Accueil Site Page 2254

Taubira démission!

120

taubira demission decheance nationalite

J’aime beaucoup Christiane Taubira. Je mesure bien que ce n’est pas très à la mode dans la société française qui se droitise. Encore moins à l’extrême droite qui se droitise aussi tandis que la droite s’extrême droitise. Ce n’est même pas très bien vu au gouvernement et au Parti socialiste devenus d’étranges excroissances libérales-autoritaires pour des raisons de convenances électorales, dont la politique des mois à venir va se résumer à casser le coder du travail et à éviter les remous que cela pourrait provoquer grâce à un état d’urgence constitutionnalisé. Histoire de donner raison, encore une fois, à Naomi Klein et à sa Stratégie du choc: toute mutation néolibérale ne peut s’accomplir que dans un climat de violence d’etat: Pinochet 73, Thatcher 84, Eltsine 92, Bush 2001. On pourra désormais rajouter à la liste la France post-13 novembre où l’état d’urgence concerne les manifs pour la Cop 21 ou le soutien aux syndicalistes d’Air France mais pas les marchés de Noël ni la beuverie rituelle du Nouvel An sur les Champs-Elysées.

Ce qui est bien, ou était bien avec Christiane Taubira à la Justice, c’est qu’elle avait plusieurs rôles. Le premier était de rappeler à l’électeur de gauche ce qu’avait été la gauche, avant, quand elle essayait encore de changer quitte à déplaire  et qu’elle ne confondait pas démocratie et populisme, par exemple en 81 sur des sujets comme la dépénalisation de l’homosexualité et surtout l’abolition de la peine de mort. Bref quand la gauche ne se comportait pas comme un banal Wauquiez parti du centrisme à la Jacques Barrot pour finir à la droite de Marine Le Pen, tout ça parce qu’il faut « suivre » son électorat plutôt que d’affirmer les valeurs qui sont vraiment les siennes.

Le second rôle de Christiane Taubira, qu’elle a rempli à merveille, avec un talent, un humour et une énergie peu communs, c’est de servir d’abcès de fixation, comme on dit en termes de médecine, et de tactique aux offensives de la droite vraiment de droite, comme celle qui défila lors de la Manif pour tous.

Elle était le symbole parfait pour hystériser tout ce monde-là : femme, femme très à gauche, femmes noire très à gauche. Si dans son bureau, elle regarde ses agendas de ces dernières années, elle doit compter sur les doigts d’une main amputée les jours où premiers, seconds et troisième couteaux de la droite n’ont pas demandé sa peau. Elle doit d’ailleurs l’avoir dure.

On lui reproche par exemple souvent un passé politique « indépendantiste » en Guyane. La chose demanderait à être nuancée, d’une part et d’autre part les gens changent. Je suis bien certain qu’il ne viendrait à personne l’idée de regarder par exemple d’où vient Gérard Longuet qui trouve que les français se tournent les pouces ou Claude Goasguen ou dans une autre génération Guillaume Peltier, le chouchou de Sarkozy.  Les hommes changent, moi-même quand j’étais jeune, je préférais les carambars aux caramels au beurre salé.

On lui reproche aussi son laxisme en matière judiciaire. Même si les chiffres sont têtus et qu’il y en a moins de permissions de détenus accordées que sous Sarko parmi beaucoup d’autres données , ce qu’on appelle son laxisme est précisément la recherche d’un équilibre entre la prévention et la répression, le refus d’une incarcération systématique avec des peines de substitution ce qui devrait plaire à tout le monde puisque on admet généralement que la prison est un lieu privilégié de radicalisation islamique. Mais bon, la logique et la détestation rabique n’ont jamais fait bon ménage.

Donc, jusque-là, Christiane Taubira, c’était la classe. Plus forte que Salengro poussé au suicide pendant le Front Populaire par la droite et plus lyrique (parfois un peu trop) que les énarques qui ne lisent plus de poésie, elle incarnait le supplément d’âme d’un gouvernement qui n’a pas de corps, ce qui est compliqué.

Sauf qu’est intervenue la cerise sur le gâteau néo-socialiste: la déchéance de la nationalité pour les binationaux mêmes nés en France. Et que devant le tollé provoqué par des gens qui se souviennent que depuis la guerre, république et droit du sol sont consubstantiels, après le mariage pour tous, le gouvernement  fait de la surenchère et veut inventer la déchéance pour tous.

Sur ce coup-là, Christiane, je ne te suis plus. Tu es désavouée après ton entretien sur une radio algérienne et là tu viens d’expliquer que tu étais contre mais tu vas être obligée de défendre cette loi scélérate devant l’assemblée.

La droite demande que tu partes mais ça, c’est normal. Si je peux te donner un conseil, mais un conseil de gauche, c’est de démissionner. Ou de faire tout pour te faire virer (c’est peut-être ce que tu cherches au fond.) Parce que vois-tu, si la droite te déteste, ce qu’il reste de la gauche radicale, atomisée en factions plus ou moins rivales,  a besoin d’une fédératrice comme toi.

Si tu pars maintenant, d’ici 2017, tu peux devenir le moteur d’une grande coalition qui irait de la gauche du PS au NPA. Certains centristes humanistes ne sont même pas à exclure. Tous ces électeurs bobos et ouvriers, des Verts au PCF en passant par le PG ou les Alternatifs. Tu sais quoi, tu pourrais même « pasokiser » le PS, comme Syriza.

Un second tour entre toi et Marine Le Pen: là, enfin, les choses seraient claires? Réfléchis, camarade ministre, réfléchis.

*Photo: wikicommons.

Armée russe: une renaissance toute relative

8

pascal marchand poutine russie

Pascal Marchand est professeur de géopolitique à l’université Lumière Lyon-2 . On lui doit notamment une Géopolitique de la Russie (PUF, 2015).

Céline Revel-Dumas. Selon le New York Times, depuis 2006, les dépenses militaires russes ont été multipliées par cinq, passant de 10 à 52 milliards de dollars, un budget équivalent à celui de la France. Comment expliquer cette évolution ?

Pascal Marchand. Ces chiffres ne correspondent pas à ceux dont je dispose, mais de fait, le budget militaire de la Russie est presque équivalent à celui de la France. En revanche il ne représente qu’un dixième de celui  des Etats-Unis. N’oublions pas qu’entre 1992 et 2003 ce budget était ridicule. A l’époque, l’ancien président russe, Boris Eltsine, craignait que l’appareil militaire ex-communiste ne fasse un coup d’Etat (ce qui s’est d’ailleurs produit) et il l’avait donc négligé pour l’affaiblir. Pendant ces neuf années, aucune commande d’avion n’a été faite alors que les Etats-Unis en ont commandé une centaine par an. Ce n’est qu’à partir de 2000, deux ans après le krach boursier russe, que Vladimir Poutine a commencé à rattraper le retard russe et le premier nouvel hélicoptère de combat a été commandé en 2004 ! Le remplacement du matériel obsolète était devenu urgent.

Depuis 2006, à quoi ont été consacrées les dépenses supplémentaires de la défense russe ? S’agit-il d’investissement plutôt quantitatifs (plus d’hommes et d’armes) ou qualitatifs (améliorations technologiques) ?  

Les dépenses militaires ont crû significativement à partir de 2003-2006, l’essentiel étant alors consacré à de nouveaux équipements. Les effectifs de l’armée ne changent pas. Ils ont été réduits drastiquement depuis la fin du régime soviétique : en 1989, l’armée russe disposait de 5, 2 millions d’hommes contre 1.5 million en 1996 et seulement 800 000 hommes aujourd’hui. Cet effectif est d’ailleurs stable depuis un certain temps et Poutine ne souhaite pas l’augmenter.

D’ailleurs, même s’il est vrai qu’en termes de PIB, les dépenses militaires de l’ère soviétique étaient importantes, la « superpuissance » de l’URSS était surestimée. Et, même si  contrairement à Eltsine, Poutine a une bonne relation avec l’armée et il n’en a pas peur, il n’a pas non plus l’intention de revenir aux années 1980.

Les contraintes économiques liées à la baisse de prix de matières premières, du pétrole et du gaz ainsi que les sanctions de l’occident permettent-elles à la Russie de maintenir un tel niveau de dépenses militaires ?     

Sans doute. Les temps sont durs pour l’armée russe au point où plusieurs bases aériennes et bases de missiles n’ont pas pu payer leurs factures d’électricité en fin d’année… Il y a un vrai problème budgétaire.  Un programme pluriannuel lancé en 2007-2008 prévoyait l’achat de 600 avions en dix ans. Le parc aéronautique est actuellement de 1300 avions qu’il faut renouveler. 600 avions ce n’est donc pas beaucoup mais même cet objectif-là est compromis par les contraintes budgétaires.

De quel type d’armée la Russie souhaite-t-elle se doter ? Une armée équivalente à celle des Etats-Unis, à forte capacité de projection et intervention sur plusieurs théâtres d’opérations en même temps ?

L’idée de superpuissance pendant l’ère soviétique était surestimée et surtout, ce n’est pas le modèle de Poutine. À l’époque, l’armée rouge était adoptée aux besoins de l’URSS : faire face à l’OTAN ainsi qu’aux défis dans le Caucase et en Asie centrale. Ces missions nécessitaient  à la fois de nombreux effectifs, des équipements nucléaires et la fourniture en armes des « pays frères ». Aujourd’hui, il s’agit de protéger les frontières de la Russie et d’intervenir dans les pays voisins en cas de menace pour l’intégrité du territoire russe ainsi que – depuis 2008, la guerre en Géorgie et la « doctrine Medvedev » – dès lors qu’une minorité russe sera en danger, et ce malgré la souveraineté territoriale d’un Etat. ceci dit, dans le cadre de l’intervention en Syrie, la Russie a démontré sa capacité de mener un raid à partir d’une base à Mourmansk, plus de 13 000 kilomètres des cibles frappées, avec deux ravitaillements aériens. Ces capacités en ont surpris plus d’un !

Géopolitique de la Russie: Une nouvelle puissance en Eurasie

Prix: 26,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 14,90 €

*Photo: wikicommons.

Un professeur juif agressé à la machette à Marseille

72

Marseille agression antisémite

Marseille (AFP) – L’adolescent, qui a agressé un enseignant juif lundi à Marseille, a dit avoir agi « au nom d’Allah » et de « Daech » (le groupe État islamique) au moment de son interpellation, a déclaré le procureur de la République, Brice Robin.

L’adolescent, de nationalité turque et d’origine kurde, qui aura 16 ans la semaine prochaine, a « revendiqué avoir agi ainsi au nom d’Allah et de l’État islamique, répétant avoir agi à plusieurs reprises au nom de Daech car les musulmans de France déshonorent l’islam et l’armée française garde les juifs », a rapporté M. Robin, lors d’une conférence de presse.

Le magistrat a précisé que cette revendication avait eu lieu au moment de l’interpellation de l’adolescent et non de l’agression. Pour le procureur, « il s’agit à l’évidence d’une agression à caractère antisémite » avec une « forme de préméditation ».

« Selon la victime, l’intention de son agresseur était de le tuer », a ajouté M. Robin.

L’adolescent a frappé par derrière l’enseignant juif qui portait une kippa, le blessant à l’épaule et au bras avec une machette qu’il a laissée sur place, avant de s’enfuir, puis d’être arrêté. Il portait également un couteau avec une lame en céramique qu’il destinait « aux policiers qu’il comptait agresser ».

Si le parquet de Paris ne se saisit pas de l’enquête, le parquet de Marseille demandera « sa mise en examen pour tentative d’assassinat aggravé en raison de l’appartenance religieuse et apologie du terrorisme et son placement en détention provisoire ».

L’adolescent, régulièrement scolarisé dans un lycée de Marseille où il est bon élève, a un profil qui « semble être celui d’une personne radicalisée via internet », a poursuivi le procureur. Il n’est pas connu des services de renseignement et n’a pas d’antécédents judiciaires, ni psychiatriques, a-t-il précisé.

Lors de son arrestation, l’adolescent a indiqué aux policiers « qu’il s’armera, dès qu’il sortira, d’armes à feu pour tuer les policiers ».

*Photo : © AFP/Archives ANNE-CHRISTINE POUJOULAT.

David Bowie, mort d’un débutant

53

David Bowie

Jusqu’à son dernier souffle, David Bowie aura donc été un « absolute beginner » comme il le chantait dans le film du même nom (Absolute Beginners), tourné au milieu des années 80 par Julien Temple. Un créateur inclassable et toujours en avance d’un courant musical ou d’une coloration capillaire, qui savait dompter les modes et les couvertures de magazines comme seul y parviennent quelques vrais « débutants absolus », lorsqu’ils sont touchés par la grâce (ou presque).

Né à Londres en 1947, sous le nom de David Robbert Jones, d’une mère ouvreuse de cinéma et d’un père attaché de presse pour une organisation caritative, David Bowie – qui avait débuté sa carrière en s’essayant au mime en lisant du Jean Genet – bouscule le train-train pétards, sandalettes et fromages de chèvres des années 70 en contribuant à l’émergence du glam-rock (avec Ziggy Stardust et la chanson Ashes to ashes), sorte de fusion pyjama et cheveux rouges des oripeaux du rock bien avant l’arrivée bruyante du punk et des vêtements à épingles à nourrices.

Rescapé d’une sévère plongée dans la cocaïne et la folie au début des années 80 (son propre frère malade mental s’était suicidé quelques années plus tôt), il survit à sa période de « colin froid du funk » (l’album Station to station) et quelques déclarations hasardeuses sur Hitler qu’il considère comme « la première rock star », devance l’explosion de la New Wave avec son complice Brian Eno, coiffe tout le monde sur le poteau en faisant du Talking Heads avant l’heure… Puis, devient l’une des plus fabuleuses machines à tubes du XXe siècle avec la chanson Let’s Dance (14 millions d’exemplaires vendus) en 1983. Un monument du rock fraise Tagada des années MTV produit par le Niles Rodgers du groupe Chic et mis en images par le surdoué David Mallet (le clipper star de l’époque) qui contribuera a rendre l’artiste aussi fréquentable pour les ados et la ménagère que pour la famille Royale d’Angleterre et la mafia de la mode et de la haute-couture.

Adulé comme un dieu aztèque par les demi-mondains des médias et de l’art contemporain, mais pas toujours par le public – ses albums suivants connaîtront des succès divers, surtout ceux avec le groupe Tin Machine en Angleterre – David Bowie continuera pourtant de faire chantonner d’une douce mélancolie un nombre incalculable de foyers français jusqu’au milieu des années 2000 avec sa chanson Heroes, reprise pour de très nombreuses pubs télés (Renault Mégane, Wanadoo, etc). Son dernier album Blackstar, sombre et flippant comme la maladie (ou pire[1. « Il m’a dit que ça parlait de l’Etat islamique », a affirmé Donny McCaslin, saxophoniste et leader du quartet de jazz avec qui Bowie avait enregistré son dernier album, à Rolling Stone.]…), laisse l’impression d’un artiste qui avait décidément tous les talents d’un débutant de 69 ans. A commencer par le plus rare d’entre eux : celui de se mettre en scène encore et toujours. Jusque dans la mort.

*Photo : AFP.

Cologne: les suspects « presque exclusivement d’origine immigrée »

33

Cologne migrants viols

(Avec AFP) – La quasi-totalité des suspects des violences, notamment sexuelles, qui ont émaillé la nuit du Nouvel An à Cologne étaient des personnes d’origine étrangère, notamment des demandeurs d’asile arrivés ces derniers mois en Allemagne, a déclaré lundi le ministre régional de l’Intérieur.

« Tant les déclarations des témoins que les rapports de la police (locale), et que les descriptions de la police fédérale indiquent que les personnes qui ont commis ces crimes étaient presque exclusivement d’origine immigrée », a déclaré Ralf Jäger, ministre de l’Intérieur de l’Etat régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

A situation exceptionnelle, réactions exceptionnelles : en France, c’est le quotidien Libération, peu connu pour son franc parler en matière d’insécurité et d’immigration, qui publie l’article le plus complet et sidérant sur les événements ahurissants survenus dans la nuit du Nouvel an à Cologne, Hambourg, Stuttgart, Francfort mais aussi à Zurich (Suisse), Salzbourg (Autriche) et en Finlande…

*Photo : © dpa/AFP Bodo Marks.

Portrait de l’islamiste en fossoyeur du monde

75

djihad daech occident akouche

Après les horreurs du vendredi 13, la France de demain ne sera plus comme avant. Elle ne sera ni la France d’hier, ni celle d’aujourd’hui. Elle sera semblable, à quelque chose près, à l’Algérie des années 90. Paris sera Alger. Toulouse, Blida ou Média. Lyon, Ain Defla. La Kabylie, la Bretagne.

Ce n’est pas difficile à prédire. C’est même une évidence pour celui qui, comme moi,  a vécu la guerre civile, côtoyé la violence aveugle des fous de Dieu, marché sur des flaques de sang et des morceaux de chair.

Ça a débuté comme ça : en bruit de pantoufles avant que ne retentissent les kalachnikovs et les bombes.

On pensait que c’était un jeu. Comme ces pétards que les enfants faisaient exploser lors de l’aïd et de l’anniversaire de la naissance du Prophète.

On riait des qamis et des barbes hirsutes des intégristes. C’étaient nos pères Noël. Ils n’apportaient pas de cadeaux, ne distribuaient pas de bonbons, mais ils aimaient nous raconter des histoires obscures sur l’enfer et le jugement dernier.

On trouvait leur façon de s’habiller exotique. Car, à la fin des années 80, rares étaient ceux qui portaient ces accoutrements importés d’Afghanistan et d’Iran.

Puis ça a continué comme ça : par l’intimidation. Avec des mots qui, certes, étaient trop violents pour mes oreilles d’enfant, mais c’était de simples mots. Les islamistes harcelaient les femmes libres, les démocrates et les laïques. Ils traitaient les progressistes de dépravés, de suppôts des croisés.

Parfois, ils donnaient des coups de poing, de simples coups de poing.  Puis ça a progressé. Ils utilisaient des objets, de simples objets : des galets,  des cordes, des seringues d’acide, des couteaux, des haches…

Ensuite ça a basculé : les islamistes ont embarqué le peuple dans un bateau ivre, pour un long voyage au bout de la nuit…

Sans crier gare, ils ont sorti les armes à feu, les fusils à canon scié, les bonbonnes de gaz et tout leur attirail de guerriers.

Ce n’était plus un jeu. C’était sérieux. C’était la folie des hommes.

Les barbus tuaient les poètes, les fonctionnaires, les enseignants, les médecins… puis les gens ordinaires, le « petit » peuple.

Les journalistes rasaient les murs, ils étaient devenus des nécrologues. Ils n’écrivaient plus d’articles, ils comptabilisaient les morts. Les cafés et les trottoirs se vidaient, les gens se donnaient rendez-vous aux cimetières et parfois on enterrait à la pelleteuse.

Grisé par le sang, l’islamiste a redoublé de violence. On l’a vu éventrer les femmes enceintes, jeter des bébés dans des micro-ondes, égorger des villages entiers : Bentalha, Beni-Messous, Larbaa, Raïs… des toponymes qui donnent encore froid dans le dos.

L’islamiste est partout le même. Il carbure à la haine. Son vocabulaire est pauvre. Il ne maîtrise que quelques verbes, souvent équivalents : tuer, exécuter, massacrer, violer, brûler, détruire… Il ne lit qu’un seul livre, le coran. Il n’obéit qu’aux seules lois d’Allah et de son Prophète. Il dort avec un seul mot dans la bouche : vengeance. Il ne se réveille qu’avec un seul désir : éliminer un maximum de mécréants.

L’islamiste joue au sourd et au muet. C’est un dictateur.  Il a raison même s’il a tort. Toute tentative de dialogue avec lui est vouée à l’échec. Il préfère le monologue. Il refuse le débat d’idées. Car il sait qu’il va perdre. Il préfère le terrain de la menace. Gare à celui qui le contredit.

L’islamiste n’a pas d’arguments, il a des versets. Il n’a pas de cœur, il est une hydre. Il ne connaît pas la peur, il marche avec dédain. Si les balles tombent sur lui, il les affrontera avec le sourire. Sa devise : la vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la mort. Pour lui, la mort, c’est l’éternel bonheur : il s’y abreuvera aux rivières de vin  interdit sur terre !  et à la tendre chair des houris.

L’islamiste n’est pas un animal de compagnie. On ne doit pas le caresser dans le sens de la barbe, ni lui faire confiance. Il a le cerveau malade. Les crocs acérés. La gâchette facile. Son entreprise s’appelle la terreur.

L’islamiste ne réfléchit pas, ne recule pas, il fonce. Il ne rafistole pas, il achève. Son objectif : soumettre l’humanité à la Oumma, la nation islamique mondiale. Son droit chemin lui a été tracé par Allah et Mahomet. Les autres voies lui sont impénétrables.

Jouer avec lui, c’est comme badiner avec un serpent. Il glisse. Il mord. On ne peut pas le dompter, il tue. En voulant l’instrumentaliser dans leur stratégie contre les démocrates, les dirigeants algériens l’ont payé cher lors de la décennie noire. Le serpent leur a échappé des mains. Bilan : plus de 200 000 morts.

L’islamiste est perfide. Il affectionne la ruse. Il brouille les pistes. Il peut être un loup solitaire, mais il chasse souvent en meute. Il n’aime pas la démocratie, mais il s’en sert. Il déteste la liberté, mais il en abuse pour propager son idéologie. Il n’aime pas les technologies, mais il en détourne l’usage afin de faire avancer sa cause.

L’islamiste a repéré les failles des démocraties occidentales. Il sait qu’il est un bourreau, mais il joue à la victime. S’il brandit le spectre de l’islamophobie, c’est pour culpabiliser le démocrate et le pousser à céder du terrain où il sèmera ses graines.

L’islamiste gagne chaque jour des batailles contre l’Occident. Il a réussi à restreindre la liberté de pensée, à séparer les femmes des hommes dans les piscines, à halaliser les menus scolaires, à fragiliser la laïcité, à ouvrir des mosquées dans les universités, à gagner des procès contre des États, à verrouiller plusieurs institutions internationales…

L’islamiste a deviné le gouffre spirituel dans lequel est plongé l’Occident. Il compte le combler. Il sait que le capitalisme sauvage crée des solitudes et que celles-ci tuent dans les villes. Il a trouvé un remède au stress et à l’ennui : son prosélytisme et sa fausse fraternité.

L’Occident est en train de perdre sa guerre contre l’islamisme.

Sans courage et lucidité, il perdra aussi son âme.

La France, quant à elle, risque de devenir très vite l’Algérie des années 90.

Après Cologne, la gueule de bois d’Angela Merkel

146

Cologne migrants viols

Ce qui s’est passé dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier devant la gare de Cologne a choqué l’Allemagne toute entière. L’esplanade de la gare, voisine de la place de la cathédrale, le plus imposant édifice gothique européen, est le lieu habituel des grands rassemblements festifs de la métropole rhénane. On y vient dans les grandes occasions, au nouvel an, bien sûr, mais aussi à la fin du plus grand défilé carnavalesque existant en Europe, et pour fêter  les exploits de l’équipe de foot locale, le FC Köln. Cologne passe pour la plus joyeuse, la moins coincée des cités germaniques, adepte d’une morale libertaire-libertine sous la houlette d’un catholicisme permissif et bon enfant.

Les réjouissances de passage au nouvel an ont tourné au cauchemar lorsqu’une bande de plusieurs centaines de jeunes mâles, passablement alcoolisés et visiblement en rut, ont agressé sexuellement et dépouillé de leurs objets de valeur plusieurs dizaines de jeunes femmes, dont au moins trois ont été victimes de viol au sens juridique du terme, selon la police. Cette dernière n’avait pas vu venir le coup, et avait mis en place le dispositif minimal visant à prévenir les débordements, à la Saint Sylvestre, d’une foule dopée au Sekt, le mousseux local. Les policiers, peu nombreux et mal équipés, sont totalement débordés : les agresseurs encerclent les victimes, défient les forces de l’ordre en arguant même de leur statut de demandeurs d’asile, et pour certains d’entre eux de leur nationalité syrienne qui leur donne tous les droits. Ces témoignages de policiers ne seront divulgués dans la presse que quatre jours après les faits, alors que les responsables de la police de la ville avaient décidé de mettre le couvercle sur ces graves incidents… Un vigile, employé pour la soirée du réveillon d’un hôtel de luxe situé sur l’esplanade, témoigne de la détresse de femmes pourchassées, les vêtements en désordre, le suppliant de les laisser entrer dans le hall de l’établissement. Ce videur d’origine serbe, champion de sport de combat, mettra plusieurs des agresseurs au tapis. Le 1er janvier, dans l’aube blafarde et embrouillardée d’un matin d’hiver au bord du Rhin, c’est le coup de massue : les plaintes affluent au commissariat central, relatives aux incidents de la nuit qui, par ailleurs, enflamment les réseaux sociaux. Le porte-parole de la police lâche alors une bombe : les auteurs de ces agressions, selon les témoignages des victimes, sont des hommes jeunes « d’origine nord-africaine ou arabe ». On remarquera qu’outre Rhin, on ne s’embarrasse pas de périphrases emberlificotées pour appeler un chat un chat, et des délinquants relevant d’une origine ethnique précise, agissant en bande organisée, ne deviennent pas des jeunes issus des quartiers populaires par un tour de passe-passe sémantique.

En France, on aurait immédiatement dénoncé l’intolérable stigmatisation dont aurait été victime toute une communauté en raison de la mauvaise conduite de quelques mauvais sujets auteurs « d’incivilités » regrettables, certes, mais compréhensibles en raison des humiliations qu’ils subissent quotidiennement. Il faut pourtant lire cette déclaration policière à la lumière de la situation allemande : en désignant nommément les « nord-africains et les arabes », la police de Cologne exonérait la plus importante communauté allogène de la ville, les quelques dizaines de milliers de Turcs installés depuis des décennies dans la ville natale de Jacques Offenbach, des turpitudes commises par d’autres étrangers. Jamais les Turcs n’ont posé à la société allemande dans son ensemble les problèmes que d’autres pays, comme la France ou la Belgique, rencontrent avec une immigration issue de leurs anciennes colonies. Solidement structurés dans leurs organisations politiques autonomes, les Turcs ne causent de soucis aux autorités du pays hôte que lorsqu’ils règlent, sur le sol allemand, des comptes violents liés aux conflits ethniques et politiques de leur pays d’origine, notamment avec les Kurdes… L’afflux récent, en Allemagne, d’une nouvelle immigration, en provenance du Moyen Orient et du Maghreb, change notablement la donne. Pour la plupart, ce sont des hommes jeunes qui viennent seuls, alors que l’immigration turque est pour l’essentielle familiale. Laissés à eux-mêmes, sans encadrement politique ou associatif, ils se trouvent brusquement plongés dans une société permissive, où les femmes n’ont pas froid aux yeux ni ailleurs, se sentant à l’abri du code de bonne conduite implicite en vigueur dans les rapports hommes-femmes made in Germany. Le mâle allemand étant plutôt dur à dégeler, il n’est pas incongru, outre Rhin, pour les jeunes femmes, de présenter un visage affable dans les lieux publics, de répondre aimablement à un inconnu qui vous complimente sur votre aspect, sans que cela risque d’être interprété comme une invitation à forniquer séance tenante. Venus de sociétés où la frustration sexuelle des jeunes gens est la règle, en raison du statut des femmes dans les sociétés traditionnelles, les violeurs de Cologne (et de quelques autres villes d’Allemagne où des faits similaires ont été révélés dans la foulée) ont pris à la lettre les propos d’Angela Merkel demandant aux citoyens allemands d’accueillir à bras ouverts les réfugiés. La satisfaction de leur désir  sexuel, faisait, pour eux, partie des droits ouverts par le statut de réfugié que l’Allemagne leur accordait, au même titre que l’hébergement et le pécule attribué aux demandeurs d’asile. Résultat : Il ne s’agit pas de débordements individuels, ni isolés, comme on a pu le constater en France dans la même période. En Allemagne, ce sont des émeutes sexuelles de masse, planifiées dans les foyers d’hébergement, auxquelles ont participé jusqu’à deux-mille personnes dans les endroits les plus chauds.

C’est pourquoi l’affaire de Cologne a produit le même effet, toutes proportions gardées, que le mitraillage à la kalach’ des siroteurs de mojitos sur les terrasses des bistrots du Boboland parisien : une atteinte gravissime aux modes de vie et de comportement des aborigènes, les Allemands et Allemandes de souche.

On comprend alors la volée de bois vert qui s’est abattue sur la bourgmestre de Cologne, Henriette Reker, qui n’a rien trouvé de mieux, pour prévenir de nouveaux incidents de ce genre, que d’inviter les femmes de sa ville à adopter une attitude moins affable vis-à-vis des inconnus, en se « tenant à une distance d’au moins un bras tendu » de ces derniers, à se déplacer en groupe, et autres conseils dignes d’une chaisière de la cathédrale. On signale également des circulaires diffusées par des directeurs de lycées et collèges situés à proximité des foyers de réfugiés, demandant aux parents de veiller à ce que leurs filles arborent des tenues « discrètes » pour venir en cours, afin de ne pas tenter le diable !

Pour la chancelière Angela Merkel, nouvelle idole de Libé, Le Monde et Médiapart, l’affaire tombe on ne peut plus mal. Elle a peut-être sauvé l’honneur de l’Europe dans l’affaire des migrants, mais sans  imaginer les conséquences de sa générosité sur la « deutsche Gemütlichkeit », cet art allemand de vivre et laisser vivre chacun et chacune avec son idée de la sociabilité conviviale. Les parti politiques, gauche et droite à l’unisson, souquent  maintenant ferme pour remonter un courant fortement contraire : ils demandent la fin immédiate de la politique de porte ouverte aux migrants, et l’expulsion non moins immédiate des demandeurs d’asile coupables d’agissements du style de la nuit de Cologne. La « Schadenfreude », cette joie mauvaise de voir autrui dans la panade, submerge aujourd’hui quelques voisins de l’Allemagne, à Prague, Budapest ou Varsovie, qui s’étaient récemment fait sérieusement remonter les bretelles par Mutter Angela pour cause de réticences à accepter, chez eux, leur quota de jeunes gens pleins de force et d’ardeur. Mais il se pourrait qu’elle se transforme rapidement en angoisse : celle de voir désormais les foules de nouveaux migrants prendre le chemin de leurs villes, dans l’hypothèse où l’Allemagne – on ne sait pour quelle obscure raison – rechignerait désormais à les accueillir tous autant qu’ils sont.

*Photo : SIPA.AP21841244_000002.

Manuel Valls hyper couillu à l’Hyper Cacher

177

manuel valls antisemitisme

Moi qui ne suis pas très fan du travail du dimanche (sauf pour les curés, les épiciers tamouls ou djerbiens et les voyous de Causeur), je regrette qu’à l’heure qu’il est, et sans doute pour cause de repos dominical des fonctionnaires, le discours de Manuel Valls, hier devant l’Hyper Cacher, ne soit pas déjà disponible sur le site de Matignon.

En vertu de quoi, plutôt que de copier/coller ce discours, me voilà coincé devant mon Mac. Alors que j’aurais pu aller faire mes deux heures de jogging hebdo en écoutant le Best of d’Indochine sur mon Samsung Galaxy (Trois grossiers mensonges limite blasphèmes se sont glissés dans cette dernière phrase, saurez-vous les retrouver sans appeler ma maman ?).

Mais reviendons à notre premier ministre. Oui, j’aurais pu copier/coller son discours, plutôt que vous enquiquiner avec mes considérations partisanes et embrumées. (Hier soir je suis allé avec Basile arroser la sortie du numéro 2 de Limite). Et pis après, j’ai bien été obligé d’aller trinquer à la mémoire de Lemmy, enterré à 15 h (heure de Californie, donc à minuit ici) au Forest Lawn Memorial d’Hollywood. Faut pas plaisanter avec les dernières volontés d’un trépassé.

Mais re-reviendons à notre premier ministre. Et si ça se trouve, la digression qui précède n’en était pas une, car ce qu’il a dit devant l’Hyper Cacher était aussi clair, brutal, et authentique qu’un concert live de Motörhead. Vous croyez que j’exagère, jugez par vous-même avec ce court best of.

« Je l’ai dit avec mes mots, avec mon cœur, avec mes tripes, et je ne cesserai de le répéter parce que c’est une conviction profonde : sans les juifs de France, la France ne serait pas la France ! »

«Voir des Français juifs quitter, de plus en plus nombreux, leur pays parce qu’ils ne se sentent plus en sécurité… mais aussi parce qu’ils ne se sentent plus compris, parce qu’ils ne se sentent plus à leur place, aurait dû être, depuis longtemps, pour nous tous Français, une idée insupportable»

« Nous avons subi un acte de guerre et c’est une véritable guerre qui nous a été déclarée, et nous devons l’affronter et la gagner »

« Pour ces ennemis qui s’en prennent à leurs compatriotes, qui déchirent ce contrat qui nous unit, il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser »,

Manuel Valls a aussi dénoncé sans louvoyer la « détestation compulsive de l’Etat d’Israël« . Rappelons pour ceux qui ne saisiraient pas l’allusion que le 16 décembre denier, à la tribune de l’Assemblée, le même Manuel Valls avait solennellement condamné « toutes les campagnes » de boycott des produits israéliens et autres manifestations d’un « antisionisme qui bascule dans l’antisémitisme » 

Encore sur l’antisémitisme, qui était quand même un peu le sujet du jour, Manuel Valls a fait une mise au point, peu répercutée dans nos médias et qui pourrait faire polémique : « L’antisémitisme, qu’il vienne de l’extrême droite ou de l’extrême gauche, qu’il vienne du fond des âges ou aujourd’hui d’une partie de la jeunesse de nos quartiers doit être combattu avec la même détermination »

Perso, je crois que ces mots sont raides, mais  justes et balancés. Je n’y vois pas une fatwa d’antisémitisme, façon Crif ou Licra, contre tous ceux – électeurs, militants ou dirigeants – qu’on qualifie d’extrême droite ou d’extrême gauche, pas plus qu’une accusation en bloc « de la jeunesse de nos quartiers »

J’y vois une mise en garde vis-à-vis des gens qui viennent de ces franges de l’opinion ou de la population (pour parler clair : FN, gauche de la gauche, et territoires perdus). Je pense que seule une infime partie de ces trois secteurs est franchement antisémite. Mais je pense qu’à des degrés divers, on y tolère trop de simplifications, de comportements, de compromissions, qui peuvent déboucher sur une banalisation de l’antisémitisme. Et donc que la frange la plus patriote et républicaine de ces secteurs-là doit d’urgence faire le ménage, et qu’il faut l’y aider.

Car comme disait le Président Mao : « Là où le balai ne passe pas, la poussière ne s’en va pas d’elle-même. »

*Photo: © AFP THOMAS SAMSON.

De Palma en Pléiade

1

Body Double Brian de Palma

Peu avares en bonnes idées, les éditions Carlotta inaugurent une nouvelle collection de magnifiques coffrets à tirages limités comportant un film accompagné d’un ouvrage de 200 pages avec des photos, des documents d’archives, etc. Pour inaugurer une série que l’on espère belle et longue, l’éditeur nous propose de revoir le Body double de Brian de Palma. 16e long-métrage de Brian de Palma, Body double ne compte pas parmi ses œuvres les plus réussies. Et pourtant, malgré le poids des années et un scénario un poil tiré par les cheveux, ce film mérite d’être vu et revu pour sept raisons. Les voici :

1- Pour Hitchcock

Jamais, si ce n’est peut-être dans Pulsions, Brian de Palma n’avait rendu un hommage aussi explicite à son maître Alfred. L’argument de départ, avec son héros qui reluque sa belle voisine exhibitionniste à l’aide d’un télescope et qui assiste à son assassinat, rappelle bien évidemment Fenêtre sur cour. Mais Body double est avant tout un remake à peine déguisé de Vertigo. Comme Scottie (James Stewart), Jake Scully (on notera la similitude des patronymes) souffre d’un handicap et tombe amoureux d’une image. Dans les deux cas, il est également question de manipulation, d’une femme au double visage et d’une scène traumatique qui se répète. Quand Scully se met à suivre sa belle voisine, le thème musical composé par Pino Donaggio rappelle celui de Bernard Hermann.

2- Pour le voyeurisme exacerbé du film

Tout le film est construit sur cette notion de voyeurisme. Scully utilise une longue-vue très phallique pour jouir de l’image de sa voisine. Brian de Palma construit sa mise en scène autour de ces jeux de regards et assigne clairement la place de voyeur au spectateur. Lors de la filature, notre héros parvient à reluquer celle qu’il a suivi pendant qu’elle essaie une culotte dans une cabine d’essayage. Comme Hitchcock, il s’agit de rendre coupable le spectateur qui se contente de jouir en regardant et qui, par là, a toutes les chances de se faire berner par des images manipulables et fausses. Comme l’époque a changé, De Palma va plus loin et pousse ce voyeurisme jusqu’à sa logique ultime en nous faisant pénétrer dans les milieux du porno.

3- Pour la réflexion sur l’image et le cinéma

Ce thème du voyeurisme indique clairement que Body double est avant tout une réflexion sur l’image. Comme toujours chez De Palma, l’image n’est plus « innocente » et celles qui ouvrent ses films témoignent souvent de cette perte d’innocence : les premières règles de Carrie dans le film éponyme, les scènes de viol (Pulsions, Outrages…) ou encore la découverte de sa femme au lit avec un autre homme comme ici. L’image est donc trompeuse et c’est sans doute pour cela que le cinéaste nous plonge dans les milieux du cinéma. Scully est un acteur de série B et tout ce qu’il vit est exactement ce que pourrait vivre un simple « spectateur » de films. Comme chez Hitchcock, il s’en sort en devenant lui-même « acteur » et en surmontant sa névrose.

4- Pour la dernière scène du film

Elle arrive alors que défile le générique de fin et résume à elle seule tous les enjeux du film. On y voit l’équipe du film dans lequel tourne Scully préparer un raccord qui permettra à une « doublure corps » de remplacer la vedette pour les gros plans sur sa poitrine. De Palma démonte toute la machinerie du cinéma et le mensonge qui consiste à faire croire qu’une réalité va advenir parce qu’on accole deux plans ensemble. C’est dans ce raccord entre deux plans hétérogènes (deux femmes qui donnent l’impression de n’en faire qu’une) que va se nicher une possible manipulation et « la trahison des images » pour reprendre le titre d’une toile de Magritte. C’est aussi un parfait résumé de l’intrigue : celle d’un spectateur qui se laisse prendre au piège d’une image mise en scène… Le cinéphile appréciera également le clin d’œil que le maître s’adresse à lui-même puisque cette scène de douche renvoie bien évidemment à la scène d’ouverture de Pulsions. Ce n’est plus un secret pour personne mais ce n’est malheureusement pas Angie Dickinson qui exhibe son corps dans ce film mais bel et bien une doublure…

5- Pour le maniérisme de Brian de Palma.

L’image étant trompeuse et De Palma arrivant après la mort d’Hollywood et des grands genres, il ne lui reste plus qu’à faire avec les films d’Hitchcock ce que Sergio Leone a fait avec le western : en retenir des stéréotypes, des images « déjà-vues » et leur offrir un enterrement de première classe. C’est ce type de mise en scène que l’on peut qualifier de « maniériste » et le cinéaste s’en donne à cœur joie en dilatant le temps et en faisant de chaque séquence des morceaux de bravoure du point de vue de la mise en scène. A ce titre, l’extraordinaire séquence de filature est un grand moment du film. De Palma relit à sa manière les fameuses scènes de filatures hitchcockiennes (Vertigo, bien sûr, mais également Le crime était presque parfait) et les redéploie grâce à des plans-séquences incroyablement virtuoses, en jouant sur la pure fascination de l’image. Comme le prouve ce court instant où une équipe de cinéma se reflète dans un miroir, toute la mise en scène du cinéaste est construite sur cette idée de reflet, de mise en abyme de scènes déjà vues ailleurs.

6- Pour les années 80

Body double nous permet de mesurer à quel point les années 80 furent des années de mauvais goût sans limite. Les coiffures et les habits des personnages prêtent volontiers à sourire et les amateurs de kitsch se réjouiront d’apercevoir dans un petit rôle le comédien Lane Davies, plus connu pour son rôle de Mason Capwell dans Santa Barbara ! En revanche, il y a des limites à tout et même au mauvais goût : il faut prévoir que vos oreilles saigneront une fois de plus en entendant le Relax de Frankie goes to Hollywood lors de la scène tournée sur un plateau du film porno dont Holly (Mélanie Griffith) est la vedette…

7- Pour Mélanie Griffith

Pour ses tenues improbables (jupe en cuir noir, body panthère…), sa poitrine généreusement exhibée, son tatouage sur les fesses et ses déhanchés sexy. Avec sa coupe courte de blonde peroxydée, elle rappelle bien entendu Kim Novak dans Vertigo. Mais n’oublions pas que l’actrice est la fille de Tippi Hedren, l’héroïne de Pas de printemps pour Marnie et des Oiseaux. La boucle hitchcockienne est bouclée !

Body double (1984) de Brian de Palma avec Craig Wasson, Mélanie Griffith. (Editions Carlotta Films)

Taubira démission!

120
taubira demission decheance nationalite
wikicommons

taubira demission decheance nationalite

J’aime beaucoup Christiane Taubira. Je mesure bien que ce n’est pas très à la mode dans la société française qui se droitise. Encore moins à l’extrême droite qui se droitise aussi tandis que la droite s’extrême droitise. Ce n’est même pas très bien vu au gouvernement et au Parti socialiste devenus d’étranges excroissances libérales-autoritaires pour des raisons de convenances électorales, dont la politique des mois à venir va se résumer à casser le coder du travail et à éviter les remous que cela pourrait provoquer grâce à un état d’urgence constitutionnalisé. Histoire de donner raison, encore une fois, à Naomi Klein et à sa Stratégie du choc: toute mutation néolibérale ne peut s’accomplir que dans un climat de violence d’etat: Pinochet 73, Thatcher 84, Eltsine 92, Bush 2001. On pourra désormais rajouter à la liste la France post-13 novembre où l’état d’urgence concerne les manifs pour la Cop 21 ou le soutien aux syndicalistes d’Air France mais pas les marchés de Noël ni la beuverie rituelle du Nouvel An sur les Champs-Elysées.

Ce qui est bien, ou était bien avec Christiane Taubira à la Justice, c’est qu’elle avait plusieurs rôles. Le premier était de rappeler à l’électeur de gauche ce qu’avait été la gauche, avant, quand elle essayait encore de changer quitte à déplaire  et qu’elle ne confondait pas démocratie et populisme, par exemple en 81 sur des sujets comme la dépénalisation de l’homosexualité et surtout l’abolition de la peine de mort. Bref quand la gauche ne se comportait pas comme un banal Wauquiez parti du centrisme à la Jacques Barrot pour finir à la droite de Marine Le Pen, tout ça parce qu’il faut « suivre » son électorat plutôt que d’affirmer les valeurs qui sont vraiment les siennes.

Le second rôle de Christiane Taubira, qu’elle a rempli à merveille, avec un talent, un humour et une énergie peu communs, c’est de servir d’abcès de fixation, comme on dit en termes de médecine, et de tactique aux offensives de la droite vraiment de droite, comme celle qui défila lors de la Manif pour tous.

Elle était le symbole parfait pour hystériser tout ce monde-là : femme, femme très à gauche, femmes noire très à gauche. Si dans son bureau, elle regarde ses agendas de ces dernières années, elle doit compter sur les doigts d’une main amputée les jours où premiers, seconds et troisième couteaux de la droite n’ont pas demandé sa peau. Elle doit d’ailleurs l’avoir dure.

On lui reproche par exemple souvent un passé politique « indépendantiste » en Guyane. La chose demanderait à être nuancée, d’une part et d’autre part les gens changent. Je suis bien certain qu’il ne viendrait à personne l’idée de regarder par exemple d’où vient Gérard Longuet qui trouve que les français se tournent les pouces ou Claude Goasguen ou dans une autre génération Guillaume Peltier, le chouchou de Sarkozy.  Les hommes changent, moi-même quand j’étais jeune, je préférais les carambars aux caramels au beurre salé.

On lui reproche aussi son laxisme en matière judiciaire. Même si les chiffres sont têtus et qu’il y en a moins de permissions de détenus accordées que sous Sarko parmi beaucoup d’autres données , ce qu’on appelle son laxisme est précisément la recherche d’un équilibre entre la prévention et la répression, le refus d’une incarcération systématique avec des peines de substitution ce qui devrait plaire à tout le monde puisque on admet généralement que la prison est un lieu privilégié de radicalisation islamique. Mais bon, la logique et la détestation rabique n’ont jamais fait bon ménage.

Donc, jusque-là, Christiane Taubira, c’était la classe. Plus forte que Salengro poussé au suicide pendant le Front Populaire par la droite et plus lyrique (parfois un peu trop) que les énarques qui ne lisent plus de poésie, elle incarnait le supplément d’âme d’un gouvernement qui n’a pas de corps, ce qui est compliqué.

Sauf qu’est intervenue la cerise sur le gâteau néo-socialiste: la déchéance de la nationalité pour les binationaux mêmes nés en France. Et que devant le tollé provoqué par des gens qui se souviennent que depuis la guerre, république et droit du sol sont consubstantiels, après le mariage pour tous, le gouvernement  fait de la surenchère et veut inventer la déchéance pour tous.

Sur ce coup-là, Christiane, je ne te suis plus. Tu es désavouée après ton entretien sur une radio algérienne et là tu viens d’expliquer que tu étais contre mais tu vas être obligée de défendre cette loi scélérate devant l’assemblée.

La droite demande que tu partes mais ça, c’est normal. Si je peux te donner un conseil, mais un conseil de gauche, c’est de démissionner. Ou de faire tout pour te faire virer (c’est peut-être ce que tu cherches au fond.) Parce que vois-tu, si la droite te déteste, ce qu’il reste de la gauche radicale, atomisée en factions plus ou moins rivales,  a besoin d’une fédératrice comme toi.

Si tu pars maintenant, d’ici 2017, tu peux devenir le moteur d’une grande coalition qui irait de la gauche du PS au NPA. Certains centristes humanistes ne sont même pas à exclure. Tous ces électeurs bobos et ouvriers, des Verts au PCF en passant par le PG ou les Alternatifs. Tu sais quoi, tu pourrais même « pasokiser » le PS, comme Syriza.

Un second tour entre toi et Marine Le Pen: là, enfin, les choses seraient claires? Réfléchis, camarade ministre, réfléchis.

*Photo: wikicommons.

Armée russe: une renaissance toute relative

8
pascal marchand poutine russie

pascal marchand poutine russie

Pascal Marchand est professeur de géopolitique à l’université Lumière Lyon-2 . On lui doit notamment une Géopolitique de la Russie (PUF, 2015).

Céline Revel-Dumas. Selon le New York Times, depuis 2006, les dépenses militaires russes ont été multipliées par cinq, passant de 10 à 52 milliards de dollars, un budget équivalent à celui de la France. Comment expliquer cette évolution ?

Pascal Marchand. Ces chiffres ne correspondent pas à ceux dont je dispose, mais de fait, le budget militaire de la Russie est presque équivalent à celui de la France. En revanche il ne représente qu’un dixième de celui  des Etats-Unis. N’oublions pas qu’entre 1992 et 2003 ce budget était ridicule. A l’époque, l’ancien président russe, Boris Eltsine, craignait que l’appareil militaire ex-communiste ne fasse un coup d’Etat (ce qui s’est d’ailleurs produit) et il l’avait donc négligé pour l’affaiblir. Pendant ces neuf années, aucune commande d’avion n’a été faite alors que les Etats-Unis en ont commandé une centaine par an. Ce n’est qu’à partir de 2000, deux ans après le krach boursier russe, que Vladimir Poutine a commencé à rattraper le retard russe et le premier nouvel hélicoptère de combat a été commandé en 2004 ! Le remplacement du matériel obsolète était devenu urgent.

Depuis 2006, à quoi ont été consacrées les dépenses supplémentaires de la défense russe ? S’agit-il d’investissement plutôt quantitatifs (plus d’hommes et d’armes) ou qualitatifs (améliorations technologiques) ?  

Les dépenses militaires ont crû significativement à partir de 2003-2006, l’essentiel étant alors consacré à de nouveaux équipements. Les effectifs de l’armée ne changent pas. Ils ont été réduits drastiquement depuis la fin du régime soviétique : en 1989, l’armée russe disposait de 5, 2 millions d’hommes contre 1.5 million en 1996 et seulement 800 000 hommes aujourd’hui. Cet effectif est d’ailleurs stable depuis un certain temps et Poutine ne souhaite pas l’augmenter.

D’ailleurs, même s’il est vrai qu’en termes de PIB, les dépenses militaires de l’ère soviétique étaient importantes, la « superpuissance » de l’URSS était surestimée. Et, même si  contrairement à Eltsine, Poutine a une bonne relation avec l’armée et il n’en a pas peur, il n’a pas non plus l’intention de revenir aux années 1980.

Les contraintes économiques liées à la baisse de prix de matières premières, du pétrole et du gaz ainsi que les sanctions de l’occident permettent-elles à la Russie de maintenir un tel niveau de dépenses militaires ?     

Sans doute. Les temps sont durs pour l’armée russe au point où plusieurs bases aériennes et bases de missiles n’ont pas pu payer leurs factures d’électricité en fin d’année… Il y a un vrai problème budgétaire.  Un programme pluriannuel lancé en 2007-2008 prévoyait l’achat de 600 avions en dix ans. Le parc aéronautique est actuellement de 1300 avions qu’il faut renouveler. 600 avions ce n’est donc pas beaucoup mais même cet objectif-là est compromis par les contraintes budgétaires.

De quel type d’armée la Russie souhaite-t-elle se doter ? Une armée équivalente à celle des Etats-Unis, à forte capacité de projection et intervention sur plusieurs théâtres d’opérations en même temps ?

L’idée de superpuissance pendant l’ère soviétique était surestimée et surtout, ce n’est pas le modèle de Poutine. À l’époque, l’armée rouge était adoptée aux besoins de l’URSS : faire face à l’OTAN ainsi qu’aux défis dans le Caucase et en Asie centrale. Ces missions nécessitaient  à la fois de nombreux effectifs, des équipements nucléaires et la fourniture en armes des « pays frères ». Aujourd’hui, il s’agit de protéger les frontières de la Russie et d’intervenir dans les pays voisins en cas de menace pour l’intégrité du territoire russe ainsi que – depuis 2008, la guerre en Géorgie et la « doctrine Medvedev » – dès lors qu’une minorité russe sera en danger, et ce malgré la souveraineté territoriale d’un Etat. ceci dit, dans le cadre de l’intervention en Syrie, la Russie a démontré sa capacité de mener un raid à partir d’une base à Mourmansk, plus de 13 000 kilomètres des cibles frappées, avec deux ravitaillements aériens. Ces capacités en ont surpris plus d’un !

Géopolitique de la Russie: Une nouvelle puissance en Eurasie

Prix: 26,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 14,90 €

*Photo: wikicommons.

Un professeur juif agressé à la machette à Marseille

72

Marseille agression antisémite

Marseille (AFP) – L’adolescent, qui a agressé un enseignant juif lundi à Marseille, a dit avoir agi « au nom d’Allah » et de « Daech » (le groupe État islamique) au moment de son interpellation, a déclaré le procureur de la République, Brice Robin.

L’adolescent, de nationalité turque et d’origine kurde, qui aura 16 ans la semaine prochaine, a « revendiqué avoir agi ainsi au nom d’Allah et de l’État islamique, répétant avoir agi à plusieurs reprises au nom de Daech car les musulmans de France déshonorent l’islam et l’armée française garde les juifs », a rapporté M. Robin, lors d’une conférence de presse.

Le magistrat a précisé que cette revendication avait eu lieu au moment de l’interpellation de l’adolescent et non de l’agression. Pour le procureur, « il s’agit à l’évidence d’une agression à caractère antisémite » avec une « forme de préméditation ».

« Selon la victime, l’intention de son agresseur était de le tuer », a ajouté M. Robin.

L’adolescent a frappé par derrière l’enseignant juif qui portait une kippa, le blessant à l’épaule et au bras avec une machette qu’il a laissée sur place, avant de s’enfuir, puis d’être arrêté. Il portait également un couteau avec une lame en céramique qu’il destinait « aux policiers qu’il comptait agresser ».

Si le parquet de Paris ne se saisit pas de l’enquête, le parquet de Marseille demandera « sa mise en examen pour tentative d’assassinat aggravé en raison de l’appartenance religieuse et apologie du terrorisme et son placement en détention provisoire ».

L’adolescent, régulièrement scolarisé dans un lycée de Marseille où il est bon élève, a un profil qui « semble être celui d’une personne radicalisée via internet », a poursuivi le procureur. Il n’est pas connu des services de renseignement et n’a pas d’antécédents judiciaires, ni psychiatriques, a-t-il précisé.

Lors de son arrestation, l’adolescent a indiqué aux policiers « qu’il s’armera, dès qu’il sortira, d’armes à feu pour tuer les policiers ».

*Photo : © AFP/Archives ANNE-CHRISTINE POUJOULAT.

David Bowie, mort d’un débutant

53
David Bowie

David Bowie

Jusqu’à son dernier souffle, David Bowie aura donc été un « absolute beginner » comme il le chantait dans le film du même nom (Absolute Beginners), tourné au milieu des années 80 par Julien Temple. Un créateur inclassable et toujours en avance d’un courant musical ou d’une coloration capillaire, qui savait dompter les modes et les couvertures de magazines comme seul y parviennent quelques vrais « débutants absolus », lorsqu’ils sont touchés par la grâce (ou presque).

Né à Londres en 1947, sous le nom de David Robbert Jones, d’une mère ouvreuse de cinéma et d’un père attaché de presse pour une organisation caritative, David Bowie – qui avait débuté sa carrière en s’essayant au mime en lisant du Jean Genet – bouscule le train-train pétards, sandalettes et fromages de chèvres des années 70 en contribuant à l’émergence du glam-rock (avec Ziggy Stardust et la chanson Ashes to ashes), sorte de fusion pyjama et cheveux rouges des oripeaux du rock bien avant l’arrivée bruyante du punk et des vêtements à épingles à nourrices.

Rescapé d’une sévère plongée dans la cocaïne et la folie au début des années 80 (son propre frère malade mental s’était suicidé quelques années plus tôt), il survit à sa période de « colin froid du funk » (l’album Station to station) et quelques déclarations hasardeuses sur Hitler qu’il considère comme « la première rock star », devance l’explosion de la New Wave avec son complice Brian Eno, coiffe tout le monde sur le poteau en faisant du Talking Heads avant l’heure… Puis, devient l’une des plus fabuleuses machines à tubes du XXe siècle avec la chanson Let’s Dance (14 millions d’exemplaires vendus) en 1983. Un monument du rock fraise Tagada des années MTV produit par le Niles Rodgers du groupe Chic et mis en images par le surdoué David Mallet (le clipper star de l’époque) qui contribuera a rendre l’artiste aussi fréquentable pour les ados et la ménagère que pour la famille Royale d’Angleterre et la mafia de la mode et de la haute-couture.

Adulé comme un dieu aztèque par les demi-mondains des médias et de l’art contemporain, mais pas toujours par le public – ses albums suivants connaîtront des succès divers, surtout ceux avec le groupe Tin Machine en Angleterre – David Bowie continuera pourtant de faire chantonner d’une douce mélancolie un nombre incalculable de foyers français jusqu’au milieu des années 2000 avec sa chanson Heroes, reprise pour de très nombreuses pubs télés (Renault Mégane, Wanadoo, etc). Son dernier album Blackstar, sombre et flippant comme la maladie (ou pire[1. « Il m’a dit que ça parlait de l’Etat islamique », a affirmé Donny McCaslin, saxophoniste et leader du quartet de jazz avec qui Bowie avait enregistré son dernier album, à Rolling Stone.]…), laisse l’impression d’un artiste qui avait décidément tous les talents d’un débutant de 69 ans. A commencer par le plus rare d’entre eux : celui de se mettre en scène encore et toujours. Jusque dans la mort.

*Photo : AFP.

Cologne: les suspects « presque exclusivement d’origine immigrée »

33

Cologne migrants viols

(Avec AFP) – La quasi-totalité des suspects des violences, notamment sexuelles, qui ont émaillé la nuit du Nouvel An à Cologne étaient des personnes d’origine étrangère, notamment des demandeurs d’asile arrivés ces derniers mois en Allemagne, a déclaré lundi le ministre régional de l’Intérieur.

« Tant les déclarations des témoins que les rapports de la police (locale), et que les descriptions de la police fédérale indiquent que les personnes qui ont commis ces crimes étaient presque exclusivement d’origine immigrée », a déclaré Ralf Jäger, ministre de l’Intérieur de l’Etat régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

A situation exceptionnelle, réactions exceptionnelles : en France, c’est le quotidien Libération, peu connu pour son franc parler en matière d’insécurité et d’immigration, qui publie l’article le plus complet et sidérant sur les événements ahurissants survenus dans la nuit du Nouvel an à Cologne, Hambourg, Stuttgart, Francfort mais aussi à Zurich (Suisse), Salzbourg (Autriche) et en Finlande…

*Photo : © dpa/AFP Bodo Marks.

Portrait de l’islamiste en fossoyeur du monde

75
djihad daech occident akouche

djihad daech occident akouche

Après les horreurs du vendredi 13, la France de demain ne sera plus comme avant. Elle ne sera ni la France d’hier, ni celle d’aujourd’hui. Elle sera semblable, à quelque chose près, à l’Algérie des années 90. Paris sera Alger. Toulouse, Blida ou Média. Lyon, Ain Defla. La Kabylie, la Bretagne.

Ce n’est pas difficile à prédire. C’est même une évidence pour celui qui, comme moi,  a vécu la guerre civile, côtoyé la violence aveugle des fous de Dieu, marché sur des flaques de sang et des morceaux de chair.

Ça a débuté comme ça : en bruit de pantoufles avant que ne retentissent les kalachnikovs et les bombes.

On pensait que c’était un jeu. Comme ces pétards que les enfants faisaient exploser lors de l’aïd et de l’anniversaire de la naissance du Prophète.

On riait des qamis et des barbes hirsutes des intégristes. C’étaient nos pères Noël. Ils n’apportaient pas de cadeaux, ne distribuaient pas de bonbons, mais ils aimaient nous raconter des histoires obscures sur l’enfer et le jugement dernier.

On trouvait leur façon de s’habiller exotique. Car, à la fin des années 80, rares étaient ceux qui portaient ces accoutrements importés d’Afghanistan et d’Iran.

Puis ça a continué comme ça : par l’intimidation. Avec des mots qui, certes, étaient trop violents pour mes oreilles d’enfant, mais c’était de simples mots. Les islamistes harcelaient les femmes libres, les démocrates et les laïques. Ils traitaient les progressistes de dépravés, de suppôts des croisés.

Parfois, ils donnaient des coups de poing, de simples coups de poing.  Puis ça a progressé. Ils utilisaient des objets, de simples objets : des galets,  des cordes, des seringues d’acide, des couteaux, des haches…

Ensuite ça a basculé : les islamistes ont embarqué le peuple dans un bateau ivre, pour un long voyage au bout de la nuit…

Sans crier gare, ils ont sorti les armes à feu, les fusils à canon scié, les bonbonnes de gaz et tout leur attirail de guerriers.

Ce n’était plus un jeu. C’était sérieux. C’était la folie des hommes.

Les barbus tuaient les poètes, les fonctionnaires, les enseignants, les médecins… puis les gens ordinaires, le « petit » peuple.

Les journalistes rasaient les murs, ils étaient devenus des nécrologues. Ils n’écrivaient plus d’articles, ils comptabilisaient les morts. Les cafés et les trottoirs se vidaient, les gens se donnaient rendez-vous aux cimetières et parfois on enterrait à la pelleteuse.

Grisé par le sang, l’islamiste a redoublé de violence. On l’a vu éventrer les femmes enceintes, jeter des bébés dans des micro-ondes, égorger des villages entiers : Bentalha, Beni-Messous, Larbaa, Raïs… des toponymes qui donnent encore froid dans le dos.

L’islamiste est partout le même. Il carbure à la haine. Son vocabulaire est pauvre. Il ne maîtrise que quelques verbes, souvent équivalents : tuer, exécuter, massacrer, violer, brûler, détruire… Il ne lit qu’un seul livre, le coran. Il n’obéit qu’aux seules lois d’Allah et de son Prophète. Il dort avec un seul mot dans la bouche : vengeance. Il ne se réveille qu’avec un seul désir : éliminer un maximum de mécréants.

L’islamiste joue au sourd et au muet. C’est un dictateur.  Il a raison même s’il a tort. Toute tentative de dialogue avec lui est vouée à l’échec. Il préfère le monologue. Il refuse le débat d’idées. Car il sait qu’il va perdre. Il préfère le terrain de la menace. Gare à celui qui le contredit.

L’islamiste n’a pas d’arguments, il a des versets. Il n’a pas de cœur, il est une hydre. Il ne connaît pas la peur, il marche avec dédain. Si les balles tombent sur lui, il les affrontera avec le sourire. Sa devise : la vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la mort. Pour lui, la mort, c’est l’éternel bonheur : il s’y abreuvera aux rivières de vin  interdit sur terre !  et à la tendre chair des houris.

L’islamiste n’est pas un animal de compagnie. On ne doit pas le caresser dans le sens de la barbe, ni lui faire confiance. Il a le cerveau malade. Les crocs acérés. La gâchette facile. Son entreprise s’appelle la terreur.

L’islamiste ne réfléchit pas, ne recule pas, il fonce. Il ne rafistole pas, il achève. Son objectif : soumettre l’humanité à la Oumma, la nation islamique mondiale. Son droit chemin lui a été tracé par Allah et Mahomet. Les autres voies lui sont impénétrables.

Jouer avec lui, c’est comme badiner avec un serpent. Il glisse. Il mord. On ne peut pas le dompter, il tue. En voulant l’instrumentaliser dans leur stratégie contre les démocrates, les dirigeants algériens l’ont payé cher lors de la décennie noire. Le serpent leur a échappé des mains. Bilan : plus de 200 000 morts.

L’islamiste est perfide. Il affectionne la ruse. Il brouille les pistes. Il peut être un loup solitaire, mais il chasse souvent en meute. Il n’aime pas la démocratie, mais il s’en sert. Il déteste la liberté, mais il en abuse pour propager son idéologie. Il n’aime pas les technologies, mais il en détourne l’usage afin de faire avancer sa cause.

L’islamiste a repéré les failles des démocraties occidentales. Il sait qu’il est un bourreau, mais il joue à la victime. S’il brandit le spectre de l’islamophobie, c’est pour culpabiliser le démocrate et le pousser à céder du terrain où il sèmera ses graines.

L’islamiste gagne chaque jour des batailles contre l’Occident. Il a réussi à restreindre la liberté de pensée, à séparer les femmes des hommes dans les piscines, à halaliser les menus scolaires, à fragiliser la laïcité, à ouvrir des mosquées dans les universités, à gagner des procès contre des États, à verrouiller plusieurs institutions internationales…

L’islamiste a deviné le gouffre spirituel dans lequel est plongé l’Occident. Il compte le combler. Il sait que le capitalisme sauvage crée des solitudes et que celles-ci tuent dans les villes. Il a trouvé un remède au stress et à l’ennui : son prosélytisme et sa fausse fraternité.

L’Occident est en train de perdre sa guerre contre l’islamisme.

Sans courage et lucidité, il perdra aussi son âme.

La France, quant à elle, risque de devenir très vite l’Algérie des années 90.

Après Cologne, la gueule de bois d’Angela Merkel

146
Cologne migrants viols

Cologne migrants viols

Ce qui s’est passé dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier devant la gare de Cologne a choqué l’Allemagne toute entière. L’esplanade de la gare, voisine de la place de la cathédrale, le plus imposant édifice gothique européen, est le lieu habituel des grands rassemblements festifs de la métropole rhénane. On y vient dans les grandes occasions, au nouvel an, bien sûr, mais aussi à la fin du plus grand défilé carnavalesque existant en Europe, et pour fêter  les exploits de l’équipe de foot locale, le FC Köln. Cologne passe pour la plus joyeuse, la moins coincée des cités germaniques, adepte d’une morale libertaire-libertine sous la houlette d’un catholicisme permissif et bon enfant.

Les réjouissances de passage au nouvel an ont tourné au cauchemar lorsqu’une bande de plusieurs centaines de jeunes mâles, passablement alcoolisés et visiblement en rut, ont agressé sexuellement et dépouillé de leurs objets de valeur plusieurs dizaines de jeunes femmes, dont au moins trois ont été victimes de viol au sens juridique du terme, selon la police. Cette dernière n’avait pas vu venir le coup, et avait mis en place le dispositif minimal visant à prévenir les débordements, à la Saint Sylvestre, d’une foule dopée au Sekt, le mousseux local. Les policiers, peu nombreux et mal équipés, sont totalement débordés : les agresseurs encerclent les victimes, défient les forces de l’ordre en arguant même de leur statut de demandeurs d’asile, et pour certains d’entre eux de leur nationalité syrienne qui leur donne tous les droits. Ces témoignages de policiers ne seront divulgués dans la presse que quatre jours après les faits, alors que les responsables de la police de la ville avaient décidé de mettre le couvercle sur ces graves incidents… Un vigile, employé pour la soirée du réveillon d’un hôtel de luxe situé sur l’esplanade, témoigne de la détresse de femmes pourchassées, les vêtements en désordre, le suppliant de les laisser entrer dans le hall de l’établissement. Ce videur d’origine serbe, champion de sport de combat, mettra plusieurs des agresseurs au tapis. Le 1er janvier, dans l’aube blafarde et embrouillardée d’un matin d’hiver au bord du Rhin, c’est le coup de massue : les plaintes affluent au commissariat central, relatives aux incidents de la nuit qui, par ailleurs, enflamment les réseaux sociaux. Le porte-parole de la police lâche alors une bombe : les auteurs de ces agressions, selon les témoignages des victimes, sont des hommes jeunes « d’origine nord-africaine ou arabe ». On remarquera qu’outre Rhin, on ne s’embarrasse pas de périphrases emberlificotées pour appeler un chat un chat, et des délinquants relevant d’une origine ethnique précise, agissant en bande organisée, ne deviennent pas des jeunes issus des quartiers populaires par un tour de passe-passe sémantique.

En France, on aurait immédiatement dénoncé l’intolérable stigmatisation dont aurait été victime toute une communauté en raison de la mauvaise conduite de quelques mauvais sujets auteurs « d’incivilités » regrettables, certes, mais compréhensibles en raison des humiliations qu’ils subissent quotidiennement. Il faut pourtant lire cette déclaration policière à la lumière de la situation allemande : en désignant nommément les « nord-africains et les arabes », la police de Cologne exonérait la plus importante communauté allogène de la ville, les quelques dizaines de milliers de Turcs installés depuis des décennies dans la ville natale de Jacques Offenbach, des turpitudes commises par d’autres étrangers. Jamais les Turcs n’ont posé à la société allemande dans son ensemble les problèmes que d’autres pays, comme la France ou la Belgique, rencontrent avec une immigration issue de leurs anciennes colonies. Solidement structurés dans leurs organisations politiques autonomes, les Turcs ne causent de soucis aux autorités du pays hôte que lorsqu’ils règlent, sur le sol allemand, des comptes violents liés aux conflits ethniques et politiques de leur pays d’origine, notamment avec les Kurdes… L’afflux récent, en Allemagne, d’une nouvelle immigration, en provenance du Moyen Orient et du Maghreb, change notablement la donne. Pour la plupart, ce sont des hommes jeunes qui viennent seuls, alors que l’immigration turque est pour l’essentielle familiale. Laissés à eux-mêmes, sans encadrement politique ou associatif, ils se trouvent brusquement plongés dans une société permissive, où les femmes n’ont pas froid aux yeux ni ailleurs, se sentant à l’abri du code de bonne conduite implicite en vigueur dans les rapports hommes-femmes made in Germany. Le mâle allemand étant plutôt dur à dégeler, il n’est pas incongru, outre Rhin, pour les jeunes femmes, de présenter un visage affable dans les lieux publics, de répondre aimablement à un inconnu qui vous complimente sur votre aspect, sans que cela risque d’être interprété comme une invitation à forniquer séance tenante. Venus de sociétés où la frustration sexuelle des jeunes gens est la règle, en raison du statut des femmes dans les sociétés traditionnelles, les violeurs de Cologne (et de quelques autres villes d’Allemagne où des faits similaires ont été révélés dans la foulée) ont pris à la lettre les propos d’Angela Merkel demandant aux citoyens allemands d’accueillir à bras ouverts les réfugiés. La satisfaction de leur désir  sexuel, faisait, pour eux, partie des droits ouverts par le statut de réfugié que l’Allemagne leur accordait, au même titre que l’hébergement et le pécule attribué aux demandeurs d’asile. Résultat : Il ne s’agit pas de débordements individuels, ni isolés, comme on a pu le constater en France dans la même période. En Allemagne, ce sont des émeutes sexuelles de masse, planifiées dans les foyers d’hébergement, auxquelles ont participé jusqu’à deux-mille personnes dans les endroits les plus chauds.

C’est pourquoi l’affaire de Cologne a produit le même effet, toutes proportions gardées, que le mitraillage à la kalach’ des siroteurs de mojitos sur les terrasses des bistrots du Boboland parisien : une atteinte gravissime aux modes de vie et de comportement des aborigènes, les Allemands et Allemandes de souche.

On comprend alors la volée de bois vert qui s’est abattue sur la bourgmestre de Cologne, Henriette Reker, qui n’a rien trouvé de mieux, pour prévenir de nouveaux incidents de ce genre, que d’inviter les femmes de sa ville à adopter une attitude moins affable vis-à-vis des inconnus, en se « tenant à une distance d’au moins un bras tendu » de ces derniers, à se déplacer en groupe, et autres conseils dignes d’une chaisière de la cathédrale. On signale également des circulaires diffusées par des directeurs de lycées et collèges situés à proximité des foyers de réfugiés, demandant aux parents de veiller à ce que leurs filles arborent des tenues « discrètes » pour venir en cours, afin de ne pas tenter le diable !

Pour la chancelière Angela Merkel, nouvelle idole de Libé, Le Monde et Médiapart, l’affaire tombe on ne peut plus mal. Elle a peut-être sauvé l’honneur de l’Europe dans l’affaire des migrants, mais sans  imaginer les conséquences de sa générosité sur la « deutsche Gemütlichkeit », cet art allemand de vivre et laisser vivre chacun et chacune avec son idée de la sociabilité conviviale. Les parti politiques, gauche et droite à l’unisson, souquent  maintenant ferme pour remonter un courant fortement contraire : ils demandent la fin immédiate de la politique de porte ouverte aux migrants, et l’expulsion non moins immédiate des demandeurs d’asile coupables d’agissements du style de la nuit de Cologne. La « Schadenfreude », cette joie mauvaise de voir autrui dans la panade, submerge aujourd’hui quelques voisins de l’Allemagne, à Prague, Budapest ou Varsovie, qui s’étaient récemment fait sérieusement remonter les bretelles par Mutter Angela pour cause de réticences à accepter, chez eux, leur quota de jeunes gens pleins de force et d’ardeur. Mais il se pourrait qu’elle se transforme rapidement en angoisse : celle de voir désormais les foules de nouveaux migrants prendre le chemin de leurs villes, dans l’hypothèse où l’Allemagne – on ne sait pour quelle obscure raison – rechignerait désormais à les accueillir tous autant qu’ils sont.

*Photo : SIPA.AP21841244_000002.

Manuel Valls hyper couillu à l’Hyper Cacher

177
manuel valls antisemitisme

manuel valls antisemitisme

Moi qui ne suis pas très fan du travail du dimanche (sauf pour les curés, les épiciers tamouls ou djerbiens et les voyous de Causeur), je regrette qu’à l’heure qu’il est, et sans doute pour cause de repos dominical des fonctionnaires, le discours de Manuel Valls, hier devant l’Hyper Cacher, ne soit pas déjà disponible sur le site de Matignon.

En vertu de quoi, plutôt que de copier/coller ce discours, me voilà coincé devant mon Mac. Alors que j’aurais pu aller faire mes deux heures de jogging hebdo en écoutant le Best of d’Indochine sur mon Samsung Galaxy (Trois grossiers mensonges limite blasphèmes se sont glissés dans cette dernière phrase, saurez-vous les retrouver sans appeler ma maman ?).

Mais reviendons à notre premier ministre. Oui, j’aurais pu copier/coller son discours, plutôt que vous enquiquiner avec mes considérations partisanes et embrumées. (Hier soir je suis allé avec Basile arroser la sortie du numéro 2 de Limite). Et pis après, j’ai bien été obligé d’aller trinquer à la mémoire de Lemmy, enterré à 15 h (heure de Californie, donc à minuit ici) au Forest Lawn Memorial d’Hollywood. Faut pas plaisanter avec les dernières volontés d’un trépassé.

Mais re-reviendons à notre premier ministre. Et si ça se trouve, la digression qui précède n’en était pas une, car ce qu’il a dit devant l’Hyper Cacher était aussi clair, brutal, et authentique qu’un concert live de Motörhead. Vous croyez que j’exagère, jugez par vous-même avec ce court best of.

« Je l’ai dit avec mes mots, avec mon cœur, avec mes tripes, et je ne cesserai de le répéter parce que c’est une conviction profonde : sans les juifs de France, la France ne serait pas la France ! »

«Voir des Français juifs quitter, de plus en plus nombreux, leur pays parce qu’ils ne se sentent plus en sécurité… mais aussi parce qu’ils ne se sentent plus compris, parce qu’ils ne se sentent plus à leur place, aurait dû être, depuis longtemps, pour nous tous Français, une idée insupportable»

« Nous avons subi un acte de guerre et c’est une véritable guerre qui nous a été déclarée, et nous devons l’affronter et la gagner »

« Pour ces ennemis qui s’en prennent à leurs compatriotes, qui déchirent ce contrat qui nous unit, il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser »,

Manuel Valls a aussi dénoncé sans louvoyer la « détestation compulsive de l’Etat d’Israël« . Rappelons pour ceux qui ne saisiraient pas l’allusion que le 16 décembre denier, à la tribune de l’Assemblée, le même Manuel Valls avait solennellement condamné « toutes les campagnes » de boycott des produits israéliens et autres manifestations d’un « antisionisme qui bascule dans l’antisémitisme » 

Encore sur l’antisémitisme, qui était quand même un peu le sujet du jour, Manuel Valls a fait une mise au point, peu répercutée dans nos médias et qui pourrait faire polémique : « L’antisémitisme, qu’il vienne de l’extrême droite ou de l’extrême gauche, qu’il vienne du fond des âges ou aujourd’hui d’une partie de la jeunesse de nos quartiers doit être combattu avec la même détermination »

Perso, je crois que ces mots sont raides, mais  justes et balancés. Je n’y vois pas une fatwa d’antisémitisme, façon Crif ou Licra, contre tous ceux – électeurs, militants ou dirigeants – qu’on qualifie d’extrême droite ou d’extrême gauche, pas plus qu’une accusation en bloc « de la jeunesse de nos quartiers »

J’y vois une mise en garde vis-à-vis des gens qui viennent de ces franges de l’opinion ou de la population (pour parler clair : FN, gauche de la gauche, et territoires perdus). Je pense que seule une infime partie de ces trois secteurs est franchement antisémite. Mais je pense qu’à des degrés divers, on y tolère trop de simplifications, de comportements, de compromissions, qui peuvent déboucher sur une banalisation de l’antisémitisme. Et donc que la frange la plus patriote et républicaine de ces secteurs-là doit d’urgence faire le ménage, et qu’il faut l’y aider.

Car comme disait le Président Mao : « Là où le balai ne passe pas, la poussière ne s’en va pas d’elle-même. »

*Photo: © AFP THOMAS SAMSON.

De Palma en Pléiade

1
Body Double Brian de Palma

Body Double Brian de Palma

Peu avares en bonnes idées, les éditions Carlotta inaugurent une nouvelle collection de magnifiques coffrets à tirages limités comportant un film accompagné d’un ouvrage de 200 pages avec des photos, des documents d’archives, etc. Pour inaugurer une série que l’on espère belle et longue, l’éditeur nous propose de revoir le Body double de Brian de Palma. 16e long-métrage de Brian de Palma, Body double ne compte pas parmi ses œuvres les plus réussies. Et pourtant, malgré le poids des années et un scénario un poil tiré par les cheveux, ce film mérite d’être vu et revu pour sept raisons. Les voici :

1- Pour Hitchcock

Jamais, si ce n’est peut-être dans Pulsions, Brian de Palma n’avait rendu un hommage aussi explicite à son maître Alfred. L’argument de départ, avec son héros qui reluque sa belle voisine exhibitionniste à l’aide d’un télescope et qui assiste à son assassinat, rappelle bien évidemment Fenêtre sur cour. Mais Body double est avant tout un remake à peine déguisé de Vertigo. Comme Scottie (James Stewart), Jake Scully (on notera la similitude des patronymes) souffre d’un handicap et tombe amoureux d’une image. Dans les deux cas, il est également question de manipulation, d’une femme au double visage et d’une scène traumatique qui se répète. Quand Scully se met à suivre sa belle voisine, le thème musical composé par Pino Donaggio rappelle celui de Bernard Hermann.

2- Pour le voyeurisme exacerbé du film

Tout le film est construit sur cette notion de voyeurisme. Scully utilise une longue-vue très phallique pour jouir de l’image de sa voisine. Brian de Palma construit sa mise en scène autour de ces jeux de regards et assigne clairement la place de voyeur au spectateur. Lors de la filature, notre héros parvient à reluquer celle qu’il a suivi pendant qu’elle essaie une culotte dans une cabine d’essayage. Comme Hitchcock, il s’agit de rendre coupable le spectateur qui se contente de jouir en regardant et qui, par là, a toutes les chances de se faire berner par des images manipulables et fausses. Comme l’époque a changé, De Palma va plus loin et pousse ce voyeurisme jusqu’à sa logique ultime en nous faisant pénétrer dans les milieux du porno.

3- Pour la réflexion sur l’image et le cinéma

Ce thème du voyeurisme indique clairement que Body double est avant tout une réflexion sur l’image. Comme toujours chez De Palma, l’image n’est plus « innocente » et celles qui ouvrent ses films témoignent souvent de cette perte d’innocence : les premières règles de Carrie dans le film éponyme, les scènes de viol (Pulsions, Outrages…) ou encore la découverte de sa femme au lit avec un autre homme comme ici. L’image est donc trompeuse et c’est sans doute pour cela que le cinéaste nous plonge dans les milieux du cinéma. Scully est un acteur de série B et tout ce qu’il vit est exactement ce que pourrait vivre un simple « spectateur » de films. Comme chez Hitchcock, il s’en sort en devenant lui-même « acteur » et en surmontant sa névrose.

4- Pour la dernière scène du film

Elle arrive alors que défile le générique de fin et résume à elle seule tous les enjeux du film. On y voit l’équipe du film dans lequel tourne Scully préparer un raccord qui permettra à une « doublure corps » de remplacer la vedette pour les gros plans sur sa poitrine. De Palma démonte toute la machinerie du cinéma et le mensonge qui consiste à faire croire qu’une réalité va advenir parce qu’on accole deux plans ensemble. C’est dans ce raccord entre deux plans hétérogènes (deux femmes qui donnent l’impression de n’en faire qu’une) que va se nicher une possible manipulation et « la trahison des images » pour reprendre le titre d’une toile de Magritte. C’est aussi un parfait résumé de l’intrigue : celle d’un spectateur qui se laisse prendre au piège d’une image mise en scène… Le cinéphile appréciera également le clin d’œil que le maître s’adresse à lui-même puisque cette scène de douche renvoie bien évidemment à la scène d’ouverture de Pulsions. Ce n’est plus un secret pour personne mais ce n’est malheureusement pas Angie Dickinson qui exhibe son corps dans ce film mais bel et bien une doublure…

5- Pour le maniérisme de Brian de Palma.

L’image étant trompeuse et De Palma arrivant après la mort d’Hollywood et des grands genres, il ne lui reste plus qu’à faire avec les films d’Hitchcock ce que Sergio Leone a fait avec le western : en retenir des stéréotypes, des images « déjà-vues » et leur offrir un enterrement de première classe. C’est ce type de mise en scène que l’on peut qualifier de « maniériste » et le cinéaste s’en donne à cœur joie en dilatant le temps et en faisant de chaque séquence des morceaux de bravoure du point de vue de la mise en scène. A ce titre, l’extraordinaire séquence de filature est un grand moment du film. De Palma relit à sa manière les fameuses scènes de filatures hitchcockiennes (Vertigo, bien sûr, mais également Le crime était presque parfait) et les redéploie grâce à des plans-séquences incroyablement virtuoses, en jouant sur la pure fascination de l’image. Comme le prouve ce court instant où une équipe de cinéma se reflète dans un miroir, toute la mise en scène du cinéaste est construite sur cette idée de reflet, de mise en abyme de scènes déjà vues ailleurs.

6- Pour les années 80

Body double nous permet de mesurer à quel point les années 80 furent des années de mauvais goût sans limite. Les coiffures et les habits des personnages prêtent volontiers à sourire et les amateurs de kitsch se réjouiront d’apercevoir dans un petit rôle le comédien Lane Davies, plus connu pour son rôle de Mason Capwell dans Santa Barbara ! En revanche, il y a des limites à tout et même au mauvais goût : il faut prévoir que vos oreilles saigneront une fois de plus en entendant le Relax de Frankie goes to Hollywood lors de la scène tournée sur un plateau du film porno dont Holly (Mélanie Griffith) est la vedette…

7- Pour Mélanie Griffith

Pour ses tenues improbables (jupe en cuir noir, body panthère…), sa poitrine généreusement exhibée, son tatouage sur les fesses et ses déhanchés sexy. Avec sa coupe courte de blonde peroxydée, elle rappelle bien entendu Kim Novak dans Vertigo. Mais n’oublions pas que l’actrice est la fille de Tippi Hedren, l’héroïne de Pas de printemps pour Marnie et des Oiseaux. La boucle hitchcockienne est bouclée !

Body double (1984) de Brian de Palma avec Craig Wasson, Mélanie Griffith. (Editions Carlotta Films)