Accueil Site Page 2277

Quand les jurés Goncourt décernent le Nobel de la Paix

30

Il faut réconcilier l’Orient et l’Occident, célébrer l’altérité et le métissage contre l’évidence d’un islam devenu fou : tel est le message délivré par les jurés du Prix Goncourt et pour la plus grande satisfaction de mon ami Tahar Ben Jelloun. Certes, Boussole, le roman de Mathias Enard vaut son pesant d’ennui, mais comme le dit si bien la quatrième de couverture : il est « enveloppant et musical, tout en érudition généreuse et humour doux-amer ». Ne reculant devant rien et surtout pas devant le ridicule, nous apprenons également que le fiévreux élan brisé résonne dans l’âme blessée des personnages comme il traverse le livre (je n’invente rien).

« Un choix politique », dit Bruno de Cessole dans Valeurs actuelles. Une façon subtile d’éliminer Boualem Sansal qui, lui au moins, est au cœur des guerres de religion dont il a vécu les prémices en Algérie. On peut également, en suivant les judicieux conseils de Jérôme Leroy dans ce même numéro de Valeurs actuelles, relire Pasolini dont les Écrits corsaires et les Lettres luthériennes sont toujours d’actualité. Il est toujours surprenant de voir combien le passé est plus actuel que le présent. Quant au futur, rares sont ceux qui l’anticipent. Nous en convenions avec l’ami Jérôme : Soleil Vert de Richard Fleisher est le chef d’œuvre du genre.

Boussole - Prix Goncourt 2015

Prix: 21,80 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,83 €

Connaître l’ennemi islamiste pour le combattre

139

alqaida daech antiterrorisme

Une histoire circule sur l’incurie des services du renseignement américain et une certaine incompétence du Pentagone quant au monde arabo-musulman : l’avant-veille des attaques du 11 septembre, il n’y avait que… deux traducteurs orientaux en service dont un en langue perse. Concernant ces imprudences et légèretés, Fabrizio Calvi a tout écrit à ce sujet dans son 11 Septembre, la Contre-enquête (Fayard 2011) qui retrace presque jour par jour la chronologie des erreurs et l’incompréhension lacunaire des services spéciaux face à un Jihad sanglant annoncé de toute part. Avant de recenser l’afflux d’obscures théories complotistes, dénoncer les ravages du conspirationnisme et muscler les arsenaux législatifs et effectifs de police, on doit nécessairement apprendre puis connaître tout de la culture de l’ennemi, son environnement, son histoire, ses déterminismes et perspectives.

Ce n’est pas tant la faille sécuritaire ou le défaut d’organisation des services de renseignement qui sont en cause dès lors qu’un budget sérieux comblerait la plupart des interrogations et éteindrait le feu nourri de polémiques stériles. Il n’est décemment pas possible de mettre un agent derrière chaque « fiche S » ni d’auditionner le moindre imam au prêche enflammé contre l’Occident. Les commissariats sont suffisamment ensevelis par le contrôle judiciaire des délinquants de droit commun et le droit français est encore celui qui réprime le délit quand il est caractérisé. Il n’est pas davantage envisageable de défricher ou légiférer sur le no man’s land que sont devenus les réseaux sociaux, la liberté d’échanger 2.0 ayant été inventée avec sa communication fanatique et raciste, comme le train et son déraillement. Quant à anticiper le départ ou prévenir le retour de djihadistes des terres syriennes, irakiennes ou yéménites, cela voudrait dire repenser voire construire une coopération d’entraide judiciaire européenne, créer un réseau vigipirate supranational qui placerait sous perfusion et surveillance quotidienne l’Espagne, la Turquie, la Belgique etc. C’est la toile de Pénélope qu’aucun gouvernant n’a la force de tisser.

Il reste néanmoins urgent de se préoccuper des mouvements que l’islamisme rencontre dans l’évolution de ses impulsions idéologiques. Comprendre que la guerre fratricide que se livrent les chiites et les sunnites oblige les exécutifs occidentaux à un exercice d’équilibriste impossible entre un Iran puissant à réhabiliter et les susceptibilités de la puissance saoudienne à gérer. Que cet affrontement séculaire oblige les partisans des uns et des autres à rivaliser d’attaques plus meurtrières et de poussées hégémoniques qui finissent par déborder sur le Vieux continent.

Déchiffrer que les allégeances faites à Daech sont plus dangereuses que le label des franchisés Al-Qaïda d’un Ayman al-Zawahiri au charisme moribond. Tout cela pour accepter des modes opératoires modernes qui tuent bien plus sauvagement. L’Orient n’est plus le terrain qu’ils privilégient ; ils préfèrent supplicier l’Occident. Ce n’est plus le kouffar ou mécréant qui est visé en Europe mais le perverti, ce n’est plus aimer la mort plus que la vie, c’est surtout humilier d’abord et faire trembler. Ce ne sont plus seulement des martyrs mais des combattants. Ce ne sont plus des réseaux islamistes mais des kataëb ou cellules individualisées et unités réduites de terroristes. D’un émir à un calife, la galaxie jihadiste vient faire trembler l’Occident et sa troisième génération se revigore.

La défaite de cette stratégie à court terme doit obliger les pouvoirs publics à repenser la lutte contre le terrorisme qui s’enracine désormais sur le sol français. S’ils veulent déstabiliser la liberté à la française, il faudra connaître sur le bout des doigts leurs logiques et perceptions. Une organisation politique et idéologique se combat avec du sens et Sun Tzu, dans L’art de la guerre, privilégiait déjà de connaître son ennemi. Si l’urgence est de mise et la réaction institutionnelle indispensable, il importe de promouvoir l’étude des mondes arabo-musulmans, de différencier la clique du groupuscule armé, de distinguer entre les idéologies intérieures et les influences étrangères, d’admettre que les « loups solitaires » n’existent pas. Et c’est ainsi que la douleur immense et légitime des attentats du 13 novembre 2015, la colère salvatrice et le souci de vivre comme « avant », laisseront place à une véritable tentative d’éradication des entreprises terroristes.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21740552_000002.

Pauvres riches!

92

pauvres riches

Les Etats-Unis vont bien, merci pour eux. L’aéroport de Los Angeles va ouvrir une aile spéciale VIP où vous serez reçu confortablement pour une somme évaluée à 1500 / 1800 dollars en sus de votre billet. Cela vous évitera de croiser vos fans, quand vous êtes une star, ou tout simplement les pauvres, quand vous êtes riche.
Et des riches, il y en a — même qu’ils sont de plus en plus riches, grâce à la crise. Et des pauvres, il y en a aussi des pleins paniers — 46 millions d’Américains se nourrissent grâce aux tickets alimentaires.
L’aéroport de LA, qui se défend d’être particulièrement élitiste afin sans doute de conserver la clientèle du PS français, fait remarquer aux médias interloqués que de telles structures, qui mettent les wealthy people à l’abri des prolos de la not working class, qui de surcroît sont souvent sales, parfois en colère, et susceptibles de vous arracher votre chemise, il en existe déjà à Paris, Genève, Londres, Amsterdam, Istanbul, Dubaï, Moscou, Munich, Francfort, Madrid et Zurich. En gros, partout où il y a une place financière importante. Méfiez-vous, riches lecteurs de Bonnetdane, à Tokyo vous risquez de côtoyer des fauchés.
Je me sens assez fier d’être citoyen d’un pays qui dispose déjà de ghettos pour milliardaires. Pauvres riches ! Cela compense les autres ghettos, plus familiers, où la misère s’additionne à l’alcoolisme, à la malnutrition, à la solitude, au manque de dents en état de marche (et pour mâcher quoi, hein, je vous le demande ? Un morceau de pain quotidien relativement hebdomadaire, comme disait Prévert ?). Ceux-là mettent leurs enfants dans des bahuts à mixité sociale uniforme. Les autres vont à l’Ecole des Roches : « Depuis 1899, peut-on lire en introduction sur le site de ce camp de concentration pour upper class, l’École des Roches a mis l’élève au centre, garantissant sa réussite scolaire et son épanouissement personnel. Notre approche est profondément humaniste et multi-culturelle. » Et la photo qui accompagne cette profession de foi pédagogiste montre bien la mixité du lieu.

Ecole des Roches

Vous vous rappelez sans doute cette comédie musicale des années 60, Un Violon sur le toit, dont la chanson la plus célèbre est justement If I were a rich man. Norman Jewison (à qui on doit bon nombre de films mémorables, le Kid de Cincinnati, l’Affaire Thomas Crown, Dans la chaleur de la nuit et j’en passe) en a tiré un film célèbre en 1971, oscarisé justement pour ses chansons. Que chante le personnage principal ?
« If I were a rich man
Yubby dibby dibby dibby dibby dibby dibby dum
All day long I’d biddy biddy dum /
If I were a wealthy man »
Oui, c’est exactement ça : Yubby dibby dibby dibby dibby dibby dibby dum. Rien d’autre à en dire. « Il faut plus de mixité dans les collèges » : Yubby dibby dibby dibby dibby dibby dibby dum. « Nous allons prendre des mesures pour combattre Daech » : Yubby dibby dibby dibby dibby dibby dibby dum. « Mon ennemi, c’est la finance » : Yubby dibby dibby dibby dibby dibby dibby dum. And so on.
Le secteur économique le plus florissant vise à maintenir les riches à l’écart du peuple. Ou les ministres. Les vitres teintées seront interdites aux voitures à partir de janvier. En théorie, pour interdire désormais de se cacher derrière des parois opaques. En fait, c’est pour épargner aux puissants, qui auront toutes les dérogations de la terre sous prétexte de sécurité, de voir ce qui se passe dans la France périphérique. Là où l’on commence à lever les fourches et à déshabiller les Directeurs des Ressources humaines.

Censure: De Zemmour en Guénolé

176

thomas guenole zemmour verdier

Après la fameuse interview au Corriere della Serra suivant de quelques jours la publication de son dernier livre, Éric Zemmour fut prestement foutu à la porte d’iTélé. Il animait pourtant l’émission la plus regardée de la chaîne d’information mais foin de recherche d’audience lorsque l’on combat la Bête immonde. La suite montra rapidement que les propos ayant fait scandale sur la déportation des musulmans n’avaient pas été tenus. Qu’à cela ne tienne, ceux qui ovationnèrent cette mesure se rabattirent sur un autre prétexte : « qualifiant Canal+ de chaîne bobo, il avait insulté son employeur, iTélé étant une filiale de Canal ». La bien-pensance applaudit à tout rompre cet interdit professionnel et cette atteinte à la liberté d’expression. Les syndicats de journalistes restèrent soigneusement muets et L’Obs alla même jusqu’à nous dire  que le scandale n’était pas son éviction, mais plutôt le fait qu’il y soit resté une bonne dizaine d’années. Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! Éric Zemmour continua à accompagner la diffusion jusqu’à 500 000 exemplaires de son livre et iTélé à recevoir régulièrement Christophe Cambadélis qui a écoulé 300 du sien.

Tout ce petit monde se retrouva en rangs serrés le 11 janvier suivant pour battre le pavé en criant bien haut son amour de la liberté d’expression assassinée. Dans les semaines qui suivirent, annonces de nouvelles lois répressives, et reprise de la routine des procédures pénales.

Philippe Verdier, chef du service météo de France 2, chaîne publique financée avec nos impôts, devait se croire à l’abri n’appartenant pas au camp « des heures les plus sombres ». Il a donc publié un livre pour faire part de ses critiques sur la façon dont le réchauffement climatique était instrumentalisé. Malheureux, blasphémer Mahomet ou Jésus, on peut, c’est même recommandé. Blasphémer la nouvelle religion écologique, c’est un crime. Mise à pied immédiate et direction la porte. Extinction de voix persistante des syndicats de journalistes.  Pas de liberté pour les climato-dubitatifs !

Thomas Guénolé, improbable politologue autoproclamé, pouvait se croire à l’abri. Lui au moins appartenait au camp du Bien. N’hésitant pas à en rajouter chronique après chronique il inventait chaque jour des mots nouveaux accompagnés du suffixe -phobe pour désigner l’ennemi. C’était un bon petit soldat. Mais qui, tout à son zèle, n’a pas vu arriver l’avion. C’est que depuis le 13 novembre, le choc de la tragédie et le choix par le Président de la République d’un traitement martial, nous sommes passés en mode Déroulède et priés d’aller « fêter, voir et complimenter  l’armée française ». Ce que personnellement, tout d’admiration pour le boulot des flics, je fais – comme dans la chanson-  « sans hésiter ». Ce que n’a pas su faire Thomas Guénolé qui s’est livré, dans une chronique sur RMC à une critique, assez ridicule d’ailleurs, de l’intervention de la BRI au Bataclan. Viré par téléphone, il se présente quand même à la station où on le fout dehors. Eh oui mon vieux, camp du Bien ou pas, pas de liberté pour ceux qui ne savent pas jouer du clairon !

Comme l’ont dit les quatre millions de personnes descendues dans la rue de 11 janvier, la liberté d’expression est l’une des valeurs de notre civilisation. C’est pour cela qu’elle est sacrée. Et à géométrie variable.

Palmyre au Kosovo

65

kosovo unesco serbie

La culture est la continuation de la guerre par d’autres moyens. Ainsi les Palestiniens ont-ils récemment tenté, avec le plus grand sérieux, de faire inscrire au patrimoine mondial de l’Unesco le Mur des lamentations de Jérusalem comme lieu saint islamique. Pour être honnête, ils avaient un motif : le dernier vestige du second Temple, appelé « Mur occidental » dans la tradition juive, est aussi, selon la tradition musulmane, le lieu où Mahomet a attaché sa monture, al-Buraq la bourrique, avant de monter aux cieux. Les Palestiniens voulaient rouvrir un dossier sur lequel les Britanniques, qui occupaient la Palestine, s’étaient déjà penchés en 1930. Dans un habile compromis, la commission de Sa Majesté avait décrété que l’endroit appartenait aux musulmans, mais que les Juifs pouvaient y prier sans leur permission. Les Jordaniens qui ont pris Jérusalem-Est en 1948 se sont bien gardés d’appliquer cet accord pour les Juifs, et, en reprenant Jérusalem-Est en 1967, l’Etat hébreu a tranché la question.

L’autre conflit qui s’importe à l’Unesco est à présent celui qui oppose la Serbie à sa province sécessionniste du Kosovo, qui a déclaré son indépendance en 2008 avec le soutien de l’OTAN. Le Kosovo a en effet déposé sa candidature pour rejoindre les défenseurs du patrimoine de l’humanité. C’est au moins aussi gonflé que les Palestiniens avec le Mur occidental, mais encore plus malhonnête.[access capability= »lire_inedits »] Car les autorités kosovares sont issues de l’ancienne Armée de libération du Kosovo (UCK), une organisation qui a arraché le départ des Serbes de cette province majoritairement albanaise en 1999, avec le soutien militaire de l’Occident. Une fois au pouvoir, l’UCK s’est empressée de s’en prendre au richissime patrimoine orthodoxe du Kosovo : d’innombrables monastères et églises, datant du Moyen-âge, qui témoignent de l’histoire de la Serbie. C’est au Kosovo qu’est née au début du XIIIe siècle l’Eglise orthodoxe serbe, qui a fait corps avec l’identité nationale. Ce berceau historique de la Serbie est saccagé par ses nouveaux maîtres : près de 200 lieux de culte orthodoxes ont été détruits depuis 1999. Une trentaine l’ont été pour la seule année 2004, date à laquelle des émeutes albanaises ont précipité la fuite des derniers Serbes. Sur les 50 000 qui vivaient avant la guerre à Pristina, la capitale de la province, il n’en reste plus qu’une cinquantaine. La cathédrale orthodoxe du Christ-Sauveur y est utilisée comme décharge et comme toilettes publiques. A l’annonce de la candidature kosovare pour entrer à l’Unesco, la Serbie a protesté : peut-on accepter du régime albanais les destructions d’églises que l’on déplore en Syrie et en Irak lorsqu’il s’agit de Daech ? Mais la diplomatie internationale est telle qu’elle permet à l’Arabie Saoudite de présider un comité des droits de l’homme de l’ONU. Elle n’est plus à un paradoxe près, surtout lorsqu’il s’agit des vainqueurs.[/access]

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21503816_000002.

Islamisme et décadence

160

islamisme nihilisme

Les derniers événements tragiques dont la France a été victime ne doivent pas être analysés d’une manière compassionnelle, même si le recueillement est indispensable. Il est bien sûr désolant de voir des foules humaines innocentes tuées sans vergogne par des terroristes. Cette terreur menée sur le sol français, et en puissance dans toutes les sociétés occidentales, nous oblige impérieusement à nous interroger sur les motivations de ces actes. Pourquoi certains individus d’origine musulmane ou convertis à l’islam – Maxime Hauchard ou Christophe Dos Santos – deviennent-ils des barbares, prêts à tout, même à l’annihilation de leur propre vie, pour détruire l’Occident ? Il est clair que l’on ne pourra répondre à cette question ni en reprenant un lexique martial, psychologisant, ou religieux, ni des faits historiques anachroniques. Comme l’écrivait Charles Péguy, « la modernité a fait à l’humanité des conditions telles, si entièrement et si absolument nouvelles, que tout ce que nous savons par l’Histoire, tous ce que nous avons appris des humanités précédentes ne peut aucunement nous servir, ne peut nous faire avancer dans la connaissance du monde où nous vivons. Il n’y a pas de précédent. »

Se transformer subitement en chef de guerre, arguer de la folie pour justifier ces massacres et trouver à ces actes une origine dans les textes sacrés n’éclairent en rien sur les mobiles de ces hommes et femmes qui décident de s’en prendre à l’Europe toute entière. Dans un texte intitulé « Pourquoi l’islamisme ne peut pas être expliqué à partir de la religion », le philosophe allemand Norbert Trenkle affirme que « les récits religieux ne sont rien d’autre pour eux que des chiffres et des codes culturels pour consolider leur statut-sujet précaire. (…) Il s’agit bien plutôt d’individus, marqués par le capitalisme, qui en tant que tels cherchent un appui dans un collectif en apparence puissant, auquel ils puissent s’identifier. » En effet, les lieux où nous vivons tous représentent l’avènement de ce que Nietzsche appelait au XIXe siècle le « nihilisme ». Ils se caractérisent par la destruction de tous les sites, de tous les mondes, de toutes les réalités jusque-là existantes, et leur recomposition selon des vues totalement abstraites, faisant fi des particularités locales ou régionales. En témoigne dans notre cadre les accords de Sykes-Picot en 1916, où le Proche-Orient fut redessiné selon des principes mathématiques : zones A et B, zone bleue française, zone rouge britannique. Il suffit d’ailleurs de regarder les frontières de l’Afrique pour en constater les tracés arbitraires et rectilignes depuis la conférence de Berlin de 1884 et 1885.

De ce fait, nous ne pourrons pas comprendre cette tragédie sans saisir qu’il s’agit d’une réaction à une philosophie dont nous sommes les héritiers. Nous en subissons et en étendons la logique un peu plus chaque jour : celle d’un mode de production (salariat), de consommation (marchandises) et de circulation (Schengen) où tout se vaut, ou rien ne vaut plus rien, et où tout est évaluable. En témoigne, par exemple, le dernier tremblement de terre financier de 2007-2008 ; ou encore les récentes velléités du commissaire européen Jonathan Hill de développer une « Union du marché des capitaux », d’ici à 2019. Face à ce rouleau compresseur quotidien, les corps tentent d’échapper, comme ils le peuvent, à ce mouvement délétère. Soit par la consommation de substances légales ou interdites ; soit par un travail obsessionnel visant à devenir le meilleur employé du monde ; soit par le retranchement derrière un discours pseudo-religieux. Dans un article paru dans Le Monde, la demi-sœur des frères Kouachi, commanditaires des attentats de Charlie en janvier dernier, témoigne que « Chérif disait que le vide ne pouvait être comblé que par la religion ». Or c’est bien une telle absence de repères que chaque Européen de première, de deuxième ou de troisième génération perçoit tous les jours : l’argent distribue les rôles, déchoit les statuts, et entraîne ainsi la marginalisation croissante d’une part conséquente de populations devenues inutiles.

Il ne suffit pas d’injecter des millions d’euros dans les banlieues ou de modifier le « paysage urbain » pour éviter la multiplication de ces actes terrifiants. Tout cela ne consiste, une nouvelle fois, qu’à utiliser ces potentiels travailleurs pour éviter de les assimiler à une transcendance concrète et en faire un fonds à la disposition d’une entreprise salariale toujours plus aliénante. Tous, qu’ils soient français et musulmans d’origine, français de générations plus lointaines, belges ou encore allemands, sont à la recherche d’un sens commun qu’ils ne trouvent plus par les voies ordinaires de la vie quotidienne, qui les obligent à s’ostraciser pour devenir, peut-être, un jour les nouveaux Netchaïev. Qu’ils soient d’Air France ou de Navarre.

*Photo : SIPA.00713541_000001.

Chez Laurent Ruquier: le casse-tête chinois de Benoît Hamon

22

Une anecdote pour débuter : Alexandra Laignel-Lavastine a voulu savoir le samedi matin 14 novembre comment les jeunes de son quartier, dans le 93, avaient vécu cette nuit de carnage. Se pouvait-il que les images des tueries qui passaient en boucle dans les cafés les laissent indifférents ? Elle s’attendait à un vague : « Là quand même ils abusent ! »
Pour en savoir plus, elle a fait ce que tout journaliste consciencieux devrait faire : s’immerger dans la population. Première surprise : rien ne laisse deviner qu’une tragédie vient de frapper le pays. Quand elle évoque ce qui vient de se passer, on la regarde comme une extra-terrestre quand ce n’est pas avec hostilité. « Tu crois quand même pas ce qu’ils nous racontent ? », dit l’un, cependant qu’un autre habitué du café renchérit : « Réfléchis trois secondes : un musulman, ça tue pas. Tuer, chez nous, c’est haram. C’est marqué dans le Coran. » Alexandra joue alors la carte bobo nunuche bien-pensante – rôle qu’affectionnent les invités d’« On n’est pas couché ». Elle dit : « Certes, l’islam est une religion de tolérance et de paix, mais il peut y avoir de mauvais musulmans, des fanatiques qui le déforment et s’en servent à des fins politiques. » Elle s’entend répondre : « C’est quoi ces conneries ? On sait tous que les images et les communiqués, c’est du bidon. » Et là, cette chère Alexandra reçoit le coup de massue : « La vérité de toute façon, on la connaît : c’est un complot contre nous et contre l’islam, comme avec Merah et le reste. Le but, c’est de salir les musulmans. On ne peut plus nous enfumer. » Tout le monde approuve. Et quand Alexandra cherche à en savoir plus sur ce fameux complot, elle devine ce qui va suivre : « Les criminels qu’il faut détruire à la kalach, c’est les juifs ! Mais ça tu ne pourras jamais l’écrire dans ton journal vu qu’ils contrôlent tout. » Avec ces trois mots magiques – Juif, sioniste, complot – la tension monte. Le reste, chacun peut le deviner.

Évidemment, comme Yann Moix, on peut conseiller à chaque Français de souche d’envoyer une lettre d’amitié à ses amis musulmans ou se réjouir comme Ruquier qu’ on dessine des cœurs sur les mosquées. Voire, comme la majorité des invités de l’émission de Taddeï, « Ce soir ou jamais », s’autoflageller et battre sa coulpe en décrétant que les arabo-musulmans sont traités comme des sous-hommes en France. Et que, oui, il faut rester unis et surtout ne pas relâcher sa vigilance face à un fascisme et à une xénophobie qui ont le vent en poupe. « Qu’est-ce qui nous unit ? » se demande avec une une componction digne d’un cardinal du Vatican le philosophe Roger-Pol Droit qui officie au Monde et qui distille avec gourmandise des banalités qui ne fâcheront jamais personne. La légèreté, la fête, la baise, le vin… oui, ne cédons sur rien. L’exception française est là et, paradoxalement, elle n’a rien d’exceptionnel. Comme le dit l’invité d’honneur, Benoît Hamon, « ça ne suffira peut-être pas à vaincre nos ennemis ! »

Mais oui, la France est en guerre. Mais de quelle guerre s’agit-il et contre qui et avec quels alliés la menons-nous ? Et là ce pauvre Benoît Hamon ne cache pas son embarras. Quand Léa Salamé lui demande pourquoi nous sommes, nous Français, si proches de l’Arabie Saoudite et du Qatar – qui financent l’État islamique que nous combattons – et pourquoi nous leur vendons des armes, il lâche le morceau : parce que nous sommes pauvres et qu’eux sont riches. Et la Turquie ? Ce double, voire ce triple jeu de la Turquie ? Et Poutine, ami ou ennemi ? Et Bachar Al-Assad qui, lui au moins, est cohérent comme on peut le voir dans l’entretien qu’il a donné à Valeurs Actuelles… sans oublier les rebelles syriens que nous avons armés, maintenant que le vent a tourné, on en fait quoi ? Un vrai supplice chinois pour ce brave Benoît Hamon qui tente tant bien que mal de défendre sa ville de Trappes qui fournit chaque mois un lot appréciable de combattants à l’Etat islamique.

Tout cela n’est rien, bien sûr, à côté de ce que subit chaque dimanche le dessinateur belge un rien démago, Philippe Geluck, harcelé par sa femme qui veut jouer au Scrabble avec lui. Il cède comme il finira par céder aux requêtes des bons musulmans. Pas comme Oskar Freysinger, censuré par le quotidien suisse Le Temps pour avoir affirmé notamment que « le crépuscule des dieux approche et nous ne voulons rien voir venir. C’est le déni qui nous tuera. Nous nous sommes évertués à nourrir sur notre sein le serpent qui nous mordra et nous le considérons toujours comme un doux chaton ronronnant ». Et pourquoi Laurent Ruquier ne l’inviterait-il pas… une fois, une fois seulement , pour qu’on entende un autre son de cloche ?

Pénitence post-attentats: le désir d’être coupable

246

terrorisme paris france daech

C’est chaque fois la même chose: dès les premières explosions à Paris, les figures autorisées de la vie médiatique ont commencé leur sermon: surtout pas d’amalgame entre l’islam et l’islamisme!

Alors qu’elles n’ont pour la plupart pas lu une ligne du Coran, elles ânonnent que l’islam est une religion de paix et que ce serait verser dans l’intolérance que d’oser nuancer cette affirmation.

Les morts gisaient encore sur le plancher du Bataclan qu’elles en rajoutaient: ce que nous devons redouter, c’est moins de nouveaux attentats qu’une réaction «populiste». On doit moins craindre les balles que la peur. Elles invitèrent nos sociétés à se garder de la tentation «islamophobe», qui consiste, on l’aura compris, à regarder l’islam autrement qu’avec des yeux de Chimène.

La faute à la France ?

Certains poussèrent même l’odieux jusqu’à mettre sur le même pied les «isla­mophobes» et les islamistes ou les «populistes» et les «terroristes». L’essentiel, c’est de créer une équivalence entre ceux qui attaquent et ceux qui se défendent pour se placer en surplomb, au nom d’un pacifisme moralisateur flattant leur sentiment d’être absolument vertueux.

Les belles âmes ont continué: certes, on doit pleurer les morts et vomir les assassins, mais la France en particulier et l’Occident en général ne l’ont-ils pas un peu cherché? N’ont-ils pas récolté ce qu’ils ont semé? Qui sème la guerre et l’exploitation récolte le djihad. En gros, les morts sont moins les victimes des assassins de l’État islamique que de leur propre gouvernement.

Dans le cas de la France, on l’accusera d’avoir créé les conditions du terrorisme en laissant en déshérence ses banlieues, même si depuis plusieurs décen­nies, elle engouffre des milliards pour les entretenir. Qu’importe aussi si ces banlieues pratiquent à son endroit une forme de séparatisme ethnoreligieux alimenté par des imams salafistes. Qu’importe la haine de la France.

La culture de l’excuse écrase tout. S’il arrive aux belles âmes de reconnaître péniblement que nous sommes en guerre, ils la définissent à leur manière: c’est une guerre entre l’humanité et le terrorisme. Mais ce dernier, il ne faudra jamais le caractériser en l’associant à l’islamisme même s’il s’en réclame ouvertement et s’en veut le bras armé dans la conquête de l’Europe.

On aimerait croire que ce discours, finalement, est minoritaire. Il l’est certainement chez le commun des mortels. On se fâche, un jour, de se faire accuser de mériter les baffes qu’on reçoit. Mais ce discours est dominant dans les médias. Il l’est encore plus dans les universités, surtout dans les départements qui prétendent réfléchir à la société. Or, une société pourrit par la tête.

Non coupable !

Qu’on se comprenne bien. Personne ne s’imagine que l’État islamique est le seul représentant de l’islam. Personne ne croit qu’un terroriste se cache derrière chaque musulman ou réfugié syrien. Et il va de soi que l’immense majorité des musulmans a été horrifiée par les attentats. Personne ne croit non plus que l’Occident soit sans faute ni reproche.

Peut-on néanmoins en finir avec l’entreprise de culpabilisation des peuples occidentaux? Peut-on se délivrer du désir pervers de se vouloir à tout prix coupable du mal qu’on subit? Surtout, est-il possible, devant ceux qui n’en finissent plus de faire le procès de l’Occident, de répondre simplement: non coupable.

Retrouvez cet article sur le blog de Mathieu Bock-Côté.

*Image: wikicommons.

Terrorisme: la patrie convalescente

54

bastia hollande etat urgence daech

Ce week-end, La Marseillaise aura retenti dans tous les stades en prélude à tous les matchs, selon le souhait de Frédéric Thiriez, président de la Ligue de Football Professionnel — sauf à Bastia, qui reçoit Ajaccio. Crainte que la Marseillaise soit sifflée, cela est déjà arrivé dans des contextes tout à fait différents — après tout, là-bas, la Marseillaise c’est la France, et la France, c’est vite l’ennemi, pour tous les nationalistes qui traînent encore dans l’île — même si les vrais irréductibles sont morts au tournant des années 2000, mystérieusement tués par des tireurs d’élite ou des commandos jouissant d’une impunité étrange.
À la place, annonce le club, on chantera le Dio vi salvi Regina, l’hymne corse… De toute façon, c’est traditionnel quand Bastia affronte Ajaccio. Deux clubs, mais une seule Corse. (Après une nuit de réflexion, les dirigeants de SC Bastia ont décidé de jouer la Marseillaise — c’est un peu la moindre des choses…).
Le Dio vi salvi Regina ferait plaisir à Eric Zemmour qui depuis quelques temps exalte les racines chrétiennes de la France, et me reproche même de ne pas verser dans le cureton. Il adorerait le Salve Regina — un chant religieux d’origine italienne, dont les Corses ont modifié un seul mot. À la place de

« Voi dei nemeci vostri
A noi date vittoria »,

où le vostri évoque, sous la plume de Francesco de Geronimo, les maux qui accablaient alors les pauvres Napolitains dont il avait la charge, les Corses chantent

« « Voi dei nemeci nostri
A noi date vittoria ».

En gros : aide-nous à nous débarrasser de nos ennemis. Le genre de souhait que l’on adresse rarement à la Vierge, qui n’est que douceur — comparée à ces fiers-à-bras que sont Saint Michel ou Saint Georges, sans compter tous les grands massacreurs de l’Ancien Testament. Sauf dans l’Île de beauté, comme on dit dans les dépliants touristiques — et ma foi, pour une fois qu’un poncif est justifié… Là-bas, on enrôle aussi la Vierge pour fare vendetta…

Oui — aide-nous à nous débarrasser de nos ennemis… Chanté par les chœurs indépendantistes, tout le monde sait que l’ennemi, ce sont les enfants et les petits-enfants du marquis de Marbeuf, l’homme qui voulait réduire en cendres la châtaigneraie corse pour affamer les insulaires, durant la guerre de 1768-1769… Mais dans un contexte plus immédiat, celui de l’après-attentats, nostri nemeci sont du genre fous-de-dieu des deux sexes : une amie enseignante me racontait il y a deux jours que, voyant monter dans son métro marseillais une femme vêtue d’un tchador, elle s’est instinctivement réfugiée tout en bout de rame, et que la plupart des passagers ont préféré descendre plutôt que d’affronter le risque qu’elle soit bardée d’explosifs. Comportement peut-être exagéré — mais la situation globale explique bien des choses.
Et je le dis franchement : les filles qui choisissent, en ce moment, de s’affubler de ces défroques de deuil et de mort pour continuer à affirmer leur présence visible jouent sur la psychose collective d’un peuple blessé par une poignée de pseudo-martyrs. Je ne cautionnerai jamais les actes d’agression gratuits contre les personnes. Mais dans un certain contexte, on peut s’attendre à ce que des esprits faibles et qui se sentent menacés se constituent en milices, ou exhalent leurs peurs en comportements violents. Le vrai danger, il est là — pas dans le vote FN, qui reste un vote dans un cadre démocratique. Et les gouvernements l’ont cherché, eyes wide shut !

« A noi date vittoria », dit l’hymne — à chanter a cappella. Hasta la victoria siempre. Il n’y a pas d’autre issue que l’extermination de l’ennemi. Je regrette qu’Onfray, qui déplore l’islamophobie gouvernementale (il faut être gonflé pour trouver islamophobe un président de la république qui dit « barbares » au lieu de dire « islamistes », et « Daech » au lieu d’ « Etat islamique », dans les deux cas pour ne pas paraître stigmatiser l’Islam), et qui du coup se retrouve sur les vidéos de l’Etat islamique, n’ait pas compris que l’on ne se bat pas pour vaincre, mais pour annihiler. Et que nous pourrons respirer le jour où il ne restera plus un seuil combattant de l’Etat islamique, d’Al-Qaïda et de leurs diverses succursales. Plus aucun disciple de Boko Haram et de toute cette galaxie de sectes fondamentalistes. Plus aucun djihadiste. Ni ici, ni là-bas. On ne discute pas avec le fanatisme. On l’éradique.
On vient d’apprendre qu’un poète palestinien en exil vient d’être condamné à mort en Arabie Saoudite pour blasphème et apostasie. Et on fait encore des affaires avec ces gens-là ? La dernière fois que c’est arrivé en France, c’était en 1661 — le poète s’appelait Claude Le Petit, Louis XIV montait sur le trône. Il y a trois siècles et demi ! Et ce n’est pas que l’Islam a du retard, comme on l’entend parfois : ses zélotes ignorent le Temps, rappelez-vous. Pour eux, avant-hier et demain sont un même moment.

Si ce gouvernement n’adorait pas les demi-mesures, il ne se serait pas contenté de proclamer trois mois d’état d’urgence — s’il y a le moindre problème durant ces trois mois, et il y a bien des malchances qu’il y en ait, il aura bonne mine. Non : il aurait utilisé l’article 16, comme la Constitution l’y autorisait, et utilisé l’armée pour régler la question. Ici et maintenant.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00731125_000003.

Quand Karim Benzema crache à la fin de La Marseillaise

54

Ces images, vous ne les avez pas vues dans les JT qui se sont pourtant longuement penchés et sur les minutes de silence et les Marseillaise qui retentissent dans tous les stades de France et dans maintes enceintes européennes.

Unanimes dans l’émotion et dans la compassion, supporters et footballeurs ? Oui, tous ou presque. Car il a fallu qu’à l’occasion du match au sommet Real Madrid – FC Barcelone, ce samedi, Karim Benzema fasse entendre sa différence. Ou plutôt la montre.

Tout d’abord en n’applaudissant pas la Marseillaise – qu’on a jouée au piano en prélude du match – contrairement aux autres joueurs et à quelque 80.000 spectateurs. Mais bon, ça c’est du Benzema ordinaire : il n’est pas très Marseillaise. Hélas, il ne s’est pas contenté d’afficher son indifférence. Alors que les caméras du match étaient braquées sur lui, il a ostensiblement craché par terre à la fin de l’hymne national. 500 millions de téléspectateurs en furent témoins. Vous le serez aussi en regardant cette vidéo :

Si ce geste inqualifiable a été occulté jusque-là par les télés, l’affaire fait grand bruit sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, Pierre Ménès se fâche tout bleu-blanc-rouge contre « Benzema qui crache à la fin de La Marseillaise » ce qui déclenche une avalanche d’approbations mais aussi pas mal de tweets intimant au chroniqueur de Canal d’oublier l’affaire et de ne pas porter préjudice au joueur qui a déjà bien du malheur. Une bienveillance qui exaspère le très écouté Daniel Riolo de RMC, qui déclare, toujours sur Twitter : « Voyons, cessez de lui trouver des excuses en permanence ! »

Chacun sait que Karim Benzema n’aime pas la Marseillaise. C’est tout à fait son droit. Chacun sait qu’il a toujours refusé de la chanter avec les Bleus et qu’il le clame haut et fort. C’est déjà plus problématique, mais ça n’est pas la question du moment. Car ce soir-là, il y avait de bonnes raisons pour qu’il n’exhibe pas son mépris pour l’hymne national. 130 raisons exactement.

Quand les jurés Goncourt décernent le Nobel de la Paix

30

Il faut réconcilier l’Orient et l’Occident, célébrer l’altérité et le métissage contre l’évidence d’un islam devenu fou : tel est le message délivré par les jurés du Prix Goncourt et pour la plus grande satisfaction de mon ami Tahar Ben Jelloun. Certes, Boussole, le roman de Mathias Enard vaut son pesant d’ennui, mais comme le dit si bien la quatrième de couverture : il est « enveloppant et musical, tout en érudition généreuse et humour doux-amer ». Ne reculant devant rien et surtout pas devant le ridicule, nous apprenons également que le fiévreux élan brisé résonne dans l’âme blessée des personnages comme il traverse le livre (je n’invente rien).

« Un choix politique », dit Bruno de Cessole dans Valeurs actuelles. Une façon subtile d’éliminer Boualem Sansal qui, lui au moins, est au cœur des guerres de religion dont il a vécu les prémices en Algérie. On peut également, en suivant les judicieux conseils de Jérôme Leroy dans ce même numéro de Valeurs actuelles, relire Pasolini dont les Écrits corsaires et les Lettres luthériennes sont toujours d’actualité. Il est toujours surprenant de voir combien le passé est plus actuel que le présent. Quant au futur, rares sont ceux qui l’anticipent. Nous en convenions avec l’ami Jérôme : Soleil Vert de Richard Fleisher est le chef d’œuvre du genre.

Boussole - Prix Goncourt 2015

Prix: 21,80 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,83 €

Connaître l’ennemi islamiste pour le combattre

139
alqaida daech antiterrorisme

alqaida daech antiterrorisme

Une histoire circule sur l’incurie des services du renseignement américain et une certaine incompétence du Pentagone quant au monde arabo-musulman : l’avant-veille des attaques du 11 septembre, il n’y avait que… deux traducteurs orientaux en service dont un en langue perse. Concernant ces imprudences et légèretés, Fabrizio Calvi a tout écrit à ce sujet dans son 11 Septembre, la Contre-enquête (Fayard 2011) qui retrace presque jour par jour la chronologie des erreurs et l’incompréhension lacunaire des services spéciaux face à un Jihad sanglant annoncé de toute part. Avant de recenser l’afflux d’obscures théories complotistes, dénoncer les ravages du conspirationnisme et muscler les arsenaux législatifs et effectifs de police, on doit nécessairement apprendre puis connaître tout de la culture de l’ennemi, son environnement, son histoire, ses déterminismes et perspectives.

Ce n’est pas tant la faille sécuritaire ou le défaut d’organisation des services de renseignement qui sont en cause dès lors qu’un budget sérieux comblerait la plupart des interrogations et éteindrait le feu nourri de polémiques stériles. Il n’est décemment pas possible de mettre un agent derrière chaque « fiche S » ni d’auditionner le moindre imam au prêche enflammé contre l’Occident. Les commissariats sont suffisamment ensevelis par le contrôle judiciaire des délinquants de droit commun et le droit français est encore celui qui réprime le délit quand il est caractérisé. Il n’est pas davantage envisageable de défricher ou légiférer sur le no man’s land que sont devenus les réseaux sociaux, la liberté d’échanger 2.0 ayant été inventée avec sa communication fanatique et raciste, comme le train et son déraillement. Quant à anticiper le départ ou prévenir le retour de djihadistes des terres syriennes, irakiennes ou yéménites, cela voudrait dire repenser voire construire une coopération d’entraide judiciaire européenne, créer un réseau vigipirate supranational qui placerait sous perfusion et surveillance quotidienne l’Espagne, la Turquie, la Belgique etc. C’est la toile de Pénélope qu’aucun gouvernant n’a la force de tisser.

Il reste néanmoins urgent de se préoccuper des mouvements que l’islamisme rencontre dans l’évolution de ses impulsions idéologiques. Comprendre que la guerre fratricide que se livrent les chiites et les sunnites oblige les exécutifs occidentaux à un exercice d’équilibriste impossible entre un Iran puissant à réhabiliter et les susceptibilités de la puissance saoudienne à gérer. Que cet affrontement séculaire oblige les partisans des uns et des autres à rivaliser d’attaques plus meurtrières et de poussées hégémoniques qui finissent par déborder sur le Vieux continent.

Déchiffrer que les allégeances faites à Daech sont plus dangereuses que le label des franchisés Al-Qaïda d’un Ayman al-Zawahiri au charisme moribond. Tout cela pour accepter des modes opératoires modernes qui tuent bien plus sauvagement. L’Orient n’est plus le terrain qu’ils privilégient ; ils préfèrent supplicier l’Occident. Ce n’est plus le kouffar ou mécréant qui est visé en Europe mais le perverti, ce n’est plus aimer la mort plus que la vie, c’est surtout humilier d’abord et faire trembler. Ce ne sont plus seulement des martyrs mais des combattants. Ce ne sont plus des réseaux islamistes mais des kataëb ou cellules individualisées et unités réduites de terroristes. D’un émir à un calife, la galaxie jihadiste vient faire trembler l’Occident et sa troisième génération se revigore.

La défaite de cette stratégie à court terme doit obliger les pouvoirs publics à repenser la lutte contre le terrorisme qui s’enracine désormais sur le sol français. S’ils veulent déstabiliser la liberté à la française, il faudra connaître sur le bout des doigts leurs logiques et perceptions. Une organisation politique et idéologique se combat avec du sens et Sun Tzu, dans L’art de la guerre, privilégiait déjà de connaître son ennemi. Si l’urgence est de mise et la réaction institutionnelle indispensable, il importe de promouvoir l’étude des mondes arabo-musulmans, de différencier la clique du groupuscule armé, de distinguer entre les idéologies intérieures et les influences étrangères, d’admettre que les « loups solitaires » n’existent pas. Et c’est ainsi que la douleur immense et légitime des attentats du 13 novembre 2015, la colère salvatrice et le souci de vivre comme « avant », laisseront place à une véritable tentative d’éradication des entreprises terroristes.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21740552_000002.

Pauvres riches!

92
pauvres riches

pauvres riches

Les Etats-Unis vont bien, merci pour eux. L’aéroport de Los Angeles va ouvrir une aile spéciale VIP où vous serez reçu confortablement pour une somme évaluée à 1500 / 1800 dollars en sus de votre billet. Cela vous évitera de croiser vos fans, quand vous êtes une star, ou tout simplement les pauvres, quand vous êtes riche.
Et des riches, il y en a — même qu’ils sont de plus en plus riches, grâce à la crise. Et des pauvres, il y en a aussi des pleins paniers — 46 millions d’Américains se nourrissent grâce aux tickets alimentaires.
L’aéroport de LA, qui se défend d’être particulièrement élitiste afin sans doute de conserver la clientèle du PS français, fait remarquer aux médias interloqués que de telles structures, qui mettent les wealthy people à l’abri des prolos de la not working class, qui de surcroît sont souvent sales, parfois en colère, et susceptibles de vous arracher votre chemise, il en existe déjà à Paris, Genève, Londres, Amsterdam, Istanbul, Dubaï, Moscou, Munich, Francfort, Madrid et Zurich. En gros, partout où il y a une place financière importante. Méfiez-vous, riches lecteurs de Bonnetdane, à Tokyo vous risquez de côtoyer des fauchés.
Je me sens assez fier d’être citoyen d’un pays qui dispose déjà de ghettos pour milliardaires. Pauvres riches ! Cela compense les autres ghettos, plus familiers, où la misère s’additionne à l’alcoolisme, à la malnutrition, à la solitude, au manque de dents en état de marche (et pour mâcher quoi, hein, je vous le demande ? Un morceau de pain quotidien relativement hebdomadaire, comme disait Prévert ?). Ceux-là mettent leurs enfants dans des bahuts à mixité sociale uniforme. Les autres vont à l’Ecole des Roches : « Depuis 1899, peut-on lire en introduction sur le site de ce camp de concentration pour upper class, l’École des Roches a mis l’élève au centre, garantissant sa réussite scolaire et son épanouissement personnel. Notre approche est profondément humaniste et multi-culturelle. » Et la photo qui accompagne cette profession de foi pédagogiste montre bien la mixité du lieu.

Ecole des Roches

Vous vous rappelez sans doute cette comédie musicale des années 60, Un Violon sur le toit, dont la chanson la plus célèbre est justement If I were a rich man. Norman Jewison (à qui on doit bon nombre de films mémorables, le Kid de Cincinnati, l’Affaire Thomas Crown, Dans la chaleur de la nuit et j’en passe) en a tiré un film célèbre en 1971, oscarisé justement pour ses chansons. Que chante le personnage principal ?
« If I were a rich man
Yubby dibby dibby dibby dibby dibby dibby dum
All day long I’d biddy biddy dum /
If I were a wealthy man »
Oui, c’est exactement ça : Yubby dibby dibby dibby dibby dibby dibby dum. Rien d’autre à en dire. « Il faut plus de mixité dans les collèges » : Yubby dibby dibby dibby dibby dibby dibby dum. « Nous allons prendre des mesures pour combattre Daech » : Yubby dibby dibby dibby dibby dibby dibby dum. « Mon ennemi, c’est la finance » : Yubby dibby dibby dibby dibby dibby dibby dum. And so on.
Le secteur économique le plus florissant vise à maintenir les riches à l’écart du peuple. Ou les ministres. Les vitres teintées seront interdites aux voitures à partir de janvier. En théorie, pour interdire désormais de se cacher derrière des parois opaques. En fait, c’est pour épargner aux puissants, qui auront toutes les dérogations de la terre sous prétexte de sécurité, de voir ce qui se passe dans la France périphérique. Là où l’on commence à lever les fourches et à déshabiller les Directeurs des Ressources humaines.

Censure: De Zemmour en Guénolé

176
thomas guenole zemmour verdier

thomas guenole zemmour verdier

Après la fameuse interview au Corriere della Serra suivant de quelques jours la publication de son dernier livre, Éric Zemmour fut prestement foutu à la porte d’iTélé. Il animait pourtant l’émission la plus regardée de la chaîne d’information mais foin de recherche d’audience lorsque l’on combat la Bête immonde. La suite montra rapidement que les propos ayant fait scandale sur la déportation des musulmans n’avaient pas été tenus. Qu’à cela ne tienne, ceux qui ovationnèrent cette mesure se rabattirent sur un autre prétexte : « qualifiant Canal+ de chaîne bobo, il avait insulté son employeur, iTélé étant une filiale de Canal ». La bien-pensance applaudit à tout rompre cet interdit professionnel et cette atteinte à la liberté d’expression. Les syndicats de journalistes restèrent soigneusement muets et L’Obs alla même jusqu’à nous dire  que le scandale n’était pas son éviction, mais plutôt le fait qu’il y soit resté une bonne dizaine d’années. Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! Éric Zemmour continua à accompagner la diffusion jusqu’à 500 000 exemplaires de son livre et iTélé à recevoir régulièrement Christophe Cambadélis qui a écoulé 300 du sien.

Tout ce petit monde se retrouva en rangs serrés le 11 janvier suivant pour battre le pavé en criant bien haut son amour de la liberté d’expression assassinée. Dans les semaines qui suivirent, annonces de nouvelles lois répressives, et reprise de la routine des procédures pénales.

Philippe Verdier, chef du service météo de France 2, chaîne publique financée avec nos impôts, devait se croire à l’abri n’appartenant pas au camp « des heures les plus sombres ». Il a donc publié un livre pour faire part de ses critiques sur la façon dont le réchauffement climatique était instrumentalisé. Malheureux, blasphémer Mahomet ou Jésus, on peut, c’est même recommandé. Blasphémer la nouvelle religion écologique, c’est un crime. Mise à pied immédiate et direction la porte. Extinction de voix persistante des syndicats de journalistes.  Pas de liberté pour les climato-dubitatifs !

Thomas Guénolé, improbable politologue autoproclamé, pouvait se croire à l’abri. Lui au moins appartenait au camp du Bien. N’hésitant pas à en rajouter chronique après chronique il inventait chaque jour des mots nouveaux accompagnés du suffixe -phobe pour désigner l’ennemi. C’était un bon petit soldat. Mais qui, tout à son zèle, n’a pas vu arriver l’avion. C’est que depuis le 13 novembre, le choc de la tragédie et le choix par le Président de la République d’un traitement martial, nous sommes passés en mode Déroulède et priés d’aller « fêter, voir et complimenter  l’armée française ». Ce que personnellement, tout d’admiration pour le boulot des flics, je fais – comme dans la chanson-  « sans hésiter ». Ce que n’a pas su faire Thomas Guénolé qui s’est livré, dans une chronique sur RMC à une critique, assez ridicule d’ailleurs, de l’intervention de la BRI au Bataclan. Viré par téléphone, il se présente quand même à la station où on le fout dehors. Eh oui mon vieux, camp du Bien ou pas, pas de liberté pour ceux qui ne savent pas jouer du clairon !

Comme l’ont dit les quatre millions de personnes descendues dans la rue de 11 janvier, la liberté d’expression est l’une des valeurs de notre civilisation. C’est pour cela qu’elle est sacrée. Et à géométrie variable.

Palmyre au Kosovo

65
kosovo unesco serbie

kosovo unesco serbie

La culture est la continuation de la guerre par d’autres moyens. Ainsi les Palestiniens ont-ils récemment tenté, avec le plus grand sérieux, de faire inscrire au patrimoine mondial de l’Unesco le Mur des lamentations de Jérusalem comme lieu saint islamique. Pour être honnête, ils avaient un motif : le dernier vestige du second Temple, appelé « Mur occidental » dans la tradition juive, est aussi, selon la tradition musulmane, le lieu où Mahomet a attaché sa monture, al-Buraq la bourrique, avant de monter aux cieux. Les Palestiniens voulaient rouvrir un dossier sur lequel les Britanniques, qui occupaient la Palestine, s’étaient déjà penchés en 1930. Dans un habile compromis, la commission de Sa Majesté avait décrété que l’endroit appartenait aux musulmans, mais que les Juifs pouvaient y prier sans leur permission. Les Jordaniens qui ont pris Jérusalem-Est en 1948 se sont bien gardés d’appliquer cet accord pour les Juifs, et, en reprenant Jérusalem-Est en 1967, l’Etat hébreu a tranché la question.

L’autre conflit qui s’importe à l’Unesco est à présent celui qui oppose la Serbie à sa province sécessionniste du Kosovo, qui a déclaré son indépendance en 2008 avec le soutien de l’OTAN. Le Kosovo a en effet déposé sa candidature pour rejoindre les défenseurs du patrimoine de l’humanité. C’est au moins aussi gonflé que les Palestiniens avec le Mur occidental, mais encore plus malhonnête.[access capability= »lire_inedits »] Car les autorités kosovares sont issues de l’ancienne Armée de libération du Kosovo (UCK), une organisation qui a arraché le départ des Serbes de cette province majoritairement albanaise en 1999, avec le soutien militaire de l’Occident. Une fois au pouvoir, l’UCK s’est empressée de s’en prendre au richissime patrimoine orthodoxe du Kosovo : d’innombrables monastères et églises, datant du Moyen-âge, qui témoignent de l’histoire de la Serbie. C’est au Kosovo qu’est née au début du XIIIe siècle l’Eglise orthodoxe serbe, qui a fait corps avec l’identité nationale. Ce berceau historique de la Serbie est saccagé par ses nouveaux maîtres : près de 200 lieux de culte orthodoxes ont été détruits depuis 1999. Une trentaine l’ont été pour la seule année 2004, date à laquelle des émeutes albanaises ont précipité la fuite des derniers Serbes. Sur les 50 000 qui vivaient avant la guerre à Pristina, la capitale de la province, il n’en reste plus qu’une cinquantaine. La cathédrale orthodoxe du Christ-Sauveur y est utilisée comme décharge et comme toilettes publiques. A l’annonce de la candidature kosovare pour entrer à l’Unesco, la Serbie a protesté : peut-on accepter du régime albanais les destructions d’églises que l’on déplore en Syrie et en Irak lorsqu’il s’agit de Daech ? Mais la diplomatie internationale est telle qu’elle permet à l’Arabie Saoudite de présider un comité des droits de l’homme de l’ONU. Elle n’est plus à un paradoxe près, surtout lorsqu’il s’agit des vainqueurs.[/access]

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21503816_000002.

Islamisme et décadence

160
islamisme nihilisme

islamisme nihilisme

Les derniers événements tragiques dont la France a été victime ne doivent pas être analysés d’une manière compassionnelle, même si le recueillement est indispensable. Il est bien sûr désolant de voir des foules humaines innocentes tuées sans vergogne par des terroristes. Cette terreur menée sur le sol français, et en puissance dans toutes les sociétés occidentales, nous oblige impérieusement à nous interroger sur les motivations de ces actes. Pourquoi certains individus d’origine musulmane ou convertis à l’islam – Maxime Hauchard ou Christophe Dos Santos – deviennent-ils des barbares, prêts à tout, même à l’annihilation de leur propre vie, pour détruire l’Occident ? Il est clair que l’on ne pourra répondre à cette question ni en reprenant un lexique martial, psychologisant, ou religieux, ni des faits historiques anachroniques. Comme l’écrivait Charles Péguy, « la modernité a fait à l’humanité des conditions telles, si entièrement et si absolument nouvelles, que tout ce que nous savons par l’Histoire, tous ce que nous avons appris des humanités précédentes ne peut aucunement nous servir, ne peut nous faire avancer dans la connaissance du monde où nous vivons. Il n’y a pas de précédent. »

Se transformer subitement en chef de guerre, arguer de la folie pour justifier ces massacres et trouver à ces actes une origine dans les textes sacrés n’éclairent en rien sur les mobiles de ces hommes et femmes qui décident de s’en prendre à l’Europe toute entière. Dans un texte intitulé « Pourquoi l’islamisme ne peut pas être expliqué à partir de la religion », le philosophe allemand Norbert Trenkle affirme que « les récits religieux ne sont rien d’autre pour eux que des chiffres et des codes culturels pour consolider leur statut-sujet précaire. (…) Il s’agit bien plutôt d’individus, marqués par le capitalisme, qui en tant que tels cherchent un appui dans un collectif en apparence puissant, auquel ils puissent s’identifier. » En effet, les lieux où nous vivons tous représentent l’avènement de ce que Nietzsche appelait au XIXe siècle le « nihilisme ». Ils se caractérisent par la destruction de tous les sites, de tous les mondes, de toutes les réalités jusque-là existantes, et leur recomposition selon des vues totalement abstraites, faisant fi des particularités locales ou régionales. En témoigne dans notre cadre les accords de Sykes-Picot en 1916, où le Proche-Orient fut redessiné selon des principes mathématiques : zones A et B, zone bleue française, zone rouge britannique. Il suffit d’ailleurs de regarder les frontières de l’Afrique pour en constater les tracés arbitraires et rectilignes depuis la conférence de Berlin de 1884 et 1885.

De ce fait, nous ne pourrons pas comprendre cette tragédie sans saisir qu’il s’agit d’une réaction à une philosophie dont nous sommes les héritiers. Nous en subissons et en étendons la logique un peu plus chaque jour : celle d’un mode de production (salariat), de consommation (marchandises) et de circulation (Schengen) où tout se vaut, ou rien ne vaut plus rien, et où tout est évaluable. En témoigne, par exemple, le dernier tremblement de terre financier de 2007-2008 ; ou encore les récentes velléités du commissaire européen Jonathan Hill de développer une « Union du marché des capitaux », d’ici à 2019. Face à ce rouleau compresseur quotidien, les corps tentent d’échapper, comme ils le peuvent, à ce mouvement délétère. Soit par la consommation de substances légales ou interdites ; soit par un travail obsessionnel visant à devenir le meilleur employé du monde ; soit par le retranchement derrière un discours pseudo-religieux. Dans un article paru dans Le Monde, la demi-sœur des frères Kouachi, commanditaires des attentats de Charlie en janvier dernier, témoigne que « Chérif disait que le vide ne pouvait être comblé que par la religion ». Or c’est bien une telle absence de repères que chaque Européen de première, de deuxième ou de troisième génération perçoit tous les jours : l’argent distribue les rôles, déchoit les statuts, et entraîne ainsi la marginalisation croissante d’une part conséquente de populations devenues inutiles.

Il ne suffit pas d’injecter des millions d’euros dans les banlieues ou de modifier le « paysage urbain » pour éviter la multiplication de ces actes terrifiants. Tout cela ne consiste, une nouvelle fois, qu’à utiliser ces potentiels travailleurs pour éviter de les assimiler à une transcendance concrète et en faire un fonds à la disposition d’une entreprise salariale toujours plus aliénante. Tous, qu’ils soient français et musulmans d’origine, français de générations plus lointaines, belges ou encore allemands, sont à la recherche d’un sens commun qu’ils ne trouvent plus par les voies ordinaires de la vie quotidienne, qui les obligent à s’ostraciser pour devenir, peut-être, un jour les nouveaux Netchaïev. Qu’ils soient d’Air France ou de Navarre.

*Photo : SIPA.00713541_000001.

Chez Laurent Ruquier: le casse-tête chinois de Benoît Hamon

22

Une anecdote pour débuter : Alexandra Laignel-Lavastine a voulu savoir le samedi matin 14 novembre comment les jeunes de son quartier, dans le 93, avaient vécu cette nuit de carnage. Se pouvait-il que les images des tueries qui passaient en boucle dans les cafés les laissent indifférents ? Elle s’attendait à un vague : « Là quand même ils abusent ! »
Pour en savoir plus, elle a fait ce que tout journaliste consciencieux devrait faire : s’immerger dans la population. Première surprise : rien ne laisse deviner qu’une tragédie vient de frapper le pays. Quand elle évoque ce qui vient de se passer, on la regarde comme une extra-terrestre quand ce n’est pas avec hostilité. « Tu crois quand même pas ce qu’ils nous racontent ? », dit l’un, cependant qu’un autre habitué du café renchérit : « Réfléchis trois secondes : un musulman, ça tue pas. Tuer, chez nous, c’est haram. C’est marqué dans le Coran. » Alexandra joue alors la carte bobo nunuche bien-pensante – rôle qu’affectionnent les invités d’« On n’est pas couché ». Elle dit : « Certes, l’islam est une religion de tolérance et de paix, mais il peut y avoir de mauvais musulmans, des fanatiques qui le déforment et s’en servent à des fins politiques. » Elle s’entend répondre : « C’est quoi ces conneries ? On sait tous que les images et les communiqués, c’est du bidon. » Et là, cette chère Alexandra reçoit le coup de massue : « La vérité de toute façon, on la connaît : c’est un complot contre nous et contre l’islam, comme avec Merah et le reste. Le but, c’est de salir les musulmans. On ne peut plus nous enfumer. » Tout le monde approuve. Et quand Alexandra cherche à en savoir plus sur ce fameux complot, elle devine ce qui va suivre : « Les criminels qu’il faut détruire à la kalach, c’est les juifs ! Mais ça tu ne pourras jamais l’écrire dans ton journal vu qu’ils contrôlent tout. » Avec ces trois mots magiques – Juif, sioniste, complot – la tension monte. Le reste, chacun peut le deviner.

Évidemment, comme Yann Moix, on peut conseiller à chaque Français de souche d’envoyer une lettre d’amitié à ses amis musulmans ou se réjouir comme Ruquier qu’ on dessine des cœurs sur les mosquées. Voire, comme la majorité des invités de l’émission de Taddeï, « Ce soir ou jamais », s’autoflageller et battre sa coulpe en décrétant que les arabo-musulmans sont traités comme des sous-hommes en France. Et que, oui, il faut rester unis et surtout ne pas relâcher sa vigilance face à un fascisme et à une xénophobie qui ont le vent en poupe. « Qu’est-ce qui nous unit ? » se demande avec une une componction digne d’un cardinal du Vatican le philosophe Roger-Pol Droit qui officie au Monde et qui distille avec gourmandise des banalités qui ne fâcheront jamais personne. La légèreté, la fête, la baise, le vin… oui, ne cédons sur rien. L’exception française est là et, paradoxalement, elle n’a rien d’exceptionnel. Comme le dit l’invité d’honneur, Benoît Hamon, « ça ne suffira peut-être pas à vaincre nos ennemis ! »

Mais oui, la France est en guerre. Mais de quelle guerre s’agit-il et contre qui et avec quels alliés la menons-nous ? Et là ce pauvre Benoît Hamon ne cache pas son embarras. Quand Léa Salamé lui demande pourquoi nous sommes, nous Français, si proches de l’Arabie Saoudite et du Qatar – qui financent l’État islamique que nous combattons – et pourquoi nous leur vendons des armes, il lâche le morceau : parce que nous sommes pauvres et qu’eux sont riches. Et la Turquie ? Ce double, voire ce triple jeu de la Turquie ? Et Poutine, ami ou ennemi ? Et Bachar Al-Assad qui, lui au moins, est cohérent comme on peut le voir dans l’entretien qu’il a donné à Valeurs Actuelles… sans oublier les rebelles syriens que nous avons armés, maintenant que le vent a tourné, on en fait quoi ? Un vrai supplice chinois pour ce brave Benoît Hamon qui tente tant bien que mal de défendre sa ville de Trappes qui fournit chaque mois un lot appréciable de combattants à l’Etat islamique.

Tout cela n’est rien, bien sûr, à côté de ce que subit chaque dimanche le dessinateur belge un rien démago, Philippe Geluck, harcelé par sa femme qui veut jouer au Scrabble avec lui. Il cède comme il finira par céder aux requêtes des bons musulmans. Pas comme Oskar Freysinger, censuré par le quotidien suisse Le Temps pour avoir affirmé notamment que « le crépuscule des dieux approche et nous ne voulons rien voir venir. C’est le déni qui nous tuera. Nous nous sommes évertués à nourrir sur notre sein le serpent qui nous mordra et nous le considérons toujours comme un doux chaton ronronnant ». Et pourquoi Laurent Ruquier ne l’inviterait-il pas… une fois, une fois seulement , pour qu’on entende un autre son de cloche ?

Pénitence post-attentats: le désir d’être coupable

246
terrorisme paris france daech

terrorisme paris france daech

C’est chaque fois la même chose: dès les premières explosions à Paris, les figures autorisées de la vie médiatique ont commencé leur sermon: surtout pas d’amalgame entre l’islam et l’islamisme!

Alors qu’elles n’ont pour la plupart pas lu une ligne du Coran, elles ânonnent que l’islam est une religion de paix et que ce serait verser dans l’intolérance que d’oser nuancer cette affirmation.

Les morts gisaient encore sur le plancher du Bataclan qu’elles en rajoutaient: ce que nous devons redouter, c’est moins de nouveaux attentats qu’une réaction «populiste». On doit moins craindre les balles que la peur. Elles invitèrent nos sociétés à se garder de la tentation «islamophobe», qui consiste, on l’aura compris, à regarder l’islam autrement qu’avec des yeux de Chimène.

La faute à la France ?

Certains poussèrent même l’odieux jusqu’à mettre sur le même pied les «isla­mophobes» et les islamistes ou les «populistes» et les «terroristes». L’essentiel, c’est de créer une équivalence entre ceux qui attaquent et ceux qui se défendent pour se placer en surplomb, au nom d’un pacifisme moralisateur flattant leur sentiment d’être absolument vertueux.

Les belles âmes ont continué: certes, on doit pleurer les morts et vomir les assassins, mais la France en particulier et l’Occident en général ne l’ont-ils pas un peu cherché? N’ont-ils pas récolté ce qu’ils ont semé? Qui sème la guerre et l’exploitation récolte le djihad. En gros, les morts sont moins les victimes des assassins de l’État islamique que de leur propre gouvernement.

Dans le cas de la France, on l’accusera d’avoir créé les conditions du terrorisme en laissant en déshérence ses banlieues, même si depuis plusieurs décen­nies, elle engouffre des milliards pour les entretenir. Qu’importe aussi si ces banlieues pratiquent à son endroit une forme de séparatisme ethnoreligieux alimenté par des imams salafistes. Qu’importe la haine de la France.

La culture de l’excuse écrase tout. S’il arrive aux belles âmes de reconnaître péniblement que nous sommes en guerre, ils la définissent à leur manière: c’est une guerre entre l’humanité et le terrorisme. Mais ce dernier, il ne faudra jamais le caractériser en l’associant à l’islamisme même s’il s’en réclame ouvertement et s’en veut le bras armé dans la conquête de l’Europe.

On aimerait croire que ce discours, finalement, est minoritaire. Il l’est certainement chez le commun des mortels. On se fâche, un jour, de se faire accuser de mériter les baffes qu’on reçoit. Mais ce discours est dominant dans les médias. Il l’est encore plus dans les universités, surtout dans les départements qui prétendent réfléchir à la société. Or, une société pourrit par la tête.

Non coupable !

Qu’on se comprenne bien. Personne ne s’imagine que l’État islamique est le seul représentant de l’islam. Personne ne croit qu’un terroriste se cache derrière chaque musulman ou réfugié syrien. Et il va de soi que l’immense majorité des musulmans a été horrifiée par les attentats. Personne ne croit non plus que l’Occident soit sans faute ni reproche.

Peut-on néanmoins en finir avec l’entreprise de culpabilisation des peuples occidentaux? Peut-on se délivrer du désir pervers de se vouloir à tout prix coupable du mal qu’on subit? Surtout, est-il possible, devant ceux qui n’en finissent plus de faire le procès de l’Occident, de répondre simplement: non coupable.

Retrouvez cet article sur le blog de Mathieu Bock-Côté.

*Image: wikicommons.

Terrorisme: la patrie convalescente

54
bastia hollande etat urgence daech

bastia hollande etat urgence daech

Ce week-end, La Marseillaise aura retenti dans tous les stades en prélude à tous les matchs, selon le souhait de Frédéric Thiriez, président de la Ligue de Football Professionnel — sauf à Bastia, qui reçoit Ajaccio. Crainte que la Marseillaise soit sifflée, cela est déjà arrivé dans des contextes tout à fait différents — après tout, là-bas, la Marseillaise c’est la France, et la France, c’est vite l’ennemi, pour tous les nationalistes qui traînent encore dans l’île — même si les vrais irréductibles sont morts au tournant des années 2000, mystérieusement tués par des tireurs d’élite ou des commandos jouissant d’une impunité étrange.
À la place, annonce le club, on chantera le Dio vi salvi Regina, l’hymne corse… De toute façon, c’est traditionnel quand Bastia affronte Ajaccio. Deux clubs, mais une seule Corse. (Après une nuit de réflexion, les dirigeants de SC Bastia ont décidé de jouer la Marseillaise — c’est un peu la moindre des choses…).
Le Dio vi salvi Regina ferait plaisir à Eric Zemmour qui depuis quelques temps exalte les racines chrétiennes de la France, et me reproche même de ne pas verser dans le cureton. Il adorerait le Salve Regina — un chant religieux d’origine italienne, dont les Corses ont modifié un seul mot. À la place de

« Voi dei nemeci vostri
A noi date vittoria »,

où le vostri évoque, sous la plume de Francesco de Geronimo, les maux qui accablaient alors les pauvres Napolitains dont il avait la charge, les Corses chantent

« « Voi dei nemeci nostri
A noi date vittoria ».

En gros : aide-nous à nous débarrasser de nos ennemis. Le genre de souhait que l’on adresse rarement à la Vierge, qui n’est que douceur — comparée à ces fiers-à-bras que sont Saint Michel ou Saint Georges, sans compter tous les grands massacreurs de l’Ancien Testament. Sauf dans l’Île de beauté, comme on dit dans les dépliants touristiques — et ma foi, pour une fois qu’un poncif est justifié… Là-bas, on enrôle aussi la Vierge pour fare vendetta…

Oui — aide-nous à nous débarrasser de nos ennemis… Chanté par les chœurs indépendantistes, tout le monde sait que l’ennemi, ce sont les enfants et les petits-enfants du marquis de Marbeuf, l’homme qui voulait réduire en cendres la châtaigneraie corse pour affamer les insulaires, durant la guerre de 1768-1769… Mais dans un contexte plus immédiat, celui de l’après-attentats, nostri nemeci sont du genre fous-de-dieu des deux sexes : une amie enseignante me racontait il y a deux jours que, voyant monter dans son métro marseillais une femme vêtue d’un tchador, elle s’est instinctivement réfugiée tout en bout de rame, et que la plupart des passagers ont préféré descendre plutôt que d’affronter le risque qu’elle soit bardée d’explosifs. Comportement peut-être exagéré — mais la situation globale explique bien des choses.
Et je le dis franchement : les filles qui choisissent, en ce moment, de s’affubler de ces défroques de deuil et de mort pour continuer à affirmer leur présence visible jouent sur la psychose collective d’un peuple blessé par une poignée de pseudo-martyrs. Je ne cautionnerai jamais les actes d’agression gratuits contre les personnes. Mais dans un certain contexte, on peut s’attendre à ce que des esprits faibles et qui se sentent menacés se constituent en milices, ou exhalent leurs peurs en comportements violents. Le vrai danger, il est là — pas dans le vote FN, qui reste un vote dans un cadre démocratique. Et les gouvernements l’ont cherché, eyes wide shut !

« A noi date vittoria », dit l’hymne — à chanter a cappella. Hasta la victoria siempre. Il n’y a pas d’autre issue que l’extermination de l’ennemi. Je regrette qu’Onfray, qui déplore l’islamophobie gouvernementale (il faut être gonflé pour trouver islamophobe un président de la république qui dit « barbares » au lieu de dire « islamistes », et « Daech » au lieu d’ « Etat islamique », dans les deux cas pour ne pas paraître stigmatiser l’Islam), et qui du coup se retrouve sur les vidéos de l’Etat islamique, n’ait pas compris que l’on ne se bat pas pour vaincre, mais pour annihiler. Et que nous pourrons respirer le jour où il ne restera plus un seuil combattant de l’Etat islamique, d’Al-Qaïda et de leurs diverses succursales. Plus aucun disciple de Boko Haram et de toute cette galaxie de sectes fondamentalistes. Plus aucun djihadiste. Ni ici, ni là-bas. On ne discute pas avec le fanatisme. On l’éradique.
On vient d’apprendre qu’un poète palestinien en exil vient d’être condamné à mort en Arabie Saoudite pour blasphème et apostasie. Et on fait encore des affaires avec ces gens-là ? La dernière fois que c’est arrivé en France, c’était en 1661 — le poète s’appelait Claude Le Petit, Louis XIV montait sur le trône. Il y a trois siècles et demi ! Et ce n’est pas que l’Islam a du retard, comme on l’entend parfois : ses zélotes ignorent le Temps, rappelez-vous. Pour eux, avant-hier et demain sont un même moment.

Si ce gouvernement n’adorait pas les demi-mesures, il ne se serait pas contenté de proclamer trois mois d’état d’urgence — s’il y a le moindre problème durant ces trois mois, et il y a bien des malchances qu’il y en ait, il aura bonne mine. Non : il aurait utilisé l’article 16, comme la Constitution l’y autorisait, et utilisé l’armée pour régler la question. Ici et maintenant.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00731125_000003.

Quand Karim Benzema crache à la fin de La Marseillaise

54

Ces images, vous ne les avez pas vues dans les JT qui se sont pourtant longuement penchés et sur les minutes de silence et les Marseillaise qui retentissent dans tous les stades de France et dans maintes enceintes européennes.

Unanimes dans l’émotion et dans la compassion, supporters et footballeurs ? Oui, tous ou presque. Car il a fallu qu’à l’occasion du match au sommet Real Madrid – FC Barcelone, ce samedi, Karim Benzema fasse entendre sa différence. Ou plutôt la montre.

Tout d’abord en n’applaudissant pas la Marseillaise – qu’on a jouée au piano en prélude du match – contrairement aux autres joueurs et à quelque 80.000 spectateurs. Mais bon, ça c’est du Benzema ordinaire : il n’est pas très Marseillaise. Hélas, il ne s’est pas contenté d’afficher son indifférence. Alors que les caméras du match étaient braquées sur lui, il a ostensiblement craché par terre à la fin de l’hymne national. 500 millions de téléspectateurs en furent témoins. Vous le serez aussi en regardant cette vidéo :

Si ce geste inqualifiable a été occulté jusque-là par les télés, l’affaire fait grand bruit sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, Pierre Ménès se fâche tout bleu-blanc-rouge contre « Benzema qui crache à la fin de La Marseillaise » ce qui déclenche une avalanche d’approbations mais aussi pas mal de tweets intimant au chroniqueur de Canal d’oublier l’affaire et de ne pas porter préjudice au joueur qui a déjà bien du malheur. Une bienveillance qui exaspère le très écouté Daniel Riolo de RMC, qui déclare, toujours sur Twitter : « Voyons, cessez de lui trouver des excuses en permanence ! »

Chacun sait que Karim Benzema n’aime pas la Marseillaise. C’est tout à fait son droit. Chacun sait qu’il a toujours refusé de la chanter avec les Bleus et qu’il le clame haut et fort. C’est déjà plus problématique, mais ça n’est pas la question du moment. Car ce soir-là, il y avait de bonnes raisons pour qu’il n’exhibe pas son mépris pour l’hymne national. 130 raisons exactement.