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Alexandre Lacroix, plongeur sous-marin de la webmodernité

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Alexandre Lacroix Ce qui nous relie

Alexandre Lacroix est directeur de la publication de Philosophie Magazine et, à ce titre, s’occupe – efficacement – de faire exécuter à la philosophie une double pirouette : se rendre accessible au plus grand nombre et, sur les bases de la tradition et des classiques, décrypter le réel au jour le jour. S’attaquer au web (qui n’est pas, même si cela est bien pratique, le synonyme parfait d’« Internet ») était donc un défi à sa portée, comme le prouve Ce qui nous relie.

Est-ce vraiment le train de l’Histoire que les enfants de l’après-guerre ont manqué ou souffrons-nous d’une incapacité à saisir le sens historique de notre époque ? Nous nous plaignons de manquer d’une guerre à mener – quoi que cela change par les temps qui courent – sans voir que nous sommes les pionniers de la « troisième révolution du signe », et plus encore les moins de vingt ans, pour qui un monde sans Internet est une fable historique. Comme si cela ne suffisait pas, nous serions les pionniers d’un réseau offrant des possibilités infinies, autant de portes entrouvertes devant lesquelles nous passons tous les jours sans les voir. Certains les poussent et ce sont ces cow-boys invisibles qu’Alexandre Lacroix a poursuivis et rencontrés.

Avec Julian Assange, l’inénarrable fondateur de Wikileaks, toujours confiné dans l’ambassade d’Équateur à Londres, il repose la question kantienne de la publicité totale de l’information. Mais y a-t-il vraiment quelque chose de nouveau sous le soleil ? Apparemment, oui. Assange et ses acolytes ont créé une nouvelle forme de dissidence, consistant à mettre en péril le pouvoir des États et des puissants par la divulgation massive de leurs secrets, permise seule par le web. Enfant idéaliste et icône punk, Assange dame le pion au grand Peter Singer lors d’un entretien mythique sur Skype : le conséquentialiste et son grand projet de moraliser les conduites par la surveillance mutuelle mondiale sur le réseau n’a décidément rien compris à Internet…

Mais existe-il quelqu’un qui aurait mieux compris, ou croirait avoir mieux compris, à quoi servirait la divulgation des secrets que Julian Assange ? Alexandre Lacroix va jusqu’à Asùncion, l’infernale capitale du Paraguay, pour dénicher un authentique « truther », ou « conspirationniste » comme on dit dans les milieux fréquentables. Philippe, c’est son nom, s’occupe d’enquêter sur de terrifiantes organisations secrètes, au rang desquelles les Illuminatis que l’on ne présente plus, et sur les non moins effroyables projets du gouvernement américain pour exterminer la population mondiale – ou l’endormir en lui balançant du Lexomil par avion, tout dépend.

Cela prête à sourire, à cauchemarder ou à s’inquiéter pour la santé mentale de celui qui tient ces discours, mais le plus troublant est qu’il en existe des preuves. Chaque fait, pris séparément, est vérifiable. Seuls le récit, les liaisons logiques et les anticipations relèvent du délire, ou plus exactement d’une grille de lecture du monde un peu tordue, mais où ne filtre pas de contradiction.

C’est aussi cela, le web : permettre à des versions multiples et fantaisistes du réel de coexister, sans que personne ne soit en mesure de prévoir laquelle aura la préférence des historiens du futur. La démocratisation du savoir aurait-elle, en touchant à son apogée, heurté de plein fouet ses limites ?

L’épopée touche à sa fin chez le milliardaire Peter Thiel et ses camarades, à l’avant-garde du post-humanisme. Connecter les hommes et les machines, faire du cerveau humain un élément du réseau parmi d’autres, implanter des clés USB dans la moelle épinière des enfants et faire vivre nos aînés jusqu’à deux cent ans, autant de perspectives qui font briller les yeux des scientifiques californiens, et cette fois-ci c’est sérieux. On nous avait promis des voitures volantes pour l’an 2000, en 2050 nous aurons peut-être la chance de fusionner avec notre iPhone dans la joie et la bonne humeur.

Alexandre Lacroix – Ce qui nous relie, Allary Éditions, 291 pages.

Ce qui nous relie. Jusqu'où Internet changera nos vies ?

Prix: 12,99 €

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La seule exactitude

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Toute l’année, les semaines appartiennent aux éditorialistes. Du lundi au samedi, ceux que le tout petit Bruno Roger appelle les « toutologues » de droite, de gauche ou de bonne foi livrent leurs analyses sur tout avec plus ou moins de compétence, de pertinence ou d’honnêteté intellectuelle. Ainsi, comme sur une immense table de poker aux dimensions médiatiques nationales, chacun vient poser ses cartes depuis les matinales radiophoniques jusqu’aux débats nocturnes télévisés. Lorsque tout le monde a donné son avis et que dimanche arrive, sur RCJ, Elisabeth Lévy invite Alain Finkielkraut à donner le sien. Notre académicien abat alors son jeu. Immanquablement, il rafle la mise.

Je sais qu’on en a déjà parlé ici mais il y a des livres que l’on chronique par devoir et d’autres pour lesquels on ne retient pas son plaisir. « La seule exactitude » est le recueil de ses chroniques hebdomadaires depuis 2013, et de ses victoires intellectuelles sur la « concurrence ». Victoires un peu déloyales il faut le reconnaitre car Finkielkraut parle comme personne n’écrit et qu’il écrit comme personne. Dans ses mémoires de jeunesse, André Maurois rapporte les propos du philosophe Alain, son professeur au lycée de Rouen, quand il apprenait à ses élèves la science et l’art de la rédaction :« Serrez, serrez, serrez et finissez en coup de poing » leur disait-il. S’il fallait une illustration à cette leçon d’écriture, notre Alain nous la donne, noir sur blanc et magistralement, à chaque page.

Je conseille à tous ceux qui ne veulent pas mourir idiots entre le dernier Régis Debray et le prochain Michel Onfray de l’acheter sans tarder, ou de s’abonner à Causeur. C’est cadeau.

L’Esprit de l’Escalier, c’est reparti !

À compter de ce 10 janvier, Alain Finkielkraut et Élisabeth Lévy reprennent leur débat dominical autour des thèmes d’actualité, de 12h à 12h30  sur RCJ (94.8 à Paris), en partenariat avec Causeur.

La seule exactitude

Prix: 20,50 €

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Sable mouvant, d’Henning Mankell

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Sable mouvant Henning Mankell

La nuit a été courte, les alcools trop variés, l’insomnie fréquente. J’en ai profité pour finir le livre que je lisais ces deux derniers jours…

Mais commençons par la bande…

« Nel mezzo del cammin di nostra vita,
Mi ritrovai per una selva oscura,
Che la diritta via era smarrita… »

Bien sûr, vous avez reconnu le tout début du Chant I de l’Enfer de Dante — mais comme il pourrait y avoir parmi mes diligents lecteurs une part de non-italianisants, je traduis :

« Au milieu du chemin de notre vie,
Je me trouvai dans une forêt obscure,
Car j’avais perdu le chemin direct… »

À moins que ce ne soit le « droit chemin » : Roland Barthes évoque ce fabuleux début au tout commencement de son dernier cours au Collège de France sur la « préparation du roman » (c’est à 4’53 sur l’enregistrement du cours, si émouvant pour moi qui y étais). « Au milieu du chemin de notre vie… » Mais comme le dit Barthes, comment savoir si nous sommes au milieu, nous qui sommes encore en vie et ne voyons toujours pas la fin ? Les Anglais parlent de la « mid-life crisis » — à propos de ce désir de désir qui nous agite souvent entre 40 et 50 ans — mais qui pourrait me garantir, à moi, que 45 ans est le milieu de ma vie ? Le milieu, est-ce la fin de la montée — et plus dure sera la chute ? Ou quoi ?

C’est à cette question somme toute majeure que répond Henning Mankell dans son dernier livre — oui, tout dernier. Il a paru en septembre dernier au Seuil, Mankell est mort début octobre. Mort du cancer qui le pourchassait depuis la Noël 2013 — oui, ça va vite, mais le chanteur de Motorhead, est mort en 48 heures après le diagnostic initial. Pas le temps d’écrire un livre.

Au départ, c’étaient des chroniques parues au fur et à mesure des chimiothérapies successives dans un grand journal suédois. Puis c’est devenu des mémoires flottants, où la mémoire, aiguisée par ce qui arrive au corps, repart en arrière — très souvent au Mozambique, où Mankell (c’est un aspect de son œuvre dont j’ignorais tout, et qui est très peu traduit en français — tout comme on ignore son travail d’activiste, dont il a laissé dans Libération il y a cinq ans un témoignage glaçant) dirigea longtemps la seule troupe professionnelle de théâtre (pour l’anecdote, il était marié avec la fille d’Ingmar Bergman, Eva).

Le fil conducteur est une réflexion sur le temps — sur ce qui fait le temps à l’échelle humaine — notre pauvre échelle de quelques décennies. Plus exactement parce que Finnois et Suédois ont décidé parallèlement de creuser dans la roche-mère pour y enfouir leurs déchets nucléaires — un chantier qui doit durer près de soixante-dix ans, un enfouissement calculé pour cent mille ans, le temps que les saletés cessent d’irradier. Quelque part dans le granit d’en bas — alors même qu’au-dessus, la Suède sera recouverte par des kilomètres de glace, à l’horizon de la prochaine glaciation (dans 5000 ans, d’après les tables de Milankovic). Que restera-t-il de nous à cette époque ? Que restera-t-il de moi ? se demande Mankell. Puisqu’aussi bien nous ne subsistons que dans la mémoire de ceux qui nous ont connus — et quand ils disparaîtront à leur tour…

Et d’évoquer quelques-uns de celles et ceux qui ont croisé sa vie — en Afrique au plus fort des conflits, sur une autoroute où un jeune homme embarqué dans un car qui le précédait a été décapité par la voûte d’un pont, et que sa cervelle est venue s’écraser sur le pare-brise de l’inventeur de l’inspecteur Wallander, dans une salle de théâtre, à Paris quand il y réparait des saxophones…

Curieuse autobiographie qui virevolte, mais bien plus fidèle au mouvement de la mémoire que les autobiographies soigneusement chronologiques. Que suis-je, sinon un patchwork de souvenirs couplés à des émotions — par exemple pour Mankell la découverte de l’érotisme dans un local quasi frigorifique des montagnes norvégiennes, ou les derniers instants d’une jeune Africaine atteinte du SIDA à une époque où cela équivalait, même ici, à une condamnation à mort rapide — et cela dit aussi quelque chose au lecteur que je suis : à maintes reprises je me suis trouvé dans ce que Jean Starobinski a appelé le « concernement » — le moment rare mais privilégié où un texte nous parle de nous, que l’auteur pourtant ne connaissait pas. Où il écrit avec nos mots, nos émotions, parce qu’il y a dans l’humain, parfois, des expériences communes, aussi divers que soit l’homme.

C’est un grand livre humaniste, un grand livre d’espoir aussi — la vie est belle, les enfants, même si elle est courte, même si nous sommes voués à une extinction prochaine, même si nous perdons nos cheveux pour des raisons plus ou moins avouables, même si la chair nous trahit et que la digestion des alcools de la veille se fait moins facilement qu’il y a quarante ans.

Quant au titre… Ce Sable mouvant, c’est celui dans lequel on s’enfonce, peu à peu — et le mezzo del cammin, comme dit le poète toscan, c’est peut-être, comme dans Oh les beaux jours où Winnie, dès le départ, est enfouie jusqu’à la taille — à mi-corps pour une mid-life — elle a « la cinquantaine », dit Beckett —, et qui n’en fait pas toute une affaire, même si au second acte elle est enterrée jusqu’au cou. J’ai beaucoup aimé ce livre — j’y ai humé ma future fumée, comme dit le poète.

Sur ce, bonne année, happy new year, pace e salute, ou Gott Nytt År, comme on aurait dit à Mankell s’il était encore là — mais au fond, il est encore parmi nous : les mots durent plus que la peau.

Sable mouvant: Fragments de ma vie

Prix: 21,50 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 1,87 €

La mélancolie des baby-boomers

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cinéma Le Champo

Ce temple du noir et blanc résiste au jeunisme et à l’oubli par une programmation exigeante, comme la qualifierait un chroniqueur de France Culture. La cinéphilie des après-midi a les cheveux blancs et le pas hésitant. Certaines salles ressemblent à l’antichambre des maisons de retraite, je m’y rends toujours avec plaisir et un soupçon de transgression. La cohabitation avec les anciens me fascine car, derrière leur bonne humeur feinte, leur volonté de ne pas sombrer, passe dans leur regard ce voile d’amertume qui veut dire : « Tout ça pour ça ! » La vieillesse ne pousse guère à l’optimisme. Chacun ressasse ses propres errements. Les reproches se charrient à la pelle. L’heure des bilans a sonné et le solde de tout compte prend des allures de réquisitoire. Celui qui n’a pas raté sa vie est soit un menteur, soit un innocent. Je regarde donc cette salle de cinéma composée de vieux spectateurs qui regardent défiler leur jeunesse des années 60 sur grand écran. Nous sommes en pleine Nouvelle vague, en pleine confusion des temps. Je ne serais pas étonné de voir Jean-Claude Brialy s’installer à mes côtés, dans un fauteuil rouge. Un Brialy jeune, poseur, un blouson en suédine sur l’épaule, le verbe haut, la distinction exagérément soulignée, parfait condensé entre le minet du Drugstore et l’intello du Luco. Sartre et Mini Cooper. Craven A et yéyé. Twist à la Sorbonne !

En 2015, le Champo a encore exhumé quelques pépites comme ces courts-métrages produits par Pierre Braunberger. L’inlassable découvreur de talents sans qui les jeunes Turcs des Cahiers du cinéma n’auraient, peut-être, jamais pris la caméra. Braunberger, fondateur des Films de la Pléiade et des Films du Jeudi, patron également du Cinéma du Panthéon a aidé tous ces réalisateurs en herbe (Reichenbach, Rivette, Varda, Resnais, Doniol-Valcroze, Godard, Truffaut, Rouch, etc.) à prendre la lumière. Ces quatre œuvres (deux documentaires et deux fictions) restaurées et numérisées avaient été réunies sous le titre générique « Jeunesses des sixties ». Elles brillaient par leur subtilité et leur sauvagerie. Les cinéastes des années 60 avaient tous les dons : saisir l’ennui, la transformation de la société, le désœuvrement des adolescents et le basculement inéluctable vers une modernité suspecte.

Le monde changeait et ils le filmaient. Pendant 1 heure et 18 minutes, la bêtise de la télévision et la comédie de la politique disparaissaient, par magie, de votre esprit. Vous ressortiez du Champo avec une vision plus nuancée des années 60, moins dogmatique. Le premier documentaire, L’amour existe, signé Maurice Pialat et datant de 1961, a obtenu le Prix Louis Lumière et le Lion de Saint Marc au festival de Venise. Sur une musique de Georges Delerue, la banlieue grise, au pavé luisant et aux mornes espérances, exhalait un délicieux parfum d’antan. C’était beau et nous ne le savions même pas. Pialat saisit cet instant de notre histoire où la ceinture rouge s’urbanise à tous crins. Le rêve vertical s’empare des classes moyennes. L’HLM enterre la guinguette, l’eau courante et l’électricité à tous les étages pendant que de nouveaux bidonvilles s’installent au pied des immeubles. La périphérie et ses promoteurs ont toujours eu horreur du vide. A la mémoire du rock, de François Reichenbach, change de décor. Eddy Mitchell, Vince Taylor et Johnny sont les nouveaux dieux d’une jeunesse à bout de souffle. Coincés entre des parents jugulaire, jugulaire et un monde du travail peu reluisant, les gamins tentent d’échapper à un destin tout tracé en dansant, en criant, en jouant des poings, le temps d’un concert, défouloir d’un soir. Suivaient deux films admirables de 25 mn et 20 mn : Les veuves de quinze ans de Jean Rouch et Tous les garçons s’appellent Patrick de Jean-Luc Godard. De l’émancipation sexuelle des filles de bonne famille aux conséquences de la drague dans les allées du Luxembourg. C’était du cinéma intelligent, sombre et enivrant.

Le Champo – 51, rue des Ecoles 75 005 PARIS – Métro : Odéon – St-Michel – www.lechampo.com

*Photo : Wikimedia Commons.

Sous les oreilles de Satan

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imam Brest musique

Plus un chat au théâtre. Me demande avec quoi on va payer le sapin, mais on a le temps de s’instruire à domicile.

Exemple, la musique. Qu’est-ce qui leur plaît pas ? Début août, dixit France Info, on a chopé un gars qui rentrait de Syrie pour « frapper une ou plusieurs salles de concert sur le territoire français ». Maintenant le calife nous écrit que ses sbires ont visé « le Bataclan où étaient rassemblés des centaines d’idolâtres dans une fête de perversité ».

Moi j’ai grandi avec des trucs comme « la musique adoucit les mœurs », la harpe du roi David, le divin Mozart. « Sans la musique, la vie serait une erreur » : dans les programmes de salle que je distribue depuis trente ans, ce Nietzsche-là j’ai bien dû le lire cent fois.

Alors quoi ? Où j’ai péché ? M’était avis qu’il fallait consulter un spécialiste. Eurêka, je l’ai trouvé. Depuis vendredi 13, les journaux ne parlent que de lui et la police le surveille. Quand j’ai vu sa vidéo en octobre, c’était pas la superstar d’aujourd’hui. La leçon avait été filmée au printemps 2014 dans la mosquée Sunna de Brest. Brest, en Bretagne.

Le prof est un surnommé Rachid Abou Houdeyfa, « l’imam des jeunes », selon Mediapart. À ses pieds, une quarantaine de petits garçons (devant) et de petites filles (derrière). Questions du jour : « Est-ce que c’est grave d’écouter de la musique ? Est-ce qu’Allah aime la musique ? » Hâte de savoir.

« Qui peut me donner des exemples d’instruments de musique ? », demande le maître. Les enfants : « La flûte ! Le piano ! La guitare ! La batterie ! La trompette ! » Voix fluette au fond. « La quoi ? », s’esclaffe l’imam hilare. « La lyre ? Ça existe, la lyre ? Quelqu’un connaît ? Vous avez de la science dans ça en tout cas. »

On reprend. L’imam sérieux : « Sheitan, le diable, quand Allah l’a chassé du Paradis, quand il a désobéi à Allah, Sheitan a dit : “Laisse-moi un délai, comme ça je vais essayer d’égarer les gens, de les attirer vers le mal.” »

Qu’a fait Allah ? Allah a accordé à Sheitan ce délai. Mais il a dit à Sheitan : “Excite-les, ceux que tu pourras, avec ta voix.” Et les savants, ils ont dit que ce verset coranique, ça veut dire : les chants. La musique. » Allah déteste la musique parce qu’il déteste tout ce qu’adore Sheitan et réciproquement. « Les gens, quand ils écoutent de la musique, ils ont envie de faire quoi ? Ils dansent. Ils bougent. Pourquoi ? Parce que ça les excite. »

Voilà. La musique, ça t’excite. Sauf les monodies rituelles sans instruments, les anachids. « D’abord, le Coran. Et après, les anachids. » Point barre.

L’imam : « Le Prophète, dans un hadith authentique, qu’est-ce qu’il a dit ? Il a dit, écoutez bien. Il a dit : “Il y aura des générations, il y aura des gens qui vont boire du vin, mais ils vont lui donner un autre nom. Et il y aura des instruments de musique.” Et le Prophète, il a dit : “Il y aura des hommes et des femmes qui vont chanter. Il y aura des gens, ils vont chanter” – particulièrement des chanteuses. Qu’est-ce qu’a dit le Prophète à propos de ces gens-là ? Eh bien ! ils seront engloutis par la terre. Et ils seront transformés en singes et en porcs. » (Les élèves : « Beurk ! ») « C’est qui qui l’a dit ? C’est le Prophète Mohammed. C’est pas parce que quelqu’un va vivre un tremblement de terre qu’il a écouté de la musique. Mais dans certains cas, parce qu’il écoutait et qu’il persistait trop, ou parce que les gens écoutaient trop de musique, donc ça, c’est un risque, il peut être englouti par la terre. »

C’était la leçon de l’imam breton. Vous avez compris, ou faut que je répète ?

Pologne: pas de jogging avant vos prières du soir!

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Pologne Droit et Justice Europe Hongrie

« Nous voulons seulement soigner notre pays de certains maux », a expliqué Witold Waszczykowski, le nouveau ministre des Affaires étrangères polonais issu du très conservateur parti Droit et Justice, au pouvoir depuis l’automne 2015. Dans les colonnes du tabloïd allemand Bild, le chef de la diplomatie polonaise défendait vaille que vaille la position de son gouvernement face aux critiques de la Commission européenne dont la session du 13 janvier prochain sera consacrée au débat sur les risques pour un état de droit, dans la Pologne gouvernée par la formation de Jaroslaw Kaczynski. Toutefois, si la colère du ministre polonais était compréhensible quand il vilipendait l’arrogance des hauts fonctionnaires bruxellois vis-à-vis des membres d’un gouvernement élu démocratiquement, il n’en est pas vraiment de même lorsqu’il développe son propos, soucieux d’énumérer lesdits défauts à corriger : « Le gouvernement précédent a tout fait pour enraciner en Pologne une conception gauchisante de la politique. Comme si le monde devait, selon un modèle marxiste, avancer dans une seule direction possible, celle de la diversité culturelle, du mélange des races, du monde des cyclistes et des végétariens, bâti sur les énergies renouvelables et hostile à toute forme de religion. » Pédaler ou préférer un steak de soja à une côte de bœuf serait-il alors incompatible avec la doctrine chrétienne ? Attendons que le Vatican tranche sur la question. Après tout, la Commission européenne ne se préoccupe pas de l’extravagance du ministre polonais, pas plus qu’elle ne s’inquiète de la santé mentale de cet autre publiciste proche de Droit et Justice, Dominik Zdort, qui fustige les amateurs de jogging : « Je suis agacé du fait que le jogging a été élevé ces dernières années au rang de religion, car je connais beaucoup de gens qui n’ont plus le temps de participer à la messe mais se lèvent aux aurores pour courir pendant deux heures ! » Bien que la façon dont Droit et Justice envisage de « soigner » la Pologne ressemble à s’y méprendre aux méthodes des ayatollahs iraniens les plus rigides, Bruxelles se garde d’émettre un avis sur la liberté de pratiquer la course à pied au bord de la Vistule. Ce qui alarme – et à juste titre – les représentants des institutions européennes relève du danger de la violation par la Pologne de l’article 2 du Traité sur l’Union européenne relatif, entre autres, au respect de la démocratie, de l’état de droit et de la justice.

En effet, la réforme de la loi sur le Tribunal constitutionnel, votée précipitamment la veille de Noël, limite substantiellement les prérogatives de la Justice et paralyse de facto le travail des juges. Lesquels, par ailleurs, peuvent être désormais nommés par le Parlement, indépendamment de leurs qualités. La preuve du sérieux dans l’atteinte portée par Droit et Justice, majoritaire au Parlement, à l’autonomie des juges ne s’est pas faite attendre : la composition du Tribunal a d’ores et déjà été changée. Et si, pour une fois, l’impertinence mille fois pointée des hauts responsables européens était en réalité motivée par la crainte, tout à fait fondée, de voir un pays membre sombrer dans le chaos ? Le chef de la diplomatie luxembourgeoise, Jean Asselborn, n’a pas reculé devant la comparaison entre les pratiques de Droit et Justice et celles de l’ancienne Union soviétique : « La limitation des pouvoirs du Tribunal constitutionnel est inacceptable parce qu’elle brise non seulement les lois élémentaires en Pologne mais aussi au sein de l’Union européenne. Si nous l’acceptons de la part d’un pays aussi grand que la Pologne, nous pouvons enterrer l’idée de l’Union comme communauté de valeurs. » L’allusion au précédent créé par la situation en Hongrie de Viktor Orbán, un « petit pays » vis-à-vis duquel les institutions européennes se sont montrées impuissantes, reste à peine voilée…

Cependant, même si Jaroslaw Kaczynski n’a jamais caché son ambition de transformer Varsovie en Budapest, ce qui se passe en Pologne a peu à voir avec la réalisation d’un scénario hongrois. Certes, à l’instar de Viktor Orbán, le Premier ministre polonais s’en est pris aux médias publics en projetant de changer leur statut. Non plus « publics » mais « nationaux », selon le projet de loi préparé par Droit et Justice, les médias seraient obligés de se conformer au « système des valeurs chrétiennes » mais aussi de « cultiver les traditions nationales et patriotiques ». On comprend qu’on ne trouvera pas de programmes destinés aux cyclistes ou aux végétariens à la télé polonaise, ce qui n’est pas grave en soi. Le véritable ennui réside dans la compétence que se réserve le pouvoir de nommer tous les directeurs d’antennes et qui, à leur tour, seraient les seuls à décider de la prolongation de contrat ou du licenciement des journalistes plus ou moins « indociles » voire même, Dieu nous en garde !, végétariens. Reste que contrairement au Fidesz de Viktor Orbán, Droit et Justice affronte sur le plan de la politique intérieure une opposition libérale issue du même camp post-Solidarnosc, et non pas des post-communistes. Ensuite, au niveau européen, Fidesz appartient au Parti populaire européen, favorable à une intégration plus profonde des pays-membres (et aussi au développement des énergies renouvelables), alors que Droit et Justice fait partie de l’eurosceptique groupe des Conservateurs et réformistes européens, menés par les Tories britanniques, dont il est inutile de rappeler la volonté de voir le Royaume-Uni quitter l’Union européenne. Serait-ce la raison pour laquelle Elmar Brok, député européen de la CDU allemande, a exprimé un vif doute quant aux moyens dont dispose l’Union européenne pour venir à bout des agissements du nouveau gouvernement polonais ? Pas seulement. « Ce gouvernement est soumis à une idéologie nationaliste, conservatrice et viscéralement attachée à l’Eglise catholique. Voilà pourquoi le défi pour l’Union européenne est tout autre que dans le cas de la Hongrie. Indépendamment de différences de points de vue sur beaucoup de questions, il est toujours possible de discuter avec Orbán », a remarqué l’eurodéputé. Et c’est peu dire. Car la tactique adoptée par le gouvernement polonais consiste jusqu’à présent à ignorer totalement les questions qui lui ont été adressées par la Commission européenne. Un artifice efficace, à court terme seulement, pour éloigner la menace de sanctions. Celles-ci seront-elles jamais mises à exécution ? Les agriculteurs polonais privés de compensations financières ? Les subventions à l’industrie minière coupées ? La Pologne destituée de son droit de vote au Conseil européen ? Extrêmes, les mesures dont dispose la Commission européenne pour rappeler à la raison un de ses pays membres sont très lentes à mettre en œuvre, laissant aux autocrates du style d’Orbán le temps de faire un pas en arrière. Tous les Polonais attachés aux valeurs démocratiques et à l’indépendance du système judiciaire et médiatique n’ont qu’à espérer que Kaczynski ait plus en commun avec le Premier ministre hongrois qu’il ne le soupçonne lui-même.

Quand toutefois ce ne serait pas le cas, l’opposition démocratique s’organise en Pologne comme au bon vieux temps du régime communiste. Inspiré directement du concept du « pouvoir des sans-pouvoirs » de l’ancien dissident puis président tchèque Vaclav Havel, le Comité de Défense de la Démocratie, en plus d’organiser des manifestations de masses dans les rues des grandes villes, a déposé un projet alternatif et citoyen à la réforme du Tribunal constitutionnel. Qu’il n’impacte nullement le pouvoir en place est une chose. Il en est une autre de savoir qu’il existe encore des Polonais – et pas que des cyclistes ou des végétariens – pour qui le respect de l’état de droit, du pluralisme des opinions et de l’indépendance des médias s’inscrit autant dans la tradition nationale que la considération des valeurs chrétiennes.

*Photo : SIPA.REX40409824_000009.

Cologne: viols contre l’humanité

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Cologne viols migrants

Le soir du nouvel an à Cologne, des groupes de jeunes hommes éméchés ont profité des rassemblements festifs pour agresser sexuellement des dizaines de femmes. Le lendemain, la police déclarait que la soirée n’avait pas connu d’incidents particuliers puis, après que 90 plaintes furent déposées pour des attouchements, des vols et un viol, le ministre fédéral évoqua des actes impliquant « plus de mille personnes » ayant commis les agressions ou protégé leurs auteurs. L’information qui, dans le cas d’événements d’une telle nouveauté et d’une telle ampleur, circule pratiquement à la vitesse de la lumière, a mis une bonne semaine à émerger et à nous parvenir. Les inhibitions antiracistes et les complexes hérités d’un passé nazi y seraient-ils pour quelque chose » Peut-être car, faut-il le préciser, les voleurs un peu violeurs n’avaient, selon les témoignages des victimes, rien d’aryen. Le chef de la police de Cologne les décrivit comme des hommes « apparemment d’origine arabe ou nord-africaine ».

Les Allemands restent sidérés que la mode des prédations sexuelles observés place Tahrir pendant le printemps égyptien se soit répandue dans une Allemagne généreuse et hospitalière. Surtout ceux qui accueillaient il y a peu ceux qu’on nomme chez nous des migrants et outre-Rhin des réfugiés, avec des banderoles de bienvenue et des ballons multicolores. Du coup, on a minimisé, on a relativisé et on a craint les amalgames. Ainsi la maire de Cologne Henriette Reker a déclaré : « Nous n’avons aucun indice montrant qu’il puisse s’agir de réfugiés séjournant à Cologne », jugeant le rapprochement fait avec les migrants « inadmissible ». Le ministre de la Justice a craint surtout une « instrumentalisation » de ces agressions dans le débat actuel sur l’accueil record de migrants. Le ministre de l’Intérieur, lui, a déclaré que l’apparence des agresseurs « ne doit pas conduire à faire peser une suspicion généralisée sur les réfugiés ».

Depuis les invasions barbares jusqu’aux soldats de l’Armée rouge, les Allemands avaient un peu perdu l’habitude que des mâles allogènes en bandes organisées se jettent sur des femmes seules indigènes.

L’exemple suédois aurait dû inciter madame Merkel à la prudence quand elle a décidé d’ouvrir ses frontières au tiers-monde déferlant. Le pays des blondes scandinaves à la réputation « facile » qui déplorait 421 viols en 1975, en déclarait 6620 en 2014, soit une augmentation de 1472%. La Suède est ainsi à la deuxième place sur la liste mondiale des pays au taux de viol le plus élevé, le Lesotho occupant la première, selon une enquête de 2010.

Comme le déclarait sans complexes Hamid, résident en Suède, dans une enquête menée en 2006 par l’avocate Anne Christine Hjem pour le Tribnual de Svea : « Ça n’est pas aussi grave de violer une Suédoise que de violer une fille arabe. Elles ne sont probablement pas vierges de toute façon. Alors que la fille arabe aura des problèmes avec sa famille. Ce sera une source de honte pour elle. C’est important qu’elle reste vierge jusqu’au mariage. C’est presque trop facile de se taper une Suédoise. Beaucoup de garçons immigrés ont des copines suédoises quand ils sont ados. Mais quand ils se marient, ils prennent une femme convenable, de leur culture, et qui est vierge. Et c’est ce que je vais faire. Je n’ai pas beaucoup de respect pour les Suédoises. Elles se font sauter sans arrêt. »

Et Hamid le Suédois d’adoption n’est pas un loup solitaire. Au Danemark, un mufti  a déclaré publiquement que les femmes qui refusaient de porter le voile étaient des « candidates au viol ». En Norvège, où le taux est six fois plus élevé qu’à New York, deux viols sur trois sont commis par des immigrés d’origine extra-européenne, selon les sources policières.

Et face à ces crimes en série, que fait-on ? Pas grand-chose. Pour nos « responsables » politiques qui craignent d’abord les amalgames, les viols massifs semblent n’être que des détails de l’histoire et des dommages collatéraux de la « mondialisation heureuse ». Aux légitimes demandes populaires de sécurité, leurs réponses rappellent cette blague extraite d’un sketch de Coluche : « Dites-nous de quoi vous avez besoin, nous vous expliquerons comment vous en passer. »

*Photo : SIPA.AP21842122_000001.

La déchéance de nationalité, une chance pour l’intégration

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déchéance de nationalité intégration

Inutile de répéter que cette perspective ne fait pas peur aux islamo-terroristes qui se préparent à se faire exploser en même temps que leurs passeports. Car, où qu’ils les aient placés, leurs passeports français ne les protègeront pas le jour de leur auto-désintégration volontaire.

Ce n’est pas à eux que ce discours s’adresse. Il s’adresse en réalité à deux composantes hétérogènes de notre pays.

Il s’adresse d’abord aux Français qui se veulent tels et qui entendent persévérer dans leur être, pour leur dire qu’ils ont le droit de ne pas se sentir du même peuple que ceux qui projettent de les assassiner simplement parce qu’ils sont Français.

Ce message leur dit  en substance : « Les jeunes qui haïssent mortellement ce qui est français ne sont pas vos enfants, ne sont pas de votre famille, ne sont pas des vôtres, ne sont pas de votre peuple. Ce n’est pas vous qui les rejetez, vous qui les excluez. Ce sont eux qui vous désignent, vous les Français, comme des étrangers et comme des ennemis. Vous n’avez plus besoin de prendre des gants pour désigner ceux qui veulent vous tuer, pour les haïr et pour combattre, car vous n’êtes pas leurs parents, ni leurs frères et sœurs ; vous n’êtes pas leurs gardiens. »

C’est donc d’abord un message de déculpabilisation à l’adresse des Français.

Ce discours repose sur le postulat selon lequel un peuple, une nation, un pays, bref une société, n’est pas une famille. On ne choisit pas la famille dans laquelle on naît, tandis qu’une société démocratique résulte en son principe d’un choix réciproque et d’un contrat sociétal volontaire, que ce contrat soit exprès ou tacite. L’appartenance à la France n’a donc rien d’inconditionnel.

Mais ce même discours s’adresse en même temps, à l’autre bout du spectre, à ceux qui, ayant le titre de Français, hésitent entre devenir et s’accepter Français ou se ranger du côté des  tueurs de Français. Ce message leur dit plus clairement qu’on ne l’a jamais fait : « Si vous êtes nés sur le sol de France tout en vous sentant d’une culture différente, vous êtes les bienvenus dans ce peuple à la condition de vouloir vous adapter au pays où vous voulez vivre. C’est à vous de vous intégrer au peuple qui vous accueille. Si vous en avez le désir, car la demande vient de vous, tout vous devient possible. Quant à ceux qui choisissent de rejeter la France, ils sont prévenus que ce rejet sera réciproque, et qu’on ne leur fera plus de cadeau.

La différence de traitement inscrite dans ce message ne passe pas entre les mono et les binationaux. Elle ne passe pas entre ceux qui sont Français par leurs parents et ceux qui sont Français par leur lieu de naissance.

Elle passe entre ceux qui veulent être Français et ceux qui ne le veulent pas.

En ce qui les concerne, c’est bien leur droit de s’exclure, mais c’est alors celui du pays où ils vivent malgré eux de les traiter en étrangers.

Quel que soit l’avenir juridique de ce projet de déchéance de la nationalité, il faut lui reconnaître ceci : grâce à lui, tout le monde est placé devant ses responsabilités, et l’intégration de tous ceux qui la veulent peut réussir.

*Photo : SIPA.00735832_000005.

Loïk Le Floch-Prigent: « Aimons nos industriels! »

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Loïk Le Floch-Prigennt

Daoud Boughezala. La France qui vient de connaître des désastres en chaîne ces dernières années dans son industrie, avec la disparition de secteurs entiers et plus récemment la vente à l’étranger de quelques fleurons, peut-elle espérer conserver demain des entreprises industrielles prospères et conquérantes ?

Loïk Le Floch-Prigent. J’estime que c’est encore possible, à condition d’opérer un changement d’état d’esprit collectif. C’est le propos de mon livre. Nous sommes désormais aux bords du gouffre, en grande partie parce que nous ne voulons pas nous confronter à la réalité. Nous refusons de regarder nos échecs en face, alors que nous pourrions en tirer les enseignements pour notre futur.

La politique « colbertiste » a connu ses heures de gloire ; les programmes gaullistes et pompidoliens ont eu un effet d’entraînement incontestable sur tout notre appareil industriel. Les nationalisations de 1981 ont permis la restructuration de secteurs pour partie à la dérive. Dans le même temps, une industrie à caractère familial, plus dynastique, cohabitait dans notre pays avec des succès également incontestables. Mais, depuis, la mondialisation, les privatisations mal conçues, les stratégies incertaines de dirigeants cooptés et peu professionnels ont sonné le glas de nos ambitions industrielles. Et l’affaiblissement du pouvoir politique a accéléré ces mauvais choix. C’est seulement grâce à des hommes assez lucides et assez courageux pour adopter la stratégie requise dans un monde en mouvement, que nous conservons encore quelques fleurons.

Cependant, ces dernières années, des dirigeants industriels ont ruiné des pans entiers de l’industrie française. Malgré leur inaptitude à exercer les responsabilités qui leur avaient été confiées, ils se sont accrochés à leur poste jusqu’au drame final et, par-dessus le marché, avec les félicitations  du jury ! A l’opposé, les entreprises familiales ont préparé soigneusement leurs dirigeants, contrôlé leurs résultats. Et, dans l’ensemble, ils ont mieux résisté à la compétition mondiale. C’est un fait incontestable : Dassault et Michelin ont fait mieux qu’Alcatel et Alstom.

Par ailleurs, nous nous heurtons à un problème souvent évoqué, mais jamais traité : les Français rechignent à investir leur épargne dans notre appareil industriel. Si l’on veut parler de « patriotisme économique »,  au lieu de montrer du doigt les « consommateurs » qui n’achètent pas « français », il faut se demander pourquoi l’argent des Français, l’assurance-vie par exemple, ne va pas vers l’industrie française. Ce ne sont pas les consommateurs qui posent problème, c’est l’impossibilité en France de mobiliser les capitaux quand on veut se développer. Du coup, notre industrie se tourne vers des fonds de pension américains ou des fonds souverains comme ceux de Chine, d’Arabie Saoudite ou du Qatar, pour assurer son maintien et sa croissance, en particulier quand les dynasties sont en difficulté, comme récemment la famille Peugeot.

La première action à envisager n’est pas de modifier tel ou tel point de détail, mais de faire rentrer notre société française dans ce siècle. Car si nous voulons une industrie dynamique, il faut que l’ensemble du pays en ait envie, investisseurs potentiels et administrations régaliennes. Cessons de pénaliser réglementairement, fiscalement, culturellement, l’industrie et l’industriel ! Réservons une rémunération préférentielle aux détenteurs de capitaux qui prennent le risque de s’investir à long terme dans notre industrie, quelle que soit sa taille. C’est la réforme la plus difficile, celle des mentalités. Elle dictera de nouvelles règles, de nouveaux comportements. Si nous n’aimons pas notre industrie et nos industriels, si nous n’évoquons les patrons que pour leur faire encore et toujours les mêmes procès d’intention, que pour les mépriser, plutôt que de leur permettre de développer leurs activités, nous perdrons notre statut de nation industrielle. Et cela peut aller très vite. En 2014 et 2015, des pans entiers de notre industrie ont été cédés à des entreprises étrangères.

Pour autant, je ne suis pas décliniste. Je n’alarme pas pour démobiliser, je mets en garde pour entreprendre. L’accélération des changements techniques et les compétences, le savoir-faire, les personnalités issues de notre système éducatif, nous offrent l’occasion de réinventer une industrie moderne, dynamique, conquérante, en utilisant au mieux les dynasties anciennes et les nouvelles. Nous devons redonner notre confiance aux « vrais industriels », ceux qui ont l’humilité d’apprendre tous les jours leur métier au contact de leur personnel. Encore faut-il le vouloir vraiment. Ne manquons pas ce rendez-vous !

A la différence de nombre de vos anciens collègues dirigeants d’entreprises, vous préconisez la constitution de grands empires industriels aux actions diversifiées, à l’image de ce que fut la Générale des Eaux. Pourquoi critiquez-vous le repli sur le cœur d’activité tel que l’ont pratiqué des groupes comme Alcatel ?

Je mets en cause les stratégies perdantes. Donc je critique la stratégie qui a conduit un grand groupe industriel, la Compagnie Générale d’Electricité, de renoncement en renoncement, de « cœur de métier »  en « cœur de métier »,  à disparaître complètement cette année avec la cession du dernier carré, Alcatel « cœur de métier »,  au finlandais Nokia. Cette conception de l’industrie a la faveur des financiers et des commentateurs, mais elle n’a pas de sens. Quand une activité a un rôle industriel, qu’elle gagne de l’argent, qu’elle peut croître, pourquoi la céder ? Comment peut-on se déclarer confiant en l’avenir et, dans le même temps, juger logique de vendre un bel outil performant sous les applaudissements ? Au fait, la compagnie américaine General Electric, en rachetant Alstom-énergie « cœur de métier », a-t-elle fait une erreur stratégique en diversifiant son activité ? J’aimerais que nous ayons commis autant d’erreurs que General Electric, qui demeure aujourd’hui l’une des premières entreprises mondiales !

Une entreprise industrielle doit pouvoir envisager une diversification. Si elle est lucrative, il faut la poursuivre. Cette nouvelle activité peut même, au fil du temps, supplanter l’activité originelle – laquelle, entretemps, a parfois vu disparaître son marché. Il y a assez d’exemples probants. Après coup, à l’heure du succès, le dirigeant peut justifier sa décision, il n’empêche que le point de départ est parfois, ou souvent, une idée saugrenue ! Antoine Riboud a créé son empire Danone en choisissant abandonner son activité originelle, le verre. Quand on gagne, c’est que la stratégie est bonne. Quand on échoue, c’est qu’elle est mauvaise. Je constate que ceux qui ont voulu créer des empires diversifiés ont réussi, et que ceux qui n’ont pas arrêté de chanter leur cœur de métier ont fini par disparaître.

Vous semblez nostalgique du « capitalisme de papa » des années Pompidou et fustigez la financiarisation de l’économie que les privatisations opérées par le gouvernement Balladur (1993-1995). En 1981, vous étiez aux premières loges des nationalisations. Fort de cette expérience, pourquoi estimez-vous que les grandes entreprises publiques et les groupes familiaux seraient aujourd’hui plus à même d’affronter la concurrence internationale ? 

Je ne suis pas nostalgique. Je souligne ce qui a marché et ce qui n’a pas marché. Rien de plus ! Arrêtons de nous raconter des histoires. Les années Pompidou ont été marquées par des investissements industriels avec le renforcement de grands outils. Certains de ces groupes ont été défaillants par la suite. Giscard-Barre ont nationalisé le secteur le plus malade, la sidérurgie. Mitterrand en a rajouté avec quatre groupes très malades et trois bien-portants : Dassault, Lagardère et CGE (électricité). Il est clair qu’il s’agissait de nationalisations idéologiques. Mais l’origine du mal qui a frappé notre industrie n’est pas 1981, ce sont les soi-disant « noyaux durs » de la privatisation balladurienne. Les causes qui avaient conduit aux désastres d’avant 1981 n’ont pas été traitées par la privatisation : les capitaux français existants n’ont pas été alloués à l’industrie.

Je constate que les entreprises familiales à dynastie responsable ont plutôt bien encaissé le choc de la mondialisation, contrairement aux entreprises publiques puis privées ou semi-publiques ou semi-privées. Après effeuillage, ces dernières sont passées sous le contrôle de l’industrie étrangère. Voyez Rhodia, Alcatel, Alstom et Ciments Lafarge. Je veux que s’arrête cette débâcle. Et qu’au moins on ne travestisse pas ces capitulations en succès, de plus en félicitant leurs auteurs.

Pour relever les défis de la compétition internationale, il faut une industrie dont les patrons « vivent » leurs produits ou productions jour et nuit, font corps avec leur entreprise et ne travaillent que pour son succès. Il se trouve qu’aujourd’hui ce sont des sociétés familiales qui répondent le mieux à ces critères. La désignation des dirigeants par l’Etat, ou par les castes qui le contrôlent, conduit à la catastrophe. Il pourrait en être autrement. Hélas, cela dure depuis quarante ans.

Comment pouvez-vous affirmer que « le nucléaire et le tgv ont quasiment disparu ces vingt dernières années » alors que les grands chantiers ferroviaires se multiplient, parfois à l’encontre des préconisations du juge administratif, et qu’aucune centrale n’a fermé, y compris Fessenheim ?

Je raisonne en industriel. Il y a vingt ans, nous disposions d’une avance technique incontestable dans ces deux secteurs grâce à nos programmes d’installations domestiques, de 58 réacteurs nucléaires et de lignes TGV pour quadriller la France en débordant chez tous nos voisins. Maintenant : industriellement, combien de centrales avons-nous vendu ? Quel est l’état de notre appareil industriel ? Il se limite à de la maintenance depuis vingt ans. Nous savons ce qu’il en est d’Areva ! Et pour les lignes TGV, que sont devenues les conquêtes de l’industrie française ? Alstom, qui a concentré la quasi-intégralité de notre industrie ferroviaire, est désormais concurrencé en France ; l’industrie chinoise est devenue très puissante, quatre fois la nôtre. Nous n’avons pas tiré d’avantages de notre position de leader. Je ne fais qu’un constat d’un échec. Je le regrette profondément.

A l’approche de la conférence de Paris sur le changement climatique (Cop 21) vous avez misé notamment sur le marché de la transition énergétique et critiquez la « décroissance dépolluante dont personne ne veut vraiment ».  Inversement pourquoi défendez-vous l’idée d’une croissance infinie dans un monde aux ressources finies ?

Je suis assez insensible au battage politico-médiatique qui entoure la Cop 21. Comme beaucoup de scientifiques, j’estime que le problème climatique n’est pas la priorité indiscutable de l’humanité. Demandez au milliard d’êtres humains qui ont faim et qui n’ont pas l’électricité… Mais ils ne seront pas à Paris ! J’observe que ni les nantis, ni les pauvres ne sont prêts à modifier leurs objectifs. Voilà vingt ans que j’entends la même rengaine sur la fin du pétrole. C’est une ânerie. De nouveaux gisements, on en localise régulièrement. Sauf que leur exploitation coûtera de plus en plus cher. Mon théorème : les réserves augmentent avec les prix. Je ne connais pas de contre-exemples. Un jour, le coût des alternatives au pétrole baissera, et notre société évoluera vers autre chose. Mais nous n’en sommes pas là. Nous entrons dans ce que les politiciens appellent « la transition énergétique ». Parce que le pétrole et le gaz  continuent à être performants et d’un coût abordable.

*Photo : SIPA.00685998_000019.

La bataille de l'industrie: La France va-t-elle la perdre ? Peut-elle la gagner ?

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Tuer Dieu tue

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Frigide Barjot Charlie Hebdo

Le 7 janvier 2015, les plus grands noms de la dérision libertaire et bouffeuse de curés étaient abjectement assassinés par les malades de Daech religieusement modifiés. Attentat qu’aucun Satan ne saurait justifier, sauf à le perpétrer lui-même. Cet acte sanguinaire, qui emporta Cabu, Charb, Wolinski et leurs compagnons de dessins, est le blasphème suprême : tuer au nom de Dieu.

Paix à leurs âmes en ce jour.

Cela aurait dû apaiser les survivants devenus par leurs « martyrs athées » de nouveaux héros français. Mais non, au lendemain du massacre, l’esprit Charlie, rescapé du drame mais pas de l’athéisme intégriste, s’est à nouveau manifesté, derrière la légitime émotion du pays, sous un autre blasphème : la caricature du sacré.

A la une de Charlie il y a un an, le prophète était dessiné écrasé d’un pardon trop chrétien. Avec le slogan « Je suis Charlie » entre les mains qui accomplissait le sacrilège de l’Invisible, cette moquerie a humilié 5 millions de musulmans, sincèrement désireux de participer au deuil de la nation. Absents de la manif nationale, ils ont souffert en silence de la vente tonitruante de ces 5 millions de Charlie, comme autant d’injonctions à apostasier. Et qui n’ont réussi qu’à les confirmer dans leur foi et leur communauté.

Un an et 150 victimes plus tard, de toutes religions confondues, Charlie est toujours athée militant. Mais cette fois-ci pas téméraire, l’irrévérence antireligieuse épargne Allah et se replie sur un dieu cacochyme et massacreur, qui, tel le père Noël est une ordure ensanglantée, « court toujours » une kalach en bandoulière. Réjouissons-nous, croyants moqués, le ridicule judéo-chrétien tuera moins.

Sous prétexte d’être libre d’expression, la dérision avilit dans un même geste fatal le bourreau et ses victimes : elle bégaye devant la liberté religieuse, piétine la laïcité chrétienne et en oublie la Une-hommage à ses camarades morts au champ d’honneur de l’obscurantisme. Même la plaque mortuaire est loupée ! Surtout, on découvre la terrible vérité. Comment Dieu peut-il être assassin alors même qu’il n’existe pas ?

Face à la crise et à la mort – provoquées par la même déréliction de l’âme – les rebelles à Dieu tiennent la solution : continuer de ricaner gratuitement et de s’essuyer les pieds sur le sacré universel, au nom des droits de l’Homme. Mais au pays de la fille aînée de l’Eglise, tuer Dieu ne mène nulle part, sauf au néant la société et à sa perte l’humanité. Parce que Dieu est notre intime, les attaques incessantes contre Lui rendent assassin. Tuer Dieu tue l’homme et massacre ses droits. Rire de Dieu divise une société déjà polyfragmentée.

Est-ce cela l’« unité nationale » ?

Rire avec Dieu sauve

S’il y a bien un être spirituel, que nous voulons en notre profonde compagnie, c’est Dieu. Dieu est humour, ce doux mélange d’humilité et d’amour. Oui, Dieu nous sort de notre sinistre isolement, il nous élève vers ce qui nous dépasse, comme un bon fou-rire nous sort de nous pour nous relier à tous ceux qui communient dans la même hilarité heureuse ; celle du bien-être de la joie. Car jamais l’humour, le vrai, ne souille : ni l’amitié, ni l’amour, ni le lien entre les citoyens. L’humour rajeunit l’âme.

Le 4 décembre 2015, Laurent Violet, chantre de l’humour noir et de l’amour vrai, est mort. II avait 50 ans. Il était insolent : la preuve, il s’était fait virer de France Inter. Il disait ne pas croire, mais jamais il ne s’est moqué de ceux qui riaient avec Dieu. Mieux, il riait avec eux.

Alors nous aussi rions, et vivons, notre vie est si courte. Avec un peu d’humilité et beaucoup d’amour, rendons la belle. L’humanité est déjà trop blessée pour que par dérision, narcissisme et méchanceté, on la laisse accepter cette guerre des fondamentalismes. C’est par le respect de tous, et nos consciences éveillées pour l’Humain, que nous gagnerons la paix. Celle des braves.

Notre France la mérite.

*Photo : Wikimedia Commons.

Alexandre Lacroix, plongeur sous-marin de la webmodernité

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Alexandre Lacroix Ce qui nous relie

Alexandre Lacroix Ce qui nous relie

Alexandre Lacroix est directeur de la publication de Philosophie Magazine et, à ce titre, s’occupe – efficacement – de faire exécuter à la philosophie une double pirouette : se rendre accessible au plus grand nombre et, sur les bases de la tradition et des classiques, décrypter le réel au jour le jour. S’attaquer au web (qui n’est pas, même si cela est bien pratique, le synonyme parfait d’« Internet ») était donc un défi à sa portée, comme le prouve Ce qui nous relie.

Est-ce vraiment le train de l’Histoire que les enfants de l’après-guerre ont manqué ou souffrons-nous d’une incapacité à saisir le sens historique de notre époque ? Nous nous plaignons de manquer d’une guerre à mener – quoi que cela change par les temps qui courent – sans voir que nous sommes les pionniers de la « troisième révolution du signe », et plus encore les moins de vingt ans, pour qui un monde sans Internet est une fable historique. Comme si cela ne suffisait pas, nous serions les pionniers d’un réseau offrant des possibilités infinies, autant de portes entrouvertes devant lesquelles nous passons tous les jours sans les voir. Certains les poussent et ce sont ces cow-boys invisibles qu’Alexandre Lacroix a poursuivis et rencontrés.

Avec Julian Assange, l’inénarrable fondateur de Wikileaks, toujours confiné dans l’ambassade d’Équateur à Londres, il repose la question kantienne de la publicité totale de l’information. Mais y a-t-il vraiment quelque chose de nouveau sous le soleil ? Apparemment, oui. Assange et ses acolytes ont créé une nouvelle forme de dissidence, consistant à mettre en péril le pouvoir des États et des puissants par la divulgation massive de leurs secrets, permise seule par le web. Enfant idéaliste et icône punk, Assange dame le pion au grand Peter Singer lors d’un entretien mythique sur Skype : le conséquentialiste et son grand projet de moraliser les conduites par la surveillance mutuelle mondiale sur le réseau n’a décidément rien compris à Internet…

Mais existe-il quelqu’un qui aurait mieux compris, ou croirait avoir mieux compris, à quoi servirait la divulgation des secrets que Julian Assange ? Alexandre Lacroix va jusqu’à Asùncion, l’infernale capitale du Paraguay, pour dénicher un authentique « truther », ou « conspirationniste » comme on dit dans les milieux fréquentables. Philippe, c’est son nom, s’occupe d’enquêter sur de terrifiantes organisations secrètes, au rang desquelles les Illuminatis que l’on ne présente plus, et sur les non moins effroyables projets du gouvernement américain pour exterminer la population mondiale – ou l’endormir en lui balançant du Lexomil par avion, tout dépend.

Cela prête à sourire, à cauchemarder ou à s’inquiéter pour la santé mentale de celui qui tient ces discours, mais le plus troublant est qu’il en existe des preuves. Chaque fait, pris séparément, est vérifiable. Seuls le récit, les liaisons logiques et les anticipations relèvent du délire, ou plus exactement d’une grille de lecture du monde un peu tordue, mais où ne filtre pas de contradiction.

C’est aussi cela, le web : permettre à des versions multiples et fantaisistes du réel de coexister, sans que personne ne soit en mesure de prévoir laquelle aura la préférence des historiens du futur. La démocratisation du savoir aurait-elle, en touchant à son apogée, heurté de plein fouet ses limites ?

L’épopée touche à sa fin chez le milliardaire Peter Thiel et ses camarades, à l’avant-garde du post-humanisme. Connecter les hommes et les machines, faire du cerveau humain un élément du réseau parmi d’autres, implanter des clés USB dans la moelle épinière des enfants et faire vivre nos aînés jusqu’à deux cent ans, autant de perspectives qui font briller les yeux des scientifiques californiens, et cette fois-ci c’est sérieux. On nous avait promis des voitures volantes pour l’an 2000, en 2050 nous aurons peut-être la chance de fusionner avec notre iPhone dans la joie et la bonne humeur.

Alexandre Lacroix – Ce qui nous relie, Allary Éditions, 291 pages.

Ce qui nous relie. Jusqu'où Internet changera nos vies ?

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La seule exactitude

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Toute l’année, les semaines appartiennent aux éditorialistes. Du lundi au samedi, ceux que le tout petit Bruno Roger appelle les « toutologues » de droite, de gauche ou de bonne foi livrent leurs analyses sur tout avec plus ou moins de compétence, de pertinence ou d’honnêteté intellectuelle. Ainsi, comme sur une immense table de poker aux dimensions médiatiques nationales, chacun vient poser ses cartes depuis les matinales radiophoniques jusqu’aux débats nocturnes télévisés. Lorsque tout le monde a donné son avis et que dimanche arrive, sur RCJ, Elisabeth Lévy invite Alain Finkielkraut à donner le sien. Notre académicien abat alors son jeu. Immanquablement, il rafle la mise.

Je sais qu’on en a déjà parlé ici mais il y a des livres que l’on chronique par devoir et d’autres pour lesquels on ne retient pas son plaisir. « La seule exactitude » est le recueil de ses chroniques hebdomadaires depuis 2013, et de ses victoires intellectuelles sur la « concurrence ». Victoires un peu déloyales il faut le reconnaitre car Finkielkraut parle comme personne n’écrit et qu’il écrit comme personne. Dans ses mémoires de jeunesse, André Maurois rapporte les propos du philosophe Alain, son professeur au lycée de Rouen, quand il apprenait à ses élèves la science et l’art de la rédaction :« Serrez, serrez, serrez et finissez en coup de poing » leur disait-il. S’il fallait une illustration à cette leçon d’écriture, notre Alain nous la donne, noir sur blanc et magistralement, à chaque page.

Je conseille à tous ceux qui ne veulent pas mourir idiots entre le dernier Régis Debray et le prochain Michel Onfray de l’acheter sans tarder, ou de s’abonner à Causeur. C’est cadeau.

L’Esprit de l’Escalier, c’est reparti !

À compter de ce 10 janvier, Alain Finkielkraut et Élisabeth Lévy reprennent leur débat dominical autour des thèmes d’actualité, de 12h à 12h30  sur RCJ (94.8 à Paris), en partenariat avec Causeur.

La seule exactitude

Prix: 20,50 €

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Sable mouvant, d’Henning Mankell

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Sable mouvant Henning Mankell

Sable mouvant Henning Mankell

La nuit a été courte, les alcools trop variés, l’insomnie fréquente. J’en ai profité pour finir le livre que je lisais ces deux derniers jours…

Mais commençons par la bande…

« Nel mezzo del cammin di nostra vita,
Mi ritrovai per una selva oscura,
Che la diritta via era smarrita… »

Bien sûr, vous avez reconnu le tout début du Chant I de l’Enfer de Dante — mais comme il pourrait y avoir parmi mes diligents lecteurs une part de non-italianisants, je traduis :

« Au milieu du chemin de notre vie,
Je me trouvai dans une forêt obscure,
Car j’avais perdu le chemin direct… »

À moins que ce ne soit le « droit chemin » : Roland Barthes évoque ce fabuleux début au tout commencement de son dernier cours au Collège de France sur la « préparation du roman » (c’est à 4’53 sur l’enregistrement du cours, si émouvant pour moi qui y étais). « Au milieu du chemin de notre vie… » Mais comme le dit Barthes, comment savoir si nous sommes au milieu, nous qui sommes encore en vie et ne voyons toujours pas la fin ? Les Anglais parlent de la « mid-life crisis » — à propos de ce désir de désir qui nous agite souvent entre 40 et 50 ans — mais qui pourrait me garantir, à moi, que 45 ans est le milieu de ma vie ? Le milieu, est-ce la fin de la montée — et plus dure sera la chute ? Ou quoi ?

C’est à cette question somme toute majeure que répond Henning Mankell dans son dernier livre — oui, tout dernier. Il a paru en septembre dernier au Seuil, Mankell est mort début octobre. Mort du cancer qui le pourchassait depuis la Noël 2013 — oui, ça va vite, mais le chanteur de Motorhead, est mort en 48 heures après le diagnostic initial. Pas le temps d’écrire un livre.

Au départ, c’étaient des chroniques parues au fur et à mesure des chimiothérapies successives dans un grand journal suédois. Puis c’est devenu des mémoires flottants, où la mémoire, aiguisée par ce qui arrive au corps, repart en arrière — très souvent au Mozambique, où Mankell (c’est un aspect de son œuvre dont j’ignorais tout, et qui est très peu traduit en français — tout comme on ignore son travail d’activiste, dont il a laissé dans Libération il y a cinq ans un témoignage glaçant) dirigea longtemps la seule troupe professionnelle de théâtre (pour l’anecdote, il était marié avec la fille d’Ingmar Bergman, Eva).

Le fil conducteur est une réflexion sur le temps — sur ce qui fait le temps à l’échelle humaine — notre pauvre échelle de quelques décennies. Plus exactement parce que Finnois et Suédois ont décidé parallèlement de creuser dans la roche-mère pour y enfouir leurs déchets nucléaires — un chantier qui doit durer près de soixante-dix ans, un enfouissement calculé pour cent mille ans, le temps que les saletés cessent d’irradier. Quelque part dans le granit d’en bas — alors même qu’au-dessus, la Suède sera recouverte par des kilomètres de glace, à l’horizon de la prochaine glaciation (dans 5000 ans, d’après les tables de Milankovic). Que restera-t-il de nous à cette époque ? Que restera-t-il de moi ? se demande Mankell. Puisqu’aussi bien nous ne subsistons que dans la mémoire de ceux qui nous ont connus — et quand ils disparaîtront à leur tour…

Et d’évoquer quelques-uns de celles et ceux qui ont croisé sa vie — en Afrique au plus fort des conflits, sur une autoroute où un jeune homme embarqué dans un car qui le précédait a été décapité par la voûte d’un pont, et que sa cervelle est venue s’écraser sur le pare-brise de l’inventeur de l’inspecteur Wallander, dans une salle de théâtre, à Paris quand il y réparait des saxophones…

Curieuse autobiographie qui virevolte, mais bien plus fidèle au mouvement de la mémoire que les autobiographies soigneusement chronologiques. Que suis-je, sinon un patchwork de souvenirs couplés à des émotions — par exemple pour Mankell la découverte de l’érotisme dans un local quasi frigorifique des montagnes norvégiennes, ou les derniers instants d’une jeune Africaine atteinte du SIDA à une époque où cela équivalait, même ici, à une condamnation à mort rapide — et cela dit aussi quelque chose au lecteur que je suis : à maintes reprises je me suis trouvé dans ce que Jean Starobinski a appelé le « concernement » — le moment rare mais privilégié où un texte nous parle de nous, que l’auteur pourtant ne connaissait pas. Où il écrit avec nos mots, nos émotions, parce qu’il y a dans l’humain, parfois, des expériences communes, aussi divers que soit l’homme.

C’est un grand livre humaniste, un grand livre d’espoir aussi — la vie est belle, les enfants, même si elle est courte, même si nous sommes voués à une extinction prochaine, même si nous perdons nos cheveux pour des raisons plus ou moins avouables, même si la chair nous trahit et que la digestion des alcools de la veille se fait moins facilement qu’il y a quarante ans.

Quant au titre… Ce Sable mouvant, c’est celui dans lequel on s’enfonce, peu à peu — et le mezzo del cammin, comme dit le poète toscan, c’est peut-être, comme dans Oh les beaux jours où Winnie, dès le départ, est enfouie jusqu’à la taille — à mi-corps pour une mid-life — elle a « la cinquantaine », dit Beckett —, et qui n’en fait pas toute une affaire, même si au second acte elle est enterrée jusqu’au cou. J’ai beaucoup aimé ce livre — j’y ai humé ma future fumée, comme dit le poète.

Sur ce, bonne année, happy new year, pace e salute, ou Gott Nytt År, comme on aurait dit à Mankell s’il était encore là — mais au fond, il est encore parmi nous : les mots durent plus que la peau.

Sable mouvant: Fragments de ma vie

Prix: 21,50 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 1,87 €

La mélancolie des baby-boomers

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cinéma Le Champo

cinéma Le Champo

Ce temple du noir et blanc résiste au jeunisme et à l’oubli par une programmation exigeante, comme la qualifierait un chroniqueur de France Culture. La cinéphilie des après-midi a les cheveux blancs et le pas hésitant. Certaines salles ressemblent à l’antichambre des maisons de retraite, je m’y rends toujours avec plaisir et un soupçon de transgression. La cohabitation avec les anciens me fascine car, derrière leur bonne humeur feinte, leur volonté de ne pas sombrer, passe dans leur regard ce voile d’amertume qui veut dire : « Tout ça pour ça ! » La vieillesse ne pousse guère à l’optimisme. Chacun ressasse ses propres errements. Les reproches se charrient à la pelle. L’heure des bilans a sonné et le solde de tout compte prend des allures de réquisitoire. Celui qui n’a pas raté sa vie est soit un menteur, soit un innocent. Je regarde donc cette salle de cinéma composée de vieux spectateurs qui regardent défiler leur jeunesse des années 60 sur grand écran. Nous sommes en pleine Nouvelle vague, en pleine confusion des temps. Je ne serais pas étonné de voir Jean-Claude Brialy s’installer à mes côtés, dans un fauteuil rouge. Un Brialy jeune, poseur, un blouson en suédine sur l’épaule, le verbe haut, la distinction exagérément soulignée, parfait condensé entre le minet du Drugstore et l’intello du Luco. Sartre et Mini Cooper. Craven A et yéyé. Twist à la Sorbonne !

En 2015, le Champo a encore exhumé quelques pépites comme ces courts-métrages produits par Pierre Braunberger. L’inlassable découvreur de talents sans qui les jeunes Turcs des Cahiers du cinéma n’auraient, peut-être, jamais pris la caméra. Braunberger, fondateur des Films de la Pléiade et des Films du Jeudi, patron également du Cinéma du Panthéon a aidé tous ces réalisateurs en herbe (Reichenbach, Rivette, Varda, Resnais, Doniol-Valcroze, Godard, Truffaut, Rouch, etc.) à prendre la lumière. Ces quatre œuvres (deux documentaires et deux fictions) restaurées et numérisées avaient été réunies sous le titre générique « Jeunesses des sixties ». Elles brillaient par leur subtilité et leur sauvagerie. Les cinéastes des années 60 avaient tous les dons : saisir l’ennui, la transformation de la société, le désœuvrement des adolescents et le basculement inéluctable vers une modernité suspecte.

Le monde changeait et ils le filmaient. Pendant 1 heure et 18 minutes, la bêtise de la télévision et la comédie de la politique disparaissaient, par magie, de votre esprit. Vous ressortiez du Champo avec une vision plus nuancée des années 60, moins dogmatique. Le premier documentaire, L’amour existe, signé Maurice Pialat et datant de 1961, a obtenu le Prix Louis Lumière et le Lion de Saint Marc au festival de Venise. Sur une musique de Georges Delerue, la banlieue grise, au pavé luisant et aux mornes espérances, exhalait un délicieux parfum d’antan. C’était beau et nous ne le savions même pas. Pialat saisit cet instant de notre histoire où la ceinture rouge s’urbanise à tous crins. Le rêve vertical s’empare des classes moyennes. L’HLM enterre la guinguette, l’eau courante et l’électricité à tous les étages pendant que de nouveaux bidonvilles s’installent au pied des immeubles. La périphérie et ses promoteurs ont toujours eu horreur du vide. A la mémoire du rock, de François Reichenbach, change de décor. Eddy Mitchell, Vince Taylor et Johnny sont les nouveaux dieux d’une jeunesse à bout de souffle. Coincés entre des parents jugulaire, jugulaire et un monde du travail peu reluisant, les gamins tentent d’échapper à un destin tout tracé en dansant, en criant, en jouant des poings, le temps d’un concert, défouloir d’un soir. Suivaient deux films admirables de 25 mn et 20 mn : Les veuves de quinze ans de Jean Rouch et Tous les garçons s’appellent Patrick de Jean-Luc Godard. De l’émancipation sexuelle des filles de bonne famille aux conséquences de la drague dans les allées du Luxembourg. C’était du cinéma intelligent, sombre et enivrant.

Le Champo – 51, rue des Ecoles 75 005 PARIS – Métro : Odéon – St-Michel – www.lechampo.com

*Photo : Wikimedia Commons.

Sous les oreilles de Satan

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imam Brest musique

imam Brest musique

Plus un chat au théâtre. Me demande avec quoi on va payer le sapin, mais on a le temps de s’instruire à domicile.

Exemple, la musique. Qu’est-ce qui leur plaît pas ? Début août, dixit France Info, on a chopé un gars qui rentrait de Syrie pour « frapper une ou plusieurs salles de concert sur le territoire français ». Maintenant le calife nous écrit que ses sbires ont visé « le Bataclan où étaient rassemblés des centaines d’idolâtres dans une fête de perversité ».

Moi j’ai grandi avec des trucs comme « la musique adoucit les mœurs », la harpe du roi David, le divin Mozart. « Sans la musique, la vie serait une erreur » : dans les programmes de salle que je distribue depuis trente ans, ce Nietzsche-là j’ai bien dû le lire cent fois.

Alors quoi ? Où j’ai péché ? M’était avis qu’il fallait consulter un spécialiste. Eurêka, je l’ai trouvé. Depuis vendredi 13, les journaux ne parlent que de lui et la police le surveille. Quand j’ai vu sa vidéo en octobre, c’était pas la superstar d’aujourd’hui. La leçon avait été filmée au printemps 2014 dans la mosquée Sunna de Brest. Brest, en Bretagne.

Le prof est un surnommé Rachid Abou Houdeyfa, « l’imam des jeunes », selon Mediapart. À ses pieds, une quarantaine de petits garçons (devant) et de petites filles (derrière). Questions du jour : « Est-ce que c’est grave d’écouter de la musique ? Est-ce qu’Allah aime la musique ? » Hâte de savoir.

« Qui peut me donner des exemples d’instruments de musique ? », demande le maître. Les enfants : « La flûte ! Le piano ! La guitare ! La batterie ! La trompette ! » Voix fluette au fond. « La quoi ? », s’esclaffe l’imam hilare. « La lyre ? Ça existe, la lyre ? Quelqu’un connaît ? Vous avez de la science dans ça en tout cas. »

On reprend. L’imam sérieux : « Sheitan, le diable, quand Allah l’a chassé du Paradis, quand il a désobéi à Allah, Sheitan a dit : “Laisse-moi un délai, comme ça je vais essayer d’égarer les gens, de les attirer vers le mal.” »

Qu’a fait Allah ? Allah a accordé à Sheitan ce délai. Mais il a dit à Sheitan : “Excite-les, ceux que tu pourras, avec ta voix.” Et les savants, ils ont dit que ce verset coranique, ça veut dire : les chants. La musique. » Allah déteste la musique parce qu’il déteste tout ce qu’adore Sheitan et réciproquement. « Les gens, quand ils écoutent de la musique, ils ont envie de faire quoi ? Ils dansent. Ils bougent. Pourquoi ? Parce que ça les excite. »

Voilà. La musique, ça t’excite. Sauf les monodies rituelles sans instruments, les anachids. « D’abord, le Coran. Et après, les anachids. » Point barre.

L’imam : « Le Prophète, dans un hadith authentique, qu’est-ce qu’il a dit ? Il a dit, écoutez bien. Il a dit : “Il y aura des générations, il y aura des gens qui vont boire du vin, mais ils vont lui donner un autre nom. Et il y aura des instruments de musique.” Et le Prophète, il a dit : “Il y aura des hommes et des femmes qui vont chanter. Il y aura des gens, ils vont chanter” – particulièrement des chanteuses. Qu’est-ce qu’a dit le Prophète à propos de ces gens-là ? Eh bien ! ils seront engloutis par la terre. Et ils seront transformés en singes et en porcs. » (Les élèves : « Beurk ! ») « C’est qui qui l’a dit ? C’est le Prophète Mohammed. C’est pas parce que quelqu’un va vivre un tremblement de terre qu’il a écouté de la musique. Mais dans certains cas, parce qu’il écoutait et qu’il persistait trop, ou parce que les gens écoutaient trop de musique, donc ça, c’est un risque, il peut être englouti par la terre. »

C’était la leçon de l’imam breton. Vous avez compris, ou faut que je répète ?

Pologne: pas de jogging avant vos prières du soir!

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Pologne Droit et Justice Europe Hongrie

Pologne Droit et Justice Europe Hongrie

« Nous voulons seulement soigner notre pays de certains maux », a expliqué Witold Waszczykowski, le nouveau ministre des Affaires étrangères polonais issu du très conservateur parti Droit et Justice, au pouvoir depuis l’automne 2015. Dans les colonnes du tabloïd allemand Bild, le chef de la diplomatie polonaise défendait vaille que vaille la position de son gouvernement face aux critiques de la Commission européenne dont la session du 13 janvier prochain sera consacrée au débat sur les risques pour un état de droit, dans la Pologne gouvernée par la formation de Jaroslaw Kaczynski. Toutefois, si la colère du ministre polonais était compréhensible quand il vilipendait l’arrogance des hauts fonctionnaires bruxellois vis-à-vis des membres d’un gouvernement élu démocratiquement, il n’en est pas vraiment de même lorsqu’il développe son propos, soucieux d’énumérer lesdits défauts à corriger : « Le gouvernement précédent a tout fait pour enraciner en Pologne une conception gauchisante de la politique. Comme si le monde devait, selon un modèle marxiste, avancer dans une seule direction possible, celle de la diversité culturelle, du mélange des races, du monde des cyclistes et des végétariens, bâti sur les énergies renouvelables et hostile à toute forme de religion. » Pédaler ou préférer un steak de soja à une côte de bœuf serait-il alors incompatible avec la doctrine chrétienne ? Attendons que le Vatican tranche sur la question. Après tout, la Commission européenne ne se préoccupe pas de l’extravagance du ministre polonais, pas plus qu’elle ne s’inquiète de la santé mentale de cet autre publiciste proche de Droit et Justice, Dominik Zdort, qui fustige les amateurs de jogging : « Je suis agacé du fait que le jogging a été élevé ces dernières années au rang de religion, car je connais beaucoup de gens qui n’ont plus le temps de participer à la messe mais se lèvent aux aurores pour courir pendant deux heures ! » Bien que la façon dont Droit et Justice envisage de « soigner » la Pologne ressemble à s’y méprendre aux méthodes des ayatollahs iraniens les plus rigides, Bruxelles se garde d’émettre un avis sur la liberté de pratiquer la course à pied au bord de la Vistule. Ce qui alarme – et à juste titre – les représentants des institutions européennes relève du danger de la violation par la Pologne de l’article 2 du Traité sur l’Union européenne relatif, entre autres, au respect de la démocratie, de l’état de droit et de la justice.

En effet, la réforme de la loi sur le Tribunal constitutionnel, votée précipitamment la veille de Noël, limite substantiellement les prérogatives de la Justice et paralyse de facto le travail des juges. Lesquels, par ailleurs, peuvent être désormais nommés par le Parlement, indépendamment de leurs qualités. La preuve du sérieux dans l’atteinte portée par Droit et Justice, majoritaire au Parlement, à l’autonomie des juges ne s’est pas faite attendre : la composition du Tribunal a d’ores et déjà été changée. Et si, pour une fois, l’impertinence mille fois pointée des hauts responsables européens était en réalité motivée par la crainte, tout à fait fondée, de voir un pays membre sombrer dans le chaos ? Le chef de la diplomatie luxembourgeoise, Jean Asselborn, n’a pas reculé devant la comparaison entre les pratiques de Droit et Justice et celles de l’ancienne Union soviétique : « La limitation des pouvoirs du Tribunal constitutionnel est inacceptable parce qu’elle brise non seulement les lois élémentaires en Pologne mais aussi au sein de l’Union européenne. Si nous l’acceptons de la part d’un pays aussi grand que la Pologne, nous pouvons enterrer l’idée de l’Union comme communauté de valeurs. » L’allusion au précédent créé par la situation en Hongrie de Viktor Orbán, un « petit pays » vis-à-vis duquel les institutions européennes se sont montrées impuissantes, reste à peine voilée…

Cependant, même si Jaroslaw Kaczynski n’a jamais caché son ambition de transformer Varsovie en Budapest, ce qui se passe en Pologne a peu à voir avec la réalisation d’un scénario hongrois. Certes, à l’instar de Viktor Orbán, le Premier ministre polonais s’en est pris aux médias publics en projetant de changer leur statut. Non plus « publics » mais « nationaux », selon le projet de loi préparé par Droit et Justice, les médias seraient obligés de se conformer au « système des valeurs chrétiennes » mais aussi de « cultiver les traditions nationales et patriotiques ». On comprend qu’on ne trouvera pas de programmes destinés aux cyclistes ou aux végétariens à la télé polonaise, ce qui n’est pas grave en soi. Le véritable ennui réside dans la compétence que se réserve le pouvoir de nommer tous les directeurs d’antennes et qui, à leur tour, seraient les seuls à décider de la prolongation de contrat ou du licenciement des journalistes plus ou moins « indociles » voire même, Dieu nous en garde !, végétariens. Reste que contrairement au Fidesz de Viktor Orbán, Droit et Justice affronte sur le plan de la politique intérieure une opposition libérale issue du même camp post-Solidarnosc, et non pas des post-communistes. Ensuite, au niveau européen, Fidesz appartient au Parti populaire européen, favorable à une intégration plus profonde des pays-membres (et aussi au développement des énergies renouvelables), alors que Droit et Justice fait partie de l’eurosceptique groupe des Conservateurs et réformistes européens, menés par les Tories britanniques, dont il est inutile de rappeler la volonté de voir le Royaume-Uni quitter l’Union européenne. Serait-ce la raison pour laquelle Elmar Brok, député européen de la CDU allemande, a exprimé un vif doute quant aux moyens dont dispose l’Union européenne pour venir à bout des agissements du nouveau gouvernement polonais ? Pas seulement. « Ce gouvernement est soumis à une idéologie nationaliste, conservatrice et viscéralement attachée à l’Eglise catholique. Voilà pourquoi le défi pour l’Union européenne est tout autre que dans le cas de la Hongrie. Indépendamment de différences de points de vue sur beaucoup de questions, il est toujours possible de discuter avec Orbán », a remarqué l’eurodéputé. Et c’est peu dire. Car la tactique adoptée par le gouvernement polonais consiste jusqu’à présent à ignorer totalement les questions qui lui ont été adressées par la Commission européenne. Un artifice efficace, à court terme seulement, pour éloigner la menace de sanctions. Celles-ci seront-elles jamais mises à exécution ? Les agriculteurs polonais privés de compensations financières ? Les subventions à l’industrie minière coupées ? La Pologne destituée de son droit de vote au Conseil européen ? Extrêmes, les mesures dont dispose la Commission européenne pour rappeler à la raison un de ses pays membres sont très lentes à mettre en œuvre, laissant aux autocrates du style d’Orbán le temps de faire un pas en arrière. Tous les Polonais attachés aux valeurs démocratiques et à l’indépendance du système judiciaire et médiatique n’ont qu’à espérer que Kaczynski ait plus en commun avec le Premier ministre hongrois qu’il ne le soupçonne lui-même.

Quand toutefois ce ne serait pas le cas, l’opposition démocratique s’organise en Pologne comme au bon vieux temps du régime communiste. Inspiré directement du concept du « pouvoir des sans-pouvoirs » de l’ancien dissident puis président tchèque Vaclav Havel, le Comité de Défense de la Démocratie, en plus d’organiser des manifestations de masses dans les rues des grandes villes, a déposé un projet alternatif et citoyen à la réforme du Tribunal constitutionnel. Qu’il n’impacte nullement le pouvoir en place est une chose. Il en est une autre de savoir qu’il existe encore des Polonais – et pas que des cyclistes ou des végétariens – pour qui le respect de l’état de droit, du pluralisme des opinions et de l’indépendance des médias s’inscrit autant dans la tradition nationale que la considération des valeurs chrétiennes.

*Photo : SIPA.REX40409824_000009.

Cologne: viols contre l’humanité

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Cologne viols migrants

Cologne viols migrants

Le soir du nouvel an à Cologne, des groupes de jeunes hommes éméchés ont profité des rassemblements festifs pour agresser sexuellement des dizaines de femmes. Le lendemain, la police déclarait que la soirée n’avait pas connu d’incidents particuliers puis, après que 90 plaintes furent déposées pour des attouchements, des vols et un viol, le ministre fédéral évoqua des actes impliquant « plus de mille personnes » ayant commis les agressions ou protégé leurs auteurs. L’information qui, dans le cas d’événements d’une telle nouveauté et d’une telle ampleur, circule pratiquement à la vitesse de la lumière, a mis une bonne semaine à émerger et à nous parvenir. Les inhibitions antiracistes et les complexes hérités d’un passé nazi y seraient-ils pour quelque chose » Peut-être car, faut-il le préciser, les voleurs un peu violeurs n’avaient, selon les témoignages des victimes, rien d’aryen. Le chef de la police de Cologne les décrivit comme des hommes « apparemment d’origine arabe ou nord-africaine ».

Les Allemands restent sidérés que la mode des prédations sexuelles observés place Tahrir pendant le printemps égyptien se soit répandue dans une Allemagne généreuse et hospitalière. Surtout ceux qui accueillaient il y a peu ceux qu’on nomme chez nous des migrants et outre-Rhin des réfugiés, avec des banderoles de bienvenue et des ballons multicolores. Du coup, on a minimisé, on a relativisé et on a craint les amalgames. Ainsi la maire de Cologne Henriette Reker a déclaré : « Nous n’avons aucun indice montrant qu’il puisse s’agir de réfugiés séjournant à Cologne », jugeant le rapprochement fait avec les migrants « inadmissible ». Le ministre de la Justice a craint surtout une « instrumentalisation » de ces agressions dans le débat actuel sur l’accueil record de migrants. Le ministre de l’Intérieur, lui, a déclaré que l’apparence des agresseurs « ne doit pas conduire à faire peser une suspicion généralisée sur les réfugiés ».

Depuis les invasions barbares jusqu’aux soldats de l’Armée rouge, les Allemands avaient un peu perdu l’habitude que des mâles allogènes en bandes organisées se jettent sur des femmes seules indigènes.

L’exemple suédois aurait dû inciter madame Merkel à la prudence quand elle a décidé d’ouvrir ses frontières au tiers-monde déferlant. Le pays des blondes scandinaves à la réputation « facile » qui déplorait 421 viols en 1975, en déclarait 6620 en 2014, soit une augmentation de 1472%. La Suède est ainsi à la deuxième place sur la liste mondiale des pays au taux de viol le plus élevé, le Lesotho occupant la première, selon une enquête de 2010.

Comme le déclarait sans complexes Hamid, résident en Suède, dans une enquête menée en 2006 par l’avocate Anne Christine Hjem pour le Tribnual de Svea : « Ça n’est pas aussi grave de violer une Suédoise que de violer une fille arabe. Elles ne sont probablement pas vierges de toute façon. Alors que la fille arabe aura des problèmes avec sa famille. Ce sera une source de honte pour elle. C’est important qu’elle reste vierge jusqu’au mariage. C’est presque trop facile de se taper une Suédoise. Beaucoup de garçons immigrés ont des copines suédoises quand ils sont ados. Mais quand ils se marient, ils prennent une femme convenable, de leur culture, et qui est vierge. Et c’est ce que je vais faire. Je n’ai pas beaucoup de respect pour les Suédoises. Elles se font sauter sans arrêt. »

Et Hamid le Suédois d’adoption n’est pas un loup solitaire. Au Danemark, un mufti  a déclaré publiquement que les femmes qui refusaient de porter le voile étaient des « candidates au viol ». En Norvège, où le taux est six fois plus élevé qu’à New York, deux viols sur trois sont commis par des immigrés d’origine extra-européenne, selon les sources policières.

Et face à ces crimes en série, que fait-on ? Pas grand-chose. Pour nos « responsables » politiques qui craignent d’abord les amalgames, les viols massifs semblent n’être que des détails de l’histoire et des dommages collatéraux de la « mondialisation heureuse ». Aux légitimes demandes populaires de sécurité, leurs réponses rappellent cette blague extraite d’un sketch de Coluche : « Dites-nous de quoi vous avez besoin, nous vous expliquerons comment vous en passer. »

*Photo : SIPA.AP21842122_000001.

La déchéance de nationalité, une chance pour l’intégration

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déchéance de nationalité intégration

Inutile de répéter que cette perspective ne fait pas peur aux islamo-terroristes qui se préparent à se faire exploser en même temps que leurs passeports. Car, où qu’ils les aient placés, leurs passeports français ne les protègeront pas le jour de leur auto-désintégration volontaire.

Ce n’est pas à eux que ce discours s’adresse. Il s’adresse en réalité à deux composantes hétérogènes de notre pays.

Il s’adresse d’abord aux Français qui se veulent tels et qui entendent persévérer dans leur être, pour leur dire qu’ils ont le droit de ne pas se sentir du même peuple que ceux qui projettent de les assassiner simplement parce qu’ils sont Français.

Ce message leur dit  en substance : « Les jeunes qui haïssent mortellement ce qui est français ne sont pas vos enfants, ne sont pas de votre famille, ne sont pas des vôtres, ne sont pas de votre peuple. Ce n’est pas vous qui les rejetez, vous qui les excluez. Ce sont eux qui vous désignent, vous les Français, comme des étrangers et comme des ennemis. Vous n’avez plus besoin de prendre des gants pour désigner ceux qui veulent vous tuer, pour les haïr et pour combattre, car vous n’êtes pas leurs parents, ni leurs frères et sœurs ; vous n’êtes pas leurs gardiens. »

C’est donc d’abord un message de déculpabilisation à l’adresse des Français.

Ce discours repose sur le postulat selon lequel un peuple, une nation, un pays, bref une société, n’est pas une famille. On ne choisit pas la famille dans laquelle on naît, tandis qu’une société démocratique résulte en son principe d’un choix réciproque et d’un contrat sociétal volontaire, que ce contrat soit exprès ou tacite. L’appartenance à la France n’a donc rien d’inconditionnel.

Mais ce même discours s’adresse en même temps, à l’autre bout du spectre, à ceux qui, ayant le titre de Français, hésitent entre devenir et s’accepter Français ou se ranger du côté des  tueurs de Français. Ce message leur dit plus clairement qu’on ne l’a jamais fait : « Si vous êtes nés sur le sol de France tout en vous sentant d’une culture différente, vous êtes les bienvenus dans ce peuple à la condition de vouloir vous adapter au pays où vous voulez vivre. C’est à vous de vous intégrer au peuple qui vous accueille. Si vous en avez le désir, car la demande vient de vous, tout vous devient possible. Quant à ceux qui choisissent de rejeter la France, ils sont prévenus que ce rejet sera réciproque, et qu’on ne leur fera plus de cadeau.

La différence de traitement inscrite dans ce message ne passe pas entre les mono et les binationaux. Elle ne passe pas entre ceux qui sont Français par leurs parents et ceux qui sont Français par leur lieu de naissance.

Elle passe entre ceux qui veulent être Français et ceux qui ne le veulent pas.

En ce qui les concerne, c’est bien leur droit de s’exclure, mais c’est alors celui du pays où ils vivent malgré eux de les traiter en étrangers.

Quel que soit l’avenir juridique de ce projet de déchéance de la nationalité, il faut lui reconnaître ceci : grâce à lui, tout le monde est placé devant ses responsabilités, et l’intégration de tous ceux qui la veulent peut réussir.

*Photo : SIPA.00735832_000005.

Loïk Le Floch-Prigent: « Aimons nos industriels! »

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Loïk Le Floch-Prigennt

Loïk Le Floch-Prigennt

Daoud Boughezala. La France qui vient de connaître des désastres en chaîne ces dernières années dans son industrie, avec la disparition de secteurs entiers et plus récemment la vente à l’étranger de quelques fleurons, peut-elle espérer conserver demain des entreprises industrielles prospères et conquérantes ?

Loïk Le Floch-Prigent. J’estime que c’est encore possible, à condition d’opérer un changement d’état d’esprit collectif. C’est le propos de mon livre. Nous sommes désormais aux bords du gouffre, en grande partie parce que nous ne voulons pas nous confronter à la réalité. Nous refusons de regarder nos échecs en face, alors que nous pourrions en tirer les enseignements pour notre futur.

La politique « colbertiste » a connu ses heures de gloire ; les programmes gaullistes et pompidoliens ont eu un effet d’entraînement incontestable sur tout notre appareil industriel. Les nationalisations de 1981 ont permis la restructuration de secteurs pour partie à la dérive. Dans le même temps, une industrie à caractère familial, plus dynastique, cohabitait dans notre pays avec des succès également incontestables. Mais, depuis, la mondialisation, les privatisations mal conçues, les stratégies incertaines de dirigeants cooptés et peu professionnels ont sonné le glas de nos ambitions industrielles. Et l’affaiblissement du pouvoir politique a accéléré ces mauvais choix. C’est seulement grâce à des hommes assez lucides et assez courageux pour adopter la stratégie requise dans un monde en mouvement, que nous conservons encore quelques fleurons.

Cependant, ces dernières années, des dirigeants industriels ont ruiné des pans entiers de l’industrie française. Malgré leur inaptitude à exercer les responsabilités qui leur avaient été confiées, ils se sont accrochés à leur poste jusqu’au drame final et, par-dessus le marché, avec les félicitations  du jury ! A l’opposé, les entreprises familiales ont préparé soigneusement leurs dirigeants, contrôlé leurs résultats. Et, dans l’ensemble, ils ont mieux résisté à la compétition mondiale. C’est un fait incontestable : Dassault et Michelin ont fait mieux qu’Alcatel et Alstom.

Par ailleurs, nous nous heurtons à un problème souvent évoqué, mais jamais traité : les Français rechignent à investir leur épargne dans notre appareil industriel. Si l’on veut parler de « patriotisme économique »,  au lieu de montrer du doigt les « consommateurs » qui n’achètent pas « français », il faut se demander pourquoi l’argent des Français, l’assurance-vie par exemple, ne va pas vers l’industrie française. Ce ne sont pas les consommateurs qui posent problème, c’est l’impossibilité en France de mobiliser les capitaux quand on veut se développer. Du coup, notre industrie se tourne vers des fonds de pension américains ou des fonds souverains comme ceux de Chine, d’Arabie Saoudite ou du Qatar, pour assurer son maintien et sa croissance, en particulier quand les dynasties sont en difficulté, comme récemment la famille Peugeot.

La première action à envisager n’est pas de modifier tel ou tel point de détail, mais de faire rentrer notre société française dans ce siècle. Car si nous voulons une industrie dynamique, il faut que l’ensemble du pays en ait envie, investisseurs potentiels et administrations régaliennes. Cessons de pénaliser réglementairement, fiscalement, culturellement, l’industrie et l’industriel ! Réservons une rémunération préférentielle aux détenteurs de capitaux qui prennent le risque de s’investir à long terme dans notre industrie, quelle que soit sa taille. C’est la réforme la plus difficile, celle des mentalités. Elle dictera de nouvelles règles, de nouveaux comportements. Si nous n’aimons pas notre industrie et nos industriels, si nous n’évoquons les patrons que pour leur faire encore et toujours les mêmes procès d’intention, que pour les mépriser, plutôt que de leur permettre de développer leurs activités, nous perdrons notre statut de nation industrielle. Et cela peut aller très vite. En 2014 et 2015, des pans entiers de notre industrie ont été cédés à des entreprises étrangères.

Pour autant, je ne suis pas décliniste. Je n’alarme pas pour démobiliser, je mets en garde pour entreprendre. L’accélération des changements techniques et les compétences, le savoir-faire, les personnalités issues de notre système éducatif, nous offrent l’occasion de réinventer une industrie moderne, dynamique, conquérante, en utilisant au mieux les dynasties anciennes et les nouvelles. Nous devons redonner notre confiance aux « vrais industriels », ceux qui ont l’humilité d’apprendre tous les jours leur métier au contact de leur personnel. Encore faut-il le vouloir vraiment. Ne manquons pas ce rendez-vous !

A la différence de nombre de vos anciens collègues dirigeants d’entreprises, vous préconisez la constitution de grands empires industriels aux actions diversifiées, à l’image de ce que fut la Générale des Eaux. Pourquoi critiquez-vous le repli sur le cœur d’activité tel que l’ont pratiqué des groupes comme Alcatel ?

Je mets en cause les stratégies perdantes. Donc je critique la stratégie qui a conduit un grand groupe industriel, la Compagnie Générale d’Electricité, de renoncement en renoncement, de « cœur de métier »  en « cœur de métier »,  à disparaître complètement cette année avec la cession du dernier carré, Alcatel « cœur de métier »,  au finlandais Nokia. Cette conception de l’industrie a la faveur des financiers et des commentateurs, mais elle n’a pas de sens. Quand une activité a un rôle industriel, qu’elle gagne de l’argent, qu’elle peut croître, pourquoi la céder ? Comment peut-on se déclarer confiant en l’avenir et, dans le même temps, juger logique de vendre un bel outil performant sous les applaudissements ? Au fait, la compagnie américaine General Electric, en rachetant Alstom-énergie « cœur de métier », a-t-elle fait une erreur stratégique en diversifiant son activité ? J’aimerais que nous ayons commis autant d’erreurs que General Electric, qui demeure aujourd’hui l’une des premières entreprises mondiales !

Une entreprise industrielle doit pouvoir envisager une diversification. Si elle est lucrative, il faut la poursuivre. Cette nouvelle activité peut même, au fil du temps, supplanter l’activité originelle – laquelle, entretemps, a parfois vu disparaître son marché. Il y a assez d’exemples probants. Après coup, à l’heure du succès, le dirigeant peut justifier sa décision, il n’empêche que le point de départ est parfois, ou souvent, une idée saugrenue ! Antoine Riboud a créé son empire Danone en choisissant abandonner son activité originelle, le verre. Quand on gagne, c’est que la stratégie est bonne. Quand on échoue, c’est qu’elle est mauvaise. Je constate que ceux qui ont voulu créer des empires diversifiés ont réussi, et que ceux qui n’ont pas arrêté de chanter leur cœur de métier ont fini par disparaître.

Vous semblez nostalgique du « capitalisme de papa » des années Pompidou et fustigez la financiarisation de l’économie que les privatisations opérées par le gouvernement Balladur (1993-1995). En 1981, vous étiez aux premières loges des nationalisations. Fort de cette expérience, pourquoi estimez-vous que les grandes entreprises publiques et les groupes familiaux seraient aujourd’hui plus à même d’affronter la concurrence internationale ? 

Je ne suis pas nostalgique. Je souligne ce qui a marché et ce qui n’a pas marché. Rien de plus ! Arrêtons de nous raconter des histoires. Les années Pompidou ont été marquées par des investissements industriels avec le renforcement de grands outils. Certains de ces groupes ont été défaillants par la suite. Giscard-Barre ont nationalisé le secteur le plus malade, la sidérurgie. Mitterrand en a rajouté avec quatre groupes très malades et trois bien-portants : Dassault, Lagardère et CGE (électricité). Il est clair qu’il s’agissait de nationalisations idéologiques. Mais l’origine du mal qui a frappé notre industrie n’est pas 1981, ce sont les soi-disant « noyaux durs » de la privatisation balladurienne. Les causes qui avaient conduit aux désastres d’avant 1981 n’ont pas été traitées par la privatisation : les capitaux français existants n’ont pas été alloués à l’industrie.

Je constate que les entreprises familiales à dynastie responsable ont plutôt bien encaissé le choc de la mondialisation, contrairement aux entreprises publiques puis privées ou semi-publiques ou semi-privées. Après effeuillage, ces dernières sont passées sous le contrôle de l’industrie étrangère. Voyez Rhodia, Alcatel, Alstom et Ciments Lafarge. Je veux que s’arrête cette débâcle. Et qu’au moins on ne travestisse pas ces capitulations en succès, de plus en félicitant leurs auteurs.

Pour relever les défis de la compétition internationale, il faut une industrie dont les patrons « vivent » leurs produits ou productions jour et nuit, font corps avec leur entreprise et ne travaillent que pour son succès. Il se trouve qu’aujourd’hui ce sont des sociétés familiales qui répondent le mieux à ces critères. La désignation des dirigeants par l’Etat, ou par les castes qui le contrôlent, conduit à la catastrophe. Il pourrait en être autrement. Hélas, cela dure depuis quarante ans.

Comment pouvez-vous affirmer que « le nucléaire et le tgv ont quasiment disparu ces vingt dernières années » alors que les grands chantiers ferroviaires se multiplient, parfois à l’encontre des préconisations du juge administratif, et qu’aucune centrale n’a fermé, y compris Fessenheim ?

Je raisonne en industriel. Il y a vingt ans, nous disposions d’une avance technique incontestable dans ces deux secteurs grâce à nos programmes d’installations domestiques, de 58 réacteurs nucléaires et de lignes TGV pour quadriller la France en débordant chez tous nos voisins. Maintenant : industriellement, combien de centrales avons-nous vendu ? Quel est l’état de notre appareil industriel ? Il se limite à de la maintenance depuis vingt ans. Nous savons ce qu’il en est d’Areva ! Et pour les lignes TGV, que sont devenues les conquêtes de l’industrie française ? Alstom, qui a concentré la quasi-intégralité de notre industrie ferroviaire, est désormais concurrencé en France ; l’industrie chinoise est devenue très puissante, quatre fois la nôtre. Nous n’avons pas tiré d’avantages de notre position de leader. Je ne fais qu’un constat d’un échec. Je le regrette profondément.

A l’approche de la conférence de Paris sur le changement climatique (Cop 21) vous avez misé notamment sur le marché de la transition énergétique et critiquez la « décroissance dépolluante dont personne ne veut vraiment ».  Inversement pourquoi défendez-vous l’idée d’une croissance infinie dans un monde aux ressources finies ?

Je suis assez insensible au battage politico-médiatique qui entoure la Cop 21. Comme beaucoup de scientifiques, j’estime que le problème climatique n’est pas la priorité indiscutable de l’humanité. Demandez au milliard d’êtres humains qui ont faim et qui n’ont pas l’électricité… Mais ils ne seront pas à Paris ! J’observe que ni les nantis, ni les pauvres ne sont prêts à modifier leurs objectifs. Voilà vingt ans que j’entends la même rengaine sur la fin du pétrole. C’est une ânerie. De nouveaux gisements, on en localise régulièrement. Sauf que leur exploitation coûtera de plus en plus cher. Mon théorème : les réserves augmentent avec les prix. Je ne connais pas de contre-exemples. Un jour, le coût des alternatives au pétrole baissera, et notre société évoluera vers autre chose. Mais nous n’en sommes pas là. Nous entrons dans ce que les politiciens appellent « la transition énergétique ». Parce que le pétrole et le gaz  continuent à être performants et d’un coût abordable.

*Photo : SIPA.00685998_000019.

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Tuer Dieu tue

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Frigide Barjot Charlie Hebdo

Frigide Barjot Charlie Hebdo

Le 7 janvier 2015, les plus grands noms de la dérision libertaire et bouffeuse de curés étaient abjectement assassinés par les malades de Daech religieusement modifiés. Attentat qu’aucun Satan ne saurait justifier, sauf à le perpétrer lui-même. Cet acte sanguinaire, qui emporta Cabu, Charb, Wolinski et leurs compagnons de dessins, est le blasphème suprême : tuer au nom de Dieu.

Paix à leurs âmes en ce jour.

Cela aurait dû apaiser les survivants devenus par leurs « martyrs athées » de nouveaux héros français. Mais non, au lendemain du massacre, l’esprit Charlie, rescapé du drame mais pas de l’athéisme intégriste, s’est à nouveau manifesté, derrière la légitime émotion du pays, sous un autre blasphème : la caricature du sacré.

A la une de Charlie il y a un an, le prophète était dessiné écrasé d’un pardon trop chrétien. Avec le slogan « Je suis Charlie » entre les mains qui accomplissait le sacrilège de l’Invisible, cette moquerie a humilié 5 millions de musulmans, sincèrement désireux de participer au deuil de la nation. Absents de la manif nationale, ils ont souffert en silence de la vente tonitruante de ces 5 millions de Charlie, comme autant d’injonctions à apostasier. Et qui n’ont réussi qu’à les confirmer dans leur foi et leur communauté.

Un an et 150 victimes plus tard, de toutes religions confondues, Charlie est toujours athée militant. Mais cette fois-ci pas téméraire, l’irrévérence antireligieuse épargne Allah et se replie sur un dieu cacochyme et massacreur, qui, tel le père Noël est une ordure ensanglantée, « court toujours » une kalach en bandoulière. Réjouissons-nous, croyants moqués, le ridicule judéo-chrétien tuera moins.

Sous prétexte d’être libre d’expression, la dérision avilit dans un même geste fatal le bourreau et ses victimes : elle bégaye devant la liberté religieuse, piétine la laïcité chrétienne et en oublie la Une-hommage à ses camarades morts au champ d’honneur de l’obscurantisme. Même la plaque mortuaire est loupée ! Surtout, on découvre la terrible vérité. Comment Dieu peut-il être assassin alors même qu’il n’existe pas ?

Face à la crise et à la mort – provoquées par la même déréliction de l’âme – les rebelles à Dieu tiennent la solution : continuer de ricaner gratuitement et de s’essuyer les pieds sur le sacré universel, au nom des droits de l’Homme. Mais au pays de la fille aînée de l’Eglise, tuer Dieu ne mène nulle part, sauf au néant la société et à sa perte l’humanité. Parce que Dieu est notre intime, les attaques incessantes contre Lui rendent assassin. Tuer Dieu tue l’homme et massacre ses droits. Rire de Dieu divise une société déjà polyfragmentée.

Est-ce cela l’« unité nationale » ?

Rire avec Dieu sauve

S’il y a bien un être spirituel, que nous voulons en notre profonde compagnie, c’est Dieu. Dieu est humour, ce doux mélange d’humilité et d’amour. Oui, Dieu nous sort de notre sinistre isolement, il nous élève vers ce qui nous dépasse, comme un bon fou-rire nous sort de nous pour nous relier à tous ceux qui communient dans la même hilarité heureuse ; celle du bien-être de la joie. Car jamais l’humour, le vrai, ne souille : ni l’amitié, ni l’amour, ni le lien entre les citoyens. L’humour rajeunit l’âme.

Le 4 décembre 2015, Laurent Violet, chantre de l’humour noir et de l’amour vrai, est mort. II avait 50 ans. Il était insolent : la preuve, il s’était fait virer de France Inter. Il disait ne pas croire, mais jamais il ne s’est moqué de ceux qui riaient avec Dieu. Mieux, il riait avec eux.

Alors nous aussi rions, et vivons, notre vie est si courte. Avec un peu d’humilité et beaucoup d’amour, rendons la belle. L’humanité est déjà trop blessée pour que par dérision, narcissisme et méchanceté, on la laisse accepter cette guerre des fondamentalismes. C’est par le respect de tous, et nos consciences éveillées pour l’Humain, que nous gagnerons la paix. Celle des braves.

Notre France la mérite.

*Photo : Wikimedia Commons.