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Euro: Fin de partie remise

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Grèce euro Merkel Obama

« Cette fois l’euro est sauvé, la crise grecque est terminée ». Un concert de satisfaction a salué, tant dans les sphères du pouvoir que dans la sphère médiatique, l’accord qui a été trouvé le 13 juillet à Bruxelles entre le gouvenrment Tsipras et les instances européennes – et à travers elles, les grands pays, Allemagne en tête.

Etonnante illusion : comme si la diplomatie pouvait venir à bout  du réel. N’est ce pas Philippe Muray qui a dit un jour : « Le réel est reporté à une date ultérieure » ?

Il n’y a en effet aucune chance que cet accord résolve quoi que ce soit.

Passons sur le revirement étonnant d’Alexis Tsipras qui organise un référendum où le « non » au plan de rigueur de l’Europe est plébiscité avec plus de 62 % de voix et qui, immédiatement après, propose un plan presque aussi rigoureux.

Aide contre sacrifices

Ce plan a trois volets : les dettes de la Grèce doivent être étalées ; jusqu’où ? On ne sait pas encore, cela ne sera décidé qu’en octobre . La Grèce recevra de nouvelles facilités à hauteur de 53 milliards d’euros (remboursables), plus le déblocage de 25 milliards de crédits du plan Juncker (non remboursables). Elle doit en contrepartie faire voter sans délai un certain nombre de réformes : augmentation de la TVA, recul de l’âge de la retraite , lutte renforcée contre la fraude fiscale, etc.

Le volet réforme correspond-t-il à une vraie logique économique ? Appliquées immédiatement, ces mesures plomberont un peu plus l’activité, comme toutes celles que l’on inflige à la Grèce depuis quatre ans. Ne vaudrait-il pas mieux que ce pays consacre les ressources nouvelles à l’investissement et ne soit tenu de revenir à l’équilibre qu’au moment où la croissance , grâce à ces investissements, repartira. Quel  pays a jamais restauré ses grands équilibres dans la récession ?

Moins que de considérations techniques, cette exigence de réformes ne s’inspire-t-elle pas plutôt du vieux moralisme protestant : aider les pauvres, soit mais seulement s’ils font des efforts pour s’en sortir ; quels efforts ? Peu importe pourvu qu’ils en bavent !

Quoi qu’il en soit, pour redevenir solvable et donc rembourser un peu de ce qu’elle doit, la Grèce doit avoir des comptes extérieurs non seulement en équilibre mais excédentaires. Pour cela, elle doit exporter.

Pourquoi n’exporte-t-elle pas aujourd’hui, et même achète-t-elle des produits comme les olives? Parce que ses coûts sont trop élevés. Pourquoi sont-ils trop élevés ? Parce qu’ils ont dérivé plus que dans les autres pays de la zone euro depuis quinze ans. Et quoi que prétendent certains experts, cela est irréversible.

Aucun espoir sans sortie de l’euro

La Grèce a-t-elle un espoir de devenir excédentaire en restant dans l’euro ? Aucun.

Seule une dévaluation et donc une sortie de l’euro qui diminuerait ses prix internationaux d’environ un tiers lui permettrait de reprendre pied sur les marchés.

C’est dire que l’accord qui a été trouvé, à supposer que tous les Etats l’approuvent, sera remis en cause dans quelques mois quand on s’apercevra que l’économie grecque (à ne pas confondre avec le budget de l’Etat grec) demeure déficitaire et qu’en conséquence, elle ne rembourse toujours rien.

On le lui a assez dit : cette sortie-dévaluation sera dure au peuple grec, du fait de l’augmentation des produits importés, mais elle lui permettra au bout de quelques mois de  redémarrer. Sans sortie de l’euro, il y aura aussi des sacrifices mais pas d’espoir.

Nous pouvons supposer que les experts qui se sont réunis  à Bruxelles savent tout cela. Ceux du FMI l’ont dit, presque en ces termes. Les uns et les autres ont quand même signé.

Les Allemands qui ont déjà beaucoup prêté à la Grèce et savent qu’ils ne récupéreront rien de leurs créances, réformes ou pas, ne voulaient pas s’engager d’avantage. Ils ont signé quand même. Bien plus que l’attitude plus flexible de François Hollande, c’est une pression aussi ferme que discrète des Etats-Unis qui a contraint Angela Merkel à accepter un accord, envers et contre une opinion allemande remontée contre les Grecs.

Quant à Tsipras, a t-il dû lui aussi céder aux mêmes pressions (de quelle manière est-il tenu ?) ou joue-il double jeu pour grappiller encore quelques avantages avant une rupture définitive – qui verrait sans doute le retour de Yannis Varoufakis. Les prochains jours nous le diront.

Le médiateur discret

On ne comprend rien à l’histoire de cette crise si on ne prend pas en compte, derrière la scène, le médiateur discret de Washington qui, pour des raisons géopolitiques autant qu’économiques, ne souhaite ni la rupture de la Grèce, ni l’éclatement de l’euro.

Cette donnée relativise tous ce qu’on a pu dire  sur les tensions du  « couple franco-allemand » (ça fait cinquante ans que les Allemands nous font savoir qu’ils n’aiment pas cette expression de « couple » mais la presse continue inlassablement de l’utiliser !). Au dictionnaire des idées reçues : Merkel la dure contre Hollande le mou. Merkel, chancelière de fer, qui tient entre ses mains le destin de l’Europe et qui a imposé son diktat à la Grèce. Il est certes important de savoir que les choses sont vues de cette manière (et une fois de plus notre piteux Hollande a le mauvais rôle !). Mais la réalité est toute autre. Ce que l’Allemagne voulait imposer n’est rien d’autre qu’un principe de cohérence conforme aux traités qui ont fondé l’euro. Ce que Tsipras a concédé, c’est ce qu’il  ne tiendra de toutes les façons pas  parce qu’il ne peut pas le tenir.  Merkel a été contrainte à l’accord par Obama contre son opinion publique. La « victoire de l’Allemagne » est doublement illusoire : elle ne défendait pas d’abord ses intérêts mais la logique de l’euro ; cette logique, elle ne l’a imposée que sur le papier.

Mais pourquoi donc tant d’obstination de la part de l’Europe de Bruxelles, de la France et de l’Allemagne (et sans doute de l’Amérique) à trouver une solution à ce qui dès le départ était la quadrature du cercle ? Pourquoi tant de hargne vis à vis des Grecs et de tous ceux qui ont plus ou moins pris leur défense, au point d’anesthésier tout débat économique sérieux ?

Le Monde a vendu la mèche en titrant en grand : « L’Europe évite l’implosion en gardant la Grèce dans l’euro. » Nous avons bien lu : l’Europe, et pas seulement l’euro. Bien que la Grèce ne représente que 2% du PIB de la zone euro, son maintien dans cette zone conditionne la survie de l’euro. Mais par delà l’euro, c’est toute la construction européenne qui semble devoir être remise en cause si la Grèce sortait et si, du fait de la Grèce, la zone euro éclatait. Là encore le paradoxe est grand : comment de si petites causes peuvent-elles avoir de si grands effets ? Ce simple constat montre, s’il en était besoin, la fragilité de l’édifice européen. Cette fragilité réapparaitra qu’on le veuille ou non,  jusqu’à la chute de ce qui s’avère de plus en plus n’être qu’un château de cartes.

Devant une telle perspective, les Européens, ont dit « de grâce, encore une minute, Monsieur le bourreau. » Une minute ou quelques mois mais  pas beaucoup plus.

*Photo : Markus Schreiber/AP/SIPA/VLM133/812735085543/1506081323

Chine: la calotte et le marteau

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Eglise Chine

(Avec AFP) – Le père Lin Xiuqiang, curé de la paroisse de Hedong, est ravi de sa nouvelle église flambant neuve, avec son haut clocher surmonté d’une croix. Et reconnaissant envers les autorités communistes, qui viennent de financer l’édifice pour 17 millions d’euros.

Pourtant, des églises ont été rasées par dizaines et des croix abattues ces derniers mois dans l’est de la Chine, un message clair du régime aux 70 millions de chrétiens du pays, dont l’essor religieux inquiète le pouvoir.

C’est que la réalité a deux facettes : les chrétiens chinois sont divisés entre une Eglise « officielle », qui a fait allégeance au Parti communiste (PCC), maître tout-puissant du pays, et une Eglise « souterraine », dite « du silence », fidèle au Vatican pour les catholiques ou simplement indépendante du Parti pour les protestants.

Dans l’Empire du milieu, on ne rejoue pas Don Camillo avec ses éternelles petites guéguerres stériles entre la calotte et le goupillon. On vise l’efficacité. Les autorités locales autorisent donc de nouveaux clochers à pointer vers le ciel, et déversent même des fonds généreux pour s’attirer les bonnes grâces des fidèles… pourvu que leur fidélité aille à l’Eglise officielle.

Car pour le Parti unique chinois, il est inconcevable qu’une partie de la population puisse faire allégeance, même à travers ses prières, à un chef d’Etat étranger – ainsi que le Pape est perçu – ou échappe à sa tutelle obligatoire, comme dans le cas des protestants.

Bâtie en briques rouges, l’église du père Lin, destinée aux catholiques de la grande métropole portuaire de Tianjin, à 120 km à l’est de Pékin, a été terminée le mois dernier. Dans la nef, la lumière filtrée par les vitraux scintille sur des chandeliers de verre et rayonne sur un immense crucifix dominant les rangées de bancs en bois tout neufs.

Les 120 millions de yuan (17 millions d’euros) de la construction ont été payés par le gouvernement de Tianjin, raconte le père Lin à l’AFP. « On est content. L’Église nous donne un nouveau lieu où pratiquer notre foi », dit-il en s’extirpant du confessionnal.

Son église est sous l’égide de l’Association patriotique des catholiques chinois (APCC), fondée par le Parti communiste après la rupture en 1951 du Vatican avec la Chine de Mao Tsé-toung.

Mais à quelques kilomètres de là, celle de l’évêque de Tianjin nommé par Rome et donc « non-officiel », Mgr Melchior Shi Hongzhen, connaît un sort bien différent : ce prélat de 88 ans surveillé par la police est confiné dans son église du pont de Zhongxin, faite d’un assemblage de panneaux métalliques attaqués par la rouille, sans chauffage, ceinte d’égouts à ciel ouvert et coincée sous une rocade autoroutière surélevée… A l’entrée de l’édifice, un Christ et une vierge Marie sont surmontés d’une croix oxydée.

« Voyez par vous-même la qualité de notre environnement », lâche un paroissien qui requiert l’anonymat.

A Tianjin, les catholiques sont estimés à une centaine de milliers. Parmi eux, des centaines se pressent chaque dimanche dans l’église du vieux prélat « non-officiel », certains assis à même le sol ou debout à l’extérieur faute de place, pour écouter son sermon, assourdi par les grondements des camions sur la rocade.

Ces fidèles attendent depuis plus de 10 ans l’autorisation de bâtir une nouvelle église. « On est une Église souterraine, pas sous contrôle gouvernemental. C’est pour cela qu’on ne nous soutient pas », explique Mme Guo, une paroissienne.

Depuis l’an dernier, les autorités du Zhejiang, une province plus au sud, foyer important du protestantisme en Chine, ont même lancé une campagne de démolition des églises. Selon China Aid, une association de défense américaine, 30 édifices ont été rasés en 2014 et une centaine de croix ont été enlevées d’autres lieux de culte, y compris de ceux agréés par les autorités. Une offensive extrême qui reste toutefois assez confinée à cette province.

A contrario, 5 195 églises ont été construites ou rénovées en Chine entre 2007 et 2012, selon la presse officielle chinoise. Au cours de la seule année 2014, plusieurs dizaines de nouvelles églises vouées au culte « officiel » sont sorties de terre, selon les médias chrétiens.

A Hangzhou même, capitale du Zhejiang, les autorités ont financé l’édification d’une église capable d’accueillir plusieurs milliers de fidèles. La ville voisine de Suzhou, ou encore celle de Fuzhou – capitale de la province de Fujian – ont, elles, investi dans l’édification de lieux de culte protestants.

A la campagne, les églises sont généralement financées par les fidèles eux-mêmes, une fois accordés les permis de construire, indiquent les analystes, dans un pays qui comptait en 2010 environ 58 millions de protestants et 9 millions de catholiques – toutes Églises confondues, officielles ou non –, selon le Centre de recherches américain de Pew.

« Tant que les choses se déroulent dans le système officiel, le gouvernement se montre tolérant », assure Liu Peng, expert des relations Église-Etat auprès du gouvernement chinois. Et localement, les responsables financent d’autant plus volontiers des lieux de culte quand il s’agit de contrecarrer l’essor de communautés de croyants « non-déclarées », remarque-t-il.

A Pékin même, dans le district aisé de Haidian qui concentre nombre de communautés religieuses souterraines, les autorités ont ainsi financé en quasi-totalité une église évangélique ultra-moderne, confiée à des architectes allemands et terminée en 2007.

Les chrétiens de l’Eglise souterraine, eux, n’ont aucun espoir de voir leurs projets approuvés. Aux lieux de culte officiels, ils préfèrent souvent des sanctuaires de fortune. Tel appartement au-dessus d’un cabinet de dentiste, où des messes sont célébrées. Tels bureaux un brin délabrés, comme ceux de la congrégation du « Nouvel arbre », face à une agence de voyage… et voisins d’une église officielle nouvelle et rutilante.

« Là-bas », lance Yang, fidèle du « Nouvel Arbre », « il faut s’aligner sur les vues politiques du pouvoir. Beau bâtiment. Mais spirituellement pauvre ».

*Photo : © AFP Fred Dufour

Grèce: Tsipras prêt à nettoyer les écuries d’Augias

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Grèce Alexis Tsipras cadastre tribunaux

Dis-moi ce que tu penses de Tsipras, je te dirai qui tu es. La crise grecque, surtout depuis la victoire de Syriza et l’arrivée au pouvoir d’Alexis Tsipras, est devenue en France un marqueur important d’identité et d’appartenance politique. Ces derniers jours, les réseaux sociaux ont véhiculé et amplifié les angoisses et les espoirs, la joie et la peine des uns et des autres. Parfois, l’adhésion idéologique et identitaire au gouvernement grec et à son chef étaient telles que des prises de positions contradictoires ont été tour à tour saluées comme géniales et courageuses. On attaque hardiment ?  Bravo le petit peuple digne. On recule aussitôt ? Génie tactique et stratégique digne des Anciens ! On dit non ? Chapeau l’artiste et quelle audace ! On dit oui ? Quel sens des responsabilités de celui qui sonne la retraite pour mieux avancer ! Bref, pile Tsipras gagne, face il triomphe. Difficile d’y voir clair dans ces conditions. Et pourtant il le faut.

Laissons donc un instant les combats idéologiques et les envolées lyriques. Et regardons de plus près deux des plus importantes réformes structurelles dont il est question dans les interminables négociations entre les Grecs et leurs créanciers publics. Il s’agit du cadastre et de la justice. Qu’on soit libéral, ultralibéral, étatiste, souverainiste ou montebourgeois, on peut se mettre d’accord sur le fait qu’une économie de marché, même extrêmement régulée et contrôlée, est sérieusement handicapée si elle ne dispose pas d’un système centralisé et fiable d’enregistrement de la propriété foncière. De même, il est indispensable qu’elle puisse compter sur un système judiciaire permettant de régler rapidement, efficacement et à prix abordable les innombrables litiges liés aux activités économiques et aux engagements contractés entre les différents acteurs. Or, la Grèce a des gros problèmes avec l’un comme avec l’autre.

En ce qui concerne le cadastre, l’histoire est connue de longue date mais mérite d’être rappelée dans le contexte actuel. Le système cadastral grec est à la fois anachronique et décentralisé. Parmi les plus pénalisés par cette déficience, il y a d’abord l’Etat grec lui-même, qui a du mal à mettre en place une fiscalité adéquate du foncier. Mais les propriétaires grecs, hors des grands centres urbains, en paient eux aussi un prix élevé en conflits longs et coûteux, qui constituent un frein important à la fluidité de l’activité économique.

Il y a deux décennies, le gouvernement grec a donc présenté à l’UE un projet visant à créer un cadastre moderne, centralisé et informatisé et obtenu un financement de 100 millions d’euros (équivalent 1994). En 2001, le projet était toujours au point mort et un bras de fer s’est engagé concernant le remboursement de ladite somme. Le débat autour du dossier est vite devenu idéologique. Côté hellène, on a dénoncé « un esprit anti grec » tandis que les Allemands, les Autrichiens, les Danois et les Finlandais (!) insistaient pour qu’Athènes rembourse intégralement. Non sans peine, les Français ont négocié un compromis : les Grecs rembourseraient les 100 millions en deux fois, en échange d’un financement à hauteur de 40 millions d’euros pour un nouveau projet de cadastre. Selon une enquête publiée en mai 2013 par le New York Times, il serait difficile de garantir que cette somme a été bien dépensée. Le fait que la question ne soit pas mentionnée dans le document du « compromis à quatre » négocié hier matin à Bruxelles ne devrait pas nous rassurer : la question n’a pas été réglée, l’UE a probablement laissé tomber.

Ce n’est en revanche pas le cas pour les tribunaux grecs, dont la réforme est formellement exigée par les créanciers. Mais ce sont d’abord les Grecs eux-mêmes qui se plaignent du fonctionnement de leur justice civile. Le nombre de dossiers en attente de décision est énorme (on parle de 140 000), et l’attente excessivement longue : 7,5 années en moyenne. Lorsqu’il s’agit de litiges commerciaux, administratifs ou fonciers, on peut aisément imaginer l’effet délétère sur l’activité et sur la confiance des citoyens dans leurs institutions.

Dans les deux cas il ne s’agit pas de choix idéologiques et les réformes sont officiellement soutenues par l’opinion publique. Or, malgré cela, les gouvernements successifs n’ont pas réussi à aboutir. Plusieurs conclusions différentes sont possibles. On peut légitimement penser qu’avant janvier 2015 la Grèce a été dirigé par des clientélistes corrompus. On peut également penser que l’Etat grec s’est tout simplement heurté à sa propre impuissance face à l’ampleur des obstacles aux changements. Il me semble que la réponse est probablement un mélange des deux et qu’Alexis Tsipras le sait. Et puisqu’il sait aussi et mieux que quiconque que ces deux problèmes-là ne sont qu’un échantillon de ce qui l’attend, dans cet Etat grec aux allures d’écuries d’Augias, il avait deux options : sortir de l’Euro et essayer de tout reconstruire ou rester dans l’Euro afin d’utiliser l’énorme pression des créanciers pour balayer les obstacles et contourner les intérêts particuliers, les clientèles et les lobbies qui ont mis en échec ses prédécesseurs. Il semblerait qu’il ait opté pour cette dernière solution.

*Photo : Petros Karadjias/AP/SIPA/XTS101/67113376175/1507131529

Dominique Reynié, expert ou candidat?

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Dominique Reynié candidat Les Républicains

Vendredi, en fin d’après-midi, Dominique Reynié était l’un des invités de l’émission C dans l’air, diffusée chaque jour sur France 5. Jusque-là, rien d’anormal. Le politologue, qui est aussi directeur de la Fondapol – think tank proche du parti « Les Républicains » – est une personnalité récurrente de l’émission. Le problème, c’est que depuis quelques semaines, Dominique Reynié n’est plus simplement un expert engagé, comme de nombreux autres chroniqueurs de C dans l’air. Il est aussi tête de liste LR-UDI aux élections régionales dans la super-région Midi-Pyrenées-Languedoc-Roussillon. Alors, bien entendu, la présentatrice Caroline Roux n’a pas omis d’apporter cette précision aux téléspectateurs en début d’émission. Grâce à ce procédé liminaire, on saurait ainsi d’où parle Reynié et l’affaire serait entendue. Pas si simple.

On se trouve en effet devant un double problème. Primo, la campagne électorale a commencé – Reynié anime déjà des réunions – et une distorsion de temps de parole lèse d’ores et déjà ses adversaires à cette élection. Mme Carole Delga, MM. Louis Aliot ou Damien Lempereur, pour ne citer que ceux que je connais, pourraient légitimement demander à la chaîne d’être invités à leur tour. Après tout, l’émission de vendredi ne portait pas sur la meilleure façon de confectionner la tarte aux fraises, mais sur un dossier extrêmement politique, le dossier grec, où Reynié a pu donner ses avis éclairés et engagés. Pourquoi les autres candidats ne pourraient-ils pas donner aussi leur opinion sur le duel Tspiras-Merkel ? Au nom de quel favoritisme ? Après tout, Delga et Aliot sont aussi professeurs de droit public et pourraient intervenir de la même manière dans cette émission en qualité d’experts.

Secundo, qu’il le veuille ou non, Dominique Reynié, grâce à sa candidature pour l’un des trois plus gros partis de France dans un scrutin important, est devenu un homme politique de premier plan. Sa place est donc dans les émissions politiques, pour débattre avec d’autres personnalités politiques, ou être interrogé par des journalistes. Or, à C dans l’air, il est connu des téléspectateurs pour intervenir en tant que professeur de sciences politiques. Il n’est pas sain qu’on puisse ainsi cumuler les fonctions d’expert et d’homme politique de premier plan, candidat à une présidence de région. On est soit l’un, soit l’autre. Imagine-t-on par exemple le spécialiste de l’économie de France 2, François Lenglet, se présenter aux élections législatives et poursuivre ses éditoriaux économiques au journal de vingt heures ? Imagine-t-on Manuel Valls, ou un autre ministre, invité à chroniquer un sujet politique dans C dans l’air ? Poser la question, c’est y répondre.

Il n’est bien entendu pas question d’en appeler au CSA, qui a déjà une grosse tendance à en faire plus qu’on lui demande en termes de « police médiatique ». On en appellera plutôt au bon sens de Dominique Reynié lui-même, qui a notamment fait preuve par le passé – nous nous en souvenons forcément – d’un véritable amour du pluralisme en défendant l’utilité de Causeur dans le débat démocratique. Son compte Twitter, annonçant alternativement ses réunions électorales et ses participations à des émissions en tant qu’expert, démontre qu’il assume contre toute raison ce mélange des genres. Il est temps d’arrêter les frais. En cumulant la casquette de politologue et celle de personnalité politique, il fausse la compétition loyale avec ses adversaires candidats à la Région. Il sème la confusion dans la tête du téléspectateur qui peut se demander, à bon droit, comment les fameux experts sont choisis dans ce genre d’émission. Et il se met lui-même dans une position très délicate.

*Photo : Alain ROBERT/Apercu/SIPA/1506261129

GPA : à quoi joue Jacques Toubon?

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En succédant à Dominique Baudis au prestigieux poste de défenseur des droits,  Jacques Toubon, l’ex-Garde des Sceaux du président Chirac, a dû affronter l’hostilité de la gauche. Celle-ci voyait d’un très mauvais oeil le choix de François Hollande de le nommer à ce poste, alors qu’il s’était illustré dans le passé par des positions  très conservatrices, notamment en ce qui concerne l’homosexualité. Ses opposants n’ont plus de souci à se faire, tant son évolution vers le progressisme sociétal a été aussi rapide que radicale.  Près d’un an après sa prise de fonction, voici que le défenseur de nos droits, au nom de l’égalité et de l’intérêt supérieur de l’enfant, défend l’accès à la PMA pour les couples de femmes et prône de facto le recours à la GPA en entretenant un rapport plus qu’ambigu avec ceux qui militent pour sa légalisation.

La question de la gestation pour autrui  fait couler beaucoup d’encre depuis que la Cour de Cassation a ordonné, le 3 juillet dernier, la transcription de l’acte de naissance de deux enfants nés de mères porteuses en Russie, reprenant ainsi à son compte l’arrêt de la Cour Européenne des droits de l’homme qui condamnait la France pour son refus de retranscrire à l’état civil des enfants issus d’une GPA pratiquée à l’étranger. Or, entre l’arrêt Mennesson de la CEDH du 26 juin 2014 et la récente décision de la Cour de Cassation, Jacques Toubon n’a pas été inactif, loin de là,  dans son soutien à la cause des couples ayant recours à la GPA à l’étranger. Voyons de quelle façon.

Dans une interview accordée le 13 octobre 2014 à Public Sénat, tout en affirmant haut et fort que «l’interdiction de la GPA lui semble indispensable», Jacques Toubon plaide pour la retranscription de l’acte de naissance de ces enfants à l’état civil français, au  nom de la nécessité de  « leur donner une identité en France ». Le voici donc qui adopte le discours archi-convenu de ceux qui veulent faire accepter la GPA auprès de l’opinion : « je suis contre la GPA mais il ne faut pas pénaliser les enfants déjà nés ». Notre défenseur des droits est si pressé qu’il en vient même à faire des remontrances à Christiane Taubira, à laquelle il reproche sa lenteur dans l’application de l’arrêt de la CEDH !

Lors de l’audience de la Cour de Cassation du 19 juin dernier, le défenseur des droits, toujours aussi déterminé à défendre la cause des requérants,  s’est fait représenter par le très médiatique avocat Patrice Spinosi, qui n’est autre que le conseil de Dominique et Sylvie Mennesson, les bénéficiaires de l’arrêt de la CEDH ! Les époux Mennesson ne défendent pas uniquement leur cas personnel mais militent pour la légalisation de la GPA, notamment via le Comité de soutien à la légalisation de la GPA et à la reproduction assistée (CLARA) qu’ils président et qui est représenté par … Maître Spinosi. Un comité spécialisé, entre autres, dans le conseil aux couples qui veulent avoir recours à des mères porteuses à l’étranger.

Ainsi donc, Jacques Toubon a choisi, pour se faire représenter à la Cour de cassation, l’avocat de ceux qui ont contrevenu à la loi française et qui est aussi l’avocat d’une association spécialisée dans le lobbying en faveur de la GPA, alors même qu’il  défend publiquement l’interdiction de cette pratique !  Dire que l’une des dernières prises de position du feu Dominique Baudis, avait été justement de dénoncer la promotion de la GPA sur Internet…

Plusieurs féministes opposées à la GPA ont récemment sonné l’alerte dans les colonnes du Figaro en dénonçant la collusion entre une institution publique et le lobby pro-GPA.Tout en cherchant à se faire pardonner ses errements du passé auprès du camp progressiste en se mettant à la pointe du Progrès, Jacques Toubon ne veut tout de même pas se mettre à dos les conservateurs de son camp. En reconnaissant officiellement, en janvier 2015, que des militants de la Manif pour tous avaient été maltraités par les forces de police en 2012, n’espérait-il pas s’assurer une certaine sympathie de la part du collectif? Si la LMPT lui est certainement reconnaissante sur ce point, on peut fortement douter qu’elle laisse passer ses accointances avec le lobby pro-GPA. Et c’est compter sans la croisade contre cette marchandisation du corps des femmes menée activement par le Collectif pour le respect de la personne (CoRP,) qui compte parmi ses membres Sylviane Agacinski, Eliette Abécassis, ou Michel Onfray. Il n’est donc pas évident que le défenseur des droits puisse continuer à jouer longtemps la comédie.

*Photo : ALAIN ROBERT/APERCU/SIPA. 00696749_000013.

Allemagne : le retour de l’hubris?

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La «crise grecque» constitue un formidable révélateur. Les événements de ces derniers jours ont en effet permis à chacun de jeter le masque, et de montrer qui il était et où il se situait. Cruelle leçon de choses, qui a vu les petits marquis se comporter en petits marquis, les supplétifs ahuris monter quatre à quatre les marches du ridicule, les imposteurs inquiets surenchérir dans la haine et le mépris. Mentions spéciales à ceux qui tiennent chez nous les manettes, laissant apparaître leur peur et  l’envie de soumission, seul moyen pour eux de la conjurer. Aux gauchistes (de salon ou pas) qui une fois de plus ont fait mentir Lénine en démontrant qu’il n’y avait pas de maladie infantile, mais uniquement de l’exaltation petite-bourgeoise. Produisant un fanatisme généreux avec le sang des autres, mais qui s’évanouit au premier retour du réel. Aux défaitistes aussi, en général, sincères et lucides, mais vite découragés. J’ai dit ici l’effet qu’avait produit sur moi ce moment. L’émotion du référendum grec comme une espèce de «Bir Hakeim», première étape sur un chemin qui sera long et difficile. Et qui a réactivé cette petite maladie que je pensais guérie. Celle qui pousse à  choisir le camp du peuple. Mais voilà qu’une autre vient aussi de se réveiller. J’entends déjà les quolibets sur son caractère génétique…. Peut-être, mais ce qui est sûr c’est que ce qui s’est passé en Europe ces derniers jours vient de démontrer que nous avions désormais un nouveau « problème allemand ».

Je sais que les accusations de « germanophobie» et autres «point Godwin» vont bien évidemment pleuvoir de la part de ceux qui se réjouissent d’une Europe à direction allemande et de ceux pour qui la soumission est une seconde nature.

Mais il est désormais exclu de céder à ce chantage. Parce qu’il faut maintenant cesser de se payer de mots et regarder les choses en face. Les pays et les peuples ont des cultures et une histoire. Ce qui permet sans caricature, d’en cerner certaines caractéristiques. L’Allemagne est un grand pays et un grand peuple. Mais qui a montré dans l’histoire une surprenante facilité à passer d’un haut niveau de civilisation à la plus totale irrationalité la conduisant au pire. On ne reviendra pas en détail sur ce qui s’est passé depuis 1870, mais on rappellera quelques épisodes éclairants. Le lieu de la proclamation de l’empire en 1871 dans la Galerie des glaces à Versailles n’avait aucune autre utilité que la force symbolique d’une humiliation totale pour la France. Le premier vrai et grand génocide systématique du vingtième siècle qui fut celui des Hereros en Namibie. Les exactions contre les civils après la violation de la neutralité belge en août 1914 qui, lorsqu’elles furent rapportées en France et en Grande-Bretagne furent considérées, du fait de leur violence, comme des exagérations de la propagande ! Ne parlons pas de la Seconde guerre mondiale. En fait si, juste pour rappeler que la mise en coupe réglée de la Grèce après son invasion en 1941 provoqua la mort de 100 000 civils par la famine lors du premier hiver d’occupation, 300 000 pour toute la guerre.

Le syndrome de l’encerclement au centre de l’Europe, joint au sentiment que l’Allemagne, si évidemment supérieure, n’avait pas ce qu’elle méritait, ont nourri agressivité guerrière et absence de principes. Les peuples européens l’ont appris à leurs dépens. Après la Seconde guerre mondiale, l’Allemagne a échappé en partie aux conséquences de l’effroyable catastrophe qu’elle avait déclenchée. Pas de plan Morgenthau, pas de dénazification approfondie, invention de mythes permettant de faire la différence entre le peuple allemand et les nazis. La Wehrmacht correcte au contraire des SS, alors qu’elle les avait sans problème égalés dans le crime. Les recherches historiques récentes ont permis d’établir que le peuple allemand, alors qu’il savait tout, avait suivi Adolf Hitler aveuglément, et jusqu’au dernier jour. Ce qui n’a pas empêché de le présenter aussi comme victime de celui-ci. Mais pourquoi pas ? C’était la guerre froide, et l’on constate que la dichotomie nazi/peuple allemand employée par les vainqueurs, fut la même des deux côtés du rideau de fer. Et puis pour éviter le retour de la guerre, il fallait faire l’Europe et y intégrer l’Allemagne. Ce qui fut fait, mais en commettant deux erreurs. De diagnostic tout d’abord, en considérant que le facteur des guerres en Europe était l’existence des nations, qu’il fallait donc faire disparaître. De méthode ensuite en privilégiant une construction purement économique faisant l’impasse sur le politique.

Charles de Gaulle, François Mitterrand et Margaret Thatcher n’étaient pas germanophobes. Mais ils étaient méfiants. Appartenant pour les deux premiers à la « génération des catastrophes » ils avaient quelques raisons de l’être. Alors, lorsqu’Helmut Kohl voulu la réunification immédiate après la chute du mur de Berlin, François Mitterrand qui y était opposé, imagina une méthode pour « arrimer » l’Allemagne à l’Europe. Ce serait la monnaie unique. Terrible ruse de l’histoire, cette crainte de l’Allemagne amena des européens pusillanimes à accepter que l’euro fut un mark élargi. Outil de la construction d’une puissance économique, mais aussi d’une puissance politique, qui lui a permis, « taillant ses partenaires à vif » la création d’une Union Européenne à vingt-huit complètement dominée par l’Allemagne. On n’entrera pas dans les détails de la satellisation des pays de l’Est. Ancien « espace vital » désormais fournisseurs de main-d’œuvre à bas prix. De la brutalité que subissent les pays du sud qui permet, entre autres conséquences dramatiques, de drainer vers l’Allemagne une jeunesse déjà formée aux frais de leurs pays d’origine.

Mais le pire, comme vient de le démontrer la violence de l’épisode grec, c’est le retour de l’hubris. De l’ivresse de la puissance, de l’irrationalité. Le projet européen, auquel nos élites tiennent comme à la prunelle de leurs yeux aveugles, vient de prendre un coup terrible. Et une mécanique, dont personne ne sait ce qu’elle pourra donner vient de s’enclencher. Redevenus somnambules, nos dirigeants redécouvrent l’esprit Munichois. Ils tentent de colmater et d’apaiser. «Wolfgang Schaüble is a gentleman, isn’t it ? » comme aurait dit Chamberlain[1. Il n’est pas question de comparer Wolfgang Schaüble à Hitler, mais de rappeler qu’avec l’Allemagne, la politique d’apaisement ça ne marche pas.].

Et la France, dont un des rôles est justement de contenir les dévoiements de la puissance allemande, se résigne à la soumission. Et comme l’Angleterre, qui a partagé ce fardeau deux fois avec nous, a fait ce dont Churchill avait menacé de Gaulle: « entre le continent et le grand large, nous choisirons toujours le grand large ». Nous y sommes, ils sont partis.

Depuis Théophraste (encore un Grec!) en passant par La Bruyère, nous savons qu’il existe des « caractères » dans la comédie humaine. Les savants parlent parfois d’invariants anthropologiques. Contrairement à ce que semble toujours croire certains Allemands et leurs amis[2. «La représentation selon laquelle les Grecs modernes sont les descendants de Périclès ou Socrate et pas un mélange de Slaves, de Byzantins et d’Albanais, a été pour l’Europe érigée en credo. C’est pour cela qu’on a accepté les Grecs fauchés dans le bateau européen en 1980. On peut en admirer chaque jour les conséquences.» Phrase publiée dans Die Welt, quotidien allemand fort sérieux. Savoureux.], ils ont une base culturelle et non génétique. Nous venons d’en avoir une jolie démonstration avec l’attitude de la société française vis-à-vis de ce qui vient de se passer.

Revenons aux heures sombres, on y trouve parfois des perles utiles. Charles de Gaulle, démontrant une fois de plus quel écrivain il était, avait prononcé un discours au Caire le 18 juin 1941. En quatre phrases, il y écrivait l’histoire de la capitulation de 1940, de l’étrange défaite, qui fut moins une catastrophe militaire qu’un effondrement des élites.

« Le 17 juin 1940 disparaissait à Bordeaux le dernier gouvernement régulier de la France. L’équipe mixte du défaitisme et de la trahison s’emparait du pouvoir dans un pronunciamiento de panique. Une clique de politiciens tarés, d’affairistes sans honneur, de fonctionnaires arrivistes et de mauvais généraux se ruaient à l’usurpation en même temps qu’à la servitude. Un vieillard de quatre-vingt-quatre ans, triste enveloppe d’une gloire passée, était hissé sur le pavois de la défaite pour endosser la capitulation et tromper le peuple stupéfait. »

D’ici à ce que l’on nous ressorte Jacques Delors comme certains ont déjà tenté de le faire….  Alors comme ça, une clique de politiciens tarés, d’affairistes sans honneur, de fonctionnaires arrivistes? On n’aura pas la cruauté de proposer des noms.

*Photo: Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA. AP21755807_000003.

Grèce : un goût de cendres

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grece tsipras crise euro

Que la Grèce se soit soumise ou non n’est plus tellement la question.

La question est de savoir combien de simples citoyens européens se seront aperçus depuis quelques jours, malgré le flot de propagande et de falsification du réel, que nous ne vivons pas, ou plus, dans une démocratie.

Qu’une structure supranationale non élue décide désormais de notre avenir dans ses moindres aspects, même les plus anodins.

Que cette politique peut, à l’occasion, être menée avec une brutalité incroyable même si la plupart du temps, elle est cachée.

Que cette politique est menée dans l’intérêt exclusif de quelques grands groupes capitalistes de plus en plus concentrés.

Et que ce que je viens d’écrire n’est pas, hélas, le fruit de la paranoïa ou le canevas d’un roman dystopique.

Non, que c’est notre réalité, ici et maintenant.

C’est le nombre de ces citoyens, donc, ayant pris conscience de cette aberration, qui dessinera les contours de notre avenir.

À gauche, on a finalement l’habitude de ces défaites. Celle-là nous concerne tous en Europe puisque Tsipras semble avoir échoué, au moins pour l’instant, à réorienter ce monstre froid dans un sens plus social. C’était notre différence fondamentale avec les souverainistes et encore plus avec les extrêmes droites, même si des éditorialistes complaisants et même un ministre de l’Economie français trouvaient pratiques (et c’est assez vil, comme tout ce qui est pratique) de nous confondre avec eux (Tsipras et le FN, c’est la même chose, n’est-ce pas ?)  dans l’appellation vague mais définitivement disqualifiante de rouges-bruns.

À droite, chez mes amis souverainistes qui y ont cru, la ligne de crête est encore plus compliquée à emprunter sans risquer d’être confondus avec des nationalistes xénophobes. Ce sera encore plus saumâtre, parce que tout cela confirme leurs analyses sur le caractère intrinsèquement monstrueux de ce Machin, de ce Blob qui a inscrit un certain type de politique dans le marbre de ses constitutions cachées, comme en son temps l’URSS.

Et plutôt que de trouver des analogies historiques parfois douteuses entre Tsipras et les bolchéviques, pourquoi ne pas en remarquer une autre, plus juste et plus frappante : cette nuit, on a fait rentrer un « pays frère » dans l’ordre libéral comme on avait fait rentrer – à Budapest, à Prague ou à Varsovie – d’autres frères dans l’orthodoxie soviétique.

Il y a du Dubcek chez Tsipras finalement. Il a cru qu’on pouvait réformer la Bête, lui donner un visage humain. On ne lui a pas répondu par des chars, mais c’est tout comme. En fait, c’est la même chose en plus hypocrite : il y avait un choix à faire entre souffrir beaucoup et souffrir de manière insoutenable.

Avec ces caisses absolument vides, ces guichets à sec, la crise humanitaire encore lancinante menaçait de devenir tellement dure que les représentants des créanciers proposaient d’eux-mêmes, dans leur infinie générosité, une aide humanitaire en cas de « mise en congé de l’Euro ». Un peu comme pour les tremblements de terre, les catastrophes naturelles, vous voyez…

Mais enfin, sauf erreur de ma part, ce qui est arrivé à la Grèce, ce qui arrive en général à tous les pays confrontés à une crise financière, ce n’est pas « naturel », ce n’est pas comme si on n’y pouvait rien ! Il y a bien des hommes derrière les décisions de baisser les salaires, de démanteler les services publics, de prêter ou de ne pas prêter de l’argent, et à quel taux. Et pourtant, il faudrait, Grec ou pas, accepter cela comme la colère de dieux lointains.

Que mes amis des deux rives qui se sentent amers ce matin sachent donc qu’ils souffriront toujours moins que le citoyen grec, qui devra faire semblant d’être heureux d’avoir échappé au Grexit avec pour horizon indépassable l’austérité. Mais puisque d’après l’humoriste Wolfgang Schaüble, un Grec ou un Portoricain c’est la même chose…

Alors, heureux citoyens des démocraties de l’Union européenne, dormez sur vos deux oreilles, l’ordre règne à Athènes.

Pour le reste, comme le disaient les célèbres présentateurs d’une émission américaine au temps du maccarthysme qui ne savaient pas s’ils seraient encore à l’antenne le lendemain : « Good night… and good luck ! »

*Photo: Pixabay.

Tsipras, Sarkozy et le referendum: tu veux ou tu veux pas?

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Il y a une semaine, Nicolas Sarkozy reprochait à Alexis Tsipras de consulter le peuple grec par referendum. «Quel cynisme, quelle démagogie, quelle irresponsabilité !», assénait-il, drapé dans sa vertu, tant il est vrai que notre ci-devant Président ne s’est jamais montré cynique, démagogique ou irresponsable. Huit jours plus tard, Athènes ayant mis énormément d’eau dans son vin malgré la victoire du Non, au point de s’approprier certaines exigences de la Troïka, Tsipras a bien du mal à passer pour « l’extrémiste » que dénonçait Sarkozy. Entre-temps, tout le ban et l’arrière-ban de l’UMP, à l’exception notable d’Henri Guaino et de quelques autres gaullistes perdus en rase campagne, s’est converti à l’antifascisme le plus crétin à force de nous jurer que Syriza était l’allié d’Aube dorée. Une pure calomnie, mais qu’importe…

Hier, le président des Républicains a changé de braquet en ne fustigeant plus le rat visqueux crypto-fasciste, mais le social-traître Tsipras. Car le Premier ministre grec « a menti à son peuple avant les élections et aujourd’hui est en train d’expliquer aux différents gouvernements européens qu’il est prêt à accepter ce qu’il a lui-même demandé aux Grecs de refuser il y a huit jours ».

Sarkozy s’est fait avoir comme le premier mélenchoniste venu : il croyait Tsipras prêt à renverser la table, le voici qui négocie sagement avec Juncker, Merkel, Hollande et le FMI, et s’engage à réformer le système des retraites et la fiscalité grecs ! Mais le péché mortel que ne lui passe pas notre ancien président, c’est d’avoir trahi la vox populi. Rétrospectivement, le triomphe du Non dimanche dernier n’aura en effet servi qu’à faire monter les enchères dans les négociations avant que Tsipras ne batte gentiment sa coulpe.

Ignorer la décision souveraine du peuple n’est déjà pas très joli-joli. Mais alors, au bout d’une semaine, on frise l’incorrection! Si Alexis Tsipras était un homme d’Etat de la trempe de Nicolas Sarkozy, il aurait respecté le délai de mise pour bafouer la décision populaire : la moindre des politesses, c’est d’attendre trois ans – et non pas une semaine !- avant d’enterrer un Non franc et massif. Souviens-toi du traité de Lisbonne…

 

 

30 millions d’ennemis

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feminisme parite harcelement rue

Il y a des choses avec lesquelles on ne rigole pas en public. Il y en a même de plus en plus. Attention, les génocides, les guerres et les famines ne m’amusent pas du tout. Et je suis comme Anne-Cécile Mailfert, la ravissante patronne d’Osez le féminisme ! : « La violence sexiste ne me fait pas rire. » Contrairement aux innombrables inventions de la niaiserie progressiste – lesquelles, à vrai dire, me font osciller entre l’hilarité et la rage.

Chaque jour apparaissent en effet de nouveaux vides juridiques qu’il convient de combler sans délai en créant à tout va de nouveaux interdits et les châtiments afférents. Pour défendre la cause des femmes, on placarde sur les murs de nos villes des clitoris géants (à mon humble avis, cette image de la toute-puissance féminine donnait plutôt envie aux hommes de fuir à toutes jambes, mais les copines n’ont pas dû lire Martine fait une analyse). Des journalistes politiques de sexe faible (je blague !) hurlent au sexisme parce que des hommes politiques les invitent à dîner ou louchent sur leur décolleté, autrement dit parce qu’on les désire – quel calvaire ! L’Assemblée nationale est en émoi parce qu’un député refuse de dire « Madame la Présidente », odieux manquement sur lequel toute la classe politique est sommée de prendre position sans délai.

Sur nos écrans, c’est une succession sans répit de causes à défendre, de discriminations à combattre, d’oppressions à dénoncer – les jouets « genrés », le sexisme de la grammaire, le partage des tâches ménagères, la drague lourde, le prix du Tampax, et même les menstruations, dont un texte publié par Atlantico nous apprend qu’elles sont un « tabou qui discrimine encore la moitié de l’humanité » –, il faut que cela cesse !

Tout cela peut paraître bien plus ridicule qu’inquiétant. Ce qui est inquiétant, c’est précisément que personne ou presque ne semble voir le ridicule. Au contraire, on commente avec le plus grand sérieux des déclarations ou des mesures qui devraient nous faire hurler de rire. Des journalistes mâles pontifient, la mine penaude, sur le manifeste antisexiste de leurs consœurs. On raconte par le menu l’audacieuse initiative de la revue lesbienne Well Well Well, qui publie un numéro entièrement écrit dans une langue féminisée – « les hommes et les femmes sont géniales ». « Si on ne le fait pas, nous petit média indépendant, qui le fera ?», s’interroge la rédac’ chef. Et si personne ne le fait, il se passera quoi ? On rapporte sans un poil d’ironie la chatoyante idée d’une députée islandaise qui a proposé d’élire pour deux ans un Parlement exclusivement féminin – pour l’instant, elles n’ont obtenu qu’une seule petite journée, mais le combat continue.

On m’a répété sur tous les tons que ces billevesées ne méritaient pas le nom de « terreur ». Qu’on me pardonne de briser le secret des délibérations, mais, à Causeur, j’ai dû batailler ferme pour convaincre les troupes de s’engager sur ce terrain glissant. « Et pourquoi pas fascisme ou dictature ? », a ironisé l’un. « D’accord, elles sont énervantes, mais franchement, Clémentine Autain ou Anne-Cécile Mailfert en héritières de Robespierre ou de Staline, tu charries, chère patronne ! », a renchéri un autre. « N’y aurait-il pas là une expression typique de l’exagération féminine ? », a risqué un troisième – le genre de remarque qui, dans une autre rédaction, aurait pu lui valoir de gros ennuis, avec protestations, repentance publique et sanction, au moins symbolique. Bien entendu, personne n’a remarqué que j’étais allée chez le coiffeur. Pour les compliments sexistes, je repasserai. Mais on me laisse encore raconter des histoires de blondes pendant les conférences de rédaction.

Il ne m’a pas échappé qu’il n’y avait en France ni goulag, ni KGB, ni chef suprême (un chef pas suprême, ce serait déjà bien). Je ne serai pas arrêtée le jour où ce numéro sortira dans les kiosques et Causeur ne sera pas pilonné par la censure. Cependant, je n’en démordrai pas : derrière l’étendard du féminisme, c’est bien une mécanique de terreur qui se déploie par le chantage victimaire et l’intimidation. Le premier symptôme de cette terreur, c’est qu’il est interdit de s’en moquer. Et même de la voir.

Bien sûr, ce n’est pas le fascisme. Peut-on décréter pour autant que ça n’a rien à voir ? Rien à voir, vraiment ? Timothy Hunt, 71 ans, prix Nobel de médecine, a été obligé de démissionner de son université londonienne sous la pression hurlante des réseaux sociaux, non sans avoir fait son autocritique. Son crime : un trait d’esprit – interrogé sur la présence des femmes dans les labos, il avait fait cette réponse : « Vous tombez amoureux d’elles, elles tombent amoureuses de vous, et quand vous les critiquez, elles pleurent. » Mais rien à voir, évidemment, avec le Ludvik de La Plaisanterie de Kundera, exclu du Parti, renvoyé de l’université et enrôlé de force dans l’armée pour avoir cru séduire une demoiselle avec une blague sur le régime –  « L’optimisme est l’opium du genre humain ! L’esprit sain pue la  connerie ! Vive Trotski ! »

Rien à voir, non. D’abord, Timothy Hunt est en fin de carrière. Et puis, on ne va pas plaindre un vieux croûton, un de ces « hommes hétérosexuels plutôt sexagénaires » dont mes consœurs subissent le « paternalisme lubrique ». On ne plaindra pas non plus Julien Aubert, le député qui s’est fait sucrer une partie de son salaire pour son « Madame le Président », ni Pierre, Paul ou Jacques qui se retrouvent en garde à vue, et parfois en prison, parce qu’une dame mécontente les a abusivement accusés de viol, et qui auront perdu leur boulot le jour où ils seront blanchis. On ne plaindra pas ceux qui se font agonir d’injures numériques parce qu’ils ont publiquement défendu la liberté de la prostitution (entre adultes consentants), ni ceux qui, par peur de perdre un contrat, une émission ou la considération de leur voisin, ont déjà opté pour le silence prudent de la soumission. On ne plaindra pas tous ceux qui mentent – et pas à leur femme – pour éviter les ennuis. À ce train-là, on finirait par plaindre un homme dont la vie privée a été exhibée, la famille dévastée, l’honneur piétiné et la sexualité commentée jusqu’à l’écœurement, et jusque dans l’enceinte d’un tribunal, parce qu’une magistrate n’aimait pas ce qu’il est supposé faire aux dames et qu’elle voulait faire un exemple. Il faut dire que ce type riche et puissant, dont nul n’ignore désormais qu’il participe à des soirées coquines (communément appelées partouzes), était le coupable idéal. Peu importe qu’il ait été innocenté par la justice : en réalité, dans l’esprit des dames patronnesses qui aiment tant se mêler de nos fesses, aucun homme n’est innocent.

On n’a guère prêté attention à l’avertissement lancé par Marisol Touraine à la fin du procès de Lille : « Il y a un avant et un après Carlton. Désormais, les hommes vont devoir faire attention à ce qu’ils font. » Je ne sais pas comment on punira la lâcheté, le mensonge, la muflerie, et peut-être même le silence, c’est une idée, ça – Madame le Juge, ce salaud ne répond pas à mes textos. Mais aucun de vous, chers messieurs, camarades, amis et amants, n’est à l’abri de la furie vindicative et punitive de nos Big Brothers en jupons – même si certaines sont des hommes, il faut vivre avec son temps.

Défense de rire, défense de dire, défense de désirer : il est temps de se révolter – faute de quoi il ne se trouvera personne pour vous plaindre le jour où votre tour viendra de passer à la  casserole féministe.

Qu’on ne se méprenne pas, l’émancipation des femmes est assurément le plus précieux héritage du XXe siècle. Nul ne se plaindra de ce que, dans nos contrées, l’égalité entre les sexes ne soit pas une option, mais un droit garanti par la Constitution. Pas plus qu’on ne contestera la nécessité de lutter contre la violence, l’exploitation sexuelle et toute forme d’oppression subie par les femmes parce qu’elles sont femmes. Reste que le féminisme a largement accompli sa mission historique. Mais après la victoire, le combat continue – et le show aussi. Nous avons conquis l’égalité, même si, comme toutes les choses humaines, elle n’est jamais parfaitement réalisée. Il faut maintenant faire régner la parité en tous lieux – sauf dans les couples évidemment. Pour s’endormir, nos apothicaires des droits comptent les femmes. Et il n’y en a jamais assez. Il ne manque pourtant pas de vrais combats à mener et de femmes concrètes à défendre. Seulement, nos néoféministes se fichent éperdument de ce que veulent les femmes concrètes. Que l’on protège les femmes obligées de se prostituer ne leur suffit pas, il leur faut aussi protéger contre elles-mêmes celles qui déclarent vouloir se prostituer librement. Elles sont  aliénées, paraît-il. Aliénée toi-même, bécasse ! Au prétexte de faire notre bien, au besoin par la contrainte, elles prétendent imposer à l’humanité entière leurs indignations dérisoires, leur insupportable esprit de sérieux et leur haine de toute singularité. Elles disent œuvrer à notre libération, mais ce qu’elles veulent, c’est notre normalisation. D’où le paradoxe d’un féminisme d’autant plus hargneux qu’il est victorieux. Il est si doux de mener un combat déjà gagné.

Il s’agit de comprendre comment quelques groupuscules dépourvus de bagage théorique, d’expérience militante et de tout ancrage dans le réel peuvent imposer leurs lubies et menacer nos libertés. En effet, le néoféminisme dont il est ici question existe surtout sur les plateaux de télévision et les réseaux sociaux. Autrement dit, sa puissance médiatique est à la mesure de sa faiblesse numérique. Et comme nos gouvernants redoutent bien plus de se faire clasher sur Twitter que de fâcher leurs électeurs, nos tigresses parviennent à imposer des mesures dont personne ne veut et même, parfois, à nous faire croire que nous les voulions. Après deux ans de tapage et de criailleries, les « abolitionnistes » ont non seulement obtenu le vote de la loi pénalisant le recours à la prostitution, mais aussi largement réussi à retourner l’opinion. Finalement, les  Français ne sont pas si obtus, il suffit de leur expliquer.

Cette idéologie sûre d’elle et dominatrice peut aussi s’appuyer, dans les partis politiques, sur d’efficaces matonnes toujours prêtes à rappeler à l’ordre les éventuels contrevenants ou récalcitrants – qui sont de ce fait de moins en moins nombreux. Une députée socialiste a récemment connu son heure de gloire en faisant insérer dans la loi sur la présidence de la future agence de la biodiversité un amendement imposant l’emploi de termes neutres pour désigner les organes dirigeants d’organismes publics  : il était urgent que nos députés imposent l’emploi de présidence à la place de président. Certains ayant osé demander ce qu’une telle mesure avait à faire avec la biodiversité, la députée socialiste à l’origine de l’amendement leur a fait cette admirable réponse : « L’altérité sexuelle est la première des biodiversités. » Gageons que cela ne l’empêche nullement de promouvoir la théorie du genre, qui vise précisément à en finir avec la différence entre les hommes et les femmes.  Incohérence féminine ?

De fait, il serait présomptueux de chercher une cohérence idéologique dans le maquis des micro-causes, des associations monomaniaques et des luttes contradictoires (entre féminisme et antiracisme par exemple). Cette sympathique diversité ne doit cependant pas faire illusion : s’il y a plusieurs demeures dans la maison de la mère, il s’agit toujours de la même religion. Le premier article de la foi, c’est que la femme est une victime : harcelée dans le métro, courtisée au boulot, asservie au dodo. Victime par nature et donc pour toujours. Et quand elle ne l’est manifestement pas, elle pourrait le devenir. De leur faiblesse supposée, nos diablotines ont fait une force bien réelle. Qui oserait se moquer d’une représentante des femmes violées ou battues ?

La loi, et c’est heureux, sanctionne depuis longtemps les maris violents et les patrons trop entreprenants. Bien sûr, la loi n’est pas toujours appliquée, et c’est regrettable. Reste que nos ligues de vertu sont parfois à court de brutes dont les méfaits constituent leur raison d’être. Elles n’en sont pas découragées pour autant. Si les violences faites aux femmes et autres turpitudes masculines sont moins nombreuses qu’elles le voudraient, la police des paroles et des pensées leur ouvre d’infinies possibilités. Elles déploient une énergie inépuisable à guetter le dérapage, à traquer les stéréotypes et à extirper du langage et de l’imaginaire toute trace d’un ordre patriarcal révolu – à supposer qu’il ait jamais existé – mais toujours prêt, si on n’y prend garde, à renaître de ses cendres. Mais il ne suffit pas de surveiller, encore faut-il punir. Aussi nos diablesses sont-elles expertes en délation numérique, destinée à obtenir par la honte le pardon et la rédemption du mâle forcément dominant. Toutefois, rien ne les met plus en joie qu’un nouvel interdit, assorti de nouvelles sanctions. Rien, sinon le spectacle d’un homme à terre.

Si toute femme est une victime – qui s’ignore éventuellement –, en chaque homme, il y a un salaud qui sommeille et qu’il faut rééduquer. Le néoféminisme ferraille sans répit contre des ennemis vaincus ou imaginaires. Mais il est en guerre. Contre les hommes, bien entendu ; mais aussi contre la séduction, l’érotisme, la féminité – et, au bout du compte, contre la sexualité, ses délices et ses tourments. Alors, ne nous y trompons pas : ce féminisme de boutiquières est le pire ennemi des femmes.

Cet article disponible en accès libre est extrait de Causeur n°26.

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Nucléaire iranien: les habits neufs de Khamenei

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La nuit dernière, le directeur de l’agence nucléaire iranienne Ali Salehi a vendu la mèche : toutes les dispositions techniques d’un accord ayant été fixées oralement, l’Iran et les cinq puissances actrices des négociations n’avaient plus qu’à relire un texte de cent pages. Ledit compromis garantirait l’accès de Téhéran à l’énergie nucléaire civile, moyennant quelques concessions à l’AIEA demandées par les puissances occidentales. Il reviendra aux experts d’en analyser les différentes clauses par le menu, s’agissant de la levée des sanctions ou de l’embargo sur les armes, deux revendications dont la République islamique avait fait un quasi casus belli ces derniers jours. En fin de semaine dernière, l’avertissement du chef de la diplomatie iranienne à son homologue européenne avait beaucoup fait jaser sur la Toile : « Ne menacez jamais un iranien ! »

L’accord historique paraphé, sauf revirement de dernière minute, reste à savoir comment la république des mollahs négociera ce virage. Au sommet de l’Etat, le guide Ali Khamenei peut se frotter les mains : acculé par l’impact des sanctions internationales sur l’économie iranienne, le chef de l’Etat a laissé au Président réformateur Rohani et à son ministre des Affaires étrangères Zarif le soin conduire les négociations sur le nucléaire, sans jamais donner l’impression de se dédire. Hier encore, le leader suprême tempêtait à l’adresse d’étudiants téhéranais : « Préparez-vous à combattre les États-Unis » qui n’ont rien perdu de leur arrogance, reprenant la vieille opposition khomeiniste entre déshérités et orgueilleux. Merveilleux paradoxe, exception faite de la prise d’otages de 1979, la propagande anti-américaine du régime chiite s’est rarement aussi bien portée qu’à l’heure où Kerry et Zarif conféraient quotidiennement à Vienne[2. Dans l’enceinte et aux alentours du Palais Coburg situé, cela ne s’invente pas, sur la place Theodor Herzl, le fondateur du sionisme !]. C’est toute l’intelligence de Khamenei que d’infléchir le gouvernail au nom des valeurs intangibles qui, la veille encore, justifiaient l’isolement de son pays. En vertu du «pragmatisme héroïque», doctrine passe-partout théorisée ex nihilo, le Guide, 76 ans, dont vingt-six passées aux manettes de l’Etat, a infléchi son cap, fustigeant le Grand Satan américain un jour, excluant toute coopération directe dans la guerre contre l’Etat islamique – que Téhéran mène avec ses propres hommes et milices affidées en Syrie et en Irak-, avant d’ouvrir la porte à une collaboration partielle quelques semaines plus tard. C’est à se demander si le descendant enturbanné du Prophète Mahomet, officiellement atteint d’un cancer de la prostate, sait encore à quel saint se vouer…

Dans les cercles diplomatiques iraniens, on explique que la réintégration de Téhéran dans le grand jeu international, grâce au compromis nucléaire, ne signifiera bien évidemment pas un mariage avec Washington. Tout au plus compare-t-on les évolutions en cours au rapprochement que la Chine de Mao avait amorcé avec les Etats-Unis dans les années 1970. Dialogue et relations bilatérales ne sont pas synonymes de lune de miel, mais il s’écrit tout de même une page inédite de l’Histoire iranienne lourde en conséquences pour le régime, ses alliés régionaux et sa pérennité même. Le secrétaire général du  Hezbollah, Hassan Nasrallah, ne s’y est d’ailleurs pas trompé vendredi en brandissant une menace larvée aux dignitaires iraniens que tenterait un apaisement avec Israël : « Netanyahou a exigé qu’on inclue une clause reconnaissant Israël dans l’accord sur le nucléaire. Or, l’Iran pourrait obtenir entière satisfaction, et même l’accord de ses rêves, si jamais il reconnaissait Israël, ce ne serait plus une République islamique. » Réponse du berger à la bergère, un responsable iranien assurait hier soir à la chaîne de télévision Al-Mayadeen, proche de l’axe Hezbollah-Damas-Téhéran, que l’accord sur le nucléaire ne remettrait aucunement en cause le soutien de l’Iran au Parti de Dieu et autres mouvements classés terroristes.

Pour Obama, au grand dam de ses alliés israélo-saoudiens, la réintégration de l’Iran dans le concert des nations vaut bien que le département d’Etat ferme les yeux sur certaines basses oeuvres. Comme naguère la Maison blanche avait besoin de la neutralité bienveillante, sinon plus, de la Chine contre l’URSS, notamment au cours de la guerre du Vietnam, Washington aimerait compter sur une coopération plus étroite avec la République islamique contre l’Etat du même nom né sur les décombres de la Syrie et de l’Irak. Bien que comparaison ne soit pas raison, le précédent chinois nous enseigne que l’Histoire n’est écrite nulle part, et surtout pas par les militants. Quarante ans plus tard, on se tord devant la mauvaise foi des maoïstes français, obligés de déployer des trésors de dialectique afin de justifier le rapprochement sino-américain : « les camarades chinois, appliquant le principe léniniste de la coexistence pacifique, reçoivent Nixon, visite qui marque une défaite objective de l’impérialisme américain », lisait-on par exemple dans Les Cahiers du cinéma en 1972[2. Rapporté par Morgan Sportès, Ils ont tué Pierre Overney, Grasset, 2008.] Asphyxiée économiquement par les conséquences de la Révolution culturelle, la République populaire avait en fait autant besoin de l’aide américaine que les Etats-Unis du soutien chinois. Tout aussi antisoviétiques l’un que l’autre, Mao et Nixon savaient que l’issue finale de la Guerre froide dépendrait du résultat de l’affrontement « rouges contre rouges ». Et le Grand timonier de stupéfier ses visiteurs Nixon et Kissinger en les couvrant d’éloges avant d’ajouter : «Il faudra cependant que notre propagande continue de vous traîner dans la boue. Comme la vôtre le fera. Le public y est habitué. Changer ces habitudes prendra du temps. » Petite leçon machiavélienne à l’usage des gouvernants : on ne perd pas impunément son ennemi historique, quelles que soient les contradictions au sein du socialisme – ou de l’Oumma!

Que Khamenei égale ou non Mao en cynisme, des années décisives attendent le Moyen-Orient. Mutatis mutandis, Obama joue la carte chiite car il a opté pour une stratégie « verts contre verts » contre laquelle fulminent déjà les Républicains du Congrès, mais aussi l’entourage d’Hillary Clinton, candidate démocrate à la prochaine présidentielle. Pour sa défense, rappelons-nous la haine inexpugnable que les djihadistes vouent aux « apostats » chiites de Téhéran, lesquels ne craignent rien tant qu’une poussée salafiste parmi leur minorité sunnite.

Trente-six ans après la Révolution islamique, nul ne sait qui des réformateurs rassemblés autour du président Rohani, des fidèles du Guide convertis à son pragmatisme, ou des partisans d’une mutation séculière du régime, gagnera finalement la partie. L’avenir semble plus que jamais ouvert. Et c’est ainsi que l’Iran est grand.

 

 

P.S : Je vous recommande chaudement la lecture du nouveau numéro de la revue Conflits, dont le dossier central est entièrement consacré à l’Iran. Y figurent notamment des articles sur la question nucléaire, les rapports à Israël, à la Turquie et à l’Afghanistan, mais aussi un brillant décryptage du grand jeu perse au Moyen-Orient signé Frédéric Pichon. À lire de toute urgence!

*Photo: AY-COLLECTION/SIPA. 00716746_000013.

Euro: Fin de partie remise

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Grèce euro Merkel Obama

Grèce euro Merkel Obama

« Cette fois l’euro est sauvé, la crise grecque est terminée ». Un concert de satisfaction a salué, tant dans les sphères du pouvoir que dans la sphère médiatique, l’accord qui a été trouvé le 13 juillet à Bruxelles entre le gouvenrment Tsipras et les instances européennes – et à travers elles, les grands pays, Allemagne en tête.

Etonnante illusion : comme si la diplomatie pouvait venir à bout  du réel. N’est ce pas Philippe Muray qui a dit un jour : « Le réel est reporté à une date ultérieure » ?

Il n’y a en effet aucune chance que cet accord résolve quoi que ce soit.

Passons sur le revirement étonnant d’Alexis Tsipras qui organise un référendum où le « non » au plan de rigueur de l’Europe est plébiscité avec plus de 62 % de voix et qui, immédiatement après, propose un plan presque aussi rigoureux.

Aide contre sacrifices

Ce plan a trois volets : les dettes de la Grèce doivent être étalées ; jusqu’où ? On ne sait pas encore, cela ne sera décidé qu’en octobre . La Grèce recevra de nouvelles facilités à hauteur de 53 milliards d’euros (remboursables), plus le déblocage de 25 milliards de crédits du plan Juncker (non remboursables). Elle doit en contrepartie faire voter sans délai un certain nombre de réformes : augmentation de la TVA, recul de l’âge de la retraite , lutte renforcée contre la fraude fiscale, etc.

Le volet réforme correspond-t-il à une vraie logique économique ? Appliquées immédiatement, ces mesures plomberont un peu plus l’activité, comme toutes celles que l’on inflige à la Grèce depuis quatre ans. Ne vaudrait-il pas mieux que ce pays consacre les ressources nouvelles à l’investissement et ne soit tenu de revenir à l’équilibre qu’au moment où la croissance , grâce à ces investissements, repartira. Quel  pays a jamais restauré ses grands équilibres dans la récession ?

Moins que de considérations techniques, cette exigence de réformes ne s’inspire-t-elle pas plutôt du vieux moralisme protestant : aider les pauvres, soit mais seulement s’ils font des efforts pour s’en sortir ; quels efforts ? Peu importe pourvu qu’ils en bavent !

Quoi qu’il en soit, pour redevenir solvable et donc rembourser un peu de ce qu’elle doit, la Grèce doit avoir des comptes extérieurs non seulement en équilibre mais excédentaires. Pour cela, elle doit exporter.

Pourquoi n’exporte-t-elle pas aujourd’hui, et même achète-t-elle des produits comme les olives? Parce que ses coûts sont trop élevés. Pourquoi sont-ils trop élevés ? Parce qu’ils ont dérivé plus que dans les autres pays de la zone euro depuis quinze ans. Et quoi que prétendent certains experts, cela est irréversible.

Aucun espoir sans sortie de l’euro

La Grèce a-t-elle un espoir de devenir excédentaire en restant dans l’euro ? Aucun.

Seule une dévaluation et donc une sortie de l’euro qui diminuerait ses prix internationaux d’environ un tiers lui permettrait de reprendre pied sur les marchés.

C’est dire que l’accord qui a été trouvé, à supposer que tous les Etats l’approuvent, sera remis en cause dans quelques mois quand on s’apercevra que l’économie grecque (à ne pas confondre avec le budget de l’Etat grec) demeure déficitaire et qu’en conséquence, elle ne rembourse toujours rien.

On le lui a assez dit : cette sortie-dévaluation sera dure au peuple grec, du fait de l’augmentation des produits importés, mais elle lui permettra au bout de quelques mois de  redémarrer. Sans sortie de l’euro, il y aura aussi des sacrifices mais pas d’espoir.

Nous pouvons supposer que les experts qui se sont réunis  à Bruxelles savent tout cela. Ceux du FMI l’ont dit, presque en ces termes. Les uns et les autres ont quand même signé.

Les Allemands qui ont déjà beaucoup prêté à la Grèce et savent qu’ils ne récupéreront rien de leurs créances, réformes ou pas, ne voulaient pas s’engager d’avantage. Ils ont signé quand même. Bien plus que l’attitude plus flexible de François Hollande, c’est une pression aussi ferme que discrète des Etats-Unis qui a contraint Angela Merkel à accepter un accord, envers et contre une opinion allemande remontée contre les Grecs.

Quant à Tsipras, a t-il dû lui aussi céder aux mêmes pressions (de quelle manière est-il tenu ?) ou joue-il double jeu pour grappiller encore quelques avantages avant une rupture définitive – qui verrait sans doute le retour de Yannis Varoufakis. Les prochains jours nous le diront.

Le médiateur discret

On ne comprend rien à l’histoire de cette crise si on ne prend pas en compte, derrière la scène, le médiateur discret de Washington qui, pour des raisons géopolitiques autant qu’économiques, ne souhaite ni la rupture de la Grèce, ni l’éclatement de l’euro.

Cette donnée relativise tous ce qu’on a pu dire  sur les tensions du  « couple franco-allemand » (ça fait cinquante ans que les Allemands nous font savoir qu’ils n’aiment pas cette expression de « couple » mais la presse continue inlassablement de l’utiliser !). Au dictionnaire des idées reçues : Merkel la dure contre Hollande le mou. Merkel, chancelière de fer, qui tient entre ses mains le destin de l’Europe et qui a imposé son diktat à la Grèce. Il est certes important de savoir que les choses sont vues de cette manière (et une fois de plus notre piteux Hollande a le mauvais rôle !). Mais la réalité est toute autre. Ce que l’Allemagne voulait imposer n’est rien d’autre qu’un principe de cohérence conforme aux traités qui ont fondé l’euro. Ce que Tsipras a concédé, c’est ce qu’il  ne tiendra de toutes les façons pas  parce qu’il ne peut pas le tenir.  Merkel a été contrainte à l’accord par Obama contre son opinion publique. La « victoire de l’Allemagne » est doublement illusoire : elle ne défendait pas d’abord ses intérêts mais la logique de l’euro ; cette logique, elle ne l’a imposée que sur le papier.

Mais pourquoi donc tant d’obstination de la part de l’Europe de Bruxelles, de la France et de l’Allemagne (et sans doute de l’Amérique) à trouver une solution à ce qui dès le départ était la quadrature du cercle ? Pourquoi tant de hargne vis à vis des Grecs et de tous ceux qui ont plus ou moins pris leur défense, au point d’anesthésier tout débat économique sérieux ?

Le Monde a vendu la mèche en titrant en grand : « L’Europe évite l’implosion en gardant la Grèce dans l’euro. » Nous avons bien lu : l’Europe, et pas seulement l’euro. Bien que la Grèce ne représente que 2% du PIB de la zone euro, son maintien dans cette zone conditionne la survie de l’euro. Mais par delà l’euro, c’est toute la construction européenne qui semble devoir être remise en cause si la Grèce sortait et si, du fait de la Grèce, la zone euro éclatait. Là encore le paradoxe est grand : comment de si petites causes peuvent-elles avoir de si grands effets ? Ce simple constat montre, s’il en était besoin, la fragilité de l’édifice européen. Cette fragilité réapparaitra qu’on le veuille ou non,  jusqu’à la chute de ce qui s’avère de plus en plus n’être qu’un château de cartes.

Devant une telle perspective, les Européens, ont dit « de grâce, encore une minute, Monsieur le bourreau. » Une minute ou quelques mois mais  pas beaucoup plus.

*Photo : Markus Schreiber/AP/SIPA/VLM133/812735085543/1506081323

Chine: la calotte et le marteau

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Eglise Chine

Eglise Chine

(Avec AFP) – Le père Lin Xiuqiang, curé de la paroisse de Hedong, est ravi de sa nouvelle église flambant neuve, avec son haut clocher surmonté d’une croix. Et reconnaissant envers les autorités communistes, qui viennent de financer l’édifice pour 17 millions d’euros.

Pourtant, des églises ont été rasées par dizaines et des croix abattues ces derniers mois dans l’est de la Chine, un message clair du régime aux 70 millions de chrétiens du pays, dont l’essor religieux inquiète le pouvoir.

C’est que la réalité a deux facettes : les chrétiens chinois sont divisés entre une Eglise « officielle », qui a fait allégeance au Parti communiste (PCC), maître tout-puissant du pays, et une Eglise « souterraine », dite « du silence », fidèle au Vatican pour les catholiques ou simplement indépendante du Parti pour les protestants.

Dans l’Empire du milieu, on ne rejoue pas Don Camillo avec ses éternelles petites guéguerres stériles entre la calotte et le goupillon. On vise l’efficacité. Les autorités locales autorisent donc de nouveaux clochers à pointer vers le ciel, et déversent même des fonds généreux pour s’attirer les bonnes grâces des fidèles… pourvu que leur fidélité aille à l’Eglise officielle.

Car pour le Parti unique chinois, il est inconcevable qu’une partie de la population puisse faire allégeance, même à travers ses prières, à un chef d’Etat étranger – ainsi que le Pape est perçu – ou échappe à sa tutelle obligatoire, comme dans le cas des protestants.

Bâtie en briques rouges, l’église du père Lin, destinée aux catholiques de la grande métropole portuaire de Tianjin, à 120 km à l’est de Pékin, a été terminée le mois dernier. Dans la nef, la lumière filtrée par les vitraux scintille sur des chandeliers de verre et rayonne sur un immense crucifix dominant les rangées de bancs en bois tout neufs.

Les 120 millions de yuan (17 millions d’euros) de la construction ont été payés par le gouvernement de Tianjin, raconte le père Lin à l’AFP. « On est content. L’Église nous donne un nouveau lieu où pratiquer notre foi », dit-il en s’extirpant du confessionnal.

Son église est sous l’égide de l’Association patriotique des catholiques chinois (APCC), fondée par le Parti communiste après la rupture en 1951 du Vatican avec la Chine de Mao Tsé-toung.

Mais à quelques kilomètres de là, celle de l’évêque de Tianjin nommé par Rome et donc « non-officiel », Mgr Melchior Shi Hongzhen, connaît un sort bien différent : ce prélat de 88 ans surveillé par la police est confiné dans son église du pont de Zhongxin, faite d’un assemblage de panneaux métalliques attaqués par la rouille, sans chauffage, ceinte d’égouts à ciel ouvert et coincée sous une rocade autoroutière surélevée… A l’entrée de l’édifice, un Christ et une vierge Marie sont surmontés d’une croix oxydée.

« Voyez par vous-même la qualité de notre environnement », lâche un paroissien qui requiert l’anonymat.

A Tianjin, les catholiques sont estimés à une centaine de milliers. Parmi eux, des centaines se pressent chaque dimanche dans l’église du vieux prélat « non-officiel », certains assis à même le sol ou debout à l’extérieur faute de place, pour écouter son sermon, assourdi par les grondements des camions sur la rocade.

Ces fidèles attendent depuis plus de 10 ans l’autorisation de bâtir une nouvelle église. « On est une Église souterraine, pas sous contrôle gouvernemental. C’est pour cela qu’on ne nous soutient pas », explique Mme Guo, une paroissienne.

Depuis l’an dernier, les autorités du Zhejiang, une province plus au sud, foyer important du protestantisme en Chine, ont même lancé une campagne de démolition des églises. Selon China Aid, une association de défense américaine, 30 édifices ont été rasés en 2014 et une centaine de croix ont été enlevées d’autres lieux de culte, y compris de ceux agréés par les autorités. Une offensive extrême qui reste toutefois assez confinée à cette province.

A contrario, 5 195 églises ont été construites ou rénovées en Chine entre 2007 et 2012, selon la presse officielle chinoise. Au cours de la seule année 2014, plusieurs dizaines de nouvelles églises vouées au culte « officiel » sont sorties de terre, selon les médias chrétiens.

A Hangzhou même, capitale du Zhejiang, les autorités ont financé l’édification d’une église capable d’accueillir plusieurs milliers de fidèles. La ville voisine de Suzhou, ou encore celle de Fuzhou – capitale de la province de Fujian – ont, elles, investi dans l’édification de lieux de culte protestants.

A la campagne, les églises sont généralement financées par les fidèles eux-mêmes, une fois accordés les permis de construire, indiquent les analystes, dans un pays qui comptait en 2010 environ 58 millions de protestants et 9 millions de catholiques – toutes Églises confondues, officielles ou non –, selon le Centre de recherches américain de Pew.

« Tant que les choses se déroulent dans le système officiel, le gouvernement se montre tolérant », assure Liu Peng, expert des relations Église-Etat auprès du gouvernement chinois. Et localement, les responsables financent d’autant plus volontiers des lieux de culte quand il s’agit de contrecarrer l’essor de communautés de croyants « non-déclarées », remarque-t-il.

A Pékin même, dans le district aisé de Haidian qui concentre nombre de communautés religieuses souterraines, les autorités ont ainsi financé en quasi-totalité une église évangélique ultra-moderne, confiée à des architectes allemands et terminée en 2007.

Les chrétiens de l’Eglise souterraine, eux, n’ont aucun espoir de voir leurs projets approuvés. Aux lieux de culte officiels, ils préfèrent souvent des sanctuaires de fortune. Tel appartement au-dessus d’un cabinet de dentiste, où des messes sont célébrées. Tels bureaux un brin délabrés, comme ceux de la congrégation du « Nouvel arbre », face à une agence de voyage… et voisins d’une église officielle nouvelle et rutilante.

« Là-bas », lance Yang, fidèle du « Nouvel Arbre », « il faut s’aligner sur les vues politiques du pouvoir. Beau bâtiment. Mais spirituellement pauvre ».

*Photo : © AFP Fred Dufour

Grèce: Tsipras prêt à nettoyer les écuries d’Augias

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Grèce Alexis Tsipras cadastre tribunaux

Grèce Alexis Tsipras cadastre tribunaux

Dis-moi ce que tu penses de Tsipras, je te dirai qui tu es. La crise grecque, surtout depuis la victoire de Syriza et l’arrivée au pouvoir d’Alexis Tsipras, est devenue en France un marqueur important d’identité et d’appartenance politique. Ces derniers jours, les réseaux sociaux ont véhiculé et amplifié les angoisses et les espoirs, la joie et la peine des uns et des autres. Parfois, l’adhésion idéologique et identitaire au gouvernement grec et à son chef étaient telles que des prises de positions contradictoires ont été tour à tour saluées comme géniales et courageuses. On attaque hardiment ?  Bravo le petit peuple digne. On recule aussitôt ? Génie tactique et stratégique digne des Anciens ! On dit non ? Chapeau l’artiste et quelle audace ! On dit oui ? Quel sens des responsabilités de celui qui sonne la retraite pour mieux avancer ! Bref, pile Tsipras gagne, face il triomphe. Difficile d’y voir clair dans ces conditions. Et pourtant il le faut.

Laissons donc un instant les combats idéologiques et les envolées lyriques. Et regardons de plus près deux des plus importantes réformes structurelles dont il est question dans les interminables négociations entre les Grecs et leurs créanciers publics. Il s’agit du cadastre et de la justice. Qu’on soit libéral, ultralibéral, étatiste, souverainiste ou montebourgeois, on peut se mettre d’accord sur le fait qu’une économie de marché, même extrêmement régulée et contrôlée, est sérieusement handicapée si elle ne dispose pas d’un système centralisé et fiable d’enregistrement de la propriété foncière. De même, il est indispensable qu’elle puisse compter sur un système judiciaire permettant de régler rapidement, efficacement et à prix abordable les innombrables litiges liés aux activités économiques et aux engagements contractés entre les différents acteurs. Or, la Grèce a des gros problèmes avec l’un comme avec l’autre.

En ce qui concerne le cadastre, l’histoire est connue de longue date mais mérite d’être rappelée dans le contexte actuel. Le système cadastral grec est à la fois anachronique et décentralisé. Parmi les plus pénalisés par cette déficience, il y a d’abord l’Etat grec lui-même, qui a du mal à mettre en place une fiscalité adéquate du foncier. Mais les propriétaires grecs, hors des grands centres urbains, en paient eux aussi un prix élevé en conflits longs et coûteux, qui constituent un frein important à la fluidité de l’activité économique.

Il y a deux décennies, le gouvernement grec a donc présenté à l’UE un projet visant à créer un cadastre moderne, centralisé et informatisé et obtenu un financement de 100 millions d’euros (équivalent 1994). En 2001, le projet était toujours au point mort et un bras de fer s’est engagé concernant le remboursement de ladite somme. Le débat autour du dossier est vite devenu idéologique. Côté hellène, on a dénoncé « un esprit anti grec » tandis que les Allemands, les Autrichiens, les Danois et les Finlandais (!) insistaient pour qu’Athènes rembourse intégralement. Non sans peine, les Français ont négocié un compromis : les Grecs rembourseraient les 100 millions en deux fois, en échange d’un financement à hauteur de 40 millions d’euros pour un nouveau projet de cadastre. Selon une enquête publiée en mai 2013 par le New York Times, il serait difficile de garantir que cette somme a été bien dépensée. Le fait que la question ne soit pas mentionnée dans le document du « compromis à quatre » négocié hier matin à Bruxelles ne devrait pas nous rassurer : la question n’a pas été réglée, l’UE a probablement laissé tomber.

Ce n’est en revanche pas le cas pour les tribunaux grecs, dont la réforme est formellement exigée par les créanciers. Mais ce sont d’abord les Grecs eux-mêmes qui se plaignent du fonctionnement de leur justice civile. Le nombre de dossiers en attente de décision est énorme (on parle de 140 000), et l’attente excessivement longue : 7,5 années en moyenne. Lorsqu’il s’agit de litiges commerciaux, administratifs ou fonciers, on peut aisément imaginer l’effet délétère sur l’activité et sur la confiance des citoyens dans leurs institutions.

Dans les deux cas il ne s’agit pas de choix idéologiques et les réformes sont officiellement soutenues par l’opinion publique. Or, malgré cela, les gouvernements successifs n’ont pas réussi à aboutir. Plusieurs conclusions différentes sont possibles. On peut légitimement penser qu’avant janvier 2015 la Grèce a été dirigé par des clientélistes corrompus. On peut également penser que l’Etat grec s’est tout simplement heurté à sa propre impuissance face à l’ampleur des obstacles aux changements. Il me semble que la réponse est probablement un mélange des deux et qu’Alexis Tsipras le sait. Et puisqu’il sait aussi et mieux que quiconque que ces deux problèmes-là ne sont qu’un échantillon de ce qui l’attend, dans cet Etat grec aux allures d’écuries d’Augias, il avait deux options : sortir de l’Euro et essayer de tout reconstruire ou rester dans l’Euro afin d’utiliser l’énorme pression des créanciers pour balayer les obstacles et contourner les intérêts particuliers, les clientèles et les lobbies qui ont mis en échec ses prédécesseurs. Il semblerait qu’il ait opté pour cette dernière solution.

*Photo : Petros Karadjias/AP/SIPA/XTS101/67113376175/1507131529

Dominique Reynié, expert ou candidat?

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Dominique Reynié candidat Les Républicains

Dominique Reynié candidat Les Républicains

Vendredi, en fin d’après-midi, Dominique Reynié était l’un des invités de l’émission C dans l’air, diffusée chaque jour sur France 5. Jusque-là, rien d’anormal. Le politologue, qui est aussi directeur de la Fondapol – think tank proche du parti « Les Républicains » – est une personnalité récurrente de l’émission. Le problème, c’est que depuis quelques semaines, Dominique Reynié n’est plus simplement un expert engagé, comme de nombreux autres chroniqueurs de C dans l’air. Il est aussi tête de liste LR-UDI aux élections régionales dans la super-région Midi-Pyrenées-Languedoc-Roussillon. Alors, bien entendu, la présentatrice Caroline Roux n’a pas omis d’apporter cette précision aux téléspectateurs en début d’émission. Grâce à ce procédé liminaire, on saurait ainsi d’où parle Reynié et l’affaire serait entendue. Pas si simple.

On se trouve en effet devant un double problème. Primo, la campagne électorale a commencé – Reynié anime déjà des réunions – et une distorsion de temps de parole lèse d’ores et déjà ses adversaires à cette élection. Mme Carole Delga, MM. Louis Aliot ou Damien Lempereur, pour ne citer que ceux que je connais, pourraient légitimement demander à la chaîne d’être invités à leur tour. Après tout, l’émission de vendredi ne portait pas sur la meilleure façon de confectionner la tarte aux fraises, mais sur un dossier extrêmement politique, le dossier grec, où Reynié a pu donner ses avis éclairés et engagés. Pourquoi les autres candidats ne pourraient-ils pas donner aussi leur opinion sur le duel Tspiras-Merkel ? Au nom de quel favoritisme ? Après tout, Delga et Aliot sont aussi professeurs de droit public et pourraient intervenir de la même manière dans cette émission en qualité d’experts.

Secundo, qu’il le veuille ou non, Dominique Reynié, grâce à sa candidature pour l’un des trois plus gros partis de France dans un scrutin important, est devenu un homme politique de premier plan. Sa place est donc dans les émissions politiques, pour débattre avec d’autres personnalités politiques, ou être interrogé par des journalistes. Or, à C dans l’air, il est connu des téléspectateurs pour intervenir en tant que professeur de sciences politiques. Il n’est pas sain qu’on puisse ainsi cumuler les fonctions d’expert et d’homme politique de premier plan, candidat à une présidence de région. On est soit l’un, soit l’autre. Imagine-t-on par exemple le spécialiste de l’économie de France 2, François Lenglet, se présenter aux élections législatives et poursuivre ses éditoriaux économiques au journal de vingt heures ? Imagine-t-on Manuel Valls, ou un autre ministre, invité à chroniquer un sujet politique dans C dans l’air ? Poser la question, c’est y répondre.

Il n’est bien entendu pas question d’en appeler au CSA, qui a déjà une grosse tendance à en faire plus qu’on lui demande en termes de « police médiatique ». On en appellera plutôt au bon sens de Dominique Reynié lui-même, qui a notamment fait preuve par le passé – nous nous en souvenons forcément – d’un véritable amour du pluralisme en défendant l’utilité de Causeur dans le débat démocratique. Son compte Twitter, annonçant alternativement ses réunions électorales et ses participations à des émissions en tant qu’expert, démontre qu’il assume contre toute raison ce mélange des genres. Il est temps d’arrêter les frais. En cumulant la casquette de politologue et celle de personnalité politique, il fausse la compétition loyale avec ses adversaires candidats à la Région. Il sème la confusion dans la tête du téléspectateur qui peut se demander, à bon droit, comment les fameux experts sont choisis dans ce genre d’émission. Et il se met lui-même dans une position très délicate.

*Photo : Alain ROBERT/Apercu/SIPA/1506261129

GPA : à quoi joue Jacques Toubon?

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jacques toubon gpa

jacques toubon gpa

En succédant à Dominique Baudis au prestigieux poste de défenseur des droits,  Jacques Toubon, l’ex-Garde des Sceaux du président Chirac, a dû affronter l’hostilité de la gauche. Celle-ci voyait d’un très mauvais oeil le choix de François Hollande de le nommer à ce poste, alors qu’il s’était illustré dans le passé par des positions  très conservatrices, notamment en ce qui concerne l’homosexualité. Ses opposants n’ont plus de souci à se faire, tant son évolution vers le progressisme sociétal a été aussi rapide que radicale.  Près d’un an après sa prise de fonction, voici que le défenseur de nos droits, au nom de l’égalité et de l’intérêt supérieur de l’enfant, défend l’accès à la PMA pour les couples de femmes et prône de facto le recours à la GPA en entretenant un rapport plus qu’ambigu avec ceux qui militent pour sa légalisation.

La question de la gestation pour autrui  fait couler beaucoup d’encre depuis que la Cour de Cassation a ordonné, le 3 juillet dernier, la transcription de l’acte de naissance de deux enfants nés de mères porteuses en Russie, reprenant ainsi à son compte l’arrêt de la Cour Européenne des droits de l’homme qui condamnait la France pour son refus de retranscrire à l’état civil des enfants issus d’une GPA pratiquée à l’étranger. Or, entre l’arrêt Mennesson de la CEDH du 26 juin 2014 et la récente décision de la Cour de Cassation, Jacques Toubon n’a pas été inactif, loin de là,  dans son soutien à la cause des couples ayant recours à la GPA à l’étranger. Voyons de quelle façon.

Dans une interview accordée le 13 octobre 2014 à Public Sénat, tout en affirmant haut et fort que «l’interdiction de la GPA lui semble indispensable», Jacques Toubon plaide pour la retranscription de l’acte de naissance de ces enfants à l’état civil français, au  nom de la nécessité de  « leur donner une identité en France ». Le voici donc qui adopte le discours archi-convenu de ceux qui veulent faire accepter la GPA auprès de l’opinion : « je suis contre la GPA mais il ne faut pas pénaliser les enfants déjà nés ». Notre défenseur des droits est si pressé qu’il en vient même à faire des remontrances à Christiane Taubira, à laquelle il reproche sa lenteur dans l’application de l’arrêt de la CEDH !

Lors de l’audience de la Cour de Cassation du 19 juin dernier, le défenseur des droits, toujours aussi déterminé à défendre la cause des requérants,  s’est fait représenter par le très médiatique avocat Patrice Spinosi, qui n’est autre que le conseil de Dominique et Sylvie Mennesson, les bénéficiaires de l’arrêt de la CEDH ! Les époux Mennesson ne défendent pas uniquement leur cas personnel mais militent pour la légalisation de la GPA, notamment via le Comité de soutien à la légalisation de la GPA et à la reproduction assistée (CLARA) qu’ils président et qui est représenté par … Maître Spinosi. Un comité spécialisé, entre autres, dans le conseil aux couples qui veulent avoir recours à des mères porteuses à l’étranger.

Ainsi donc, Jacques Toubon a choisi, pour se faire représenter à la Cour de cassation, l’avocat de ceux qui ont contrevenu à la loi française et qui est aussi l’avocat d’une association spécialisée dans le lobbying en faveur de la GPA, alors même qu’il  défend publiquement l’interdiction de cette pratique !  Dire que l’une des dernières prises de position du feu Dominique Baudis, avait été justement de dénoncer la promotion de la GPA sur Internet…

Plusieurs féministes opposées à la GPA ont récemment sonné l’alerte dans les colonnes du Figaro en dénonçant la collusion entre une institution publique et le lobby pro-GPA.Tout en cherchant à se faire pardonner ses errements du passé auprès du camp progressiste en se mettant à la pointe du Progrès, Jacques Toubon ne veut tout de même pas se mettre à dos les conservateurs de son camp. En reconnaissant officiellement, en janvier 2015, que des militants de la Manif pour tous avaient été maltraités par les forces de police en 2012, n’espérait-il pas s’assurer une certaine sympathie de la part du collectif? Si la LMPT lui est certainement reconnaissante sur ce point, on peut fortement douter qu’elle laisse passer ses accointances avec le lobby pro-GPA. Et c’est compter sans la croisade contre cette marchandisation du corps des femmes menée activement par le Collectif pour le respect de la personne (CoRP,) qui compte parmi ses membres Sylviane Agacinski, Eliette Abécassis, ou Michel Onfray. Il n’est donc pas évident que le défenseur des droits puisse continuer à jouer longtemps la comédie.

*Photo : ALAIN ROBERT/APERCU/SIPA. 00696749_000013.

Allemagne : le retour de l’hubris?

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grece allemagne merkel schauble

grece allemagne merkel schauble

La «crise grecque» constitue un formidable révélateur. Les événements de ces derniers jours ont en effet permis à chacun de jeter le masque, et de montrer qui il était et où il se situait. Cruelle leçon de choses, qui a vu les petits marquis se comporter en petits marquis, les supplétifs ahuris monter quatre à quatre les marches du ridicule, les imposteurs inquiets surenchérir dans la haine et le mépris. Mentions spéciales à ceux qui tiennent chez nous les manettes, laissant apparaître leur peur et  l’envie de soumission, seul moyen pour eux de la conjurer. Aux gauchistes (de salon ou pas) qui une fois de plus ont fait mentir Lénine en démontrant qu’il n’y avait pas de maladie infantile, mais uniquement de l’exaltation petite-bourgeoise. Produisant un fanatisme généreux avec le sang des autres, mais qui s’évanouit au premier retour du réel. Aux défaitistes aussi, en général, sincères et lucides, mais vite découragés. J’ai dit ici l’effet qu’avait produit sur moi ce moment. L’émotion du référendum grec comme une espèce de «Bir Hakeim», première étape sur un chemin qui sera long et difficile. Et qui a réactivé cette petite maladie que je pensais guérie. Celle qui pousse à  choisir le camp du peuple. Mais voilà qu’une autre vient aussi de se réveiller. J’entends déjà les quolibets sur son caractère génétique…. Peut-être, mais ce qui est sûr c’est que ce qui s’est passé en Europe ces derniers jours vient de démontrer que nous avions désormais un nouveau « problème allemand ».

Je sais que les accusations de « germanophobie» et autres «point Godwin» vont bien évidemment pleuvoir de la part de ceux qui se réjouissent d’une Europe à direction allemande et de ceux pour qui la soumission est une seconde nature.

Mais il est désormais exclu de céder à ce chantage. Parce qu’il faut maintenant cesser de se payer de mots et regarder les choses en face. Les pays et les peuples ont des cultures et une histoire. Ce qui permet sans caricature, d’en cerner certaines caractéristiques. L’Allemagne est un grand pays et un grand peuple. Mais qui a montré dans l’histoire une surprenante facilité à passer d’un haut niveau de civilisation à la plus totale irrationalité la conduisant au pire. On ne reviendra pas en détail sur ce qui s’est passé depuis 1870, mais on rappellera quelques épisodes éclairants. Le lieu de la proclamation de l’empire en 1871 dans la Galerie des glaces à Versailles n’avait aucune autre utilité que la force symbolique d’une humiliation totale pour la France. Le premier vrai et grand génocide systématique du vingtième siècle qui fut celui des Hereros en Namibie. Les exactions contre les civils après la violation de la neutralité belge en août 1914 qui, lorsqu’elles furent rapportées en France et en Grande-Bretagne furent considérées, du fait de leur violence, comme des exagérations de la propagande ! Ne parlons pas de la Seconde guerre mondiale. En fait si, juste pour rappeler que la mise en coupe réglée de la Grèce après son invasion en 1941 provoqua la mort de 100 000 civils par la famine lors du premier hiver d’occupation, 300 000 pour toute la guerre.

Le syndrome de l’encerclement au centre de l’Europe, joint au sentiment que l’Allemagne, si évidemment supérieure, n’avait pas ce qu’elle méritait, ont nourri agressivité guerrière et absence de principes. Les peuples européens l’ont appris à leurs dépens. Après la Seconde guerre mondiale, l’Allemagne a échappé en partie aux conséquences de l’effroyable catastrophe qu’elle avait déclenchée. Pas de plan Morgenthau, pas de dénazification approfondie, invention de mythes permettant de faire la différence entre le peuple allemand et les nazis. La Wehrmacht correcte au contraire des SS, alors qu’elle les avait sans problème égalés dans le crime. Les recherches historiques récentes ont permis d’établir que le peuple allemand, alors qu’il savait tout, avait suivi Adolf Hitler aveuglément, et jusqu’au dernier jour. Ce qui n’a pas empêché de le présenter aussi comme victime de celui-ci. Mais pourquoi pas ? C’était la guerre froide, et l’on constate que la dichotomie nazi/peuple allemand employée par les vainqueurs, fut la même des deux côtés du rideau de fer. Et puis pour éviter le retour de la guerre, il fallait faire l’Europe et y intégrer l’Allemagne. Ce qui fut fait, mais en commettant deux erreurs. De diagnostic tout d’abord, en considérant que le facteur des guerres en Europe était l’existence des nations, qu’il fallait donc faire disparaître. De méthode ensuite en privilégiant une construction purement économique faisant l’impasse sur le politique.

Charles de Gaulle, François Mitterrand et Margaret Thatcher n’étaient pas germanophobes. Mais ils étaient méfiants. Appartenant pour les deux premiers à la « génération des catastrophes » ils avaient quelques raisons de l’être. Alors, lorsqu’Helmut Kohl voulu la réunification immédiate après la chute du mur de Berlin, François Mitterrand qui y était opposé, imagina une méthode pour « arrimer » l’Allemagne à l’Europe. Ce serait la monnaie unique. Terrible ruse de l’histoire, cette crainte de l’Allemagne amena des européens pusillanimes à accepter que l’euro fut un mark élargi. Outil de la construction d’une puissance économique, mais aussi d’une puissance politique, qui lui a permis, « taillant ses partenaires à vif » la création d’une Union Européenne à vingt-huit complètement dominée par l’Allemagne. On n’entrera pas dans les détails de la satellisation des pays de l’Est. Ancien « espace vital » désormais fournisseurs de main-d’œuvre à bas prix. De la brutalité que subissent les pays du sud qui permet, entre autres conséquences dramatiques, de drainer vers l’Allemagne une jeunesse déjà formée aux frais de leurs pays d’origine.

Mais le pire, comme vient de le démontrer la violence de l’épisode grec, c’est le retour de l’hubris. De l’ivresse de la puissance, de l’irrationalité. Le projet européen, auquel nos élites tiennent comme à la prunelle de leurs yeux aveugles, vient de prendre un coup terrible. Et une mécanique, dont personne ne sait ce qu’elle pourra donner vient de s’enclencher. Redevenus somnambules, nos dirigeants redécouvrent l’esprit Munichois. Ils tentent de colmater et d’apaiser. «Wolfgang Schaüble is a gentleman, isn’t it ? » comme aurait dit Chamberlain[1. Il n’est pas question de comparer Wolfgang Schaüble à Hitler, mais de rappeler qu’avec l’Allemagne, la politique d’apaisement ça ne marche pas.].

Et la France, dont un des rôles est justement de contenir les dévoiements de la puissance allemande, se résigne à la soumission. Et comme l’Angleterre, qui a partagé ce fardeau deux fois avec nous, a fait ce dont Churchill avait menacé de Gaulle: « entre le continent et le grand large, nous choisirons toujours le grand large ». Nous y sommes, ils sont partis.

Depuis Théophraste (encore un Grec!) en passant par La Bruyère, nous savons qu’il existe des « caractères » dans la comédie humaine. Les savants parlent parfois d’invariants anthropologiques. Contrairement à ce que semble toujours croire certains Allemands et leurs amis[2. «La représentation selon laquelle les Grecs modernes sont les descendants de Périclès ou Socrate et pas un mélange de Slaves, de Byzantins et d’Albanais, a été pour l’Europe érigée en credo. C’est pour cela qu’on a accepté les Grecs fauchés dans le bateau européen en 1980. On peut en admirer chaque jour les conséquences.» Phrase publiée dans Die Welt, quotidien allemand fort sérieux. Savoureux.], ils ont une base culturelle et non génétique. Nous venons d’en avoir une jolie démonstration avec l’attitude de la société française vis-à-vis de ce qui vient de se passer.

Revenons aux heures sombres, on y trouve parfois des perles utiles. Charles de Gaulle, démontrant une fois de plus quel écrivain il était, avait prononcé un discours au Caire le 18 juin 1941. En quatre phrases, il y écrivait l’histoire de la capitulation de 1940, de l’étrange défaite, qui fut moins une catastrophe militaire qu’un effondrement des élites.

« Le 17 juin 1940 disparaissait à Bordeaux le dernier gouvernement régulier de la France. L’équipe mixte du défaitisme et de la trahison s’emparait du pouvoir dans un pronunciamiento de panique. Une clique de politiciens tarés, d’affairistes sans honneur, de fonctionnaires arrivistes et de mauvais généraux se ruaient à l’usurpation en même temps qu’à la servitude. Un vieillard de quatre-vingt-quatre ans, triste enveloppe d’une gloire passée, était hissé sur le pavois de la défaite pour endosser la capitulation et tromper le peuple stupéfait. »

D’ici à ce que l’on nous ressorte Jacques Delors comme certains ont déjà tenté de le faire….  Alors comme ça, une clique de politiciens tarés, d’affairistes sans honneur, de fonctionnaires arrivistes? On n’aura pas la cruauté de proposer des noms.

*Photo: Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA. AP21755807_000003.

Grèce : un goût de cendres

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grece tsipras crise euro

grece tsipras crise euro

Que la Grèce se soit soumise ou non n’est plus tellement la question.

La question est de savoir combien de simples citoyens européens se seront aperçus depuis quelques jours, malgré le flot de propagande et de falsification du réel, que nous ne vivons pas, ou plus, dans une démocratie.

Qu’une structure supranationale non élue décide désormais de notre avenir dans ses moindres aspects, même les plus anodins.

Que cette politique peut, à l’occasion, être menée avec une brutalité incroyable même si la plupart du temps, elle est cachée.

Que cette politique est menée dans l’intérêt exclusif de quelques grands groupes capitalistes de plus en plus concentrés.

Et que ce que je viens d’écrire n’est pas, hélas, le fruit de la paranoïa ou le canevas d’un roman dystopique.

Non, que c’est notre réalité, ici et maintenant.

C’est le nombre de ces citoyens, donc, ayant pris conscience de cette aberration, qui dessinera les contours de notre avenir.

À gauche, on a finalement l’habitude de ces défaites. Celle-là nous concerne tous en Europe puisque Tsipras semble avoir échoué, au moins pour l’instant, à réorienter ce monstre froid dans un sens plus social. C’était notre différence fondamentale avec les souverainistes et encore plus avec les extrêmes droites, même si des éditorialistes complaisants et même un ministre de l’Economie français trouvaient pratiques (et c’est assez vil, comme tout ce qui est pratique) de nous confondre avec eux (Tsipras et le FN, c’est la même chose, n’est-ce pas ?)  dans l’appellation vague mais définitivement disqualifiante de rouges-bruns.

À droite, chez mes amis souverainistes qui y ont cru, la ligne de crête est encore plus compliquée à emprunter sans risquer d’être confondus avec des nationalistes xénophobes. Ce sera encore plus saumâtre, parce que tout cela confirme leurs analyses sur le caractère intrinsèquement monstrueux de ce Machin, de ce Blob qui a inscrit un certain type de politique dans le marbre de ses constitutions cachées, comme en son temps l’URSS.

Et plutôt que de trouver des analogies historiques parfois douteuses entre Tsipras et les bolchéviques, pourquoi ne pas en remarquer une autre, plus juste et plus frappante : cette nuit, on a fait rentrer un « pays frère » dans l’ordre libéral comme on avait fait rentrer – à Budapest, à Prague ou à Varsovie – d’autres frères dans l’orthodoxie soviétique.

Il y a du Dubcek chez Tsipras finalement. Il a cru qu’on pouvait réformer la Bête, lui donner un visage humain. On ne lui a pas répondu par des chars, mais c’est tout comme. En fait, c’est la même chose en plus hypocrite : il y avait un choix à faire entre souffrir beaucoup et souffrir de manière insoutenable.

Avec ces caisses absolument vides, ces guichets à sec, la crise humanitaire encore lancinante menaçait de devenir tellement dure que les représentants des créanciers proposaient d’eux-mêmes, dans leur infinie générosité, une aide humanitaire en cas de « mise en congé de l’Euro ». Un peu comme pour les tremblements de terre, les catastrophes naturelles, vous voyez…

Mais enfin, sauf erreur de ma part, ce qui est arrivé à la Grèce, ce qui arrive en général à tous les pays confrontés à une crise financière, ce n’est pas « naturel », ce n’est pas comme si on n’y pouvait rien ! Il y a bien des hommes derrière les décisions de baisser les salaires, de démanteler les services publics, de prêter ou de ne pas prêter de l’argent, et à quel taux. Et pourtant, il faudrait, Grec ou pas, accepter cela comme la colère de dieux lointains.

Que mes amis des deux rives qui se sentent amers ce matin sachent donc qu’ils souffriront toujours moins que le citoyen grec, qui devra faire semblant d’être heureux d’avoir échappé au Grexit avec pour horizon indépassable l’austérité. Mais puisque d’après l’humoriste Wolfgang Schaüble, un Grec ou un Portoricain c’est la même chose…

Alors, heureux citoyens des démocraties de l’Union européenne, dormez sur vos deux oreilles, l’ordre règne à Athènes.

Pour le reste, comme le disaient les célèbres présentateurs d’une émission américaine au temps du maccarthysme qui ne savaient pas s’ils seraient encore à l’antenne le lendemain : « Good night… and good luck ! »

*Photo: Pixabay.

Tsipras, Sarkozy et le referendum: tu veux ou tu veux pas?

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Il y a une semaine, Nicolas Sarkozy reprochait à Alexis Tsipras de consulter le peuple grec par referendum. «Quel cynisme, quelle démagogie, quelle irresponsabilité !», assénait-il, drapé dans sa vertu, tant il est vrai que notre ci-devant Président ne s’est jamais montré cynique, démagogique ou irresponsable. Huit jours plus tard, Athènes ayant mis énormément d’eau dans son vin malgré la victoire du Non, au point de s’approprier certaines exigences de la Troïka, Tsipras a bien du mal à passer pour « l’extrémiste » que dénonçait Sarkozy. Entre-temps, tout le ban et l’arrière-ban de l’UMP, à l’exception notable d’Henri Guaino et de quelques autres gaullistes perdus en rase campagne, s’est converti à l’antifascisme le plus crétin à force de nous jurer que Syriza était l’allié d’Aube dorée. Une pure calomnie, mais qu’importe…

Hier, le président des Républicains a changé de braquet en ne fustigeant plus le rat visqueux crypto-fasciste, mais le social-traître Tsipras. Car le Premier ministre grec « a menti à son peuple avant les élections et aujourd’hui est en train d’expliquer aux différents gouvernements européens qu’il est prêt à accepter ce qu’il a lui-même demandé aux Grecs de refuser il y a huit jours ».

Sarkozy s’est fait avoir comme le premier mélenchoniste venu : il croyait Tsipras prêt à renverser la table, le voici qui négocie sagement avec Juncker, Merkel, Hollande et le FMI, et s’engage à réformer le système des retraites et la fiscalité grecs ! Mais le péché mortel que ne lui passe pas notre ancien président, c’est d’avoir trahi la vox populi. Rétrospectivement, le triomphe du Non dimanche dernier n’aura en effet servi qu’à faire monter les enchères dans les négociations avant que Tsipras ne batte gentiment sa coulpe.

Ignorer la décision souveraine du peuple n’est déjà pas très joli-joli. Mais alors, au bout d’une semaine, on frise l’incorrection! Si Alexis Tsipras était un homme d’Etat de la trempe de Nicolas Sarkozy, il aurait respecté le délai de mise pour bafouer la décision populaire : la moindre des politesses, c’est d’attendre trois ans – et non pas une semaine !- avant d’enterrer un Non franc et massif. Souviens-toi du traité de Lisbonne…

 

 

30 millions d’ennemis

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feminisme parite harcelement rue

feminisme parite harcelement rue

Il y a des choses avec lesquelles on ne rigole pas en public. Il y en a même de plus en plus. Attention, les génocides, les guerres et les famines ne m’amusent pas du tout. Et je suis comme Anne-Cécile Mailfert, la ravissante patronne d’Osez le féminisme ! : « La violence sexiste ne me fait pas rire. » Contrairement aux innombrables inventions de la niaiserie progressiste – lesquelles, à vrai dire, me font osciller entre l’hilarité et la rage.

Chaque jour apparaissent en effet de nouveaux vides juridiques qu’il convient de combler sans délai en créant à tout va de nouveaux interdits et les châtiments afférents. Pour défendre la cause des femmes, on placarde sur les murs de nos villes des clitoris géants (à mon humble avis, cette image de la toute-puissance féminine donnait plutôt envie aux hommes de fuir à toutes jambes, mais les copines n’ont pas dû lire Martine fait une analyse). Des journalistes politiques de sexe faible (je blague !) hurlent au sexisme parce que des hommes politiques les invitent à dîner ou louchent sur leur décolleté, autrement dit parce qu’on les désire – quel calvaire ! L’Assemblée nationale est en émoi parce qu’un député refuse de dire « Madame la Présidente », odieux manquement sur lequel toute la classe politique est sommée de prendre position sans délai.

Sur nos écrans, c’est une succession sans répit de causes à défendre, de discriminations à combattre, d’oppressions à dénoncer – les jouets « genrés », le sexisme de la grammaire, le partage des tâches ménagères, la drague lourde, le prix du Tampax, et même les menstruations, dont un texte publié par Atlantico nous apprend qu’elles sont un « tabou qui discrimine encore la moitié de l’humanité » –, il faut que cela cesse !

Tout cela peut paraître bien plus ridicule qu’inquiétant. Ce qui est inquiétant, c’est précisément que personne ou presque ne semble voir le ridicule. Au contraire, on commente avec le plus grand sérieux des déclarations ou des mesures qui devraient nous faire hurler de rire. Des journalistes mâles pontifient, la mine penaude, sur le manifeste antisexiste de leurs consœurs. On raconte par le menu l’audacieuse initiative de la revue lesbienne Well Well Well, qui publie un numéro entièrement écrit dans une langue féminisée – « les hommes et les femmes sont géniales ». « Si on ne le fait pas, nous petit média indépendant, qui le fera ?», s’interroge la rédac’ chef. Et si personne ne le fait, il se passera quoi ? On rapporte sans un poil d’ironie la chatoyante idée d’une députée islandaise qui a proposé d’élire pour deux ans un Parlement exclusivement féminin – pour l’instant, elles n’ont obtenu qu’une seule petite journée, mais le combat continue.

On m’a répété sur tous les tons que ces billevesées ne méritaient pas le nom de « terreur ». Qu’on me pardonne de briser le secret des délibérations, mais, à Causeur, j’ai dû batailler ferme pour convaincre les troupes de s’engager sur ce terrain glissant. « Et pourquoi pas fascisme ou dictature ? », a ironisé l’un. « D’accord, elles sont énervantes, mais franchement, Clémentine Autain ou Anne-Cécile Mailfert en héritières de Robespierre ou de Staline, tu charries, chère patronne ! », a renchéri un autre. « N’y aurait-il pas là une expression typique de l’exagération féminine ? », a risqué un troisième – le genre de remarque qui, dans une autre rédaction, aurait pu lui valoir de gros ennuis, avec protestations, repentance publique et sanction, au moins symbolique. Bien entendu, personne n’a remarqué que j’étais allée chez le coiffeur. Pour les compliments sexistes, je repasserai. Mais on me laisse encore raconter des histoires de blondes pendant les conférences de rédaction.

Il ne m’a pas échappé qu’il n’y avait en France ni goulag, ni KGB, ni chef suprême (un chef pas suprême, ce serait déjà bien). Je ne serai pas arrêtée le jour où ce numéro sortira dans les kiosques et Causeur ne sera pas pilonné par la censure. Cependant, je n’en démordrai pas : derrière l’étendard du féminisme, c’est bien une mécanique de terreur qui se déploie par le chantage victimaire et l’intimidation. Le premier symptôme de cette terreur, c’est qu’il est interdit de s’en moquer. Et même de la voir.

Bien sûr, ce n’est pas le fascisme. Peut-on décréter pour autant que ça n’a rien à voir ? Rien à voir, vraiment ? Timothy Hunt, 71 ans, prix Nobel de médecine, a été obligé de démissionner de son université londonienne sous la pression hurlante des réseaux sociaux, non sans avoir fait son autocritique. Son crime : un trait d’esprit – interrogé sur la présence des femmes dans les labos, il avait fait cette réponse : « Vous tombez amoureux d’elles, elles tombent amoureuses de vous, et quand vous les critiquez, elles pleurent. » Mais rien à voir, évidemment, avec le Ludvik de La Plaisanterie de Kundera, exclu du Parti, renvoyé de l’université et enrôlé de force dans l’armée pour avoir cru séduire une demoiselle avec une blague sur le régime –  « L’optimisme est l’opium du genre humain ! L’esprit sain pue la  connerie ! Vive Trotski ! »

Rien à voir, non. D’abord, Timothy Hunt est en fin de carrière. Et puis, on ne va pas plaindre un vieux croûton, un de ces « hommes hétérosexuels plutôt sexagénaires » dont mes consœurs subissent le « paternalisme lubrique ». On ne plaindra pas non plus Julien Aubert, le député qui s’est fait sucrer une partie de son salaire pour son « Madame le Président », ni Pierre, Paul ou Jacques qui se retrouvent en garde à vue, et parfois en prison, parce qu’une dame mécontente les a abusivement accusés de viol, et qui auront perdu leur boulot le jour où ils seront blanchis. On ne plaindra pas ceux qui se font agonir d’injures numériques parce qu’ils ont publiquement défendu la liberté de la prostitution (entre adultes consentants), ni ceux qui, par peur de perdre un contrat, une émission ou la considération de leur voisin, ont déjà opté pour le silence prudent de la soumission. On ne plaindra pas tous ceux qui mentent – et pas à leur femme – pour éviter les ennuis. À ce train-là, on finirait par plaindre un homme dont la vie privée a été exhibée, la famille dévastée, l’honneur piétiné et la sexualité commentée jusqu’à l’écœurement, et jusque dans l’enceinte d’un tribunal, parce qu’une magistrate n’aimait pas ce qu’il est supposé faire aux dames et qu’elle voulait faire un exemple. Il faut dire que ce type riche et puissant, dont nul n’ignore désormais qu’il participe à des soirées coquines (communément appelées partouzes), était le coupable idéal. Peu importe qu’il ait été innocenté par la justice : en réalité, dans l’esprit des dames patronnesses qui aiment tant se mêler de nos fesses, aucun homme n’est innocent.

On n’a guère prêté attention à l’avertissement lancé par Marisol Touraine à la fin du procès de Lille : « Il y a un avant et un après Carlton. Désormais, les hommes vont devoir faire attention à ce qu’ils font. » Je ne sais pas comment on punira la lâcheté, le mensonge, la muflerie, et peut-être même le silence, c’est une idée, ça – Madame le Juge, ce salaud ne répond pas à mes textos. Mais aucun de vous, chers messieurs, camarades, amis et amants, n’est à l’abri de la furie vindicative et punitive de nos Big Brothers en jupons – même si certaines sont des hommes, il faut vivre avec son temps.

Défense de rire, défense de dire, défense de désirer : il est temps de se révolter – faute de quoi il ne se trouvera personne pour vous plaindre le jour où votre tour viendra de passer à la  casserole féministe.

Qu’on ne se méprenne pas, l’émancipation des femmes est assurément le plus précieux héritage du XXe siècle. Nul ne se plaindra de ce que, dans nos contrées, l’égalité entre les sexes ne soit pas une option, mais un droit garanti par la Constitution. Pas plus qu’on ne contestera la nécessité de lutter contre la violence, l’exploitation sexuelle et toute forme d’oppression subie par les femmes parce qu’elles sont femmes. Reste que le féminisme a largement accompli sa mission historique. Mais après la victoire, le combat continue – et le show aussi. Nous avons conquis l’égalité, même si, comme toutes les choses humaines, elle n’est jamais parfaitement réalisée. Il faut maintenant faire régner la parité en tous lieux – sauf dans les couples évidemment. Pour s’endormir, nos apothicaires des droits comptent les femmes. Et il n’y en a jamais assez. Il ne manque pourtant pas de vrais combats à mener et de femmes concrètes à défendre. Seulement, nos néoféministes se fichent éperdument de ce que veulent les femmes concrètes. Que l’on protège les femmes obligées de se prostituer ne leur suffit pas, il leur faut aussi protéger contre elles-mêmes celles qui déclarent vouloir se prostituer librement. Elles sont  aliénées, paraît-il. Aliénée toi-même, bécasse ! Au prétexte de faire notre bien, au besoin par la contrainte, elles prétendent imposer à l’humanité entière leurs indignations dérisoires, leur insupportable esprit de sérieux et leur haine de toute singularité. Elles disent œuvrer à notre libération, mais ce qu’elles veulent, c’est notre normalisation. D’où le paradoxe d’un féminisme d’autant plus hargneux qu’il est victorieux. Il est si doux de mener un combat déjà gagné.

Il s’agit de comprendre comment quelques groupuscules dépourvus de bagage théorique, d’expérience militante et de tout ancrage dans le réel peuvent imposer leurs lubies et menacer nos libertés. En effet, le néoféminisme dont il est ici question existe surtout sur les plateaux de télévision et les réseaux sociaux. Autrement dit, sa puissance médiatique est à la mesure de sa faiblesse numérique. Et comme nos gouvernants redoutent bien plus de se faire clasher sur Twitter que de fâcher leurs électeurs, nos tigresses parviennent à imposer des mesures dont personne ne veut et même, parfois, à nous faire croire que nous les voulions. Après deux ans de tapage et de criailleries, les « abolitionnistes » ont non seulement obtenu le vote de la loi pénalisant le recours à la prostitution, mais aussi largement réussi à retourner l’opinion. Finalement, les  Français ne sont pas si obtus, il suffit de leur expliquer.

Cette idéologie sûre d’elle et dominatrice peut aussi s’appuyer, dans les partis politiques, sur d’efficaces matonnes toujours prêtes à rappeler à l’ordre les éventuels contrevenants ou récalcitrants – qui sont de ce fait de moins en moins nombreux. Une députée socialiste a récemment connu son heure de gloire en faisant insérer dans la loi sur la présidence de la future agence de la biodiversité un amendement imposant l’emploi de termes neutres pour désigner les organes dirigeants d’organismes publics  : il était urgent que nos députés imposent l’emploi de présidence à la place de président. Certains ayant osé demander ce qu’une telle mesure avait à faire avec la biodiversité, la députée socialiste à l’origine de l’amendement leur a fait cette admirable réponse : « L’altérité sexuelle est la première des biodiversités. » Gageons que cela ne l’empêche nullement de promouvoir la théorie du genre, qui vise précisément à en finir avec la différence entre les hommes et les femmes.  Incohérence féminine ?

De fait, il serait présomptueux de chercher une cohérence idéologique dans le maquis des micro-causes, des associations monomaniaques et des luttes contradictoires (entre féminisme et antiracisme par exemple). Cette sympathique diversité ne doit cependant pas faire illusion : s’il y a plusieurs demeures dans la maison de la mère, il s’agit toujours de la même religion. Le premier article de la foi, c’est que la femme est une victime : harcelée dans le métro, courtisée au boulot, asservie au dodo. Victime par nature et donc pour toujours. Et quand elle ne l’est manifestement pas, elle pourrait le devenir. De leur faiblesse supposée, nos diablotines ont fait une force bien réelle. Qui oserait se moquer d’une représentante des femmes violées ou battues ?

La loi, et c’est heureux, sanctionne depuis longtemps les maris violents et les patrons trop entreprenants. Bien sûr, la loi n’est pas toujours appliquée, et c’est regrettable. Reste que nos ligues de vertu sont parfois à court de brutes dont les méfaits constituent leur raison d’être. Elles n’en sont pas découragées pour autant. Si les violences faites aux femmes et autres turpitudes masculines sont moins nombreuses qu’elles le voudraient, la police des paroles et des pensées leur ouvre d’infinies possibilités. Elles déploient une énergie inépuisable à guetter le dérapage, à traquer les stéréotypes et à extirper du langage et de l’imaginaire toute trace d’un ordre patriarcal révolu – à supposer qu’il ait jamais existé – mais toujours prêt, si on n’y prend garde, à renaître de ses cendres. Mais il ne suffit pas de surveiller, encore faut-il punir. Aussi nos diablesses sont-elles expertes en délation numérique, destinée à obtenir par la honte le pardon et la rédemption du mâle forcément dominant. Toutefois, rien ne les met plus en joie qu’un nouvel interdit, assorti de nouvelles sanctions. Rien, sinon le spectacle d’un homme à terre.

Si toute femme est une victime – qui s’ignore éventuellement –, en chaque homme, il y a un salaud qui sommeille et qu’il faut rééduquer. Le néoféminisme ferraille sans répit contre des ennemis vaincus ou imaginaires. Mais il est en guerre. Contre les hommes, bien entendu ; mais aussi contre la séduction, l’érotisme, la féminité – et, au bout du compte, contre la sexualité, ses délices et ses tourments. Alors, ne nous y trompons pas : ce féminisme de boutiquières est le pire ennemi des femmes.

Cet article disponible en accès libre est extrait de Causeur n°26.

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Nucléaire iranien: les habits neufs de Khamenei

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iran khamenei etats unis nucleaire

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La nuit dernière, le directeur de l’agence nucléaire iranienne Ali Salehi a vendu la mèche : toutes les dispositions techniques d’un accord ayant été fixées oralement, l’Iran et les cinq puissances actrices des négociations n’avaient plus qu’à relire un texte de cent pages. Ledit compromis garantirait l’accès de Téhéran à l’énergie nucléaire civile, moyennant quelques concessions à l’AIEA demandées par les puissances occidentales. Il reviendra aux experts d’en analyser les différentes clauses par le menu, s’agissant de la levée des sanctions ou de l’embargo sur les armes, deux revendications dont la République islamique avait fait un quasi casus belli ces derniers jours. En fin de semaine dernière, l’avertissement du chef de la diplomatie iranienne à son homologue européenne avait beaucoup fait jaser sur la Toile : « Ne menacez jamais un iranien ! »

L’accord historique paraphé, sauf revirement de dernière minute, reste à savoir comment la république des mollahs négociera ce virage. Au sommet de l’Etat, le guide Ali Khamenei peut se frotter les mains : acculé par l’impact des sanctions internationales sur l’économie iranienne, le chef de l’Etat a laissé au Président réformateur Rohani et à son ministre des Affaires étrangères Zarif le soin conduire les négociations sur le nucléaire, sans jamais donner l’impression de se dédire. Hier encore, le leader suprême tempêtait à l’adresse d’étudiants téhéranais : « Préparez-vous à combattre les États-Unis » qui n’ont rien perdu de leur arrogance, reprenant la vieille opposition khomeiniste entre déshérités et orgueilleux. Merveilleux paradoxe, exception faite de la prise d’otages de 1979, la propagande anti-américaine du régime chiite s’est rarement aussi bien portée qu’à l’heure où Kerry et Zarif conféraient quotidiennement à Vienne[2. Dans l’enceinte et aux alentours du Palais Coburg situé, cela ne s’invente pas, sur la place Theodor Herzl, le fondateur du sionisme !]. C’est toute l’intelligence de Khamenei que d’infléchir le gouvernail au nom des valeurs intangibles qui, la veille encore, justifiaient l’isolement de son pays. En vertu du «pragmatisme héroïque», doctrine passe-partout théorisée ex nihilo, le Guide, 76 ans, dont vingt-six passées aux manettes de l’Etat, a infléchi son cap, fustigeant le Grand Satan américain un jour, excluant toute coopération directe dans la guerre contre l’Etat islamique – que Téhéran mène avec ses propres hommes et milices affidées en Syrie et en Irak-, avant d’ouvrir la porte à une collaboration partielle quelques semaines plus tard. C’est à se demander si le descendant enturbanné du Prophète Mahomet, officiellement atteint d’un cancer de la prostate, sait encore à quel saint se vouer…

Dans les cercles diplomatiques iraniens, on explique que la réintégration de Téhéran dans le grand jeu international, grâce au compromis nucléaire, ne signifiera bien évidemment pas un mariage avec Washington. Tout au plus compare-t-on les évolutions en cours au rapprochement que la Chine de Mao avait amorcé avec les Etats-Unis dans les années 1970. Dialogue et relations bilatérales ne sont pas synonymes de lune de miel, mais il s’écrit tout de même une page inédite de l’Histoire iranienne lourde en conséquences pour le régime, ses alliés régionaux et sa pérennité même. Le secrétaire général du  Hezbollah, Hassan Nasrallah, ne s’y est d’ailleurs pas trompé vendredi en brandissant une menace larvée aux dignitaires iraniens que tenterait un apaisement avec Israël : « Netanyahou a exigé qu’on inclue une clause reconnaissant Israël dans l’accord sur le nucléaire. Or, l’Iran pourrait obtenir entière satisfaction, et même l’accord de ses rêves, si jamais il reconnaissait Israël, ce ne serait plus une République islamique. » Réponse du berger à la bergère, un responsable iranien assurait hier soir à la chaîne de télévision Al-Mayadeen, proche de l’axe Hezbollah-Damas-Téhéran, que l’accord sur le nucléaire ne remettrait aucunement en cause le soutien de l’Iran au Parti de Dieu et autres mouvements classés terroristes.

Pour Obama, au grand dam de ses alliés israélo-saoudiens, la réintégration de l’Iran dans le concert des nations vaut bien que le département d’Etat ferme les yeux sur certaines basses oeuvres. Comme naguère la Maison blanche avait besoin de la neutralité bienveillante, sinon plus, de la Chine contre l’URSS, notamment au cours de la guerre du Vietnam, Washington aimerait compter sur une coopération plus étroite avec la République islamique contre l’Etat du même nom né sur les décombres de la Syrie et de l’Irak. Bien que comparaison ne soit pas raison, le précédent chinois nous enseigne que l’Histoire n’est écrite nulle part, et surtout pas par les militants. Quarante ans plus tard, on se tord devant la mauvaise foi des maoïstes français, obligés de déployer des trésors de dialectique afin de justifier le rapprochement sino-américain : « les camarades chinois, appliquant le principe léniniste de la coexistence pacifique, reçoivent Nixon, visite qui marque une défaite objective de l’impérialisme américain », lisait-on par exemple dans Les Cahiers du cinéma en 1972[2. Rapporté par Morgan Sportès, Ils ont tué Pierre Overney, Grasset, 2008.] Asphyxiée économiquement par les conséquences de la Révolution culturelle, la République populaire avait en fait autant besoin de l’aide américaine que les Etats-Unis du soutien chinois. Tout aussi antisoviétiques l’un que l’autre, Mao et Nixon savaient que l’issue finale de la Guerre froide dépendrait du résultat de l’affrontement « rouges contre rouges ». Et le Grand timonier de stupéfier ses visiteurs Nixon et Kissinger en les couvrant d’éloges avant d’ajouter : «Il faudra cependant que notre propagande continue de vous traîner dans la boue. Comme la vôtre le fera. Le public y est habitué. Changer ces habitudes prendra du temps. » Petite leçon machiavélienne à l’usage des gouvernants : on ne perd pas impunément son ennemi historique, quelles que soient les contradictions au sein du socialisme – ou de l’Oumma!

Que Khamenei égale ou non Mao en cynisme, des années décisives attendent le Moyen-Orient. Mutatis mutandis, Obama joue la carte chiite car il a opté pour une stratégie « verts contre verts » contre laquelle fulminent déjà les Républicains du Congrès, mais aussi l’entourage d’Hillary Clinton, candidate démocrate à la prochaine présidentielle. Pour sa défense, rappelons-nous la haine inexpugnable que les djihadistes vouent aux « apostats » chiites de Téhéran, lesquels ne craignent rien tant qu’une poussée salafiste parmi leur minorité sunnite.

Trente-six ans après la Révolution islamique, nul ne sait qui des réformateurs rassemblés autour du président Rohani, des fidèles du Guide convertis à son pragmatisme, ou des partisans d’une mutation séculière du régime, gagnera finalement la partie. L’avenir semble plus que jamais ouvert. Et c’est ainsi que l’Iran est grand.

 

 

P.S : Je vous recommande chaudement la lecture du nouveau numéro de la revue Conflits, dont le dossier central est entièrement consacré à l’Iran. Y figurent notamment des articles sur la question nucléaire, les rapports à Israël, à la Turquie et à l’Afghanistan, mais aussi un brillant décryptage du grand jeu perse au Moyen-Orient signé Frédéric Pichon. À lire de toute urgence!

*Photo: AY-COLLECTION/SIPA. 00716746_000013.