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«Nous avons des soldats qui aiment la mort comme vous aimez la vie»

Attaque dans un salon de beauté à Grenoble : une curieuse vidéo de revendication circule


«Nous avons des soldats qui aiment la mort comme vous aimez la vie»
Grenoble, préfecture de l'Isère. DR.

De l’Arabie à Grenoble, même combat? Le 6 février à Grenoble, deux hommes ont jeté un engin explosif dans un petit institut de beauté, BK Maison Beauté, dans le centre, faisant six blessés légers dont un enfant de 5 ans avant de prendre la fuite. Les règlements de compte pour les points de deal se sont multipliés dans la capitale des Alpes ces dernières années.


Le 6 février, plusieurs individus ont jeté une grenade dans un institut de beauté du centre de Grenoble, faisant plusieurs blessés dont un enfant de cinq ans, et filmant l’attaque avant de diffuser la vidéo. Depuis, une autre vidéo circule (voir ci-dessous).

Après la DZ Mafia, les Fenec 38 !

Se présentant comme un message de revendication, elle émanerait du groupe « Fenec 38 » – logo avec dessin de l’animal sur fond de drapeau algérien – et se conclut par cette phrase : « N’oubliez pas, nous avons des soldats qui aiment la mort comme vous aimez la vie » suivie d’un surréaliste « merci de votre compréhension. »

Encore une milice armée algérienne opérant sur le territoire français, comme la DZ Mafia ? Oui, probablement – ce qui s’ajoutant à tout le reste devrait entraîner une réaction extrêmement ferme de la France contre l’Algérie, et pas seulement la pathétique « riposte graduée » que brandit depuis des mois le régime macroniste pour masquer sa très grande complaisance avec un pays qui nous est ouvertement hostile (je renvoie le lecteur aux analyses de l’ancien ambassadeur de France à Alger, Xavier Driencourt).

Encore de la violence à Grenoble, cette « vitrine » de l’écologie politique et fief de la gauche universitaire ? Oui, assurément – et même France Info avait été obligée d’y reconnaître une situation catastrophique, parlant de « criminalité en très nette hausse » et de « guerre ouverte dans la ville sur fond de trafic de drogue. »

A lire aussi: «DZ Mafia»: une mafia post-coloniale

Mais on passerait à côté de l’essentiel si on s’arrêtait là.

L’idée de combattants qui « aiment la mort comme vous aimez la vie » a une longue histoire. Reprise par l’Etat Islamique comme par Al Qaïda, elle aurait également été citée par Mohamed Merah. Elle vient cependant de beaucoup plus loin : son origine est une lettre que Khalid Ibn-al-Walid, chef militaire de génie à qui l’islam doit son expansion initiale, surnommé par le prophète de l’islam lui-même « le sabre dégaîné d’Allah », a envoyée en 637 au chef de l’armée perse avant de l’affronter lors de la bataille des Chaînes, à Kazima dans l’actuel Koweït. Dans cette lettre, Khalid Ibn-al-Walid exhorte son ennemi à reconnaître la suzeraineté du Calife et à payer la jizya (impôt spécial par lequel les non-musulmans achètent la « protection » des musulmans, cette « protection » devant s’entendre au sens mafieux du terme), c’est-à-dire à accepter une forme de « proto-dhimmitude », en menaçant « sinon, je vais marcher vers vous avec des hommes qui aiment la mort comme vous aimez la vie[1]. »

Djihad d’atmosphère

Les « Fenec 38 » sont-ils un groupe jihadiste ? Stricto sensu, probablement pas, même s’il appartiendra à l’enquête de le déterminer. Ce n’en est que plus inquiétant : ils sont un épiphénomène, l’une des nombreuses manifestations plus ou moins conscientes d’une tendance de fond, nourrie de l’imaginaire des conquêtes islamiques et des razzias, pour qui les « mécréants » et leurs terres ne sont par définition que des proies. Qu’elle s’incarne dans des organisations jihadistes, dans la nébuleuse frériste et plus largement islamiste, dans des mouvements violents ponctuels comme les « supporters anglais » de Darmanin ou les émeutes de juin/juillet 2023, ou bien dans des groupes de narcotrafiquants comme la DZ Mafia – qui en réalité est beaucoup plus une milice armée étrangère financée par le narcotrafic qu’une simple bande criminelle – c’est bien cette tendance de fond le problème essentiel, et l’essence du problème.


[1] Il existe sans surprise plusieurs versions du texte, mais toutes concordent sur ce point passé à la postérité : les soldats de Khalid Ibn-al-Walid aimant la mort comme leurs ennemis aiment la vie.




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Haut fonctionnaire, polytechnicien. Sécurité, anti-terrorisme, sciences des religions. Dernière publicatrion : "Refuser l'arbitraire: Qu'avons-nous encore à défendre ? Et sommes-nous prêts à ce que nos enfants livrent bataille pour le défendre ?" (FYP éditions, 2023)

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