Si les européennes ont vu défiler des candidats à peine sortis de la fac, dans certaines mairies et institutions les élus octogénaires s’accrochent à leur fauteuil comme si la réforme des retraites n’avait jamais été votée dans ce pays, s’amuse Gabriel Robin.
Les dernières élections européennes présentaient un panel de têtes de liste extrêmement jeunes, à telle enseigne que certains commentateurs s’en étonnaient alors. La moyenne d’âge était extrêmement basse, témoignant d’une forme de renouvellement de la classe politique, à gauche comme à droite. Jordan Bardella, Marion Maréchal, Manon Aubry, Léon Deffontaines, ou encore, dans une moindre mesure, François-Xavier Bellamy et Raphaël Glucksman, incarnaient tous chacun dans leur propre style un phénomène qui semblait répondre au croissant désintérêt de la jeunesse pour la chose publique. Face à la désidéologisation de la France, singulièrement de sa plus jeune part, peut-être était-il nécessaire de changer quelques têtes. Pourtant, entre la représentation médiatique de la vie politique française et la réalité du terrain, le fossé est encore large.
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Jeunesse insolente
A telle enseigne, que certaines municipalités et grandes institutions ont des airs de Jurassic Park. Ainsi, l’exemple de Jack Lang est-il particulièrement exemplaire de ces dinosaures qui refusent l’extinction de leur espèce. Empêtré jusqu’au cou dans l’affaire Jeffrey Epstein, auprès duquel il quémandait régulièrement de l’argent pour divers projets, le diplodocus du zombie mitterrandien s’accroche avec une ardeur insoupçonnée à son poste de grand amiral de l’Institut du Monde Arabe, refusant même d’envisager la démission … à plus de 86 ans passés. Jack Lang est suivi de près par une foule d’édiles qui n’ont pas encore raccroché les crampons, candidats à leur propre succession en dépit de tout.
Hospitalisé depuis octobre 2025, visé dans de peu reluisantes affaires de mœurs, André Santini refuse pourtant de renoncer à la mairie d’Issy-les-Moulineaux. Lui aussi a plus de 80 ans bien tassés. Idem pour Patrick Ollier, dit monsieur Michèle Alliot-Marie, maire de Rueil-Malmaison, qui n’entend pas céder la place à plus dynamique ou plus jeune. Tous ces gens ont eu une vie publique bien remplie, et ont, à divers moments, servi leurs concitoyens comme il se devait. Ils ont toutefois droit aussi à une retraite bien méritée, comme tous les Français.
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Nouvelle énergie
A Rueil-Malmaison, Patrick Ollier peut-il encore remplir ses fonctions avec la même énergie, avec la même pertinence ? À l’aune de bouleversements majeurs, de l’apparition de l’intelligence artificielle, d’une redéfinition complète de l’organisation du travail qui touchera aussi bien les entreprises du secteur privé que les collectivités locales, il apparait à l’évidence que les solutions d’hier ne seront pas les réponses de demain. Hugues Ruffat, rival de Patrick Ollier, l’a assez bien résumé avec le nom de sa liste : « Réel », soit réalité. Cette réalité a été trop souvent occultée. Sans sombrer dans un jeunisme excessif, il est peut-être temps que les exécutifs locaux ne soient plus les baronnies de quelques caciques socialistes et républicains, qui survivent dans la vie politique au travers des mairies mais s’effacent du devant de la scène nationale au profit de nouveaux partis politiques depuis un peu plus de 10 ans (Renaissance, RN ou encore LFI). Les deux sujets sont peut-être bien plus liés qu’on ne l’imagine.
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