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En Irlande, distinguer « il » et « elle » est transphobe

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Irlande LGBT transphobie

Le 15 juillet, en Irlande, une publicité jugée « transphobe » a soulevé un véritable concert d’indignations, initié comme toujours sur les réseaux sociaux.

Sur une affiche de l’opérateur Three Mobile, le message – un peu abscons il est vrai – se voulait simplement humoristique : « Désolé pour les clients de Vodafone (une compagnie concurrente), il s’est avéré qu’‟il” était une “elle” après que vous ayez épuisé tout votre forfait. » La blague, bien entendu, faisait référence à la frustration ressentie lorsqu’on rate le dénouement d’une intrigue haletante pour cause de connexion perdue… Ici : le méchant, c’était la femme, mais vous avez raté la fin parce que vous n’aviez pas souscrit à nos forfaits illimités.

Cet innocent slogan a été interprété comme un scandaleux appel à la « transphobie », et immédiatement diffusé sur Twitter, certains utilisateurs sommant la société Three Mobile de s’expliquer. Après les particuliers, c’est l’association Teni (Transgender Equality Network Ireland) qui a tweeté pour demander des comptes à l’opérateur concernant cette annonce « très transphobe » : « Je ne suis pas sûre du message qu’ils veulent faire passer. En Irlande il y a des tas de blagues et de moqueries à l’encontre des personnes trans. Il nous semble que c’est un coup bas », a déclaré leur porte-parole, Broden Giambrone, dans l’Irish Times.

Bien que l’association Teni n’ait vraisemblablement pas compris l’idée de cette publicité, Three Mobile ne s’est évidemment pas risquée à protester. Elle s’est tout de suite répandue en excuses et a expliqué le sens de sa plaisanterie, sans doute trop subtile pour certain.e.s[1. Pardon pour vos pauvres yeux non encore habitués à la grammaire 2.0.] : « Nous sommes désolés si cette publicité a pu offenser des personnes. Ce n’était pas notre intention. Elle fait partie d’une campagne plus large, qui donne des exemples de moments où l’on peut rater la scène clé d’une série télévisée ou d’un film car on a utilisé tout son crédit ».

Voilà qui semble bien loin d’une quelconque allusion aux soucis identitaires des personnes transsexuelles. Mais l’affiche a toute de même été retirée fissa par la compagnie, qui préfère ne pas s’attirer d’ennuis. Il valait mieux, en effet, ne pas semer le doute sur une possible transphobie, car le Parlement irlandais votait le jour-même une loi baptisée Gender recognition bill. Ce texte, particulièrement transphile quant à lui, donne à tous les adultes irlandais le droit de changer de sexe sur simple demande… à l’état civil.

L’Irlande n’est que le quatrième Etat au monde à ouvrir une telle possibilité à ses citoyens. En France, pays rétrograde qui peine toujours à rattraper son « retard » en matière sociétale, le changement de sexe officiel demeure conditionné par la stérilisation ou la pratique d’une opération chirurgicale. Libération a donc salué cette réforme comme « un pas de géant pour l’Irlande », ce pays qui fut si longtemps « un cancre dans la classe européenne » et qui n’a adopté le mariage homosexuel qu’il y a deux mois.

Malgré la rapidité foudroyante de ces changements sociétaux, les associations LGBT locales ne sont pas encore pleinement satisfaites. La « question des personnes intersexes et non-binaires » (celles qui ne sont pas dupes du grossier mensonge de l’existence des sexes) reste à traiter, tout comme celle des mineurs. En effet, seules les personnes âgées d’au moins 18 ans peuvent changer de sexe sur simple demande, mais un accord parental est exigé pour les 16-18 ans. Et pour ceux qui ont moins de 16 ans, il n’est pas encore possible de choisir son sexe.

Boris Dittrich, ancien homme politique néerlandais et militant des droits de l’homme s’inquiète auprès de Libération : « On risque de condamner les enfants à des sentiments de stigmatisation, d’exclusion et de discrimination ». Suivant sa logique, la prochaine étape dans la conquête des droits de l’enfant devrait donc être la possibilité pour un.e garçon/fille de quatorze ans d’aller se déclarer à la mairie pour devenir officiellement un.e fille/garçon.

Dans ces conditions, certains gamins pourraient s’amuser à « changer de sexe » juste histoire de faire une blague à leurs parents. Peut-être seront-ils eux aussi qualifiés de « transphobes », puisque non loin de l’Irlande, à Glasgow, on se tire même dans les pattes entre militants LGBTIQN-B[2. Lesbiennes, gays, bi, trans, intersexes, queers, non-binaires.] : Les « drag queens » y ont été banni.e.s de la marche des fiertés car illes ou els[3. Non, ce n’est pas mon clavier, c’est leur sabir.] « moquent et minimisent les difficultés des trans et des non-binaires dans leur lutte identitaire » lit-on sur Kaleidoscot, un bulletin d’information en ligne de la communauté.

Moralité : il y a de plus en plus de blagues qui ne se font pas, et de jours où on préfèrerait avoir une connexion limitée.

*Photo : Wikipedia.org

Uber: un VTC aux vitres un peu trop teintées

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Uber Justice handicap

Ces derniers-temps, Uber s’est frotté à la société française et, s’il a rencontré l’opposition musclée des taxis, c’est la justice qui a circonscrit son périmètre d’action. Mais il n’y a pas que dans notre pays, prétendument gangréné par l’immobilisme, que l’entreprise de chauffeurs privés subit les affres de la justice. Aux Etats-Unis, les critiques se multiplient à l’encontre d’Uber et la société vient de perdre un procès qui pourrait lui coûter cher.

En se plaçant sur le secteur des compagnies de transports, Uber assume, d’une certaine manière un service d’intérêt général et doit, dans ces conditions, rendre des comptes fréquemment auprès de nombreuses autorités juridictionnelles, notamment en livrant des informations sur le fonctionnement et la qualité de ses services. Problème, l’entreprise fait régner l’opacité autour de son activité et se refuse à communiquer certaines données.

En Californie, elle a donc été condamnée à verser 7,3 millions de dollars d’amende pour n’avoir pas su fournir les documents nécessaires à l’évaluation de ses services. Le principal reproche fait à Uber : la disponibilité de véhicules accessibles aux handicapés est insuffisamment renseignée. La California Public Utilities Commission (CPUC), un organisme chargé de veiller à la bonne marche des services d’intérêt public gérés par le privé, a donc condamné Uber ce 15 juillet. Si la société ne paie pas son amende sous un mois, ses activités seront suspendues dans tout l’Etat de Californie.

La CUPC avait lancé une campagne de collecte d’informations auprès de toutes les sociétés de transports en réseau de l’Etat. Toutes les compagnies étaient sommées de répondre à l’enquête avant Septembre 2014. D’autres entreprises du même type, notamment Lyft et Sidecar, ont elles aussi été interrogées mais Uber est la seule à n’avoir pas répondu de manière satisfaisante. Un grand nombre d’informations était demandé : les causes des accidents dans lesquels les chauffeurs étaient impliqués, le nombre de courses demandées mais refusées par les chauffeurs, le coût moyen d’un trajet et, donc, le pourcentage de refus adressés aux requêtes de véhicules accessible aux handicapés. Le contentieux entre Uber et la CUPC repose sur le fait que la compagnie ne veut fournir que des données anonymes.

Dans le journal américain Re/code, la CUPC explique pourquoi elle demande ces informations : « Nous voulons réunir les informations nécessaires pour assurer la surveillance des compagnie de transports en réseau, cela au nom du public de ces compagnies. Nous voulons assurer que ces services fonctionnent de manière non-discriminatoire, en offrant un égal accès et la sécurité à tous ».

Les responsables d’Uber se défendent cependant d’avoir voulu tromper la CUPC. Questionné par le journal Re/code, un membre de la firme déclare qu’un « nombre substantiels de données a été remis à la juridiction », des données « que nous avons fourni à d’autres organismes sans ne jamais recevoir de plaintes ». Cependant,  pour justifier son non-respect de la règle de transparence, la compagnie invoque le droit à l’anonymat aussi bien de ses employés que de ses clients.

Pourtant, contrairement aux dires des dirigeants d’Uber, la société a été accusée à de nombreuses reprises d’ignorer les requêtes de données de la part des gouvernements. Elle s’est néanmoins engagée auprès du tribunal de New-York à fournir les plaques d’immatriculation de ses véhicules ainsi que les lieux d’arrivée et de départ de ses courses.

Mais ces informations supplémentaires n’éclairent pas les conditions d’accès des personnes handicapées aux véhicules Uber. De nombreux procès restent en cours au Texas et en Californie à propos de la manière dont sont traitées ces personnes. Des personnes aveugles disent avoir été rejetées à cause de la présence de leurs chiens, tandis que les personnes en chaises roulantes n’ont toujours aucun moyen de demander un véhicule adapté sur l’application de la compagnie.

Autant dire que les ennuis d’Uber avec la justice ne sont pas finis et que son modèle particulièrement opaque laisse de nombreuses questions en suspens dans la mesure où, à l’inverse d’autres compagnies de la Silicon Valley, elle se positionne sur un secteur qui demeure partout très régulé.

*Photo : Wikimedia Commons

A qui profitera le «Moment grec»?

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référendum Grèce PS Les Républicains

Maintenant que l’actualité grecque a perdu de la vitesse et en attendant que les prochains épisodes débarquent sur nos écrans, il est utile de faire un point sur les bouleversements que cette séquence à produit sur notre échiquier politique et les enseignements qu’on peut en tirer. Le « Moment grec » est l’un de ceux qui permettent d’établir un état des lieux politique et idéologique.

Puisque le Premier ministre grec Alexis Tsipras en a été l’acteur principal, voyons d’abord du côté de ceux qui se considèrent comme ses partenaires politiques privilégiés en France. On y trouvait le Front de gauche, les frondeurs du PS et une partie des écologistes. Comme l’a expliqué notamment Frédéric Lordon, cette séquence permet à tous, et notamment à ceux qui se réclament de la gauche radicale, de comprendre qu’il ne peut y avoir, de son point de vue, « d’euro sympa ». L’intransigeance du gouvernement allemand, du CDU au SPD, ôte les dernières illusions quant à la possibilité de mettre la monnaie européenne au service de leurs idées. Pire, il est même l’outil privilégié utilisé contre leurs idées. Comme aurait dit un humoriste très apprécié à gauche,  s’ils ne le voient pas maintenant, « ce n’est pas des lunettes qu’il leur faut mais un chien ». Jean-Luc Mélenchon a toujours dit que si, arrivé au pouvoir, il se heurtait au refus allemand, il opterait pour la fin de l’euro. Aujourd’hui, il sait que le refus est définitif. Il faudra suivre ses prochaines déclarations avec attention sur ce thème. Quant aux frondeurs, on a pu observer qu’ils avaient tous voté l’accord signé la semaine dernière, alors même qu’ils savent – et parfois disent – que cet accord a été extorqué à Tsipras. Croient-ils encore à la possibilité d’un « euro sympa » ?  Il nous est difficile de sonder les reins et les cœurs, mais leur foi doit être sacrément ébranlée. En tout cas, Arnaud Montebourg a décidé de convier Yanis Varoufakis à sa traditionnelle Fête de la Rose de Frangy-en-Bresse, fin août. L’ancien ministre grec des finances a conseillé à Tsipras, la nuit du référendum, de réquisitionner la Banque de Grèce et de mettre en place un système de monnaie parallèle, ce qui aurait permis de montrer la détermination du gouvernement et d’anticiper un éventuel Grexit. Tsipras n’a pas souhaité l’écouter. Varoufakis a ensuite voté contre l’accord à la Vouli. Inviter celui qui incarne aujourd’hui le Non grec n’est pas anodin pour Montebourg. Va-t-il prendre un virage sur l’euro en ses terres bressanes dans quelques semaines ? On attend son discours avec impatience. De ce point de vue, nous ne croyons pas à une évolution de Cécile Duflot sur la question. Entre deux maux, l’austérité et l’adhésion à tout ce qui pourrait ressembler à du chevènementisme, l’ancienne ministre du logement a sans doute fait son choix ad vitam aeternam. Jean-Luc Mélenchon l’a appris à ses dépens lors de la sortie de son dernier pamphlet contre l’Allemagne.

Du côté de la gauche hollando-vallsaise, la question de l’euro est aujourd’hui complètement religieuse. On doit sauver l’euro « à tout prix », parce que l’euro, c’est l’Europe, et l’Europe, c’est la Paix. A partir de ce constat, aucune négociation n’est possible avec l’Allemagne dans la mesure où cette dernière est certaine que ses interlocuteurs ne sacrifieront jamais l’euro et qu’ils feront tout pour le sauver. Ils sont ainsi prêts à tous les sacrifices et tous les renoncements programmatiques. Schaüble peut tout demander à un gouvernement dirigé par cette frange de la gauche. Il gagnera. Pour l’instant, il joue avec la France et l’Italie comme un gros matou avec des souris. Si « l’euro sympa » c’est fini, « l’euro-religion » n’est pas mort.

Du côté des Républicains et de l’UDI, il y a certes une part « d’euro-religion » mais pas seulement. On a pu observer lors du « Moment grec » une manifestation de fascination quasi-unanime devant le duo Merkel-Schaüble. C’est bien de ce parti qu’on a entendu le plus conspuer Alexis Tsipras. L’ordo-libéralisme de type allemand constitue un objectif à lui seul. L’euro n’est pas une religion comme au PS hollandais, et a justement l’objectif de ne pas être « sympa » comme le souhaitait la gauche radicale. Il est un outil au service d’un modèle qu’on vénère. Pas une feuille de papier à cigarette sur cet objectif entre Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Xavier Bertrand et François Fillon. Une seule grande voix discordante par rapport à cette ligne, celle d’Henri Guaino. Entre son discours et celui des différents candidats possibles à la primaire, il n’y a plus un fossé mais le Grand Canyon. Toutefois, l’ancien candidat spécial ne préconise pas comme Jean-Pierre Chevènement un démontage de la monnaie unique. S’il souhaite préserver l’existence de cette dernière, c’est par prudence et par crainte qu’une telle opération ne provoque une crise financière mondiale, suscitant davantage de malheurs encore que le statu quo. Si Nicolas Sarkozy et Alain Juppé sont cohérents en soutenant l’idée d’un euro obligeant mécaniquement la France à effectuer les réformes dont ils rêvent, souhaitant une législation fiscale et sociale équivalente à celle de notre voisin d’outre-Rhin, qu’en est-il de François Fillon et de Xavier Bertrand ? Souvenons-nous qu’ils défendirent quant à eux le Non avec Philippe Séguin, ce dernier ayant prophétiquement annoncé les écueils d’une monnaie unique non assise sur un gouvernement vraiment fédéral. On ne comprend pas vraiment, à vrai dire, la fascination de ces deux-là pour l’ordo-libéralisme allemand alors que leur attachement ancien à la souveraineté, tout en revendiquant des idées libérales, devrait leur suggérer de regarder ce qui se passe de l’autre côté… de la Manche. Bertrand et Fillon pourraient en effet assumer un souverainisme libéral à l’anglaise, mais ce n’est pas le cas.

Qui pourrait bien emprunter ce modèle dans les prochaines  années ? Ce ne sera pas Nicolas Dupont-Aignan, dont le noyau des troupes provient de la frange gaulliste sociale qui militait naguère pour Séguin et Pasqua. Il tente bien, parfois, d’apparaître plus « libéral » que Marine Le Pen, empruntant une sémantique destinée aux petits patrons, aux commerçants et aux artisans, mais ce n’est visiblement pas son ADN. D’ailleurs, si Jean-Pierre Chevènement lui fait des avances et sera présent aux universités de DLF à la rentrée, ce n’est pas pour faire du Cameron. Finalement, celle qui pourrait incarner à l’avenir ce souverainisme libéral, combinant hostilité à l’euro et à l’intégration européenne, mais dans un esprit plus britannique, c’est sans doute Marion Maréchal Le Pen, en menant cette bataille à l’intérieur du FN contre sa tante et Florian Philippot. Ces deux derniers, même s’ils essuient pour le moment la tempête provoquée par le vieux patriarche, demeurent les grands bénéficiaires du « Moment grec ». L’idée qu’il n’y a pas « d’euro sympa » leur permet de gagner la bataille face au Front de gauche, qui les accusait d’être défaitistes en promouvant directement la sortie de l’euro. De surcroît, aux yeux des ouvriers et des employés, ils apportent une cohérence d’ensemble contre les différentes facettes du libéralisme mondialisé. Non seulement ils s’opposent à l’euro depuis plus longtemps, mais ils sont opposés à la libre circulation des marchandises, des capitaux… et des hommes. Pour séduire les classes populaires, le sans-frontiérisme de la gauche radicale constitue en effet un handicap et le demeurera, même si elle fait son aggiornamento sur l’euro.

Si les crises à répétition de l’euro vont certainement revenir, la prochaine bataille, le prochain « Moment » devrait survenir au moment des votes du traité transatlantique. La gauche radicale sera-t-elle plus à l’offensive que le FN et surtout plus audible ? Le PS cèdera-t-il encore sur ce dossier à l’intransigeance allemande par foi dans la construction européenne, malgré son ministre euro-critique Matthias Fekl, au centre des négociations ? La droite classique LR-UDI demeurera-t-elle la meilleure élève d’Angela Merkel ? Des recompositions auront-elles enfin lieu à cette occasion ?

Ces enjeux pèseront davantage que le résultat des élections régionales, à n’en pas douter.

*Photo : Wikipedia.org

Jeu vidéo et «suprémacisme»

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#Gamergate. Pas sûr que le lecteur connaisse, mais Le Monde / Pixels a couvert leur récente réunion parisienne. Un article au ton préoccupé et vigilant. Son auteur s’est rendu sur place, prêt à débusquer le Mal qui rôde jusque dans nos rues. Posture involontairement comique qui ne prouve pas en soi qu’il faille bénir #GG, mais qui incline tout de même à examiner la chose avec bienveillance. Si vous avez lu le papier d’Alban Agnoux dans Causeur n° 26, #Gamergate ne vous dépaysera pas : il s’agit d’un mouvement online engagé dans un combat d’opinion pour protéger la liberté d’expression dans les jeux vidéo. Contre qui ? Principalement contre ceux que les partisans de #GG fustigent sous le nom de social justice warriors (SJW). En gros, si vous aimez Lara Croft, vous n’êtes pas un SJW. Cela fait-il de vous un antiféministe ? Il faut parfois peu de choses pour devenir suspect, de nos jours.

#Gamergate

Ah, cette jeune génération ! Elle nous laisse parfois perplexe. L’auteur de l’article du Monde n’a pas esquivé cet aspect bariolé du phénomène #GG. On peut comprendre qu’il ait par ailleurs cherché à durcir le trait, pour équilibrer le tableau et ne pas désorienter ses lecteurs. Pour se rassurer sur sa propre orthodoxie ? Je n’irais pas jusque-là. En tout cas, Vox Day, l’un des gamers à l’initiative du #GG parisien, tombait bien : pas trop jeune, plus facile à classer, surtout quand on applique la méthode du procès d’intention. Après tout, vu le nombre de détracteurs que l’homme possède déjà, pourquoi ne pas se joindre à la meute ? La menace tapie dans l’ombre de #GG, ce serait principalement lui. Lui, et son idéologie : le suprémacisme.

C’est peut-être moi, mais comme caractérisation, ça reste vague, pour ne pas dire désinvolte. Une accusation sans zèle, sans élan, sans conviction. Voyez la deuxième photo de l’article, où figure certes le prétendu suprémaciste Vox Day, mais qui inclut aussi, de manière inexplicable, le propriétaire noir de la brasserie avec sa mine réjouie : comment voulez-vous que le lecteur ne commence pas à douter ? Si en plus il décide de faire un tour sur le blog du gars… Bon, tout n’est pas perdu. D’après ce que je lis, l’accusation de suprémacisme le chagrine beaucoup, lui qui ne loupe pas une occasion de revendiquer ses ascendances amérindienne et mexicaine. Mais il a quand même l’air un peu trop content de faire l’objet d’un article du Monde. Caricaturer l’ennemi, pourquoi pas, mais il faut y mettre du cœur, sinon c’est contre-productif.

Le testament autocritique de Jean Lacouture

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communisme Jean Lacouture

Nous sommes des centaines de milliers rien qu’en France à avoir été communistes, avant de décrocher quand nous nous sommes aperçus que nous étions victimes d’une illusion et, ce qui est pire, que nous avions été complices de l‘une des deux pires tragédies de l’Histoire.

La plupart des « ex » ont tourné cette page de leur vie sans tambour ni trompette, et sans chercher à savoir d’où provenaient leur illusion et leur faute. Ils sont passés à autre chose, pensant qu’on se débarrasse de la mentalité dans laquelle on s’est formé comme on abandonne une vieille peau derrière soi.

C’est bien leur droit. Et je ne leur jette pas la pierre, puisque je suis devenu libéral, et donc tolérant.

Je regrette seulement qu’ils n’aient fait bénéficier personne de leur erreur et de leur faute passées.

Ce ne serait pas si grave s’il n’existait plus de régimes communistes de par le monde, et s’il n’y avait plus chez nous de gens séduits par l’idéologie communiste.

Ce n’est le cas sur aucun de ces deux plans.

Si on additionne la Chine, le Vietnam, le Laos, la Corée du Nord et Cuba, cela fait un paquet de peuples sur lesquels le parti communiste exerce un pouvoir  absolu.

Quant aux gens de plume qui se piquent d’être communistes, (tout en vomissant bien sûr  le communisme réel, car ces marxistes ne voient pas le rapport entre une idéologie et sa mise en pratique) il s’en trouve même à Causeur, où rien pourtant n’est placé au-dessus de l’esprit critique.

Quelques tentatives m’ont prouvé qu’il ne servait à rien que j’essaie d’éclairer leur lanterne.

Puisque je suis inaudible, je passe la parole à Jean Lacouture, qui vient de passer l’arme à gauche, où il était déjà de son vivant.

Cet homme est incontestable : il n’est pas comme moi un anticommuniste, un traître, un renégat, un réac, un néo-cons, bref, un chien de garde de la finance internationale qui vient d’humilier l’héroïque peuple grec et ses leaders en leur imposant  une nouvelle avance de plusieurs milliards d’euros.

Je suis bien tranquille, personne à Causeur n’osera contredire le témoignage de Jean Lacouture.

Voici donc un extrait de l’examen de conscience public auquel il s’est obligé, et que Laurent Joffrin rapporte dans Libération, au risque de défriser certains de ses lecteurs.

«J’ai pratiqué une information sélective en dissimulant le caractère stalinien du régime nord-vietnamien. Je pensais que le conflit contre l’impérialisme américain était profondément juste et qu’il serait toujours temps, après la guerre, de s’interroger sur la nature véritable du régime. Au Cambodge, j’ai péché par ignorance et par naïveté. Je n’avais aucun moyen de contrôler mes informations. J’avais un peu connu certains dirigeants actuels des Khmers rouges, mais rien ne permettait de jeter une ombre sur leur avenir et leur programme. Ils se réclamaient du marxisme sans que j’aie pu déceler en eux les racines du totalitarisme. J’avoue que j’ai manqué de pénétration politique.»

Laurent Joffrin conclut : « Difficile d’être plus sincère. »

C’est vrai, on ne peut pas être plus sincère. Par contre, on peut essayer d’être encore plus lucide.

Par exemple, en se demandant sans complaisance si aujourd’hui encore rien ne permet de déceler les racines du totalitarisme chez des gens qui se réclament du marxisme.

Cela nécessite seulement de lire Marx les yeux ouverts, avant de vouloir recommencer l’expérimentation communiste in vivo.

*Photo : GINIES/SIPA/00577397_000002

Grèce: et soudain, DSK…

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Dominique Strauss-Kahn Grèce Europe

L’été, on aura beau dire, c’est toujours la saison des surprises. Une fille qui danse sur le sable et vous rappelle votre premier amour, une petite ville blanche et bleue qui pourrait être une retraite idéale ou bien, au hasard d’une connexion Internet aléatoire, un texte sur l’Europe et la Grèce avec lequel vous êtes d’accord à 80, voire 90%. La chose est assez rare pour être signalée. Ce n’est pas parce que vous avez désespérément apporté un soutien sans faille à la Grèce et à Tsipras que vous êtes d’accord avec tous ceux qui ont apporté comme vous un soutien sans faille à la Grèce et à Tsipras. Entendons nous bien : encore une fois, c’est au nom d’une certaine idée de l’Europe que nous avons cru, et que nous croyons encore, finalement, à l’expérience Syriza.

D’ailleurs, il n’y a pas eu à proprement parler d’« échec » de Syriza. Il y a un échec quand on est libre de mener une politique et que cette politique échoue. Il est aussi absurde de parler d’échec de Syriza qu’il serait absurde de parler d’échec d’Allende au Chili en 73 ou de Dubcek à Prague en 68. Et donc, ce soutien à Syriza n’était pas pour nous, contrairement aux souverainistes ou aux eurosceptiques même de gauche, même très à gauche comme l’ami Aurélien Bernier, un moyen d’en finir avec l’Union Européenne mais plutôt de la réorienter vers plus de démocratie, de social, d’entente entre les peuples.

Ça, il est sûr que pour le moment, c’est raté et bien raté. Tsipras a connu un week-end de défaite et d’humiliation et, comme à Munich, il ne pouvait choisir qu’une solution tragique, au sens premier du terme, c’est-à-dire une alternative entre une fin effroyable, – le Grexit non préparé – et un effroi sans fin, -la soumission honteuse, l’acceptation d’exigences qui vont bien au-delà de la rationalité économique (même dans une perspective libérale) mais qui s’apparentent à une vengeance dont le sadisme est à la mesure de la peur éprouvée devant ces bolchéviques hellènes qui ne voulaient pas lâcher l’affaire. Bref, au cœur de l’été, lire un texte qui ne soit pas du genre gauchiste NPA sur l’air « On vous l’avait bien dit, Syriza, c’est des réformistes » ou bien souverainiste « La démocratie et l’UE sont incompatibles par essence, l’euro est par définition une monnaie qui ne peut servir qu’à de vieux Allemands retraités », cela nous a donné de l’air. Sauf que nous avons éprouvé une surprise au carré en apprenant que celui qui l’avait signé s’appelait Dominique Strauss-Kahn.

Pour commencer, le titre nous a bien plu : « A mes amis allemands ».  Parce que déjà, un titre comme ça ne confond pas un peuple et son gouvernement. La germanophobie n’est pas notre sport favori, pour tout dire, et nous préférons nous souvenir de Jean-Pierre Timbaud, le copain de Guy Mollet qui, devant son peloton d’exécution nazi, criait « Vive le parti communiste allemand ! » ou encore de Manoukian, le poète arménien, chef des FTP-MOI de l’Affiche Rouge qui, dans sa dernière lettre à sa femme avant d’être exécuté, écrivait : « Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand. »  Finalement, la germanophobie est un comportement symétrique à l’hellènophobie de la CDU et du SPD. On n’est pas obligé, en effet, pour se faire entendre des ordo-libéraux d’Outre-Rhin, de parler des Allemands comme Wolfgang Schaüble parle des Grecs. Personne n’est obligé de s’abaisser à ce niveau-là, vraiment.

C’est un des aspects intéressants du texte de DSK qui explique bien que ce mépris, géopolitiquement, est en plus une belle bêtise. Et que vouloir réduire l’Europe à l’Allemagne et quelques satellites dans un genre de nouvelle Ligue Hanséatique, c’est se condamner à un bien petit destin : « Jamais le repli sur le Nord ne suffira à vous sauver. Vous, comme tous les Européens, avez besoin de l’ensemble de l’Europe pour survivre, divisés nous sommes trop petits. (…) L’enjeu est de taille. Une alliance de quelques pays européens, même emmenée par le plus puissant d’entre eux, sera peu capable d’affronter seule la pression russe et sera vassalisée par notre allié et ami américain à une échéance qui n’est peut être pas si lointaine. »

Car un des étonnements pour qui se souvient du DSK patron du FMI sous les ors de Washington est que ce texte, s’il fait un sort aux souverainistes, en fait un aussi, et de quelle belle manière, aux atlantistes de tout poil : « Il y a aussi ceux qui ont la vue trop longue. Ceux qui sont capables de voir plus loin que leurs propres frontières mais qui ont choisi de renoncer à faire vivre cette communauté qui leur était pourtant la plus proche. Ils se tournent vers d’autres, plus à l’ouest, auxquels ils ont accepté de se soumettre. »

Ce tropisme atlantiste de plus en plus répandu dans les grands partis de gouvernement en France, on pouvait penser que DSK le partageait et envisageait l’Europe comme un appendice américain, où pouvait s’ébattre le capitalisme sans la moindre règle. Eh bien non, il y a chez DSK une vision de l’Europe comme culture dont les racines, précisément, sont… grecques : « Qui sait d’où affleure ce continent ? L’Europe est-elle née dans les poèmes homériques du IXe siècle avant notre ère ? Est-elle née dans les tranchées de fange et de boue où tous les sangs du monde vinrent se mêler, mélanger leurs couleurs, brasser leurs rêves, croiser leurs ambitions ? »

Et c’est au nom de cette vision, précisément, qu’il condamne sans ambages la méthode du gouvernement allemand et qu’il pointe, très clairement, qu’il s’est agi là de punir la Grèce bien plus parce qu’elle s’était choisi un gouvernement de gauche que pour ses errements passés : « Mais ces dirigeants politiques me semblaient jusqu’alors trop avertis pour vouloir saisir l’occasion d’une victoire idéologique sur un gouvernement d’extrême gauche au prix d’une fragmentation de l’Union. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. A compter nos milliards plutôt qu’à les utiliser pour construire, à refuser d’accepter une perte – pourtant évidente – en repoussant toujours un engagement sur la réduction de la dette, à préférer humilier un peuple parce qu’il est incapable de se réformer, à faire passer des ressentiments – pour justifiés qu’ils soient – avant des projets d’avenir, nous tournons le dos à ce que doit être l’Europe, nous tournons le dos à la solidarité citoyenne d’Habermas. »

Alors, bien sûr, on pourra toujours penser que DSK joue sa propre partition, qu’il se rachète une virginité, qu’il cherche à revenir dans le jeu. Il n’empêche que le voir aujourd’hui dénoncer le coup d’état des créanciers, cela fait du bien. Parce que justement, à gauche, nous avions pris l’habitude de voir en DSK, avant même ses déboires privés, l’archétype du « social-traître ». Et que, dans ce camp là, il était bien le dernier que nous pouvions imaginer condamner en termes aussi vigoureux la mise à mort du « printemps grec » et poser la seule question qui fâche vraiment : que restera-t-il d’idéal européen dans une Union européenne qui se construit de cette manière ?

*Photo : Flickr.com

Chine, la puissance inquiète

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Chine dette krach

« La Chine m’inquiète » disait la duchesse de Guermantes dans Du côté de chez Swann. Le propos, dérisoire mais divertissant, a fini par devenir vrai quand la Chine a atteint récemment le statut de premier producteur mondial aux côtés et au grand dam des Etats-Unis, après avoir trente cinq années durant élargi et renforcé sa capacité économique.

En juin cependant, tandis que l’imbroglio grec faisait perdre leur latin aux Européens, les bourses de Shanghai et de Pékin ont offert le spectacle d’un krach qui n’était attendu par aucun des économistes spécialisés. L’effondrement des cotes, de plus d’un tiers en deux semaines, a touché toutes les valeurs et la peur s’est emparée des entreprises qui étaient cotées ou voulaient se faire introduire en bourse.

Il y avait deux façons d’aborder l’évènement. La première consistait à prendre le mouvement comme une profonde correction survenant après cinq mois de folie qui avaient vu, depuis janvier, les cotes s’élever de 55% environ. Il aurait fallu alors attendre la stabilisation spontanée du marché revenu à plus de réalisme. La seconde consistait à s’alarmer des répercussions du mouvement qui ont eu lieu dans sa foulée : report de toutes les introductions en bourse, report de toutes les augmentations de capital, à commencer par celles envisagées par les entreprises surendettées pour renforcer leur solvabilité. C’est ainsi qu’ont réagi les autorités de Pékin.

D’abord, en injectant de la monnaie directement vers les brokers à partir des guichets de la banque centrale, ensuite en faisant intervenir un organisme public de marché, le Chinese Finance Securities Corp, ensuite encore en mettant en action les banques commerciales d’Etat, pour un montant de plus de 200 milliards de dollars, enfin en interdisant toute vente durant six mois aux détenteurs d’au moins 5% des actions. Le caractère massif de l’intervention en dit long sur l’inquiétude du pouvoir de Pékin.

Un mois après la baisse initiale, la perplexité s’est installée. Personne ne sait si la hausse de la cote obtenue grâce aux mesures publiques de soutien du marché va déboucher sur une stabilisation durable. Nous pouvons dire cependant que cette stabilisation sera considérée comme acquise si le mouvement d’introductions et d’augmentations de capital reprend.

A la faveur de l’épisode, la Chine a cessé de produire l’image d’une puissance orgueilleuse, dominatrice et sûre d’elle-même. Paraphrasant la duchesse de Guermantes, on dira « La Chine s’inquiète ». Elle s’enracine sans doute dans le fait central du surendettement qui touche d’innombrables entreprises liées aux secteurs du logement et des infrastructures. Entre 2008 et 2014, l’endettement global des Chinois a rejoint des niveaux « occidentaux », passant de 140% à 250% du PIB. L’endettement nouveau s’est concentré dans les entreprises et les collectivités locales.

L’énoncé du problème économique chinois est désormais le suivant : ou bien les autorités de Pékin parviennent à réduire graduellement la croissance, sans la casser, pour contenir la dette des entreprises ; ou bien ils acceptent une fuite en avant consistant à doper sans cesse l’économie du pays, pour repousser l’échéance d’un « crash landing » dont le krach boursier de juin n’aurait été qu’un signal précurseur.

Il n’y a pas que la Grèce dans le monde, il y a aussi la Chine.

*Photo : Zhengyi Xie/REX Shutter/SIPA/Rex_Stocks_Soar_China_4900402B//1507101258

Haïr Merkel: ça fait du bien, c’est sans danger et ça ne sert à rien

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« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines,
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne,
Ohé ! partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme !
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes… »

Eh oui ils ont quitté leurs mines, leurs champs, leurs usines, pour se dresser contre l’occupation allemande. Dans la foule des résistants on reconnaît Mélenchon qui fustige « La Prussienne », Pierre Laurent qui dénonce le « diktat germanique » et Dupont Aignan, le plus perspicace de tous, qui annonce qu’on assiste à la naissance d’un « IVe Reich » !

Autour d’eux, une multitude de souverainistes de tout poil et à géométrie variable. Il y en a qui sont de gauche. Des qui sont de droite. Et aussi ceux qui sont d’extrême droite ou d’extrême gauche. Des patriotes de tout bord engagés dans un courageux combat contre le bourreau du peuple grec, Angela Merkel. Manque depuis quelques jours à l’appel Marine Le Pen : elle a déserté le champ de bataille, jugeant, car elle est fine, que dire trop de bêtises nuirait à sa crédibilité.

J’avoue mon incompétence totale dans le domaine économique. Mais, comme ceux qui essayent de sauver le peuple grec de la botte allemande le sont également, nous pouvons nous comprendre à défaut de nous entendre. Le souverainiste est un être bizarre. En dehors de ceux cités plus haut, il offre une palette infinie de sous-espèces. Il y a en a même de fascistoïdes et, bien plus rarement, des stalinoïdes. Dans leur colère anti-germanique, tous, quelle que soit leur obédience, usent d’un langage que des Champollion s’emploient à déchiffrer.

On peut lire par exemple, sous leur plume, que les instances européennes – aux ordres bien sûr d’Angela Merkel – n’ont pas été « démocratiquement élues » contrairement à Alexis Tsipras. Les mécanismes européens sont, il est vrai, d’une complexité propre à décourager les meilleures volontés. C’est pourquoi les partisans en lutte contre l’Allemagne ignorent que le Conseil Européen (c’est lui qui décide in fine) est composé des chefs d’états et de gouvernements des 27 membres de l’Union. Comment sont-ils arrivés au pouvoir ? Par un putsch ? Par une guerre ?

Par ailleurs (et n’ayant aucun diplôme en matière de souverainisme je peux certes me tromper), il m’avait semblé que le souverainiste était un farouche partisan du retour aux monnaies nationales. Le franc pour la France, la lire pour l’Italie, la peseta pour l’Espagne, etc… Et pourquoi pas, en suivant cette logique, la drachme pour la Grèce ? Eh bien, non ! Le souverainiste, pourtant prêt à se battre jusqu’au dernier Grec, n’a pas manifesté pour que la Grèce abandonne l’euro. Pas facile à comprendre. Mais, comme celles du Seigneur, les voies du souverainiste sont impénétrables !

J’ai quand même le souci de ne pas passer pour un grecophobe. C’est très, très mal vu. Alors que germanophobe… C’est pourquoi je tiens à proclamer que je préfère le résiné à la bière. Le Parthénon à la porte de Brandebourg. L’Olympe au Valhalla. La vénus de Milo à toutes les walkyries wagnériennes. Zeus à Odin. Je vais, pour parvenir à la perfection, m’employer à préférer Alexis Tsipras à Angela Merkel. C’est pas gagné. D’autant plus que j’ai un faible pour Heine et sa Lorelei…
PS : Dominique Strauss-Kahn vient de critiquer durement les conditions imposées à la Grèce. Il écrit pourtant : « Hollande a tenu bon. Merkel a bravé ceux qui ne voulaient à aucun prix d’un accord. C’est à leur honneur. » Ce qui n’empêche pas l’ex patron du FMI de trouver « effrayant » l’accord imposé aux Grecs. Comme cet accord a été validé sous l’égide de Merkel et de Hollande, qu’il félicite par ailleurs, on en déduira que DSK ne fait pas ici de l’économie. Il a juste envie, très envie, de revenir en politique. Et en politique, tout est permis.

Dieu, Woody Allen et moi

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Woody Allen

« Vaste programme ! », direz-vous, en imitant la voix du général de Gaulle, plus ou moins bien selon votre âge et vos dons.

Eh bien, ce n’est pas tout ! Pour le même prix, on évoquera également ici Sparks et Pasqua, Michel Onfray, Jean Yanne et le cinéma nazi… Et bien d’autres choses encore, que je ne voudrais pas spoiler plus avant.

 

L’INVASION DES ANARS DE DROITE GÉANTS

Samedi 30 mai, « On n’est pas couché » / Olivier de Kersauson fait la promo de la énième compile posthume de son pote Jean Yanne, préfacée par ses soins. Je ne l’achèterai sûrement pas ! Non seulement le procédé m’agace, mais j’en ai déjà quatre volumes dans ma bibliothèque, et ils n’en finissent pas de se recopier.

N’empêche ! Ce soir, avec sa liberté de ton, Kersauson nous change agréablement du train-train hebdomadaire de ce « divertissement », désormais plus proche de Hanouna que de Taddeï. Grâce à son charisme, le type installe sur le plateau une ambiance audiardienne qui s’avère contagieuse. Non seulement Ruquier est client, mais Caron ne moufte pas – et Léa Salamé ira jusqu’à regretter, à travers Jean Yanne, « l’époque où on pouvait encore assumer d’être un anar de droite ».

T’inquiète, Léa ! Cette engeance-là n’est pas près de disparaître. Un anar de droite digne de ce double « non » se reconnaît à un certain scepticisme envers la Nature humaine, le Progrès et les Autorités – ainsi qu’à cette dérision bien ordonnée qui commence par soi-même. Or ce sont là les ingrédients mêmes de l’esprit[1. À ne pas confondre avec l’humour drôle (Jamel, Bigard) ni le ventriloquisme comique (Gerra, Canteloup).].

S’il ne fallait qu’une preuve de la permanence, et même du renouveau de cet esprit « anar de droite », elle s’appellerait Gaspard Proust. Ce type-là tient chronique dans Salut les Terriens, l’hebdo d’Ardisson sur Canal+, avec une liberté de ton incroyable sous nos cieux. Et depuis 2008 ses one man shows, produits par Ruquier en personne, font partout salles combles – mais de plus en plus grandes. Son prédécesseur chez Ardisson, Stéphane Guillon, n’amusait ordinairement que la gauche sous la droite, et encore…[access capability= »lire_inedits »]

Comme il y a un Drame de l’humanisme athée, magnifiquement diagnostiqué par le R.P. de Lubac, il existe aussi une tragédie de l’humour progressiste, qui ne s’autorise que les rires « citoyens », voire militants. Autant dire rien.

Kersauson, Yanne, Muray, Vialatte et Proust (Gaspard), sans oublier Audiard (Michel) : ces gens-là incarnent, eux, l’authentique esprit anar de droite – et donc l’esprit français tout court, si m’en croyez.

 

QU’EST-CE QU’ONFRAY SANS LUI ?

Lundi 8 juin / En réponse à mon envoi dédicacé du Cahier de vacances catho, coécrit avec Richard de Seze, Michel Onfray m’adresse le SMS suivant – que je reproduis ici avec son autorisation :

« Cher Basile.
Bien reçu votre Caté. C’est drôle, bien fait, informé. Ça donne envie d’être catho !
Je me permets juste de signaler une faute : la réponse au quiz de la p. 11 n’est pas 6/F, mais 6/A !
Amicalement. »

Pour apprécier pleinement le clin d’œil, on se reportera utilement au document ci-joint. En ce qui me concerne, à la réception de ce poulet, inutile de vous dire que j’ai été ravi – mais pas plus étonné que ça. C’est que j’avais déjà appris à le connaître, le gaillard, et il gagne à l’être ! En plus il se bonifie avec l’âge contrairement à ses collègues, nés imbuvables pour la plupart.

Basile cahier de vacances catho

Le cahier de vacances catho, éditions du Cerf, p. 11
Bien entendu, j’avais commencé par planter des épingles dans une poupée à son effigie. C’était à l’époque du Traité d’athéologie (2003) ; il y accusait les religions, et surtout les « trois religions du Livre » (?), et tout particulièrement la mienne, d’imposture sanglante. Des fariboles fondées sur des légendes, n’engendrant qu’aliénations, douleurs et guerres… Où est-ce qu’on signe ?

Je sais bien que, sous nos latitudes actuelles, la plupart des gens pensent, ou croient penser comme ça. Mais Michel est un garçon plus ouvert d’esprit que la moyenne – sauf sur ce sujet, apparemment.

Malin en tout cas, ce petit Satan-là ! Son pamphlet déguisé en « traité » crée l’événement, reçoit les louanges de la-critique-qui-compte et devient un best-seller. Son premier, même, après une bonne quinzaine de bouquins ; il retiendra la recette du scandale, sans en abuser d’ailleurs. Quant aux « menaces de mort » qu’il se plaint d’avoir reçues à l’occasion, aucune n’a abouti apparemment, grâce à Dieu[2. D’ailleurs, à ce compte-là, même moi j’en ai reçu, des menaces de mort. Généralement, ce n’est pas suivi d’effet.].

Plus tard, j’ai découvert que Michel n’hésitait pas à s’en prendre aussi aux vraies idoles de l’époque, et notamment à Freud (Le Crépuscule d’une idole, 2010).

Là encore, il bat des records de ventes ; mais cette fois, au prix de la bienveillance dont il avait bénéficié jusque-là dans les « milieux autorisés ».

Traité soudain, il s’en souvient encore, de « facho », de « nazi » voire de « pédophile », non par le peuple mais par l’élite, Onfray ne plie pas. Au lieu de courber l’échine comme il se doit pour être « coopté », il se « révolte », à l’instar de son idole à lui, Camus. En 2012, à l’occasion d’un bouquin sur Albert (L’Ordre libertaire), l’auteur égratigne Sartre jusqu’à l’os – sachant qu’il s’attirera ainsi à coup sûr les foudres du lobby intellectuel sartro-beauvoirien.

Un vaste réseau, et moins mort qu’on ne le croit. Dormant certes, faute d’actualité, mais capable de se réveiller à tout moment pour faire la chasse aux profanateurs de Sartre. Le dernier, ça devait être il y a trente ans, et il n’y a pas survécu. Onfray, lui apporte des biscuits : il s’est tapé toute la Correspondance, en plus des œuvres, et ce qu’il en rapporte est monstrueux, surtout si c’est vrai.

Du coup, voilà notre redresseur de torts intellectuels dans le collimateur ; il suffira d’un prétexte pour le faire basculer d’autorité dans le camp du Mal, lui qui a toujours bien voté (Besancenot, Bové, Mélenchon…).

Le couperet tombe un jour comme ça, au prétexte d’un tweet où il dit en substance : « Avant d’enseigner aux enfants la théorie du genre, on ferait mieux de leur apprendre à lire, à écrire et à compter. »

Flagrant délit de coming out réactionnaire ! Et tout le camp progressiste de le mettre en quarantaine… Eh bien il s’en fout, le philosophe – et il le prouve en traitant de « crétin » le premier ministre – qui, il faut le dire, l’avait attaqué sans le lire.

C’est comme ça qu’on l’aime, Michel ! Son côté de plus en plus « clivant », sa diabolisation même (le comble, pour un athée), il les assume avec la distance nécessaire, voire une certaine délectation. Avec le temps, Onfray s’est délesté des totems et tabous intellectuels, médiatiques et sociaux de l’époque. Du coup, il ne cesse de prendre de la hauteur… Jusqu’à quels cieux ?

 

LA PARABOLE DE WOODY

Mardi   juin / J’ai d’excellents amis athées ! N’empêche, ils me font irrésistiblement penser à Woody Allen dans Prends l’oseille et tire-toi. Il met en scène un voleur qui découpe soigneusement, à l’aide d’un diamant, la vitrine d’un joaillier, et part en courant avec son rond de verre sous le bras.

Beaucoup de gens n’agissent-ils pas ainsi avec la vie, mes frères ? Sans aller jusqu’à faire de Woody un Père de l’Église, son message pourrait servir de base à de sacrés sermons, genre : nous avons des trésors à portée de la main, et nous nous contentons de chiper des babioles…

Sous prétexte que les diamants pourraient être des faux, on se rue sur la verroterie. Une fois de plus, Chesterton avait raison : l’athéisme, c’est comme la solitude, ça n’existe pas. « Quand les hommes cessent de croire en Dieu, ce n’est pas pour croire en rien ; c’est pour croire à n’importe quoi. » Et ne me demandez pas la liste de ces « n’importe quoi » ; vous la connaissez aussi bien que moi, hélas.

 

LA FOLLE HISTOIRE DE L’EUTHANASIE

Mercredi 17 juin / Vu ce soir sur Arte, un intéressant documentaire intitulé Les Films interdits du IIIe Reich. Entendre par là, non pas les œuvres cinématographiques proscrites par Goebbels, mais les 40 films nazis encore censurés depuis la chute du régime (ils étaient 300 en 1945).

Leur projection n’est autorisée, nous explique-t-on, qu’à la condition d’être « strictement encadrée », c’est-à-dire précédée d’une introduction en forme de recontextualisation et suivie d’un débat sur l’indispensable distanciation. Soixante-dix ans après, la propagande nazie serait-elle encore « de la bombe, Bébé ! », comme disait Joey Starr ?

Les spécialistes interviewés dans le doc sont divisés. Certains prônent la levée de cette interdiction « désuète » ; d’autres estiment que les films en question peuvent encore « avoir un pouvoir de nuisance, notamment auprès des jeunes ». À voir l’éventail des œuvres présentées, on se dit que cette « liste noire » mériterait au moins un petit balayage.

Pour les films de pure propagande nazie, raciste et antisémite comme Le Juif Süss, Le jeune hitlérien Quex, etc., les « projections encadrées » semblent toujours compréhensibles. Mais que vient faire dans cette galère Stukas ! comédie musicale kitschissime qui semble inspirée par Springtime for Hitler – un triomphe à Broadway dans les délirants Producteurs de Mel Brooks ?

Le cas le plus paradoxal, c’est celui de Suis-je un assassin ? (« Ich Klage an »), réalisé en 1941 par un certain Wolfgang Liebeneiner à la demande expresse de Goebbels. L’objectif du ministre de la Propagande : faire passer en douceur un plaidoyer pour l’euthanasie – noyé dans les larmes d’une bouleversante histoire d’amour, pour ne pas heurter les sensibilités luthériennes.

Le pitch : un mari met fin aux souffrances de son épouse, atteinte d’un mal incurable, à sa demande et en un ultime acte d’amour. À propos d’Amour, comment ne pas penser ici au film de Michael Haneke, palmé à Cannes en 2012, nommé 5 fois aux Oscars et 5 fois césarisé ? En ces temps d’intense débat sur l’euthanasie, pourquoi censurer un film précurseur, qui abordait déjà le sujet il y a soixante-quinze ans ?

Mais si ça se trouve, c’est justement ce rapprochement qui pourrait agacer les partisans d’une euthanasie « démocratique ». Loin de moi, en tout cas, l’idée d’assimiler ceux-ci à des nazis sous prétexte que ça rime, comme s’en indignait Kouchner. Il n’y a que l’ami Bernard pour oser se dresser même contre l’étymologie s’il le faut !

Pour ma part, je ne trouve même pas « scandaleux » le jeu de mots « eutha-nazi » lancé par les « pro-vie » ; juste un peu foireux. Mais après tout, chez Lacan aussi ça arrive, et pourtant ses blagues sont censées « faire sens quelque part ». Alors va savoir.

 

SPARKS RAJEUNIT FRANZ FERDINAND !

Vendredi 26 juin / Pour avoir des places au concert de F.F.S. (Franz Ferdinand & Sparks) ce soir au Bataclan, j’ai dû payer le double du prix au marché noir, sur Viagogo le bien nommé. Au tarif normal, c’était complet au bout d’une heure. Alors quand je me suis réveillé, je ne vous raconte pas… Inutile aussi de présenter ici Sparks : si vous ne connaissez pas, vous n’avez rien à faire dans mes pages.

Dans une interview à Télérama (18/6/15), Ron Mael, l’auteur-compositeur gominé à lunettes et moustache, définit ainsi l’essence du duo : « Dès le début, le changement a toujours fait partie de notre style et de notre esprit. C’est ce que les gens aiment chez nous : qu’on les surprenne ! C’est quand on se répète qu’on déçoit. »

Chez eux le changement, c’est pas maintenant ; c’est tout le temps, et depuis qurante-cinq ans ! Régulièrement nos deux aliens font leur mue – jamais meilleurs que lorsqu’ils réapparaissent là où on les attend le moins. C’est ce qui se passe en accéléré depuis le début du xxie siècle : loin de se tarir, comme celles de leurs plus fameux collègues des 70’s, leur inspiration n’en finit plus de faire des étincelles[3. En anglais, « sparks ». En allemand, on s’en fout.].

Ils nous ont ainsi balancé tour à tour trois albums en forme de mini-opéras minimalistes et baroques, plus déroutants que du Vivaldi, moins chiants que du Phil Glass. Puis est venu un vrai opéra post-postmoderne, ou plus exactement rétro-futuriste, consacré à Ingmar Bergman. Les frangins l’ont monté à Los Angeles, et comptent bien en faire un film.

Entre-temps, ils ont multiplié les tournées dans toutes les positions : avec groupe, en duo, avec orchestre symphonique de 50 musiciens… Et voilà maintenant que nos sexagénaires californiens fous font équipe avec les dynamiques trentenaires écossais de Franz Ferdinand – que je qualifierais volontiers de « post-punk cool » si ça avait un sens.

2 + 4 : voilà nos 6 musiciens embarqués pour un album et une tournée communs, sous le nom de F.F.S. C’est un accord gagnant-gagnant. Après deux ou trois tubes planétaires il y a dix ans, l’étoile de Franz Ferdinand a quelque peu pâli. À titre d’exemple, mes enfants (17 et 14  ns) ne les connaissent déjà plus ! Pour le groupe, paradoxalement, la fusion avec Sparks est une perfusion de sang neuf.

Quant à Ron et Russel, c’est encore plus simple : avec le public de Franz Ferdinand (2 millions de fans sur Facebook, contre 30 000 pour eux), ils se font connaître d’une génération qui, au mieux, connaît un de leurs succès d’antan – et l’attribue à Queen.

Cela dit, dans ce mélange, « il y a de l’opportunisme, mais il n’y a pas que de l’opportunisme », comme dirait Lulu la Nantaise.

Les Écossais de chez Franz sont fans de Sparks depuis toujours, et l’idée d’une collaboration date d’il y a dix ans déjà. Comme l’observe d’ailleurs Alex Kapranos, leader du groupe, cette fusion transgénérationnelle n’a « pas d’équivalent dans l’histoire de la pop ».

Bien sûr, on pourra toujours chercher à nous contredire, Alex et moi – quitte à se replier finalement sur le duo Lady Gaga-Tony Bennett… Que faire contre la mauvaise foi ? « S’en foutre un peu », conseillait mon prof de philo. Essayez donc, ça marche !

Le concert, en revanche, ça se raconte pas[4. D’autant moins qu’en l’occurrence, celui du Bataclan est visible gratuitement sur arte.tv et YouTube.]. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il fut l’occasion de croiser Christophe Conte des Inrocks – auteur entre autres des regrettables « Billets durs » où il déboulonne chaque semaine, à l’aveuglette pourvu que ça pétille et que ça pète, une personnalité de droite ou débile, au choix – sans parler de l’intergroupe

J’ai donc pu le féliciter sincèrement pour son papier sur F.F.S. : « C’est la première fois que je suis d’accord avec toi ! » En fait, c’est même pas vrai : j’aime bien ce qu’il écrit sur la musique en général, et en particulier sur les Nits, un groupe hollandais méconnu dont il est fan comme moi. C’est la politique qui ne lui réussit pas, voilà tout. Ça arrive à des gens très bien.

 

« QU’EST-CE QUI M’A FOUTU DES CONNARDS PAREILS ? »

Lundi 29 juin / Charles Pasqua est mouru, et tout le monde sont unanimes ou presque à lui découvrir soudain les plus hautes vertus. Lui que la classe intello-politique détestait ou méprisait – avec en option la peur de ses légendaires et terrifiants « dossiers » –, voilà qu’on le couvre de fleurs en l’accablant d’éloges. « Mourez, nous ferons le reste ! »

Je l’entends d’ici rigoler à cette pagnolade, plongé dans son fauteuil, un whisky à la main et un cigare dans l’autre : « Qu’est-ce qui m’a foutu des connards pareils ? » Pasqua n’était dupe de rien ; il était même très lucide, sauf évidemment sur lui-même. Je gage donc que le spectacle de son embaumement virtuel l’aura plutôt réjoui.

Le président et le Premier ministre, la droite pour une fois unie (de Juppé à Philippot !) et même la gauche « responsable » font chœur pour rendre hommage au résistant, au patriote, au gaulliste, voire à l’homme d’État… On voit bien qu’il est mort ! Si ça se trouve, c’est même ça qui plaît.[/access]

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*Photo : Wikimedia Commons

Cuba, Iran: la paix, je veux l’avoir et je l’aurai

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Obama Etats-Unis Cuba Iran

Les présentateurs de journaux radio et télé – à ne pas confondre avec des journalistes – se gargarisent en ce moment de l’adjectif « historique » accolé aux accords internationaux négociés par Barack Obama avec les plus vieux ennemis encore actifs de la puissance américaine : Cuba des frères Castro, et l’Iran des mollahs chiites. Pour une fois, les bateleurs de l’info n’ont pas totalement tort : avant de quitter la scène politique active, le président des Etats-Unis a dénoué deux dossiers bloqués depuis des décennies. L’hostilité ouverte, marquée par l’absence de relations diplomatiques et l’imposition de sanctions économiques contre les régimes en place à La Havane et Téhéran se voit remplacée par une forme de coexistence apaisée ouvrant la voie à une normalisation totale.

L’argument le plus fort de Barack Obama face à ses détracteurs l’accusant de reculade face à « l’empire du mal » consiste à dire que l’autre politique, celles du blocus de Cuba et des sanctions économiques imposées à l’Iran n’a pas obtenu les résultats escomptés. Le pouvoir communiste et son cortège de violations des droits humains ne se sont pas écroulés dans la grande île caraïbe, et la théocratie iranienne se maintient depuis trente-cinq ans, montrant une réelle faculté d’adaptation aux évolutions de la société civile, sans toutefois lâcher sur l’essentiel, le pouvoir aux barbus enturbannés.

Si l’on se place dans une perspective bestialement « realpoliticienne », la démarche de Barack Obama est parfaitement logique : ni Cuba, ni l’Iran ne constituent des menaces stratégiques, même à moyen et long terme, pour les Etats-Unis. A supposer même que Téhéran viole les accords conclus à Vienne, et se dote de l’arme nucléaire, l’Iran ne menacerait pas plus le territoire des Etats-Unis que ne le fait aujourd’hui la Corée du Nord. Pour Israël, et même pour l’Union européenne, dont les deux tiers du territoire sont aujourd’hui à portée de missile iranien, la question se pose différemment, mais Barack Obama peut, à juste titre, faire valoir qu’il assure aux alliés européens de l’Otan la garantie du parapluie nucléaire américain, et qu’il fournit à Israël l’essentiel des armes lui permettant de faire face à une menace stratégique, c’est-à-dire à une agression mettant en danger son existence.

Les résidus du « monde d’avant », la France gaullienne forte de sa dissuasion du «  faible au fort » fondée sur un arsenal nucléaire autonome, permet à Laurent Fabius de gonfler des muscles, et de jouer un temps le « bad cop » dans le bras de fer diplomatique avec l’Iran, mais au bout du compte, la raison US l’emporte. La blonde Federica Mogherini, haute représentante de l’UE pour la politique extérieure, peut alors exceller dans le rôle de perruche (féminin de perroquet) du discours de la Maison Blanche.

Tout cela serait fort sympathique si les choix de Barack Obama ne se fondaient sur des paris, dont la première victime, en cas de pari perdu ne seraient pas les Etats-Unis, mais quelques-uns des plus proches alliés des Etats Unis, avec , dans l’ordre croissant de risques encourus, L’Egypte et les monarchies du Golfe, Israël, et une Europe prise en tenaille entre le néo-impérialisme poutinien, et un Iran dominateur au Proche et Moyen Orient. Miser avec l’argent d’autrui (en l’occurrence sa sécurité) est la meilleure méthode pour éviter de perdre…Par ailleurs, la garantie nucléaire américaine est soumise à l’évaluation de la menace par celui qui détient les moyens militaires, et celle-ci peut être différente de l’analyse des victimes potentielles. En cas de conflit avec un Iran nucléarisé, il est tentant pour la puissance protectrice, non directement menacée, de demander à ses protégés de faire montre de souplesse pour éviter une catastrophe… Cela s’appelle le chantage atomique.

Ce scénario du pire n’est sans doute pas inéluctable, et sa version optimiste verrait une société civile iranienne secouer le joug de la dictature théocratique qui l’opprime, et se présenter alors comme la grande nation d’un Islam moderne réconcilié avec la démocratie et les droits humains, ceux de la femme en particulier. On nous permettra de rester sur la réserve dans nos pronostics à moyen et long terme, et de nous inquiéter, pour le court terme, de l’usage qui va être fait, par le régime de Téhéran des milliards de dollars ou d’euros que l’accord de Vienne va lui procurer avec la levée des sanctions. Le soutien à Bachar El Assad et à ses alliés du Hezbollah libanais ne devrait pas pâtir de la nouvelle donne, car rien dans le texte de Vienne, n’aborde le sujet du financement d’un ami dictateur sanglant, et d’une organisation terroriste dont l’objectif affiché est l’éradication de l’Etat juif…

Enfin, et il est surprenant qu’aucun de nos brillants analystes médiatiques ne l’ait souligné (ou alors cela m’aurait échappé), on constate que dans le cas de Cuba comme dans celui de l’Iran, aucune exigence en matière de respect des droits humains fondamentaux, ne faisait partie du « paquet » des négociations. Raul Castro et sa bande peuvent continuer à emprisonner les dissidents, museler la presse et l’accès internet,  à organiser un système prostitutionnel paraétatique à l’usage des touristes, dont la clique militaro-politique au pouvoir tire les principaux bénéfices. La pendaison des homosexuels à des grues, l’emprisonnement pour adultère, le tchador imposé resteront la norme chez les Perses. En agissant ainsi, Barack Obama rompt avec une tradition vieille d’un siècle, inaugurée par le président Woodrow Wilson au lendemain de la première guerre mondiale : la puissance américaine n’est pas seulement au service des intérêts économiques et stratégiques des Etats-Unis, mais s’efforce de promouvoir sur l’ensemble de la planète des valeurs considérées comme universelles, comme la démocratie, la liberté de croyance et d’expression… Même le président Jimmy Carter, qui n’appartient pas à l’espèce des faucons néo-cons, avait inclus cette dimension dans la grande négociation avec l’URSS de Brejnev, qui avait abouti, en 1975, à la signature des accords d’Helsinki. Une troisième corbeille, en plus des accords stratégiques et économiques, était consacrée à l’affirmation du respect des libertés fondamentales par les parties signataires. Bien entendu, les communistes soviétiques n’en tinrent aucun compte, mais ils donnèrent une base juridique internationale à l’action des dissidents dans tous les pays du bloc soviétique, préparant ainsi les futures élites de l’ère post communiste en Europe.

Les démocrates cubains ou iraniens n’auront pas cette chance, et la responsabilité historique en revient à Barack Obama.

*Photo : Ron Sachs/Pool/sipausa.sipausa_15541102/1507012045

En Irlande, distinguer « il » et « elle » est transphobe

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Irlande LGBT transphobie

Irlande LGBT transphobie

Le 15 juillet, en Irlande, une publicité jugée « transphobe » a soulevé un véritable concert d’indignations, initié comme toujours sur les réseaux sociaux.

Sur une affiche de l’opérateur Three Mobile, le message – un peu abscons il est vrai – se voulait simplement humoristique : « Désolé pour les clients de Vodafone (une compagnie concurrente), il s’est avéré qu’‟il” était une “elle” après que vous ayez épuisé tout votre forfait. » La blague, bien entendu, faisait référence à la frustration ressentie lorsqu’on rate le dénouement d’une intrigue haletante pour cause de connexion perdue… Ici : le méchant, c’était la femme, mais vous avez raté la fin parce que vous n’aviez pas souscrit à nos forfaits illimités.

Cet innocent slogan a été interprété comme un scandaleux appel à la « transphobie », et immédiatement diffusé sur Twitter, certains utilisateurs sommant la société Three Mobile de s’expliquer. Après les particuliers, c’est l’association Teni (Transgender Equality Network Ireland) qui a tweeté pour demander des comptes à l’opérateur concernant cette annonce « très transphobe » : « Je ne suis pas sûre du message qu’ils veulent faire passer. En Irlande il y a des tas de blagues et de moqueries à l’encontre des personnes trans. Il nous semble que c’est un coup bas », a déclaré leur porte-parole, Broden Giambrone, dans l’Irish Times.

Bien que l’association Teni n’ait vraisemblablement pas compris l’idée de cette publicité, Three Mobile ne s’est évidemment pas risquée à protester. Elle s’est tout de suite répandue en excuses et a expliqué le sens de sa plaisanterie, sans doute trop subtile pour certain.e.s[1. Pardon pour vos pauvres yeux non encore habitués à la grammaire 2.0.] : « Nous sommes désolés si cette publicité a pu offenser des personnes. Ce n’était pas notre intention. Elle fait partie d’une campagne plus large, qui donne des exemples de moments où l’on peut rater la scène clé d’une série télévisée ou d’un film car on a utilisé tout son crédit ».

Voilà qui semble bien loin d’une quelconque allusion aux soucis identitaires des personnes transsexuelles. Mais l’affiche a toute de même été retirée fissa par la compagnie, qui préfère ne pas s’attirer d’ennuis. Il valait mieux, en effet, ne pas semer le doute sur une possible transphobie, car le Parlement irlandais votait le jour-même une loi baptisée Gender recognition bill. Ce texte, particulièrement transphile quant à lui, donne à tous les adultes irlandais le droit de changer de sexe sur simple demande… à l’état civil.

L’Irlande n’est que le quatrième Etat au monde à ouvrir une telle possibilité à ses citoyens. En France, pays rétrograde qui peine toujours à rattraper son « retard » en matière sociétale, le changement de sexe officiel demeure conditionné par la stérilisation ou la pratique d’une opération chirurgicale. Libération a donc salué cette réforme comme « un pas de géant pour l’Irlande », ce pays qui fut si longtemps « un cancre dans la classe européenne » et qui n’a adopté le mariage homosexuel qu’il y a deux mois.

Malgré la rapidité foudroyante de ces changements sociétaux, les associations LGBT locales ne sont pas encore pleinement satisfaites. La « question des personnes intersexes et non-binaires » (celles qui ne sont pas dupes du grossier mensonge de l’existence des sexes) reste à traiter, tout comme celle des mineurs. En effet, seules les personnes âgées d’au moins 18 ans peuvent changer de sexe sur simple demande, mais un accord parental est exigé pour les 16-18 ans. Et pour ceux qui ont moins de 16 ans, il n’est pas encore possible de choisir son sexe.

Boris Dittrich, ancien homme politique néerlandais et militant des droits de l’homme s’inquiète auprès de Libération : « On risque de condamner les enfants à des sentiments de stigmatisation, d’exclusion et de discrimination ». Suivant sa logique, la prochaine étape dans la conquête des droits de l’enfant devrait donc être la possibilité pour un.e garçon/fille de quatorze ans d’aller se déclarer à la mairie pour devenir officiellement un.e fille/garçon.

Dans ces conditions, certains gamins pourraient s’amuser à « changer de sexe » juste histoire de faire une blague à leurs parents. Peut-être seront-ils eux aussi qualifiés de « transphobes », puisque non loin de l’Irlande, à Glasgow, on se tire même dans les pattes entre militants LGBTIQN-B[2. Lesbiennes, gays, bi, trans, intersexes, queers, non-binaires.] : Les « drag queens » y ont été banni.e.s de la marche des fiertés car illes ou els[3. Non, ce n’est pas mon clavier, c’est leur sabir.] « moquent et minimisent les difficultés des trans et des non-binaires dans leur lutte identitaire » lit-on sur Kaleidoscot, un bulletin d’information en ligne de la communauté.

Moralité : il y a de plus en plus de blagues qui ne se font pas, et de jours où on préfèrerait avoir une connexion limitée.

*Photo : Wikipedia.org

Uber: un VTC aux vitres un peu trop teintées

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Uber Justice handicap

Uber Justice handicap

Ces derniers-temps, Uber s’est frotté à la société française et, s’il a rencontré l’opposition musclée des taxis, c’est la justice qui a circonscrit son périmètre d’action. Mais il n’y a pas que dans notre pays, prétendument gangréné par l’immobilisme, que l’entreprise de chauffeurs privés subit les affres de la justice. Aux Etats-Unis, les critiques se multiplient à l’encontre d’Uber et la société vient de perdre un procès qui pourrait lui coûter cher.

En se plaçant sur le secteur des compagnies de transports, Uber assume, d’une certaine manière un service d’intérêt général et doit, dans ces conditions, rendre des comptes fréquemment auprès de nombreuses autorités juridictionnelles, notamment en livrant des informations sur le fonctionnement et la qualité de ses services. Problème, l’entreprise fait régner l’opacité autour de son activité et se refuse à communiquer certaines données.

En Californie, elle a donc été condamnée à verser 7,3 millions de dollars d’amende pour n’avoir pas su fournir les documents nécessaires à l’évaluation de ses services. Le principal reproche fait à Uber : la disponibilité de véhicules accessibles aux handicapés est insuffisamment renseignée. La California Public Utilities Commission (CPUC), un organisme chargé de veiller à la bonne marche des services d’intérêt public gérés par le privé, a donc condamné Uber ce 15 juillet. Si la société ne paie pas son amende sous un mois, ses activités seront suspendues dans tout l’Etat de Californie.

La CUPC avait lancé une campagne de collecte d’informations auprès de toutes les sociétés de transports en réseau de l’Etat. Toutes les compagnies étaient sommées de répondre à l’enquête avant Septembre 2014. D’autres entreprises du même type, notamment Lyft et Sidecar, ont elles aussi été interrogées mais Uber est la seule à n’avoir pas répondu de manière satisfaisante. Un grand nombre d’informations était demandé : les causes des accidents dans lesquels les chauffeurs étaient impliqués, le nombre de courses demandées mais refusées par les chauffeurs, le coût moyen d’un trajet et, donc, le pourcentage de refus adressés aux requêtes de véhicules accessible aux handicapés. Le contentieux entre Uber et la CUPC repose sur le fait que la compagnie ne veut fournir que des données anonymes.

Dans le journal américain Re/code, la CUPC explique pourquoi elle demande ces informations : « Nous voulons réunir les informations nécessaires pour assurer la surveillance des compagnie de transports en réseau, cela au nom du public de ces compagnies. Nous voulons assurer que ces services fonctionnent de manière non-discriminatoire, en offrant un égal accès et la sécurité à tous ».

Les responsables d’Uber se défendent cependant d’avoir voulu tromper la CUPC. Questionné par le journal Re/code, un membre de la firme déclare qu’un « nombre substantiels de données a été remis à la juridiction », des données « que nous avons fourni à d’autres organismes sans ne jamais recevoir de plaintes ». Cependant,  pour justifier son non-respect de la règle de transparence, la compagnie invoque le droit à l’anonymat aussi bien de ses employés que de ses clients.

Pourtant, contrairement aux dires des dirigeants d’Uber, la société a été accusée à de nombreuses reprises d’ignorer les requêtes de données de la part des gouvernements. Elle s’est néanmoins engagée auprès du tribunal de New-York à fournir les plaques d’immatriculation de ses véhicules ainsi que les lieux d’arrivée et de départ de ses courses.

Mais ces informations supplémentaires n’éclairent pas les conditions d’accès des personnes handicapées aux véhicules Uber. De nombreux procès restent en cours au Texas et en Californie à propos de la manière dont sont traitées ces personnes. Des personnes aveugles disent avoir été rejetées à cause de la présence de leurs chiens, tandis que les personnes en chaises roulantes n’ont toujours aucun moyen de demander un véhicule adapté sur l’application de la compagnie.

Autant dire que les ennuis d’Uber avec la justice ne sont pas finis et que son modèle particulièrement opaque laisse de nombreuses questions en suspens dans la mesure où, à l’inverse d’autres compagnies de la Silicon Valley, elle se positionne sur un secteur qui demeure partout très régulé.

*Photo : Wikimedia Commons

A qui profitera le «Moment grec»?

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référendum Grèce PS Les Républicains

référendum Grèce PS Les Républicains

Maintenant que l’actualité grecque a perdu de la vitesse et en attendant que les prochains épisodes débarquent sur nos écrans, il est utile de faire un point sur les bouleversements que cette séquence à produit sur notre échiquier politique et les enseignements qu’on peut en tirer. Le « Moment grec » est l’un de ceux qui permettent d’établir un état des lieux politique et idéologique.

Puisque le Premier ministre grec Alexis Tsipras en a été l’acteur principal, voyons d’abord du côté de ceux qui se considèrent comme ses partenaires politiques privilégiés en France. On y trouvait le Front de gauche, les frondeurs du PS et une partie des écologistes. Comme l’a expliqué notamment Frédéric Lordon, cette séquence permet à tous, et notamment à ceux qui se réclament de la gauche radicale, de comprendre qu’il ne peut y avoir, de son point de vue, « d’euro sympa ». L’intransigeance du gouvernement allemand, du CDU au SPD, ôte les dernières illusions quant à la possibilité de mettre la monnaie européenne au service de leurs idées. Pire, il est même l’outil privilégié utilisé contre leurs idées. Comme aurait dit un humoriste très apprécié à gauche,  s’ils ne le voient pas maintenant, « ce n’est pas des lunettes qu’il leur faut mais un chien ». Jean-Luc Mélenchon a toujours dit que si, arrivé au pouvoir, il se heurtait au refus allemand, il opterait pour la fin de l’euro. Aujourd’hui, il sait que le refus est définitif. Il faudra suivre ses prochaines déclarations avec attention sur ce thème. Quant aux frondeurs, on a pu observer qu’ils avaient tous voté l’accord signé la semaine dernière, alors même qu’ils savent – et parfois disent – que cet accord a été extorqué à Tsipras. Croient-ils encore à la possibilité d’un « euro sympa » ?  Il nous est difficile de sonder les reins et les cœurs, mais leur foi doit être sacrément ébranlée. En tout cas, Arnaud Montebourg a décidé de convier Yanis Varoufakis à sa traditionnelle Fête de la Rose de Frangy-en-Bresse, fin août. L’ancien ministre grec des finances a conseillé à Tsipras, la nuit du référendum, de réquisitionner la Banque de Grèce et de mettre en place un système de monnaie parallèle, ce qui aurait permis de montrer la détermination du gouvernement et d’anticiper un éventuel Grexit. Tsipras n’a pas souhaité l’écouter. Varoufakis a ensuite voté contre l’accord à la Vouli. Inviter celui qui incarne aujourd’hui le Non grec n’est pas anodin pour Montebourg. Va-t-il prendre un virage sur l’euro en ses terres bressanes dans quelques semaines ? On attend son discours avec impatience. De ce point de vue, nous ne croyons pas à une évolution de Cécile Duflot sur la question. Entre deux maux, l’austérité et l’adhésion à tout ce qui pourrait ressembler à du chevènementisme, l’ancienne ministre du logement a sans doute fait son choix ad vitam aeternam. Jean-Luc Mélenchon l’a appris à ses dépens lors de la sortie de son dernier pamphlet contre l’Allemagne.

Du côté de la gauche hollando-vallsaise, la question de l’euro est aujourd’hui complètement religieuse. On doit sauver l’euro « à tout prix », parce que l’euro, c’est l’Europe, et l’Europe, c’est la Paix. A partir de ce constat, aucune négociation n’est possible avec l’Allemagne dans la mesure où cette dernière est certaine que ses interlocuteurs ne sacrifieront jamais l’euro et qu’ils feront tout pour le sauver. Ils sont ainsi prêts à tous les sacrifices et tous les renoncements programmatiques. Schaüble peut tout demander à un gouvernement dirigé par cette frange de la gauche. Il gagnera. Pour l’instant, il joue avec la France et l’Italie comme un gros matou avec des souris. Si « l’euro sympa » c’est fini, « l’euro-religion » n’est pas mort.

Du côté des Républicains et de l’UDI, il y a certes une part « d’euro-religion » mais pas seulement. On a pu observer lors du « Moment grec » une manifestation de fascination quasi-unanime devant le duo Merkel-Schaüble. C’est bien de ce parti qu’on a entendu le plus conspuer Alexis Tsipras. L’ordo-libéralisme de type allemand constitue un objectif à lui seul. L’euro n’est pas une religion comme au PS hollandais, et a justement l’objectif de ne pas être « sympa » comme le souhaitait la gauche radicale. Il est un outil au service d’un modèle qu’on vénère. Pas une feuille de papier à cigarette sur cet objectif entre Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Xavier Bertrand et François Fillon. Une seule grande voix discordante par rapport à cette ligne, celle d’Henri Guaino. Entre son discours et celui des différents candidats possibles à la primaire, il n’y a plus un fossé mais le Grand Canyon. Toutefois, l’ancien candidat spécial ne préconise pas comme Jean-Pierre Chevènement un démontage de la monnaie unique. S’il souhaite préserver l’existence de cette dernière, c’est par prudence et par crainte qu’une telle opération ne provoque une crise financière mondiale, suscitant davantage de malheurs encore que le statu quo. Si Nicolas Sarkozy et Alain Juppé sont cohérents en soutenant l’idée d’un euro obligeant mécaniquement la France à effectuer les réformes dont ils rêvent, souhaitant une législation fiscale et sociale équivalente à celle de notre voisin d’outre-Rhin, qu’en est-il de François Fillon et de Xavier Bertrand ? Souvenons-nous qu’ils défendirent quant à eux le Non avec Philippe Séguin, ce dernier ayant prophétiquement annoncé les écueils d’une monnaie unique non assise sur un gouvernement vraiment fédéral. On ne comprend pas vraiment, à vrai dire, la fascination de ces deux-là pour l’ordo-libéralisme allemand alors que leur attachement ancien à la souveraineté, tout en revendiquant des idées libérales, devrait leur suggérer de regarder ce qui se passe de l’autre côté… de la Manche. Bertrand et Fillon pourraient en effet assumer un souverainisme libéral à l’anglaise, mais ce n’est pas le cas.

Qui pourrait bien emprunter ce modèle dans les prochaines  années ? Ce ne sera pas Nicolas Dupont-Aignan, dont le noyau des troupes provient de la frange gaulliste sociale qui militait naguère pour Séguin et Pasqua. Il tente bien, parfois, d’apparaître plus « libéral » que Marine Le Pen, empruntant une sémantique destinée aux petits patrons, aux commerçants et aux artisans, mais ce n’est visiblement pas son ADN. D’ailleurs, si Jean-Pierre Chevènement lui fait des avances et sera présent aux universités de DLF à la rentrée, ce n’est pas pour faire du Cameron. Finalement, celle qui pourrait incarner à l’avenir ce souverainisme libéral, combinant hostilité à l’euro et à l’intégration européenne, mais dans un esprit plus britannique, c’est sans doute Marion Maréchal Le Pen, en menant cette bataille à l’intérieur du FN contre sa tante et Florian Philippot. Ces deux derniers, même s’ils essuient pour le moment la tempête provoquée par le vieux patriarche, demeurent les grands bénéficiaires du « Moment grec ». L’idée qu’il n’y a pas « d’euro sympa » leur permet de gagner la bataille face au Front de gauche, qui les accusait d’être défaitistes en promouvant directement la sortie de l’euro. De surcroît, aux yeux des ouvriers et des employés, ils apportent une cohérence d’ensemble contre les différentes facettes du libéralisme mondialisé. Non seulement ils s’opposent à l’euro depuis plus longtemps, mais ils sont opposés à la libre circulation des marchandises, des capitaux… et des hommes. Pour séduire les classes populaires, le sans-frontiérisme de la gauche radicale constitue en effet un handicap et le demeurera, même si elle fait son aggiornamento sur l’euro.

Si les crises à répétition de l’euro vont certainement revenir, la prochaine bataille, le prochain « Moment » devrait survenir au moment des votes du traité transatlantique. La gauche radicale sera-t-elle plus à l’offensive que le FN et surtout plus audible ? Le PS cèdera-t-il encore sur ce dossier à l’intransigeance allemande par foi dans la construction européenne, malgré son ministre euro-critique Matthias Fekl, au centre des négociations ? La droite classique LR-UDI demeurera-t-elle la meilleure élève d’Angela Merkel ? Des recompositions auront-elles enfin lieu à cette occasion ?

Ces enjeux pèseront davantage que le résultat des élections régionales, à n’en pas douter.

*Photo : Wikipedia.org

Jeu vidéo et «suprémacisme»

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#Gamergate. Pas sûr que le lecteur connaisse, mais Le Monde / Pixels a couvert leur récente réunion parisienne. Un article au ton préoccupé et vigilant. Son auteur s’est rendu sur place, prêt à débusquer le Mal qui rôde jusque dans nos rues. Posture involontairement comique qui ne prouve pas en soi qu’il faille bénir #GG, mais qui incline tout de même à examiner la chose avec bienveillance. Si vous avez lu le papier d’Alban Agnoux dans Causeur n° 26, #Gamergate ne vous dépaysera pas : il s’agit d’un mouvement online engagé dans un combat d’opinion pour protéger la liberté d’expression dans les jeux vidéo. Contre qui ? Principalement contre ceux que les partisans de #GG fustigent sous le nom de social justice warriors (SJW). En gros, si vous aimez Lara Croft, vous n’êtes pas un SJW. Cela fait-il de vous un antiféministe ? Il faut parfois peu de choses pour devenir suspect, de nos jours.

#Gamergate

Ah, cette jeune génération ! Elle nous laisse parfois perplexe. L’auteur de l’article du Monde n’a pas esquivé cet aspect bariolé du phénomène #GG. On peut comprendre qu’il ait par ailleurs cherché à durcir le trait, pour équilibrer le tableau et ne pas désorienter ses lecteurs. Pour se rassurer sur sa propre orthodoxie ? Je n’irais pas jusque-là. En tout cas, Vox Day, l’un des gamers à l’initiative du #GG parisien, tombait bien : pas trop jeune, plus facile à classer, surtout quand on applique la méthode du procès d’intention. Après tout, vu le nombre de détracteurs que l’homme possède déjà, pourquoi ne pas se joindre à la meute ? La menace tapie dans l’ombre de #GG, ce serait principalement lui. Lui, et son idéologie : le suprémacisme.

C’est peut-être moi, mais comme caractérisation, ça reste vague, pour ne pas dire désinvolte. Une accusation sans zèle, sans élan, sans conviction. Voyez la deuxième photo de l’article, où figure certes le prétendu suprémaciste Vox Day, mais qui inclut aussi, de manière inexplicable, le propriétaire noir de la brasserie avec sa mine réjouie : comment voulez-vous que le lecteur ne commence pas à douter ? Si en plus il décide de faire un tour sur le blog du gars… Bon, tout n’est pas perdu. D’après ce que je lis, l’accusation de suprémacisme le chagrine beaucoup, lui qui ne loupe pas une occasion de revendiquer ses ascendances amérindienne et mexicaine. Mais il a quand même l’air un peu trop content de faire l’objet d’un article du Monde. Caricaturer l’ennemi, pourquoi pas, mais il faut y mettre du cœur, sinon c’est contre-productif.

Le testament autocritique de Jean Lacouture

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communisme Jean Lacouture

communisme Jean Lacouture

Nous sommes des centaines de milliers rien qu’en France à avoir été communistes, avant de décrocher quand nous nous sommes aperçus que nous étions victimes d’une illusion et, ce qui est pire, que nous avions été complices de l‘une des deux pires tragédies de l’Histoire.

La plupart des « ex » ont tourné cette page de leur vie sans tambour ni trompette, et sans chercher à savoir d’où provenaient leur illusion et leur faute. Ils sont passés à autre chose, pensant qu’on se débarrasse de la mentalité dans laquelle on s’est formé comme on abandonne une vieille peau derrière soi.

C’est bien leur droit. Et je ne leur jette pas la pierre, puisque je suis devenu libéral, et donc tolérant.

Je regrette seulement qu’ils n’aient fait bénéficier personne de leur erreur et de leur faute passées.

Ce ne serait pas si grave s’il n’existait plus de régimes communistes de par le monde, et s’il n’y avait plus chez nous de gens séduits par l’idéologie communiste.

Ce n’est le cas sur aucun de ces deux plans.

Si on additionne la Chine, le Vietnam, le Laos, la Corée du Nord et Cuba, cela fait un paquet de peuples sur lesquels le parti communiste exerce un pouvoir  absolu.

Quant aux gens de plume qui se piquent d’être communistes, (tout en vomissant bien sûr  le communisme réel, car ces marxistes ne voient pas le rapport entre une idéologie et sa mise en pratique) il s’en trouve même à Causeur, où rien pourtant n’est placé au-dessus de l’esprit critique.

Quelques tentatives m’ont prouvé qu’il ne servait à rien que j’essaie d’éclairer leur lanterne.

Puisque je suis inaudible, je passe la parole à Jean Lacouture, qui vient de passer l’arme à gauche, où il était déjà de son vivant.

Cet homme est incontestable : il n’est pas comme moi un anticommuniste, un traître, un renégat, un réac, un néo-cons, bref, un chien de garde de la finance internationale qui vient d’humilier l’héroïque peuple grec et ses leaders en leur imposant  une nouvelle avance de plusieurs milliards d’euros.

Je suis bien tranquille, personne à Causeur n’osera contredire le témoignage de Jean Lacouture.

Voici donc un extrait de l’examen de conscience public auquel il s’est obligé, et que Laurent Joffrin rapporte dans Libération, au risque de défriser certains de ses lecteurs.

«J’ai pratiqué une information sélective en dissimulant le caractère stalinien du régime nord-vietnamien. Je pensais que le conflit contre l’impérialisme américain était profondément juste et qu’il serait toujours temps, après la guerre, de s’interroger sur la nature véritable du régime. Au Cambodge, j’ai péché par ignorance et par naïveté. Je n’avais aucun moyen de contrôler mes informations. J’avais un peu connu certains dirigeants actuels des Khmers rouges, mais rien ne permettait de jeter une ombre sur leur avenir et leur programme. Ils se réclamaient du marxisme sans que j’aie pu déceler en eux les racines du totalitarisme. J’avoue que j’ai manqué de pénétration politique.»

Laurent Joffrin conclut : « Difficile d’être plus sincère. »

C’est vrai, on ne peut pas être plus sincère. Par contre, on peut essayer d’être encore plus lucide.

Par exemple, en se demandant sans complaisance si aujourd’hui encore rien ne permet de déceler les racines du totalitarisme chez des gens qui se réclament du marxisme.

Cela nécessite seulement de lire Marx les yeux ouverts, avant de vouloir recommencer l’expérimentation communiste in vivo.

*Photo : GINIES/SIPA/00577397_000002

Grèce: et soudain, DSK…

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Dominique Strauss-Kahn Grèce Europe

Dominique Strauss-Kahn Grèce Europe

L’été, on aura beau dire, c’est toujours la saison des surprises. Une fille qui danse sur le sable et vous rappelle votre premier amour, une petite ville blanche et bleue qui pourrait être une retraite idéale ou bien, au hasard d’une connexion Internet aléatoire, un texte sur l’Europe et la Grèce avec lequel vous êtes d’accord à 80, voire 90%. La chose est assez rare pour être signalée. Ce n’est pas parce que vous avez désespérément apporté un soutien sans faille à la Grèce et à Tsipras que vous êtes d’accord avec tous ceux qui ont apporté comme vous un soutien sans faille à la Grèce et à Tsipras. Entendons nous bien : encore une fois, c’est au nom d’une certaine idée de l’Europe que nous avons cru, et que nous croyons encore, finalement, à l’expérience Syriza.

D’ailleurs, il n’y a pas eu à proprement parler d’« échec » de Syriza. Il y a un échec quand on est libre de mener une politique et que cette politique échoue. Il est aussi absurde de parler d’échec de Syriza qu’il serait absurde de parler d’échec d’Allende au Chili en 73 ou de Dubcek à Prague en 68. Et donc, ce soutien à Syriza n’était pas pour nous, contrairement aux souverainistes ou aux eurosceptiques même de gauche, même très à gauche comme l’ami Aurélien Bernier, un moyen d’en finir avec l’Union Européenne mais plutôt de la réorienter vers plus de démocratie, de social, d’entente entre les peuples.

Ça, il est sûr que pour le moment, c’est raté et bien raté. Tsipras a connu un week-end de défaite et d’humiliation et, comme à Munich, il ne pouvait choisir qu’une solution tragique, au sens premier du terme, c’est-à-dire une alternative entre une fin effroyable, – le Grexit non préparé – et un effroi sans fin, -la soumission honteuse, l’acceptation d’exigences qui vont bien au-delà de la rationalité économique (même dans une perspective libérale) mais qui s’apparentent à une vengeance dont le sadisme est à la mesure de la peur éprouvée devant ces bolchéviques hellènes qui ne voulaient pas lâcher l’affaire. Bref, au cœur de l’été, lire un texte qui ne soit pas du genre gauchiste NPA sur l’air « On vous l’avait bien dit, Syriza, c’est des réformistes » ou bien souverainiste « La démocratie et l’UE sont incompatibles par essence, l’euro est par définition une monnaie qui ne peut servir qu’à de vieux Allemands retraités », cela nous a donné de l’air. Sauf que nous avons éprouvé une surprise au carré en apprenant que celui qui l’avait signé s’appelait Dominique Strauss-Kahn.

Pour commencer, le titre nous a bien plu : « A mes amis allemands ».  Parce que déjà, un titre comme ça ne confond pas un peuple et son gouvernement. La germanophobie n’est pas notre sport favori, pour tout dire, et nous préférons nous souvenir de Jean-Pierre Timbaud, le copain de Guy Mollet qui, devant son peloton d’exécution nazi, criait « Vive le parti communiste allemand ! » ou encore de Manoukian, le poète arménien, chef des FTP-MOI de l’Affiche Rouge qui, dans sa dernière lettre à sa femme avant d’être exécuté, écrivait : « Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand. »  Finalement, la germanophobie est un comportement symétrique à l’hellènophobie de la CDU et du SPD. On n’est pas obligé, en effet, pour se faire entendre des ordo-libéraux d’Outre-Rhin, de parler des Allemands comme Wolfgang Schaüble parle des Grecs. Personne n’est obligé de s’abaisser à ce niveau-là, vraiment.

C’est un des aspects intéressants du texte de DSK qui explique bien que ce mépris, géopolitiquement, est en plus une belle bêtise. Et que vouloir réduire l’Europe à l’Allemagne et quelques satellites dans un genre de nouvelle Ligue Hanséatique, c’est se condamner à un bien petit destin : « Jamais le repli sur le Nord ne suffira à vous sauver. Vous, comme tous les Européens, avez besoin de l’ensemble de l’Europe pour survivre, divisés nous sommes trop petits. (…) L’enjeu est de taille. Une alliance de quelques pays européens, même emmenée par le plus puissant d’entre eux, sera peu capable d’affronter seule la pression russe et sera vassalisée par notre allié et ami américain à une échéance qui n’est peut être pas si lointaine. »

Car un des étonnements pour qui se souvient du DSK patron du FMI sous les ors de Washington est que ce texte, s’il fait un sort aux souverainistes, en fait un aussi, et de quelle belle manière, aux atlantistes de tout poil : « Il y a aussi ceux qui ont la vue trop longue. Ceux qui sont capables de voir plus loin que leurs propres frontières mais qui ont choisi de renoncer à faire vivre cette communauté qui leur était pourtant la plus proche. Ils se tournent vers d’autres, plus à l’ouest, auxquels ils ont accepté de se soumettre. »

Ce tropisme atlantiste de plus en plus répandu dans les grands partis de gouvernement en France, on pouvait penser que DSK le partageait et envisageait l’Europe comme un appendice américain, où pouvait s’ébattre le capitalisme sans la moindre règle. Eh bien non, il y a chez DSK une vision de l’Europe comme culture dont les racines, précisément, sont… grecques : « Qui sait d’où affleure ce continent ? L’Europe est-elle née dans les poèmes homériques du IXe siècle avant notre ère ? Est-elle née dans les tranchées de fange et de boue où tous les sangs du monde vinrent se mêler, mélanger leurs couleurs, brasser leurs rêves, croiser leurs ambitions ? »

Et c’est au nom de cette vision, précisément, qu’il condamne sans ambages la méthode du gouvernement allemand et qu’il pointe, très clairement, qu’il s’est agi là de punir la Grèce bien plus parce qu’elle s’était choisi un gouvernement de gauche que pour ses errements passés : « Mais ces dirigeants politiques me semblaient jusqu’alors trop avertis pour vouloir saisir l’occasion d’une victoire idéologique sur un gouvernement d’extrême gauche au prix d’une fragmentation de l’Union. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. A compter nos milliards plutôt qu’à les utiliser pour construire, à refuser d’accepter une perte – pourtant évidente – en repoussant toujours un engagement sur la réduction de la dette, à préférer humilier un peuple parce qu’il est incapable de se réformer, à faire passer des ressentiments – pour justifiés qu’ils soient – avant des projets d’avenir, nous tournons le dos à ce que doit être l’Europe, nous tournons le dos à la solidarité citoyenne d’Habermas. »

Alors, bien sûr, on pourra toujours penser que DSK joue sa propre partition, qu’il se rachète une virginité, qu’il cherche à revenir dans le jeu. Il n’empêche que le voir aujourd’hui dénoncer le coup d’état des créanciers, cela fait du bien. Parce que justement, à gauche, nous avions pris l’habitude de voir en DSK, avant même ses déboires privés, l’archétype du « social-traître ». Et que, dans ce camp là, il était bien le dernier que nous pouvions imaginer condamner en termes aussi vigoureux la mise à mort du « printemps grec » et poser la seule question qui fâche vraiment : que restera-t-il d’idéal européen dans une Union européenne qui se construit de cette manière ?

*Photo : Flickr.com

Chine, la puissance inquiète

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Chine dette krach

Chine dette krach

« La Chine m’inquiète » disait la duchesse de Guermantes dans Du côté de chez Swann. Le propos, dérisoire mais divertissant, a fini par devenir vrai quand la Chine a atteint récemment le statut de premier producteur mondial aux côtés et au grand dam des Etats-Unis, après avoir trente cinq années durant élargi et renforcé sa capacité économique.

En juin cependant, tandis que l’imbroglio grec faisait perdre leur latin aux Européens, les bourses de Shanghai et de Pékin ont offert le spectacle d’un krach qui n’était attendu par aucun des économistes spécialisés. L’effondrement des cotes, de plus d’un tiers en deux semaines, a touché toutes les valeurs et la peur s’est emparée des entreprises qui étaient cotées ou voulaient se faire introduire en bourse.

Il y avait deux façons d’aborder l’évènement. La première consistait à prendre le mouvement comme une profonde correction survenant après cinq mois de folie qui avaient vu, depuis janvier, les cotes s’élever de 55% environ. Il aurait fallu alors attendre la stabilisation spontanée du marché revenu à plus de réalisme. La seconde consistait à s’alarmer des répercussions du mouvement qui ont eu lieu dans sa foulée : report de toutes les introductions en bourse, report de toutes les augmentations de capital, à commencer par celles envisagées par les entreprises surendettées pour renforcer leur solvabilité. C’est ainsi qu’ont réagi les autorités de Pékin.

D’abord, en injectant de la monnaie directement vers les brokers à partir des guichets de la banque centrale, ensuite en faisant intervenir un organisme public de marché, le Chinese Finance Securities Corp, ensuite encore en mettant en action les banques commerciales d’Etat, pour un montant de plus de 200 milliards de dollars, enfin en interdisant toute vente durant six mois aux détenteurs d’au moins 5% des actions. Le caractère massif de l’intervention en dit long sur l’inquiétude du pouvoir de Pékin.

Un mois après la baisse initiale, la perplexité s’est installée. Personne ne sait si la hausse de la cote obtenue grâce aux mesures publiques de soutien du marché va déboucher sur une stabilisation durable. Nous pouvons dire cependant que cette stabilisation sera considérée comme acquise si le mouvement d’introductions et d’augmentations de capital reprend.

A la faveur de l’épisode, la Chine a cessé de produire l’image d’une puissance orgueilleuse, dominatrice et sûre d’elle-même. Paraphrasant la duchesse de Guermantes, on dira « La Chine s’inquiète ». Elle s’enracine sans doute dans le fait central du surendettement qui touche d’innombrables entreprises liées aux secteurs du logement et des infrastructures. Entre 2008 et 2014, l’endettement global des Chinois a rejoint des niveaux « occidentaux », passant de 140% à 250% du PIB. L’endettement nouveau s’est concentré dans les entreprises et les collectivités locales.

L’énoncé du problème économique chinois est désormais le suivant : ou bien les autorités de Pékin parviennent à réduire graduellement la croissance, sans la casser, pour contenir la dette des entreprises ; ou bien ils acceptent une fuite en avant consistant à doper sans cesse l’économie du pays, pour repousser l’échéance d’un « crash landing » dont le krach boursier de juin n’aurait été qu’un signal précurseur.

Il n’y a pas que la Grèce dans le monde, il y a aussi la Chine.

*Photo : Zhengyi Xie/REX Shutter/SIPA/Rex_Stocks_Soar_China_4900402B//1507101258

Haïr Merkel: ça fait du bien, c’est sans danger et ça ne sert à rien

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« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines,
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne,
Ohé ! partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme !
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes… »

Eh oui ils ont quitté leurs mines, leurs champs, leurs usines, pour se dresser contre l’occupation allemande. Dans la foule des résistants on reconnaît Mélenchon qui fustige « La Prussienne », Pierre Laurent qui dénonce le « diktat germanique » et Dupont Aignan, le plus perspicace de tous, qui annonce qu’on assiste à la naissance d’un « IVe Reich » !

Autour d’eux, une multitude de souverainistes de tout poil et à géométrie variable. Il y en a qui sont de gauche. Des qui sont de droite. Et aussi ceux qui sont d’extrême droite ou d’extrême gauche. Des patriotes de tout bord engagés dans un courageux combat contre le bourreau du peuple grec, Angela Merkel. Manque depuis quelques jours à l’appel Marine Le Pen : elle a déserté le champ de bataille, jugeant, car elle est fine, que dire trop de bêtises nuirait à sa crédibilité.

J’avoue mon incompétence totale dans le domaine économique. Mais, comme ceux qui essayent de sauver le peuple grec de la botte allemande le sont également, nous pouvons nous comprendre à défaut de nous entendre. Le souverainiste est un être bizarre. En dehors de ceux cités plus haut, il offre une palette infinie de sous-espèces. Il y a en a même de fascistoïdes et, bien plus rarement, des stalinoïdes. Dans leur colère anti-germanique, tous, quelle que soit leur obédience, usent d’un langage que des Champollion s’emploient à déchiffrer.

On peut lire par exemple, sous leur plume, que les instances européennes – aux ordres bien sûr d’Angela Merkel – n’ont pas été « démocratiquement élues » contrairement à Alexis Tsipras. Les mécanismes européens sont, il est vrai, d’une complexité propre à décourager les meilleures volontés. C’est pourquoi les partisans en lutte contre l’Allemagne ignorent que le Conseil Européen (c’est lui qui décide in fine) est composé des chefs d’états et de gouvernements des 27 membres de l’Union. Comment sont-ils arrivés au pouvoir ? Par un putsch ? Par une guerre ?

Par ailleurs (et n’ayant aucun diplôme en matière de souverainisme je peux certes me tromper), il m’avait semblé que le souverainiste était un farouche partisan du retour aux monnaies nationales. Le franc pour la France, la lire pour l’Italie, la peseta pour l’Espagne, etc… Et pourquoi pas, en suivant cette logique, la drachme pour la Grèce ? Eh bien, non ! Le souverainiste, pourtant prêt à se battre jusqu’au dernier Grec, n’a pas manifesté pour que la Grèce abandonne l’euro. Pas facile à comprendre. Mais, comme celles du Seigneur, les voies du souverainiste sont impénétrables !

J’ai quand même le souci de ne pas passer pour un grecophobe. C’est très, très mal vu. Alors que germanophobe… C’est pourquoi je tiens à proclamer que je préfère le résiné à la bière. Le Parthénon à la porte de Brandebourg. L’Olympe au Valhalla. La vénus de Milo à toutes les walkyries wagnériennes. Zeus à Odin. Je vais, pour parvenir à la perfection, m’employer à préférer Alexis Tsipras à Angela Merkel. C’est pas gagné. D’autant plus que j’ai un faible pour Heine et sa Lorelei…
PS : Dominique Strauss-Kahn vient de critiquer durement les conditions imposées à la Grèce. Il écrit pourtant : « Hollande a tenu bon. Merkel a bravé ceux qui ne voulaient à aucun prix d’un accord. C’est à leur honneur. » Ce qui n’empêche pas l’ex patron du FMI de trouver « effrayant » l’accord imposé aux Grecs. Comme cet accord a été validé sous l’égide de Merkel et de Hollande, qu’il félicite par ailleurs, on en déduira que DSK ne fait pas ici de l’économie. Il a juste envie, très envie, de revenir en politique. Et en politique, tout est permis.

Dieu, Woody Allen et moi

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Woody Allen

Woody Allen

« Vaste programme ! », direz-vous, en imitant la voix du général de Gaulle, plus ou moins bien selon votre âge et vos dons.

Eh bien, ce n’est pas tout ! Pour le même prix, on évoquera également ici Sparks et Pasqua, Michel Onfray, Jean Yanne et le cinéma nazi… Et bien d’autres choses encore, que je ne voudrais pas spoiler plus avant.

 

L’INVASION DES ANARS DE DROITE GÉANTS

Samedi 30 mai, « On n’est pas couché » / Olivier de Kersauson fait la promo de la énième compile posthume de son pote Jean Yanne, préfacée par ses soins. Je ne l’achèterai sûrement pas ! Non seulement le procédé m’agace, mais j’en ai déjà quatre volumes dans ma bibliothèque, et ils n’en finissent pas de se recopier.

N’empêche ! Ce soir, avec sa liberté de ton, Kersauson nous change agréablement du train-train hebdomadaire de ce « divertissement », désormais plus proche de Hanouna que de Taddeï. Grâce à son charisme, le type installe sur le plateau une ambiance audiardienne qui s’avère contagieuse. Non seulement Ruquier est client, mais Caron ne moufte pas – et Léa Salamé ira jusqu’à regretter, à travers Jean Yanne, « l’époque où on pouvait encore assumer d’être un anar de droite ».

T’inquiète, Léa ! Cette engeance-là n’est pas près de disparaître. Un anar de droite digne de ce double « non » se reconnaît à un certain scepticisme envers la Nature humaine, le Progrès et les Autorités – ainsi qu’à cette dérision bien ordonnée qui commence par soi-même. Or ce sont là les ingrédients mêmes de l’esprit[1. À ne pas confondre avec l’humour drôle (Jamel, Bigard) ni le ventriloquisme comique (Gerra, Canteloup).].

S’il ne fallait qu’une preuve de la permanence, et même du renouveau de cet esprit « anar de droite », elle s’appellerait Gaspard Proust. Ce type-là tient chronique dans Salut les Terriens, l’hebdo d’Ardisson sur Canal+, avec une liberté de ton incroyable sous nos cieux. Et depuis 2008 ses one man shows, produits par Ruquier en personne, font partout salles combles – mais de plus en plus grandes. Son prédécesseur chez Ardisson, Stéphane Guillon, n’amusait ordinairement que la gauche sous la droite, et encore…[access capability= »lire_inedits »]

Comme il y a un Drame de l’humanisme athée, magnifiquement diagnostiqué par le R.P. de Lubac, il existe aussi une tragédie de l’humour progressiste, qui ne s’autorise que les rires « citoyens », voire militants. Autant dire rien.

Kersauson, Yanne, Muray, Vialatte et Proust (Gaspard), sans oublier Audiard (Michel) : ces gens-là incarnent, eux, l’authentique esprit anar de droite – et donc l’esprit français tout court, si m’en croyez.

 

QU’EST-CE QU’ONFRAY SANS LUI ?

Lundi 8 juin / En réponse à mon envoi dédicacé du Cahier de vacances catho, coécrit avec Richard de Seze, Michel Onfray m’adresse le SMS suivant – que je reproduis ici avec son autorisation :

« Cher Basile.
Bien reçu votre Caté. C’est drôle, bien fait, informé. Ça donne envie d’être catho !
Je me permets juste de signaler une faute : la réponse au quiz de la p. 11 n’est pas 6/F, mais 6/A !
Amicalement. »

Pour apprécier pleinement le clin d’œil, on se reportera utilement au document ci-joint. En ce qui me concerne, à la réception de ce poulet, inutile de vous dire que j’ai été ravi – mais pas plus étonné que ça. C’est que j’avais déjà appris à le connaître, le gaillard, et il gagne à l’être ! En plus il se bonifie avec l’âge contrairement à ses collègues, nés imbuvables pour la plupart.

Basile cahier de vacances catho

Le cahier de vacances catho, éditions du Cerf, p. 11
Bien entendu, j’avais commencé par planter des épingles dans une poupée à son effigie. C’était à l’époque du Traité d’athéologie (2003) ; il y accusait les religions, et surtout les « trois religions du Livre » (?), et tout particulièrement la mienne, d’imposture sanglante. Des fariboles fondées sur des légendes, n’engendrant qu’aliénations, douleurs et guerres… Où est-ce qu’on signe ?

Je sais bien que, sous nos latitudes actuelles, la plupart des gens pensent, ou croient penser comme ça. Mais Michel est un garçon plus ouvert d’esprit que la moyenne – sauf sur ce sujet, apparemment.

Malin en tout cas, ce petit Satan-là ! Son pamphlet déguisé en « traité » crée l’événement, reçoit les louanges de la-critique-qui-compte et devient un best-seller. Son premier, même, après une bonne quinzaine de bouquins ; il retiendra la recette du scandale, sans en abuser d’ailleurs. Quant aux « menaces de mort » qu’il se plaint d’avoir reçues à l’occasion, aucune n’a abouti apparemment, grâce à Dieu[2. D’ailleurs, à ce compte-là, même moi j’en ai reçu, des menaces de mort. Généralement, ce n’est pas suivi d’effet.].

Plus tard, j’ai découvert que Michel n’hésitait pas à s’en prendre aussi aux vraies idoles de l’époque, et notamment à Freud (Le Crépuscule d’une idole, 2010).

Là encore, il bat des records de ventes ; mais cette fois, au prix de la bienveillance dont il avait bénéficié jusque-là dans les « milieux autorisés ».

Traité soudain, il s’en souvient encore, de « facho », de « nazi » voire de « pédophile », non par le peuple mais par l’élite, Onfray ne plie pas. Au lieu de courber l’échine comme il se doit pour être « coopté », il se « révolte », à l’instar de son idole à lui, Camus. En 2012, à l’occasion d’un bouquin sur Albert (L’Ordre libertaire), l’auteur égratigne Sartre jusqu’à l’os – sachant qu’il s’attirera ainsi à coup sûr les foudres du lobby intellectuel sartro-beauvoirien.

Un vaste réseau, et moins mort qu’on ne le croit. Dormant certes, faute d’actualité, mais capable de se réveiller à tout moment pour faire la chasse aux profanateurs de Sartre. Le dernier, ça devait être il y a trente ans, et il n’y a pas survécu. Onfray, lui apporte des biscuits : il s’est tapé toute la Correspondance, en plus des œuvres, et ce qu’il en rapporte est monstrueux, surtout si c’est vrai.

Du coup, voilà notre redresseur de torts intellectuels dans le collimateur ; il suffira d’un prétexte pour le faire basculer d’autorité dans le camp du Mal, lui qui a toujours bien voté (Besancenot, Bové, Mélenchon…).

Le couperet tombe un jour comme ça, au prétexte d’un tweet où il dit en substance : « Avant d’enseigner aux enfants la théorie du genre, on ferait mieux de leur apprendre à lire, à écrire et à compter. »

Flagrant délit de coming out réactionnaire ! Et tout le camp progressiste de le mettre en quarantaine… Eh bien il s’en fout, le philosophe – et il le prouve en traitant de « crétin » le premier ministre – qui, il faut le dire, l’avait attaqué sans le lire.

C’est comme ça qu’on l’aime, Michel ! Son côté de plus en plus « clivant », sa diabolisation même (le comble, pour un athée), il les assume avec la distance nécessaire, voire une certaine délectation. Avec le temps, Onfray s’est délesté des totems et tabous intellectuels, médiatiques et sociaux de l’époque. Du coup, il ne cesse de prendre de la hauteur… Jusqu’à quels cieux ?

 

LA PARABOLE DE WOODY

Mardi   juin / J’ai d’excellents amis athées ! N’empêche, ils me font irrésistiblement penser à Woody Allen dans Prends l’oseille et tire-toi. Il met en scène un voleur qui découpe soigneusement, à l’aide d’un diamant, la vitrine d’un joaillier, et part en courant avec son rond de verre sous le bras.

Beaucoup de gens n’agissent-ils pas ainsi avec la vie, mes frères ? Sans aller jusqu’à faire de Woody un Père de l’Église, son message pourrait servir de base à de sacrés sermons, genre : nous avons des trésors à portée de la main, et nous nous contentons de chiper des babioles…

Sous prétexte que les diamants pourraient être des faux, on se rue sur la verroterie. Une fois de plus, Chesterton avait raison : l’athéisme, c’est comme la solitude, ça n’existe pas. « Quand les hommes cessent de croire en Dieu, ce n’est pas pour croire en rien ; c’est pour croire à n’importe quoi. » Et ne me demandez pas la liste de ces « n’importe quoi » ; vous la connaissez aussi bien que moi, hélas.

 

LA FOLLE HISTOIRE DE L’EUTHANASIE

Mercredi 17 juin / Vu ce soir sur Arte, un intéressant documentaire intitulé Les Films interdits du IIIe Reich. Entendre par là, non pas les œuvres cinématographiques proscrites par Goebbels, mais les 40 films nazis encore censurés depuis la chute du régime (ils étaient 300 en 1945).

Leur projection n’est autorisée, nous explique-t-on, qu’à la condition d’être « strictement encadrée », c’est-à-dire précédée d’une introduction en forme de recontextualisation et suivie d’un débat sur l’indispensable distanciation. Soixante-dix ans après, la propagande nazie serait-elle encore « de la bombe, Bébé ! », comme disait Joey Starr ?

Les spécialistes interviewés dans le doc sont divisés. Certains prônent la levée de cette interdiction « désuète » ; d’autres estiment que les films en question peuvent encore « avoir un pouvoir de nuisance, notamment auprès des jeunes ». À voir l’éventail des œuvres présentées, on se dit que cette « liste noire » mériterait au moins un petit balayage.

Pour les films de pure propagande nazie, raciste et antisémite comme Le Juif Süss, Le jeune hitlérien Quex, etc., les « projections encadrées » semblent toujours compréhensibles. Mais que vient faire dans cette galère Stukas ! comédie musicale kitschissime qui semble inspirée par Springtime for Hitler – un triomphe à Broadway dans les délirants Producteurs de Mel Brooks ?

Le cas le plus paradoxal, c’est celui de Suis-je un assassin ? (« Ich Klage an »), réalisé en 1941 par un certain Wolfgang Liebeneiner à la demande expresse de Goebbels. L’objectif du ministre de la Propagande : faire passer en douceur un plaidoyer pour l’euthanasie – noyé dans les larmes d’une bouleversante histoire d’amour, pour ne pas heurter les sensibilités luthériennes.

Le pitch : un mari met fin aux souffrances de son épouse, atteinte d’un mal incurable, à sa demande et en un ultime acte d’amour. À propos d’Amour, comment ne pas penser ici au film de Michael Haneke, palmé à Cannes en 2012, nommé 5 fois aux Oscars et 5 fois césarisé ? En ces temps d’intense débat sur l’euthanasie, pourquoi censurer un film précurseur, qui abordait déjà le sujet il y a soixante-quinze ans ?

Mais si ça se trouve, c’est justement ce rapprochement qui pourrait agacer les partisans d’une euthanasie « démocratique ». Loin de moi, en tout cas, l’idée d’assimiler ceux-ci à des nazis sous prétexte que ça rime, comme s’en indignait Kouchner. Il n’y a que l’ami Bernard pour oser se dresser même contre l’étymologie s’il le faut !

Pour ma part, je ne trouve même pas « scandaleux » le jeu de mots « eutha-nazi » lancé par les « pro-vie » ; juste un peu foireux. Mais après tout, chez Lacan aussi ça arrive, et pourtant ses blagues sont censées « faire sens quelque part ». Alors va savoir.

 

SPARKS RAJEUNIT FRANZ FERDINAND !

Vendredi 26 juin / Pour avoir des places au concert de F.F.S. (Franz Ferdinand & Sparks) ce soir au Bataclan, j’ai dû payer le double du prix au marché noir, sur Viagogo le bien nommé. Au tarif normal, c’était complet au bout d’une heure. Alors quand je me suis réveillé, je ne vous raconte pas… Inutile aussi de présenter ici Sparks : si vous ne connaissez pas, vous n’avez rien à faire dans mes pages.

Dans une interview à Télérama (18/6/15), Ron Mael, l’auteur-compositeur gominé à lunettes et moustache, définit ainsi l’essence du duo : « Dès le début, le changement a toujours fait partie de notre style et de notre esprit. C’est ce que les gens aiment chez nous : qu’on les surprenne ! C’est quand on se répète qu’on déçoit. »

Chez eux le changement, c’est pas maintenant ; c’est tout le temps, et depuis qurante-cinq ans ! Régulièrement nos deux aliens font leur mue – jamais meilleurs que lorsqu’ils réapparaissent là où on les attend le moins. C’est ce qui se passe en accéléré depuis le début du xxie siècle : loin de se tarir, comme celles de leurs plus fameux collègues des 70’s, leur inspiration n’en finit plus de faire des étincelles[3. En anglais, « sparks ». En allemand, on s’en fout.].

Ils nous ont ainsi balancé tour à tour trois albums en forme de mini-opéras minimalistes et baroques, plus déroutants que du Vivaldi, moins chiants que du Phil Glass. Puis est venu un vrai opéra post-postmoderne, ou plus exactement rétro-futuriste, consacré à Ingmar Bergman. Les frangins l’ont monté à Los Angeles, et comptent bien en faire un film.

Entre-temps, ils ont multiplié les tournées dans toutes les positions : avec groupe, en duo, avec orchestre symphonique de 50 musiciens… Et voilà maintenant que nos sexagénaires californiens fous font équipe avec les dynamiques trentenaires écossais de Franz Ferdinand – que je qualifierais volontiers de « post-punk cool » si ça avait un sens.

2 + 4 : voilà nos 6 musiciens embarqués pour un album et une tournée communs, sous le nom de F.F.S. C’est un accord gagnant-gagnant. Après deux ou trois tubes planétaires il y a dix ans, l’étoile de Franz Ferdinand a quelque peu pâli. À titre d’exemple, mes enfants (17 et 14  ns) ne les connaissent déjà plus ! Pour le groupe, paradoxalement, la fusion avec Sparks est une perfusion de sang neuf.

Quant à Ron et Russel, c’est encore plus simple : avec le public de Franz Ferdinand (2 millions de fans sur Facebook, contre 30 000 pour eux), ils se font connaître d’une génération qui, au mieux, connaît un de leurs succès d’antan – et l’attribue à Queen.

Cela dit, dans ce mélange, « il y a de l’opportunisme, mais il n’y a pas que de l’opportunisme », comme dirait Lulu la Nantaise.

Les Écossais de chez Franz sont fans de Sparks depuis toujours, et l’idée d’une collaboration date d’il y a dix ans déjà. Comme l’observe d’ailleurs Alex Kapranos, leader du groupe, cette fusion transgénérationnelle n’a « pas d’équivalent dans l’histoire de la pop ».

Bien sûr, on pourra toujours chercher à nous contredire, Alex et moi – quitte à se replier finalement sur le duo Lady Gaga-Tony Bennett… Que faire contre la mauvaise foi ? « S’en foutre un peu », conseillait mon prof de philo. Essayez donc, ça marche !

Le concert, en revanche, ça se raconte pas[4. D’autant moins qu’en l’occurrence, celui du Bataclan est visible gratuitement sur arte.tv et YouTube.]. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il fut l’occasion de croiser Christophe Conte des Inrocks – auteur entre autres des regrettables « Billets durs » où il déboulonne chaque semaine, à l’aveuglette pourvu que ça pétille et que ça pète, une personnalité de droite ou débile, au choix – sans parler de l’intergroupe

J’ai donc pu le féliciter sincèrement pour son papier sur F.F.S. : « C’est la première fois que je suis d’accord avec toi ! » En fait, c’est même pas vrai : j’aime bien ce qu’il écrit sur la musique en général, et en particulier sur les Nits, un groupe hollandais méconnu dont il est fan comme moi. C’est la politique qui ne lui réussit pas, voilà tout. Ça arrive à des gens très bien.

 

« QU’EST-CE QUI M’A FOUTU DES CONNARDS PAREILS ? »

Lundi 29 juin / Charles Pasqua est mouru, et tout le monde sont unanimes ou presque à lui découvrir soudain les plus hautes vertus. Lui que la classe intello-politique détestait ou méprisait – avec en option la peur de ses légendaires et terrifiants « dossiers » –, voilà qu’on le couvre de fleurs en l’accablant d’éloges. « Mourez, nous ferons le reste ! »

Je l’entends d’ici rigoler à cette pagnolade, plongé dans son fauteuil, un whisky à la main et un cigare dans l’autre : « Qu’est-ce qui m’a foutu des connards pareils ? » Pasqua n’était dupe de rien ; il était même très lucide, sauf évidemment sur lui-même. Je gage donc que le spectacle de son embaumement virtuel l’aura plutôt réjoui.

Le président et le Premier ministre, la droite pour une fois unie (de Juppé à Philippot !) et même la gauche « responsable » font chœur pour rendre hommage au résistant, au patriote, au gaulliste, voire à l’homme d’État… On voit bien qu’il est mort ! Si ça se trouve, c’est même ça qui plaît.[/access]

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*Photo : Wikimedia Commons

Cuba, Iran: la paix, je veux l’avoir et je l’aurai

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Obama Etats-Unis Cuba Iran

Obama Etats-Unis Cuba Iran

Les présentateurs de journaux radio et télé – à ne pas confondre avec des journalistes – se gargarisent en ce moment de l’adjectif « historique » accolé aux accords internationaux négociés par Barack Obama avec les plus vieux ennemis encore actifs de la puissance américaine : Cuba des frères Castro, et l’Iran des mollahs chiites. Pour une fois, les bateleurs de l’info n’ont pas totalement tort : avant de quitter la scène politique active, le président des Etats-Unis a dénoué deux dossiers bloqués depuis des décennies. L’hostilité ouverte, marquée par l’absence de relations diplomatiques et l’imposition de sanctions économiques contre les régimes en place à La Havane et Téhéran se voit remplacée par une forme de coexistence apaisée ouvrant la voie à une normalisation totale.

L’argument le plus fort de Barack Obama face à ses détracteurs l’accusant de reculade face à « l’empire du mal » consiste à dire que l’autre politique, celles du blocus de Cuba et des sanctions économiques imposées à l’Iran n’a pas obtenu les résultats escomptés. Le pouvoir communiste et son cortège de violations des droits humains ne se sont pas écroulés dans la grande île caraïbe, et la théocratie iranienne se maintient depuis trente-cinq ans, montrant une réelle faculté d’adaptation aux évolutions de la société civile, sans toutefois lâcher sur l’essentiel, le pouvoir aux barbus enturbannés.

Si l’on se place dans une perspective bestialement « realpoliticienne », la démarche de Barack Obama est parfaitement logique : ni Cuba, ni l’Iran ne constituent des menaces stratégiques, même à moyen et long terme, pour les Etats-Unis. A supposer même que Téhéran viole les accords conclus à Vienne, et se dote de l’arme nucléaire, l’Iran ne menacerait pas plus le territoire des Etats-Unis que ne le fait aujourd’hui la Corée du Nord. Pour Israël, et même pour l’Union européenne, dont les deux tiers du territoire sont aujourd’hui à portée de missile iranien, la question se pose différemment, mais Barack Obama peut, à juste titre, faire valoir qu’il assure aux alliés européens de l’Otan la garantie du parapluie nucléaire américain, et qu’il fournit à Israël l’essentiel des armes lui permettant de faire face à une menace stratégique, c’est-à-dire à une agression mettant en danger son existence.

Les résidus du « monde d’avant », la France gaullienne forte de sa dissuasion du «  faible au fort » fondée sur un arsenal nucléaire autonome, permet à Laurent Fabius de gonfler des muscles, et de jouer un temps le « bad cop » dans le bras de fer diplomatique avec l’Iran, mais au bout du compte, la raison US l’emporte. La blonde Federica Mogherini, haute représentante de l’UE pour la politique extérieure, peut alors exceller dans le rôle de perruche (féminin de perroquet) du discours de la Maison Blanche.

Tout cela serait fort sympathique si les choix de Barack Obama ne se fondaient sur des paris, dont la première victime, en cas de pari perdu ne seraient pas les Etats-Unis, mais quelques-uns des plus proches alliés des Etats Unis, avec , dans l’ordre croissant de risques encourus, L’Egypte et les monarchies du Golfe, Israël, et une Europe prise en tenaille entre le néo-impérialisme poutinien, et un Iran dominateur au Proche et Moyen Orient. Miser avec l’argent d’autrui (en l’occurrence sa sécurité) est la meilleure méthode pour éviter de perdre…Par ailleurs, la garantie nucléaire américaine est soumise à l’évaluation de la menace par celui qui détient les moyens militaires, et celle-ci peut être différente de l’analyse des victimes potentielles. En cas de conflit avec un Iran nucléarisé, il est tentant pour la puissance protectrice, non directement menacée, de demander à ses protégés de faire montre de souplesse pour éviter une catastrophe… Cela s’appelle le chantage atomique.

Ce scénario du pire n’est sans doute pas inéluctable, et sa version optimiste verrait une société civile iranienne secouer le joug de la dictature théocratique qui l’opprime, et se présenter alors comme la grande nation d’un Islam moderne réconcilié avec la démocratie et les droits humains, ceux de la femme en particulier. On nous permettra de rester sur la réserve dans nos pronostics à moyen et long terme, et de nous inquiéter, pour le court terme, de l’usage qui va être fait, par le régime de Téhéran des milliards de dollars ou d’euros que l’accord de Vienne va lui procurer avec la levée des sanctions. Le soutien à Bachar El Assad et à ses alliés du Hezbollah libanais ne devrait pas pâtir de la nouvelle donne, car rien dans le texte de Vienne, n’aborde le sujet du financement d’un ami dictateur sanglant, et d’une organisation terroriste dont l’objectif affiché est l’éradication de l’Etat juif…

Enfin, et il est surprenant qu’aucun de nos brillants analystes médiatiques ne l’ait souligné (ou alors cela m’aurait échappé), on constate que dans le cas de Cuba comme dans celui de l’Iran, aucune exigence en matière de respect des droits humains fondamentaux, ne faisait partie du « paquet » des négociations. Raul Castro et sa bande peuvent continuer à emprisonner les dissidents, museler la presse et l’accès internet,  à organiser un système prostitutionnel paraétatique à l’usage des touristes, dont la clique militaro-politique au pouvoir tire les principaux bénéfices. La pendaison des homosexuels à des grues, l’emprisonnement pour adultère, le tchador imposé resteront la norme chez les Perses. En agissant ainsi, Barack Obama rompt avec une tradition vieille d’un siècle, inaugurée par le président Woodrow Wilson au lendemain de la première guerre mondiale : la puissance américaine n’est pas seulement au service des intérêts économiques et stratégiques des Etats-Unis, mais s’efforce de promouvoir sur l’ensemble de la planète des valeurs considérées comme universelles, comme la démocratie, la liberté de croyance et d’expression… Même le président Jimmy Carter, qui n’appartient pas à l’espèce des faucons néo-cons, avait inclus cette dimension dans la grande négociation avec l’URSS de Brejnev, qui avait abouti, en 1975, à la signature des accords d’Helsinki. Une troisième corbeille, en plus des accords stratégiques et économiques, était consacrée à l’affirmation du respect des libertés fondamentales par les parties signataires. Bien entendu, les communistes soviétiques n’en tinrent aucun compte, mais ils donnèrent une base juridique internationale à l’action des dissidents dans tous les pays du bloc soviétique, préparant ainsi les futures élites de l’ère post communiste en Europe.

Les démocrates cubains ou iraniens n’auront pas cette chance, et la responsabilité historique en revient à Barack Obama.

*Photo : Ron Sachs/Pool/sipausa.sipausa_15541102/1507012045