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Hervé Gourdel, les leçons d’une prise d’otage

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Rarement on avait vu autant de passions autour de la mort d’un otage. Même les diverses manifestations en hommage à Hervé Gourdel ont suscité un vif débat. Dans des villages, des anonymes se sont regroupés, des gens ont prié, d’autres ont marché, comme une mobilisation générale face à un ennemi commun. Union sacrée qui s’est malheureusement brisée sur l’invitation faite aux musulmans à se joindre au reste des Français.

Une réaction populaire et spontanée qui a contrasté avec le petit millier de journalistes, politiciens et militants qui s’est retrouvé place de la République pour défendre un islam tolérant et ouvert. Paris et sa province, éternel clivage.

Contraste également avec l’hommage national réservé au militaire mort en opération: quelques drapeaux d’anciens combattants s’inclinent sur le pont Alexandre III au passage de la dépouille, les journaux télévisés font aux Invalides une petite parenthèse dans leur programmation. Et puis voilà on passe à autre chose.

Au fond, les français acceptent, même avec tristesse, que leurs soldats tombent au champ d’honneur. Leurs enfants ont fait le choix du sacrifice ultime, on admire leur courage. Mais les français ne comprendraient pas qu’on en fasse des victimes. Ce serait une insulte à leur honneur de soldat, à leur héroïsme.

Mais quand un civil, qui benoîtement s’est égaré dans la montagne algérienne, finit sa modeste vie comme victime d’une barbarie dont il n’avait visiblement que faire, alors là l’opinion s’émeut. Elle se révolte. “Nous sommes tous Hervé Gourdel” a repris Le Monde. Nous aurions tous pu nous retrouver en vacances au Maghreb et y rester sans rien demander ni comprendre. Hervé Gourdel représentait un mode de vie moderne: guide de haute montagne, loisir et réseau associatif, photographe et formateur. C’est une victime. Non pas d’une catastrophe naturelle ou d’un fait divers mais de la préméditation d’idéologues. Non pas de déséquilibrés, mais d’adversaires aux antipodes de son univers global et apolitique. Une émotion comparable à celle, immense, de la disparition des jeunes Antoine de Léocour et Vincent Delory qui dînaient dans un restaurant de Niamey au Niger. Un des deux garçons devait se marier à une jeune nigérienne.

Il ne faudrait pas se méprendre. La réaction des français n’est pas un aveu de faiblesse, une indignation narcissique, vide de sens. Un simple chagrin. Ce n’est pas non plus le signe que notre société post-historique est prostrée devant tant de violence. Ce n’est pas, enfin, une colère islamophobe. Non, la réaction des français est un sursaut qui pousse l’exécutif à élargir son combat contre les groupes djihadistes en Irak, au Mali et peut être un jour en Libye et en Syrie. Ces marches, ces lettres, ces témoignages de soutien encouragent la lutte que mènent tous les jours les services de renseignements dans leur traque des apprentis terroristes. Y compris sur notre propre sol. Dans l’épreuve, les Français se sont serrés les coudes. Ils demandent seulement à comprendre.

La vision syrienne de l’opinion publique française est floue. Mais si on lui expliquait que la France refuse d’intervenir en Syrie pour ne pas aider Assad dans son combat contre Al-Qaïda et l’EI, alors les français pourraient muer leur incompréhension en une sourde colère.

*Photo : ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA. 00693933_000001.

Réformer, mais chez le voisin

greve air france pharmaciens

Votre pharmacien est en grève. Pas très grave, vos placards sont bourrés de médicaments que vous pourrez prendre en cas de migraine. En plus on vous avait prévenus, vous pouviez refaire le plein hier. Prenez votre mal en patience, demain, tout fonctionnera comme d’habitude. Et si c’est vraiment urgent, vous ne serez pas dans la nature. Un service fonctionne en cas d’urgence.

C’est plutôt reposant une grève dont on connait la limite : on peut s’organiser en conséquence. C’est un acte de contestation civilisé en quelque sorte. Une façon correcte de signifier son mécontentement, sans mettre dans l’embarras la moitié de ses congénères. Mais est-ce aussi efficace que le blocage intégral du pays ?

Ce matin, sur Radio Classique, Philippe Tesson remarquait à quel point la France est irréformable : quel que soit le changement proposé, quelle que soit la catégorie concernée, c’est non ! Son contradicteur de gauche arguait, avec la bonne foi qui le caractérise –ou est-ce de la bêtise ?-  que les deux catégories qui s’étaient mises en grève récemment sont des professions qui « votent à droite ». Les pilotes, ça vote à droite, c’est bien connu. Les professions libérales, ça vote à droite, qu’on se le dise. Et de conclure en toute logique que ce qui bloque ce pays, ce sont les gens de droite…

Est-il une profession dans laquelle tout le monde a les mêmes idées politiques ? Je connais des médecins de gauche, des instituteurs de droite et des intermittents interrogatifs… Mais si ! Peut-on, en qualité de belle-âme, jamais avare d’une petite leçon de bienséance aux uns et aux autres, ranger ainsi des hommes et des femmes dans le tiroir de leur opinion ? N’est-ce pas un peu condescendant de rejeter ainsi l’immobilisme à la française sur une « couleur politique ». Et la capacité d’analyse ? Réservée aussi à un parti, peut-être ?

Si les sondeurs nous révèlent un réel vœu des français de voir le pays se réformer, c’est toujours par les autres que tous veulent commencer. Et cela concerne chacun. Les trois quarts des Français seraient d’accord avec l’idée qu’il faut aller plus loin dans les réformes, mais refuseraient l’idée de sacrifices supplémentaires. Quelle que soit la couleur politique du métier qu’il pratique, chacun a à cœur de garder ses privilèges et désire que l’on s’occupe en priorité de supprimer ceux du voisin.

Il faut cependant reconnaître que, selon les professions, les moyens de faire entendre sa voix sont plus ou moins coercitifs… Bloquez une raffinerie, les trains, le métro, les avions, en assignant les Français à résidence, vous obtiendrez l’attention du gouvernement… Privez-les d’aspirine pendant quelques heures, le résultat est moins garanti. Pillez, cassez, saccagez des bâtiments publics, on s’aplatira devant vous, avant de vous blanchir de vos exactions. Manifestez dans le calme, on se gaussera de vous… Il n’y a que des mécontents, pourtant il y a grève et grève…

 *Photo :  LCHAM/SIPA. 00693240_000025. 

Guerre contre Daesh : où sont les morts?

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Depuis deux semaines, une coalition menée par les Etats-Unis s’est engagée dans une guerre aérienne contre les milices islamistes radicales du Daesh, en Irak et en Syrie. Les communiqués relatifs à ces opérations font état de cibles détruites : centres de commandement, chars d’assauts, raffineries et puits de pétrole alimentant les finances de cette bande d’égorgeurs. Fort bien.

Cependant, il apparaît que cette milice a pris ses quartiers dans un certain nombre de localités peuplées de civils désormais soumis à leur terreur : tous n’ont pas la possibilité, ou les moyens, de s’enfuir vers la Turquie ou la région autonome kurde. Un reportage impressionnant, filmée en caméra cachée, par une journaliste dissimulée sous son niqab : montre la ville de Raqqa, en Syrie, place forte des djihadistes. On y voit une ville peuplée de civils vaquant, malgré la situation, à leurs activités quotidiennes. Alors, de deux choses l’une : soit les frappes aériennes de la coalition épargnent à dessein les zones peuplées, quitte à les transformer en sanctuaire pour les miliciens de Daesh et leurs chefs, soit, plus vraisemblablement, on nous cache les « dommages collatéraux » inévitablement produits par des frappes aériennes en milieu urbain. L’AFP est dans l’incapacité d’établir le compte précis des victimes, militaires ou civiles, comme elle l’avait fait  pendant l’opération «  Barrière protectrice » à Gaza, en se fondant sur les seules informations fournies par le Hamas. Notre bonne conscience est donc préservée : à la différence des Israéliens, nous savons tuer des civils sans que cela se voie…

Égypte : pour les coptes, le pire n’est plus certain

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egypte coptes sissi

Ezzat, 44 ans. Petit, trapu, puissant. Marié, père, fils d’ingénieur, lui et son frère possèdent une petite usine de textile qui emploie 25 personnes, majoritairement coptes. Issu des classes moyennes de la Haute-Égypte, il vit désormais à Abu Qorqas, ville moyenne à majorité chrétienne du gouvernorat de Minia, lequel est le théâtre de plus de la moitié des incidents confessionnels qui opposent depuis plus de trente-cinq ans les deux communautés égyptiennes. C’est un gouvernorat où les coptes sont relativement nombreux, et c’est aussi un bastion des Frères musulmans.

Depuis l’élection du maréchal al-Sissi, il est soulagé. Mais il demeure très anxieux. En Moyenne-Égypte, dans sa ville ou ailleurs, la haine confessionnelle est palpable, même si elle n’ose plus se traduire en actes depuis quelques mois. On a pourtant frôlé le pire il y a dix jours : un chrétien a ouvert le feu pour se défendre contre des assaillants musulmans. Il en a tué un. Légitime défense ? Possible, probable. Ça ne passe pas, pas plus aujourd’hui qu’hier. Sous Moubarak, Tantawi ou Morsi, la violence confessionnelle se serait déchaînée et toute la communauté chrétienne de la ville aurait été punie. Aujourd’hui, on laisse faire la justice étatique, la rage et la colère sont contenues. Mais elles n’ont pas disparu.

Au début des années 1990, dans cette ville, un matin d’hiver, un copte a été pris en flagrant délit. En cachette, il embrassait son amie, musulmane. Les unions matrimoniales entre musulmanes et non-musulmans sont interdites par la loi, depuis toujours, et la communauté musulmane est très attachée à cette disposition. Le vendredi qui a suivi, les islamistes de la région sont venus en masse. Ils ont fait la prière et écouté les prêches de leurs chefs. À la fin de la prière, vers 13 heures, ils ont hurlé « Que la destruction des impies soit mon œuvre pie ! » avant d’incendier tous les commerces coptes. Les chrétiens étaient restés chez eux. Ils avaient appelé la police au secours : « Que le feu vous réchauffe », avait répondu un officier au père d’Ezzat. Les forces de l’ordre avaient déserté la ville pour l’occasion… Dans la rue où vit Ezzat, des voisins musulmans avaient protégé les chrétiens. Mais, partout ailleurs, les dommages matériels étaient immenses et, depuis, les coptes avaient perdu, estime Ezzat, toute dignité. Lui-même, traumatisé, a quitté l’Égypte deux ans plus tard, pour aller en France, où il est resté quinze ans. Il a appris le français, travaillé en clandestin, économisé de l’argent, en a dilapidé une partie en honoraires d’avocats pour se faire régulariser, en vain, avant de se décider à retourner au pays, où il s’est marié et a créé avec son frère une entreprise vite prospère. Après la révolution, des centaines de connaissances qui avaient raillé son choix en 1993 ont émigré.[access capability= »lire_inedits »] En Haute-Égypte, la situation, de très difficile, était devenue de plus en plus inquiétante pour les coptes. (Selon diverses ONG, 100 000 coptes ont quitté le pays après la révolution).

Pendant les années 1990, en Haute-Égypte, les exactions étaient commises par des islamistes qui se faisaient les dents, imposant leur racket, cherchant à embarrasser le régime, à défendre leur religion contre des périls qui n’étaient souvent que la simple présence d’autrui et quelquefois, rarement, à faire justice (sommaire) au bénéfice de musulmans lésés. Depuis 1999, le phénomène a mué, pour inclure davantage d’acteurs et prendre le plus souvent la forme d’affrontements entre habitants du même quartier. Les principaux déclencheurs étaient des histoires d’amour entre personnes de religion différente ou la construction de lieux de culte chrétiens sans la détention de l’autorisation étatique préalable, très difficile à obtenir. Mais on connaît des incidents ayant éclaté pour des motifs plus stupides (qui étend le linge et où) ou plus graves (une personne tuée par un membre de l’autre communauté). Parallèlement à la montée en puissance de la contestation contre Moubarak, à partir de 2004, les tabous et les discours convenus sont tombés, la parole s’est libérée en 2004. Les tabous tombant avec l’effondrement du discours convenu, les discours abjects de haine se sont multipliés. L’affaire Wafaa Constantine a envenimé les relations, déjà tendues, entre communautés. Fin 2004, une copte se convertit à l’islam pour pouvoir quitter son mari violent, resté chrétien, et épouser le musulman qu’elle aime. En soi, l’affaire est banale. Sauf que, cette fois, ledit mari est prêtre. Le choc au sein de la communauté est immense. L’Église prétend qu’elle a été enlevée, nie sa conversion et exige que la pécheresse lui soit remise. En effet, la coutume veut que les hommes de religion chrétienne ou juive aient un entretien « en un lieu neutre » avec le membre de leur communauté qui veut se convertir à l’islam. Cet entretien n’ayant pas eu lieu, et l’Église affirmant avec aplomb que les commissariats ne pouvaient être considérés comme un lieu neutre, la religion de l’État étant l’islam, l’État commet l’erreur de céder : Wafaa Constantine est cloîtrée jusqu’à ce qu’elle abjure son abjuration. Elle déclara ensuite devant le procureur général qu’elle était née chrétienne, le restait, et qu’elle mourrait chrétienne. Et on ne la revit jamais, car elle fut séquestrée dans un monastère. Son destin alimenta les discours des islamistes qui voulaient libérer leur « sœur en islam » et leur permit de pérorer sur la liberté de conscience…

Après la chute de Moubarak, les heurts sont devenus encore plus fréquents, l’État démissionnant face à une justice coutumière qui donnait souvent tort aux coptes, allant jusqu’à les bannir de leurs villages ou de leurs quartiers au nom de leur protection. Sur l’ensemble du territoire, les kidnappings contre rançons se sont multipliés. Mais, en Haute-Égypte, les coptes sont la cible privilégiée des truands ou encore de voisins qui tentent de les pousser au départ. Ezzat a reçu un jour un coup de téléphone lui donnant quarante-huit heures pour quitter son appartement et vendre son usine à bas prix à un soi-disant djihadiste. Mais son interlocuteur a commis l’erreur d’utiliser un juron non musulman : il s’agissait d’un voisin copte avec lequel il entretenait de mauvaises relations et qui avait masqué sa voix. Mais, pour ce cas comique à l’issue heureuse, combien de drames, d’exactions… Un copte a vu son oreille coupée par un salafiste qui lui reprochait sa mauvaise vie et a dû accepter de se réconcilier avec son bourreau.

À la surprise d’Ezzat, le président Morsi avait « bien commencé ». Au début de son mandat, le chef de la police du gouvernorat faisait la sourde oreille face aux plaintes des coptes. L’arrivée d’un pouvoir islamiste avait donné des ailes à ceux qui voulaient en découdre avec leurs voisins coptes, leurs femmes non voilées ou leurs buveurs d’alcool. « Votre heure est venue » : combien de coptes ont entendu au moins une fois, en cette année, cette apostrophe haineuse dans la bouche de voisins qu’ils croyaient bienveillants (les surprises agréables aussi ont été nombreuses) ? Combien de barbus s’en sont pris à des femmes, même voilées, qui prenaient le bus non accompagnées ? Combien de gens furent emmerdés[jr1]  par des zélotes croyant bénéficier de l’impunité ? Toujours est-il que, dans la ville d’Ezzat, les Frères se sont fâchés contre le chef de la police et lui ont ordonné de faire son travail, faute de quoi leurs milices assumeraient elles même la protection des chrétiens. Ezzat n’en croyait pas ses oreilles – et la menace fut efficace.

Ces heureuses dispositions n’ont pas duré. En novembre 2012, quand des centaines de milliers de Cairotes encerclèrent le palais présidentiel, l’homme fort de la confrérie affirma qu’ils étaient pour la plupart coptes. C’était faux. Mais le message adressé aux milices était clair. Les choses ne cessèrent ensuite de se détériorer. Le siège du Patriarcat fut attaqué début 2013 par les forces de l’ordre, sur instruction du pouvoir islamiste. Quand Morsi tomba, les Frères imputèrent sa chute à un complot copte et aux prétendues « origines juives » d’al-Sissi. Et, après le massacre de Rab’a le 14 août 2013, où un millier de Frères furent tués par les forces de l’ordre, la confrérie réagit en organisant des pogroms dans certains villages et en incendiant plus de soixante-dix églises.

Aujourd’hui, les choses semblent cependant aller mieux. À en croire un prêtre bien informé, jamais, depuis vingt ans, il n’y a eu aussi peu d’incidents confessionnels dans le pays. Pour lui, c’est la preuve que les islamistes étaient les seuls instigateurs de ces heurts. Ezzat, lui, estime que le ver est toujours là, mais que les prêcheurs de haine, islamistes ou non, ont peur. Quant à moi, je pense que, les Frères ayant abusé de la rhétorique antichrétienne, le rejet massif du discours frériste par la population musulmane a des effets bénéfiques pour la communauté copte. Le destin de la Syrie et de l’Irak renforce l’attachement à la paix civile. Une grande partie de l’opinion publique musulmane soutient désormais les coptes, non pas parce qu’elle adhère à l’idée de droits égaux pour tous les citoyens, mais parce qu’elle pense que ce qui arrive aux chrétiens arabes est barbare et indigne de l’islam …

Ezzat, lui, est partagé. Les relations de commerce et de voisinage sont meilleures. Son usine a été protégée par ses partenaires commerciaux salafistes qui, à deux reprises, ont fait dégager les barbus venus de villes voisines casser du copte. « Mais ils ne nous aiment pas », dit-il. Oui, il a de nombreux amis musulmans. Parmi eux, un prestigieux général de police à la retraite, qui a grandi dans le même immeuble que son père et guerroyé toute sa vie contre les Frères. Il sait qu’il peut s’adresser à lui ou évoquer son nom pour faciliter les choses. Mais les regards de haine continuent à le troubler. Et, dès qu’on lui refuse une chose à laquelle il estime avoir droit, il se demande si on le punit encore d’être chrétien.[/access]

*Photo : LEVINE/SIPA. 00663905_000016.

Combattre Mediapart : oui mais à la loyale

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edwy plenel mediapart tva

Ce n’est pas très glorieux mais en découvrant hier matin le nouvel épisode des péripéties fiscales de Mediapart, ma première pensée a été qu’ils l’avaient bien cherché. Ces juges implacables n’acquittent jamais. Leur soupçon vaut preuve. Que le manquement soit présumé ou avéré, véniel ou sérieux, l’unique décret qu’ils prononcent, c’est la mort sociale. Et le plus effrayant, c’est qu’ils adorent ça. Quand ils n’ont pas un Cahuzac à se mettre sous la dent, ils se rabattent sur les petites manies d’un Morelle ou les arriérés d’impôts d’un Thévenoud, désormais pestiféré parce que ses comptes privés sont dans une effroyable pagaille.

En somme, ils n’hésitent jamais à jeter la première pierre – de même que la deuxième et toutes les suivantes. Alors, quand on apprend que le fisc réclame à Mediapart le règlement d’une dette (contestée) de 4,2 millions d’euros, « dont pas moins de 1 million de pénalités de « mauvaise foi » qui nous assimilent à de vulgaires fraudeurs », s’étrangle Plenel dans un texte sobrement intitulé « Mediapart, le fisc et les « salauds » (ne vous inquiétez pas, Causeur figure sur la liste), on est traversé par une peu charitable envie de rire, et on se dit que ce n’est que justice. Sauf qu’avec une telle conception de la justice, il faudrait violer les violeurs. Je n’aime pas – c’est un euphémisme – les méthodes de Mediapart, ce n’est pas pour employer les mêmes. Contre Plenel, je refuse de faire du Plenel.

Pour autant, il ne faut pas nous prendre pour des billes. De la part d’un homme qui se targue de connaître le ministère de l’Intérieur mieux que le ministre, le numéro du courageux petit journaliste luttant contre le pouvoir policier devrait susciter une franche hilarité. Après Zola, Voltaire – Galilée, non ? On cherche à le faire taire. Un complot venu d’en haut. Du président soi-même, on ne dérange pas Plenel à moins. L’ennui, c’est que François Hollande est bien incapable d’ourdir la moindre manœuvre contre Plenel : il a trop peur. Toute l’entourloupe est là : Mediapart ne brave pas le pouvoir : il le terrorise. (En l’occurrence, on peut espérer que le président a au moins compris qu’il l’avait obligé à vivre dans une maison de verre).

Plenel sait que n’importe quelle association de contribuables peut déclencher une enquête fiscale (n’est-ce pas la merveilleuse démocratie de la base qu’il appelle de ses vœux dans laquelle chacun est le flic de son frère ?) Il sait aussi qu’un fonctionnaire motivé par l’envie de nuire est plus efficace que le chef de l’Etat – ce sont d’excellents indics. Et ce défenseur du Bien public n’a pas que des amis. Les gens sont ingrats. On ne saurait donc exclure que quelque mauvais coucheur disposant de complices bien placés ait accéléré la procédure de recouvrement – je ne voudrais pas cafter mais ça traîne depuis plus longtemps que les impôts de Thévenoud.

On aurait beau jeu de rappeler que nul ne saurait s’affranchir de la loi, surtout pas Edwy Plenel. L’ennui, c’est que cette loi, imposée par un règlement européen stupide, est tellement injuste que les gouvernements français se sont presque engagés à la faire abroger (sans le moindre succès). En résumé, la presse en ligne est soumise à un taux de TVA de 19,6 % contre 2,1 % pour les journaux (cela ne concerne que la vente d’information, pas celle de la publicité, imposée à 19,6 % pour tout le monde). Cette différence de traitement n’a aucun sens dès lors que la production de l’information repose sur les mêmes processus. Concrètement, elle revient à condamner toute tentative de créer sur internet un modèle économique indépendant de la publicité. Mediapart est peut-être en tort sur le papier, sur ce coup-là, ils ont raison. L’Etat doit renégocier cette dette, sans doute renoncer à sa plus grande partie. Et aller défendre à Bruxelles les intérêts de nos médias.

Il est cependant savoureux d’entendre notre incorruptible moustachu se plaindre de la méchanceté vorace de certains confrères qui se réjouiraient de ses malheurs. S’ils le font, c’est dans le secret de leur âme noire. Sur les plateaux, il est reçu avec une révérence qui confine parfois à la servilité, au point que personne n’ose jamais le rappeler à la politesse la plus élémentaire. On rappelle son tableau de chasse avec des airs approbateurs, on parle avec des airs entendus de ceux qui le critiquent, rien que des jaloux, on en rajoute dans le mépris ou le sarcasme à l’encontre de sa tête de Turc du jour. Alors, quu’on fiche la paix à Plenel avec cette affaire de TVA. Mais qu’on combatte enfin ses idées. À la loyale. En refusant la tyrannie sélective de la vertu qu’il appelle République. Et en s’interdisant de hurler avec les loups quand il siffle la meute.

C’est la flûte finale…

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aix intermittents musique

Pas un théâtre ouvert à Paris, nous voilà donc avec les filles descendues à Aix, où le pourboire est inclus dans le billet. Et alors, dites, le festival des belles choses, Aix-en-Provence ! Jusque dans le petit personnel, recruté au pedigree sur catalogue, un vrai défilé Dior. Vu ma tronche, pas question de me confier le gratin. Ce qu’elle a changé, la profession, depuis mes débuts sous Jules Ferry[1. Souvenons-nous que l’ouvreuse envoya ses Lettres sur la musique à la revue Art et critique en 1889 et 1890 (c’est-à-dire plutôt sous Pierre Tirard et Charles de Freycinet, ndlr).] ! Me voilà préposée aux plaids derrière l’escalier, poste stratégique dans les festivals en plein air, mais peu gratifiant.

De toute manière, cette année, le poisson est resté au large because les intermittents. Ambiance de requiem à l’heure H. Un type à bandana me tend une feuille rouge Union syndicale Solidaires. « Patrons, actionnaires, banquiers s’enrichissent sur notre dos », c’est marqué. Il paraît que ça vise les patrons, actionnaires et banquiers réunis de l’autre côté de la rue Saporta pile en même temps qu’on ouvre le festival. Rencontres économiques d’Aix-en-Provence ! Économiques, façon de parler, le soir où les précaires de Marseille ont fait annuler l’opéra de Rossini, ils t’ont descendu les petits fours qu’on en voyait ravis de couper à l’opéra.
Je dis précaires de Marseille parce que les intermittents d’Aix, ils avaient voté contre la grève. Trouble in Paradise. Est-ce qu’on allait revivre le cauchemar de 2003 ? Est-ce qu’il faudrait tout annuler, rembourser les spectateurs, payer les artistes et les techniciens, faire un trou dans la caisse si grand que le prochain festival tomberait dedans ? Même Py, le nouveau pape d’Avignon, flairait le massacre. Finalement non. Deux jours de panne et quelques sacrifices humains ont repu le dragon. On a joué à Aix et à Avignon, tant mieux pour nous, pauvres mortelles ![access capability= »lire_inedits »]

Condition cinécanonne : que l’ennemi se cache. D’habitude, le ministère fait son difficile ; pour l’attirer, il faut lui promettre plein de trucs sympas. Là, le bureau était pendu au téléphone pour prier Mademoiselle (Madame ?) Filippetti de rester à Paris. Un cheveu de ministre dans la cour de l’Archevêché et pan, grève générale. Comment ils te l’ont reçue à Avignon, la Filippetti ! Furibarde elle était. « Moi aussi je suis en colère quand vous venez perturber une manifestation à destination des enfants, des jeunes publics, de tous ceux qui se battent pour la culture dans ce pays, c’est ça l’égalité, c’est ça une politique de gauche ! », elle leur a balancé.

L’année dernière, notre Manuel Valls, qui dit toujours merci et que j’aime du fond du cœur, avait prétexté je ne sais quel remugle à Marseille pour venir voir Mozart à Aix. Là, pas de Manuel, snif. Même Monsieur Gattaz, Supermedefman en visite aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, a été reconduit à l’hôtel. Échaudé par son accueil à Brest, il aura préféré le silence à l’harmonie. Pourtant la baston, ça le démange. Ce serait pas plutôt Mozart qui l’assomme ?

Enfin voilà. Je ne vous parle pas de Schubert, de Rossini, de Mozart, de Haendel et de Bach, avec le temps qu’il faisait j’étais trop dans mes plaids. Tout ce que je peux vous dire, c’est que le Stanislas de Barbeyrac, notre petiot d’Aquitaine qui faisait Tamino dans La Flûte enchantée, vous allez l’entendre. Et Dieu, qu’il est joli ! Mais là faut que j’arrête, parce que si j’embraie sur les ténors…[/access]

*Photo : BALTEL/SIPA. 00687501_000001.

Et Kouchner tint bon face à Caron…

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Aymeric Caron s’est encore surpassé dans la mauvaise foi, l’ignominie et la calomnie dans l’émission « On n’est pas couché » sous le regard bienveillant de Laurent Ruquier et de Léa Salamé qui en remettait une couche. L’invité était Bernard Kouchner, traître à la gauche, ministre de Sarkozy et partisan d’une intervention militaire au Proche-Orient. Juif athée, de surcroît. Et qui doute des vertus de l’assimilation…bref, un chiffon rouge pour Caron qui n’a reculé devant rien, le plus abject étant sans doute le plus efficace à ses yeux, pour mettre K.O. Bernard Kouchner. Je vous rassure : il a tenu le coup. À titre personnel, j’aurais quitté le plateau …je l’ai d’ailleurs fait dans un jury littéraire où la présence de ce fat m’insupportait trop. Il n’est pas surprenant qu’il se soit déclaré en accord avec Dominique de Villepin !

Mais le plus pénible, à mon réveil, fut de lire sur le blog d’un ami, Frédéric Schiffter, auteur d’un Dictionnaire chic de la philosophie, une diatribe contre les juifs français qui font tant de misère à leurs concitoyens musulmans. J’avais cru comprendre que  Schiffter, philosophe balnéaire, était un lecteur attentif de Cioran. Il me semble être plus proche aujourd’hui de Villepin, de Caron ou de Plenel. Je crains pour son talent et je lui rappelle ce que disait Cioran qui prévoyait la montée de l’islam :  » Les musulmans n’auront de cesse de transformer Notre-Dame de Paris en une mosquée.. »

Marseille, Capitale européenne du Sport

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marseille capitale sport

Marseille veut donc être nommée Capitale européenne du sport en 2017, et n’a plus aujourd’hui qu’un adversaire dans la course à la désignation, Sofia. Comme depuis 2001 toutes les villes désignées ont été choisies en Europe de l’Ouest, le sort de la « capitale phocéenne », comme disent les journalistes, est suspendu au choix de 2016, annoncé le 5 novembre prochain — Prague ou Palerme. Si c’est Prague, conclut Le Figaro, ce pourrait bien être Marseille l’année suivante.

Bonne idée. La désignation de Marseille comme Capitale européenne de la Culture avait quelque peu étonné — ici-même. Nous ne croulons pas sous les théâtres (quatre ou cinq en exploitation plus ou moins régulière, et le plus grand, la Criée, est en désamiantage depuis des mois, on ne l’avait laissé ouvert que pour bien figurer sur le tableau). Ce ne sont pas non plus les galeries d’art (quelques-unes) ni les cinémas (quatre ou cinq au total, les autres sont en périphérie) qui ont permis à la ville d’être élue : quand j’étais gosse, il y avait jusqu’à vingt salles sur la seule Canebière : il en reste une, le reste étant devenu entreprises de gros / demi-gros en direction du Maghreb. Marseille est la seule ville de France à n’avoir pas réhabilité son centre, et à voir sa bourgeoisie s’exiler sur de lointains villages — Cassis, par exemple. Bref, la Capitale européenne de la Culture a surtout brillé par ses constructions opportunistes, réalisées avec l’argent de l’Europe. Mais pour le Sport, c’est autre chose. Je ne peux qu’approuver.

Le Marseillais de base pratique de nombreux sports, sur une base quotidienne. Le tir, bien sûr — même si l’épreuve de flingage à la cible mouvante à 5 mètres à la kalachnikov n’est pas encore homologuée par les instances olympiques. La course aussi — surtout quand un individu patibulaire mais presque, comme disait Coluche, vous poursuit avec un rasoir à la main. La boxe enfin — une amie s’est fait agresser par deux individus qui lui ont proposé de leur faire une gâterie à 4 heures de l’après-midi en plein centre sous prétexte qu’elle portait un short — par 30° en fin d’été — et pas de voile. Ils l’ont bousculée, elle en a frappé un pour se dégager, ils l’ont rouée de coups (forcément hein, elle était peut-être impure), avec l’aide d’un passant qui lui a expliqué qu’elle avait insulté leur culture, et sous l’œil intéressé de trois flics locaux attablés à une terrasse toute proche : sollicités, ils ont expliqué qu’ils n’étaient pas là pour ça — ni pour rien d’ailleurs, le viol du code et des jeunes filles en fleur étant ici un sport local. La même aventure m’est arrivée il y a quelques jours, dans la queue d’un supermarché (nous manquons d’équipements, à Marseille, nous pratiquons donc le sport dans des endroits incongrus) où un autre patibulaire m’a proposé gentiment de m’arranger le nez d’un coup de tête — on est serviable, dans le Midi. Et l’année dernière, l’un de mes élèves de Maths Sup, gentil garçon qui venait d’une ville périphérique moins sportive, s’est fait braquer à dix heures du soir par deux individus de même farine, armés d’un couteau, en plein centre ville, à deux pas du commissariat central de Noailles, où ils devaient achever leur belote, et a dû les escorter chez lui afin qu’ils le délestent de son ordinateur, de son portable, et de ce qu’il avait d’argent liquide — 15 euros. Il a déménagé, du coup, et il est rentré chez lui — petit joueur !

Encore un qui n’avait pas intégré le Citius Altius Fortius Mortibus local. Il aurait au moins pu coller sa photo de lendemain d’agression sur le site ouvert tout exprès pour la candidature de la ville, où les vrais Marseillais survivants sont invités à déposer leurs témoignages sportifs..
Le Marseillais réel s’entraîne, afin d’être prêt. Jour et nuit des coureurs arpentent la Corniche, et déboulent au sprint sur le Vieux-Port. Ah, c’est beau, cette jeunesse aux muscles tendus, au visage ruisselant, les poings serrés sur le trousseau de clefs, arme opportuniste et efficace en cas d’agression.
Nous sommes si sollicités par les jeunes sportifs des Quartiers Nord que nous venons d’élire dans ce coin Stéphane Ravier[1. Auquel on doit un trait d’esprit sélectionné (mais non retenu, c’est bien dommage) par le Club de l’humour politique. Interrogé l’année dernière sur l’avenir politique à Marseille de Bernard Tapie, Ravier a déclaré : « Le seul Tapie qui a de l’avenir ici, c’est le tapis de prière. »],  l’un des deux sénateurs FN — avec des voix de droite et de gauche, nous ne sommes pas à parti pris, ici. D’ailleurs, la seule à avoir sauvé les meubles de la Gauche (d’extrême justesse) est Samia Ghali — les trois autres sénateurs PS se sont fait battre par des dissidents emmenés par Jean-Noël Guerini, exclu rue de Solferino mais plébiscité ici. La prochaine fois, les instances du PS réfléchiront à deux fois avant de s’en prendre à un parrain. On a le respect de la famille et des traditions, ici. Enfin, dans l’aventure, Patrick Menucci a disparu — il s’entraîne sans doute pour les prochaines épreuves, catégorie troisième mi-temps.

Alors oui, la Ville de Jean-Claude Gaudin mérite amplement d’être élue Capitale du Sport. «Nous avons privilégié la culture au cours des dernières années pour la préparation de l’année capitale européenne de la culture. Si nous sommes choisi capitale européenne du sport, la priorité sera donnée à la rénovation de nos stades, piscines et gymnases», commente Jean-Claude Gondard, directeur général des services de la mairie — et vrai maire de la ville. «Ce sont 200 millions d’euros qui y seront consacrés sur le milliard d’investissements prévus pour les six prochaines années». Et Jean-Claude Gaudin d’ajouter : «Ce serait bien que l’État aide la deuxième ville de France, car non seulement on nous réduit nos dotations mais on nous oblige à mettre en place ces nouveaux rythmes scolaires qui vont nous couter une fortune ! »

Comme je l’ai expliqué récemment sur France 3 Provence, il faut à Marseille 3500 animateurs pour se plier aux fantaisies gouvernementales sur les rythmes scolaires, et début septembre, il n’y en avait que 350 : c’est qu’il est difficile, ici, de trouver des jeunes qui aient à la fois un BAFA et un casier judiciaire vierge. Bah, on en fera des volontaires encadrants pour les festivités sportives.

*Photo : wikicommons.

Ce n’est pas une guerre de religion

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Non, ce n’est pas une guerre de religion, non, ce n’est pas une guerre entre religions. Ce n’est pas une guerre entre religions parce que la démocratie et les droits de l’homme ne sont pas une religion, et parce que l’Islamisme conquérant et terroriste n’est pas tout l’Islam.

C’est juste une guerre menée par l’islamisme conquérant et terroriste contre la liberté, contre la démocratie et contre les droits de l’homme.

La première conséquence est que les démocraties sont en droit de se défendre, sans se renier en rien.

La seconde est que les musulmans peuvent et doivent choisir entre la liberté pour tous et la charia imposée à tous.

S’ils choissent le camp de leur liberté et de la nôtre, contre l’islamisme conquérant et terroriste, personne ne pourra prétendre qu’il s’agit d’une guerre entre religions ou d’une guerre contre une religion.

D’ailleurs, soit dit en passant, si l’Occident était en guerre contre l’Islam, le musée du Louvre offrirait-il les arts de l’Islam à l’admiration universelle?

Pour en finir avec les mathématiques machistes

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ecole stereotypes najat

Le combat pour l’égalité ne connaît ni repos ni limite. Quand il s’agit de traquer les stéréotypes sexués et autres marques de discrimination, nul ne peut se prétendre au-dessus de tout soupçon, pas même les auteurs de manuels scolaires. Surtout pas eux, devrait-on dire, car l’école, de tous les champs de bataille de l’égalitarisme, est bien le plus crucial. C’est ce qu’observaient en 2011 les auteurs d’un livret de quarante-huit pages, intitulé La représentation des femmes dans les manuels d’histoire, destiné aux proviseurs et professeurs d’Île-de-France : « Le manuel scolaire constitue un instrument dinfluence sadressant à des esprits jeunes et dont lutilisation par les écoliers est fréquente. Alors quils pourraient être des outils de transmission dune culture de légalité, les manuels scolaires semblent échouer dans cette entreprise. » 

Pauvres profs ! Déjà tenus pour responsables par une partie de l’opinion publique de toutes les dérives de l’Éducation nationale, il faut encore qu’ils subissent jusque dans leur casier les rappels à l’ordre doucereux des prédicateurs infatigables de la religion sociétalo-progressiste. La tonalité employée par les croisés de la lutte contre le sexisme dans les manuels ne prête pas franchement à rire : « Toutes les disciplines seront passées au crible car les livres dans lesquels nos élèves étudient devraient être un vecteur fondamental de transmission d’une culture de l’égalité. » La chasse aux stéréotypes sexués est donc ouverte, et la traque sera, qu’on se le dise, impitoyable, car c’est « dès le plus jeune âge que les stéréotypes doivent être déconstruits et appréhendés ». Les premiers concernés sont bien sûr les historiens, objets de l’étude de 2011. Ces gens-là s’intéressent trop au passé pour ne pas être suspects de dérives réactionnaires. Les détestables intitulés au masculin dont ils parsèment encore les manuels de classe de seconde démontrent leur mauvaise volonté et le goût pour la violence symbolique de ces phallocrates passéistes, restés coincés entre Alain Decaux et Malet-Isaac. « La participation du citoyen à la vie de la cité », « Les hommes de la Renaissance » ou « Être ouvrier en France » : si l’on ne peut malheureusement pas encore faire table rase des cours d’histoire, il est au moins urgent d’expurger les livres de l’idéologie ouvertement sexiste cautionnée en toute impunité, par leurs auteurs.[access capability= »lire_inedits »]

Créé en 2009 à l’initiative du conseil régional d’Île-de-France, le Centre Hubertine Auclert est mentionné dans une enquête publiée dans Le Point le 13 septembre 2012, qui affirme que le centre a perçu, depuis sa création, quelques 1,795 millions d’euros, afin de financer des associations « qui ressemblent à des coquilles vides ». À ces accusations, le Centre Hubertine Auclert a répondu le 17 septembre 2012 qu’il « navait pas à rougir des 543 000 euros annuels qui lui sont alloués » et pouvait s’enorgueillir de soutenir 67 organisations tout en organisant des actions cruciales, dont l’enquête sur les manuels scolaires (d’histoire en 2011, de mathématiques en 2012 et de français en 2013) est un exemple éclatant. Cette étude fait elle-même suite à une tordante enquête diligentée en 2009 par la HALDE, intitulée Place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires –, et dont on a abondamment parlé à Causeur tant elle est emblématique de la sottise de l’époque. N’étant pas victime de réductions de moyens, avec un budget de 862 000 € en 2013, le Centre Hubertine Auclert a poursuivi le travail de la HALDE en publiant, sous la forme de fascicules de 48 à 56 pages destinés aux personnels de direction et au corps enseignant, le résultat de savants travaux de recherche sur les stéréotypes sexués.

Après avoir fait un sort à l’histoire et conclu à l’indécrottable machisme des historiens, les chercheurs et chercheures ont consacré leurs efforts à une forteresse du sexisme plus inexpugnable encore : les mathématiques. Nous avons cru trop longtemps que cette discipline était un royaume d’abstraction à l’abri des caractères sexués et que seuls Stephen Hawking ou Albert Einstein pouvaient être sensibles au sex-appeal d’une équation au quatrième degré. C’est un cliché sexiste, nous expliquent les auteur(e)s des Représentations sexuées dans les manuels de mathématiques de terminale, sous-titré avec une grosse malice Égalité femmeshommes dans les manuels de mathématiques : une équation irrésolue ? Le fait de posséder un y en plus interdirait-il donc de s’intéresser aux ? Bien au contraire, « le constat est accablant », nous avertit Djeneba Keita, présidente du Centre Hubertine Auclert, nom d’une fameuse militante féministe française. Après avoir passé au crible 29 manuels de terminale, l’étude aboutit à l’effroyable révélation que la trompeuse « apparence de neutralité attachée traditionnellement à la discipline mathématique entraîne une moindre vigilance quant aux stéréotypes sexués susceptibles d’y être véhiculés et légitime d’autant plus une telle étude ». Le machisme se terre encore à l’ombre des droites perpendiculaires et des théorèmes. Si les mathématiques se croyaient à l’abri de la grande œuvre de rénovation du langage entamée au nom de l’indifférenciation égalitaire, elles se fourraient le doigt dans la sphère oculaire. Comment peut-on faire confiance à des sociopathes qui passent leur temps à essayer de diviser par zéro mais prennent la tangente dès qu’on parle d’égalité des sexes ? Le scandale est en effet de taille : « Sur 3 345 personnages sexués comptabilisés, on trouve 2 676 hommes pour 672 femmes. » Les femmes ne représentant que 3,2 % des personnages historiques cités et 28 % des personnages de fiction utilisés dans les énoncés. Quant à l’iconographie, elle ne vaut guère mieux : on apprend ainsi que, « dans un manuel de terminale scientifique de tronc commun, on trouve 8 illustrations avec des femmes contre 53 images représentant des hommes ». Mais il y a plus révoltant encore : la lecture de l’étude nous apprend en effet que « beaucoup d’énoncés d’exercices ne mentionnent pas le nom du personnage et l’associent plutôt à sa fonction socioprofessionnelle (le joueur, le professeur, l’élève…) ». Cela laisse penser, nous dit-on, « que les auteur(e)s ignorent les règles de féminisation de la langue et n’utilisent pas les outils existants pour aboutir à une véritableindétermination sexuée dans la langue”. » Un énoncé propose de calculer « la probabilité que l’élève choisi parmi tous les garçons du lycée soit un élève de terminale ». On plonge dans l’horreur réactionnaire quand un autre manuel ordonne de « calculer la probabilité pour Madame X d’avoir un garçon, sachant qu’elle a déjà eu trois garçons ». Qui peut mesurer aujourd’hui l’impact d’intitulés si effroyablement rétrogrades sur de jeunes et naïves cervelles ?

Le 2 juillet 2014, un colloque était organisé par le Centre Hubertine Auclert et la région Île-de-France pour faire le point, après trois années de recherche, sur les stéréotypes sexués dans les manuels scolaires. Ce devait être l’occasion de se demander si « policière est vraiment le féminin de policier », d’en apprendre plus sur « les biais sexistes dans les manuels de SVT » et de déterminer « quels sont les leviers pour faire évoluer les manuels du point de vue du genre ». Je suis certain que tous les professeurs de France sauront profiter de toutes les glorieuses innovations qui y ont été proposées. Et on peut gager qu’après les manuels de français de seconde, qui étaient dans le collimateur cette année, ce sera le tour des manuels de langues : le cosmopolitisme n’exclut pas l’insupportable domination masculine. Tremble donc Brian dans ta cuisine et vous aussi, Ivan, José et Carlo ! Votre tour viendra ![/access]

*Image : Soleil.

Hervé Gourdel, les leçons d’une prise d’otage

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algerie gourdel etat islamique

algerie gourdel etat islamique

Rarement on avait vu autant de passions autour de la mort d’un otage. Même les diverses manifestations en hommage à Hervé Gourdel ont suscité un vif débat. Dans des villages, des anonymes se sont regroupés, des gens ont prié, d’autres ont marché, comme une mobilisation générale face à un ennemi commun. Union sacrée qui s’est malheureusement brisée sur l’invitation faite aux musulmans à se joindre au reste des Français.

Une réaction populaire et spontanée qui a contrasté avec le petit millier de journalistes, politiciens et militants qui s’est retrouvé place de la République pour défendre un islam tolérant et ouvert. Paris et sa province, éternel clivage.

Contraste également avec l’hommage national réservé au militaire mort en opération: quelques drapeaux d’anciens combattants s’inclinent sur le pont Alexandre III au passage de la dépouille, les journaux télévisés font aux Invalides une petite parenthèse dans leur programmation. Et puis voilà on passe à autre chose.

Au fond, les français acceptent, même avec tristesse, que leurs soldats tombent au champ d’honneur. Leurs enfants ont fait le choix du sacrifice ultime, on admire leur courage. Mais les français ne comprendraient pas qu’on en fasse des victimes. Ce serait une insulte à leur honneur de soldat, à leur héroïsme.

Mais quand un civil, qui benoîtement s’est égaré dans la montagne algérienne, finit sa modeste vie comme victime d’une barbarie dont il n’avait visiblement que faire, alors là l’opinion s’émeut. Elle se révolte. “Nous sommes tous Hervé Gourdel” a repris Le Monde. Nous aurions tous pu nous retrouver en vacances au Maghreb et y rester sans rien demander ni comprendre. Hervé Gourdel représentait un mode de vie moderne: guide de haute montagne, loisir et réseau associatif, photographe et formateur. C’est une victime. Non pas d’une catastrophe naturelle ou d’un fait divers mais de la préméditation d’idéologues. Non pas de déséquilibrés, mais d’adversaires aux antipodes de son univers global et apolitique. Une émotion comparable à celle, immense, de la disparition des jeunes Antoine de Léocour et Vincent Delory qui dînaient dans un restaurant de Niamey au Niger. Un des deux garçons devait se marier à une jeune nigérienne.

Il ne faudrait pas se méprendre. La réaction des français n’est pas un aveu de faiblesse, une indignation narcissique, vide de sens. Un simple chagrin. Ce n’est pas non plus le signe que notre société post-historique est prostrée devant tant de violence. Ce n’est pas, enfin, une colère islamophobe. Non, la réaction des français est un sursaut qui pousse l’exécutif à élargir son combat contre les groupes djihadistes en Irak, au Mali et peut être un jour en Libye et en Syrie. Ces marches, ces lettres, ces témoignages de soutien encouragent la lutte que mènent tous les jours les services de renseignements dans leur traque des apprentis terroristes. Y compris sur notre propre sol. Dans l’épreuve, les Français se sont serrés les coudes. Ils demandent seulement à comprendre.

La vision syrienne de l’opinion publique française est floue. Mais si on lui expliquait que la France refuse d’intervenir en Syrie pour ne pas aider Assad dans son combat contre Al-Qaïda et l’EI, alors les français pourraient muer leur incompréhension en une sourde colère.

*Photo : ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA. 00693933_000001.

Réformer, mais chez le voisin

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greve air france pharmaciens

greve air france pharmaciens

Votre pharmacien est en grève. Pas très grave, vos placards sont bourrés de médicaments que vous pourrez prendre en cas de migraine. En plus on vous avait prévenus, vous pouviez refaire le plein hier. Prenez votre mal en patience, demain, tout fonctionnera comme d’habitude. Et si c’est vraiment urgent, vous ne serez pas dans la nature. Un service fonctionne en cas d’urgence.

C’est plutôt reposant une grève dont on connait la limite : on peut s’organiser en conséquence. C’est un acte de contestation civilisé en quelque sorte. Une façon correcte de signifier son mécontentement, sans mettre dans l’embarras la moitié de ses congénères. Mais est-ce aussi efficace que le blocage intégral du pays ?

Ce matin, sur Radio Classique, Philippe Tesson remarquait à quel point la France est irréformable : quel que soit le changement proposé, quelle que soit la catégorie concernée, c’est non ! Son contradicteur de gauche arguait, avec la bonne foi qui le caractérise –ou est-ce de la bêtise ?-  que les deux catégories qui s’étaient mises en grève récemment sont des professions qui « votent à droite ». Les pilotes, ça vote à droite, c’est bien connu. Les professions libérales, ça vote à droite, qu’on se le dise. Et de conclure en toute logique que ce qui bloque ce pays, ce sont les gens de droite…

Est-il une profession dans laquelle tout le monde a les mêmes idées politiques ? Je connais des médecins de gauche, des instituteurs de droite et des intermittents interrogatifs… Mais si ! Peut-on, en qualité de belle-âme, jamais avare d’une petite leçon de bienséance aux uns et aux autres, ranger ainsi des hommes et des femmes dans le tiroir de leur opinion ? N’est-ce pas un peu condescendant de rejeter ainsi l’immobilisme à la française sur une « couleur politique ». Et la capacité d’analyse ? Réservée aussi à un parti, peut-être ?

Si les sondeurs nous révèlent un réel vœu des français de voir le pays se réformer, c’est toujours par les autres que tous veulent commencer. Et cela concerne chacun. Les trois quarts des Français seraient d’accord avec l’idée qu’il faut aller plus loin dans les réformes, mais refuseraient l’idée de sacrifices supplémentaires. Quelle que soit la couleur politique du métier qu’il pratique, chacun a à cœur de garder ses privilèges et désire que l’on s’occupe en priorité de supprimer ceux du voisin.

Il faut cependant reconnaître que, selon les professions, les moyens de faire entendre sa voix sont plus ou moins coercitifs… Bloquez une raffinerie, les trains, le métro, les avions, en assignant les Français à résidence, vous obtiendrez l’attention du gouvernement… Privez-les d’aspirine pendant quelques heures, le résultat est moins garanti. Pillez, cassez, saccagez des bâtiments publics, on s’aplatira devant vous, avant de vous blanchir de vos exactions. Manifestez dans le calme, on se gaussera de vous… Il n’y a que des mécontents, pourtant il y a grève et grève…

 *Photo :  LCHAM/SIPA. 00693240_000025. 

Guerre contre Daesh : où sont les morts?

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Depuis deux semaines, une coalition menée par les Etats-Unis s’est engagée dans une guerre aérienne contre les milices islamistes radicales du Daesh, en Irak et en Syrie. Les communiqués relatifs à ces opérations font état de cibles détruites : centres de commandement, chars d’assauts, raffineries et puits de pétrole alimentant les finances de cette bande d’égorgeurs. Fort bien.

Cependant, il apparaît que cette milice a pris ses quartiers dans un certain nombre de localités peuplées de civils désormais soumis à leur terreur : tous n’ont pas la possibilité, ou les moyens, de s’enfuir vers la Turquie ou la région autonome kurde. Un reportage impressionnant, filmée en caméra cachée, par une journaliste dissimulée sous son niqab : montre la ville de Raqqa, en Syrie, place forte des djihadistes. On y voit une ville peuplée de civils vaquant, malgré la situation, à leurs activités quotidiennes. Alors, de deux choses l’une : soit les frappes aériennes de la coalition épargnent à dessein les zones peuplées, quitte à les transformer en sanctuaire pour les miliciens de Daesh et leurs chefs, soit, plus vraisemblablement, on nous cache les « dommages collatéraux » inévitablement produits par des frappes aériennes en milieu urbain. L’AFP est dans l’incapacité d’établir le compte précis des victimes, militaires ou civiles, comme elle l’avait fait  pendant l’opération «  Barrière protectrice » à Gaza, en se fondant sur les seules informations fournies par le Hamas. Notre bonne conscience est donc préservée : à la différence des Israéliens, nous savons tuer des civils sans que cela se voie…

Égypte : pour les coptes, le pire n’est plus certain

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egypte coptes sissi

egypte coptes sissi

Ezzat, 44 ans. Petit, trapu, puissant. Marié, père, fils d’ingénieur, lui et son frère possèdent une petite usine de textile qui emploie 25 personnes, majoritairement coptes. Issu des classes moyennes de la Haute-Égypte, il vit désormais à Abu Qorqas, ville moyenne à majorité chrétienne du gouvernorat de Minia, lequel est le théâtre de plus de la moitié des incidents confessionnels qui opposent depuis plus de trente-cinq ans les deux communautés égyptiennes. C’est un gouvernorat où les coptes sont relativement nombreux, et c’est aussi un bastion des Frères musulmans.

Depuis l’élection du maréchal al-Sissi, il est soulagé. Mais il demeure très anxieux. En Moyenne-Égypte, dans sa ville ou ailleurs, la haine confessionnelle est palpable, même si elle n’ose plus se traduire en actes depuis quelques mois. On a pourtant frôlé le pire il y a dix jours : un chrétien a ouvert le feu pour se défendre contre des assaillants musulmans. Il en a tué un. Légitime défense ? Possible, probable. Ça ne passe pas, pas plus aujourd’hui qu’hier. Sous Moubarak, Tantawi ou Morsi, la violence confessionnelle se serait déchaînée et toute la communauté chrétienne de la ville aurait été punie. Aujourd’hui, on laisse faire la justice étatique, la rage et la colère sont contenues. Mais elles n’ont pas disparu.

Au début des années 1990, dans cette ville, un matin d’hiver, un copte a été pris en flagrant délit. En cachette, il embrassait son amie, musulmane. Les unions matrimoniales entre musulmanes et non-musulmans sont interdites par la loi, depuis toujours, et la communauté musulmane est très attachée à cette disposition. Le vendredi qui a suivi, les islamistes de la région sont venus en masse. Ils ont fait la prière et écouté les prêches de leurs chefs. À la fin de la prière, vers 13 heures, ils ont hurlé « Que la destruction des impies soit mon œuvre pie ! » avant d’incendier tous les commerces coptes. Les chrétiens étaient restés chez eux. Ils avaient appelé la police au secours : « Que le feu vous réchauffe », avait répondu un officier au père d’Ezzat. Les forces de l’ordre avaient déserté la ville pour l’occasion… Dans la rue où vit Ezzat, des voisins musulmans avaient protégé les chrétiens. Mais, partout ailleurs, les dommages matériels étaient immenses et, depuis, les coptes avaient perdu, estime Ezzat, toute dignité. Lui-même, traumatisé, a quitté l’Égypte deux ans plus tard, pour aller en France, où il est resté quinze ans. Il a appris le français, travaillé en clandestin, économisé de l’argent, en a dilapidé une partie en honoraires d’avocats pour se faire régulariser, en vain, avant de se décider à retourner au pays, où il s’est marié et a créé avec son frère une entreprise vite prospère. Après la révolution, des centaines de connaissances qui avaient raillé son choix en 1993 ont émigré.[access capability= »lire_inedits »] En Haute-Égypte, la situation, de très difficile, était devenue de plus en plus inquiétante pour les coptes. (Selon diverses ONG, 100 000 coptes ont quitté le pays après la révolution).

Pendant les années 1990, en Haute-Égypte, les exactions étaient commises par des islamistes qui se faisaient les dents, imposant leur racket, cherchant à embarrasser le régime, à défendre leur religion contre des périls qui n’étaient souvent que la simple présence d’autrui et quelquefois, rarement, à faire justice (sommaire) au bénéfice de musulmans lésés. Depuis 1999, le phénomène a mué, pour inclure davantage d’acteurs et prendre le plus souvent la forme d’affrontements entre habitants du même quartier. Les principaux déclencheurs étaient des histoires d’amour entre personnes de religion différente ou la construction de lieux de culte chrétiens sans la détention de l’autorisation étatique préalable, très difficile à obtenir. Mais on connaît des incidents ayant éclaté pour des motifs plus stupides (qui étend le linge et où) ou plus graves (une personne tuée par un membre de l’autre communauté). Parallèlement à la montée en puissance de la contestation contre Moubarak, à partir de 2004, les tabous et les discours convenus sont tombés, la parole s’est libérée en 2004. Les tabous tombant avec l’effondrement du discours convenu, les discours abjects de haine se sont multipliés. L’affaire Wafaa Constantine a envenimé les relations, déjà tendues, entre communautés. Fin 2004, une copte se convertit à l’islam pour pouvoir quitter son mari violent, resté chrétien, et épouser le musulman qu’elle aime. En soi, l’affaire est banale. Sauf que, cette fois, ledit mari est prêtre. Le choc au sein de la communauté est immense. L’Église prétend qu’elle a été enlevée, nie sa conversion et exige que la pécheresse lui soit remise. En effet, la coutume veut que les hommes de religion chrétienne ou juive aient un entretien « en un lieu neutre » avec le membre de leur communauté qui veut se convertir à l’islam. Cet entretien n’ayant pas eu lieu, et l’Église affirmant avec aplomb que les commissariats ne pouvaient être considérés comme un lieu neutre, la religion de l’État étant l’islam, l’État commet l’erreur de céder : Wafaa Constantine est cloîtrée jusqu’à ce qu’elle abjure son abjuration. Elle déclara ensuite devant le procureur général qu’elle était née chrétienne, le restait, et qu’elle mourrait chrétienne. Et on ne la revit jamais, car elle fut séquestrée dans un monastère. Son destin alimenta les discours des islamistes qui voulaient libérer leur « sœur en islam » et leur permit de pérorer sur la liberté de conscience…

Après la chute de Moubarak, les heurts sont devenus encore plus fréquents, l’État démissionnant face à une justice coutumière qui donnait souvent tort aux coptes, allant jusqu’à les bannir de leurs villages ou de leurs quartiers au nom de leur protection. Sur l’ensemble du territoire, les kidnappings contre rançons se sont multipliés. Mais, en Haute-Égypte, les coptes sont la cible privilégiée des truands ou encore de voisins qui tentent de les pousser au départ. Ezzat a reçu un jour un coup de téléphone lui donnant quarante-huit heures pour quitter son appartement et vendre son usine à bas prix à un soi-disant djihadiste. Mais son interlocuteur a commis l’erreur d’utiliser un juron non musulman : il s’agissait d’un voisin copte avec lequel il entretenait de mauvaises relations et qui avait masqué sa voix. Mais, pour ce cas comique à l’issue heureuse, combien de drames, d’exactions… Un copte a vu son oreille coupée par un salafiste qui lui reprochait sa mauvaise vie et a dû accepter de se réconcilier avec son bourreau.

À la surprise d’Ezzat, le président Morsi avait « bien commencé ». Au début de son mandat, le chef de la police du gouvernorat faisait la sourde oreille face aux plaintes des coptes. L’arrivée d’un pouvoir islamiste avait donné des ailes à ceux qui voulaient en découdre avec leurs voisins coptes, leurs femmes non voilées ou leurs buveurs d’alcool. « Votre heure est venue » : combien de coptes ont entendu au moins une fois, en cette année, cette apostrophe haineuse dans la bouche de voisins qu’ils croyaient bienveillants (les surprises agréables aussi ont été nombreuses) ? Combien de barbus s’en sont pris à des femmes, même voilées, qui prenaient le bus non accompagnées ? Combien de gens furent emmerdés[jr1]  par des zélotes croyant bénéficier de l’impunité ? Toujours est-il que, dans la ville d’Ezzat, les Frères se sont fâchés contre le chef de la police et lui ont ordonné de faire son travail, faute de quoi leurs milices assumeraient elles même la protection des chrétiens. Ezzat n’en croyait pas ses oreilles – et la menace fut efficace.

Ces heureuses dispositions n’ont pas duré. En novembre 2012, quand des centaines de milliers de Cairotes encerclèrent le palais présidentiel, l’homme fort de la confrérie affirma qu’ils étaient pour la plupart coptes. C’était faux. Mais le message adressé aux milices était clair. Les choses ne cessèrent ensuite de se détériorer. Le siège du Patriarcat fut attaqué début 2013 par les forces de l’ordre, sur instruction du pouvoir islamiste. Quand Morsi tomba, les Frères imputèrent sa chute à un complot copte et aux prétendues « origines juives » d’al-Sissi. Et, après le massacre de Rab’a le 14 août 2013, où un millier de Frères furent tués par les forces de l’ordre, la confrérie réagit en organisant des pogroms dans certains villages et en incendiant plus de soixante-dix églises.

Aujourd’hui, les choses semblent cependant aller mieux. À en croire un prêtre bien informé, jamais, depuis vingt ans, il n’y a eu aussi peu d’incidents confessionnels dans le pays. Pour lui, c’est la preuve que les islamistes étaient les seuls instigateurs de ces heurts. Ezzat, lui, estime que le ver est toujours là, mais que les prêcheurs de haine, islamistes ou non, ont peur. Quant à moi, je pense que, les Frères ayant abusé de la rhétorique antichrétienne, le rejet massif du discours frériste par la population musulmane a des effets bénéfiques pour la communauté copte. Le destin de la Syrie et de l’Irak renforce l’attachement à la paix civile. Une grande partie de l’opinion publique musulmane soutient désormais les coptes, non pas parce qu’elle adhère à l’idée de droits égaux pour tous les citoyens, mais parce qu’elle pense que ce qui arrive aux chrétiens arabes est barbare et indigne de l’islam …

Ezzat, lui, est partagé. Les relations de commerce et de voisinage sont meilleures. Son usine a été protégée par ses partenaires commerciaux salafistes qui, à deux reprises, ont fait dégager les barbus venus de villes voisines casser du copte. « Mais ils ne nous aiment pas », dit-il. Oui, il a de nombreux amis musulmans. Parmi eux, un prestigieux général de police à la retraite, qui a grandi dans le même immeuble que son père et guerroyé toute sa vie contre les Frères. Il sait qu’il peut s’adresser à lui ou évoquer son nom pour faciliter les choses. Mais les regards de haine continuent à le troubler. Et, dès qu’on lui refuse une chose à laquelle il estime avoir droit, il se demande si on le punit encore d’être chrétien.[/access]

*Photo : LEVINE/SIPA. 00663905_000016.

Combattre Mediapart : oui mais à la loyale

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edwy plenel mediapart tva

edwy plenel mediapart tva

Ce n’est pas très glorieux mais en découvrant hier matin le nouvel épisode des péripéties fiscales de Mediapart, ma première pensée a été qu’ils l’avaient bien cherché. Ces juges implacables n’acquittent jamais. Leur soupçon vaut preuve. Que le manquement soit présumé ou avéré, véniel ou sérieux, l’unique décret qu’ils prononcent, c’est la mort sociale. Et le plus effrayant, c’est qu’ils adorent ça. Quand ils n’ont pas un Cahuzac à se mettre sous la dent, ils se rabattent sur les petites manies d’un Morelle ou les arriérés d’impôts d’un Thévenoud, désormais pestiféré parce que ses comptes privés sont dans une effroyable pagaille.

En somme, ils n’hésitent jamais à jeter la première pierre – de même que la deuxième et toutes les suivantes. Alors, quand on apprend que le fisc réclame à Mediapart le règlement d’une dette (contestée) de 4,2 millions d’euros, « dont pas moins de 1 million de pénalités de « mauvaise foi » qui nous assimilent à de vulgaires fraudeurs », s’étrangle Plenel dans un texte sobrement intitulé « Mediapart, le fisc et les « salauds » (ne vous inquiétez pas, Causeur figure sur la liste), on est traversé par une peu charitable envie de rire, et on se dit que ce n’est que justice. Sauf qu’avec une telle conception de la justice, il faudrait violer les violeurs. Je n’aime pas – c’est un euphémisme – les méthodes de Mediapart, ce n’est pas pour employer les mêmes. Contre Plenel, je refuse de faire du Plenel.

Pour autant, il ne faut pas nous prendre pour des billes. De la part d’un homme qui se targue de connaître le ministère de l’Intérieur mieux que le ministre, le numéro du courageux petit journaliste luttant contre le pouvoir policier devrait susciter une franche hilarité. Après Zola, Voltaire – Galilée, non ? On cherche à le faire taire. Un complot venu d’en haut. Du président soi-même, on ne dérange pas Plenel à moins. L’ennui, c’est que François Hollande est bien incapable d’ourdir la moindre manœuvre contre Plenel : il a trop peur. Toute l’entourloupe est là : Mediapart ne brave pas le pouvoir : il le terrorise. (En l’occurrence, on peut espérer que le président a au moins compris qu’il l’avait obligé à vivre dans une maison de verre).

Plenel sait que n’importe quelle association de contribuables peut déclencher une enquête fiscale (n’est-ce pas la merveilleuse démocratie de la base qu’il appelle de ses vœux dans laquelle chacun est le flic de son frère ?) Il sait aussi qu’un fonctionnaire motivé par l’envie de nuire est plus efficace que le chef de l’Etat – ce sont d’excellents indics. Et ce défenseur du Bien public n’a pas que des amis. Les gens sont ingrats. On ne saurait donc exclure que quelque mauvais coucheur disposant de complices bien placés ait accéléré la procédure de recouvrement – je ne voudrais pas cafter mais ça traîne depuis plus longtemps que les impôts de Thévenoud.

On aurait beau jeu de rappeler que nul ne saurait s’affranchir de la loi, surtout pas Edwy Plenel. L’ennui, c’est que cette loi, imposée par un règlement européen stupide, est tellement injuste que les gouvernements français se sont presque engagés à la faire abroger (sans le moindre succès). En résumé, la presse en ligne est soumise à un taux de TVA de 19,6 % contre 2,1 % pour les journaux (cela ne concerne que la vente d’information, pas celle de la publicité, imposée à 19,6 % pour tout le monde). Cette différence de traitement n’a aucun sens dès lors que la production de l’information repose sur les mêmes processus. Concrètement, elle revient à condamner toute tentative de créer sur internet un modèle économique indépendant de la publicité. Mediapart est peut-être en tort sur le papier, sur ce coup-là, ils ont raison. L’Etat doit renégocier cette dette, sans doute renoncer à sa plus grande partie. Et aller défendre à Bruxelles les intérêts de nos médias.

Il est cependant savoureux d’entendre notre incorruptible moustachu se plaindre de la méchanceté vorace de certains confrères qui se réjouiraient de ses malheurs. S’ils le font, c’est dans le secret de leur âme noire. Sur les plateaux, il est reçu avec une révérence qui confine parfois à la servilité, au point que personne n’ose jamais le rappeler à la politesse la plus élémentaire. On rappelle son tableau de chasse avec des airs approbateurs, on parle avec des airs entendus de ceux qui le critiquent, rien que des jaloux, on en rajoute dans le mépris ou le sarcasme à l’encontre de sa tête de Turc du jour. Alors, quu’on fiche la paix à Plenel avec cette affaire de TVA. Mais qu’on combatte enfin ses idées. À la loyale. En refusant la tyrannie sélective de la vertu qu’il appelle République. Et en s’interdisant de hurler avec les loups quand il siffle la meute.

C’est la flûte finale…

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aix intermittents musique

aix intermittents musique

Pas un théâtre ouvert à Paris, nous voilà donc avec les filles descendues à Aix, où le pourboire est inclus dans le billet. Et alors, dites, le festival des belles choses, Aix-en-Provence ! Jusque dans le petit personnel, recruté au pedigree sur catalogue, un vrai défilé Dior. Vu ma tronche, pas question de me confier le gratin. Ce qu’elle a changé, la profession, depuis mes débuts sous Jules Ferry[1. Souvenons-nous que l’ouvreuse envoya ses Lettres sur la musique à la revue Art et critique en 1889 et 1890 (c’est-à-dire plutôt sous Pierre Tirard et Charles de Freycinet, ndlr).] ! Me voilà préposée aux plaids derrière l’escalier, poste stratégique dans les festivals en plein air, mais peu gratifiant.

De toute manière, cette année, le poisson est resté au large because les intermittents. Ambiance de requiem à l’heure H. Un type à bandana me tend une feuille rouge Union syndicale Solidaires. « Patrons, actionnaires, banquiers s’enrichissent sur notre dos », c’est marqué. Il paraît que ça vise les patrons, actionnaires et banquiers réunis de l’autre côté de la rue Saporta pile en même temps qu’on ouvre le festival. Rencontres économiques d’Aix-en-Provence ! Économiques, façon de parler, le soir où les précaires de Marseille ont fait annuler l’opéra de Rossini, ils t’ont descendu les petits fours qu’on en voyait ravis de couper à l’opéra.
Je dis précaires de Marseille parce que les intermittents d’Aix, ils avaient voté contre la grève. Trouble in Paradise. Est-ce qu’on allait revivre le cauchemar de 2003 ? Est-ce qu’il faudrait tout annuler, rembourser les spectateurs, payer les artistes et les techniciens, faire un trou dans la caisse si grand que le prochain festival tomberait dedans ? Même Py, le nouveau pape d’Avignon, flairait le massacre. Finalement non. Deux jours de panne et quelques sacrifices humains ont repu le dragon. On a joué à Aix et à Avignon, tant mieux pour nous, pauvres mortelles ![access capability= »lire_inedits »]

Condition cinécanonne : que l’ennemi se cache. D’habitude, le ministère fait son difficile ; pour l’attirer, il faut lui promettre plein de trucs sympas. Là, le bureau était pendu au téléphone pour prier Mademoiselle (Madame ?) Filippetti de rester à Paris. Un cheveu de ministre dans la cour de l’Archevêché et pan, grève générale. Comment ils te l’ont reçue à Avignon, la Filippetti ! Furibarde elle était. « Moi aussi je suis en colère quand vous venez perturber une manifestation à destination des enfants, des jeunes publics, de tous ceux qui se battent pour la culture dans ce pays, c’est ça l’égalité, c’est ça une politique de gauche ! », elle leur a balancé.

L’année dernière, notre Manuel Valls, qui dit toujours merci et que j’aime du fond du cœur, avait prétexté je ne sais quel remugle à Marseille pour venir voir Mozart à Aix. Là, pas de Manuel, snif. Même Monsieur Gattaz, Supermedefman en visite aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, a été reconduit à l’hôtel. Échaudé par son accueil à Brest, il aura préféré le silence à l’harmonie. Pourtant la baston, ça le démange. Ce serait pas plutôt Mozart qui l’assomme ?

Enfin voilà. Je ne vous parle pas de Schubert, de Rossini, de Mozart, de Haendel et de Bach, avec le temps qu’il faisait j’étais trop dans mes plaids. Tout ce que je peux vous dire, c’est que le Stanislas de Barbeyrac, notre petiot d’Aquitaine qui faisait Tamino dans La Flûte enchantée, vous allez l’entendre. Et Dieu, qu’il est joli ! Mais là faut que j’arrête, parce que si j’embraie sur les ténors…[/access]

*Photo : BALTEL/SIPA. 00687501_000001.

Et Kouchner tint bon face à Caron…

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Aymeric Caron s’est encore surpassé dans la mauvaise foi, l’ignominie et la calomnie dans l’émission « On n’est pas couché » sous le regard bienveillant de Laurent Ruquier et de Léa Salamé qui en remettait une couche. L’invité était Bernard Kouchner, traître à la gauche, ministre de Sarkozy et partisan d’une intervention militaire au Proche-Orient. Juif athée, de surcroît. Et qui doute des vertus de l’assimilation…bref, un chiffon rouge pour Caron qui n’a reculé devant rien, le plus abject étant sans doute le plus efficace à ses yeux, pour mettre K.O. Bernard Kouchner. Je vous rassure : il a tenu le coup. À titre personnel, j’aurais quitté le plateau …je l’ai d’ailleurs fait dans un jury littéraire où la présence de ce fat m’insupportait trop. Il n’est pas surprenant qu’il se soit déclaré en accord avec Dominique de Villepin !

Mais le plus pénible, à mon réveil, fut de lire sur le blog d’un ami, Frédéric Schiffter, auteur d’un Dictionnaire chic de la philosophie, une diatribe contre les juifs français qui font tant de misère à leurs concitoyens musulmans. J’avais cru comprendre que  Schiffter, philosophe balnéaire, était un lecteur attentif de Cioran. Il me semble être plus proche aujourd’hui de Villepin, de Caron ou de Plenel. Je crains pour son talent et je lui rappelle ce que disait Cioran qui prévoyait la montée de l’islam :  » Les musulmans n’auront de cesse de transformer Notre-Dame de Paris en une mosquée.. »

Marseille, Capitale européenne du Sport

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marseille capitale sport

marseille capitale sport

Marseille veut donc être nommée Capitale européenne du sport en 2017, et n’a plus aujourd’hui qu’un adversaire dans la course à la désignation, Sofia. Comme depuis 2001 toutes les villes désignées ont été choisies en Europe de l’Ouest, le sort de la « capitale phocéenne », comme disent les journalistes, est suspendu au choix de 2016, annoncé le 5 novembre prochain — Prague ou Palerme. Si c’est Prague, conclut Le Figaro, ce pourrait bien être Marseille l’année suivante.

Bonne idée. La désignation de Marseille comme Capitale européenne de la Culture avait quelque peu étonné — ici-même. Nous ne croulons pas sous les théâtres (quatre ou cinq en exploitation plus ou moins régulière, et le plus grand, la Criée, est en désamiantage depuis des mois, on ne l’avait laissé ouvert que pour bien figurer sur le tableau). Ce ne sont pas non plus les galeries d’art (quelques-unes) ni les cinémas (quatre ou cinq au total, les autres sont en périphérie) qui ont permis à la ville d’être élue : quand j’étais gosse, il y avait jusqu’à vingt salles sur la seule Canebière : il en reste une, le reste étant devenu entreprises de gros / demi-gros en direction du Maghreb. Marseille est la seule ville de France à n’avoir pas réhabilité son centre, et à voir sa bourgeoisie s’exiler sur de lointains villages — Cassis, par exemple. Bref, la Capitale européenne de la Culture a surtout brillé par ses constructions opportunistes, réalisées avec l’argent de l’Europe. Mais pour le Sport, c’est autre chose. Je ne peux qu’approuver.

Le Marseillais de base pratique de nombreux sports, sur une base quotidienne. Le tir, bien sûr — même si l’épreuve de flingage à la cible mouvante à 5 mètres à la kalachnikov n’est pas encore homologuée par les instances olympiques. La course aussi — surtout quand un individu patibulaire mais presque, comme disait Coluche, vous poursuit avec un rasoir à la main. La boxe enfin — une amie s’est fait agresser par deux individus qui lui ont proposé de leur faire une gâterie à 4 heures de l’après-midi en plein centre sous prétexte qu’elle portait un short — par 30° en fin d’été — et pas de voile. Ils l’ont bousculée, elle en a frappé un pour se dégager, ils l’ont rouée de coups (forcément hein, elle était peut-être impure), avec l’aide d’un passant qui lui a expliqué qu’elle avait insulté leur culture, et sous l’œil intéressé de trois flics locaux attablés à une terrasse toute proche : sollicités, ils ont expliqué qu’ils n’étaient pas là pour ça — ni pour rien d’ailleurs, le viol du code et des jeunes filles en fleur étant ici un sport local. La même aventure m’est arrivée il y a quelques jours, dans la queue d’un supermarché (nous manquons d’équipements, à Marseille, nous pratiquons donc le sport dans des endroits incongrus) où un autre patibulaire m’a proposé gentiment de m’arranger le nez d’un coup de tête — on est serviable, dans le Midi. Et l’année dernière, l’un de mes élèves de Maths Sup, gentil garçon qui venait d’une ville périphérique moins sportive, s’est fait braquer à dix heures du soir par deux individus de même farine, armés d’un couteau, en plein centre ville, à deux pas du commissariat central de Noailles, où ils devaient achever leur belote, et a dû les escorter chez lui afin qu’ils le délestent de son ordinateur, de son portable, et de ce qu’il avait d’argent liquide — 15 euros. Il a déménagé, du coup, et il est rentré chez lui — petit joueur !

Encore un qui n’avait pas intégré le Citius Altius Fortius Mortibus local. Il aurait au moins pu coller sa photo de lendemain d’agression sur le site ouvert tout exprès pour la candidature de la ville, où les vrais Marseillais survivants sont invités à déposer leurs témoignages sportifs..
Le Marseillais réel s’entraîne, afin d’être prêt. Jour et nuit des coureurs arpentent la Corniche, et déboulent au sprint sur le Vieux-Port. Ah, c’est beau, cette jeunesse aux muscles tendus, au visage ruisselant, les poings serrés sur le trousseau de clefs, arme opportuniste et efficace en cas d’agression.
Nous sommes si sollicités par les jeunes sportifs des Quartiers Nord que nous venons d’élire dans ce coin Stéphane Ravier[1. Auquel on doit un trait d’esprit sélectionné (mais non retenu, c’est bien dommage) par le Club de l’humour politique. Interrogé l’année dernière sur l’avenir politique à Marseille de Bernard Tapie, Ravier a déclaré : « Le seul Tapie qui a de l’avenir ici, c’est le tapis de prière. »],  l’un des deux sénateurs FN — avec des voix de droite et de gauche, nous ne sommes pas à parti pris, ici. D’ailleurs, la seule à avoir sauvé les meubles de la Gauche (d’extrême justesse) est Samia Ghali — les trois autres sénateurs PS se sont fait battre par des dissidents emmenés par Jean-Noël Guerini, exclu rue de Solferino mais plébiscité ici. La prochaine fois, les instances du PS réfléchiront à deux fois avant de s’en prendre à un parrain. On a le respect de la famille et des traditions, ici. Enfin, dans l’aventure, Patrick Menucci a disparu — il s’entraîne sans doute pour les prochaines épreuves, catégorie troisième mi-temps.

Alors oui, la Ville de Jean-Claude Gaudin mérite amplement d’être élue Capitale du Sport. «Nous avons privilégié la culture au cours des dernières années pour la préparation de l’année capitale européenne de la culture. Si nous sommes choisi capitale européenne du sport, la priorité sera donnée à la rénovation de nos stades, piscines et gymnases», commente Jean-Claude Gondard, directeur général des services de la mairie — et vrai maire de la ville. «Ce sont 200 millions d’euros qui y seront consacrés sur le milliard d’investissements prévus pour les six prochaines années». Et Jean-Claude Gaudin d’ajouter : «Ce serait bien que l’État aide la deuxième ville de France, car non seulement on nous réduit nos dotations mais on nous oblige à mettre en place ces nouveaux rythmes scolaires qui vont nous couter une fortune ! »

Comme je l’ai expliqué récemment sur France 3 Provence, il faut à Marseille 3500 animateurs pour se plier aux fantaisies gouvernementales sur les rythmes scolaires, et début septembre, il n’y en avait que 350 : c’est qu’il est difficile, ici, de trouver des jeunes qui aient à la fois un BAFA et un casier judiciaire vierge. Bah, on en fera des volontaires encadrants pour les festivités sportives.

*Photo : wikicommons.

Ce n’est pas une guerre de religion

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Non, ce n’est pas une guerre de religion, non, ce n’est pas une guerre entre religions. Ce n’est pas une guerre entre religions parce que la démocratie et les droits de l’homme ne sont pas une religion, et parce que l’Islamisme conquérant et terroriste n’est pas tout l’Islam.

C’est juste une guerre menée par l’islamisme conquérant et terroriste contre la liberté, contre la démocratie et contre les droits de l’homme.

La première conséquence est que les démocraties sont en droit de se défendre, sans se renier en rien.

La seconde est que les musulmans peuvent et doivent choisir entre la liberté pour tous et la charia imposée à tous.

S’ils choissent le camp de leur liberté et de la nôtre, contre l’islamisme conquérant et terroriste, personne ne pourra prétendre qu’il s’agit d’une guerre entre religions ou d’une guerre contre une religion.

D’ailleurs, soit dit en passant, si l’Occident était en guerre contre l’Islam, le musée du Louvre offrirait-il les arts de l’Islam à l’admiration universelle?

Pour en finir avec les mathématiques machistes

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ecole stereotypes najat

ecole stereotypes najat

Le combat pour l’égalité ne connaît ni repos ni limite. Quand il s’agit de traquer les stéréotypes sexués et autres marques de discrimination, nul ne peut se prétendre au-dessus de tout soupçon, pas même les auteurs de manuels scolaires. Surtout pas eux, devrait-on dire, car l’école, de tous les champs de bataille de l’égalitarisme, est bien le plus crucial. C’est ce qu’observaient en 2011 les auteurs d’un livret de quarante-huit pages, intitulé La représentation des femmes dans les manuels d’histoire, destiné aux proviseurs et professeurs d’Île-de-France : « Le manuel scolaire constitue un instrument dinfluence sadressant à des esprits jeunes et dont lutilisation par les écoliers est fréquente. Alors quils pourraient être des outils de transmission dune culture de légalité, les manuels scolaires semblent échouer dans cette entreprise. » 

Pauvres profs ! Déjà tenus pour responsables par une partie de l’opinion publique de toutes les dérives de l’Éducation nationale, il faut encore qu’ils subissent jusque dans leur casier les rappels à l’ordre doucereux des prédicateurs infatigables de la religion sociétalo-progressiste. La tonalité employée par les croisés de la lutte contre le sexisme dans les manuels ne prête pas franchement à rire : « Toutes les disciplines seront passées au crible car les livres dans lesquels nos élèves étudient devraient être un vecteur fondamental de transmission d’une culture de l’égalité. » La chasse aux stéréotypes sexués est donc ouverte, et la traque sera, qu’on se le dise, impitoyable, car c’est « dès le plus jeune âge que les stéréotypes doivent être déconstruits et appréhendés ». Les premiers concernés sont bien sûr les historiens, objets de l’étude de 2011. Ces gens-là s’intéressent trop au passé pour ne pas être suspects de dérives réactionnaires. Les détestables intitulés au masculin dont ils parsèment encore les manuels de classe de seconde démontrent leur mauvaise volonté et le goût pour la violence symbolique de ces phallocrates passéistes, restés coincés entre Alain Decaux et Malet-Isaac. « La participation du citoyen à la vie de la cité », « Les hommes de la Renaissance » ou « Être ouvrier en France » : si l’on ne peut malheureusement pas encore faire table rase des cours d’histoire, il est au moins urgent d’expurger les livres de l’idéologie ouvertement sexiste cautionnée en toute impunité, par leurs auteurs.[access capability= »lire_inedits »]

Créé en 2009 à l’initiative du conseil régional d’Île-de-France, le Centre Hubertine Auclert est mentionné dans une enquête publiée dans Le Point le 13 septembre 2012, qui affirme que le centre a perçu, depuis sa création, quelques 1,795 millions d’euros, afin de financer des associations « qui ressemblent à des coquilles vides ». À ces accusations, le Centre Hubertine Auclert a répondu le 17 septembre 2012 qu’il « navait pas à rougir des 543 000 euros annuels qui lui sont alloués » et pouvait s’enorgueillir de soutenir 67 organisations tout en organisant des actions cruciales, dont l’enquête sur les manuels scolaires (d’histoire en 2011, de mathématiques en 2012 et de français en 2013) est un exemple éclatant. Cette étude fait elle-même suite à une tordante enquête diligentée en 2009 par la HALDE, intitulée Place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires –, et dont on a abondamment parlé à Causeur tant elle est emblématique de la sottise de l’époque. N’étant pas victime de réductions de moyens, avec un budget de 862 000 € en 2013, le Centre Hubertine Auclert a poursuivi le travail de la HALDE en publiant, sous la forme de fascicules de 48 à 56 pages destinés aux personnels de direction et au corps enseignant, le résultat de savants travaux de recherche sur les stéréotypes sexués.

Après avoir fait un sort à l’histoire et conclu à l’indécrottable machisme des historiens, les chercheurs et chercheures ont consacré leurs efforts à une forteresse du sexisme plus inexpugnable encore : les mathématiques. Nous avons cru trop longtemps que cette discipline était un royaume d’abstraction à l’abri des caractères sexués et que seuls Stephen Hawking ou Albert Einstein pouvaient être sensibles au sex-appeal d’une équation au quatrième degré. C’est un cliché sexiste, nous expliquent les auteur(e)s des Représentations sexuées dans les manuels de mathématiques de terminale, sous-titré avec une grosse malice Égalité femmeshommes dans les manuels de mathématiques : une équation irrésolue ? Le fait de posséder un y en plus interdirait-il donc de s’intéresser aux ? Bien au contraire, « le constat est accablant », nous avertit Djeneba Keita, présidente du Centre Hubertine Auclert, nom d’une fameuse militante féministe française. Après avoir passé au crible 29 manuels de terminale, l’étude aboutit à l’effroyable révélation que la trompeuse « apparence de neutralité attachée traditionnellement à la discipline mathématique entraîne une moindre vigilance quant aux stéréotypes sexués susceptibles d’y être véhiculés et légitime d’autant plus une telle étude ». Le machisme se terre encore à l’ombre des droites perpendiculaires et des théorèmes. Si les mathématiques se croyaient à l’abri de la grande œuvre de rénovation du langage entamée au nom de l’indifférenciation égalitaire, elles se fourraient le doigt dans la sphère oculaire. Comment peut-on faire confiance à des sociopathes qui passent leur temps à essayer de diviser par zéro mais prennent la tangente dès qu’on parle d’égalité des sexes ? Le scandale est en effet de taille : « Sur 3 345 personnages sexués comptabilisés, on trouve 2 676 hommes pour 672 femmes. » Les femmes ne représentant que 3,2 % des personnages historiques cités et 28 % des personnages de fiction utilisés dans les énoncés. Quant à l’iconographie, elle ne vaut guère mieux : on apprend ainsi que, « dans un manuel de terminale scientifique de tronc commun, on trouve 8 illustrations avec des femmes contre 53 images représentant des hommes ». Mais il y a plus révoltant encore : la lecture de l’étude nous apprend en effet que « beaucoup d’énoncés d’exercices ne mentionnent pas le nom du personnage et l’associent plutôt à sa fonction socioprofessionnelle (le joueur, le professeur, l’élève…) ». Cela laisse penser, nous dit-on, « que les auteur(e)s ignorent les règles de féminisation de la langue et n’utilisent pas les outils existants pour aboutir à une véritableindétermination sexuée dans la langue”. » Un énoncé propose de calculer « la probabilité que l’élève choisi parmi tous les garçons du lycée soit un élève de terminale ». On plonge dans l’horreur réactionnaire quand un autre manuel ordonne de « calculer la probabilité pour Madame X d’avoir un garçon, sachant qu’elle a déjà eu trois garçons ». Qui peut mesurer aujourd’hui l’impact d’intitulés si effroyablement rétrogrades sur de jeunes et naïves cervelles ?

Le 2 juillet 2014, un colloque était organisé par le Centre Hubertine Auclert et la région Île-de-France pour faire le point, après trois années de recherche, sur les stéréotypes sexués dans les manuels scolaires. Ce devait être l’occasion de se demander si « policière est vraiment le féminin de policier », d’en apprendre plus sur « les biais sexistes dans les manuels de SVT » et de déterminer « quels sont les leviers pour faire évoluer les manuels du point de vue du genre ». Je suis certain que tous les professeurs de France sauront profiter de toutes les glorieuses innovations qui y ont été proposées. Et on peut gager qu’après les manuels de français de seconde, qui étaient dans le collimateur cette année, ce sera le tour des manuels de langues : le cosmopolitisme n’exclut pas l’insupportable domination masculine. Tremble donc Brian dans ta cuisine et vous aussi, Ivan, José et Carlo ! Votre tour viendra ![/access]

*Image : Soleil.