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« Apostrophes » : quand les écrivains montaient au créneau…

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Monsieur Nostalgie nous parle d’un temps où les émissions littéraires à la télévision suscitaient le débat contradictoire et non le robinet à humanités convenues. Un match des légendes opposait Jean Dutourd à Alain Robbe-Grillet!


De la confrontation courtoise naissait jadis une forme de tension intellectuelle délectable. Nous n’étions pas dans le déversoir à vagues idées générales, inoffensives et tellement attendues. Ce que j’appelle le temps béat, oscillant entre la gêne des propos sans poids et la démagogie contrite. L’écrivain en promotion, paniqué, mesurant ses mots, intimidé par la caméra, boutiquier ayant peur de faire fuir sa clientèle, enfile les banalités avec le frisson de tout perdre sur une phrase, sur une opinion, sur un geste. L’enjeu commercial est tel qu’il semble empêché, alors, à la manière des écoliers pris en flagrant délit d’impasse sur un sujet, l’homme de lettres actuel s’engouffre dans les lieux communs, use d’un vocabulaire étique, marmonne quelques vérités tautologiques, paraphrase et perd toute singularité aux yeux du public.

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Je vous parle d’un temps où la littérature osait encore la controverse

À trop respecter le moule, le cadre, à taire sa propre vision originale (quand il en a une), il risque au mieux la transparence, au pire l’agacement des lecteurs. Ne le blâmons pas, chacun doit survivre dans un environnement concurrentiel et fortement dégradé ces derniers mois. Emprunter le chemin le moins piégeux, en espérant séduire la ménagère, son éditeur, les journalistes et les libraires, est cependant un pari bien hasardeux sur l’avenir. Que retiendra-t-on de lui ? Un bruit de fond entendu mille fois, une conversation poussive où tous les invités se félicitent d’être des gens bien, une unanimité de façade, une connivence suspecte. Aucune irrégularité. Aucun tremblement. Aucune nervosité. Aucun débat frictionnant qui ouvre des champs nouveaux ; une grande lassitude noie alors ces ensembles vertueux et téléguidés.

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Quand Pivot faisait monter la mayonnaise

Il n’en fut pas toujours ainsi. Pourquoi aime-t-on revoir les émissions de Bernard Pivot ? Parce qu’il savait monter la mayonnaise, voire la maïeutique des écrivains. En son temps, on lui reprocha de réduire la littérature à des fins mercantiles, de scénariser les oppositions ; en résumé, de faire du spectacle. Pivot, habile soyeux lyonnais, organisait les plateaux d’Apostrophes avec la volonté d’animer, d’agiter, d’allumer le feu. Et, à la fin des années 1970, il y parvenait presque tous les vendredis. On regarde ces joutes avec nostalgie et excitation, avec aussi le désespoir de vivre dans une époque totalement dénervée. Abâtardie.

Je ne parle pas ici des émissions revues jusqu’à plus soif, extraits de bêtisiers usés jusqu’à la corde où l’on voit, par exemple, un écrivain américain ayant abusé de Sancerre. Ces morceaux de bravoure, pathétiques et réducteurs, ne reflètent pas l’ambiance générale. Il y eut des dizaines d’émissions sans clashs visuels où des opinions tranchées, différentes, irréconciliables sur le papier, se percutaient au service de l’information. Les téléspectateurs en sortaient grandis, instruits, nourris et donc curieux.

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Sur le thème générique « Des goûts et des couleurs », Pivot recevait en 1978 deux écoles de pensée distinctes. D’un côté, les théoriciens du nouveau roman, Robbe-Grillet, agronome apôtre du glissement, installé à côté de Perec et son Mode d’emploi ; en face, Jean Dutourd, fraîchement élu à l’Académie française, et le critique Jacques Brenner. S’ajoutait Michel-Antoine Burnier, venu avec son très drôle Roland Barthes sans peine ; le commentaire du commentaire du colloque de Cerisy vaut largement les meilleurs sketchs de Desproges. D’apparence calme, même si quelques coups bas fusèrent par moments, la discussion abordait un sujet essentiel : qu’est-ce que le nœud de l’écriture ? Chacun, avec des arguments très clairs, pouvait choisir son camp. On était soit du côté du style « classique », soit de la construction « moderne ». Un affable Robbe-Grillet ne manquait pas de talent pour décortiquer ses mondes parallèles et un olympien Dutourd pour le ramener à la joliesse d’une phrase harmonieuse. Nous apprenions au contact de ces passeurs.

La même année, Félicien Marceau, dans une émission intitulée « Le roman en liberté », avait gentiment bataillé face à Christine Arnothy sur la part d’imaginaire dans le roman. Il y a bien longtemps que la télévision ne s’empare plus de la littérature et ne produit plus cette intelligence partagée.

Face au réveil des peuples, tous les coups vont être permis

La débâcle des marchands de vertus et de leur société passoire s’accompagne de l’effondrement de la croissance et de l’enseignement. Mais les Français sont prêts à tourner la page de décennies d’endoctrinement.


Le vieux monde a raison de craindre la colère des peuples oubliés. Les Allemands de Saxe-Anhalt, indifférents aux interdits d’en haut, ont majoritairement voté, le 6 septembre, pour l’AfD, parti anti-immigration présenté comme « fasciste » ou « néonazi » par les réducteurs de têtes. Le mouvement est aussi arrivé en tête, le 20 septembre, en Poméranie occidentale. Son succès répond à la faute d’Angela Merkel : elle avait cru pouvoir accueillir, en 2015, plus de 1 million de réfugiés fuyant la Syrie ou l’Irak. À l’époque la pensée lisse, aiguillonnée par la Commission européenne, louangeait « Mère Angela », en référence à Mère Teresa. Le Point[1] lui consacrait sa une : « L’incroyable Madame Merkel. Si seulement elle était française… » Le Monde dédiait son éditorial à « Angela Merkel, la fierté de l’Europe », en réclamant pour elle le prix Nobel de la paix… Ainsi font-font-font les petites marionnettes.

Mais la débâcle accompagne les marchands de vertus et leur société passoire. En France, même la croissance s’effondre : elle ne devrait pas dépasser 0,4 %, contre 0,7 % prévue par l’Insee. La chute de l’enseignement (mathématiques, lecture, etc.) dans le classement PISA 2025 (27e rang) n’est pas seulement due à l’envahissement des réseaux sociaux, boucs émissaires des fabricants de crétins. L’inculture va de pair avec la hausse de l’immigration de masse et l’asphyxie des classes d’accueil. La discrimination envers « la race blanche et la nation française », que deux juges d’instruction ont fait admettre dans le meurtre de Thomas Perotto à Crépol (Drôme), fait écho au séparatisme de ces cités qui se revendiquent « arabes ». Le voile est vu par beaucoup de Français comme un défi : à plus de 60 %, ils souhaitent son interdiction dans les rues.

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Les belles âmes, à l’abri des digicodes, jugent dangereux ces « fachos » qui veulent préserver leur langue, leurs modes de vie, leur civilisation. Or les irrécupérables font masse. Les fanatiques de la religion des droits de l’homme ont échoué. Des décennies d’endoctrinement n’ont pas réussi à embrigader les esprits, au-delà des génuflexions obliques du show-biz et des salonnards. Le réveil des peuples maltraités vient des profondeurs. La résurgence des âmes damnées dépasse les élections allemandes. D’autres scénarios similaires sont à attendre en Europe. En France, le centrisme melliflu s’annonce comme la probable victime du nouveau monde. Le sursaut existentiel de la « fille aînée de l’Église », qui a mobilisé les foules fin septembre lors la visite de Léon XIV à Paris, a laissé voir une soif d’idéal qui échappe aux idéologues professionnels.

Les rentiers du système ne sont pas disposés pour autant à rendre les clés. Leur criminalisation du renouveau national se fourbit au nom de la lutte contre l’« extrême droite ». Elle serait coupable de réclamer le pluralisme des opinions à Radio France et le retour de la démocratie. Tous les coups vont être permis. Cependant, l’épouvantail de la « fachosphère » n’effraie plus que des colibris. « La radicalité ne paye pas », a dit Marine Le Pen (12 septembre 2021) pour se démarquer de la campagne tonitruante d’Éric Zemmour. Le succès de l’AfD démontre le contraire : la rupture avec le système exige une révolution par les urnes. Le chamboulement est à portée de main. Aux Français de le décider.

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[1] 10 septembre 2015.

« C’est dans leur ADN »…

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C’est un célèbre philosophe français qui l’a affirmé : chez l’être humain, « l’existence précède l’essence ». Jean-Paul Sartre, bien sûr, qui n’avait absolument rien d’un homme de droite. Il signifiait que chaque personne se détermine par ses actes, sa volonté, ses choix, et absolument pas par ceux de son père, de son grand-père, de ses copains ou de sa concierge. Cette idée est à la base de la philosophie de la liberté dans l’existentialisme. Les brins d’herbe, les lapins ou les kangourous sont entièrement déterminés par leur ADN. Pas nous. Selon Sartre, selon saint Paul et bien d’autres, nous naissons libres et responsables. « Nous sommes tous responsables, et de tout », ajoutait-il. Grande idée, absolument à l’opposé du bêlement universel d’aujourd’hui : « Nous sommes tous victimes, et de tout ».

L’ADN, cette prison idéologique

On ne mesure pas à quel point la métaphore de l’ADN est fausse et scandaleuse. Dire que « tel parti fait telle déclaration ou tel choix parce que c’est dans son ADN » anéantit toute liberté individuelle. Parlons clair, cette figure de style est utilisée essentiellement contre Marine Le Pen et le Rassemblement national. Personne ne dit jamais que Fabien Roussel pourrait devenir un tyran sanguinaire parce que c’est dans l’ADN communiste. Pourtant, après les fleuves de sang des années staliniennes ou du « Grand Bond en avant » maoïste… Le Parti communiste français n’a jamais eu la pudeur de changer de nom, au contraire du PC italien. Il serait injuste de reprocher aux Allemands d’aujourd’hui d’avoir, pour la plupart, des grands-pères ou des arrière-grands-pères nazis. La prescription, souvent attaquée aujourd’hui, vient avec le temps et le changement de génération. Peu de gens en dehors de son parti ont félicité Marine Le Pen d’avoir commis ce parricide symbolique qu’étaient le passage de « Front » à « Rassemblement » et la mise à l’écart de Jean-Marie, avec tous les déchirements intérieurs que ce changement a dû produire. Ne nous leurrons pas, on continuera à répéter cet absurde « Ah oui, c’est dans son ADN, c’est dans leur ADN », et le malheur veut qu’une stupidité mille fois répétée finisse par ressembler à une vérité.

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Tout aussi illogique est la culpabilité par association d’idées. L’exemple chimiquement pur en est la mésaventure survenue à Michel Onfray après qu’il a commenté la prise de fonction de Bally Bagayoko. Celui-ci avait « une attitude très tribale », alors qu’« on ne se trouve pas dans une tribu primitive comme les décrit Darwin, avec le mâle dominant qui décide ». C’est dans la tête de ceux qui détestent Michel Onfray que s’est faite l’association tribu-Afrique primitive, donc racisme, certainement pas dans celle du philosophe, assez malin pour savoir que beaucoup de mots sont piégés. L’accusation de racisme jetée à tort et à travers prouve l’obsession de la race chez les accusateurs plus que chez les accusés.

Pauvre Mercator ! Ce doux géographe flamand s’est confronté à l’insoluble problème de représenter la surface d’une orange sur une feuille A4. J’aime beaucoup sa carte où le Groenland et le nord de la Sibérie ont des étendues démesurées. J’imagine de longs voyages en traîneau à chiens, avec d’improbables rencontres de mammouths laineux, peut-être d’une tribu néandertalienne qui a réussi à survivre sur une île glaciale et méconnue. Sur sa carte, l’Afrique est toute petite : Mercator était donc raciste.

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Les bêtises de jeunesse, qui n’en a pas proféré ? Dans une chanson de Jacques Brel, un jeune homme et ses copains insultent les notaires attablés aux « Trois Faisans ». « Les bourgeois, c’est comme les cochons », chantent-ils. Plus tard, il devient notaire et va se plaindre au commissariat d’une bande de voyous qui hurlent sous les fenêtres du bar où il a festoyé. Les accusations portées par Mediapart contre Jordan Bardella sont infiniment plus graves. Pour l’instant, elles ne sont en rien prouvées. Faisons confiance aux gens de gauche pour produire de savantes manipulations, du saucissonnage de l’information, préparée et diluée pour tenir jusqu’au mois de mai. C’est dans leur ADN, allais-je écrire. Un très bref passage au Snesup m’a montré à quel point les socialistes et les communistes sont fascinés par les « manips », en soupçonnent partout, en façonnent eux-mêmes avec délectation.

Le droit à la rédemption

Saül de Tarse était un tueur de chrétiens. Il a été renversé par une vision sur le chemin de Damas, est devenu Paul, le plus grand penseur d’une religion naissante. Cette idée chrétienne que tout être humain est digne de rédemption a été largement acceptée dans la culture occidentale, et même démesurément étendue par la justice française, puisqu’il lui arrive de libérer des criminels qui pourraient récidiver. Le Jordan Bardella de dix-sept ans a peut-être prononcé des phrases qui, maintenant, lui font horreur. Le piège dans le piège de Mediapart est qu’il lui sera difficile de réclamer de l’indulgence pour des bêtises de jeune homme après les avoir niées.

Je suis persuadé que cette machination ne fera pas baisser d’un demi-pour cent les intentions de vote pour Marine Le Pen. Et comme le destin des hommes est une histoire de bruit et de fureur, l’hypothèse sordide que cette affaire fera monter la cote du Rassemblement national dans certaines banlieues n’est pas à exclure. Beau travail, Edwy.

Oh! Les filles

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


C’était un soir ; il faisait sombre et lourd. Nous nous promenions, la Sauvageonne et moi, dans le centre de la bonne ville d’Amiens. Soudain, notre attention fut attirée par un panneau qui annonçait l’opération Walk of Femmes, un parcours urbain mis en place par la Ville à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes (le 8 mars) et consacré aux femmes qui ont marqué son histoire. Féministe tout au fond de son petit cœur de fille et féminine jusqu’au bout des ongles (en ce moment recouverts d’un vernis garance sensuel et érotique), la Sauvageonne m’interpella : « Cela pourrait faire un bon sujet pour ton prône dominical, vieux Yak ! Ce serait bien de faire connaître l’initiative aux lectrices et aux lecteurs de Causeur. » J’acquiesçai vivement tout en bombant mon torse de mâle dominant et de boomer invétéré. Je sortis de ma poche mon téléphone portable avec la même vivacité que Ravaillac sortit son couteau devant Henri IV le 14 mai 1610, rue de la Ferronnerie, à Paris.

Mon but ? En savoir plus sur ladite opération. J’appris qu’il devait s’agir d’une installation éphémère, présente « tout au long du mois de mars dans différents lieux emblématiques en centre-ville, ce projet vise à rendre visibles celles dont l’engagement, le talent et les actions ont façonné le territoire, mais dont la mémoire demeure trop souvent effacée. Résistantes, artistes, intellectuelles, soignantes ou militantes : à travers ces figures, Amiens affirme son engagement pour l’égalité entre les femmes et les hommes. » (Quelques jours plus tard, étonné qu’en septembre on retrouve encore les fameux panneaux, je tentai d’en savoir plus. En vain. Il en fallait bien plus pour stopper mon élan inouï de chroniqueur buté.)

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Ainsi, elles sont dix femmes mises à l’honneur : Victorine Authier (1840-1874), au musée de Picardie ; « née à Amiens, Victorine Autier fut une infirmière héroïque de la guerre franco-allemande de 1870. Durant ce conflit, elle servit comme infirmière de la Croix-Rouge et fit preuve d’un courage exemplaire », peut-on lire ; Marie-Louise Bouctot-Vagniez (1884-1944), au 36, rue des Otages ; « née à Amiens dans une famille liée à l’industrie textile, Marie-Louise Bouctot-Vagniez se distingue par son engagement humaniste et social. Engagée volontaire comme infirmière dès la Première Guerre mondiale, elle soigne les blessés de 1914-1918 et s’investit toute sa vie dans des œuvres de bienfaisance » ; Marie Denizard (1872-1959), place René-Goblet ; « née le 3 avril 1872 dans l’Aisne (N.D.A. : à Pontru), Marie Denizard s’installe à Amiens dans les années 1900. Elle étudie au lycée de jeunes filles d’Amiens, l’actuel lycée Madeleine-Michelis. Elle s’engage très tôt dans la lutte pour les droits civiques des femmes, contre les ravages de l’alcoolisme dans la classe ouvrière et contre les abandons d’enfants. Elle collabore aux publications féministes comme La Fronde et participe au débat public sur le droit de vote des femmes » ; Germaine Dulac (1882-1942), parvis de la Maison de la culture ; « née à Amiens, en 1882, Germaine Dulac passe une partie de sa jeunesse dans la ville avant de devenir une figure majeure du cinéma d’avant-garde et du féminisme des années 1920 » ; Madeleine Michelis (1913-1944), 43, rue des Otages ; « en 1942, elle est nommée professeure de lettres à Amiens. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Madeleine Michelis s’engage très tôt dans la Résistance et participe activement au réseau Shelburn, qui aide des aviateurs alliés à rejoindre l’Angleterre. En 1944, elle est arrêtée par la Gestapo à son domicile à Amiens et transférée à Paris pour y être interrogée. Malgré les sévices subis, elle refuse de parler et meurt dans des circonstances suspectes. »

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La place nous manque ici pour évoquer par le menu ces héroïnes, femmes exemplaires ; elles avaient pour noms Manon Roland (1754-1793), figure majeure de la Révolution française, Véronique Silver (1931-2010), comédienne, Dolorès Vanetti (1912-2008), actrice, poétesse et journaliste, Madeleine Varin (1611-1647), moniale au couvent des Ursulines d’Amiens (elle développa une tradition de broderie liturgique d’exception), Honorine de Viane (1829-1910), épouse de Jules Verne.


Note à l’attention de mes grands amis du forum des lecteurs, en bas, tout en bas de cette chronique : en terminant le parcours, je me suis demandé si, dans cinquante ans, un panneau rendra hommage à La Sauvageonne, comédienne et peintre, compagne de l’illustre Philippe Lacoche, ancien diacre, chroniqueur à Causeur et pêcheur à la ligne. Na !

L’émeute comme entraînement à la guerre civile?

Observateur blasé des lycées en flammes et en émoi, en Cassandre qui avait tout prévu — dit-il — et qui voit se réaliser l’ensemble de ses cauchemars, notre chroniqueur analyse à sa manière les émeutes, incendies et lynchages perpétrés par les petits anges affublés d’une casquette d’élève, sans l’être forcément. « Une stratégie pensée dans le détail », affirme-t-il. Allons donc !


Rodolphe Cart, dans le numéro de septembre de Causeur — avant même les présentes émeutes —, a parfaitement résumé l’action disruptive de LFI, à la manœuvre derrière les événements de cette semaine : « Mélenchon désigne à chacune des chapelles de LFI un ennemi à abattre : aux palestinistes, Israël ; aux antifascistes, le RN ; aux écologistes, le capitalisme ; à la « Nouvelle France », la vieille France. Le parti tient par la tension qu’il entretient. » Et aux lycéens, les proviseurs, les profs non encore radicalisés (il en reste), et les policiers, selon le slogan qui dégouline de tous les murs : « ACAB » – All Cops Are Bastards. On n’est pas plus aimable.

Le gouvernement pétrifié par la crainte de la bavure policière

Les p’tits jeunes et les jeunes racailles, émeutiers bien plus que manifestants, sont aujourd’hui la chair à canon de LFI. Si l’on garde la tête baissée sur le présent sans voir ce que nous réserve l’avenir, on regarde des lycéens brûler leurs lycées, qui en répudiant les portables leur ont fait l’insulte de vouloir les priver de leur cerveau électronique portatif, des instructions en temps réel sur les manœuvres en cours, et les jolies vidéos où des Nahel en puissance tentent de mettre à mort une surveillante en hurlant « Wesh ! Wesh ! » — ce à quoi se résume tout leur vocabulaire. Ils savent bien, ces gentils manifestants, que la police n’interviendra pas, ou à la marge, tant le gouvernement est pétrifié d’avance par les bavures à venir.

Du coup, ils incendient les jolis petits lycées construits pour eux, à Nantes (Nelson-Mandela, avec ses structures écolos en bois, a magnifiquement brûlé) ou ailleurs, et détruisent tout sur leur passage. L’argent qu’il faudra pour reconstruire après le passage de ces doriphores d’un nouveau genre devra être décompté des milliards dépensés, en pure perte, pour leur enseignement. À rembourser sur les milliards généreusement donnés à leurs parents pour leur éducation : l’argent, ces temps-ci, se fait rare, et le gouvernement ne peut éternellement le puiser dans les poches des contribuables et des retraités. Des propositions montent déjà pour supprimer primes, allocations et logements de faveur aux parents des émeutiers. Ce serait la moindre des choses. Celui qui casse doit payer. Comme dit mon épicier chinois : « Tu touches, tu payes. »

Les réclamations des lycéens sont si nombreuses qu’elles ne forment qu’un écran de fumée. « Moins d’heures de cours ! » — mais un élève aujourd’hui travaille 400 heures / année de moins qu’il y a un siècle. « Plus de profs ! » — mais c’est une demande saugrenue, à l’heure où l’on ne trouve pas de suicidaires assez nombreux pour exercer avec talent un métier aussi dangereux. Ce ne sont pas des élèves que l’on a en face, ce sont souvent des animaux — dressés par les organisateurs du désordre.

LFI à la manœuvre

Quand on joue aux échecs, il est assez ordinaire de penser avec trois ou quatre coups d’avance. De grands champions pensent huit ou dix coups en avant. Si l’on se projette un peu — en l’occurrence à l’après-élections présidentielles, l’objectif fantasmé de Mélenchon —, on saisit très vite la stratégie de LFI.

Si Marine Le Pen, favorite des sondages, passe (et dans l’hypothèse où le Conseil constitutionnel, à la botte de Macron et de ses tireurs de ficelles, sous le prétexte d’une influence russe envahissante, invaliderait cette élection, comme ça s’est passé en Roumanie), le troisième tour ne se jouera pas aux législatives, mais dans la rue. Et cette fois, il faudra bien répondre aux tirs à armes lourdes. Après les fusées de feux d’artifice, les mortiers tout court.

L’électorat de droite est un peu lent. Il est vieux, il hésite à faire le coup de feu — même s’il n’y a jamais eu autant de demandes d’inscriptions dans les clubs de tir, jamais autant de demandes de permis de chasse. Les garnements qui aujourd’hui incendient les lycées protestent, entre autres, contre le « permis de tuer » distribué aux forces de l’ordre — qui ne l’utilisent pas. Que feront-ils face à des citoyens déterminés à leur disputer leurs biens obtenus avec 45 ans de travail — parfois davantage ? Et en se levant à cinq heures du matin, toute une vie — quand nos émeutiers de carnaval refusent que les cours commencent à huit heures…

Ils seront la chair à fusil poussée en avant par des calculateurs lambertistes, qui savent que Lénine a pris le pouvoir avec une poignée de bolcheviks. Des morts, il y en aura, parce que c’est toujours en marchant sur des cadavres que les partis révolutionnaires sont parvenus au pouvoir. Le Hamas, qu’ils vénèrent si fort, a fait le même calcul : provoquer Israël, dont la riposte anéantira en priorité les boucliers humains des Gazaouis derrière lesquels ces courageux combattants se retranchent — puis hurler au génocide. Il se trouvera bien un Caron, et quelques autres, pour reprendre un slogan aussi mensonger.

Les temps à venir sont lourds d’hypothèses sanglantes. Début mars je sors un essai intitulé Guerre civile, écrit à la fin du printemps dernier. Je n’en rectifierai pas une ligne, sinon pour souligner qu’une fois encore, j’ai vu juste, et que le vent poussant les cendres des incendies me donne raison.

Rêveuse bourgeoisie

Drieu a beaucoup baisé, aimé une seule fois, et s’est déshonoré pour toujours. Dans La Rédemption, Jean-Noël Orengo raconte comment ce fasciste et collaborateur a sauvé de Drancy son ancienne épouse, juive.


J’ai toujours vu en Drieu la Rochelle une sorte de Scott Fitzgerald français. L’un sombra dans l’alcool, l’autre dans le fascisme : la postérité semble plus clémente aux ivrognes qu’aux possédés de la politique. Tous deux furent de cette génération perdue qui se raccrocha tantôt aux femmes, tantôt au champagne, tantôt aux idéologies qui poussèrent sur les charognes de la Grande Guerre. Dans le cas de Drieu, ce fut tout ça. Et plus encore.

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Cet « homme couvert de femmes » n’a connu qu’un seul grand amour dans sa vie. C’est en tout cas ce que pense Jean-Noël Orengo, auteur de ce roman incarné et excitant, nerveux autant que lyrique, passionnant parce que passionné. Au départ de celui-ci, il y a cet amour de jeunesse entre Colette Jéramec, juive parisienne de la grande bourgeoisie, et Pierre Drieu la Rochelle, jeune homme d’une famille désargentée et désunie, mais promis à une brillante carrière quelque part entre la politique et la littérature. L’avenir est bien plus tortueux : écrivain reconnu mais jamais célébré, il s’abîme à la fin des années 1930 dans l’antisémitisme avant de sombrer dans la collaboration active avec l’Allemagne nazie. Il se suicide finalement un jour de mars 1945, plus proche de Staline que d’Hitler. Voilà pour les grandes lignes maintes fois répétées, et qui ne permettent jamais d’atteindre l’homme de chair, de sang et d’encre qu’était Drieu. La Rédemption y parvient grâce au don d’écriture de Jean-Noël Orengo qui épouse l’âme et les vies de Pierre et de Colette, dans leur violence et leur beauté.

Un amour au cœur des ténèbres

Les biographes n’accordent souvent que quelques lignes à un événement capital dans l’existence de cet étrange tandem : plus de vingt ans après leur divorce, Drieu se démènera, fera tout son possible et obtiendra la libération de Colette et de ses deux enfants, incarcérés au camp de Drancy en 1943. Lui, le fasciste, le collaborateur, l’admirateur du IIIe Reich, sauvera la résistante, la Juive, et peut-être aussi le souvenir éternel d’un amour aussi étrange que superbe. Autour de ce nœud de paradoxes, c’est toute la vie d’une époque – le métier de médecin de Colette, les surréalistes, l’amitié pour Aragon et Malraux, les obsessions politiques destructrices – qui prend corps sous la plume de cet écrivain charnel.

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Orengo fait de Drieu, ce consommateur de putains, une putain lui-même, un prostitué fasciné par le luxe de l’appartement des Jéramec, boulevard Haussmann. Pierre est le meilleur ami du frère de Colette. L’allure de ce grand blond aux yeux bleus, quelque peu rimbaldien, amateur exalté de Nietzsche et de Barrès, ses qualités intellectuelles et son charme, agissent d’abord vivement sur André Jéramec avant qu’il lui présente sa sœur qui « apprécie d’être la mascotte de cette bande de garçons qui prétendent connaître les femmes et la vie, mais sont tout aussi démunis qu’elle, peut-être plus, devant les choses du corps. » Ce livre est aussi une histoire de corps qui vivent, marchent, touchent, souffrent et couchent. C’est ce qui rend ce récit historique si prégnant, si frontal. Orengo continue d’interroger avec une sensualité nerveuse l’idée du mal et de la rédemption chez un être qui s’est vautré dans ses rages en les écrivant, et s’est anobli par ses actes.

La Rédemption, Jean-Noël Orengo, Grasset, 2026, 416 pages.

Quand CR7 succombe à la frustração

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Quarante et un ans, dont vingt-trois avec la sélection portugaise, 234 matchs avec la Seleção, 979 buts toutes compétitions confondues… et une carrière internationale peut-être terminée par une course-poursuite dans les rues de Copenhague. Pendant que la France tournait la page de la visite du pape, le Portugal était entièrement suspendu aux heurs et malheurs de sa légende Cristiano Ronaldo.

Crépuscule d’une idole

En ce début d’automne, l’équipe portugaise s’est rassemblée pour disputer quatre matchs. L’occasion d’y voir plus clair sur le statut de Cristiano Ronaldo. Peu en réussite lors du Mondial nord-américain, où l’âge de ses artères a commencé à se faire sentir, il paraissait de plus en plus évident que l’avenir du Lusitanien serait de rester sagement en Arabie saoudite, où il évolue sous les couleurs d’Al-Nassr, tandis que le reste de ses compatriotes se réunirait pour jouer la Ligue des nations et les qualifications du prochain Championnat d’Europe. C’était sans compter la désignation de Jorge Jesus en tant que sélectionneur national, venu tout droit… du club d’Al-Nassr. Une désignation dans laquelle CR7 (le surnom de Ronaldo) n’aurait pas été pour rien, puisqu’elle lui garantissait, apparemment, de jouer encore avec le Portugal et, peut-être, d’atteindre les 1 000 buts en carrière, un défi qui obséderait l’ancien attaquant de Manchester United.

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C’est sans doute le Mondial 2026, en Amérique du Nord. Ou peut-être l’Euro 2024. Ou déjà la Coupe du monde 2022. On ne sait plus très bien à quand remonte la « coupe de trop » pour Cristiano Ronaldo. Et pour cette rentrée des classes 2026-2027, le miracle n’a pas eu lieu. Contre le Pays de Galles, le 24 septembre, il est titulaire et capitaine, mais il est une fois encore poussif. Le sélectionneur le sort en cours de match. Au match suivant, contre la Norvège, Jorge Jesus le laisse alors sur le banc. Pire, il le met à l’échauffement au bord du terrain pendant trente minutes, pour finalement ne pas le faire entrer. La star portugaise a du mal à contenir sa frustration, disparaît au moment de la célébration collective et est absente de la séance d’entraînement suivante.

On n’a pas encore tout vu. Alors que se profile le match suivant, contre le Danemark, Jorge Jesus ose un coup de menton : « C’est moi qui décide. Ceux qui ont travaillé avec moi le savent. Dans un club, c’est le président qui commande, mais c’est moi qui commande l’équipe. » Il renonce ainsi à sa promesse, faite en privé au capitaine portugais, d’excuses publiques pour son manque de considération, notamment pour cet échauffement vain de trente minutes. C’est en tout cas la version d’Edu Aguirre, le journaliste de l’émission espagnole El Chiringuito très proche de la superstar portugaise.

Bullitt à Copenhague

Ni une ni deux, Cristiano Ronaldo prend ses cliques et ses claques, direction l’aéroport. Pas un mot d’au revoir pour ses coéquipiers : à peine avait-il appris la teneur des propos de la conférence de presse qu’il décidait de filer à l’anglaise. L’avion privé atterrit à Copenhague à 22 h 15, redécolle pour Madrid à 23 h 35 et s’y pose à 2 h 40. Plusieurs curieux l’attendaient dans la capitale espagnole, certains ayant même envahi la zone interdite au public. Au même moment, l’entraîneur portugais, flanqué du président de la Fédération portugaise de football, se met en tête de le rattraper et se lance dans une course-poursuite in extremis. Trop tard, l’avion est déjà parti. Il faut dire que pour la Fédération portugaise, les performances déclinantes du joueur sont presque secondaires comparées à la capacité de Ronaldo de maintenir les caméras braquées sur l’équipe. À l’inverse, se fâcher avec les fans de CR7 est risqué. Quelques heures après l’épisode danois, le compte Instagram de la sélection avait perdu un million d’abonnés. Une perte qu’il faudra bien expliquer à Sagres, célèbre marque de bière portugaise floquée sur les vestes d’entraînement de l’équipe… Quant à Jorge Jesus, ses détracteurs lui reprochent d’avoir joué à fond la carte de la « connexion » saoudienne avec Cristiano Ronaldo afin de récupérer le poste, tout en ayant l’intention de se débarrasser progressivement du quadragénaire… Contre le Danemark, Rafael Leão avait déjà récupéré le numéro 7, propriété inaliénable du joueur depuis vingt ans.

En décembre 1960, les premiers pas de la première légende du football portugais, Eusébio, furent entachés par une histoire rocambolesque : les dirigeants du Benfica furent accusés d’avoir kidnappé le footballeur tout droit débarqué du Mozambique sur le tarmac de l’aéroport afin de le subtiliser au club auquel il était promis, le Sporting. Soixante-six ans plus tard, c’est la fin de carrière d’une autre légende qui s’achève dans un aéroport, dans une scène à peine moins rocambolesque.

Un temps de réaction

Dans une somme passionnante de plus de 900 pages, Olivier Dard retrace l’histoire de l’extrême droite française depuis le début de la IIIe République. Ayant troqué en cours de route le royalisme contre le nationalisme, le camp de la Contre-Révolution a fini dans les années 80 par se rallier à un leader qui n’était pas le plus factieux du lot, Jean-Marie Le Pen, dont la fille a pris encore plus ses distances avec les thèses les plus radicales. Nombreux sont toutefois les membres du RN qui se sentent fidèles à l’héritage maurrassien.


L’art de changer de focale. Après avoir consacré toute son éminente carrière universitaire, passée par Nanterre, Metz et enfin la Sorbonne, à se pencher sur mille facettes du nationalisme — de Charles Maurras à Bertrand de Jouvenel en passant par le mythe du complot synarchique et le philo-salazarisme —, Olivier Dard opère un grand dézoomage et publie un impressionnant travail de synthèse sur le sujet de sa vie. En 912 pages, il propose rien moins qu’une Histoire de l’extrême droite française de 1870 à nos jours. Une somme qui tombe à point nommé. Au moment où le Rassemblement national aborde la présidentielle en tête des intentions de vote, l’ouvrage prend évidemment une résonance particulière.

Effet drapeau

Comme on s’y attendait, l’élève de Serge Berstein, tenant à rester le plus neutre possible, ne prononce dans son texte ni une condamnation morale de l’extrême droite ni une tentative de réhabilitation. On ne lira pas sous sa plume une thèse hardie à la Zeev Sternhell, qui avait voulu voir dans le bouillonnement contre-révolutionnaire de la France de la Belle Époque les origines du fascisme. On n’y trouvera pas davantage soulignée la dette de la France à l’égard de cette famille de pensée : les réseaux de renseignement de la Résistance, la manifestation du 11 novembre 1940, la Fête des Mères, les Hussards, François Mitterrand.

Le récit commence par une page qui se referme : celle du légitimisme, incarné, après la chute du Second Empire, par le comte de Chambord. L’épisode est connu. Alors que la restauration est à portée de main, l’enfant du miracle refuse la couronne car il ne saurait accepter les couleurs bleu-blanc-rouge. Comment comprendre ce refus d’obstacle ? Dard ne fait pas grand cas de l’interprétation psychologisante, et voit d’abord dans l’affaire du drapeau une question de principe. Déjà, les prémices d’une mystique de la défaite qui ne se démentira pas dans les pages suivantes.

Vient ensuite le boulangisme, première crise majeure traversée par la Troisième République opportuniste. L’extrême droite s’éloigne alors des gentilhommières et atteint les faubourgs. « Un frisson traversa le pays », écrit Olivier Dard, qui reconnaît lui-même la difficulté à ranger le général Boulanger dans une case idéologique, préférant parler de « maladie d’adolescence du radicalisme ».

Inoffensif Maurras

Puis c’est l’affaire Dreyfus qui, au tournant du siècle, électrise la France. Chaque matin, Charles Maurras promet de porter le coup fatal à la République. Entre 1914 et 1918, il joue pourtant sans hésiter le jeu de la propagande de guerre. Et lorsqu’on l’accuse, en plein conflit mondial, de couvrir un complot, il apporte prestement toutes les preuves que jamais l’Action française n’a été en mesure de mener le moindre putsch contre le régime ! Sous l’Occupation, Lucien Rebatet, plume collaborationniste, fera des gorges chaudes de son ancien maître de l’« Inaction française ».

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Après 1918, Maurras, décidément inoffensif, joue un jeu complexe avec Clemenceau et surtout avec Poincaré, dont il essaie de devenir l’éminence grise. La tentative de notabilisation échoue cependant. S’ensuit une succession de graves fautes éthiques et politiques. Après avoir appelé pendant vingt ans au démantèlement de l’Allemagne, Maurras devient munichois. En 1940, il est subjugué par le maréchal Pétain. La réciproque n’est pas vraie. Dard montre que Vichy s’apparente davantage à une radicalisation de la technocratie de la Troisième République finissante (avec une forte pulsion modernisatrice) qu’au triomphe de la droite réactionnaire.

À mesure que le régime collaborationniste se durcit, les nationalistes perdent ainsi un terrain considérable, même si des figures bruyantes et fracassantes comme Abel Bonnard et Philippe Henriot se maintiennent. Autre paradoxe souligné par l’historien : ce me sont des maurrassiens, Xavier Vallat en tête, qui se sont opposés dès 1940 à l’organisation de Vichy autour d’un parti unique, évitant (par accident) une dérive encore plus totalitaire. Et puis, comme on sait, une partie de l’Action française s’est en revanche montrée à la hauteur des événements, en s’engageant tôt dans la Résistance, à commencer par Daniel Cordier, 19 ans, futur secrétaire de Jean Moulin.

L’immigration de masse, la solution miracle

À la Libération, il est peu de dire que le paysage de l’extrême droite, déshonorée plus que jamais par son antisémitisme, est un champ de ruines. Il faut attendre la création de l’OAS en 1961 puis la campagne présidentielle de Jean-Louis Tixier-Vignancour en 1965 pour que renaisse un certain espoir dans ses troupes, qui retombe toutefois très vite à plat, l’avocat de Louis-Ferdinand Céline n’obtenant que 5,2 % des voix. On pourrait imaginer la création du Front national en 1972 comme le moment d’une reprise en main énergique par Jean-Marie Le Pen. C’est pourtant par effraction que l’ancien député poujadiste prend la tête d’un mouvement issu d’Ordre nouveau et constitué de « jeunes gens aux cheveux qui rebiquent dans le cou ». Dans le match à mort qui l’oppose tout au long des années 70 à ses rivaux du Parti des forces nouvelles (PFN), rien n’est gagné d’avance. C’est avec le thème de l’immigration que Le Pen perce le mur du son cathodique au début des années 80.

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Ne dites plus extrême droite, dites « droite nationale »

À cette époque, Alain de Benoist, chef de file de la Nouvelle Droite, qualifie le « phénomène Le Pen » de « feu de paille ». Raté : grâce à un talent oratoire indéniable, le Menhir parvient à imposer aux solidaristes, aux catholiques tradis et aux maurrassiens de travailler ensemble, contre la propension « trotskyste » de l’extrême droite à la multiplication des chapelles. Ce faisant, il s’impose comme le principal trouble-fête de la République.

Quarante ans plus tard, sa fille Marine est en course pour l’Élysée avec l’étiquette de favorite. Depuis qu’elle a pris la tête du parti, elle s’est évertuée à en gommer toutes les références historiques. Autant par stratégie de dédiabolisation que par désintérêt personnel pour les récits d’anciens combattants. C’est donc souvent de bonne foi que les jeunes sympathisants du mouvement, qui n’étaient pas nés au moment des calembours douteux de Jean-Marie Le Pen, ne comprennent pas pourquoi on leur parle de Maurras, Pétain et Tixier. À ces novices, l’ouvrage d’Olivier Dard apprendra les secrets de famille. Aux plus renseignés, il permettra de mesurer le chemin parcouru.

Luxure et châtiment

Thérapie de conversion, option démon très collant


Le Lévitique, troisième livre du Pentateuque comme chacun sait, règlemente le pur et l’impur – et, entre autres choses, ce qui relève de l’impureté sexuelle. D’où le titre Leviticus, donné à son premier long métrage par le monteur, scénariste et réalisateur Adrian Chiarella, 45 ans, né à Sydney d’un père italien et d’une mère chinoise, lequel s’était déjà fait connaître par quelques courts métrages fortement prisés, en festivals, par la mouvance gay australienne. Présenté en avant-première dans le cadre de l’édition 2026 du Sundance, voilà que Leviticus fond sur nos écrans.

Si le cinéma d’horreur exploite à foison la libido hétérosexuelle, il est presque inédit que la romance queer, a fortiori celle d’une paire de teenagers encore glabres, investisse cette spécialité du septième art. L’idylle se noue, clandestinement bien sûr, entre deux bichons, Naim et Ryan, au cœur d’un bled industriel repoussant où le premier vient de l’installer, à contre-cœur, avec sa mère. C’est au hasard d’un jeu de lutte virile, ébats classiques entre adolescents, que Naim, le petit brun, se découvre une incoercible attraction pour Ryan, archange aux cheveux d’or qui en fera craquer plus d’un, archange aux cheveux d’or qui en fera craquer plus d’un : l’étau viril se change en étreinte lascive ; ils finissent par se rouler une pelle ; bientôt, un onanisme confraternel les colle l’un à l’autre. Mais cette fringale sexuelle nourrit la jalousie de Naim. Se découvrant trompé par son amant avec le rejeton boutonneux du pasteur, Naim se trahit malgré lui auprès de la communauté fanatiquement religieuse à laquelle ils appartiennent. Le coming out ne passe pas ; ledit pasteur prescrit aux parents un rituel de délivrance propre à libérer leur progéniture de ses désirs impurs. Satanas ! la thérapie de conversion va libérer le double de Ryan, entité démoniaque qui, épousant ses traits – soit ceux de la personne que la victime désire suprêmement -, ne se manifeste que dans la solitude – ce qui oblige les deux garçons, pour échapper à la malédiction, à ne jamais se quitter. Mais sans pouvoir s’aimer jamais… Métaphore, à ce qu’il semblerait, de l’homophobie intériorisée.

Plutôt indifférent aux lévitations et autres effets visuels qui jalonnent cet improbable canevas horrifique, le spectateur peine à croire à cette fable, que le scénario à ellipses rend d’ailleurs assez confuse. À noter que l’éphèbe Stacy Clausen, 21 ans, star montante à l’international, apparaissait dès 2023 dans La jeune fille et la mer, récidive cette année dans Trash (Nature prédatrice), films l’un comme l’autre visionnables sur Netflix. On pourra encore retrouver sa jolie frimousse, toujours sur Netflix, à partir du 25 novembre dans le film de l’Américain Peter Berg, The Mosquito Bowl.      


Leviticus, film de Adrian Chiarella. Avec Joe Bird, Stacy Clausen. Australie, couleur, 2026. Durée: 1h28. En salles le 7 octobre.

Phosphate, eau, énergie: comment le Maroc transforme son avantage géologique en puissance industrielle

Le Royaume possède près de 70 % des réserves mondiales connues de phosphate. Mais depuis plusieurs années, le Maroc cherche surtout à transformer cet avantage géologique en avantage industriel, en développant autour du phosphate la production d’engrais, le dessalement de l’eau, les énergies renouvelables et, demain, l’ammoniac vert.


Le phosphate fait rarement la une des journaux économiques. Il est beaucoup moins spectaculaire que le pétrole, le gaz, le cuivre ou, plus récemment, le lithium. Il n’en est pas moins indispensable. Sans phosphore, pas d’engrais phosphatés et, sans ces engrais, une partie de l’agriculture mondiale verrait ses rendements chuter.

La particularité du phosphore est qu’il ne peut pas être produit artificiellement. Contrairement à l’azote, que l’industrie sait transformer en engrais à partir de matières premières relativement accessibles, il faut extraire le phosphate de gisements naturels. Or ceux-ci sont très inégalement répartis.

C’est là que le Maroc dispose d’un avantage difficilement comparable. Selon l’US Geological Survey, le Royaume possède environ 50 milliards de tonnes de réserves, soit près de 70 % des réserves mondiales identifiées. Le pays occupe ainsi une position singulière sur une matière première directement liée à la sécurité alimentaire.

Pendant longtemps, cette richesse pouvait être envisagée avant tout comme une rente minière. Ce n’est plus vraiment le cas. Depuis plusieurs années, le Maroc s’efforce de construire autour de son phosphate une industrie plus intégrée, capable de produire davantage sur place et de réduire certaines de ses dépendances.

Du phosphate à l’industrie

L’évolution d’OCP résume assez bien ce changement. L’ancien Office chérifien des phosphates n’est plus seulement un producteur et un exportateur de minerai. Le groupe s’est développé dans les engrais, la nutrition des plantes et les produits phosphatés à plus forte valeur ajoutée. Il investit désormais aussi massivement dans ce qui permet à cette industrie de fonctionner : l’eau, l’énergie et les infrastructures.

Cette intégration répond d’abord à une réalité très concrète. Extraire et transformer du phosphate demande beaucoup d’eau et d’énergie. Fabriquer des engrais nécessite également des matières premières que le Maroc importe encore, au premier rang desquelles l’ammoniac. Une sécheresse prolongée, une flambée des prix de l’énergie ou une perturbation des routes maritimes peut donc avoir des conséquences immédiates sur les coûts et la production.

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C’est pour réduire ces vulnérabilités qu’OCP a lancé un programme d’investissement vert d’environ 13 milliards de dollars sur la période 2023-2027. L’objectif ne consiste pas seulement à augmenter la production d’engrais. Il s’agit aussi de développer les énergies renouvelables, le dessalement de l’eau de mer et, à terme, une production marocaine d’ammoniac vert.

Autrement dit, le groupe cherche progressivement à maîtriser ce qui se trouve autour du phosphate autant que le phosphate lui-même.

L’eau, première urgence

C’est probablement dans le domaine de l’eau que cette stratégie est aujourd’hui la plus visible.

Le Maroc traverse depuis plusieurs années une période de stress hydrique sévère. Les sécheresses se prolongent, les nappes phréatiques sont fortement sollicitées et le niveau de nombreux barrages a baissé. Dans ces conditions, la consommation d’eau d’une industrie minière de cette taille pouvait difficilement continuer à reposer sur les mêmes ressources que celles utilisées par les villes et l’agriculture.

OCP a donc investi dans le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées traitées. Depuis 2025, les besoins en eau de ses activités minières et industrielles sont intégralement couverts par ces ressources dites non conventionnelles.

À cette date, OCP Green Water disposait d’une capacité installée de 320 millions de mètres cubes. Elle doit atteindre 610 millions de mètres cubes en 2027.

Le projet reliant Jorf Lasfar à Khouribga donne une idée de l’ampleur des infrastructures nécessaires. Un pipeline de plus de 200 kilomètres transporte désormais de l’eau dessalée depuis la côte atlantique jusqu’au principal bassin phosphatier du Royaume. À Benguerir, une autre solution a été retenue : les installations minières utilisent notamment des eaux usées traitées provenant de Marrakech.

L’intérêt de ces équipements ne s’arrête plus aux portes des sites industriels. OCP fournit également de l’eau potable à plusieurs villes, parmi lesquelles Safi et El Jadida, ainsi qu’à une partie du sud de Casablanca. Les nouvelles infrastructures permettent aussi d’approvisionner Khouribga.

Le changement est loin d’être anecdotique. Une industrie qui faisait partie des grands consommateurs d’eau du pays a construit ses propres capacités alternatives et contribue désormais, à travers certaines de ses infrastructures, à l’approvisionnement urbain.

Produire au Maroc ce qui est encore importé

L’autre chantier concerne l’énergie et les matières premières indispensables aux engrais.

OCP veut porter ses capacités de production d’engrais à 20 millions de tonnes. Une telle montée en puissance suppose cependant de sécuriser les approvisionnements. Le groupe développe donc parallèlement ses capacités dans les énergies renouvelables et prépare la production d’ammoniac vert au Maroc.

L’enjeu est considérable. OCP importe aujourd’hui d’importantes quantités d’ammoniac. Le prix de cette matière première dépend notamment de celui du gaz et des conditions du commerce international. Lorsque les routes maritimes se tendent ou que les prix énergétiques s’envolent, les coûts de production des engrais suivent.

Les tensions autour du détroit d’Ormuz ont récemment rappelé cette fragilité. Une partie importante du commerce mondial des engrais et de leurs matières premières passe par un petit nombre de routes maritimes. Le Maroc dispose certes d’un avantage géographique pour ses exportations grâce à son ouverture sur l’Atlantique, mais plusieurs de ses approvisionnements restent tributaires de ces circuits.

Produire de l’ammoniac au Maroc permettrait donc de réduire une dépendance importante. L’utilisation d’électricité renouvelable pour produire de l’hydrogène, puis de l’ammoniac vert, ajouterait ainsi un nouveau maillon à la chaîne industrielle construite autour du phosphate.

Une politique qui ne date pas de la dernière sécheresse

Cette évolution ne relève pas uniquement de la stratégie d’une grande entreprise. Elle s’inscrit dans une politique industrielle engagée depuis plusieurs années par le Maroc sous l’impulsion de Mohammed VI.

Le programme d’investissement présenté au souverain en 2022 a accéléré cette orientation, mais celle-ci avait commencé bien auparavant. L’idée est de ne plus considérer le phosphate comme une matière première destinée principalement à l’exportation, mais comme le point de départ d’activités industrielles plus larges dans les engrais, la chimie, l’énergie ou encore la recherche.

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L’Université Mohammed VI Polytechnique participe directement à cette logique. Ses travaux concernent notamment l’agriculture, la chimie, les matériaux et les technologies énergétiques. Dans le même temps, OCP s’intéresse à de nouveaux débouchés du phosphate, notamment pour certains matériaux utilisés dans les batteries.

Le principe est assez simple : conserver au Maroc une part croissante de la valeur créée à partir d’une ressource dont le pays possède l’essentiel des réserves mondiales connues.

Une expérience suivie au-delà du Royaume

Le volet consacré à l’eau est sans doute celui qui peut le plus facilement dépasser le cas marocain.

Dans une grande partie du monde, l’eau est devenue l’un des principaux sujets de tension autour des activités minières. Des mines de cuivre latino-américaines aux exploitations australiennes en passant par plusieurs bassins miniers africains, industriels, agriculteurs et populations locales se retrouvent souvent en concurrence pour une même ressource.

Le Maroc est particulièrement exposé à ce problème en raison de son stress hydrique. Le fait que les installations d’OCP soient désormais alimentées par des ressources non conventionnelles constitue donc une expérience que d’autres pays producteurs de matières premières peuvent regarder avec intérêt.

Tout n’est pas réglé pour autant. Dessaler de l’eau demande beaucoup d’énergie. Construire des canalisations sur plusieurs centaines de kilomètres coûte cher. La production d’engrais reste exposée aux cours mondiaux et aux tensions commerciales. Et toute augmentation des capacités industrielles crée mécaniquement de nouveaux besoins.

Mais le changement de logique est déjà perceptible. Le Maroc ne se contente plus de posséder une ressource stratégique. Il cherche à construire autour d’elle l’eau, l’énergie, la recherche et les capacités industrielles nécessaires pour en tirer davantage de valeur et sécuriser sa production.

À mesure que la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau et la maîtrise des chaînes d’approvisionnement redeviennent des préoccupations centrales, le phosphate marocain prend ainsi une dimension qui dépasse largement celle d’une simple richesse minière.

« Apostrophes » : quand les écrivains montaient au créneau…

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Jean Dutourd dans l’émission d’Apostrophes, « Des goûts et des couleurs », en 1978. Capture d'écran INA.

Monsieur Nostalgie nous parle d’un temps où les émissions littéraires à la télévision suscitaient le débat contradictoire et non le robinet à humanités convenues. Un match des légendes opposait Jean Dutourd à Alain Robbe-Grillet!


De la confrontation courtoise naissait jadis une forme de tension intellectuelle délectable. Nous n’étions pas dans le déversoir à vagues idées générales, inoffensives et tellement attendues. Ce que j’appelle le temps béat, oscillant entre la gêne des propos sans poids et la démagogie contrite. L’écrivain en promotion, paniqué, mesurant ses mots, intimidé par la caméra, boutiquier ayant peur de faire fuir sa clientèle, enfile les banalités avec le frisson de tout perdre sur une phrase, sur une opinion, sur un geste. L’enjeu commercial est tel qu’il semble empêché, alors, à la manière des écoliers pris en flagrant délit d’impasse sur un sujet, l’homme de lettres actuel s’engouffre dans les lieux communs, use d’un vocabulaire étique, marmonne quelques vérités tautologiques, paraphrase et perd toute singularité aux yeux du public.

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Je vous parle d’un temps où la littérature osait encore la controverse

À trop respecter le moule, le cadre, à taire sa propre vision originale (quand il en a une), il risque au mieux la transparence, au pire l’agacement des lecteurs. Ne le blâmons pas, chacun doit survivre dans un environnement concurrentiel et fortement dégradé ces derniers mois. Emprunter le chemin le moins piégeux, en espérant séduire la ménagère, son éditeur, les journalistes et les libraires, est cependant un pari bien hasardeux sur l’avenir. Que retiendra-t-on de lui ? Un bruit de fond entendu mille fois, une conversation poussive où tous les invités se félicitent d’être des gens bien, une unanimité de façade, une connivence suspecte. Aucune irrégularité. Aucun tremblement. Aucune nervosité. Aucun débat frictionnant qui ouvre des champs nouveaux ; une grande lassitude noie alors ces ensembles vertueux et téléguidés.

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Quand Pivot faisait monter la mayonnaise

Il n’en fut pas toujours ainsi. Pourquoi aime-t-on revoir les émissions de Bernard Pivot ? Parce qu’il savait monter la mayonnaise, voire la maïeutique des écrivains. En son temps, on lui reprocha de réduire la littérature à des fins mercantiles, de scénariser les oppositions ; en résumé, de faire du spectacle. Pivot, habile soyeux lyonnais, organisait les plateaux d’Apostrophes avec la volonté d’animer, d’agiter, d’allumer le feu. Et, à la fin des années 1970, il y parvenait presque tous les vendredis. On regarde ces joutes avec nostalgie et excitation, avec aussi le désespoir de vivre dans une époque totalement dénervée. Abâtardie.

Je ne parle pas ici des émissions revues jusqu’à plus soif, extraits de bêtisiers usés jusqu’à la corde où l’on voit, par exemple, un écrivain américain ayant abusé de Sancerre. Ces morceaux de bravoure, pathétiques et réducteurs, ne reflètent pas l’ambiance générale. Il y eut des dizaines d’émissions sans clashs visuels où des opinions tranchées, différentes, irréconciliables sur le papier, se percutaient au service de l’information. Les téléspectateurs en sortaient grandis, instruits, nourris et donc curieux.

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Sur le thème générique « Des goûts et des couleurs », Pivot recevait en 1978 deux écoles de pensée distinctes. D’un côté, les théoriciens du nouveau roman, Robbe-Grillet, agronome apôtre du glissement, installé à côté de Perec et son Mode d’emploi ; en face, Jean Dutourd, fraîchement élu à l’Académie française, et le critique Jacques Brenner. S’ajoutait Michel-Antoine Burnier, venu avec son très drôle Roland Barthes sans peine ; le commentaire du commentaire du colloque de Cerisy vaut largement les meilleurs sketchs de Desproges. D’apparence calme, même si quelques coups bas fusèrent par moments, la discussion abordait un sujet essentiel : qu’est-ce que le nœud de l’écriture ? Chacun, avec des arguments très clairs, pouvait choisir son camp. On était soit du côté du style « classique », soit de la construction « moderne ». Un affable Robbe-Grillet ne manquait pas de talent pour décortiquer ses mondes parallèles et un olympien Dutourd pour le ramener à la joliesse d’une phrase harmonieuse. Nous apprenions au contact de ces passeurs.

La même année, Félicien Marceau, dans une émission intitulée « Le roman en liberté », avait gentiment bataillé face à Christine Arnothy sur la part d’imaginaire dans le roman. Il y a bien longtemps que la télévision ne s’empare plus de la littérature et ne produit plus cette intelligence partagée.

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Face au réveil des peuples, tous les coups vont être permis

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Le journaliste Ivan Rioufol © Hannah Assouline

La débâcle des marchands de vertus et de leur société passoire s’accompagne de l’effondrement de la croissance et de l’enseignement. Mais les Français sont prêts à tourner la page de décennies d’endoctrinement.


Le vieux monde a raison de craindre la colère des peuples oubliés. Les Allemands de Saxe-Anhalt, indifférents aux interdits d’en haut, ont majoritairement voté, le 6 septembre, pour l’AfD, parti anti-immigration présenté comme « fasciste » ou « néonazi » par les réducteurs de têtes. Le mouvement est aussi arrivé en tête, le 20 septembre, en Poméranie occidentale. Son succès répond à la faute d’Angela Merkel : elle avait cru pouvoir accueillir, en 2015, plus de 1 million de réfugiés fuyant la Syrie ou l’Irak. À l’époque la pensée lisse, aiguillonnée par la Commission européenne, louangeait « Mère Angela », en référence à Mère Teresa. Le Point[1] lui consacrait sa une : « L’incroyable Madame Merkel. Si seulement elle était française… » Le Monde dédiait son éditorial à « Angela Merkel, la fierté de l’Europe », en réclamant pour elle le prix Nobel de la paix… Ainsi font-font-font les petites marionnettes.

Mais la débâcle accompagne les marchands de vertus et leur société passoire. En France, même la croissance s’effondre : elle ne devrait pas dépasser 0,4 %, contre 0,7 % prévue par l’Insee. La chute de l’enseignement (mathématiques, lecture, etc.) dans le classement PISA 2025 (27e rang) n’est pas seulement due à l’envahissement des réseaux sociaux, boucs émissaires des fabricants de crétins. L’inculture va de pair avec la hausse de l’immigration de masse et l’asphyxie des classes d’accueil. La discrimination envers « la race blanche et la nation française », que deux juges d’instruction ont fait admettre dans le meurtre de Thomas Perotto à Crépol (Drôme), fait écho au séparatisme de ces cités qui se revendiquent « arabes ». Le voile est vu par beaucoup de Français comme un défi : à plus de 60 %, ils souhaitent son interdiction dans les rues.

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Les belles âmes, à l’abri des digicodes, jugent dangereux ces « fachos » qui veulent préserver leur langue, leurs modes de vie, leur civilisation. Or les irrécupérables font masse. Les fanatiques de la religion des droits de l’homme ont échoué. Des décennies d’endoctrinement n’ont pas réussi à embrigader les esprits, au-delà des génuflexions obliques du show-biz et des salonnards. Le réveil des peuples maltraités vient des profondeurs. La résurgence des âmes damnées dépasse les élections allemandes. D’autres scénarios similaires sont à attendre en Europe. En France, le centrisme melliflu s’annonce comme la probable victime du nouveau monde. Le sursaut existentiel de la « fille aînée de l’Église », qui a mobilisé les foules fin septembre lors la visite de Léon XIV à Paris, a laissé voir une soif d’idéal qui échappe aux idéologues professionnels.

Les rentiers du système ne sont pas disposés pour autant à rendre les clés. Leur criminalisation du renouveau national se fourbit au nom de la lutte contre l’« extrême droite ». Elle serait coupable de réclamer le pluralisme des opinions à Radio France et le retour de la démocratie. Tous les coups vont être permis. Cependant, l’épouvantail de la « fachosphère » n’effraie plus que des colibris. « La radicalité ne paye pas », a dit Marine Le Pen (12 septembre 2021) pour se démarquer de la campagne tonitruante d’Éric Zemmour. Le succès de l’AfD démontre le contraire : la rupture avec le système exige une révolution par les urnes. Le chamboulement est à portée de main. Aux Français de le décider.

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[1] 10 septembre 2015.

« C’est dans leur ADN »…

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Image d'illustration Unsplash.

C’est un célèbre philosophe français qui l’a affirmé : chez l’être humain, « l’existence précède l’essence ». Jean-Paul Sartre, bien sûr, qui n’avait absolument rien d’un homme de droite. Il signifiait que chaque personne se détermine par ses actes, sa volonté, ses choix, et absolument pas par ceux de son père, de son grand-père, de ses copains ou de sa concierge. Cette idée est à la base de la philosophie de la liberté dans l’existentialisme. Les brins d’herbe, les lapins ou les kangourous sont entièrement déterminés par leur ADN. Pas nous. Selon Sartre, selon saint Paul et bien d’autres, nous naissons libres et responsables. « Nous sommes tous responsables, et de tout », ajoutait-il. Grande idée, absolument à l’opposé du bêlement universel d’aujourd’hui : « Nous sommes tous victimes, et de tout ».

L’ADN, cette prison idéologique

On ne mesure pas à quel point la métaphore de l’ADN est fausse et scandaleuse. Dire que « tel parti fait telle déclaration ou tel choix parce que c’est dans son ADN » anéantit toute liberté individuelle. Parlons clair, cette figure de style est utilisée essentiellement contre Marine Le Pen et le Rassemblement national. Personne ne dit jamais que Fabien Roussel pourrait devenir un tyran sanguinaire parce que c’est dans l’ADN communiste. Pourtant, après les fleuves de sang des années staliniennes ou du « Grand Bond en avant » maoïste… Le Parti communiste français n’a jamais eu la pudeur de changer de nom, au contraire du PC italien. Il serait injuste de reprocher aux Allemands d’aujourd’hui d’avoir, pour la plupart, des grands-pères ou des arrière-grands-pères nazis. La prescription, souvent attaquée aujourd’hui, vient avec le temps et le changement de génération. Peu de gens en dehors de son parti ont félicité Marine Le Pen d’avoir commis ce parricide symbolique qu’étaient le passage de « Front » à « Rassemblement » et la mise à l’écart de Jean-Marie, avec tous les déchirements intérieurs que ce changement a dû produire. Ne nous leurrons pas, on continuera à répéter cet absurde « Ah oui, c’est dans son ADN, c’est dans leur ADN », et le malheur veut qu’une stupidité mille fois répétée finisse par ressembler à une vérité.

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Tout aussi illogique est la culpabilité par association d’idées. L’exemple chimiquement pur en est la mésaventure survenue à Michel Onfray après qu’il a commenté la prise de fonction de Bally Bagayoko. Celui-ci avait « une attitude très tribale », alors qu’« on ne se trouve pas dans une tribu primitive comme les décrit Darwin, avec le mâle dominant qui décide ». C’est dans la tête de ceux qui détestent Michel Onfray que s’est faite l’association tribu-Afrique primitive, donc racisme, certainement pas dans celle du philosophe, assez malin pour savoir que beaucoup de mots sont piégés. L’accusation de racisme jetée à tort et à travers prouve l’obsession de la race chez les accusateurs plus que chez les accusés.

Pauvre Mercator ! Ce doux géographe flamand s’est confronté à l’insoluble problème de représenter la surface d’une orange sur une feuille A4. J’aime beaucoup sa carte où le Groenland et le nord de la Sibérie ont des étendues démesurées. J’imagine de longs voyages en traîneau à chiens, avec d’improbables rencontres de mammouths laineux, peut-être d’une tribu néandertalienne qui a réussi à survivre sur une île glaciale et méconnue. Sur sa carte, l’Afrique est toute petite : Mercator était donc raciste.

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Les bêtises de jeunesse, qui n’en a pas proféré ? Dans une chanson de Jacques Brel, un jeune homme et ses copains insultent les notaires attablés aux « Trois Faisans ». « Les bourgeois, c’est comme les cochons », chantent-ils. Plus tard, il devient notaire et va se plaindre au commissariat d’une bande de voyous qui hurlent sous les fenêtres du bar où il a festoyé. Les accusations portées par Mediapart contre Jordan Bardella sont infiniment plus graves. Pour l’instant, elles ne sont en rien prouvées. Faisons confiance aux gens de gauche pour produire de savantes manipulations, du saucissonnage de l’information, préparée et diluée pour tenir jusqu’au mois de mai. C’est dans leur ADN, allais-je écrire. Un très bref passage au Snesup m’a montré à quel point les socialistes et les communistes sont fascinés par les « manips », en soupçonnent partout, en façonnent eux-mêmes avec délectation.

Le droit à la rédemption

Saül de Tarse était un tueur de chrétiens. Il a été renversé par une vision sur le chemin de Damas, est devenu Paul, le plus grand penseur d’une religion naissante. Cette idée chrétienne que tout être humain est digne de rédemption a été largement acceptée dans la culture occidentale, et même démesurément étendue par la justice française, puisqu’il lui arrive de libérer des criminels qui pourraient récidiver. Le Jordan Bardella de dix-sept ans a peut-être prononcé des phrases qui, maintenant, lui font horreur. Le piège dans le piège de Mediapart est qu’il lui sera difficile de réclamer de l’indulgence pour des bêtises de jeune homme après les avoir niées.

Je suis persuadé que cette machination ne fera pas baisser d’un demi-pour cent les intentions de vote pour Marine Le Pen. Et comme le destin des hommes est une histoire de bruit et de fureur, l’hypothèse sordide que cette affaire fera monter la cote du Rassemblement national dans certaines banlieues n’est pas à exclure. Beau travail, Edwy.

Oh! Les filles

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"Walk of Femmes" dans le centre-ville d'Amiens. Philippe Lacoche.

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


C’était un soir ; il faisait sombre et lourd. Nous nous promenions, la Sauvageonne et moi, dans le centre de la bonne ville d’Amiens. Soudain, notre attention fut attirée par un panneau qui annonçait l’opération Walk of Femmes, un parcours urbain mis en place par la Ville à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes (le 8 mars) et consacré aux femmes qui ont marqué son histoire. Féministe tout au fond de son petit cœur de fille et féminine jusqu’au bout des ongles (en ce moment recouverts d’un vernis garance sensuel et érotique), la Sauvageonne m’interpella : « Cela pourrait faire un bon sujet pour ton prône dominical, vieux Yak ! Ce serait bien de faire connaître l’initiative aux lectrices et aux lecteurs de Causeur. » J’acquiesçai vivement tout en bombant mon torse de mâle dominant et de boomer invétéré. Je sortis de ma poche mon téléphone portable avec la même vivacité que Ravaillac sortit son couteau devant Henri IV le 14 mai 1610, rue de la Ferronnerie, à Paris.

Mon but ? En savoir plus sur ladite opération. J’appris qu’il devait s’agir d’une installation éphémère, présente « tout au long du mois de mars dans différents lieux emblématiques en centre-ville, ce projet vise à rendre visibles celles dont l’engagement, le talent et les actions ont façonné le territoire, mais dont la mémoire demeure trop souvent effacée. Résistantes, artistes, intellectuelles, soignantes ou militantes : à travers ces figures, Amiens affirme son engagement pour l’égalité entre les femmes et les hommes. » (Quelques jours plus tard, étonné qu’en septembre on retrouve encore les fameux panneaux, je tentai d’en savoir plus. En vain. Il en fallait bien plus pour stopper mon élan inouï de chroniqueur buté.)

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Ainsi, elles sont dix femmes mises à l’honneur : Victorine Authier (1840-1874), au musée de Picardie ; « née à Amiens, Victorine Autier fut une infirmière héroïque de la guerre franco-allemande de 1870. Durant ce conflit, elle servit comme infirmière de la Croix-Rouge et fit preuve d’un courage exemplaire », peut-on lire ; Marie-Louise Bouctot-Vagniez (1884-1944), au 36, rue des Otages ; « née à Amiens dans une famille liée à l’industrie textile, Marie-Louise Bouctot-Vagniez se distingue par son engagement humaniste et social. Engagée volontaire comme infirmière dès la Première Guerre mondiale, elle soigne les blessés de 1914-1918 et s’investit toute sa vie dans des œuvres de bienfaisance » ; Marie Denizard (1872-1959), place René-Goblet ; « née le 3 avril 1872 dans l’Aisne (N.D.A. : à Pontru), Marie Denizard s’installe à Amiens dans les années 1900. Elle étudie au lycée de jeunes filles d’Amiens, l’actuel lycée Madeleine-Michelis. Elle s’engage très tôt dans la lutte pour les droits civiques des femmes, contre les ravages de l’alcoolisme dans la classe ouvrière et contre les abandons d’enfants. Elle collabore aux publications féministes comme La Fronde et participe au débat public sur le droit de vote des femmes » ; Germaine Dulac (1882-1942), parvis de la Maison de la culture ; « née à Amiens, en 1882, Germaine Dulac passe une partie de sa jeunesse dans la ville avant de devenir une figure majeure du cinéma d’avant-garde et du féminisme des années 1920 » ; Madeleine Michelis (1913-1944), 43, rue des Otages ; « en 1942, elle est nommée professeure de lettres à Amiens. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Madeleine Michelis s’engage très tôt dans la Résistance et participe activement au réseau Shelburn, qui aide des aviateurs alliés à rejoindre l’Angleterre. En 1944, elle est arrêtée par la Gestapo à son domicile à Amiens et transférée à Paris pour y être interrogée. Malgré les sévices subis, elle refuse de parler et meurt dans des circonstances suspectes. »

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La place nous manque ici pour évoquer par le menu ces héroïnes, femmes exemplaires ; elles avaient pour noms Manon Roland (1754-1793), figure majeure de la Révolution française, Véronique Silver (1931-2010), comédienne, Dolorès Vanetti (1912-2008), actrice, poétesse et journaliste, Madeleine Varin (1611-1647), moniale au couvent des Ursulines d’Amiens (elle développa une tradition de broderie liturgique d’exception), Honorine de Viane (1829-1910), épouse de Jules Verne.


Note à l’attention de mes grands amis du forum des lecteurs, en bas, tout en bas de cette chronique : en terminant le parcours, je me suis demandé si, dans cinquante ans, un panneau rendra hommage à La Sauvageonne, comédienne et peintre, compagne de l’illustre Philippe Lacoche, ancien diacre, chroniqueur à Causeur et pêcheur à la ligne. Na !

L’émeute comme entraînement à la guerre civile?

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Emeutiers à Lormont, Gironde, 1er octobre 2026 © UGO AMEZ/SIPA

Observateur blasé des lycées en flammes et en émoi, en Cassandre qui avait tout prévu — dit-il — et qui voit se réaliser l’ensemble de ses cauchemars, notre chroniqueur analyse à sa manière les émeutes, incendies et lynchages perpétrés par les petits anges affublés d’une casquette d’élève, sans l’être forcément. « Une stratégie pensée dans le détail », affirme-t-il. Allons donc !


Rodolphe Cart, dans le numéro de septembre de Causeur — avant même les présentes émeutes —, a parfaitement résumé l’action disruptive de LFI, à la manœuvre derrière les événements de cette semaine : « Mélenchon désigne à chacune des chapelles de LFI un ennemi à abattre : aux palestinistes, Israël ; aux antifascistes, le RN ; aux écologistes, le capitalisme ; à la « Nouvelle France », la vieille France. Le parti tient par la tension qu’il entretient. » Et aux lycéens, les proviseurs, les profs non encore radicalisés (il en reste), et les policiers, selon le slogan qui dégouline de tous les murs : « ACAB » – All Cops Are Bastards. On n’est pas plus aimable.

Le gouvernement pétrifié par la crainte de la bavure policière

Les p’tits jeunes et les jeunes racailles, émeutiers bien plus que manifestants, sont aujourd’hui la chair à canon de LFI. Si l’on garde la tête baissée sur le présent sans voir ce que nous réserve l’avenir, on regarde des lycéens brûler leurs lycées, qui en répudiant les portables leur ont fait l’insulte de vouloir les priver de leur cerveau électronique portatif, des instructions en temps réel sur les manœuvres en cours, et les jolies vidéos où des Nahel en puissance tentent de mettre à mort une surveillante en hurlant « Wesh ! Wesh ! » — ce à quoi se résume tout leur vocabulaire. Ils savent bien, ces gentils manifestants, que la police n’interviendra pas, ou à la marge, tant le gouvernement est pétrifié d’avance par les bavures à venir.

Du coup, ils incendient les jolis petits lycées construits pour eux, à Nantes (Nelson-Mandela, avec ses structures écolos en bois, a magnifiquement brûlé) ou ailleurs, et détruisent tout sur leur passage. L’argent qu’il faudra pour reconstruire après le passage de ces doriphores d’un nouveau genre devra être décompté des milliards dépensés, en pure perte, pour leur enseignement. À rembourser sur les milliards généreusement donnés à leurs parents pour leur éducation : l’argent, ces temps-ci, se fait rare, et le gouvernement ne peut éternellement le puiser dans les poches des contribuables et des retraités. Des propositions montent déjà pour supprimer primes, allocations et logements de faveur aux parents des émeutiers. Ce serait la moindre des choses. Celui qui casse doit payer. Comme dit mon épicier chinois : « Tu touches, tu payes. »

Les réclamations des lycéens sont si nombreuses qu’elles ne forment qu’un écran de fumée. « Moins d’heures de cours ! » — mais un élève aujourd’hui travaille 400 heures / année de moins qu’il y a un siècle. « Plus de profs ! » — mais c’est une demande saugrenue, à l’heure où l’on ne trouve pas de suicidaires assez nombreux pour exercer avec talent un métier aussi dangereux. Ce ne sont pas des élèves que l’on a en face, ce sont souvent des animaux — dressés par les organisateurs du désordre.

LFI à la manœuvre

Quand on joue aux échecs, il est assez ordinaire de penser avec trois ou quatre coups d’avance. De grands champions pensent huit ou dix coups en avant. Si l’on se projette un peu — en l’occurrence à l’après-élections présidentielles, l’objectif fantasmé de Mélenchon —, on saisit très vite la stratégie de LFI.

Si Marine Le Pen, favorite des sondages, passe (et dans l’hypothèse où le Conseil constitutionnel, à la botte de Macron et de ses tireurs de ficelles, sous le prétexte d’une influence russe envahissante, invaliderait cette élection, comme ça s’est passé en Roumanie), le troisième tour ne se jouera pas aux législatives, mais dans la rue. Et cette fois, il faudra bien répondre aux tirs à armes lourdes. Après les fusées de feux d’artifice, les mortiers tout court.

L’électorat de droite est un peu lent. Il est vieux, il hésite à faire le coup de feu — même s’il n’y a jamais eu autant de demandes d’inscriptions dans les clubs de tir, jamais autant de demandes de permis de chasse. Les garnements qui aujourd’hui incendient les lycées protestent, entre autres, contre le « permis de tuer » distribué aux forces de l’ordre — qui ne l’utilisent pas. Que feront-ils face à des citoyens déterminés à leur disputer leurs biens obtenus avec 45 ans de travail — parfois davantage ? Et en se levant à cinq heures du matin, toute une vie — quand nos émeutiers de carnaval refusent que les cours commencent à huit heures…

Ils seront la chair à fusil poussée en avant par des calculateurs lambertistes, qui savent que Lénine a pris le pouvoir avec une poignée de bolcheviks. Des morts, il y en aura, parce que c’est toujours en marchant sur des cadavres que les partis révolutionnaires sont parvenus au pouvoir. Le Hamas, qu’ils vénèrent si fort, a fait le même calcul : provoquer Israël, dont la riposte anéantira en priorité les boucliers humains des Gazaouis derrière lesquels ces courageux combattants se retranchent — puis hurler au génocide. Il se trouvera bien un Caron, et quelques autres, pour reprendre un slogan aussi mensonger.

Les temps à venir sont lourds d’hypothèses sanglantes. Début mars je sors un essai intitulé Guerre civile, écrit à la fin du printemps dernier. Je n’en rectifierai pas une ligne, sinon pour souligner qu’une fois encore, j’ai vu juste, et que le vent poussant les cendres des incendies me donne raison.

Rêveuse bourgeoisie

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Pierre Drieu La Rochelle. D.R.

Drieu a beaucoup baisé, aimé une seule fois, et s’est déshonoré pour toujours. Dans La Rédemption, Jean-Noël Orengo raconte comment ce fasciste et collaborateur a sauvé de Drancy son ancienne épouse, juive.


J’ai toujours vu en Drieu la Rochelle une sorte de Scott Fitzgerald français. L’un sombra dans l’alcool, l’autre dans le fascisme : la postérité semble plus clémente aux ivrognes qu’aux possédés de la politique. Tous deux furent de cette génération perdue qui se raccrocha tantôt aux femmes, tantôt au champagne, tantôt aux idéologies qui poussèrent sur les charognes de la Grande Guerre. Dans le cas de Drieu, ce fut tout ça. Et plus encore.

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Cet « homme couvert de femmes » n’a connu qu’un seul grand amour dans sa vie. C’est en tout cas ce que pense Jean-Noël Orengo, auteur de ce roman incarné et excitant, nerveux autant que lyrique, passionnant parce que passionné. Au départ de celui-ci, il y a cet amour de jeunesse entre Colette Jéramec, juive parisienne de la grande bourgeoisie, et Pierre Drieu la Rochelle, jeune homme d’une famille désargentée et désunie, mais promis à une brillante carrière quelque part entre la politique et la littérature. L’avenir est bien plus tortueux : écrivain reconnu mais jamais célébré, il s’abîme à la fin des années 1930 dans l’antisémitisme avant de sombrer dans la collaboration active avec l’Allemagne nazie. Il se suicide finalement un jour de mars 1945, plus proche de Staline que d’Hitler. Voilà pour les grandes lignes maintes fois répétées, et qui ne permettent jamais d’atteindre l’homme de chair, de sang et d’encre qu’était Drieu. La Rédemption y parvient grâce au don d’écriture de Jean-Noël Orengo qui épouse l’âme et les vies de Pierre et de Colette, dans leur violence et leur beauté.

Un amour au cœur des ténèbres

Les biographes n’accordent souvent que quelques lignes à un événement capital dans l’existence de cet étrange tandem : plus de vingt ans après leur divorce, Drieu se démènera, fera tout son possible et obtiendra la libération de Colette et de ses deux enfants, incarcérés au camp de Drancy en 1943. Lui, le fasciste, le collaborateur, l’admirateur du IIIe Reich, sauvera la résistante, la Juive, et peut-être aussi le souvenir éternel d’un amour aussi étrange que superbe. Autour de ce nœud de paradoxes, c’est toute la vie d’une époque – le métier de médecin de Colette, les surréalistes, l’amitié pour Aragon et Malraux, les obsessions politiques destructrices – qui prend corps sous la plume de cet écrivain charnel.

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Orengo fait de Drieu, ce consommateur de putains, une putain lui-même, un prostitué fasciné par le luxe de l’appartement des Jéramec, boulevard Haussmann. Pierre est le meilleur ami du frère de Colette. L’allure de ce grand blond aux yeux bleus, quelque peu rimbaldien, amateur exalté de Nietzsche et de Barrès, ses qualités intellectuelles et son charme, agissent d’abord vivement sur André Jéramec avant qu’il lui présente sa sœur qui « apprécie d’être la mascotte de cette bande de garçons qui prétendent connaître les femmes et la vie, mais sont tout aussi démunis qu’elle, peut-être plus, devant les choses du corps. » Ce livre est aussi une histoire de corps qui vivent, marchent, touchent, souffrent et couchent. C’est ce qui rend ce récit historique si prégnant, si frontal. Orengo continue d’interroger avec une sensualité nerveuse l’idée du mal et de la rédemption chez un être qui s’est vautré dans ses rages en les écrivant, et s’est anobli par ses actes.

La Rédemption, Jean-Noël Orengo, Grasset, 2026, 416 pages.

La Rédemption

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Quand CR7 succombe à la frustração

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Le footballeur Cristiano Ronaldo lors de Norvège-Portugal, Oslo, 27 septembre 2026 © Grzegorz Wajda / SOPA Images/SIPA

Quarante et un ans, dont vingt-trois avec la sélection portugaise, 234 matchs avec la Seleção, 979 buts toutes compétitions confondues… et une carrière internationale peut-être terminée par une course-poursuite dans les rues de Copenhague. Pendant que la France tournait la page de la visite du pape, le Portugal était entièrement suspendu aux heurs et malheurs de sa légende Cristiano Ronaldo.

Crépuscule d’une idole

En ce début d’automne, l’équipe portugaise s’est rassemblée pour disputer quatre matchs. L’occasion d’y voir plus clair sur le statut de Cristiano Ronaldo. Peu en réussite lors du Mondial nord-américain, où l’âge de ses artères a commencé à se faire sentir, il paraissait de plus en plus évident que l’avenir du Lusitanien serait de rester sagement en Arabie saoudite, où il évolue sous les couleurs d’Al-Nassr, tandis que le reste de ses compatriotes se réunirait pour jouer la Ligue des nations et les qualifications du prochain Championnat d’Europe. C’était sans compter la désignation de Jorge Jesus en tant que sélectionneur national, venu tout droit… du club d’Al-Nassr. Une désignation dans laquelle CR7 (le surnom de Ronaldo) n’aurait pas été pour rien, puisqu’elle lui garantissait, apparemment, de jouer encore avec le Portugal et, peut-être, d’atteindre les 1 000 buts en carrière, un défi qui obséderait l’ancien attaquant de Manchester United.

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C’est sans doute le Mondial 2026, en Amérique du Nord. Ou peut-être l’Euro 2024. Ou déjà la Coupe du monde 2022. On ne sait plus très bien à quand remonte la « coupe de trop » pour Cristiano Ronaldo. Et pour cette rentrée des classes 2026-2027, le miracle n’a pas eu lieu. Contre le Pays de Galles, le 24 septembre, il est titulaire et capitaine, mais il est une fois encore poussif. Le sélectionneur le sort en cours de match. Au match suivant, contre la Norvège, Jorge Jesus le laisse alors sur le banc. Pire, il le met à l’échauffement au bord du terrain pendant trente minutes, pour finalement ne pas le faire entrer. La star portugaise a du mal à contenir sa frustration, disparaît au moment de la célébration collective et est absente de la séance d’entraînement suivante.

On n’a pas encore tout vu. Alors que se profile le match suivant, contre le Danemark, Jorge Jesus ose un coup de menton : « C’est moi qui décide. Ceux qui ont travaillé avec moi le savent. Dans un club, c’est le président qui commande, mais c’est moi qui commande l’équipe. » Il renonce ainsi à sa promesse, faite en privé au capitaine portugais, d’excuses publiques pour son manque de considération, notamment pour cet échauffement vain de trente minutes. C’est en tout cas la version d’Edu Aguirre, le journaliste de l’émission espagnole El Chiringuito très proche de la superstar portugaise.

Bullitt à Copenhague

Ni une ni deux, Cristiano Ronaldo prend ses cliques et ses claques, direction l’aéroport. Pas un mot d’au revoir pour ses coéquipiers : à peine avait-il appris la teneur des propos de la conférence de presse qu’il décidait de filer à l’anglaise. L’avion privé atterrit à Copenhague à 22 h 15, redécolle pour Madrid à 23 h 35 et s’y pose à 2 h 40. Plusieurs curieux l’attendaient dans la capitale espagnole, certains ayant même envahi la zone interdite au public. Au même moment, l’entraîneur portugais, flanqué du président de la Fédération portugaise de football, se met en tête de le rattraper et se lance dans une course-poursuite in extremis. Trop tard, l’avion est déjà parti. Il faut dire que pour la Fédération portugaise, les performances déclinantes du joueur sont presque secondaires comparées à la capacité de Ronaldo de maintenir les caméras braquées sur l’équipe. À l’inverse, se fâcher avec les fans de CR7 est risqué. Quelques heures après l’épisode danois, le compte Instagram de la sélection avait perdu un million d’abonnés. Une perte qu’il faudra bien expliquer à Sagres, célèbre marque de bière portugaise floquée sur les vestes d’entraînement de l’équipe… Quant à Jorge Jesus, ses détracteurs lui reprochent d’avoir joué à fond la carte de la « connexion » saoudienne avec Cristiano Ronaldo afin de récupérer le poste, tout en ayant l’intention de se débarrasser progressivement du quadragénaire… Contre le Danemark, Rafael Leão avait déjà récupéré le numéro 7, propriété inaliénable du joueur depuis vingt ans.

En décembre 1960, les premiers pas de la première légende du football portugais, Eusébio, furent entachés par une histoire rocambolesque : les dirigeants du Benfica furent accusés d’avoir kidnappé le footballeur tout droit débarqué du Mozambique sur le tarmac de l’aéroport afin de le subtiliser au club auquel il était promis, le Sporting. Soixante-six ans plus tard, c’est la fin de carrière d’une autre légende qui s’achève dans un aéroport, dans une scène à peine moins rocambolesque.

Un temps de réaction

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L'historien Olivier Dard. DR.

Dans une somme passionnante de plus de 900 pages, Olivier Dard retrace l’histoire de l’extrême droite française depuis le début de la IIIe République. Ayant troqué en cours de route le royalisme contre le nationalisme, le camp de la Contre-Révolution a fini dans les années 80 par se rallier à un leader qui n’était pas le plus factieux du lot, Jean-Marie Le Pen, dont la fille a pris encore plus ses distances avec les thèses les plus radicales. Nombreux sont toutefois les membres du RN qui se sentent fidèles à l’héritage maurrassien.


L’art de changer de focale. Après avoir consacré toute son éminente carrière universitaire, passée par Nanterre, Metz et enfin la Sorbonne, à se pencher sur mille facettes du nationalisme — de Charles Maurras à Bertrand de Jouvenel en passant par le mythe du complot synarchique et le philo-salazarisme —, Olivier Dard opère un grand dézoomage et publie un impressionnant travail de synthèse sur le sujet de sa vie. En 912 pages, il propose rien moins qu’une Histoire de l’extrême droite française de 1870 à nos jours. Une somme qui tombe à point nommé. Au moment où le Rassemblement national aborde la présidentielle en tête des intentions de vote, l’ouvrage prend évidemment une résonance particulière.

Effet drapeau

Comme on s’y attendait, l’élève de Serge Berstein, tenant à rester le plus neutre possible, ne prononce dans son texte ni une condamnation morale de l’extrême droite ni une tentative de réhabilitation. On ne lira pas sous sa plume une thèse hardie à la Zeev Sternhell, qui avait voulu voir dans le bouillonnement contre-révolutionnaire de la France de la Belle Époque les origines du fascisme. On n’y trouvera pas davantage soulignée la dette de la France à l’égard de cette famille de pensée : les réseaux de renseignement de la Résistance, la manifestation du 11 novembre 1940, la Fête des Mères, les Hussards, François Mitterrand.

Le récit commence par une page qui se referme : celle du légitimisme, incarné, après la chute du Second Empire, par le comte de Chambord. L’épisode est connu. Alors que la restauration est à portée de main, l’enfant du miracle refuse la couronne car il ne saurait accepter les couleurs bleu-blanc-rouge. Comment comprendre ce refus d’obstacle ? Dard ne fait pas grand cas de l’interprétation psychologisante, et voit d’abord dans l’affaire du drapeau une question de principe. Déjà, les prémices d’une mystique de la défaite qui ne se démentira pas dans les pages suivantes.

Vient ensuite le boulangisme, première crise majeure traversée par la Troisième République opportuniste. L’extrême droite s’éloigne alors des gentilhommières et atteint les faubourgs. « Un frisson traversa le pays », écrit Olivier Dard, qui reconnaît lui-même la difficulté à ranger le général Boulanger dans une case idéologique, préférant parler de « maladie d’adolescence du radicalisme ».

Inoffensif Maurras

Puis c’est l’affaire Dreyfus qui, au tournant du siècle, électrise la France. Chaque matin, Charles Maurras promet de porter le coup fatal à la République. Entre 1914 et 1918, il joue pourtant sans hésiter le jeu de la propagande de guerre. Et lorsqu’on l’accuse, en plein conflit mondial, de couvrir un complot, il apporte prestement toutes les preuves que jamais l’Action française n’a été en mesure de mener le moindre putsch contre le régime ! Sous l’Occupation, Lucien Rebatet, plume collaborationniste, fera des gorges chaudes de son ancien maître de l’« Inaction française ».

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Après 1918, Maurras, décidément inoffensif, joue un jeu complexe avec Clemenceau et surtout avec Poincaré, dont il essaie de devenir l’éminence grise. La tentative de notabilisation échoue cependant. S’ensuit une succession de graves fautes éthiques et politiques. Après avoir appelé pendant vingt ans au démantèlement de l’Allemagne, Maurras devient munichois. En 1940, il est subjugué par le maréchal Pétain. La réciproque n’est pas vraie. Dard montre que Vichy s’apparente davantage à une radicalisation de la technocratie de la Troisième République finissante (avec une forte pulsion modernisatrice) qu’au triomphe de la droite réactionnaire.

À mesure que le régime collaborationniste se durcit, les nationalistes perdent ainsi un terrain considérable, même si des figures bruyantes et fracassantes comme Abel Bonnard et Philippe Henriot se maintiennent. Autre paradoxe souligné par l’historien : ce me sont des maurrassiens, Xavier Vallat en tête, qui se sont opposés dès 1940 à l’organisation de Vichy autour d’un parti unique, évitant (par accident) une dérive encore plus totalitaire. Et puis, comme on sait, une partie de l’Action française s’est en revanche montrée à la hauteur des événements, en s’engageant tôt dans la Résistance, à commencer par Daniel Cordier, 19 ans, futur secrétaire de Jean Moulin.

L’immigration de masse, la solution miracle

À la Libération, il est peu de dire que le paysage de l’extrême droite, déshonorée plus que jamais par son antisémitisme, est un champ de ruines. Il faut attendre la création de l’OAS en 1961 puis la campagne présidentielle de Jean-Louis Tixier-Vignancour en 1965 pour que renaisse un certain espoir dans ses troupes, qui retombe toutefois très vite à plat, l’avocat de Louis-Ferdinand Céline n’obtenant que 5,2 % des voix. On pourrait imaginer la création du Front national en 1972 comme le moment d’une reprise en main énergique par Jean-Marie Le Pen. C’est pourtant par effraction que l’ancien député poujadiste prend la tête d’un mouvement issu d’Ordre nouveau et constitué de « jeunes gens aux cheveux qui rebiquent dans le cou ». Dans le match à mort qui l’oppose tout au long des années 70 à ses rivaux du Parti des forces nouvelles (PFN), rien n’est gagné d’avance. C’est avec le thème de l’immigration que Le Pen perce le mur du son cathodique au début des années 80.

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Ne dites plus extrême droite, dites « droite nationale »

À cette époque, Alain de Benoist, chef de file de la Nouvelle Droite, qualifie le « phénomène Le Pen » de « feu de paille ». Raté : grâce à un talent oratoire indéniable, le Menhir parvient à imposer aux solidaristes, aux catholiques tradis et aux maurrassiens de travailler ensemble, contre la propension « trotskyste » de l’extrême droite à la multiplication des chapelles. Ce faisant, il s’impose comme le principal trouble-fête de la République.

Quarante ans plus tard, sa fille Marine est en course pour l’Élysée avec l’étiquette de favorite. Depuis qu’elle a pris la tête du parti, elle s’est évertuée à en gommer toutes les références historiques. Autant par stratégie de dédiabolisation que par désintérêt personnel pour les récits d’anciens combattants. C’est donc souvent de bonne foi que les jeunes sympathisants du mouvement, qui n’étaient pas nés au moment des calembours douteux de Jean-Marie Le Pen, ne comprennent pas pourquoi on leur parle de Maurras, Pétain et Tixier. À ces novices, l’ouvrage d’Olivier Dard apprendra les secrets de famille. Aux plus renseignés, il permettra de mesurer le chemin parcouru.

Histoire de l'extrême droite française

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Luxure et châtiment

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Thérapie de conversion, option démon très collant


Le Lévitique, troisième livre du Pentateuque comme chacun sait, règlemente le pur et l’impur – et, entre autres choses, ce qui relève de l’impureté sexuelle. D’où le titre Leviticus, donné à son premier long métrage par le monteur, scénariste et réalisateur Adrian Chiarella, 45 ans, né à Sydney d’un père italien et d’une mère chinoise, lequel s’était déjà fait connaître par quelques courts métrages fortement prisés, en festivals, par la mouvance gay australienne. Présenté en avant-première dans le cadre de l’édition 2026 du Sundance, voilà que Leviticus fond sur nos écrans.

Si le cinéma d’horreur exploite à foison la libido hétérosexuelle, il est presque inédit que la romance queer, a fortiori celle d’une paire de teenagers encore glabres, investisse cette spécialité du septième art. L’idylle se noue, clandestinement bien sûr, entre deux bichons, Naim et Ryan, au cœur d’un bled industriel repoussant où le premier vient de l’installer, à contre-cœur, avec sa mère. C’est au hasard d’un jeu de lutte virile, ébats classiques entre adolescents, que Naim, le petit brun, se découvre une incoercible attraction pour Ryan, archange aux cheveux d’or qui en fera craquer plus d’un, archange aux cheveux d’or qui en fera craquer plus d’un : l’étau viril se change en étreinte lascive ; ils finissent par se rouler une pelle ; bientôt, un onanisme confraternel les colle l’un à l’autre. Mais cette fringale sexuelle nourrit la jalousie de Naim. Se découvrant trompé par son amant avec le rejeton boutonneux du pasteur, Naim se trahit malgré lui auprès de la communauté fanatiquement religieuse à laquelle ils appartiennent. Le coming out ne passe pas ; ledit pasteur prescrit aux parents un rituel de délivrance propre à libérer leur progéniture de ses désirs impurs. Satanas ! la thérapie de conversion va libérer le double de Ryan, entité démoniaque qui, épousant ses traits – soit ceux de la personne que la victime désire suprêmement -, ne se manifeste que dans la solitude – ce qui oblige les deux garçons, pour échapper à la malédiction, à ne jamais se quitter. Mais sans pouvoir s’aimer jamais… Métaphore, à ce qu’il semblerait, de l’homophobie intériorisée.

Plutôt indifférent aux lévitations et autres effets visuels qui jalonnent cet improbable canevas horrifique, le spectateur peine à croire à cette fable, que le scénario à ellipses rend d’ailleurs assez confuse. À noter que l’éphèbe Stacy Clausen, 21 ans, star montante à l’international, apparaissait dès 2023 dans La jeune fille et la mer, récidive cette année dans Trash (Nature prédatrice), films l’un comme l’autre visionnables sur Netflix. On pourra encore retrouver sa jolie frimousse, toujours sur Netflix, à partir du 25 novembre dans le film de l’Américain Peter Berg, The Mosquito Bowl.      


Leviticus, film de Adrian Chiarella. Avec Joe Bird, Stacy Clausen. Australie, couleur, 2026. Durée: 1h28. En salles le 7 octobre.

Phosphate, eau, énergie: comment le Maroc transforme son avantage géologique en puissance industrielle

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Un ouvrier marocain marche dans l'unité industrielle d'une nouvelle production d'acide phosphorique et d'engrais phosphatés à Jorf Lasfar, près d'El Jadida, au Maroc, le jeudi 22 décembre 2011 © Abdeljalil Bounhar/NBC/AP/SIPA

Le Royaume possède près de 70 % des réserves mondiales connues de phosphate. Mais depuis plusieurs années, le Maroc cherche surtout à transformer cet avantage géologique en avantage industriel, en développant autour du phosphate la production d’engrais, le dessalement de l’eau, les énergies renouvelables et, demain, l’ammoniac vert.


Le phosphate fait rarement la une des journaux économiques. Il est beaucoup moins spectaculaire que le pétrole, le gaz, le cuivre ou, plus récemment, le lithium. Il n’en est pas moins indispensable. Sans phosphore, pas d’engrais phosphatés et, sans ces engrais, une partie de l’agriculture mondiale verrait ses rendements chuter.

La particularité du phosphore est qu’il ne peut pas être produit artificiellement. Contrairement à l’azote, que l’industrie sait transformer en engrais à partir de matières premières relativement accessibles, il faut extraire le phosphate de gisements naturels. Or ceux-ci sont très inégalement répartis.

C’est là que le Maroc dispose d’un avantage difficilement comparable. Selon l’US Geological Survey, le Royaume possède environ 50 milliards de tonnes de réserves, soit près de 70 % des réserves mondiales identifiées. Le pays occupe ainsi une position singulière sur une matière première directement liée à la sécurité alimentaire.

Pendant longtemps, cette richesse pouvait être envisagée avant tout comme une rente minière. Ce n’est plus vraiment le cas. Depuis plusieurs années, le Maroc s’efforce de construire autour de son phosphate une industrie plus intégrée, capable de produire davantage sur place et de réduire certaines de ses dépendances.

Du phosphate à l’industrie

L’évolution d’OCP résume assez bien ce changement. L’ancien Office chérifien des phosphates n’est plus seulement un producteur et un exportateur de minerai. Le groupe s’est développé dans les engrais, la nutrition des plantes et les produits phosphatés à plus forte valeur ajoutée. Il investit désormais aussi massivement dans ce qui permet à cette industrie de fonctionner : l’eau, l’énergie et les infrastructures.

Cette intégration répond d’abord à une réalité très concrète. Extraire et transformer du phosphate demande beaucoup d’eau et d’énergie. Fabriquer des engrais nécessite également des matières premières que le Maroc importe encore, au premier rang desquelles l’ammoniac. Une sécheresse prolongée, une flambée des prix de l’énergie ou une perturbation des routes maritimes peut donc avoir des conséquences immédiates sur les coûts et la production.

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C’est pour réduire ces vulnérabilités qu’OCP a lancé un programme d’investissement vert d’environ 13 milliards de dollars sur la période 2023-2027. L’objectif ne consiste pas seulement à augmenter la production d’engrais. Il s’agit aussi de développer les énergies renouvelables, le dessalement de l’eau de mer et, à terme, une production marocaine d’ammoniac vert.

Autrement dit, le groupe cherche progressivement à maîtriser ce qui se trouve autour du phosphate autant que le phosphate lui-même.

L’eau, première urgence

C’est probablement dans le domaine de l’eau que cette stratégie est aujourd’hui la plus visible.

Le Maroc traverse depuis plusieurs années une période de stress hydrique sévère. Les sécheresses se prolongent, les nappes phréatiques sont fortement sollicitées et le niveau de nombreux barrages a baissé. Dans ces conditions, la consommation d’eau d’une industrie minière de cette taille pouvait difficilement continuer à reposer sur les mêmes ressources que celles utilisées par les villes et l’agriculture.

OCP a donc investi dans le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées traitées. Depuis 2025, les besoins en eau de ses activités minières et industrielles sont intégralement couverts par ces ressources dites non conventionnelles.

À cette date, OCP Green Water disposait d’une capacité installée de 320 millions de mètres cubes. Elle doit atteindre 610 millions de mètres cubes en 2027.

Le projet reliant Jorf Lasfar à Khouribga donne une idée de l’ampleur des infrastructures nécessaires. Un pipeline de plus de 200 kilomètres transporte désormais de l’eau dessalée depuis la côte atlantique jusqu’au principal bassin phosphatier du Royaume. À Benguerir, une autre solution a été retenue : les installations minières utilisent notamment des eaux usées traitées provenant de Marrakech.

L’intérêt de ces équipements ne s’arrête plus aux portes des sites industriels. OCP fournit également de l’eau potable à plusieurs villes, parmi lesquelles Safi et El Jadida, ainsi qu’à une partie du sud de Casablanca. Les nouvelles infrastructures permettent aussi d’approvisionner Khouribga.

Le changement est loin d’être anecdotique. Une industrie qui faisait partie des grands consommateurs d’eau du pays a construit ses propres capacités alternatives et contribue désormais, à travers certaines de ses infrastructures, à l’approvisionnement urbain.

Produire au Maroc ce qui est encore importé

L’autre chantier concerne l’énergie et les matières premières indispensables aux engrais.

OCP veut porter ses capacités de production d’engrais à 20 millions de tonnes. Une telle montée en puissance suppose cependant de sécuriser les approvisionnements. Le groupe développe donc parallèlement ses capacités dans les énergies renouvelables et prépare la production d’ammoniac vert au Maroc.

L’enjeu est considérable. OCP importe aujourd’hui d’importantes quantités d’ammoniac. Le prix de cette matière première dépend notamment de celui du gaz et des conditions du commerce international. Lorsque les routes maritimes se tendent ou que les prix énergétiques s’envolent, les coûts de production des engrais suivent.

Les tensions autour du détroit d’Ormuz ont récemment rappelé cette fragilité. Une partie importante du commerce mondial des engrais et de leurs matières premières passe par un petit nombre de routes maritimes. Le Maroc dispose certes d’un avantage géographique pour ses exportations grâce à son ouverture sur l’Atlantique, mais plusieurs de ses approvisionnements restent tributaires de ces circuits.

Produire de l’ammoniac au Maroc permettrait donc de réduire une dépendance importante. L’utilisation d’électricité renouvelable pour produire de l’hydrogène, puis de l’ammoniac vert, ajouterait ainsi un nouveau maillon à la chaîne industrielle construite autour du phosphate.

Une politique qui ne date pas de la dernière sécheresse

Cette évolution ne relève pas uniquement de la stratégie d’une grande entreprise. Elle s’inscrit dans une politique industrielle engagée depuis plusieurs années par le Maroc sous l’impulsion de Mohammed VI.

Le programme d’investissement présenté au souverain en 2022 a accéléré cette orientation, mais celle-ci avait commencé bien auparavant. L’idée est de ne plus considérer le phosphate comme une matière première destinée principalement à l’exportation, mais comme le point de départ d’activités industrielles plus larges dans les engrais, la chimie, l’énergie ou encore la recherche.

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L’Université Mohammed VI Polytechnique participe directement à cette logique. Ses travaux concernent notamment l’agriculture, la chimie, les matériaux et les technologies énergétiques. Dans le même temps, OCP s’intéresse à de nouveaux débouchés du phosphate, notamment pour certains matériaux utilisés dans les batteries.

Le principe est assez simple : conserver au Maroc une part croissante de la valeur créée à partir d’une ressource dont le pays possède l’essentiel des réserves mondiales connues.

Une expérience suivie au-delà du Royaume

Le volet consacré à l’eau est sans doute celui qui peut le plus facilement dépasser le cas marocain.

Dans une grande partie du monde, l’eau est devenue l’un des principaux sujets de tension autour des activités minières. Des mines de cuivre latino-américaines aux exploitations australiennes en passant par plusieurs bassins miniers africains, industriels, agriculteurs et populations locales se retrouvent souvent en concurrence pour une même ressource.

Le Maroc est particulièrement exposé à ce problème en raison de son stress hydrique. Le fait que les installations d’OCP soient désormais alimentées par des ressources non conventionnelles constitue donc une expérience que d’autres pays producteurs de matières premières peuvent regarder avec intérêt.

Tout n’est pas réglé pour autant. Dessaler de l’eau demande beaucoup d’énergie. Construire des canalisations sur plusieurs centaines de kilomètres coûte cher. La production d’engrais reste exposée aux cours mondiaux et aux tensions commerciales. Et toute augmentation des capacités industrielles crée mécaniquement de nouveaux besoins.

Mais le changement de logique est déjà perceptible. Le Maroc ne se contente plus de posséder une ressource stratégique. Il cherche à construire autour d’elle l’eau, l’énergie, la recherche et les capacités industrielles nécessaires pour en tirer davantage de valeur et sécuriser sa production.

À mesure que la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau et la maîtrise des chaînes d’approvisionnement redeviennent des préoccupations centrales, le phosphate marocain prend ainsi une dimension qui dépasse largement celle d’une simple richesse minière.