Arrestation d'un clandestin mexicain, octobre 1994. SIPA. 00253669_000001

Le grand mécheux est peut-être un « clown » mais il est pris très au sérieux. Tant par ceux qui, à New-York, contestent son élection que par… son voisin mexicain. Depuis le 8 novembre, Enrique Peña Nieto et son gouvernement ont une nouvelle priorité : la protection de leurs émigrés. Douze millions vivent de l’autre côté de la frontière. Et si certains espéraient vivre le rêve américain, Donald Trump, lui, leur a promis un autre destin : « Ce que nous allons faire, c’est prendre les gens qui sont des criminels et qui ont des casiers judiciaires, qui appartiennent à des gangs, qui sont des trafiquants de drogue […] et nous allons les renvoyer du pays ou les mettre en prison. […] Ils sont ici illégalement. » « Ils » ? « Sans doute 2 millions, ça peut aussi être 3 millions (de personnes) », a précisé Donald Trump. C’était dimanche sur CBS, pas il y a 6 mois lors d’un meeting : ces paroles ne sont plus celles d’un candidat en quête de voix.

Un numéro d’urgence et un appel au calme

De quoi inquiéter, à deux mois de son arrivée. A défaut d’anticiper, la présidence de la République mexicaine a donc rapidement réagi et annoncé, dans un tweet, le « renforcement de la protection des Mexicains qui se trouvent aux Etats-Unis »« Nos compatriotes ne sont pas et ne seront pas seuls » a même tenu à rassurer la ministre des Relations extérieures, Claudia Ruiz Massieu, qui vient d’annoncer les piliers de son plan d’action. Une ligne directe, disponible 24/24h, va notamment être mise en place, pour aider les Mexicains à mieux saisir leurs droits, et les liens entre le consulat et les organisations de défense des droits civils vont être renforcés. « Nous allons rester très proches d’eux et les maintenir informés de leurs droits, des mécanismes qui existent pour les protéger, pour qu’ils ne se laissent pas abuser, qu’ils se sentent accompagnés et défendus », lançait-elle déjà hier. Un appel a même été lancé aux Mexicains des Etats-Unis pour qu’ils « évitent toute situation de conflit » et « d’être impliqués dans des actions qui pourraient dériver en sanctions administratives ou pénales ».

 

 

Pas encore les grands moyens mais une méfiance qui peut finir par irriter. En guise d’avertissement, le président Peña Nieto a salué, dans un communiqué, son homologue sortant : « Barack Obama a été un grand ami et allié du Mexique ». Et assuré, dans la foulée, vouloir rencontrer son successeur avant sa prise de fonctions, le 20 janvier. Les deux hommes se sont déjà croisés. L’été dernier, le candidat Trump avait, étrangement, tenu sa langue et sanctionné un entretien « constructif ». Sans doute l’air de Mexico…  A peine rentré, dans la soirée, le grand blond, plus volubile, réitérait sa volonté de lui faire « payer à 100% » le mur dont il rêve à la frontière. « Ils ne le savent pas encore, mais les Mexicains paieront », louvoyait-il, non loin de là, à Phoenix dans l’Arizona. « Où qu’ils se trouvent, Monsieur Trump, ma priorité est de protéger les Mexicains », venait pourtant de lui signifier Enrique Peña Nieto.

 

 

Hier, Claudia Ruiz Massieu l’a rappelé : les relations entre les deux pays sont importantes et stratégiques. Mais au Mexique, protéger ses compatriotes l’est visiblement encore plus : « c’est notre devoir le plus important, un devoir irréductible. » Et la meilleure façon de ne pas les voir rentrer ?