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Et c’est pourquoi Zemmour est grand!

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Eric Zemmour lors d'une conférence à La Baule, janvier 2015. SIPA. 00702413_000008

Le regretté Alexandre Vialatte, certains s’en souviendront peut-être, terminait invariablement ses savoureuses chroniques, quel que fût le sujet qu’il y traitât, par cette ironique clausule : « Et c’est pourquoi Allah est grand ». Pourrait-il d’ailleurs, sans attirer aussitôt sur lui les foudres de tous ceux qui, avec une vigilance très sourcilleuse, se sont donné la mission de traquer tous azimuts la moindre impertinence pouvant être considérée comme islamophobe, se le permettre encore de nos jours ? Peut-être pas…

En tout cas, c’est ce titre imité de Vialatte que j’ai eu envie de donner à cette communication par laquelle j’aimerais faire partager à mes contemporains l’étonnement et l’admiration qui ont été les miens en découvrant, dans un petit livre d’Éric Zemmour, dont je viens tout juste d’achever la lecture, les pages d’une surprenante actualité sur lesquelles je suis incidemment tombé. L’essai s’appelle « Le premier sexe », paru en janvier 2006.

Comment un ouvrage aussi essentiel, gorgé de sucs nourriciers, avec ses rappels historiques ou ses aperçus sociologiques opportuns, ses toujours judicieux renvois aussi bien à la grande littérature européenne (Balzac, Stendhal, Dostoïevski, René Girard, Pascal Quignard) qu’au cinéma ou à la publicité et ses lumineuses mises en relation et en perspective, a-t-il pu ainsi m’échapper jusqu’ici ? Il était temps que je comble cette lacune regrettable et que j’invite ceux qui seraient dans mon cas à faire de même. Quant à ceux qui le connaîtraient déjà, eh bien, qu’ils le relisent…

Éric Zemmour y analyse, avec brio et acuité, l’évolution lors des deux derniers siècles, en France et dans les autres pays occidentaux, des rapports entre les femmes et les hommes, tels qu’on peut les surprendre, les observer, les caractériser, dans toutes sortes de circonstances de la vie et sur toutes sortes de terrains comme ceux du mariage, du divorce, du travail, de l’éducation des enfants, du pouvoir économique et politique, etc.

« Si Hillary Clinton était la candidate choisie par le Parti démocrate, les républicains chercheraient comme remplaçant de George Bush le sosie de John Wayne. » (Eric Zemmour, en 2006)

Outre ses qualités d’analyse et de synthèse, ce petit essai possède aussi cette qualité précieuse propre à toutes les productions de l’essayiste : il est écrit dans une langue impeccable. Un style d’une grande clarté, souple et élégant, qui sait pourtant, quand il le faut, se montrer percutant. Foin chez lui de ce salmigondis indigeste, de ce charabia alambiqué et abscons qui règne en maître chez Lacan, Bourdieu, Derrida et autres prétendus grands intellectuels. Tant, pour Éric Zemmour, cet amour de la France, lequel met sa plume en mouvement et le pousse à si vaillamment batailler, va également de pair avec un constant et scrupuleux souci de servir et d’illustrer de son mieux la langue française…

Mais il est temps, sans importuner plus longtemps mon lecteur avec des préambules qu’il pourrait finir par trouver oiseux, de lui fournir toutes les preuves palpables et tangibles de ce que je lui annonce.

D’abord la preuve la plus éclatante, une page où Zemmour disserte sur l’attrait qu’exerce sur les électeurs américains une figure masculine forte comme celle qu’a incarné à l’écran un John Wayne, avec les lignes suivantes : « On peut être sûr que, pour la prochaine élection, si Hillary Clinton était la candidate choisie par le Parti démocrate, les républicains chercheraient comme remplaçant de George Bush le sosie de John Wayne. Et gagneraient encore. »

Guimauve le conquérant

La seule chose qui, pour qu’elle soit complète, manque à cette assertion divinatoire, c’est seulement le nom du challenger victorieux de Mme Clinton, le nom de celui qui sera, face à elle, chargé par les républicains d’incarner la figure du mâle américain, c’est-à-dire, on le sait aujourd’hui, le nom de Donald Trump. Et, je le rappelle, ces phrases quasi prophétiques, ont été écrites avant janvier 2006, il y a donc plus de 10 ans…

Notre essayiste se penche aussi sur le cas Hollande. Nous sommes à une date où, on en conviendra, personne n’envisage encore que celui-ci pût un jour, pour notre malheur, se trouver placé à la tête du pays. Voici cependant le diagnostic très sûr et extraordinairement bien senti que déjà il nous fournit sur le personnage : « Il vient de remporter le référendum interne au PS sur la Constitution européenne. Il incarne à gauche la nouvelle génération, la relève, les cinquantenaires. Il veut être le Sarkozy du Parti socialiste. Il triomphe, plastronne… […] Au Parti Socialiste, François Hollande est justement brocardé pour sa rondeur, sa quête consensuelle, sa difficulté à décider, trancher ; un de ses surnoms est « Guimauve le conquérant ». Hollande raccommode et circonvient. Embrouille, brouille et débrouille ; très intelligent, il est doué d’un instinct de survie exceptionnel, mais il ne possède pas l’instinct de mort. Nul ne parvient à le tuer, mais lui non plus ne tue aucun de ses ennemis. Machiavel a écrit qu’un prince doit être à la fois renard et lion ; Hollande n’est qu’un renard. Il n’est pas un patron, mais un animateur ; il n’est pas un roi même en gestation mais un régent. Il possède peu de vertus viriles, mais toutes les qualités féminines. […] Dans le couple qu’il forme avec Ségolène Royal, c’est elle, corps élancé et port de tête impérieux, qui assène et ferraille… »

J’abrège mais ne doutez plus: à lire et à relire sans aucune modération !

L’écrivain, cet ennemi de l’intérieur

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Paul Morand écrivain
Paul Morand (SIPA_00274899_000002)

Quand j’en vois un dans le poste, j’ai des envies de meurtre. Cette mine satisfaite de bon élève content de sa pitoyable rédaction, de son petit pâté scriptural, je rêve de le coincer dans la cour de récréation et de le rouer de coups, juste par défoulement, juste par plaisir. La correction comme rééquilibrage des rapports de domination. L’uppercut en forme de parabole. Le coup de tête, franc et net, pour stopper ce conformisme gluant. Dernier moyen de (légitime) défense face aux sévices impunis du stylo que les écrivains manient avec toujours plus d’inconséquence.

Une société débarrassée d’archimandrites de la pensée

La puissance de l’écrit supplante aujourd’hui celle de l’argent car elle a vocation à nous soumettre totalement et durablement. Alors, militons pour un nouveau monde sans littérature, sans injonction culturelle, sans bibliothécaire apothicaire et sans artiste vomitif. Une société débarrassée d’archimandrites de la pensée. Il est temps de faire taire tous ces usurpateurs ! Les contraindre par la force s’il le faut à cesser cette ignoble activité et leur interdire de déverser un torrent d’âneries glaçantes chaque mois de septembre. En finir aussi avec les rentrées d’automne et les Prix afférents, ce folklore d’internat sent la sueur et l’encre rance. Ces sinistres individus jouent contre la Nation. Il en va de notre cohésion. Si nous voulons continuer à vivre ensemble, les écrivains doivent changer de métier. Souhaitons-nous transmettre à nos enfants une société gangrenée par l’acte d’écrire, pervertie par l’égo de quelques-uns ? L’essai en tubes de moraline à prendre matin et soir, ça suffit !

Le roman, échappatoire dérisoire, au panier ! De quel droit, tous ces hommes de lettres, instructeurs et procureurs cyniques, s’autorisent-ils à piétiner notre vie quotidienne ? Pourquoi notre organisme aurait-il besoin de littérature comme d’une béquille psychologique ? Nous abhorrons vos rêves, vos fantasmes, vos histoires, vos divagations ! Gardez-les à l’usage de votre cercle familial pour les longues soirées d’hiver. Ne partagez plus votre désarroi, votre acrimonie, votre pusillanimité, nous ne sommes pas une déchetterie à ciel ouvert, nous ne recyclerons plus vos troubles intérieurs. Si votre vie vous dérange, vous insupporte, changez-en, sans pour autant vous répandre sur du papier imprimé, sans souiller ces milliers de feuilles inutiles.

Les écrivains poussent à la paresse

Libérez vos machines à écrire, laissez voler vos caractères ! La revanche de la page immaculée a sonné. Vous vous êtes volontairement extraits de la communauté et, de votre piédestal, vous continuez pourtant à nous juger, à nous ordonner de marcher au pas cadencé. Cette assommante musique militaire nous fait saigner des oreilles. Et puis, arrêtez d’élever la lecture en agent actif de la Démocratie comme si elle était indispensable au bon fonctionnement de nos institutions. Le livre, gardien de nos libertés fondamentales, la bonne blague. Une hérésie. Ecrire, lire et élire, vous n’avez que ces verbes à la bouche. Rien que des injonctions de régiments ou de conseils de classe. Des ordres qui veulent contraindre notre réalité à épouser votre imaginaire.

Cette soumission n’a que trop duré. Si lire émancipait les peuples, ça se saurait. Il n’y a que les attardés pour imaginer qu’un texte puisse changer les mentalités. Divertir serait déjà d’une prétention crasse, faire réfléchir une honteuse imposture, quant à agir, de la pure divagation. Les mots publiés ne sont qu’un écran de fumée. Les écrivains, agents serviles du système, poussent à la paresse, au ressentiment et à la prétention intellectuelle. Ils font croire à la jeunesse qu’écrire serait une profession respectable, un don du ciel, alors qu’elle n’est qu’un ramassis d’oisifs, vaniteux et dangereux. Un pays où tous les gens se mettraient à écrire, courrait à sa perte en moins d’une génération. Il disparaîtrait de la carte alors que tant de peuples illettrés prospéreraient. Et puis, cette suffisance à vouloir notre bien-être, cet irrépressible besoin de s’exprimer comme si le silence était l’apanage des faibles. Les écrivains insultent notre intelligence et salissent notre sensibilité en saturant l’atmosphère de leur prose nocive. Le temps de la rédemption et de la page blanche est donc venu !

Je vote « Un homme et une femme »

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Lelouch un homme et une femme
Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée dans "Un homme et une femme"

Ce week-end, vous avez le choix: aller voter à la primaire de la droite et du centre ou (re)voir Un homme et une femme qui ressort dans quelques très rares salles de cinéma, à Paris et en province. Six hommes et une femme d’un côté, Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée de l’autre. Les lumières blafardes des bureaux de vote ou les flous du crachin normand. La promesse de l’isoloir ou le confort des fauteuils rouges. Les gesticulations des candidats ou les accélérations de la Ford Mustang au Rallye de Monte-Carlo. Elkabbach ou Gérard Sire au micro. Le déluge des arguments ou la pluie des sentiments. Le brouillard des idées ou la chamade sur la plage. Blablabla ou chabada-bada.

Mai 1966

Le jeu comico-tragique du pouvoir ou la beauté éternelle d’un couple de cinéma. Des élus en mal d’amour face à deux acteurs qui ont conquis le cœur du public en mai 1966, sans prendre le chemin des urnes. Sous leur costume, les candidats joueront leur avenir électoral, peut-être même, notre destin national. Sur l’écran, une samba brésilienne au rythme des essuie-glaces bercera le spectateur dans les méandres du passé. La nostalgie n’est pas un crime, juste une nécessaire respiration après cette année tragique. Alors, voter Lelouch ce week-end, c’est choisir la fiction au risque de passer pour un enfant gâté. Vivre pour vivre ! Refuser les mots déficit public, croissance, budget, sécurité, retraite, environnement, éducation, Trump ou Brexit pendant 1 heure et 42 minutes, aura toujours des vertus réparatrices et évitera de dire trop de conneries. Une façon bravache et sentimentale de résister au bulldozer médiatique.

Une forme de sursaut citoyen aussi. Tous les postulants alignés dans ce tour de chauffe présidentiel ne pourront jamais égaler le charme d’un film tourné en treize jours, il y a cinquante ans, pour l’équivalent de seulement 300 000 euros. Une somme à faire pâlir un directeur de comptes de campagne pour un carton au box-office : 4 269 653 spectateurs français et une flopée de récompenses internationales (une Palme d’Or, deux Oscars, deux Golden Globes, etc…). L’un des films les moins chers de son époque allait emporter une Nouvelle Vague et faire de l’identité française, une exception culturelle. Cette identité n’était pas alors contenue dans des traités ou des essais, comprimée à l’usage des dépressifs, dégainée à la faveur d’un camp ou d’un autre. Indéfinissable par nature, instable par tempérament, elle s’infiltrait dans les interstices. A la fois moins dogmatique qu’on le pense et plus sensuelle qu’on l’imagine, elle donnait au reste du monde, une allure, une audace, une fragilité, un élan, une leçon de dignité que nos hommes politiques ont bien du mal à saisir. Parmi ce club des 7, on espère que l’un d’entre eux a pu être touché par la grâce de cette rencontre. Quand deux solitudes s’unissent sur le perron d’une pension et que la caméra de Lelouch fait danser la valse des rapprochements.

Montmartre 15-40

Comment peut-on être imperméable à ces images fugaces de notre singularité jadis triomphante ? Il suffit d’apercevoir la toile de Jouy de l’hôtel Normandy, une silhouette de Giacometti en bord de mer, l’anneau de Linas-Montlhéry, les vestes en col de mouton, la rue Lamarck dans la grisaille des sixties, l’Autoroute de l’Ouest ou bien encore d’écouter la poésie de Vinícius de Moraes, d’entendre la musique de Francis Lai, la voix de Pierre Barouh et celle, inoubliable et pénétrante, d’Anouk donner son numéro de téléphone : « Montmartre 15-40 » pour que l’espoir d’un monde meilleur se dessine. La genèse de cette « Belle histoire » est désormais inscrite dans notre roman national. Après une série d’échecs, Lelouch, sans le sou et le vague à l’âme, décide de partir seul en direction de la Normandie. « J’étais au bout du rouleau. Je me suis retrouvé sur les Planches de Deauville. Crevé, je me suis endormi dans ma voiture. Le soleil me réveille. La lumière est sublime, la marée basse incroyable. Je sors, je respire un grand coup. Puis, je vois, très loin, une femme élégante qui marche avec un enfant et un chien » se souvient-il. Un homme et une femme était né.

L’humanité est sauve.

Battle de France, c’est parti!

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Battle de France, une émission de débats sans tabous.

Battle de France est une nouvelle émission de débats sans tabous qui opposent deux contradicteurs sur les sujets politiques, économiques ou civilisationnels qui traversent nos sociétés.

Vigoureux mais courtois, les échanges de Battle de France sont destinés à faire avancer le débat public et émerger les nouveaux clivages de la pensée politique moderne.

N’hésitant pas à provoquer le clash entre invités, Battle de France pousse chacun à assumer ses convictions et à en tirer toutes les conséquences.

Résolument libre et impertinente, Battle de France est volontiers politiquement incorrecte et ne s’interdit aucune question. Son credo reste avant tout l’honnêteté intellectuelle.
Battle de France est partenaire de Causeur.fr, et la toute première émission a opposé, jeudi 17 novembre 2016, Natacha Polony à Laurent Joffrin sur l’actualité puis sur deux thèmes successifs.

 

Introduction: « L’élection de Donald Trump est-elle due au vote des perdants de la mondialisation ou de l’Américain blanc qui a peur de devenir minoritaire dans son pays?

 

 

« Sommes-nous en guerre civile ? » 

La menace d’une guerre civile, prophétisée notamment par le patron de la DGSI, est-elle un fantasme ou une réalité ?


Les deux invités ont alors débattu des notions d’intégration et d’assimilation, ainsi que de leur pertinence pour éloigner le risque d’une guerre civile.



Formule controversée d’Alain Juppé, une « identité heureuse » est-elle possible dans une société multiculturelle ? Les deux invités ont apporté des réponses bien différentes:

 


« Faut-il privatiser l’Education nationale ? »

 

Les invités ont abordé la question en opposant la transmission de connaissances de celle de simples compétences, liées aux seuls besoins du marché du travail.


Alors que l’école française ne cesse de chuter d’année en année dans les classements internationaux, Natacha Polony et Laurent Joffrin se sont affrontés sur l’objectif prioritaire qu’elle se fixe aujourd’hui : celui de réduire les inégalités.


Pour conclure le débat et la première émission de Battle de France, les deux journalistes ont confronté leurs points de vue sur une question plus concrète : faut-il revenir à l’époque de Condorcet ou l’école de Najat Vallaud-Belkacem représente-t-elle l’avenir ?


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Non, le FN n’est pas un feu de paille

Marine Le Pen fait face à ses militants, mai 2013. SIPA. 00656799_000019

Il est courant ces derniers jours de relever que la victoire de Donald Trump a été l’effet de la révolte d’un peuple, que l’on n’avait pas vu venir, contre des élites, qui n’avaient pas su entendre ses aspirations. Il est moins courant de le relever et de reproduire la même erreur pour la France. C’est pourtant ce que fait à notre sens Régis de Castelnau, quand il enjoint au peuple de droite de se ranger comme un seul homme derrière Nicolas Sarkozy. Croire que celui-ci serait l’héritier du gaullisme, lequel a d’ailleurs toujours été imaginaire, même lorsque son modèle vivait, c’est comme supputer qu’Hillary Clinton serait la descendante de Roosevelt, ou que George W. Bush était le fils de Lincoln.

Quand il évoque ces couches moyennes supérieures affolées devant la masse des laissés pour compte, on se demande si ce n’est pas de lui-même que cause Castelnau, effrayé devant le vote Front national en France. Bien entendu, il existe d’innombrables raisons de ne pas voter Marine Le Pen aux prochaines présidentielles, mais comme il en existait au moins autant de ne pas voter Donald Trump. Reste que c’est arrivé. Si donc l’on se pique d’analyse des mouvements tectonico-politiques et de décryptage de la carte électorale, il faut tout de même commencer par regarder la réalité en face, qu’on veuille s’y résoudre ou qu’on la veuille changer.

C’est ainsi tout d’un ancien communiste que de croire que la seule force capable de disputer le peuple au Parti serait la gaulliste. C’est tout d’un homme, révérence gardée à ce cher Régis de Castelnau, qui en serait resté bloqué aux leçons de 1947. Il n’est pas inutile de signaler qu’en soixante-dix ans le monde a changé, qu’un certain empire de l’Est a été détruit et que la gloire lustrale d’un général vainqueur s’est évaporée. D’ailleurs, dix ans après l’armistice, elle avait déjà perdu de sa superbe et le peuple français, qu’il vous en souvienne, avait pu se ranger l’espace d’un instant sous la quincaillerie d’un Pierre Poujade. Et puis, il y a eu l’Algérie, plaie point encore totalement refermée qui a laissé des traces nécessaires et dans nos institutions, lesquelles avaient précisément été bâties vis-à-vis d’elle, et dans les généalogies politiques.

Le FN n’est pas une petite boutique familiale

Car, c’est là, dans des geôles sombres que les damnés de l’Algérie française, commencèrent de réaliser la prière de Georges Bernanos : « Ah, plutôt que d’affreux petits cancres bavards qui feront demain d’habiles sous-secrétaires d’Etat, souhaitons plutôt l’avènement de jeunes Français au cœur sombre. Le désespoir est un terrible gâcheur d’hommes, mais qui a mordu une seule fois à sa bouche glacée ne craint plus la prison ni la mort, qui part avec ce silencieux camarade ne combat plus pour sa vie, mais pour sa haine, et ne se rendra pas ». C’est là qu’est né le Front national.

C’est en quoi la description du FN comme petite boutique familiale est, sinon entièrement fausse, du moins très leste. Que Jean-Marie Le Pen, qui était né avec Poujade et l’Algérie, ait essayé de réduire le fleuve qui le portait à un étang où faire trempette tranquillement, cela est indéniable. Mais le courant était plus fort que lui et l’a emporté. Le fleuve lui a survécu, un fleuve très antique, venu du légitimisme et du bonapartisme, venu même peut-être de l’Ancien Régime. Un fleuve qui a, même si c’était par intermittence, charrié des masses populaires avec lui. Et les peuples se souviennent. Car, si la bourgeoisie n’a pas de coutumes mais des principes, le peuple, lui, n’a pas de principes mais il a des coutumes. Notamment celle d’aller quérir un protecteur quand tout va mal. C’est ainsi que de Gaulle a gagné, c’est ainsi que Sarkozy a vaincu en 2007, contre un vieux Le Pen affaibli. Mais sa légitimité d’alors, Sarkozy ne l’avait pas tirée de son propre fond, ni même du fond gaulliste : il l’avait tirée précisément de ce petit peuple qui ne résout pas à croire que son destin soit forcément communiste ou gaulliste.

L’illusion mitterrandienne qui consiste à croire qu’il existe une droite fréquentable et une droite diabolique

Croire donc avec Régis de Castelnau que le Front national ne saurait gouverner faute de moyens et d’hommes, c’est commettre l’erreur des commentateurs américains qui tenaient que l’establishment républicain se rebifferait contre Trump. Croire, trente ans après Dreux, que le vote Front national relève du « mouvement d’humeur », quand il fait plus de 45% en région Paca, 40 dans le nord de la France et qu’il est majoritaire dans l’ancien Languedoc-Roussillon ou dans le Vaucluse, c’est se fourrer volontairement un doigt dans l’œil pour ne pas voir ce qui peut arriver, et qui est déjà arrivé.

Mais Régis de Castelnau, si nous l’avons bien compris, commet en sus deux autres erreurs, la première sur un plan moral, la seconde sur un plan stratégique.

Il est d’abord toujours victime de ce que l’on pourrait nommer l’illusion mitterrandienne : celle qui consiste à croire qu’il existe une droite fréquentable et une droite diabolique, par nature. Cette distinction moralisante, qui ne le cède en rien au fameux Axe du mal cher à George W. Bush, ne repose sur aucun fait, ni sur aucune idéologie : on trouverait, en cherchant un peu, autant d’anciens collabos dans la droite banale qu’au Front national – mais plus encore peut-être dans l’entourage de M. Mitterrand – et autant d’anciens résistants dans les deux. Sous entendre que le Front national est l’héritier de Vichy, c’est pure ineptie. L’héritier de l’OAS, comme nous l’avons dit, cela a plus de sens. Cette plaie, François Mitterrand l’a accentuée, pour éviter qu’un bloc de droite forcément majoritaire en France se reforme jamais. Il semble que les forces de l’esprit de Tonton sévissent encore. Mais le rapport de force s’est inversé : le Front national est devenu la force majoritaire à droite, au moins sur le plan des idées. Il a conquis l’hégémonie culturelle, qui augure généralement de la victoire électorale, dans un horizon imprécis certes.

Enfin, faute stratégique en imaginant qu’un Nicolas Sarkozy qui s’est tant déconsidéré pourrait encore rallier à son panache des masses populaires. Sarkozy n’était l’homme que d’une seule cartouche et la seconde a fait long feu, car il était, aussitôt élu, revenu à ce qu’il demeurait, un bourgeois libéral de droite.

La droite classique, si elle veut résister à Marine Le Pen, aurait tout intérêt à se découvrir un nouveau champion. Mais il est sans doute trop tard.

 

 

2017: pour un duel Sarkozy/Mélenchon

Affiches électorales de l'élection présidentielle, avril 2012. SIPA. 00635263_000002

La victoire de Donald Trump était prévisible mais ne fut pas prévue.  Il y a matière à réfléchir sur ce que raconte ce succès, qui est d’abord évidemment la défaite du parti démocrate et de sa candidate. Comment un histrion retors, malgré des handicaps de personnalité criants, malgré une campagne à son encontre ahurissante de violence a-t-il pu d’abord mettre à genoux le parti républicain pour ensuite défaire Hillary Clinton assez tranquillement ?

Ce rejet dresse une physionomie de l’Amérique où, comme dans à peu près tous les pays occidentaux les victimes de la globalisation néolibérale se cabrent et mettent en cause ouvertement le modèle qu’on leur a imposé depuis le début des années 80. Et les couches moyennes supérieures affolées, profiteuses du système, ne veulent pas entendre parler des masses de laissés-pour-compte, et voient revenir avec terreur le vote de classe. Et en France ? Confrontés à leur misère matérielle, à la détresse morale, au déclassement et à la perte de leur horizon, les couches populaires ne supportent plus non plus les cours de morale de ceux qui accrochés à leurs privilèges leur assènent jour après jour. Alors ils décrochent ou font le pari du FN. La nudité de l’empereur désormais irréfutable, crée ainsi une situation politiquement dangereuse. Les notions françaises classiques de droite et de gauches ne sont plus effectives. Condamnés par l’Union Européenne à l’austérité perpétuelle, les exclus de la globalisation néolibérale, majoritaires en France trahis par le parti socialiste et abandonnés par ce qui reste du Parti Communiste, subissent un véritable rouleau compresseur culturel. Toujours systématiquement aligné sur les souhaits du Capital qui ne veut plus de frontières, des sociétés divisées, communautarisées, ethnicisées, au sein de laquelle on peut puiser la main-d’œuvre bon marché pour assurer les activités de services utiles aux couches moyennes terranovistes qui soutiennent bec et ongles ce système.

Le Front national qui n’est au départ qu’une petite épicerie familiale bien verrouillée, ne peut pas devenir un parti de masse, candidat crédible à l’exercice du pouvoir. Il n’en a ni les moyens militants, ni les moyens techniques. Gouverner un État comme la France nécessite, au-delà des hommes, une adhésion voire  une identification populaire absentes en l’état. Comme l’ont démontré les spécialistes de la carte électorale, le vote Front national est d’abord un mouvement d’humeur, l’envie du coup de pied dans la fourmilière, et aussi un pari : celui de vouloir l’essayer, tous les autres ayant échoué. C’est un crève-cœur de voir, ces ouvriers et ses salariés d’exécution des services, se tourner vers un parti qui plonge ses racines dans l’extrême-droite de l’après-guerre et les débuts de la Ve République.

L’enjeu le plus fort de l’élection présidentielle est la déconstruction du FN

L’arrivée au pouvoir du Front national en 2017 n’est pourtant pas une hypothèse farfelue. Les résultats électoraux britannique, autrichien, américain peuvent nous le faire craindre. Et le danger ne serait pas celui de l’instauration d’un régime fasciste en France, soyons sérieux, mais l’incapacité à répondre aux espoirs et aux attentes, la faillite de ce plan B, démontrerait que le pari est perdu. Et une défaite qui porterait au deuxième tour Marine Le Pen au-delà des 40 % d’électeurs, imposerait le Front National en seule force d’opposition, qui n’aurait alors qu’à attendre le coup suivant. La porte ouverte à toutes les aventures.

C’est la raison pour laquelle l’enjeu le plus fort de l’élection présidentielle est bien celui de la déconstruction du Front national.

Il n’y a aucune raison de ne pas essayer de reconquérir ces couches-là, qui, sans cela, vont avancer vers la jacquerie. Une partie doit réintégrer la droite populaire, celle sur laquelle le vrai gaullisme s’est toujours appuyé. L’autre retourner dans sa famille naturelle. Ces ouvriers et ces employés qui considèrent que la France a commencé à la Révolution, et qui ont le souvenir transmis du Front Populaire, de la Résistance et de qui étaient Jean Jaurès et Georges Marchais.

Mais qui pourrait se livrer à ce dépeçage et à quelles conditions ?

N’ayant jamais voté pour Nicolas Sarkozy aux élections régulières et n’étant pas près de le faire, il est exclu que je me déplace à la primaire de droite ne serait-ce que pour des raisons morales. Mais je m’adresse aux membres de cette famille politique en leur disant de le choisir. Car en l’absence de toute autre perspective ce choix serait seul susceptible d’empêcher le succès électoral ou politique du Front National. À l’évidence une candidature d’Alain Juppé, candidat adoubé par des élites honnies ferait exploser l’UMP et passer des gros bataillons d’électeurs au FN. François Fillon quant à lui, a démontré en quittant la Sarthe et en refusant de venir à Paris, son aversion pour les campagnes électorales où il fallait se battre, et partant son absence de colonne vertébrale. Chacun connaît les qualités de Nicolas Sarkozy, qui a en plus parfaitement compris quelles étaient les attentes de l’électorat populaire sur les questions de l’autorité de l’État, de la sécurité, de la légitimité, de l’insécurité culturelle, du patriotisme. Comme Donald Trump, il fait l’objet d’une haine farouche du « mainstream » terrorisé à l’idée de son retour aux affaires. C’est aujourd’hui clairement un avantage, parce que si les gens d’en haut comme l’a constaté Christophe Guilluy détestent les « gens du peuple », les petits blancs, ceux-ci le leur rendent bien. Il est nécessaire de casser les reins à cette oligarchie largement dévoyée. Entre les lignes Nicolas Sarkozy s’est engagé à le faire. Mais si l’on connaît les qualités, on connaît aussi les défauts, ceux qui ont entraîné la « trahison » de l’après 2007. Les gens voulaient le Karcher, ils ont eu le Kouchner.

Alors amis de droite, pouvez-vous faire le pari encore cette fois-ci ? Il a vécu entre-temps l’invraisemblable acharnement judiciaire et médiatique dont il a été l’objet pendant ces cinq ans. L’instrumentalisation sans vergogne de la justice et la mise en place par le service public radiotélévisé en tête, de campagnes de calomnies et de diffamation, ne l’ont pas épargné. Justice, médias adversaires politiques et amis, tout le monde s’est essuyé les pieds sur lui. On peut espérer, que comme chacun d’entre nous, et quoiqu’il en dise, il est capable de rancunes solides et souhaite régler ses comptes avec ceux qui l’ont ainsi traité. Si Nicolas Sarkozy est réélu Président de la République, il n’aura d’ailleurs pas le choix, coincé qu’il serait entre ces privilégiés qui le haïssent et un peuple en rage d’être une nouvelle fois trahi.

C’est un pari me direz-vous ? Il est beaucoup moins risqué que celui de Marine Le Pen.

Toutes les élections présidentielles ont donné lieu à des renversements et des surprises

Et surtout en face, pour entreprendre la déconstruction du FN et récupérer symétriquement les couches populaires culturellement de gauche, Jean-Luc Mélenchon a adopté une démarche politique intelligente et dans une certaine mesure gaullienne. Refusant les négociations d’appareils, les compromis boiteux et la facilité, il semble avoir décidé de saisir l’opportunité de cette campagne présidentielle pour atteindre plusieurs objectifs. Tout d’abord achever la destruction politique de ce Parti « Socialiste » qui vient de faire pendant ces cinq ans la démonstration qu’il était totalement au service du capitalisme financier et du néolibéralisme. Ensuite renvoyer à leur inanité politique les groupuscules gauchistes, idiots utiles du Capital. Quant au Parti Communiste, qui voit la mort dans l’âme disparaître le peu qui lui restait, et se profiler un horizon où il n’y aura plus postes et fauteuils, il va devoir se résigner. C’est dur camarades, je sais, mais un parti ouvrier où il n’y a plus d’ouvriers pour diriger, militer et voter, où les débats sont groupusculaires, qui hésite entre présenter Ian Brossat (au secours !) et soutenir Arnaud Montebourg, ne sert vraiment plus à grand-chose.

Jean-Luc Mélenchon veut ensuite, profitant de l’échéance électorale,  restructurer la gauche française, celle dont notre pays a besoin. Héritière du courant qui existe chez nous depuis la Révolution, qui s’est lié au XIXe siècle à la classe ouvrière et qui doit aujourd’hui reprendre au FN ces couches populaires égarées. Oui égarées, car historiquement et culturellement elles appartiennent à cette famille qu’abandonnées, elles ont été obligées de quitter. On me dira que Jean-Luc Mélenchon a tracé sa route tout seul, de façon autoritaire verticalement et sans débat. Et alors ?

Sans lui, nous aurons la droite néolibérale des Juppé, héritier de François Hollande, accompagné des enthousiasmants Raffarin, Bayrou, Macron, Valls, Attali, Minc, BHL, Gattaz et Cambadélis. Et le FN comme seule force d’opposition attendant son heure qui ne manquera pas de venir.

Alors, amis, camarades et compagnons espérons l’impossible, un deuxième tour Sarkozy/Mélenchon. Rappelons-nous que toutes les élections présidentielles ont donné lieu à des renversements et des surprises pendant la campagne. Et celle-là on la jouera à la régulière.

J’entends déjà les jérémiades des gens de droite, « oui mais Sarkozy, il est ceci, il est cela, parvenu et insupportable, il n’est pas vraiment gaulliste, il nous a déjà déçu, etc. ». Je répondrais simplement que pour ma part, je soutiens sans barguigner Jean-Luc Mélenchon : « Ancien dirigeant socialiste, frère la grattouille, écolo obscurantiste qui fait des mamours à Mamère et surtout, ancien trotskiste lambertiste ! » Alors qu’est-ce que je devrais dire ! Mais en ces temps difficiles, chacun doit savoir faire des sacrifices.

Le rappel au dogme

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France Inter Bataclan attentats 13 novembre
Paris, 14 novembre 2015

On ne raisonne pas une patelle, ce gastéropode marin plus connu sous le nom de « chapeau chinois » et qui, au moindre signe de présence extérieure, se colle à son rocher. Gosse, ça m’amusait beaucoup, cette grosse ventouse réduite à ses fonctions d’autoprotection. J’essayais d’en décoller une quand l’un de mes moniteurs de colonie de vacances, étudiant en biologie, me conseilla plutôt de l’observer – avant le choc et après le choc. Avec France Inter, dont la maison est agrippée aux rives de la Seine, j’ai fait de même.

Pour cela, je me suis concentré sur la période qui va du 12 au 28 novembre 2015, afin d’observer, avec le recul du temps, l’impact des attentats sur le contenu éditorial de la chaîne. J’ai choisi une émission, une seule, ni particulièrement emblématique ni tout à fait marginale, dans la grille des programmes : le 5/7 de France Inter, animé par le tandem Éric Delvaux/Catherine Boullay. Chaque matin, le 5/7 distille à la France qui se lève tôt l’esprit d’Inter. C’est rythmé, bien fichu, varié. À travers une pléiade de séquences et de chroniques aux noms divers, on retrouve les fondamentaux idéologiques de la station – quelques ennemis récurrents : Assad, Poutine, Le Pen –, quelques dadas – le vivre ensemble, l’initiative citoyenne, l’Europe. Mais l’ensemble est plutôt léger et évite d’assommer le prolo.

Le matin du 13 novembre, l’émission fut conforme à ce qu’elle était les autres jours : ni plus ni moins militante que la veille. Un peu d’Europe, un peu de bonne volonté (le recyclage des chaussettes orphelines – si, si), une évocation du prince Albert de Monaco, etc. Évidemment, rien ne laissait présager la tragédie qui aurait lieu le soir même.

Le lendemain étant un samedi, on ne retrouvera l’émission que le lundi 16 novembre. La France est encore sous le choc, et le tandem Delvaux/Boullay a le bon sens de se mettre à l’unisson du pays : reportages sur les manifestations de solidarité du monde entier, invités très sérieux (François Géré, de l’Institut français d’analyse stratégique, le lendemain ce sera Claude Moniquet, un ancien de la DGSE). Pourtant, en étant très attentif, on peut déjà observer les premiers signes du raidissement idéologique. On va coller aux fondamentaux menacés par le réel. Ainsi, dans la chronique « Ailleurs », Franck Mathevon évoque, depuis Londres, les conséquences des attentats qui seraient « un excellent prétexte pour fermer les frontières ».

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Ce n’est que les jours suivants que l’avalanche idéologique va véritablement se déchaîner. Les chroniques se succèdent pour dire, de mille façons, la même chose. Ainsi, dès le 17, dans la chronique « Les histoires du monde », Anthony Bellanger évoquera « les Syriens solidaires de Douma », précisant que Douma est une ville martyrisée par le régime de Bachar. Le 19, Claire Chaudière s’intéresse aux réfugiés syriens à Paris, « [leurs] peurs que ça se retourne contre [eux] » et que les frontières soient « encore plus hermétiques [sic] ». On évoque Mohammad en termes rassurants : « un jeune web designer aux yeux bleu clair ». Le 20, « les mosquées de France sont à l’unisson » pour professer un islam « de paix et de tolérance », mais on ne craint pas la contradiction en dénonçant, dans le même sujet « certains prédicateurs nocifs ». Le 23, tout un sujet est consacré à l’initiative du CRAN (Conseil représentatif des associations noires), qui lance un site de statistiques ethniques. On interviewe le doux « Jawad, étudiant en sociologie ». Le site, apprend-on, a décerné « un prix Nadine Morano » à Yves Calvi, coupable de n’avoir invité « aucune personne issue de la diversité en septembre ». Le même jour, Colombe Brossel, adjointe au maire de Paris, évoque à l’antenne « la volonté de vivre ensemble » des Parisiens. Éric Delvaux s’inquiète alors à haute voix : « Depuis les attentats, des tabous sont en train de tomber. » Puis on apprend qu’en Iran la jeunesse se révolte (depuis le temps qu’on nous l’annonce, ce printemps démocratique iranien), alors qu’en Grande-Bretagne les actes islamophobes augmentent de 300 %. Le lendemain, le 24, c’est Pierre Perret qui est à l’honneur : Éric Delvaux évoque son texte « qui prône la diversité et la tolérance », Anthony Bellanger raconte l’histoire de cette famille juive syrienne à laquelle « une famille palestinienne a offert gîte et couvert », tandis que les autorités israéliennes, décidément mal intentionnées, refusaient un visa à Gilda, la mère convertie à l’islam. Le 25, un sujet est consacré à « ces Hongrois qui viennent en aide aux réfugiés » et à une association qui « refuse de faire l’amalgame entre migrants et terrorisme ». Le message est ainsi répété à l’envi : pas d’amalgame, ce n’est pas de l’islam que vient le danger, etc.

Et puis, subitement, plus rien. Le 26, le 27, le 28, c’est le calme plat. La crise a cessé. On est passé d’un symptôme aigu à une sorte de décompensation silencieuse. Par la suite, les préoccupations idéologiques réapparaîtront, mais pas sous cette forme maniaque. Du moins, jusqu’aux attentats suivants.

Que s’est-il passé pendant la période de notre étude ? On peut interpréter cette étrange séquence sous un angle politique, sociologique et même économique. Les attentats, qui furent des démentis sauvages au discours de France Inter, mettaient en péril la crédibilité de la radio, dont on rappellera qu’elle est aussi un gagne-pain pour ceux qui y travaillent.

Mais je serais plutôt tenté par une autre explication, paradoxale. En effet, alors que je réécoutais les séquences de ces 5/7 postattentats, m’est revenue en mémoire la formule énigmatique de Régis Debray : « clos donc ouvert »[1. Régis Debray, Critique de la raison politique ou l’inconscient religieux, Gallimard, 1981]. On peut la paraphraser ainsi : plus un groupe est soumis à des forces centrifuges, plus il se barricade. Ainsi, les attentats avaient obligé chacun, en son for intérieur, à se poser des questions. À y répondre, individuellement. La cohésion, les lieux communs du groupe étaient menacés. Inconsciemment, l’équipe a senti un danger mortel. Un danger qui ne venait pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. De chacun. D’où la surenchère, l’affirmation frénétique, maniaque, irrépressible du credo. Les collaborateurs du 5/7 de France Inter se sont d’autant plus emmurés dans leurs « certitudes » communes qu’elles étaient, pour chacun d’entre eux, ébranlées. Ensemble, ils ont ânonné postulats et articles de foi – pour se donner comme une contenance. Ce qui a terrorisé ce média, ce ne sont pas les kalachnikovs, c’est le doute et la force de dispersion qu’il porte avec lui.

J’ajouterai : si, comme un seul homme, France Inter a refusé le débat avec Causeur et ses lecteurs, c’est que, justement, les équipes ne forment plus « un seul homme ».

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Bataille présidentielle: la chevauchée erratique

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juppe macron sarkozy primaire hollande
© AFP/Archives Kenzo TRIBOUILLARD, Lionel BONAVENTURE, Martin BUREAU, Joël SAGET

Après la sortie de mon premier livre Des Lions menés par des Ânes, j’avais été invité à un débat sur le plateau de LCI. Étaient présents, Pascal Salin, pour qui j’ai le plus profond respect, votre serviteur et l’un des 10 hommes politiques qui aujourd’hui sollicite les suffrages de la droite lors des primaires.

A un moment, cet éminent personnage, quelque peu agacé par les conseils que Pascal Salin et moi lui prodiguions, nous dit « Mais laissez-nous faire ! Contentez vous de rester dans la théorie, pendant que nous, nous gérons la France ».

En clair, il utilisait l’argument d’autorité, le seul inacceptable dans un débat d’après Saint Thomas d’Aquin.

Je vis rouge et je lui fis savoir en termes très précis que j’avais créé plusieurs entreprises dans quatre ou cinq pays, que j’avais géré des portefeuilles totalisant plus de 10 milliards de dollars, employant des dizaines de gens et que mes services étaient retenus par toutes les plus grandes sociétés financières du monde ou presque tandis que lui n’était qu’un petit jean-foutre qui vivait sans travailler en tondant les électeurs et avec les résultats désastreux que chacun pouvait constater.

Bref, j’ai attrapé une grosse colère. Pourquoi vous raconter cette vieille histoire ?

Parce que nous rentrons à nouveau dans une période électorale et que nous allons donc avoir droit à des tirades sans fin sur la façon dont les uns et les autres vont lutter contre le chômage, le déclin tragique de l’école en France ou l’immigration.

Le lait de la tendresse humaine va couler à flots, les discours vont être entrecoupés de gémissements accompagnant les statistiques de l’emploi ou de la criminalité, de fiers mentons mussoliniens vont se redresser après les prochains attentats, mais dans le fond, je crois que beaucoup suivent l’exemple du regrettable Président Mitterrand, cynique entre tous les cyniques. Ils constatent avec satisfaction que cela va plutôt bien pour eux, comme l’a si bien montré le dernier livre d’entretiens avec des journalistes de notre Président normal.

Voici une petite typologie de l’offre politique qui nous attend.

Premier tacot : La voiture a une belle carrosserie mais pas de moteur. On s’assoit au volant et on fait « vroom vroom ». L’homme qui cherche à vous vendre cette voiture veut simplement se faire réélire, tout en sachant qu’il sera parfaitement inutile. Nous sommes donc en face d’un cas assez courant de parasitisme social. Le pauvre (?) élu veut simplement conserver ou améliorer sa « rente » et pour cela débite d’une voie sucrée des banalités. A exclure absolument. On a déjà essayé ce type de voiture qui n’est bonne qu’à faire du surplace.

Deuxième épave : La voiture dont la direction va lâcher à la première embardée, tout le monde finissant dans le décor, sauf le vendeur qui a sauté avant. Notre homme sait parfaitement ce qui devrait être fait pour réparer la voiture, mais n’a strictement aucune envie de le faire tant cela risquerait de lui « coûter cher ». Et donc il remplace les réparations par un fracas ininterrompu de paroles pour enfumer les acheteurs. Nous avons donc affaire à un escroc quelque peu corrompu et qui n’a même pas l’excuse de l’ignorance, car il sait ce qu’il devrait faire mais ne le fait pas. De ces hommes là, il faut s’attendre à toutes les trahisons. A exclure aussi donc, car nous avons déjà fait de la route avec lui, et nous nous sommes retrouvés dans le fossé.

Troisième carcasse : De loin la plus vieille bagnole, toujours très demandée et qui cependant n’a jamais réussi à rouler sans exterminer tout le monde autour d’elle. Elle a tué en fait plus de gens que la seconde guerre mondiale, mais curieusement elle a toujours de nombreux partisans. Ce vendeur là n’a aucune idée de la façon dont une voiture marche dans la pratique, mais a une explication théorique pour expliquer tous les accidents du passé, l’exploitation de l’homme par l’homme et deux solutions pour traiter tous nos problèmes, taxer les riches et empêcher les produits étrangers de rentrer chez nous. Dans ce cas, nous sommes à l’évidence en face d’un chauffard récidiviste et criminel qui n’aurait jamais dû être sur la route si l’Education nationale avait fait son devoir mais c’est de loin le plus dangereux. A éviter soigneusement.

Quatrième engin : Je l’appelle engin parce que je ne suis pas tout à fait sur qu’il s’agisse d’une voiture. Il s’agit plutôt d’un objet non identifié, ressemblant plus à un char a bœuf qu’à une voiture, dont l’aérodynamisme apparaît douteux mais dont le vendeur nous assure que si on le mettait sur la route, il ferait des merveilles. Pour l’instant, l’électorat n’a jamais pris le risque de monter dans l’engin. Sympathique, mais parait ignorer les lois de la thermodynamique. Sa voiture mériterait plutôt d’être au concours Lépine que sur le parking. On aurait envie de l’aider mais notre vendeur a des idées très arrêtées sur sa voiture qui marche non pas avec de l’essence mais avec de l’eau et donc j’ai des doutes sur la fiabilité. En plus, certaines pièces détachées proviennent des usines qui fabriquent la carcasse précédente, ce qui m’inquiète passablement.

Cinquième guimbarde : La voiture a beaucoup roulé, a souffert d’un grave accident dans un passé récent, est passée au marbre et donc n’inspire que peu de confiance. Mais le vendeur ne nous cache rien des défauts de sa bagnole. Il semble avoir compris ce qu’il fallait faire théoriquement et pratiquement, il a compris aussi qu’il avait manqué de courage dans ses fonctions précédentes où il avait choisi de ne pas prendre de risques pour ne pas briser sa carrière et a le courage de le dire, ce qui peut être une merveilleuse astuce pour nous faire monter à bord, ou peut être pas.  Celui là m’intrigue parce que je me dis que même si l’on ne change pas les taches d’un léopard, à tout péché miséricorde, à condition de demander pardon bien sur. Et donc, dans l’ensemble, je ne vois pas très bien pour qui d’autre je pourrais voter.

A ce point du raisonnement le lecteur va me demander : mais qu’est que chacun d’entre eux aurait dû comprendre ?

Et la réponse est ici toute simple. Voici ce que les Français attendent à mon avis.

Le prochain élu ne doit pas parler de PIB, de taux de croissance, de chômage dont la courbe devrait s’inverser d’un moment à l’autre car il aura compris que les Français ne veulent plus entendre parler d’économie, ni de chiffres, ni de promesses qu’il ne tiendra pas parce qu’il ne peut pas les tenir.

Il doit leur promettre littéralement du sang, de la sueur et des larmes, comme Churchill aux Anglais en Juin 1940.

Il doit leur dire aussi qu’il va gouverner avec eux et donc faire appel au référendum fréquemment, mais que comme c’est en eux et en seuls que réside la Souveraineté, le premier de ces référendums sera lancé pour leur donner à eux le droit d’initiative pour proposer des référendums. Cet homme aura donc compris que les Français veulent entendre parler de la France. Et voilà tout.

Retrouvez la version initiale de cet article sur le site de l’Institut des libertés.

Primaire(s): qui faire perdre?

Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, novembre 2016. SIPA. AP21977099_000002

Cette histoire de primaires, à droite et à gauche, a quelque chose de bizarre (vous avez dit bizarre ?…) Vous imaginez De Gaulle (ou Mitterrand) passer par des « primaires » qui les auraient mis au niveau de Jean Lecanuet pour l’un, de Gaston Defferre pour l’autre ? Pfff…

D’autant que l’identité des votants pose également problème. À droite, il vous suffira de jurer, croix de bois, croix de fer, croix de Lorraine, que vous partagez les valeurs des « Républicains ». Au PS, on ne sait pas, mais quel moyen de départager les libéraux de droite et les libéraux de gauche ? Alors, les uns et les autres battent le rappel des adversaires. Ainsi, le PS va, paraît-il, voter à droite pour – pour qui, d’ailleurs ? S’ils veulent que leur candidat, quel qu’il soit, ait une quelconque chance, ils ne peuvent pas aller voter pour Juppé, qui les laminera au nom de la social-démocratie. Le PS irait-il jusqu’à voter pour Sarkozy ? Hmm… Et les amis de Marine, hein, pour qui voteront-ils, s’ils vont voter ? Franchement, ils auraient tort de s’abstenir.

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

Primaire: Fillon s’affirme, Juppé plafonne

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Alain Juppé et François Fillon, novembre 2016. SIPA. AP21971324_000007

A trois jours du scrutin, le dernier débat avait l’ambition d’être décisif. Tous les yeux étaient braqués sur les trois candidats en position de pouvoir participer au second tour, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon. Passons donc rapidement sur les quatre autres candidats. Jean-Frédéric Poisson n’a jamais eu l’ambition de gagner cette compétition. Sa candidature était de témoignage et sa voix fut originale lors des trois confrontations télévisées, tempérant notamment la course à l’échalote libérale que nous déplorons depuis quelques mois, à partir du moment où Henri Guaino était empêché de participer à cette primaire. Bruno Le Maire comptait pour sa part être la surprise de ce scrutin. Il a finalement été ce que nous avions perçu dès son annonce de candidature à Vesoul, « un petit moteur à l’intérieur d’une belle carrosserie », selon le mot de Philippe Séguin à propos de Michel Noir. Quant à NKM et Jean-François Copé, ils ont accumulé les postures, chacun dans leur style, jouant également le rôle de picadors au service de leur torrero Juppé, derrière lequel ils comptent se ranger dès lundi, Sarkozy jouant évidemment le rôle du taureau.

L’ex-président n’a pourtant pas démérité dans ce débat, soignant particulièrement sa conclusion. Mais il semblait souvent fataliste, confirmant l’impression que nous avions décelée dans le débat précédent. Même s’il parvient à gagner sa place au second tour, il semble acquis que tous les autres candidats, à l’exception de Jean-Frédéric Poisson, se ligueront contre lui, ce qui ne lui laissera que très peu de chance le 27 novembre. Dès lors, les deux seuls potentiels vainqueurs du 27 demeurent Alain Juppé et François Fillon. Les deux anciens premiers ministres…

Lisez la suite de l’article sur le blog de David Desgouilles. 

Et c’est pourquoi Zemmour est grand!

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Eric Zemmour lors d'une conférence à La Baule, janvier 2015. SIPA. 00702413_000008
Eric Zemmour lors d'une conférence à La Baule, janvier 2015. SIPA. 00702413_000008

Le regretté Alexandre Vialatte, certains s’en souviendront peut-être, terminait invariablement ses savoureuses chroniques, quel que fût le sujet qu’il y traitât, par cette ironique clausule : « Et c’est pourquoi Allah est grand ». Pourrait-il d’ailleurs, sans attirer aussitôt sur lui les foudres de tous ceux qui, avec une vigilance très sourcilleuse, se sont donné la mission de traquer tous azimuts la moindre impertinence pouvant être considérée comme islamophobe, se le permettre encore de nos jours ? Peut-être pas…

En tout cas, c’est ce titre imité de Vialatte que j’ai eu envie de donner à cette communication par laquelle j’aimerais faire partager à mes contemporains l’étonnement et l’admiration qui ont été les miens en découvrant, dans un petit livre d’Éric Zemmour, dont je viens tout juste d’achever la lecture, les pages d’une surprenante actualité sur lesquelles je suis incidemment tombé. L’essai s’appelle « Le premier sexe », paru en janvier 2006.

Comment un ouvrage aussi essentiel, gorgé de sucs nourriciers, avec ses rappels historiques ou ses aperçus sociologiques opportuns, ses toujours judicieux renvois aussi bien à la grande littérature européenne (Balzac, Stendhal, Dostoïevski, René Girard, Pascal Quignard) qu’au cinéma ou à la publicité et ses lumineuses mises en relation et en perspective, a-t-il pu ainsi m’échapper jusqu’ici ? Il était temps que je comble cette lacune regrettable et que j’invite ceux qui seraient dans mon cas à faire de même. Quant à ceux qui le connaîtraient déjà, eh bien, qu’ils le relisent…

Éric Zemmour y analyse, avec brio et acuité, l’évolution lors des deux derniers siècles, en France et dans les autres pays occidentaux, des rapports entre les femmes et les hommes, tels qu’on peut les surprendre, les observer, les caractériser, dans toutes sortes de circonstances de la vie et sur toutes sortes de terrains comme ceux du mariage, du divorce, du travail, de l’éducation des enfants, du pouvoir économique et politique, etc.

« Si Hillary Clinton était la candidate choisie par le Parti démocrate, les républicains chercheraient comme remplaçant de George Bush le sosie de John Wayne. » (Eric Zemmour, en 2006)

Outre ses qualités d’analyse et de synthèse, ce petit essai possède aussi cette qualité précieuse propre à toutes les productions de l’essayiste : il est écrit dans une langue impeccable. Un style d’une grande clarté, souple et élégant, qui sait pourtant, quand il le faut, se montrer percutant. Foin chez lui de ce salmigondis indigeste, de ce charabia alambiqué et abscons qui règne en maître chez Lacan, Bourdieu, Derrida et autres prétendus grands intellectuels. Tant, pour Éric Zemmour, cet amour de la France, lequel met sa plume en mouvement et le pousse à si vaillamment batailler, va également de pair avec un constant et scrupuleux souci de servir et d’illustrer de son mieux la langue française…

Mais il est temps, sans importuner plus longtemps mon lecteur avec des préambules qu’il pourrait finir par trouver oiseux, de lui fournir toutes les preuves palpables et tangibles de ce que je lui annonce.

D’abord la preuve la plus éclatante, une page où Zemmour disserte sur l’attrait qu’exerce sur les électeurs américains une figure masculine forte comme celle qu’a incarné à l’écran un John Wayne, avec les lignes suivantes : « On peut être sûr que, pour la prochaine élection, si Hillary Clinton était la candidate choisie par le Parti démocrate, les républicains chercheraient comme remplaçant de George Bush le sosie de John Wayne. Et gagneraient encore. »

Guimauve le conquérant

La seule chose qui, pour qu’elle soit complète, manque à cette assertion divinatoire, c’est seulement le nom du challenger victorieux de Mme Clinton, le nom de celui qui sera, face à elle, chargé par les républicains d’incarner la figure du mâle américain, c’est-à-dire, on le sait aujourd’hui, le nom de Donald Trump. Et, je le rappelle, ces phrases quasi prophétiques, ont été écrites avant janvier 2006, il y a donc plus de 10 ans…

Notre essayiste se penche aussi sur le cas Hollande. Nous sommes à une date où, on en conviendra, personne n’envisage encore que celui-ci pût un jour, pour notre malheur, se trouver placé à la tête du pays. Voici cependant le diagnostic très sûr et extraordinairement bien senti que déjà il nous fournit sur le personnage : « Il vient de remporter le référendum interne au PS sur la Constitution européenne. Il incarne à gauche la nouvelle génération, la relève, les cinquantenaires. Il veut être le Sarkozy du Parti socialiste. Il triomphe, plastronne… […] Au Parti Socialiste, François Hollande est justement brocardé pour sa rondeur, sa quête consensuelle, sa difficulté à décider, trancher ; un de ses surnoms est « Guimauve le conquérant ». Hollande raccommode et circonvient. Embrouille, brouille et débrouille ; très intelligent, il est doué d’un instinct de survie exceptionnel, mais il ne possède pas l’instinct de mort. Nul ne parvient à le tuer, mais lui non plus ne tue aucun de ses ennemis. Machiavel a écrit qu’un prince doit être à la fois renard et lion ; Hollande n’est qu’un renard. Il n’est pas un patron, mais un animateur ; il n’est pas un roi même en gestation mais un régent. Il possède peu de vertus viriles, mais toutes les qualités féminines. […] Dans le couple qu’il forme avec Ségolène Royal, c’est elle, corps élancé et port de tête impérieux, qui assène et ferraille… »

J’abrège mais ne doutez plus: à lire et à relire sans aucune modération !

L’écrivain, cet ennemi de l’intérieur

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Paul Morand écrivain
Paul Morand (SIPA_00274899_000002)
Paul Morand écrivain
Paul Morand (SIPA_00274899_000002)

Quand j’en vois un dans le poste, j’ai des envies de meurtre. Cette mine satisfaite de bon élève content de sa pitoyable rédaction, de son petit pâté scriptural, je rêve de le coincer dans la cour de récréation et de le rouer de coups, juste par défoulement, juste par plaisir. La correction comme rééquilibrage des rapports de domination. L’uppercut en forme de parabole. Le coup de tête, franc et net, pour stopper ce conformisme gluant. Dernier moyen de (légitime) défense face aux sévices impunis du stylo que les écrivains manient avec toujours plus d’inconséquence.

Une société débarrassée d’archimandrites de la pensée

La puissance de l’écrit supplante aujourd’hui celle de l’argent car elle a vocation à nous soumettre totalement et durablement. Alors, militons pour un nouveau monde sans littérature, sans injonction culturelle, sans bibliothécaire apothicaire et sans artiste vomitif. Une société débarrassée d’archimandrites de la pensée. Il est temps de faire taire tous ces usurpateurs ! Les contraindre par la force s’il le faut à cesser cette ignoble activité et leur interdire de déverser un torrent d’âneries glaçantes chaque mois de septembre. En finir aussi avec les rentrées d’automne et les Prix afférents, ce folklore d’internat sent la sueur et l’encre rance. Ces sinistres individus jouent contre la Nation. Il en va de notre cohésion. Si nous voulons continuer à vivre ensemble, les écrivains doivent changer de métier. Souhaitons-nous transmettre à nos enfants une société gangrenée par l’acte d’écrire, pervertie par l’égo de quelques-uns ? L’essai en tubes de moraline à prendre matin et soir, ça suffit !

Le roman, échappatoire dérisoire, au panier ! De quel droit, tous ces hommes de lettres, instructeurs et procureurs cyniques, s’autorisent-ils à piétiner notre vie quotidienne ? Pourquoi notre organisme aurait-il besoin de littérature comme d’une béquille psychologique ? Nous abhorrons vos rêves, vos fantasmes, vos histoires, vos divagations ! Gardez-les à l’usage de votre cercle familial pour les longues soirées d’hiver. Ne partagez plus votre désarroi, votre acrimonie, votre pusillanimité, nous ne sommes pas une déchetterie à ciel ouvert, nous ne recyclerons plus vos troubles intérieurs. Si votre vie vous dérange, vous insupporte, changez-en, sans pour autant vous répandre sur du papier imprimé, sans souiller ces milliers de feuilles inutiles.

Les écrivains poussent à la paresse

Libérez vos machines à écrire, laissez voler vos caractères ! La revanche de la page immaculée a sonné. Vous vous êtes volontairement extraits de la communauté et, de votre piédestal, vous continuez pourtant à nous juger, à nous ordonner de marcher au pas cadencé. Cette assommante musique militaire nous fait saigner des oreilles. Et puis, arrêtez d’élever la lecture en agent actif de la Démocratie comme si elle était indispensable au bon fonctionnement de nos institutions. Le livre, gardien de nos libertés fondamentales, la bonne blague. Une hérésie. Ecrire, lire et élire, vous n’avez que ces verbes à la bouche. Rien que des injonctions de régiments ou de conseils de classe. Des ordres qui veulent contraindre notre réalité à épouser votre imaginaire.

Cette soumission n’a que trop duré. Si lire émancipait les peuples, ça se saurait. Il n’y a que les attardés pour imaginer qu’un texte puisse changer les mentalités. Divertir serait déjà d’une prétention crasse, faire réfléchir une honteuse imposture, quant à agir, de la pure divagation. Les mots publiés ne sont qu’un écran de fumée. Les écrivains, agents serviles du système, poussent à la paresse, au ressentiment et à la prétention intellectuelle. Ils font croire à la jeunesse qu’écrire serait une profession respectable, un don du ciel, alors qu’elle n’est qu’un ramassis d’oisifs, vaniteux et dangereux. Un pays où tous les gens se mettraient à écrire, courrait à sa perte en moins d’une génération. Il disparaîtrait de la carte alors que tant de peuples illettrés prospéreraient. Et puis, cette suffisance à vouloir notre bien-être, cet irrépressible besoin de s’exprimer comme si le silence était l’apanage des faibles. Les écrivains insultent notre intelligence et salissent notre sensibilité en saturant l’atmosphère de leur prose nocive. Le temps de la rédemption et de la page blanche est donc venu !

Je vote « Un homme et une femme »

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Lelouch un homme et une femme
Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée dans "Un homme et une femme"
Lelouch un homme et une femme
Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée dans "Un homme et une femme"

Ce week-end, vous avez le choix: aller voter à la primaire de la droite et du centre ou (re)voir Un homme et une femme qui ressort dans quelques très rares salles de cinéma, à Paris et en province. Six hommes et une femme d’un côté, Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée de l’autre. Les lumières blafardes des bureaux de vote ou les flous du crachin normand. La promesse de l’isoloir ou le confort des fauteuils rouges. Les gesticulations des candidats ou les accélérations de la Ford Mustang au Rallye de Monte-Carlo. Elkabbach ou Gérard Sire au micro. Le déluge des arguments ou la pluie des sentiments. Le brouillard des idées ou la chamade sur la plage. Blablabla ou chabada-bada.

Mai 1966

Le jeu comico-tragique du pouvoir ou la beauté éternelle d’un couple de cinéma. Des élus en mal d’amour face à deux acteurs qui ont conquis le cœur du public en mai 1966, sans prendre le chemin des urnes. Sous leur costume, les candidats joueront leur avenir électoral, peut-être même, notre destin national. Sur l’écran, une samba brésilienne au rythme des essuie-glaces bercera le spectateur dans les méandres du passé. La nostalgie n’est pas un crime, juste une nécessaire respiration après cette année tragique. Alors, voter Lelouch ce week-end, c’est choisir la fiction au risque de passer pour un enfant gâté. Vivre pour vivre ! Refuser les mots déficit public, croissance, budget, sécurité, retraite, environnement, éducation, Trump ou Brexit pendant 1 heure et 42 minutes, aura toujours des vertus réparatrices et évitera de dire trop de conneries. Une façon bravache et sentimentale de résister au bulldozer médiatique.

Une forme de sursaut citoyen aussi. Tous les postulants alignés dans ce tour de chauffe présidentiel ne pourront jamais égaler le charme d’un film tourné en treize jours, il y a cinquante ans, pour l’équivalent de seulement 300 000 euros. Une somme à faire pâlir un directeur de comptes de campagne pour un carton au box-office : 4 269 653 spectateurs français et une flopée de récompenses internationales (une Palme d’Or, deux Oscars, deux Golden Globes, etc…). L’un des films les moins chers de son époque allait emporter une Nouvelle Vague et faire de l’identité française, une exception culturelle. Cette identité n’était pas alors contenue dans des traités ou des essais, comprimée à l’usage des dépressifs, dégainée à la faveur d’un camp ou d’un autre. Indéfinissable par nature, instable par tempérament, elle s’infiltrait dans les interstices. A la fois moins dogmatique qu’on le pense et plus sensuelle qu’on l’imagine, elle donnait au reste du monde, une allure, une audace, une fragilité, un élan, une leçon de dignité que nos hommes politiques ont bien du mal à saisir. Parmi ce club des 7, on espère que l’un d’entre eux a pu être touché par la grâce de cette rencontre. Quand deux solitudes s’unissent sur le perron d’une pension et que la caméra de Lelouch fait danser la valse des rapprochements.

Montmartre 15-40

Comment peut-on être imperméable à ces images fugaces de notre singularité jadis triomphante ? Il suffit d’apercevoir la toile de Jouy de l’hôtel Normandy, une silhouette de Giacometti en bord de mer, l’anneau de Linas-Montlhéry, les vestes en col de mouton, la rue Lamarck dans la grisaille des sixties, l’Autoroute de l’Ouest ou bien encore d’écouter la poésie de Vinícius de Moraes, d’entendre la musique de Francis Lai, la voix de Pierre Barouh et celle, inoubliable et pénétrante, d’Anouk donner son numéro de téléphone : « Montmartre 15-40 » pour que l’espoir d’un monde meilleur se dessine. La genèse de cette « Belle histoire » est désormais inscrite dans notre roman national. Après une série d’échecs, Lelouch, sans le sou et le vague à l’âme, décide de partir seul en direction de la Normandie. « J’étais au bout du rouleau. Je me suis retrouvé sur les Planches de Deauville. Crevé, je me suis endormi dans ma voiture. Le soleil me réveille. La lumière est sublime, la marée basse incroyable. Je sors, je respire un grand coup. Puis, je vois, très loin, une femme élégante qui marche avec un enfant et un chien » se souvient-il. Un homme et une femme était né.

L’humanité est sauve.

Battle de France, c’est parti!

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Battle de France, une émission de débats sans tabous.
Battle de France, une émission de débats sans tabous.

Battle de France est une nouvelle émission de débats sans tabous qui opposent deux contradicteurs sur les sujets politiques, économiques ou civilisationnels qui traversent nos sociétés.

Vigoureux mais courtois, les échanges de Battle de France sont destinés à faire avancer le débat public et émerger les nouveaux clivages de la pensée politique moderne.

N’hésitant pas à provoquer le clash entre invités, Battle de France pousse chacun à assumer ses convictions et à en tirer toutes les conséquences.

Résolument libre et impertinente, Battle de France est volontiers politiquement incorrecte et ne s’interdit aucune question. Son credo reste avant tout l’honnêteté intellectuelle.
Battle de France est partenaire de Causeur.fr, et la toute première émission a opposé, jeudi 17 novembre 2016, Natacha Polony à Laurent Joffrin sur l’actualité puis sur deux thèmes successifs.

 

Introduction: « L’élection de Donald Trump est-elle due au vote des perdants de la mondialisation ou de l’Américain blanc qui a peur de devenir minoritaire dans son pays?

 

 

« Sommes-nous en guerre civile ? » 

La menace d’une guerre civile, prophétisée notamment par le patron de la DGSI, est-elle un fantasme ou une réalité ?


Les deux invités ont alors débattu des notions d’intégration et d’assimilation, ainsi que de leur pertinence pour éloigner le risque d’une guerre civile.



Formule controversée d’Alain Juppé, une « identité heureuse » est-elle possible dans une société multiculturelle ? Les deux invités ont apporté des réponses bien différentes:

 


« Faut-il privatiser l’Education nationale ? »

 

Les invités ont abordé la question en opposant la transmission de connaissances de celle de simples compétences, liées aux seuls besoins du marché du travail.


Alors que l’école française ne cesse de chuter d’année en année dans les classements internationaux, Natacha Polony et Laurent Joffrin se sont affrontés sur l’objectif prioritaire qu’elle se fixe aujourd’hui : celui de réduire les inégalités.


Pour conclure le débat et la première émission de Battle de France, les deux journalistes ont confronté leurs points de vue sur une question plus concrète : faut-il revenir à l’époque de Condorcet ou l’école de Najat Vallaud-Belkacem représente-t-elle l’avenir ?


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Non, le FN n’est pas un feu de paille

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Marine Le Pen fait face à ses militants, mai 2013. SIPA. 00656799_000019
Marine Le Pen fait face à ses militants, mai 2013. SIPA. 00656799_000019

Il est courant ces derniers jours de relever que la victoire de Donald Trump a été l’effet de la révolte d’un peuple, que l’on n’avait pas vu venir, contre des élites, qui n’avaient pas su entendre ses aspirations. Il est moins courant de le relever et de reproduire la même erreur pour la France. C’est pourtant ce que fait à notre sens Régis de Castelnau, quand il enjoint au peuple de droite de se ranger comme un seul homme derrière Nicolas Sarkozy. Croire que celui-ci serait l’héritier du gaullisme, lequel a d’ailleurs toujours été imaginaire, même lorsque son modèle vivait, c’est comme supputer qu’Hillary Clinton serait la descendante de Roosevelt, ou que George W. Bush était le fils de Lincoln.

Quand il évoque ces couches moyennes supérieures affolées devant la masse des laissés pour compte, on se demande si ce n’est pas de lui-même que cause Castelnau, effrayé devant le vote Front national en France. Bien entendu, il existe d’innombrables raisons de ne pas voter Marine Le Pen aux prochaines présidentielles, mais comme il en existait au moins autant de ne pas voter Donald Trump. Reste que c’est arrivé. Si donc l’on se pique d’analyse des mouvements tectonico-politiques et de décryptage de la carte électorale, il faut tout de même commencer par regarder la réalité en face, qu’on veuille s’y résoudre ou qu’on la veuille changer.

C’est ainsi tout d’un ancien communiste que de croire que la seule force capable de disputer le peuple au Parti serait la gaulliste. C’est tout d’un homme, révérence gardée à ce cher Régis de Castelnau, qui en serait resté bloqué aux leçons de 1947. Il n’est pas inutile de signaler qu’en soixante-dix ans le monde a changé, qu’un certain empire de l’Est a été détruit et que la gloire lustrale d’un général vainqueur s’est évaporée. D’ailleurs, dix ans après l’armistice, elle avait déjà perdu de sa superbe et le peuple français, qu’il vous en souvienne, avait pu se ranger l’espace d’un instant sous la quincaillerie d’un Pierre Poujade. Et puis, il y a eu l’Algérie, plaie point encore totalement refermée qui a laissé des traces nécessaires et dans nos institutions, lesquelles avaient précisément été bâties vis-à-vis d’elle, et dans les généalogies politiques.

Le FN n’est pas une petite boutique familiale

Car, c’est là, dans des geôles sombres que les damnés de l’Algérie française, commencèrent de réaliser la prière de Georges Bernanos : « Ah, plutôt que d’affreux petits cancres bavards qui feront demain d’habiles sous-secrétaires d’Etat, souhaitons plutôt l’avènement de jeunes Français au cœur sombre. Le désespoir est un terrible gâcheur d’hommes, mais qui a mordu une seule fois à sa bouche glacée ne craint plus la prison ni la mort, qui part avec ce silencieux camarade ne combat plus pour sa vie, mais pour sa haine, et ne se rendra pas ». C’est là qu’est né le Front national.

C’est en quoi la description du FN comme petite boutique familiale est, sinon entièrement fausse, du moins très leste. Que Jean-Marie Le Pen, qui était né avec Poujade et l’Algérie, ait essayé de réduire le fleuve qui le portait à un étang où faire trempette tranquillement, cela est indéniable. Mais le courant était plus fort que lui et l’a emporté. Le fleuve lui a survécu, un fleuve très antique, venu du légitimisme et du bonapartisme, venu même peut-être de l’Ancien Régime. Un fleuve qui a, même si c’était par intermittence, charrié des masses populaires avec lui. Et les peuples se souviennent. Car, si la bourgeoisie n’a pas de coutumes mais des principes, le peuple, lui, n’a pas de principes mais il a des coutumes. Notamment celle d’aller quérir un protecteur quand tout va mal. C’est ainsi que de Gaulle a gagné, c’est ainsi que Sarkozy a vaincu en 2007, contre un vieux Le Pen affaibli. Mais sa légitimité d’alors, Sarkozy ne l’avait pas tirée de son propre fond, ni même du fond gaulliste : il l’avait tirée précisément de ce petit peuple qui ne résout pas à croire que son destin soit forcément communiste ou gaulliste.

L’illusion mitterrandienne qui consiste à croire qu’il existe une droite fréquentable et une droite diabolique

Croire donc avec Régis de Castelnau que le Front national ne saurait gouverner faute de moyens et d’hommes, c’est commettre l’erreur des commentateurs américains qui tenaient que l’establishment républicain se rebifferait contre Trump. Croire, trente ans après Dreux, que le vote Front national relève du « mouvement d’humeur », quand il fait plus de 45% en région Paca, 40 dans le nord de la France et qu’il est majoritaire dans l’ancien Languedoc-Roussillon ou dans le Vaucluse, c’est se fourrer volontairement un doigt dans l’œil pour ne pas voir ce qui peut arriver, et qui est déjà arrivé.

Mais Régis de Castelnau, si nous l’avons bien compris, commet en sus deux autres erreurs, la première sur un plan moral, la seconde sur un plan stratégique.

Il est d’abord toujours victime de ce que l’on pourrait nommer l’illusion mitterrandienne : celle qui consiste à croire qu’il existe une droite fréquentable et une droite diabolique, par nature. Cette distinction moralisante, qui ne le cède en rien au fameux Axe du mal cher à George W. Bush, ne repose sur aucun fait, ni sur aucune idéologie : on trouverait, en cherchant un peu, autant d’anciens collabos dans la droite banale qu’au Front national – mais plus encore peut-être dans l’entourage de M. Mitterrand – et autant d’anciens résistants dans les deux. Sous entendre que le Front national est l’héritier de Vichy, c’est pure ineptie. L’héritier de l’OAS, comme nous l’avons dit, cela a plus de sens. Cette plaie, François Mitterrand l’a accentuée, pour éviter qu’un bloc de droite forcément majoritaire en France se reforme jamais. Il semble que les forces de l’esprit de Tonton sévissent encore. Mais le rapport de force s’est inversé : le Front national est devenu la force majoritaire à droite, au moins sur le plan des idées. Il a conquis l’hégémonie culturelle, qui augure généralement de la victoire électorale, dans un horizon imprécis certes.

Enfin, faute stratégique en imaginant qu’un Nicolas Sarkozy qui s’est tant déconsidéré pourrait encore rallier à son panache des masses populaires. Sarkozy n’était l’homme que d’une seule cartouche et la seconde a fait long feu, car il était, aussitôt élu, revenu à ce qu’il demeurait, un bourgeois libéral de droite.

La droite classique, si elle veut résister à Marine Le Pen, aurait tout intérêt à se découvrir un nouveau champion. Mais il est sans doute trop tard.

 

 

2017: pour un duel Sarkozy/Mélenchon

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Affiches électorales de l'élection présidentielle, avril 2012. SIPA. 00635263_000002
Affiches électorales de l'élection présidentielle, avril 2012. SIPA. 00635263_000002

La victoire de Donald Trump était prévisible mais ne fut pas prévue.  Il y a matière à réfléchir sur ce que raconte ce succès, qui est d’abord évidemment la défaite du parti démocrate et de sa candidate. Comment un histrion retors, malgré des handicaps de personnalité criants, malgré une campagne à son encontre ahurissante de violence a-t-il pu d’abord mettre à genoux le parti républicain pour ensuite défaire Hillary Clinton assez tranquillement ?

Ce rejet dresse une physionomie de l’Amérique où, comme dans à peu près tous les pays occidentaux les victimes de la globalisation néolibérale se cabrent et mettent en cause ouvertement le modèle qu’on leur a imposé depuis le début des années 80. Et les couches moyennes supérieures affolées, profiteuses du système, ne veulent pas entendre parler des masses de laissés-pour-compte, et voient revenir avec terreur le vote de classe. Et en France ? Confrontés à leur misère matérielle, à la détresse morale, au déclassement et à la perte de leur horizon, les couches populaires ne supportent plus non plus les cours de morale de ceux qui accrochés à leurs privilèges leur assènent jour après jour. Alors ils décrochent ou font le pari du FN. La nudité de l’empereur désormais irréfutable, crée ainsi une situation politiquement dangereuse. Les notions françaises classiques de droite et de gauches ne sont plus effectives. Condamnés par l’Union Européenne à l’austérité perpétuelle, les exclus de la globalisation néolibérale, majoritaires en France trahis par le parti socialiste et abandonnés par ce qui reste du Parti Communiste, subissent un véritable rouleau compresseur culturel. Toujours systématiquement aligné sur les souhaits du Capital qui ne veut plus de frontières, des sociétés divisées, communautarisées, ethnicisées, au sein de laquelle on peut puiser la main-d’œuvre bon marché pour assurer les activités de services utiles aux couches moyennes terranovistes qui soutiennent bec et ongles ce système.

Le Front national qui n’est au départ qu’une petite épicerie familiale bien verrouillée, ne peut pas devenir un parti de masse, candidat crédible à l’exercice du pouvoir. Il n’en a ni les moyens militants, ni les moyens techniques. Gouverner un État comme la France nécessite, au-delà des hommes, une adhésion voire  une identification populaire absentes en l’état. Comme l’ont démontré les spécialistes de la carte électorale, le vote Front national est d’abord un mouvement d’humeur, l’envie du coup de pied dans la fourmilière, et aussi un pari : celui de vouloir l’essayer, tous les autres ayant échoué. C’est un crève-cœur de voir, ces ouvriers et ses salariés d’exécution des services, se tourner vers un parti qui plonge ses racines dans l’extrême-droite de l’après-guerre et les débuts de la Ve République.

L’enjeu le plus fort de l’élection présidentielle est la déconstruction du FN

L’arrivée au pouvoir du Front national en 2017 n’est pourtant pas une hypothèse farfelue. Les résultats électoraux britannique, autrichien, américain peuvent nous le faire craindre. Et le danger ne serait pas celui de l’instauration d’un régime fasciste en France, soyons sérieux, mais l’incapacité à répondre aux espoirs et aux attentes, la faillite de ce plan B, démontrerait que le pari est perdu. Et une défaite qui porterait au deuxième tour Marine Le Pen au-delà des 40 % d’électeurs, imposerait le Front National en seule force d’opposition, qui n’aurait alors qu’à attendre le coup suivant. La porte ouverte à toutes les aventures.

C’est la raison pour laquelle l’enjeu le plus fort de l’élection présidentielle est bien celui de la déconstruction du Front national.

Il n’y a aucune raison de ne pas essayer de reconquérir ces couches-là, qui, sans cela, vont avancer vers la jacquerie. Une partie doit réintégrer la droite populaire, celle sur laquelle le vrai gaullisme s’est toujours appuyé. L’autre retourner dans sa famille naturelle. Ces ouvriers et ces employés qui considèrent que la France a commencé à la Révolution, et qui ont le souvenir transmis du Front Populaire, de la Résistance et de qui étaient Jean Jaurès et Georges Marchais.

Mais qui pourrait se livrer à ce dépeçage et à quelles conditions ?

N’ayant jamais voté pour Nicolas Sarkozy aux élections régulières et n’étant pas près de le faire, il est exclu que je me déplace à la primaire de droite ne serait-ce que pour des raisons morales. Mais je m’adresse aux membres de cette famille politique en leur disant de le choisir. Car en l’absence de toute autre perspective ce choix serait seul susceptible d’empêcher le succès électoral ou politique du Front National. À l’évidence une candidature d’Alain Juppé, candidat adoubé par des élites honnies ferait exploser l’UMP et passer des gros bataillons d’électeurs au FN. François Fillon quant à lui, a démontré en quittant la Sarthe et en refusant de venir à Paris, son aversion pour les campagnes électorales où il fallait se battre, et partant son absence de colonne vertébrale. Chacun connaît les qualités de Nicolas Sarkozy, qui a en plus parfaitement compris quelles étaient les attentes de l’électorat populaire sur les questions de l’autorité de l’État, de la sécurité, de la légitimité, de l’insécurité culturelle, du patriotisme. Comme Donald Trump, il fait l’objet d’une haine farouche du « mainstream » terrorisé à l’idée de son retour aux affaires. C’est aujourd’hui clairement un avantage, parce que si les gens d’en haut comme l’a constaté Christophe Guilluy détestent les « gens du peuple », les petits blancs, ceux-ci le leur rendent bien. Il est nécessaire de casser les reins à cette oligarchie largement dévoyée. Entre les lignes Nicolas Sarkozy s’est engagé à le faire. Mais si l’on connaît les qualités, on connaît aussi les défauts, ceux qui ont entraîné la « trahison » de l’après 2007. Les gens voulaient le Karcher, ils ont eu le Kouchner.

Alors amis de droite, pouvez-vous faire le pari encore cette fois-ci ? Il a vécu entre-temps l’invraisemblable acharnement judiciaire et médiatique dont il a été l’objet pendant ces cinq ans. L’instrumentalisation sans vergogne de la justice et la mise en place par le service public radiotélévisé en tête, de campagnes de calomnies et de diffamation, ne l’ont pas épargné. Justice, médias adversaires politiques et amis, tout le monde s’est essuyé les pieds sur lui. On peut espérer, que comme chacun d’entre nous, et quoiqu’il en dise, il est capable de rancunes solides et souhaite régler ses comptes avec ceux qui l’ont ainsi traité. Si Nicolas Sarkozy est réélu Président de la République, il n’aura d’ailleurs pas le choix, coincé qu’il serait entre ces privilégiés qui le haïssent et un peuple en rage d’être une nouvelle fois trahi.

C’est un pari me direz-vous ? Il est beaucoup moins risqué que celui de Marine Le Pen.

Toutes les élections présidentielles ont donné lieu à des renversements et des surprises

Et surtout en face, pour entreprendre la déconstruction du FN et récupérer symétriquement les couches populaires culturellement de gauche, Jean-Luc Mélenchon a adopté une démarche politique intelligente et dans une certaine mesure gaullienne. Refusant les négociations d’appareils, les compromis boiteux et la facilité, il semble avoir décidé de saisir l’opportunité de cette campagne présidentielle pour atteindre plusieurs objectifs. Tout d’abord achever la destruction politique de ce Parti « Socialiste » qui vient de faire pendant ces cinq ans la démonstration qu’il était totalement au service du capitalisme financier et du néolibéralisme. Ensuite renvoyer à leur inanité politique les groupuscules gauchistes, idiots utiles du Capital. Quant au Parti Communiste, qui voit la mort dans l’âme disparaître le peu qui lui restait, et se profiler un horizon où il n’y aura plus postes et fauteuils, il va devoir se résigner. C’est dur camarades, je sais, mais un parti ouvrier où il n’y a plus d’ouvriers pour diriger, militer et voter, où les débats sont groupusculaires, qui hésite entre présenter Ian Brossat (au secours !) et soutenir Arnaud Montebourg, ne sert vraiment plus à grand-chose.

Jean-Luc Mélenchon veut ensuite, profitant de l’échéance électorale,  restructurer la gauche française, celle dont notre pays a besoin. Héritière du courant qui existe chez nous depuis la Révolution, qui s’est lié au XIXe siècle à la classe ouvrière et qui doit aujourd’hui reprendre au FN ces couches populaires égarées. Oui égarées, car historiquement et culturellement elles appartiennent à cette famille qu’abandonnées, elles ont été obligées de quitter. On me dira que Jean-Luc Mélenchon a tracé sa route tout seul, de façon autoritaire verticalement et sans débat. Et alors ?

Sans lui, nous aurons la droite néolibérale des Juppé, héritier de François Hollande, accompagné des enthousiasmants Raffarin, Bayrou, Macron, Valls, Attali, Minc, BHL, Gattaz et Cambadélis. Et le FN comme seule force d’opposition attendant son heure qui ne manquera pas de venir.

Alors, amis, camarades et compagnons espérons l’impossible, un deuxième tour Sarkozy/Mélenchon. Rappelons-nous que toutes les élections présidentielles ont donné lieu à des renversements et des surprises pendant la campagne. Et celle-là on la jouera à la régulière.

J’entends déjà les jérémiades des gens de droite, « oui mais Sarkozy, il est ceci, il est cela, parvenu et insupportable, il n’est pas vraiment gaulliste, il nous a déjà déçu, etc. ». Je répondrais simplement que pour ma part, je soutiens sans barguigner Jean-Luc Mélenchon : « Ancien dirigeant socialiste, frère la grattouille, écolo obscurantiste qui fait des mamours à Mamère et surtout, ancien trotskiste lambertiste ! » Alors qu’est-ce que je devrais dire ! Mais en ces temps difficiles, chacun doit savoir faire des sacrifices.

Le rappel au dogme

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France Inter Bataclan attentats 13 novembre
Paris, 14 novembre 2015
France Inter Bataclan attentats 13 novembre
Paris, 14 novembre 2015

On ne raisonne pas une patelle, ce gastéropode marin plus connu sous le nom de « chapeau chinois » et qui, au moindre signe de présence extérieure, se colle à son rocher. Gosse, ça m’amusait beaucoup, cette grosse ventouse réduite à ses fonctions d’autoprotection. J’essayais d’en décoller une quand l’un de mes moniteurs de colonie de vacances, étudiant en biologie, me conseilla plutôt de l’observer – avant le choc et après le choc. Avec France Inter, dont la maison est agrippée aux rives de la Seine, j’ai fait de même.

Pour cela, je me suis concentré sur la période qui va du 12 au 28 novembre 2015, afin d’observer, avec le recul du temps, l’impact des attentats sur le contenu éditorial de la chaîne. J’ai choisi une émission, une seule, ni particulièrement emblématique ni tout à fait marginale, dans la grille des programmes : le 5/7 de France Inter, animé par le tandem Éric Delvaux/Catherine Boullay. Chaque matin, le 5/7 distille à la France qui se lève tôt l’esprit d’Inter. C’est rythmé, bien fichu, varié. À travers une pléiade de séquences et de chroniques aux noms divers, on retrouve les fondamentaux idéologiques de la station – quelques ennemis récurrents : Assad, Poutine, Le Pen –, quelques dadas – le vivre ensemble, l’initiative citoyenne, l’Europe. Mais l’ensemble est plutôt léger et évite d’assommer le prolo.

Le matin du 13 novembre, l’émission fut conforme à ce qu’elle était les autres jours : ni plus ni moins militante que la veille. Un peu d’Europe, un peu de bonne volonté (le recyclage des chaussettes orphelines – si, si), une évocation du prince Albert de Monaco, etc. Évidemment, rien ne laissait présager la tragédie qui aurait lieu le soir même.

Le lendemain étant un samedi, on ne retrouvera l’émission que le lundi 16 novembre. La France est encore sous le choc, et le tandem Delvaux/Boullay a le bon sens de se mettre à l’unisson du pays : reportages sur les manifestations de solidarité du monde entier, invités très sérieux (François Géré, de l’Institut français d’analyse stratégique, le lendemain ce sera Claude Moniquet, un ancien de la DGSE). Pourtant, en étant très attentif, on peut déjà observer les premiers signes du raidissement idéologique. On va coller aux fondamentaux menacés par le réel. Ainsi, dans la chronique « Ailleurs », Franck Mathevon évoque, depuis Londres, les conséquences des attentats qui seraient « un excellent prétexte pour fermer les frontières ».

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Ce n’est que les jours suivants que l’avalanche idéologique va véritablement se déchaîner. Les chroniques se succèdent pour dire, de mille façons, la même chose. Ainsi, dès le 17, dans la chronique « Les histoires du monde », Anthony Bellanger évoquera « les Syriens solidaires de Douma », précisant que Douma est une ville martyrisée par le régime de Bachar. Le 19, Claire Chaudière s’intéresse aux réfugiés syriens à Paris, « [leurs] peurs que ça se retourne contre [eux] » et que les frontières soient « encore plus hermétiques [sic] ». On évoque Mohammad en termes rassurants : « un jeune web designer aux yeux bleu clair ». Le 20, « les mosquées de France sont à l’unisson » pour professer un islam « de paix et de tolérance », mais on ne craint pas la contradiction en dénonçant, dans le même sujet « certains prédicateurs nocifs ». Le 23, tout un sujet est consacré à l’initiative du CRAN (Conseil représentatif des associations noires), qui lance un site de statistiques ethniques. On interviewe le doux « Jawad, étudiant en sociologie ». Le site, apprend-on, a décerné « un prix Nadine Morano » à Yves Calvi, coupable de n’avoir invité « aucune personne issue de la diversité en septembre ». Le même jour, Colombe Brossel, adjointe au maire de Paris, évoque à l’antenne « la volonté de vivre ensemble » des Parisiens. Éric Delvaux s’inquiète alors à haute voix : « Depuis les attentats, des tabous sont en train de tomber. » Puis on apprend qu’en Iran la jeunesse se révolte (depuis le temps qu’on nous l’annonce, ce printemps démocratique iranien), alors qu’en Grande-Bretagne les actes islamophobes augmentent de 300 %. Le lendemain, le 24, c’est Pierre Perret qui est à l’honneur : Éric Delvaux évoque son texte « qui prône la diversité et la tolérance », Anthony Bellanger raconte l’histoire de cette famille juive syrienne à laquelle « une famille palestinienne a offert gîte et couvert », tandis que les autorités israéliennes, décidément mal intentionnées, refusaient un visa à Gilda, la mère convertie à l’islam. Le 25, un sujet est consacré à « ces Hongrois qui viennent en aide aux réfugiés » et à une association qui « refuse de faire l’amalgame entre migrants et terrorisme ». Le message est ainsi répété à l’envi : pas d’amalgame, ce n’est pas de l’islam que vient le danger, etc.

Et puis, subitement, plus rien. Le 26, le 27, le 28, c’est le calme plat. La crise a cessé. On est passé d’un symptôme aigu à une sorte de décompensation silencieuse. Par la suite, les préoccupations idéologiques réapparaîtront, mais pas sous cette forme maniaque. Du moins, jusqu’aux attentats suivants.

Que s’est-il passé pendant la période de notre étude ? On peut interpréter cette étrange séquence sous un angle politique, sociologique et même économique. Les attentats, qui furent des démentis sauvages au discours de France Inter, mettaient en péril la crédibilité de la radio, dont on rappellera qu’elle est aussi un gagne-pain pour ceux qui y travaillent.

Mais je serais plutôt tenté par une autre explication, paradoxale. En effet, alors que je réécoutais les séquences de ces 5/7 postattentats, m’est revenue en mémoire la formule énigmatique de Régis Debray : « clos donc ouvert »[1. Régis Debray, Critique de la raison politique ou l’inconscient religieux, Gallimard, 1981]. On peut la paraphraser ainsi : plus un groupe est soumis à des forces centrifuges, plus il se barricade. Ainsi, les attentats avaient obligé chacun, en son for intérieur, à se poser des questions. À y répondre, individuellement. La cohésion, les lieux communs du groupe étaient menacés. Inconsciemment, l’équipe a senti un danger mortel. Un danger qui ne venait pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. De chacun. D’où la surenchère, l’affirmation frénétique, maniaque, irrépressible du credo. Les collaborateurs du 5/7 de France Inter se sont d’autant plus emmurés dans leurs « certitudes » communes qu’elles étaient, pour chacun d’entre eux, ébranlées. Ensemble, ils ont ânonné postulats et articles de foi – pour se donner comme une contenance. Ce qui a terrorisé ce média, ce ne sont pas les kalachnikovs, c’est le doute et la force de dispersion qu’il porte avec lui.

J’ajouterai : si, comme un seul homme, France Inter a refusé le débat avec Causeur et ses lecteurs, c’est que, justement, les équipes ne forment plus « un seul homme ».

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Bataille présidentielle: la chevauchée erratique

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juppe macron sarkozy primaire hollande
© AFP/Archives Kenzo TRIBOUILLARD, Lionel BONAVENTURE, Martin BUREAU, Joël SAGET
juppe macron sarkozy primaire hollande
© AFP/Archives Kenzo TRIBOUILLARD, Lionel BONAVENTURE, Martin BUREAU, Joël SAGET

Après la sortie de mon premier livre Des Lions menés par des Ânes, j’avais été invité à un débat sur le plateau de LCI. Étaient présents, Pascal Salin, pour qui j’ai le plus profond respect, votre serviteur et l’un des 10 hommes politiques qui aujourd’hui sollicite les suffrages de la droite lors des primaires.

A un moment, cet éminent personnage, quelque peu agacé par les conseils que Pascal Salin et moi lui prodiguions, nous dit « Mais laissez-nous faire ! Contentez vous de rester dans la théorie, pendant que nous, nous gérons la France ».

En clair, il utilisait l’argument d’autorité, le seul inacceptable dans un débat d’après Saint Thomas d’Aquin.

Je vis rouge et je lui fis savoir en termes très précis que j’avais créé plusieurs entreprises dans quatre ou cinq pays, que j’avais géré des portefeuilles totalisant plus de 10 milliards de dollars, employant des dizaines de gens et que mes services étaient retenus par toutes les plus grandes sociétés financières du monde ou presque tandis que lui n’était qu’un petit jean-foutre qui vivait sans travailler en tondant les électeurs et avec les résultats désastreux que chacun pouvait constater.

Bref, j’ai attrapé une grosse colère. Pourquoi vous raconter cette vieille histoire ?

Parce que nous rentrons à nouveau dans une période électorale et que nous allons donc avoir droit à des tirades sans fin sur la façon dont les uns et les autres vont lutter contre le chômage, le déclin tragique de l’école en France ou l’immigration.

Le lait de la tendresse humaine va couler à flots, les discours vont être entrecoupés de gémissements accompagnant les statistiques de l’emploi ou de la criminalité, de fiers mentons mussoliniens vont se redresser après les prochains attentats, mais dans le fond, je crois que beaucoup suivent l’exemple du regrettable Président Mitterrand, cynique entre tous les cyniques. Ils constatent avec satisfaction que cela va plutôt bien pour eux, comme l’a si bien montré le dernier livre d’entretiens avec des journalistes de notre Président normal.

Voici une petite typologie de l’offre politique qui nous attend.

Premier tacot : La voiture a une belle carrosserie mais pas de moteur. On s’assoit au volant et on fait « vroom vroom ». L’homme qui cherche à vous vendre cette voiture veut simplement se faire réélire, tout en sachant qu’il sera parfaitement inutile. Nous sommes donc en face d’un cas assez courant de parasitisme social. Le pauvre (?) élu veut simplement conserver ou améliorer sa « rente » et pour cela débite d’une voie sucrée des banalités. A exclure absolument. On a déjà essayé ce type de voiture qui n’est bonne qu’à faire du surplace.

Deuxième épave : La voiture dont la direction va lâcher à la première embardée, tout le monde finissant dans le décor, sauf le vendeur qui a sauté avant. Notre homme sait parfaitement ce qui devrait être fait pour réparer la voiture, mais n’a strictement aucune envie de le faire tant cela risquerait de lui « coûter cher ». Et donc il remplace les réparations par un fracas ininterrompu de paroles pour enfumer les acheteurs. Nous avons donc affaire à un escroc quelque peu corrompu et qui n’a même pas l’excuse de l’ignorance, car il sait ce qu’il devrait faire mais ne le fait pas. De ces hommes là, il faut s’attendre à toutes les trahisons. A exclure aussi donc, car nous avons déjà fait de la route avec lui, et nous nous sommes retrouvés dans le fossé.

Troisième carcasse : De loin la plus vieille bagnole, toujours très demandée et qui cependant n’a jamais réussi à rouler sans exterminer tout le monde autour d’elle. Elle a tué en fait plus de gens que la seconde guerre mondiale, mais curieusement elle a toujours de nombreux partisans. Ce vendeur là n’a aucune idée de la façon dont une voiture marche dans la pratique, mais a une explication théorique pour expliquer tous les accidents du passé, l’exploitation de l’homme par l’homme et deux solutions pour traiter tous nos problèmes, taxer les riches et empêcher les produits étrangers de rentrer chez nous. Dans ce cas, nous sommes à l’évidence en face d’un chauffard récidiviste et criminel qui n’aurait jamais dû être sur la route si l’Education nationale avait fait son devoir mais c’est de loin le plus dangereux. A éviter soigneusement.

Quatrième engin : Je l’appelle engin parce que je ne suis pas tout à fait sur qu’il s’agisse d’une voiture. Il s’agit plutôt d’un objet non identifié, ressemblant plus à un char a bœuf qu’à une voiture, dont l’aérodynamisme apparaît douteux mais dont le vendeur nous assure que si on le mettait sur la route, il ferait des merveilles. Pour l’instant, l’électorat n’a jamais pris le risque de monter dans l’engin. Sympathique, mais parait ignorer les lois de la thermodynamique. Sa voiture mériterait plutôt d’être au concours Lépine que sur le parking. On aurait envie de l’aider mais notre vendeur a des idées très arrêtées sur sa voiture qui marche non pas avec de l’essence mais avec de l’eau et donc j’ai des doutes sur la fiabilité. En plus, certaines pièces détachées proviennent des usines qui fabriquent la carcasse précédente, ce qui m’inquiète passablement.

Cinquième guimbarde : La voiture a beaucoup roulé, a souffert d’un grave accident dans un passé récent, est passée au marbre et donc n’inspire que peu de confiance. Mais le vendeur ne nous cache rien des défauts de sa bagnole. Il semble avoir compris ce qu’il fallait faire théoriquement et pratiquement, il a compris aussi qu’il avait manqué de courage dans ses fonctions précédentes où il avait choisi de ne pas prendre de risques pour ne pas briser sa carrière et a le courage de le dire, ce qui peut être une merveilleuse astuce pour nous faire monter à bord, ou peut être pas.  Celui là m’intrigue parce que je me dis que même si l’on ne change pas les taches d’un léopard, à tout péché miséricorde, à condition de demander pardon bien sur. Et donc, dans l’ensemble, je ne vois pas très bien pour qui d’autre je pourrais voter.

A ce point du raisonnement le lecteur va me demander : mais qu’est que chacun d’entre eux aurait dû comprendre ?

Et la réponse est ici toute simple. Voici ce que les Français attendent à mon avis.

Le prochain élu ne doit pas parler de PIB, de taux de croissance, de chômage dont la courbe devrait s’inverser d’un moment à l’autre car il aura compris que les Français ne veulent plus entendre parler d’économie, ni de chiffres, ni de promesses qu’il ne tiendra pas parce qu’il ne peut pas les tenir.

Il doit leur promettre littéralement du sang, de la sueur et des larmes, comme Churchill aux Anglais en Juin 1940.

Il doit leur dire aussi qu’il va gouverner avec eux et donc faire appel au référendum fréquemment, mais que comme c’est en eux et en seuls que réside la Souveraineté, le premier de ces référendums sera lancé pour leur donner à eux le droit d’initiative pour proposer des référendums. Cet homme aura donc compris que les Français veulent entendre parler de la France. Et voilà tout.

Retrouvez la version initiale de cet article sur le site de l’Institut des libertés.

Primaire(s): qui faire perdre?

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Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, novembre 2016. SIPA. AP21977099_000002
Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, novembre 2016. SIPA. AP21977099_000002

Cette histoire de primaires, à droite et à gauche, a quelque chose de bizarre (vous avez dit bizarre ?…) Vous imaginez De Gaulle (ou Mitterrand) passer par des « primaires » qui les auraient mis au niveau de Jean Lecanuet pour l’un, de Gaston Defferre pour l’autre ? Pfff…

D’autant que l’identité des votants pose également problème. À droite, il vous suffira de jurer, croix de bois, croix de fer, croix de Lorraine, que vous partagez les valeurs des « Républicains ». Au PS, on ne sait pas, mais quel moyen de départager les libéraux de droite et les libéraux de gauche ? Alors, les uns et les autres battent le rappel des adversaires. Ainsi, le PS va, paraît-il, voter à droite pour – pour qui, d’ailleurs ? S’ils veulent que leur candidat, quel qu’il soit, ait une quelconque chance, ils ne peuvent pas aller voter pour Juppé, qui les laminera au nom de la social-démocratie. Le PS irait-il jusqu’à voter pour Sarkozy ? Hmm… Et les amis de Marine, hein, pour qui voteront-ils, s’ils vont voter ? Franchement, ils auraient tort de s’abstenir.

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

Primaire: Fillon s’affirme, Juppé plafonne

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Alain Juppé et François Fillon, novembre 2016. SIPA. AP21971324_000007
Alain Juppé et François Fillon, novembre 2016. SIPA. AP21971324_000007

A trois jours du scrutin, le dernier débat avait l’ambition d’être décisif. Tous les yeux étaient braqués sur les trois candidats en position de pouvoir participer au second tour, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon. Passons donc rapidement sur les quatre autres candidats. Jean-Frédéric Poisson n’a jamais eu l’ambition de gagner cette compétition. Sa candidature était de témoignage et sa voix fut originale lors des trois confrontations télévisées, tempérant notamment la course à l’échalote libérale que nous déplorons depuis quelques mois, à partir du moment où Henri Guaino était empêché de participer à cette primaire. Bruno Le Maire comptait pour sa part être la surprise de ce scrutin. Il a finalement été ce que nous avions perçu dès son annonce de candidature à Vesoul, « un petit moteur à l’intérieur d’une belle carrosserie », selon le mot de Philippe Séguin à propos de Michel Noir. Quant à NKM et Jean-François Copé, ils ont accumulé les postures, chacun dans leur style, jouant également le rôle de picadors au service de leur torrero Juppé, derrière lequel ils comptent se ranger dès lundi, Sarkozy jouant évidemment le rôle du taureau.

L’ex-président n’a pourtant pas démérité dans ce débat, soignant particulièrement sa conclusion. Mais il semblait souvent fataliste, confirmant l’impression que nous avions décelée dans le débat précédent. Même s’il parvient à gagner sa place au second tour, il semble acquis que tous les autres candidats, à l’exception de Jean-Frédéric Poisson, se ligueront contre lui, ce qui ne lui laissera que très peu de chance le 27 novembre. Dès lors, les deux seuls potentiels vainqueurs du 27 demeurent Alain Juppé et François Fillon. Les deux anciens premiers ministres…

Lisez la suite de l’article sur le blog de David Desgouilles.