif de « L’avenir pour tous » est de la réformer pour protéger la filiation. « Le vrai clivage est la question des droits de l’enfant ». Partant d’un état de fait social et légal incontournable, l’idée est de conserver les droits juridiques et patrimoniaux des couples homosexuels, sous forme d’union civile, et de faire entrer le terme de « mariage » dans la constitution en spécifiant qu’il est l’union d’un homme et d’une femme. Distinction qui n’est pas discrimination, et permettrait d’éviter les dérives de la fabrication d’enfants par PMA et GPA . « Le principe de filiation doit reposer sur une seule base ». « On a voulu enfermer les couples de même sexe dans une loi qui dépasse leur capacité, note Clément d’Homovox. Nous ne demandons pas l’égalité, mais l’équité, et la justesse ».
La méthode pour y parvenir ? « S’adresser à tous les candidats politiques, en amont des élections, pour leur demander d’inscrire à leur programme cette norme constitutionnelle qui met au premier plan le souci de la filiation. C’est une méthode qui a un double avantage, elle redonne la parole aux Français sans remettre en question les principes électifs ».
Les moyens ? Du travail et de la conviction. « On repart à zéro, avec une équipe de juristes, et en comptant sur tous ces jeunes qui se sont mobilisés et ont maintenant à réfléchir et à devenir efficaces pour que la loi, même si elle est votée, ne passe pas dans les mœurs », explique Frigide Barjot.
« C’est une suite à la Manif pour Tous », dit-elle, bien placée pour savoir que personne n’imaginait l’extraordinaire dynamique qui s’est enclenchée en novembre dernier. Depuis, il y a eu parmi les dirigeants des désaccords, des pressions, des exclusions. « Aujourd’hui, nous parlons du dehors. On nous avait dit que la constitutionnalisation du mariage homme-femme serait portée par l’ensemble du mouvement, et que pour l’union civile des homosexuels, que nous défendons, on resterait dans la neutralité. En fait, il y a eu des pressions et des violences. C’est compliqué d’évoluer, c’est comme un corps vivant qui a des crises de croissance. Nous nous trouvons dans une séquence médiatique de discrédit et de dénigrement. Quand votre activité, c’est votre engagement, et que vous vous retrouvez sans moyens et menacés d’expulsion, c’est dur à vivre ! » Ça ne l’empêche pas de s’être faite belle, de rayonner, de rire et de danser au milieu des amis. Il y a des après, à Saint-Germain-des-Prés !
Veilleurs debout !
Il y a quelques jours, alors que la jeunesse stambouliote battait le pavé et enchaînait les manifestations au prix d’inévitables violences, un jeune chorégraphe turc de 34 ans, Erdem Gunduz, inventait une nouvelle forme de protestation consistant à rester debout, silencieux et immobile, en réponse à l’interdiction de manifester Place Taksim. Très vite, de nombreuses personnes rejoignaient l’artiste et les caméras du monde entier se pressaient pour immortaliser ce statisme inoffensif qui se révélait bien plus percutant que les tirs de projectiles et l’énergique scansion des slogans. Mardi dernier, le ministre de l’Intérieur turc, Muammer Gule, se résignait ainsi : « Si cette protestation ne nuit pas à l’ordre public ou n’influence pas la vie en général, nous ne pourrons pas intervenir dans de telles manifestations. » Le nouveau symbole de la contestation de la jeunesse turque s’expliquait quant à lui sur la BBC : « Je ne suis rien… L’idée importante est : pourquoi les gens résistent au gouvernement ? Le gouvernement ne veut pas comprendre pourquoi les gens sont dans la rue. » De Rome à Paris et de Berlin à Bruxelles, médias et politiques se retrouvaient unanimement pour saluer l’homme qui, à lui seul, résumait l’antienne de Bernanos lorsqu’il affirmait ne pas être dressé, mais simplement debout.
Autre temps, autre mœurs. Hier, au cœur de la capitale, place Vendôme, quelques jeunes opposants à la loi Taubira fixent la Chancellerie. Sans bruit, sans mouvement, parfois avec un livre ou un polycopié de droit, ils laissent passer les heures et les passants ébahis. Seul moment de distraction, ces quelques enfants qui se présentent spontanément à eux, une bouteille d’eau ou un goûter à la main. Après quelques bouchées et gorgées, ils esquissent un sourire et reprennent la pose, comme ces statues vivantes qui hantent les abords du musée du Louvre et recherchent la générosité des touristes. Ces veilleurs debout –comme on les appelle déjà – ne demandent rien. Mais ils espèrent toujours. Il y a quelques jours, un des leurs est parti vers Fleury-Mérogis sans aucune raison valable à leurs yeux, sinon celle d’afficher ouvertement son opposition au mariage homosexuel au moyen d’un polo floqué et d’avoir refusé un prélèvement ADN. Ils ont l’impression que les moyens démocratiques leur sont de plus en plus fermés. Plus de quatre manifestations leur ont déjà été refusées, certaines sont cantonnées à des lieux invisibles au public (la dernière en date a eu lieu dimanche dernier, Place Dauphine, endroit en vase clos, s’il en est), le nombre de participants est toujours minimisé et les violences souvent provoquées, sans cesse exagérées et dénoncées à outrance, jugent-ils. Alors ils sont allés chercher ces recettes qui marchent, celles que l’on vante en France et en Europe, celles qui interpellent un régime et qui appellent au pacifisme. Face à l’hôtel de Bourvallais, les voilà les Erdem Gunduz français.
L’idée était sans doute trop bonne, l’initiative prometteuse. Car au bout de quelques heures, alors que de nombreux effectifs venaient remplir les rangs, la police décidait d’intervenir et d’encercler les veilleurs debout, avant de les disperser au prix de deux arrestations. Ce que la police turque n’avait pas osé faire, la police française l’a donc fait. Ce n’était pourtant ni une manifestation (elle eût sinon été préméditée et devait être déclarée), ni un attroupement comme l’entend le Code pénal (il eût fallu qu’il trouble la tranquillité, la salubrité, la sobriété ou la dignité de la personne humaine) mais un rassemblement spontané d’individus unis en pensées par leur opposition au mariage homosexuel. Il est clair que ce rassemblement a dû troubler, voire énerver. Comme le type qui vous regarde fixement dans le bus, comme ce passant qui se plante au milieu du trottoir et retarde votre course, comme l’oisif qui flâne et paresse au milieu de la cohue, comme le bellâtre aux lunettes carrées dont on devine si facilement l’orientation politique. Mais il n’y avait aucun motif qui puisse légitimer à un seul moment que les forces de l’ordre entourent ces jeunes puis les ramènent au métro. Sauf à considérer dans un premier temps que les ballerines et les mocassins sont les caractéristiques d’un opposant au mariage homosexuel. Puis à juger dans un deuxième temps que l’opposition à un tel mariage est constitutive d’un délit. Mais dans une démocratie, cela ne se conçoit pas. Alors si ces jeunes ont été dispersés mardi dernier, si ce n’était pas pour ce qu’ils faisaient (ils ne faisaient rien), si ce n’était pas pour ce qu’ils pensaient (on est encore loin de savoir lire dans les pensées), était-ce alors pour ce qu’ils sont ? That is the question aurait dit l’autre.
*Photo : frsalefran.
Fioraso speaks globish
Comment perdre notre influence de vieille nation ? Eh bien, c’est tout simple : il suffit de mépriser les gens qui aiment encore la langue française. En France, bien sûr, mais aussi ailleurs, en passant par profits et pertes un de nos derniers atouts géopolitiques : la francophonie.
On a bien compris depuis les récentes lubies de madame Fioraso, ministre de l’enseignement supérieur, que continuer à vouloir maintenir le français à l’Université relevait de l’inconscience et du provincialisme le plus crasse à l’heure de la mondialisation. Son projet de loi sur les cours en anglais à la fac rencontre quelques résistances mais on sent bien que si ce n’est pas ce coup-ci, ce sera le prochain. Depuis le livre décisif de Dominique Noguez, La colonisation douce, au début des années 90, n’importe quel observateur un peu lucide constate que nous perdons du terrain chaque jour et qu’il va de soi que l’anglais, ou son succédané à usage mercantile, le globish deviendra la langue officielle d’une Europe réduite à une zone dont la seule loi fondamentale sera la concurrence libre et non faussée. Alors, la langue française, n’est-ce pas, on va pas s’embêter avec ça. Madame Fioraso l’a bien dit, si on continue avec le français, « Nous nous retrouverons à cinq à discuter de Proust autour d’une table. »
On croyait avoir atteint sous Sarkozy le sommet du mépris pour la culture, la littérature, le « bruissement de la langue » (aurait dit Barthes), et pas seulement avec la fameuse Princesse de Clèves bolossée à plusieurs reprises par l’ex-président mais aussi avec Christine Lagarde qui, lorsqu’elle débuta à Bercy écrivait en anglais les notes pour ses collaborateurs et avait eu cette phrase mémorable : « Assez pensé, retroussons nos manches ! ».
Nous nous trompions. L’idée que se fait madame Fioraso de l’enfer sur terre et de notre décadence, c’est d’être à cinq autour d’une table pour discuter de Proust. Quand nous avons voté au second tour pour François Hollande, nous savions bien que ce n’était pas pour son programme économique qui était le même que celui de l’UMP. Mais au moins, nous disions-nous, avec les socialistes, nous serions à l’abri de ce mépris-là. Encore raté, donc. En même temps, à force d’élire des présidents qui n’aiment pas la littérature (François Hollande ayant confié qu’il ne lisait pas de romans) il est un peu normal d’avoir l’impression d’être gouverné par des épiciers qui confondent la France avec un petit commerce de centre-ville assiégé par ces grandes surfaces que sont les puissances émergentes.
Enfin, toujours est-il que parmi les cinq archaïques qui liront Proust autour d’une table dans une université française, il n’y aura pas Bousso Dramé. Pourtant elle aurait pu. Bousso Dramé est une jeune femme sénégalaise qui aime le français. Elle l’aime tellement qu’elle a participé au concours national d’orthographe 2013, organisé par l’Institut Français de Dakar dans le cadre des prix de la francophonie. Elle l’a gagné et pouvait ainsi bénéficier d’un séjour en France pour se former à la réalisation de film documentaire au centre Albert Schweitzer.
Seulement voilà, elle ne viendra pas. Elle s’en explique dans une lettre plutôt digne et émouvante au Consul de France.
On doit sans doute trouver, au consulat, que les jeunes femmes noires et francophones ne sont pas assez entrées dans l’histoire. Ou on est surpris de ne pas avoir affaire à de potentiels clandestins. En effet, Bousso Dramé a eu le droit à ce qu’elle appelle des « remarques infantilisantes » quand elle a demandé son visa. Elle est aimable, Bousso Dramé. C’est en fait du vrai Tintin au Congo. Parmi beaucoup de gracieusetés, on a par exemple recommandé à la jeune femme de se méfier des jolis magasins : « Faites attention, vous allez être tentés par le shopping, il y a beaucoup de choses à acheter à Paris. Et surtout, gardez-vous de tout dépenser et de laisser une note impayée à l’auberge de jeunesse sinon vous empêcheriez les futurs candidats de bénéficier de cette opportunité ! »
Bousso Dramé a ou aura probablement des enfants. Ils apprendront l’anglais. Comme ça, ils auront l’air plus sérieux, pas du genre à ne pas payer dans les auberges de jeunesse et ils pourront ainsi faire des études supérieures en France. Si ça se trouve, ils liront même Proust autour d’une table. Il doit sûrement y avoir d’excellentes traductions. En anglais, bien sûr, pour faire plaisir à madame Fioraso.
Indomptable angélisme
L’insécurité n’est plus un fantasme et la société n’est pas la seule coupable des délits et des crimes commis sur notre territoire.
Nous revenons de si loin en matière de philosophie pénale, nous avons tellement subi les ravages d’une idéologie qui préfère repeindre la réalité aux couleurs de sa naïveté qu’avoir à combattre les malfaisances que nous sommes aujourd’hui amenés à nous contenter de peu : la découverte, par une partie de la gauche sulpicienne et de ses bras médiatique et judiciaire, d’une France quotidiennement soumise à des transgressions de toutes sortes et le fait que la responsabilité individuelle de leurs auteurs ne soit pas entièrement diluée dans un immense salmigondis qui ferait d’eux des victimes au second degré.
Dans la lutte entre la politique de l’excuse et celle de la réalité, la première a bien été contrainte d’admettre certaines données terriblement concrètes. Aussi s’ingénie-t-elle, comme pour se consoler, à jeter la suspicion sur la seconde, accusée d’être non seulement immorale, mais aussi bien moins efficace qu’elle le prétend.
Les humanistes patentés ont une conception hémiplégique de l’État de droit qui place celui-ci au seul service de ceux qui ont eu la faiblesse de s’en prendre à nos existences, à notre intégrité et à nos biens. Du coup, ils ne voient pas le paradoxe dans lequel ils sont pris : ils répètent, avec une sorte de tristesse voluptueuse, qu’il est impossible d’éradiquer totalement la délinquance et la criminalité ; mais en même temps, redécouvrant les statistiques quand elles consacrent, selon eux, un échec, ils reprochent aux pragmatiques leurs résultats médiocres. Bref, à les entendre, la bataille est à la fois vaine et perdue.
Dans ce climat, le hiatus, voire le gouffre, entre d’un côté la vision des citoyens, l’inquiétude de l’opinion publique et, de l’autre, une représentation intellectuelle et médiatique qui tend non seulement à les atténuer, mais à les délégitimer, ne peut que s’approfondir. La parole est au peuple, dit-on, mais il faut surtout qu’il ne l’ait pas : cela pourrait le conduire à se mêler de ce qui le regarde.Ce précipice entre une quotidienneté anxieuse et un espace médiatique à la fois ignorant et pétri de bons sentiments – à quelques exceptions près –, explique que les analyses rassurantes, conformes au « judiciairement et socialement » correct, bénéficient d’un traitement favorable, voire exclusif, la plupart des médias ne se sentant nullement tenus, sur les questions de sécurité et de justice, de refléter le pluralisme des points de vue en présence. C’est d’autant plus regrettable que des ouvrages parus ces derniers mois consacrent l’émergence d’une pensée qualifiée d’emblée de « réactionnaire », mais qui ne le cède en rien, pour la densité, le talent et la vigueur, aux réflexions validées par Le Monde, sanctifiées par Libération et couronnées par Télérama et Le Nouvel Observateur.
Faute de cet imprimatur journalistique qui vaut brevet de bienséance éthique, ces essais qui bousculent les fausses évidences, le conformisme paresseux et les positions acquises sont condamnés par avance. Soit on les ignore, soit on les dénonce. De ce point de vue, l’accueil réservé à La France Orange mécanique[1. Laurent Obertone, La France orange mécanique, Ring, 2013.]a constitué un cas d’école. [access capability= »lire_inedits »] Certes, on en a parlé, et son auteur a été invité à de nombreuses émissions, mais je ne me rappelle pas une seule séquence qui n’ait pas tourné au réquisitoire mené par des journalistes ou des invités qui, à l’évidence, n’avaient rien compris à l’ouvrage ou n’en avaient extrait que des bribes guère éclairantes. Il y avait pourtant matière à débat dans ce pamphlet terriblement réaliste. Intéressant à maints égards, dans sa critiques des pratiques policière, judiciaire et médiatique, le livre d’Obertone souffre de faiblesses réelles : trop riche, trop profus, abusant des comparaisons animalières, il fait se télescoper, dans une globalité saisissante, le dérisoire et le gravissime. Il n’en contient pas moins quelques vérités déplaisantes – et incontestables. Du reste, personne n’a pris la peine de les contester. Comme souvent en pareil cas, on a dénoncé le messager pour pouvoir ignorer le message. Cet Obertone n’était-il pas un « fasciste », un suppôt du Front national ? Ce soupçon distillé en boucle a suffi à dissuader presque toute velléité de critique intelligente.
Admettons que le ton volontairement polémique ait rebuté des journalistes qui n’aiment pas autant qu’ils se plaisent à le dire ce qui sort des sentiers battus. Mais comment expliquer la chape de plomb – ou, dans le meilleur des cas, de condescendance – qui recouvre le remarquable essai de Xavier Bébin : Quand la justice crée l’insécurité[2. Xavier Bébin, Quand la Justice crée l’insécurité, Fayard, 2013.]? Étayée par de nombreuses statistiques, illustrée par des exemples puisés dans l’actualité, fondée sur de solides arguments, l’analyse de Bébin démolit tranquillement, sans vergogne mais sur un ton mesuré, les poncifs de la phraséologie pénale, judiciaire, pénitentiaire, sociale et médiatique. Cette démolition est d’autant plus redoutable, donc à exclure des circuits d’information et de diffusion, qu’elle est enrichie par des propositions que les politiques pourraient aisément et rapidement mettre en œuvre.
En somme, ce livre est dangereux : d’abord parce qu’il dénonce et contredit avec une « impitoyable modération », mais plus encore parce qu’il sort du registre incantatoire pour signifier aux pouvoirs, qu’ils soient de droite ou de gauche les priorités, les urgences et les remèdes.
Bien entendu, la mécanique habituelle de la disqualification s’est mise en marche. Xavier Bébin serait « de droite » et l’Institut pour la Justice (qu’il préside et dont les travaux constituent la matière de son livre), une association « très droitière ». Il faut faire litière de ces accusations. On peut discuter la focalisation exclusive de ce think tank sur le sort des victimes de crimes ou de délits – qui ne saurait être l’unique préoccupation d’une politique pénale globale. Mais il est malhonnête de le présenter comme une émanation de la droite dure – et irresponsable d’ignorer son implacable diagnostic. C’est pourtant ce que s’emploient à faire les gardiens de l’orthodoxie, simultanément irénique et stalinienne, qui entendent ne dialoguer qu’avec eux-mêmes puisqu’eux seuls ont, au sens propre, droit de cité. D’où cette aberration : l’IPJ n’a pas été convié à la conférence de consensus (!) sur la prévention de la récidive, destinée à favoriser la réflexion collective sur le sujet. Ses représentants auraient pourtant pu y faire entendre une enrichissante dissonance.
Il faut dire que, pour la gauche angélique, le choc est rude. Face à la vérité des faits et des données, ses certitudes devraient voler en éclats. Mais non, elle continue, imperturbable, à fantasmer sur les « fantasmes sécuritaires ». Et comme elle n’en est pas à une contradiction près, elle ânonne que la France est à la fois l’un des pays les plus répressifs et les plus tranquilles du monde – nous l’a-t-on assez seriné que, sur le long terme, jamais la criminalité n’avait été aussi faible et les sociétés aussi sûres. Voilà qui devrait aider les victimes à supporter leurs souffrances.
En vérité, cet idéalisme qui se ment pour survivre est une supercherie qui a des effets dévastateurs – pas pour ceux qui le professent, mais pour les citoyens qu’ils accablent de leur mépris. On aimerait savoir ce que les belles âmes qui dénoncent comme des perroquets les « politiques sécuritaires » pensent de ces quelques données extraites du livre de Xavier Bébin qui contredisent frontalement leurs slogans éculés.
Le nombre de places de prison par habitant est, en France, inférieur de près de moitié à la moyenne de l’Union européenne. Voilà pour le « tout-carcéral » !
Faute de plainte ou d’élucidation par la police, 80% des crimes et délits ne sont jamais examinés par la justice. Voilà pour le « tout-répressif » !
Par le jeu des remises de peine et de la libération conditionnelle, un détenu peut sortir après avoir effectué un peu plus d’un tiers de sa peine. Voilà pour la sévérité inouïe du régime pénitentiaire !
Les mineurs de 14 à 18 ans représentent 1% de la population carcérale et 5% de la population générale, mais ils sont responsables de 25% des viols, 24% des cambriolages et 46% des vols avec violence. Pour en finir avec la sous-estimation compassionnelle des transgressions commises par des « enfants » !
Les peines-planchers de prison ferme pour les récidivistes sont prononcées dans seulement 18% des cas – 2% à Bobigny. Cet insuccès serait, paraît-il, la preuve de leur inefficacité. En réalité, le gauchisme judiciaire a décrété qu’elles étaient inefficaces pour ne pas les employer contre la délinquance de persévérance et la criminalité de répétition !
On pourrait poursuivre la litanie, mais cela risquerait de nourrir le soupçon à l’encontre des partisans d’une politique pénale à la fois réaliste, ferme et cohérente, inspirée par le souci de sauvegarde de la cohésion sociale et l’exigence d’un État de droit qui ne protège pas seulement les suspects et les coupables. Ils seraient des obsédés de la répression et, au fond, des malades n’entretenant un rapport joyeux qu’avec la sévérité et la punition. Rien n’est plus absurde, mais le discours ressassé de la mansuétude et l’explication rabâchée par la dureté de la société ont conquis beaucoup d’esprits, en tout cas en surface, car les adeptes de la générosité sont les premiers à protester quand, dans le concret des jours et des drames, la fermeté fait défaut.
Le constat, chiffré et documenté, du désastre sécuritaire est disponible à qui veut savoir. Son examen raisonnable devrait provoquer une révolution intellectuelle, ou au moins faire émerger d’autres pratiques et d’autres discours – on a le droit d’imaginer un avenir échappant au prévisible.
Nous n’avons pas seulement besoin d’un grand ministre de l’Intérieur. L’ampleur de la tâche exige un garde des Sceaux qui ne se contente pas d’action verbale, mais sache, au contraire, laisser leur indépendance aux Parquets, notamment celui de Paris, tout en impulsant une politique pénale et une réforme pénitentiaire. Ce qui suppose de promouvoir les meilleurs, de préférer les intelligents aux complaisants, et d’instaurer un climat de confiance.
Outre le biais idéologique évoqué plus haut, la médiocre mise en œuvre des peines-planchers révèle un climat préoccupant né au cours du quinquennat de Nicolas Sarkozy. La manière choquante dont il a traité la magistrature, ses foucades et son improvisation dans une matière qui requiert maîtrise, réflexion et écoute, ont, par une sorte de perversion judiciaire et démocratique, suscité une opposition qui, pour certains, s’est traduite par le refus, habillé juridiquement puisque la loi le permettait, de recourir à un dispositif pourtant efficace au regard de la cessation de quelques carrières délictuelles et criminelles. On ne voulait pas des peines-planchers car, inspirées par Sarkozy, elles étaient frappées de malfaisance politique.
Il faut, enfin, examiner la cause principale de nombre de dysfonctionnements : le clivage entre l’enquête policière et le processus judiciaire, le décalage entre le regard des magistrats, qui agissent au nom d’un État de droit désincarné, et celui des enquêteurs soumis à l’urgence, accablés de bureaucratie et livrés à une quotidienneté dure, violente, difficile, parfois dramatique. D’un côté, les mots et les principes des juges, de l’autre l’empirisme, qui tente d’être aussi conforme aux règles que possible, de la police. Rien, cependant, ne ferait plus progresser la lutte contre la délinquance qu’une collaboration loyale et égalitaire des magistrats et des fonctionnaires de police. Le pire serait de considérer que les premiers ont forcément l’esprit propre quand les autres doivent se contenter d’avoir les mains sales.
Enfin, comment accepter que la majesté et les décrets judiciaires soient, par principe, amendés, infléchis, amoindris, parfois ridiculisés par les pouvoirs des juges de l’application des peines et la « cuisine » pénitentiaire ? Je ne comprends pas cet humanisme qui imposerait de faire des jugements des tribunaux correctionnels et des arrêts des cours d’assises une matière évidemment révisable. Le premier devoir d’une démocratie au nom de laquelle on juge n’est-il pas de faire respecter ses décisions, quitte à admettre que leur intangibilité soit contestée dans des circonstances particulières ? Aujourd’hui, demander une exécution totale de la peine apparaît comme une provocation, alors que cela devrait être la règle – assortie d’exceptions définies avec clairvoyance.
Alors on se surprend parfois à rêver, non pas de politique pénale, mais d’une vision qui concilierait un authentique humanisme, capable d’épouser toutes les souffrances tout en ayant l’élégance de les hiérarchiser, avec le sens de l’utilité sociale et les exigences d’une rigueur respectée parce que respectable. Je persiste à espérer qu’un jour, la droite ou la gauche incarnera cette belle synthèse républicaine. On en est loin.[/access]
*Photo: Orange Mécanique, Stanley Kubrick.
Roms : juste une question de vocabulaire…
Je vais vous demander de faire un petit effort de mémoire. Souvenez-vous de ces années sombres où la France vivait sous le joug lugubre de Nicolas Sarkozy et de ses ministres sans scrupule. Les loups erraient dans les rues des villes moyennes. Les récoltes étaient désastreuses. La stérilité frappait les femmes. L’élite intellectuelle hexagonale quittait massivement le pays (Souvenez-vous des menaces insoutenables de Yannick Noah et de Jamel Debbouze…). Nous traversions une période obscure, marquée par des atrocités quotidiennes. Le Prince était amoureux d’une intermittente du spectacle, et le démoniaque ministre de l’Intérieur avait des cheveux rouges (Souvenez-vous de Brice Hortefeux…) L’air était vicié et l’ère glaciaire. Heureusement, grâce à l’élection de François Hollande nous sommes passés de l’ombre à la lumière – mais personne n’a encore répondu à la question que je posais dès la proclamation des résultats : mais qui va payer l’électricité ?
Dans ces temps obscurs, les Roms, comme nulle part ailleurs en Europe, étaient honteusement pourchassés par des hordes de policiers assoiffés de sang. Les nomades et leurs zenfants étaient continuellement traqués et expulsés. La presse eut alors l’idée d’employer le mot « rafle » pour désigner ces opérations de police – terme qui n’est pas sans évoquer, évidemment, les grandes rafles sans retour de la police française lors de la seconde guerre mondiale. Depuis que la gauche est au pouvoir, étrangement, la presse utilise moins ou même plus du tout le terme infamant de « rafle », alors que les expulsions se poursuivent. « Les évacuation continuent au même rythme qu’avant », expliquait Laurent Ghozi, cofondateur du collectif Romeurope à nos confrères du Point. Sur ce dossier, la seule rupture avec le précédent gouvernement semble être une circulaire nébuleuse imposant un « diagnostic social » avant d’évacuer un camp rom. Une circulaire « sociale » d’ailleurs non appliquée selon les observateurs. Mais, dans le grand concert médiatique, où sont passées les associations, les indignations, les jaccusations, la dénonciation des « rafles » ? Les réactions seraient donc à géométrie variable ?
Comme souvent, tout semble être une question de vocabulaire. Une honorable correspondante de Seine-et-Marne me signale d’ailleurs la publication récente dans Le Parisien d’un article portant ce titre abyssal : « Les quelques 200 Roms du Bois de Grâce se sont auto-expulsés » ! Oui, sous François Hollande les Roms ne sont plus pourchassés et raflés… ils sont même devenus raisonnables et « s’auto-expulsent ». Le journaliste explique : « Le campement de Roms du bois de Grâce, qui a abrité jusqu’à environ deux cents personnes, s’est auto-expulsé en fin de semaine dernière. Les habitants sous le coup d’une expulsion imminente prévue en milieu de semaine, ont préféré déménager » Finies les « rafles » vive les « auto expulsions » ! Qui a dit que François Hollande n’était pas le président des miracles et des bisous ?
Post-Scriptum : Notez, par ailleurs, dans le contexte de l’affaire « Clément Méric » que le groupuscule d’extrême droite Troisième Voie et son « service d’ordre », les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), en passe d’être dissous par le gouvernement, se sont « auto-dissous », a annoncé mardi 25 juin leur chef Serge Ayoub. Décidément, tout le monde a atteint une certaine maturité depuis que Pépère est arrivé à l’Élysée…
Méric : ce que dit vraiment pour de vrai la vraie vidéo
Je ne sais pas si la police partage les interprétations tirées par RTL de la vidéo du meurtre de Clément Méric, mais je sais qu’elle ne partage pas celles de Libération.
Le brave quotidien de gauche hollandiste se fendait hier d’un article tortillard pour essayer de démonter, sous un titre accrocheur, ce que révélait le matin même RTL et ce que nos propres sources policières nous avaient confirmé il y a déjà trois jours : que la vidéo de la RATP, qui n’est certainement pas au ras du bitume, mais qui permet clairement d’identifier les combattants, joue clairement en défaveur du groupuscule d’extrême gauche. Ces images infirment donc définitivement la thèse hurlée sur toutes les ondes par une gauche de bonne conscience, Jean-Luc Mélenchon en tête, d’un malheureux Clément Méric victime d’un « assassinat », donc d’un meurtre avec préméditation. Il faut d’ailleurs qu’elle soit bien dérangeante cette vidéo qui, pour avoir été entre les mains de la police depuis le 6 juin, a dû attendre presque trois semaines avant d’être évoquée publiquement. Il faut croire que la gauche qui nous gouverne, qui a déjà selon toute probabilité trafiqué les images de la Manif pour Tous du 24 mars, a un sérieux problème avec les images en général, et en particulier quand elles appuient le réel contre ses rêves.
Si l’on se résume, et toujours selon la police, Clément Méric et ses amis, cornaqués par un antifa dur-à-cuire réputé pour sa pratique des sports de combat, étaient venus spécialement à la vente privée de la rue Caumartin pour en découdre. C’est-à-dire que s’il y a eu préméditation, elle était de leur côté. Dans la boutique même, ils commencent à prendre à partie des skins peu soucieux d’en venir aux mains qui en appellent à la sécurité. Celle-ci expulse les chasseurs de skins qui, têtus, se postent en bas, dans la cour, en attendant leur proie. Quand celle-ci arrive, une deuxième fois elle requiert les services des videurs qui éloignent à nouveau Clément Méric et ses camarades. Et c’est quand les skins, rassurés, se dispersent que, dissimulée un peu plus loin dans la rue, la bande d’extrême gauche tombe à bras raccourcis sur l’un d’eux. Les autres, alertés, rappliquent : une bagarre d’une « violence extrême », selon la police, se déclenche. La tragédie se noue : alors qu’Esteban Morillo lutte contre deux assaillants, Clément Méric tente de le frapper par derrière. Morillo se retourne et lui assène deux coups en pleine figure mais, et les images le confirment, c’est sans poing américain. D’ailleurs, quand les policiers perquisitionneront chez lui, il en découvriront deux, l’un vert fluo qui serait parfaitement identifiable sur une vidéo, l’autre clouté, dont les marques auraient été trouvées sur le visage de Méric s’il avait servi. Un Méric qui, toujours selon nos informations, portait pour sa part un protège-dents, accessoire peu usité quand on est en mode shopping. La vidéo permet aussi de savoir que les mains de la plupart des combattants étaient serties de bagues d’un genre contondant, qui ne poussent guère au pacifisme.
Ce qui est troublant dans cette sinistre histoire c’est, outre la mort absurde d’un jeune homme, que ce qu’on peut appeler la gauche en l’occurrence, c’est-à-dire un mode d’être transpartisan, se soit accrochée à tout prix à une interprétation non fondée des événements qui s’est révélée très vite fausse. Il fallait à tout prix, semble-t-il, que ce drame démontre que le démon fasciste avait encore frappé. Et d’ailleurs peut-être y avait-il des pulsions fascistes dedans, mais certainement pas du côté que l’on imaginait. Est troublante cette volonté malikoussékinienne, voire carpentriste, de trouver des boucs émissaires immédiatement, dans un lynchage médiatique général, sans même que la justice ait rendu la moindre conclusion. On se souvient tous avec dégoût de l’émotion, peut-être non feinte et c’est sans doute le pire, de dame Clémentine Autain à la télévision, sûre de son droit à dénoncer un assassinat, et sans preuves. Il n’y a pas si longtemps, on nous rebattait les oreilles avec la présomption d’innocence, me semble-t-il. Il faut croire que lorsqu’il s’agit d’une certaine catégorie de la population française, il y a au contraire présomption de nocence, pour employer le vocabulaire de Renaud Camus. Il faut croire qu’une certaine partie des Français est suspecte par principe. Les skins aiment la violence ? Certainement. Leurs jumeaux les antifas tout autant.
Mais on est à Hollywood : il faut prouver que le bien ne peut être le mal. Selon nos informations toujours, le juge d’instruction saisi de l’affaire serait si impartial qu’on lui aurait dépêché un adjoint pour réenquêter à charge, un adjoint sûr de ne pas figurer sur le mur des cons. Il faut bien que les méchants paient. Puisqu’ils sont méchants. Comment disait Churchill déjà ? Ah oui : « Les fascistes de demain s’appelleront eux-mêmes antifascistes. » Il se peut que demain soit aujourd’hui.
*Photo : France 2.
Affaire Al-Dura : le temps de la vérité
Même confusément, chacun se rappelle le reportage télévisé où il a vu, où on lui a donné à voir, un enfant tué par des balles « provenant de la position israélienne », dans les bras de son père, lui-même blessé. C’était à Gaza, au 20 heures de France 2, le 30 septembre 2000, au début de la seconde Intifada. Ces images, qui ont fait le tour du monde, ont alimenté la haine contre Israël, contre les Juifs et contre ceux qui soutenaient un Etat dont les soldats tuent un enfant pour le plaisir. Ces images ont tué.
Toutes les expertises balistiques ont prouvé qu’aucune balle israélienne ne pouvait avoir été tirée en direction du père et de l’enfant. De nombreux indices suggèrent que la scène montrée n’était pas authentique. Pendant de longues années, ceux qui contestaient la version des faits présentée par France 2 se voyaient opposer le silence des autorités israéliennes. Depuis le 19 mai 2013, cet argument ne tient plus puisque le bureau du Premier Ministre israélien a rendu public un rapport officiel qui remet totalement en cause le reportage.
Il faut tirer les conséquences de ce rapport et accepter de rouvrir ce dossier pour enfin pouvoir le refermer. Il faudra expliquer comment le père et l’enfant, qui auraient reçu à eux deux 15 balles d’armes de guerre, n’ont aucune trace de sang sur leur corps, sur leurs vêtements ou sur le mur auquel ils étaient adossés. Il faudra expliquer pourquoi, après sa mort annoncée en direct, l’enfant lève le coude et tourne sa tête en direction du caméraman. Des incohérences comme celles-ci, le reportage en comporte beaucoup.
Il y a une affaire Al-Dura, controverse sur l’authenticité des images présentées le 30 septembre 2000.
Il y a un silence Al-Dura, une sorte d’omerta condamnant à l’ostracisme médiatique ceux qui pensaient mal et mettaient en doute la version officielle de France 2, tout en les attaquant ad hominem et les qualifiant de conspirationnistes extrémistes ultra sionistes. Philippe Karsenty a connu cela pendant de longues années. Moi aussi, dans une moindre mesure. Les conséquences pouvaient en être professionnellement ou personnellement destructrices. Certains ont ainsi renoncé à s’exprimer. En France, le débat est ainsi verrouillé. Mais dans la presse américaine, le terme de « hoax » (montage) est communément utilisé.
Il y a aussi une mythologie Al-Dura, génératrice de haine. à Bamako, au Mali où la France se bat contre les djihadistes de l’islam radical, la place principale est dédiée à la mémoire de « l’enfant martyr de Palestine, Mohamed Al-Dura ». Mohamed Merah, l’assassin de Toulouse et de Montauban, en prétendant « venger les enfants de Gaza », se référait à Mohamed Al-Dura. Alors qu’on ne nous dise pas que cette histoire est ancienne et qu’elle ne concerne qu’Israël.
Plusieurs contre-enquêtes ont déjà été effectuées. D’autres sont encore possibles grâce aux images détenues, aux experts mobilisables en balistique, chirurgie de guerre et analyse des images. Que ces enquêtes techniques soient neutres et internationales pour leur donner plus de poids. Si elles montrent que je me suis trompé, je saurai le reconnaître.
Au rapport qui la met en cause, France Télévisions devrait réagir constructivement. Pourquoi la télévision publique française recourt-elle au silence depuis tant d’années ? N’a-t-elle pas été elle aussi la victime d’un cameraman militant qui affirmait avoir« choisi le journalisme pour défendre la cause palestinienne », dans une région où la manipulation des images est de longue date une arme comme une autre ?
Compte tenu de son impact mondial et persistant, le dossier Al-Dura doit être rouvert et traité de façon transparente. Si France 2 ne s’y résignait pas, ce serait alors à l’échelon politique, à l’Etat français, de prendre ses responsabilités : on ne peut affirmer vouloir lutter contre l’antisémitisme en France et contre l’islam radical dans le monde si on ne l’attaque pas à la racine, la propagande de haine nourrie par des images meurtrières, probablement mensongères.
Antifas, racialistes : les années de plomb à l’envers
Les années de plomb constituent l’une des périodes les plus traumatiques de l’Italie d’après-guerre, entre la fin des années 1960 et le milieu des années 1980. Pendant près de deux décennies, le terrorisme des Brigades rouges bientôt relayé par le terrorisme noir des groupes néo-fascistes a commis plus de 600 attentats (362 morts). Cette « stratégie de la tension » a fait vaciller le République italienne, tout du moins le croyait-on jusqu’à l’ouverture récente des archives concernant toutes ces affaires.
Les historiens ont progressivement mis à jour les mécanismes très complexes qui sous-tendaient cette période. Qu’ont-il découvert ? Que la « main invisible » de l’Etat, si elle n’a pas initié cette série d’attentats, s’en est très largement servi pour discréditer son principal adversaire : le Parti communiste italien en passe d’accéder au pouvoir grâce au verdict des urnes.
Le parti démocrate-chrétien (au pouvoir) a tout d’abord laissé le champ libre à l’activisme révolutionnaire des Brigades rouges pour déborder le PCI sur sa gauche, et le discréditer auprès des électeurs. Il a ensuite favorisé les actions violentes de plusieurs groupuscules néofascistes qui entretenaient, pour certains de leurs responsables, des liens avec les services secrets italiens. Certains documents font même apparaître l’intervention de la CIA. A cela il faut encore ajouter l’action occulte de la loge P2 et les exactions commises par certains groupes mafieux – voir à ce sujet l’excellent film Romanzo criminale.
En tout état de cause, l’Etat a très largement instrumentalisé tout ce petit monde pour intensifier la « stratégie de la tension » et créer chez l’électeur moyen le besoin légitime de sécurité. Ce qui a permis d’écarter définitivement le PCI des lieux du pouvoir.
La situation actuelle de la France n’est pas, bien entendu, celle des années de plomb italiennes. Mais l’on voit bien se mettre en place, de chaque côté de l’échiquier politique, des groupes radicalisés qui risquent de constituer, demain, les idiots utiles du système.
À l’ultra-gauche, il est tout de même frappant de voir que les « Antifa » peuvent défiler dans les rues, foulard sur la bouche et casque sur la tête, sous le regard bienveillant des forces de l’ordre. Sans compter les appels plus ou moins voilés au meurtre distillés sur internet. On se dit qu’avec un petit financement et une aide logistique, ces groupes galvanisés ne seraient pas loin de ressembler à nos groupes néofascistes italiens des années 70.
À l’ultra-droite, la donne n’est pas meilleure. Le développement des « blocs identitaires » dans de nombreuses régions de France prospèrent sur la haine de l’immigré et le rejet de l’islam. Leur radicalisation idéologique et le passage de plus en plus fréquent à l’action correspondrait très clairement au débordement du Front national sur sa droite, comme le PC italien des années 60 s’était fait déborder par sa gauche. Est-il besoin, par exemple, de rappeler – puisque les médias ne le font jamais – que Marine Le Pen est déjà considérée comme une « vendue au système » par tous ces groupes radicaux.
Si l’on rassemble ces éléments épars, et que l’on y ajoute encore l’insécurité galopante et l’essor de nombreuses cellules mafieuses dans les cités, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que nous vivons déjà dans un état de tension extrême. Or, cette tension que les imbéciles du système (antifascistes et racialistes) ne cessent d’attiser ferait naturellement le jeu des partis au pouvoir. Comme dans l’Italie des années de plomb, on y retrouve d’ailleurs la droite de gouvernement et la gauche raisonnable – entendre par là les forces chargées d’ajuster les peuples à la mesure du capitalisme. Et l’on sait que la propagation larvée du chaos a toujours été le meilleur moyen de ramener les citoyens dans le giron du système.
Ce serait, en tous les cas, la seule stratégie valable pour écarter le parti qui s’oppose aujourd’hui à l’ordre établi et qui s’apprête à recueillir près d’un tiers des voix des électeurs français, comme autrefois le PC italien… Avant que les révolutionnaires, les antifascistes, les néofascistes, les services secrets, les nazi-maoïstes, les brigadistes, et tutti quanti, n’entrent en scène pour jouer une partition que le chef d’orchestre (étatique) avait écrite pour eux.

*Photo : aftershow.
Peut-on rire de Proust?
« ET CENT FOIS DANS SON SEIN CE FER A REPASSÉ ! »
25 avril. Racheté pour la énième fois À la manière de, délicieux recueil de parodies littéraires signées Paul Reboux et Charles Muller, trop souvent prêté ou perdu, ou les deux.
J’ai eu la chance de découvrir ce petit chef-d’œuvre dès l’âge de 13 ans. Grâce à mes parents, évidemment ; pas à l’école ! Pourtant, c’était exactement l’angle qu’il me fallait pour aborder la littérature. Reboux & Muller mettent en lumière les petits tics et trucs de nos grands auteurs qui, ainsi descendus de leur piédestal, paraissent aussitôt moins intimidants.
Sous leurs dehors légers, Paul et Charles donnent des conseils de lecture personnalisés : une fois qu’on a vu tout le monde par le petit bout de la lorgnette, à chacun de décider qui en sort grandi ! Sur cette base, le Reboux & Muller est vite devenu mon Lagarde & Michard à moi. Se cultiver en se moquant : une offre que je ne pouvais pas refuser.
Ce bouquin m’aura fait découvrir tout un tas d’écrivains dont je ne connaissais souvent que le nom, même pas le prénom. (Mais qui n’a jamais cru que La Rochefoucauld s’appelait Maxime ?) Tel quel, il fut, en tout cas pour moi, une excellente introduction à leurs œuvres, tant il est vrai qu’un pastiche réussi est affaire sérieuse. Il y faut non seulement une solide connaissance de l’auteur, mais une sorte d’osmose distanciée avec lui – si tant est qu’une telle chose existe.
Pour aborder Racine, rien de tel que son Cléopastre, doté d’un important appareil critique où le sérieux côtoie agréablement l’absurde. Tout l’univers de la tragédie classique tient dans la première – et interminable – tirade de l’héroïne, où elle expose à sa confidente l’ampleur de son malheur : aimée d’Antoine, mais amoureuse d’Auguste ! À l’époque, bien sûr, le potache que j’étais a surtout retenu un alexandrin : « Et cent fois dans son sein ce fer a repassé » ; mais c’est aussi comme ça qu’on apprend.
Sur le style Lamartine, tout de romantisme pompeux et de métaphores pompières, j’ai pu me faire une idée rien qu’en lisant le poème Sur la plantation d’un arbre de la liberté au milieu de la place de mon village natal. Allez, rien que le premier quatrain, pour me faire plaisir :
« Déjà l’Aurore, ouvrant sa paupière vermeille,
S’élance au firmament ; la Nature s’éveille ;
Déjà l’astre du jour, d’un rayon purpurin,
Essuie au front des bois les larmes du matin »…
Ainsi convenablement mis en garde, je n’ai guère cherché à revoir Alphonse en dehors du cadre scolaire.
Proust non plus ne fut jamais ma tasse de thé, avec ou sans madeleine. [access capability= »lire_inedits »]Je l’ai su dès que j’ai lu Un mot à la hâte… En cinq pages de circonvolutions, incises et digressions, Rebous & Muller reconstituent l’essentiel de ce qui fait le charme du style proustien. Ou pas.
Swan, empêché par une urgence de se rendre au dîner où il est convié chez les Verdurin, avec le duc d’Endormantes et Mme de Pataty, décide d’aller leur présenter ses excuses. Mais voilà qu’en chemin, un brin de cerfeuil niché entre ses dents depuis le repas de midi « ressuscite dans sa mémoire les vastes horizons de pacages peints par Ver Meer de Delft, non moins que les solennelles frondaisons d’un Hubert Robert, sans omettre les ramures exquises où Watteau répandit les roses d’un coucher cythéréen »…
Parvenu néanmoins chez ses amis, il apprend que « Madame et Monsieur sont sortis. » Qu’à cela ne tienne ! Il se fait conduire dans un petit salon pour y rédiger « un court billet d’excuse ». On devine la suite… Emporté par l’inspiration, Swan n’en finit plus de noircir des feuillets ; même les Verdurin, une fois rentrés, n’oseront pas le déranger dans son grand œuvre…
Post-scriptum des auteurs : « Pour assister au moment où Swan achève sa lettre, lire le roman suivant, À l’ombre du fruit des jeunes gens, chapitre Douze ans après ».
Depuis lors, à chaque fois que j’ai tenté de me replonger dans Proust, j’ai vu Reboux & Muller à travers.
SUR L’ENSEIGNEMENT DU SECOND DEGRÉ
29 avril. Si j’ai accédé au monde des livres, comme à presque tout le reste, par la parodie, ce n’est pas un hasard ! Ça n’étonnera que ceux qui ignorent ma qualité de Président à vie de Jalons ; pas grand monde, à coup sûr, dans le lectorat de ce magazine de qualité. Qu’ils sachent quand même, ces ignares résiduels, qu’en matière d’enseignement du deuxième degré, l’école jalonienne n’a guère de leçons à recevoir. Comme dit fièrement notre devise secrète : « À l’Ouest, rien ne nous vaut !
CAUSEUR PARODIÉ !
5 mai (Fête des ponts). À propos de parodie, Élisabeth Lévy évoquait dans un récent SMS l’idée d’en faire une de Causeur. Pourquoi pas ? En tant que spécialiste, l’idée qui me vient spontanément à l’esprit, c’est Tagueul Magazine – « Même si vous n’êtes pas d’accord ! » Mais le sera-t-elle ?
LE PARI PERDU DE TODD
RACONTÉ PAR LUI-MÊME (ET MOI)
12 mai. En 2012, dans une interview au Nouvel Obs, Emmanuel Todd déclarait : « Je parie sur l’hollandisme révolutionnaire ! » Moi, j’aurais dit le hollandisme. Mais de toute façon, je n’aurais rien dit : je ne m’y connais pas assez sur ces sujets.
Pourquoi je vous raconte ça, alors ? Parce que j’aime bien Todd et son indépendance crâne, à mi-chemin du sale gosse et du Monsieur Je-sais-tout. Un an plus tard, à l’heure du premier bilan, je me suis donc inquiété de savoir où il en était avec son pari perdu.
« Dans le déni », comme dirait mon psy ? Plutôt dans le « travail de deuil »… « Good bye Hollande ! » lance Emmanuel, en titre d’une interview à Marianne.net, où il dresse tristement l’inventaire des espoirs trahis. En photo, il arbore cette mine de Droopy qu’on lui voit souvent, entre un coup de sang et un grand rire.
Ce qui énerve Todd, c’est d’avoir cru si longtemps en Hollande, et surtout de ne plus trop savoir pourquoi. Il y a quelques mois encore, il était invité par le Président à un petit-déjeuner en tête à tête. Que s’est-il donc dit entre eux, s’inquiètent les journalistes ? « L’une des rares choses dont je me souvienne, c’est qu’il plaisantait sur les Finlandais, encore plus raides que les Allemands. » Apparemment donc, dès cette époque, il n’était plus guère question de « révolution ».
Ce qui amuse toujours Todd, en revanche, c’est de chahuter sérieusement. Surtout sur les plateaux télé où, après quelques tâtonnements, il a vite trouvé son emploi : la tête à claques savante. C’est aussi ça qui agace souvent chez lui : cette morgue naturelle avec laquelle il semble congédier ses contradicteurs en deux phrases, genre : « Vos opinions ne reposent que sur des Impressions d’Afrique à la Raymond Roussel. Les miennes sont fondées sur des recherches scientifiques incontestables : les miennes. »
J’ai l’air de me moquer, mais lui-même se le sert avec assez de verve. En vrai, ce n’est pas sa personne que Todd prend au sérieux ; seulement ses travaux. Vous me direz, la différence est mince, vu qu’il ne parle que d’eux…
Eh bien, pas tout à fait ! Dans cette interview, par exemple, entre deux considérations de fond sur le pouvoir financier et l’eurozone mort-née, il sait aussi être piquant. Même son dépit d’amoureux déçu à l’égard du Président, il le résume avec esprit : « Pour infléchir les choses, il aurait fallu qu’Hollande soit plus que de Gaulle. Mais il l’a dit, il n’est que normal. Ordinaire, même. »
Dans la foulée, l’artiste case aussi son grand numéro du moment, déjà testé avec succès en avril chez Taddeï : une charge germanophobe scandaleusement décomplexée, au point qu’on se demande si elle ne tombe pas sous le coup d’une quelconque loi antiraciste. « L’Allemagne, qui a déjà foutu en l’air deux fois le continent, est l’un des hauts lieux de l’irrationalité humaine ! » Dirait-on pas du Daudet ?
Mais ce qui rend le personnage définitivement sympathique à mes yeux, c’est sa capacité d’autodérision. Après avoir évoqué ses « restes d’espoir » en forme de « fantasmes », Todd conclut : « Mais peut-on prendre au sérieux quelqu’un qui a pris Hollande au sérieux ? »
Tout en plaidant coupable, il convoque ainsi au banc des accusés, mine de rien, tous ceux qui, comme lui, ont pris un peu trop au sérieux Hollande – et même Sarkozy. Il a raison, le bougre… Que celui qui n’a jamais voté lui jette la première pierre !
JULES LE MISÉRABLE
14 mai. Puisque décidément, dans ce magazine d’actualité, on ne peut pas parler de Chesterton tous les mois, j’ai pensé à Jules Renard pour changer. Son Journal ne me quitte guère, et pour cause : les « nouvelles » qu’il y donne de la condition humaine sont indémodables.
En date du 1er avril 1895, sous le titre Examen, cet athée-là passe sévèrement en revue sa vie (il n’a que 30 ans !) avec tous ses errements, à défaut de péchés, avant de conclure : « Je ne suis qu’un misérable, je le sais. Je n’en suis pas plus fier. Je le sais, et je continuerai. » La confession, oui ; l’absolution, non !
« L’œil clair » de Jules Renard fait merveille, aussi, pour décrire les autres. Ainsi de Mallarmé, qu’il épingle en quatre mots : « Intraduisible, même en français ».
Ç’est ça, l’avantage du Journal destiné à être publié à titre posthume : on peut tout dire sur tout et tous ! En théorie du moins… Après la mort du pauvre Jules, une bonne moitié de son manuscrit sera brûlé par les soins conjugués de sa veuve et de son éditeur, pour convenances personnelles.
Reste quand même mille pages denses, toutes de finesse et de lucidité, que l’on peut ouvrir au hasard et toujours avec bonheur. « Il faut feuilleter tous les livres, et n’en lire qu’un seul », disait-il. Si c’est vrai, je vous recommande son Journal.
BERNADETTE EN REMONTRE À SON ÉVÊQUE
16 mai. Après l’athéisme, la foi qui soulève les montagnes, et même les prélats. Dialogue entre Bernadette Soubirous et son évêque :
– « La Dame veut que vous lui construisiez une église.
– Tu veux me faire croire ça ?
– La Dame ne m’a pas dit de vous le faire croire. Elle m’a dit de vous le dire. »
VIVE PÉGUY QUAND MÊME !
19 mai. Ça devait arriver : une fois retrouvé « mon » Reboux & Muller, et malgré le « bouclage » de Causeur, je n’ai pas pu m’empêcher de le relire d’une traite – c’est-à-dire pour moi en trois jours. On ne déguste pas une liqueur comme une vulgaire « 8/6 ».
Je l’ai savouré avec autant de plaisir qu’au premier jour, voire plus : un trésor d’esprit au service de la culture − et la Bible du parodiste ! Sa première publication peut bien dater d’un siècle, les chefs-d’œuvre ne prennent pas la poussière.
À la relecture, j’ai quand même trouvé nos amis un peu sévères avec Péguy, ce républicain intransigeant devenu soudain, à 33 ans, « catholique et français toujours ». Le pauvre en prend pour son grade de lieutenant de réserve du 276e d’infanterie.
Déjà, l’avertissement en exergue de ses Cahiers donne le ton : « Un abonnement donne droit au salut militaire. Dix abonnements donnent droit au salut éternel. » Quant au titre, il donne une furieuse envie de ne pas lire : Deuxième subdivision de la trente-septième série préparatoire du cinquième des Cahiers de la Neuvaine. De fait, les Litanies de sainte Barbe sont répétitives à souhait : du Hare Krishna catho !
Sur la foi de Reboux & Muller, j’ai donc considéré longtemps Péguy comme un vieil emmerdeur. Jusqu’au jour où, l’âge venant, j’ai fini par m’intéresser à ce défenseur acharné de la foi et du drapeau – déjà ringards il y a cent ans aux yeux des beaux esprits.
Bien sûr, en tentant d’en savoir plus, j’ai buté sur plein d’obstacles, dont Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc et Le Porche du mystère de la deuxième vertu (qui n’est même pas la suite !)
Mais j’ai aussi été fasciné par la beauté de certaines pièces mystico-patriotiques. L’inspiration a un peu vieilli, certes, mais c’est aussi ça que j’aime. Le plus célèbre de ses poèmes, Charles l’avait dédié en 1913 à ses ancêtres morts au front, un an avant de les rejoindre, d’une balle au front aussi :
« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre […]
Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles
Couchés dessus le sol à la face de Dieu […]
Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés ».
C’est beau, je sais, mais, pour des raisons de place, je ne vous citerai pas ici les 163 autres vers.
L’ANGOISSE EST DANS LE PRÉ
22 mai. « Savoir que c’est soi-même, et ne pas se reconnaître. » De qui, cette troublante expérience métaphysique, entendue en zappant à la radio ? Descartes, Spinoza, Cyrulnik ? Même pas : Karine Le Marchand chez Morandini (Europe 1), à propos de son émission de téléréalité « L’Amour est dans le pré ». Résultat : je comprends encore moins bien.
LA « MANIF POUR TOUS »… SAUF BARJOT !
26 mai. Alléluia ! Barjot a résisté jusqu’au bout à la tentation de rejoindre une dernière fois cette foule qu’elle aime, et qu’elle avait largement contribué à lever. Mais il fallait trancher : depuis plus d’un mois, cette « Manif pour tous » n’était plus la sienne.
Après le vote définitif de la loi, le 23 avril, le mystérieux « Pilotburo » aux commandes du mouvement était censé tirer les conclusions de ce fait nouveau et se tourner vers l’avenir. Voilà-t-il pas qu’au contraire, il se raidit dans le jusqu’au-boutinisme, avec un mot d’ordre de « retrait sec et sans conditions » désormais dadaïste.
Face à cette radicalisation, c’est peu dire que Barjot va faire un flop en réaffirmant les contre-propositions qu’elle porte depuis l’origine face au mariage-filiation-pour-tous. Huée par le GUD à Lyon, non sans complicités dans l’organisation, elle découvre soudain l’horrible vérité : LMPT, en fait, c’est devenu LMPTLCTFA (La Manif Pour Tous les Cathos Tradis & Fachos Assimilés).
Aux yeux de l’état-major, le « mariage pour tous » s’avère n’être en fait que la dernière métastase en date d’un cancer qui ronge depuis plus d’un siècle la Fille aînée de l’Église, du PACS à la capote et jusqu’à la loi de 1905, voire le « Ralliement ».
Un tel virage sectaire n’est pas sans me rappeler le thème des récentes « Rencontres internationales des intermittents de la pensée », organisées par Jalons sur le thème : « On va dans le mur, tu viens ? » Dès lors, les vrais amis de Barjot n’ont eu de cesse de l’encourager à sauter du train fou avant qu’il ne s’écrase.
Après avoir été la cible de la gauche pensante et des gays professionnels, elle est devenue en plus celle des excités d’extrême droite. Insultée de toutes parts, accusée tour à tour d’homophobie et d’homophilophobophobie, menacée de mort par tous moyens anonymes et soutenue par sa « hiérarchie » comme le pendu par la corde, pourquoi Frigide serait-elle donc restée, en première ligne sous ces tirs croisés ?
Ce qui l’a vraiment décidée à décliner l’invitation des gentils organisateurs, ce 26 mai, c’est d’apprendre le sort qu’ils lui réservaient sur le podium : elle n’aurait tout simplement pas la parole, elle, la porte-parole historique du mouvement !
Aux yeux des médias et de l’opinion, elle incarnait la « Manif pour tous ». Comment faire savoir qu’elle n’y contrôlait plus rien : ni la dérive intégriste des hiérarques, ni sa propre liberté d’expression, ni même sa sécurité ?
En n’y allant pas.[/access]
*Photo: Kay Harpa
Veilleurs debout !
Il y a quelques jours, alors que la jeunesse stambouliote battait le pavé et enchaînait les manifestations au prix d’inévitables violences, un jeune chorégraphe turc de 34 ans, Erdem Gunduz, inventait une nouvelle forme de protestation consistant à rester debout, silencieux et immobile, en réponse à l’interdiction de manifester Place Taksim. Très vite, de nombreuses personnes rejoignaient l’artiste et les caméras du monde entier se pressaient pour immortaliser ce statisme inoffensif qui se révélait bien plus percutant que les tirs de projectiles et l’énergique scansion des slogans. Mardi dernier, le ministre de l’Intérieur turc, Muammer Gule, se résignait ainsi : « Si cette protestation ne nuit pas à l’ordre public ou n’influence pas la vie en général, nous ne pourrons pas intervenir dans de telles manifestations. » Le nouveau symbole de la contestation de la jeunesse turque s’expliquait quant à lui sur la BBC : « Je ne suis rien… L’idée importante est : pourquoi les gens résistent au gouvernement ? Le gouvernement ne veut pas comprendre pourquoi les gens sont dans la rue. » De Rome à Paris et de Berlin à Bruxelles, médias et politiques se retrouvaient unanimement pour saluer l’homme qui, à lui seul, résumait l’antienne de Bernanos lorsqu’il affirmait ne pas être dressé, mais simplement debout.
Autre temps, autre mœurs. Hier, au cœur de la capitale, place Vendôme, quelques jeunes opposants à la loi Taubira fixent la Chancellerie. Sans bruit, sans mouvement, parfois avec un livre ou un polycopié de droit, ils laissent passer les heures et les passants ébahis. Seul moment de distraction, ces quelques enfants qui se présentent spontanément à eux, une bouteille d’eau ou un goûter à la main. Après quelques bouchées et gorgées, ils esquissent un sourire et reprennent la pose, comme ces statues vivantes qui hantent les abords du musée du Louvre et recherchent la générosité des touristes. Ces veilleurs debout –comme on les appelle déjà – ne demandent rien. Mais ils espèrent toujours. Il y a quelques jours, un des leurs est parti vers Fleury-Mérogis sans aucune raison valable à leurs yeux, sinon celle d’afficher ouvertement son opposition au mariage homosexuel au moyen d’un polo floqué et d’avoir refusé un prélèvement ADN. Ils ont l’impression que les moyens démocratiques leur sont de plus en plus fermés. Plus de quatre manifestations leur ont déjà été refusées, certaines sont cantonnées à des lieux invisibles au public (la dernière en date a eu lieu dimanche dernier, Place Dauphine, endroit en vase clos, s’il en est), le nombre de participants est toujours minimisé et les violences souvent provoquées, sans cesse exagérées et dénoncées à outrance, jugent-ils. Alors ils sont allés chercher ces recettes qui marchent, celles que l’on vante en France et en Europe, celles qui interpellent un régime et qui appellent au pacifisme. Face à l’hôtel de Bourvallais, les voilà les Erdem Gunduz français.
L’idée était sans doute trop bonne, l’initiative prometteuse. Car au bout de quelques heures, alors que de nombreux effectifs venaient remplir les rangs, la police décidait d’intervenir et d’encercler les veilleurs debout, avant de les disperser au prix de deux arrestations. Ce que la police turque n’avait pas osé faire, la police française l’a donc fait. Ce n’était pourtant ni une manifestation (elle eût sinon été préméditée et devait être déclarée), ni un attroupement comme l’entend le Code pénal (il eût fallu qu’il trouble la tranquillité, la salubrité, la sobriété ou la dignité de la personne humaine) mais un rassemblement spontané d’individus unis en pensées par leur opposition au mariage homosexuel. Il est clair que ce rassemblement a dû troubler, voire énerver. Comme le type qui vous regarde fixement dans le bus, comme ce passant qui se plante au milieu du trottoir et retarde votre course, comme l’oisif qui flâne et paresse au milieu de la cohue, comme le bellâtre aux lunettes carrées dont on devine si facilement l’orientation politique. Mais il n’y avait aucun motif qui puisse légitimer à un seul moment que les forces de l’ordre entourent ces jeunes puis les ramènent au métro. Sauf à considérer dans un premier temps que les ballerines et les mocassins sont les caractéristiques d’un opposant au mariage homosexuel. Puis à juger dans un deuxième temps que l’opposition à un tel mariage est constitutive d’un délit. Mais dans une démocratie, cela ne se conçoit pas. Alors si ces jeunes ont été dispersés mardi dernier, si ce n’était pas pour ce qu’ils faisaient (ils ne faisaient rien), si ce n’était pas pour ce qu’ils pensaient (on est encore loin de savoir lire dans les pensées), était-ce alors pour ce qu’ils sont ? That is the question aurait dit l’autre.
*Photo : frsalefran.
Fioraso speaks globish
Comment perdre notre influence de vieille nation ? Eh bien, c’est tout simple : il suffit de mépriser les gens qui aiment encore la langue française. En France, bien sûr, mais aussi ailleurs, en passant par profits et pertes un de nos derniers atouts géopolitiques : la francophonie.
On a bien compris depuis les récentes lubies de madame Fioraso, ministre de l’enseignement supérieur, que continuer à vouloir maintenir le français à l’Université relevait de l’inconscience et du provincialisme le plus crasse à l’heure de la mondialisation. Son projet de loi sur les cours en anglais à la fac rencontre quelques résistances mais on sent bien que si ce n’est pas ce coup-ci, ce sera le prochain. Depuis le livre décisif de Dominique Noguez, La colonisation douce, au début des années 90, n’importe quel observateur un peu lucide constate que nous perdons du terrain chaque jour et qu’il va de soi que l’anglais, ou son succédané à usage mercantile, le globish deviendra la langue officielle d’une Europe réduite à une zone dont la seule loi fondamentale sera la concurrence libre et non faussée. Alors, la langue française, n’est-ce pas, on va pas s’embêter avec ça. Madame Fioraso l’a bien dit, si on continue avec le français, « Nous nous retrouverons à cinq à discuter de Proust autour d’une table. »
On croyait avoir atteint sous Sarkozy le sommet du mépris pour la culture, la littérature, le « bruissement de la langue » (aurait dit Barthes), et pas seulement avec la fameuse Princesse de Clèves bolossée à plusieurs reprises par l’ex-président mais aussi avec Christine Lagarde qui, lorsqu’elle débuta à Bercy écrivait en anglais les notes pour ses collaborateurs et avait eu cette phrase mémorable : « Assez pensé, retroussons nos manches ! ».
Nous nous trompions. L’idée que se fait madame Fioraso de l’enfer sur terre et de notre décadence, c’est d’être à cinq autour d’une table pour discuter de Proust. Quand nous avons voté au second tour pour François Hollande, nous savions bien que ce n’était pas pour son programme économique qui était le même que celui de l’UMP. Mais au moins, nous disions-nous, avec les socialistes, nous serions à l’abri de ce mépris-là. Encore raté, donc. En même temps, à force d’élire des présidents qui n’aiment pas la littérature (François Hollande ayant confié qu’il ne lisait pas de romans) il est un peu normal d’avoir l’impression d’être gouverné par des épiciers qui confondent la France avec un petit commerce de centre-ville assiégé par ces grandes surfaces que sont les puissances émergentes.
Enfin, toujours est-il que parmi les cinq archaïques qui liront Proust autour d’une table dans une université française, il n’y aura pas Bousso Dramé. Pourtant elle aurait pu. Bousso Dramé est une jeune femme sénégalaise qui aime le français. Elle l’aime tellement qu’elle a participé au concours national d’orthographe 2013, organisé par l’Institut Français de Dakar dans le cadre des prix de la francophonie. Elle l’a gagné et pouvait ainsi bénéficier d’un séjour en France pour se former à la réalisation de film documentaire au centre Albert Schweitzer.
Seulement voilà, elle ne viendra pas. Elle s’en explique dans une lettre plutôt digne et émouvante au Consul de France.
On doit sans doute trouver, au consulat, que les jeunes femmes noires et francophones ne sont pas assez entrées dans l’histoire. Ou on est surpris de ne pas avoir affaire à de potentiels clandestins. En effet, Bousso Dramé a eu le droit à ce qu’elle appelle des « remarques infantilisantes » quand elle a demandé son visa. Elle est aimable, Bousso Dramé. C’est en fait du vrai Tintin au Congo. Parmi beaucoup de gracieusetés, on a par exemple recommandé à la jeune femme de se méfier des jolis magasins : « Faites attention, vous allez être tentés par le shopping, il y a beaucoup de choses à acheter à Paris. Et surtout, gardez-vous de tout dépenser et de laisser une note impayée à l’auberge de jeunesse sinon vous empêcheriez les futurs candidats de bénéficier de cette opportunité ! »
Bousso Dramé a ou aura probablement des enfants. Ils apprendront l’anglais. Comme ça, ils auront l’air plus sérieux, pas du genre à ne pas payer dans les auberges de jeunesse et ils pourront ainsi faire des études supérieures en France. Si ça se trouve, ils liront même Proust autour d’une table. Il doit sûrement y avoir d’excellentes traductions. En anglais, bien sûr, pour faire plaisir à madame Fioraso.
Indomptable angélisme
L’insécurité n’est plus un fantasme et la société n’est pas la seule coupable des délits et des crimes commis sur notre territoire.
Nous revenons de si loin en matière de philosophie pénale, nous avons tellement subi les ravages d’une idéologie qui préfère repeindre la réalité aux couleurs de sa naïveté qu’avoir à combattre les malfaisances que nous sommes aujourd’hui amenés à nous contenter de peu : la découverte, par une partie de la gauche sulpicienne et de ses bras médiatique et judiciaire, d’une France quotidiennement soumise à des transgressions de toutes sortes et le fait que la responsabilité individuelle de leurs auteurs ne soit pas entièrement diluée dans un immense salmigondis qui ferait d’eux des victimes au second degré.
Dans la lutte entre la politique de l’excuse et celle de la réalité, la première a bien été contrainte d’admettre certaines données terriblement concrètes. Aussi s’ingénie-t-elle, comme pour se consoler, à jeter la suspicion sur la seconde, accusée d’être non seulement immorale, mais aussi bien moins efficace qu’elle le prétend.
Les humanistes patentés ont une conception hémiplégique de l’État de droit qui place celui-ci au seul service de ceux qui ont eu la faiblesse de s’en prendre à nos existences, à notre intégrité et à nos biens. Du coup, ils ne voient pas le paradoxe dans lequel ils sont pris : ils répètent, avec une sorte de tristesse voluptueuse, qu’il est impossible d’éradiquer totalement la délinquance et la criminalité ; mais en même temps, redécouvrant les statistiques quand elles consacrent, selon eux, un échec, ils reprochent aux pragmatiques leurs résultats médiocres. Bref, à les entendre, la bataille est à la fois vaine et perdue.
Dans ce climat, le hiatus, voire le gouffre, entre d’un côté la vision des citoyens, l’inquiétude de l’opinion publique et, de l’autre, une représentation intellectuelle et médiatique qui tend non seulement à les atténuer, mais à les délégitimer, ne peut que s’approfondir. La parole est au peuple, dit-on, mais il faut surtout qu’il ne l’ait pas : cela pourrait le conduire à se mêler de ce qui le regarde.Ce précipice entre une quotidienneté anxieuse et un espace médiatique à la fois ignorant et pétri de bons sentiments – à quelques exceptions près –, explique que les analyses rassurantes, conformes au « judiciairement et socialement » correct, bénéficient d’un traitement favorable, voire exclusif, la plupart des médias ne se sentant nullement tenus, sur les questions de sécurité et de justice, de refléter le pluralisme des points de vue en présence. C’est d’autant plus regrettable que des ouvrages parus ces derniers mois consacrent l’émergence d’une pensée qualifiée d’emblée de « réactionnaire », mais qui ne le cède en rien, pour la densité, le talent et la vigueur, aux réflexions validées par Le Monde, sanctifiées par Libération et couronnées par Télérama et Le Nouvel Observateur.
Faute de cet imprimatur journalistique qui vaut brevet de bienséance éthique, ces essais qui bousculent les fausses évidences, le conformisme paresseux et les positions acquises sont condamnés par avance. Soit on les ignore, soit on les dénonce. De ce point de vue, l’accueil réservé à La France Orange mécanique[1. Laurent Obertone, La France orange mécanique, Ring, 2013.]a constitué un cas d’école. [access capability= »lire_inedits »] Certes, on en a parlé, et son auteur a été invité à de nombreuses émissions, mais je ne me rappelle pas une seule séquence qui n’ait pas tourné au réquisitoire mené par des journalistes ou des invités qui, à l’évidence, n’avaient rien compris à l’ouvrage ou n’en avaient extrait que des bribes guère éclairantes. Il y avait pourtant matière à débat dans ce pamphlet terriblement réaliste. Intéressant à maints égards, dans sa critiques des pratiques policière, judiciaire et médiatique, le livre d’Obertone souffre de faiblesses réelles : trop riche, trop profus, abusant des comparaisons animalières, il fait se télescoper, dans une globalité saisissante, le dérisoire et le gravissime. Il n’en contient pas moins quelques vérités déplaisantes – et incontestables. Du reste, personne n’a pris la peine de les contester. Comme souvent en pareil cas, on a dénoncé le messager pour pouvoir ignorer le message. Cet Obertone n’était-il pas un « fasciste », un suppôt du Front national ? Ce soupçon distillé en boucle a suffi à dissuader presque toute velléité de critique intelligente.
Admettons que le ton volontairement polémique ait rebuté des journalistes qui n’aiment pas autant qu’ils se plaisent à le dire ce qui sort des sentiers battus. Mais comment expliquer la chape de plomb – ou, dans le meilleur des cas, de condescendance – qui recouvre le remarquable essai de Xavier Bébin : Quand la justice crée l’insécurité[2. Xavier Bébin, Quand la Justice crée l’insécurité, Fayard, 2013.]? Étayée par de nombreuses statistiques, illustrée par des exemples puisés dans l’actualité, fondée sur de solides arguments, l’analyse de Bébin démolit tranquillement, sans vergogne mais sur un ton mesuré, les poncifs de la phraséologie pénale, judiciaire, pénitentiaire, sociale et médiatique. Cette démolition est d’autant plus redoutable, donc à exclure des circuits d’information et de diffusion, qu’elle est enrichie par des propositions que les politiques pourraient aisément et rapidement mettre en œuvre.
En somme, ce livre est dangereux : d’abord parce qu’il dénonce et contredit avec une « impitoyable modération », mais plus encore parce qu’il sort du registre incantatoire pour signifier aux pouvoirs, qu’ils soient de droite ou de gauche les priorités, les urgences et les remèdes.
Bien entendu, la mécanique habituelle de la disqualification s’est mise en marche. Xavier Bébin serait « de droite » et l’Institut pour la Justice (qu’il préside et dont les travaux constituent la matière de son livre), une association « très droitière ». Il faut faire litière de ces accusations. On peut discuter la focalisation exclusive de ce think tank sur le sort des victimes de crimes ou de délits – qui ne saurait être l’unique préoccupation d’une politique pénale globale. Mais il est malhonnête de le présenter comme une émanation de la droite dure – et irresponsable d’ignorer son implacable diagnostic. C’est pourtant ce que s’emploient à faire les gardiens de l’orthodoxie, simultanément irénique et stalinienne, qui entendent ne dialoguer qu’avec eux-mêmes puisqu’eux seuls ont, au sens propre, droit de cité. D’où cette aberration : l’IPJ n’a pas été convié à la conférence de consensus (!) sur la prévention de la récidive, destinée à favoriser la réflexion collective sur le sujet. Ses représentants auraient pourtant pu y faire entendre une enrichissante dissonance.
Il faut dire que, pour la gauche angélique, le choc est rude. Face à la vérité des faits et des données, ses certitudes devraient voler en éclats. Mais non, elle continue, imperturbable, à fantasmer sur les « fantasmes sécuritaires ». Et comme elle n’en est pas à une contradiction près, elle ânonne que la France est à la fois l’un des pays les plus répressifs et les plus tranquilles du monde – nous l’a-t-on assez seriné que, sur le long terme, jamais la criminalité n’avait été aussi faible et les sociétés aussi sûres. Voilà qui devrait aider les victimes à supporter leurs souffrances.
En vérité, cet idéalisme qui se ment pour survivre est une supercherie qui a des effets dévastateurs – pas pour ceux qui le professent, mais pour les citoyens qu’ils accablent de leur mépris. On aimerait savoir ce que les belles âmes qui dénoncent comme des perroquets les « politiques sécuritaires » pensent de ces quelques données extraites du livre de Xavier Bébin qui contredisent frontalement leurs slogans éculés.
Le nombre de places de prison par habitant est, en France, inférieur de près de moitié à la moyenne de l’Union européenne. Voilà pour le « tout-carcéral » !
Faute de plainte ou d’élucidation par la police, 80% des crimes et délits ne sont jamais examinés par la justice. Voilà pour le « tout-répressif » !
Par le jeu des remises de peine et de la libération conditionnelle, un détenu peut sortir après avoir effectué un peu plus d’un tiers de sa peine. Voilà pour la sévérité inouïe du régime pénitentiaire !
Les mineurs de 14 à 18 ans représentent 1% de la population carcérale et 5% de la population générale, mais ils sont responsables de 25% des viols, 24% des cambriolages et 46% des vols avec violence. Pour en finir avec la sous-estimation compassionnelle des transgressions commises par des « enfants » !
Les peines-planchers de prison ferme pour les récidivistes sont prononcées dans seulement 18% des cas – 2% à Bobigny. Cet insuccès serait, paraît-il, la preuve de leur inefficacité. En réalité, le gauchisme judiciaire a décrété qu’elles étaient inefficaces pour ne pas les employer contre la délinquance de persévérance et la criminalité de répétition !
On pourrait poursuivre la litanie, mais cela risquerait de nourrir le soupçon à l’encontre des partisans d’une politique pénale à la fois réaliste, ferme et cohérente, inspirée par le souci de sauvegarde de la cohésion sociale et l’exigence d’un État de droit qui ne protège pas seulement les suspects et les coupables. Ils seraient des obsédés de la répression et, au fond, des malades n’entretenant un rapport joyeux qu’avec la sévérité et la punition. Rien n’est plus absurde, mais le discours ressassé de la mansuétude et l’explication rabâchée par la dureté de la société ont conquis beaucoup d’esprits, en tout cas en surface, car les adeptes de la générosité sont les premiers à protester quand, dans le concret des jours et des drames, la fermeté fait défaut.
Le constat, chiffré et documenté, du désastre sécuritaire est disponible à qui veut savoir. Son examen raisonnable devrait provoquer une révolution intellectuelle, ou au moins faire émerger d’autres pratiques et d’autres discours – on a le droit d’imaginer un avenir échappant au prévisible.
Nous n’avons pas seulement besoin d’un grand ministre de l’Intérieur. L’ampleur de la tâche exige un garde des Sceaux qui ne se contente pas d’action verbale, mais sache, au contraire, laisser leur indépendance aux Parquets, notamment celui de Paris, tout en impulsant une politique pénale et une réforme pénitentiaire. Ce qui suppose de promouvoir les meilleurs, de préférer les intelligents aux complaisants, et d’instaurer un climat de confiance.
Outre le biais idéologique évoqué plus haut, la médiocre mise en œuvre des peines-planchers révèle un climat préoccupant né au cours du quinquennat de Nicolas Sarkozy. La manière choquante dont il a traité la magistrature, ses foucades et son improvisation dans une matière qui requiert maîtrise, réflexion et écoute, ont, par une sorte de perversion judiciaire et démocratique, suscité une opposition qui, pour certains, s’est traduite par le refus, habillé juridiquement puisque la loi le permettait, de recourir à un dispositif pourtant efficace au regard de la cessation de quelques carrières délictuelles et criminelles. On ne voulait pas des peines-planchers car, inspirées par Sarkozy, elles étaient frappées de malfaisance politique.
Il faut, enfin, examiner la cause principale de nombre de dysfonctionnements : le clivage entre l’enquête policière et le processus judiciaire, le décalage entre le regard des magistrats, qui agissent au nom d’un État de droit désincarné, et celui des enquêteurs soumis à l’urgence, accablés de bureaucratie et livrés à une quotidienneté dure, violente, difficile, parfois dramatique. D’un côté, les mots et les principes des juges, de l’autre l’empirisme, qui tente d’être aussi conforme aux règles que possible, de la police. Rien, cependant, ne ferait plus progresser la lutte contre la délinquance qu’une collaboration loyale et égalitaire des magistrats et des fonctionnaires de police. Le pire serait de considérer que les premiers ont forcément l’esprit propre quand les autres doivent se contenter d’avoir les mains sales.
Enfin, comment accepter que la majesté et les décrets judiciaires soient, par principe, amendés, infléchis, amoindris, parfois ridiculisés par les pouvoirs des juges de l’application des peines et la « cuisine » pénitentiaire ? Je ne comprends pas cet humanisme qui imposerait de faire des jugements des tribunaux correctionnels et des arrêts des cours d’assises une matière évidemment révisable. Le premier devoir d’une démocratie au nom de laquelle on juge n’est-il pas de faire respecter ses décisions, quitte à admettre que leur intangibilité soit contestée dans des circonstances particulières ? Aujourd’hui, demander une exécution totale de la peine apparaît comme une provocation, alors que cela devrait être la règle – assortie d’exceptions définies avec clairvoyance.
Alors on se surprend parfois à rêver, non pas de politique pénale, mais d’une vision qui concilierait un authentique humanisme, capable d’épouser toutes les souffrances tout en ayant l’élégance de les hiérarchiser, avec le sens de l’utilité sociale et les exigences d’une rigueur respectée parce que respectable. Je persiste à espérer qu’un jour, la droite ou la gauche incarnera cette belle synthèse républicaine. On en est loin.[/access]
*Photo: Orange Mécanique, Stanley Kubrick.
Roms : juste une question de vocabulaire…
Je vais vous demander de faire un petit effort de mémoire. Souvenez-vous de ces années sombres où la France vivait sous le joug lugubre de Nicolas Sarkozy et de ses ministres sans scrupule. Les loups erraient dans les rues des villes moyennes. Les récoltes étaient désastreuses. La stérilité frappait les femmes. L’élite intellectuelle hexagonale quittait massivement le pays (Souvenez-vous des menaces insoutenables de Yannick Noah et de Jamel Debbouze…). Nous traversions une période obscure, marquée par des atrocités quotidiennes. Le Prince était amoureux d’une intermittente du spectacle, et le démoniaque ministre de l’Intérieur avait des cheveux rouges (Souvenez-vous de Brice Hortefeux…) L’air était vicié et l’ère glaciaire. Heureusement, grâce à l’élection de François Hollande nous sommes passés de l’ombre à la lumière – mais personne n’a encore répondu à la question que je posais dès la proclamation des résultats : mais qui va payer l’électricité ?
Dans ces temps obscurs, les Roms, comme nulle part ailleurs en Europe, étaient honteusement pourchassés par des hordes de policiers assoiffés de sang. Les nomades et leurs zenfants étaient continuellement traqués et expulsés. La presse eut alors l’idée d’employer le mot « rafle » pour désigner ces opérations de police – terme qui n’est pas sans évoquer, évidemment, les grandes rafles sans retour de la police française lors de la seconde guerre mondiale. Depuis que la gauche est au pouvoir, étrangement, la presse utilise moins ou même plus du tout le terme infamant de « rafle », alors que les expulsions se poursuivent. « Les évacuation continuent au même rythme qu’avant », expliquait Laurent Ghozi, cofondateur du collectif Romeurope à nos confrères du Point. Sur ce dossier, la seule rupture avec le précédent gouvernement semble être une circulaire nébuleuse imposant un « diagnostic social » avant d’évacuer un camp rom. Une circulaire « sociale » d’ailleurs non appliquée selon les observateurs. Mais, dans le grand concert médiatique, où sont passées les associations, les indignations, les jaccusations, la dénonciation des « rafles » ? Les réactions seraient donc à géométrie variable ?
Comme souvent, tout semble être une question de vocabulaire. Une honorable correspondante de Seine-et-Marne me signale d’ailleurs la publication récente dans Le Parisien d’un article portant ce titre abyssal : « Les quelques 200 Roms du Bois de Grâce se sont auto-expulsés » ! Oui, sous François Hollande les Roms ne sont plus pourchassés et raflés… ils sont même devenus raisonnables et « s’auto-expulsent ». Le journaliste explique : « Le campement de Roms du bois de Grâce, qui a abrité jusqu’à environ deux cents personnes, s’est auto-expulsé en fin de semaine dernière. Les habitants sous le coup d’une expulsion imminente prévue en milieu de semaine, ont préféré déménager » Finies les « rafles » vive les « auto expulsions » ! Qui a dit que François Hollande n’était pas le président des miracles et des bisous ?
Post-Scriptum : Notez, par ailleurs, dans le contexte de l’affaire « Clément Méric » que le groupuscule d’extrême droite Troisième Voie et son « service d’ordre », les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), en passe d’être dissous par le gouvernement, se sont « auto-dissous », a annoncé mardi 25 juin leur chef Serge Ayoub. Décidément, tout le monde a atteint une certaine maturité depuis que Pépère est arrivé à l’Élysée…
Méric : ce que dit vraiment pour de vrai la vraie vidéo
Je ne sais pas si la police partage les interprétations tirées par RTL de la vidéo du meurtre de Clément Méric, mais je sais qu’elle ne partage pas celles de Libération.
Le brave quotidien de gauche hollandiste se fendait hier d’un article tortillard pour essayer de démonter, sous un titre accrocheur, ce que révélait le matin même RTL et ce que nos propres sources policières nous avaient confirmé il y a déjà trois jours : que la vidéo de la RATP, qui n’est certainement pas au ras du bitume, mais qui permet clairement d’identifier les combattants, joue clairement en défaveur du groupuscule d’extrême gauche. Ces images infirment donc définitivement la thèse hurlée sur toutes les ondes par une gauche de bonne conscience, Jean-Luc Mélenchon en tête, d’un malheureux Clément Méric victime d’un « assassinat », donc d’un meurtre avec préméditation. Il faut d’ailleurs qu’elle soit bien dérangeante cette vidéo qui, pour avoir été entre les mains de la police depuis le 6 juin, a dû attendre presque trois semaines avant d’être évoquée publiquement. Il faut croire que la gauche qui nous gouverne, qui a déjà selon toute probabilité trafiqué les images de la Manif pour Tous du 24 mars, a un sérieux problème avec les images en général, et en particulier quand elles appuient le réel contre ses rêves.
Si l’on se résume, et toujours selon la police, Clément Méric et ses amis, cornaqués par un antifa dur-à-cuire réputé pour sa pratique des sports de combat, étaient venus spécialement à la vente privée de la rue Caumartin pour en découdre. C’est-à-dire que s’il y a eu préméditation, elle était de leur côté. Dans la boutique même, ils commencent à prendre à partie des skins peu soucieux d’en venir aux mains qui en appellent à la sécurité. Celle-ci expulse les chasseurs de skins qui, têtus, se postent en bas, dans la cour, en attendant leur proie. Quand celle-ci arrive, une deuxième fois elle requiert les services des videurs qui éloignent à nouveau Clément Méric et ses camarades. Et c’est quand les skins, rassurés, se dispersent que, dissimulée un peu plus loin dans la rue, la bande d’extrême gauche tombe à bras raccourcis sur l’un d’eux. Les autres, alertés, rappliquent : une bagarre d’une « violence extrême », selon la police, se déclenche. La tragédie se noue : alors qu’Esteban Morillo lutte contre deux assaillants, Clément Méric tente de le frapper par derrière. Morillo se retourne et lui assène deux coups en pleine figure mais, et les images le confirment, c’est sans poing américain. D’ailleurs, quand les policiers perquisitionneront chez lui, il en découvriront deux, l’un vert fluo qui serait parfaitement identifiable sur une vidéo, l’autre clouté, dont les marques auraient été trouvées sur le visage de Méric s’il avait servi. Un Méric qui, toujours selon nos informations, portait pour sa part un protège-dents, accessoire peu usité quand on est en mode shopping. La vidéo permet aussi de savoir que les mains de la plupart des combattants étaient serties de bagues d’un genre contondant, qui ne poussent guère au pacifisme.
Ce qui est troublant dans cette sinistre histoire c’est, outre la mort absurde d’un jeune homme, que ce qu’on peut appeler la gauche en l’occurrence, c’est-à-dire un mode d’être transpartisan, se soit accrochée à tout prix à une interprétation non fondée des événements qui s’est révélée très vite fausse. Il fallait à tout prix, semble-t-il, que ce drame démontre que le démon fasciste avait encore frappé. Et d’ailleurs peut-être y avait-il des pulsions fascistes dedans, mais certainement pas du côté que l’on imaginait. Est troublante cette volonté malikoussékinienne, voire carpentriste, de trouver des boucs émissaires immédiatement, dans un lynchage médiatique général, sans même que la justice ait rendu la moindre conclusion. On se souvient tous avec dégoût de l’émotion, peut-être non feinte et c’est sans doute le pire, de dame Clémentine Autain à la télévision, sûre de son droit à dénoncer un assassinat, et sans preuves. Il n’y a pas si longtemps, on nous rebattait les oreilles avec la présomption d’innocence, me semble-t-il. Il faut croire que lorsqu’il s’agit d’une certaine catégorie de la population française, il y a au contraire présomption de nocence, pour employer le vocabulaire de Renaud Camus. Il faut croire qu’une certaine partie des Français est suspecte par principe. Les skins aiment la violence ? Certainement. Leurs jumeaux les antifas tout autant.
Mais on est à Hollywood : il faut prouver que le bien ne peut être le mal. Selon nos informations toujours, le juge d’instruction saisi de l’affaire serait si impartial qu’on lui aurait dépêché un adjoint pour réenquêter à charge, un adjoint sûr de ne pas figurer sur le mur des cons. Il faut bien que les méchants paient. Puisqu’ils sont méchants. Comment disait Churchill déjà ? Ah oui : « Les fascistes de demain s’appelleront eux-mêmes antifascistes. » Il se peut que demain soit aujourd’hui.
*Photo : France 2.
Affaire Al-Dura : le temps de la vérité
Même confusément, chacun se rappelle le reportage télévisé où il a vu, où on lui a donné à voir, un enfant tué par des balles « provenant de la position israélienne », dans les bras de son père, lui-même blessé. C’était à Gaza, au 20 heures de France 2, le 30 septembre 2000, au début de la seconde Intifada. Ces images, qui ont fait le tour du monde, ont alimenté la haine contre Israël, contre les Juifs et contre ceux qui soutenaient un Etat dont les soldats tuent un enfant pour le plaisir. Ces images ont tué.
Toutes les expertises balistiques ont prouvé qu’aucune balle israélienne ne pouvait avoir été tirée en direction du père et de l’enfant. De nombreux indices suggèrent que la scène montrée n’était pas authentique. Pendant de longues années, ceux qui contestaient la version des faits présentée par France 2 se voyaient opposer le silence des autorités israéliennes. Depuis le 19 mai 2013, cet argument ne tient plus puisque le bureau du Premier Ministre israélien a rendu public un rapport officiel qui remet totalement en cause le reportage.
Il faut tirer les conséquences de ce rapport et accepter de rouvrir ce dossier pour enfin pouvoir le refermer. Il faudra expliquer comment le père et l’enfant, qui auraient reçu à eux deux 15 balles d’armes de guerre, n’ont aucune trace de sang sur leur corps, sur leurs vêtements ou sur le mur auquel ils étaient adossés. Il faudra expliquer pourquoi, après sa mort annoncée en direct, l’enfant lève le coude et tourne sa tête en direction du caméraman. Des incohérences comme celles-ci, le reportage en comporte beaucoup.
Il y a une affaire Al-Dura, controverse sur l’authenticité des images présentées le 30 septembre 2000.
Il y a un silence Al-Dura, une sorte d’omerta condamnant à l’ostracisme médiatique ceux qui pensaient mal et mettaient en doute la version officielle de France 2, tout en les attaquant ad hominem et les qualifiant de conspirationnistes extrémistes ultra sionistes. Philippe Karsenty a connu cela pendant de longues années. Moi aussi, dans une moindre mesure. Les conséquences pouvaient en être professionnellement ou personnellement destructrices. Certains ont ainsi renoncé à s’exprimer. En France, le débat est ainsi verrouillé. Mais dans la presse américaine, le terme de « hoax » (montage) est communément utilisé.
Il y a aussi une mythologie Al-Dura, génératrice de haine. à Bamako, au Mali où la France se bat contre les djihadistes de l’islam radical, la place principale est dédiée à la mémoire de « l’enfant martyr de Palestine, Mohamed Al-Dura ». Mohamed Merah, l’assassin de Toulouse et de Montauban, en prétendant « venger les enfants de Gaza », se référait à Mohamed Al-Dura. Alors qu’on ne nous dise pas que cette histoire est ancienne et qu’elle ne concerne qu’Israël.
Plusieurs contre-enquêtes ont déjà été effectuées. D’autres sont encore possibles grâce aux images détenues, aux experts mobilisables en balistique, chirurgie de guerre et analyse des images. Que ces enquêtes techniques soient neutres et internationales pour leur donner plus de poids. Si elles montrent que je me suis trompé, je saurai le reconnaître.
Au rapport qui la met en cause, France Télévisions devrait réagir constructivement. Pourquoi la télévision publique française recourt-elle au silence depuis tant d’années ? N’a-t-elle pas été elle aussi la victime d’un cameraman militant qui affirmait avoir« choisi le journalisme pour défendre la cause palestinienne », dans une région où la manipulation des images est de longue date une arme comme une autre ?
Compte tenu de son impact mondial et persistant, le dossier Al-Dura doit être rouvert et traité de façon transparente. Si France 2 ne s’y résignait pas, ce serait alors à l’échelon politique, à l’Etat français, de prendre ses responsabilités : on ne peut affirmer vouloir lutter contre l’antisémitisme en France et contre l’islam radical dans le monde si on ne l’attaque pas à la racine, la propagande de haine nourrie par des images meurtrières, probablement mensongères.
Antifas, racialistes : les années de plomb à l’envers
Les années de plomb constituent l’une des périodes les plus traumatiques de l’Italie d’après-guerre, entre la fin des années 1960 et le milieu des années 1980. Pendant près de deux décennies, le terrorisme des Brigades rouges bientôt relayé par le terrorisme noir des groupes néo-fascistes a commis plus de 600 attentats (362 morts). Cette « stratégie de la tension » a fait vaciller le République italienne, tout du moins le croyait-on jusqu’à l’ouverture récente des archives concernant toutes ces affaires.
Les historiens ont progressivement mis à jour les mécanismes très complexes qui sous-tendaient cette période. Qu’ont-il découvert ? Que la « main invisible » de l’Etat, si elle n’a pas initié cette série d’attentats, s’en est très largement servi pour discréditer son principal adversaire : le Parti communiste italien en passe d’accéder au pouvoir grâce au verdict des urnes.
Le parti démocrate-chrétien (au pouvoir) a tout d’abord laissé le champ libre à l’activisme révolutionnaire des Brigades rouges pour déborder le PCI sur sa gauche, et le discréditer auprès des électeurs. Il a ensuite favorisé les actions violentes de plusieurs groupuscules néofascistes qui entretenaient, pour certains de leurs responsables, des liens avec les services secrets italiens. Certains documents font même apparaître l’intervention de la CIA. A cela il faut encore ajouter l’action occulte de la loge P2 et les exactions commises par certains groupes mafieux – voir à ce sujet l’excellent film Romanzo criminale.
En tout état de cause, l’Etat a très largement instrumentalisé tout ce petit monde pour intensifier la « stratégie de la tension » et créer chez l’électeur moyen le besoin légitime de sécurité. Ce qui a permis d’écarter définitivement le PCI des lieux du pouvoir.
La situation actuelle de la France n’est pas, bien entendu, celle des années de plomb italiennes. Mais l’on voit bien se mettre en place, de chaque côté de l’échiquier politique, des groupes radicalisés qui risquent de constituer, demain, les idiots utiles du système.
À l’ultra-gauche, il est tout de même frappant de voir que les « Antifa » peuvent défiler dans les rues, foulard sur la bouche et casque sur la tête, sous le regard bienveillant des forces de l’ordre. Sans compter les appels plus ou moins voilés au meurtre distillés sur internet. On se dit qu’avec un petit financement et une aide logistique, ces groupes galvanisés ne seraient pas loin de ressembler à nos groupes néofascistes italiens des années 70.
À l’ultra-droite, la donne n’est pas meilleure. Le développement des « blocs identitaires » dans de nombreuses régions de France prospèrent sur la haine de l’immigré et le rejet de l’islam. Leur radicalisation idéologique et le passage de plus en plus fréquent à l’action correspondrait très clairement au débordement du Front national sur sa droite, comme le PC italien des années 60 s’était fait déborder par sa gauche. Est-il besoin, par exemple, de rappeler – puisque les médias ne le font jamais – que Marine Le Pen est déjà considérée comme une « vendue au système » par tous ces groupes radicaux.
Si l’on rassemble ces éléments épars, et que l’on y ajoute encore l’insécurité galopante et l’essor de nombreuses cellules mafieuses dans les cités, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que nous vivons déjà dans un état de tension extrême. Or, cette tension que les imbéciles du système (antifascistes et racialistes) ne cessent d’attiser ferait naturellement le jeu des partis au pouvoir. Comme dans l’Italie des années de plomb, on y retrouve d’ailleurs la droite de gouvernement et la gauche raisonnable – entendre par là les forces chargées d’ajuster les peuples à la mesure du capitalisme. Et l’on sait que la propagation larvée du chaos a toujours été le meilleur moyen de ramener les citoyens dans le giron du système.
Ce serait, en tous les cas, la seule stratégie valable pour écarter le parti qui s’oppose aujourd’hui à l’ordre établi et qui s’apprête à recueillir près d’un tiers des voix des électeurs français, comme autrefois le PC italien… Avant que les révolutionnaires, les antifascistes, les néofascistes, les services secrets, les nazi-maoïstes, les brigadistes, et tutti quanti, n’entrent en scène pour jouer une partition que le chef d’orchestre (étatique) avait écrite pour eux.

*Photo : aftershow.
Peut-on rire de Proust?
« ET CENT FOIS DANS SON SEIN CE FER A REPASSÉ ! »
25 avril. Racheté pour la énième fois À la manière de, délicieux recueil de parodies littéraires signées Paul Reboux et Charles Muller, trop souvent prêté ou perdu, ou les deux.
J’ai eu la chance de découvrir ce petit chef-d’œuvre dès l’âge de 13 ans. Grâce à mes parents, évidemment ; pas à l’école ! Pourtant, c’était exactement l’angle qu’il me fallait pour aborder la littérature. Reboux & Muller mettent en lumière les petits tics et trucs de nos grands auteurs qui, ainsi descendus de leur piédestal, paraissent aussitôt moins intimidants.
Sous leurs dehors légers, Paul et Charles donnent des conseils de lecture personnalisés : une fois qu’on a vu tout le monde par le petit bout de la lorgnette, à chacun de décider qui en sort grandi ! Sur cette base, le Reboux & Muller est vite devenu mon Lagarde & Michard à moi. Se cultiver en se moquant : une offre que je ne pouvais pas refuser.
Ce bouquin m’aura fait découvrir tout un tas d’écrivains dont je ne connaissais souvent que le nom, même pas le prénom. (Mais qui n’a jamais cru que La Rochefoucauld s’appelait Maxime ?) Tel quel, il fut, en tout cas pour moi, une excellente introduction à leurs œuvres, tant il est vrai qu’un pastiche réussi est affaire sérieuse. Il y faut non seulement une solide connaissance de l’auteur, mais une sorte d’osmose distanciée avec lui – si tant est qu’une telle chose existe.
Pour aborder Racine, rien de tel que son Cléopastre, doté d’un important appareil critique où le sérieux côtoie agréablement l’absurde. Tout l’univers de la tragédie classique tient dans la première – et interminable – tirade de l’héroïne, où elle expose à sa confidente l’ampleur de son malheur : aimée d’Antoine, mais amoureuse d’Auguste ! À l’époque, bien sûr, le potache que j’étais a surtout retenu un alexandrin : « Et cent fois dans son sein ce fer a repassé » ; mais c’est aussi comme ça qu’on apprend.
Sur le style Lamartine, tout de romantisme pompeux et de métaphores pompières, j’ai pu me faire une idée rien qu’en lisant le poème Sur la plantation d’un arbre de la liberté au milieu de la place de mon village natal. Allez, rien que le premier quatrain, pour me faire plaisir :
« Déjà l’Aurore, ouvrant sa paupière vermeille,
S’élance au firmament ; la Nature s’éveille ;
Déjà l’astre du jour, d’un rayon purpurin,
Essuie au front des bois les larmes du matin »…
Ainsi convenablement mis en garde, je n’ai guère cherché à revoir Alphonse en dehors du cadre scolaire.
Proust non plus ne fut jamais ma tasse de thé, avec ou sans madeleine. [access capability= »lire_inedits »]Je l’ai su dès que j’ai lu Un mot à la hâte… En cinq pages de circonvolutions, incises et digressions, Rebous & Muller reconstituent l’essentiel de ce qui fait le charme du style proustien. Ou pas.
Swan, empêché par une urgence de se rendre au dîner où il est convié chez les Verdurin, avec le duc d’Endormantes et Mme de Pataty, décide d’aller leur présenter ses excuses. Mais voilà qu’en chemin, un brin de cerfeuil niché entre ses dents depuis le repas de midi « ressuscite dans sa mémoire les vastes horizons de pacages peints par Ver Meer de Delft, non moins que les solennelles frondaisons d’un Hubert Robert, sans omettre les ramures exquises où Watteau répandit les roses d’un coucher cythéréen »…
Parvenu néanmoins chez ses amis, il apprend que « Madame et Monsieur sont sortis. » Qu’à cela ne tienne ! Il se fait conduire dans un petit salon pour y rédiger « un court billet d’excuse ». On devine la suite… Emporté par l’inspiration, Swan n’en finit plus de noircir des feuillets ; même les Verdurin, une fois rentrés, n’oseront pas le déranger dans son grand œuvre…
Post-scriptum des auteurs : « Pour assister au moment où Swan achève sa lettre, lire le roman suivant, À l’ombre du fruit des jeunes gens, chapitre Douze ans après ».
Depuis lors, à chaque fois que j’ai tenté de me replonger dans Proust, j’ai vu Reboux & Muller à travers.
SUR L’ENSEIGNEMENT DU SECOND DEGRÉ
29 avril. Si j’ai accédé au monde des livres, comme à presque tout le reste, par la parodie, ce n’est pas un hasard ! Ça n’étonnera que ceux qui ignorent ma qualité de Président à vie de Jalons ; pas grand monde, à coup sûr, dans le lectorat de ce magazine de qualité. Qu’ils sachent quand même, ces ignares résiduels, qu’en matière d’enseignement du deuxième degré, l’école jalonienne n’a guère de leçons à recevoir. Comme dit fièrement notre devise secrète : « À l’Ouest, rien ne nous vaut !
CAUSEUR PARODIÉ !
5 mai (Fête des ponts). À propos de parodie, Élisabeth Lévy évoquait dans un récent SMS l’idée d’en faire une de Causeur. Pourquoi pas ? En tant que spécialiste, l’idée qui me vient spontanément à l’esprit, c’est Tagueul Magazine – « Même si vous n’êtes pas d’accord ! » Mais le sera-t-elle ?
LE PARI PERDU DE TODD
RACONTÉ PAR LUI-MÊME (ET MOI)
12 mai. En 2012, dans une interview au Nouvel Obs, Emmanuel Todd déclarait : « Je parie sur l’hollandisme révolutionnaire ! » Moi, j’aurais dit le hollandisme. Mais de toute façon, je n’aurais rien dit : je ne m’y connais pas assez sur ces sujets.
Pourquoi je vous raconte ça, alors ? Parce que j’aime bien Todd et son indépendance crâne, à mi-chemin du sale gosse et du Monsieur Je-sais-tout. Un an plus tard, à l’heure du premier bilan, je me suis donc inquiété de savoir où il en était avec son pari perdu.
« Dans le déni », comme dirait mon psy ? Plutôt dans le « travail de deuil »… « Good bye Hollande ! » lance Emmanuel, en titre d’une interview à Marianne.net, où il dresse tristement l’inventaire des espoirs trahis. En photo, il arbore cette mine de Droopy qu’on lui voit souvent, entre un coup de sang et un grand rire.
Ce qui énerve Todd, c’est d’avoir cru si longtemps en Hollande, et surtout de ne plus trop savoir pourquoi. Il y a quelques mois encore, il était invité par le Président à un petit-déjeuner en tête à tête. Que s’est-il donc dit entre eux, s’inquiètent les journalistes ? « L’une des rares choses dont je me souvienne, c’est qu’il plaisantait sur les Finlandais, encore plus raides que les Allemands. » Apparemment donc, dès cette époque, il n’était plus guère question de « révolution ».
Ce qui amuse toujours Todd, en revanche, c’est de chahuter sérieusement. Surtout sur les plateaux télé où, après quelques tâtonnements, il a vite trouvé son emploi : la tête à claques savante. C’est aussi ça qui agace souvent chez lui : cette morgue naturelle avec laquelle il semble congédier ses contradicteurs en deux phrases, genre : « Vos opinions ne reposent que sur des Impressions d’Afrique à la Raymond Roussel. Les miennes sont fondées sur des recherches scientifiques incontestables : les miennes. »
J’ai l’air de me moquer, mais lui-même se le sert avec assez de verve. En vrai, ce n’est pas sa personne que Todd prend au sérieux ; seulement ses travaux. Vous me direz, la différence est mince, vu qu’il ne parle que d’eux…
Eh bien, pas tout à fait ! Dans cette interview, par exemple, entre deux considérations de fond sur le pouvoir financier et l’eurozone mort-née, il sait aussi être piquant. Même son dépit d’amoureux déçu à l’égard du Président, il le résume avec esprit : « Pour infléchir les choses, il aurait fallu qu’Hollande soit plus que de Gaulle. Mais il l’a dit, il n’est que normal. Ordinaire, même. »
Dans la foulée, l’artiste case aussi son grand numéro du moment, déjà testé avec succès en avril chez Taddeï : une charge germanophobe scandaleusement décomplexée, au point qu’on se demande si elle ne tombe pas sous le coup d’une quelconque loi antiraciste. « L’Allemagne, qui a déjà foutu en l’air deux fois le continent, est l’un des hauts lieux de l’irrationalité humaine ! » Dirait-on pas du Daudet ?
Mais ce qui rend le personnage définitivement sympathique à mes yeux, c’est sa capacité d’autodérision. Après avoir évoqué ses « restes d’espoir » en forme de « fantasmes », Todd conclut : « Mais peut-on prendre au sérieux quelqu’un qui a pris Hollande au sérieux ? »
Tout en plaidant coupable, il convoque ainsi au banc des accusés, mine de rien, tous ceux qui, comme lui, ont pris un peu trop au sérieux Hollande – et même Sarkozy. Il a raison, le bougre… Que celui qui n’a jamais voté lui jette la première pierre !
JULES LE MISÉRABLE
14 mai. Puisque décidément, dans ce magazine d’actualité, on ne peut pas parler de Chesterton tous les mois, j’ai pensé à Jules Renard pour changer. Son Journal ne me quitte guère, et pour cause : les « nouvelles » qu’il y donne de la condition humaine sont indémodables.
En date du 1er avril 1895, sous le titre Examen, cet athée-là passe sévèrement en revue sa vie (il n’a que 30 ans !) avec tous ses errements, à défaut de péchés, avant de conclure : « Je ne suis qu’un misérable, je le sais. Je n’en suis pas plus fier. Je le sais, et je continuerai. » La confession, oui ; l’absolution, non !
« L’œil clair » de Jules Renard fait merveille, aussi, pour décrire les autres. Ainsi de Mallarmé, qu’il épingle en quatre mots : « Intraduisible, même en français ».
Ç’est ça, l’avantage du Journal destiné à être publié à titre posthume : on peut tout dire sur tout et tous ! En théorie du moins… Après la mort du pauvre Jules, une bonne moitié de son manuscrit sera brûlé par les soins conjugués de sa veuve et de son éditeur, pour convenances personnelles.
Reste quand même mille pages denses, toutes de finesse et de lucidité, que l’on peut ouvrir au hasard et toujours avec bonheur. « Il faut feuilleter tous les livres, et n’en lire qu’un seul », disait-il. Si c’est vrai, je vous recommande son Journal.
BERNADETTE EN REMONTRE À SON ÉVÊQUE
16 mai. Après l’athéisme, la foi qui soulève les montagnes, et même les prélats. Dialogue entre Bernadette Soubirous et son évêque :
– « La Dame veut que vous lui construisiez une église.
– Tu veux me faire croire ça ?
– La Dame ne m’a pas dit de vous le faire croire. Elle m’a dit de vous le dire. »
VIVE PÉGUY QUAND MÊME !
19 mai. Ça devait arriver : une fois retrouvé « mon » Reboux & Muller, et malgré le « bouclage » de Causeur, je n’ai pas pu m’empêcher de le relire d’une traite – c’est-à-dire pour moi en trois jours. On ne déguste pas une liqueur comme une vulgaire « 8/6 ».
Je l’ai savouré avec autant de plaisir qu’au premier jour, voire plus : un trésor d’esprit au service de la culture − et la Bible du parodiste ! Sa première publication peut bien dater d’un siècle, les chefs-d’œuvre ne prennent pas la poussière.
À la relecture, j’ai quand même trouvé nos amis un peu sévères avec Péguy, ce républicain intransigeant devenu soudain, à 33 ans, « catholique et français toujours ». Le pauvre en prend pour son grade de lieutenant de réserve du 276e d’infanterie.
Déjà, l’avertissement en exergue de ses Cahiers donne le ton : « Un abonnement donne droit au salut militaire. Dix abonnements donnent droit au salut éternel. » Quant au titre, il donne une furieuse envie de ne pas lire : Deuxième subdivision de la trente-septième série préparatoire du cinquième des Cahiers de la Neuvaine. De fait, les Litanies de sainte Barbe sont répétitives à souhait : du Hare Krishna catho !
Sur la foi de Reboux & Muller, j’ai donc considéré longtemps Péguy comme un vieil emmerdeur. Jusqu’au jour où, l’âge venant, j’ai fini par m’intéresser à ce défenseur acharné de la foi et du drapeau – déjà ringards il y a cent ans aux yeux des beaux esprits.
Bien sûr, en tentant d’en savoir plus, j’ai buté sur plein d’obstacles, dont Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc et Le Porche du mystère de la deuxième vertu (qui n’est même pas la suite !)
Mais j’ai aussi été fasciné par la beauté de certaines pièces mystico-patriotiques. L’inspiration a un peu vieilli, certes, mais c’est aussi ça que j’aime. Le plus célèbre de ses poèmes, Charles l’avait dédié en 1913 à ses ancêtres morts au front, un an avant de les rejoindre, d’une balle au front aussi :
« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre […]
Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles
Couchés dessus le sol à la face de Dieu […]
Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés ».
C’est beau, je sais, mais, pour des raisons de place, je ne vous citerai pas ici les 163 autres vers.
L’ANGOISSE EST DANS LE PRÉ
22 mai. « Savoir que c’est soi-même, et ne pas se reconnaître. » De qui, cette troublante expérience métaphysique, entendue en zappant à la radio ? Descartes, Spinoza, Cyrulnik ? Même pas : Karine Le Marchand chez Morandini (Europe 1), à propos de son émission de téléréalité « L’Amour est dans le pré ». Résultat : je comprends encore moins bien.
LA « MANIF POUR TOUS »… SAUF BARJOT !
26 mai. Alléluia ! Barjot a résisté jusqu’au bout à la tentation de rejoindre une dernière fois cette foule qu’elle aime, et qu’elle avait largement contribué à lever. Mais il fallait trancher : depuis plus d’un mois, cette « Manif pour tous » n’était plus la sienne.
Après le vote définitif de la loi, le 23 avril, le mystérieux « Pilotburo » aux commandes du mouvement était censé tirer les conclusions de ce fait nouveau et se tourner vers l’avenir. Voilà-t-il pas qu’au contraire, il se raidit dans le jusqu’au-boutinisme, avec un mot d’ordre de « retrait sec et sans conditions » désormais dadaïste.
Face à cette radicalisation, c’est peu dire que Barjot va faire un flop en réaffirmant les contre-propositions qu’elle porte depuis l’origine face au mariage-filiation-pour-tous. Huée par le GUD à Lyon, non sans complicités dans l’organisation, elle découvre soudain l’horrible vérité : LMPT, en fait, c’est devenu LMPTLCTFA (La Manif Pour Tous les Cathos Tradis & Fachos Assimilés).
Aux yeux de l’état-major, le « mariage pour tous » s’avère n’être en fait que la dernière métastase en date d’un cancer qui ronge depuis plus d’un siècle la Fille aînée de l’Église, du PACS à la capote et jusqu’à la loi de 1905, voire le « Ralliement ».
Un tel virage sectaire n’est pas sans me rappeler le thème des récentes « Rencontres internationales des intermittents de la pensée », organisées par Jalons sur le thème : « On va dans le mur, tu viens ? » Dès lors, les vrais amis de Barjot n’ont eu de cesse de l’encourager à sauter du train fou avant qu’il ne s’écrase.
Après avoir été la cible de la gauche pensante et des gays professionnels, elle est devenue en plus celle des excités d’extrême droite. Insultée de toutes parts, accusée tour à tour d’homophobie et d’homophilophobophobie, menacée de mort par tous moyens anonymes et soutenue par sa « hiérarchie » comme le pendu par la corde, pourquoi Frigide serait-elle donc restée, en première ligne sous ces tirs croisés ?
Ce qui l’a vraiment décidée à décliner l’invitation des gentils organisateurs, ce 26 mai, c’est d’apprendre le sort qu’ils lui réservaient sur le podium : elle n’aurait tout simplement pas la parole, elle, la porte-parole historique du mouvement !
Aux yeux des médias et de l’opinion, elle incarnait la « Manif pour tous ». Comment faire savoir qu’elle n’y contrôlait plus rien : ni la dérive intégriste des hiérarques, ni sa propre liberté d’expression, ni même sa sécurité ?
En n’y allant pas.[/access]
*Photo: Kay Harpa

