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Droits de l’homme, etcetera…

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Déclaration des droits de l'homme humains

L’organe central du PSF (parti sociétal français) vient de reprendre l’offensive pour que soit enfin adoptée une mesure essentielle.

Foin de la menace terroriste en France, de la crise grecque, de l’extension de Daech, de l’accord avec l’Iran, de la crise financière en Chine, le « collectif Droits humains pour tou-te-s » nous rappelle qu’il est des combats qui ne souffrent aucun retard. La présence dans l’intitulé de tirets avec e et s partout nous faisait pressentir que l’on allait avoir du lourd.

Eh bien non justement, grosse déception.

La demande est celle du changement du nom de la « Déclaration des Droits de l’Homme » en « Déclaration des Droits humains ».

Force est de constater la timidité de cette revendication. Vouloir affubler d’un simple adjectif le terme Droits, ne pourra qu’en réduire la portée.

Il faut aller plus loin, camarades !

Dans l’intitulé actuel, le terme « l’Homme » de genre (grammatical) neutre renvoie au genre (scientifique) humain. Chacun sait avec Carl von Linnée que « Nomina si nescis, perit cognitio rerum »[1. « La connaissance des choses périt par l’ignorance du nom. »], ce qui avait amené ce génial savant du XVIIIe siècle à proposer la nomenclature binominale du système vivant. Toujours utilisée aujourd’hui, elle nous a classés dans le genre « Homo ». Dans l’histoire du genre Homo commencée il y a environ 2,5 millions d’années, Il y a eu l’Homo erectus, l’Homo ergaster, l’Homo habilis, l’Homo Sapiens, l’Homo neandertalensis et aujourd’hui l’Homo Sapiens Sapiens. Le dernier, c’est nous (deux fois sapiens, trop fort), et coup de chance, nous sommes la seule espèce d’Homo survivante.

Il faut donc utiliser le terme scientifique qui nous qualifie. Il faut satisfaire à l’urgence de mettre fin à l’ambiguïté sexiste de l’intitulé actuel, opportunément rappelée par Libération, mais sans l’abaisser par l’utilisation d’un banal adjectif, et sans courir le risque que cette « Déclaration » ainsi affublée  soit confondue avec le règlement intérieur d’une quelconque loge maçonnique. Revenons par conséquent à notre véritable nom. Celui qui rassemble les femmes et les hommes sans distinction.

C’est pourquoi la « Déclaration des Droits de l’Homme » devrait devenir la « Déclaration des Droits de L’Homo ».

Ce qui, convenons-en, aurait une autre allure. Et puis, comme ça, tout le monde serait content.

*Photo : Wikipedia.org

L’Europe contre «les charlatans»

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Grèce Tsipras Mélenchon

« Tsipras, Iglésias, Mélenchon, Le Pen… Les charlatans de l’Europe » titrait Le Point de la semaine dernière. Avec un sous-titre, « l’internationale des imposteurs » : charlatans, imposteurs, rien que ça !

Puisque cette liste politiquement pluraliste désigne des gens critiques de l’euro ou qui menacent sa survie, l’hebdomadaire aurait pu continuer : Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Thomas Sargent, Christopher Pissarides, James Mirrlees, Amartya Sen, Milton Friedman, sept prix Nobel d’économie ayant émis des doutes sur l’euro. Il aurait pu ajouter aussi Margaret  Thatcher, Hans-Olaf Henkel, ancien président du patronat allemand, Vaclav Klaus, ancien président de la République tchèque, Jean-Pierre Chevènement, Emmanuel Todd : voilà bien des charlatans et des imposteurs. Ils se multiplient autant que les contre-révolutionnaires au temps de Staline.

Ce qui est remarquable dans le titre évoqué, ce n’est pas que l’hebdomadaire en cause soit partisan de l’euro . Il en a parfaitement le droit et il n’est pas le seul : tous les dirigeants au pouvoir en Europe occidentale et tous les organes de presse importants sont dans ce cas. On notera au passage combien est dépassé le clivage pouvoir-contre-pouvoir puisqu’on ne trouve plus guère de divergences entre hommes de pouvoir et hommes de médias sur ce sujet.

Le Point n’est pas seul : toute la presse du « courant principal » s’est au cours des derniers jours déchaînée contre Alexis Tsipras avec une rage rare.

Une attitude d’autant plus étonnante que le fond du problème est parfaitement technique : savoir si une monnaie unique, commune à plusieurs pays, est une bonne ou une mauvaise chose, analyser quels en sont les avantages, les inconvénients et les risques, savoir si l’entreprise peut être durable, voilà qui pourrait faire l’objet d’un débat objectif sans passion et naturellement sans injures.

Les extrémistes sont au centre

Comme l’hebdomadaire en cause a la réputation d’être plutôt centriste, et que les personnalités qui se sont le plus déchaînées l’ont également, que par ailleurs nous n’avons pas connaissance de propos aussi véhéments des adversaires de l’euro à l’égard de ses partisans, on en tirera que les vrais extrémistes d’aujourd’hui sont les centristes.

C’est même parmi eux que l’on a entendu les propos les plus forts à l’encontre de la démocratie. Martin Schulz, président social-démocrate du Parlement européen appelle ouvertement à un changement de gouvernement à Athènes alors que les élections ont eu lieu il y a six mois à peine. Les mêmes cercles avaient d’ailleurs salué comme une avancée de la démocratie en Ukraine le 18 février 2013, à la suite des manifestations de la place Maidan où s’illustraient des milices néo-nazies, l’éviction du président Ianoukovitch dont personne ne contestait la régularité de l’élection et qui était en cours de mandat. Les propos d’Alain Minc  proposant que le pouvoir soit pris à Athènes par un gouvernement de technocrates venus de Bruxelles ne sont pas différents. Juncker, président de la commission européenne, n’avait-t-il pas dit qu’« il ne saurait y avoir de choix démocratique contre les traités européens » ?

On ne ferait que rappeler des évidences en relevant dans ces comportements les symptômes de ce qu’il faut bien appeler un régime idéologique, étendu à toute l’Europe : véhémence à l’égard des opposants – qui ne sont pas encore des vipères lubriques mais ça pourrait venir –, refus d’un dialogue serein, remise en cause des principes les plus sacrés, la démocratie en l’occurrence, dès lors qu’il s’agit de sauver le système, monolithisme des cercles dirigeants et des grands médias, désormais confondus dans la défense de l’euro. Il existe d’autres convergences : la plus patente est que les idéologies ont toujours l’effet inverse de celui qui était recherché : l’euro devait apporter la prospérité, des comportements plus homogènes et l’amitié entre les peuples d’Europe ; il apporte partout – et pas seulement en Grèce –, la récession; il éloigne des peuples (pour des raisons économiques faciles à comprendre dès lors qu’on a affaire à un véritable spécialiste et non à un idéologue), surtout il crée la désunion là où elle n’avait pas lieu d’être : entre Grecs et Allemands qui ne se seront jamais détestés autant depuis qu’il y a l’euro et surtout entre Français et Allemands pour qui cette histoire absurde érode dangereusement, de crise en crise, une relation privilégiée de plus de cinquante ans.

Pourquoi Tsipras a cédé

Est-ce cette immense machine d’intimidation à caractère idéologique qui a conduit Alexis Tsipras, lequel incarnait il y a quelques jours la résistance au système, à se coucher tout de suite après son référendum victorieux du 5 juillet devant l’establishment international, au point de donner le sentiment à beaucoup de Grecs d’une humiliation nationale de grande ampleur ? Certains, encore sous le choc, parlent même d’un « coup d’état financier » à Athènes.

Il était certes bien difficile à un jeune homme de 40 ans, à la tête d’un pays économiquement insignifiant, de résister seul à la formidable coalition de grands pays comme les Etats-Unis, l’Allemagne, la France et à toute la machinerie de Bruxelles, soutenus par l’immense majorité des médias occidentaux le trainant jour après jour dans la boue.

Il n’est pas sûr cependant que l’intimidation ait seule joué : il se peut que de la part de Washington des moyens de pression que nous ignorons aient été utilisés, comme ils le sont régulièrement pour faire fléchir Angela Merkel. Bien que pour des raisons inverses Tsipras et Merkel avaient l’opinion derrière eux pour refuser l’accord, ils n’en ont pas moins cédé. Pour les Etats-Unis, le maintien du statu quo est triplement nécessaire : parce que l’explosion de l’euro pourrait être le détonateur d’une nouvelle crise financière internationale, parce que l’euro leur permet de maintenir les économies européennes en tutelle, parce qu’il serait dangereux pour eux de laisser la Grèce, dont la position géopolitique est capitale, errer sans attache dans une zone de haute turbulence, au risque de devenir même une tête de pont de Moscou.

De ce côté-ci de l’Atlantique, l’enjeu est différent mais tout aussi considérable : c’est toute la crédibilité de la classe politique continentale qui est en cause. Elle s’est engagée à fond depuis vingt ans dans l’aventure de l’euro. S’il s’effondrait, elle se trouverait aussi désemparée et aussi anachronique qu’un professeur de marxisme léninisme après la chute du rideau de fer.

Face à des enjeux aussi énormes, la force des choses a donné à Alexis Tsipras un pouvoir de subversion que beaucoup, à commencer par Nicolas Sarkozy, jugent démesuré. Ne soyons pas étonnés que, par des canaux divers, il ait subi ces temps-ci des pressions tout aussi démesurées.

Il se peut enfin qu’il ait été d’autant plus vulnérable à ces pressions qu’il vient de la gauche. Expliquons-nous. Quoiqu’en dise l’hebdomadaire cité plus haut, Tsipras, Iglésias (de Podémos) et Mélenchon n’ont cessé de dire qu’ils souhaitaient le maintien de l’euro – même si leurs autres positions sont contradictoires avec ce souhait. L’euro, dirait Hayek, est une entreprise constructiviste, un projet qui prétend faire avancer l’humanité en tordant les lois, sinon de la nature, du moins de l’histoire et de la sociologie. Le constructivisme, d’autres diront l’utopie, est l’essence des idéologies de gauche et d’extrême gauche. Elles se trouvent naturellement en conjonction avec un projet comme l’euro. Autrement dit, Tsipras, marxiste de formation, était intellectuellement peu armé pour résister à la pression internationale.

Mais nous ne savons pas tout : celui qui percera les cheminements qui ont amené le gouvernement grec à plier en saura beaucoup sur la manière dont va notre monde.

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA/1404131045

Le paradoxe du sac éco-responsable

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écologie marketing

Les sacs réutilisables, qui remplacent progressivement les vieux sacs en plastique « étouffe dauphin », sont devenus un symbole quotidien de la prise de conscience écologique. Mais, s’ils permettent de limiter la masse de plastique flottant dans le Pacifique, ils exercent aussi un pouvoir occulte sur nos faibles esprits de consommateurs. Des chercheurs américains s’y sont intéressés de près et leurs conclusions surprennent.

Aux Etats-Unis, 29% des gens déclarent utiliser régulièrement ces sacs écologiques. Bryan Bollinger, de l’université de Duke, et Una Karmarkar, de Harvard, se sont penchés sur les changements de contenus du panier d’un acheteur selon qu’il apporte son propre sac ou non. Leur étude s’appuie sur deux panels différents. L’un est localisé en Californie, dans une grande enseigne, où les achats des clients ont été scrutés au jour le jour pendant deux ans. L’autre panel est national et constitué en ligne : on place les sujets dans un magasin virtuel, avec pour seule variable la présence ou l’absence d’un sac cabas, puis on leur demande d’indiquer les dix articles qu’ils voudraient acheter.

La première conclusion des auteurs est prévisible : « Les consommateurs qui apportent leurs propres sacs sont plus susceptibles d’acheter des produits biologiques et de la nourriture saine. » Disposer d’un sac écologique joue donc sur nos comportements. En prenant notre sac, nous pensons avoir un effet positif sur l’environnement et nous nous sentons moralement bons. Ravis, nous désirons persévérer sur le chemin de la vertu. Les produits écologiques ou simplement bons pour la santé sont associés, notamment par les stratégies marketing, à un mode de vie sain. Ainsi, la part dans les achats de ce type de produits augmente de 13% quand le client s’est muni de son sac.

Prenons l’exemple de Pete, qui part faire ses courses au supermarché. Lui qui d’habitude ne prend pas de sac réutilisable se sent, pour une fois, d’humeur écologique. Il fouille ses placards, trouve un vieux sac Ikea et s’en va bienheureux. Arrivé sur place, Pete ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et acquiert des carottes, des lentilles bios et des yaourts à 0%.

Mais, quelque part, le bât blesse. Et nos chercheurs nous livrent une seconde conclusion un rien plus inattendue. La part des produits sains n’est pas la seule à varier, celle des produits malsains, et notamment de la « malbouffe », augmente aussi de 7%. Les chercheurs expliquent ce phénomène par une donnée psychologique : lorsque nous nous sentons vertueux, nous nous autorisons à nous relâcher et donc à commettre des actes moins responsables. Ainsi peut-on lire dans l’étude :  « Ce sentiment les persuade facilement que, puisqu’ils se comportent déjà bien avec l’environnement, ils peuvent se nourrir de cookies, de chips ou d’autres produits avec beaucoup de sel, de sucre et de graisse. »

Autrement dit, Pete, pétri de bonne conscience environnementale, finira de remplir son sac Ikea avec une boîte de chocolats, des chips et de la glace Ben & Jerry’s. Et il retournera ranger ses courses dans son 4×4 le cœur léger. Grâce à son sac réutilisable, tout sentiment de culpabilité s’est envolé.

Malgré toute notre bonne volonté, il semble ainsi que certains mécanismes nous échappent. Et les grands magasins auraient tort de ne pas en profiter. Les chercheurs concluent d’ailleurs leur étude par un conseil à leur usage. Les enseignes dans lesquelles les sacs cabas rencontrent un grand succès, devraient selon eux mettre en avant les produits que leur usage nous incite à acheter – bio d’un côté, malbouffe de l’autre – afin d’augmenter leurs ventes en surfant sur nos velléités « éco-responsables ».

*Photo : Pixabay.com

Vol MH17: mémoire impossible

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MH17 Ukraine Russie

Il y exactement un an, le 17 juillet 2014, un Boeing 777 de Malaysia Airlines qui effectuait un vol reliant Amsterdam et Kuala Lumpur, a été touché par un missile, alors qu’il volait à 10 000 mètres au-dessus de l’est de l’Ukraine. Les 283 passagers et les 15 membres d’équipage ont tous péri dans le crash, qui a projeté leurs corps et les débris de l’avion sur un très large périmètre. Le choc était terrible et la crise ukrainienne, déjà sanglante et compliquée, semblait prendre une tournure nouvelle.

Un an plus tard, force est de constater que le souvenir même de cet événement gravissime a disparu de nos écrans radars. Ce qui a commencé un jeudi après-midi comme un flagrant délit, susceptible de changer le cours de l’histoire de la région, est devenu à force de négations, de mensonges et de falsifications (en toute logique, quelqu’un ment systématiquement et de manière éhontée), un dossier indéchiffrable. Et plus personne n’y voit clair.

Mais cette tragédie nous offre une occasion d’observer de près les mécanismes qui construisent ce que nous appelons la mémoire. Pour en comprendre l’enjeu, il suffit de se poser la question suivante : que se serait-il passé si un tel incident survenait au-dessus d’une zone où l’armée française/américaine est active, et s’il impliquait un matériel militaire de fabrication française/américaine ? On peut, sans grand risque de se tromper, supposer que les choses n’en seraient pas restées là et que la voix des familles de victimes serait bien plus audible.

Or comment construire la mémoire d’une telle tragédie dans le concert de versions contradictoires que n’en finissent plus de donner les protagonistes ? Parmi les 298 victimes, 193 étaient de nationalité néerlandaise. Outre le gouvernement ukrainien, les séparatistes de l’est du pays et les autorités russes elles-mêmes, les Pays-Bas ont donc largement pris part aux enquêtes visant à identifier les responsables de la pire catastrophe aérienne de son histoire. Mais depuis le premier jour, les dépêches se suivent et ne se ressemblent pas.

Aujourd’hui, selon CNN, le rapport de l’enquête du conseil de sécurité néerlandais apporte la preuve que l’avion a été abattu par un missile sol-air Buk, de fabrication russe, tiré depuis un village contrôlé par des rebelles pro-Russes. Mais même dans le cas – fort improbable – où l’enquête russe menée parallèlement ne contredirait pas une telle conclusion, il y a peu de chances que cette information s’impose dans les esprits comme une vérité définitive.

Et pour cause : dès le 17 juillet 2014, Interfax (sorte d’AFP russe) déclare que l’appareil a été abattu par des Ukrainiens dont l’objectif était d’atteindre l’avion de Vladimir Poutine qui aurait traversé, en revenant du Brésil, le même secteur à des horaires proches et portait des couleurs semblables au Boeing malaisien. Et ce même si, sur la suite de son trajet, l’avion présidentiel russe a survolé la Pologne et non l’Ukraine. Comme les trajets de l’avion présidentiel sont toujours tenus confidentiels, Le Figaro qualifie cette hypothèse de « théorie du complot »…

Mais ce n’est pas tout. Le 18 juillet, le journal russe Politikus affirme que l’avion aurait été touché par un missile air-air, au vu des déchirures horizontales observées sur ses ailes. La chaîne de TV Russia Today rapporte quant à elle que des témoins ont vu des avions de chasse ukrainiens poursuivre l’avion malaisien. Ce même jour, le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit pour demander l’ouverture d’une enquête.

Le 21, le général russe Andreï Kartapolov signale que des batteries de missiles sol-air de l’armée ukrainienne étaient stationnées dans les environs de Donetsk, photos satellites à l’appui, et se demande « contre qui étaient dirigées ces armes antiaériennes alors que tout le monde sait que les combattants séparatistes n’ont pas d’aviation ». En mai 2015, l’analyse de ces preuves conclura qu’il s’agit de photos du mois de juin, retravaillées numériquement.

Mais en attentant, le lendemain, 22 juillet 2014, un article du Corriere della Sera fait état d’un entretien avec un milicien sécessionniste chargé de garder les corps, qui confirme indirectement le fait que l’avion aurait été abattu par ses propres troupes : il dit avoir été envoyé à la recherche de l’équipage de l’appareil militaire (croyait-il) qui venait d’être abattu, et avoir trouvé les corps des passagers du vol.

Pendant ce temps, des séparatistes pro-russes remettent deux boîtes noires aux autorités malaisiennes qui les remettent elles-mêmes aux Pays-Bas. Et le 23 juillet, Alfred de Montesquiou, journaliste de Paris Match, estime très probable, vu la trajectoire de l’avion et de la chute des débris, que le tir vienne, comme annoncé par les services de renseignements ukrainiens, de Snijne, ville qui avait subi une attaque aérienne deux jours auparavant et qui aurait dû être survolée par le vol MH17.

Le même jour, Kelsey D. Atherton du magazine Popular Science remet en question la théorie du missile air-air tiré par un avion Soukhoï SU-25 qu’il considère comme peu vraisemblable. L’auteur explique notamment que le SU-25 est un avion d’attaque au sol et que son plafond opérationnel n’excède pas 23 000 pieds (soit environ 7 000 mètres). Atherton relève aussi que le 21 juillet une IP de Moscou a édité la page Wikipedia russe consacrée au SU-25 pour modifier le plafond opérationnel annoncé pour le porter à 10 000 mètres, contrairement à ce qui figure sur le site du constructeur.

Le 25, RIA Novosti (agence de presse russe pro-gouvernementale) déclare que des informateurs de l’armée ukrainienne leur auraient fait part de manœuvres d’entraînement de défense anti-aérienne par des missiles Buk-M1 dans la banlieue de Donetsk, qui se seraient déroulées au moment de l’incident.

Le 6 août, le service Special Monitoring Mission (SMM) de l’OSCE reconnaît que les services d’urgence de la « République populaire de Donetsk » ont fait un travail sérieux, accompagnant et protégeant leurs équipes internationales d’observation (experts malaisiens, néerlandais et australiens) sur le lieu du crash.

Enfin, le 30 janvier 2015, Mediapart publie une enquête du site d’investigation berlinois CORRECT!V qui affirme que l’avion du vol MH 17 aurait été abattu par un missile Buk-M1 tiré par un officier russe. Le site incrimine également les pratiques de l’armée ukrainienne, dont les avions de chasse auraient pour habitude de se fondre dans le trafic civil.

En mars 2015, les fragments prélevés dans les débris par le correspondant de l’émission RTL Nieuws Jeroen Akkermans et son caméraman sont identifiés par des experts de IHS Jane’s comme provenant d’un missile Buk. Le 12, l’agence Reuters publie l’interview d’un témoin, qui affirme avoir vu un missile lancé depuis un territoire tenu par l’armée ukrainienne. Puis, hors micro, le témoin revient sur ses dires, expliquant que le missile provenait d’un territoire occupé par les rebelles…

Mais après publication de l’article, le témoin dément avoir tenu ses dernières paroles. Il accuse l’agence Reuters d’avoir intentionnellement déformé ses propos concernant le lieu de départ du missile qui aurait abattu le Boeing. Dans ces conditions, comment démêler le vrai du faux ? Pour qu’un événement fasse date, pour qu’il marque les esprits au point d’entrer dans notre mémoire collective, encore faut-il qu’une version des faits s’impose, voire qu’on nous l’impose.

Aujourd’hui, en France, il faut « être Charlie », ou se positionner clairement comme un adversaire de la République laïque. Mais qui pleure encore les passagers du vol MH17, sans les confondre avec ceux du vol MH370, dont on n’a jamais retrouvé la trace ? La mémoire collective se construit sur la base d’un large consensus, qu’il suffit donc de rendre impossible pour maintenir le doute. A l’avenir, on ne parlera sans doute plus que du « mystère » du crash de l’avion de Malaysian Airlines abattu le 17 juillet 2014.

*Photo : Flickr.com

Trop d’églises, pas assez de mosquées?

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mosquées islam églises

La récente polémique concernant la transformation d’églises en mosquées a fait couler beaucoup d’encre. Comme d’habitude, les promoteurs des mosquées ont ressorti l’argument mainte fois rebattu sur les effectifs de mosquées et d’églises en France. L’idée se veut imparable : il existerait près de 2 500 mosquées pour environ 3 millions de pratiquants (soit un ratio de 1 mosquée pour 1 200 fidèles) alors que 11 millions de catholiques pratiquants disposeraient de 40 000 églises (soit un ratio de 1 église pour 275 fidèles). S’appuyant sur cette comparaison arithmétique, chacun propose sa solution pour réparer cette injustice faite aux musulmans, les uns en soutenant la transformation d’églises en mosquées, les autres en réclamant un financement public de la construction de mosquées au mépris du principe de laïcité. Dans Libération, Laurent Joffrin estime que « la cession d’églises à l’islam serait un beau symbole de concorde et de fraternité » quand dans Le Monde Pierre Daum soutient ni plus ni moins que « transformer des églises en mosquées va dans le sens de la laïcité républicaine ». La République au service d’une religion, voilà un projet auquel même Pie X n’aurait osé croire dans ses rêves les plus fous !

Cette façon simpliste d’aborder des questions complexes nous oblige à nous interroger sur la pertinence du décompte des églises catholiques. Dans une France sécularisée, celles-ci sont abandonnées et les paroisses peinent à mobiliser les fidèles. D’ailleurs, certains édifices sont vendus à des particuliers, souvent des architectes désireux d’en faire un habitat pittoresque, ou des entrepreneurs soucieux d’en tirer un commerce lucratif. D’autres ne sont conservées que pour leur aspect architectural et leur entretien est devenu un fardeau aussi bien pour les paroisses que pour les collectivités territoriales. Toute église n’est donc pas un lieu de culte, en dépit de sa destination initiale.

Dans une démarche prétendument plus objective, les inénarrables Décodeurs du Monde rapportent le nombre de diocèses (16 550) au nombre de catholiques allant au moins une fois par mois à la messe (4 millions) et parviennent à un ratio d’1 église pour 241 fidèles. La conclusion est alors la même : il n’y a pas assez de mosquées en France. Or, la population catholique est beaucoup plus dispersée que la population musulmane, qui vit essentiellement dans des zones urbaines. Dès lors, certains diocèses n’accueillent que de rares fidèles et présentent des taux de remplissage proches de zéro. Considérer le nombre de diocèses ne permet donc pas d’appréhender la sous-utilisation des espaces de prière catholiques. Certes, il y a en France bien plus d’espaces de prière qu’il n’en faudrait pour les fidèles catholiques. Mais une surabondance de ces espaces, héritée de l’Histoire, justifie-t-elle une surproduction de mosquées ?

En fait, il est simplement absurde de comparer la situation de l’islam à celle du catholicisme et d’exiger une convergence immédiate des deux en s’exonérant de 1 500 ans d’histoire. L’Europe a connu des siècles d’intolérance religieuse. Puis la modernité a ébranlé les dogmes du christianisme et la Révolution française a organisé un processus de déchristianisation en confisquant les biens de l’Église et en fermant les yeux sur la destruction de lieux de culte, livrés à la vindicte populaire. En 1792, les membres du clergé refusant de prêter serment à la Constitution civile du clergé étaient immédiatement exilés, quand ils n’étaient pas massacrés. Il y a fort à parier que dans pareille circonstance nombre d’imams connaîtraient le même sort. Est-ce vraiment ce que souhaitent les membres de la communauté musulmane ? Faut-il, par souci d’égalité avec le catholicisme, entamer un processus de « désislamisation » ? On pourrait aussi évoquer l’anticléricalisme de la IIIe République et la laïcité de combat qui ont définitivement relégué le catholicisme à la place qu’il occupe aujourd’hui, c’est-à-dire la sphère privée, et permis la liberté de blasphémer et de caricaturer les religions. Quand allons-nous également exiger de l’islam le respect rigoureux de ce principe ? La République confère des droits mais elle impose aussi des devoirs et surtout un esprit.

En réalité, la question du déficit de mosquées est un faux problème. Alors que de nombreux élus locaux s’affairent à faciliter les constructions de mosquées, il semble urgent de s’arrêter un instant et de se poser quelques questions de fond. Est-il judicieux de bâtir des mosquées  pour une population mal assimilée et souvent mal intégrée ? Ne serait-il pas plus raisonnable de consacrer tant d’argent et d’efforts à l’éducation et à la culture, afin de donner aux enfants et petits enfants d’immigrés les clés de la réussite scolaire et sociale ? En dépit des bonnes intentions, investir dans des mosquées plutôt que dans l’éducation est un cadeau empoisonné fait aux musulmans français. Cela revient à les enfermer dans leur croyance et à leur refuser l’accès à un savoir émancipateur. Après tout, la mission de la République n’est-elle pas de former des citoyens éclairés, capables de raisonner et de dépasser les déterminismes sociaux ? Le destin d’un enfant né dans une famille musulmane n’est pas nécessairement de devenir musulman. La République doit lui donner les moyens de s’interroger sur le monde et de décider par lui-même d’épouser ou d’abandonner la religion de ses parents.

L’idée de construire des mosquées dans le but de favoriser l’intégration des musulmans repose sur une vision essentialiste, voire raciste, des religions. Or, les choix religieux, tout comme les opinions politiques ou idéologiques, constituent des options qui doivent pouvoir être interrogées par la raison, y compris par celle des croyants.

*Photo : Wikimedia Commons

Cartographie du néoféminisme

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féminisme

C’est compliqué, les femmes. Les féministes encore plus. Surtout celles de la nouvelle génération. Bizarrement, plus la condition féminine progresse, plus elles sont énervées. Hargneuses. Il n’est pas ici question de tout le féminisme, ni du féminisme à l’ancienne, qui travaille et réfléchit. Quoi qu’on pense de leurs idées, Élisabeth Badinter, Sylviane Agacinski, Caroline Fourest et bien d’autres contribuent utilement au débat public.

Il est question ici d’un néoféminisme incarné par des groupuscules aussi bruyants qu’ils sont numériquement faibles. Ce talent pour l’agit-prop ainsi que l’ardeur délatrice et punitive constituent la marque de fabrique de cette constellation. Pour le reste, on décèlerait difficilement une cohérence idéologique dans le maquis des micro-causes et des combats décrétés prioritaires. On proposera donc une promenade subjective et impressionniste à l’intérieur de ce bazar idéologique.

Anne-Cécile Mailfert, Caroline De Haas, Rokhaya Diallo, Inna Shevchenko : il y en a pour tous les goûts. L’érotique, qui se dépoitraille dans les églises. L’ethnique, qui combat le sexisme derrière le racisme et inversement. La comptable, qui ne se sépare jamais de ses fiches noircies de statistiques sur le fameux partage des tâches domestiques. L’universitaire, qui brandit sa queer theory en théorème indépassable et se rit du bon sens des ploucs. Elles ont en commun la culture du happening et un ennemi : le mâle, c’est-à-dire l’homme à l’ancienne. Certaines chasseront plutôt le Blanc, d’autres les quinquagénaires politiciens, d’autres l’hétérosexuel ou le riche. Mais ce qu’il y a de plaisant avec le camp du Bien, c’est qu’il passe souvent le plus clair de son temps à traquer la dissidence dans ses propres rangs. Or, quoi de plus joyeux que de voir ces donzelles s’empailler, je vous le demande ? Parité, GPA, voile, prostitution, tous les prétextes sont bons pour se crêper le chignon. Passons en revue les querelles du féminisme contemporain.[access capability= »lire_inedits »]

Machos-zombies

Créé en 2009 par des militantes du planning familial, du PS, du Front de gauche et d’EELV, Osez le féminisme ! est en apparence l’archétype du mouvement progressiste féministe classique. À ceci près que, contrairement à ses ancêtres, il mène des combats largement gagnés. « Le but, c’est de montrer qu’on vit dans une illusion d’égalité », explique Caroline de Haas. Pauvres de nous qui pensions avoir gagné l’égalité des droits. Cinquante ans de révolution féministe ? Nada, niente, nothing. Qu’on se le dise, le ventre du patriarcat est encore fécond. Chez OLF, on croit que rien n’a changé depuis Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. Tout est à faire. Ou plutôt à défaire. Surtout les hommes et leurs vilains fantasmes.

Reste que, sur le terrain du droit, il n’y a plus grand-chose à faire, et c’est tant mieux. Le féminisme médiatique des dames d’OLF entend donc désormais lutter contre les « violences symboliques ». Cela va du regard d’un homme dans le métro à « madame la présidente » à l’Assemblée, en passant bien sûr par les stéréotypes dans les manuels scolaires et les jouets. Langage épicène (vous savez, l’affreux « tout-E-s »), règles de grammaire non sexistes, promo du clito et prix du Tampax, telles sont les priorités de ces féministes institutionnelles.

« La violence sexiste, cela ne nous fait pas rire », résume gravement sur Canal+ Anne-Cécile Mailfert, actuelle présidente du groupuscule institutionnel (oxymore qui sied à merveille à une structure de 2 000 adhérent-E-s qui a ses entrées dans tous les ministères), dont le joli minois tranche avec les positions puritaines. Comme chacun, rien n’amuse plus les « réacs » qu’une femme qui se fait tabasser. Au nom de la transparence, ces Savonarole d’un militantisme 2.0 sont expertes dans l’art de la délation. Pionnières du genre, Isabelle Alonso et ses Chiennes de garde, dont le manifeste de 1999 avait été signé par Stéphane Hessel, Mgr Gaillot et Roselyne Bachelot, avaient déjà pour slogan : « Décrypter, dénoncer, résister ».

Autour d’OLF gravitent différents groupuscules connus grâce à leur talent pour le happening. Le collectif Georgette Sand, reçu à plusieurs reprises à Bercy, dénonce la « taxe rose » frappant les protections périodiques, ignoblement imposées à 20 % par l’État patriarcal, qui emplit ainsi ses caisses du sang des femmes. Les donzelles du « groupe d’action féministe » La Barbe s’invitent dans des manifestations d’« hommes de pouvoir » munies de barbes postiches, afin de « semer la confusion des genres ». Macholand, site fondé par deux proches de Caroline de Haas, Elliot Lepers et Clara Gonzales, se propose de « lutter contre le sexisme » qui continue à « s’étaler grassement sur nos écrans, dans nos journaux ou dans les prises de parole de personnages publics ». Exemple : une entreprise produisant des surfaces de sol a utilisé l’image d’une femme en maillot de bain. Un classique de la publicité de mauvais goût. « Nous sommes en 2015, et certaines entreprises confondent le corps des femmes avec des objets promotionnels, martèle le site. À se demander si Solastra est au courant que le sexisme tue encore en France. » Brrr… honte à moi qui l’avais presque oublié !

Ce féminisme qui s’affirme universaliste, libéral et républicain a un gros problème avec la différence des sexes, qu’il assimile vite à l’inégalité. Aussi ses représentantes peuvent-elles revendiquer l’égalité tout en louant les fameuses valeurs féminines qui seraient un apport si précieux pour l’entreprise ou la politique. Seulement, de même que les antiracistes ont besoin de racistes pour exister, les dames d’OLF et leurs semblables ont absolument besoin de sexistes pour pouvoir ignorer que la révolution qu’elles prétendent faire est déjà advenue. On leur suggérera d’adapter le concept toddien de zombie et de décréter que tout homme (enfin, tout homme occidental) est un macho-zombie, dont le cerveau reptilien conserve à jamais les mauvaises habitudes.

De Simone de Beauvoir à Conchita Wurst

Mais on trouve toujours plus moderne que soi. Ce militantisme de dame patronnesse est en voie d’être ringardisé par l’activisme queer importé d’outre-Atlantique. Dans Ex utero, pour en finir avec le féminisme (2009), Peggy Sastre accusait le féminisme à la maman d’être bourgeois et puritain. Et surtout terriblement hétérocentré. En effet, le combat féministe est en train de se dissocier progressivement de la cause LBGTIQ (j’en oublie ?). Il est loin le temps où le FHAR (Front homosexuel d’action révolutionnaire) et le MLF (Mouvement de libération des femmes) défilaient ensemble contre l’ordre moral. La belle mécanique de la convergence des luttes est rouillée. Les homos veulent la GPA, difficilement compatible avec la lutte contre la prostitution, combat essentiel des féministes. Le féminisme queer, pro-sexe, et transhumaniste, dont l’horizon est la transsexualisation de la société, est en train de se détacher du féminisme traditionnel, universaliste. Marie-Hélène Bourcier, sociologue à moustache, milite ainsi pour que les « minoritaires, appelons-les comme ça », « anormaux », « monstres », « freaks » se rebellent contre « les consignes d’intégration républicaniste et universaliste ». Conchita Wurst étant bien sûr l’Olympe de Gouges des temps nouveaux.

« Droit des trans, PMA, IVG, GPA, prostitution : nos corps, nos choix ! » : tel était le mot d’ordre de la Marche des fiertés lyonnaises de 2014. OLF publia un communiqué très critique, regrettant un « amalgame entre des revendications légitimes et progressistes, et des réclamations clairement machistes ». En l’occurrence, il s’agit de la prostitution et de la GPA, qui, pour OLF, sont deux faces de l’exploitation. Et qu’on ne leur dise pas qu’il y a des femmes volontaires pour les deux. Ah bon, « mon corps m’appartient », c’est fini ?

Le féminisme « indigène » !

Une autre fracture, qui s’élargit sans cesse, tient au rapport à l’islam. Le 27 mai dernier, l’antenne lyonnaise d’Osez le féminisme ! a annoncé sa démission collective de l’association dans un communiqué dénonçant un « fonctionnement pyramidal, parisianiste et centralisé », mais surtout des interventions médiatiques « honteuses et irrespectueuses envers les femmes voilées ». La fitna a été déclenchée par une interview d’Anne-Cécile Mailfert sur Canal+ : « D’abord, a-t-elle dit, nous pensons qu’il faut parler des voiles, pas seulement du voile musulman (où sont les autres ?). Pour nous, c’est un signal qui ordonne aux femmes de se cacher, et ça, nous sommes contre. » Timide condamnation qui a suscité l’ire du féminisme « indigène », en l’occurrence de Rokhaya Diallo : « OLF reste à l’image de tous les mouvements qui se disent progressistes en France, syndicats, partis politiques : très, très, très blanc et assez bourgeois. » La tête de file des Indivisibles pratique la méthode Angela Davis : mixer la race, la classe et le genre, dans un amalgame autorisé, qui fait de la femme voilée, victime d’une triple domination due à sa condition de femme, de pauvre et d’ex-colonisée, la nouvelle figure de proue de ce féminisme « indigène ».

Le postcolonialisme repose sur le relativisme victimaire enrobé de dénonciation du deux poids, deux mesures. Ainsi peut-on voir côte à côte des défenseurs des femmes voilées et des défenseurs du travail sexuel. Chacun fait ce qui lui plaît. Ohé, ohé ! Chef-d’œuvre du gloubi-boulga sociologique de l’intersectionnalité, cette phrase de Rokhaya Diallo : « Je trouve qu’il y a une parfaite cohérence dans mes engagements : je me bats pour que les femmes puissent disposer de leur corps, c’est-à-dire se voiler ou se prostituer. » En voilà un horizon féministe réjouissant !

Le sextremisme : de quoi les Femen sont-elles le nom ?

J’ai du mal à trouver des qualités aux Femen. Leur goût du scandale, leur guerre débraillée, dépourvue de ligne claire et de corpus universitaire, sont pour moi un repoussoir que même leur passage à tabac par Civitas ne parvient pas à rendre sympathique. Un jour elles miment un avortement dans l’église de la Madeleine, l’autre, elles décapitent la statue de cire de Poutine au musée Grévin, ou abîment les cloches de Notre-Dame aux cris de « Pope no more ». On a envie de les ignorer, au mieux de les gratifier d’un sourire de dédain. Cependant, leur parti pris ouvertement inculte et anti-intellectualiste ne manque pas de fraîcheur : elles donnent moins mal à la tête qu’une conférence de Judith Butler sur le gender. S’auto-qualifiant de « religiophobes », ces Voltaire sans jupons revendiquent « la victoire totale sur le patriarcat ». Inna, arrivée de l’Est avec vingt ans de retard sur la révolution féministe, semble croire que la France vit sous la coupe de l’Église.

Leur universalisme low cost n’est guère prisé la gauche anticolonialiste. Mona Chollet, dans Le Monde Diplo, les accuse de servir de « caution à un corps féminin figé par l’industrie publicitaire ». Après que deux de ces amazones s’étaient publiquement embrassées à Rabat pour dénoncer l’homophobie marocaine, la revue Orient XXI a publié, sous le titre « Rhabillons les Femen ! », un texte fustigeant « le caractère islamophobe et impérialiste de leurs actions », et ce féminisme réduisant « l’homme arabe au patriarcat ». La même logique inspire Houria Bouteldja, présidente des Indigènes de la République, quand elle fonde le collectif Les Blédardes, clairement destiné à contrer Ni putes Ni soumises.

Le féminisme des cités ?

D’ailleurs, où est passé le féminisme des cités ? L’engouement médiatique pour Ni putes Ni soumises a laissé place à un vide sidéral. Le film La Journée de la jupe avait mis en lumière le sort des filles des « quartiers », obligées de cacher leur corps face au mélange de puritanisme religieux et de virilité exacerbée par un patriarcat d’importation. Aujourd’hui, quand il n’a pas disparu, ce « féminisme des cités » a été grossièrement récupéré par la droite. Ainsi Lydia Guirous, jeune pousse des Républicains, tente d’apparaître comme la nouvelle Fadela Amara, qu’elle surpasse dans l’outrance calculée. Tandis que, dans les hautes sphères, on lutte contre les stéréotypes en maternelle, le féminisme indigène et sa rhétorique postcoloniale font un tabac dans les quartiers, où Edwy Plenel explique doctement que ses « deux grand-mères bretonnes sortaient avec un foulard », autrement dit que le voile ne pose aucun problème. Sauf à ceux qui n’aiment pas les Bretons…

Un féminisme orwellien

Le combat pour les femmes est empêtré dans ses incohérences, embourbé dans des impasses théoriques bien éloignées de la réalité de la « vie ordinaire » (Lasch) des femmes. Abolir la prostitution mais autoriser la GPA. Promouvoir la lutte contre les stéréotypes de genre à l’école et imposer la parité qui fige les femmes sous une étiquette. Réclamer l’émancipation et le droit de se voiler. Se dire « pro-choix » (c’est-à-dire pro-IVG), mais s’indigner que l’on puisse évoquer la souffrance de l’avortement. Se proclamer de gauche tout en s’efforçant de faire entrer au chausse-pied la condition féminine dans le paradigme capitaliste du salariat.

Telle est la tragédie du féminisme contemporain. Militant avec furie pour un avenir radieux déjà advenu, nos ayatollettes sont aveugles à ce qui menace la liberté des femmes : l’islam orthodoxe, qui remet en cause l’idéal égalitaire de la civilisation judéo-chrétienne ; l’indifférenciation, qui s’attaque à la mixité des sexes à la française ; la technique et le marché, qui menacent le privilège féminin de la maternité. Peu importe que la majorité des femmes concrètes n’en demandent pas tant. Le féminisme orwellien et revanchard entend bien en finir avec le passé et promouvoir la déconstruction tous azimuts. Par tous les moyens de l’ingénierie sociale, et surtout par le plus vieux : la peur.[/access]

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*Photo : Thomas Samson

Un Grexit, et alors?

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Grèce Grexit euro

« Ce n’est jamais sans créer pour l’avenir de grands dangers et de grandes difficultés qu’on soustrait l’individu aux conséquences de ses propres actes. »
— Frédéric Bastiat, Harmonies économiques.

Le problème, au fond, n’est pas vraiment économique. La Grèce pourrait, pour peu qu’elle remette de l’ordre dans ses finances publiques et réforme enfin son économie, se sortir de cette mauvaise passe sans souffrances excessives et ce, d’autant plus que les conditions auxquelles la Troïka lui fait crédit sont particulièrement avantageuses. En effet, et contrairement à ce qu’affirment les suspects habituels, on a déjà vu des pays se sortir d’une crise grave avec des politiques d’austérité — sans aller chercher bien loin, c’est précisément ce qu’a fait le président de Gaulle : excédents budgétaires, réduction de la dette publique, modernisation de l’économie et le tout, sans dévaluation [1. Celle de 1958 ne fait qu’entériner une situation que le général hérite de la IVe.] ni subsides européens.

Le problème est surtout politique. Il a fallu un de Gaulle pour nous sortir de l’ornière de la fin des années 1950 ; un homme qui comprenait qu’un pays ne pouvait pas se prétendre indépendant s’il croulait sous les dettes ; un homme qui ne comprenait que trop bien les ravages de l’inflation et des dévaluations ; un homme qui, enfin, jouissait de l’aura nécessaire pour convaincre un peuple tout entier de renoncer aux solutions de facilité. Or voilà, Tsipras n’a sans doute ni les convictions ni l’étoffe d’un de Gaulle. Il n’est pas, pour paraphraser le commentaire d’un observateur grec, le leader dont la Grèce a besoin ; il est juste celui qu’elle a.

Mais le pire n’est pas là : quand bien même le premier ministre grec, ou un autre, aurait de telles capacités, ça ne changerait rien. Ça ne changerait rien parce que la Grèce est de facto sous tutelle et ses tuteurs, pour l’essentiel, sont bien mal placés pour donner des leçons en matière de sérieux budgétaire, de dynamisme économique et de respect de leurs engagements. Quelle que soit la forme que prendra ce troisième plan de sauvetage, il se traduira par le même genre de relation qui unit le Mezzogiorno au nord de l’Italie : une relation de dépendance dont on ne sort jamais.

On n’y arrivera jamais comme ça. Ce troisième plan, c’est de l’acharnement thérapeutique sur un patient qui, fondamentalement, refuse les potions qu’on lui impose ; une thérapie ruineuse qui, au mieux, maintiendra le malade dans le coma jusqu’à ce qu’on décide de lui administrer une nouvelle dose. C’est peine perdue. Il faut couper la perfusion et il faut la couper maintenant ; c’est aux Grecs et aux Grecs seuls de se sortir de la panade dans laquelle ils se sont mis. La seule solution viable à long terme, c’est de laisser l’État grec faire faillite et assumer seul, sans contraintes ni aides extérieures, les conséquences de ses choix.

Notre erreur fondamentale, dans cette affaire grecque, c’est que nous n’avons pas respecté la clause de non-renflouement [2. Article 125 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.] que nous avions pourtant tous signée. Athènes aurait fait défaut, ses créanciers y auraient laissé quelques plumes et les gouvernements grecs auraient dû apprendre à fonctionner quelques années sans emprunter le moindre centime. Au moins, ça aurait réglé le problème rapidement tout en dispensant au passage quelques bonnes leçons. Mais non. Les technocrates qui nous gouvernent en ont décidé autrement : « Un État membre, nous disent-ils en substance, ne peut pas faire défaut parce que ça signifierait une sortie de la zone euro. »

D’une part, et alors ? Ce n’est pas parce que la Grèce ou un autre pays décide de quitter l’union monétaire que nous sommes tous obligés de faire de même. D’autre part, pardon mais je ne vois aucune raison qui fasse qu’un État membre en défaut de paiement soit obligé d’abandonner l’euro contre son grè. Jusqu’à preuve du contraire, c’est un non sequitur : l’argument selon lequel la BCE serait obligée de couper les vivres des banques grecques en cas de défaut ne repose que sur une volonté politique. En pratique, après recapitalisation [3. Ce qui implique que les actionnaires existant se font lessiver au passage.], il est tout à fait possible de remettre le système bancaire grec en ordre, même si l’État est en faillite.

Mais pourquoi diable s’obstinent-ils à ce point ? Vous pouvez, bien sûr, souscrire à la thèse qui voudrait que si la Grèce ne rembourse pas le monde cessera de tourner ou, dans un autre genre, à celle de la méchante Allemagne qui cherche à humilier les gentils grecs, mais je crains fort que ni l’une ni l’autre ne passe le sniff test le plus élémentaire. La réalité, à mon humble avis, est beaucoup plus simple : de Tsipras à Merkel en passant par Hollande et les autres, tous sont absolument convaincus que si la Grèce ne paie pas ou sort de la zone euro, ils le paieront aux prochaines élections.

*Photo : PICTURE PRESS EUROPE/SIPA/1507091444

Etang de Berre: c’est une guerre…

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incendie Berre étang attentat

Je me suis levé vers quatre heures pour travailler, et vers 7 heures j’en ai eu marre. J’ai sauté dans mon maillot de bain, j’ai fait quand même une escale au Bar de la Marine, quai de Rive-Neuve, qui venait d’ouvrir, et à la demie je me suis dirigé vers l’embarcadère des vedettes du Frioul.

Pour ceux qui ne savent pas, le Frioul, à 15 mn du Vieux-Port, est constitué de quatre îles : If, qu’on ne présente plus, Ratonneau, à droite, couronné par l’hôpital de quarantaine aujourd’hui en ruines mais en voie de reconstruction, Pomègues à gauche, beaucoup plus sauvage, les deux reliées par une digue, et au-delà, l’îlot de Tiboulen, où Edmond Dantès passe sa première nuit d’homme libre après son évasion — quand même, If-Tiboulen à la nage après 14 ans de cachot, trois bons kilomètres, faut le lire pour le croire…

J’avais opté pour Pomègues. Quinze minutes de marche, et presque au bout au bout, une crique sublime où ne se risquent que les gabians, à cette période de l’année — et les touristes à partir de 10 heures, mais bon, je serais reparti…

Vous allez me dire… Mais qu’est-ce qu’il a à nous gonfler avec sa séance matinale de bronzette-trempette ?

Il y a que ce matin, vers le large, une bande de fumée noire s’étirait doucement, partant d’au-delà la Côte bleue — Berre probablement — jusqu’à l’autre bout de la rade. Ça ne dit rien à ceux qui ne connaissent pas, mais ça fait quand même près de 50 kilomètres.

J’ai pensé à un incendie — il y avait un peu de vent hier, cela avait donné des idées à quelques pyromanes, d’après le journal feuilleté au bar…

Le temps que j’arrive au Frioul, mon portable me donnait des éléments de réponse : il y avait un incendie dans une raffinerie plus ou moins désaffectée de Berre. Une cuve de naphta avait pris feu.

Pas par hasard, manifestement.

Puis, après plus ample informé, une cuve d’essence.

Et c’est là que ça devient drôle.

À neuf heures, c’était un incendie criminel. Puis les médias sont passés au mot « malveillance ». À midi, ils avaient définitivement anagrammatisé le mot incendie, et en avaient tiré « incident ». Juste un incident. Deux cuves ont pris feu à 400 mètres de distance, les flics ont été mis en alerte, ont reçu des avis très alarmants, mais la population marseillaise, et française en général, doit être rassurée : un « incident » ! Il y a quelques jours, ce sont des explosifs et des détonateurs qui ont été dérobés sur une base militaire à Miramas. « Grand banditisme, probablement ! »

Je suis rentré quand les touristes ont commencé à venir enquiquiner les goélands, qui ont protesté en vain.

J’habite près du port, où ce soir sera tiré le feu d’artifice de 14 juillet — un beau feu d’artifice, en général, qui dégouline du haut du fort Saint-Jean. Et dans ma rue, fort tranquille, à l’heure de la sieste, trois voitures de police ont escorté deux camions de la fourrière, qui ont débarrassé la rue de toutes les voitures en stationnement. À vrai dire, un avis avait été placardé depuis deux jours : ils balisent tellement qu’ils font le désert sur un périmètre de quatre cents mètres. Peur panique d’une voiture piégée — il paraît que de bonnes âmes en auraient disposé çà et là, en France, et pourquoi pas à Marseille ?
Alors, pour éviter de nouveaux « incidents »…

D’autant que François Hollande passe ici demain matin avec le président mexicain. Faudrait pas que des turpitudes terroristes viennent gâcher la visite du MUCEM. Après advienne que pourra. Comment disait Perez Reverte, déjà ? « Es la guerra santa, idiotas… Es la tercera guerra mundial… » Ce garçon, avant d’être le meilleur écrivain espagnol contemporain, a été correspondant de guerre sur tous les fronts allumés entre les années 1980 et 1995, Bosnie comprise. La guerre, il sait ce que sait. Ma foi, si nous ne le savons pas, nous, à force de croire que des attentats sont des « incidents », nous allons le savoir.

À part ça, il faisait beau au Frioul, et j’ai puissamment bronzé, au doux parfum des hydrocarbures en flammes (remember ? « J’adore respirer l’odeur du napalm le matin… ») qui se défaisait dans le mistral naissant. This is the end, beautiful friend…

*Photo : Claude Paris/AP/SIPA/NYOTK/471240527263/1504131141

L’Iran au seuil nucléaire: jusqu’à quand?

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Iran Etats-Unis nucléaire

A Vienne, Barack Obama a décidé de faire confiance aux Iraniens. Si l’on enlève nos lunettes d’avocat pour prendre de la hauteur et proposer une lecture politique de l’accord entre l’Iran et la coalition « 5 + 1 » (les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne), on s’aperçoit qu’au-delà des deux à trois années à venir, tout ou presque repose sur la bonne volonté de Téhéran.

Sur le fond, le compromis négocié à Vienne est simple : la communauté internationale reconnaîtra à l’Iran son statut de puissance dite « du seuil » et, en échange, celui-ci s’engage à y rester. Autrement dit, on reconnaît et on accepte le fait que l’Iran a tout ce qu’il faut pour produire une arme nucléaire et la lancer (notamment des missiles), et qu’au cas où il souhaiterait s’en doter une simple décision et quelques mois (on ne sait pas exactement combien) lui suffiront pour le faire. Voilà pour ce qui est du concret et du réel. Ensuite, ces faits majeurs sont emballés dans des dispositifs et des mécanismes élaborés, visant plusieurs objectifs : d’abord forcer les Iraniens à diminuer certaines de leurs capacités, afin d’allonger le temps nécessaire entre la décision de produire une bombe et la possession d’une arme opérationnelle, et ensuite vérifier que la République islamique ne triche pas.

Un système « surveiller et punir » sera donc mis en place pour un contrôle des sites et des activités, ainsi que des mécanismes permettant de réagir rapidement et durement en cas de non-respect de l’accord. Or, la faiblesse intrinsèque de cette logique se situe justement sur ce point précis. Assez vite – en deux ou trois ans, peut-être moins – l’Iran pourrait arriver à ses fins, à savoir la récupération de ses avoirs gelés et la levée des sanctions, et ainsi priver la coalition internationale de son principal levier de pression et de punition. Certes, l’accord prévoit un mécanisme de rétablissement des sanctions que les Américains qualifient de quasi-automatique (« snap back »), mais il faut être naïf pour croire que cela est possible.

Il suffit d’imaginer un scenario simple. Nous sommes en 2018, l’économie iranienne tourne à fond et, bien que certaines restrictions soient officiellement toujours en vigueur, dans les faits, elles sont contournées et ne gênent pas vraiment. Les entreprises américaines et européennes investissent beaucoup et espèrent encore plus. Et puis un jour, l’AIEA reçoit d’un service de renseignement quelconque des informations inquiétantes concernant une activité interdite. Les promoteurs de l’accord font croire que la piste pourrait être vérifiée en quelques jours et les sanctions rétablies si besoin en quelques semaines. Qui peut le croire ? L’Iran commencerait sans aucun doute par nier, puis enchaînerait en proposant ses propres interprétations des articles et alinéas de l’accord. Et puisqu’« un flagrant délit » n’existe pas dans les relations internationales (ceux qui sont en position de force n’ont qu’à nier l’évidence avec énergie et constance, ils finiront par semer le doute), il faudrait donc négocier, vérifier, débattre, chercher un compromis. Entre temps, les intérêts économiques seraient mobilisés. Est-ce que PSA ou Total, pour ne citer que ces deux exemples, resteraient les bras croisés face à la perspective d’un gel de leurs activités récemment renouvelées dans le pays ? Et les Russes ? Voteraient-ils les sanctions au Conseil de sécurité ? N’auraient-ils pas d’autres calculs géostratégiques à ce moment ? Et la Chine ?

Alors, sans doute, l’accord prévoit cette possibilité et stipule qu’en cas de veto au Conseil de sécurité les autres membres de la coalition pourraient rétablir les sanctions chacun de son côté. Sauf que Barack Obama vient d’expliquer qu’il fallait arriver à un accord rapide parce que certains membres de la coalition (notamment des pays qui ont accepté de réduire leurs échanges avec l’Iran) commençaient à se montrer impatients et que le régime de sanctions allait donc s’écrouler. Or, puisque Obama croit que les sanctions ne sont pas efficaces si elles ne sont pas portées par une large coalition, pourquoi ne serait-ce pas le cas dans deux ou trois ans ? Autrement dit, pour punir une infraction iranienne il faudrait remobiliser la Russie et la Chine, sans parler de la France, du Royaume Uni et de l’Allemagne. Difficile d’imaginer une telle prouesse diplomatique.

Contrairement à ce qu’a dit Obama, cet accord est donc fondé sur la confiance et non pas sur la vérification. Il pense que l’Iran ferait le choix d’une levée des sanctions internationales en échange de l’enrichissement à un niveau militaire de l’uranium ou de la fabrication de plutonium, parce qu’il souhaite le dégel des avoirs bloqués à l’étranger et une amélioration du niveau de vie des Iraniens. En fait, rien n’empêche l’Iran d’avoir les deux. N’oublions pas que le nucléaire militaire est un objectif stratégique de l’Iran depuis le Shah qui, il y a plus de quarante ans, avait compris qu’il s’agit non seulement d’une carte géostratégique maîtresse mais surtout d’une police d’assurance vie pour le régime. Et puisque cela n’a pas changé, puisque les ayatollahs pensent eux aussi que la bombe sanctuarisera leur pouvoir, pourquoi imaginer qu’ils y renonceront définitivement sans y être contraints ?

Reste une question importante et sérieuse : y a-t-il une alternative ? La réponse d’Obama est non, le « marché » conclu est tout simplement le seul possible. Dans quelques années, voire quelques décennies, quand cela n’intéressera plus que les somnambules accros à la chaîne Histoire, on saura peut-être si on aurait pu mieux faire. D’ici là, il faut admettre que quand la première puissance du monde – flanquée de cinq membres permanants du Conseil de sécurité et de l’Allemagne – nous dit que c’est le meilleur accord possible, elle a raison par définition.

*Photo : Ebrahim Noroozi/AP/SIPA/ENO101/772534203016/1507141627

Le Grexit a bien eu lieu… en 1908

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Voilà des mois que la chose agite tous les milieux. Remise en question irréparable de la cohésion européenne ou libération salutaire des peuples otages de la Troïka, une hypothétique sortie de la Grèce de la zone euro représente en tout cas, aux yeux de tous, un événement majeur aux conséquences aussi imprévisibles qu’exaltantes; une sorte de Big Bang à l’échelle de l’Union Européenne.

C’est omettre un peu vite que l’Histoire a une fâcheuse tendance à se répéter, et les hommes une fâcheuse tendance à l’oublier.

Les plus érudits d’entre nous savent, par exemple, que le premier « Grexit » de l’Histoire date… de 1908. L’Union Latine, précédent de la zone euro, avait été instituée en 1865 par Napoléon III avec le concours de son ministre, Felix Esquirou de Parien, et regroupait la France, la Belgique, la Suisse et l’Italie. Supposée lutter contre la suprématie monétaire du Royaume-Uni pourvu de la puissante livre sterling, l’Union Latine exigeait de ses membres qu’ils battent une monnaie dotée du même calibrage en or et en argent. Interchangeables, ces pièces circulaient parallèlement aux monnaies nationales. La Grèce y adhéra trois ans plus tard, en 1868 mais fut rattrapée dès 1893 par la faillite suivie d’une cuisante défaite militaire contre les Turcs en 1897. Dès lors, l’État hellénique fit face en décidant unilatéralement de diminuer la part d’or des pièces frappées au nom de l’Union Latine.

La tricherie (ce n’est pas nous qui dénonçons, mais l’économiste et historien Jean-Marc Daniel interrogé par le Monde) mise au jour, les autres membres imposèrent un Grexit en 1908. L’Union prospéra malgré cela jusqu’en 1927, cédant à la domination de l’étalon-or.

La morale de l’histoire ? Ni la présence de la Grèce dans une quelconque union monétaire ou politique, ni même l’existence de cette même union ne sont essentielles et nécessaires à la survie de l’espèce humaine.

Notons enfin, à titre de remarque, que la coexistence prospère des monnaies souveraines et de la monnaie d’échange de l’Union Latine au sein des quatre États concernés pourrait constituer un sérieux exemple de réussite à l’attention nos contemporains désireux de sauver les meubles bruxellois.

Droits de l’homme, etcetera…

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Déclaration des droits de l'homme humains

Déclaration des droits de l'homme humains

L’organe central du PSF (parti sociétal français) vient de reprendre l’offensive pour que soit enfin adoptée une mesure essentielle.

Foin de la menace terroriste en France, de la crise grecque, de l’extension de Daech, de l’accord avec l’Iran, de la crise financière en Chine, le « collectif Droits humains pour tou-te-s » nous rappelle qu’il est des combats qui ne souffrent aucun retard. La présence dans l’intitulé de tirets avec e et s partout nous faisait pressentir que l’on allait avoir du lourd.

Eh bien non justement, grosse déception.

La demande est celle du changement du nom de la « Déclaration des Droits de l’Homme » en « Déclaration des Droits humains ».

Force est de constater la timidité de cette revendication. Vouloir affubler d’un simple adjectif le terme Droits, ne pourra qu’en réduire la portée.

Il faut aller plus loin, camarades !

Dans l’intitulé actuel, le terme « l’Homme » de genre (grammatical) neutre renvoie au genre (scientifique) humain. Chacun sait avec Carl von Linnée que « Nomina si nescis, perit cognitio rerum »[1. « La connaissance des choses périt par l’ignorance du nom. »], ce qui avait amené ce génial savant du XVIIIe siècle à proposer la nomenclature binominale du système vivant. Toujours utilisée aujourd’hui, elle nous a classés dans le genre « Homo ». Dans l’histoire du genre Homo commencée il y a environ 2,5 millions d’années, Il y a eu l’Homo erectus, l’Homo ergaster, l’Homo habilis, l’Homo Sapiens, l’Homo neandertalensis et aujourd’hui l’Homo Sapiens Sapiens. Le dernier, c’est nous (deux fois sapiens, trop fort), et coup de chance, nous sommes la seule espèce d’Homo survivante.

Il faut donc utiliser le terme scientifique qui nous qualifie. Il faut satisfaire à l’urgence de mettre fin à l’ambiguïté sexiste de l’intitulé actuel, opportunément rappelée par Libération, mais sans l’abaisser par l’utilisation d’un banal adjectif, et sans courir le risque que cette « Déclaration » ainsi affublée  soit confondue avec le règlement intérieur d’une quelconque loge maçonnique. Revenons par conséquent à notre véritable nom. Celui qui rassemble les femmes et les hommes sans distinction.

C’est pourquoi la « Déclaration des Droits de l’Homme » devrait devenir la « Déclaration des Droits de L’Homo ».

Ce qui, convenons-en, aurait une autre allure. Et puis, comme ça, tout le monde serait content.

*Photo : Wikipedia.org

L’Europe contre «les charlatans»

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Grèce Tsipras Mélenchon

Grèce Tsipras Mélenchon

« Tsipras, Iglésias, Mélenchon, Le Pen… Les charlatans de l’Europe » titrait Le Point de la semaine dernière. Avec un sous-titre, « l’internationale des imposteurs » : charlatans, imposteurs, rien que ça !

Puisque cette liste politiquement pluraliste désigne des gens critiques de l’euro ou qui menacent sa survie, l’hebdomadaire aurait pu continuer : Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Thomas Sargent, Christopher Pissarides, James Mirrlees, Amartya Sen, Milton Friedman, sept prix Nobel d’économie ayant émis des doutes sur l’euro. Il aurait pu ajouter aussi Margaret  Thatcher, Hans-Olaf Henkel, ancien président du patronat allemand, Vaclav Klaus, ancien président de la République tchèque, Jean-Pierre Chevènement, Emmanuel Todd : voilà bien des charlatans et des imposteurs. Ils se multiplient autant que les contre-révolutionnaires au temps de Staline.

Ce qui est remarquable dans le titre évoqué, ce n’est pas que l’hebdomadaire en cause soit partisan de l’euro . Il en a parfaitement le droit et il n’est pas le seul : tous les dirigeants au pouvoir en Europe occidentale et tous les organes de presse importants sont dans ce cas. On notera au passage combien est dépassé le clivage pouvoir-contre-pouvoir puisqu’on ne trouve plus guère de divergences entre hommes de pouvoir et hommes de médias sur ce sujet.

Le Point n’est pas seul : toute la presse du « courant principal » s’est au cours des derniers jours déchaînée contre Alexis Tsipras avec une rage rare.

Une attitude d’autant plus étonnante que le fond du problème est parfaitement technique : savoir si une monnaie unique, commune à plusieurs pays, est une bonne ou une mauvaise chose, analyser quels en sont les avantages, les inconvénients et les risques, savoir si l’entreprise peut être durable, voilà qui pourrait faire l’objet d’un débat objectif sans passion et naturellement sans injures.

Les extrémistes sont au centre

Comme l’hebdomadaire en cause a la réputation d’être plutôt centriste, et que les personnalités qui se sont le plus déchaînées l’ont également, que par ailleurs nous n’avons pas connaissance de propos aussi véhéments des adversaires de l’euro à l’égard de ses partisans, on en tirera que les vrais extrémistes d’aujourd’hui sont les centristes.

C’est même parmi eux que l’on a entendu les propos les plus forts à l’encontre de la démocratie. Martin Schulz, président social-démocrate du Parlement européen appelle ouvertement à un changement de gouvernement à Athènes alors que les élections ont eu lieu il y a six mois à peine. Les mêmes cercles avaient d’ailleurs salué comme une avancée de la démocratie en Ukraine le 18 février 2013, à la suite des manifestations de la place Maidan où s’illustraient des milices néo-nazies, l’éviction du président Ianoukovitch dont personne ne contestait la régularité de l’élection et qui était en cours de mandat. Les propos d’Alain Minc  proposant que le pouvoir soit pris à Athènes par un gouvernement de technocrates venus de Bruxelles ne sont pas différents. Juncker, président de la commission européenne, n’avait-t-il pas dit qu’« il ne saurait y avoir de choix démocratique contre les traités européens » ?

On ne ferait que rappeler des évidences en relevant dans ces comportements les symptômes de ce qu’il faut bien appeler un régime idéologique, étendu à toute l’Europe : véhémence à l’égard des opposants – qui ne sont pas encore des vipères lubriques mais ça pourrait venir –, refus d’un dialogue serein, remise en cause des principes les plus sacrés, la démocratie en l’occurrence, dès lors qu’il s’agit de sauver le système, monolithisme des cercles dirigeants et des grands médias, désormais confondus dans la défense de l’euro. Il existe d’autres convergences : la plus patente est que les idéologies ont toujours l’effet inverse de celui qui était recherché : l’euro devait apporter la prospérité, des comportements plus homogènes et l’amitié entre les peuples d’Europe ; il apporte partout – et pas seulement en Grèce –, la récession; il éloigne des peuples (pour des raisons économiques faciles à comprendre dès lors qu’on a affaire à un véritable spécialiste et non à un idéologue), surtout il crée la désunion là où elle n’avait pas lieu d’être : entre Grecs et Allemands qui ne se seront jamais détestés autant depuis qu’il y a l’euro et surtout entre Français et Allemands pour qui cette histoire absurde érode dangereusement, de crise en crise, une relation privilégiée de plus de cinquante ans.

Pourquoi Tsipras a cédé

Est-ce cette immense machine d’intimidation à caractère idéologique qui a conduit Alexis Tsipras, lequel incarnait il y a quelques jours la résistance au système, à se coucher tout de suite après son référendum victorieux du 5 juillet devant l’establishment international, au point de donner le sentiment à beaucoup de Grecs d’une humiliation nationale de grande ampleur ? Certains, encore sous le choc, parlent même d’un « coup d’état financier » à Athènes.

Il était certes bien difficile à un jeune homme de 40 ans, à la tête d’un pays économiquement insignifiant, de résister seul à la formidable coalition de grands pays comme les Etats-Unis, l’Allemagne, la France et à toute la machinerie de Bruxelles, soutenus par l’immense majorité des médias occidentaux le trainant jour après jour dans la boue.

Il n’est pas sûr cependant que l’intimidation ait seule joué : il se peut que de la part de Washington des moyens de pression que nous ignorons aient été utilisés, comme ils le sont régulièrement pour faire fléchir Angela Merkel. Bien que pour des raisons inverses Tsipras et Merkel avaient l’opinion derrière eux pour refuser l’accord, ils n’en ont pas moins cédé. Pour les Etats-Unis, le maintien du statu quo est triplement nécessaire : parce que l’explosion de l’euro pourrait être le détonateur d’une nouvelle crise financière internationale, parce que l’euro leur permet de maintenir les économies européennes en tutelle, parce qu’il serait dangereux pour eux de laisser la Grèce, dont la position géopolitique est capitale, errer sans attache dans une zone de haute turbulence, au risque de devenir même une tête de pont de Moscou.

De ce côté-ci de l’Atlantique, l’enjeu est différent mais tout aussi considérable : c’est toute la crédibilité de la classe politique continentale qui est en cause. Elle s’est engagée à fond depuis vingt ans dans l’aventure de l’euro. S’il s’effondrait, elle se trouverait aussi désemparée et aussi anachronique qu’un professeur de marxisme léninisme après la chute du rideau de fer.

Face à des enjeux aussi énormes, la force des choses a donné à Alexis Tsipras un pouvoir de subversion que beaucoup, à commencer par Nicolas Sarkozy, jugent démesuré. Ne soyons pas étonnés que, par des canaux divers, il ait subi ces temps-ci des pressions tout aussi démesurées.

Il se peut enfin qu’il ait été d’autant plus vulnérable à ces pressions qu’il vient de la gauche. Expliquons-nous. Quoiqu’en dise l’hebdomadaire cité plus haut, Tsipras, Iglésias (de Podémos) et Mélenchon n’ont cessé de dire qu’ils souhaitaient le maintien de l’euro – même si leurs autres positions sont contradictoires avec ce souhait. L’euro, dirait Hayek, est une entreprise constructiviste, un projet qui prétend faire avancer l’humanité en tordant les lois, sinon de la nature, du moins de l’histoire et de la sociologie. Le constructivisme, d’autres diront l’utopie, est l’essence des idéologies de gauche et d’extrême gauche. Elles se trouvent naturellement en conjonction avec un projet comme l’euro. Autrement dit, Tsipras, marxiste de formation, était intellectuellement peu armé pour résister à la pression internationale.

Mais nous ne savons pas tout : celui qui percera les cheminements qui ont amené le gouvernement grec à plier en saura beaucoup sur la manière dont va notre monde.

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA/1404131045

Le paradoxe du sac éco-responsable

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écologie marketing

écologie marketing

Les sacs réutilisables, qui remplacent progressivement les vieux sacs en plastique « étouffe dauphin », sont devenus un symbole quotidien de la prise de conscience écologique. Mais, s’ils permettent de limiter la masse de plastique flottant dans le Pacifique, ils exercent aussi un pouvoir occulte sur nos faibles esprits de consommateurs. Des chercheurs américains s’y sont intéressés de près et leurs conclusions surprennent.

Aux Etats-Unis, 29% des gens déclarent utiliser régulièrement ces sacs écologiques. Bryan Bollinger, de l’université de Duke, et Una Karmarkar, de Harvard, se sont penchés sur les changements de contenus du panier d’un acheteur selon qu’il apporte son propre sac ou non. Leur étude s’appuie sur deux panels différents. L’un est localisé en Californie, dans une grande enseigne, où les achats des clients ont été scrutés au jour le jour pendant deux ans. L’autre panel est national et constitué en ligne : on place les sujets dans un magasin virtuel, avec pour seule variable la présence ou l’absence d’un sac cabas, puis on leur demande d’indiquer les dix articles qu’ils voudraient acheter.

La première conclusion des auteurs est prévisible : « Les consommateurs qui apportent leurs propres sacs sont plus susceptibles d’acheter des produits biologiques et de la nourriture saine. » Disposer d’un sac écologique joue donc sur nos comportements. En prenant notre sac, nous pensons avoir un effet positif sur l’environnement et nous nous sentons moralement bons. Ravis, nous désirons persévérer sur le chemin de la vertu. Les produits écologiques ou simplement bons pour la santé sont associés, notamment par les stratégies marketing, à un mode de vie sain. Ainsi, la part dans les achats de ce type de produits augmente de 13% quand le client s’est muni de son sac.

Prenons l’exemple de Pete, qui part faire ses courses au supermarché. Lui qui d’habitude ne prend pas de sac réutilisable se sent, pour une fois, d’humeur écologique. Il fouille ses placards, trouve un vieux sac Ikea et s’en va bienheureux. Arrivé sur place, Pete ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et acquiert des carottes, des lentilles bios et des yaourts à 0%.

Mais, quelque part, le bât blesse. Et nos chercheurs nous livrent une seconde conclusion un rien plus inattendue. La part des produits sains n’est pas la seule à varier, celle des produits malsains, et notamment de la « malbouffe », augmente aussi de 7%. Les chercheurs expliquent ce phénomène par une donnée psychologique : lorsque nous nous sentons vertueux, nous nous autorisons à nous relâcher et donc à commettre des actes moins responsables. Ainsi peut-on lire dans l’étude :  « Ce sentiment les persuade facilement que, puisqu’ils se comportent déjà bien avec l’environnement, ils peuvent se nourrir de cookies, de chips ou d’autres produits avec beaucoup de sel, de sucre et de graisse. »

Autrement dit, Pete, pétri de bonne conscience environnementale, finira de remplir son sac Ikea avec une boîte de chocolats, des chips et de la glace Ben & Jerry’s. Et il retournera ranger ses courses dans son 4×4 le cœur léger. Grâce à son sac réutilisable, tout sentiment de culpabilité s’est envolé.

Malgré toute notre bonne volonté, il semble ainsi que certains mécanismes nous échappent. Et les grands magasins auraient tort de ne pas en profiter. Les chercheurs concluent d’ailleurs leur étude par un conseil à leur usage. Les enseignes dans lesquelles les sacs cabas rencontrent un grand succès, devraient selon eux mettre en avant les produits que leur usage nous incite à acheter – bio d’un côté, malbouffe de l’autre – afin d’augmenter leurs ventes en surfant sur nos velléités « éco-responsables ».

*Photo : Pixabay.com

Vol MH17: mémoire impossible

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MH17 Ukraine Russie

MH17 Ukraine Russie

Il y exactement un an, le 17 juillet 2014, un Boeing 777 de Malaysia Airlines qui effectuait un vol reliant Amsterdam et Kuala Lumpur, a été touché par un missile, alors qu’il volait à 10 000 mètres au-dessus de l’est de l’Ukraine. Les 283 passagers et les 15 membres d’équipage ont tous péri dans le crash, qui a projeté leurs corps et les débris de l’avion sur un très large périmètre. Le choc était terrible et la crise ukrainienne, déjà sanglante et compliquée, semblait prendre une tournure nouvelle.

Un an plus tard, force est de constater que le souvenir même de cet événement gravissime a disparu de nos écrans radars. Ce qui a commencé un jeudi après-midi comme un flagrant délit, susceptible de changer le cours de l’histoire de la région, est devenu à force de négations, de mensonges et de falsifications (en toute logique, quelqu’un ment systématiquement et de manière éhontée), un dossier indéchiffrable. Et plus personne n’y voit clair.

Mais cette tragédie nous offre une occasion d’observer de près les mécanismes qui construisent ce que nous appelons la mémoire. Pour en comprendre l’enjeu, il suffit de se poser la question suivante : que se serait-il passé si un tel incident survenait au-dessus d’une zone où l’armée française/américaine est active, et s’il impliquait un matériel militaire de fabrication française/américaine ? On peut, sans grand risque de se tromper, supposer que les choses n’en seraient pas restées là et que la voix des familles de victimes serait bien plus audible.

Or comment construire la mémoire d’une telle tragédie dans le concert de versions contradictoires que n’en finissent plus de donner les protagonistes ? Parmi les 298 victimes, 193 étaient de nationalité néerlandaise. Outre le gouvernement ukrainien, les séparatistes de l’est du pays et les autorités russes elles-mêmes, les Pays-Bas ont donc largement pris part aux enquêtes visant à identifier les responsables de la pire catastrophe aérienne de son histoire. Mais depuis le premier jour, les dépêches se suivent et ne se ressemblent pas.

Aujourd’hui, selon CNN, le rapport de l’enquête du conseil de sécurité néerlandais apporte la preuve que l’avion a été abattu par un missile sol-air Buk, de fabrication russe, tiré depuis un village contrôlé par des rebelles pro-Russes. Mais même dans le cas – fort improbable – où l’enquête russe menée parallèlement ne contredirait pas une telle conclusion, il y a peu de chances que cette information s’impose dans les esprits comme une vérité définitive.

Et pour cause : dès le 17 juillet 2014, Interfax (sorte d’AFP russe) déclare que l’appareil a été abattu par des Ukrainiens dont l’objectif était d’atteindre l’avion de Vladimir Poutine qui aurait traversé, en revenant du Brésil, le même secteur à des horaires proches et portait des couleurs semblables au Boeing malaisien. Et ce même si, sur la suite de son trajet, l’avion présidentiel russe a survolé la Pologne et non l’Ukraine. Comme les trajets de l’avion présidentiel sont toujours tenus confidentiels, Le Figaro qualifie cette hypothèse de « théorie du complot »…

Mais ce n’est pas tout. Le 18 juillet, le journal russe Politikus affirme que l’avion aurait été touché par un missile air-air, au vu des déchirures horizontales observées sur ses ailes. La chaîne de TV Russia Today rapporte quant à elle que des témoins ont vu des avions de chasse ukrainiens poursuivre l’avion malaisien. Ce même jour, le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit pour demander l’ouverture d’une enquête.

Le 21, le général russe Andreï Kartapolov signale que des batteries de missiles sol-air de l’armée ukrainienne étaient stationnées dans les environs de Donetsk, photos satellites à l’appui, et se demande « contre qui étaient dirigées ces armes antiaériennes alors que tout le monde sait que les combattants séparatistes n’ont pas d’aviation ». En mai 2015, l’analyse de ces preuves conclura qu’il s’agit de photos du mois de juin, retravaillées numériquement.

Mais en attentant, le lendemain, 22 juillet 2014, un article du Corriere della Sera fait état d’un entretien avec un milicien sécessionniste chargé de garder les corps, qui confirme indirectement le fait que l’avion aurait été abattu par ses propres troupes : il dit avoir été envoyé à la recherche de l’équipage de l’appareil militaire (croyait-il) qui venait d’être abattu, et avoir trouvé les corps des passagers du vol.

Pendant ce temps, des séparatistes pro-russes remettent deux boîtes noires aux autorités malaisiennes qui les remettent elles-mêmes aux Pays-Bas. Et le 23 juillet, Alfred de Montesquiou, journaliste de Paris Match, estime très probable, vu la trajectoire de l’avion et de la chute des débris, que le tir vienne, comme annoncé par les services de renseignements ukrainiens, de Snijne, ville qui avait subi une attaque aérienne deux jours auparavant et qui aurait dû être survolée par le vol MH17.

Le même jour, Kelsey D. Atherton du magazine Popular Science remet en question la théorie du missile air-air tiré par un avion Soukhoï SU-25 qu’il considère comme peu vraisemblable. L’auteur explique notamment que le SU-25 est un avion d’attaque au sol et que son plafond opérationnel n’excède pas 23 000 pieds (soit environ 7 000 mètres). Atherton relève aussi que le 21 juillet une IP de Moscou a édité la page Wikipedia russe consacrée au SU-25 pour modifier le plafond opérationnel annoncé pour le porter à 10 000 mètres, contrairement à ce qui figure sur le site du constructeur.

Le 25, RIA Novosti (agence de presse russe pro-gouvernementale) déclare que des informateurs de l’armée ukrainienne leur auraient fait part de manœuvres d’entraînement de défense anti-aérienne par des missiles Buk-M1 dans la banlieue de Donetsk, qui se seraient déroulées au moment de l’incident.

Le 6 août, le service Special Monitoring Mission (SMM) de l’OSCE reconnaît que les services d’urgence de la « République populaire de Donetsk » ont fait un travail sérieux, accompagnant et protégeant leurs équipes internationales d’observation (experts malaisiens, néerlandais et australiens) sur le lieu du crash.

Enfin, le 30 janvier 2015, Mediapart publie une enquête du site d’investigation berlinois CORRECT!V qui affirme que l’avion du vol MH 17 aurait été abattu par un missile Buk-M1 tiré par un officier russe. Le site incrimine également les pratiques de l’armée ukrainienne, dont les avions de chasse auraient pour habitude de se fondre dans le trafic civil.

En mars 2015, les fragments prélevés dans les débris par le correspondant de l’émission RTL Nieuws Jeroen Akkermans et son caméraman sont identifiés par des experts de IHS Jane’s comme provenant d’un missile Buk. Le 12, l’agence Reuters publie l’interview d’un témoin, qui affirme avoir vu un missile lancé depuis un territoire tenu par l’armée ukrainienne. Puis, hors micro, le témoin revient sur ses dires, expliquant que le missile provenait d’un territoire occupé par les rebelles…

Mais après publication de l’article, le témoin dément avoir tenu ses dernières paroles. Il accuse l’agence Reuters d’avoir intentionnellement déformé ses propos concernant le lieu de départ du missile qui aurait abattu le Boeing. Dans ces conditions, comment démêler le vrai du faux ? Pour qu’un événement fasse date, pour qu’il marque les esprits au point d’entrer dans notre mémoire collective, encore faut-il qu’une version des faits s’impose, voire qu’on nous l’impose.

Aujourd’hui, en France, il faut « être Charlie », ou se positionner clairement comme un adversaire de la République laïque. Mais qui pleure encore les passagers du vol MH17, sans les confondre avec ceux du vol MH370, dont on n’a jamais retrouvé la trace ? La mémoire collective se construit sur la base d’un large consensus, qu’il suffit donc de rendre impossible pour maintenir le doute. A l’avenir, on ne parlera sans doute plus que du « mystère » du crash de l’avion de Malaysian Airlines abattu le 17 juillet 2014.

*Photo : Flickr.com

Trop d’églises, pas assez de mosquées?

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mosquées islam églises

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La récente polémique concernant la transformation d’églises en mosquées a fait couler beaucoup d’encre. Comme d’habitude, les promoteurs des mosquées ont ressorti l’argument mainte fois rebattu sur les effectifs de mosquées et d’églises en France. L’idée se veut imparable : il existerait près de 2 500 mosquées pour environ 3 millions de pratiquants (soit un ratio de 1 mosquée pour 1 200 fidèles) alors que 11 millions de catholiques pratiquants disposeraient de 40 000 églises (soit un ratio de 1 église pour 275 fidèles). S’appuyant sur cette comparaison arithmétique, chacun propose sa solution pour réparer cette injustice faite aux musulmans, les uns en soutenant la transformation d’églises en mosquées, les autres en réclamant un financement public de la construction de mosquées au mépris du principe de laïcité. Dans Libération, Laurent Joffrin estime que « la cession d’églises à l’islam serait un beau symbole de concorde et de fraternité » quand dans Le Monde Pierre Daum soutient ni plus ni moins que « transformer des églises en mosquées va dans le sens de la laïcité républicaine ». La République au service d’une religion, voilà un projet auquel même Pie X n’aurait osé croire dans ses rêves les plus fous !

Cette façon simpliste d’aborder des questions complexes nous oblige à nous interroger sur la pertinence du décompte des églises catholiques. Dans une France sécularisée, celles-ci sont abandonnées et les paroisses peinent à mobiliser les fidèles. D’ailleurs, certains édifices sont vendus à des particuliers, souvent des architectes désireux d’en faire un habitat pittoresque, ou des entrepreneurs soucieux d’en tirer un commerce lucratif. D’autres ne sont conservées que pour leur aspect architectural et leur entretien est devenu un fardeau aussi bien pour les paroisses que pour les collectivités territoriales. Toute église n’est donc pas un lieu de culte, en dépit de sa destination initiale.

Dans une démarche prétendument plus objective, les inénarrables Décodeurs du Monde rapportent le nombre de diocèses (16 550) au nombre de catholiques allant au moins une fois par mois à la messe (4 millions) et parviennent à un ratio d’1 église pour 241 fidèles. La conclusion est alors la même : il n’y a pas assez de mosquées en France. Or, la population catholique est beaucoup plus dispersée que la population musulmane, qui vit essentiellement dans des zones urbaines. Dès lors, certains diocèses n’accueillent que de rares fidèles et présentent des taux de remplissage proches de zéro. Considérer le nombre de diocèses ne permet donc pas d’appréhender la sous-utilisation des espaces de prière catholiques. Certes, il y a en France bien plus d’espaces de prière qu’il n’en faudrait pour les fidèles catholiques. Mais une surabondance de ces espaces, héritée de l’Histoire, justifie-t-elle une surproduction de mosquées ?

En fait, il est simplement absurde de comparer la situation de l’islam à celle du catholicisme et d’exiger une convergence immédiate des deux en s’exonérant de 1 500 ans d’histoire. L’Europe a connu des siècles d’intolérance religieuse. Puis la modernité a ébranlé les dogmes du christianisme et la Révolution française a organisé un processus de déchristianisation en confisquant les biens de l’Église et en fermant les yeux sur la destruction de lieux de culte, livrés à la vindicte populaire. En 1792, les membres du clergé refusant de prêter serment à la Constitution civile du clergé étaient immédiatement exilés, quand ils n’étaient pas massacrés. Il y a fort à parier que dans pareille circonstance nombre d’imams connaîtraient le même sort. Est-ce vraiment ce que souhaitent les membres de la communauté musulmane ? Faut-il, par souci d’égalité avec le catholicisme, entamer un processus de « désislamisation » ? On pourrait aussi évoquer l’anticléricalisme de la IIIe République et la laïcité de combat qui ont définitivement relégué le catholicisme à la place qu’il occupe aujourd’hui, c’est-à-dire la sphère privée, et permis la liberté de blasphémer et de caricaturer les religions. Quand allons-nous également exiger de l’islam le respect rigoureux de ce principe ? La République confère des droits mais elle impose aussi des devoirs et surtout un esprit.

En réalité, la question du déficit de mosquées est un faux problème. Alors que de nombreux élus locaux s’affairent à faciliter les constructions de mosquées, il semble urgent de s’arrêter un instant et de se poser quelques questions de fond. Est-il judicieux de bâtir des mosquées  pour une population mal assimilée et souvent mal intégrée ? Ne serait-il pas plus raisonnable de consacrer tant d’argent et d’efforts à l’éducation et à la culture, afin de donner aux enfants et petits enfants d’immigrés les clés de la réussite scolaire et sociale ? En dépit des bonnes intentions, investir dans des mosquées plutôt que dans l’éducation est un cadeau empoisonné fait aux musulmans français. Cela revient à les enfermer dans leur croyance et à leur refuser l’accès à un savoir émancipateur. Après tout, la mission de la République n’est-elle pas de former des citoyens éclairés, capables de raisonner et de dépasser les déterminismes sociaux ? Le destin d’un enfant né dans une famille musulmane n’est pas nécessairement de devenir musulman. La République doit lui donner les moyens de s’interroger sur le monde et de décider par lui-même d’épouser ou d’abandonner la religion de ses parents.

L’idée de construire des mosquées dans le but de favoriser l’intégration des musulmans repose sur une vision essentialiste, voire raciste, des religions. Or, les choix religieux, tout comme les opinions politiques ou idéologiques, constituent des options qui doivent pouvoir être interrogées par la raison, y compris par celle des croyants.

*Photo : Wikimedia Commons

Cartographie du néoféminisme

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féminisme

féminisme

C’est compliqué, les femmes. Les féministes encore plus. Surtout celles de la nouvelle génération. Bizarrement, plus la condition féminine progresse, plus elles sont énervées. Hargneuses. Il n’est pas ici question de tout le féminisme, ni du féminisme à l’ancienne, qui travaille et réfléchit. Quoi qu’on pense de leurs idées, Élisabeth Badinter, Sylviane Agacinski, Caroline Fourest et bien d’autres contribuent utilement au débat public.

Il est question ici d’un néoféminisme incarné par des groupuscules aussi bruyants qu’ils sont numériquement faibles. Ce talent pour l’agit-prop ainsi que l’ardeur délatrice et punitive constituent la marque de fabrique de cette constellation. Pour le reste, on décèlerait difficilement une cohérence idéologique dans le maquis des micro-causes et des combats décrétés prioritaires. On proposera donc une promenade subjective et impressionniste à l’intérieur de ce bazar idéologique.

Anne-Cécile Mailfert, Caroline De Haas, Rokhaya Diallo, Inna Shevchenko : il y en a pour tous les goûts. L’érotique, qui se dépoitraille dans les églises. L’ethnique, qui combat le sexisme derrière le racisme et inversement. La comptable, qui ne se sépare jamais de ses fiches noircies de statistiques sur le fameux partage des tâches domestiques. L’universitaire, qui brandit sa queer theory en théorème indépassable et se rit du bon sens des ploucs. Elles ont en commun la culture du happening et un ennemi : le mâle, c’est-à-dire l’homme à l’ancienne. Certaines chasseront plutôt le Blanc, d’autres les quinquagénaires politiciens, d’autres l’hétérosexuel ou le riche. Mais ce qu’il y a de plaisant avec le camp du Bien, c’est qu’il passe souvent le plus clair de son temps à traquer la dissidence dans ses propres rangs. Or, quoi de plus joyeux que de voir ces donzelles s’empailler, je vous le demande ? Parité, GPA, voile, prostitution, tous les prétextes sont bons pour se crêper le chignon. Passons en revue les querelles du féminisme contemporain.[access capability= »lire_inedits »]

Machos-zombies

Créé en 2009 par des militantes du planning familial, du PS, du Front de gauche et d’EELV, Osez le féminisme ! est en apparence l’archétype du mouvement progressiste féministe classique. À ceci près que, contrairement à ses ancêtres, il mène des combats largement gagnés. « Le but, c’est de montrer qu’on vit dans une illusion d’égalité », explique Caroline de Haas. Pauvres de nous qui pensions avoir gagné l’égalité des droits. Cinquante ans de révolution féministe ? Nada, niente, nothing. Qu’on se le dise, le ventre du patriarcat est encore fécond. Chez OLF, on croit que rien n’a changé depuis Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. Tout est à faire. Ou plutôt à défaire. Surtout les hommes et leurs vilains fantasmes.

Reste que, sur le terrain du droit, il n’y a plus grand-chose à faire, et c’est tant mieux. Le féminisme médiatique des dames d’OLF entend donc désormais lutter contre les « violences symboliques ». Cela va du regard d’un homme dans le métro à « madame la présidente » à l’Assemblée, en passant bien sûr par les stéréotypes dans les manuels scolaires et les jouets. Langage épicène (vous savez, l’affreux « tout-E-s »), règles de grammaire non sexistes, promo du clito et prix du Tampax, telles sont les priorités de ces féministes institutionnelles.

« La violence sexiste, cela ne nous fait pas rire », résume gravement sur Canal+ Anne-Cécile Mailfert, actuelle présidente du groupuscule institutionnel (oxymore qui sied à merveille à une structure de 2 000 adhérent-E-s qui a ses entrées dans tous les ministères), dont le joli minois tranche avec les positions puritaines. Comme chacun, rien n’amuse plus les « réacs » qu’une femme qui se fait tabasser. Au nom de la transparence, ces Savonarole d’un militantisme 2.0 sont expertes dans l’art de la délation. Pionnières du genre, Isabelle Alonso et ses Chiennes de garde, dont le manifeste de 1999 avait été signé par Stéphane Hessel, Mgr Gaillot et Roselyne Bachelot, avaient déjà pour slogan : « Décrypter, dénoncer, résister ».

Autour d’OLF gravitent différents groupuscules connus grâce à leur talent pour le happening. Le collectif Georgette Sand, reçu à plusieurs reprises à Bercy, dénonce la « taxe rose » frappant les protections périodiques, ignoblement imposées à 20 % par l’État patriarcal, qui emplit ainsi ses caisses du sang des femmes. Les donzelles du « groupe d’action féministe » La Barbe s’invitent dans des manifestations d’« hommes de pouvoir » munies de barbes postiches, afin de « semer la confusion des genres ». Macholand, site fondé par deux proches de Caroline de Haas, Elliot Lepers et Clara Gonzales, se propose de « lutter contre le sexisme » qui continue à « s’étaler grassement sur nos écrans, dans nos journaux ou dans les prises de parole de personnages publics ». Exemple : une entreprise produisant des surfaces de sol a utilisé l’image d’une femme en maillot de bain. Un classique de la publicité de mauvais goût. « Nous sommes en 2015, et certaines entreprises confondent le corps des femmes avec des objets promotionnels, martèle le site. À se demander si Solastra est au courant que le sexisme tue encore en France. » Brrr… honte à moi qui l’avais presque oublié !

Ce féminisme qui s’affirme universaliste, libéral et républicain a un gros problème avec la différence des sexes, qu’il assimile vite à l’inégalité. Aussi ses représentantes peuvent-elles revendiquer l’égalité tout en louant les fameuses valeurs féminines qui seraient un apport si précieux pour l’entreprise ou la politique. Seulement, de même que les antiracistes ont besoin de racistes pour exister, les dames d’OLF et leurs semblables ont absolument besoin de sexistes pour pouvoir ignorer que la révolution qu’elles prétendent faire est déjà advenue. On leur suggérera d’adapter le concept toddien de zombie et de décréter que tout homme (enfin, tout homme occidental) est un macho-zombie, dont le cerveau reptilien conserve à jamais les mauvaises habitudes.

De Simone de Beauvoir à Conchita Wurst

Mais on trouve toujours plus moderne que soi. Ce militantisme de dame patronnesse est en voie d’être ringardisé par l’activisme queer importé d’outre-Atlantique. Dans Ex utero, pour en finir avec le féminisme (2009), Peggy Sastre accusait le féminisme à la maman d’être bourgeois et puritain. Et surtout terriblement hétérocentré. En effet, le combat féministe est en train de se dissocier progressivement de la cause LBGTIQ (j’en oublie ?). Il est loin le temps où le FHAR (Front homosexuel d’action révolutionnaire) et le MLF (Mouvement de libération des femmes) défilaient ensemble contre l’ordre moral. La belle mécanique de la convergence des luttes est rouillée. Les homos veulent la GPA, difficilement compatible avec la lutte contre la prostitution, combat essentiel des féministes. Le féminisme queer, pro-sexe, et transhumaniste, dont l’horizon est la transsexualisation de la société, est en train de se détacher du féminisme traditionnel, universaliste. Marie-Hélène Bourcier, sociologue à moustache, milite ainsi pour que les « minoritaires, appelons-les comme ça », « anormaux », « monstres », « freaks » se rebellent contre « les consignes d’intégration républicaniste et universaliste ». Conchita Wurst étant bien sûr l’Olympe de Gouges des temps nouveaux.

« Droit des trans, PMA, IVG, GPA, prostitution : nos corps, nos choix ! » : tel était le mot d’ordre de la Marche des fiertés lyonnaises de 2014. OLF publia un communiqué très critique, regrettant un « amalgame entre des revendications légitimes et progressistes, et des réclamations clairement machistes ». En l’occurrence, il s’agit de la prostitution et de la GPA, qui, pour OLF, sont deux faces de l’exploitation. Et qu’on ne leur dise pas qu’il y a des femmes volontaires pour les deux. Ah bon, « mon corps m’appartient », c’est fini ?

Le féminisme « indigène » !

Une autre fracture, qui s’élargit sans cesse, tient au rapport à l’islam. Le 27 mai dernier, l’antenne lyonnaise d’Osez le féminisme ! a annoncé sa démission collective de l’association dans un communiqué dénonçant un « fonctionnement pyramidal, parisianiste et centralisé », mais surtout des interventions médiatiques « honteuses et irrespectueuses envers les femmes voilées ». La fitna a été déclenchée par une interview d’Anne-Cécile Mailfert sur Canal+ : « D’abord, a-t-elle dit, nous pensons qu’il faut parler des voiles, pas seulement du voile musulman (où sont les autres ?). Pour nous, c’est un signal qui ordonne aux femmes de se cacher, et ça, nous sommes contre. » Timide condamnation qui a suscité l’ire du féminisme « indigène », en l’occurrence de Rokhaya Diallo : « OLF reste à l’image de tous les mouvements qui se disent progressistes en France, syndicats, partis politiques : très, très, très blanc et assez bourgeois. » La tête de file des Indivisibles pratique la méthode Angela Davis : mixer la race, la classe et le genre, dans un amalgame autorisé, qui fait de la femme voilée, victime d’une triple domination due à sa condition de femme, de pauvre et d’ex-colonisée, la nouvelle figure de proue de ce féminisme « indigène ».

Le postcolonialisme repose sur le relativisme victimaire enrobé de dénonciation du deux poids, deux mesures. Ainsi peut-on voir côte à côte des défenseurs des femmes voilées et des défenseurs du travail sexuel. Chacun fait ce qui lui plaît. Ohé, ohé ! Chef-d’œuvre du gloubi-boulga sociologique de l’intersectionnalité, cette phrase de Rokhaya Diallo : « Je trouve qu’il y a une parfaite cohérence dans mes engagements : je me bats pour que les femmes puissent disposer de leur corps, c’est-à-dire se voiler ou se prostituer. » En voilà un horizon féministe réjouissant !

Le sextremisme : de quoi les Femen sont-elles le nom ?

J’ai du mal à trouver des qualités aux Femen. Leur goût du scandale, leur guerre débraillée, dépourvue de ligne claire et de corpus universitaire, sont pour moi un repoussoir que même leur passage à tabac par Civitas ne parvient pas à rendre sympathique. Un jour elles miment un avortement dans l’église de la Madeleine, l’autre, elles décapitent la statue de cire de Poutine au musée Grévin, ou abîment les cloches de Notre-Dame aux cris de « Pope no more ». On a envie de les ignorer, au mieux de les gratifier d’un sourire de dédain. Cependant, leur parti pris ouvertement inculte et anti-intellectualiste ne manque pas de fraîcheur : elles donnent moins mal à la tête qu’une conférence de Judith Butler sur le gender. S’auto-qualifiant de « religiophobes », ces Voltaire sans jupons revendiquent « la victoire totale sur le patriarcat ». Inna, arrivée de l’Est avec vingt ans de retard sur la révolution féministe, semble croire que la France vit sous la coupe de l’Église.

Leur universalisme low cost n’est guère prisé la gauche anticolonialiste. Mona Chollet, dans Le Monde Diplo, les accuse de servir de « caution à un corps féminin figé par l’industrie publicitaire ». Après que deux de ces amazones s’étaient publiquement embrassées à Rabat pour dénoncer l’homophobie marocaine, la revue Orient XXI a publié, sous le titre « Rhabillons les Femen ! », un texte fustigeant « le caractère islamophobe et impérialiste de leurs actions », et ce féminisme réduisant « l’homme arabe au patriarcat ». La même logique inspire Houria Bouteldja, présidente des Indigènes de la République, quand elle fonde le collectif Les Blédardes, clairement destiné à contrer Ni putes Ni soumises.

Le féminisme des cités ?

D’ailleurs, où est passé le féminisme des cités ? L’engouement médiatique pour Ni putes Ni soumises a laissé place à un vide sidéral. Le film La Journée de la jupe avait mis en lumière le sort des filles des « quartiers », obligées de cacher leur corps face au mélange de puritanisme religieux et de virilité exacerbée par un patriarcat d’importation. Aujourd’hui, quand il n’a pas disparu, ce « féminisme des cités » a été grossièrement récupéré par la droite. Ainsi Lydia Guirous, jeune pousse des Républicains, tente d’apparaître comme la nouvelle Fadela Amara, qu’elle surpasse dans l’outrance calculée. Tandis que, dans les hautes sphères, on lutte contre les stéréotypes en maternelle, le féminisme indigène et sa rhétorique postcoloniale font un tabac dans les quartiers, où Edwy Plenel explique doctement que ses « deux grand-mères bretonnes sortaient avec un foulard », autrement dit que le voile ne pose aucun problème. Sauf à ceux qui n’aiment pas les Bretons…

Un féminisme orwellien

Le combat pour les femmes est empêtré dans ses incohérences, embourbé dans des impasses théoriques bien éloignées de la réalité de la « vie ordinaire » (Lasch) des femmes. Abolir la prostitution mais autoriser la GPA. Promouvoir la lutte contre les stéréotypes de genre à l’école et imposer la parité qui fige les femmes sous une étiquette. Réclamer l’émancipation et le droit de se voiler. Se dire « pro-choix » (c’est-à-dire pro-IVG), mais s’indigner que l’on puisse évoquer la souffrance de l’avortement. Se proclamer de gauche tout en s’efforçant de faire entrer au chausse-pied la condition féminine dans le paradigme capitaliste du salariat.

Telle est la tragédie du féminisme contemporain. Militant avec furie pour un avenir radieux déjà advenu, nos ayatollettes sont aveugles à ce qui menace la liberté des femmes : l’islam orthodoxe, qui remet en cause l’idéal égalitaire de la civilisation judéo-chrétienne ; l’indifférenciation, qui s’attaque à la mixité des sexes à la française ; la technique et le marché, qui menacent le privilège féminin de la maternité. Peu importe que la majorité des femmes concrètes n’en demandent pas tant. Le féminisme orwellien et revanchard entend bien en finir avec le passé et promouvoir la déconstruction tous azimuts. Par tous les moyens de l’ingénierie sociale, et surtout par le plus vieux : la peur.[/access]

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*Photo : Thomas Samson

Un Grexit, et alors?

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Grèce Grexit euro

Grèce Grexit euro

« Ce n’est jamais sans créer pour l’avenir de grands dangers et de grandes difficultés qu’on soustrait l’individu aux conséquences de ses propres actes. »
— Frédéric Bastiat, Harmonies économiques.

Le problème, au fond, n’est pas vraiment économique. La Grèce pourrait, pour peu qu’elle remette de l’ordre dans ses finances publiques et réforme enfin son économie, se sortir de cette mauvaise passe sans souffrances excessives et ce, d’autant plus que les conditions auxquelles la Troïka lui fait crédit sont particulièrement avantageuses. En effet, et contrairement à ce qu’affirment les suspects habituels, on a déjà vu des pays se sortir d’une crise grave avec des politiques d’austérité — sans aller chercher bien loin, c’est précisément ce qu’a fait le président de Gaulle : excédents budgétaires, réduction de la dette publique, modernisation de l’économie et le tout, sans dévaluation [1. Celle de 1958 ne fait qu’entériner une situation que le général hérite de la IVe.] ni subsides européens.

Le problème est surtout politique. Il a fallu un de Gaulle pour nous sortir de l’ornière de la fin des années 1950 ; un homme qui comprenait qu’un pays ne pouvait pas se prétendre indépendant s’il croulait sous les dettes ; un homme qui ne comprenait que trop bien les ravages de l’inflation et des dévaluations ; un homme qui, enfin, jouissait de l’aura nécessaire pour convaincre un peuple tout entier de renoncer aux solutions de facilité. Or voilà, Tsipras n’a sans doute ni les convictions ni l’étoffe d’un de Gaulle. Il n’est pas, pour paraphraser le commentaire d’un observateur grec, le leader dont la Grèce a besoin ; il est juste celui qu’elle a.

Mais le pire n’est pas là : quand bien même le premier ministre grec, ou un autre, aurait de telles capacités, ça ne changerait rien. Ça ne changerait rien parce que la Grèce est de facto sous tutelle et ses tuteurs, pour l’essentiel, sont bien mal placés pour donner des leçons en matière de sérieux budgétaire, de dynamisme économique et de respect de leurs engagements. Quelle que soit la forme que prendra ce troisième plan de sauvetage, il se traduira par le même genre de relation qui unit le Mezzogiorno au nord de l’Italie : une relation de dépendance dont on ne sort jamais.

On n’y arrivera jamais comme ça. Ce troisième plan, c’est de l’acharnement thérapeutique sur un patient qui, fondamentalement, refuse les potions qu’on lui impose ; une thérapie ruineuse qui, au mieux, maintiendra le malade dans le coma jusqu’à ce qu’on décide de lui administrer une nouvelle dose. C’est peine perdue. Il faut couper la perfusion et il faut la couper maintenant ; c’est aux Grecs et aux Grecs seuls de se sortir de la panade dans laquelle ils se sont mis. La seule solution viable à long terme, c’est de laisser l’État grec faire faillite et assumer seul, sans contraintes ni aides extérieures, les conséquences de ses choix.

Notre erreur fondamentale, dans cette affaire grecque, c’est que nous n’avons pas respecté la clause de non-renflouement [2. Article 125 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.] que nous avions pourtant tous signée. Athènes aurait fait défaut, ses créanciers y auraient laissé quelques plumes et les gouvernements grecs auraient dû apprendre à fonctionner quelques années sans emprunter le moindre centime. Au moins, ça aurait réglé le problème rapidement tout en dispensant au passage quelques bonnes leçons. Mais non. Les technocrates qui nous gouvernent en ont décidé autrement : « Un État membre, nous disent-ils en substance, ne peut pas faire défaut parce que ça signifierait une sortie de la zone euro. »

D’une part, et alors ? Ce n’est pas parce que la Grèce ou un autre pays décide de quitter l’union monétaire que nous sommes tous obligés de faire de même. D’autre part, pardon mais je ne vois aucune raison qui fasse qu’un État membre en défaut de paiement soit obligé d’abandonner l’euro contre son grè. Jusqu’à preuve du contraire, c’est un non sequitur : l’argument selon lequel la BCE serait obligée de couper les vivres des banques grecques en cas de défaut ne repose que sur une volonté politique. En pratique, après recapitalisation [3. Ce qui implique que les actionnaires existant se font lessiver au passage.], il est tout à fait possible de remettre le système bancaire grec en ordre, même si l’État est en faillite.

Mais pourquoi diable s’obstinent-ils à ce point ? Vous pouvez, bien sûr, souscrire à la thèse qui voudrait que si la Grèce ne rembourse pas le monde cessera de tourner ou, dans un autre genre, à celle de la méchante Allemagne qui cherche à humilier les gentils grecs, mais je crains fort que ni l’une ni l’autre ne passe le sniff test le plus élémentaire. La réalité, à mon humble avis, est beaucoup plus simple : de Tsipras à Merkel en passant par Hollande et les autres, tous sont absolument convaincus que si la Grèce ne paie pas ou sort de la zone euro, ils le paieront aux prochaines élections.

*Photo : PICTURE PRESS EUROPE/SIPA/1507091444

Etang de Berre: c’est une guerre…

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incendie Berre étang attentat

incendie Berre étang attentat

Je me suis levé vers quatre heures pour travailler, et vers 7 heures j’en ai eu marre. J’ai sauté dans mon maillot de bain, j’ai fait quand même une escale au Bar de la Marine, quai de Rive-Neuve, qui venait d’ouvrir, et à la demie je me suis dirigé vers l’embarcadère des vedettes du Frioul.

Pour ceux qui ne savent pas, le Frioul, à 15 mn du Vieux-Port, est constitué de quatre îles : If, qu’on ne présente plus, Ratonneau, à droite, couronné par l’hôpital de quarantaine aujourd’hui en ruines mais en voie de reconstruction, Pomègues à gauche, beaucoup plus sauvage, les deux reliées par une digue, et au-delà, l’îlot de Tiboulen, où Edmond Dantès passe sa première nuit d’homme libre après son évasion — quand même, If-Tiboulen à la nage après 14 ans de cachot, trois bons kilomètres, faut le lire pour le croire…

J’avais opté pour Pomègues. Quinze minutes de marche, et presque au bout au bout, une crique sublime où ne se risquent que les gabians, à cette période de l’année — et les touristes à partir de 10 heures, mais bon, je serais reparti…

Vous allez me dire… Mais qu’est-ce qu’il a à nous gonfler avec sa séance matinale de bronzette-trempette ?

Il y a que ce matin, vers le large, une bande de fumée noire s’étirait doucement, partant d’au-delà la Côte bleue — Berre probablement — jusqu’à l’autre bout de la rade. Ça ne dit rien à ceux qui ne connaissent pas, mais ça fait quand même près de 50 kilomètres.

J’ai pensé à un incendie — il y avait un peu de vent hier, cela avait donné des idées à quelques pyromanes, d’après le journal feuilleté au bar…

Le temps que j’arrive au Frioul, mon portable me donnait des éléments de réponse : il y avait un incendie dans une raffinerie plus ou moins désaffectée de Berre. Une cuve de naphta avait pris feu.

Pas par hasard, manifestement.

Puis, après plus ample informé, une cuve d’essence.

Et c’est là que ça devient drôle.

À neuf heures, c’était un incendie criminel. Puis les médias sont passés au mot « malveillance ». À midi, ils avaient définitivement anagrammatisé le mot incendie, et en avaient tiré « incident ». Juste un incident. Deux cuves ont pris feu à 400 mètres de distance, les flics ont été mis en alerte, ont reçu des avis très alarmants, mais la population marseillaise, et française en général, doit être rassurée : un « incident » ! Il y a quelques jours, ce sont des explosifs et des détonateurs qui ont été dérobés sur une base militaire à Miramas. « Grand banditisme, probablement ! »

Je suis rentré quand les touristes ont commencé à venir enquiquiner les goélands, qui ont protesté en vain.

J’habite près du port, où ce soir sera tiré le feu d’artifice de 14 juillet — un beau feu d’artifice, en général, qui dégouline du haut du fort Saint-Jean. Et dans ma rue, fort tranquille, à l’heure de la sieste, trois voitures de police ont escorté deux camions de la fourrière, qui ont débarrassé la rue de toutes les voitures en stationnement. À vrai dire, un avis avait été placardé depuis deux jours : ils balisent tellement qu’ils font le désert sur un périmètre de quatre cents mètres. Peur panique d’une voiture piégée — il paraît que de bonnes âmes en auraient disposé çà et là, en France, et pourquoi pas à Marseille ?
Alors, pour éviter de nouveaux « incidents »…

D’autant que François Hollande passe ici demain matin avec le président mexicain. Faudrait pas que des turpitudes terroristes viennent gâcher la visite du MUCEM. Après advienne que pourra. Comment disait Perez Reverte, déjà ? « Es la guerra santa, idiotas… Es la tercera guerra mundial… » Ce garçon, avant d’être le meilleur écrivain espagnol contemporain, a été correspondant de guerre sur tous les fronts allumés entre les années 1980 et 1995, Bosnie comprise. La guerre, il sait ce que sait. Ma foi, si nous ne le savons pas, nous, à force de croire que des attentats sont des « incidents », nous allons le savoir.

À part ça, il faisait beau au Frioul, et j’ai puissamment bronzé, au doux parfum des hydrocarbures en flammes (remember ? « J’adore respirer l’odeur du napalm le matin… ») qui se défaisait dans le mistral naissant. This is the end, beautiful friend…

*Photo : Claude Paris/AP/SIPA/NYOTK/471240527263/1504131141

L’Iran au seuil nucléaire: jusqu’à quand?

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Iran Etats-Unis nucléaire

Iran Etats-Unis nucléaire

A Vienne, Barack Obama a décidé de faire confiance aux Iraniens. Si l’on enlève nos lunettes d’avocat pour prendre de la hauteur et proposer une lecture politique de l’accord entre l’Iran et la coalition « 5 + 1 » (les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne), on s’aperçoit qu’au-delà des deux à trois années à venir, tout ou presque repose sur la bonne volonté de Téhéran.

Sur le fond, le compromis négocié à Vienne est simple : la communauté internationale reconnaîtra à l’Iran son statut de puissance dite « du seuil » et, en échange, celui-ci s’engage à y rester. Autrement dit, on reconnaît et on accepte le fait que l’Iran a tout ce qu’il faut pour produire une arme nucléaire et la lancer (notamment des missiles), et qu’au cas où il souhaiterait s’en doter une simple décision et quelques mois (on ne sait pas exactement combien) lui suffiront pour le faire. Voilà pour ce qui est du concret et du réel. Ensuite, ces faits majeurs sont emballés dans des dispositifs et des mécanismes élaborés, visant plusieurs objectifs : d’abord forcer les Iraniens à diminuer certaines de leurs capacités, afin d’allonger le temps nécessaire entre la décision de produire une bombe et la possession d’une arme opérationnelle, et ensuite vérifier que la République islamique ne triche pas.

Un système « surveiller et punir » sera donc mis en place pour un contrôle des sites et des activités, ainsi que des mécanismes permettant de réagir rapidement et durement en cas de non-respect de l’accord. Or, la faiblesse intrinsèque de cette logique se situe justement sur ce point précis. Assez vite – en deux ou trois ans, peut-être moins – l’Iran pourrait arriver à ses fins, à savoir la récupération de ses avoirs gelés et la levée des sanctions, et ainsi priver la coalition internationale de son principal levier de pression et de punition. Certes, l’accord prévoit un mécanisme de rétablissement des sanctions que les Américains qualifient de quasi-automatique (« snap back »), mais il faut être naïf pour croire que cela est possible.

Il suffit d’imaginer un scenario simple. Nous sommes en 2018, l’économie iranienne tourne à fond et, bien que certaines restrictions soient officiellement toujours en vigueur, dans les faits, elles sont contournées et ne gênent pas vraiment. Les entreprises américaines et européennes investissent beaucoup et espèrent encore plus. Et puis un jour, l’AIEA reçoit d’un service de renseignement quelconque des informations inquiétantes concernant une activité interdite. Les promoteurs de l’accord font croire que la piste pourrait être vérifiée en quelques jours et les sanctions rétablies si besoin en quelques semaines. Qui peut le croire ? L’Iran commencerait sans aucun doute par nier, puis enchaînerait en proposant ses propres interprétations des articles et alinéas de l’accord. Et puisqu’« un flagrant délit » n’existe pas dans les relations internationales (ceux qui sont en position de force n’ont qu’à nier l’évidence avec énergie et constance, ils finiront par semer le doute), il faudrait donc négocier, vérifier, débattre, chercher un compromis. Entre temps, les intérêts économiques seraient mobilisés. Est-ce que PSA ou Total, pour ne citer que ces deux exemples, resteraient les bras croisés face à la perspective d’un gel de leurs activités récemment renouvelées dans le pays ? Et les Russes ? Voteraient-ils les sanctions au Conseil de sécurité ? N’auraient-ils pas d’autres calculs géostratégiques à ce moment ? Et la Chine ?

Alors, sans doute, l’accord prévoit cette possibilité et stipule qu’en cas de veto au Conseil de sécurité les autres membres de la coalition pourraient rétablir les sanctions chacun de son côté. Sauf que Barack Obama vient d’expliquer qu’il fallait arriver à un accord rapide parce que certains membres de la coalition (notamment des pays qui ont accepté de réduire leurs échanges avec l’Iran) commençaient à se montrer impatients et que le régime de sanctions allait donc s’écrouler. Or, puisque Obama croit que les sanctions ne sont pas efficaces si elles ne sont pas portées par une large coalition, pourquoi ne serait-ce pas le cas dans deux ou trois ans ? Autrement dit, pour punir une infraction iranienne il faudrait remobiliser la Russie et la Chine, sans parler de la France, du Royaume Uni et de l’Allemagne. Difficile d’imaginer une telle prouesse diplomatique.

Contrairement à ce qu’a dit Obama, cet accord est donc fondé sur la confiance et non pas sur la vérification. Il pense que l’Iran ferait le choix d’une levée des sanctions internationales en échange de l’enrichissement à un niveau militaire de l’uranium ou de la fabrication de plutonium, parce qu’il souhaite le dégel des avoirs bloqués à l’étranger et une amélioration du niveau de vie des Iraniens. En fait, rien n’empêche l’Iran d’avoir les deux. N’oublions pas que le nucléaire militaire est un objectif stratégique de l’Iran depuis le Shah qui, il y a plus de quarante ans, avait compris qu’il s’agit non seulement d’une carte géostratégique maîtresse mais surtout d’une police d’assurance vie pour le régime. Et puisque cela n’a pas changé, puisque les ayatollahs pensent eux aussi que la bombe sanctuarisera leur pouvoir, pourquoi imaginer qu’ils y renonceront définitivement sans y être contraints ?

Reste une question importante et sérieuse : y a-t-il une alternative ? La réponse d’Obama est non, le « marché » conclu est tout simplement le seul possible. Dans quelques années, voire quelques décennies, quand cela n’intéressera plus que les somnambules accros à la chaîne Histoire, on saura peut-être si on aurait pu mieux faire. D’ici là, il faut admettre que quand la première puissance du monde – flanquée de cinq membres permanants du Conseil de sécurité et de l’Allemagne – nous dit que c’est le meilleur accord possible, elle a raison par définition.

*Photo : Ebrahim Noroozi/AP/SIPA/ENO101/772534203016/1507141627

Le Grexit a bien eu lieu… en 1908

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Voilà des mois que la chose agite tous les milieux. Remise en question irréparable de la cohésion européenne ou libération salutaire des peuples otages de la Troïka, une hypothétique sortie de la Grèce de la zone euro représente en tout cas, aux yeux de tous, un événement majeur aux conséquences aussi imprévisibles qu’exaltantes; une sorte de Big Bang à l’échelle de l’Union Européenne.

C’est omettre un peu vite que l’Histoire a une fâcheuse tendance à se répéter, et les hommes une fâcheuse tendance à l’oublier.

Les plus érudits d’entre nous savent, par exemple, que le premier « Grexit » de l’Histoire date… de 1908. L’Union Latine, précédent de la zone euro, avait été instituée en 1865 par Napoléon III avec le concours de son ministre, Felix Esquirou de Parien, et regroupait la France, la Belgique, la Suisse et l’Italie. Supposée lutter contre la suprématie monétaire du Royaume-Uni pourvu de la puissante livre sterling, l’Union Latine exigeait de ses membres qu’ils battent une monnaie dotée du même calibrage en or et en argent. Interchangeables, ces pièces circulaient parallèlement aux monnaies nationales. La Grèce y adhéra trois ans plus tard, en 1868 mais fut rattrapée dès 1893 par la faillite suivie d’une cuisante défaite militaire contre les Turcs en 1897. Dès lors, l’État hellénique fit face en décidant unilatéralement de diminuer la part d’or des pièces frappées au nom de l’Union Latine.

La tricherie (ce n’est pas nous qui dénonçons, mais l’économiste et historien Jean-Marc Daniel interrogé par le Monde) mise au jour, les autres membres imposèrent un Grexit en 1908. L’Union prospéra malgré cela jusqu’en 1927, cédant à la domination de l’étalon-or.

La morale de l’histoire ? Ni la présence de la Grèce dans une quelconque union monétaire ou politique, ni même l’existence de cette même union ne sont essentielles et nécessaires à la survie de l’espèce humaine.

Notons enfin, à titre de remarque, que la coexistence prospère des monnaies souveraines et de la monnaie d’échange de l’Union Latine au sein des quatre États concernés pourrait constituer un sérieux exemple de réussite à l’attention nos contemporains désireux de sauver les meubles bruxellois.