Après la liquidation de l’une des principales chaînes de grands magasins Outre-Manche, BHS (British Home Stores) en avril dernier, un nouveau séisme s’abat sur le commerce british. Marks and Spencer (M&S pour les intimes) a annoncé la fermeture d’une centaine de magasins dans le monde (60 en Grande-Bretagne dont sept en France, y compris son enseigne phare des Champs-Élysées, qui a ouvert ses portes en 2011. Plus de 500 emplois sont menacés en France.
M & S est une marque très populaire en Grande-Bretagne fondée par Michael Marks, un juif biélorusse, arrivé en Angleterre en 1882.
Marks loua donc un espace de vente à Leeds, servant de magasin durant six jours de la semaine. Une de ses fameuses annonces fut que ses articles ne coûtaient pas plus d’un penny. À proximité du magasin, on pouvait lire ces mots « Don’t Ask the Price, It’s a Penny » [ne demandez pas le prix, c’est un penny].
En 1894, Marks décida qui s’il voulait étendre son entreprise, il devait trouver un partenaire commercial. Il collabora avec un caissier, Thomas Spencer [Marks & Spencer]. Spencer pensa que 300 livres cela suffiraient pour ouvrir un magasin plus grand. Leur premier grand magasin ouvrit ainsi à Manchester.
Guerre de succession
En 1907, Spencer puis Marks moururent l’un après l’autre à quelques mois d’intervalle. Une lutte de pouvoir pour le contrôle de l’entreprise entre les fils respectifs des deux fondateurs et des associés s’engagea. C’est finalement Simon Marks qui prit la tête de l’affaire en 1915. Il en assura le développement jusqu’à sa mort en 1964.
Au Royaume-Uni, on peut trouver un magasin M & S dans la plupart des villes. Cela peut être un « M&S Simply Food » ou un grand magasin proposant vêtements, nourriture, objets de décoration, avec souvent un café attenant.
Plus de 700 magasins M&S existent en Grande-Bretagne, situés dans les rues commerçantes [High Streets], les centres commerciaux, les gares ou les aéroports. J’y achète souvent mes chemises, polos, des costumes ou simplement, mes courses pour Noël.
La bataille de France deux fois perdue
Marks and Spencer possédait des magasins dans l’Hexagone jusqu’en 2001. Quand l’entreprise a annoncé sa fermeture, ce fut une surprise, car la chaîne était réputée très populaire.
Onze ans plus tard, Marks and Spencer a rouvert un magasin sur les Champs Élysées à Paris. Six autres magasins ont ouvert leurs portes en France entre 2012 et 2014. D’après le patron de l’enseigne, le projet de réorganisation « ne concerne pas les onze magasins Food franchisés de Marks & Spencer situés en région parisienne dans la mesure où il existe une forte demande pour ses produits innovants et de haute qualité ».
Le nouveau directeur du groupe, Steve Rowe, arrivé en début d’année pour relancer la marque, a souligné qu’il voulait mettre l’accent sur les produits alimentaires. M & S ouvrira ainsi quelque 200 nouveaux magasins « Simply Food » d’ici au printemps 2019. Que les Français et Anglais ne s’inquiètent pas. Ils pourront continuer à acheter leur Christmas pudding et leur tea dans les magasins d’alimentations Simply Food Marks and Spencer. On a eu chaud !
John Fitzgerald Kennedy à Dallas le jour de son assassinat, 22 novembre 1963. @VictorHugoKing
Cette fois ça y est, ils sont devenus fous. Si les médias du monde entier ont, dans leur grande majorité, manifesté leur dégoût, plus ou moins bien maquillé, après l’élection de Donald Trump, d’autres ont fait plus que s’étouffer. Monisha Rajesh, une collaboratrice du Guardian, a carrément appelé au meurtre : « Et si le moment était venu d’assassiner un président » a « tweeté », le soir même de l’élection, la jeune femme qui, sous la pression des internautes, a dû retirer sa production. «Elle ne fait pas partie de nos contributrices régulières », s’est vaguement défendu The Guardian.
La Britannique n’est pas la seule à nous avoir exposé le fond de son cœur. Cinq jours avant l’élection de Donald Trump, un pigiste du Los Angeles Times, expatrié en Corée du Sud, lui avait montré la voie. Il a été renvoyé.
En France, mais sur le ton de l’humour cette fois, le chroniqueur Pablo Mira, fondateur du Gorafi (et qu’on a connu mieux inspiré !) a fait le même coup sur France Inter : « Trump c’est le candidat qui redonne aux Américains l’espoir, l’espoir qu’il soit assassiné avant son investiture », a-t-il plaisanté sous les yeux amusés de Charline Vanhoenacker. Sa radio ne l’a pas viré, elle a souligné son extrait.
« Trump c’est le candidat qui redonne aux Américains l’espoir, l’espoir qu’il soit assassiné avant son investiture. » @pabl0mirapic.twitter.com/j2zaPBaJQa
Élisabeth Lévy. Toutes les personnalités que j’ai sollicitées pour parler de France Inter ont refusé de le faire ouvertement, sans doute parce qu’elles veulent continuer à être invitées. Vous avez accepté, est-ce parce que vous êtes tricard ?
Gilles-William Goldnadel. En tout cas, je ne suis presque jamais invité, et ceux qui ont tenté de le faire ont dû se faire rappeler à l’ordre car j’ai été désinvité. Il faut dire que je passe mon temps à les enquiquiner en pointant leurs divers manquements. Pendant l’affaire du « mur des cons », où je défendais mon ami Clément Weill-Raynal, une journaliste est venue m’interviewer, cela n’a jamais été diffusé. Et elle n’a pas eu le courage de répondre à mes nombreux appels. Bien sûr, ça n’a rien de personnel. Le même traitement est peu ou prou réservé à tous ceux que l’on considère comme des ennemis idéologiques. Ainsi, cela ne pose aucun problème à Ali Baddou de recevoir Badiou, stalinien-maoïste non repenti, mais Zemmour est interdit d’antenne.
Peu de gens semblent penser, comme nous, qu’il y a un scandale de la radio publique…
Vous avez raison, le scandale, d’une certaine manière, c’est qu’il n’y ait pas de scandale, alors que même les responsables de Radio France reconnaissent que les antennes sont « à gauche ». Or il s’agit du service public, financé par la redevance de tous les Français. Le cahier des charges impose, théoriquement, l’objectivité, la neutralité et le pluralisme, sous le contrôle tout aussi théorique du CSA. Et nonobstant cela, on continue comme si de rien n’était. Et le plus scandaleux, c’est que même l’opposition de droite n’en fasse pas un sujet de réflexion ! Ce qui prouve à quel point elle n’a rien compris au combat des idées.[access capability= »lire_inedits »]
Le problème n’est pas que les journalistes, producteurs ou responsables soient « de gauche », c’est bien leur droit et ce n’est pas le cas, du reste, de l’actuel président de Radio France ; le problème, c’est qu’ils présentent leurs opinions comme des vérités.
C’est la définition même de l’idéologie.
Il faut dire que c’est à peu près la même chose partout, les médias publics comme NPR ou la BBC sont comme structurellement à gauche.
Les médias tout court ! La sociologie du journaliste occidental est à peu près la même partout. Cependant, la BBC, elle, est soumise au contrôle d’un CSA local à qui il arrive de reconnaître ses fautes. J’ai en mémoire que la BBC a convenu que l’information sur le Proche-Orient et sur Israël avait manqué d’objectivité à certaines périodes. Chez nous, le CSA condamne scrupuleusement RMC parce qu’ils se sont moqués du physique de Nafissatou Diallo – qui, comme chacun sait, écoute Les Grandes Gueules tous les matins ! –, mais quand je leur signale un traitement évidemment biaisé de l’information sur Israël, silence radio.
Comment cette idéologie s’impose-t-elle à l’intérieur des médias ?
Elle ne s’impose pas, elle est leur bain naturel. Il y a très peu de militants encartés, mais l’information se fabrique sous le contrôle sourcilleux des syndicats, qui ne se bornent pas à être extrêmement vigilants pour leurs intérêts corporatistes, mais interviennent dans le contenu de l’information. Dans l’affaire du « mur des cons », le Syndicat national des journalistes (et, à France 3, le SNJ-CGT) s’était déclaré solidaire du Syndicat de la magistrature contre Clément Weill-Raynal, lequel n’a été soutenu que par FO, ce qui est énorme. On dépeint le journaliste français comme corporatiste : c’est très injuste ! Le journalisme français est idéologique.
Ce syndicalisme, qui au lieu de se battre pour que ceux avec lesquels il n’est pas d’accord puissent parler s’acharne à les faire taire, s’exerce aussi contre Éric Zemmour dans les rédactions où il officie. Or RTL et Le Figaro ne sont ni de gauche ni publics…
Certes, mais je le répète, s’agissant du service public ce phénomène est à la fois massif et inacceptable. On dirait que 90 % des journalistes de Radio France véhiculent, sans même y penser, une idéologie gauchisante sommaire. Elle relève en grande partie du réflexe, de la pensée spontanée ; mais pour certains, cela tient à une forme de surmoi permettant de défendre son intérêt bien compris. Si, par une hypothèse intellectuelle hardie, tel ou tel journaliste voulait faire œuvre d’indépendance d’esprit, il saurait qu’il risque d’être regardé avec suspicion ou hostilité. Donc, il se passe la même chose que dans l’art. La tradition et le réflexe se conjuguent pour que rien ne change.
Vous exagérez. Il y a des choses qui changent. Il faut mettre au crédit de Laurence Bloch et Philippe Val d’avoir délivré l’antenne de France Inter de l’anti-israélisme rabique qui y régnait.
D’accord, parce que, quoi qu’en disent les dinosaures du Monde diplo, le conflit israélo-palestinien a cessé d’être la mère de toutes les batailles. Reste que, encore en juin, j’ai interpellé France Inter pour un reportage du correspondant à Jérusalem réalisé au moment d’une réunion du Quartet, après la mort d’une fillette tuée à coups de couteau. Le journaliste évoque cet attentat et continue ainsi : « Le Quartet vient de condamner Israël pour sa politique de colonisation. » Or, le Quartet avait également condamné l’Autorité Palestinienne pour son encouragement à la violence. France Inter a dû reconnaître cette étrange omission.
Quoi qu’il en soit, la gauche n’est pas très flamboyante.
Il est vrai que l’idéologie de gauche a du plomb dans l’aile, alors à France Inter, on est sans doute aujourd’hui moins affirmatif, moins méprisant… Je n’exclus pas que certains aient mis un peu d’eau dans leur vin rouge. Tout de même, il y a des faits sidérants : ainsi, tous les humoristes de France Inter se revendiquent comme appartenant à la gauche ! Et ça ne pose aucun problème à personne ! Finkielkraut, dont ils se paient la tête de manière consensuelle, leur en a balancé une bien bonne : « Oui, c’était mieux avant. Avant eux. » Aujourd’hui, Beigbeder s’est fendu d’une réponse sur France Inter. Avec la dérision et le cynisme qui sont sa marque de fabrique, il convenait que les humoristes de France Inter étaient effectivement des gauchistes, comme tous les artistes – des « gauchistes de Park Avenue », comme dit Woody Allen –, et il terminait par une pirouette en disant qu’il valait mieux ça que le contraire. C’est indigne de l’intelligence de Beigbeder. Il essaie de faire passer par l’humour le sujet des humoristes qui, lui, n’est pas drôle ! Il n’est pas drôle que L’Humanité puisse publier que les humoristes de France Inter sauvent l’honneur de leur radio ! – et que, comble de tout, Hélène Jouan s’en vante dans sa revue de presse ! Il n’est pas drôle que Sophia Aram se paie la tête de Karine Le Marchand, volant ainsi au secours du soldat Cohen qui l’avait gravement taclée pour avoir osé interviewer Marine Le Pen. En principe, le bouffon critique le roi régnant. Eh bien, eux non ! Les têtes de Turc de Sophia Aram sont Morano, Sarko et « Ludovine de la Malbaise »… Je ne demande pas que Cohen, Jouan ou Aram soient virés, je demande simplement le pluralisme !
Mais comment expliquez-vous que personne ne proteste ?
Ça ne laisse pas de m’intriguer. Mais puisque même la droite ne dit rien, de leur point de vue ils ont raison. Après tout, ils ont de l’audience et ils ont formaté une grande partie de leur public. Et découragé l’autre. Les études montrent qu’on vote beaucoup plus à gauche chez les auditeurs de France Inter que dans l’ensemble de la population. Je me souviens d’un auditeur qui était intervenu à l’antenne pour dire que c’était un scandale que Monsieur Sylvestre, qui était à l’époque la caution de droite, puisse propager ses idées libérales sur l’antenne du service public ! C’est-à-dire qu’aujourd’hui, dans la pensée de ces gens-là, explicitement, le service public ne peut être que de gauche ! Les auditeurs qui interviennent à l’antenne posent tous des questions de gauche. Le seul sujet, en vérité, c’est l’extrême gauche qui engueule la gauche… Voilà ! Les autres ont l’impression de gêner et sont partis. À l’exception d’un masochiste vigilant comme votre serviteur.
Et des captifs du service public. On ne se met pas à 50 ans aux radios commerciales. Mais vous dites qu’un certain nombre de Français sont exclus. Moi, je dis qu’ils sont parfois méprisés. L’autre jour j’ai entendu au vol parler de « cette France populaire qui n’aime pas l’Autre ».
Le problème, c’est que personne ne soit là pour la défendre, cette France. Je vous rappelle que je défends Fabrice Le Quintrec, qui a été sanctionné il y a plusieurs années pour avoir cité Présent lors de la revue de presse. Or il avait cité un passage anodin que personne n’avait jugé problématique. Mais puisque l’on cite L’Humanité ou Libération, il pensait, dans un esprit d’équilibre, qu’il n’était pas mal de citer Présent. Moi, je suis content qu’on cite L’Humanité, puisque je ne l’achète jamais, L’Humanité ! Je suis content qu’on me parle des journaux que je n’aime pas ! Eh bien, il a été débarqué du jour au lendemain, placardisé à Radio bleue. Il a gagné tous ses procès. Mais on a préféré se priver de sa compétence que de le réintégrer, ce que les syndicats n’auraient pas compris.
Tout cela est vrai, mais après tout France Inter affiche d’excellentes audiences. Une radio de gauche pour le public de gauche, ça se tient.
Et c’est ainsi qu’une moitié de la France est privée du service public. De plus, il y a beaucoup de gens qui ne sont pas politisés et que France Inter contribue à orienter dans le sens du vent. Dans une élection, cela peut jouer. Encore que cela finisse par être contre-productif. Ils peuvent se moquer des électeurs du FN toute la journée, non seulement ils ne les dissuadent pas mais ils arrivent à braquer aussi beaucoup de gens comme vous et moi.
Surtout, c’est une chose de traiter les méchants de méchants, c’en est une autre de faire l’apologie de l’immigration dans un pays qui est unanime à vouloir qu’on l’arrête. Cela donne l’impression que, dans leur tour ronde, ils sont coupés du monde.
Oui, le politiquement correct a encore de bons ciseaux pour censurer, faire taire, écarter. Mais il a perdu son magistère intellectuel et moral. Et les journalistes de France Inter qui, pourtant, se désolent abondamment de la « droitisation » de la société française, sont les seuls à ne pas voir qu’ils ont perdu le combat intellectuel et moral ! [/access]
Débat pour la primaire des Républicains (photo : SIPA_ap21962745_000001)
À l’origine, l’élection du Président de la République par le scrutin universel uninominal à deux tours avait pour objectif d’asseoir la légitimité populaire du chef de l’Etat dans l’exercice de sa fonction. Et puis les socialistes ont eu l’idée de la primaire, avant que la droite dite de gouvernement, toujours prompte à courir derrière les billevesées de la gauche ne l’imite, trahissant ainsi un peu plus de ce qu’il reste de son héritage bonaparto-gaulliste.
L’article 3 de la Constitution de la Vème République est pourtant limpide et dispose que « la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum », rappelant ainsi la filiation naturelle entre les deux grandes figures historiques de la droite qui dans la classification de René Rémond s’apparente au même courant de pensée.
« Vous voyez le Général de Gaulle dans un débat à huit, avec son ancien premier ministre, son ministre des Affaires Etrangères, de l’Agriculture? »
Caution gaulliste et gaullienne du mandat de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino lui-même est tombé dans le piège en feignant de se présenter au casting d’ « Adopte un Chef (d’Etat) » organisé ce mois-ci par ses camarades de parti, alors même qu’il fût le premier et sûrement l’un des seuls à déconseiller l’ancien Président de la République de s’y présenter. « Vous voyez le Général de Gaulle dans un débat à huit, avec son ancien premier ministre, son ministre des Affaires Etrangères, de l’Agriculture? », aime-t-il d’ailleurs faire semblant de questionner à travers une rhétorique cruelle et implacable, qui illustre pourtant de façon tragique l’abaissement de la fonction présidentielle et le manque de hauteur dont font montre les prétendants à la Magistrature Suprême.
Il faut dire que d’un scrutin uninominal majoritaire à deux tours où chaque candidat a rendez-vous avec ses concitoyens dans le but d’incarner la Nation française aux yeux du monde entier, nous sommes passés à un scrutin à quatre tours où tout se joue lors de la première manche.
Une première manche tronquée si l’on considère le poids des sondages dans le choix du candidat et le corps électoral impliqué, les classes populaires, déjà les plus abstentionnistes, ne se déplaçant pas ou très peu.
Car à n’en pas douter, sous couvert d’étendre la démocratie partisane à la base militante, force est de constater que les primaires ont pour seul but de verrouiller le choix des candidats et a fortiori limiter le corps électoral à la portion des privilégiés.
Et tant pis si leurs idées sont parfois contraires à l’idée que l’on se fait du corpus idéologique de sa famille politique. Les électeurs, souvent issus des centres villes des grandes métropoles, catégorie CSP+ ou retraités, choisissent alors « celui qui a le plus de chances d’être au second tour » selon le phénomène bien connu du « band wagon ».
Peu importe le poids réel du candidat au sein de son parti et auprès des militants, ce qui compte désormais c’est son poids supposé auprès de l’ensemble des français, mesuré par les instituts de sondage.
A gauche, que ce soit en 2007 ou 2012, la primaire s’est transformée en plébiscite pour le candidat le mieux placé, les instituts de sondage jouant ici le rôle de catalyseur à travers des projections ajustées en fonction des besoins du résultat final.
Annoncée favorite dès le début de l’année 2006 par plusieurs enquêtes d’opinion, Ségolène Royal n’a pas eu trop de mal à convaincre les militants socialistes à se rallier à sa candidature en dépit d’une lutte interne entre les vieux pachydermes mitterandiens.
Idem cinq années plus tard en dépit d’un soubresaut inattendu répondant au doux nom de Nafissatou Diallo. Si la femme de ménage a bien ruiné les ambitions politiques de DSK, il en fallait plus à la caste médiatique et sondagière pour remettre en cause son statut de faiseur de roi, ajustant son discours et ses projections en faveur du candidat qui disposait alors de plus d’argent et d’une large clientèle partisane pour avoir été premier secrétaire général du PS.
La suite, on la connaît.
Une République des partis soumise au suffrage censitaire.
La droite, pourtant héritière d’une certaine conception de l’incarnation du pouvoir républicain, s’est donc laissée biaiser par le jeu calendaire et médiatique, se coupant un peu plus des classes populaires qui lui avait pourtant permis d’enregistrer un de ces plus beaux succès électoraux en 2007 et d’éviter la débâcle annoncée de toute part en 2012.
Les débats télévisés, les meetings, les congrès ne sont ici qu’artifices, chacun ayant peu ou prou un programme similaire qui ne diverge que sur les mises en œuvres techniques de son application. Et comme il est quasiment acté que le champion de cette primaire aura le privilège d’affronter Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle en mai prochain, il s’agit de bénéficier des meilleures projections pour remporter la mise.
Reste donc l’image que renvoie chaque candidat auprès des journalistes pour juger de sa capacité à faire barrage au second tour au Front National. Détesté par une partie des médias alors même qu’il est adulé par une large portion de la base militante, Nicolas Sarkozy sent bien qu’il est en train de se faire voler sa victoire par le mécanisme de la primaire ouverte. Une ouverture vers le centre – pour ne pas dire le centre gauche – qui bénéficie à Alain Juppé, de retour parmi les vivants, et qui a su tirer profit des querelles internes de l’automne 2012 et des casseroles judiciaires de l’ancien chef d’Etat.
Technocrate, pince-sans-rire, à l’origine du plus important mouvement social de la fin du XXème, « le meilleur d’entre nous » est en passe de réussir son pari à coup de « Une » dans une presse iconoclaste pour la droite (Les Inrocks, Society …). Et tant pis si la majorité des sympathisants LR ne souhaitent pas voir l’actuel maire de Bordeaux porter les couleurs de la droite au printemps prochain au motif – entre autre – du soutien affiché de François Bayrou.
François Fillon a d’ailleurs bien résumé la tragicomédie de cette primaire ouverte lors du deuxième débat des primaires : « 6 millions de chômeurs, 100% de dette, le totalitarisme islamique qui frappe à notre porte, et le sujet majeur de la campagne des primaires, c’est le sort du maire de Pau. C’est le retour à la République des partis ».
Une République des partis soumise au suffrage censitaire. Pas de doute, 46 ans après la disparition de son illustre fondateur, l’esprit de la Vème République est bien mort et enterré.
Arrestation d'un clandestin mexicain, octobre 1994. SIPA. 00253669_000001
Le grand mécheux est peut-être un « clown » mais il est pris très au sérieux. Tant par ceux qui, à New-York, contestent son élection que par… son voisin mexicain. Depuis le 8 novembre, Enrique Peña Nieto et son gouvernement ont une nouvelle priorité : la protection de leurs émigrés. Douze millions vivent de l’autre côté de la frontière. Et si certains espéraient vivre le rêve américain, Donald Trump, lui, leur a promis un autre destin : « Ce que nous allons faire, c’est prendre les gens qui sont des criminels et qui ont des casiers judiciaires, qui appartiennent à des gangs, qui sont des trafiquants de drogue […] et nous allons les renvoyer du pays ou les mettre en prison. […] Ils sont ici illégalement. » « Ils » ? « Sans doute 2 millions, ça peut aussi être 3 millions (de personnes) », a précisé Donald Trump. C’était dimanche sur CBS, pas il y a 6 mois lors d’un meeting : ces paroles ne sont plus celles d’un candidat en quête de voix.
Un numéro d’urgence et un appel au calme
De quoi inquiéter, à deux mois de son arrivée. A défaut d’anticiper, la présidence de la République mexicaine a donc rapidement réagi et annoncé, dans un tweet, le « renforcement de la protection des Mexicains qui se trouvent aux Etats-Unis ». « Nos compatriotes ne sont pas et ne seront pas seuls » a même tenu à rassurer la ministre des Relations extérieures, Claudia Ruiz Massieu, qui vient d’annoncer les piliers de son plan d’action. Une ligne directe, disponible 24/24h, va notamment être mise en place, pour aider les Mexicains à mieux saisir leurs droits, et les liens entre le consulat et les organisations de défense des droits civils vont être renforcés. « Nous allons rester très proches d’eux et les maintenir informés de leurs droits, des mécanismes qui existent pour les protéger, pour qu’ils ne se laissent pas abuser, qu’ils se sentent accompagnés et défendus », lançait-elle déjà hier. Un appel a même été lancé aux Mexicains des Etats-Unis pour qu’ils « évitent toute situation de conflit » et « d’être impliqués dans des actions qui pourraient dériver en sanctions administratives ou pénales ».
El Pdte. @EPN pide fortalecer la protección a mexicanos que se encuentran en EU y brindarles información del servicio de la red consular. pic.twitter.com/0MHw2TY58f
Pas encore les grands moyens mais une méfiance qui peut finir par irriter. En guise d’avertissement, le président Peña Nieto a salué, dans un communiqué, son homologue sortant : « Barack Obama a été un grand ami et allié du Mexique ». Et assuré, dans la foulée, vouloir rencontrer son successeur avant sa prise de fonctions, le 20 janvier. Les deux hommes se sont déjà croisés. L’été dernier, le candidat Trump avait, étrangement, tenu sa langue et sanctionné un entretien « constructif ». Sans doute l’air de Mexico… A peine rentré, dans la soirée, le grand blond, plus volubile, réitérait sa volonté de lui faire « payer à 100% » le mur dont il rêve à la frontière. « Ils ne le savent pas encore, mais les Mexicains paieront », louvoyait-il, non loin de là, à Phoenix dans l’Arizona. « Où qu’ils se trouvent, Monsieur Trump, ma priorité est de protéger les Mexicains », venait pourtant de lui signifier Enrique Peña Nieto.
Rappel, Obama a expulsé 2,5 millions de clandestins entre ’09 et ’15. 91% avaient commis précédemment un délit.
Trump propose la même chose
Hier, Claudia Ruiz Massieu l’a rappelé : les relations entre les deux pays sont importantes et stratégiques. Mais au Mexique, protéger ses compatriotes l’est visiblement encore plus : « c’est notre devoir le plus important, un devoir irréductible. » Et la meilleure façon de ne pas les voir rentrer ?
Ségolène Royal défile avec des associations féministes, 2007. Numéro de reportage : 00541753_000003;
13 novembre 2016. « François Hollande et Anne Hidalgo, la maire de Paris, inaugure six plaques commémorant les attentats du 13 novembre 2015 » — disent les médias à l’heure même où j’écris.
Passons sur le fait que les médias (ni les plaques commémoratives) ne précisent au nom de quelle idéologie des terroristes ont assassiné des gens au hasard des rues. Mais « la » maire…
En décembre 1986, Frédéric Dard-San-Antonio sort La Fête des paires. L’occasion de rejouer en titre d’une ambiguïté maintes fois moquée dans l’œuvre du plus grand écrivain de langue française des trente dernières années du XXème siècle : j’ai encore le souvenir très vif d’un autre roman de la série où parlant de deux individus, il précisait : « Ils sortent du même maire, mais pas de la même paire »…
Le 6 octobre 2014, Julien Aubert, député UMP, a été sanctionné financièrement pour avoir donné du « Madame le président » à Sandrine Mazetier qui présidait l’Assemblée ce soir-là. Rappelé à l’ordre, mais récidiviste malgré tout, Julien Aubert s’est entendu dire par son interlocutrice courroucée : « Monsieur Aubert, soit vous respectez la présidence de la séance, soit il y a un problème. C’est madame LA présidente ou il y a un rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal ». « Faites un rappel à l’ordre. Moi j’applique les règles de l’Académie française », lui a répondu Julien Aubert. Finalement sanctionné, l’élu du Vaucluse sera privé, pendant un mois, de 1.378 euros, soit le quart de l’indemnité parlementaire.
À noter que ce n’était pas le premier accrochage entre ces deux-là. Au mois de janvier 2014, Julien Aubert avait déjà appelé Sandrine Mazetier (qui proposa jadis de débaptiser les écoles maternelles parce qu’elles trouvait que l’adjectif réduisait la femme à sa fonction reproductrice) « Madame le vice-président » — ce à quoi le député de la huitième circonscription de Paris avait cru bon d’ironiser en répliquant à celui qui avait masculinisé son titre : « Monsieur la députée, vous étiez la dernière oratrice inscrite. »
Le premier ministre britannique Theresa May rencontre Jean-Claude Juncker, président de la commission européenne, lors de son premier conseil européen, 21 octobre 2016.
Tout au long de la campagne référendaire britannique, nombreuses étaient les Cassandre à vaticiner une apocalypse inéluctable dans l’hypothèse où un improbable Brexit surviendrait. Mais ce funeste 23 juin, nullement effrayé par les ombres des Charybde et Scylla prophétisées par les tenants du statu quo, le peuple en décida autrement. Avec 51,9 % des voix exprimées, la rupture fut actée ; les sondeurs, les journalistes, les affairistes, la classe politique, l’intelligentsia européiste outre-Manche se sont trompés. Le Royaume-Uni devra quitter l’Union européenne et assumer de facto une insularité pleinement retrouvée.
Les économistes experts étaient pourtant unanimes : il n’y aurait de rupture avec l’Europe autrement que dans le sang, la sueur et les larmes. Dans les faits, au-delà de l’ajustement « technique » de la livre sterling, les marchés financiers n’ont que subrepticement tressailli, et sous Tower Bridge coule toujours paisiblement la Tamise.[access capability= »lire_inedits »]
Nécrologie d’un grand cadavre à la renverse
Peu de temps après le scrutin, les masques sont tombés. De nombreuses personnalités ont évoqué leurs regrets d’avoir pris part à l’expression d’un vote contestataire jugé à tort sans conséquence ; Nigel Farage et Boris Johnson – principaux fers-de-lance de la campagne – se sont tous deux dédouanés de la responsabilité de l’application du Brexit, et les principaux arguments de campagne (réinjection du budget dédié à l’UE dans la protection sociale et limitation de l’immigration intracommunautaire) se sont avérés fallacieux ou difficilement réalisables.
Les marchés l’ont vite compris : la citadelle Brexit repose sur des fondations fragiles. Ainsi la dissension sourd-elle parmi les tories comme au sein du Labour, à l’aube d’un processus de négociation qui s’annonce lourd (plusieurs dizaines de traités économiques bilatéraux sont concernés), périlleux (en raison de l’impréparation du gouvernement et des administrations) et laborieux (l’OCDE estime à 2023 l’horizon de mise en œuvre de l’autonomisation complète et aboutie du Royaume-Uni). Excepté le cas anecdotique du Groenland en 1985, l’UE, qui n’a cessé de se développer depuis sa création, n’a jamais connu de réel cas d’involution. Le caractère inédit de la décision britannique rend sa concrétude éminemment difficile à appréhender.
Perseverare autem diabolicum
La socio-démographie du scrutin le montre clairement : comme ailleurs sur le continent, les européistes sont majoritairement jeunes, éduqués, urbains et cosmopolites. En somme, ils sont à l’image des milieux d’affaires et de leurs segments de clientèle privilégiés. Cette consanguinité a eu pour effet d’induire un biais analytique fondamental, celui d’une représentation erronée relative à la perception des anticipations attendues de la part des agents économiques tiers, abusivement assimilés à des pairs. Ces derniers, très majoritairement mondialistes et libre-échangistes, portent collectivement l’idéal d’un capitalisme libéral expurgé de toute forme de protectionnisme national, un modèle en vertu duquel un pays qui s’isolerait sur le plan de ses échanges économiques serait une hérésie de l’Histoire.
Britain Stronger in Europe, British Influence, European Movement UK : nombre de groupes d’influence anti-Brexit ont été soutenus par les milieux d’affaires. En plus de traduire trivialement une volonté de défense d’intérêts corporatistes, ces engagements révèlent un autre biais à l’œuvre : celui de la croyance en un mécanisme d’autoréalisation prophétique. En maintenant à des niveaux « standard » certains paramètres de marché qui auraient dû diverger en cas d’anticipation de Brexit, les acteurs concernés ont, peu ou prou, consciemment ou non, visé à véhiculer le message d’un scrutin sans enjeu, gagné d’avance. Plusieurs mois plus tard, ce mécanisme opère toujours au sujet des conditions d’activation de l’article 50 du traité de Lisbonne, et des négociations de modus operandi subséquentes.
De l’évitement tautologique au thatchérisme paradoxal
Bien qu’elle eût été très tôt consciente de l’ampleur du défi dont elle a la charge, Theresa May a, tout au long des mois passés, cultivé une rhétorique du flou quant aux modalités de mise en œuvre du divorce entre son pays et l’UE, se contentant d’arguer que « Brexit means Brexit ». Cette incantation tautologique serinée comme une antienne a longtemps résumé à elle seule toutes les errances du pouvoir en place.
Plus récemment, en rupture avec la circonspection des mois précédents, le Premier ministre britannique a fait état de sa volonté nouvelle de négocier un accord visant à garantir à la fois l’arrêt de l’immigration de travail en provenance du continent et le libre-accès de son pays au marché économique européen, en contradiction avec les exigences de réciprocité du traité en vigueur. Autrement dit, à sa procrastination initiale, Theresa May a substitué une stratégie de stellionat (à changer j’attends des précisions) thatchérien tout aussi hasardeuse.
Le bal des pompiers pyromanes
Au creux de l’été, soucieuse de se prémunir contre toute forme d’évolution conjoncturelle défavorable, et conformément aux dogmes de mise sous perfusion prophylactique appliqués à l’envi par la Fed et la BCE, la Banque d’Angleterre a massivement soutenu l’économie du pays en abaissant ses taux directeurs, en opérant un nouvel assouplissement quantitatif et en organisant un plan de soutien aux établissements bancaires du pays. Bien que les effets marginaux de telles politiques monétaires « non conventionnelles » paraissent chaque fois moins probants, ces dernières n’en restent pas moins efficientes, à court terme, par le soutien réel qu’elles apportent aux agents économiques des marchés concernés, et à plus long terme par la promesse sans cesse renouvelée que la barre sera tenue, quelle que soit l’intensité des tempêtes qui se profileraient.
Et les écueils sont légion dans une Europe qui accumule les dissentiments et se fracture chaque jour un peu plus, confrontée au triple défi de la crise des dettes souveraines, de sa construction institutionnelle et de l’afflux migratoire. Que ses dirigeants exigent du Royaume-Uni un retrait précipité et franc, voilà qui – au-delà de l’avertissement implicite adressé à d’autres velléités d’affranchissement – sonne comme un dérisoire baroud d’honneur, signe d’un rapport de force moins déséquilibré qu’il n’y paraîtrait de prime abord.
Car peut-être que quitter en rat un navire branlant à la dérive est en définitive mieux que de sombrer héroïquement en tentant vainement de le manœuvrer.
Henri Guaino et Nicolas Dupont-Aignan. Numéro de reportage : 00674864_000005. Numéro de reportage : 00780959_000001.
Suppléant de Benoît Hamon en juin 2012, ancien député (2012-2014), vous avez claqué la porte du PS l’an dernier. Dans un entretien accordé à Marianne, vous expliquez ne plus croire au clivage droite-gauche. Quel est selon vous le(s) clivage(s) qui devrai(en)t structurer la vie politique aujourd’hui ?
Jean-Philippe Mallé : Je n’ai pas claqué la porte du PS : j’en suis parti, il y a plus d’un an, sans faire de bruit et j’ai rejoint République moderne, l’association présidée par Jean-Pierre Chevènement, que j’anime dans les Yvelines.
J’ai bien conscience que les notions de droite et de gauche, héritées de notre histoire, sont ancrées dans notre vie politique ; elles organisent cette dernière de façon binaire car elles sont fonctionnelles et pratiques : l’ordre et l’autorité seraient à droite quand le mouvement et la justice sociale seraient à gauche.
Une objection, cependant, à ce bel ordonnancement : l’examen de la vie politique en France de ces trente dernières années, avec sa succession de gouvernements de droite et de gauche brouille les lignes. L’épreuve du feu, en politique, c’est l’exercice du pouvoir qui agit comme un révélateur : on ne peut, en effet, se contenter des bonnes intentions affichées et en rester à de pures spéculations intellectuelles. Je ne connais donc qu’une gauche, celle qui a Hollande sous les magistères de Francois Mitterrand, Lionel Jospin et Francois Hollande. Or, les faits sont là : la gauche, aux côtés de la droite, a pris toute sa part au mouvement de dérégulation de notre économie et de soumission à la doxa libérale de la Commission européenne.
Il est vrai qu’une large partie de la gauche déteste aujourd’hui l’Etat-Nation qu’est la France.
Christiane Taubira. Numéro de reportage : 00740062_000008.
On ne se méfie pas assez de Christiane Taubira. La droite, déjà naturellement certaine de sa légitimité à exercer le pouvoir est dopée par le fiasco de François Hollande. Depuis des semaines, Les Républicains vident leur euphorie dans le tonneau sans fond des primaires. De son côté, la gauche prend au sérieux les serments d’allégeance de l’ancien garde des Sceaux à l’égard de l’actuel président de la République. De toutes façons, pour la droite comme pour la gauche, le seul ennemi, c’est le Front National. Bref, personne ne voit rien venir. Christiane Taubira, on se contente désormais de l’exécrer discrètement. Et il faut dire que personne sur l’échiquier politique n’a eu autant de talent pour exciter les peurs et les agacements d’une large frange de la population – celle qui est inquiète de voir le monde se déliter sous ses yeux. Et personne n’a autant de talent qu’elle pour récupérer à son profit les nombreux dérapages que sa personne suscite. Au final, être l’adversaire de l’ancien garde des Sceaux, c’est tout à la fois être idiot (elle est intelligente et supérieurement cultivée), raciste (elle vient de Guyane) et homophobe (elle a fait voter le mariage pour tous) – tout ce que le pays compte de gens qui se veulent intelligents et ouverts (comprendre : de gauche) se rassemblera derrière elle. En temps venu.
Alors, nous n’aurons pas de pire adversaire.À ceux qui en douteraient, je conseille vivement d’écouter l’émission de France inter, Questions politiques, dont Christiane Taubira était l’invitée dimanche midi.
Je vous livre d’abord une citation qui en dit long – pour qui sait entendre, évidemment – sur ce qui nous attendrait en cas de victoire de l’élue de Guyane. Interrogée sur l’exaspération de nombreux Français vis-à-vis de l’immigration, Christiane Taubira a eu cette réponse énigmatique, ambivalente et très inquiétante : « Ce citoyen [exaspéré], il n’a pas que des droits. Il a la responsabilité de faire vivre ensemble la totalité de la communauté [nationale]… La société organise par le droit les règles qui nous permettent de vivre ensemble. » Ça sonne bien, républicain et tout, mais il faut écouter et ré-écouter pour saisir ce qui se dit là. Il faut comprendre : tout ce qui pourrait menacer la doxa du vivre-ensemble devrait, devra être interdit.
Le drapeau britannique flotte sur Londres à la veille du Brexit, juin 2016. SIPA. SIPAUSA30151537_000002
Je ne connais pas de publicité plus efficace pour la mondialisation heureuse que le clip d’autocélébration du Metropolitan Opera de New York qui précède les projections au cinéma de Don Giovanni et autres Eugène Onéguine, séancesqui permettent à la France profondeou à la Russie profonde de se croire invitées dans la prestigieuse salle new-yorkaise. Un flot d’images provenant de toute la planète nous montre qu’à la même heure un chimiste indien s’active à une expérience dans son laboratoire à Johannesburg, un médecin africain règle le débit d’une perfusion pour le patient d’un hôpital de Londres, des hommes d’affaires américains et japonais signent un accord à Tokyo, etc. Alleluia, la terre bat d’un seul cœur, la terre aime et développe toute la terre ! Ce flot d’images vous donne le vertige, vous exalte et vous empêche de réfléchir grâce à l’effet de simultanéitéqui a fasciné les poètes et écrivains au début du XXème siècle.
Les partisans de la mondialisation, de la libre circulation des marchandises et des populations, avaient réussi à nous faire croire qu’elle était un toboggan vertigineux, que nous étions tous placés dans les wagons et qu’il n’existait pas d’alternative à la plongée au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau. Ils nous ont eu à la griserie de la vitesse, au sentiment du lâchez-tout de celui qui saute d’un pont avec des élastiques au pied. Refuser le toboggan, c’était non seulement immoral à l’égard des Indiens et Brésiliens qui ont besoin de se développer, mais c’était aussi absurde que de réclamer l’arrêt du wagonnet qui est en train d’accélérer dans la grande descente de Disneyland.
Les humiliés de l’ouverture générale des frontières n’avaient qu’une solution : se taire.
Ceux qui souffraient d’être embarqués de force sur les wagonnets vertigineux, les ouvriers au chômage de la « rust belt »des Etats américains des Grands Lacs, les Français qui constatent qu’il y a désormais deux peuples sur leur territoire, les Anglais qui s’affolent d’entendre davantage parler le polonais que leur propre langue dans leurs petites villes, tous ces humiliés et offensés de l’ouverture générale des frontières n’avaient qu’une solution : se taire. A la moindre protestation, on les taxait de racisme et de xénophobie. A-t-on traité de raciste et de xénophobe Frantz Fanon parce qu’il voulait moins de blancs colonisateurs en Afrique et aux Antilles ? Pas à ma connaissance.
Le plus stupéfiant, dans les événements récents, est que ce sont les Anglo-Saxons qui ont crié stop au wagonnet fou. Eux les champions de l’ouverture du monde. L’Angleterre du XIXème siècle qui imposait son libre-échange à la France et son empire de 1914 sur lequel le soleil jamais ne se couchait. Les Etats-Unis dont les périodes intrusives dans les affaires du monde ont été plus fréquentes que leurs périodes isolationnistes. Le coup de sifflet de fin de partie, celui qui risque de bloquer le wagonnet sur la pente (fatale ou merveilleuse ?) a donc été donné par les Britanniques qui ont voté pour le Brexit et par les Américains qui ont élu Donald Trump. Étonnant !
Est-ce leur fameux pragmatisme ? Il est vrai qu’à partir du moment où 51% des électeurs souffrent de la situation qui leur est imposée, pour des raisons économiques s’ils sont chômeurs, pour des raisons identitaires s’ils trouvent que leur pays n’est plus leur pays, il n’y a aucune raison pour qu’on n’arrête pas le wagonnet et que l’on réfléchisse à d’autres solutions. 51%, c’est la loi de la démocratie, 51% c’est le pourcentage qui a imposé pendant cinq ans à la France un velléitaire narcissique qui commentait les problèmes au lieu de chercher à les résoudre.
Le sourire de mes concitoyens vaut bien quelques euros de plus.
Il semble qu’une pause dans la mondialisation serait une bonne idée, du moins en ce qui concerne l’Occident. Libre aux Chinois de commercer à tout-va avec les Africains, libre aux Brésiliens de s’ouvrir complètement aux produits indiens. Je regarde souvent une chaîne d’information en continu consacrée à l’économie et je vois souvent des économistes s’inquiéter sur les emplois de demain. Ils sont lucides sur le fait que le numérique n’engendrera que peu d’emplois dans nos pays, et ce sera des emplois réservés aux gens très intelligents et diplômés.
La prochaine lutte des classes qui risque d’apparaître en Occident, ce sera la lutte des élèves moins doués contre les premiers de la classe. Et il se trouve que les élèves moyens et médiocres de la classe, ceux qui sont près du radiateur, sont plus nombreux que les bons élèves… En bonne démocratie, ils ont le droit d’imposer le protectionnisme aux premiers de la classe. Je suis prêt à payer plus cher le made in France si le résultat est de voir dans ma petite ville des ouvriers et des paysans heureux et fiers de gagner leur vie, et non les zombies actuels qui craquent leur RSA dans les filiales locales de la grande distribution allemande à bas prix. La mondialisation entraîne une hybris de possession, d’enrichissement, celle-là même qu’on dénonçait en 68 en vilipendant la société de consommation. Si le protectionnisme entraîne une augmentation du Bonheur National Brut pour les Français, eh bien changeons nos manières de penser et votons pour le protectionnisme ! Le sourire de mes concitoyens vaut bien quelques euros de plus.
« Les peuples, pour être épanouis, ont besoin de retrouver leurs fondamentaux » (Christian Saint-Etienne, économiste)
Toujours l’idée de pause. En général, les économistes ignorent superbement les problèmes identitaires, ils n’habitent pas Aubervilliers ou Viry-Châtillon et ne savent pas que les migrants, force de travail non négligeable, peuvent aussi être porteurs d’une culture qui s’oppose à la nôtre. Je n’ai vu que Christian Saint-Etienne (béni soit son saint nom) s’opposer à la pensée unique de sa corporation. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour son intelligence et sa lucidité, mais le 30 septembre dernier, devant l’émission Les Experts de Mathieu Jolivet sur BFM Business, j’ai carrément basculé dans l’enthousiasme. Il était question de populisme, tous ces messieurs le traînaient bien sûr dans la boue, c’est mauvais pour les affaires. Christian Saint-Etienne déclara calmement qu’il ne fallait pas dire populisme, mais plutôt sursaut des peuples « pour se replacer sur leur centre de gravité, juste pour sauver leur peau en tant que peuple. […] Il n’y a pas de contradiction fondamentale entre une recherche de centre d’équilibre des peuples sur ce qui fait leur identité fondamentale et l’humanisme… […] Les peuples, pour être épanouis, ont besoin de retrouver leurs fondamentaux ». Dans ces propos courait la métaphore de l’Occident semblable à un boxeur sonné par ce qui vient de lui arriver et qui a besoin de retomber sur ses pieds. Un économiste qui réclame le droit des peuples à rester eux-mêmes, j’avais envie d’applaudir devant ma télé !
Une pause. On s’arrête et on réfléchit. C’est curieusement une proposition qui a eu beaucoup de succès dans les années soixante-huitardes avec l’idée de l’an 01 lancée par Gébé dans Charlie-Hebdo. Comment se fait-il qu’une idée aussi raisonnable passe aujourd’hui pour raciste et réactionnaire ? Comment se fait-il que l’idée d’un moratoire sur l’immigration ne vienne à l’idée de personne ? Il faut fermer les frontières sud de l’Europe, malheureusement par la force puisqu’il n’y a pas d’autre moyen, et réfléchir aux moyens d’intégrer immigrés et migrants qui sont déjà ici. Ensuite, on pourra trancher en connaissance de cause, rouvrir le robinet ou bien le laisser fermé.
Ce n’est pas ce que proposent les partisans du Brexit et Donald Trump, qui semblent être sur la ligne d’une fermeture durable des frontières. Mais la vie est faite de compromis, et l’idée de pause dans la mondialisation, moins violente qu’un arrêt total, finira par faire son chemin. On ajoute une dose de protectionnisme, pour l’Europe d’abord, pour la France ensuite si l’Europe chavire, et on attend de voir les résultats. Un grand merci aux électeurs du Brexit et à ceux de Donald Trump : la mondialisation paraissait une fatalité, ils ont remis la liberté de choix au centre du destin des hommes.
Après la liquidation de l’une des principales chaînes de grands magasins Outre-Manche, BHS (British Home Stores) en avril dernier, un nouveau séisme s’abat sur le commerce british. Marks and Spencer (M&S pour les intimes) a annoncé la fermeture d’une centaine de magasins dans le monde (60 en Grande-Bretagne dont sept en France, y compris son enseigne phare des Champs-Élysées, qui a ouvert ses portes en 2011. Plus de 500 emplois sont menacés en France.
M & S est une marque très populaire en Grande-Bretagne fondée par Michael Marks, un juif biélorusse, arrivé en Angleterre en 1882.
Marks loua donc un espace de vente à Leeds, servant de magasin durant six jours de la semaine. Une de ses fameuses annonces fut que ses articles ne coûtaient pas plus d’un penny. À proximité du magasin, on pouvait lire ces mots « Don’t Ask the Price, It’s a Penny » [ne demandez pas le prix, c’est un penny].
En 1894, Marks décida qui s’il voulait étendre son entreprise, il devait trouver un partenaire commercial. Il collabora avec un caissier, Thomas Spencer [Marks & Spencer]. Spencer pensa que 300 livres cela suffiraient pour ouvrir un magasin plus grand. Leur premier grand magasin ouvrit ainsi à Manchester.
Guerre de succession
En 1907, Spencer puis Marks moururent l’un après l’autre à quelques mois d’intervalle. Une lutte de pouvoir pour le contrôle de l’entreprise entre les fils respectifs des deux fondateurs et des associés s’engagea. C’est finalement Simon Marks qui prit la tête de l’affaire en 1915. Il en assura le développement jusqu’à sa mort en 1964.
Au Royaume-Uni, on peut trouver un magasin M & S dans la plupart des villes. Cela peut être un « M&S Simply Food » ou un grand magasin proposant vêtements, nourriture, objets de décoration, avec souvent un café attenant.
Plus de 700 magasins M&S existent en Grande-Bretagne, situés dans les rues commerçantes [High Streets], les centres commerciaux, les gares ou les aéroports. J’y achète souvent mes chemises, polos, des costumes ou simplement, mes courses pour Noël.
La bataille de France deux fois perdue
Marks and Spencer possédait des magasins dans l’Hexagone jusqu’en 2001. Quand l’entreprise a annoncé sa fermeture, ce fut une surprise, car la chaîne était réputée très populaire.
Onze ans plus tard, Marks and Spencer a rouvert un magasin sur les Champs Élysées à Paris. Six autres magasins ont ouvert leurs portes en France entre 2012 et 2014. D’après le patron de l’enseigne, le projet de réorganisation « ne concerne pas les onze magasins Food franchisés de Marks & Spencer situés en région parisienne dans la mesure où il existe une forte demande pour ses produits innovants et de haute qualité ».
Le nouveau directeur du groupe, Steve Rowe, arrivé en début d’année pour relancer la marque, a souligné qu’il voulait mettre l’accent sur les produits alimentaires. M & S ouvrira ainsi quelque 200 nouveaux magasins « Simply Food » d’ici au printemps 2019. Que les Français et Anglais ne s’inquiètent pas. Ils pourront continuer à acheter leur Christmas pudding et leur tea dans les magasins d’alimentations Simply Food Marks and Spencer. On a eu chaud !
John Fitzgerald Kennedy à Dallas le jour de son assassinat, 22 novembre 1963. @VictorHugoKing
Cette fois ça y est, ils sont devenus fous. Si les médias du monde entier ont, dans leur grande majorité, manifesté leur dégoût, plus ou moins bien maquillé, après l’élection de Donald Trump, d’autres ont fait plus que s’étouffer. Monisha Rajesh, une collaboratrice du Guardian, a carrément appelé au meurtre : « Et si le moment était venu d’assassiner un président » a « tweeté », le soir même de l’élection, la jeune femme qui, sous la pression des internautes, a dû retirer sa production. «Elle ne fait pas partie de nos contributrices régulières », s’est vaguement défendu The Guardian.
La Britannique n’est pas la seule à nous avoir exposé le fond de son cœur. Cinq jours avant l’élection de Donald Trump, un pigiste du Los Angeles Times, expatrié en Corée du Sud, lui avait montré la voie. Il a été renvoyé.
En France, mais sur le ton de l’humour cette fois, le chroniqueur Pablo Mira, fondateur du Gorafi (et qu’on a connu mieux inspiré !) a fait le même coup sur France Inter : « Trump c’est le candidat qui redonne aux Américains l’espoir, l’espoir qu’il soit assassiné avant son investiture », a-t-il plaisanté sous les yeux amusés de Charline Vanhoenacker. Sa radio ne l’a pas viré, elle a souligné son extrait.
« Trump c’est le candidat qui redonne aux Américains l’espoir, l’espoir qu’il soit assassiné avant son investiture. » @pabl0mirapic.twitter.com/j2zaPBaJQa
Élisabeth Lévy. Toutes les personnalités que j’ai sollicitées pour parler de France Inter ont refusé de le faire ouvertement, sans doute parce qu’elles veulent continuer à être invitées. Vous avez accepté, est-ce parce que vous êtes tricard ?
Gilles-William Goldnadel. En tout cas, je ne suis presque jamais invité, et ceux qui ont tenté de le faire ont dû se faire rappeler à l’ordre car j’ai été désinvité. Il faut dire que je passe mon temps à les enquiquiner en pointant leurs divers manquements. Pendant l’affaire du « mur des cons », où je défendais mon ami Clément Weill-Raynal, une journaliste est venue m’interviewer, cela n’a jamais été diffusé. Et elle n’a pas eu le courage de répondre à mes nombreux appels. Bien sûr, ça n’a rien de personnel. Le même traitement est peu ou prou réservé à tous ceux que l’on considère comme des ennemis idéologiques. Ainsi, cela ne pose aucun problème à Ali Baddou de recevoir Badiou, stalinien-maoïste non repenti, mais Zemmour est interdit d’antenne.
Peu de gens semblent penser, comme nous, qu’il y a un scandale de la radio publique…
Vous avez raison, le scandale, d’une certaine manière, c’est qu’il n’y ait pas de scandale, alors que même les responsables de Radio France reconnaissent que les antennes sont « à gauche ». Or il s’agit du service public, financé par la redevance de tous les Français. Le cahier des charges impose, théoriquement, l’objectivité, la neutralité et le pluralisme, sous le contrôle tout aussi théorique du CSA. Et nonobstant cela, on continue comme si de rien n’était. Et le plus scandaleux, c’est que même l’opposition de droite n’en fasse pas un sujet de réflexion ! Ce qui prouve à quel point elle n’a rien compris au combat des idées.[access capability= »lire_inedits »]
Le problème n’est pas que les journalistes, producteurs ou responsables soient « de gauche », c’est bien leur droit et ce n’est pas le cas, du reste, de l’actuel président de Radio France ; le problème, c’est qu’ils présentent leurs opinions comme des vérités.
C’est la définition même de l’idéologie.
Il faut dire que c’est à peu près la même chose partout, les médias publics comme NPR ou la BBC sont comme structurellement à gauche.
Les médias tout court ! La sociologie du journaliste occidental est à peu près la même partout. Cependant, la BBC, elle, est soumise au contrôle d’un CSA local à qui il arrive de reconnaître ses fautes. J’ai en mémoire que la BBC a convenu que l’information sur le Proche-Orient et sur Israël avait manqué d’objectivité à certaines périodes. Chez nous, le CSA condamne scrupuleusement RMC parce qu’ils se sont moqués du physique de Nafissatou Diallo – qui, comme chacun sait, écoute Les Grandes Gueules tous les matins ! –, mais quand je leur signale un traitement évidemment biaisé de l’information sur Israël, silence radio.
Comment cette idéologie s’impose-t-elle à l’intérieur des médias ?
Elle ne s’impose pas, elle est leur bain naturel. Il y a très peu de militants encartés, mais l’information se fabrique sous le contrôle sourcilleux des syndicats, qui ne se bornent pas à être extrêmement vigilants pour leurs intérêts corporatistes, mais interviennent dans le contenu de l’information. Dans l’affaire du « mur des cons », le Syndicat national des journalistes (et, à France 3, le SNJ-CGT) s’était déclaré solidaire du Syndicat de la magistrature contre Clément Weill-Raynal, lequel n’a été soutenu que par FO, ce qui est énorme. On dépeint le journaliste français comme corporatiste : c’est très injuste ! Le journalisme français est idéologique.
Ce syndicalisme, qui au lieu de se battre pour que ceux avec lesquels il n’est pas d’accord puissent parler s’acharne à les faire taire, s’exerce aussi contre Éric Zemmour dans les rédactions où il officie. Or RTL et Le Figaro ne sont ni de gauche ni publics…
Certes, mais je le répète, s’agissant du service public ce phénomène est à la fois massif et inacceptable. On dirait que 90 % des journalistes de Radio France véhiculent, sans même y penser, une idéologie gauchisante sommaire. Elle relève en grande partie du réflexe, de la pensée spontanée ; mais pour certains, cela tient à une forme de surmoi permettant de défendre son intérêt bien compris. Si, par une hypothèse intellectuelle hardie, tel ou tel journaliste voulait faire œuvre d’indépendance d’esprit, il saurait qu’il risque d’être regardé avec suspicion ou hostilité. Donc, il se passe la même chose que dans l’art. La tradition et le réflexe se conjuguent pour que rien ne change.
Vous exagérez. Il y a des choses qui changent. Il faut mettre au crédit de Laurence Bloch et Philippe Val d’avoir délivré l’antenne de France Inter de l’anti-israélisme rabique qui y régnait.
D’accord, parce que, quoi qu’en disent les dinosaures du Monde diplo, le conflit israélo-palestinien a cessé d’être la mère de toutes les batailles. Reste que, encore en juin, j’ai interpellé France Inter pour un reportage du correspondant à Jérusalem réalisé au moment d’une réunion du Quartet, après la mort d’une fillette tuée à coups de couteau. Le journaliste évoque cet attentat et continue ainsi : « Le Quartet vient de condamner Israël pour sa politique de colonisation. » Or, le Quartet avait également condamné l’Autorité Palestinienne pour son encouragement à la violence. France Inter a dû reconnaître cette étrange omission.
Quoi qu’il en soit, la gauche n’est pas très flamboyante.
Il est vrai que l’idéologie de gauche a du plomb dans l’aile, alors à France Inter, on est sans doute aujourd’hui moins affirmatif, moins méprisant… Je n’exclus pas que certains aient mis un peu d’eau dans leur vin rouge. Tout de même, il y a des faits sidérants : ainsi, tous les humoristes de France Inter se revendiquent comme appartenant à la gauche ! Et ça ne pose aucun problème à personne ! Finkielkraut, dont ils se paient la tête de manière consensuelle, leur en a balancé une bien bonne : « Oui, c’était mieux avant. Avant eux. » Aujourd’hui, Beigbeder s’est fendu d’une réponse sur France Inter. Avec la dérision et le cynisme qui sont sa marque de fabrique, il convenait que les humoristes de France Inter étaient effectivement des gauchistes, comme tous les artistes – des « gauchistes de Park Avenue », comme dit Woody Allen –, et il terminait par une pirouette en disant qu’il valait mieux ça que le contraire. C’est indigne de l’intelligence de Beigbeder. Il essaie de faire passer par l’humour le sujet des humoristes qui, lui, n’est pas drôle ! Il n’est pas drôle que L’Humanité puisse publier que les humoristes de France Inter sauvent l’honneur de leur radio ! – et que, comble de tout, Hélène Jouan s’en vante dans sa revue de presse ! Il n’est pas drôle que Sophia Aram se paie la tête de Karine Le Marchand, volant ainsi au secours du soldat Cohen qui l’avait gravement taclée pour avoir osé interviewer Marine Le Pen. En principe, le bouffon critique le roi régnant. Eh bien, eux non ! Les têtes de Turc de Sophia Aram sont Morano, Sarko et « Ludovine de la Malbaise »… Je ne demande pas que Cohen, Jouan ou Aram soient virés, je demande simplement le pluralisme !
Mais comment expliquez-vous que personne ne proteste ?
Ça ne laisse pas de m’intriguer. Mais puisque même la droite ne dit rien, de leur point de vue ils ont raison. Après tout, ils ont de l’audience et ils ont formaté une grande partie de leur public. Et découragé l’autre. Les études montrent qu’on vote beaucoup plus à gauche chez les auditeurs de France Inter que dans l’ensemble de la population. Je me souviens d’un auditeur qui était intervenu à l’antenne pour dire que c’était un scandale que Monsieur Sylvestre, qui était à l’époque la caution de droite, puisse propager ses idées libérales sur l’antenne du service public ! C’est-à-dire qu’aujourd’hui, dans la pensée de ces gens-là, explicitement, le service public ne peut être que de gauche ! Les auditeurs qui interviennent à l’antenne posent tous des questions de gauche. Le seul sujet, en vérité, c’est l’extrême gauche qui engueule la gauche… Voilà ! Les autres ont l’impression de gêner et sont partis. À l’exception d’un masochiste vigilant comme votre serviteur.
Et des captifs du service public. On ne se met pas à 50 ans aux radios commerciales. Mais vous dites qu’un certain nombre de Français sont exclus. Moi, je dis qu’ils sont parfois méprisés. L’autre jour j’ai entendu au vol parler de « cette France populaire qui n’aime pas l’Autre ».
Le problème, c’est que personne ne soit là pour la défendre, cette France. Je vous rappelle que je défends Fabrice Le Quintrec, qui a été sanctionné il y a plusieurs années pour avoir cité Présent lors de la revue de presse. Or il avait cité un passage anodin que personne n’avait jugé problématique. Mais puisque l’on cite L’Humanité ou Libération, il pensait, dans un esprit d’équilibre, qu’il n’était pas mal de citer Présent. Moi, je suis content qu’on cite L’Humanité, puisque je ne l’achète jamais, L’Humanité ! Je suis content qu’on me parle des journaux que je n’aime pas ! Eh bien, il a été débarqué du jour au lendemain, placardisé à Radio bleue. Il a gagné tous ses procès. Mais on a préféré se priver de sa compétence que de le réintégrer, ce que les syndicats n’auraient pas compris.
Tout cela est vrai, mais après tout France Inter affiche d’excellentes audiences. Une radio de gauche pour le public de gauche, ça se tient.
Et c’est ainsi qu’une moitié de la France est privée du service public. De plus, il y a beaucoup de gens qui ne sont pas politisés et que France Inter contribue à orienter dans le sens du vent. Dans une élection, cela peut jouer. Encore que cela finisse par être contre-productif. Ils peuvent se moquer des électeurs du FN toute la journée, non seulement ils ne les dissuadent pas mais ils arrivent à braquer aussi beaucoup de gens comme vous et moi.
Surtout, c’est une chose de traiter les méchants de méchants, c’en est une autre de faire l’apologie de l’immigration dans un pays qui est unanime à vouloir qu’on l’arrête. Cela donne l’impression que, dans leur tour ronde, ils sont coupés du monde.
Oui, le politiquement correct a encore de bons ciseaux pour censurer, faire taire, écarter. Mais il a perdu son magistère intellectuel et moral. Et les journalistes de France Inter qui, pourtant, se désolent abondamment de la « droitisation » de la société française, sont les seuls à ne pas voir qu’ils ont perdu le combat intellectuel et moral ! [/access]
Débat pour la primaire des Républicains (photo : SIPA_ap21962745_000001)
Débat pour la primaire des Républicains (photo : SIPA_ap21962745_000001)
À l’origine, l’élection du Président de la République par le scrutin universel uninominal à deux tours avait pour objectif d’asseoir la légitimité populaire du chef de l’Etat dans l’exercice de sa fonction. Et puis les socialistes ont eu l’idée de la primaire, avant que la droite dite de gouvernement, toujours prompte à courir derrière les billevesées de la gauche ne l’imite, trahissant ainsi un peu plus de ce qu’il reste de son héritage bonaparto-gaulliste.
L’article 3 de la Constitution de la Vème République est pourtant limpide et dispose que « la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum », rappelant ainsi la filiation naturelle entre les deux grandes figures historiques de la droite qui dans la classification de René Rémond s’apparente au même courant de pensée.
« Vous voyez le Général de Gaulle dans un débat à huit, avec son ancien premier ministre, son ministre des Affaires Etrangères, de l’Agriculture? »
Caution gaulliste et gaullienne du mandat de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino lui-même est tombé dans le piège en feignant de se présenter au casting d’ « Adopte un Chef (d’Etat) » organisé ce mois-ci par ses camarades de parti, alors même qu’il fût le premier et sûrement l’un des seuls à déconseiller l’ancien Président de la République de s’y présenter. « Vous voyez le Général de Gaulle dans un débat à huit, avec son ancien premier ministre, son ministre des Affaires Etrangères, de l’Agriculture? », aime-t-il d’ailleurs faire semblant de questionner à travers une rhétorique cruelle et implacable, qui illustre pourtant de façon tragique l’abaissement de la fonction présidentielle et le manque de hauteur dont font montre les prétendants à la Magistrature Suprême.
Il faut dire que d’un scrutin uninominal majoritaire à deux tours où chaque candidat a rendez-vous avec ses concitoyens dans le but d’incarner la Nation française aux yeux du monde entier, nous sommes passés à un scrutin à quatre tours où tout se joue lors de la première manche.
Une première manche tronquée si l’on considère le poids des sondages dans le choix du candidat et le corps électoral impliqué, les classes populaires, déjà les plus abstentionnistes, ne se déplaçant pas ou très peu.
Car à n’en pas douter, sous couvert d’étendre la démocratie partisane à la base militante, force est de constater que les primaires ont pour seul but de verrouiller le choix des candidats et a fortiori limiter le corps électoral à la portion des privilégiés.
Et tant pis si leurs idées sont parfois contraires à l’idée que l’on se fait du corpus idéologique de sa famille politique. Les électeurs, souvent issus des centres villes des grandes métropoles, catégorie CSP+ ou retraités, choisissent alors « celui qui a le plus de chances d’être au second tour » selon le phénomène bien connu du « band wagon ».
Peu importe le poids réel du candidat au sein de son parti et auprès des militants, ce qui compte désormais c’est son poids supposé auprès de l’ensemble des français, mesuré par les instituts de sondage.
A gauche, que ce soit en 2007 ou 2012, la primaire s’est transformée en plébiscite pour le candidat le mieux placé, les instituts de sondage jouant ici le rôle de catalyseur à travers des projections ajustées en fonction des besoins du résultat final.
Annoncée favorite dès le début de l’année 2006 par plusieurs enquêtes d’opinion, Ségolène Royal n’a pas eu trop de mal à convaincre les militants socialistes à se rallier à sa candidature en dépit d’une lutte interne entre les vieux pachydermes mitterandiens.
Idem cinq années plus tard en dépit d’un soubresaut inattendu répondant au doux nom de Nafissatou Diallo. Si la femme de ménage a bien ruiné les ambitions politiques de DSK, il en fallait plus à la caste médiatique et sondagière pour remettre en cause son statut de faiseur de roi, ajustant son discours et ses projections en faveur du candidat qui disposait alors de plus d’argent et d’une large clientèle partisane pour avoir été premier secrétaire général du PS.
La suite, on la connaît.
Une République des partis soumise au suffrage censitaire.
La droite, pourtant héritière d’une certaine conception de l’incarnation du pouvoir républicain, s’est donc laissée biaiser par le jeu calendaire et médiatique, se coupant un peu plus des classes populaires qui lui avait pourtant permis d’enregistrer un de ces plus beaux succès électoraux en 2007 et d’éviter la débâcle annoncée de toute part en 2012.
Les débats télévisés, les meetings, les congrès ne sont ici qu’artifices, chacun ayant peu ou prou un programme similaire qui ne diverge que sur les mises en œuvres techniques de son application. Et comme il est quasiment acté que le champion de cette primaire aura le privilège d’affronter Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle en mai prochain, il s’agit de bénéficier des meilleures projections pour remporter la mise.
Reste donc l’image que renvoie chaque candidat auprès des journalistes pour juger de sa capacité à faire barrage au second tour au Front National. Détesté par une partie des médias alors même qu’il est adulé par une large portion de la base militante, Nicolas Sarkozy sent bien qu’il est en train de se faire voler sa victoire par le mécanisme de la primaire ouverte. Une ouverture vers le centre – pour ne pas dire le centre gauche – qui bénéficie à Alain Juppé, de retour parmi les vivants, et qui a su tirer profit des querelles internes de l’automne 2012 et des casseroles judiciaires de l’ancien chef d’Etat.
Technocrate, pince-sans-rire, à l’origine du plus important mouvement social de la fin du XXème, « le meilleur d’entre nous » est en passe de réussir son pari à coup de « Une » dans une presse iconoclaste pour la droite (Les Inrocks, Society …). Et tant pis si la majorité des sympathisants LR ne souhaitent pas voir l’actuel maire de Bordeaux porter les couleurs de la droite au printemps prochain au motif – entre autre – du soutien affiché de François Bayrou.
François Fillon a d’ailleurs bien résumé la tragicomédie de cette primaire ouverte lors du deuxième débat des primaires : « 6 millions de chômeurs, 100% de dette, le totalitarisme islamique qui frappe à notre porte, et le sujet majeur de la campagne des primaires, c’est le sort du maire de Pau. C’est le retour à la République des partis ».
Une République des partis soumise au suffrage censitaire. Pas de doute, 46 ans après la disparition de son illustre fondateur, l’esprit de la Vème République est bien mort et enterré.
Arrestation d'un clandestin mexicain, octobre 1994. SIPA. 00253669_000001
Arrestation d'un clandestin mexicain, octobre 1994. SIPA. 00253669_000001
Le grand mécheux est peut-être un « clown » mais il est pris très au sérieux. Tant par ceux qui, à New-York, contestent son élection que par… son voisin mexicain. Depuis le 8 novembre, Enrique Peña Nieto et son gouvernement ont une nouvelle priorité : la protection de leurs émigrés. Douze millions vivent de l’autre côté de la frontière. Et si certains espéraient vivre le rêve américain, Donald Trump, lui, leur a promis un autre destin : « Ce que nous allons faire, c’est prendre les gens qui sont des criminels et qui ont des casiers judiciaires, qui appartiennent à des gangs, qui sont des trafiquants de drogue […] et nous allons les renvoyer du pays ou les mettre en prison. […] Ils sont ici illégalement. » « Ils » ? « Sans doute 2 millions, ça peut aussi être 3 millions (de personnes) », a précisé Donald Trump. C’était dimanche sur CBS, pas il y a 6 mois lors d’un meeting : ces paroles ne sont plus celles d’un candidat en quête de voix.
Un numéro d’urgence et un appel au calme
De quoi inquiéter, à deux mois de son arrivée. A défaut d’anticiper, la présidence de la République mexicaine a donc rapidement réagi et annoncé, dans un tweet, le « renforcement de la protection des Mexicains qui se trouvent aux Etats-Unis ». « Nos compatriotes ne sont pas et ne seront pas seuls » a même tenu à rassurer la ministre des Relations extérieures, Claudia Ruiz Massieu, qui vient d’annoncer les piliers de son plan d’action. Une ligne directe, disponible 24/24h, va notamment être mise en place, pour aider les Mexicains à mieux saisir leurs droits, et les liens entre le consulat et les organisations de défense des droits civils vont être renforcés. « Nous allons rester très proches d’eux et les maintenir informés de leurs droits, des mécanismes qui existent pour les protéger, pour qu’ils ne se laissent pas abuser, qu’ils se sentent accompagnés et défendus », lançait-elle déjà hier. Un appel a même été lancé aux Mexicains des Etats-Unis pour qu’ils « évitent toute situation de conflit » et « d’être impliqués dans des actions qui pourraient dériver en sanctions administratives ou pénales ».
El Pdte. @EPN pide fortalecer la protección a mexicanos que se encuentran en EU y brindarles información del servicio de la red consular. pic.twitter.com/0MHw2TY58f
Pas encore les grands moyens mais une méfiance qui peut finir par irriter. En guise d’avertissement, le président Peña Nieto a salué, dans un communiqué, son homologue sortant : « Barack Obama a été un grand ami et allié du Mexique ». Et assuré, dans la foulée, vouloir rencontrer son successeur avant sa prise de fonctions, le 20 janvier. Les deux hommes se sont déjà croisés. L’été dernier, le candidat Trump avait, étrangement, tenu sa langue et sanctionné un entretien « constructif ». Sans doute l’air de Mexico… A peine rentré, dans la soirée, le grand blond, plus volubile, réitérait sa volonté de lui faire « payer à 100% » le mur dont il rêve à la frontière. « Ils ne le savent pas encore, mais les Mexicains paieront », louvoyait-il, non loin de là, à Phoenix dans l’Arizona. « Où qu’ils se trouvent, Monsieur Trump, ma priorité est de protéger les Mexicains », venait pourtant de lui signifier Enrique Peña Nieto.
Rappel, Obama a expulsé 2,5 millions de clandestins entre ’09 et ’15. 91% avaient commis précédemment un délit.
Trump propose la même chose
Hier, Claudia Ruiz Massieu l’a rappelé : les relations entre les deux pays sont importantes et stratégiques. Mais au Mexique, protéger ses compatriotes l’est visiblement encore plus : « c’est notre devoir le plus important, un devoir irréductible. » Et la meilleure façon de ne pas les voir rentrer ?
Ségolène Royal défile avec des associations féministes, 2007. Numéro de reportage : 00541753_000003;
Ségolène Royal défile avec des associations féministes, 2007. Numéro de reportage : 00541753_000003;
13 novembre 2016. « François Hollande et Anne Hidalgo, la maire de Paris, inaugure six plaques commémorant les attentats du 13 novembre 2015 » — disent les médias à l’heure même où j’écris.
Passons sur le fait que les médias (ni les plaques commémoratives) ne précisent au nom de quelle idéologie des terroristes ont assassiné des gens au hasard des rues. Mais « la » maire…
En décembre 1986, Frédéric Dard-San-Antonio sort La Fête des paires. L’occasion de rejouer en titre d’une ambiguïté maintes fois moquée dans l’œuvre du plus grand écrivain de langue française des trente dernières années du XXème siècle : j’ai encore le souvenir très vif d’un autre roman de la série où parlant de deux individus, il précisait : « Ils sortent du même maire, mais pas de la même paire »…
Le 6 octobre 2014, Julien Aubert, député UMP, a été sanctionné financièrement pour avoir donné du « Madame le président » à Sandrine Mazetier qui présidait l’Assemblée ce soir-là. Rappelé à l’ordre, mais récidiviste malgré tout, Julien Aubert s’est entendu dire par son interlocutrice courroucée : « Monsieur Aubert, soit vous respectez la présidence de la séance, soit il y a un problème. C’est madame LA présidente ou il y a un rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal ». « Faites un rappel à l’ordre. Moi j’applique les règles de l’Académie française », lui a répondu Julien Aubert. Finalement sanctionné, l’élu du Vaucluse sera privé, pendant un mois, de 1.378 euros, soit le quart de l’indemnité parlementaire.
À noter que ce n’était pas le premier accrochage entre ces deux-là. Au mois de janvier 2014, Julien Aubert avait déjà appelé Sandrine Mazetier (qui proposa jadis de débaptiser les écoles maternelles parce qu’elles trouvait que l’adjectif réduisait la femme à sa fonction reproductrice) « Madame le vice-président » — ce à quoi le député de la huitième circonscription de Paris avait cru bon d’ironiser en répliquant à celui qui avait masculinisé son titre : « Monsieur la députée, vous étiez la dernière oratrice inscrite. »
Le premier ministre britannique Theresa May rencontre Jean-Claude Juncker, président de la commission européenne, lors de son premier conseil européen, 21 octobre 2016.
Le premier ministre britannique Theresa May rencontre Jean-Claude Juncker, président de la commission européenne, lors de son premier conseil européen, 21 octobre 2016.
Tout au long de la campagne référendaire britannique, nombreuses étaient les Cassandre à vaticiner une apocalypse inéluctable dans l’hypothèse où un improbable Brexit surviendrait. Mais ce funeste 23 juin, nullement effrayé par les ombres des Charybde et Scylla prophétisées par les tenants du statu quo, le peuple en décida autrement. Avec 51,9 % des voix exprimées, la rupture fut actée ; les sondeurs, les journalistes, les affairistes, la classe politique, l’intelligentsia européiste outre-Manche se sont trompés. Le Royaume-Uni devra quitter l’Union européenne et assumer de facto une insularité pleinement retrouvée.
Les économistes experts étaient pourtant unanimes : il n’y aurait de rupture avec l’Europe autrement que dans le sang, la sueur et les larmes. Dans les faits, au-delà de l’ajustement « technique » de la livre sterling, les marchés financiers n’ont que subrepticement tressailli, et sous Tower Bridge coule toujours paisiblement la Tamise.[access capability= »lire_inedits »]
Nécrologie d’un grand cadavre à la renverse
Peu de temps après le scrutin, les masques sont tombés. De nombreuses personnalités ont évoqué leurs regrets d’avoir pris part à l’expression d’un vote contestataire jugé à tort sans conséquence ; Nigel Farage et Boris Johnson – principaux fers-de-lance de la campagne – se sont tous deux dédouanés de la responsabilité de l’application du Brexit, et les principaux arguments de campagne (réinjection du budget dédié à l’UE dans la protection sociale et limitation de l’immigration intracommunautaire) se sont avérés fallacieux ou difficilement réalisables.
Les marchés l’ont vite compris : la citadelle Brexit repose sur des fondations fragiles. Ainsi la dissension sourd-elle parmi les tories comme au sein du Labour, à l’aube d’un processus de négociation qui s’annonce lourd (plusieurs dizaines de traités économiques bilatéraux sont concernés), périlleux (en raison de l’impréparation du gouvernement et des administrations) et laborieux (l’OCDE estime à 2023 l’horizon de mise en œuvre de l’autonomisation complète et aboutie du Royaume-Uni). Excepté le cas anecdotique du Groenland en 1985, l’UE, qui n’a cessé de se développer depuis sa création, n’a jamais connu de réel cas d’involution. Le caractère inédit de la décision britannique rend sa concrétude éminemment difficile à appréhender.
Perseverare autem diabolicum
La socio-démographie du scrutin le montre clairement : comme ailleurs sur le continent, les européistes sont majoritairement jeunes, éduqués, urbains et cosmopolites. En somme, ils sont à l’image des milieux d’affaires et de leurs segments de clientèle privilégiés. Cette consanguinité a eu pour effet d’induire un biais analytique fondamental, celui d’une représentation erronée relative à la perception des anticipations attendues de la part des agents économiques tiers, abusivement assimilés à des pairs. Ces derniers, très majoritairement mondialistes et libre-échangistes, portent collectivement l’idéal d’un capitalisme libéral expurgé de toute forme de protectionnisme national, un modèle en vertu duquel un pays qui s’isolerait sur le plan de ses échanges économiques serait une hérésie de l’Histoire.
Britain Stronger in Europe, British Influence, European Movement UK : nombre de groupes d’influence anti-Brexit ont été soutenus par les milieux d’affaires. En plus de traduire trivialement une volonté de défense d’intérêts corporatistes, ces engagements révèlent un autre biais à l’œuvre : celui de la croyance en un mécanisme d’autoréalisation prophétique. En maintenant à des niveaux « standard » certains paramètres de marché qui auraient dû diverger en cas d’anticipation de Brexit, les acteurs concernés ont, peu ou prou, consciemment ou non, visé à véhiculer le message d’un scrutin sans enjeu, gagné d’avance. Plusieurs mois plus tard, ce mécanisme opère toujours au sujet des conditions d’activation de l’article 50 du traité de Lisbonne, et des négociations de modus operandi subséquentes.
De l’évitement tautologique au thatchérisme paradoxal
Bien qu’elle eût été très tôt consciente de l’ampleur du défi dont elle a la charge, Theresa May a, tout au long des mois passés, cultivé une rhétorique du flou quant aux modalités de mise en œuvre du divorce entre son pays et l’UE, se contentant d’arguer que « Brexit means Brexit ». Cette incantation tautologique serinée comme une antienne a longtemps résumé à elle seule toutes les errances du pouvoir en place.
Plus récemment, en rupture avec la circonspection des mois précédents, le Premier ministre britannique a fait état de sa volonté nouvelle de négocier un accord visant à garantir à la fois l’arrêt de l’immigration de travail en provenance du continent et le libre-accès de son pays au marché économique européen, en contradiction avec les exigences de réciprocité du traité en vigueur. Autrement dit, à sa procrastination initiale, Theresa May a substitué une stratégie de stellionat (à changer j’attends des précisions) thatchérien tout aussi hasardeuse.
Le bal des pompiers pyromanes
Au creux de l’été, soucieuse de se prémunir contre toute forme d’évolution conjoncturelle défavorable, et conformément aux dogmes de mise sous perfusion prophylactique appliqués à l’envi par la Fed et la BCE, la Banque d’Angleterre a massivement soutenu l’économie du pays en abaissant ses taux directeurs, en opérant un nouvel assouplissement quantitatif et en organisant un plan de soutien aux établissements bancaires du pays. Bien que les effets marginaux de telles politiques monétaires « non conventionnelles » paraissent chaque fois moins probants, ces dernières n’en restent pas moins efficientes, à court terme, par le soutien réel qu’elles apportent aux agents économiques des marchés concernés, et à plus long terme par la promesse sans cesse renouvelée que la barre sera tenue, quelle que soit l’intensité des tempêtes qui se profileraient.
Et les écueils sont légion dans une Europe qui accumule les dissentiments et se fracture chaque jour un peu plus, confrontée au triple défi de la crise des dettes souveraines, de sa construction institutionnelle et de l’afflux migratoire. Que ses dirigeants exigent du Royaume-Uni un retrait précipité et franc, voilà qui – au-delà de l’avertissement implicite adressé à d’autres velléités d’affranchissement – sonne comme un dérisoire baroud d’honneur, signe d’un rapport de force moins déséquilibré qu’il n’y paraîtrait de prime abord.
Car peut-être que quitter en rat un navire branlant à la dérive est en définitive mieux que de sombrer héroïquement en tentant vainement de le manœuvrer.
Henri Guaino et Nicolas Dupont-Aignan. Numéro de reportage : 00674864_000005. Numéro de reportage : 00780959_000001.
Henri Guaino et Nicolas Dupont-Aignan. Numéro de reportage : 00674864_000005. Numéro de reportage : 00780959_000001.
Suppléant de Benoît Hamon en juin 2012, ancien député (2012-2014), vous avez claqué la porte du PS l’an dernier. Dans un entretien accordé à Marianne, vous expliquez ne plus croire au clivage droite-gauche. Quel est selon vous le(s) clivage(s) qui devrai(en)t structurer la vie politique aujourd’hui ?
Jean-Philippe Mallé : Je n’ai pas claqué la porte du PS : j’en suis parti, il y a plus d’un an, sans faire de bruit et j’ai rejoint République moderne, l’association présidée par Jean-Pierre Chevènement, que j’anime dans les Yvelines.
J’ai bien conscience que les notions de droite et de gauche, héritées de notre histoire, sont ancrées dans notre vie politique ; elles organisent cette dernière de façon binaire car elles sont fonctionnelles et pratiques : l’ordre et l’autorité seraient à droite quand le mouvement et la justice sociale seraient à gauche.
Une objection, cependant, à ce bel ordonnancement : l’examen de la vie politique en France de ces trente dernières années, avec sa succession de gouvernements de droite et de gauche brouille les lignes. L’épreuve du feu, en politique, c’est l’exercice du pouvoir qui agit comme un révélateur : on ne peut, en effet, se contenter des bonnes intentions affichées et en rester à de pures spéculations intellectuelles. Je ne connais donc qu’une gauche, celle qui a Hollande sous les magistères de Francois Mitterrand, Lionel Jospin et Francois Hollande. Or, les faits sont là : la gauche, aux côtés de la droite, a pris toute sa part au mouvement de dérégulation de notre économie et de soumission à la doxa libérale de la Commission européenne.
Il est vrai qu’une large partie de la gauche déteste aujourd’hui l’Etat-Nation qu’est la France.
Christiane Taubira. Numéro de reportage : 00740062_000008.
Christiane Taubira. Numéro de reportage : 00740062_000008.
On ne se méfie pas assez de Christiane Taubira. La droite, déjà naturellement certaine de sa légitimité à exercer le pouvoir est dopée par le fiasco de François Hollande. Depuis des semaines, Les Républicains vident leur euphorie dans le tonneau sans fond des primaires. De son côté, la gauche prend au sérieux les serments d’allégeance de l’ancien garde des Sceaux à l’égard de l’actuel président de la République. De toutes façons, pour la droite comme pour la gauche, le seul ennemi, c’est le Front National. Bref, personne ne voit rien venir. Christiane Taubira, on se contente désormais de l’exécrer discrètement. Et il faut dire que personne sur l’échiquier politique n’a eu autant de talent pour exciter les peurs et les agacements d’une large frange de la population – celle qui est inquiète de voir le monde se déliter sous ses yeux. Et personne n’a autant de talent qu’elle pour récupérer à son profit les nombreux dérapages que sa personne suscite. Au final, être l’adversaire de l’ancien garde des Sceaux, c’est tout à la fois être idiot (elle est intelligente et supérieurement cultivée), raciste (elle vient de Guyane) et homophobe (elle a fait voter le mariage pour tous) – tout ce que le pays compte de gens qui se veulent intelligents et ouverts (comprendre : de gauche) se rassemblera derrière elle. En temps venu.
Alors, nous n’aurons pas de pire adversaire.À ceux qui en douteraient, je conseille vivement d’écouter l’émission de France inter, Questions politiques, dont Christiane Taubira était l’invitée dimanche midi.
Je vous livre d’abord une citation qui en dit long – pour qui sait entendre, évidemment – sur ce qui nous attendrait en cas de victoire de l’élue de Guyane. Interrogée sur l’exaspération de nombreux Français vis-à-vis de l’immigration, Christiane Taubira a eu cette réponse énigmatique, ambivalente et très inquiétante : « Ce citoyen [exaspéré], il n’a pas que des droits. Il a la responsabilité de faire vivre ensemble la totalité de la communauté [nationale]… La société organise par le droit les règles qui nous permettent de vivre ensemble. » Ça sonne bien, républicain et tout, mais il faut écouter et ré-écouter pour saisir ce qui se dit là. Il faut comprendre : tout ce qui pourrait menacer la doxa du vivre-ensemble devrait, devra être interdit.
Le drapeau britannique flotte sur Londres à la veille du Brexit, juin 2016. SIPA. SIPAUSA30151537_000002
Le drapeau britannique flotte sur Londres à la veille du Brexit, juin 2016. SIPA. SIPAUSA30151537_000002
Je ne connais pas de publicité plus efficace pour la mondialisation heureuse que le clip d’autocélébration du Metropolitan Opera de New York qui précède les projections au cinéma de Don Giovanni et autres Eugène Onéguine, séancesqui permettent à la France profondeou à la Russie profonde de se croire invitées dans la prestigieuse salle new-yorkaise. Un flot d’images provenant de toute la planète nous montre qu’à la même heure un chimiste indien s’active à une expérience dans son laboratoire à Johannesburg, un médecin africain règle le débit d’une perfusion pour le patient d’un hôpital de Londres, des hommes d’affaires américains et japonais signent un accord à Tokyo, etc. Alleluia, la terre bat d’un seul cœur, la terre aime et développe toute la terre ! Ce flot d’images vous donne le vertige, vous exalte et vous empêche de réfléchir grâce à l’effet de simultanéitéqui a fasciné les poètes et écrivains au début du XXème siècle.
Les partisans de la mondialisation, de la libre circulation des marchandises et des populations, avaient réussi à nous faire croire qu’elle était un toboggan vertigineux, que nous étions tous placés dans les wagons et qu’il n’existait pas d’alternative à la plongée au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau. Ils nous ont eu à la griserie de la vitesse, au sentiment du lâchez-tout de celui qui saute d’un pont avec des élastiques au pied. Refuser le toboggan, c’était non seulement immoral à l’égard des Indiens et Brésiliens qui ont besoin de se développer, mais c’était aussi absurde que de réclamer l’arrêt du wagonnet qui est en train d’accélérer dans la grande descente de Disneyland.
Les humiliés de l’ouverture générale des frontières n’avaient qu’une solution : se taire.
Ceux qui souffraient d’être embarqués de force sur les wagonnets vertigineux, les ouvriers au chômage de la « rust belt »des Etats américains des Grands Lacs, les Français qui constatent qu’il y a désormais deux peuples sur leur territoire, les Anglais qui s’affolent d’entendre davantage parler le polonais que leur propre langue dans leurs petites villes, tous ces humiliés et offensés de l’ouverture générale des frontières n’avaient qu’une solution : se taire. A la moindre protestation, on les taxait de racisme et de xénophobie. A-t-on traité de raciste et de xénophobe Frantz Fanon parce qu’il voulait moins de blancs colonisateurs en Afrique et aux Antilles ? Pas à ma connaissance.
Le plus stupéfiant, dans les événements récents, est que ce sont les Anglo-Saxons qui ont crié stop au wagonnet fou. Eux les champions de l’ouverture du monde. L’Angleterre du XIXème siècle qui imposait son libre-échange à la France et son empire de 1914 sur lequel le soleil jamais ne se couchait. Les Etats-Unis dont les périodes intrusives dans les affaires du monde ont été plus fréquentes que leurs périodes isolationnistes. Le coup de sifflet de fin de partie, celui qui risque de bloquer le wagonnet sur la pente (fatale ou merveilleuse ?) a donc été donné par les Britanniques qui ont voté pour le Brexit et par les Américains qui ont élu Donald Trump. Étonnant !
Est-ce leur fameux pragmatisme ? Il est vrai qu’à partir du moment où 51% des électeurs souffrent de la situation qui leur est imposée, pour des raisons économiques s’ils sont chômeurs, pour des raisons identitaires s’ils trouvent que leur pays n’est plus leur pays, il n’y a aucune raison pour qu’on n’arrête pas le wagonnet et que l’on réfléchisse à d’autres solutions. 51%, c’est la loi de la démocratie, 51% c’est le pourcentage qui a imposé pendant cinq ans à la France un velléitaire narcissique qui commentait les problèmes au lieu de chercher à les résoudre.
Le sourire de mes concitoyens vaut bien quelques euros de plus.
Il semble qu’une pause dans la mondialisation serait une bonne idée, du moins en ce qui concerne l’Occident. Libre aux Chinois de commercer à tout-va avec les Africains, libre aux Brésiliens de s’ouvrir complètement aux produits indiens. Je regarde souvent une chaîne d’information en continu consacrée à l’économie et je vois souvent des économistes s’inquiéter sur les emplois de demain. Ils sont lucides sur le fait que le numérique n’engendrera que peu d’emplois dans nos pays, et ce sera des emplois réservés aux gens très intelligents et diplômés.
La prochaine lutte des classes qui risque d’apparaître en Occident, ce sera la lutte des élèves moins doués contre les premiers de la classe. Et il se trouve que les élèves moyens et médiocres de la classe, ceux qui sont près du radiateur, sont plus nombreux que les bons élèves… En bonne démocratie, ils ont le droit d’imposer le protectionnisme aux premiers de la classe. Je suis prêt à payer plus cher le made in France si le résultat est de voir dans ma petite ville des ouvriers et des paysans heureux et fiers de gagner leur vie, et non les zombies actuels qui craquent leur RSA dans les filiales locales de la grande distribution allemande à bas prix. La mondialisation entraîne une hybris de possession, d’enrichissement, celle-là même qu’on dénonçait en 68 en vilipendant la société de consommation. Si le protectionnisme entraîne une augmentation du Bonheur National Brut pour les Français, eh bien changeons nos manières de penser et votons pour le protectionnisme ! Le sourire de mes concitoyens vaut bien quelques euros de plus.
« Les peuples, pour être épanouis, ont besoin de retrouver leurs fondamentaux » (Christian Saint-Etienne, économiste)
Toujours l’idée de pause. En général, les économistes ignorent superbement les problèmes identitaires, ils n’habitent pas Aubervilliers ou Viry-Châtillon et ne savent pas que les migrants, force de travail non négligeable, peuvent aussi être porteurs d’une culture qui s’oppose à la nôtre. Je n’ai vu que Christian Saint-Etienne (béni soit son saint nom) s’opposer à la pensée unique de sa corporation. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour son intelligence et sa lucidité, mais le 30 septembre dernier, devant l’émission Les Experts de Mathieu Jolivet sur BFM Business, j’ai carrément basculé dans l’enthousiasme. Il était question de populisme, tous ces messieurs le traînaient bien sûr dans la boue, c’est mauvais pour les affaires. Christian Saint-Etienne déclara calmement qu’il ne fallait pas dire populisme, mais plutôt sursaut des peuples « pour se replacer sur leur centre de gravité, juste pour sauver leur peau en tant que peuple. […] Il n’y a pas de contradiction fondamentale entre une recherche de centre d’équilibre des peuples sur ce qui fait leur identité fondamentale et l’humanisme… […] Les peuples, pour être épanouis, ont besoin de retrouver leurs fondamentaux ». Dans ces propos courait la métaphore de l’Occident semblable à un boxeur sonné par ce qui vient de lui arriver et qui a besoin de retomber sur ses pieds. Un économiste qui réclame le droit des peuples à rester eux-mêmes, j’avais envie d’applaudir devant ma télé !
Une pause. On s’arrête et on réfléchit. C’est curieusement une proposition qui a eu beaucoup de succès dans les années soixante-huitardes avec l’idée de l’an 01 lancée par Gébé dans Charlie-Hebdo. Comment se fait-il qu’une idée aussi raisonnable passe aujourd’hui pour raciste et réactionnaire ? Comment se fait-il que l’idée d’un moratoire sur l’immigration ne vienne à l’idée de personne ? Il faut fermer les frontières sud de l’Europe, malheureusement par la force puisqu’il n’y a pas d’autre moyen, et réfléchir aux moyens d’intégrer immigrés et migrants qui sont déjà ici. Ensuite, on pourra trancher en connaissance de cause, rouvrir le robinet ou bien le laisser fermé.
Ce n’est pas ce que proposent les partisans du Brexit et Donald Trump, qui semblent être sur la ligne d’une fermeture durable des frontières. Mais la vie est faite de compromis, et l’idée de pause dans la mondialisation, moins violente qu’un arrêt total, finira par faire son chemin. On ajoute une dose de protectionnisme, pour l’Europe d’abord, pour la France ensuite si l’Europe chavire, et on attend de voir les résultats. Un grand merci aux électeurs du Brexit et à ceux de Donald Trump : la mondialisation paraissait une fatalité, ils ont remis la liberté de choix au centre du destin des hommes.